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"Sarkozy, il faut lui marcher dessus. Pour deux raisons. Un, c'est la seule chose qu'il comprenne. Deux, ça porte chance." (Jacques Chirac)


(Jacques Chirac, par Kiro)

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Mardi 6 mai 2008
Pour moi, ce n'est pas véritablement un anniversaire, mais le fait est là. C'était il y a un an. Le 6 mai 2007, une majorité de citoyens électeurs français choisissait d'élire Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa à la plus haute charge de l'Etat, avec 53 % des voix face à Ségolène Royal. Aujourd'hui, certains, notamment au journal Marianne, se demandent s'il était seulement possible d'imaginer qu'un an après, la situation de la France soit plus mauvaise qu'elle ne l'était à l'issue de la dernière élection présidentielle. Singulière naïveté ! Non seulement il était tout-à-fait possible d'envisager cette situation il y a un an - je crois l'avoir fait moi-même à l'époque, sur le présent blog -, mais de plus, on voit mal comment, avec le recul, il aurait pu en être autrement. Il y a des fois où l'on aimerait bien se tromper, mais, décidément, les faits sont là : le pays, aujourd'hui plus divisé que jamais, est dirigé par un homme qui n'a pas la stature d'un homme d'Etat, et dont les seuls "faits d'armes" que l'on serait tentés de retenir pour l'instant, après une première année de mandat, sont l'adoption d'un "paquet fiscal" ne bénéficiant qu'à une minorité de la population, et, surtout, un grand cirque médiatique autour de la vie privée de l'actuel chef de l'Etat, qu'il s'agisse de son divorce entre lui et Cécilia Ciganer-Albéniz, en octobre 2007, ou de son prompt remariage avec Carla Bruni, en février dernier... Bilan plutôt mince, pour l'instant, donc.


Il y a un an se terminait donc un campagne électorale présidentielle dont la conclusion a été l'accession de Sarkozy au pouvoir suprême. On peut dire que ledit Sarkozy n'avait pas alors ménagé sa peine pour parvenir à ce but ultime. On en sait aujourd'hui quelque-chose grâce à l'examen des comptes de campagne électorale effectué, pour la première fois cette année, non pas par le Conseil constitutionnel, mais par une commission de contrôle des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), qui s'est livré au difficile exercice d'examiner toutes les factures et tous les reçus présentés par les douze candidats à l'élection présidentielle. Un document de synthèse sera disponible, parait-il, le mois prochain, mais la CNCCFP a déjà livré la plupart des résultats en janvier dernier, comme l'atteste ces deux dépêches de l'Agence France Presse, publiées à ce moment-là :

Présidentielle : les comptes des douze candidats validés


Les comptes des douze candidats à l'élection présidentielle de 2007 ont été validés, a annoncé mercredi la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP).

"Aucun compte d'un candidat à la présidentielle n'a été rejeté", a déclaré le président de la commission François Logerot lors de ses voeux à la presse, rappelant que "pour la première fois en 2007, la commission a contrôlé les comptes de campagne" des prétendants à l'Elysée.

En 2002, le Conseil constitutionnel, alors en charge de cette tâche, avait rejeté les comptes de Bruno Mégret (MNR), considérant qu'il avait bénéficié du "concours du personnel communal" de Vitrolles, la ville dont sa femme était la maire.

Les dépenses globales des candidats ont atteint en 2007 "environ 76 millions d'euros", "un peu moins qu'en 2002" où 16 candidats concouraient. "Le remboursement décidé par la commission s'élève à environ 45 millions d'euros", contre "53 millions en 2002", a indiqué M. Logerot.

Le candidat le moins dépensier a été Gérard Schivardi (près de 713.000 euros), suivi de Frédéric Nihous (quelque 840.000 euros). Nicolas Sarkozy a dépensé au final davantage que Ségolène Royal (20,962 millions d'euros contre 20,615 millions).

Le plafond des dépenses électorales pour la présidentielle était de l'ordre de 16 millions d'euros pour chaque candidat au premier tour, et d'environ 20 millions pour les deux accédant au second tour.

En 2007, quatre candidats seulement (Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, François Bayrou et Jean-Marie Le Pen) ont dépassé les 5% de suffrages qui leur donnent droit au remboursement maximal, contre sept candidats en 2002.

Le seul compte "approuvé purement et simplement" par la commission est celui d'Olivier Besancenot, les autres comptes de campagne ayant dû subir des "réformations", c'est-à-dire des corrections.

Les "réformations", dont le montant global atteint "environ 900.000 euros", étaient dues en particulier aux dépenses jugées "non électorales", la commission ne prenant en compte que celles effectuées "en vue de l'obtention du suffrage des électeurs".

Interrogé par la presse, M. Logerot a reconnu à ce sujet un "problème épineux": distinguer les dépenses d'un candidat et celles qui sont liées à son mandat. Les deux finalistes du second tour sont notamment concernés, Nicolas Sarkozy étant resté ministre pendant une partie de la campagne, et Ségolène Royal occupant le poste de présidente de la région Poitou-Charentes.

La commission doit rendre son rapport d'activité sur la présidentielle "entre mars et mai 2008", mais les décisions concernant chaque candidat ont été publiées au Journal officiel le 10 janvier.

Concernant les législatives de juin 2007, la commission examine actuellement les comptes des 7.640 candidats qui se sont présentés, et doit boucler son travail le 15 février.
 
(Dépêche de l'Agence France Presse, 17 janvier 2008, 19h33)

Présidentielle : les dépenses des candidats passées au peigne fin


Pour valider les comptes des douze candidats à l'élection présidentielle de 2007, la Commission nationale des financements politiques a passé au peigne fin leurs dépenses, parfois sans lien évident avec le scrutin comme les frais faramineux de coiffure ou de maquillage de Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy.

La commission a ainsi jugé "manifestement excessifs" les 34.445 euros de frais de maquillage figurant au compte de campagne de M. Sarkozy, considérant qu'il s'agit de "dépenses habituellement de nature personnelle", selon un document publié au Journal officiel le 10 janvier.

Résultat, il n'a accepté de les prendre en compte dans le remboursement accordé au candidat que pour le tiers de leur valeur, soit 11.482 euros.

Même constat et même punition pour les 51.659 euros de maquillage et de coiffure figurant dans le compte de campagne de Mme Royal, eux aussi jugés excessifs", et ramenés à 17.220 euros dans les dépenses donnant lieu à remboursement.

Si ces sommes représentent des gouttes d'eau dans les dépenses totales engagées par les deux finalistes - respectivement 20,962 millions d'euros contre 20,615 millions - la Commission s'est ainsi attachée à débusquer et parfois retoquer toutes celles qui lui paraissaient non conformes ou exagérées.

Ainsi des 53.581 euros dépensés par Mme Royal pour équiper son QG du boulevard Saint-Germain d'appareils de détection pour parer d'éventuelles écoutes, dépense jugée "non spécifiquement destinée à obtenir des suffrages".

Ou encore les 50.073 euros de repas servis au siège de campagne de M. Sarkozy ou pris à proximité dont "le caractère électoral n'a pas pu être démontré".

Les deux finalistes de la présidentielle n'ont pas été les seuls à voir certaines de leurs dépenses non prises an compte par la Commission.

Elle a ainsi rejeté du compte de Jean-Marie Le Pen 157.110 euros dépensés pour une réception en l'honneur de militants ayant participé à sa campagne. Idem pour les 48.642 euros versés aux six personnes ayant cherché pour lui des parrainages, mais pour lesquels le leader du FN n'avait pu fournir de contrat de travail ni convention de prestation.

Dominique Voynet quant à elle ne percevra pas de remboursement pour les 787 euros d'amendes SNCF qu'elle à fait figurer à ses comptes de campagne.

Pas plus que José Bové ne se verra restituer les 2.912 euros "correspondant au prix des abonnements des téléphones portables personnels des membres de son équipe de campagne" qui, selon la commission, les auraient de toute façon payé en l'absence de toute campagne électorale.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 18 janvier 2008, 14h44)

50.073 euros de frais de repas au siège de campagne, et 34.445 euros de frais de maquillage pour le candidat Sarkozy : il faut croire que la conquête de l'Elysée valait bien de telles dépenses... qui ne seront finalement pas remboursées. On aura également remarqué les autres sommes d'argent déclarées par les autres candidats sur leurs comptes de campagne, et qui, elles non plus, ne seront pas remboursées : il fallait bien tenter le coup auprès de la commission de contrôle ! ;-) C'est si cher, une campagne électorale... Mais il faut bien se donner les moyens de séduire les Français. En tout cas, en ce qui concerne Sarkozy de Nagy-Bocsa, de toute évidence, le jeu en valait la chandelle...

Souvenez-vous, chers lecteurs... Il y a un an, la majorité de l'électorat français se félicitait d'avoir voté pour un homme tel que Nicolas Sarkozy. "Avec lui, au moins, ça bouge", disait-on. Pendant la campagne électorale, le peuple était très content d'entendre de la bouche du candidat de l'UMP des promesses certes fort démagogiques, mais néanmoins si agréable à écouter... Et puis, il faut dire que les braves électeurs français, dans leur majorité, en avait marre de cette mauvaise "France qui ne travaille pas", de tous ses "parasites" qui empêchent la bonne "France qui travaille" d'accéder au bonheur consumériste auquel tout citoyen de ce pays a droit. Le dimanche 6 mai 2007, ces électeurs sont donc allé voter pour Sarkozy, avec dans le coeur, sans doute, une farouche volonté de faire triompher le véritable esprit français...


C'était il y a un an. Dans notre société, soumise à la tyrannie de l'urgence et des apparences, ce qu'il s'est passé il y a douze mois, c'est déjà loin. Aujourd'hui, les électeurs de Sarkozy ont quelque peu oublié leur satisfaction d'alors. Aujourd'hui, ils ne se souviennent plus de la grande fête sarkozyste de la place de la Concorde, à Paris, le soir du second tour de l'élection. Aujourd'hui, seules comptent le déplorable style affiché par l'actuel chef de l'Etat durant sa première années de mandat, et surtout, surtout, les belles promesses du candidat Sarkozy, promesses forcément non tenues par ledit candidat Sarkozy un fois celui-ci au pouvoir. L'intéressé avait pourtant prévenu, dès le mois de février 2007...

"C'est toujours comme ça, une campagne : on promet pour être élu, et après on déçoit. Mais, en dopant la croissance, on peut arriver à tout financer."

(Sarkozy, en déplacement dans l'île de la Réunion, le 16 février 2007, cité dans le Canard Enchaîné N°4504, 21 février 2007)

Las, aujourd'hui, la croissance est loin d'être dopée. Elle est même si molle que la seule chose à laquelle en sont réduits Sarkozy, Fillon et le gouvernement, c'est de resserrer les cordons de la bourse, avec un plan de rigueur qui ne dit pas son nom. La seule petite marge financière disponible l'année dernière a été perdue avec l'adoption d'un "paquet fiscal" dont le coût, dans le meilleur des cas, sera à peine compensé par des économies de bouts de chandelle qui, elles, ne sauraient remplacer les nécessaires réformes de structure dont le pays a besoin. Il est certes encore un peu tôt pour dresser un bilan définitif du fameux "paquet fiscal", mais il apparait d'ors et déjà que Sarkozy a, semble-t-il, été bien mal inspiré de ne pas tenir suffisemment compte des estimations qui étaient faites l'année dernière concernant la médiocrité de la croissance, qui s'est révélée finalement être maintenant à peu près aussi molle que prévue à l'époque... On peut se demander, par ailleurs, à l'époque où nous vivons, si cela vaut encore la peine de placer systématiquement tous les espoirs des pays occidentaux dans une fort hypothétique grande reprise d'une sacro-sainte croissance économique. N'étant toutefois pas économiste, je me garderai d'aller plus avant sur ce sujet. Toujours est-il qu'aujourd'hui, celui qui voulait être le "président du pouvoir d'achat" doit faire face à la déception de ses électeurs, au mécontentement de l'opinion publique en général, et, par conséquent, à une forte baisse de sa popularité depuis le début de cette année, baisse confirmée récemment par un énième sondage...

Plus de 70% des Français mécontents de l'action de Sarkozy un an après son élection


72% des Français se disent mécontents du bilan de Nicolas Sarkozy, contre 28% qui s'affirment satisfaits, un an après son élection à la présidence de la République le 6 mai 2007, selon un sondage Ifop-Fiducial pour Paris-Match à paraître jeudi [24 avril].

Le chef de l'Etat fait beaucoup moins bien que son prédécesseur à l'Elysée Jacques Chirac qui, en avril 2003, un an après sa réélection, recueillait 58% de jugements positifs sur son action.

Les Français ne sont en outre que 35% à considérer que Nicolas Sarkozy a tenu, durant l'année écoulée, les engagements qu'il avait pris durant sa campagne présidentielle, 65% étant d'un avis inverse.

La façon de présider du chef de l'Etat n'est jugée meilleure que celle de ses prédécesseurs que par 17% de Français (et seulement 42% des sympathisants UMP), 35% la trouvant "moins bonne" et 48% "ni meilleure ni moins bonne".

Quant à son projet pour la France, s'il est jugé "ambitieux" par 62%, 50% l'estiment "peu crédible", tandis que 40% pensent qu'il "va dans la bonne direction" et qu'il est "clair".

Ce jugement sévère se double d'un fort pessimisme pour l'avenir, notamment sur le plan économique. 6% seulement pensent que la situation économique s'est plutôt améliorée durant la première année de mandat de Nicolas Sarkozy, contre 48% qui considèrent qu'elle s'est détériorée et 46% qu'elle n'a pas changé.

En outre, la mise en place d'un plan de rigueur est jugée inéluctable par 80% des personnes interrogées, contre 19% d'un avis opposé.

Un an après son élection, 58% des Français disent ne pas faire confiance au président pour "mettre en place les réformes nécessaires" contre 42% qui lui font toujours confiance.

En matière de lutte contre l'inflation ou de pouvoir d'achat, la politique de M. Sarkozy n'est jugée positivement que par respectivement 10 et 15% de Français. Pour 53%, les mesures mises en place depuis un an ont "plutôt détérioré" leur pouvoir d'achat. 3% pensent qu'elles l'ont "plutôt amélioré" et 44% qu'elles n'ont rien changé.

Interrogés sur 11 mesures prises depuis un an, les sondés ont pourtant un avis positif sur 10 d'entre elles comme la baisse des cautions locatives, le service minimum dans les transports publics, la défiscalisation des heures supplémentaires, le traité simplifié sur l'Europe ou même le bouclier fiscal. Seule la réforme de la carte judiciaire suscite un jugement négatif majoritaire.

De même, la politique internationale de la France est jugée plutôt positivement, à l'exception de l'engagement supplémentaire de la France en Afghanistan, clairement rejeté à 81%.

Enfin si 80% estiment qu'il a "trop parlé" de sa vie privée au cours des premiers mois de son quinquennat, 64% considèrent que ce n'est plus le cas aujourd'hui.

Sondage réalisé par téléphone les 17 et 18 avril auprès d'un échantillon national de 956 personnes représentatif de la population âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas). Notice détaillée à la Commission des sondages.

(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 22 avril 2008, 17h27)

Aujourd'hui, Sarkozy a changé de style. Il veut donner davantage l'image d'un véritable président de la République. Y réussira-t-il ? Peut-être, après tout. Mais ce n'est pas certain. Aucun chef de l'Etat de la Ve République, avant lui, n'a autant dévalorisée la fonction présidentielle par son attitude. Il faut dire qu'apparemment, il y a eu, semble-t-il, un malentendu entre l'idée que ce faisait Sarkozy de la fonction qui est actuellement la sienne, et celle que s'en fait l'opinion publique en général.
Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, en affichant ostensiblement aussi bien sa vie privée que ses goûts de nouveau riche, a prétendu, dès le début, avoir "droit au bonheur", lui-aussi. Ce faisant, il a sans doute oublié l'idée que l'on se fait habituellement de l'exercice du pouvoir présidentiel, qui est loin d'être une partie de plaisir, et qui a conservé, encore aujourd'hui, un certain aspect tragique remontant à une époque reculée. Charles de Gaulle avait, en son temps, parfaitement conscience de cet aspect tragique, voire sacrificiel, de l'exercice du pouvoir, et ce d'autant plus aisément que cet aspect correspondait fort bien avec son propre caractère. Ces successeurs, à des degrés divers, ont su, plus ou moins, endosser le lourd costume de chef d'Etat que De Gaulle avait porté avant eux. Valéry Giscard d'Estaing, au début de son unique mandat, avait eu, il est vrai, la volonté d'être un président de la République d'un nouveau genre, mais assez rapidement, il était revenu à un style plus traditionnel. Après les deux mandats de François Mitterrand, son successeur, Jacques Chirac, avait affirmé, en 1995, vouloir renoncer à la pratique plus ou moins "monarchique" du pouvoir telle qu'elle existait jusque-là, mais, par la suite, cette affirmation avait été plus ou moins démenti par les faits, en dépit d'une réelle aisance de Chirac pour serrer des mains lors de ces bains de foule qu'il appréciait tant, comme De Gaulle avant lui, du reste, bien que le style soit différent dans les deux cas. Toujours est-il que durant toutes ces années, la fonction présidentielle a conservée une certaine aura, suscitant, au minimum, un certain respect. Même s'il est toujours difficile de distinguer l'ambition personnelle du chef d'Etat de sa volonté de servir une cause plus grande que lui, l'exercice du pouvoir présidentiel, de l'avis général, suppose, en tout cas, un certain sens du sacrifice, et donc de mettre entre parenthèses son "bonheur" personnel. C'est sans doute là, pour partie, qu'il faut chercher la fameuse "rupture" que Sarkozy de Nagy-Bocsa a voulu incarner en devenant président de la République. Mais en voulant se distinguer à tout prix, bien plus que Giscard d'Estaing en son temps, Sarkozy est allé trop loin. Passionné, émotif, nerveux, impatient, impulsif même, il n'a visiblement pas su se montrer digne de la fonction. Pendant la campagne électorale, on s'en souvient, il avait su habilement gommer ces micro-expressions de mépris, d'aggressivité défensive, de tristesse, d'anxiété, de menace, qui apparaissaient si souvent sur son visage jusque-là, faisant ainsi illusion. S'efforçant de paraître calme et posé, il disait alors avoir "changé". On a bien vu, par la suite, une fois qu'il fut élu, qu'il n'en était rien. Chassez le naturel, il revient au galop. Aujourd'hui, Sarkozy prétend avoir vraiment changé. Il aurait, en l'entendre, retenu la leçon, après ses premiers mois d'exercice du pouvoir. Il a encore quatre ans pour prouver qu'il est capable d'exercer correctement sa fonction. Mais il aura fort à faire, s'il veut effacer les tâches accumulées sur le costume du chef de l'Etat depuis un an...

Plus humble mais toujours déterminé, Sarkozy veut ouvrir une nouvelle page


Face à une opinion hostile, le président Nicolas Sarkozy a voulu tourner la page de sa première année de mandat en adoptant à la télévision [jeudi 24 avril] un ton plus humble, qui confirme un changement de style, mais sans rien céder sur le fond et la nécessité de réformer la France.

La prestation du chef de l'Etat jeudi soir a été suivie par près de 11,7 millions de Français, une audience nettement moins importante que lors de sa précédente intervention télévisée à la même heure de grande écoute, en novembre dernier.

Sans surprise, cette intervention a été saluée par le camp présidentiel, qui a souligné la "détermination" et la "pédagogie" du chef de l'Etat, tandis que l'opposition de gauche fustigeait son "impuissance", voire sa "malhonnêteté".

Pendant plus d'une heure et demie, interrogé par cinq journalistes au palais de l'Elysée, Nicolas Sarkozy s'est livré à une explication de sa politique, reconnaissant des "erreurs" à plusieurs reprises, tout en promettant d'accélérer les réformes.

Attendu sur le thème du pouvoir d'achat, préoccupation première des Français, le chef de l'Etat a reconnu que la vie de ses concitoyens s'était pas "assez améliorée", mais a surtout mis en cause un environnement économique mondial dégradé.

S'il n'a fait aucune annonce retentissante dans le domaine social, Nicolas Sarkozy a toutefois assuré de la mise en place l'année prochaine du revenu de solidarité active (RSA), allocation destinée à encourager le retour à l'emploi, et prévu des mesures pour faire baisser les prix dans les grandes surfaces et sur l'intéressement des entreprises.

L'ex-candidate socialiste à la présidentielle Ségolène Royal a estimé que Nicolas Sarkozy avait fait preuve de "malhonnêteté" en imputant les difficultés de la France "à des chocs extérieurs", et qu'il n'avait "pas répondu sur les préoccupations des Français".

Tandis que le maire socialiste de Paris Bertrand Delanoë, considéré comme le principal rival de Mme Royal au sein de son parti, a vu dans l'intervention du chef de l'Etat une tentative "d'expliquer sa propre impuissance".

Nicolas Sarkozy a martelé la nécessité de réformes tous azimuts et repris l'une de ses vieilles antiennes en regrettant qu'"on ne travaille pas assez" en France.

Pas de changement de cap, soulignait vendredi la presse, en constatant de façon unanime une évolution dans le style Sarkozy, plus "calme" et plus "humble", mais également plus "président".

"C'est une émission où il s'est posé en président. Les Français savent que le chapitre bling bling est tourné", estime l'éditorialiste politique Christophe Barbier.

Le président français, qui s'impose plus de discrétion après avoir été critiqué pour son style de vie jugé trop tapageur, a refusé d'évoquer sa vie privée avec Carla Bruni, assurant que "tout était rentré dans l'ordre".

Pour le quotidien conservateur Le Figaro, Nicolas Sarkozy a adopté "une posture enfin véritablement présidentielle".

Il a aussi réaffirmé son autorité sur ses troupes, en promettant que les "couacs" au sein du gouvernement ne seraient plus tolérés.

Mais, pour la plupart des observateurs, cette émission ne devrait pas suffire à faire remonter rapidement la popularité du chef de l'Etat, confronté au mécontentement de 72% des Français selon les derniers sondages.

"Les sondages remonteront quand il y aura des résultats", estime Christophe Barbier. "Il est probable qu'il faudra du temps à Nicolas Sarkozy pour réinvestir le coeur des Français", juge également Le Figaro.

"Mon rendez-vous, c'est la fin de mon quinquennat", en 2012, a redit le président jeudi soir.

(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 25 avril 2008, 21h12)

Plus que le style, on l'a dit, ce sont surtout les promesses non tenues de Sarkozy qui ont provoquées le mécontentement de l'opinion. Il en est toutefois une pour laquelle les sondés ne semblent lui tenir rigueur plus que cela : celle faite durant la campagne électorale à propos de la politique étrangère de la France. Rappelons qu'à l'époque, le candidat Sarkozy avait promis de "remettre les droits de l'homme au coeur des relations avec un certain nombre de pays comme la Russie ou la Chine". Quand on sait avec quelle réserve il a évoqué la question des droits de l'homme lors de ses rencontres avec les chefs d'Etat russe et chinois - sans parler de ses échanges avec le dictateur libyen Khadafi -, on se demande pourquoi il a pris la peine de faire cette promesse en sachant pertinemment qu'il ne pouvait s'agir que d'un voeu pieux. Mais après tout, peut-être y croyait-il lui-même, sur le moment, à cette promesse ? Il est vrai que Sarkozy a la particularité d'affirmer vouloir tenir un language de vérité et de sincérité qui est censé le distinguer des "menteurs". Le problème est qu'apparemment, pour lui, la vérité est l'affaire d'un moment. La vérité d'un jour peut céder la place à une autre vérité un autre jour. Ainsi, en toute circonstance, Sarkozy est-il peut-être persuadé d'être sincère et vrai. Une telle attitude est censée le distinguer de son prédécesseur... du moins le croit-il, d'après les propos qu'il a tenu lors d'un petit déjeuner pris avec des ministres et secrétaires d'Etat sarkozystes, le 7 avril dernier, à propos de la visite que lui a fait, à l'Elysée, John McCain, le candidat républicain à la présidence des Etats-Unis d'Amérique :

"Il [Chirac] m'avait déconseillé de voir John McCain. Je l'ai rencontré. Ce n'est pas du tout le fou qu'il m'avait décrit. C'est quelqu'un de bien. Mais pour estimer ce genre d'individu, il faut apprécier les hommes droits, directs, et pas les menteurs..."

(Sarkozy, le 7 avril 2008, cité in Le Canard Enchaîné N°4563, 9 avril 2008)

Toujours est-il qu'une fois arrivé au pouvoir, il a bien fallu que Sarkozy mette un bémol à sa volonté affichée, pendant la campagne, de "remettre les droits de l'homme" au coeur de la diplomatie française. Après la répression qu'a déclanché, en mars dernier, le gouvernement chinois dans la province du Tibet, à la suite d'un mouvement de protestation anti-chinois, Sarkozy de Nagy-Bocsa n'a pas tardé à se retrouver en porte-à-faux entre les principes affichés pendant sa campagne électorale et les difficultés de la réalité diplomatique. Face à la demande de boycott de la cérémonie d'ouverture des prochains Jeux Olympiques de Beijing (Pékin) en août prochain - voire de boycott des JO dans leur ensemble par la France -, demande faite par divers groupes de pression en faveur de la liberté au Tibet et en Chine de façon générale, Sarkozy, qui doit exercer pour six mois, à partir du 1er juillet prochain, la présidence tournante de l'Union Européenne, est bien ennuyé par la situation dans laquelle il se trouve. N'ayant pas exclu de ne pas assister à la cérémonie d'ouverture des JO si les circonstances l'exigeaient, il devra prendre une décision d'ici le mois d'août, après consultation des pays membres de l'U.E., et après avoir jugé que le climat de tension entre le Tibet et la Chine se soit suffisemment apaisé au moment de l'ouverture des JO. Il a toutefois mis beaucoup d'eau dans son vin en matière de discussion avec la Chine au sujet des droits de l'homme, comme il l'a montré par les propos qu'il a tenu le 7 avril dernier, après que, ce jour-là, le passage à Paris de la flamme olympique, durant sa traditionnelle tournée mondiale d'avant les Jeux, ait été très perturbé par des manifestations hostiles à l'autoritarisme du régime de la République Populaire de Chine et à la répression chinoise au Tibet...

"Aucun pays ne peut se permettre de jouer les matamores vis-à-vis de la Chine. La Chine va finir par s'ouvrir, mais il faut laisser les choses évoluer. Sans brusquer les Chinois. [...] C'est là-bas que se joue une partie de notre croissance. C'est là-bas que se joue, entre autres, le dossier iranien. Il ne faudrait pas pousser les Chinois et les Russes à se mettre d'accord sur notre dos. [...] La vérité, c'est qu'au fond les Chinois se fichent bien de nos réactions. Ils savent qu'un jour ou l'autre on finira par aller chez eux pour les supplier d'acheter nos centrales nucléaires et nos avions. Ils seront bientôt les seuls à pouvoir se les payer."

(Sarkozy, le 7 avril 2007, cité in Le Canard Enchaîné N°4563, 9 avril 2008)

La forte perturbation du passage à Paris de la flamme olympique - passage organisé par les autorités chinoises - ayant provoqué, peu de temps après, des manifestations anti-françaises en Chine, l'actuel chef de l'Etat français a dû dépêcher sur place, en guise d'ambassadeurs extraordinaires, le président du Sénat - Christian Poncelet - et l'inénarrable Jean-Pierre Raffarin, pour une petite séance de calinothérapie avec les dirigeants chinois, afin de calmer le jeu. Pauvre Sarkozy... Il serait bien passé de toutes ces complications. Mais comme je l'ai écris plus haut, l'exercice du pouvoir présidentiel est loin d'être une partie de plaisir. Et Sarkozy le sait bien, du reste.


Un nouveau bémol en matière de droits de l'homme a été, semble-t-il, nécessaire la semaine dernière, lors d'une visite d'Etat de Sarkozy de Nagy-Bocsa en Tunisie, si l'on en croit une des dépêches de l'Agence France-Presse publiée lors de cette visite :

A Tunis, Sarkozy défend l'Union pour la Méditerranée avant les droits de l'Homme


Le président français Nicolas Sarkozy a défendu mardi [29 avril], au deuxième jour de sa visite d'Etat en Tunisie, son Union pour la Méditerranée entre l'Europe et les pays du Sud, alors que sa bonne note décernée au régime tunisien sur les droits de l'Homme suscite la polémique.

S'exprimant devant 500 patrons français et tunisiens, M. Sarkozy a défendu son projet de nouveau partenariat entre les deux rives de la Méditerranée, qui doit être officiellement lancé le 13 juillet, assurant qu'il doit permettre la création d'un "pôle gagnant-gagnant qui concurrencera l'Asie".

"Il n'y a pas un bon avenir pour l'Europe si l'Afrique en général, et l'Afrique du Nord en particulier, ne connaît pas le développement (...), nous pouvons créer un modèle qui triomphera dans le monde entier", a-t-il estimé. "En Asie, ils ont su, entre les pays riverains, s'intégrer et se compléter. Et le drame de la Méditerranée, il est dans un chemin inverse où l'on s'oppose et on s'exclut", a-t-il ajouté.

"Vous avez une main d'oeuvre qui ne demande qu'à être formée, nous avons beaucoup d'intelligence et beaucoup de formation (...), ce n'est pas les uns contre les autres, c'est les uns avec les autres. C'est ça le partenariat", a insisté le président français sous les applaudissements.

A titre d'exemple, Nicolas Sarkozy a cité l'accord conclu dans la nuit de lundi à mardi entre la compagnie nationale Tunisair et Airbus qui prévoit, outre la livraison de 19 avions (10 A320, 3 A330 et 3 A350, ainsi que 2 A320 et 1 A350 en options) l'installation en Tunisie d'une usine aéronautique qui emploiera à terme, selon lui, "près de 2.000 personnes".

Rejetant "des polémiques qui m'importent bien peu", le président français a ainsi une nouvelle fois justifié la signature lundi d'un accord de coopération en matière d'énergie nucléaire civile.

"L'énergie nucléaire, c'est l'énergie du futur (...) la France vous dit que sa technologie, qui est une des plus sûres du monde, une des meilleures du monde, elle est décidée à la mettre au service du développement de vos économies (...), l'Europe ne connaîtra pas la stabilité si vous ne connaissez pas le développement, voilà pourquoi il faut s'unir", a-t-il plaidé. Le texte paraphé par Paris et Tunis, identique à d'autres déjà signés avec le Maroc, l'Algérie ou la Libye, suscite les critiques des ONG écologistes et de plusieurs partenaires européens de la France, qui estiment qu'il augmente les risques de prolifération nucléaire militaire.

Plus encore que l'accord sur le nucléaire civil, c'est le satisfecit attribué lundi soir par Nicolas Sarkozy au président tunisien Zine El Abidine Ben Ali sur le terrain des droits de l'Homme qui a suscité la polémique, aussi bien en France qu'en Tunisie.

"L'espace des libertés progresse" en Tunisie, avait-il jugé devant son hôte, assurant ne pas vouloir s'ériger "en donneur de leçons".

"Il ne s'agit pas de donner des leçons mais de reconnaître la réalité. Je vois que le président Sarkozy ne s'intéresse pas à la réalité de ce pays", a déclaré à l'AFP Khadija Cherif, militante des droits de l'Homme et présidente d'une ONG féministe. "Sa priorité c'est le commerce, mais il devrait savoir que le développement ne peut pas être qu'économique", a-t-elle ajouté.

"Malheureusement sur le terrain, nous n'avons pas remarqué de progrès notables, c'est peut-être même le contraire", a regretté le président de la Ligue tunisienne des droits de l'Homme, Me Mokhtar Trifi.

La secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme Rama Yade, qui accompagnait M. Sarkozy, a reçu dans l'après-midi Me Trifi, mais a annulé un rendez-vous prévu avec l'Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), [et] sa présidente Mme Cherif.

La France a signé mardi avec Tunis quatre conventions de crédits d'un montant de 138 millions d'euros pour l'agriculture, l'habitat et l'énergie.


Nicolas Sarkozy devait rencontrer mardi soir la communauté française.

Son épouse, Carla, a visité de son côté, mardi après-midi, un centre d'enfants orphelins à Gammarth, dans la banlieue chic de Tunis.

(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 30 avril 2008, 9h11)

S'il toujours regrettable moralement de devoir ménager des régimes autoritaires ou dictatoriaux au nom des intérêts de la France, on ne peut pas blâmer Sarkozy de devoir mettre de l'eau dans son vin diplomatique en matière de droits de l'homme. Après tout, que ferions-nous d'autre si nous étions à sa place ? Quel que soit mon opposition à Sarkozy, je me garderai bien, sur cette question précise, de ne pas faire preuve d'un minimum d'humilité, même si je suis conscient de la situation lamentable des droits de l'homme dans bien des endroits dans le monde...


Pour en revenir à cette première année de sarkozysme au pouvoir en France, que conclure sinon que nous ne sommes sans doute pas - loin s'en faut - au bout de nos peines ? Lors de sa dernière intervention télévisée, le 24 avril dernier, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa a déclaré : "Je vois très bien les mécontentements mais je sais où je vais, je suis persuadé qu'il n'y a pas d'autre stratégie et je sais que mon rendez-vous, c'est la fin de mon quinquennat." Il a également affirmé aux journalistes présents que l'idée de son éventuelle réélection en 2012 était "très éloignée" de ses préoccupations actuelles. "J'ai tellement de travail à faire, il y a tellement d'impatience, il y a tellement d'attentes, il y a tellement de souffrance aussi [...] Alors, vous pensez, s'imaginer en prendre pour cinq ans après, ce n'est vraiment pas mon sujet." Il nous reste donc environ quatre ans à attendre, avant de savoir à quoi ressemblera la France au terme d'un quinquennat de Sarkozy dont j'espère bien qu'il sera à la fois le premier et le dernier...

C'est long, quatre ans, mine de rien... Tiendrai-je jusque-là ? ;-)

Cordialement, :-)

Hyarion.

(Illustrations : Nicolas Sarkozy habitant sa fonction, caricature par Kiro, publiée dans Le Canard Enchaîné N°4515, 9 mai 2007 ; Nicolas Sarkozy au soir de son élection à la président de la république, le 6 mai 2007 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Thomas Coex ; Nicolas Sarkozy raccompagnant Ségolène Royal à la sortie de l'Elysée, le 21 juin 2007, photographie de l'agence de presse Reuters, ©Reuters ; Nicolas Sarkozy [à droite] et ses frais de talonnettes, caricature par Lefred-Thouron, publiée dans Le président Fric-Frime, Les dossiers du Canard Enchaîné N°107, avril 2008 ; Placard sarkozyste affiché par un boulanger dans la vitrine de son magasin de Charlieu [Loire], en avril-mai 2007, photographie divisée en deux parties, ©DR ; Evolution de la cote de confiance de Nicolas Sarkozy depuis son élection le 6 mai 2007, Infographie, 23 février 2008, ©AFP ; Carla Bruni-Sarkozy portant Nicolas Sarkozy, caricature par Cabu, publiée dans Le Canard Enchaîné 4565, 23 avril 2008 ; Montage de photos de Nicolas Sarkozy prises durant son intervention télévisée le 24 avril 2008 au palais de l'Elysée à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©Olivier Laban-Mattei/AFP ; Nicolas Sarkozy en chanteur, accompagnée à la guitare par Carla Bruni-Sarkozy, caricature par Kiro, publiée dans Le Canard Enchaîné 4565, 23 avril 2008 ; Nicolas Sarkozy, le 29 avril 2008 à Tunis, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Fethi Belaid ; Sarkozy et son homologue tunisien Ben Ali, caricature par Kiro, publiée dans Le Canard Enchaîné 4566, 30 avril 2008 ; Nicolas Sarkozy lors de son intervention télévisée, le 24 avril 2008 à l'Elysée à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©Eric Feferberg/AFP)
par Hyarion publié dans : Turpitudes de la vie politique communauté : Communauté de l'opposition
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Vendredi 2 mai 2008
Les évènements survenus en mai 1968 en France fêtent ce mois-ci leur quarantième année d'ancienneté. Depuis le début de cette année 2008, au moins depuis le mois de mars, on nous bassine avec cet anniversaire. Il faut croire que c'est là quelque-chose d'essentiel pour certains. Moi, cela m'agace. Une fois de plus, au nom d'une certaine bien-pensance, on assiste au grand cirque de la commémoration surmédiatisée, avec son lot de "grands témoins" de l'Histoire tout joyeux de se sentir exister, même après toutes ces années, par l'intermédiaire de publications opportunistes et autres interventions désespérantes dans le "débat public". Les uns, pleins de nostalgie à la guimauve, ventent les mérites des acteurs des évènements de Mai 68, les autres, pleins de mépris et de malice, dénoncent les turpitudes desdits acteurs ; les uns chantent les louanges d'une "révolution" qui n'a pas eu lieu, les autres hurlent que Mai 68 serait la cause principale du fameux "déclin français" dont on nous rebat les oreilles depuis tant d'années. Personnellement, je n'ai que faire de tous ces faux débats sur je-ne-sais quel bilan positif ou négatif de Mai 68. Mais s'il ne s'agissait que de ce genre de foutaises, cela aurait encore été acceptable, au nom d'un certain laissez-fairisme conçu comme le stade suprême du je-m'en-foutisme, positionnement qui est souvent le mien lorsque je suis confronté des cirques médiatiques de ce genre. ;-) Malheureusement, lorsque j'ai constaté que cette commémoration de Mai 68 était également caractérisée par des distribution de pavés en mousse et des ventes de pavés en chocolat, là, devant tant de bêtise, j'avoue que j'ai vraiment eu envie de m'énerver. Toutefois, je me suis efforcé de garder mon calme, car j'ai bien vite réussi à trouver un responsable acceptable à cette situation stupide. Le responsable que j'ai choisi, vous l'aurez deviné, c'est évidemment Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa. Pourquoi ? D'abord, parce que ça me plaisir. ;-p Et ensuite, parce qu'il a effectivement une part de responsabilité. Comment, en effet, ne pas penser qu'il aurait pu en être autrement, en matière de commémoration de Mai 68, si l'actuel chef de l'Etat n'avait pas tout fait pour favoriser, dès l'année dernière, l'essor des faux débats sans intérêts sur le bilan dudit Mai 68 ?

Souvenez-vous : c'était en 2007, pendant la dernière campagne électorale présidentielle. Nicolas Sarkozy, candidat de l'UMP à la plus haute charge de l'Etat, pensait que pour gagner l'élection, il fallait tirer à gros boulets, lors de ses interventions publiques, sur l'héritage de Mai 68. Et il n'a pas manqué de le faire, usant et abusant de ce thème pour mieux réveiller de vieux préjugés et de vieux clivages, pourtant hors de propos. Dès le mois de janvier 2007, en bon candidat voulant devenir "le Président de la valeur travail", il met "l'idéologie de mai 68" sur la table, par exemple en l'évoquant, d'abord en passant, au fil d'un entretien accordé au journal Le Figaro :

"Question : Vous parliez des valeurs de la droite. Quelles sont-elles ? 

Nicolas Sarkozy : Au premier rang, je mettrai la valeur travail dont l'oubli résume à mes yeux toute la crise morale française. Le travail a été délaissé par la droite et trahi par la gauche. Les socialistes ne parlent plus des travailleurs, c'est un signe. Je veux être le candidat du travail. C'est ma cohérence et le ciment de mon projet. La deuxième valeur, c'est le respect. L'erreur de mai 68, c'est d'avoir pensé faire le bonheur de l'élève en le considérant comme l'égal du maître. Or, si l'élève a vocation à dépasser le maître, il doit respecter son autorité. Enfin, il y a la valeur de responsabilité. Je considère qu'il n'existe pas de droit sans devoir en contrepartie. Je demande que nul ne puisse refuser plus de deux offres d'emploi qui correspondent à sa qualification. Je demande aussi qu'il n'y ait pas de minimum social sans une obligation d'activité en contrepartie."

(Extrait d'un entretien avec Nicolas Sarkozy, publié dans le journal Le Figaro, 31 janvier 2007)

Le candidat Sarkozy aura, par la suite, l'occasion de passer à la vitesse supérieure, en faisant de l'héritage de Mai 68 une sorte d'anti-modèle de société, régulièrement dénoncé. Le 29 avril 2007, lors de son dernier grand meeting de campagne, entre les deux tours de l'élection présidentielle, lors duquel il réunira plus de 20 000 personnes dans le Palais omnisports de Paris-Bercy et autour, Sarkozy fustigera encore cet héritage, parlant même de la nécessité de "liquider mai 68". Le 3 mai 2007, trois jours avant son élection à la présidence de la République, lors d'un déplacement à Montpellier, il déclarera également vouloir "dire adieu" à Mai 68. Bref, du grand n'importe-quoi... mais il est vrai qu'avec Sarkozy, depuis le temps, on est habitué.
De tout ce battage médiatique autour de ce fameux Mai 68, apparemment aussi essentiel à ses dénonciateurs qu'à ses apologistes, je me serais déjà bien passé à l'époque. Aujourd'hui, je m'en passerai bien également. Et pourtant, cela continue. On a pu le constater, par exemple, lorsque, le mois dernier, Sarkozy de Nagy-Bocsa a accueilli à l'Elysée l'ancien "leader révolutionnaire" des étudiants parisiens en mai 1968, l'inénarrable Daniel Cohn-Bendit...


Cohn-Bendit reçu pour la première fois à l'Elysée


Quarante ans après les événements de 68, Dany le Rouge, devenu Vert, a foulé pour la première fois mercredi [16 avril] le sol de l'Elysée pour rencontrer Nicolas Sarkozy et parler de l'Europe.
Co-président du groupe Verts au Parlement européen, Daniel Cohn-Bendit a été reçu dans le cadre des rendez-vous du chef de l'Etat avec les chefs de file des différents partis du Parlement européen en vue de la présidence française de l'Union européenne qui débutera le 1er juillet.
A l'issue de cet entretien de plus d'une demi-heure, qu'il a qualifié de "décontracté", chemise bleue foncée et tee-shirt blanc, sans cravate, Daniel Cohn-Bendit a rencontré la presse dans la cour de l'Elysée.
Cohn-Bendit avait apporté au président son livre sur les événements de mai, "Forget 68", avec cette dédicace légèrement provocante: "Pour Nicolas. L'imagination au pouvoir, c'est pour quand ? Salut. Dany". Le président Sarkozy "a ri et a dit « je vais le lire ». On a pris rendez-vous après, pour en parler", a-t-il assuré.
Cohn-Bendit lui "a vendu une idée: toute présidence ne fonctionne que s'il y a une idée de fond qui résonne en France et en Europe". Pour l'écologiste, la présidence française devrait dire "l'Europe doit maintenant s'attaquer à réguler socialement et écologiquement la mondialisation".
Le président a également parlé de l'Europe de la Défense. Les écologistes - Cohn-Bendit était accompagné de l'autre vice-présidente du groupe Verts, Monica Frassoni - ont répondu "Europe de la défense et de la prévention des conflits". "Il a dit d'accord. On va voir ce qu'il met dedans. Il a compris qu'on ne pouvait parler simplement de militaires si on ne parle pas d'une structure de prévention des conflits qui est dans le Traité de Lisbonne".
Vous a-t-il répété qu'il voulait "liquider mai 68", a demandé une journaliste, allusion à une phrase du candidat Sarkozy lors de son dernier meeting [de campagne électorale] en avril 2007.
"Non", a répondu Daniel Cohn-Bendit. "Mais il va lire mon bouquin. Il va m'appeler et dire « je me suis trompé. Pardon... Je vais pas liquider 68. Au contraire. C'est très bien. Ça me permet d'être président »", a-t-il plaisanté.
Relancé par la presse, le député européen a ajouté: "écoutez, on va pas parler sur le perron de l'Elysée de mai 68", avant de reprendre: "68, c'était formidable... Ça a commencé par une transformation formidable de la société française. La preuve, c'est qu'un homme deux fois divorcé est président de la République!" s'est-il exclamé, réjouissant la galerie des journalistes.
"Allez chercher il y a 40 ans, Mme de Gaulle, Tante Yvonne, elle se retourne dans sa tombe!" a-t-il conclu, avant de filer pour Canal+.
Daniel Cohn-Bendit a quitté "ni anxieux, ni rassuré" l'Elysée et son occupant qu'il avait récemment qualifié de "jouisseur sans entrave". Ils sont convenus de se retrouver à la finale du championnat d'Europe de foot à Vienne, fin juin.

(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 16 avril 2008, 19h38)

Je n'ai pas grand-chose à dire sur Mai 68. On peut interpréter les évènements de cette époque comme étant le signe que la société française des années 1960 acceptait de plus en plus difficilement un style d'autorité nostalgique d'une grandeur passée, parce que celle-ci parraissait fort éloignée des préoccupations d'une société souhaitant plus de liberté individuelle, de consommation et de loisirs. Ni plus, ni moins. La seule conséquence concrète, et immédiate, de la crise de mai 1968 fut la signature des accords de Grenelle, qui ont essentiellement abouti à une augmentation de 25 % du salaire horaire minimum et de 10 % en moyenne des salaires réels, ainsi qu'à une réduction du temps de travail (40 heures par semaine) et à la création de la section syndicale d'entreprise, actée dans la loi du 27 décembre 1968. Pour le reste, et surtout pour tout ce qui concerne l'évolution des moeurs, on pourra dire tout ce que l'on voudra, mais personnellement, il me semble qu'avec le recul, Mai 68 a sans doute davantage été une conséquence de l'évolution de la société plutôt qu'une cause de ladite évolution. Cela dit, ce n'est que mon avis. Je ne suis pas un spécialiste de la question, et du reste, je ne pense pas que l'on y verra bien clair dans tout cela avant plusieurs décennies, comme pour tout évènement appartenant à ce que l'on appelle l'histoire immédiate, la plus proche de notre présent. Gageons qu'en 2068, la vision des évènements de mai 1968 sera sans doute sensiblement différente de ce qu'elle est en 2008...

On l'aura compris, participer au cirque médiatique autour de Mai 68 ne m'intéresse pas. Brandir des portraits de Karl Marx, de Mao Zedong, ou d'Ernesto "Che" Guevara, et reprendre joyeusement des slogans tels que ceux relevés sur les murs à l'époque ("Il est interdit d'interdire", "CRS = SS", et autres conneries du même genre), le tout en ayant la main sur le coeur, très peu pour moi. Et ne comptez pas non plus sur moi pour diaboliser stupidement Mai 68 comme l'ont fait Sarkozy et les sarkozystes et comme ils continuent de le faire : c'est également hors de question. Entre deux attitudes stupides, je refuse de choisir. Ces attitudes sont, du reste, d'autant plus stupides que tous ces adorateurs et détracteurs de Mai 68 se prennent assurément beaucoup trop au sérieux, quoiqu'en disent certains d'entre-eux. Toutefois, au cas où certains d'entre vous auraient envie de commémorer cet épisode historique de l'histoire de France, je vous propose, chers lecteurs, une chronologie succinte des faits de l'époque, afin que vous puissiez apprécier pleinement, jour après jour, ce quarantième anniversaire à chaque date précise des évènements, durant les mois de mai et juin de cette année...

***

Chronologie de la crise de Mai 68 en France :

(Prologue, le 22 mars 1968 : les étudiants de Nanterre occupent les locaux administratifs de la Faculté ; création du "Mouvement du 22 mars" derrière Daniel Cohn-Bendit. Le président de la République, Charles de Gaulle, considère alors ces premières manifestations comme un simple chahut.)

3 mai 1968 : Première importante manifestation étudiante parisienne au Quartier latin ; heurts avec la police. Fermeture de la Sorbonne.

6-9 mai 1968 : Les grèves prennent de l'ampleur.

10-11 mai 1968 : Nuit des barricades au Quartier latin ; violences policières. Le Premier ministre Georges Pompidou, revenu d'un voyage officiel en Afghanistan, décide d'apaiser le climat en annonçant la réouverture de la Sorbonne.


13 mai 1968 : Grève générale des étudiants et travailleurs ; série de manifestations à Paris et en province, occupation de la Sorbonne.

14-15 mai 1968 : Premières occupations d'usines (Sud-Aviation, Renault-Cléon).



19 mai 1968 : Le président de la République, Charles de Gaulle, déclare : "La réforme, oui, la chienlit, non."

20 mai 1968 : La grève se généralise dans les universités, les lycées et les entreprises. Le pays est paralysé.

22 mai 1968 : Daniel Cohn-Bendit quitte la France pour faire une "tournée révolutionnaire". Le ministre de l'Intérieur annonce qu'il est désormais interdit de séjour en France.



24 mai 1968 : Manifestations après l'expulsion de Daniel Cohn-Bendit (deux morts : un commissaire de police à Lyon et un manifestant à Paris). Allocution radio-télévisée de Charles De Gaulle à Paris, la première depuis le début des événements de mai, lors de laquelle le chef de l'État annonce que l'ordre sera maintenu et qu'il sera procédé à un référendum sur la participation dans l'Université et les entreprises "industrielles et agricoles dans le cadre de nos régions". Son discours est sans effet.


25 mai 1968 : Ouverture des négociations sociales de Grenelle entre le gouvernement de Georges Pompidou, le patronat et les syndicats (Jacques Chirac, alors jeune secrétaire d'État aux Affaires Sociales, fait partie des négociateurs). Grève à l'ORTF (Office de Radiodiffusion-Télévision Française).


27 mai 1968 : Signature des accords de Grenelle. Les ouvriers décident néanmoins de poursuivre la grève. Meeting au stade Charléty, à Paris.

28 mai 1968 : Candidature de François Mitterrand, qui a été le principal concurrent de De Gaulle lors de l'élection présidentielle de 1965.

30 mai 1968 : Après sa disparition provisoire le 29 mai, retour de Charles de Gaulle à Paris, et discours présidentiel annonçant le maintien au pouvoir du chef de l'État ("Je ne me retirerai pas"), la dissolution de l'Assemblée nationale et des élections législatives. Grande manifestation gaulliste sur les Champs-Élysées (Charles Pasqua est un des organisateurs de cette manifestation de soutien à De Gaulle).

5-7 juin 1968 : Reprise du travail dans les transports.

10-11 juin 1968 : Persistance de la grève dans la métallurgie ; violences devant les usines de Renault-Flins et de Peugeot-Sochaux (trois morts : un lycéen et deux ouvriers).

16 juin 1968 : Évacuation de la Sorbonne par la police.

23 et 30 juin 1968 : Élections législatives ; victoire de la majorité présidentielle (raz-de-marée gaulliste).

26 juin 1968 : Reprise du travail.

(Épilogue politique, le 10 juillet 1968 : à la suite des élections législatives, Charles de Gaulle accepte la démission du gouvernement de Georges Pompidou, et nomme Maurice Couve de Murville Premier ministre.)

***

Voila, j'espère que cela pourra vous aider à organiser votre commémoration personnelle... ;-)

Pour finir, je souhaiterai que l'on cesse d'en faire de tonnes avec la signification de Mai 68. Les révolutions de 1789, 1830, 1848 étaient de vraies révolutions. La Commune de Paris de 1871 fut une tentative sérieuse de révolution. Mai 68 ne saurait arriver à la cheville de ces évènements. Je souhaiterai donc que l'on arrête de vénérer ou de diaboliser cet épisode de l'histoire, et surtout que l'on arrête de lui donner autant d'importance, en bien ou en mal. Je ne sais pas si mon souhait sera réalisé avant longtemps, mais en attendant, je vous propose, en guise de conclusion, un extrait d'un entretien que Tony Judt a accordé l'automne dernier au Nouvel Observateur. Tony Judt, historien britannique né à Londres en 1948, spécialiste de l'Europe et de la vie intellectuelle française, directeur de l'Institut Erich-Maria-Remarque à l'Université de New York, est l'auteur de Après-guerre. Une histoire de l'Europe depuis 1945, publié, en France, chez Armand Colin. On remarquera que l'entretien date d'une époque légèrement antérieure à celle, tout récente, où le magazine Le Nouvel Observateur a décidé de s'intéresser à des sujets aussi essentiels que
les fesses de Castor ou que l'histoire bouleversante d'un certain SMS sarkozyste... ;op

"Nouvel Observateur. – Vous écrivez que «les événements de Mai en France eurent un impact sans commune mesure avec leur véritable signification». Pourquoi?

Tony Judt. – Parce qu'il s'agit d’une coïncidence. Les grèves et le début du ralentissement économique des années 1967-1969 ont donné aux mouvements estudiantins plus de visibilité qu'ils n'en auraient eue quelques années plus tôt. En outre, le poids symbolique de Paris en 1968 était encore grand. Les gens un peu partout faisaient référence à la Commune de Paris, au Front populaire, ou même à la Révolution, si bien que l'agitation de la rue à Paris a eu un retentissement international quasi mystique qu'il n'a plus à l'heure actuelle. Qui aujourd'hui chez les moins de 40 ans se souvient du mur des Fédérés et sait où il est ? Naturellement, la coïncidence de mouvements d'étudiants dans d'autres pays a fait briller un Paris – comme en 1848 – considéré comme la capitale du grand changement international. Les jeunes ont voyagé à Paris en mai 1968 pour être au cœur de l'action, comme ils allaient à Barcelone en 1937.

N. O. – Récemment, Nicolas Sarkozy expliquait qu'il fallait en finir avec Mai-68. Comment expliquez-vous que Mai-68 soit toujours une question de débat dans la politique française?

T. Judt. – Sarkozy est un démagogue. En effet, pour justifier son parcours personnel, il se sert de la génération des années 1960 – ma génération – sans laquelle il n'aurait pas un objet commode – un bouc émissaire – à condamner. Que veut-il dire fondamentalement ? Veut-il dire: il faut en finir avec des soulèvements populaires ? Bonne chance. Veut-il dire: il faut en finir avec la gauche activiste ? Mais cette gauche-là s'est anéantie elle-même. Veut-il dire: il faut en finir avec des illusions sociales-démocrates, des lendemains qui chantent, etc. ? Mais là c'est l'affaire de l’histoire, pas celle de Sarkozy."

(Extrait d'un entretien avec Tony Judt [propos recueillis par Laurent Lemire], publié dans Le Nouvel Observateur du 25 octobre 2007)

Judt remet les évènements de Mai 68 en France à leur juste place et tord le coup, au passage, à Sarkozy de Nagy-Bocsa, et à sa minable obsession de Mai 68. Très bien ! Après cela, je n'ai plus rien à ajouter. :-)

Cordialement, :-)

Hyarion.

(Illustrations : Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa en CRS de Mai 68, caricature par Kiro [d'après une affiche contestataire de mai 1968], publiée dans Le Canard Enchaîné N°4514, 2 mai 2007 ; Daniel Cohn-Bendit le 16 avril 2008 à l'Elysée, photographie de l'Agence France Presse, ©Eric Feferberg/AFP ; Vue générale du grand défilé des étudiants et des salariés entre la République et la place Denfert Rochereau, à Paris, le 13 mai 1968, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/archives ; La cour intérieure de la Sorbonne occupée le 15 mai 1968 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP ; Le Premier ministre Georges Pompidou [au centre] et le secrétaire d'Etat Jacques Chirac [à droite] lors des accords de Grenelle en mai 1968, photographie, ©La Documentation française ; Georges Pompidou (au centre), Premier ministre d'alors, lisant, assis devant les journalistes, le 27 mai 1968 à Paris, le protocole des accords de Grenelle [Jacques Chirac, secrétaire d'Etat aux Affaires Sociales d'alors, est présent, à droite], photographie de l'Agence France Presse, ©AFP)
par Hyarion publié dans : Turpitudes de la vie politique communauté : Communauté de l'opposition
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Samedi 26 avril 2008
Voici un court message impromptu, rédigé entre deux éclats de rire sarcastiques, en réaction à une actualité décidément plus bouleversante que jamais... ;op

Il faut croire que c'est plus fort que lui. Il ne peut pas s'en empêcher. Depuis des années, il se retenait. Mais là, il n'en pouvait plus. Il fallait que ça sorte. Incorrigible Jean-Marie Le Pen ! Depuis mon dernier article consacré au personnage, rédigé il y a plus d'un an - voir le message intitulé "Sarkozy, Le Pen et l'extrême-droite : une longue histoire..." -, je ne pensais avoir à reparler de lui de sitôt, tant l'effrondrement électoral du Front National avait réussi, l'année dernière, à faire taire quelque peu les craintes qui étaient les miennes de voir Le Pen  revenir en force en 2007, cinq ans après sa qualification pour le second tour de la précédente élection présidentielle, en 2002. Le Front National est aujourd'hui dans une situation fort difficile : sa déroute aux dernières élections nationales - présidentielle et législatives - l'a plongé dans d'importantes difficultés financières, obligeant même son président perpétuel, Jean-Marie Le Pen, a décider de mettre en vente les imposants locaux du siège du parti, à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), surnommé "Le Paquebot", et à déménager prochainement ledit siège du parti ailleurs dans la région parisienne, probablement à Nanterre, dans des locaux plus petits. On ne pleurera pas sur le sort politique du chef d'un parti d'extrême-droite qui a pourri la vie politique française pendant tant d'années. Cela ne doit toutefois pas faire oublier que les idées d'extrême-droite sont d'avoir disparues, et que si Le Pen est à ce point dans les choux aujourd'hui, c'est essentiellement parce que Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa a réussi, très habilement, à siphoner l'électorat traditionnel du Front National lors de l'élection présidentielle de l'année dernière, impulsant ainsi une forte dynamique en faveur de l'UMP pour les élections législatives, dynamique face laquelle le FN n'a pas fait le poids...
Lorsque l'on y réfléchit, il en est toujours ainsi avec les partis extrémistes : lorsque les partis de gouvernement se portent mal, les extrémistes prospèrent, mais dès que lesdits partis de gouvernement reprennent du poil de la bête, les partis extrêmes reculent électoralement. Aujourd'hui, du reste, Nicolas Sarkozy est soucieux de conserver le territoire électoral conquis et donc de continuer à plaire à l'électorat de l'extrême-droite, comme on a pu le vérifier avant-hier soir, 24 avril, lors de son intervention télévisée : alors qu'on l'interrogeait sur la régularisation des sans-papiers travailleurs, Sarkozy a répondu en précisant qu'on ne "devient pas français" si facilement, confondant ainsi la naturalisation et la régularisation. Le Pen lui-même, soucieux de démontrer que les électeurs  traditionnels du FN ont été "victimes d'une illusion" en votant pour Sarkozy, n'a pas d'ailleurs manqué de souligner la manoeuvre de l'actuel chef de l'Etat pour plaire à l'électorat traditionnel de la droite de la droite, en déclarant : "On aura remarqué quelques beaux morceaux d'hypocrisie, comme sur les clandestins, avec la confusion volontaire entre régularisation et naturalisation". Il en faudrait toutefois plus pour reprendre du terrain face à un Sarkozy qui, jusqu'à présent, s'est toujours montré habile pour séduire le public traditionnellement favorable à l'extrême-droite...



Toujours est-il que Le Pen, devenu aujourd'hui quasiment inexistant médiatiquement, depuis que Sarkozy a récupéré son électorat, ne pouvait revenir, pontuellement, sur le devant de la scène, qu'en réutilisant la méthode qui a tant contribué au développement de sa notoriété, dans les années 1980 et 1990, à savoir la méthode de la provocation verbale à connotation raciste, antisémite ou négationniste. Souvenez-vous, chers lecteurs. C'était en septembre 1987, lors d'un mémorable entretien du président du Front National avec des journalistes, dans les studios de la radio RTL. Le Pen avait alors déclaré que les chambres à gaz utilisées par les nazis n'étaient qu'"un point de détail de l'histoire de la Deuxième Guerre Mondiale". L'emploi de cette expression avait eu alors un fort retentissement, suscitée des poursuites judiciaires, et quelques années plus tard, en mars 1991, la cour d’appel de Versailles avait finalement condamné Le Pen à verser à neuf associations, qui s'étaient portées parties civiles, 100.000 francs (15.000 euros) de dommages et intérêts pour "banalisation de crimes contre l'humanité" et "consentement à l'horrible" pour avoir ainsi assimilé les chambres à gaz à "un point de détail de l'histoire". Après cette affaire, le mot "détail" est d'ailleurs devenu à ce point connoté dans le monde politique, que lorsque le Premier ministre actuel, François Fillon, en octobre dernier, a parlé - stupidement - de "détail" à propos du recours aux tests ADN pour les candidats au regroupement familial, cela a suscité une vive polémique, démontrant ainsi que l'affaire du "point de détail" de 1987 reste encore bien présente aujourd'hui dans les mémoires. Or, ce mois-ci, précisemment, 17 ans après sa condamnation, Jean-Marie Le Pen, visiblement toujours soucieux d'entretenir une certaine mémoire des mots "historiques", a encore frappé ! Et avec la même formule qui a fait son succès : le fameux "détail de l'histoire"...

Le Pen crée un tollé en appelant à nouveau "détail" les chambres à gaz


Jean-Marie Le Pen, président du Front national, a suscité un tollé et s'est attiré des menaces de poursuites judiciaires en qualifiant à nouveau les chambres à gaz de "détail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale", dans un entretien au magazine "Bretons" publié vendredi [25 avril].

Le parquet a annoncé qu'il étudiait la possibilité de poursuivre l'ex-candidat à la présidentielle.

"J'ai dit que les chambres à gaz étaient un détail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale: ça me paraît tellement évident", déclare M. Le Pen dans le mensuel généraliste, diffusé en Bretagne et en région parisienne.

Le leader frontiste, dont la fille Marine a souligné qu'elle ne partageait pas les vues de son père sur ce point, avait été condamné à 1,2 million de francs (183.200 euros) d'amende pour de premières déclarations sur le "détail", en 1987 sur RTL.

Alors que "Bretons" lui fait remarquer que l'on a "déporté des gens pour les amener dans des camps juste pour les faire tuer", M. Le Pen répond: "Mais ça, c'est parce que vous croyez à ça. Je ne me sens pas obligé d'adhérer à cette vision-là. Je constate qu'à Auschwitz, il y avait l'usine IG Farben, qu'il y avait 80 000 ouvriers qui y travaillaient. A ma connaissance, ceux-là n'ont pas été gazés en tout cas. Ni brûlés."

M. Le Pen a affirmé dans un bref communiqué vendredi avoir "interdit expressément par lettre recommandée il y a déjà 15 jours" à "Bretons" de publier cet entretien.

Ses propos ont immédiatement été condamnés par politiques et associations, qui ont pointé du "négationnisme".

L'Union des étudiants juifs de France a annoncé avoir "décidé d'engager des poursuites judiciaires" et SOS Racisme dit avoir décidé de se constituer partie civile.

La Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme veut en faire autant après consultation de sa commission juridique.

Pour le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), l'ex-candidat à l'Elysée, "en pleine perdition politique", s'avance "encore plus sur la voie du négationnisme" pour "faire parler de lui".

Le MRAP a dénoncé une "volonté de contestation de crimes contre l'humanité d'une part et d'incitation à la haine".

Le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA) a exprimé "son indignation et sa colère".

Le Mouvement des Jeunes socialistes a dénoncé un "révisionnisme clairement assumé".

Pour Julien Dray, porte-parole de ce parti, c'est "à la justice d'agir pour que de telles paroles, qui prennent sciemment le risque de générer haine et division dans notre pays, ne restent pas impunies".

Même tonalité chez le député (app-communiste) Jean-Pierre Brard. Il a aussi demandé à la vice-présidente du FN Marine Le Pen, "qui prétend vouloir donner une nouvelle image au parti", de "condamner sans réserves" ces déclarations et de "présenter les excuses de son parti".

"Je dis ce que j'ai toujours dit: je ne partage pas sur ces événements la même vision que mon père", a fait valoir Mme Le Pen sur BFM TV.

"Je crois que Jean-Marie Le Pen ne voulait pas créer cette polémique, puisqu'il a interdit au journal la publication de cette interview", a-t-elle ajouté. "Le journal est passé outre, du coup il ne voulait pas cette polémique mais elle existe."

(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 25 avril 2008, 21h00)

Précisons que, selon le magazine Bretons, Jean-Marie Le Pen avait interdit de publier son entretien avec ledit magazine, non pas pour éviter la polémique, mais parce qu'il était en désaccord avec "les conditions de parution" de l'entretien... autrement dit, parce qu'il souhaitait faire la "une" du magazine, ce qui n'a finalement pas été le cas. Avec cette déconvenue, et surtout les poursuites judiciaires qui s'annoncent, Le Pen est à nouveau servi en matière d'emmerdements - si vous me passez l'expression -, vu que, cette fois-ci encore, il aura tout fait pour en avoir. Cela dit, tant pis pour lui. Il n'est pas à plaindre.

Soyons francs : toute cette histoire me fait bien rire ! Bien entendu, sur le fond, tout cela sent très mauvais. Mais sur la forme, il y a franchement de quoi s'esclaffer, qu'il s'agisse de la pathétique recyclage du fameux mot "détail" par Le Pen ou de la posture convenue de tous ceux qui se sont fait aussitôt un devoir de condamner, avec ostentation, cette énième provocation, qui ne méritait pourtant pas d'être ainsi médiatisée à ce point. A chaque fois, c'est le même cirque. La bêtise humaine est bien une des choses les mieux partagées au monde... Si Le Pen est à nouveau condamné, il n'aura, bien sûr, que ce qu'il mérite, mais la bonne conscience affichée publiquement par certains, qui ont eu beau jeu d'adopter une posture vertueuse, est franchement risible. Qu'est-ce que l'on ne ferait pas, en politique, pour se donner le beau rôle... Quelle misérable farce...


Alors oui, bien sûr, le négationnisme, l'antisémitisme, le racisme, ça pue, c'est dégoûtant. Mais, par ailleurs, les postures médiatiques convenues, au nom de l'anti-racisme et de l'anti-négationnisme, c'est tout simplement grotesque. On pourrait en pleurer, tant tout cela peut paraître désolant. Pour ma part, je préfère en rire, sur un ton sarcastique. Même si ce n'est pas politiquement correct, cela vaut toujours que d'être hypocrite, ou d'afficher une bonne conscience qui sonne faux...

Amicalement, et sarcastiquement, ;-)

Hyarion.


(Illustrations : Caricature de Jean-Marie Le Pen, par Kiro, publiée dans Manufacture française de candidats, Les dossiers du Canard Enchaîné N°83, avril 2002 ; Jean-Marie Le Pen dans la région Nord-Pas-de-Calais, le 4 mars 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Denis Charlet ; Le président du FN Jean-Marie Le Pen sur un plateau de télévision de TF1, le 16 mars 2008 à Boulogne-Billancourt, photographie de l'Agence France Presse, ©François Guillot/AFP/Archives)
par Hyarion publié dans : Turpitudes de la vie politique communauté : Communauté de l'opposition
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Vendredi 25 avril 2008
Un an après le premier tour de l'élection présidentielle, rien ne va plus pour Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, englué dans l'impopularité et la pagaille générale qui n'a guère tardé à s'emparer de son gouvernement et de sa majorité parlementaire. L'actuel chef de l'Etat s'efforce néanmoins désormais de donner l'impression qu'il a les épaules assez larges pour le costume de président de la République, et que le patron incontesté au sommet de l'Etat, c'est lui... mais sans vraiment convaincre, loin s'en faut...

Après une série de "couacs", Sarkozy recadre les ministres


Après une série de couacs qui ont mis à mal la cohésion gouvernementale, Nicolas Sarkozy a fermement recadré mercredi [16 avril] ses ministres en les rappelant à leur devoir de "solidarité" et confié leur communication à un spécialiste, Thierry Saussez, un de ses proches.
Tibet, OGM, carte "famille nombreuse": sur ces trois sujets sensibles, des ministres ont donné le sentiment de tirer chacun de leur côté au cours de la semaine écoulée.
Aussi M. Sarkozy a-t-il tenu mercredi, au terme du Conseil des ministres, à lancer une sévère mise en garde au gouvernement, même s'il n'a "cité aucun nom". "La prochaine fois, c'est la porte", a lancé le chef de l'Etat, dont les propos ont été rapportés à l'AFP par plusieurs ministres.
"Le président était très calme. Mais on sentait qu'il en avait discuté avec le Premier ministre" François Fillon et que pour eux, c'en était "fini d'être gentils", a expliqué l'un des participants.
"Il n'y aura pas de nouvel exemple" de couac "sans sanction" et "celui ou celle qui manque à la solidarité gouvernementale devra sortir", a ajouté le président, selon la même source.
"C'est la dernière fois que j'accepte cela. François et moi estimons que ça suffit ! Je ne supporte plus que certains se fassent leur cote au détriment de l'équipe. On accepte les arbitrages et si on n'est pas content, on quitte le gouvernement", a également affirmé le président, cité par un autre ministre.
Selon ces deux ministres, Nicolas Sarkozy a notamment visé Nathalie Kosciusko-Morizet, "même si elle n'était pas la seule".
Dans un entretien au Monde, la secrétaire d'Etat à l'Ecologie avait accusé il y a une semaine son ministre de tutelle Jean-Louis Borloo d'avoir ouvert "un concours de lâcheté et d'inélégance" avec Jean-François Copé, le chef des députés UMP, autour du texte sur les OGM.
A la demande du Premier ministre François Fillon, qui l'avait punie en l'empêchant de l'accompagner au Japon, Mme Kosciusko-Morizet avait présenté ses excuses à MM. Borloo et Copé. Sa nomination au poste de secrétaire générale adjointe de l'UMP avait néanmoins été confirmée à l'unanimité.
Deux autres incidents ont convaincu le chef de l'Etat de la nécessité de taper du poing sur la table : les hésitations autour de la carte famille nombreuse de la SNCF, dont la suppression a été évoquée avant d'être maintenue, et l'éventuel boycott de la cérémonie d'ouvertures des JO de Pékin.
La secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme Rama Yade avait déclaré, toujours au Monde, que M. Sarkozy mettait plusieurs "conditions" à sa participation à la cérémonie d'ouverture des JO le 8 août. Son ministre de tutelle Bernard Kouchner l'avait immédiatement démentie.
"Quand vous parlez au Monde, même en off, je ne peux pas croire que vous le fassiez sans vous en rendre en compte", a insisté le chef de l'Etat, sans s'adresser à quiconque en particulier, selon les mêmes sources.
Dans un langage plus édulcoré, Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, a affirmé devant la presse que M. Sarkozy avait "appelé tous les membres de son gouvernement à la loyauté, à la solidarité et à la nécessité d'avoir une équipe soudée autour de lui et du Premier ministre".
Pour tenter de mettre un terme à la "cacophonie" gouvernementale, un vocable employé jusque dans les rangs de la majorité, le couple exécutif a nommé mercredi comme délégué interministériel à la communication Thierry Saussez, un proche de M. Sarkozy, qui sera également responsable du Service d'information du gouvernement (SIG).


(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 16 avril 2008, 18h15)

"Une semaine terrible. La plus bordélique depuis mon élection" : c'est ainsi que Sarkozy de Nagy-Bocsa a qualifié la semaine du 7 au 13 avril dernier, devant ses conseillers, le lundi 14 avril (cf. Le Canard Enchaîné N°4564, 16 avril 2008). D'où le "recadrage" du mercredi suivant, lors du Conseil des ministres. Et en effet, depuis plusieurs semaines en fait, on ne peut que le constater : c'est la pagaille la plus complète, aussi bien au gouvernement qu'au sein de la majorité UMP au Parlement. Cette pagaille rend d'ailleurs d'autant plus illisibles les "réformes"  qui sont censées être faites, et le travail qui est censé être effectué, en général, par les ministres, les sous-ministres (secrétaires d'Etat), les députés et les sénateurs. Prenons un exemple : celui du projet de loi sur les OGM.


A la suite du fameux Grenelle de l'environnement, dont j'avais eu l'occasion de parler en octobre dernier (voir l'article intitulé "Grenelle de l'Environnement : beaucoup de bruit pour pas grand-chose ?"), ce projet de loi sur la culture des organismes génétiquement modifiés (OGM) était très attendu. Il s'agissait, en effet, rappelons-le, de proposer au Parlement, dès le début de cette année, une loi réglementant les OGM, censée trancher la question des essais en plein champ pour la recherche, et censée reprendre la proposition de création d'une Haute autorité indépendante, ainsi que le principe de responsabilité, de transparence - les communes et les départements devant être informés sur la présence d'OGM sur leur territoire - et de précaution. Aujourd'hui, je serais, personnellement, bien en peine de vous exposer clairement la situation dans laquelle se trouve ce projet, et, surtout, ce qu'il contient. Ce dernier a bien été présenté au Parlement, mais son examen s'est apparemment vite transformé en course de lenteur, dans une ambiance très tendue, tant le sujet est, encore aujourd'hui, extrêmement sensible. Les groupes de pression n'ont pas manqués de venir participer aux "réjouissances" parlementaires : les uns, opposés aux OGM, étaient présents dans les tribunes du public de l'Assemblée Nationale lors de la discution du projet de loi - ce fut notamment le cas de José Bové -, et les autres, favorables aux OGM et représentant les intérêts des fabriquants de semences - Monsanto, Limagrain, etc. -, faisaient tout ce qui leur était possible de faire, dans les coulisses, pour influencer les députés... Dans ce contexte, l'ambiance était, parait-il, particulièrement électrique. Entre "principes généraux" de l'utilisation des organismes génétiquement modifiés, création du "Haut conseil des biotechnologies", "transparence", "coexistence" des cultures et autre "délit de fauchage", les dispositions de ce projet de loi très controversé, ont été l'objet d'un débat, aussi agité que confus, entre parlementaires, lequel débat a, du reste, engendré une vive mésentente au sein de la majorité UMP et du gouvernement Fillon, ainsi que le Canard Enchaîné s'en est fait l'écho ce mois-ci :


"OGM : la grosse gêne de l'UMP

Le débat sur les OGM, qui devait s'achever, le 8 avril, à l'Assemblée, a offert un drôle de spectacle. Retour en trois actes sur un projet qui a fauché sur pied la bonne humeur de la famille UMP.

    ACTE I. Mardi 1er avril. En préambule à la discussion du projet de loi sur les OGM à l'Assemblée, Jean-François Le Grand, sénateur UMP de la Manche, tire à vue sur ses collègues : "Certains ont fait main basse sur l'UMP afin de défendre des intérêts mercantiles, ripolinés pour les rendre sympathiques (...).