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"Sarkozy, il faut lui marcher dessus. Pour deux raisons. Un, c'est la seule chose qu'il comprenne. Deux, ça porte chance." (Jacques Chirac)


(Jacques Chirac, par Kiro)

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Vendredi 6 novembre 2009
Plus que jamais, il me faut prendre mon envol vers d'autres horizons... Je le sens bien, mais il faut me faire décidément violence, car je n'ai que trop tardé... Voila donc un dernier article sur la politique avec un petit "p"... un dernier pour la route ! Oui, je sais, je sais, chers lecteurs, je dis toujours que je vais m'arrêter, mais cela ne finit jamais... Mais à vrai dire, il vraiment plus que temps pour moi de passer à autre chose aujourd'hui... J'ai cependant trop souvent parlé ici de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa depuis la création du présent blog pour ne pas encore y revenir à présent, une dernière fois, en réaction à l'actualité du moment... Cela n'est pas chose facile que de décrocher de ses habitudes, je vais donc tâcher de faire de mon mieux, afin que la sortie ne soit pas trop laborieuse...


Une fois de plus, les dépêches de l'AFP me sont d'un précieux secours pour m'éviter de m'enliser dans une présentation personnelle d'une actualité politique dont je suppose qu'elle serait aujourd'hui bien fastidieuse, tant mon inspiration dans ce domaine me parait s'être tarie...

Jacques Chirac, premier ancien président renvoyé devant un tribunal


Jacques Chirac a été renvoyé vendredi [30 octobre] devant le tribunal correctionnel de Paris, une première s'agissant d'un ancien président de la République, pour une affaire d'emplois de complaisance lorsqu'il était maire de Paris.

Dès l'annonce de son renvoi par la juge Xavière Simeoni, l'ancien président, âgé de 76 ans, a pris "acte" de cette décision. Dans un communiqué, M. Chirac, actuellement en vacances au Maroc, s'est dit "serein et décidé à établir devant le tribunal qu'aucun" des 21 emplois pour lesquels il est renvoyé devant la justice "ne constitue un emploi fictif".

L'ancien chef de l'Etat est renvoyé, selon une source judiciaire, des chefs de "détournements de fonds publics" et d'"abus de confiance" pour 21 emplois de complaisance présumés payés entre octobre 1992 et mai 1995 par le cabinet du maire de Paris, fauteuil occupé par Jacques Chirac de 1977 à 1995.

Dans son ordonnance, la juge explique que l'ancien maire de Paris "a eu une action déterminante" dans "la conception et la mise en place d'agents dits chargés de mission à la mairie de Paris dès 1977", année de son élection à la mairie de Paris, ainsi que dans leur "recrutement". Ces recrutements visaient ainsi, selon elle, "à asseoir l'influence politique" de M. Chirac et "à servir à plus ou moins long terme ses propres intérêts et ambitions, ou ceux de son propre parti, sur le plan national, voire sur le plan local, à Paris comme en Corrèze, et ce, sans bénéfice pour la communauté des Parisiens, tout en portant atteinte aux intérêts financiers de la ville".

M. Chirac, très populaire depuis la fin de son mandat, encourt dix ans de prison et 150.000 euros d'amende.

Le parquet, qui avait requis un non-lieu général fin septembre dans cette affaire, dispose de cinq jours pour faire appel de la décision du juge d'instruction.

En cas de procès, "le président Chirac peut choisir soit d'aller s'expliquer devant le tribunal", soit demander à son avocat "de porter sa parole le moment venu", a indiqué son conseil, Me Jean Veil.

L'instruction menée par la magistrate visait 35 emplois présumés fictifs sur une période courant de 1983 à 1998, soit du début du deuxième mandat de M. Chirac à la mairie aux trois premières années de son successeur Jean Tiberi. Elle a jugé prescrits les faits antérieurs à octobre 1992.


Protégé pendant 12 ans par sa fonction à la tête de l'Etat (1995-2007) avant de redevenir un justiciable ordinaire, Jacques Chirac avait été mis en examen le 21 novembre 2007.

Il avait alors dit "assumer la totale responsabilité de ces recrutements", arguant de leur utilité, et nié tout détournement.

Si l'ancien président a été entendu dans plusieurs affaires judiciaires touchant au financement de son ancien parti, le RPR, le dossier des chargés de mission est le seul dans lequel il est poursuivi.

Interrogé en marge d'un déplacement à Bruxelles, Nicolas Sarkozy a répondu qu'il ne pouvait "faire aucun commentaire". "Il existe un principe de séparation des pouvoirs. Je suis le président de la République, successeur de Jacques Chirac. Si quelqu'un ne peut présenter le moindre commentaire, c'est moi", a-t-il insisté.


Le renvoi de l'ancien chef d'Etat devant un tribunal était qualifié de "légitime" à gauche et dans le monde judiciaire, tandis qu'à droite on le regrettait au regard de l'ancienneté des faits reprochés.

L'ex-candidate PS à la présidentielle, Ségolène Royal, s'est démarquée des socialistes en faisant valoir, juste avant l'annonce de la décision, qu'un tel renvoi n'était "pas bon pour l'image de la France".

Les milieux judiciaires ont vu dans cette décision un signe d'indépendance de la justice, dont ils redoutent qu'elle ne soit atteinte par le projet de suppression du juge d'instruction.

Dans l'affaire des chargés de mission, neuf autres personnes sont également renvoyées devant le tribunal. Parmi eux figurent deux de ses anciens directeurs de cabinet, Michel Roussin et Rémy Chardon.

Sont également renvoyés devant le tribunal plusieurs "receleurs" soupçonnés d'avoir bénéficié de ces emplois. Ainsi l'ancien secrétaire général de Force ouvrière (FO) Marc Blondel est renvoyé pour avoir bénéficié d'un chauffeur rémunéré par la mairie de Paris.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 30 octobre 2009, 20h32)


Chirac, un "animal politique" aux multiples visages


Elu puis ministre dès les années 60, président de la République pendant douze ans après deux tentatives ratées, Jacques Chirac, renvoyé vendredi [30 octobre] devant la justice, a connu une formidable longévité politique au prix de nombreuses métamorphoses.

A 76 ans, dont quarante-trois ans d'une vie publique riche en rebondissements, ce battant s'est forgé un destin hors norme: deux fois président, deux fois Premier ministre, 18 ans maire de Paris.

Ses deux victoires présidentielles de 1995 et 2002, il les a remportées en déjouant tous les pronostics.

Mais il a eu ensuite du mal à transformer l'essai, contraint notamment de cohabiter cinq ans avec le socialiste Lionel Jospin après une malencontreuse dissolution de l'Assemblée en 1997, ou subissant un échec majeur avec le fiasco du référendum européen en 2005.

Ses partisans ont vu en lui un homme chaleureux, généreux, "toujours attentif aux autres". Ses adversaires l'ont décrit comme "versatile", sans vision, "plus capable de conquérir le pouvoir que de l'exercer".

Ses biographes s'accordent toutefois à reconnaître que Jacques Chirac est bien plus complexe que l'image qu'il a longtemps donnée: un bon vivant au parler cru, amateur de bière et de tête de veau, s'adonnant avec appétit aux bains de foule, "caressant le cul des vaches" dans les salons agricoles.

Car cet homme au visage hâlé, toujours en mouvement, élancé - il dépasse le mètre quatre-vingt-dix - est aussi un amoureux de l'Asie, passionné de sumo, grand défenseur des "peuples oubliés", artisan du dialogue des cultures.


Ce gaulliste pragmatique remporte sa première élection en 1965, comme conseiller municipal de Sainte-Féréole, en Corrèze, département de vieille tradition radicale dont il fait un fief et qu'il représentera à l'Assemblée de 1967 à 1995.

Rapidement, il enchaîne les plus hautes fonctions: ministre sans interruption de 1967 à 1974, deux fois chef de gouvernement - sous Valéry Giscard d'Estaing de 1974 à 1976, sous François Mitterrand de 1986 à 1988 -, trois fois maire de Paris de 1977 à 1995.

De ce bastion parisien, il se lancera par deux fois, sans succès, à la conquête de l'Elysée, en 1981 et 1988.


Ces nombreux combats lui ont valu la réputation d'un "tueur" éliminant tout concurrent potentiel. A l'exception notable de Nicolas Sarkozy, dont il n'a pu empêcher la marche forcée vers l'Elysée.

Il a aussi été comparé à un "caméléon" en raison de sa faculté à changer avec les modes: partisan d'un travaillisme à la française dans les années 70, il se fait le chantre du libéralisme à la Ronald Reagan dix ans plus tard, avant de dénoncer la "fracture sociale" en 1995.

C'est ainsi que le "fana-mili" a incarné l'opposition à la guerre en Irak ou que l'homme de la reprise des essais nucléaires s'est mué en défenseur d'une planète en danger.

"L'agité", qualificatif dont on prête la paternité à Giscard, s'est assagi, selon ses proches. A la fin de son mandat, il a commencé à lever le voile sur ses déchirures intimes, confiant que l'anorexie mentale de sa fille Laurence avait été "le drame" de sa vie.

Déjà premier ancien président poursuivi par la justice en novembre 2007 -- il est alors mis en examen -- Jacques Chirac est aujourd'hui le premier à être renvoyé en correctionnelle dans cette affaire d'emplois présumés fictifs du temps où il était maire de Paris.

Depuis sa retraite, il a oeuvré au lancement d'une Fondation en faveur du développement durable et du dialogue des cultures qui vient d'attribuer ses premières récompenses.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 30 octobre 2009, 09h57)

Ainsi donc, après toutes ces années à attendre cet improbable miracle, une juge, secrète et déterminée, la juge Xavière Simeoni, a finalement renvoyée vendredi dernier Jacques Chirac en correctionnelle pour l'affaire des emplois fictifs de chargés de mission de la Mairie de Paris. Dans mon précédent article consacré au sujet, j'avais émis la possibilité d'un renvoi de Chirac dans une cour d'assises, alors que la dépêche de l'AFP qui je citais alors ne faisait référence qu'à un possible renvoi en correctionnelle. A une de mes lectrices régulières qui me demandait des éclaircissements sur mes propos, je me suis efforcé d'apporter une réponse sur ce que j'avais voulu dire... En fait, tout le monde ne le sait pas mais, dans le dossier judiciaire de Chirac concernant ces fameux emplois fictifs de la Mairie de Paris, il y a (ou du moins il y avait) des poursuites pour "faux aggravé en écritures publiques"... ce qui est un crime... et qui donc relève des assises ! La sanction pénale prévu pour faux en écriture publique est par ailleurs éloquente quant à la gravité de l'acte, puisque celui-ci est puni de dix ans d'emprisonnement et d'une amende de 150 000 euros, ces peines étant portées à quinze ans de réclusion criminelle et à 225 000 euros d'amende lorsque le faux est commis par une personne dépositaire de l'autorité publique ou chargée d'une mission de service public agissant dans l'exercice de ses fonctions ou de sa mission. Cela dit, j'ai précisé dans ma réponse qu'il est bien évident que l'hypothèse de la cour d'assises était alors d'ors et déjà très improbable (Chirac aux assises : entre nous, ce serait trop beau ;-)...), et que si la juge décidait de renvoyer Jacques Chirac devant une cour de justice, ce sera, en effet, en correctionnelle, comme cela, du reste, avait été évoqué dans la dépêche de l'AFP que j'avais repris dans mon article. J'ai toutefois ajouté que si la juge décidait ce renvoi en correctionnelle, le procureur de Paris, qui a requis le non-lieu général dans cette affaire, pourrait toujours faire appel et demander à la Chambre de l'instruction d'annuler l'ordonnance du juge, puis même, en cas d'échec, finalement "oublier" d'inscrire le procès au programme du tribunal, comme cela a été expliqué dans le Canard Enchaîné du 7 octobre dernier (N°4641). Aujourd'hui, aux dernières nouvelles, il semble que le parquet n'ait pas l'intention finalement de faire appel, et Chirac, de son côté, a même annoncé avant-hier qu'il irait lui-même devant le tribunal "pour que la vérité soit établie".

Chirac ira "lui-même" devant le tribunal et n'a "rien à se reprocher"


Jacques Chirac s'est expliqué pour la première fois mercredi [4 novembre] dans les médias sur son renvoi en procès ordonné le 30 octobre par une juge d'instruction, assurant qu'il n'avait "rien à se reprocher" et irait lui-même s'expliquer au tribunal "pour que la vérité soit établie".

"J'irai tout naturellement, comme tout citoyen a le devoir de le faire, m'expliquer devant le tribunal et ceci (...) avec sérénité et détermination car je n'ai rien à me reprocher", a affirmé l'ancien président de la République (1995-2007) dans un entretien à Europe 1.

Après un court extrait dès mercredi soir, l'intégralité de l'interview devait être diffusée jeudi matin [5 novembre] sur cette radio.

Jacques Chirac, 76 ans, retraité le plus populaire du pays, a confié au Figaro : "J'irai m'expliquer (...) pour que la vérité soit établie. Je le dois aux Français qui m'ont accordé leur confiance".

Il s'agit de ses premières interventions depuis la décision de la juge Xavière Simeoni de le renvoyer devant la justice dans l'affaire des emplois présumés de complaisance qu'aurait attribués la ville de Paris lorsqu'il en était maire.

Vendredi dernier [30 octobre], c'est dans un communiqué publié par son bureau, qu'il s'était dit "serein et décidé à établir devant le tribunal qu'aucun" des 21 emplois pour lesquels il est renvoyé justice "ne constitue un emploi fictif".

"Je conteste son analyse", a-t-il ajouté mercredi à propos de Mme Simeoni, soulignant vouloir s'en expliquer au plus vite pour "que cette page soit définitivement tournée".

Coïncidence, au moment même où était répercuté son souhait qu'il n'y ait pas appel de la décision de Mme Simeoni, on apprenait de source judiciaire que le parquet de Paris ne s'opposerait effectivement pas à ce renvoi.

Le parquet, qui avait requis un non-lieu général dans l'affaire, disposait d'un délai de cinq jours pour faire part d'un éventuel appel.


Mercredi, M. Chirac a répété que "21 emplois rest(ai)ent en débat" -présumés fictifs payés par la mairie entre 1992 et 1995 - pour le procès qui s'annonce avec neuf coprévenus dont plusieurs ex-directeurs de cabinet et l'ancien numéro un du syndicat FO Marc Blondel.

"Je rappelle qu'au départ, près de 500 emplois ont été examinés par la justice, et qu'on a parlé d'un véritable "système". Aujourd'hui, on constate bien qu'il n'en est rien", a-t-il affirmé.

Ce renvoi en correctionnelle, des chefs de "détournements de fonds publics" et d'"abus de confiance", est une première s'agissant d'un ancien président de la République.

Dans son ordonnance, la juge a expliqué que l'ancien maire de Paris "a eu une action déterminante" dans "la conception et la mise en place d'agents dits chargés de mission à la mairie de Paris dès 1977", année de son élection à la mairie de Paris, ainsi que dans leur "recrutement".

Ces recrutements visaient ainsi, selon elle, "à asseoir l'influence politique" de M. Chirac et "à servir à plus ou moins long terme ses propres intérêts et ambitions, ou ceux de son propre parti, sur le plan national, voire sur le plan local, à Paris comme en Corrèze, et ce, sans bénéfice pour la communauté des Parisiens, tout en portant atteinte aux intérêts financiers de la ville".

Jacques Chirac encourt dix ans de prison et 150.000 euros d'amende.

(Dépêche de l'Agence France, 4 novembre 2009, 19h08)

A la bonne heure : si les dieux sont avec nous, il y aura donc peut-être bien un procès Chirac, en définitive, devant un tribunal correctionnel donc, plutôt qu'une cour d'assises, la juge ayant prononcé un non-lieu pour le chef de faux en écriture publique. Un procès en correctionnelle, c'est toujours cela de pris. Mon collègue blogueur marxiste Jean-Louis Roche préfèrerait un procès de "l'Etat bourgeois" qui "détourne en permanence « l'argent public »" à un procès de celui qu'il appelle affectueusement "gangster Chirac rangé des voitures" pour une vieille affaire de détournement de fonds et d'emplois fictifs à Paris, mais les choses sont ainsi. Pour ma part, un procès Chirac, j'en ai rêvé, et je constate que certains rêves, même très improbables, ont parfois plus de chances que prévu de devenir réalité... Pour autant, je reste néanmoins un incorrigible sceptique quant à l'issue de cette affaire politico-médiatique : gageons que Jacques Chirac réussira, cette fois encore, à se tirer d'affaire à moindres frais, et sans perdre beaucoup de plumes, comme il l'a toujours fait... Rappelons, pour mémoire, qu'outre cette histoire d'emplois de complaisance à la Mairie de Paris pour laquelle il est renvoyé devant le tribunal, Jacques Chirac a vu son nom apparaître dans l'affaire des emplois fictifs du RPR payés par la Ville de Paris (affaire pour laquelle plusieurs personnes ont été condamnés en 2004, notamment Alain Juppé), dans l'affaire des marchés publics des lycées d'Ile-de-France ayant servi au financement occulte à de partis politiques, dans l'affaire des HLM de la Ville de Paris (irrégularités dans la passation de marchés), dans l'affaire de l'ancienne imprimerie de la ville de Paris Sempap, dans les affaires des faux électeurs des 3e et 5e arrondissements de Paris, et enfin dans l'affaire des fameux "frais de bouche" du couple Chirac payés par la Mairie de Paris. Ces autres affaires sont presque toutes enterrées aujourd'hui (seule celle des emplois fictifs du RPR est toujours en cours) et aucune, bien entendu, n'a débouché sur des poursuites contre Jacques Chirac. Aujourd'hui, ce dernier a beau faire l'objet d'un renvoi en correctionnelle dans l'affaire des chargés de mission de la ville de Paris, je ne me fais pas beaucoup de souci pour le citoyen Chirac censé être redevenu un "justiciable comme les autres" depuis qu'il a quitté l'Elysée. Il a plus d'un tour dans son sac, et le temps, on le voit bien, travaille pour lui. Chirac s'en sortira donc, j'en ai le présentiment, bien mieux que tous les seconds couteaux qui ont servis ces intérêts pendant des années et qui, moins malins ou moins chanceux que lui, se sont vus, depuis, sérieusement rattrapés par la justice de leur pays pour cause de pratiques politiciennes peu recommandables, mais dont les membres la mouvance crypto-gaulliste RPR/UMP se sont longtemps fait une spécialité, à des degrés divers...

Sale temps pour les héritiers du gaullisme


Dominique de Villepin en procès, Charles Pasqua condamné ou avant lui Alain Juppé : le nom de Jacques Chirac, renvoyé vendredi [30 octobre] en correctionnelle, s'ajoute à une longue liste d'héritiers du gaullisme ayant eu affaire à la justice, même si les cas ne sont pas comparables.

Coïncidence, la spectaculaire décision de la magistrate Xavière Simeoni de renvoyer l'ancien président devant la justice dans ce dossier d'emplois présumés fictifs à la mairie de Paris, intervient trois jours après la condamnation à un an de prison ferme de Charles Pasqua dans une affaire de ventes illégales d'armes à l'Angola.

Si la condamnation n'est pas définitive - M. Pasqua a immédiatement annoncé qu'il ferait appel - elle est inédite. C'est la première fois que l'ex-ministre de l'Intérieur, aujourd'hui octogénaire, écope de prison ferme, alors que son nom a déjà été mêlé à de nombreuses affaires politico-financières.

Son cas est toutefois à distinguer de ceux d'autres anciens du RPR (ancêtre de l'UMP), fait remarquer à l'AFP Andrew Knapp, un spécialiste du gaullisme qui enseigne la vie politique française à l'université de Reading (Angleterre).

L'Angolagate, souligne-t-il, est "lié à ce qui reste des fameux réseaux Foccart" du nom d'un conseiller de l'Elysée des années 60-70, bâtisseur des relations controversées France-Afrique. Et cette affaire "ne concerne pas que des hommes de la formation gaulliste", relève M. Knapp.

Même caractère inclassable, d'après lui, pour les ennuis judiciaires de Dominique de Villepin.

Dans le procès Clearstream, l'ex-Premier ministre (2005-2007) - contre lequel le procureur de Paris a requis le 20 octobre 18 mois de prison avec sursis - est englué dans "une guerre de succession qui a mal tourné" avec Nicolas Sarkozy, juge l'universitaire.


Rien à voir avec les affaires du RPR ou de la Ville de Paris qui ont garni le casier judiciaire de plusieurs autres proches de Jacques Chirac, dont Alain Juppé, Jean Tiberi ou Michel Roussin, condamné dans l'affaire des marchés publics des lycées d'Ile-de-France et également renvoyé vendredi dans le dossier de Mme Simeoni.

Pour Andrew Knapp, le tournant c'est l'élection de Jacques Chirac comme maire de Paris en 1977.

"Une fois élu, il s'est rendu compte qu'il était assis sur un tas d'or, que la mairie lui donnait à la fois les moyens d'asseoir son autorité au sein du RPR mais aussi de faire fonctionner le parti", dit l'universitaire pour expliquer toutes les dérives en terme d'utilisation de l'argent public.

C'est d'ailleurs au titre d'ex maire-adjoint aux Finances qu'Alain Juppé sera impliqué dans l'affaire des emplois fictifs offerts à des permanents du RPR, dossier distinct de celui des emplois présumés de complaisance à la Ville.

La condamnation en appel de l'ex-Premier ministre fin 2004 (14 mois de prison avec sursis et un an d'inéligibilité) le conduira à se retirer un temps de la vie politique et à s'exiler au Canada jusqu'à l'été 2006. A l'époque de son procès, Juppé était qualifié par l'opposition de simple "fusible" face à un Chirac "intouchable", parce que protégé par son immunité présidentielle.


"Beaucoup des proches (de Jacques Chirac) sont visés" par la justice, a réagi vendredi Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste.

Il a aussi établi la distinction entre Clearstream, qui est selon lui un "règlement de comptes sur fond de barbouserie avec deux ex-ministres" et l'Angolagate, "un dossier grave avec des prolongements plus graves encore".

(Dépêche de l'Agence France Presse, 31 octobre 2009, 09h17)

Oui, sale temps pour les héritiers supposés du gaullisme... même pour le pire héritier de tous, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa. Ce dernier, qui incarne l'héritage trahi (plus encore que les autres), a su échapper aux scandales politico-judiciaires, mais il n'est guère politiquement aujourd'hui en meilleure posture en tant qu'actuel chef de l'Etat, contesté qu'il est par de plus en plus de gens, y compris dans son propre camp, plusieurs pseudo-réformes sarkozystes passant désormais mal dans la majorité parlementaire, et notamment le trio taxe carbone-taxe professionnelle-big bang des collectivités territoriales. Sarkozy a beau engueuler tout le monde, rien n'y fait, et la cacophonie gouvernementale et parlementaire bat son plein ces derniers temps. Dans ce contexte favorable à l'éclosion de contestations de toutes sortes, y compris à droite, le 27 octobre dernier, Dominique Galouzeau de Villepin, tout juste dégagé des longues auditions du procès Clearstream, a fustigé "la concentration du pouvoir" qui conduit à "l'esprit de cour" et s'est posé, devant ses quelques partisans réunis à Paris, comme "une alternative républicaine" à Sarkozy de Nagy-Bocsa. La veille, le 26 octobre, on avait appris que selon un sondage de l'institut LH2 publié par le site NouvelObs.com, une large majorité de Français (58%) dressait un bilan "négatif" de l'action présidentielle de Sarkozy à mi-mandat, contre 38% qui jugaient "positif" son bilan après deux ans et demi à l'Elysée. Quelques jours plus tôt, le 23 octobre, à sa sortie du procès Clearstream, Galouzeau de Villepin avait déclaré : "Je veux tourner la page et regarder vers l'avenir. Je garde la main ouverte vis-à-vis de Nicolas Sarkozy. Je n'ai pas de rancoeur au fond de moi et je veux servir les Français à la place qui est la mienne." Mais bien entendu, la gué-guerre n'est pas fini... et même le pacte de non-aggression entre Chirac et Sarkozy, pour éviter certains ennuis judiciaires à Chirac et laisser Villepin se débrouiller avec la justice, ne vaut que ce qu'il vaut, au point même d'apparaître à présent quelque peu caduc...


Aujourd'hui, 6 novembre, une cérémonie de remise de prix pour la prévention des conflits dans le monde par la Fondation Chirac a eu lieu à Paris, en présence de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy, lesquels ont tenu à faire preuve publiquement, à cette occasion, de la plus grande amabilité l'un envers l'autre... mais, en réalité, derrière les marques de respect et les louanges de façade, chacun dans cette histoire politico-judiciaire chiraco-sarkozyenne peut entonner la célèbre ritournelle "je te tiens, tu me tiens, par la barbichette...", en attendant la suite...

"Chirac, l'oublié du procès Clearstream

Après son interview au « Figaro », la semaine dernière [publié le 16 octobre], Sarko a abordé, devant les éditorialistes de ce quotidien, le procès Clearstream :
    « Vous le savez bien, vous, que Villepin est coupable, lance Sarkozy.
    - Et Chirac ?, interroge un journaliste.
    - Chirac... Il a intérêt à se tenir tranquille, marmonne Sarko.
    - Il est plutôt gentil avec vous », fait remarquer son interlocuteur.
    Sarko brandit alors un doigt menaçant :
    « Ah, ça oui, il a intérêt à être gentil ! »
    Sinon ? Le procureur de la République corrigerait son réquisitoire et ne réclamerait plus un non-lieu pour Chirac dans l'affaire des emplois fictifs de la Mairie de Paris ? La menace est claire. L'ancien chef de l'Etat avait « intérêt » à ne pas voler au secours de son ex-fidèle Villepin dans l'affaire Clearstream. D'ailleurs, il s'en est bien gardé."

(Le Canard Enchaîné N°4643, 21 octobre 2009)

"La fête à Bernadette

    « Bernadette, elle va savoir ce que c'est d'être renvoyé en correctionnelle. » C'est ainsi que Villepin a réagi, devant ses amis parlementaires, au renvoi en correctionnelle de son ami Chirac. Et l'ancien Premier ministre de poursuivre :
    « Le problème pour moi n'a jamais été Chirac mais Bernadette. Elle me déteste, elle m'a toujours détesté et c'est elle qui a poussé Chirac à dealer avec Sarko sur mon dos. »
    Traduction de l'accord : en échange de la neutralité de Chirac au procès Clearstream, Sarko l'a assuré de son soutien, ou du moins de celui du parquet, dans l'affaire des emplois fictifs de la Mairie de Paris. Un accord rendu caduc (pour le moment) par la décision de la juge d'instruction de renvoyer l'ancien chef de l'Etat devant la justice.
    « Il est ridicule, a conclu Villepin, de poursuivre un président qui a servi la France pendant tant d'années. Rien ne dit aujourd'hui que Chirac n'a pas eu tort de faire confiance à Sarkozy. »
    Et aussi à Bernadette."

(Le Canard Enchaîné N°4645, 4 novembre 2009)

Bref, quoiqu'il puisse arriver, à la place de Chirac, je continuerai à me méfier de Sarkozy comme de la peste aussi longtemps que ledit Sarkozy sera à L'Elysée, mais de toute façon, je fais confiance à Chirac pour ne pas oublier à qui il a affaire, derrière la cordialité des rapports officiels entre les deux hommes...


Aujourd'hui, en tout cas, Chirac a quelque-chose que Sarkozy n'a pas : une certaine popularité, même si elle est relative... Un sondage tout récent vient même de révéler que Chirac, en tant qu'ancien chef de l'Etat, est plus populaire que son vieil ennemi Giscard :

Chirac plus populaire que Giscard, moins que Mitterrand, selon un sondage


Jacques Chirac, avec 60% d'opinions positives, apparaît plus populaire que Valéry Giscard d'Estaing (54%) mais moins que François Mitterrand (67%), dans un sondage sur la popularité des anciens présidents de la Ve République réalisé par BVA pour le Figaro mercredi [4 novembre].

Charles de Gaulle, premier président de la Ve République, prend la tête du classement avec 87% de bonnes opinions, devant George Pompidou (74%).

Avec 60% d'opinions positives, Jacques Chirac, dont le premier tome des Mémoires ("Chaque pas doit être un but", Editions Nil) sort officiellement jeudi en librairie, confirme sa popularité alors qu'en avril 2007, à quelques semaines de la fin de son mandat, il disposait selon BVA de la plus faible popularité jamais enregistrée pour un président (32% de bonnes opinions, 58% de mauvaises).

Les Français sont "plutôt gentils et cléments avec lui", assure Gaël Sliman (BVA) qui souligne que M. Chirac n'a nettement dépassé les 60% qu'au moment de la guerre en Irak en 2003 (69%) et lors de la victoire de la France à la Coupe du monde de football en 1998 (67%).

"Le reste du temps, et à l'exception de la période de cohabitation où il a été protégé par la bonne cote de Lionel Jospin, l'impopularité de Chirac a été constante", selon M. Sliman.

A 71%, les Français apprécient la manière d'incarner la fonction présidentielle de Jacques Chirac. Mais 58% ont une mauvaise opinion de lui sur la lutte contre l'insécurité et 71% sur le chômage.

Sondage réalisé par téléphone les 30 et 31 octobre, auprès d'un échantillon de 967 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 4 novembre 2009, 09h21)

Autant dire qu'entre cette relative popularité et le procès annoncée pour l'affaire des emplois fictifs de la Mairie de Paris, on ne pouvait espérer mieux comme contexte pour la sortie en librairie, cette semaine, du premier tome des Mémoires de Jacques Chirac, tome dans lequel l'ancien chef de l'Etat évoque son parcours des origines jusqu'à sa victoire lors de l'élection présidentielle de 1995, et dans lequel pas un mot n'est évidemment consacré aux emplois fictifs de la Mairie de Paris, au "frais de bouche" du couple Chirac, aux voyages en avion payés en liquide, ou à l'anecdote "abracadabrantesque" concernant le financement occulte du RPR "en présence de Monsieur Chirac" évoquée dans la cassette Méry...

"Mémoires" de Chirac: salut à "l'artiste" Mitterrand, propos acerbes sur VGE


Jacques Chirac rend hommage à l'"artiste" François Mitterrand et égratigne parfois sévèrement ses anciens rivaux à droite VGE et Edouard Balladur, dans le premier tome de ses Mémoires qui retrace sa vie depuis sa naissance en 1932 jusqu'à son accession à l'Elysée en 1995.

Ce livre "Chaque pas doit être un but" (Editions Nil, tirage de 230.000 exemplaires) a été largement éventé dans les journaux et sur internet mardi [3 novembre], deux jours avant sa sortie prévue en librairie.

Coïncidence du calendrier, il sera vendu le jour même où le parquet de Paris doit indiquer s'il fait appel ou non du renvoi en correctionnelle de l'ancien président de la République ordonné vendredi par une juge d'instruction.

Ce premier volume dédié à son petit-fils Martin, très attendu du microcosme politique, ne fait pas la moindre allusion aux difficultés judiciaires de l'ancien maire de Paris dans le dossier sur les présumés emplois fictifs de la Ville.

L'exergue, tirée des "Conversations" des deux poètes allemands Johann Wolfgang von Goethe et Johann Peter Eckermann, a inspiré son titre: "Ce n'est pas assez de faire des pas qui doivent un jour conduire au but, chaque pas doit être lui-même un but en même temps qu'il nous porte en avant".


Jacques Chirac retrace son parcours, public et privé, en 500 pages: de l'apprentissage du pouvoir en 1962 au côté du "père spirituel" Georges Pompidou, à l'accession à l'Elysée en 1995, en passant par ses années chez les scouts - où il était surnommé "bison égocentrique" - ou son mariage avec Bernadette Chodron de Courcel en 1956.

Ce récit tonique et imagé est illustré de quelques photos noir et blanc ou couleur: la Peugeot 403 avec laquelle il fit sa première campagne aux municipales de Sainte-Féréole (Corrèze) en 1965, les négociations laborieuses de Grenelle aux côtés des deux Georges, Pompidou et Séguy, en mai 1968, ou encore le soir de la victoire, 27 ans plus tard, le 7 mai 1995.

Le cinquième président de la Vème République fait aussi des confessions inédites, émaillées de commentaires élogieux ou sévères, sur ses relations avec d'autres grandes figures: François Mitterrand, Valéry Giscard d'Estaing, Edouard Balladur.

Il dit avoir admiré chez l'ex-président François Mitterrand, son prédécesseur à l'Elysée, une "finesse de jugement" et une "intelligence tactique" "rarement rencontrées dans le monde politique".

De ses années à Matignon (1974-76) pendant le septennat de VGE [Valéry Giscard d'Estaing], il retient surtout la "multiplication des gadgets médiatiques" et les "initiatives démagogiques". Mais aussi un bref séjour au fort de Brégançon qui scella la rupture avec ce président "imbu de ses prérogatives" qui traitait ses hôtes et son Premier ministre "avec une désinvolture de monarque".

"J'avais confiance en Edouard Balladur", confie-t-il aussi de l'ami qu'il dit avoir hissé à Matignon en 1993 et qui l'a "trahi" en se présentant contre lui à la présidentielle deux ans plus tard.


"Je n'aurai jamais d'explication d'homme à homme avec Edouard Balladur. Je ne l'ai d'ailleurs pas cherchée", écrit le vainqueur de 1995.

A la même époque, Jacques Chirac se souvient aussi de la "défection" de Nicolas Sarkozy dont il avait repéré dès le milieu des années 70 la "volonté, qui ne l'a pas quitté, de se rendre indispensable, d'être toujours là, nerveux, empressé, avide d'agir", avec un "sens indéniable de la communication".

(Dépêche de l'Agence France Presse, 3 novembre 2009, 17h59)
 
Voila, tout est dit, ou presque. Le procès de Chirac, si longtemps espéré, aura donc peut-être lieu en 2010... ou peut-être pas. On verra bien. Chirac profitera peut-être de ce moment d'exposition médiatique pour faire publier le deuxième tome de ses Mémoires, actuellement en cours de rédaction. En tout cas, on va sans doute encore bien s'amuser...

Pour le reste, les prochaines élections régionales auront lieu les dimanches 14 et 21 mars 2010. Les conseillers régionaux seront élus pour la dernière fois ces 14 et 21 mars prochains puisqu'ils sont appelés à être remplacés à partir de 2014 par les conseillers territoriaux siégeant également au département, d'après le projet de réforme territoriale du gouvernement. Les élections régionales de 2004 avaient été marquées par un raz-de-marée de la gauche. Sur les 22 régions métropolitaines, vingt sont actuellement gérées par la gauche et deux, l'Alsace et la Corse, par la droite. Il est évidemment fort souhaitable qu'en mars prochain, la droite se reprenne à nouveau une bonne raclée électorale, comme elle le mérite. Là encore, on verra bien...


Pour ma part, il est temps de prendre congé. Aujourd'hui, vendredi 6 novembre, cela fait tout juste deux ans et demi que Nicolas Sarkozy a remporté l'élection présidentielle. On est donc bien à mi-mandat, et le bilan est, bien entendu, d'ors et déjà minable, avec un chômage qui flirte avec les 10% et la dette publique qui ne cesse de gonfler, sans la moindre perspective à long terme. La cote de popularité de l'actuel chef de l'Etat ne peut qu'être en berne. Malgré quelques efforts pour gommer le côté clinquant de ses débuts, et une image un peu assagie depuis son remariage avec Carla Bruni en février 2008, Sarkozy paie aujourd'hui la rançon de son hyperactivité maladive, de la vacuité de ses discours démagogiques, et des récentes polémiques qui ont ébranlé son propre camp. Bien sûr, pour le moment, ce qui le sauve, dans la perspective de l'échéance électorale de 2012, c'est qu'il n'y a pas d'alternative crédible en face de lui. Espérons que cela changera bientôt. En attendant, la construction d'un bilan présidentiel toujours plus minable continue... Au programme des "réformes" sarkozystes de la seconde partie du quinquennat, en plus d'un "vraisemblable remaniement" gouvernemental après les élections régionales : le "5ème risque" (la dépendance), les retraites et la justice. Gageons que les choses vont continuer comme avant et que l'action politique et la façon de gouverner de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa seront toujours aussi mauvaises, quels que soient les sujets abordés... J'ai en tout cas suffisemment parlé de lui ici pendant la première moitié du quinquennat pour ne pas avoir envie d'en parler autant durant le reste du mandat. Vivement 2012, pour voir Sarkozy dégager de l'Elysée. Un point, c'est tout. Je réactiverai peut-être ponctuellement le présent blog à l'avenir, mais ce sera désormais pour parler a priori d'autre chose que des tribulations du plus célèbre porteur de talonnettes de France...

Au revoir, donc, chers lecteurs... et n'oubliez pas :


Je crois aux forces du dialogue des cultures, et je ne vous quitte pas...

Cordialement, :-)

Hyarion.


Annexe :
En guise de cadeau final, LE "tube" politique des années 1980 : "Jacques Chirac maintenant"... ;-)

Chanson de campagne "Jacques Chirac Maintenant" (1981)

(Auteur : P. Stive)
 

" On a dans notre pays
Le pouvoir de changer de vie
Demain si nous le voulons
Tous ensemble nous réussirons
La France a besoin d'un homme de courage, de résolution
Votons Jacques Chirac
En avant toute la nation

Pour tous Jacques Chirac
Maintenant Président
Ensemble maintenant
Jacques Chirac Président

Pour tous Jacques Chirac
Maintenant Président
La France doit montrer le chemin de la liberté
Liberté de travailler, de mieux vivre dans chaque foyer
Votons Jacques Chirac
En avant toute la nation

Pour tous Jacques Chirac
Maintenant Président
Ensemble maintenant
Jacques Chirac Président

On a dans notre pays
Le pouvoir de changer de vie
Pour tous Jacques Chirac
Maintenant Président

La France a besoin d'un homme de courage, de résolution
Pour tous Jacques Chirac
Maintenant président

Ensemble maintenant
Jacques Chirac Président "
 

(Illustrations : Une spatule rosée [oiseau à long bec en forme de spatule] volant au dessus de la Baie de Jiquilisco au Salvador, photographie de l'Agence France Presse publiée le 23 octobre 2009, ©AFP/Jose Cabezas ; Jacques Chirac à l'Elysée le 3 avril 2006, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Patrick Kovarik ; Jacques Chirac visitant une exposition africaine à Bruxelles, le 29 septembre 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©BELGA/AFP/Archives/Johanna Geron ; Photo du 3 décembre 1981 du maire de Paris Jacques Chirac et son adjoint Jean Tibéri, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Gabriel Duval ; Nicolas Sarkozy, le 30 octobre 2009 à Bruxelles, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Eric Feferberg ; Le maire de Paris, Jacques Chirac, saluant la foule le 11 février 1990 après son élection à la présidence du RPR lors des Assises Nationales du parti au Bourget, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives ; Les étapes de la carrière politique de Jacques Chirac, ©AFP/Infogaphie ; Jacques Chirac s'entretenant, le 24 mars 1981 à Paris, lors d’un dîner, avec Nicolas Sarkozy, alors âgé de 26 ans, membre du comité central du RPR, chargé de la jeunesse, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Georges Bendrihem ; Jacques Chirac le 2 novembre 2009 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Thomas Coex ; Jacques Chirac [à droite] durant un entretien avec Jean-Pierre Elkabach, dans les studios de la radio Europe 1 à Paris, le 4 novembre 2009, photographie de l'agence Associated Press, ©AP ; Le sénateur Charles Pasqua, le 28 octobre 2009, sur le plateau du "Grand Journal" sur Canal Plus, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Olivier Laban-Mattei ; Dominique de Villepin entouré de sa femme et ses enfants le 21 septembre 2009 à l'ouverture du procès de l'affaire Clearstream à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Patrick Kovarik ; Alain Juppé et Jacques Chirac le 27 janvier 1983 lors de la campagne municipale à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Georges Bendrihem ; Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy lors d'une cérémonie de remise de prix pour la prévention des conflits le 6 novembre 2009 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Michel Euler ; Caricature de Jacques Chirac, par Kerleroux, publiée dans Le Canard Enchaîné N°4644, 28 octobre 2009 ; Infographie des résultats d'un sondage des 30 et 31 octobre 2009 par l'institut BVA pour le journal Le Figaro sur la popularité des anciens présidents de la Ve République et celle des anciens Premiers ministres de Jacques Chirac, ©Le Figaro ; Le premier tome des Mémoires de Jacques Chirac, Chaque pas doit être un but, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Patrick Kovarik ; Jacques Chirac dans son bureau de la mairie de Paris le 29 octobre 1982, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/OFF ; Charles Pasqua, Jacques Chirac et Edouard Balladur lors d'une réunion du RPR à Paris le 5 février 1994, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Pascal Pavani ; Unes des journaux en France le 7 mai 2007, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Joel Saget ; Jacques Chirac et François Mitterrand se serrant la main dans la cour de l'Elysée, après la passation des pouvoirs, le 17 mai 1995, photographie ©T. Orban/Sygma, 1995)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 3 (2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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Vendredi 23 octobre 2009
Le titre de cet article est sans doute trompeur. Il ne sera essentiellement ici question, encore une fois, que d'actualités politico-médiatiques, avec le détestable "parfum" d'ordre moral qui, ces temps-ci, leur colle à la peau... Ce sera peut-être la dernière fois... avant un bon moment du moins. Non pas que j'ai renoncé à parler du sarkozysme au pouvoir ou des tribulations du PS en France sur le présent blog : même si j'entends et lis les critiques, observations, et doléances des quelques lecteurs réguliers qui passent encore par ici de temps en temps, j'ai la faiblesse de considérer que, même si j'aspire personnellement à une vie meilleure que celle que je vis aujourd'hui, me laisser aller à adhérer aux certitudes et aux obsessions d'autrui plutôt que de rester fidèle à mes propres centres d'intérêts serais une faute, et une faute grave, même. La versatilité n'est pas ma tasse de thé, même si, sur le principe, il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis. Dans ces conditions, autant prendre au mot Rosa Luxemburg, et continuer, sur l'essentiel, à avoir, comme elle, ce principe : "rester fidèle à moi-même sans tenir compte de ce qui m'entoure, ni des gens…" ;-)

 


Le pouvoir sarkozyste vient de traverser une période de très forte turbulence, qui aura duré plusieurs semaines, et qui, même si elle semble aujourd'hui se terminer, aura sans doute quelques conséquences dans les mois qui viennent, notamment sur le plan électoral... si on a de la chance. Après le misérable "Hortefeugate" sans lendemain, généré par des propos plus ou moins racistes du ministre Hortefeux au début du mois de septembre, et dont il a été question dans un article du présent blog, on est soudain passé à une série d'autres polémiques, qui ont été l'occasion, d'une part, de mettre en avant le nouveau penchant d'une partie de l'opinion publique pour l'ordre moral, et d'autre part, de décridibiliser encore un peu plus une classe politique déjà passablement dépréciée, et cela depuis longtemps, aux yeux de beaucoup de citoyens...

 


Il y a tout d'abord eu cette lamentable polémique autour du ministre de la Culture Frédéric Mitterrand qui a agité le landerneau politico-médiatique pendant plusieurs jours. Tout est parti, vers la fin du mois dernier, d'une affaire concernant le cinéaste franco-polonais Roman Polanski. Recherché par la justice américaine après une procédure ouverte en 1977 pour des "relations sexuelles illégales" qu'il aurait eu, à l'époque, avec une adolescente alors âgée de 13 ans, Polanski, qui a maintenant 76 ans, a fait l'objet d'une arrestation en Suisse, où il est emprisonné depuis le 26 septembre, en attendant son extradition vers les Etats-Unis d'Amérique. Cette arrestation de Polanski, survenue plus de trente ans après les faits incriminés, a soulevé une vive polémique, en France et dans le monde, sur la responsabilité morale et pénale des personnes célèbres. Or, en France, dès le 27 septembre, le ministre Frédéric Mitterrand a apporté son soutien total au réalisateur Roman Polanski, bien que ce dernier soit poursuivi aux Etats-Unis pour relation sexuelle illégale avec une jeune fille mineure et qu'il ait a priori aggravé son cas, à l'époque, par un délit de fuite. Déclarant, apparemment sous le coup de l'émotion, à propos de cette affaire de moeurs, qu'il s'agissait d'"une histoire ancienne qui n'a pas vraiment de sens", Frédéric Mitterrand a commis, en tant que ministre, une grosse erreur, même s'il est vrai que cette affaire Polanski renvoit à des faits remontant à 1977. Son soutien maladroit au cinéaste a provoqué des réactions négatives, et ce qui était à l'origine une polémique autour de Polanski, soutenu par les uns, condamné par les autres, est finalement devenu ce que l'on a fini par appeler "l'affaire Mitterrand", en raison d'une violente campagne du Front National, menée notamment par Marine Le Pen (la fille de Jean-Marie), contre Frédéric Mitterrand, bientôt mis en cause non seulement pour son soutien à Polanski, mais aussi pour le contenu d'un des livres écrit par Mitterrand dans lequel on a cru voir une apologie du tourisme sexuel... Tout cela a abouti à une intervention télévisée de Frédéric Mitterrand, le 8 octobre, intervention au cours de laquelle, fait inédit, on a pu assister à une séance d'explications d'un ministre sur sa vie personnelle, et même sur sa vie sexuelle...

Face à la polémique, Mitterrand se défend et exclut de démissionner

 


Face à la polémique provoquée par d'anciens écrits, Frédéric Mitterrand s'est vivement défendu jeudi soir [8 octobre] et a exclu de démissionner, affirmant n'avoir pas fait "l'apologie du tourisme sexuel" et n'avoir "jamais participé" à la pédophilie.

 

"Je condamne absolument le tourisme sexuel qui est une honte, je condamne la pédophilie à laquelle je n'ai jamais participé d'aucune manière", a lancé sur TF1 le ministre de la Culture, mis en cause pour son livre "La mauvaise vie", publié en 2005.

 

Cet ouvrage où il relatait des amours tarifées avec des "garçons" en Thaïlande, est à l'origine d'une virulente campagne lancée par l'extrême droite, mobilisée depuis son soutien au cinéaste Roman Polanski.

 

Emu, M. Mitterrand a assuré que ce récit n'était pas "totalement autobiographique" et a martelé qu'il n'avait "jamais" songé à démissionner, soulignant que Nicolas Sarkozy et François Fillon lui avaient témoigné leur "confiance".

 

La polémique avait été jugée suffisamment importante pour que soit organisée dans la matinée à l'Elysée une réunion où il a été décidé que le ministre, jusque-là peu disert, se livre à cet exercice inédit, celui d'un membre du gouvernement dévoilant son intimité à la télévision.

 

Nicolas Sarkozy, qui ne s'est pas encore exprimé publiquement, avait jugé "courageux et talentueux" le livre incriminé, dans un entretien, cet été, au Nouvel Observateur.

 

Conseiller spécial de M. Sarkozy, Henri Guaino avait donné le ton, en qualifiant d'"indigne" la polémique, soulignant qu'"il n'y avait pas de faits" contre lui.

 

"Le Premier ministre lui a fait part de son soutien personnel mercredi en marge du conseil des ministres", avait précisé l'entourage de François Fillon.

 

Tout au long de la journée, plusieurs ministres avaient témoigné leur solidarité à leur collègue, tout en l'invitant à réagir.

 

Récemment tancé pour ses propos équivoques devant un militant UMP d'origine arabe, Brice Hortefeux (Intérieur) a récusé "les jugements à l'emporte-pièce". "On lui fait payer tout simplement son entrée au gouvernement", a réagi Fadela Amara (Ville), autre ministre d'ouverture.

 

Dénonçant une "politique de fond de cuve", Laurent Wauquiez (Emploi), avait appelé M. Mitterrand à clarifier sa "sphère privée".

 

L'ouvrage a également agité les rangs du Parti socialiste, dont le porte-parole, Benoît Hamon, avait dénoncé un "ministre consommateur" de tourisme sexuel.

 

Avant même la mise au point de M. Mitterrand à la télévision, Arnaud Montebourg a exigé sa "révocation", tout comme Jean-Paul Huchon, président de l'Ile-de-France, tandis que Manuel Valls demandait au chef de l'Etat de statuer sur "son sort".

 

Choqué par cette "offensive populiste" de l'extrême-droite, le maire socialiste de Paris Bertrand Delanoë a en revanche défendu le ministre, dont le livre décrit, selon lui, "l'impasse de toute relation tarifée".

 

Du côté des écologistes, Daniel Cohn-Bendit, qui avait condamné le soutien à Roman Polanski, a jugé "minable" l'attaque de M. Hamon. Plus nuancée, Cécile Duflot (Verts) a appelé ne pas "pas faire d'amalgame entre pédophilie et homosexualité".

 

L'intervention de M. Mitterrand n'a en revanche pas convaincu la vice-présidente du Front national, Marine Le Pen, qui avait lancé la polémique, en lisant lundi des extraits du livre à la télévision.

 

"Ce soir, plus qu'hier encore, il doit démissionner", a déclaré Mme Le Pen à l'AFP, accusant le ministre d'avoir "menti avec beaucoup d'impunité".

 

(Dépêche de l'Agence France Presse, 8 octobre 2009, 20h20)

Tandis que Marine Le Pen se lançait dans une grande offensive populiste dont les représentants du FN ont le secret, et qui ne pouvait que flatter leur électorat ultra-conservateur et accessoirement homophobe, on a pu voir le porte-parole du PS, Benoît Hamon tout d'un coup monter au créneau, qualifier de "choquant" le livre de Frédéric Mitterrand, pourtant publié il y a déjà quelques années, et dénoncer un "ministre consommateur" de tourisme sexuel, mettant subitement ainsi le PS à la remorque du FN dans la dénonciation du ministre de la Culture. C'est une "belle" image qu'a alors offerte le PS à l'opinion publique, à savoir celle d'un parti en proie, une fois de plus, à la cacophonie, certains socialistes ayant tenus à préciser que les propos de Hamon sur l'affaire Mitterrand ne pouvaient engager que lui et non l'ensemble du parti dont il est par ailleurs le porte-parole. "Je ne vais pas demander la tête de Benoît" mais "pour moi, il s'est trompé", a notamment déclaré la députée socialiste Aurélie Filippetti, tandis que l'eurodéputé Harlem Désir s'en est pris vivement à Hamon qui, selon lui, n'a "en aucun cas" exprimé "une position collective" du PS. Pour le député Julien Dray, Hamon a commis "une grave erreur" en ne comprenant pas que "l'offensive de Marine Le Pen était l'acte inaugural d'une nouvelle stratégie" centrée "sur l'ordre moral". Martine Aubry, pour sa part, même si elle a défendu Hamon en expliquant qu'il avait pu avoir une "réaction de sensibilité, comme tous les Français qui liraient ce livre [de Frédéric Mitterrand]", s'est bien gardée de toute condamnation de Frédéric Mitterrand, assurant le 9 octobre qu'elle "n'attaque jamais les hommes et jamais les femmes, et surtout sur leur vie personnelle". En tout cas, une fois de plus, le Parti Socialiste aurait pu se passer de ce genre de controverse, qui ne pouvait manquer de révéler à nouveau combien la cohérence et l'unité du principal parti d'opposition restent très fragiles...

 

 

En ce qui me concerne, j'ai été particulièrement dégoûté par les débordements de haine qui ont envahis les espaces de discussion sur Internet lors de cette affaire Mitterrand, et il était difficile de ne pas penser que l'on assistait à une sorte de chasse aux sorcières, sous prétexte que le ministre de la Culture appartient a priori à une classe sociale privilégiée et qu'il serait, de ce fait, soutenu par la "classe bobo de gauche et de droite [...] complètement coupée du peuple français" que s'est plu à dénoncer Jean-Marie Le Pen au lendemain de l'intervention télévisée de Frédéric Mitterrand. Mais cela dit, les "braves gens" dont parlait Georges Brassens peuvent bien traquer, jusque dans les propos des auteurs de tout avis simplement nuancé sur ce genre d'affaire, je-ne-sais quelle prétendue "complaisance" à l'égard des pratiques sexuelles hautement condamnables et répugnantes que sont le viol, la pédophilie et le tourisme sexuel : la chasse aux sorcières desdits "braves gens" ne m'intéresse pas, et pour ma part, je n'ai pas peur de dire que leur comportement sinon toujours haineux, du moins souvent hypocrite, est une manifestation de la bêtise la plus crasse... Ni plus, ni moins.

Personnellement, j'estime que personne sur cette planète n'est assez vertueux pour se permettre de donner, à moi ou à un autre, quelque leçon de morale que ce soit, estimant du reste ne pas avoir non plus, pour ma part, de leçons de morale à donner aux autres. Il n'existe de morale que pour les individus et par eux. Dès lors, celui qui entend s'occuper des devoirs moraux du voisin n'est pas moral, mais moralisateur, et se mêle donc, a priori, de ce qui ne le regarde pas, dans la mesure où, de toute façon, il n'existe pas de morale absolue... Mais on pourrait en parler pendant des heures, et le temps me manque pour écrire autrement sur cela que de façon décousue... Ce qui est frappant, en tout cas, c'est que, finalement, c'est à cause d'un livre, d'une création littéraire, que la polémique a pris autant d'importance. L'ouvrage en question, écrit par Frédéric Mitterrand, intitulé La mauvaise vie, et publié il y a déjà plusieurs années, ne fait pas partie des livres qui m'intéressent : à titre personnel, je ne l'ai pas lu à l'époque de sa sortie, et je ne le lirais probablement pas après qu'il ait suscité une telle polémique. Cela dit, que cette création littéraire soit intéressante ou non, que ladite création soit de qualité ou non, n'est pas ici le problème. Ce qui pose question, c'est le genre de relation qu'est censé entretenir la création artistique (fut-elle le reflet d'une certaine réalité), les normes morales, et la politique. Y a-t-il compatibilité entre création et carcan normatif ? Il me semble évident que la réponse est non, et il me parait, du reste, assez évident, même si je peux me tromper, que le rôle de l'art est d'interpeller la notion de morale, et que la politique (qui, rappelons-le, n'est pas une affaire de morale, mais d'intérêts) ne doit pas empêcher cette interpellation par l'art des normes morales. Tout le problème dans l'affaire Mitterrand vient sans doute du fait que l'écrivain qu'était Frédéric Mitterrand avant d'être ministre s'est retrouvé obligé, une fois entré au gouvernement, de rendre des comptes sur le plan politique en raison de ce qu'il a écrit dans une création littéraire, avec alors la prétention, semble-t-il, de donner à lire une certaine vérité, indépendamment de tout conformisme. Evoquant cette affaire Mitterrand, Judith Bernard, chroniqueuse dans l'émission d'information en ligne "Arrêt sur Images", a écrit, sur le site de ladite émission, le 15 octobre dernier : "la vérité n'a pas sa place en politique : parce que la politique s'occupe de faire la morale au lieu d'être morale. Morale, il n'y a peut-être que la littérature qui puisse l'être, parce que sa discipline est celle de la nuance et de la complexité ; toute la littérature, y compris celle des dépravés, des réprouvés, des bannis et autres éclopés qui savent que l'existence réelle ne rentre pas dans les cases du code de bonne conduite, et qui s'efforcent à dire le vrai plutôt qu'à mimer le bien." Si l'on part du principe que la politique n'est pas une affaire de morale, même si cela ne dispense pas les individus engagés en politique d'avoir une morale, alors il est évident que la "vérité", bonne ou mauvaise, que produit la création, y compris en interpellant les normes morales de la société, ne peut guère faire bon ménage avec la politique, laquelle n'est finalement que le prolongement obligé d'une société périodiquement sujette à des périodes de rigorisme affiché, notamment en temps de crise... Problème décidément sans fin que cette question du rapport entre art, morale et politique...

 

 

Chassée du devant de la scène par une autre affaire politico-médiatique dont nous parlerons plus loin, la polémique concernant l'actuel ministre français de la Culture s'est à présent éteinte, et on ne s'en plaindra pas. Cette polémique laissera-t-elle cependant des traces ? Je le crains. L’opinion publique n’oublie pas facilement ce genre d’affaire, surtout quand cela est de nature à remettre en cause le peu de crédibilité que les politiciens de ce pays peuvent prétendre encore aujourd’hui avoir... Frédéric Mitterrand, pour sa part, a commis une erreur plus importante que je ne le pensais en acceptant de devenir un ministre de Sarkozy, et aujourd'hui, je suis beaucoup moins convaincu qu'il survivra à cette expérience aussi bien que je le pensais... Sa position n'est pas enviable, mais il savait ce qu'il attendait en entrant au gouvernement, et maintenant, puisqu'il n'a pas voulu démissionner, il va bien lui falloir boire le calice jusqu'à la lie, en supportant le regard des autres (y compris au sein du gouvernement), et surtout celui de ceux qui se permettent de le juger sans le connaître, ce qui doit sans doute être insupportable pour lui (cela le serait sans doute pour moi, en tout cas). Telle est la dure loi de la politique : recevoir des coups fait partie du jeu, et même si les coups peuvent parfois être extrêmement violents, il faut, dans tous les cas, faire en sorte qu'ils ne portent pas, comme cela a malheureusement été le cas en son temps pour Pierre Bérégovoy... Le professionnel de la politique - qui ne devrait pas exister, puisque la politique n'est pas un métier - a, en général, une qualité : il a le cuir solide, et même lorsqu'il se dit "blessé" par des attaques, comme l'a fait Jacques Chirac en son temps à la télévision, par exemple. Avoir une armure mentale contre toutes les attaques, c'est le propre du politicien professionnel, et c'est souvent en cela qu'il se distingue des quelques "chanceux" issus de la société civile se retrouvant de temps en temps à un poste gouvernemental, et qui, en général, ne sont pas préparés à la violence des rapports de force dans l'arène politique... Toute cette histoire est donc bien moche, mais elle nous rappelle combien la politique n'est pas un enfantillage, et combien la société peut être impitoyable avec certains de ces membres, fussent-ils lourdement fautifs pour leur part, sans pour autant être l'équivalent d'ordures absolues comme Adolf Hitler ou Marc Dutroux...

 

 

Nous reviendrons plus loin au rapport entre création et morale, mais pour l'heure venons-en à cette autre affaire, brièvement évoquée dans mon précédent article, et qui a, elle aussi, particulièrement secouée, ces derniers jours, le pouvoir sarkozyste, dans la foulée de l'affaire Mitterrand : la fameuse affaire Jean Sarkozy. D'une certaine manière, là encore, il aura été question de morale, mais à un autre niveau... Le 8 octobre dernier, le conseiller général des Hauts-de-Seine Thierry Solègre a annoncé que Jean Sarkozy, président du groupe UMP au Conseil général et surtout fils cadet de Nicolas Sarkozy, sera candidat, le 4 décembre prochain, à la présidence de l'Etablissement public d'aménagement de la Défense, le plus grand quartier d'affaires européen. Cette annonce a immédiatement soulevé une tempête politico-médiatique, de nombreux commentateurs critiquant, à juste titre, l'évènement en mettant en avant le jeune âge de Jean Sarkozy (23 ans), son inexpérience (il est en deuxième année de droit), et surtout le fait qu'il doive tout au nom de famille qu'il porte. Très vite, la tempête s'est amplifiée, au point d'éclipser tout le reste de l'actualité (du procès Clearstream à la douteuse réforme sarkozyste des collectivités territoriales). On a beaucoup parlé de favoritisme, de népotisme, et même de "république bananière", la polémique sur Jean Sarkozy le bien né s'étendant logiquement à l'Elysée, Le Canard Enchaîné ayant révélé, le 14 octobre, que Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa a manoeuvré de longue date pour préparer l'arrivée de son fils à la tête du premier quartier d'affaires d'Europe. Face au tollé, en France mais aussi à l'étranger, de nombreuses voix dans l'opposition se sont élevées, des jours durant, pour demander à Jean Sarkozy de retirer sa candidature, mais ce dernier s'est d'abord dit déterminé à aller jusqu'au bout. Quant à Nicolas Sarkozy, à la lumière de cette nouvelle polémique, il apparait comme étant quelque peu en difficulté à mi-mandat, une partie de son électorat étant peu susceptible d'apprécier les dérives diverses auxquelles semble se laisser aller le pouvoir en place ces derniers temps...

En première ligne face aux polémiques, Nicolas Sarkozy brouille son image

 

 

Les polémiques en série, de Frédéric Mitterrand à son fils Jean, placent Nicolas Sarkozy en porte-à-faux vis-à-vis de son électorat de droite, en brouillant son image et son discours, ce dont s'émeuvent des élus de son camp et que relèvent des experts.

 

Coup sur coup, le président a dû défendre son ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, contraint de se justifier sur ses écrits sur le tourisme sexuel, puis voler au secours de son fils Jean, dont la candidature à la tête de l'Etablissement public d'aménagement de la Défense (Epad), le plus grand quartier d'affaires d'Europe, suscite une vague d'indignation.

 

"Incontestablement, cela va brouiller l'image du président. Les effets vont se faire sentir dans les semaines à venir", estime le politologue Philippe Braud.

 

"Voir le président défendre Frédéric Mitterrand qui reconnaît des relations sexuelles tarifées" heurte les principes moraux d'une partie de la droite et aussi au-delà, et "place Nicolas Sarkozy en porte-à-faux avec son électorat", estime-t-il.

 

Si deux tiers des Français, sondés à chaud sur cette affaire, ont affirmé ne pas souhaiter la démission du ministre de la Culture, Gaël Sliman, de l'institut de sondage BVA, estime que l'extrême droite "a marqué des points" et que Nicolas Sarkozy "aura du mal à faire campagne sur les valeurs aux élections régionales" de 2010.

 

A l'origine de la polémique contre Mitterrand, le Front national n'a eu de cesse de dénoncer l'impunité supposée des élites, renforcé dans son offensive par l'affaire du "Prince Jean", le surnom dont certains journaux affublent le fils du président.

 

Depuis mardi [13 octobre], le malaise est nettement perceptible à droite, au sein de la majorité où une bronca couve chez les députés du parti présidentiel UMP.

 

"Le fossé se creuse entre la France d'en haut et la France d'en bas, mais visiblement, à Paris, on s'en fiche", résumait Christian Vanneste, élu UMP du Nord.

 

Plusieurs élus du camp présidentiel qualifient la candidature de Jean Sarkozy, 23 ans et deux ans d'études de droit à son actif, de "prématurée", "inopportune" et potentiellement dommageable à un an des prochaines échéances électorales.

 

"Est-ce que ce n'est pas mettre un peu l'Elysée en difficulté?", s'interrogeait mercredi [14 octobre] le député UMP Pierre Cardo, tandis qu'en privé, un responsable parlementaire jugeait carrément "catastrophique" une "accumulation d'affaires" qui pourrait "marquer fortement le quinquennat".

 

Libération dénonçait "un pur exercice de népotisme" et dénonçait le culot de Nicolas Sarkozy, qui insistait encore mardi [13 octobre] sur le principe d'égalité des chances, en présentant une réforme des lycées.

 

"Ce qui compte en France pour réussir, ce n'est plus d'être bien né, c'est travailler dur et avoir fait la preuve, par ses études, par son travail, de sa valeur", affirmait le président devant un parterre d'élèves. Une déclaration reprise à la une du quotidien.

 

"A droite comme à gauche, il y a tendance au népotisme", affirme Philippe Braud, mais "la faute politique, c'est quand le népotisme devient trop visible, quand trop d'étapes sont franchies trop brutalement".

 

Pour le politologue, "Nicolas Sarkozy est un remarquable professionnel de la politique, mais capable de commettre des fautes époustouflantes, notamment sous le coup de l'émotion".

 

Se demandant "comment le chef de l'Etat et ses conseillers ont pu laisser naître pareille situation", le journal Le Monde souligne que "ce qui sidère, c'est moins l'appétit du fils que le laissez-faire du père". Et se demande "où est passé le candidat Sarkozy" qui affirmait dans un spot de campagne en 2007 vouloir "que les nominations soient irréprochables".

 

(Dépêche de l'Agence France Presse, 14 octobre 2009, 13h09)

Nicolas Sarkozy a fini par convoquer des journalistes du Figaro à l'Elysée, afin de tenter d'apaiser la tempête à l'occasion d'un entretien-fleuve au fameux journal de droite, publié le 16 octobre. L'actuel chef de l'Etat, dans cet entretien, s'estime visé au travers des attaques pleines de "méchanceté" contre son fils. La réalité française, affirme-t-il, diffère du "climat du milieu médiatique", "politisé et agité". "A travers cette polémique, qui est visé ? C'est moi", déclare l'actuel chef de l'Etat, désignant "ceux qui ne se sont jamais faits à mon élection, et qui n'ont rien à dire sur le fond". Leur "mauvaise foi" et leur "méchanceté" ne tromperont pas les Français, prédit-il. Mais Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa a eu beau se montrer pugnace, rien n'y a fait... et la tempête a continué... Finalement, au bout de deux semaines de polémique, Jean Sarkozy a fini par annoncer son renoncement à être candidat à la présidence de l'Epad, pas plus tard qu'hier, 22 octobre :

Le fils du chef de l'Etat, Jean Sarkozy renonce à briguer la présidence de l'Epad

 

 

Jean Sarkozy, fils cadet du chef de l'Etat, a renoncé jeudi [22 octobre] à briguer la présidence de l'Etablissement public d'aménagement de la Défense (Epad) qui lui semblait acquise mais qui était mal perçue dans l'opinion après plus deux semaines d'intense polémique en France et à l'étranger.

 

"Je serai candidat au poste d'administrateur de l'Epad mais, si je suis élu, je ne briguerai pas la présidence", a annoncé Jean Sarkozy sur France 2. "Je ne veux pas d'une victoire qui porte le poids d'un tel soupçon", a-t-il expliqué en récusant les accusations de "favoritisme" et de "passe-droit et traitement de faveur".

 

"J'ai fait le choix de la raison", a également dit l'élu de 23 ans après avoir dénoncé une "campagne de manipulation et de désinformation" à son encontre. Mais, "je n'ai aucune amertume, j'ai beaucoup appris dans cette épreuve".

 

Alors que les accusations de favoritisme et de népotisme ainsi que les critiques sur sa jeunesse et son inexpérience fusaient de toutes parts, il avait assuré le 14 octobre qu'il irait jusqu'au bout.

 

Le président Sarkozy avait lui-même confié à son entourage qu'il ne "céderait pas à la pression médiatique", qu'il ne "lâcherait pas" avant d'expliquer le 16 octobre dans le Figaro qu'à travers son fils, c'était lui qui était visé.

 

"Cette affaire sera pour Nicolas Sarkozy ce que furent les diamants de Bokassa pour Giscard", avait confié dans la semaine à l'AFP un très haut responsable politique.

 

Un sondage CSA publié en fin de semaine dernière avait relevé l'impopularité de cette candidature critiquée par près des 2/3 des Français et plus de la moitié des sympathisants de droite.

 

L'UMP a salué "le courage et l'abnégation" de Jean Sarkozy. Tandis qu'à gauche, on se félicitait de cette décision - "Ca a fait reculer un clan (PCF), "un accès de lucité" (PS), "Il était temps" (Verts) -, à droite, certains prédisaient que "l'avenir (lui) donnerait raison".

 

Brice Hortefeux (Intérieur), parrain de Jean, a qualifié cette décision de "courageuse et d'apaisement".

 

Jean Sarkozy a expliqué jeudi avoir parlé de sa décision à son père, en soulignant le caractère non politique de l'entretien: "Si la question que vous me posez c'est: est-ce que vous en avez parler au président, non. Est-ce que j'en ai parlé avec mon père, oui."

 

Son annonce, la veille de sa probable élection par le conseil général des Hauts-de-Seine en tant qu'administrateur de l'Epad, est apparue comme une surprise.

 

Les quarante-cinq conseillers généraux des Hauts-de-Seine sont appelés vendredi [23 octobre] à pourvoir le siège laissé vacant par Hervé Marseille (NC), démissionnaire, qui représentait l'assemblée départementale à l'Epad. Sans grande surprise, Jean Sarkozy, présenté par le groupe majoritaire UMP-NC (30 élus), devrait lui succéder.

 

Quelque 200 journalistes, français et étrangers, se sont accrédités pour suivre l'événement.

 

 

Une fois élu au CA de l'Epad, Jean Sarkozy devait logiquement en prendre la présidence le 4 décembre, en remplacement de Patrick Devedjian, qui, atteint à 65 ans par la limite d'âge des présidents d'établissement public, a dû céder sa place.

 

En effet, sur 18 élus, le CA de l'Epad compte 9 représentants de l'Etat, 4 élus de gauche, 4 de droite et un représentant de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris.

 

Mais si le chemin vers la présidence semblait balisé, les critiques sur son illégitimité ont fini par briser sa volonté. Il a mis en avant jeudi sa responsabilité d'homme politique pour expliquer sa décision: "Mon devoir, c'est de prendre conscience d'une situation qui peut me dépasser, d'en prendre acte et je ne suis pas sourd, je ne suis pas aveugle et je décide en conséquence".

 

(Dépêche de l'Agence France Presse , 22 octobre 2009, 21h57)

Voila, en théorie, c'est donc terminé. En théorie. Le fait est que sur la forme, y compris en matière de rhétorique, de vocabulaire, d'intonation de la voix, Jean Sarkozy, bien que grand et blond, est un véritable clone de son père, au point que cela en est effrayant. Gageons que sur le fond, il n'a pas dit son dernier mot, et qu'il poursuivra son ascension politique écoeurante, aidé par son cher père, d'une manière ou d'une autre... Le sarkozysme, clanique par nature, a décidément quelque chose de monstrueux : on en viendrait presque à le comparer à quelque Hydre de Lerne dont les têtes ne cessent de repousser même après qu'on les ait tranchés... Parfois, c'est vrai, je l'avoue, j'aimerai bien être l'Hercule qui terrasserait cette Hydre une bonne fois pour toutes... Pas pour la gloire, non, surtout pas, mais simplement pour avoir la satisfaction d'avoir fait le ménage...

 

 

Mais ne mêlons pas la mythologie à tout cela, en aucune façon : un pauvre type comme Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa ne le mérite pas, et sa progéniture pas davantage. Je ne connais pas ces gens-là, et n'est nulle envie de les connaître. Je m'abstiendrais donc de me laisser aller sur la pente dangereuse du jugement sur les personnes, même si cela est toujours tentant face à des individus de ce genre... Je condamne absolument la présence des Sarkozy père et fils dans la vie politique française, et j'aspire à ce que cesse, un jour, par des voies légales, cette présence, insupportable par nature, si cela est possible. Un point, c'est tout.

 

 

Pour en finir avec cet épisode, apportons tout de même cette précision : dans cette "affaire Jean Sarkozy", on a beaucoup parlé de favoritisme, de népotisme, et c'était justifié. Mais on a aussi parlé de la France comme étant une "république bananière", sur un ton souvent outré, et là, il convient de mettre les points sur les "i". Quel est le rapport entre cette affaire de l'Epad et l'expression "république bananière" appliquée à la France ? Est-ce là une critique ? Elle me parait quelque peu incongrue, d'autant plus qu'il n'y a rien de particulièrement négatif dans le fait de qualifier ainsi notre pays... ;-) La France est une grande république bananière : la production moyenne annuelle française de bananes à destination de l'Europe, même si elle est variable d'une année sur l'autre, s'élève, parait-il, à environ 300 000 tonnes de bananes pour les seules îles de Guadeloupe et de Martinique ! ;-) Alors, arrêtons de parler de la France en tant que "république bananière" comme si ce terme devait avoir quelque-chose de dégradant... car la France peut être fière de ses bananes, et les Français seraient bien inspirés d'en prendre conscience au lieu de prendre bêtement pour argent comptant ce que les commentateurs de tout poil leur raconte par l'intermédiaire des médias de masse, alors que lesdits commentateurs ne savent même pas de quoi ils parlent ! ;-) Français, au lieu de vous comporter comme des bananes, abrutis que vous êtes devant des écrans faisant écho aux médias de masse, mangez-en plutôt (des bananes) : c'est plein de bonnes vitamines ! ;-)

 

 

Allez, donc... je vous parlerai bien du procès Clearstream, qui touche à sa fin, mais il n'y a plus grand-chose à en dire, à part le fait que Dominique Galouzeau de Villepin a déclaré, mardi dernier, 20 octobre, devant la presse à l'issue de l'audience du jour, alors que le procureur de Paris, aux ordres de l'Elysée, venait de requérir contre lui 18 mois de prison avec sursis et 45.000 euros d'amende pour complicité supposée de dénonciation calomnieuse dans ce dossier : "Nicolas Sarkozy avait promis de me pendre à un croc de boucher, je vois que la promesse a été tenue." Au terme d'une dernière journée d'audience aujourd'hui, 23 octobre, le jugement sera mis en délibéré à début 2010, et on verra bien, à ce moment-là, à quoi cela aboutira...

 

 

Je vous parlerai bien aussi de la douteuse réforme sarkozyste des collectivités territoriales, présentée mardi dernier, par l'actuel chef de l'Etat, à l'occasion d'un déplacement présidentiel dans la Haute-Marne, mais il n'y a pas forcément grand-chose à en dire si ce n’est qu’elle est censée principalement aboutir à la création de conseillers territoriaux, communs à la région et au département, et qui remplaceront les actuels conseillers régionaux et généraux : 80% seront élus dans un canton, au scrutin majoritaire uninominal à un tour, et les 20% restants le seront à la proportionnelle... Pour le reste, et pour l’ensemble, une dépêche de l'AFP résume l'évènement :

A Saint-Dizier, Sarkozy défend sa réforme contestée des collectivités locales

 

 

Le président Nicolas Sarkozy a défendu mardi [20 octobre] les principes de sa réforme des collectivités territoriales, qui va de la création des conseillers territoriaux à la suppression de la taxe professionnelle, face à la méfiance voire l'hostilité des élus locaux de droite comme de gauche.

 

Le PS a aussitôt réagi en demandant, par la voix de l'ancien Premier ministre Laurent Fabius, que ce projet soit soumis à référendum, dénonçant un texte reposant sur des bases "inacceptables".


Dans son discours, prononcé à Saint-Dizier (Haute-Marne), le chef de l'Etat a défendu la décentralisation qui, "comme la démocratie est devenue un bien commun", mais a longuement justifié la nécessité d'en changer le visage pour des raisons de simplification et d'économies, à l'heure où les déficits publics explosent.

 

"Nos collectivités territoriales traversent une crise de croissance (...) On a laissé se créer un écheveau de complexités qu'il est aujourd'hui très difficile de dénouer", a plaidé Nicolas Sarkozy.

 

Et surtout, il a jugé que les collectivités locales ne pouvaient plus "continuer à créer plus d'emplois que l'Etat n'en supprime", dénonçant ainsi la création de 36.000 emplois de fonctionnaires locaux en 2008.

 

Premier "pilier" de sa réforme, Nicolas Sarkozy a confirmé la création de 3.000 conseillers territoriaux qui siégeront en 2014 à la fois dans les départements et les régions, en remplacement des 6.000 élus actuels. "Ce n'est ni la mort des régions, ni celle des départements, c'est l'émergence d'un pôle région-département doté d'élus communs", a-t-il justifié.

 

Pour leur élection, il a défendu un mode de scrutin mêlant le scrutin uninominal à un tour, parce que c'est "notre ADN politique", et une part de proportionnelle, au nom du "pluralisme des idées politiques".

 

A la gauche, qui a vu dans ce système une tentative de lui reprendre les collectivités qu'elle dirige - les Verts ont dénoncé un "hold-up électoral", le Parti communiste "une régression démocratique sans précédent" - Nicolas Sarkozy a répondu que cette critique n'était "pas sérieuse". En 2014, "nul ne sait ce que sera alors le paysage politique de la France", a-t-il estimé.

 

 

Deuxième point, la simplification des compétences du "mille-feuilles" administratif local. Pour "mettre un terme aux redondances", il faut "que les régions et les départements exercent des compétences spécialisées", a-t-il tranché. Exit donc leur "compétence générale", qui sera réservée aux seules communes et à l'Etat, malgré les protestations des élus.

 

Une loi définira, "à la mi-décembre", les règles de cette séparation et une autre, un an plus tard, en réglera les détails, a-t-il dit.

 

Autre cible du chef de l'Etat, le trop-plein des structures intercommunales. "Trois ou quatre structures de coopération par commune, cela devrait être un maximum" et les 371 "pays" seront supprimés, a-t-il annoncé.

 

Enfin, dernier chantier et peut-être le plus sensible, la suppression de la taxe professionnelle, nécessaire selon lui pour lutter contre "le cancer de la délocalisation" des entreprises. "C'est une réforme urgente sur laquelle je ne cèderai pas", a répété le président. Elle "ne tourne pas le dos à la décentralisation, elle stimule l'initiative et les énergies locales", a conclu Nicolas Sarkozy, avant de rêver à haute voix que, "chose extraordinaire", la gauche s'y rallie.

 

(Dépêche de l'Agence France Presse, 20 octobre 2009, 16h31)

Sur le fond, dans cette histoire, l'arnaque de Sarkozy est évidente : grâce à un scrutin à un tour, l'actuel chef de l'Etat peut espérer aligner un grand rassemblement de droite en face d'une opposition en général perpétuellement éparpillée au départ avant de finir éventuellement par se rassembler lors d’un second tour, ce qui explique pourquoi Sarkozy a tenu à se rapprocher récemment de petits partis de droite tel que celui de Philippe de Villiers, afin de ne rien laisser au hasard. Et il est bien évident que, dans ce contexte, Nicolas Sarkozy aspire à étendre le principe du scrutin à un tour à d'autres élections que les seules élections de conseillers territoriaux censés remplacer, dès 2014, les conseillers régionaux et généraux. S'il parvenait notamment, par la suite, à faire en sorte que les élections législatives soient également un scrutin à un tour, il aurait vraiment toutes les cartes en main, au moins sur le papier, pour faire en sorte que l'opposition n'arrive jamais au pouvoir, Nicolas Sarkozy étant convaincu que "le scrutin à un tour est excellent parce qu'il avantage l'UMP" ainsi qu'il l'a déclaré le 17 septembre dernier (cf. Le Canard Enchaîné N°4639, 23 septembre 2009). Bref, c'est toujours la même chose, avec le sarkozysme : la seule chose qui compte, ce sont les élections, à court ou moyen terme, et la nécessité absolue de les verrouiller pour garder le pouvoir le plus longtemps possible... Vu comment se presentent les choses, il pourrait y avoir de quoi désespérer, une fois de plus... mais cela dit, en politique, rien n'est jamais joué d'avance, alors on verra bien...

 

 

Pour finir, laissons de côté la politique pour aujourd'hui, et revenons donc aux normes morales qui ont, plus que jamais ces temps-ci, le vent en poupe, et à leur application, supposée pertinente par certains, au monde de l'art et de la création... Le 1er octobre dernier, une dépêche de l'Agence France a rapporté une information selon laquelle la Tate Modern à Londres, l'une des plus prestigieuses galeries britanniques d'art moderne, venait de retirer une photo de l'actrice Brooke Shields nue, alors enfant, qui a été jugée obscène par la police. Avec beaucoup de retard, des journalistes du Monde se sont récemment intéressés à l'évènement, au point d'y consacrer un article tardif, parfois un peu approximatif quant aux détails, paru dans l'édition du journal du 22 octobre dernier, et daté de la veille sur le site Internet du quotidien. Un de mes lecteurs réguliers du présent blog, l'alias Sauron, fervent lecteur du Monde, a été bouleversé par la lecture de l'article tardif en question, n'étant pas au courant que l'affaire de la photo de Brooke Shields à la Tate Modern avait pourtant déjà fait l'objet d'une dépêche de l'AFP au début du mois. L'émotion dudit Sauron devant ce qu'il n'a pas hésité à qualifier de "message du ministère du Bien" - les lecteurs les plus fidèles du Monde ont parfois une étrange attitude emphatique devant les articles de leur quotidien préféré ;-) -, m'a interpellé. Je me permets donc de reproduire ici ledit article, afin que chacun puisse se faire une opinion, et sachant que ledit article sera vite inaccessible à ceux qui ne sont pas abonnés au site du journal Le Monde...

L'art rattrapé par la peur de la pédophilie

 

L'amateur d'art qui entre dans la Tate Modern de Londres peut voir, jusqu'au 17 janvier, l'exposition "Pop Life", dans laquelle figure un grand portrait photographique de l'actrice américaine Brooke Shields. Il est signé Richard Prince, un artiste bien coté, lui aussi américain. Ce dernier montre une femme sexy de 40 ans, portant un bikini, adossée à une moto rutilante, et qui sourit au visiteur.

 

 

Cette oeuvre de 2005 [intitulée Spiritual America IV] ne devait pas figurer dans l'exposition. Elle est venue remplacer, au dernier moment, une autre oeuvre : toujours un portrait de Brooke Shields, signé du même Richard Prince. Mais le modèle était âgé de 10 ans. Cet épisode traduit le climat actuel autour de la pédophilie, appliqué au monde de l'art.

 

Si le modèle est le même, si la similitude des poses saute aux yeux entre les deux photos, il existe une nuance de taille : la première version met en scène une Brooke Shields fillette et nue, la peau huilée, le corps émergeant d'une baignoire et de sa vapeur.

 

Quelques heures avant l'inauguration du 30 septembre, des policiers spécialisés dans la chasse aux publications obscènes (Metropolitan Police Service Obscene Publication Unit) sont venus constater ce qu'ils estiment être un délit, et ont déconseillé l'ouverture de l'exposition en l'état.

 

L'alternative était de l'interdire aux moins de 18 ans. "Ce qui ne résout rien, au contraire, cela en fait un aimant pour pédophiles", avait réagi la responsable d'une association de protection de l'enfance, Michele Elliott, dans le Daily Telegraph. Les responsables de la Tate ont donc censuré l'oeuvre de Prince. Ils ont même interdit à la vente le catalogue, qui contient l'image ; une perte estimée par la Tate à 320 000 livres (348 000 €).

 

La photo de Brooke Shields à 10 ans figurait pourtant dans une salle fermée, interdite au moins de 18 ans, accessible après moult avertissements. Le paradoxe est qu'elle contient des oeuvres pour le coup strictement pornographiques, notamment une photo signée Jeff Koons qui le montre faisant l'amour avec la Cicciolina, ancienne star italienne du porno. Cette section interdite au moins de 18 ans vise à témoigner, comme toute l'exposition, de l'état de "l'art dans un monde de consommation" ("Art in a material world").

 

Richard Prince a intitulé son oeuvre sur Brooke Shields à 10 ans Spiritual America. Mais il n'est pas l'auteur de la photo originelle. Ce dernier s'appelle Garry Gross. Alors connu à New York comme photographe publicitaire, Gross a réalisé en 1975 le portrait de Brooke Shields à la demande de la mère de la fillette. Cette dernière était mannequin chez Ford et sera, trois ans plus tard, la vedette du film sulfureux La Petite, de Louis Malle.

 

 

Dans les années 1980, Gross a gagné trois procès aux Etats-Unis contre Brooke Shields qui voulait lui interdire de commercialiser sa photo. Lors du troisième procès, rappelle Gross, 71 ans, le juge avait dit que l'image n'était "pas sexuellement suggestive, provocatrice ou pornographique", qualifiant même la pose d'"innocente".

 

Richard Prince a obtenu auprès de Gross, en 1992, le droit de tirer dix oeuvres de sa photo. Il a agrandi le format, opté pour des couleurs plus chaudes, et a donné un nouveau titre, Spiritual America IV [sic]. Cette oeuvre, avant d'être censurée à Londres, a été exposée dans le monde entier, sans faire de vagues. Un exemplaire s'est vendu 151 000 dollars chez Christie's, en 1999. A la Foire de Bâle, il y a quatre ans, elle était mise en vente 1 million de dollars. Quant à la version de départ, celle de Gross, elle a été montrée à la Bibliothèque nationale de France, à Paris, en mars.

 

Descente de police

 

Mais le climat a changé. Depuis le 12 octobre, une loi britannique oblige tous ceux qui s'occupent d'enfants "de manière fréquente" ou "intensive" à s'inscrire auprès de l'Independent Safeguard Authority, qui vérifiera qu'ils ne sont pas suspectés de pédophilie ou de violence ; 11,3 millions de personnes sont concernées, de l'enseignant à l'infirmière. Il faut désormais ajouter les responsables de musées.

 

En France, l'affaire Roman Polanski, arrêté à Zurich trois jours avant l'ouverture de l'exposition de Londres, et celle de Frédéric Mitterrand, et sa "mauvaise vie" en Thaïlande, ont échauffé les esprits. Et l'on attend la date de l'audience du procès des trois responsables de l'exposition "Présumés innocents", présentée à Bordeaux en 2000, accusés de "diffusion d'image de mineur à caractère pornographique".

 

Ce nouveau climat pèse sur la Foire internationale d'art contemporain de Paris (FIAC), qui ouvre au public le 22 octobre. L'an dernier, une descente de police avait provoqué la saisie de photos présumées zoophiles du russe Oleg Kulik. Cette année, Martin Bethenod, directeur de la FIAC, a un temps envisagé d'interdire l'accès du Grand Palais aux mineurs. Il a finalement choisi de poster, aux frais de la FIAC, un garde devant chaque stand litigieux, qui sera chargé de vérifier l'âge des amateurs désireux d'entrer.

 

Harry Bellet (envoyé spécial à Londres) et Michel Guerrin

 

(Article daté du 21 octobre 2009 [15h48] sur le site Internet du journal Le Monde, paru dans l'édition papier du journal du 22 octobre 2009)

La bêtise humaine est décidément sans limites, et la question, comme nous l'avons vu plus haut, reste au fond toujours la même : la création artistique est-elle compatible avec l'imposition aveugle de normes morales, normes morales que l'art est censée pourtant questionner ? Tout cela me fait penser qu'il est temps, pour moi, de passer à autre chose, et de ne plus me contenter de ce rôle de commentateur de l'actualité politico-médiatique qui me colle à la peau depuis bien trop longtemps maintenant. Parler de l'art, de la création, de la pensée, de l'histoire, de choses plus essentielles que de l'écume de l'actualité : voila qui me parait décidément plus intéressant, tout comme le fait de pratiquer moi-même, à mon modeste petit niveau, l'activité de création...

 

A bientôt... peut-être...

 

Cordialement, ;-)

 

Hyarion.


(Illustrations : Hercule et l'Hydre de Lerne, huile sur toile par Gustave Moreau [1826-1898], Paris, Musée Gustave-Moreau ; Nicolas Sarkozy lors de son discours sur la réforme de l’éducation le 13 octobre 2009 à l'Elysée, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Eric Feferberg ; Le ministre français de la Culture Frédéric Mitterrand sur le plateau de TF1 à Paris le 8 octobre 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Joël Saget ; Capture d'image de TF1 de Frédéric Mitterrand au journal télévisée avec Laurence Ferrari, le 8 octobre 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/TF1 ; Le livre La mauvaise vie de Frédéric Mitterrand, publié en 2005, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Jacques Demarthon ; Le ministre français de la Culture Frédéric Mitterrand sur le plateau de TF1 avec Laurence Ferrari à Paris le 8 octobre 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Joël Saget ; Vue aérienne datée du 14 juillet 2009 du quartier de la Défense, dans la banlieue nord-ouest de Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Loic Venance ; Nicolas Sarkozy et François Fillon, le 14 octobre 2009, à l’Elysée, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Gérard Cerles ; Jean Sarkozy pendant le journal de 20h00 sur le plateau de France 2, le 22 octobre 2009 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Bertrand Langlois ; Vue à l'aube de l'Esplanade de la Défense le 19 octobre 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Lionel Bonaventure ; Hercule terrassant l'Hydre de Lerne, huile sur toile [1617] par Guido Reni, Paris, Musée du Louvre ; Bananes en provenance de Martinique sur l'étalage d’un marchand de fruits, photographie de l'Agence France Presse publiée en 2008, ©AFP ; Un mandrill mangeant une banane dans le zoo de Munich, photographie de l'Agence France Presse publiée le 21 mars 2009, ©AFP ; Croquis d'audience du procès Clearstream, montrant le procureur de Paris Jean-Claude Marin [en haut, à gauche], le 20 octobre 2009 au Palais de justice à Paris, en présence de Dominique de Villepin [au premier plan, en bas, à droite], photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Benoit Peyrucq ; Nicolas Sarkozy le 20 octobre 2009 à Saint-Dizier, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Francois Nascimbeni ; Les conseillers territoriaux, ©AFP/Infographie ; Vue générale de la Tate Modern à Londres le 18 décembre 1999, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Ho ; Spiritual America IV, photographie de l'actrice Brooke Shields à l'âge de 40 ans [2005] par Richard Prince ; Untitled, photographie de Brooke Shields à l'âge de 10 ans [1975] par Garry Gross)

Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 3 (2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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Mardi 13 octobre 2009
Me voila passablement peu inspiré, depuis quelque temps, en matière d'articles pour le présent blog. Voila trois semaines que je suis rentré à Toulouse, dans cette bonne vieille France méridionale, après quelques jours de vacances passés à Bruxelles, en Belgique, et depuis mon retour, je n'ai rien écrit de nouveau... jusqu'à aujourd'hui. Pourtant, en ce qui concerne l'actualité, ce n'est pas la matière qui manque, toujours plus abondante, toujours plus urgente, toujours plus brûlante... et aussi toujours plus éphémère et dérisoire... voire carrément dégoûtante, dans certains cas... J'avoue que si je ne suis pas inspiré ces temps-ci, c'est sans doute parce qu'il y a longtemps maintenant que je ne suis plus dans le même état d'esprit que lorsque j'ai commencé cette aventure en ligne. La motivation me manque de plus en plus pour continuer... Le temps passe, et mon esprit est de plus en plus accaparé par d'autres choses que par le souci d'alimenter le présent blog en nouveaux articles. Ce constat est d'ailleurs fait depuis un bon moment déjà, mais il faut croit que j'ai du mal, en même temps, à rompre avec cette habitude prise de m'occuper de ce blog... Je ne sais donc pas où j'en serai, de cette aventure, à la fin de cette année... On verra bien...


L'autre jour, au début de la semaine dernière, mon collègue blogueur marxiste Jean-Louis Roche - auteur du blog "Le Prolétariat Universel", auquel j'ai consacré un article en décembre dernier -, m'a encore demandé si je m'étais enfin décidé à rompre avec "la gauche caviar" et à en finir avec "cette désolante fascination (morbide ou homo-cachée)" pour Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa. J'aime bien le camarade Jean-Louis, mais dans la mesure où je ne suis pas homosexuel et dans la mesure où je ne souffre d'aucune pathologie particulière vis-à-vis de l'actuel chef de l'Etat, je ne sais pas trop où il veut en venir, derrière ces insinuations, il faut bien le dire, pas forcément très élégantes... Je pourrais lui répondre que sa propre fascination pour les querelles de clochers entre micro-sectes politiques marxistes situées à gauche de l'extrême-gauche, est aussi désolante, de même que je trouve profondément regrettable son obsession (morbide ?) pour le dogme de la lutte des classes s'appuyant sur la sacro-sainte dichotomie bourgeois/prolétaire. Chacun voit midi à sa porte, et il en a décidément toujours été ainsi. Alors, que répondre, finalement ? Rien de très transcendant. Juste l'évidence. On écrit toujours sur ce qui nous préoccupe, et rarement sur autre chose... Si Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa ne vous préoccupe pas outre mesure (ce qui est tout-à-fait RESPECTABLE, n'en déplaise à certains), vous n'avez aucune raison d'écrire sur lui. Si la notion de lutte des classes entre bourgeois et prolétaires ne vous intéresse pas plus que celà et vous parait même politiquement sans objet aujourd'hui (ce qui est tout-à-fait ACCEPTABLE, n'en déplaise à certains), vous n'avez aucune raison d'écrire sur elle. Comme dirait Jacques Chirac : "c'est comme ça, et il faut le comprendre !" ;o)


Tiens, Jacques Chirac, justement, parlons-en... Le lundi de la semaine dernière, une bien triste nouvelle m'est parvenu, via une dépêche de l'AFP, porteuse d'une information confirmée par Le Canard Enchaîné paru le lendemain, 30 septembre : Chirac va sans doute, comme cela était prévisible, échapper à une condamnation, pourtant tant espérée, dans le cadre de l'affaire des emplois fictifs de la Mairie de Paris...


Non-lieu requis pour Chirac dans l'affaire des chargés de mission de Paris


Le parquet de Paris a requis un non-lieu au profit de Jacques Chirac dans l'enquête sur les chargés de mission de la Ville de Paris, affaire d'emplois présumés de complaisance au bénéfice du RPR, dans laquelle l'ancien président et une vingtaine de personnes sont mises en examen.

Le parquet a confirmé avoir signé lundi [28 septembre] ce réquisitoire de non-lieu général, à la suite d'une information révélée par le Canard enchaîné à paraître mercredi [30 septembre].

L'ancien président de la République (1995-2007), protégé pendant 12 ans par sa fonction à la tête de l'Etat puis redevenu justiciable ordinaire, avait été mis en examen le 21 novembre 2007 pour "détournement de fonds publics" dans ce dossier d'emplois de complaisance présumés payés par le cabinet du maire de Paris, dont M. Chirac a été le maire de 1977 à 1995.

Outre l'ancien président Chirac, une vingtaine de personnes dont cinq anciens directeurs de cabinet de la mairie ont été mis en examen pour "détournement de fonds publics": Robert Pandraud, Daniel Naftalski, Michel Roussin, Rémy Chardon et Bernard Bled.

Il revient maintenant à la juge Xavière Simeoni, qui doit quitter ses fonctions à la fin octobre, de suivre ou non les réquisitions du parquet et de renvoyer ou non les prévenus devant le tribunal correctionnel.

L'instruction menée par la magistrate concerne une période courant de 1983 à 1998, soit du début du deuxième mandat de M. Chirac à la mairie aux trois premières années de son successeur Jean Tiberi.

Parmi les bénéficiaires présumés de ces emplois figure un ancien préfet, soupçonné d'avoir bénéficié d'un chauffeur payé par le cabinet du maire de Paris. Selon des sources proches du dossier, il s'agit du seul contrat signé de la main de Jacques Chirac.

Interrogé par l'AFP, l'avocat de M. Chirac, Jean Veil, a refusé mardi "de commenter une décision judiciaire qui n'a pas encore été notifiée, ni aux parties ni aux avocats".

Dans ses réquisitions, le parquet estime que les faits antérieurs à 1992 sont prescrits et que l'information n'a pas permis de caractériser l'infraction pour les faits postérieurs.

Jacques Chirac avait reconnu, dans une tribune au Monde publiée au moment de sa mise en examen, avoir "souhaité ou autorisé" lorsqu'il était maire de Paris les recrutements de chargés de mission car, disait-il, "ils étaient légitimes autant que nécessaires".

Selon l'ancien président, "il n'y a eu aucun détournement de fonds publics, puisque ces emplois étaient nécessaires au bon fonctionnement de la ville de Paris, et qu'ils ont été autorisés par délibération votée par le conseil de Paris".

Si le nom de Jacques Chirac a été évoqué dans plusieurs affaires judiciaires, c'est le seul dossier dans lequel il est mis en examen.

Il a par ailleurs été entendu en 2007 sous le statut de témoin assisté - à mi-chemin entre celui de simple témoin et celui de mis en examen - dans une autre enquête sur les emplois présumés fictifs du RPR, instruite à Nanterre.

Cette affaire, portant sur le paiement de salaires de permanents du RPR par la ville de Paris, a entraîné notamment la condamnation en appel de l'ancien Premier ministre Alain Juppé à 14 mois de prison avec sursis en 2004.

Le cas de M. Chirac avait été disjoint et l'enquête le concernant se poursuit. Le juge pourrait mettre fin à ses investigations à la fin de l'année, selon une source proche du dossier.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 29 septembre 2009, 17h15
)

Bien entendu, comme cela est écrit dans Le Canard Enchaîné de la semaine dernière, la juge d'instruction chargée de l'affaire peut fort bien, malgré le réquisitoire de non-lieu général du procureur de Paris Jean-Claude Marin, décider de renvoyer les prévenus devant la cour d'assises. Mais si c'est le cas, écrit H.L. dans le Canard, "le parquet et les avocats se tourneront vers la cour d'appel, qui pourrait se montrer mieux disposée. Et assurer enfin à Chirac une douce retraite..." (Cf. Le Canard Enchaîné N°4640, 30 septembre 2009) La fin d'un des plus fameux feuilletons politico-judiciaires de ces deux dernières décennies approche... et elle s'annonce a priori décevante, même s'il est vrai qu'il n'y a pas vraiment de surprise quant au fait que Chirac puisse vraisemblablement finir par être relaxé... Il ne faut oublier, en effet, que Chirac et son successeur à la plus haute charge de l'Etat se sont mis d'accord il y a déjà un moment : Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa passe au kärcher les dossiers judiciaires de Jacques Chirac, et en échange, Chirac lâche celui qui fut son fidèle dernier Premier Ministre, Dominique Galouzeau de Villepin, et laisse Sarkozy avoir la peau dudit Villepin dans le cadre de l'actuel procès de la fameuse affaire Clearstream, ledit Sarkozy souhaitant ardemment, comme on le sait, pendre ladite peau de Villepin à un "crochet de boucher", sans doute dans les cuisines de l'Elysée... Imaginez ce spectacle : une peau écorchée d'ancien Premier ministre pendue par un président de la République à un crochet de boucher dans les cuisines élyséennes... Ces dernières mériteraient dès lors d'être ouvertes au public à l'occasion des prochaines Journées du Patrimoine...

Clearstream, épisode emblématique de l'affrontement Villepin-Sarkozy


L'affaire Clearstream a constitué un épisode emblématique de l'impitoyable affrontement qui a opposé Dominique de Villepin, coprévenu dans le procès qui s'ouvre lundi [21 septembre], et Nicolas Sarkozy, partie civile, jusqu'à l'accession du second à la présidence de la République.

"Ils ne m'épargneront rien" dans la course à l'Elysée, avait lancé M. Sarkozy en mai 2005 en justifiant son retour place Beauvau par le souci de disposer des moyens de se protéger de ses détracteurs.

Quelques mois plus tôt, il a pris la tête de l'UMP, instruit par la défaite d'Edouard Balladur en 1995 de la nécessité de disposer de l'appareil d'un parti pour se lancer avec des chances de succès dans la course présidentielle.

Mais Jacques Chirac l'oblige alors à quitter le gouvernement, avant que le "non" au référendum européen en mai 2005 et la formation d'un nouveau gouvernement ne lui offrent son billet retour place Beauvau, tout en propulsant son rival à Matignon.

Convaincu d'être la cible d'une machination alors que filtrent publiquement les premières informations sur le dossier [Clearstream], le ministre de l'Intérieur se constitue partie civile en janvier 2006, transformant Clearstream en affaire d'Etat. Selon des propos prêtés à M. Sarkozy dans plusieurs livres, il fait le voeu de "pendre à un croc [ou crochet] de boucher" l'auteur de cette déstabilisation.

De leur côté, les villepinistes affirment aujourd'hui encore que Nicolas Sarkozy a été mis au courant de cette affaire bien avant qu'il ne s'en émeuve officiellement et qu'il a essayé d'en tirer profit en se victimisant.

Si les "affaires" ont toujours marqué les campagnes présidentielles, ce scandale qui met alors aux prises les numéros un (Villepin), deux (Sarkozy) et trois (Michèle Alliot-Marie, alors à la Défense) d'un même gouvernement est hors norme.

Auditions hyper médiatisées et "fuites" dans la presse se poursuivent tout au long de 2006.

Nicolas Sarkozy prend l'avantage, un ascendant qui va se transformer en position quasi inexpugnable, une fois M. de Villepin ébranlé par l'échec du Contrat première embauche.

A l'été 2006, M. de Villepin est plus isolé que jamais face à une majorité frondeuse, tandis que les ralliements à son rival se multiplient. Clearstream empoisonne ses derniers mois à Matignon. Il sera entendu une dizaine d'heures comme témoin par les juges en décembre 2006.

L'affrontement a connu son dénouement. Le vainqueur est désormais chef de l'Etat et le perdant, retiré de la scène depuis son départ de Matignon début mai, est devenu avocat.

Mais M. de Villepin, qui a toujours refusé d'affronter le suffrage universel, laisse désormais clairement entendre qu'il pourrait être candidat en 2012. Son objectif numéro un et inavoué étant la défaite de son grand rival.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 19 septembre 2009, 10h25)


Les principales dates de l'affaire Clearstream

Voici les principales dates de l'affaire Clearstream:

2003

- septembre: l'informaticien Imad Lahoud copie sur l'ordinateur de Florian Bourges, ancien auditeur chez Arthur Andersen, des fichiers clients et de transaction de la société luxembourgeoise de compensation financière Clearstream. Ils avaient été mis en relation par le journaliste d'investigations Denis Robert.
- octobre-novembre: l'ex-vice président d'EADS Jean-Louis Gergorin remet au général Philippe Rondot des listes de comptes Clearstream, provenant selon lui d'une pénétration informatique réalisée dans la base de données Clearstream par Imad Lahoud, qu'il a embauché chez EADS. Rondot est chargé d'enquêter sur la présence de fonctionnaires du ministère de la Défense sur ces listings qui s'avéreront trafiqués.

2004

- 9 janvier 2004: Réunion entre Dominique de Villepin, Gergorin et Rondot au Quai d'Orsay sur l'existence des listes de comptes illégaux de personnalités censées avoir été ouverts chez Clearstream. Selon Gergorin et Rondot, le nom de Nicolas Sarkozy aurait été évoqué. Le ministre confie à Rondot une mission de vérifications sur ces listings, en se prévalant du président Chirac selon le général.
- mai-octobre 2004: Gergorin envoie anonymement à quatre reprises les listings trafiqués au juge Renaud van Ruymbeke, susceptible d'être intéressé par certains noms dans son enquête sur d'éventuelles commissions occultes lors de la vente en 1991 de frégates à Taiwan. Le nom de Nicolas Sarkozy y figure sous la forme patronymique Stéphane Bocsa et Paul de Nagy.
- 3 sept: ouverture d'une instruction pour "dénonciation calomnieuse" à la suite d'une plainte d'un ancien dirigeant d'Airbus, Philippe Delmas, dont le nom figurait sur les listings et qui avait été placé en garde à vue dans le cadre de l'enquête du juge van Ruymbeke.

2006

- 31 janvier: Nicolas Sarkozy se constitue partie civile
- 24 mars: Les policiers perquisitionnent le domicile du général Philippe Rondot à Meudon (Hauts-de-Seine) et mettent la main sur ses notes évoquant notamment la réunion du 9 janvier 2004.
- 1er juin: Gergorin reconnaît l'envoi des lettres anonymes. Il est mis en examen.
- 9 juin: Imad Lahoud est mis en examen

2007

- 22 mars: Gergorin dit que Lahoud lui a fourni les listes.
- 4 mai: Van Ruymbeke comparaît devant le Conseil supérieur de la magistrature pour avoir secrètement rencontré Gergorin en 2004, avant de recevoir les listes anonymes.
- 22 juin: Chirac refuse d'être entendu sur des "faits accomplis ou connus durant son mandat" et "dément catégoriquement avoir demandé la moindre enquête visant des personnalités politiques".
- 4 juil: une expertise de l'ordinateur de Rondot désigne Villepin comme ayant eu l'idée de la rencontre secrète Gergorin-Van Ruymbeke de 2004.
- 19 juil: Gergorin confirme la mise en cause de Villepin mais précise qu'au moment où le ministre a demandé à Rondot, sur ordre de Chirac, d'enquêter sur ces listings, tous étaient convaincus de la véracité des listes.
- 27 juil: Villepin dément toute manoeuvre politique. Il dit n'avoir jamais demandé que des vérifications. Il est mis en examen.

2008

- 3 juin: A la fin de l'instruction, le parquet estime qu'il n'y a pas de preuves contre Villepin et requiert un supplément d'information sur les liens Villepin-Lahoud, ainsi que le renvoi devant le tribunal de Gergorin, Lahoud, Robert et Bourges.
- 3 juil: fin de l'enquête après un nouvel interrogatoire de Villepin. Le parquet requiert le renvoi de Villepin en correctionnelle. Les juges signent leur ordonnance de renvoi le 18 novembre.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 19 septembre 2009, 10h24
)


Le procès de l'affaire Clearstream s'est donc ouvert le 21 septembre dernier, devant le tribunal correctionnel de Paris, mais si ledit procès réunit, jusqu'au 23 octobre prochain, cinq prévenus, 18 témoins et une quarantaine de parties civiles, la seule chose que l'on aura vraiment retenu, dans cette histoire passablement embrouillée, c'est qu'il y a un ancien Premier ministre - Galouzeau de Villepin - sur le banc des prévenus face à un actuel chef de l'Etat - Sarkozy de Nagy-Bocsa - qui s'est constitué partie civile. Du reste, à peine le procès a-t-il commencé que le 23 septembre dernier, Sarkozy, lors d'un entretien retransmis sur France 2 et TF1, depuis New York, où il était allé faire le zouave à l'occasion d'une Assemblée générale des Nations-Unies, a provoqué la fureur des avocats de Villepin, en parlant ce soir-là de "coupables" à propos des prévenus de cette affaire, faisant fi du principe de la présomption d'innocence dont bénéficient des mis en examens tant qu'ils n'ont pas été définitivement jugés. Sarkozy, très sûr de son bon droit, est même allé jusqu'à déclarer, sans rire : "Je ne suis pas un homme qui ment. Je ne suis pas un homme qui renonce et je ne suis pas un homme qui plaisante avec les principes d'honneur et de probité." Sachant que tous les politiciens mentent - tous, sans exception -, que, par nature, il ne peuvent pas ne pas mentir, et que, bien souvent, l'honneur et la probité ne sont pour eux que des vertus de facade (c'est le moins que l'on puisse dire), les propos de Sarkozy ne manquent pas de sel, tant il cherche à se donner le beau rôle... C'est pourtant un fait : Nicolas Sarkozy ment, tient des doubles discours, et raconte n'importe quoi, en se moquant des "principes" qu'il prétend être les siens, comme n'importe quel autre politicien. De ce point de vue, il ne vaut donc pas mieux qu'un Galouzeau de Villepin. Lors de son entretien télévisé du 23 septembre depuis New York, l'actuel chef de l'Etat a, par exemple, justifié la mise en place de la taxe carbone en s'appuyant sur "un constat accablant" dressé par "des scientifiques et des savants du monde entier" : "Le monde va à sa perte si on continue à émettre du carbone qui créé un trou dans la couche d'ozone et qui brise les équilibres de la planète", a-t-il dit. La question du CO2 est liée, en réalité, au problème de l'effet de serre et non pas à celui de la couche d'ozone, mais cela, Sarkozy s'en moque : ce qui compte pour lui, en toute circonstance, c'est de se donner le beau rôle, en détournant l'attention avec des gesticulations et des paroles pleines d'assurance, en faisant croire qu'il est compétent et irréprochable, alors qu'avec lui, tout n'est qu'approximations, faux-semblants, boniments, manoeuvres opportunistes, et finalement mensonges éhontés.


Aujourd'hui, mardi 13 octobre, l'actuel chef de l'Etat a présenté à l'Elysée la nouvelle version allégée de sa réforme du lycée, réforme mise entre parenthèses il y a un an pour cause de contestations, comme on le sait. Dans son discours, il a notamment expliqué que la création des lycées en 1802 avait signifié "la fin des privilèges de la naissance". "Cela voulait dire: désormais, ce qui compte en France pour réussir, ce n'est plus d'être bien né, c'est d'avoir travaillé dur et d'avoir fait la preuve par ses études de sa valeur", a-t-il déclaré. Tout cela est bien dit, mais que valent ces belles paroles de Nicolas Sarkozy, lorsque l'on voit que son fils cadet, Jean Sarkozy, étudiant en droit et conseiller général des Hauts-de-Seine depuis moins de deux ans, va probablement bientôt accéder, à seulement 23 ans, à la présidence de l'Epad, Etablissement public chargé de l'aménagement du quartier d'affaires de la Défense, vitrine économique de la France ? Que valent les beaux discours de campagne de Nicolas Sarkozy sur le "mérite", sur les "nominations irréprochables", sur la "République irréprochable", sur la France devant être une "démocratie exemplaire au regard du monde", quand l'arrivée de son jeune fils Jean à la présidence du quartier d'affaires des Hauts-de-Seine, avec la bénédiction de son père, apparait simplement pour ce qu'elle est ? Nous n'assistons pas, en vérité, à autre chose qu'à l'ascension politique dégoûtante d'un fils de chef d'Etat, fils qui doit tout à son nom, celui de son père politicien, et rien à son mérite, fut-il élu, et dont la "promotion" à venir à la tête de l'Epad n'a pu que susciter, ces derniers jours, des critiques ironiques dans la presse internationale, tant ladite "promotion" du fils Sarkozy couvre la France de honte et de ridicule... Mais de tout cela, Nicolas Sarkozy se moque, puisque l'essentiel pour lui est de faire ce qui lui plait en profitant du fait qu'il soit à la tête de l'Etat français, tout en prétendant bien sûr, comme on l'a vu, ne pas être "un homme qui plaisante avec les principes d'honneur et de probité"... alors qu'en disant celà, il ne pense, en réalité, qu'à avoir la peau de Galouzeau de Villepin...


Ainsi, pour en revenir au procès Clearstream, celui-ci n'est pas pour Nicolas Sarkozy une affaire de justice, bien qu'il s'en défende publiquement : c'est une affaire de vangeance personnelle de politicien contre un autre politicien, ni plus ni moins. A son arrivée au tribunal au premier jour du procès, Galouzeau de Villepin avait d'ors et déjà estimé que sa présence sur le banc des prévenus était due à "l'acharnement d'un homme, Nicolas Sarkozy, qui est aussi président de la République française". Le 28 septembre dernier, en réponse aux propos de Sarkozy à la télévision sur les "coupables", les avocats de Villepin ont assigné Sarkozy pour "atteinte à la présomption d'innocence". Depuis, le procès suit son cours, et ne semble pas, à première vue, tourner forcément à l'avantage de Villepin. Cela en serait presque regrettable, dans la mesure où, même si le sort de Galouzeau de Villepin m'importe fort peu, j'aimerai bien que Sarkozy n'obtienne pas ce qu'il veut dans cette affaire, et qu'à l'arrivée, personne ne sorte content de ce procès d'une affaire finalement aussi compliquée que pathétique...


Maintenant que j'ai parlé - comme il se doit ;-) - de Nicolas Sarkozy, il est temps d'en venir à ce qui est censé être mon autre sujet de prédilection : le Parti Socialiste. Mais avant, il convient que j'écrive tout de même quelques mots sur ce qui s'est passé en Irlande au début de ce mois. Le 2 octobre dernier, en effet, après avoir rejeté le traité européen de Lisbonne l'année dernière, une majorité du peuple irlandais a finalement choisi d'adopter ledit traité à l'occasion d'un second référendum voulu par les dirigeants européens, décidément incapables de supporter que l'on puisse voter "non" à ce texte. "If you don't know, vote No" ("si vous ne savez pas, votez non"): le 12 juin 2008, de nombreux Irlandais avaient pourtant adopté cette formule, rejetant le texte à plus de 53%. Mais face à la paralysie dans laquelle le "non" irlandais avait alors plongé l'Union Européenne (UE), Dublin avait accepté de faire revoter la population moyennant des assurances de l'UE qu'elle ne toucherait pas aux "spécificités celtiques" irlandaises : l'interdiction de l'avortement, la neutralité militaire et un faible taux d'imposition. De plus, si le traité était adopté, l'Irlande continuerait à disposer de "son" commissaire européen. Et puis la crise est passée par là, et les temps ont changés... En un an, l'Irlande, championne de la croissance, s'est muée en une des économies les plus touchées par la récession : le chômage devrait ainsi tripler cette année par rapport à 2007, à environ 15%, tandis que le déficit public, nul en 2007, atteint 11 % du produit intérieur brut (PIB), lequel s'effondre de 8 %. Dès lors, il n'est pas étonnant que les Irlandais aient voulu montrer qu'ils souhaitent à présent, dans leur majorité, se raccrocher le plus possible à l'Union Européenne (UE), à qui l'Irlande doit son décollage économique. Ainsi donc, le 2 octobre, quinze mois après avoir rejeté le traité de Lisbonne, les Irlandais l'ont finalement massivement adopté avec plus de 67% de "oui", lors de ce second référendum immédiatement accueilli, lors de la proclamation des résultats le lendemain du scrutin, avec un soulagement évident par les dirigeants de l'UE. Toujours soucieux de se mettre en avant en toute circonstance, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa a pour sa part salué, dans un communiqué, un vote "qui couronne les efforts accomplis notamment lors de la Présidence française pour apporter une réponse aux préoccupations qu'avaient exprimées les Irlandais", ajoutant que "la France souhaite que les Etats qui ne l'ont pas encore fait achèvent le plus rapidement possible leur procédure de ratification pour que le traité de Lisbonne puisse entrer en vigueur avant la fin de l'année, comme les 27 [Etats membres de l'UE] s'y sont engagés". Pour ma part, je n'exprimerai pas ici une opinion différente que celle que j'avais déjà présentée sur le présent blog à l'occasion du premier référendum irlandais en 2008. Ainsi, comme je l'avais déjà écrit l'année dernière, pour autant que je saches, ce traité européen de Lisbonne, traité censé être "simplifié", est, en réalité, aussi incompréhensible et douteux que le précédent, à savoir le Traité Constitutionnel Européen, rejeté par les électeurs français et néerlandais en 2005, mais dont le texte a été repris à peu près tel quel par les rédacteurs du nouveau traité présenté comme étant "simplifié". De mon point de vue, il n'y a donc pas de quoi se réjouir des résultats du dernier référendum irlandais. Le fait est, encore une fois, que le fossé qui s'est creusé entre l'Union Européenne et les peuples qui sont censés y appartenir reste énorme, et je ne crois pas qu'un vote "positif" de prétendu "rattrapage" comme celui qui a eu lieu en Irlande au début de ce mois-ci, y changera quoi que ce soit. Encore une fois, l'Europe, la vraie, la seule qui vaille, l'Europe politique, l'Europe des peuples, reste à penser et à construire...


Venons-en à présent au Parti Socialiste français, dont je suis toujours adhérent. Le 1er octobre dernier, la veille du référendum européen en Irlande, quelque 200.000 adhérents socialistes ont été appelés à voter, de 17 heures à 22 heures, dans les 4.000 sections du PS sur la rénovation du Parti, une consultation inédite qualifiée par Martine Aubry de "petite révolution" et par Arnaud Montebourg d'"acte 1" de la rénovation du principal parti d'opposition. Onze questions ont été posées aux adhérents, allant de l'organisation de primaires ouvertes pour l'élection présidentielle "aux citoyens qui souhaitent le changement en 2012" au non-cumul des mandats, en passant par l'instauration de règles d'éthique, la parité totale dans les instances du parti et une meilleure représentation des "diversités". Voici les questions auxquelles j'ai dû répondre, en tant qu'adhérent du PS, lors de ce scrutin interne :


Consultation militante du PS : le questionnaire


1 - Les primaires ouvertes

Question 1-1 : « Etes-vous favorables à la désignation du candidat(e) des socialistes par des primaires ouvertes aux citoyens qui souhaitent le changement en 2012 et veulent participer à la victoire de la gauche? »

Question 1-2 : Donnez vous mandat au Bureau National pour organiser ensemble avec les formations de gauche qui le souhaitent de telles primaires dans le cadre d’un rassemblement politique et sur la base d’une plate-forme commune ?

2 - Le non-cumul des mandats

Question 2-1 : Etes-vous favorables, comme étape vers le mandat parlementaire unique, à l’impossibilité de cumuler, sans attendre le vote d’une loi, dès les prochains renouvellements (cantonales 2011, Sénatoriales 2011, législatives 2012) un mandat de parlementaire avec une présidence d’exécutif local (Communes, Intercommunalité, CG, CR) ou la participation à un exécutif (Vice-Pdt, Maire adjoint )?

Question 2-2 : Êtes-vous favorables à limiter à trois les mandats successifs des présidents d’exécutifs locaux (Maires, Présidents de Conseil Général, de Conseil Régional, et d’Intercommunalité) ?

3 - La parité, les diversités, les outremers et le renouvellement générationnel

Question 3-1 : « Êtes-vous favorables à l’instauration de la parité totale dans toutes les instances du Parti (locales et nationales) ? »

Question 3-2 : « Êtes-vous favorables à l’instauration de la parité dans les candidatures pour les élections législatives de 2012 ? »

Question 3-3 : « Donnez-vous mandat au Bureau National pour fixer, pour chaque élection, des objectifs de renouvellement contribuant à une meilleure représentation des diversités de la société française, et pour cela, en réservant si nécessaire, des circonscriptions électorales ? »

4 - Pour une démocratie interne aboutie

Question 4-1: Donnez-vous mandat au Bureau National pour proposer dans la réforme de nos statuts des règles nouvelles permettant d’ouvrir largement notre parti aux hommes et aux femmes de gauche en réduisant les obstacles à leur adhésion (adhésion directe, adhésion à des sections thématiques, montant des cotisations, modalité d’accueil, adhésion sur Internet…)?

Question 4-2 : Donnez-vous mandat au Bureau National pour proposer dans la réforme de nos statuts, des règles de démocratie interne permettant d’améliorer l’efficacité de nos Congrès et de choisir nos dirigeants en cohérence avec nos orientations politiques ?

5 - Pour des règles d’éthique

Question 5.1: Etes-vous favorables à la création dans notre parti d’une autorité indépendante et incontestée, chargée de faire respecter les règles d’éthique et de droit s’imposant à tous les adhérents du Parti Socialiste, disposant des moyens de les faire respecter et tranchant en dernier ressort toute question en rapport avec la violation de nos règles communes ?

Question 5.2: Approuvez-vous la mise en oeuvre dans les scrutins internes de notre parti, de nouveaux mécanismes, inspirés des règles et des moyens de la République, garantissant la sincérité et la fiabilité de nos votes ?

(Questions aux adhérents du PS publiées sur Parti-socialiste.fr, site officiel du Parti Socialiste, 12 septembre 2009
)

Le jour du vote, j'ai pris la peine de me déplacer jusqu'au bureau de vote de ma section - section qui se trouve à Rodez, dans l'Aveyron, alors que j'habite à Toulouse -, pour participer au scrutin, histoire d'avoir autre chose à faire dans ce parti que de payer une cotisation annuelle, vu que je ne peux jamais aller aux réunions de section. A toutes les questions posées, j'ai évidemment répondu "Oui". Oui à l'adoption du principe de primaires ouvertes. Oui au non-cumul des mandats, même si cela n'arrange pas les affaires de beaucoup d'élus socialistes cumulards. Oui à la limitation à trois mandats successifs des présidents d'exécutifs locaux. Oui à la parité totale entre hommes et femmes dans toutes les instances du Parti et dans les candidatures pour les élections législatives de 2012. Oui à une adhésion facilité au PS. Oui à des règles d'éthique pour faire en sorte que les magouilles électorales internes ne se reproduisent plus à l'avenir au sein du PS (si cela est possible... ce dont je doute quelque peu). J'ai donc voté "Oui" à toutes les questions, et je n'ai pas été le seul, puisque les résultats du scrutin ont été positifs aussi bien sur le plan local que national :

Les militants légitiment la rénovation d'Aubry qui reste à mettre en musique


La patronne du PS Martine Aubry sort légitimée de la consultation militante qui a validé jeudi  [1er octobre] son grand chantier de la rénovation axée sur des primaires ouvertes pour 2012, innovation majeure à mettre désormais en musique tout en tentant de contrer la percée des Verts.

A une large majorité, plus de 92.000 militants ont approuvé les onze questions pour rénover leur parti, avec en tête celles des primaires ouvertes en vue de désigner leur champion pour 2012 et du renforcement du non-cumul des mandats.

Alors que le dépouillement était en voie d'achèvement, la direction a évalué la participation à 46%, un étiage "assez élevé" pour une consultation hors congrès, s'est félicité le porte-parole Benoît Hamon.

Les primaires ont été approuvées massivement : 68% des militants ont dit "oui" à une primaire ouverte "aux citoyens qui souhaitent le changement en 2012" pour choisir le candidat socialiste, 70% souhaitant intégrer d'autres formations de gauche.

Toutes les autres questions sont plébiscitées, qu'il s'agisse des règles d'éthique (86%), de la parité totale (71%), de la diversité (61%) ou de la démocratie interne (73%).

"La primaire est une innovation extraordinairement importante" pour le PS, qui est ainsi "remis en selle alors qu'il était dans le trou", juge le politologue Gérard Grunberg.

Pour Pascal Perrineau du Cevipof, les primaires sont la "seule solution pour résoudre la crise de leadership devenue majeure".

Martine Aubry, qui avait mis tout son poids dans la balance pour cette rénovation, lancée fin août à La Rochelle, malgré la résistance de barons locaux, a salué sobrement "un bel exercice démocratique".

Benoît Hamon y a vu un changement "en profondeur du visage du Parti socialiste" qui va devenir "plus populaire, plus démocratique et plus transparent".

C'est "un nouveau départ" pour Pierre Moscovici, "un camouflet pour ceux qui avaient parié sur le conservatisme et la division", selon Jean-Christophe Cambadélis, et "un mandat clair pour la rénovation" d'après Vincent Peillon.

Pour le maire de Paris Bertrand Delanoë, les socialistes "ont voulu tourner la page des doutes, des divisions et des ressentiments", "se donner les moyens de préparer l'alternance". Michèle Sabban, vice-présidente du conseil régional d'Ile-de-France, y voit "une réponse au livre à charge sur les fraudes au PS".

Deux bémols parmi tous ces satisfecit : Faouzi Lamdaoui, proche de François Hollande, parle d'un résultat "mitigé", "mi-succès, mi-échec" et Gérard Collomb, sénateur-maire de Lyon, juge qu'"on est loin du plébiscite (...) escompté".

Les questions qui fâchent comme le périmètre des primaires sont reportées après les régionales. Les "travaux pratiques" de la rénovation débuteront entre les élections de mars et la convention de juin, qui doit modifier les statuts. Un nouveau vote des militants suivra.

"Les régionales vont établir de nouveaux rapports de force" qui "détermineront l'attitude de nos partenaires" vis-à-vis de la primaire, estime M. Hamon.

Pascal Perrineau juge que le PS devrait choisir une procédure lui permettant d'avoir un candidat au premier tour de la présidentielle.

Mais pour Gérard Grunberg, "le plus malin, ce serait d'intégrer les écologistes dans une alliance portant à la fois sur la présidentielle et les législatives".

Sur le non-cumul, les politologues se montre circonspects. "Le principe posé, on trouvera de multiples moyens pour tenter de le contourner", ce sera alors "un coup d'épée dans l'eau", estime M. Perrineau.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 2 octobre 2009, 16h43
)


Bien entendu, il n'y a pas de quoi sauter au plafond. Les dirigeants du PS pourront bien faire ce qu'ils voudront du mandat qu'ils ont reçu des adhérents lors de ce scrutin interne. Une telle consultation aura peut-être été utile à la rénovation du PS... ou peut-être pas : l'avenir le dira. Pour ma part, j'ai fait ce que j'avais à faire en participant à ce scrutin. S'ils y en a qui ne sont pas contents, ou qui trouvent cela ridicule voire risible, ma foi, peu m'importe... Je n'ai pas à me justifier. Pour ce qui est du PS, je suis parfaitement lucide sur ce qu'il est, et sur ce qu'il est éventuellement capable de faire ou de ne pas faire politiquement... Bien entendu, je sais que ce n'est pas le PS qui me sortira du chômage et que ce n'est pas le PS qui apportera un changement radical à la société dans laquelle nous vivons : cela, je l'ai toujours su. Bien sûr, je sais également que pour les gens d'extrême-gauche qui se sentent investie de la mission de perpétuer sans fin le "souvenir des luttes", le PS est un odieux parti "réformiste", et que pour les gens se rattachant à la mouvance marxiste située à gauche de l'extrême-gauche - mouvance que les médias de masse appellent parfois "ultra-gauche", et que Jean-Louis Roche qualifie pour sa part du nom de "maximalisme" - le PS est un misérable parti "bourgeois", symbole de la "gauche caviar". Je sais tout cela, mais cependant cela ne m'inspire pas grand-chose, sinon que je reste convaincu, aujourd'hui comme hier, que le NPA d'Olivier Besancenot n'est qu'une misérable escroquerie, que le parti LO d'Arlette Laguiller est une secte, et que ceux qui se situent à la gauche de ces partis d'extrême-gauche - les "maximalistes", selon Jean-Louis -, semblent n'avoir rien à envier aux trotskistes du NPA et de LO en matière de dogmatisme. J'entends donc les critiques de tous ces gens à l'égard du PS, mais sans qu'elles soient de nature à me convaincre que le trotskisme des uns ou le "maximalisme" des autres soient une alternative crédible. Le PS étant le seul parti de gouvernement capable de mettre fin au sarkozysme en France par le biais des élections, j'ai adhéré à ce parti, étant un homme de gauche, quoi que l'on en dise. Après, on verra bien ce qui se passera. Aujourd'hui la question de savoir si le PS doit devenir un parti "plus à gauche" ou "vraiment social-démocrate" ne m'intéresse pas, ou plus. J'espère juste que ce parti sera bientôt en mesure de contribuer très directement à ce que je veux, à savoir que Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa dégage définitivement de l'Elysée. C'est le voeu politique que je formule : il est sans doute dérisoire, mais à l'heure où j'écris, j'avoue que je n'en ai pas d'autre. De ce point de vue, 2012 sera ainsi l'année décisive, et je n'ai pas prévu, de toute façon, de rester au PS au-delà de cette date. En attendant, je prends mon mal en patience, et pour le moment j'observe qu'à la lumière d'une actualité récente sur laquelle je n'ai pas envie de m'attarder, le PS a encore du chemin à faire pour retrouver la cohérence et l'unité dont il a besoin pour pouvoir un jour constituer une alternative crédible au sarkozysme. Le reste n'a pas grande importance... Les plans sur la comète pour mettre fin au capitalisme grâce à la croyance aveugle en la Vérité marxiste, je les laisse à d'autres. Les grilles de lecture systémiques prises au pied de la lettre m'empêchent de penser, et il ne sert à rien de vouloir me les imposer, car je n'aime pas les certitudes, surtout quand elles sont érigées au rang de dogme. De fait, en général, les idéologies ont souvent tendance à m'ennuyer, voire à m'agacer, car beaucoup trop de gens y adhèrent et les promeuvent comme autant de religions. Karl Marx dénonçait la religion comme étant "l'opium du peuple". Je me demande ce qu'il penserait du fait qu'aujourd'hui encore un certain nombre de gens ne trouvent une sorte de "salut" intellectuel qu'en se droguant (intellectuellement) avec les théories de Marx, la pensée dudit Marx fut-elle intéressante philosophiquement par ailleurs...


Jean-Louis a toujours pensé que le fait que je me qualifie d'"anarcho-monarchiste" est un signe d'élitisme : c'est faux, l'anarcho-monarchisme est simplement un doigt d'honneur idéologique. Je n'ai pas la prétention de m'élever au-dessus des autres : étant par ailleurs au chômage et issu d'un milieu modeste, je me sens simplement à la marge. La lutte des classes, si tant est que ce concept soit encore d'actualité, ne représente rien pour moi : je suis hors-classe, et ne me sens véritablement à ma place nulle part. Ce n'est pas de l'élitisme que de dire cela, c'est juste un constat par rapport à la vie qui a été la mienne jusqu'ici. Jean-Louis me dira peut-être qu'une éventuelle déchéance sociale (au-delà donc de la situation, déjà peu enviable, d'assisté qu'est celle du chômeur) me ferait changer d'avis, et que le fait de "tomber de la hiérarchie sociale ou se ramasser un gadin face à de précaires illusions bourgeoises, cela peut fort bien réveiller, ou au moins contribuer à une saine réflexion marxiste." Et bien non, désolé, cher Jean-Louis... même si un jour je me retrouve complètement dans la mouise, l'utilisation aveugle d'une grille de lecture marxiste pour tout expliquer ne sera sans doute pas une de mes priorités. La déchéance sociale ne rend pas marxiste. Il rend au mieux nihiliste, ou au pire suicidaire. Ni plus, ni moins. Les êtres humains sont tous faillibles et tous imparfaits, et aucune certitude idéologique ne changera jamais ça. Quant à la réflexion, elle n'a pas besoin d'être marxiste pour être saine, pour peu que l'on sache utiliser son cerveau. Jean-Louis, qui est quelqu'un d'intelligent, le sait. J'aimerai simplement qu'il le reconnaisse, plutôt que de me reprocher d'être positionné politiquement de telle ou telle mauvaise façon selon lui, alors que mon point de vue est juste différent, simplement parce que je ne suis pas marxiste, tout en n'étant pas non plus un partisan du capitalisme. Je ne demande pas, pour ma part, à Jean-Louis, de renoncer à ses convictions : après toutes les années de militantisme qui ont été les siennes au sein de la mouvance marxiste "maximaliste" située à gauche de l'extrême-gauche, et notamment au sein du CCI (Courant Communiste International) dont il n'est plus membre aujourd'hui, ledit Jean-Louis ne changera pas d'avis en ce qui concerne la pertinence actuelle du concept de lutte des classes et de la dichotomie bourgeois/prolétaire. Une fois encore, comme dirait Jacques Chirac : "c'est comme ça, et il faut le comprendre !" Mais ce que je souhaiterai, c'est que Jean-Louis ne soit pas si convaincu qu'il a raison au point de considérer que tous ceux qui ne pensent pas comme lui sont forcément dans l'erreur, sont égarés comme des brebis qui n'auraient pas connaissance de la bonne vérité religieuse (forcément marxiste), sont aveugles face aux bouleversements qui viennent, sont de pauvres inconscients soumis au capitalisme et à la "bourgeoisie". Personne ne détient la "Vérité", dans ce monde, ni les adeptes de religions, ni les partisans d'idéologies systémiques. Personnellement, au fil des années, je prends de plus en plus conscience de la condition humaine telle qu'elle est aujourd'hui. Je prends de plus en plus conscience - et cela ne date pas d'hier ! - que, dans le monde comme il va, nous ne sommes, au fond, que des esclaves, des esclaves non pas inconscients mais volontaires au service d'une organisation sociale dont la finalité finit par nous dépasser, une organisation sociale qui est basée sur un système marchand et consumériste pour le moins discutable, une organisation sociale qui est pourrie par l'argent, qui est dominée par la tyrannie de l'urgence et des apparences... Mais pour autant, quand j'entends certains invoquer les manes de Karl Marx ou de Guy Debord et annoncer une prochaine "révolution" qui mettrait fin à cette organisation sociale, je reste un incorrigible sceptique. Je crois à la capacité de création de l'être humain. J'accorde une très grande importance à la création, surtout artistique, qui est la seule chose digne d'intérêt à faire au cours d'une vie d'homme, au-delà de la nécessaire et instinctive perpétuation de l'espèce. Mais je ne crois pas à la capacité de ceux qui se disent "révolutionnaires" de changer le monde aussi radicalement qu'ils le souhaitent. Bien entendu, une sorte de miracle peut toujours arriver qui permettrait aux parangons d'une "organisation antihiérarchique", d'une "société sans classes",  d'arriver à leurs fins en bénéficiant de l'adhésion ponctuelle du plus grand nombre. Mais j'avoue que j'ai tendance à ne pas croire aux miracles...


Il me faut à présent terminer cet article. Et pour conclure sur une note joyeuse, j'ai le plaisir de publier ici la liste récapitulant les mots-clés les plus utilisés le mois dernier par mes visiteurs pour accéder à mon blog à partir du moteur de recherche Google  :

Les trente mots-clés les plus utilisés par les visiteurs du Blog de l'Anarcho-Monarchiste du 01/09/2009 au 30/09/2009 :

Mot-clef                                                           Visites

laetitia casta nue                                                 58
monica bellucci nue                                              57
sophie marceau cannes                                         34
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nicolas sarkozy                                                    13
segolene royal                                                     11
belles femmes nues                                              11
bettina rheims                                                     11
laetitia casta                                                      11
cthulhu                                                              11
anarcho monarchiste                                            10
laetitia casta demarchelier 1998                             10
visa pour l'image                                                  10
marabundas                                                        10
arcimboldo                                                           9
monarchiste                                                         9
mannequin femme nue                                            9
sophie marceau                                                     9
couvertures du journal la terre janvier 1952                9


A défaut d'avoir été un mois de record de fréquentation pour le présent blog, comme l'a été le mois de septembre de l'année dernière, le mois de septembre 2009 aura tout de même été un mois particulièrement remarquable quant aux motivations les plus fréquentes chez les visiteurs venus sur ce site en faisant des recherches sur Google... Les résultats présentés dans cette liste mensuelle de mots-clés sont assurément très émouvants, et donnent une idée du grand esprit de curiosité intellectuelle et artistique qui animent la plupart des personnes venant sur le présent blog. Je ne peux que m'en réjouir ! ;op

A bientôt... peut-être...

Cordialement, :-)

Hyarion.

(Illustrations : Saint Barthélemy tenant sa peau écorchée, détail de la fresque Le Jugement dernier [1535-1541] par Michelangelo di Lodovico Buonarroti Simoni dit Michel-Ange, Rome, Palais du Vatican, Chapelle Sixtine ; Nicolas Sarkozy lors de son discours sur les PME au Palais des Congrès de Paris le 5 octobre 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Philippe Wojazer ; Jacques Chirac le 3 avril 2009 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Caroline Ventezou ; Jacques Chirac visitant une exposition du musée africain à Bruxelles, le 29 septembre 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©BELGA/AFP/Johanna Geron ; Jacques Chirac [au centre], Dominique de Villepin [à gauche] et Nicolas Sarkozy [à droite] lors d'un conseil des ministres, le 3 juin 2005 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Pascal Pavani ; L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin au siège de la chaîne télévisée Canal + à Paris, le 11 juin 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Miguel Medina ; Nicolas Sarkozy le 23 septembre 2009 lors d'un entretien retransmis sur France 2 et TF1, depuis New York, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/France 2 ; Nicolas Sarkozy lors de son discours sur la réforme des lycées, à l'Elysée, le 13 octobre 2009 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Eric Feferberg ; Dominique de Villepin le 21 septembre 2009 au palais de justice à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Patrick Kovarik ; Dessin d'audience représentant le général Philippe Rondot [à droite] à la barre du tribunal correctionnel de Paris le 5 octobre 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Benoit Peyrucq ; Un autocollant "mensonges" ["lies", en anglais], sur un autre pour le "oui" ["yes"] au référendum irlandais sur le traité de Lisbonne, le 1er octobre 2009 à Dublin, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Ben Stansall ; Le logotype du Parti socialiste, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Joël Saget ; Martine Aubry le 1er octobre 2009 à Lille, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Philippe Huguen ; La première secrétaire du PS, Martine Aubry assistant aux 37èmes journées des Communautés urbaines de France, le 9 octobre 2009 au palais des congrés de Bordeaux, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Jean-Pierre Muller ; Portrait photographique de Karl Marx datant de 1875, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives ; Le Printemps, huile sur toile [1573], par Giuseppe Arcimboldo, Paris, Musée du Louvre ; Photographies de deux femmes célèbres, nues : à gauche, Laetitia Casta, détail d'une photographie réalisée en 1998 par Patrick Demarchelier et reproduite dans Photo N°362, septembre 1999, et à droite, Monica Bellucci, détail d'une photographie réalisée en 2000 par Gian Paolo Barbieri et reproduite dans un calendrier du magazine GQ pour l'année 2001)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 3 (2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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Mardi 15 septembre 2009
La onzième République des Blogs de Toulouse (RdB) a eu lieu le vendredi 11 septembre dernier, entre 18h00 et 22h30 environ, à nouveau au Tchin Bar (22, rue St-Bernard, près de la station de métro Jeanne-d'Arc). Une fois de plus, nous sommes retrouvé en petit comité, entre habitués du rendez-vous : outre votre serviteur, étaient présents la blogueuse "M.", toujours en charge du blog intitulé "Le Rocrocodile kinépeuthe", la blogueuse Christie, qui s'occupe toujours du blog "Alluvions", Philippe David, auteur du blog "Vue de droite", ainsi que Dante, qui est toujours un des lecteurs réguliers du présent blog (où certains de ses textes, comme on le sait, sont parfois publiés).


En attendant l'arrivée de notre invité politique de la soirée (le premier à faire le déplacement depuis plus d'un an), nous avons abordé rapidement l'actualité politique du moment. La discussion a notamment eu pour sujet la récente parution d'un livre de journalistes - intitulé Hold-uPS, arnaques et trahisons - affirmant qu'il y a eu tricherie en faveur du camp de Martine Aubry lors de l'élection de cette dernière au poste de Premier secrétaire du PS. En ce qui concerne ces magouilles électorales internes, je ne suis pas trop mal placé, me semble-t-il, en tant qu'adhérent du PS, pour dire que ce n'est pas du tout une surprise pour moi qu'un livre finisse par révéler publiquement ce que tout le monde, au PS, savait déjà dès le lendemain du scrutin... et je l'ai rappelé à l'occasion de notre discussion. Ce qui m'aura quelque peu amusé dans les jours qui ont précédé notre RdB, ce sont les propos tenus par le très hypocrite Laurent Fabius, le 9 septembre dernier, à propos de cette affaire : "Je crois que Martine Aubry a gagné, que les choses sont derrière nous. Je le crois, mais ce n'est pas avec ce genre de propos qu'on va remettre la politique à la hauteur qu'elle devrait avoir" a-t-il notamment déclaré, ajoutant que, selon lui, "il n'y a pas pas d'éléments probants" indiquant des irrégularités lors du vote des militants, comme si le fait d'affirmer cela était une évidence... ce qui est assurément loin d'être le cas... Depuis notre rendez-vous, les choses ont un peu évolué : aujourd'hui, mardi 15 septembre, sur le site de son association "Désirs d'avenir", Ségolène Royal, qui avait perdu à une centaine de voix près en novembre dernier face à Aubry, a demandé au PS d'engager une "action" en justice contre l'ouvrage Hold-uPS, arnaques et trahisons si les fraudes dénoncées sont fausses, et des sanctions contre les fraudeurs si les faits sont avérés, ladite Ségolène Royal ajoutant cependant qu'elle ne demandait pas un "nouveau vote" au parti car pour elle "cette page est tournée". De leur côté, cinq membres de la direction du PS ont proposé ce soir aux auteurs du livre, Antonin André et Karim Rissouli, "d'organiser sans délai" une "confrontation devant des journalistes" pour démontrer que "les accusations portées par ce livre sont mensongères". On verra bien ce qui sortira de tout cela... s'il en sort quelque-chose. En ce qui me concerne, la page est aussi tournée, et j'estime simplement qu'il serait évidemment souhaitable que les auteurs des fraudes, s'ils sont clairement démasqués, soient sanctionnés... mais on peut toujours rêver...


La discussion du début de notre RdB a également porté sur cette polémique ridicule concernant le détestable Brice Hortefeux, et dont il a abondemment été question ces derniers jours. Tout a commencé par la diffusion sur Internet, la semaine dernière, d'une vidéo tournée le 5 septembre au "campus" (université d'été) de l'UMP, à Seignosse, montrant Hortefeux posant avec un militant, Amine Benalai-Brouch, né de père algérien. Sur cette vidéo, ledit Hortefeux, ministre de l'Intérieur, déclare, parlant apparemment des immigrés : "il en faut toujours un. Quand il y en a un ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes". L'opposition a aussitôt dénoncé un dérapage raciste, certains réclamant la démission du ministre, tandis que plusieurs associations ont demandé des excuses à Hortefeux, ce qu'a exclu ce dernier en déclarant qu'il n'avait pas à s'excuser pour une phrase "sortie de son contexte". Plus tard, il s'est contenté d'exprimer "des regrets" pour une "polémique inutile et injuste". En ce qui me concerne, outre la satisfaction que j'ai pu avoir à l'idée que Sarkozy soit assurément agacé par cette affaire - quand Sarkozy a toutes les raisons de ne pas être content, cela a plutôt tendance à me mettre en joie -, toute cette histoire ne m'a rien appris de nouveau sur le compte du méprisable Hortefeux, et, en vérité, cette polémique pathétique m'importe peu. Hortefeux, qu'on le veuille ou non, est évidemment bien connu pour être légèrement raciste et xénophobe sur les bords - et quand je dis "légèrement", je suis gentil -, et dans cette affaire, il n'aura finalement fait que jouer un seul rôle, qui, du reste, lui va comme un gant : celui de l'idiot utile des organisations antiracistes... Pour ce qui est de l'opposition, elle devrait davantage se concentrer sur un projet politique alternatif crédible face à la droite sarkozyste, plutôt que de perdre son temps à critiquer devant les médias de masses les propos minables de ministres tels que Hortefeux, ministres dont les opinions profondes sur certains sujets sensibles auront toujours quelque-chose de profondément nauséabond...


A l'occasion de cette discussion du début de notre RdB de Toulouse, nous avons également parlé, avec force esprit critique, de tous ces professionnels de la politique vivants au frais de la princesse, qui ont contribués, et contribuent bien entendu encore, à décrédibiliser la politique aux yeux des citoyens...
Puis, vers 19h30, est arrivé notre invité : Régis Godec, adjoint au Maire de Toulouse en charge des écoquartiers, et qui est également l'auteur d'un blog dont voici l'adresse : http://www.regisgodec.fr/.
Nous nous sommes tous présentés, puis avons entamé la discussion sur ce qui était alors le grand sujet de fond du moment : la taxe carbone...

Sarkozy instaure une taxe carbone pour lutter contre le réchauffement climatique


Nicolas Sarkozy a annoncé jeudi [10 septembre] dans l'Ain la mise en place, à partir de 2010, d'une "taxe carbone", compensée "intégralement" par des baisses d'impôts et destinée encourager les Français à consommer plus propre pour lutter contre le réchauffement climatique.

C'est lors d'un déplacement dans l'Ain, où il a visité à Culoz une usine de pompes à chaleur, la Compagnie industrielle d'applications thermiques (Ciat), qu'il a annoncé, depuis Artemare, ses arbitrages sur cette taxe qui suscite l'hostilité d'une majorité de Français et divise profondément la gauche comme la droite.

Cette taxe, qui entrera en vigueur le 1er janvier 2010, sera "progressive" et sera fixée "au départ" sur la base de 17 euros la tonne de CO2, aussi bien pour les ménages que pour les entreprises. Elle ne concernera pas l'électricité - ce que demandaient les Verts et le PS notamment - mais uniquement les énergies fossiles (pétrole, fioul, gaz).

Le président s'est basé sur le prix du marché, relevant au passage que c'était son Premier ministre François Fillon qui avait proposé cette base.

"La taxe carbone représentera déjà un effort significatif (...) près de 4,5 centimes par litre de fioul et de gasoil, 4 centimes par litre d'essence et environ 0,4 centime par KWh de gaz", a-t-il dit.

Il a également justifié le caractère progressif de cette taxe, estimant "normal" qu'elle soit "plus élevée dans quelques années lorsque les comportements auront eu le temps de s'adapter".


François Fillon a précisé sur TF1 que la taxe carbone augmenterait "chaque année", écartant une nouvelle fois tout désaccord avec le chef de l'Etat sur ce dossier.

Nicolas Sarkozy n'a pas retenu la proposition de la conférence d'experts présidée par Michel Rocard d'un prix de référence de 32 euros par tonne. Cela "aurait été un montant trop élevé en période de crise", a-t-il dit, en rendant un hommage appuyé à l'ancien Premier ministre PS, "un homme honnête, intelligent", un homme "d'ouverture".

Il a en revanche stigmatisé une autre socialiste, sans la nommer, Ségolène Royal. Selon lui, l'ex-candidate à la présidentielle de 2007, qui, comme lui, avait signé le pacte de Nicolas Hulot, a "renié sa parole" en se déclarant opposée à la taxe carbone.

Les partis ont campé sur leurs positions, une fois les arbitrages présidentiels connus. Le PS, les Verts et le MoDem ont réclamé une nouvelle fois que l'électricité soit concernée et ont jugé trop bas la base de calcul. Mme Royal a clamé à nouveau son opposition à cette taxe, la qualifiant "d'impôt vicieux".

Alors que les 2/3 des Français y sont également opposés, selon un récent sondage, l'Elysée a certifié que cette taxe serait "intégralement compensée par la baisse d'autres prélèvements" (réduction d'impôts sur le revenu ou chèques verts pour ceux qui n'en paient pas).

"La création de la taxe carbone se fera sans dommage pour le pouvoir d'achat des Français et sans pénaliser la compétitivité de nos entreprises", a promis M. Sarkozy.

Il a chargé le gouvernement d'étudier les moyens pour éviter que cette taxe ne pénalise excessivement la compétitivité d'entreprises particulièrement dépendantes des carburants (pêche, agriculture ou transports).

M. Sarkozy a annoncé en outre la création d'une commission indépendante chargée de garantir "une transparence totale sur les compensations", une proposition du groupe Rocard.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 10 septembre 2009, 19h33)


Taxe carbone : un débat ardu, confus, souvent cacophonique

Des propositions des experts aux arbitrages présidentiels, le format de la taxe carbone a sensiblement évolué, à l'issue d'un débat confus qui a, par moments, viré à la foire d'empoigne.

Les experts recommandaient de démarrer à 32 euros la tonne de C02 pour atteindre 100 euros en 2030 ? Ce sera 17 euros a finalement tranché jeudi [10 septembre] Nicolas Sarkozy en s'engageant sur une progression dont il n'a cependant pas fixé le tempo.


L'ancien Premier ministre Michel Rocard, qui présidait la "conférence de consensus", préconisait, à titre personnel, que l'électricité soit inclue dans cette Contribution climat énergie ? Elle a finalement été écartée, provoquant la colère des écologistes.

"On a une taxe carbone, on ne va pas bouder notre plaisir", estime l'économiste Alain Grandjean, membre de la Fondation Nicolas Hulot qui porte cette idée de longue date. "Par rapport au Grenelle de l'environnement il y a deux ans, on a quand même une avancée nette".

Cependant, regrette-t-il, "un débat un peu moins confus nous aurait peut-être permis de démarrer plus haut".

Olivier Godard, économiste au CNRS, qui a participé à la rédaction du rapport final, est satisfait, en dépit de réserves, que le projet voie le jour en 2010, mais ne cache pas une certaine amertume.

Le débat est parti "sur des données superficielles, partielles, tronquées", regrette-t-il. "Les gens qui sont normalement les éveilleurs d'opinion ont plutôt préféré jouer dans le sens du poil anti-impôts. Un jeu politique pervers s'est greffé dessus".

Mesures phare du Pacte écologique de Nicolas Hulot en 2007, l'idée de la création d'une taxe carbone a été reprise dans les conclusions du Grenelle de l'environnement mais est restée longtemps lettre morte.

Début juillet, à l'issue d'une conférence d'experts rassemblant économistes, représentants des syndicats, du patronat et des ONG, Rocard annonce "un accord de principe" sur la création d'une taxe carbone.

"Un nombre énorme de gens, dans tous les secteurs, ont compris que la taxe carbone est un des très rares moyens polyvalents et efficaces de lutter contre le réchauffement climatique", s'enthousiasme-t-il.

Rapidement, pourtant, la polémique enfle, alimentée par les signaux contradictoires envoyés par le gouvernement.

"Nous inventerons un +chèque vert+", lance en juillet le ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo "Je ne suis pas favorable à de nouveaux chèques, verts ou pas", rétorque le ministre du Budget, Eric Woerth.

Après une première quinzaine d'août calme pour cause de vacances, le débat prend une tournure beaucoup plus polémique. Avec un point d'accroche: le mode de redistribution de cette taxe, qui apparaît très flou, alimentant inquiétudes et soupçons.

Ségolène Royal dénonce un impôt "absurde" et "insupportable". Le PS se déchire - Manuel Valls dénonce "une grave erreur d'appréciation" de l'ex-candidate à la présidentielle - et, à droite, les voix discordantes se multiplient.

La taxe provoque même un couac au sommet de l'Etat lorsque le Premier ministre François Fillon assure que la taxe débutera à 14 euros avant que Sarkozy affirme qu'aucune décision finale n'a encore été prise.

Le débat n'est pas terminé, rappelait jeudi Olivier Godard, s'interrogeant sur "la forme cette taxe carbone va finalement prendre au sortir du débat parlementaire".

"Je ne suis pas sûr que tous nos responsables politiques aient bien compris qu'il s'agit de mettre en place un prix pour le CO2 et non pas de traiter d'un impôt ordinaire".

(Dépêche de l'Agence France Presse, 10 septembre 2009, 17h01)


La question de la mise en place d'une "contribution climat énergie" ou "taxe carbone", est une question cruciale pour Régis Godec, qui a déploré que celle-ci été engagée de la pire façon par Nicolas Sarkozy, quand il a notamment annoncé sa volonté de supprimer la taxe professionnelle tout en évoquant, de façon aberrante, la possibilité de la remplacer par la taxe carbone… Mettre en place une fiscalité écologique en ayant véritablement le souci d'y intégrer l'indispensable justice sociale suppose une autre politique que celle menée par Sarkozy, et nous avons été bien d'accord là-dessus...
La taxe carbone est un inadmissible impôt supplémentaire déguisé, selon Philippe David, qui l'a qualifié également d'"usine à gaz", et qui a dénoncé le fait que l'on va demander aux gens les plus modestes de payer cette taxe sans réelles compensations, alors que la crise actuelle est encore loin d'être terminée. Pendant ce temps, a souligné justement Philippe, François Fillon se permet de gaspiller du CO2 en utilisant un avion Falcon pour se rendre chez lui dans la Sarthe depuis Paris, comme ce fut notamment le cas il y a quelques mois, tandis que Sarkozy se permet de gaspiller, lui aussi, on ne sait combien de CO2 en voyageant en avion pour aller en province, plus ou moins chaque semaine, simplement pour prononcer, devant les caméras et les micros, un discours de vingt minutes en étant entouré d'une armée de policiers et d'agents de sécurité, ainsi que de quelques gentils figurants triés sur le volet... y compris sur des critères de taille, comme cela a été récemment révélé par des journalistes de la RTBF (Radio Télévision belge francophone) à l'occasion d'une visite de Sarkozy, le 3 septembre dernier, à l'usine du sous-traitant automobile Faurecia, filiale du groupe PSA Peugeot Citroën, à Caligny, dans l'Orne :

Salariés de petite taille pour Sarkozy : la CFDT confirme, Faurecia dément


L'opposition socialiste en France a dénoncé lundi [7 septembre] la "mise en scène complète" d'une visite d'usine de Nicolas Sarkozy, la semaine dernière, après que la télévision belge RTBF eut affirmé qu'une des ouvrières présentes avait été sélectionnée pour sa petite taille.

Un syndicaliste CFDT de Faurecia a assuré lundi que l'Elysée avait demandé que soient sélectionnés des salariés de petite taille pour accompagner la visite de Nicolas Sarkozy jeudi [3 septembre] à l'usine de Caligny (Orne), ce que la direction de l'entreprise a démenti.

"Nous avons la certitude, de source sûre et fiable, que cette exigence n'est pas sortie de la tête d'un responsable de Faurecia et qu'il s'agit bien d'une requête venant de l'Elysée", déclare José De Sa Moreira, délégué syndical central, dans une interview au site internet Rue89.

Dans un communiqué, la direction de Faurecia "dément les rumeurs faisant état d'+exigences particulières de l'Elysée+ quant au personnel Faurecia présent durant l'allocution du président".

Le service de presse de l'Elysée a aussi qualifié dimanche soir de "grotesques" les insinuations selon lesquelles une salariée aurait été choisie en fonction de sa taille.

Il réagissait à un reportage de la télévision belge RTBF, dans lequel une ouvrière de l'usine Faurecia répondait "oui" à la question de savoir si elle avait été sélectionnée pour sa petite taille, afin de ne pas apparaître à l'image plus grande que le président français.

La direction de Faurecia a aussi affirmé lundi "qu'elle avait la maîtrise d'oeuvre de l'organisation générale de cette visite, à l'exception des mesures de sécurité" et que "le personnel Faurecia présent lors de la visite appartenait bien aux quatre sites de Flers - Caligny".

Mais d'après le délégué CFDT, "il y a eu des négociations avec les Renseignements généraux, la préfecture et le cabinet de l'Elysée sur différents points de la visite du président".

"Le premier point était l'organisation d'une manifestation la veille (par des syndicats de l'Orne devant l'entreprise, ndlr). Le deuxième point l'autorisation pour le président, son cabinet et les gardes du corps de pénétrer dans l'usine sans la tenue de protection obligatoire. Et le troisième point, le critère de taille pour figurer sur les prises de vue", détaille-t-il.

"La requête, ou l'ordre, comme vous voulez, a été donné à la direction générale de Faurecia. Nous, syndicalistes, nous nous sommes juste assurés que les personnes sollicitées n'avaient pas été forcées et qu'ils n'avaient pas été choisis en fonction de critère de couleur, d'âge ou autre", ajoute M. De Sa Moreira.

Un salarié de Faurecia souhaitant garder l'anonymat a lui aussi déclaré à l'AFP que que le critère de taille "était une demande de l'Elysée".

Présent lors du déplacement du président à l'usine de Caligny, le salarié a évoqué l'existence d'"une liste de la direction avec le nom des personnes et leur taille".

Le chef de l'Etat "était sur une tribune, il ne fallait pas que les gens derrière soient trop grands", a-t-il expliqué.

Lors de la visite, "il y avait également des tuteurs avec des élèves ingénieurs (...). Il fallait que les personnes aient une taille raisonnable", a-t-il précisé.

Benoît Hamon, porte-parole du PS, a dénoncé lundi la "mise en scène complète" de la visite de Nicolas Sarkozy, déplorant aussi que cette "manipulation" n'ait été révélée que par la télévision belge et par aucune des télévisions françaises sur place.

"Si l'image est belle et la communication bien huilée, c'est au prix d'une mise en scène complète de l'événement", a jugé M. Hamon dans un communiqué.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 7 septembre 2009, 17h28)

Bref... du grand n'importe quoi, comme d'habitude avec le Sarko-show... Et après, on vient parler de responsabilité pour les générations futures avec des gadgets médiatiques comme cette taxe carbone dénaturée, décidée par Sarkozy... Mais où est la justice là-dedans ? Encore une fois, il ne saurait y avoir de politique environnementale possible sans justice sociale et sans souci de véritable responsabilité de la part des responsables politiques. Du reste, à cause de la façon lamentable avec laquelle Sarkozy et son gouvernement ont présenté cette taxe carbone, la majorité des Français y est à présent clairement hostile, et il sera désormais sans doute plus difficile de convaincre la population de la pertinence d'une fiscalité écologique. La raréfaction des énergies fossiles et le réchauffement climatique sont pourtant là pour le rappeler : on n'échappera pas à certaines contraintes, notamment fiscales, s'il on veut pouvoir faire face au changement majeur qui s'annonce pour nos sociétés humaines en matière d'environnement d'ici une cinquantaine d'années...


La discussion sur la politique de l'environnement s'est poursuivie ensuite sous une forme plus générale... Il s'agit d'un problème planétaire, selon Philippe : que valent les initiatives de la France qui représente 1% de la population mondiale, face aux pays émergents et à leur explosion démographique ? Au lieu d'un Grenelle français de l'environnement, ne vaudrait-il pas mieux d'abord organiser un "Grenelle mondial de la contraception" ? Cette boutade de Philippe a été un prétexte pour faire une digression humoristique, d'une part sur le fameux "Grenelle du cul" dont j'avais parlé dans un précédent article datant du 10 mai dernier, et d'autre part, sur la rumeur grotesque de conspiration internationale vis-à-vis des vaccins contre la grippe A (H1N1), conspiration qui viserait à éliminer une partie de la population mondiale et que j'ai également évoqué brièvement, sur un ton satirique, dans mon précédent article...
Nous avons ensuite parlé des impôts, des lourdes charges pesant sur les petites et moyennes entreprises, du flicage des bénéficiaires des minimas sociaux à cause d'une poignée de salopards qui profitent du système... Nous ne sommes pas d'accord sur tout, mais la discussion, si elle a été animée, a eu lieu en étant dépourvu de tout sectarisme idéologique, et dans une ambiance toujours sympathique. J'ai exposé mon regard sur l'évolution de la pensée citoyenne en matière écologique, en espérant, encore une fois, que nous saurons éviter, dans les prochaines années, de passer d'un extrême à l'autre, en évoluant d'une société ultra-médiatique et irresponsable vers une société devenue tellement responsable, notamment sur le plan environnemental, qu'elle en deviendrait finalement normative et étouffante...


Passant à des sujets plus locaux, nous avons ensuite discuté de la politique menée par la municipalité dans la Ville Rose, au delà, bien entendu, de la commémoration officielle des 150 ans de la naissance de Jean Jaurès (1859-1914) - commération certes attendue mais néanmoins parfois quelque peu assommante - durant toute cette année par la mairie de Toulouse. Dante profite de l'occasion pour questionner notre invité Régis Godec, membre du parti des Verts et 22ème adjoint au maire de Toulouse en charge des écoquartiers. Faute de temps, j'énumère très succintement ci-après, les principaux éléments de la discussion (ceux de mes lecteurs qui le souhaitent pourront toujours apporter des précisions sous formes de commentaires au bas du présent article) :
- L'éclairage des bâtiments publics toulousains a été suspendu pendant quelque temps l'hiver dernier, afin de compenser de forts pics de consommation électrique : cette mesure a été jugée ridicule par Dante, mais symbolique par Régis Godec.
- La soirée de célébration du 14-Juillet de cette année - placée sous le signe de la commémoration de Jean Jaurès, qui fut un temps adjoint au maire de Toulouse, de 1890 à 1893 - a été jugé râtée par Dante.
- La sixième édition de l'opération "Toulouse Plages", qui a eu lieu du 11 juillet au 30 août sur deux sites, la Prairie des Filtres et le Quai de la Daurade, a comporté de nombreux inconvénients selon Dante, notamment le fait que la Prairie des Filtres a été fermée au public en soirée durant la durée de la manifestation, et le fait qu'il était impossible d'apporter ses propres boissons, l'achat de consommations sur place étant seul autorisé...
- En ce qui concerne les transports en commun à Toulouse et dans ses environs, la discussion a porté sur plusieurs sujets, notamment la mise en place de lignes de tramway et la nécessaire amélioration du raccordement de l'aéroport de Blagnac et de la commune de Labège avec le reste de l'agglomération toulousaine en matière de transports publics.
Dante a finalement insisté sur sa déception quant à la gestion de la ville plus d'un an après les élections municipales, et espère que le bilan de l'actuelle majorité municipale de gauche toulousaine se sera amélioré d'ici la fin du mandat de l'équipe en place à l'Hôtel de ville, en 2014. Régis Godec a pour sa part entendu les critiques sans forcément mal les prendre, et tout en insistant sur le caractère toujours difficile d'un début de mandat, il a pris, semble-t-il, avant de nous quitter, bonne note de ce qui lui a été dit par les uns et par les autres... et notamment par Dante... ;-)
Après le départ de Régis Godec, la discussion s'est poursuivie quelque temps, sur des sujets divers... Nous avons notamment parlé de Jeanne d'Arc ("mon pucelage contre un pompier" aurait-elle dit sur le bûcher, selon Philippe et Dante), et d'un problème de vol temporaire nocturne de boutons de chasse d'eau dans les toilettes publiques d'une résidence d'IUFM cotoyée par Dante du côté de Cahors, dans le Lot... ;-)
La discussion s'orientant pontuellement sur Internet et la blogosphère, il a également été question des mots-clés fréquemment utilisés par des internautes pour accéder à certains blogs... et notamment au mien. Ces derniers temps, en effet, d'après mes relevés statistiques, les mots-clés les plus souvent utilisés par les visiteurs pour accéder à mon blog, à partir du moteur de recherche de Google, ont été "anarcho-monarchiste", "Monica Bellucci nue", et "Laetitia Casta nue". J'espère que les visiteurs en question auront trouvés sur le présent blog, grâce à ces mots-clés judicieusement choisis, les informations qu'ils étaient venus y chercher... ;-)


La discussion a également porté sur diverses questions liés à la sexualité méritant d'être abordées plus en profondeur dans le cadre d'un "Grenelle du cul" (qu'il est décidément toujours aussi urgent d'organiser)... et puis finalement, sur les prochaines élections régionales de mars prochain : le président socialiste sortant du conseil régional de Midi-Pyrénées, Martin Malvy, qui se représente à sa propre succession, affiche un bilan qui n'est pas mauvais (même si beaucoup reste encore à faire), tandis qu'une possible candidature écologiste de Gérard Onesta semble être à envisager, ainsi que l'on nous l'a laissé entendre, ce qui a intéressé électoralement certains participants de notre RdB, au moins dans la perspective du premier tour...
Voila. Que dire de plus ? Cette RdB de la rentrée a été fort sympathique et intéressante. Souhaitons qu'à l'avenir d'autres invités politiques puissent éventuellement venir lors de prochaines éditions de ce rendez-vous des blogueurs politiques toulousains, notamment dans la perspective des prochaines élections régionales...


Pour conclure cet article, alors que je m'apprête à partir en Belgique, pour passer quelques jours de vacances à Bruxelles - jours de vacances plutôt bien mérités, me semble-t-il -, je me permets de reproduire ci-après une dépêche de l'Agence France Presse du 24 juin dernier, consacrée à une excellente exposition consacrée à l'oeuvre d'Alfons Mucha (1860-1939), exposition présentée au musée Fabre de Montpellier jusqu'au 20 septembre prochain, que je suis allé voir le 12 septembre dernier, à laquelle je n'ai pas le temps à présent de consacrer un article spécifique... mais qui vaut néanmoins vraiment la peine d'être vue :

Montpellier : Mucha, le maître de l'Art Nouveau, au musée Fabre tout l'été

Unique étape française d'une rétrospective présentée en Autriche, avant d'aller en Allemagne, Montpellier rend hommage cet été à Alfons Mucha, le maître de l'Art Nouveau, créateur d'affiches de théâtre, de réclames ou de bijoux, illustrateur de livres et "peintre d'Histoire".

"Il n'y avait pas eu d'exposition Mucha depuis plus de 30 ans en France", a rappelé le directeur du musée Fabre, Michel Hilaire, en présentant les quelque 280 oeuvres de l'artiste né en 1860 en Moravie (dans l'actuelle République tchèque).

Le musée reprend les temps forts de l'exposition organisée à Vienne, notamment la reconstitution exceptionnelle du décor intérieur du pavillon de la Bosnie-Herzégovine qu'il réalisa à l'occasion de l'exposition universelle de 1900 à Paris.

Il célèbre aussi, dans une scénographie différente de celle du musée Unteres Belvédère de Vienne, la rencontre entre Alfons Mucha et Sarah Bernhardt.


Plusieurs affiches des pièces de la comédienne sont exposées, notamment "Gismonda", la première que Mucha réalise pour Sarah Bernhardt et qui va sceller la collaboration entre les deux artistes.

"Sarah Bernhardt va être séduite par son travail", notamment ce "format vertical qui allonge sa silhouette", commente l'assistante au commissariat de l'exposition, Florence Hudowitz. Les affiches révèlent le "talent" de Mucha "dans sa manière de synthétiser le ferment d'une pièce de théâtre", ajoute-t-elle.

On y retrouve aussi ce qui fait l'originalité de Mucha, "souvent considéré, précise Michel Hilaire, comme l'incarnation du style 1900": ses arabesques, sa maîtrise du trait et du décor, ainsi qu'une gamme de couleurs très riche.

Les deux artistes travailleront ensemble plusieurs années, Mucha réalisant les affiches de "La Tosca", "La Samaritaine", "Lorenzaccio" ou "Médée" notamment. Des affiches placardées dans tout Paris et que "les collectionneurs vont s'arracher", souligne Florence Hudowitz pour qui la rencontre entre Mucha et Sarah Bernhardt va marquer "un tournant décisif" dans la carrière du peintre-illustrateur.

Les affiches exposées au musée Fabre rentrent en résonance avec des portraits ou des photographies de la comédienne, des costumes ou enregistrements sonores qui permettent de retrouver l'exceptionnelle artiste de théâtre.


Outre ces affiches, l'exposition présente, dans un panorama complet des créations, des publicités - la fin du XIXè siècle marque l'explosion de la réclame -, des illustrations de livres, mais aussi des bijoux et des meubles que Mucha va réaliser pour le bijoutier Georges Fouquet.

Comme à Vienne, l'exposition montpelliéraine évoque "l'épopée slave" de Mucha, "l'oeuvre de sa vie", dit Michel Hilaire. A partir de 1910, l'artiste va en effet "consacrer pratiquement toute son existence, presque 18 ans, à la réalisation de ce cycle gigantesque à la gloire des peuples slaves", souligne le directeur du musée Fabre.


Sur les 20 tableaux réalisés pour cette épopée, deux toiles, gigantesques, différentes de celles exposées à Vienne, sont présentes à Montpellier: le "Mont Athos", que Mucha réalise après s'y être rendu en 1924, et l'"Apothéose des Slaves", une glorification de la jeune République tchèque, née après la Première guerre mondiale.

Après Montpellier, la rétrospective partira à Munich.

(Musée Fabre, jusqu'au 20 septembre. Du lundi au dimanche de 10H00 à 20H00)

(Dépêche de l'Agence France Presse, 24 juin 2009, 12h50)

A bientôt, peut-être,

Cordialement, :-)

Hyarion.

(Illustrations : Les rêveurs, huile sur toile, par Henri Martin [1860-1943], Toulouse, Capitole, salle Henri Martin ; Opération de vote socialiste, le 21 novembre 2008 à Nantes, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Franck Perry ; Le livre Hold-ups, arnaques et trahisons [Editions du Moment], d'Antonin André et Karim Rissouli, journalistes sur Europe 1, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Mehdi Fedouach ; Le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux répondant aux questions des journalistes, le 10 septembre 2009 à Saint-Ouen, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Miguel Medina ; Nicolas Sarkozy, le 10 septembre 2009 dans l'Ain, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Eric Feferberg ; Le Premier ministre François Fillon sur le plateau de TF1 le 10 septembre 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©Patrick Kovarik/AFP ; La taxe carbone, ©AFP/Patrice Deré ; Des militants de Greenpeace avec une bombe factice portant le sigle CO2 à Berlin le 25 mars 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©DDP/AFP/Archives/Michael Gottschalk ; Le ministre de l’Industrie Christian Estrosi [à gauche] et le ministre chargé du Plan de relance Patrick Devedjian [à droite] écoutant Nicolas Sarkozy [au centre], lors d’une visite de l’usine Faurecia, à Caligny, le 3 septembre 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Eric Feferberg ; Morceaux de glace flottant sur la mer, aux abords du glacier d’Ilulissat, au Groenland, le 3 juillet 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Slim Allagui ; Détail du tableau Les rêveurs [tableau dans lequel on peut voir représentés des amis de l'artiste, notamment Jean Jaurès [1859-1914] portant un canotier, en train de marcher sur les bords de la Garonne, à Toulouse], huile sur toile, par Henri Martin [1860-1943], Toulouse, Capitole, salle Henri Martin ; Photographies de deux femmes célèbres, nues : à gauche, Laetitia Casta, photographie réalisée en 1998 par Patrick Demarchelier et reproduite dans Photo N°362, septembre 1999, et à droite, Monica Bellucci, photographie réalisée en 2000 par Gian Paolo Barbieri et reproduite dans un calendrier du magazine GQ pour l'année 2001 ; Un train Thalys faisant la liaison entre Paris et Bruxelles, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Belga/Archives/Dirk Waem ; Des visiteurs admirant des lithographies de l'artiste tchèque Alfons Mucha, le 23 juin 2009 au musée Fabre de Montpellier, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Pascal Guyot ; Des visiteurs admirant une peinture du tchèque Alfons Mucha au musée Fabre de Montpellier, le 23 juin 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Pascal Guyot ; Le Mont Athos et l’Apothéose des Slaves, du tchèque Alfons Mucha, au musée Fabre de Montpellier, le 23 juin 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Pascal Guyot)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 3 (2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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Samedi 5 septembre 2009
Cette fois-ci, me voila vraiment de retour... et mon premier geste sera d'engueuler mes lecteurs les plus réguliers pour leur comportement antisocial caractérisé sur ce blog. Cette grève du commentaire dont a été victime le précédent article est tout simplement "inadmissible et inacceptable", pour reprendre les mots employés par Jacques Chirac. Bien entendu, il est absolument inutile d'invoquer des prétextes fallacieux tels que la rentrée scolaire, ou même la rentrée tout court, pour justifier un comportement qui est inexcusable ! Pour la peine, d'ailleurs, vous êtes punis. Puisque, apparemment, les articles de fond ne vous intéressent pas (ou plus) même quand ils reproduisent les textes d'autres personnes que moi, vous avez maintenant droit à un article superficiel, dont le contenu, riche en actualités politico-médiatiques vous ouvrira, je l'espère, enfin les yeux sur la lourde faute que vous avez commise ! Et estimez-vous heureux, cependant, de ne pas avoir à subir une punition autrement plus douloureuse, qui serait infligé à la manière du personnage joué par Brad Pitt dans un récent film de Quentin Tarantino ! Car, en vérité, je vous le dis : par les temps qui courent, il y a des châtiments corporels qui se perdent !


Mais venons-en aux faits... Que s'est-il donc passé depuis la dernière fois que je me suis permis de parler de l'actualité ? A la fois beaucoup de choses... et pas grand-chose. Le plus souvent, des épiphénomènes, ultramédiatisés sur le moment, mais déjà bien oubliés aujourd'hui pour les plus anciens de ces glorieux évènements. Une actualité chasse l'autre, comme d'habitude, et les informations que colportent les médias de masse restent ce qu'elles sont : des informations à examiner, plus que jamais, d'un regard critique... Cela dit, de toute façon, chacun le sait, les choses les plus sérieuses n'intéressent pas les gens en général, alors concentrons-nous donc sur les choses moins sérieuses, puisque nous n'avons que cela à faire, parait-il, et assumons pleinement le superficialité et le caractère tragi-comique de l'actualité politico-médiatique de ces derniers mois... bref, proposons, en quelque sorte, notre "zapping" personnel de l'été...


Le 22 juin, dans la foulée du "succès" de l'UMP aux dernières élections européennes, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa a usé pour la première fois de sa prérogative de s'exprimer devant les députés et sénateurs, réunis en Congrès à Versailles, pour leur présenter ses "orientations" en matière de politique européenne et son "projet économique et social". On le savait déjà depuis longtemps, et cela n'a pu alors que se confirmer : la réforme des institutions effectuée l'année dernière a surtout été faite... pour convenance personnelle, la chose intéressant l'actuel chef de l'Etat, dans cette affaire, étant de s'octroyer le droit de s'adresser au Parlement réuni en Congrès afin de se donner des airs de président des Etats-Unis d'Amérique prononçant son discours sur l'Etat de l'Union devant les parlementaires à Washington...


La prétention de Sakozy a vouloir laisser une trace mémorable dans l'histoire de France, voire dans l'histoire du monde, est décidément délirante. Pendant la campagne présidentielle de 2007, on s'en souvient peut-être encore, j'avais attribué à Nicolas Sarkozy le surnom de Talonnette Ier. Aujourd'hui, il mérite sans doute un titre plus ronflant : celui de Talonnette Suprême. Et pourtant, cette fois-ci encore, il n'y aura pas eu de miracle. En ce qui concerne ce "grand discours" présidentiel de Versailles, le résultat, comme on pouvait s'y attendre, a été particulièrement pathétique : un discours fade de simple politicien, sans dimension historique, plus proche, au mieux, de celui d'un Premier ministre que de celui d'un président de la République, prononçé par un Sarkozy toujours aussi narcissique devant des parlementaires tous plus ridicules les uns que les autres, comme en témoignent ces dépêche de l'AFP :


Congrès : Sarkozy applaudi par la droite, la gauche et Bayrou restent assis


Les parlementaires de droite ont longuement applaudi debout le président Nicolas Sarkozy lundi [22 juin] à l'issue de son discours devant le Congrès du Parlement à Versailles tandis que ceux de gauche et François Bayrou (MoDem) sont restés assis au moment où il quittait l'hémicycle.

A l'issue de son intervention de 45 minutes dans l'Aile du Midi du château de Versailles, le chef de l'Etat a quitté l'hémicycle sous les applaudissements des députés et sénateurs UMP ainsi que du gouvernement au grand complet et de son épouse.

Carla Bruni-Sarkozy avait pris place dans les tribunes entourée du secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, et du conseiller du président, Henri Guaino.


En revanche, tous les parlementaires de gauche présents sont restés ostensiblement assis, tout comme le président du Mouvement Démocrate (MoDem) François Bayrou. Son voisin d'hémicycle, le président du PRG Jean-Michel Baylet, lui a glissé un mot à l'oreille avant de se lever. M. Bayrou a hésité un instant, regardant autour de lui avant de décider de rester sur son siège. M. Baylet s'est alors lui aussi rassis.

Certains députés et sénateurs de la majorité ont sorti des appareils-photos pour immortaliser l'instant.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 22 juin 2009, 14h44)


Devant le Congrès, Sarkozy fixe le cap de son prochain gouvernement


Le président Nicolas Sarkozy a fixé lundi [22 juin] les grandes lignes de la politique de son prochain gouvernement pour permettre à la France de sortir "plus forte" de la crise, lors de la première allocution, contestée, d'un chef de l'Etat devant le Congrès depuis 1848.

Devant les députés et sénateurs réunis dans le cadre solennel du château de Versailles, M. Sarkozy a annoncé le remaniement "mercredi" de l'équipe dirigée par François Fillon, qui sera chargée de "réfléchir aux priorités nationales et à la mise en place d'un emprunt pour les financer".

Le montant et les modalités de cet emprunt, qui constitue la principale annonce du discours présidentiel, "seront arrêtés une fois que nous aurons fixé ensemble les priorités. Nous le ferons soit auprès des Français, soit sur les marchés financiers", a-t-il dit.

Tout en restant prudent sur la date de la sortie de crise - "la crise n'est pas finie et nous ne savons pas quand elle se terminera"-, il a de nouveau refusé d'engager une politique de la rigueur.

"Je ne ferai pas la politique de la rigueur parce que la politique de rigueur a toujours échoué. Je n'augmenterai pas les impôts car cela retarderait longtemps la sortie de crise", a dit le président, s'en tenant à la ligne qu'il s'est fixée dès son arrivée à l'Elysée.

A défaut d'annonces spectaculaires, le chef de l'Etat s'est d'abord appliqué à défendre les réformes déjà engagées depuis le début de son mandat.

Pêle-mêle, il a promis d'aller "jusqu'au bout" de la loi Hadopi sur la protection des droits d'auteur sur internet, malgré la censure du Conseil constitutionnel sur son volet répressif. Sur le chantier de la réforme des collectivités territoriales, il a assuré qu'il ne se "dérobera pas" sur la réduction annoncée du nombre d'élus régionaux et départementaux.

En matière sociale, il a répété qu'il ne "reculera pas" sur la règle du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite et qu'il irait "plus loin sur la maîtrise des dépenses de santé".


Très attendu après le ballon d'essai lancé par son ministre du Travail Brice Hortefeux, Nicolas Sarkozy a également assuré que le gouvernement "prendra ses responsabilités" à la "mi-2010" sur le dossier des retraites, ouvrant la porte à un relèvement de l'âge légal de la retraite déjà dénoncé par les syndicats.

S'il s'est déclaré favorable à une initiative parlementaire sur le voile intégral, le président a déjà tranché le débat en assurant que la burqa "n'est pas la bienvenue sur le territoire de la République".

Pour le reste, il a souhaité "que l'on propose une solution à tous les adolescents qui sortent du système scolaire à 16 ans sans rien" et réaffirmé que tout licencié économique devait "pouvoir garder son salaire et recevoir une formation pendant un an".

En matière d'environnement, Nicolas Sarkozy a confirmé sa "détermination" à avancer sur la taxe carbone: "plus nous taxerons la pollution plus nous allègerons les charges pesant sur le travail".

Comme elle avait déjà largement dénoncé la forme d'une intervention assimilée à une "adresse du souverain", selon le mot de François Hollande (PS), la gauche a aussi critiqué le fond du propos présidentiel.

"Une compilation d'annonces déjà vues", a raillé Cécile Duflot, la secrétaire générale des Verts qui ont boycotté avec le PCF la séance du Congrès. Un discours "faible et décevant", a jugé son côté l'ex-Premier ministre Laurent Fabius (PS), dont le parti a boudé le débat sans vote qui a suivi.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 22 juin 2009, 19h07)


Quelle farce minable... et que d'argent public - des milliers d'euros - dépensé pour organiser ce énième Sarko-show, et ainsi souiller le château de Versailles avec toute cette médiocrité politicienne... Ce fut n'importe quoi, tant sur la forme que sur le fond : Talonnette Suprême, roi borgne d'un royaume d'aveugles, reste fidèle à lui-même... Sa prétendue lecture des Pensées de Marc Aurèle sur le conseil de sa femme Carla n'a apparemment pas été suffisante pour que Sarkozy de Nagy-Bocsa renonce à prendre les personnes auxquelles il s'adresse pour des imbéciles en leur imposant sempiternellement le même discours de campagne démagogique qui n'engage à rien, le même brassage de vent destiné à gagner du temps dans la perspective de prochains scrutins... De fait, au delà de son habituel catalogue de pseudo-réformes calamiteuses, la grande annonce de Sarkozy, spécialiste de l'action à court terme, lors de son discours, aura finalement seulement été celle de la mise en place d'un futur emprunt national, solution de facilité destinée, de toute évidence, à assainir, de façon artificielle, nos comptes publics si plombés par la colossale dette de l'Etat, afin d'aborder de façon plus aisée les prochaines échéances électorales, mais sans qu'il soit bien entendu question de s'attaquer aux vrais problèmes de fond du pays, lesdits problèmes n'ayant, comme chacun sait, aucun rapport direct avec les élections... Avec une astuce pareille, c'est certain : au moment où la course à l'Elysée recommencera, officiellement en 2012, les caisses de l'Etat auront peut-être l'air un peu moins vides par rapport à ce qu'en avait dit Sarkozy en janvier 2008... Et pour le reste, on verra bien ce que l'on fera (ou pas) après les élections... Car l'essentiel est ailleurs, quand on est politicien ! Du moment que les effets d'annonce et la tyrannie de l'urgence et des apparences continuent de mener la dance sans que ces imbéciles d'électeurs n'y voient pas autre chose que du feu, tout va bien dans le meilleur des mondes possibles... n'est-ce-pas, ô Talonnette Suprême ?


Le 26 août dernier, à l'Elysée, en installant la commission de réflexion sur l'utilisation du "grand emprunt national" - commission coprésidée par les ex-Premiers ministres Alain Juppé et Michel Rocard -, Sarkozy a déclaré que le montant de cet emprunt sera "fonction des besoins" identifiés. On attend de voir... et on peut rire jaune d'avance ! Mais revenons encore un peu en arrière, et reprenons notre chronique...
Après le pathétique discours de Versailles, est enfin venu le moment, depuis longtemps attendu, du remaniement gouvernemental. Ce dernier, annoncé finalement le mardi 23 juin, s'est révélé être d'une ampleur inattendue par rapport à ce qui était initialement annoncé, mais sans que cela ne change quoi que ce soit à la nullité de tout gouvernement sarkozyste, quels que soient ses membres...


Premier Conseil des ministres du gouvernement remanié


La nouvelle équipe gouvernementale fait ses premiers pas ce mercredi [24 juin] avec au menu Conseil des ministres, questions au gouvernement à l'Assemblée nationale et passations de pouvoirs dans les ministères.

Nicolas Sarkozy a procédé mardi à un remaniement en profondeur du gouvernement de François Fillon, marqué par un changement aux ministères clés de la Justice, de l'Intérieur, du Travail et de l'Education et l'arrivée surprise de Frédéric Mitterrand à la Culture.

Au lendemain de son discours historique devant le Congrès, le chef de l'Etat a finalement choisi de redistribuer les principaux portefeuilles de l'équipe Fillon, alors que son entourage laissait entendre ces derniers jours qu'il ne procéderait qu'à un simple "réajustement" pour remplacer les nouveaux députés européens Michel Barnier et Rachida Dati.

Programmée pour mercredi, l'annonce de ce gouvernement Fillon V, avec l'entrée de huit ministres ou secrétaires d'Etat et le départ de huit autres, a été faite mardi pendant les journaux télévisés de 20H00 sur le perron de l'Elysée par le secrétaire général de la présidence Claude Guéant.


Ministre de l'Intérieur depuis mai 2007, Michèle Alliot-Marie est nommée Garde des Sceaux et prend du galon en recevant le titre de ministre d'Etat, jusque-là le seul apanage de son collègue Jean-Louis Borloo. Il reste numéro 2 du gouvernement et son ministère de l'Ecologie est élargi à la Mer, aux Technologies vertes et aux négociations sur le climat.

Ministre du Travail depuis cinq mois, Brice Hortefeux, un fidèle de Nicolas Sarkozy, prend le fauteuil de Mme Alliot-Marie à l'Intérieur. C'est un autre poids-lourd du gouvernement, Xavier Darcos, qui lui succède rue de Grenelle.

Pour compléter ce jeu de chaises musicales, le secrétaire d'Etat à l'Industrie Luc Chatel, considéré comme l'un des ministres préférés de M. Sarkozy, est promu à l'Education et reste porte-parole du gouvernement.

L'entrée la plus spectaculaire, celle de Frédéric Mitterrand, a été confirmée par M. Guéant. Le nouveau promu avait lui-même annoncé sa nomination plus tôt dans la journée depuis Rome, où il avait déjà été nommé à la direction de la Villa Médicis par le chef de l'Etat.


La gauche a minimisé l'arrivée auprès de Nicolas Sarkozy du neveu de l'ancien président socialiste François Mitterrand, qu'elle a qualifiée de "coup". Féroce, la numéro un du PS Martine Aubry a même assuré que M. Mitterrand n'avait "jamais été socialiste".

Longtemps donné comme entrant, Claude Allègre (ex-PS) ne fait pas partie finalement du gouvernement.

Promu également, le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes Bruno Le Maire, ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin, devient ministre à part entière à la place de Michel Barnier à l'Agriculture. Il est remplacé par Pierre Lellouche, représentant spécial de la France pour le Pakistan et l'Afghanistan, qui entre pour la première fois dans un gouvernement.

En tête de la liste des victimes de ce remaniement figurent la ministre de la Culture Christine Albanel, qui paie les ratés de la loi sur le téléchargement illégal sur internet, et celle du Logement Christine Boutin, représentante de la frange catholique sociale de la majorité.

Autre disparition, celle du secrétaire d'Etat à l'Outre-mer Yves Jégo, à la veille du déplacement du chef de l'Etat aux Antilles. Très critiqué pendant la grève générale qui a paralysé les Antilles de janvier à mars, il est remplacé par la guadeloupéenne Marie-Luce Penchard, fille de la chiraquienne et ex-ministre Lucette Michaux-Chevry.

Roger Karoutchi, chargé des relations avec le Parlement, est lui aussi débarqué, victime des récents "couacs" sur plusieurs projets de loi (Hadopi...). Il est remplacé par le président du groupe UMP au Sénat Henri de Raincourt, qui hérite du titre de ministre.

Parmi les autres entrants, l'ancien trésorier du MoDem de François Bayrou, Michel Mercier (Espace rural et aménagement du territoire), le très sarkozyste député-maire de Nice Christian Estrosi (Industrie), et Nora Berra, un médecin issue de l'immigration fraîchement élue au Parlement de Strasbourg (Aînés).

Malgré la dégradation de ses relations avec le président, Rama Yade reste au gouvernement mais aux Sports. Son très emblématique secrétariat d'Etat aux Droits de l'Homme a été supprimé.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 24 juin 2009, 11h51)


L'évènement du moment aura été l'entrée de l'homme de télévision et de lettres Frédéric Mitterrand, neveu de l'ancien président François Mitterrand, au sein de ce nouveau gouvernement. On serait toutefois bien en peine de trouver à cela une véritable signification politique. Frédéric Mitterrand a adhéré en juin 1993 au Mouvement des radicaux de gauche (MRG), proche du Parti Socialiste, MRG au sein duquel il a cotoyé un temps Bernard Tapie. Puis, deux ans plus tard, en mai 1995, il a apporté son soutien à Jacques Chirac, candidat de droite à la présidence de la République. Depuis, il s'est montré politiquement plutôt discret. Sa nomination au ministère de la Culture n'est donc pas particulièrement un gage "d'ouverture" de la part de l'actuel chef de l'Etat, contrairement à ce qu'il continue de vouloir faire croire. En vérité, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa a choisi Frédéric Mitterrand pour son nom, mais aussi parce qu'il est un homme de télévision assez connu, afin de faire un petit coup médiatique. Tout cela est évidemment regrettable. Néanmoins, j'avoue avoir une certaine estime pour Frédéric Mitterrand, qui est un homme cultivé, et un bon écrivain (je me souviens avoir notamment fort apprécié son style en lisant, il y a quelques années, un de ses livres, Les aigles foudroyés [1997], consacré à la fin des dynasties impériales européennes des Romanov, des Habsbourg et des Hohenzollern, depuis les dernières décennies du XIXe siècle jusqu'à la Première Guerre Mondiale). Sur le plan politique, en tout cas, il n'y a assurément pas grand-chose à dire sur lui, même à bien y regarder. Frédéric Mitterrand n'a jamais vraiment été de gauche... et, pour être honnête, n'a jamais vraiment été de droite non plus... Je pense qu'il a fait une erreur de se mettre au service d'un pauvre type comme Sarkozy, mais je pense également qu'à la différence sans doute d'un Kouchner, d'un Bockel ou d'un Besson, il y survivra.


Que s'est-il passé ensuite, en cette fin de mois de juin ? La disparition de Michael Jackson, bien sûr. Star planétaire et "roi de la pop", le chanteur, danseur et auteur-compositeur-interprète américain Michael Jackson est en effet mort jeudi 25 juin à l'âge de 50 ans dans un hôpital de Los Angeles, en Californie, où il avait été admis en urgence à la suite d'une crise cardiaque. En France, comme dans le reste du monde, le retentissement de la nouvelle a été exceptionnel. S'en est suivi un long feuilleton médiatique, qui aura duré une bonne partie de l'été. L'institut médico-légal de Los Angeles a finalement confirmé la semaine dernière que Michael Jackson a succombé à une "grave intoxication" par un puissant anesthésiant, le propofol, combiné à un mélange d'autres médicaments, et qualifié sa mort d'"homicide".


Avant-hier, jeudi 3 septembre, plus de deux mois après sa disparition, Michael Jackson a finalement reçu d'ultimes funérailles au cimetière de Forest Lawn à Glendale, dans la banlieue de Los Angeles, où il repose désormais, au milieu d'autres célébrités défuntes et à l'abri des regards indiscrets. Dès le lendemain de sa mort, Frédéric Mitterrand lui avait rendu hommage... suivi de près par Sarkozy de Nagy-Bocsa, alors en déplacement en Guadeloupe et qui, comme chacun le sait, a toujours quelque-chose à dire sur tous les sujets, même quand ceux-ci ne le concernent pas directement, loin s'en faut...


Frédéric Mitterrand : "Michael Jackson rejoint Marilyn Monroe, James Dean et Elvis"


Le ministre de la Culture et de la Communication Frédéric Mitterrand a rendu hommage vendredi [26 juin] à Michael Jackson, "génie musical et du spectacle" mort dans "une grande solitude" et dont la destinée tragique rejoint celles de Marilyn Monroe, James Dean et Elvis Presley.

"On a tous un peu de Michael Jackson en nous", a réagi le nouveau ministre de la Culture sur Europe 1, qui a rendu hommage à une "star universelle", un "génie musical et du spectacle" qui était "le mouvement de la jeunesse".

Michael Jackson, c'était aussi une "aventure personnelle", un destin marqué par la "souffrance" et la "tragédie", a-t-il souligné.

"Tout le monde est fasciné par ce genre de destin que l'Amérique a créé. Il rejoint Marilyn Monroe, James Dean, Elvis, finissant d'une manière pas très différente de la sienne, dévoré par les médicaments dans une très grande solitude", a estimé M. Mitterrand.

Selon lui, Michael Jackson était une "contradiction vivante": son rapport "complexe à la négritude" témoignait d'une "grande difficulté à assumer son physique" mais il affichait aussi une "fidélité forte à la race noire".

Sa vie a été à la fois marquée par une "force extraordinaire, car il était dès l'enfance le meilleur de la famille", et par une "solitude parce qu'il était différent des autres".

Il a rappelé la "souffrance" de son enfance avec un père qui "traitait les enfants brutalement et une mère qui ne l'a pas bien compris".

"Elisabeth Taylor était sa mère d'emprunt, elle en parlait comme de son fils, et en même temps elle l'adorait", a raconté le ministre.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 26 juin 2009, 08h57)


Sarkozy ému par la mort de Michael Jackson, salue son "côté universel"


Nicolas Sarkozy a confié vendredi [26 juin] en Guadeloupe avoir appris avec "une grande émotion" la mort du chanteur Michael Jackson, saluant "un homme qui a apporté beaucoup à la musique et à la danse" ainsi que le "côté universel" de l'artiste.

"J'ai ressenti une grande émotion, d'abord parce que c'est une page qui se tourne et j'ai trouvé que c'était assez bouleversant de voir les images de Michael Jackson jeune, avec ce visage enfantin, cette chevelure et sa couleur qui n'avait pas changé", a déclaré M. Sarkozy à la presse en marge de son déplacement en Guadeloupe.

"C'est un homme qui a apporté beaucoup à la musique et à la danse. Je garderai toujours le souvenir de l'émotion la première fois que je l'ai vu faire ce pas de danse", a poursuivi le chef de l'Etat, faisant apparemment allusion au fameux "moonwalk".

"C'est également une façon de voir combien la musique américaine, les acteurs américains, le cinéma américain est présent dans l'imaginaire de nos compatriotes (...) je suis persuadé que ceux qui l'aimaient dans notre pays ne le voyaient pas comme quelqu'un d'étranger mais comme faisant partie de leur Panthéon, comme ces acteurs mythiques américains", a-t-il ajouté.

"J'admirais ce côté universel, être capable d'attirer de l'émotion à des gens tellement différents à travers le monde", a poursuivi Nicolas Sarkozy, se refusant à "entrer dans les polémiques nombreuses" suscitées par le chanteur, qui fut accusé de pédophilie.

"Je ne suis pas un spécialiste mais ça m'a touché, parce que je trouve qu'on a perdu un personnage, qui n'était pas classique certes, mais extrêmement talentueux", a conclu le président.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 26 juin 2009, 21h00)


Ensuite, il ne s'est plus passé grand-chose, pendant un mois... jusqu'à ce bouleversant dimanche 26 juillet, où Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa a eu un malaise. Hospitalisé ce jour-là à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce à Paris après un "malaise à l'effort" survenu lors d'un footing présidentiel à la Lanterne, résidence versaillaise de l'actuel chef de l'Etat, Talonnette Suprême est heureusement sorti de l'hôpital dès le lendemain, à pied et avec son épouse, en allant visiblement beaucoup mieux, et après avoir "passé une bonne nuit", selon l'un de ses proches.


Grand fut le soulagement général au sein du landerneau politico-médiatique, les journaux à court de copie ayant eu alors tout loisir de disserter sur le "malaise vagal" ou "malaise lipothymique" de Sarkozy, malaise posant gravement la question de l'"hyperactivité chronique" du président de la République et l'instabilité du pouvoir qu'elle pourrait finir par entraîner en cas de nouvel incident... Tout cela est assurément bouleversant... Un évènement aussi spectaculaire ne pouvait manquer de marquer durablement les esprits. Et du reste, cela s'est vite ressenti dans l'opinion : allez savoir pourquoi, mais à la suite de son malaise, Sarkozy a fortement gagné en popularité, selon un sondage CSA pour VSD, réalisé par téléphone les 29 et 30 juillet puis paru le 5 août, 53% des personnes interrogées pensant qu'il "fait un bon président" (contre 41% en mai), 60% considérant que l'on a trop parlé de cet incident de footing, et 51% pensant que le chef de l'Etat devrait se "reposer complètement". Heureusement, les vacances politiques sont précisément arrivées fort à propos...


Quel bonheur ! Une actualité politique qui se résume aux activités estivales surmédiatisées de Sarkozy pendant ses vingt-cinq jours de vacances sur la côte varoise, dans la résidence de son épouse Carla, au Cap Nègre : le rêve ! Et, par chance, pas la moindre petite guerre russo-géorgienne pour perturber les congés d'été de Talonnette Suprême, cette fois-ci... Quelle tranquilité, quelle paix... Et en matière de photo-journalisme, les clichés de Carla semblant montrer son entrejambe à son mari au bord de la mer, c'est tout de même autre chose que des images de guerre, de misère sociale, ou de catastrophe naturelle, non ?


Mais, le propre des vacances, c'est de ne pas durer... et après quelques jours de répit, le tourbillon politico-médiatique, annonçant la rentrée, a repris ses droits... Après le calme des vacances à la plage, la tempête des universités d'été des partis politiques... et en particulier bien sûr, la tempête annoncée de l'université d'été du Parti Socialiste, qui, comme chaque année, s'est tenu à La Rochelle, du 28 au 30 août derniers... et qui semble s'être finalement mieux passé que prévu...
Après les élections européennes, le PS était entré, au début de l'été dans une nouvelle phase de discorde dont il a le secret. En juillet, notamment, l'ambitieux Manuel Valls, député-maire d'Evry et ex-proche de Ségolène Royal, qui s'est d'ors et déjà porté candidat pour 2012, a multiplié les critiques contre le PS, au point de finir par avoir une querelle avec Martine Aubry qui l'a menacé d'exclusion : cette querelle a été présentée comme "grave", mais en réalité, elle a juste été dérisoire, Valls dissimulant simplement de moins en moins son ambition de jouer à gauche un rôle semblable à celui de Sarkozy à droite... De son côté, un autre ex-proche de Ségolène Royal, le député européen Vincent Peillon, animateur du courant "L'espoir à gauche" au sein du PS, a voulu esquisser, le 22 août à Marseille, de façon assurément fort prématurée, une alliance avec le MoDem, en rassemblant symboliquement pour une "photo de famille" inédite, un "camp progressiste" allant du communiste Robert Hue au MoDem (représenté par l'ancienne giscardienne Marielle de Sarnez, bras droit de Bayrou), en passant par Daniel Cohn-Bendit et le PRG (représenté par Christiane Taubira), à l'occasion des "ateliers d'été" réunissant les partisans de son courant socialiste. Chacun avance donc ses pions, mais tout cela reste dérisoire... Pour le reste, durant cet été, au sein du PS, il aura surtout été question de l'éventuelle organisation d'élections primaires ouvertes destinées à désigner le candidat de la gauche pour l'élection présidentielle de 2012. Des primaires étaient, et restent, finalement réclamées par tous mais le calendrier et les modalités, eux, restaient à préciser, avec un casse-tête en perspective, tant les divergences sont grandes entre les partisans d'une consultation pour désigner le candidat commun de la gauche - option défendue par Arnaud Montebourg, et à laquelle s'est notamment rallié Bertrand Delanoë - et ceux qui comme Laurent Fabius et François Hollande défendent un scrutin pour désigner le seul candidat du PS.


Finalement, le 28 août dernier, en ouvrant l'université d'été des socialistes devant son ex-rivale Ségolène Royal et les ténors du PS comme Bertrand Delanoë et Laurent Fabius au premier rang, la Première secrétaire Martine Aubry a donné sa "feuille de route" à un PS qu'elle veut rénover de "C comme cumul" des mandats à "P comme primaires". Elle a annoncé une "consultation militante" le 1er octobre prochain avec un vote pour "fixer le cap" de la rénovation du parti, demandant aux adhérents leur accord sur des primaires ouvertes pour désigner le candidat à la présidentielle de 2012. La primaire aurait lieu au premier semestre 2011, un an avant le scrutin présidentiel. Aubry prévoit de consulter les militants sur la question du non-cumul des mandats également le 1er octobre. Un Conseil national du parti pour préparer la consultation militante se tiendra le 12 septembre. Je n'ai pas grand-chose à dire sur ce qui a été annoncé, mis à part le fait que, malgré tout, les choses semblent quelque peu bouger de façon positive, au PS, et qu'il n'y assurément pas lieu de s'en plaindre. Pour ce qui est de la "consultation militante pour que les militants nous fixent le cap de cette rénovation" selon Aubry - consultation sur cinq "champs" : non-cumul des mandats, primaires ouvertes, "parité, diversité et renouvellement générationnel", réformes statutaires et règles d'éthique -, nous verrons bien, en temps voulu, quelles seront exactement les questions posées aux adhérents du PS, dont je fais partie. En tout cas, la route du principal parti d'opposition sur le chemin de la victoire contre Sarkozy en 2012 est encore longue... même s'il n'y a pas de raison de désespérer à nouveau, pour le moment...


A La Rochelle, le PS a repris des couleurs mais reste convalescent


Le Parti socialiste, sorti requinqué de son université d'été de La Rochelle, est loin toutefois d'avoir retrouvé toute sa force, estiment plusieurs experts pour qui le choix de primaires pour 2012 le place face à de nouveaux défis.

"Le stade du chaos a été dépassé", commente François Miquet-Marty, président de l'institut de sondages Viavoice. "Le parti se place clairement dans une phase constructive après un épisode de destruction collective", dit-il à l'AFP.

En fixant un calendrier pour les combats à venir, la première secrétaire Martine Aubry semble avoir repris la main sur un parti déchiré par les querelles internes et miné par sa défaite aux européennes.

"Chacun des deux principaux camps a raison d'être content : les quadras ont imposé le principe de primaires, avec un démarrage plus tôt que ne le souhaitait la première secrétaire, laquelle a repris son ascendant sur le mouvement", juge le politologue Gérard Grunberg.

"Les dirigeants du PS sortent requinqués" de ce rendez-vous annuel, pense aussi Stéphane Rozès, directeur de la société Conseil, analyses et perspectives (CAP). Mais si "l'électrochoc est positif, il ne règle sur le fond aucun problème", tempère-t-il aussitôt.

Première difficulté: faire en sorte que ces primaires soient organisées avec tout le niveau de bonne volonté nécessaire pour qu'elles fonctionnent, alors que la direction était très loin d'être enthousiaste au départ. "Martine Aubry a été contrainte et forcée de les accepter", note Gérard Grunberg.

Autre souci: avec le lancement de la procédure vont rapidement ressurgir les vieilles dissensions. "Très vite va se poser la question des alliances. Et on va de nouveau se retrouver en terrain miné", avec une Ségolène Royal toujours en embuscade pour retrouver sa place de première opposante à Nicolas Sarkozy, avance le même analyste.


Ajoutons qu'une procédure accélérée ne plaît pas à tout le monde, notamment aux partisans de Dominique Strauss-Kahn, qui ne souhaite pas être tenu par un calendrier contraignant tant qu'il est à la tête du Fonds monétaire international (FMI), explique encore Gérard Grunberg.

Potentiellement explosive aussi est la question du non-cumul des mandats, sur laquelle Martine Aubry veut que les militants s'expriment le 1er octobre prochain et qu'elle souhaite imposer à tous les élus.

"C'est un coup habile: Martine Aubry sait que c'est une question qui intéresse les Français. Bien plus que les primaires d'ailleurs", juge Stéphane Rozès.

Problème: de nombreux élus PS n'ont pas très envie qu'on ouvre ce dossier, préférant conserver plusieurs casquettes électives même s'ils se gardent en général de le clamer haut et fort, dit M. Grunberg. "Martine Aubry a ouvert cette porte pour donner l'impression que c'était elle la grande réformatrice, pas sûr que ça ne lui retombe pas sur le nez", pense-t-il.

Au fond, cette rencontre de La Rochelle a surtout eu un impact symbolique, juge Frédéric Dabi, directeur du département Opinion publique à l'Ifop: "dire que le PS était au fond du gouffre et qu'il a suffi d'un week-end pour sa résurrection n'a pas de sens. En revanche, Martine Aubry a montré qu'elle avait la pêche et pouvait mettre le parti en ordre de marche".

Reste que le PS n'est toujours pas sorti de la crise de leadership qu'il traverse depuis la défaite de Lionel Jospin à la présidentielle de 2002. "Et on verra vraiment dans quel état il est à l'occasion des régionales: seuls les résultats nous diront de quoi il est encore capable", dit-il.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 31 août 2009, 16h19)

Enfin, en ce moment, pour changer de sujet, il est beaucoup question de la "taxe carbone", cette "contribution climat énergie" surmédiatisée que Sarkozy de Nagy-Bocsa envisage de mettre en place en France afin de pénaliser la consommation d'énergies polluantes par les entreprises et les ménages, et qui suscite un vif débat dans le landerneau politico-médiatique. Je n'en pense pas grand-chose, et à vrai dire, toute cette bien-pensance écologique affichée par les uns et par les autres, en ce moment, commence sérieusement à m'agacer... Mettre en place une fiscalité écologique pour favoriser un changement des mentalités et des comportements en matière de respect de l'environnement : pourquoi pas ? Mais, par tous les dieux de l'Olympe, que l'on arrête de dramatiser à l'excès, à coups de bons sentiments et de culpabilisation manichéenne toutes ces histoires de planète en train de crever : s'il y a bien quelque-chose qui survivra à l'humanité, c'est bien la Terre elle-même, qui était là bien avant nous ! Quelle prétention, du reste, de la part des êtres humains, de vouloir "sauver" une planète qui n'a pas attendu après eux pour exister, et qui n'attendra pas après eux pour disparaître, lorsque notre soleil, devenu géante rouge, finira par l'avaler ! Oui à une vraie politique en faveur de l'environnement (sans gadgets médiatiques sarkozystes), mais non à la psychose catastrophiste véhiculée par une sorte de bien-pensance écolo-dogmatique surmédiatisée ! Je commence à en avoir ras-le-bol de ces discours culpabilisateurs de tous ces donneurs de leçons en matière d'écologie qui s'adressent aux citoyens comme s'ils étaient des gamins imbéciles, auxquels il faudrait à tout prix bourrer le crâne avec du prêt-à-penser écologiquement correct. Si l'on continue comme ça, l'ambiance risque de rapidement devenir insupportable. Je repense à cet article, écrit il y a plus de deux ans et demi - daté précisément du 28 février 2007 -, que j'avais en partie consacré à la prospective, sur le présent blog, et je m'interroge : nous dirigeons-nous donc bien vers cette nouvelle période de notre siècle, marquée par un besoin d'ordre général, y compris en matière d'environnement, période au caractère normatif, voire étouffant, que l'on évoquait déjà à la fin du siècle dernier du côté des prospectivistes ? Si c'est le cas, espérons que la protection de l'environnement, qui est une juste cause nous concernant tous, ne se transforme pas en une sorte de tyrannie "écologique" avec imposition d'une pensée unique jugée écologiquement correcte, et que si de l'ordre est bien imposé sur le plan environnemental - et notamment, pourquoi pas, en matière de fiscalité écologique -, ce ne soit pas au dépends de la capacité des individus à créer et à réfléchir par eux-mêmes...


Et pour le reste, que dire de plus ? La Terre continue de tourner, comme on dit... Il y a bien cette histoire de virus pandémique de la grippe A (H1N1), qui a tué au moins 2.837 personnes dans le monde depuis son apparition en mars-avril dernier, a-t-on appris hier, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Mais je n'ai pas envie d'en parler, car il ne s'agit, a priori, que d'une simple grippe, et que le battage médiatique autour de ce sujet en France, source de craintes plus ou moins irrationnelles dans la population, me parait évidément trop excessif pour que j'ai envie de donner à ce sujet une importance qu'il n'a pas. Cette panique montante concernant la grippe A (H1N1), et ce gouvernement sarkozyste qui en fait des giga-tonnes, en répétant à qui veut l'entendre qu'il y aura des vaccins anti-grippe pour tout le monde et que ceux-ci seront prêts pour l'automne, saison d'arrivée massive des virus grippaux dans l'hémisphère nord... tout cela m'insupporte, et en attendant la fin de ce feuilleton médiatique ennuyeux, j'espère simplement que cette histoire de virus ne gâchera pas, dès ce mois-ci, mes vacances... que j'estime avoir mérité après avoir travaillé presque tout l'été...


Quant à la rumeur grotesque qui court actuellement sur Internet concernant un vaste complot international qui viserait à faire baisser la population mondiale, en lui inoculant un vaccin génétiquement modifié sous prétexte de lutter contre la pandémie grippale, complot derrière lequel se trouveraient Barack Obama, le banquier David Rockefeller, le chancelier d'Autriche Werner Faymann, l'OMS, l'ONU, et bien entendu les membres d'une secte franc-maçonne ainsi qu'un groupe d'adeptes d'un satanisme vaguement judéisé - eh oui, on en revient toujours, avec ce genre d'histoire, à cette bonne vieille "juiverie internationale" conspirationniste chère à Adolf Hitler -, je préfère, là encore, ne pas en parler moi-même, et laisser mes lecteurs en discuter sous forme de commentaires s'ils le souhaitent... et si cela les amuse...


Voila, c'est fini pour aujourd'hui. Je suppose que le présent article paraitra, une fois encore, beaucoup trop long pour certains de mes lecteurs... mais que voulez-vous, en matière de rédaction d'articles de blog comme dans beaucoup d'autres domaines, on ne se refait pas... et puis, du reste, je vous rappelle que vous êtes punis ! Dieu sait, pourtant, si le fait de passer beaucoup de temps à rédiger d'aussi longs articles me pèse, par moments. Parfois, je me dis : "tu devrais arrêter, définitivement". Mais, en général, dans la foulée, je me dis ensuite, tel Michael Jackson dans une de ces chansons les plus connues : "Don't Stop 'Til You Get Enough"... ;-) Alors, on continue, dans la bonne humeur... et, après tout, tant pis pour les grévistes du commentaire ! ;op

Cordialement, :-)

Hyarion.

(Illustrations : Nicolas Sarkozy au Havre, le 16 juillet 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Mychele Daniau ; Brad Pitt dans le film Inglourious Basterds [2009] de Quentin Tarantino, ©Universal Pictures ; Plan du château de Versailles où Nicolas Sarkozy s'est adressé au Parlement réuni en Congrès, ©AFP/Infographie ; Nicolas Sarkozy marchant entre deux rangées de Gardes républicains le 22 juin 2009 au château de Versailles, ©AFP/Benoit Tessier ; Nicolas Sarkozy devant le Parlement réuni en Congrès, le 22 juin 2009, ©AFP/Jean-Claude Coutausse ; Le député socialiste François Hollande [au centre] au Parlement réuni en Congrès le 22 juin 2009 à Versailles, ©AFP/Jean-Claude Coutausse ; Nicolas Sarkozy le 22 juin 2009 devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles, ©AFP/Eric Feferberg ; Nicolas Sarkozy s’exprimant devant le Parlement réuni en Congrès, le 22 juin 2009 à Versailles, ©AFP/Eric Feferberg ; Nicolas Sarkozy habillé en costume de sacre de Louis XIV à Versailles, caricature de Kiro publiée dans le Canard Enchaîné N°4626, 24 juin 2009 ; Nicolas Sarkozy à l’Elysée, avant une réunion de travail, le 4 septembre 2009 à Paris, ©AFP/Eric Feferberg ; Photo de famille du gouvernement Fillon après le remaniement, le 24 juin 2009 à l’Elysée, ©AFP/Archives/Gérard Cerles ; Frédéric Mitterrand au centre de la photo de famille entre François Fillon et Nicolas Sarkozy le 24 juin 2009 à l’Elysée, ©AFP/Gerard Cerles ; Le nouveau ministre de la Culture Frédéric Mitterrand arrivant à son ministère, poursuivi par la presse, le 24 juin 2009 à Paris, ©AFP/Stephane de Sakutin ; Le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, le 12 juillet 2008 à Avignon, ©Vincent Beaume/AFP ; Couverture du livre Les Aigles foudroyés [1997] de Frédéric Mitterrand, publié en format de poche aux éditions Pocket ; Le cercueil de Michael Jackson le 3 septembre 2009 au cimetière de Forest Lawn à Glendale, dans la banlieue de Los Angeles [Californie], ©AFP/Getty Images/Handout ; Une affiche reproduisant l'image de la pochette de l'album Thriller [1982] de Michael Jackson [avec une photographie d'époque de l'artiste] apparaissant derrière la vitrine du magasin de disques Academy Records, le 26 juin 2009 à New York, ©Getty Images ; Nicolas Sarkozy à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, le 26 juin 2009, ©AFP/Eric Feferberg ; L’entrée de la résidence présidentielle de La Lanterne, à Versailles, photographiée le 15 juin 2007, ©AFP/Archives/Miguel Medina ; Sarkozy victime d’un malaise au pavillon de la Lanterne, ©AFP/Infographie ; Carla Bruni-Sarkozy et son mari Nicolas Sarkozy en vacances au bord de la mer Méditerranée, près de la résidence de Carla Bruni-Sarkozy, au Cap Nègre [Var], le 1er août 2009, détail d'une photographie de l'agence de presse Reuters, ©Reuters ; Carla Bruni-Sarkozy et Nicolas Sarkozy en vacances au bord de la mer Méditerranée, près de la résidence de Carla Bruni-Sarkozy, au Cap Nègre, le 1er août 2009, ©Reuters; La première secrétaire du Parti socialiste Martine Aubry à la tribune de l'université d'été du parti, à La Rochelle le 28 août 2009, ©AFP/Pierre Andrieu ; Martine Aubry lors de son discours de clôture de l’université d’été du PS à La Rochelle le 30 août 2009, ©AFP/Xavier Leoty ; Martine Aubry et Ségolène Royal lors de l’ouverture de l’université d’été du PS à La Rochelle, le 28 août 2009, ©AFP/Pierre Andrieu ; Vue de la planète Terre, ©AFP/NASA/Archives/Michael Benson ; Une infirmière manipulant une dose de vaccin contre la grippe, le 2 septembre 2009 à Kendall, en Floride, ©AFP/Getty Images/Joe Raedle ; Capture vidéo de Michael Jackson [alors âgé d'environ 20-21 ans] extraite du clip de la chanson "Don't Stop 'Til You Get Enough", chanson figurant dans l'album Off the Wall [1979] de Michael Jackson, ©DR)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 3 (2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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Lundi 31 août 2009
Déjà, les vacances d'été touchent à leur fin (pour ceux qui en ont pris, ce qui n'est pas mon cas), et comme d'habitude à la même époque chaque année, la rentrée bat son plein, notamment sur le plan politique. On aimerait que les politiciens prennent des vacances beaucoup plus longues que celles qu'ils prennent en réalité et qui ne durent, hélas, qu'une petite quinzaine de jours au début du mois d'août... Leurs vacances sont, en vérité, surtout des vacances pour ceux qui, comme moi, en ont régulièrement assez des discours démagogiques et des formules creuses que les plus médiatiques d'entre eux passent leur temps à jeter à la figure des citoyens par l'intermédiaire des médias de masse. Mais c'est sans doute plus fort qu'eux : les politiciens ont besoin de se sentir exister... surtout lorsque de nouvelles échéances électorales (en l'occurence, les prochaines élections régionales) approchent déjà, une fois les précédentes à peine passées... Ils sont incorrigibles. Comme dirait Jacques Chirac, "c'est comme ça, et il faut le comprendre !" Pour ma part, à défaut de forcément comprendre, je m'efforce simplement de faire avec...
En attendant de reprendre éventuellement la rédaction de nouveaux articles politiques pour le présent blog, je reproduis ici un texte écrit, cette fois-ci encore, par l'un de mes visiteurs réguliers, à savoir l'alias Dante, dans lequel il est notamment question de la notion de responsabilité en temps de crise, sur fond d'intervention télévisée d'un Dominique Strauss-Kahn sur France 2, en mars dernier, et de commentaires sur les résultats du sommet du G20 ayant eu lieu à Londres au printemps dernier autour du problème de la régulation du système financier international. Pour mémoire, ce sommet du G20 de Londres, le 2 avril dernier, s'était conclu par la décision des dirigeants des grands pays développés et émergents, réunis pour l'occasion, d'accroître les ressources des institutions financières internationales et de publier une liste des paradis fiscaux, au terme d'une journée ultra-médiatique ayant marqué "un nouvel ordre mondial" selon Gordon Brown, et un "tournant" selon Barack Obama. Pour sa part, le toujours aussi lamentable Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, après avoir stupidement laissé dire qu'il était prêt à claquer la porte du sommet si ses résultats n'étaient pas à la hauteur, s'était finalement satisfait d'avoir soi-disant mis sur les rails, à l'occasion de ce G20, le fameux "nouveau Bretton Woods" qu'il avait réclamé à Toulon six mois plus tôt, au tout début de la crise financière mondiale...


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Vous avez dit « responsable » ? Comme c’est bizarre…

 

     Nous avons appris, au fil du temps, que les mots changent de sens. Le mot « réforme » désigne à présent une remise en cause d’acquis en se parant de modernité, le mot « travail » est devenue une valeur suprême au lieu d’être un des moyens de vie, le mot « fraternité » est devenu la clameur raélienne d’un monde de bisounours, le mot « intellectuel » qualifie des statures snobinardes et closes tandis que l’altérité, l’humilité, la solidarité et l’intégrité semblent reléguées aux oubliettes de la ringardise. Sans compter sur la parole médiatique qui aboie avec fureur ses concepts globish, langue que tout le monde parle mais que personne ne comprend. Un de ces glissements concerne le sens du mot « responsable » désignant les coupables et servant de décharge publique à un espace social qui ne s’assume plus comme tel. Il est aujourd’hui urgent de réhabiliter la noblesse du mot « responsable » et de bannir cette culture du réflexe confortable en une culture de l’analyse et de l’exigence. La crise actuelle devrait nous y inciter.

 

Les « responsables » de la crise

 

     Nous assistons chaque jour, depuis le déclenchement de la crise, à un véritable lâcher de balles perdues contre les « ignobles » traders, les « horribles » financiers qui se gavent sur notre dos, les patrons « voyous » qui spéculent sur la faillite de leur entreprise, et j’en passe. Les coupables de la crise, se sont eux, assurément. Nul besoin d’en douter : ils naviguent dans la sphère financière chaque jour, joue avec les chiffres comme d’autres avec des bilboquets. Mais le jeu du jokari a ceci de particulier : plus on le lance loin, plus cela vous revient rapidement dans la figure. Et lorsque cela se produit, les bûchers médiatiques s’allument dans la foulée, l’excommunication politique pointe l’index et l’anathème social crache sur les nouveaux pestiférés. Quel confort : Nous avons enfin trouvé les « RESPONSABLES » ! « Coupables » serait sans doute le terme le plus approprié, mais le mouvement de dénaturation du langage n’en est plus à ça près…

    Ce défoulement marche si bien que, comme à l’accoutumée, il évite de se poser de vraies questions. La servilité de nos journalistes qui s’autocensurent ou feignent l’insolence derrière des non-questions (voire l’alibi de rendre l’information « attractive ») conforte cet état de fait. On n’en oublierait presque que les financiers ne font que jouer avec des règles qui leur ont été données et auxquelles tout le monde a consenti. Prenons un exemple concret pour illustrer cette idée : lorsque nous assistons à un match de rugby, nous voyons des gars se rentrer dans le lard lors de mêlées et se plaquer à tout bout de champs. Quelle curieuse manière de se comporter, diront certains. Mais les rugbymans ne font pourtant que jouer au rugby. Ils jouent sur le terrain dans le cadre des règles qui leur ont été données. C’est exactement le même processus au niveau de la finance : comment reprocher à ceux qui sont sur le terrain de jouer avec des règles qui ont été fixées ? Et plus généralement, comment leur reprocher de n’avoir « aucune morale » sur un terrain qui n’en comporte pas une once et n’est pas fait pour ça ? Les responsables sont davantage ceux qui ont créés le terrain que ceux qui le pratiquent.

 


    Il est donc plus sidérant d’entendre Arlette Chabot et Dominique Strauss-Kahn casser du sucre sur le dos des financiers dans une sainte alliance média/politique que d’assister à une interview de Jérôme Kerviel. Le 26 mars 2009, dans son émission A vous de juger, titre symptomatique de cette culture de la sentence toute prête et de la dénaturation de tout esprit d’analyse, Arlette Chabot recevait (je bannis volontairement l’expression « poser des questions », que je réserve à des journalistes) Dominique Strauss-Kahn, actuel Directeur du FMI et ancien Ministre des Finances, pour aborder le scandale des stock-options et les salaires des patrons :

 

A.C : « Quand vous étiez ministre des finances, il y avait déjà eu des scandales, un patron d’une grande société de pétrole qui était parti avec de grosses indemnités et à l’époque vous aviez dit que vous étiez très choqué, donc ça ne change pas. Vous pensez qu’il y a des gens qui vivent dans un autre monde que le nôtre ?

 

D.S.K : Ça c’est la bonne hypothèse, de dire qu’ils vivent dans un autre monde, qu’ils ne se rendent pas compte. La mauvaise, c’est de dire qu’ils s’en moquent. Je préfère la meilleure, celle que vous venez de dire, celle qu’ils vivent dans un autre monde. Mais le monde est un seul, on est un seul peuple, une seule population sur la planète et c’est pas possible de voir qu’il manque quelques dollars par jour à des africains quand il y a quelques millions de dollars qui sont donnés à des individus ici ».

 


    Voici un exemple riche de significations. Passons vite sur le cas de Arlette Chabot, connue pour ses questions acérées qui ont le tranchant d’une asperge, et examinons plutôt la sainte alliance qui se dessine avec DSK, média et politique qui avouent ici, implicitement, appartenir au même monde, « Vous pensez qu’ils vivent dans un autre monde que le nôtre ? », et donc aux mêmes intérêts. Rien de nouveau sous le soleil, excepté le fait que cela n’étonne plus personne. Donc, média et politique sont unis pour dénoncer, avec l’ensemble des citoyens, les agissements du monde de la finance. Aucune vraie question n’est donc abordée avec un responsable politique sur le plateau. Dominique Strauss-Kahn n’est pas interrogé sur le présent et l’avenir : Que fait-il aujourd’hui contre la crise en tant que patron du FMI ? Quelles sont ses propositions et quelles décisions prend-t-il ? Et dans une approche rétrospective, il aurait pu être intéressant de rappeler que Dominique Strauss-Kahn a été l’auteur d’un projet de loi qui ménageait un régime fiscal extrêmement douillet pour les stock-options et que ceci s’inscrivait dans toute une série de décisions politiques qui ont produit la financiarisation que nous connaissons aujourd’hui. Rien de tout cela n’est traité ni même évoqué.

     Les responsabilités de la crise sont donc plurielles entre des politiques publiques qui ont permis au terrain de jeu de la finance de se construire, et qui prétendent aujourd’hui le moraliser, des acteurs de la finance certes sans grande retenue, des médias démagogiques qui flattent les bas instincts et renoncent aux impératifs normaux de leur métier, et bien sûr nous, simples citoyens, qui cédons facilement à une seule envie : raccompagner les banquiers et les financiers à la sortie de la ville sur un rail avec du goudron et des plumes.

 

Aller où va le vent pour ne rien assumer

 


     Rétrospectivement, la crise apparaît un moment idéal pour faire des bilans. Et comme nous sommes baignés, avec force savons de pseudo-insolence inodore et mousses de divertissements incolores, dans une culture de la performance et du résultat, rien de plus normal que d’élaborer tous azimuts des bilans permettant de traquer les erreurs et de prétendre bannir le risque. La crise nous permet notamment de goûter la saveur des discours et de leurs revirements soudains, voire de mettre à nu l’esprit courtisan le plus flexible qui soit comme l’avait déjà identifié en son temps La Fontaine à travers sa fable Le chêne et le roseau.

     L’exemple suivant permettant d’illustrer ce fait est certes extrême puisqu’il s’agit de Jean-Marc Sylvestre, ancien chantre d’un soi-disant libéralisme débridé et aujourd’hui âpre défenseur d’une soi-disant régulation. Au moment de la crise du CPE, Contrat Première Embauche dont il faut rappeler le principe – à savoir qu’un jeune embauché chez Kleenex devient un pléonasme, le 5 avril 2006, donc, Jean-Marc Sylvestre s’indignait, face à Jean-Pierre Pernault sur TF1, lors du 13h, du manque de flexibilité de l’économie française en général et du Droit du travail en particulier :

 

J. P Pernault : « Jean-Marc Sylvestre, quand on voit une telle crise en France à propos du CPE, est-ce que ça signifie que toute réforme est impossible dans notre pays ?

 

J. M. Sylvestre : « Il faut espérer que non, sinon on court à l’asphyxie. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui la situation est devenue tellement ubuesque, surréaliste qu’elle occupe…euh…qu’elle occulte la réalité du problème que l’on cherchait à régler au départ, à savoir débloquer le marché de l’emploi, notamment pour les jeunes par des solutions de flexibilité, on l’a vu, les entreprises ont besoin de cette souplesse et tous les pays qui ont introduit ce genre de réforme ont gagné la bataille de l’emploi. La France serait donc le dernier pays à ne pas comprendre ce qu’est la flexibilité, et surtout à ne pas être capable de la négocier, je crois que dans ce domaine on a accumulé toutes les maladresses politiques et sociales. Alors, la situation est devenue incompréhensible, le Général de Gaulle aurait parlé jadis de « chienlit », on a des étudiants et des lycéens qui manifestent alors qu’ils pourraient acquérir une formation qualifiante, qui est quand même le seul moyen d’avoir un job, on a des fonctionnaires qui ont une garantie de l’emploi, on a des chômeurs qui galèrent pour trouver de l’emploi et on a des entreprises ou des métiers qui ne trouvent pas de personnel lorsqu’elles cherchent à embaucher ».

 


    Trois ans et quelques crises plus tard, le même Jean-Marc Sylvestre, avec la même conviction et les mêmes sourcils froncés, se réjouit des résultats du G20 en matière de « moralisation » du capitalisme et de « régulation » de l’économie mondiale. Sur TF1 toujours, le 2 avril 2009 au 20h :

 

L. Ferrari : « On va tout de suite retrouver notre envoyé spécial en direct, Jean-Marc Sylvestre. Alors, Jean-Marc, on peut parler ce soir d’un succès pour ce sommet du G20…

 

Jean-Marc Sylvestre : « C’est incontestablement un succès, pour les européens, pour les français, pour les allemands, parce qu’au début de la crise, les américains notamment, pensaient qu’ils allaient s’en tirer par un simple nettoyage de surface. Or, la gravité de la crise, la pression des gouvernements européens les ont contraints à accepter une rénovation en profondeur du système. Alors, ça passe évidemment, au niveau des engagements par le maintien d’un plan de relance et ça passe aussi par une nouvelle régulation du système financier international : la surveillance des fonds spéculatifs, la supervision des banques, le contrôle des rémunérations, la publication d’une liste noire des paradis fiscaux. Tout ça, se sont des tabous qui sont désormais brisés ».

 

     Voilà l’exemple type du courtisan bas de gamme, élaborant une propagande chimiquement pure à laquelle on a tout de même du mal à croire, et qui à la première bourrasque venue baisse son pantalon et capte l’air du temps non pour l’analyser mais pour accommoder le choc à son propre système. A l’inverse de Pascal Salin, qui persiste à soutenir que l’économie libéralisée est la meilleure qui soit et que la crise est entièrement dû à l’Etat, Jean-Marc Sylvestre retourne sa veste, comme tant d’autres qui n’assument plus rien, et entonne le chant de la « Régulation Joyeuse », pour parodier le titre de l’opérette de Franz Lehár.

 


     Aujourd’hui, rien n’est sans doute plus insupportable que d’assister à ce spectacle sidérant d’économistes ou de politiques qui se réclament d’une idéologie ou d’une conviction sans en faire vraiment l’expérience et qui au lieu de soumettre un idéal à la réalité des choses ne font que soumettre des intérêts à cette même réalité, quand d’autres font l’erreur de soumettre le réel à leur idéal. Voilà cette époque complexe qui se veut « décomplexée » et qui mouline sans cesse pour n’agir nulle part dans une dictature de l’instantanéité qui défriserait sans doute tous les accélérateurs de particules.

     Face à cela, conservons notre authenticité malgré tous les défauts qu’elle puisse avoir, réhabilitons ce principe de responsabilité qui semble aujourd’hui devenu synonyme de tout sauf de sa définition réelle. En trois mots : Analysons, Répliquons et Proposons !

 

Dante.


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Voila. Puisse ce texte de l'alias Dante vous avoir intéressé, chers lecteurs, comme il m'a intéressé.

A bientôt, peut-être...

Cordialement, :-)

Hyarion.

(Illustrations : Un goéland sur la plage de Borkum dans le nord de l’Allemagne, photographie de l'Agence France Presse publiée le 27 juillet 2009, ©DDP/AFP/Nigel Treblin ; Le président français Nicolas Sarkozy, le 2 avril 2009 à l'issue de la session plénière du G20 à Londres, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Eric Feferberg ; Dominique Strauss-Kahn [à droite], à Paris le 26 mars 2009, sur le plateau de l'émission "A vous de juger" sur France 2 présentée par Arlette Chabot [à gauche], photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Boris Horvat ; Dominique Strauss-Kahn [à droite], sur le plateau de France 2, à Paris le 26 mars 2009, ©Getty Images ; Le Premier ministre britannique Gordon Brown annonçant les mesures prises par le G20, le 2 avril 2009 à Londres, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Ben Stansall ; Les dirigeants participant au G20, le 2 avril 2009 à Londres, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Eric Feferberg ; Cliché de dirigeants participant le 2 avril 2009 au sommet du G20 à Londres, dont Barack Obama, Silvio Berlusconi et Dmitri Medvedev, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP - Eric Feferberg)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 3 (2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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Mercredi 29 juillet 2009
On l'aura aisément remarqué : sans doute parce que je suis fatigué et que j'ai besoin de repos, comme presque tout le monde en France en ce moment - y compris au plus haut sommet de l'État, apparemment -, et bien évidemment parce que le temps me manque pour m'occuper du présent blog, je ne suis plus en mesure, depuis plus d'un mois, de rédiger des article sur l'actualité politique et culturelle, même si je continue de suivre en silence ladite actualité. Nous verrons bien, si, dans quelque temps, je serais en mesure d'entretenir plus régulièrement la flamme animant le Blog de l'Anarcho-monarchiste, et en attendant je vous propose, chers lecteurs, un intéressant compte-rendu de lecture rédigé par l'un de mes visiteurs réguliers, à savoir l'alias Dante. Initialement écrit en avril de cette année, le texte dudit compte-rendu a ensuite été retravaillé par son auteur, et j'en propose ici la version définitive, qui date du mois de juin dernier.

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DIRE ET MAL DIRE, HIER COMME AUJOURD’HUI

 

     A l’heure où un mouvement social couve derrière ses résurgences sporadiques et ses radicalisations, à l’heure où la parole politique est surexposée et instrumentalisée, s’interroger sur la nature, les enjeux ou encore les mécanismes de l’opinion publique se révèle une démarche essentielle. Les discours sur le pouvoir sont à la fois les reflets et les pratiques d’une culture politique. Les slogans tels que « démocratie » ou « pour qui compte notre voix ? » ont en effet teintés abondamment les cortèges des manifestations du 29 janvier et du 19 mars derniers. Cette revendication est non seulement un leitmotiv mais porte aussi la marque du débat sur la démocratie d’opinion. Dire et mal dire, hier comme aujourd’hui, traduit un rapport au pouvoir, à son exercice et à sa place dans la société.

     Le très beau livre d’Arlette Farge sur l’opinion publique au XVIIIe siècle nous invite à cette réflexion sur cette parole remplie de paradoxes et dont la portée reflète des conceptions et des tendances. Plongeant au cœur des archives judiciaires, l’historienne dresse une histoire vivante des mentalités à travers les discours pour et contre le pouvoir d’alors.

 

     En 1992, trois ans après un très bel ouvrage intitulé Le goût de l’archive, Arlette Farge publiait Dire et mal dire – L’opinion publique au XVIIIe siècle aux éditions du Seuil. Mais que peut-on appeler « opinion publique » et quelles implications révèlent cette définition ?

 

L’opinion publique : d’un objet politique à un objet d’histoire

 

     Les historiens se sont toujours intéressés aux discours provenant du passé, quelles que soient leurs provenances et leurs supports. Des premières traces de l’écriture aux témoignages contemporains, la parole qui déploie la réminiscence bénéficie d’une large place et d’une réflexion abondante en commentaires et analyses. Mais la qualification de cette parole s’est avérée déterminante pour saisir ses dimensions et ses mécanismes. Emanant d’un espace individuel ou collectif, cette parole révèle des opinions, du latin « opinio » signifiant littéralement « croire que ». Qualifiant un jugement que l’on se forme ou que l’on adopte sur un sujet, une assertion ou une conviction personnelle plus ou moins fondée, l’opinion fut et demeure un outil politique de première importance, intégrant les caractères d’un « art du bon gouvernement ».

     Elargie à la sphère collective, l’opinion devient publique dès lors qu’elle traduit un jugement commun, un ensemble d’idées ou des convictions communes à une collectivité. Certes sommaire et insuffisante, cette définition a toutefois le mérite d’intégrer des problématiques stimulantes : l’opinion publique résulte-t-elle d’un processus homogène et réflexif ? Trouve-t-on ses arcanes dans des jugements individuels qui se diffusent ou s’agit-il de convictions élaborées au contact du débat et des conversations ?

 

     L’opinion publique est ainsi devenue un objet de recherche historique à part entière dans les années 1970, en pleine apogée de l’histoire des mentalités. C’est avec l’ouvrage de Jacques Le Goff et Pierre Nora, Faire de l’Histoire(Gallimard, 1974) que le concept d’opinion publique est reconnu comme un objet d’histoire, notamment sous la plume de Jacques Ozouf qui défend son étude dans un article, « L’Opinion publique : apologie pour les sondages ».

      Le thème de l’opinion publique est étudié selon une approche spécifique. Presque tous les ouvrages historiques sur ce thème réfléchissent sur le processus de formation, d’émergence de l’opinion publique, ou encore la définition et l’application du concept comme dans l’article de Mona Ozouf en 1989, « Le Concept d’opinion publique au XVIIIe siècle », ou l’ouvrage de Philippe Champagne, Faire l’opinion (1990).

     Dans la lignée de ses travaux, l’ouvrage d’Arlette Farge apporte cependant une nouveauté.

 

La démarche de Dire et mal dire

 

 

     Comme son titre l’indique, l’ouvrage a pour thème l’opinion publique au XVIIIe siècle. Ici pourtant s’opère l’innovation de ce livre. En effet, Arlette Farge s’attache à élargir le champ de « l’opinion publique » pour y intégrer la parole populaire. Dans son introduction, elle explicite ce projet :

« Ce livre cherche à cerner des formes politiques d’acquiescement ou de mécontentement populaire face aux événements et au spectacle de la monarchie, et s’interroge sur l’existence d’une opinion publique populaire dont les motifs sont à découvrir et à articuler ».

 

     Ainsi se trouve développé en trois grandes étapes, correspondant aux 3 parties du livre, l’analyse de ce que Jürgen Habermas appelle « la sphère publique plébéienne », ses acteurs, ses formes d’expression, ses enjeux idéologiques et ses soubassements mentaux. Arlette Farge précise d’ailleurs que l’origine de cette étude repose sur un précédent travail de Jürgen Habermas : L’espace public, archéologie de la publicité comme dimension constructive de la société bourgeoise, lequel a montré comment, au cours du XVIIIe siècle, est né un espace public bourgeois, gouverné par la raison, une raison qui pouvait contester le pouvoir, donc le roi et la Cour. Selon l’historien allemand, l’opinion publique « renvoie à un public constitué par des personnes privées faisant usage de la raison ». Cependant, il « laisse de côté la variante que représente la sphère publique plébéienne qui est restée réprimée ». Or, si cette sphère fut réprimée, c’est bien qu’elle a existé. C’est à partir de cette réflexion que se décline l’analyse d’Arlette Farge.

 


     Dans son ouvrage, Arlette Farge rattache l’étude du concept avec la méthode d’un courant historiographique : la micro-histoire[1]. Dans sa démonstration, l’auteur analyse certains éléments catalyseurs, qui paraissent anecdotiques, comme révélateurs de grandes tendances et participant à celles de l’ensemble du discours. La meilleure illustration est l’exemple de l’affaire Cartouche (1719-23) qui retrace de nouvelles lignes de partage entre la normalité et le crime, mettant en cause également l’autorité royale.

     Arlette Farge déploie dans ces quelques pages la cuisine de l’historien, confronté à l’examen critique des sources, à leur analyse et aux enseignements qu’elles apportent. Au sein de Dire et mal dire, l’auteur se livre à une étude du discours contenu dans la source comme un discours social, et non judiciaire, pour repérer ce qu’elle appelle les « émergences » en terme de représentation. L’interrogation centrale confine presque à l’anthropologie : Comment l’individu du passé pensait son présent ? L’auteur historicise le mouvement de la pensée, tant à l’échelle individuelle qu’à l’échelle collective, et la conscience politique en formation.

     Dans cette perspective, le livre d’Arlette Farge rejoint l’analyse que fait Pierre Sorlin dans son article « Le Mirage du public » (in La Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, 1992) où il prône l’étude sur l’intervention du public dans l’accomplissement de l’acte culturel. Dans Dire et mal dire, l’auteur examine l’intervention de la parole, du discours populaire, pour montrer sa signification, qu’elle est issue et fabrique de la culture.

 

      Sur la base de sources peu utilisées [Archives de la Bastille et du Fonds Joly de Fleury du Cabinet des Manuscrits de la Bibliothèque Nationale de France – domaine judiciaire], l’auteur montre comment s’est fabriquée une opinion publique au XVIIIe siècle, comment cette dernière évolue et les créations dont elle est à l’origine dans le discours populaire.

     La 1ére partie, intitulée « Chronique, presse et police : les échos de la rue mis en scène », se concentre sur l’activité policière et ses agents. La 2nde partie, intitulée « Mauvais discours » forme la partie centrale de l’ouvrage et porte sur les motifs, les formes et les occasions d’existence du discours populaire. Enfin, la 3éme partie, « Les mots contre le roi ou la parole embastillée » nous livre une fine analyse de l’imaginaire populaire élaboré autour de la personne du roi et du rapport au pouvoir.

 

Un ouvrage marqué par l’influence de Michel Foucault

 

     A propos de Dire et mal dire, Alain Corbin déclare : « C’est un ouvrage intéressant car ici s’opère la focalisation sur l’origine qui modifie le statut de la preuve, puisque la quête décisive ne concerne plus la propagation, la diffusion (et donc le majoritaire), mais le surgissement de la parole, et donc la singularité prémonitoire qui la caractérise ». Cette remarque est fondamentale puisque l’étude de surgissement, d’émergences révèle que la figure des objets historiques est mouvante. Une même source peut être traitée à partir de problèmes différents, et donc servir des projets historiques de plusieurs natures.

     Ce constat permet de mesurer l’influence de Michel Foucault. Arlette Farge revendique par ailleurs cet héritage dans un article paru dans la revue l’Histoire, « Michel Foucault et les historiens : le malentendu ». (N° 154 d’avril 1992) :

« L’historien, sans abandonner son souci du réalisme historique, peut, s’il le veut, intégrer les questions posées par Michel Foucault à ses propres résultats afin de démultiplier le sens de ce qu’il entrevoit au cours de ses recherches ». Cette expression « démultiplier le sens » est importante car, selon la technique d’approche, d’autres sens apparaissent, les perspectives évoluent, créant l’émergence d’objets historiques nouveaux.

     La thématique de l’émergence est elle-même issue de la réflexion foucaldienne. Alain Corbin souligne cet aspect : « Le projet historique le plus fascinant réside dans la détection des émergences ; dans l’analyse de ce moment mystérieux où les éléments épars s’organisent, se cristallisent, pour engendrer la novation ».

     Poursuivant son analyse, il met en exergue une autre revendication d’Arlette Farge : « Michel Foucault invite au repérage du manque ». A la page 255 de Dire et mal dire, une autre réflexion révèle le prolongement de la recherche : « Michel de Certeau le disait « quelque chose s’est perdu qui ne reviendra pas ». Ici aussi quelque chose s’est perdu qui ne reviendra plus. Les mots énoncent le manque, la séparation entamée et quelque déchirement dans les consciences ». Ainsi, pour Michel Foucault et Arlette Farge, la tâche de l’historien est de produire du manque là où régnaient des certitudes. Ici, nous ne sommes plus dans la configuration de l’histoire sociale ou de l’histoire culturelle. Nous rentrons véritablement dans l’histoire des mentalités et des représentations.

 

Ce que nous apprend Dire et mal dire

 

     L’intérêt majeur du livre est de nous montrer les mutations de l’opinion publique, qui peuvent se décrire comme un triple processus :

  1. Une lente montée d’une critique populaire contre la personne du roi, qui débouche sur une accentuation des propos polémiques.
  2. Une opposition de nature religieuse, énoncée en particulier avec le problème du jansénisme [Phénomène des convulsionnaires de St Médard (1723) jusqu’à l’expulsion des Jésuites (1773)].
  3. Une politisation des couches populaires perceptible à travers l’analyse des propos de rues, correspondances et placards.

L’ouvrage s’articule sur plusieurs interrogations et nous donne une image peu connue du XVIIIe siècle. Trois constats réfutent ce que l’on croyait :

  1. Concernant le « public » qui a une opinion, elle montre qu’il n’est pas seulement constitué par les lettrés qui fréquentent les sociétés de pensée, lisent les journaux et débattent. Malgré la répression, la parole se libère et se démocratise à toutes les classes.
  2. Les trois dernières décennies du XVIIIe siècle, marquées – pensait-on – par une progressive et inexorable désacralisation du monarque et de la monarchie, n’est en fait que l’accentuation d’un phénomène déjà présent dans les esprits : il révèle un dispositif monarchique plus qu’une inflexion novatrice et originale des avis populaires.
  3. La multiplication des écrits séditieux n’empêche pas la tradition orale de se poursuivre et d’être forte.

 

     Au terme de l’étude, Arlette Farge dresse deux grands constats : celle d’une dégradation de l’image sociale du Roi de France et la montée d’une opinion publique éclairée, marquée par le désir de juger et d’informer.

       Dans l’ensemble, Dire et mal dire a été favorablement accueilli. La revue l’Histoire, dans son N°158 de septembre 1992, observe : « Les historiens avaient utilisés jusqu’ici quelques unes de ces archives comme des matériaux utiles pour l’étude de la criminalité et de sa répression au XVIIIe siècle. Arlette Farge les a réexaminées pour leur expression même, nous donnant une remarquable analyse de l’émergence de l’opinion publique ». La revue Terrain a qualifiée le livre de « merveille d’analyse historique ». La critique du Monde des Livres salue l’étude sous la plume de Roger Chartier en la qualifiant de « livre important ».

      L’accueil fut en revanche plus réservé dans un compte-rendu de la Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, rédigé par Hans-Jürgen Lüsebrink : « L’apport de ce livre se trouve un peu relativisé par l’absence de toute tentative d’analyse sérielle et quantitative ». A travers ce reproche transparaît la philosophie des Annales. Nous reconnaissons ici l’éternelle guerre de chapelles détentrices de leurs marottes respectives en matière d’artisanat de l’histoire…

 

Une historienne des identités sensibles

  Arlette Farge, 2007.

 

      Avec Dire et mal dire, Arlette Farge nous livre une étude qui nous immerge dans la psychologie du XVIIIe siècle. Comprendre ce qui a motivé les hommes à agir permet de comprendre les actions elles-mêmes. Ainsi nous est décrit une époque à travers ses dires, ses mauvais et ses bons discours, où les images se précipitent, se rencontrent et se heurtent aux imaginaires comme aux réalités.

     Il serait dommage de ne pas conclure cette invitation à la lecture sans dire quelques mots sur son auteur. Tentons pour finir une brève traversée biographique…

     Arlette Farge s’était orientée vers le droit avant de se destiner à l’histoire. Elle est aujourd’hui une historienne spécialisée dans le XVIIIe siècle, directrice de recherche au CNRS et enseignante à l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales). Elle a soutenu une thèse en histoire moderne sur les Voleurs d’aliments à Paris au XVIIIe siècle et rencontré Michel Foucault avec qui elle a écrit Le Désordre des familles en 1982. Se définissant comme appartenant « peu ou prou » à l’école des Annales, elle s’intéresse aussi à l’histoire des femmes, et tout particulièrement dans son actualité, à la photographie, au cinéma et à l’image. Avec son groupe de recherche du « groupe d’histoire des femmes », elle travaille sur le thème des identités populaires au XVIIIe siècle, des relations hommes/femmes et de l’écriture de l’histoire. Elle est également co-animatrice de l’émission Les lundis de l’Histoire sur France Culture. Elle est l’auteur de nombreux ouvrages (liste non exhaustive):

 

-          Délinquance et criminalité : le vol d’aliments à Paris au XVIIIe siècle, Paris, Plon, 1974.

-          Vivre dans la rue à Paris au XVIIIe siècle, Paris, Gallimard, 1979.

-          Le Désordre des familles (en collaboration avec Michel Foucault), Paris, Gallimard/Julliard, 1982.

-          Le Miroir des femmes, Paris, Montalba, 1982.

-          La vie fragile. Violences, pouvoirs et solidarités à Paris au XVIIIe siècle, Paris, Hachette, 1986.

-          Logique de la foule (en collaboration avec Jacques Revel), Paris, Hachette, 1988.

-          Le goût de l’archive, Paris, Seuil, 1989.

-          Dire et mal dire – L’opinion publique au XVIIIe siècle, Paris, Seuil, 1992.

-          Le cours ordinaire des choses dans la cité du XVIIIe siècle, Paris, Seuil, 1994.

-          De la violence et des femmes, Paris, Albin Michel, 1997.

-          Fracture sociale (en collaboration avec Jean-François Laé, Paris, Desclée de Brouwer, 2000.

-          Séduction et sociétés : approches historiques (avec Cécile Dauphin), Paris, Seuil, 2001.

-          Le Bracelet de parchemin. L’écrit sur soi au XVIIIe siècle, Paris, Bayard, 2003.

-          Effusion et tourment, le récit des corps. Histoire du peuple au XVIIIe siècle, Paris, Odile Jacob, 2007.

 

     Servis par une écriture fine et accessible, les ouvrages d’Arlette Farge en font une historienne à connaître et à suivre pour qui aime s’aventurer sur les sentiers d’une connaissance sensible du monde d’hier. 

     Dire et mal dire nous invite à cette exploration ainsi qu’à méditer cette réflexion de Schopenhauer : « Adhérer devint alors un devoir. Désormais, le petit nombre de ceux qui sont capables de juger est obligé de se taire ; et ceux qui ont le droit de parler sont ceux qui sont absolument incapables de se forger une opinion et un jugement à eux, et qui ne sont donc que l’écho des opinions d’autrui. Ils en sont cependant des défenseurs d’autant plus ardents et intolérants. Car ce qu’ils détestent chez celui qui pense autrement, ce n’est pas tant l’opinion différente qu’il prône que l’outrecuidance qu’il y a à vouloir juger par soi-même – ce qu’ils ne font bien sûr jamais eux-mêmes, et dont ils ont conscience dans leur for intérieur. Bref, très peu de gens savent réfléchir, mais tous veulent avoir des opinions ; que leur reste-t-il d’autre que de les adopter telles que les autres les leur proposent au lieu de se les forger eux-mêmes ? 

     Intéressant et terriblement actuel, n’est-ce pas ? :-))

 

Dante.



[1] D’origine italienne, [« microstoria »], la micro-histoire, initiée notamment par Carlo Ginzburg (Le fromage et les vers, 1980) et Giovanni Levi (Le Pouvoir au village, 1989) est un courant historiographique qui a poursuivi une réflexion sur les échelles d’observations. L’approche de la micro-histoire fonctionne un peu comme une fenêtre : un objet particulier à travers lequel on peut contempler un ensemble. En réaction, à l’histoire sociale traditionnelle, (approches quantitatives ou monographies régionales), la micro-histoire s’est posée la question de savoir si le petit n’est pas meilleur à penser que le grand, le détail que l’ensemble, le local que le global. Plutôt que l’étude des grandes structures sociales, des masses ou des classes, elle privilégie l’expérience vécue des individus, les trajectoires et les stratégies des acteurs.


*******


Voila. En espérant que ce compte-rendu de lecture par Dante de l'ouvrage Dire et mal dire – L'opinion publique au XVIIIe siècle d'Arlette Farge vous aura intéressé, je vous souhaite à tous, chers lecteurs, de bonnes vacances d'été... pour ceux qui ont la chance de pouvoir en prendre...

A bientôt, peut-être...

Cordialement, :-)

Hyarion.

(Illustrations : Détail du tableau La Ville et la rade de Toulon, huile sur toile [1756] par Joseph Vernet, Paris, Musée du Louvre ; Couverture du livre Dire et mal dire – L'opinion publique au XVIIIe siècle d'Arlette Farge [Paris, Seuil, 1992] ; Jaquette de couverture du livre Dire et mal dire – L'opinion publique au XVIIIe siècle d'Arlette Farge [op. cit.] ; Portrait de l'historienne Arlette Farge, photographie, 2007)
Par Hyarion - Publié dans : Lectures et écritures
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Jeudi 11 juin 2009
Bien entendu, après des résultats pareils, à l'issue d'une campagne électorale aussi insipide, il y a de quoi être plus fatigué et déboussolé que jamais. J'ai entendu et lu tellement de bêtises depuis le soir du 7 juin à propos des dernières élections européennes, que, découragé par moments, j'ai longtemps hésité à aller jusqu'au bout de la rédaction du présent article. Le sentiment de ras le bol est toujours présent, décidément, même après le verdict des urnes. Sans vouloir être excessivement familier, il est clair que tous ces donneurs de leçons et ces railleurs de lendemain de scrutin qui se croient intelligents, on aimerait bien qu'une fois de temps en temps, ils prennent la peine de fermer leurs grandes gueules, pour laisser un peu respirer les autres. Enfin, passons... Voici donc enfin, finalement, un article proposé ici, consacré au bilan que je fais des élections européennes de dimanche dernier, 7 juin. Cet article vaut ce qu'il vaut... et chacun pourra bien en penser ce qu'il voudra, du haut de ses petites certitudes... car au fond, peu importe, puisque tout cela n'est que de la politique... Cela dit, à la vérité, je suis aujourd'hui moins énervé que je ne l'étais il y a encore deux jours... Aussi, j'espère que le présent article aura au moins le mérite d'être le plus informatif et constructif possible, malgré le brouillard ambiant...
Concernant notre sujet, deux dépêches de l'AFP résument à grands traits la situation :

Européennes : UMP et écolos grands gagnants, bérézina pour le PS et le MoDem


L'UMP et Europe-Ecologie sont les grands gagnants des élections européennes de dimanche, alors que le PS - mais aussi le MoDem - a subi une bérézina en étant rattrapé par les listes de Daniel Cohn-Bendit, le tout sur fond d'abstention record - près de 60% - pour ce type de scrutin.

Selon la totalisation partielle du ministère de l'Intérieur à 01H45, les listes UMP-NC du président Nicolas Sarkozy recueillent 27,89%, soit 11 points de plus que le PS (16,48%), qui ne comptait plus que 37.000 voix d'avance sur les Verts (16,27%).

Symbole de sa débâcle, le PS se classe troisième à Paris (14,7%), très loin derrière l'UMP (29,9%) et Europe Ecologie (27,5%), un an après la confortable réélection du maire Bertrand Delanoë.

Le rapport UMP-PS représente le pendant quasi exact du scrutin de 2004 quand le PS avait nettement devancé la droite.

C'est la première fois - hors cohabitation - depuis 1979, que le parti au pouvoir arrive en tête d'une élection intermédiaire, face il est vrai à une opposition dispersée.

Selon les résultats des départements métropolitains connus peu avant 02H00, le PS n'arrivait en tête que dans l'Ariège, le Pas-de-Calais et les Landes.

Ne profitant pas du contexte de crise et de hausse continue du chômage, les socialistes font un résultat pire que prévu par tous les sondages. Figure de proue d'Europe-Ecologie, M. Cohn-Bendit a salué une "aventure extraordinaire" et proposé une alliance anti-Barroso au MoDem et au PS.


Le PS a été devancé par Europe-Ecologie dans de nombreuses grandes villes (Bordeaux, Rennes, Rouen, Aix-en-Provence, Perpignan, Toulon, Nantes).

Plusieurs responsables, au MoDem et au FN, ont mis en cause la large diffusion à deux jours du scrutin du documentaire alarmiste sur l'environnement "Home".

Autre grand perdant: le MoDem n'obtient que 8,47% loin des ambitions de François Bayrou. Un revers personnel pour lui, après une campagne violemment anti-Sarkozy. Il a pris "sa part de responsabilité".

"C'est la sanction d'une opposition hystérique et obsessionnelle. Le vote sanction a été sanctionné", a lancé le patron de l'UMP Xavier Bertrand. "Le référendum anti-Sarkozy a échoué", a renchéri le porte-parole du gouvernement Luc Chatel.

Après le quatuor de tête, viennent le Front national (6,34%) et le tout jeune Front de gauche (PCF et Parti de gauche, 6,03%) quasiment à égalité avec l'extrême gauche, tous mouvements confondus (6,09%).

Jean-Michel Baylet, président du PRG, s'est étonné que la majorité "crie victoire alors que moins d'un électeur sur trois lui a apporté son suffrage".

Le total droite (UMP-NC, Libertas, Debout la République) réunit quelque 35% des voix, la gauche (PS, Europe Ecologie, Front de gauche) plus de 39%.

Six mois après le désastreux congrès de Reims, le PS a mis sa défaite sur le compte de ses déchirures, Vincent Peillon jugeant qu'il "paie ses divisions".

"Je prends toute la mesure de la responsabilité du PS", a réagi la patronne du parti, Martine Aubry. Selon elle, "le PS a surtout besoin d'une profonde rénovation" et "du rassemblement de la gauche".

Aurélie Filippetti, proche de Ségolène Royal, a été plus dure, parlant de "tsunami politique" et de "réplique du 21 avril 2002". Selon elle, le PS pourrait "disparaître" s'il ne réagit pas.

Après l'élection attendue des ministres Michel Barnier (Agriculture) et Rachida Dati (Justice) et celle, inattendue, de Brice Hortefeux (Travail), Nicolas Sarkozy va devoir procéder à un remaniement.


Selon une source gouvernementale, il va "prendre son temps" après ce qu'il considère comme un succès. M. Sarkozy devrait toutefois s'exprimer cette semaine pour "remettre en perspective la politique du gouvernement" après le scrutin, selon une source proche du gouvernement.

En Ile-de-France, le porte-parole du PS Benoît Hamon est battu. Sont en revanche élus Marielle de Sarnez (MoDem, IDF), Catherine Trautmann (PS, Est), Marine Le Pen (FN, Nord ouest), Corinne Lepage (MoDem, Nord ouest), Philippe de Villiers (Libertas, Ouest).

Les Français ont élu leurs 72 députés européens pour cinq ans. L'UMP devrait en avoir 29, le PS et les écologistes 14 chacun et le MoDem 6, selon les projections. Le FN n'en aura plus que 3.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 8 juin 2009, 06h42)


Européennes : face à une UMP rassérénée, une opposition au jeu rebattu


Au lendemain des élections européennes, l'UMP et le président Nicolas Sarkozy savouraient une victoire inédite, alors que l'opposition offrait un paysage bouleversé, avec un parti socialiste humilié et rattrapé par Europe-Ecologie et un MoDem stoppé net dans ses ambitions.

Sur fond d'abstention record pour ce type de scrutin, près de 6 électeurs sur 10 ont boudé les urnes, le parti présidentiel et ses alliés ne boudaient pas leur plaisir, à près de 27,87% des suffrages, selon la totalisation définitive du ministère de l'Intérieur.

Derrière, les socialistes (16,48%) devront trouver les moyens de se remettre d'une véritable Bérézina, talonnés à moins de 35.000 voix par le rassemblement Europe Ecologie (16,28%) emmené par sa figure de proue, Daniel Cohn-Bendit.


Quant au MoDem de François Bayrou, il échoue dans son ambition de s'installer comme alternative, relégué sous la barre symbolique des 10%, à 8,45%. Cuisant échec personnel pour le "troisième homme" de la dernière présidentielle, qui a dit prendre "sa part de responsabilité".

Le rapport UMP-PS représente le pendant quasi exact du scrutin de 2004 quand le PS avait nettement devancé la droite. Et c'est la première fois -hors cohabitation- depuis 1979, que le parti au pouvoir est en tête d'une élection intermédiaire, face il est vrai à une opposition dispersée.

Mais le total des voix de gauche (PS, Europe Ecologie, Front de gauche) ne fait que quatre points de plus que celui de droite (UMP-NC, Libertas, Debout la République), 39% contre 35%.

La majorité s'est félicitée, à l'image du Premier ministre François Fillon, d'un "très bon résultat", attribué au travail accompli par le chef de l'Etat durant la présidence française de l'Union européenne.

"Le vote sanction a été sanctionné", a lancé le secrétaire général de l'UMP Xavier Bertrand. "Le référendum anti-Sarkozy a échoué", a souligné le porte-parole du gouvernement Luc Chatel.

Dans l'opposition, les écologistes ont le sourire après la spectaculaire poussée de leur rassemblement au delà des Verts. Mais il leur faudra donner une suite à ce succès, "essayer de continuer cette aventure extraordinaire", selon M. Cohn-Bendit, star de la soirée.

D'autant que leur succès s'est notamment construit au détriment des socialistes, largement sous les sondages les plus pessimistes et qui n'ont pas profité du contexte de crise économique ou de l'impopularité persistante de l'exécutif.

Symbole de ce transfert, le PS est devancé par Europe-Ecologie dans de nombreuses villes comme Bordeaux, Rennes, Rouen, Aix-en-Provence, Toulon, Nantes et surtout Paris, un an après la confortable réélection de Bertrand Delanoë.


Six mois après le désastreux congrès de Reims, le PS a mis sa défaite sur le compte de ses déchirures. Mais le parti, fragilisé, va aussi devoir éviter que l'après-élection ne tourne au règlement de compte, avec pour première échéance un conseil national mardi.

"Je prends toute la mesure de la responsabilité du PS", a dit la première secrétaire Martine Aubry, qui avait assuré avant le scrutin qu'elle "continuerait" quel que soit le résultat. Selon elle, "le PS a surtout besoin d'une profonde rénovation" et "du rassemblement de la gauche".

Mais déjà, des critiques s'élèvent, notamment dans l'entourage de son ancienne rivale Ségolène Royal, demeurée silencieuse dimanche. Aurélie Filippetti a parlé de "tsunami" et de "réplique du 21 avril 2002", assurant que le PS pourrait "disparaître" s'il ne réagissait pas.

Dernière conséquence attendue du scrutin, le remaniement gouvernemental annoncé. Le résultat donne une grande marge de manoeuvre au président Sarkozy, qui s'est montré "très satisfait" selon un ministre reçu dimanche soir à l'Elysée.

Il aura ainsi du temps et les mains libres. Avec un petit casse-tête. L'élection non prévue de Brice Hortefeux (Travail), en plus de celles de Michel Barnier (Agriculture) et Rachida Dati (Justice) dont les départs étaient annoncés.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 8 juin 2009, 07h47)

En ce qui concerne la grande circonscription européenne (appelé aussi euro-région) où j'ai voté, à savoir la circonscription du Sud-Ouest (comprenant les régions Aquitaine, Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon, et où 10 sièges étaient à pourvoir), le journal Le Monde daté d'avant-hier, 9 juin, a résumé ainsi les résultats : "La droite a pris sa revanche sur le PS dans le Sud-Ouest. En emportant quatre sièges, avec en tête Dominique Baudis, l'ancien maire de Toulouse, l'UMP multiplie par deux le nombre de ses députés par rapport au scrutin de 2004, passant de 15,18 % à 26,89 % des voix. Le PS fait la « performance » inverse, perdant plus de 13 points à 17,71 % et chutant de quatre à deux députés - Kader Arif et Françoise Castex, réélus. Il se trouve talonné par la liste Europe-Ecologie à 15,82 % (+ 7,5 % par rapport à 2004), emmenée par le militant altermondialiste, José Bové, qui rejoint le Parlement européen aux côtés de la dirigeante des Verts Catherine Grèze. En quatrième position, le Modem recueille 8,60 % des voix et ne compte qu'un député, Robert Rochefort, là où l'UDF en avait obtenu deux en 2004. Le sénateur de l'Essonne, Jean-Luc Mélenchon, tête de liste du Front de gauche, gagne son pari et est élu, totalisant 8,15 % des voix et devançant le NPA (5,61 %). Le FN, sur des terres longtemps favorables, notamment dans les départements du Gard et des Pyrénées Orientales, recule de près de 3 points et obtient 5,93 %, perdant, dans un contexte de division de l'extrême-droite, le siège conquis en 2004."
A titre indicatif, on peut noter que dans la grande circonscription d'Ile-de-France, la fameuse liste "antisioniste" de "l'humoriste controversé" Dieudonné n'a réalisé qu'un très faible score de 1,30% des suffrages. Comme quoi, la connerie en politique ne paye pas toujours. Heureusement...
Voila pour les grandes lignes et les résultats. Maintenant, que penser de tout cela ? Beaucoup de réflexions sont présentes dans mon esprit. Je les livre ici, de façon peut-être un peu décousue, mais de manière, je l'espère, assez structurée... De ces élections européennes, ce que je retiens peut être évoqué en sept points, comme suit :

Premier point : l'abstention et le désintérêt des électeurs pour ces élections européennes. C'était attendu, et il n'y a évidement pas eu de surprise : avec une nouvelle forte abstention aux élections européennes de dimanche dernier, laquelle abstention a atteint le record de 59,36% pour ce scrutin, selon le ministère de l'Intérieur, c'est une tendance lourde qui se confirme, à savoir que les élections européennes restent, avec les référendums, les scrutins auxquels les électeurs participent le moins. De 39,3 % lors des premières élections européennes en 1979, le taux d'abstention s'est élevé à 43,3 % en 1984, a dépassé pour la première fois la barre des 50 % en 1989 avec 51,3 %, avant de progresser à 57,2 % lors du scrutin de 2004 et d'atteindre finalement plus de 59 % en 2009.


Pourquoi autant de citoyens électeurs continuent, toujours plus nombreux, à ne pas participer au vote devant désigner leurs députés au Parlement européen ? Les raisons sont diverses et complexes. Au delà du débat sur le but de la construction européenne (existe-t-il encore, ce but ?), sur l'orientation de l'Union Européenne et sur la nature de la politique menée par ceux qui prétendent la diriger, vaste débat que je n'ai pas le temps ni la place d'évoquer ici, on peut faire néanmoins quelques observations pour tenter de comprendre cette situation de relatif désintérêt des électeurs pour ce type de scrutin. De 1979 à 1999, les électeurs français ont dû choisir leurs députés européen en votant pour des listes de plusieurs noms de candidats dans une circonscription nationale unique. Une loi électorale du 11 avril 2003 ayant ensuite créé huit grandes circonscriptions régionales (ou euro-régions) en France, afin de régionaliser le scrutin de liste, il avait été espéré que cela puisse rapprocher les élus de leurs électeurs, et contribuer ainsi à une hausse de la participation. Le nouveau régime électoral étant entré en vigueur pour les élections de juin 2004, on ne peut que constater aujourd'hui que l'effet escompté n'a pas eu lieu, les électeurs continuant vraisemblablement notamment à ne pas percevoir clairement le lien entre leur vote et la politique européenne, ce qui est compréhensible. Il faut dire, encore une fois, qu'en dépit de tout ce qui a été fait jusqu'ici, l'identité européenne reste à construire et que, de façon générale, l'Union Européenne apparait, aujourd'hui plus que jamais, comme quelque-chose de très complexe, de très lointain, voire presque d'étranger, à de nombreux citoyens de l'Union qui, de fait, ne se sentent pas particulièrement Européens, ce qui peut expliquer en partie le désintérêt de ces citoyens pour les scrutins européens. Le fait est, pourtant, que procéder, en France, à l'élection de 72 représentants au Parlement européen n'est pas anodin quand on sait que cette institution est appelé à prendre de plus en plus de pouvoir au sein de l'Union Européenne. Seulement voila : comme d'habitude, les politiciens ne peuvent pas s'empêcher de considérer les élections européennes comme des élections intermédiaires, ce qui ne peut qu'aboutir à la nationalisation du scrutin, enjeux et débat étant dès lors tout entiers limités à des considérations de politique nationale rendant la campagne et le scrutin plus ou moins illisibles. Cela avait commencé dès les premières élections européennes de 1979, qui s'étaient plus ou moins résumées à un affrontement Giscard/Chirac, et cela s'est poursuivi par la suite jusqu'à nos jours. On peut ajouter à cela la tendance récurrente des dirigeants politiques à considérer ces élections européennes comme un scrutin de seconde zone, à l'occasion duquel on peut constituer des listes selon son bon plaisir et donc attribuer des places éligibles dans un système qui est proportionnel. Ainsi, par exemple, les élections européennes ont souvent été, et sont encore aujourd'hui, un moyen commode pour les partis politiques de se débarasser des personnalités que l'on ne souhaite plus voir sur la scène politique nationale : le cas de Rachida Dati, qui après avoir été une calamiteuse ministre de la Justice au sein du gouvernement sarkozyste de Fillon, a été plus ou moins obligée de choisir de s'exiler au Parlement européen - alors qu'elle n'a aucune compétence en matière européenne, et qu'elle ne nourrissait jusqu'ici aucun intérêt personnel pour la question européenne - est, encore cette année, tout-à-fait caractéristique de cette dérive...


Ajoutons enfin également à cela le fait que la plupart des politiciens, sachant qu'un débat sur les enjeux européens est toujours très risqué (notamment depuis le référendum sur le Traité constitutionnel européen en 2005), n'ont pas présenté de positions particulièrement nettes sur l'Europe, préférant souvent parler d'autre chose, et que la campagne électorale, insipide, n'a fait irruption dans l'actualité, fort laborieusement, que dans la semaine précédent le scrutin.
Dans un tel contexte d'apesanteur politique, il n'y a donc pas lieu de s'étonner que de nombreux électeurs aient choisi de bouder les urnes le 7 juin dernier...

Deuxième point : le bilan européen de ces élections. Il peut se résumer ainsi : dans la plupart des pays de l'Union Européenne, les partis de droite ont remporté une victoire sans appel sur les socialistes et sociaux-démocrates lors de ces élections européennes, à l'issue d'un scrutin marqué, de façon générale, par un nouveau record d'abstention... Les conservateurs du Parti populaire européen restent donc ce qu'ils étaient jusqu'ici, à savoir la principale force politique du Parlement européen.


La gauche européenne, qui pouvait pourtant espérer rebondir avec la montée du chômage et les critiques contre le système capitaliste qu'a suscitées la crise financière et économique depuis l'été dernier, aura
connu un revers cinglant lors de ce scrutin étalé sur plusieurs jours, entre le 4 et le 7 juin selon les pays...La progression de l'individualisme et l'effacement du sentiment collectif sur le plan social expliquent peut-être l'échec général de la gauche de gouvernement européenne, échec qui permets du reste de relativiser, à l'échelle européenne, la défaite des socialistes français, puisqu'ils sont loin d'être les seuls membres du PSE à avoir subi un revers en Europe à l'occasion du scrutin... Peut-être que les sociétés occidentales, et notamment européennes, sont-elles donc en train de devenir trop individualistes pour que la gauche social-démocrate soit capable de convaincre politiquement dans un tel contexte... C'est une explication possible, parmi d'autres...
Autre constation : la relative montée en puissance des partis extrémistes anti-européens semble être aussi l'autre fait marquant des élections au Parlement européen, les Pays-Bas ayant donné le ton dès le 5 juin, avec le parti d'extrême droite islamophobe (PVV) du député néerlandais Geert Wilders qui a obtenu 17% des voix, devenant la deuxième formation politique du pays. Dans plusieurs autres pays de l'Union Européenne, les partis protestataires, populistes et anti-européens ont obtenus de bons résultats, notamment en Grande-Bretagne, en Italie, en Autriche, en Hongrie, en Slovaquie et en Roumanie.


Pour l'anecdote, on notera qu'en Italie, où le chef du gouvernement de droite, le détestable Silvio Berlusconi, était lui-même tête de liste de son parti aux élections européennes, la campagne a été médiatiquement dominée par ce qu'il faut bien appeler une affaire de "cul", comme dirait Roselyne Bachelot... Cette affaire a éclaté début mai, après la participation de Berlusconi (âgé de 72 ans) à l'anniversaire des 18 ans d'une jolie blonde napolitaine, Noemi Letizia, avec laquelle il est soupçonné d'avoir eu une relation, ce qu'il nie formellement. Ledit Berlusconi a toujours affirmé qu'il connaissait la jeune fille, qui l'appelle "papounet", par l'intermédiaire de ses parents avec lesquels il dit être ami depuis des années, mais cela n'a pas empêché l'opposition de gauche de réclamer des explications au chef du gouvernement italien, tandis que l'épouse de ce dernier, Veronica Berlusconi, faisait savoir qu'elle demandait le divorce. L'opinion publique italienne semble s'être beaucoup plus passionnée pour ce petit scandale que pour les élections européennes, l'image de Noemi Letizia n'ayant pas manqué d'être promptement exhibée par les médias de masse, au point d'apparaître partout, que ce soit sur Internet, à la télévision, ou dans les journaux et les magazines...


Comme quoi, en complément de ce qui a déjà été évoqué dans mes précédents articles des 10 mai et 5 juin derniers, on peut constater qu'il n'y a pas qu'en France que les femmes déshabillées et les histoires de sexe occupent le devant de la scène médiatique en période électorale... ;o)
Sur le plan politique, on ne saurait dire si l'affaire Noemi Letizia a finalement beaucoup fragilisé le candidat Berlusconi en campagne... Toujours est-il que son Parti du peuple de la liberté (PDL) a obtenu 35% des voix aux élections européennes du 7 juin, loin de l'objectif des plus de 40% de suffrages que Berlusconi s'était fixé, tandis que son allié populiste et xénophobe, la Ligue du Nord, affiche pour sa part un résultat à deux chiffres, à plus de 10 %, ce qui en fait un des grands gagnants du scrutin. La participation au scrutin en Italie ayant enregistré une forte baisse avec 66,5% contre 73% en 2004, doit-on en déduire que les révélations sur la vie privée de Berlusconi ont dissuadé une partie de l'électorat catholique de se rendre aux urnes ? Ce serait amusant... ;-)

Troisième point : la victoire de la droite sarkozyste en France, même si elle apparaît comme étant plus importante que prévu, n'en est pas vraiment une... Comme l'a fait remarquer Erik Emptaz en une du Canard Enchaîné paru hier, 10 juin, "compte-tenu de l'abstention, le score de l'UMP ne donne pas [...] de quoi pavoiser : 27,9 % rapportés à l'ensemble du corps électoral ne feraient que 11 % et des poussières." Qu'ils étaient contents, pourtant, tous ces détestables sarkozystes en train de triompher devant les caméras de télévision le soir du scrutin ! Et pourtant, il n'y avait pas vraiment de quoi ! Au royaume des aveugles, les borgnes sont les rois... Avec un tel taux d'absentation, que vaut cette victoire sarkozyste, fut-elle très nette sur le papier ? Pas grand-chose, du moins en ce qui concerne la crédibilité de cette droite qui, une fois de plus, a su écraser ses concurrents d'extrême-droite grâce aux mêmes discours démagogiques adressés à l'électorat de Le Pen et de De Villiers qu'en 2007. Sarkozy peut se réjouir tout en affectant publiquement de ne pas céder au triomphalisme, sa politique n'en reste pas moins aussi mauvaise qu'impopulaire. Une fois de plus, Sarkozy de Nagy-Bocsa a réussi son pari : se maintenir sur le trône tel à un roi borgne règnant sur des aveugles. Mais cela ne change rien à la nullité de la politique qu'il fait exécuter par celui qui lui sert de Premier ministre, François Fillon, et par tous les autres sous-fifres constituant l'actuel gouvernement...


Quand aux prétentions de Sarkozy de, désormais, vouloir mener à bien de nouvelles "réformes" présentées comme "positives" pour les Français, à
gauche, cela ne devrait tromper personne. Mais, pour le moment, rien ne peut arrêter l'actuel chef de l'Etat dans sa course vers toujours plus de médiocrité politique. Lundi dernier, au lendemain du scrutin du 7 juin, il a donc détaillé, devant des visiteurs à l'Elysée, son "offensive programmée", pour reprendre l'expression du Canard Enchaîné de cette semaine, qui rapporte ces propos de Sarkozy :

"Naturellement, la situation économique est difficile, mais les résultats des européennes nous donnent de l'air et des marges de manoeuvre. On va donc poursuivre l'offensive sur trois axes. Un, la réforme. Deux, l'ouverture. C'est le moment de décoller les radicaux de gauche du PS. [...] [Trois,] excusez-moi de le dire, [...] mais il faut continuer à affirmer une forte présence du Président, car les Français apprécient une action volontariste."

(Nicolas Sarkozy, devant des visiteurs, le 8 juin 2009, cité in Le Canard Enchaîné N°4624, 10 juin 2009)

Commentaire du Canard concernant le dernier axe : "Encore plus de Sarko ? Pitié !" Et c'est vrai qu'en matière de gesticulations médiatiques sans fin de la part de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, l'overdose est là depuis longtemps... Comment nous délivrer de ce cauchemar ? Comment en sortir ? Une chose est sûre : si l'on veut se donner les moyens de tourner la page de la sinistre farce du sarkozysme au pouvoir, il va falloir faire preuve de patience... car la route est encore longue...


Quatrième point : les élections européennes de 2009 représentent une importante défaite pour le Parti Socialiste. Alors que, durant la campagne, les sondages situaient le PS entre 19 et 22%, le résultat (16,48 % des voix) se révèle être le plus mauvais pour le PS depuis les élections européennes de 1994 (14,49 % pour Michel Rocard). La campagne du parti n'a pas été convaincante, c'est le moins que l'on puisse dire ! Pourtant, n'en déplaisent à certains, les socialistes avaient un programme : le "Manifesto", programme commun à tous les socialistes européens, adopté et signé par les 27 partis socialistes et socio-démocrates de l'Union Européenne. Il est évident que ce programme n'a pas été suffisemment mis en avant pour améliorer la crédibilité des socialistes français, crédibilité mise à mal depuis bien longtemps, en dépit des victoires locales des socialistes lors des élections municipales de mars 2008. Après avoir commencé la campagne en se concentrant surtout sur Sarkozy et sa mauvaise politique, les socialistes ont sagement changé de stratégie pour essayer de se concentrer davantage sur leurs propositions sociales et sur la question européenne, mais ce changement stratégique a sans doute été trop tardif, et il est évident que, de façon générale, le PS, après les déchirements internes qu'il a connu à l'occasion du Congrès de Reims, n'était pas, depuis le début, dans une situation suffisemment forte pour réussir à mener une bonne campagne électorale.


La réunion publique de campagne des socialistes organisée à Rezé, près de Nantes, le 27 mai dernier, réunion au cours de laquelle Martine Aubry et Ségolène Royal ont affiché publiquement leur réconciliation, fut-elle de façade, n'aura assurément pas suffit à faire oublier combien les divisions, essentiellement basées sur des querelles de personnes, sont loin d'avoir disparues au PS, qui reste un parti paralysé par de ridicules rivalités internes. Plus de deux ans après l'élection présidentielle française de 2007, le PS reste un parti inaudible et sans crédibilité pour incarner l'alternance, ce qui est d'autant plus grave que ce parti reste, qu'on le veuille ou non, à gauche, le principal parti d'opposition, ce qui met les socialistes, aujourd'hui plus que jamais, devant une responsabilité historique pour l'avenir...
Cela étant dit, au delà de la situation dramatique dans laquelle se trouve actuellement le PS, c'est l'ensemble de la gauche qui se trouve aujourd'hui enlisée dans les difficultés... A trois ans de la prochaine élection présidentielle, il est évident que, comme l'a dit Mélenchon sur France 2 le soir du scrutin, "la gauche est dans le trou", et que les socialistes ont une large de responsabilité dans la défaite du 7 juin dernier. Mais si Mélenchon - qui, de l'héritage sectaire de ses jeunes années trotskistes a gardé un penchant immodéré pour le dogmatisme - est toujours le premier à engueuler les socialistes et à leur donner des leçons et prétendant incarner la "vraie gauche" avec ses amis communistes et ex-socialistes du Front de Gauche, ce n'est pas lui - Mélenchon - qui ira crier sur tous les toits que son Front de Gauche n'a pas obtenu les résultats qu'il espérait aux élections européennes : Mélenchon rêvait d'un score à deux chiffres pour ledit Front de Gauche pour pouvoir enquiquiner le PS et écraser le MoDem, mais à l'arrivée, en ce qui concerne le pourcentage de suffrages, même le MoDem avec son très mauvais score, et même le Front National de Le Pen, sont devant le Front de Gauche (même si ce dernier rafle un député de plus que le FN grâce au scrutin proportionnel par euro-régions) !


Le seul titre de "gloire" du Front de Gauche de Mélenchon aura été de faire "mieux" (tout est relatif) que le NPA de Besancenot et Krivine, lequel NPA s'étant révélé, dans cette campagne européenne, finalement guère plus audible que le PS... Assurément, personne à gauche - absolument personne, j'insiste là-dessus ! - n'est bien placé pour donner des leçons aux autres. J'en ai ras le bol du discours de ces gens qui se raccrochent désespérement à leurs petites certitudes concernant ce qui est censé incarner la "vraie gauche". Quand certains auront fini de hurler sans convaincre qu'ils sont "la vraie gauche", on pourra peut-être enfin passer à autre chose et constater que le problème n'est pas de savoir qui est vraiment de gauche ou qui ne l'est pas - d'autant plus que rien n'autorise un Mélenchon ou un Besancenot à décréter qui est de gauche et qui ne l'est pas, car il n'y a heureusement jamais eu de Tables de la Loi gravant dans le marbre une définition définitive (et donc doctrinaire) de ce qu'est la gauche -, mais de savoir si on veut se donner les moyens, sans état d'âme, de convaincre une majorité d'électeurs qu'un rassemblement alternatif, essentiellement constitué du plus possible de personnes de diverses sensibilités de gauche, est crédible face à la droite sarkozyste.
Ainsi, il ne faut pas se voiler la face et reconnaître que la responsabilité de la défaite face à la droite sarkozyste est largement collective, même si le PS est évidemment en première ligne à l'heure du bilan, et que les socialistes sont en grande partie responsables de la très mauvaise situation dans laquelle se trouve la gauche aujourd'hui. Les faits sont là : nous sommes actuellement dans une situation où l'opposition à la droite sarkozyste est majoritaire dans le pays mais extrêmement divisée. Sans rassemblement des forces de gauche, avec des concessions faites par les uns et par les autres, on ne s'en sortira jamais... Le PS, pour sa part, aujourd'hui encore, paye le prix de ses divisions internes, de son absence d'ouverture vers l'extérieur, de son organisation paralysée par le carriérisme et la cooptation entretenus par d'éternels petits arrangements conclus entre grands pontes du parti. Si les socialistes veulent que les choses changent, il va falloir que le PS se mette vraiment au travail pour réellement changer, et pour oeuvrer, dès maintenant, et comme toutes les forces de gauche, à un rassemblement de tous les progressistes opposés à la droite sarkozyste sur un projet crédible. Le danger est là, plus que jamais : si un changement n'intervient pas très rapidement au PS, la gauche de gouvernement ira droit dans le mur en 2012, et on sera obligé de supporter le sarkozysme au pouvoir pendant cinq ans de plus ! Si les électeurs ont envoyés un message, c'est sans doute celui-ci : on ne désespère pas complètement de la politique, mais on veut du fond, et pas des postures ! Le résultat d'Europe Ecologie est assez exemplaire à ce propos...


Cinquième point : Europe Ecologie, avec environ 16,2 % des suffrages, est largement devant le MoDem et talonne le PS sur le plan national, le dépassant même dans plusieurs grandes circonscriptions européennes françaises... Le succès de ce rassemblement écologiste n'est pas très surprenant : parti très tôt dans la course électorale, c'est la seule formation présentant des listes aux élections a avoir fait vraiment campagne sur l'Europe, et beaucoup d'électeurs ayant pris la peine de se déplacer ont vraisemblablement été sensibles à cela, même si Europe Ecologie est un rassemblement essentiellement spécialisé sur les questions environnementales. Du reste, bien qu'étant assez agacé, depuis quelque temps, par le monde "merveilleux"  de "commerciaux écolos" que nous vantent sans cesse les médias de masse relayés par des gouvernants opportunistes, sur fond de phénomène de mode en faveur d'une cause environnementale devenue aujourd'hui presque obligatoire, je dois avouer que pour ma part, si je n'étais pas adhérent du PS et donc tenu de faire preuve d'un minimum d'honnêteté et de cohérence en votant pour la liste socialiste de ma circonscription - celle du Sud-Ouest -, j'aurai très bien pu voter pour la liste d'Europe Ecologie, vu qu'il m'est déjà arrivé de voter écologiste par le passé. J'avoue, du reste, ne pas être mécontent, en tant que citoyen, du score d'Europe Ecologie, les membres de ce rassemblement me paraissant bien plus crédibles et intéressants que les autres formations engagées dans la campagne européenne de cette année. Dans la perspective de la construction d'une alternative crédible face à la droite sarkozyste, je préfère un parti écologiste fort mais soucieux de tendre la main aux autres partis sans arrière-pensée et sans ignorer les clivages, plutôt qu'un Bayrou obsédé par sa seule ambition personnelle et voulant faire croire que le clivage gauche/droite n'existe pas. A l'issue de ces élections européennes, sur le plan national, et au moins sur le papier, les Verts, qui sont le parti pivot en France du rassemblement Europe Ecologie, apparaissent ainsi comme étant la troisième force politique du pays derrière l'UMP et le PS. Vis-à-vis du peuple de gauche, le succès du rassemblement Europe Ecologie de Daniel Cohn-Bendit montre que les obsessions de certains - notamment de Mélenchon et de Besancenot - pour des questions de sexe des anges à gauche n'intéressent pas particulièrement une majorité d'électeurs. Ce succès d'Europe Ecologie montre qu'une campagne avec un programme de fond et un rassemblement paye : cela peut éventuellement constituer une opportunité pour la gauche de gouvernement dans son ensemble de se reconstruire sur un vrai projet avec du fond (et notamment en matière de politique environnementale, même si l'écologisme ne doit évidement pas être un dogme dominant le projet). Il y a, malgré tout, en effet, en dépit de la défaite globale de la gauche française aux élections européennes, une possible fenêtre de tir, un éventuel espoir (peut-être illusoire ?) de sortie du trou pour la gauche, car Europe Ecologie, bien qu'étant un rassemblement écologiste transpartisan (et en partie apolitique) réunissant Daniel Cohn-Bendit, José Bové, les Verts, et des proches de Nicolas Hulot, n'est pas un rassemblement favorable à la droite sarkozyste et à la droite européenne conservatrice majoritaire au Parlement européen. Nathalie Kosciusko-Morizet (ancienne secrétaire d'Etat à l'Environnement et actuelle secrétaire nationale adjointe de l'UMP) a eu beau déclarer, à la radio France Info le soir du scrutin, que les Français se sont prononcés en faveur de la politique volontariste de l'actuel gouvernement sarkozyste, lequel ayant notamment organisé le Grenelle de l'Environnement, les faits sont là : si les électeurs ayant votés pour Europe Ecologie étaient vraiment convaincus par la politique de Sarkozy, y compris en matière d'environnement, ils n'auraient sans doute pas voté pour un rassemblement réunissant les Verts et des altermondialistes tels que José Bové (lequel a soutenu Ségolène Royal au deuxième tour de l'élection présidentielle de 2007) ! Voir Nicolas Sarkozy se poser opportunément en champion de l'environnement comme il l'a fait avant-hier, mardi 9 juin, à l'occasion d'une visite présidentielle à l'Institut national de l'énergie solaire au Bourgt-du-Lac, en Savoie, est évidemment pathétique, de ce point de vue. Qui Sarkozy croit-il convaincre, sinon les naïfs assez stupides pour croire à ses boniments lorsqu'il parle des énergies renouvelables ou de tout autre sujet ?


A l'occasion de la première réunion publique de campagne d'Europe Ecologie, le 8 avril dernier à Toulouse, Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts, a défendu ardemment "la campagne de propositions" d'Europe Ecologie tout en précisant que "cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas taper sur Sarkozy". Elle s'en est pris également au NPA qui "critique tout" et refuse "de mettre les mains dans le cambouis", au Front de Gauche du PCF et de Mélenchon "qui dit qu'on est de droite", et au MoDem : "ils ont zéro programme". Mais dans la perspective de l'élection présidentielle de 2012, elle a semblé épargner le PS. Quant à Cohn-Bendit, dès le lendemain du scrution du 7 juin, il a annoncé que les Verts européens négociaient déjà avec les socialistes européens "pour essayer de faire une majorité" au Parlement de Strasbourg afin d'empêcher l'actuel président conservateur de la Commission européenne José Manuel Barroso d'être maintenu à son poste. En ce qui concerne la vie politique française, Cohn-Bendit n'exclue pas des alliances avec le PS, et écarte l'idée d'une "ouverture" sarkozyste vers les écologistes lors du remaniement ministériel attendu : "Je suis absolument sûr qu'il [Sarkozy] ne proposera rien aux gens d'Europe Ecologie", a-t-il notamment déclaré dans un entretien publié dans le journal Libération du 9 juin.


Si les écologistes d'Europe Ecologie veulent participer à une alternative à la droite sarkozyste en France - et il n'y a pas de raison aujourd'hui de penser qu'ils ne le veuillent pas, puisque les Verts sont des alliés traditionnels des socialistes, et que José Bové a, de son côté, insisté sur la nécessité de ne pas dissocier dimension environnementale et dimension sociale dans le cadre d'un projet politique -, le PS ne peut que s'entendre avec eux, dans le cadre d'un rassemblement de la gauche de gouvernement ouvert sur l'extérieur, avec un projet commun où, d'une part, les questions environnementales devront évidemment avoir une place - pas toute la place, bien évidemment, mais une place significative, parce que le sujet de l'environnement est devenu essentiel et qu'il le mérite, bien entendu, et aussi, de façon plus prosaïque, parce que les électeurs le veulent et qu'il y a, à l'évidence, une demande des citoyens sur ce thème - et où, d'autre part, les considérations strictement dogmatiques n'auront pas leur place, n'en déplaisent à ceux qui, du côté du Front de gauche et du NPA, aiment donner des leçons doctrinaires aux autres en matière de "vraie gauche" alors qu'ils ne sont pas plus crédibles que les autres, non seulement face à la droite, mais aussi en matière de rupture avec le capitalisme et ses insupportables excès. Reste à savoir, cependant, comment les choses vont évoluer dans les mois et les années qui viennent, car la possibilité que la forte progression du vote écologiste ait un caractère tout-à-fait ponctuel ne peut évidemment pas être exclu...


Sixième point : Bayrou s'est complètement planté, et c'est bien fait pour lui ! Il paye, de façon très claire, sa stratégie basée sur un anti-sarkozysme primaire et dictée par sa seule ambition personnelle. Il a, du reste, pris un risque insensé en misant sur une campagne démagogique totalement dépourvue de programme. Il a tout sacrifié, y compris l'héritage de sa famille politique d'origine, à savoir le centre-droit démocrate-chrétien (historiquement très engagé sur la question européenne), à sa conviction ridicule d'avoir un "destin" présidentiel national que Dieu lui-même lui aurait promis... C'est pathétique, bien entendu, et l'échec de Bayrou n'en est que plus évident lorsque l'on songe à cela. La défaite de Bayrou est assurément méritée ! Mais j'ai déjà tout dit ce que je pensais de l'escroc Bayrou, notamment dans mon précédent article, et il est inutile d'y revenir ici. Je me contenterai de noter ici qu'il m'a toujours semblé que le MoDem jouait sa crédibilité lors de ces élections européennes et que s'il ne remportait pas de succès électoral lors de ce scrutin, cela en serait fini de lui. Ce mouvement, qui paraissait neuf en 2007, est devenu très vite un parti politique très ordinaire et uniquement axé autour du candidat Bayrou, ce qui lui coûte fort cher aujourd'hui. Compte tenu de ce dont est capable Bayrou pour satisfaire son ambition personnelle, comme on l'a vu encore récemment à la télévision en fin de campagne électorale, on ne se plaindra pas de cette situation, car Bayrou n'a que ce qu'il mérite. De fait, même s'il ne faut jamais enterrer trop vite les politiciens lorsqu'ils connaissent des échecs, et même s'il n'est donc pas du tout impossible que Bayrou conserve une capacité personnelle de nuisance à l'avenir, tant il est ambitieux, il me semble néanmoins que l'avenir politique du MoDem est aujourd'hui bien compromis. C'est sans doute dommage pour ceux qui ont voulu y croire jusqu'au bout, mais c'est ainsi. En ce qui me concerne, je n'ai aucun d'état d'âme, et la seule chose que je regrette, au fond, c'est de m'être égaré au MoDem pendant quelques mois, entre mai 2007 et mars 2008, avant d'adhérer au PS : je suis d'abord, politiquement, un homme de gauche, même si je souhaite du changement dans la vie politique française. Je me souviens cependant, bien que cela me paraisse bien lointain aujourd'hui, du bout de chemin politique que j'avais fait avec Quitterie Delmas, ancienne égérie de la blogosphère démocrate, devenue délégué nationale du MoDem lors du Congrès fondateur de ce parti en décembre 2007. Il se trouve qu'en février dernier, Quitterie a renoncé à être candidate à la candidature aux élections européennes pour le MoDem. Sur son blog, le 7 février dernier, elle a également annoncée qu'elle prenait désormais ses distances avec le MoDem (au nom duquel elle ne s'exprime plus désormais) et avec le système des partis politiques en général, pour mieux se consacrer notamment à son activité de responsable du développement durable dans une agence de communication sur Internet. De son propre aveu, elle a eu peur de se perdre, peur d'avoir à mentir en s'engageant plus loin dans le système politique qui est le notre, et je ne peux que la comprendre. Ainsi que je le lui avait écris à l'époque, il vaut mieux rester soi-même et agir autrement plutôt que de vendre son âme pour une médaille en chocolat. C'est le choix que j'ai fait, à ma façon, en ne m'engageant en politique que d'une manière très personnelle. C'est le choix qu'elle a aussi fait, à sa façon, en refusant de plonger définitivement dans le marais des magouilles sans fin propres aux partis politiques ordinaires. Et c'est très bien ainsi. Je suppose néanmoins qu'elle n'est sans doute pas mécontente du succès d'Europe Ecologie, qui est sans doute en partie révélateur d'un changement dans la vie politique tel qu'elle le souhaite, tout comme moi, même si je reste, pour ma part, en définitive, très prudent sur la signification réelle des résultats de ces élections européennes...

Septième point : concernant précisément les élections européennes, il ne faut jamais oublier le fait que ce ne sont QUE des élections européennes. Toutes les considérations faites plus haut, dans les points précédents, doivent être appréhendées à l'aune de ce fait. Il faut en effet relativiser la portée de ces élections européennes de part la nature même du scrutin. Les européennes sont des élections toujours singulières, particulières, qui constituent presque une parenthèse dans la vie politique française...


Qui se souvient du succès, aux élections européennes de 1994, de la liste radicale menée par Bernard Tapie, alors tête de liste du Mouvement des Radicaux de Gauche (MRG, devenu plus tard l'actuel PRG [Parti Radical de Gauche]) ? Avec la bénédiction tacite du président socialiste François Mitterrand, qui en avait fait son ministre de la Ville dans le gouvernement Bérégovoy en 1992, Tapie avait mené une campagne enthousiaste en faveur d'une Europe fédérale et sociale, tout en étant condamné par la classe politique établie (à droite comme à gauche) et par l'élite intellectuelle du pays, tous dénonçant la démagogie et le populisme dudit Tapie ce qui avait eu précisément pour conséquence d'entretenir sa popularité. Le 12 juin 1994, jour du scrutin, la liste socialiste menée par Michel Rocard, grand adversaire de Mitterrand au sein du PS, avait connu une défaite historique, avec seulement 14,49 % des voix, face à la liste de droite RPR/UDF (menée par Dominique Baudis) victorieuse avec 25,58 % des suffrages, tandis que la liste radicale de Tapie arrivait en quatrième position, en ayant recueilli un peu plus de 12% des voix, juste derrière une liste de droite dissidente menée par Philippe de Villiers (12,34 %), et devant la liste du FN de Le Pen (10,52 % des voix). On pouvait croire, à l'époque, à la possibilité d'un changement significatif des repères au sein de l'échiquier politique français... mais il n'en a finalement rien été. L'aventure radicale de 1994 s'est évanouie dans les mois qui ont suivi, parce que les caciques du MRG ont refusé de renoncer à leur rente de situation en tant que cadres dirigeants d'un petit parti radical satellite du PS, et surtout parce que Bernard Tapie s'est rapidement retrouvé plongé dans les ennuis judiciaires que l'on sait, se retrouvant ainsi empêché de s'engager dans la course à l'Elysée de 1995, course finalement gagnée, face à l'austère Jospin, par un démagogue nettement plus conventionnel, fut-il de droite : Jacques Chirac...


Qui se souvient, dans le même registre, du succès, aux élections européennes de 1999, de la liste de droite souverainiste menée par Charles Pasqua allié à Philippe de Villiers ? Il y a dix ans, Pasqua avait quitté le RPR, et s'était en effet associé à Philippe de Villiers au sein d'un nouveau parti, le Rassemblement Pour la France (RPF), pour présenter une liste de droite concurrente face à celle du RPR mené par Nicolas Sarkozy allié au défunt parti Démocratie Libérale d'Alain Madelin. Le 13 juin 1999, jour du scrutin, la liste RPR/DL de Sarkozy et Madelin subissait une sévère défaite, en arrivant en troisième position avec seulement 12,82 % des suffrages, derrière celle de Charles Pasqua et Philippe de Villiers, arrivée deuxième avec un peu plus de 13% des suffrages, derrière la liste socialiste victorieuse menée par François Hollande (21,95 % des voix). Le succès de Pasqua aux européennes est-il resté sans lendemain, comme celui de Tapie ? Oui, sans aucun doute. Dès l'année suivante, Philippe de Villiers rompait l'alliance avec Pasqua, pour ne pas paraître impliqué dans les magouilles faites par ce dernier pour financer la campagne électorale, faisant ainsi éclater le RPF, et en 2002, ledit Pasqua, un temps pressenti pour être candidat à l'Elysée, se voyait contraint de laisser finalement le champ libre à Jacques Chirac, lequel fut finalement facilement réélu à la plus haute charge de l'Etat, face à un Jean-Marie Le Pen inopinément qualifié pour le second tour de l'élection présidentielle... alors que le Front National n'avait obtenu qu'un très piètre résultat aux élections européennes de 1999 (5,69 % des voix). Quant à Nicolas Sarkozy, on pouvait ne pas donner cher de sa peau au lendemain du scrutin européen de 1999... et on peut maintenant constater aisément quelle est la position qu'il occupe dix ans plus tard au sein du paysage politique français...

Dès lors, sachant tout cela, quelle véritable signification peut bien apporter le résultats des élections européennes de cette année dans la perspective des échéances électorales régionales et nationales de 2010 et 2012 ? La prudence
d'impose, et les prédictions faites par les commentateurs de toute nature sont même à considérer avec méfiance... N'en déplaisent à certains, le PS n'est pas mort, et il est idiot de le prétendre, même après la défaite électorale des socialistes de dimanche dernier. Bayrou et Besancenot n'ont, hélas, sans doute pas dit leur dernier mot, et Cohn-Bendit, de son côté, ne constitue pas davantage aujourd'hui qu'hier un danger direct pour Sarkozy, dans la mesure où le chef de file d'Europe Ecologie ne sera jamais candidat à l'élection présidentielle française. Du reste, qui sait si les Verts seront capables de remporter un succès aussi important que celui de dimanche dernier aux prochaines élections à venir ? Soyons honnêtes : personne n'en sait rien. Qui sait si une bonne part des électeurs ayant voté pour Europe Ecologie n'étaient pas, avant tout, pour une part, de simples électeurs du PS déçus par les socialistes, et d'autre part, des électeurs sans réelles convictions politiques (ils sont plus nombreux qu'on ne le croit) ayant voulu "voter écolo" parce que la cause environnementale est devenu à la mode au point de faire l'objet d'un véritable conditionnement sociétal (assez inquiétant par certains aspects) ? Il parait que la diffusion du film documentaire écologiste Home de Yann Arthus-Bertrand le vendredi avant le scrutin, à la fois sur France 2 et sur Internet, aurait contribué au succès d'Europe Ecologie, Arthus-Bertrand ayant lui-même estimé mardi dernier sur France Info que la diffusion de son film avait "certainement favorisé" le succès des listes du rassemblement emmené par Cohn-Bendit. Il vaudrait mieux que tout cela soit très exagéré, ne serait-ce que pour la crédibilité du vote écologiste, au-delà des habituelles tyrannies de l'urgence et des apparences auxquelles personne n'échappe... Bien entendu, mine de rien, l'écologie est un thème relativement neuf et porteur sur le scène politique nationale : peut-être cela laisse-t-il augurer une progression de l'audience de ce thème à l'avenir, ce qui permettrait de faire du succès d'Europe Ecologie aux élections européennes autre chose qu'une victoire sans lendemain... Cependant, l'expérience du passé incite forcément à la prudence, tant les suffrages récoltés aux européennes peuvent se révéler être bien volatils... Cohn-Bendit a rappelé lui-même sur France 2, le soir du scrutin, que personne n'était propriétaire des voix des électeurs... So wait and see...


Conclusion : les difficultés sont là, mais tout espoir n'est pas perdu pour la gauche. Dix ans de sarkozysme, suite à une éventuelle réélection de Sarkozy à la plus haute charge de l'Etat en 2012 : cela n'a rien d'une fatalité ! D'ici trois ans, il peut se passer bien des choses... Les élections européennes de 2009 représentent assurément un échec pour les socialistes, mais cela n'hypothèque en rien l'avenir, en dépit de toutes les bêtises que peuvent raconter les journalistes et les commentateurs au discours péremptoire qui se croient plus malins que les autres... Le fait est que la majorité du pays n'est pas favorable à la politique de la droite sarkozyste au pouvoir. Les électeurs souhaitant avoir autre chose que cette droite sarkozyste à la tête du pays existent, et ils sont nombreux... sans parler des abstentionnistes. Le problème est qu'il y a donc a priori une demande citoyenne, mais pas d'offre politique crédible correspondante pour le moment. Le PS n'est pas mort. La gauche n'a pas perdu son statut d'alternative. Mais s'il on veut que la gauche gagne les prochaines élections, il va falloir changer, en profondeur, méthodes et idées. Il va falloir s'ouvrir vers l'extérieur, sortir des préoccupations de carrières personnelles et des certitudes dogmatiques. Il va falloir proposer autre chose que ce qui a été proposé jusqu'ici, avec une vision globale vis-à-vis du monde comme il va. Il va falloir construire un nouveau projet collectif, au service d'un rassemblement d'abord à gauche puis élargi à tous les progressistes. Il va falloir édifier patiemment et consciencieusement une alternative construite sur des bases solides, sur des valeurs fortes, sur des propositions alliant liberté et justice sociale, sur une véritable volonté de changer la donne face à un sarkozysme dont il faudra clairement se différencier, pour mieux le combattre, en étant plus convaincant que lui aux yeux du plus grand nombre. La fin du cauchemar en 2012 est à ce prix.

Cordialement,

Hyarion.

(Illustrations : Vue réalisée le 13 août 2008 sur la salle plénière du Parlement européen de Strasbourg après l'effondrement d'un faux plafond le 7 août, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Frederick Florin ; Résultats en France des principales listes en pourcentage aux élections européennes de 2009, ©AFP/Infographie ; La tête de liste pour l'Île-de-France du rassemblement Europe-Ecologie Daniel Cohn-Bendit, le 8 avril 2009 à Toulouse, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Pascal Pavani ; Nicolas Sarkozy et son épouse Carla Bruni-Sarkozy votant à Paris, le 7 juin 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©Philippe Wojazer/AFP ; Michel Barnier [à droite], Rachida Dati [au centre] et Jean-Marie Cavada à Paris, le 7 juin 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©Boris Horvat/AFP ; Le dirigeant écologiste Daniel Cohn-Bendit, le 7 juin 2009, à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©Thomas Samson/AFP ; La première secrétaire du PS Martine Aubry, le 7 juin 2009 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©Stéphane de Sakutin AFP ; L'abstention en France lors des élections européennes de 1979 à 2009, ©AFP/Infographie ; Rachida Dati le 19 mai 2009 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Jacques Demarthon ; Composition du nouveau Parlement européen après les élections européennes de 2009, ©AFP/Infographie ; Le Premier ministre italien Silvio Berlusconi dans un bureau de vote à Milan, le 7 juin 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©Giuseppe Cacace/AFP ; Un homme regardant un magazine italien publiant des photos de Noemi Letizia, le 26 mai 2009 à Rome, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Vincenzo Pinto ; Le Premier ministre François Fillon à Ludres, près de Nancy, lors d'un meeting de l'UMP dans le cadre des élections européennes, le 14 mai 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Jean-Christophe Verhaegen ; Martine Aubry, après son discours au siège du PS à Paris, le 7 juin 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©Stéphane de Sakutin/AFP ; Martine Aubry et Ségolène Royal à Rezé près de Nantes pour un meeting commun dans le cadre des élections européennes, le 27 mai 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP ; Le fondateur du Parti de Gauche Jean-Luc Mélenchon participant à un meeting, le 20 mars 2009 à Carmaux, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Pascal Pavani ; Les candidats du rassemblement Europe-Ecologie pour les européennes de juin 2009 [de gauche à droite], José Bové, Eva Joly et Daniel Cohn-Bendit, le 8 avril à Toulouse, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Pascal Pavani ; Nicolas Sarkozy durant sa visite de l'Institut national de l’énergie solaire au Bourgt-du-Lac [Savoie], le 9 juin 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Jacques Brinon ; De gauche à droite: l'ex-juge et future candidate des Verts aux élections européennes Eva Joly, le député européen Daniel Cohn-Bendit, la secrétaire nationale des Verts Cécile Duflot et le militant altermondialiste José Bové, le 20 octobre 2008 à Paris, lors de la présentation du rassemblement Europe-Ecologie, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Franck Fife ; Cohn-Bendit et Bayrou sur écran géant lors de l'émission télévisée "A vous de juger" le 4 juin 2009 sur France 2, ©AFP ; Quatre captures vidéo, extraites d'une archive de l'INA, d'un débat télévisé entre Jean-Marie Le Pen et Bernard Tapie sur France 2, le 1er juin 1994, dans le cadre de la campagne électorale pour les élections européennes de 1994, ©INA/France2 ; Charles Pasqua en meeting pour les élections européennes de 1999, le 10 février 1999 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Vanina Lucchesi ; Daniel Cohn-Bendit, le 7 juin 2009 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©Thomas Samson/AFP)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 3 (2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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Vendredi 5 juin 2009
Quel spectacle pathétique... Je voudrais bien essayer de l'ignorer complètement, mais dans la mesure où derrière tout ce grand cirque médiatique tout imprégné d'une odeur d'égoût est censé n'être que la surface de quelque-chose de sérieux, je ne peux pas rester totalement silencieux non plus... Cela dit, paradoxalement, les mots me manquent pour parler... Devant tant de bêtises, la minuscule poussière d'étoile que je suis se sent démuni, incapable de trouver encore en elle la volonté d'essayer de "comprendre" ce qu'elle voit... Tout cela est tellement affligeant, tellement vulgaire, tellement puant ! J'en ai ras le bol de cette traversée des égoûts que les politiciens de ce pays imposent aux citoyens en guise de vie politique... Tout ça parce qu'ils ont peur de se retrouver avec un taux d'absention record aux élections européennes ! Mais à qui la faute ? Aux électeurs, certes, mais aussi bien sûr aux candidats avec leurs programmes sans consistance ! Tout cela est d'une nullité absolue... Que faire pour rendre cela supportable ? Penser à autre chose semble être la seule chose à faire...


Heureusement, pour nous distraire des turpitudes de la vie politique, ces dernières semaines, nous avons eu droit, comme chaque année, au tournoi international de tennis de Roland-Garros, qui se termine dimanche prochain, et un peu avant, au Festival international du film de Cannes, que j'ai brièvement évoqué en post-scriptum de mon précédent article, et à l'occasion duquel, à défaut d'un évènement majeur - y compris en ce qui concerne le palmarès -, on a pu au moins voir, cette année encore, quelques belles actrices défiler sur le tapis rouge devant les photographes, certaines desdites actrices ayant même pris la peine de s'habiller en rouge, couleur à laquelle, on le sait, les hommes sont particulièrement sensibles lorsqu'elle est portée par des femmes, ainsi que l'a révélé une étude déjà évoquée sur le présent blog dans un article du 17 janvier dernier...


Mais tout cela est maintenant fini (ou presque, en ce qui concerne Roland-Garros), et nous revoila confrontés à cette laborieuse campagne pour les élections européennes, commencée bien tardivement et qui n'a, hélas, pas tardé à se présenter comme étant plus médiocre encore que ce que l'on pouvait craindre... Voici qu'elle était la situation la semaine dernière, selon l'AFP, à sept jours du prochain scrutin :

Européennes : à J-7, le PS peine à convaincre, l'UMP parle sécurité


A une semaine des élections européennes, les partis redoutent une abstention massive le 7 juin, l'UMP renouant dans la dernière ligne droite avec le thème de l'insécurité alors que le PS peine à convaincre, concurrencé à la fois par le Front de gauche, Europe Ecologie et le MoDem.

Un événement viendra occulter la fin de campagne : la venue le 6 juin du président américain Barack Obama en Normandie, pour le 65e anniversaire du débarquement, célébration que certains accusent Nicolas Sarkozy de vouloir instrumentaliser à la veille du scrutin.
 
Les électeurs doivent désigner leurs 72 représentants à Strasbourg, répartis dans huit grandes circonscriptions (13 en Ile-de-France et dans le Sud-est, 10 ans le Nord-ouest et le Sud-ouest, 9 dans l'Ouest et l'Est, 5 dans le Massif Central-Centre et 3 en outremer).

Le scrutin est à un tour et les sièges sont répartis à la proportionnelle entre les listes qui obtiennent au minimum 5% des suffrages. Au total, 160 listes sont en compétition, avec un maximum de 27 en Ile-de-France. En 2004, on en comptait 168.

L'offre est diverse : outre les grands partis, on note la présence d'un mouvement de défense de l'espéranto, d'une "union des gens", ou encore de listes régionalistes ou thématiques.

Les instituts de sondages s'attendent à une abstention record. Ipsos et Ifop avancent un taux entre 60% et 65%. Lors des précédentes européennes, en 2004, son taux avait atteint 57,2%.


Ce risque de démobilisation inquiète les partis. Au PS, Martine Aubry a appelé à un "vote efficace". A Rezé (Loire-Atlantique), Ségolène Royal s'est adressée aux "travailleurs frappés de plein fouet" par la crise: "l'Europe sociale a besoin de vous".

L'UMP aussi a intensifié sa campagne. "Il faut décupler l'énergie pour mobiliser", a reconnu le secrétaire général Xavier Bertrand.

Les enquêtes d'opinion traduisent plusieurs constantes, dont le manque d'intérêt de 56% (TNS Sofres) ou 57% (Opinionway) des Français pour ce scrutin.


L'UMP et son allié Nouveau centre occupent la première place avec 26% d'intentions de vote dans les plus récentes enquêtes, mais le parti présidentiel se tasse légèrement, comme le PS, qui se situe autour de 20% (avec un sondage à 19%).

En revanche, la tendance est plutôt à la hausse pour le MoDem (13-14%), dont le président François Bayrou poursuit sa campagne anti-Sarkozy. Europe Ecologie tourne autour de 10-11%.

Le NPA et le Front de gauche sont au coude à coude, à 6-7%, Libertas et le Front national aussi, à 5-6%.

Au fil de la campagne, les thèmes ont évolué chez les deux principales formations. Après avoir vanté le bilan de la récente présidence de l'UE de Nicolas Sarkozy, l'UMP a recentré son discours sur la sécurité, avec en point d'orgue l'intervention du chef de l'Etat jeudi [28 mai à l'Elysée], qui a aussitôt été taxé d'électoralisme [, Sarkozy ayant annoncé un tour de vis sécuritaire dans les cités et les écoles à la suite à de deux faits divers récents (des policiers de La Courneuve attaqués au fusil d'assaut et une enseignante poignardée par un élève de 5e dans un collège de la banlieue toulousaine)].


Les socialistes, quant à eux, avaient inauguré leur campagne en disant "non à Sarkozy et non à Barroso". Ils ont depuis développé d'autres thèmes comme le plan de relance, la "sanctuarisation" des services publics, le bouclier social.

Mais dans la dernière ligne droite, c'est Barack Obama qui fera la une. Et si personne ne conteste l'événement, la commémoration du 6 juin 1944, plusieurs responsables soupçonnent des "arrière-pensées" électorales.

Pierre Moscovici (PS) a estimé que Nicolas Sarkozy y "recherche un gain électoral pour les européennes et un gain d'image pour lui-même". Quant au leader d'Europe Ecologie Daniel Cohn-Bendit, il a souhaité que "toutes les têtes de listes, tous les responsables de partis soient invités", arguant que le débarquement, ce n'est pas "franco-français, c'est le début de la naissance de l'Europe".