Mardi 6 mai 2008
Il y a un an se terminait donc un campagne électorale présidentielle dont la conclusion a été l'accession de Sarkozy au pouvoir suprême. On peut dire que ledit Sarkozy n'avait pas alors ménagé sa peine pour parvenir à ce but ultime. On en sait aujourd'hui quelque-chose grâce à l'examen des comptes de campagne électorale effectué, pour la première fois cette année, non pas par le Conseil constitutionnel, mais par une commission de contrôle des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), qui s'est livré au difficile exercice d'examiner toutes les factures et tous les reçus présentés par les douze candidats à l'élection présidentielle. Un document de synthèse sera disponible, parait-il, le mois prochain, mais la CNCCFP a déjà livré la plupart des résultats en janvier dernier, comme l'atteste ces deux dépêches de l'Agence France Presse, publiées à ce moment-là :
Présidentielle : les comptes des douze candidats validés
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Les comptes des douze candidats à l'élection présidentielle de 2007 ont été validés, a annoncé mercredi la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP).
"Aucun compte d'un candidat à la présidentielle n'a été rejeté", a déclaré le président de la commission François Logerot lors de ses voeux à la presse, rappelant que "pour la première fois en 2007, la commission a contrôlé les comptes de campagne" des prétendants à l'Elysée.
En 2002, le Conseil constitutionnel, alors en charge de cette tâche, avait rejeté les comptes de Bruno Mégret (MNR), considérant qu'il avait bénéficié du "concours du personnel communal" de Vitrolles, la ville dont sa femme était la maire.
Les dépenses globales des candidats ont atteint en 2007 "environ 76 millions d'euros", "un peu moins qu'en 2002" où 16 candidats concouraient. "Le remboursement décidé par la commission s'élève à environ 45 millions d'euros", contre "53 millions en 2002", a indiqué M. Logerot.
Le candidat le moins dépensier a été Gérard Schivardi (près de 713.000 euros), suivi de Frédéric Nihous (quelque 840.000 euros). Nicolas Sarkozy a dépensé au final davantage que Ségolène Royal (20,962 millions d'euros contre 20,615 millions).
Le plafond des dépenses électorales pour la présidentielle était de l'ordre de 16 millions d'euros pour chaque candidat au premier tour, et d'environ 20 millions pour les deux accédant au second tour.
En 2007, quatre candidats seulement (Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, François Bayrou et Jean-Marie Le Pen) ont dépassé les 5% de suffrages qui leur donnent droit au remboursement maximal, contre sept candidats en 2002.
Le seul compte "approuvé purement et simplement" par la commission est celui d'Olivier Besancenot, les autres comptes de campagne ayant dû subir des "réformations", c'est-à-dire des corrections.
Les "réformations", dont le montant global atteint "environ 900.000 euros", étaient dues en particulier aux dépenses jugées "non électorales", la commission ne prenant en compte que celles effectuées "en vue de l'obtention du suffrage des électeurs".
Interrogé par la presse, M. Logerot a reconnu à ce sujet un "problème épineux": distinguer les dépenses d'un candidat et celles qui sont liées à son mandat. Les deux finalistes du second tour sont notamment concernés, Nicolas Sarkozy étant resté ministre pendant une partie de la campagne, et Ségolène Royal occupant le poste de présidente de la région Poitou-Charentes.
La commission doit rendre son rapport d'activité sur la présidentielle "entre mars et mai 2008", mais les décisions concernant chaque candidat ont été publiées au Journal officiel le 10 janvier.
Concernant les législatives de juin 2007, la commission examine actuellement les comptes des 7.640 candidats qui se sont présentés, et doit boucler son travail le 15 février.
(Dépêche de l'Agence France Presse, 17 janvier 2008, 19h33)
Présidentielle : les dépenses des candidats passées au peigne fin
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Pour valider les comptes des douze candidats à l'élection présidentielle de 2007, la Commission nationale des financements politiques a passé au peigne fin leurs dépenses, parfois sans lien évident avec le scrutin comme les frais faramineux de coiffure ou de maquillage de Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy.
La commission a ainsi jugé "manifestement excessifs" les 34.445 euros de frais de maquillage figurant au compte de campagne de M. Sarkozy, considérant qu'il s'agit de "dépenses habituellement de nature personnelle", selon un document publié au Journal officiel le 10 janvier.
Résultat, il n'a accepté de les prendre en compte dans le remboursement accordé au candidat que pour le tiers de leur valeur, soit 11.482 euros.
Même constat et même punition pour les 51.659 euros de maquillage et de coiffure figurant dans le compte de campagne de Mme Royal, eux aussi jugés excessifs", et ramenés à 17.220 euros dans les dépenses donnant lieu à remboursement.
Si ces sommes représentent des gouttes d'eau dans les dépenses totales engagées par les deux finalistes - respectivement 20,962 millions d'euros contre 20,615 millions - la Commission s'est ainsi attachée à débusquer et parfois retoquer toutes celles qui lui paraissaient non conformes ou exagérées.
Ainsi des 53.581 euros dépensés par Mme Royal pour équiper son QG du boulevard Saint-Germain d'appareils de détection pour parer d'éventuelles écoutes, dépense jugée "non spécifiquement destinée à obtenir des suffrages".
Ou encore les 50.073 euros de repas servis au siège de campagne de M. Sarkozy ou pris à proximité dont "le caractère électoral n'a pas pu être démontré".
Les deux finalistes de la présidentielle n'ont pas été les seuls à voir certaines de leurs dépenses non prises an compte par la Commission.
Elle a ainsi rejeté du compte de Jean-Marie Le Pen 157.110 euros dépensés pour une réception en l'honneur de militants ayant participé à sa campagne. Idem pour les 48.642 euros versés aux six personnes ayant cherché pour lui des parrainages, mais pour lesquels le leader du FN n'avait pu fournir de contrat de travail ni convention de prestation.
Dominique Voynet quant à elle ne percevra pas de remboursement pour les 787 euros d'amendes SNCF qu'elle à fait figurer à ses comptes de campagne.
Pas plus que José Bové ne se verra restituer les 2.912 euros "correspondant au prix des abonnements des téléphones portables personnels des membres de son équipe de campagne" qui, selon la commission, les auraient de toute façon payé en l'absence de toute campagne électorale.
(Dépêche de l'Agence France Presse, 18 janvier 2008, 14h44)
50.073 euros de frais de repas au siège de campagne, et 34.445 euros de frais de maquillage pour le candidat Sarkozy : il faut croire que la conquête de l'Elysée valait bien de telles dépenses... qui ne seront finalement pas remboursées. On aura également remarqué les autres sommes d'argent déclarées par les autres candidats sur leurs comptes de campagne, et qui, elles non plus, ne seront pas remboursées : il fallait bien tenter le coup auprès de la commission de contrôle ! ;-) C'est si cher, une campagne électorale... Mais il faut bien se donner les moyens de séduire les Français. En tout cas, en ce qui concerne Sarkozy de Nagy-Bocsa, de toute évidence, le jeu en valait la chandelle...
Souvenez-vous, chers lecteurs... Il y a un an, la majorité de l'électorat français se félicitait d'avoir voté pour un homme tel que Nicolas Sarkozy. "Avec lui, au moins, ça bouge", disait-on. Pendant la campagne électorale, le peuple était très content d'entendre de la bouche du candidat de l'UMP des promesses certes fort démagogiques, mais néanmoins si agréable à écouter... Et puis, il faut dire que les braves électeurs français, dans leur majorité, en avait marre de cette mauvaise "France qui ne travaille pas", de tous ses "parasites" qui empêchent la bonne "France qui travaille" d'accéder au bonheur consumériste auquel tout citoyen de ce pays a droit. Le dimanche 6 mai 2007, ces électeurs sont donc allé voter pour Sarkozy, avec dans le coeur, sans doute, une farouche volonté de faire triompher le véritable esprit français...
C'était il y a un an. Dans notre société, soumise à la tyrannie de l'urgence et des apparences, ce qu'il s'est passé il y a douze mois, c'est déjà loin. Aujourd'hui, les électeurs de Sarkozy ont quelque peu oublié leur satisfaction d'alors. Aujourd'hui, ils ne se souviennent plus de la grande fête sarkozyste de la place de la Concorde, à Paris, le soir du second tour de l'élection. Aujourd'hui, seules comptent le déplorable style affiché par l'actuel chef de l'Etat durant sa première années de mandat, et surtout, surtout, les belles promesses du candidat Sarkozy, promesses forcément non tenues par ledit candidat Sarkozy un fois celui-ci au pouvoir. L'intéressé avait pourtant prévenu, dès le mois de février 2007...
"C'est toujours comme ça, une campagne : on promet pour être élu, et après on déçoit. Mais, en dopant la croissance, on peut arriver à tout financer."
(Sarkozy, en déplacement dans l'île de la Réunion, le 16 février 2007, cité dans le Canard Enchaîné N°4504, 21 février 2007)
Las, aujourd'hui, la croissance est loin d'être dopée. Elle est même si molle que la seule chose à laquelle en sont réduits Sarkozy, Fillon et le gouvernement, c'est de resserrer les cordons de la bourse, avec un plan de rigueur qui ne dit pas son nom. La seule petite marge financière disponible l'année dernière a été perdue avec l'adoption d'un "paquet fiscal" dont le coût, dans le meilleur des cas, sera à peine compensé par des économies de bouts de chandelle qui, elles, ne sauraient remplacer les nécessaires réformes de structure dont le pays a besoin. Il est certes encore un peu tôt pour dresser un bilan définitif du fameux "paquet fiscal", mais il apparait d'ors et déjà que Sarkozy a, semble-t-il, été bien mal inspiré de ne pas tenir suffisemment compte des estimations qui étaient faites l'année dernière concernant la médiocrité de la croissance, qui s'est révélée finalement être maintenant à peu près aussi molle que prévue à l'époque... On peut se demander, par ailleurs, à l'époque où nous vivons, si cela vaut encore la peine de placer systématiquement tous les espoirs des pays occidentaux dans une fort hypothétique grande reprise d'une sacro-sainte croissance économique. N'étant toutefois pas économiste, je me garderai d'aller plus avant sur ce sujet. Toujours est-il qu'aujourd'hui, celui qui voulait être le "président du pouvoir d'achat" doit faire face à la déception de ses électeurs, au mécontentement de l'opinion publique en général, et, par conséquent, à une forte baisse de sa popularité depuis le début de cette année, baisse confirmée récemment par un énième sondage...
Plus de 70% des Français mécontents de l'action de Sarkozy un an après son élection
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72% des Français se disent mécontents du bilan de Nicolas Sarkozy, contre 28% qui s'affirment satisfaits, un an après son élection à la présidence de la République le 6 mai 2007, selon un sondage Ifop-Fiducial pour Paris-Match à paraître jeudi [24 avril].
Le chef de l'Etat fait beaucoup moins bien que son prédécesseur à l'Elysée Jacques Chirac qui, en avril 2003, un an après sa réélection, recueillait 58% de jugements positifs sur son action.
Les Français ne sont en outre que 35% à considérer que Nicolas Sarkozy a tenu, durant l'année écoulée, les engagements qu'il avait pris durant sa campagne présidentielle, 65% étant d'un avis inverse.
La façon de présider du chef de l'Etat n'est jugée meilleure que celle de ses prédécesseurs que par 17% de Français (et seulement 42% des sympathisants UMP), 35% la trouvant "moins bonne" et 48% "ni meilleure ni moins bonne".
Quant à son projet pour la France, s'il est jugé "ambitieux" par 62%, 50% l'estiment "peu crédible", tandis que 40% pensent qu'il "va dans la bonne direction" et qu'il est "clair".
Ce jugement sévère se double d'un fort pessimisme pour l'avenir, notamment sur le plan économique. 6% seulement pensent que la situation économique s'est plutôt améliorée durant la première année de mandat de Nicolas Sarkozy, contre 48% qui considèrent qu'elle s'est détériorée et 46% qu'elle n'a pas changé.
En outre, la mise en place d'un plan de rigueur est jugée inéluctable par 80% des personnes interrogées, contre 19% d'un avis opposé.
Un an après son élection, 58% des Français disent ne pas faire confiance au président pour "mettre en place les réformes nécessaires" contre 42% qui lui font toujours confiance.
En matière de lutte contre l'inflation ou de pouvoir d'achat, la politique de M. Sarkozy n'est jugée positivement que par respectivement 10 et 15% de Français. Pour 53%, les mesures mises en place depuis un an ont "plutôt détérioré" leur pouvoir d'achat. 3% pensent qu'elles l'ont "plutôt amélioré" et 44% qu'elles n'ont rien changé.
Interrogés sur 11 mesures prises depuis un an, les sondés ont pourtant un avis positif sur 10 d'entre elles comme la baisse des cautions locatives, le service minimum dans les transports publics, la défiscalisation des heures supplémentaires, le traité simplifié sur l'Europe ou même le bouclier fiscal. Seule la réforme de la carte judiciaire suscite un jugement négatif majoritaire.
De même, la politique internationale de la France est jugée plutôt positivement, à l'exception de l'engagement supplémentaire de la France en Afghanistan, clairement rejeté à 81%.
Enfin si 80% estiment qu'il a "trop parlé" de sa vie privée au cours des premiers mois de son quinquennat, 64% considèrent que ce n'est plus le cas aujourd'hui.
Sondage réalisé par téléphone les 17 et 18 avril auprès d'un échantillon national de 956 personnes représentatif de la population âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas). Notice détaillée à la Commission des sondages.
(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 22 avril 2008, 17h27)
Aujourd'hui, Sarkozy a changé de style. Il veut donner davantage l'image d'un véritable président de la République. Y réussira-t-il ? Peut-être, après tout. Mais ce n'est pas certain. Aucun chef de l'Etat de la Ve République, avant lui, n'a autant dévalorisée la fonction présidentielle par son attitude. Il faut dire qu'apparemment, il y a eu, semble-t-il, un malentendu entre l'idée que ce faisait Sarkozy de la fonction qui est actuellement la sienne, et celle que s'en fait l'opinion publique en général.
Plus humble mais toujours déterminé, Sarkozy veut ouvrir une nouvelle page
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Face à une opinion hostile, le président Nicolas Sarkozy a voulu tourner la page de sa première année de mandat en adoptant à la télévision [jeudi 24 avril] un ton plus humble, qui confirme un changement de style, mais sans rien céder sur le fond et la nécessité de réformer la France.
La prestation du chef de l'Etat jeudi soir a été suivie par près de 11,7 millions de Français, une audience nettement moins importante que lors de sa précédente intervention télévisée à la même heure de grande écoute, en novembre dernier.
Sans surprise, cette intervention a été saluée par le camp présidentiel, qui a souligné la "détermination" et la "pédagogie" du chef de l'Etat, tandis que l'opposition de gauche fustigeait son "impuissance", voire sa "malhonnêteté".
Pendant plus d'une heure et demie, interrogé par cinq journalistes au palais de l'Elysée, Nicolas Sarkozy s'est livré à une explication de sa politique, reconnaissant des "erreurs" à plusieurs reprises, tout en promettant d'accélérer les réformes.
Attendu sur le thème du pouvoir d'achat, préoccupation première des Français, le chef de l'Etat a reconnu que la vie de ses concitoyens s'était pas "assez améliorée", mais a surtout mis en cause un environnement économique mondial dégradé.
S'il n'a fait aucune annonce retentissante dans le domaine social, Nicolas Sarkozy a toutefois assuré de la mise en place l'année prochaine du revenu de solidarité active (RSA), allocation destinée à encourager le retour à l'emploi, et prévu des mesures pour faire baisser les prix dans les grandes surfaces et sur l'intéressement des entreprises.
L'ex-candidate socialiste à la présidentielle Ségolène Royal a estimé que Nicolas Sarkozy avait fait preuve de "malhonnêteté" en imputant les difficultés de la France "à des chocs extérieurs", et qu'il n'avait "pas répondu sur les préoccupations des Français".
Tandis que le maire socialiste de Paris Bertrand Delanoë, considéré comme le principal rival de Mme Royal au sein de son parti, a vu dans l'intervention du chef de l'Etat une tentative "d'expliquer sa propre impuissance".
Nicolas Sarkozy a martelé la nécessité de réformes tous azimuts et repris l'une de ses vieilles antiennes en regrettant qu'"on ne travaille pas assez" en France.
Pas de changement de cap, soulignait vendredi la presse, en constatant de façon unanime une évolution dans le style Sarkozy, plus "calme" et plus "humble", mais également plus "président".
"C'est une émission où il s'est posé en président. Les Français savent que le chapitre bling bling est tourné", estime l'éditorialiste politique Christophe Barbier.
Le président français, qui s'impose plus de discrétion après avoir été critiqué pour son style de vie jugé trop tapageur, a refusé d'évoquer sa vie privée avec Carla Bruni, assurant que "tout était rentré dans l'ordre".
Pour le quotidien conservateur Le Figaro, Nicolas Sarkozy a adopté "une posture enfin véritablement présidentielle".
Il a aussi réaffirmé son autorité sur ses troupes, en promettant que les "couacs" au sein du gouvernement ne seraient plus tolérés.
Mais, pour la plupart des observateurs, cette émission ne devrait pas suffire à faire remonter rapidement la popularité du chef de l'Etat, confronté au mécontentement de 72% des Français selon les derniers sondages.
"Les sondages remonteront quand il y aura des résultats", estime Christophe Barbier. "Il est probable qu'il faudra du temps à Nicolas Sarkozy pour réinvestir le coeur des Français", juge également Le Figaro.
"Mon rendez-vous, c'est la fin de mon quinquennat", en 2012, a redit le président jeudi soir.
(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 25 avril 2008, 21h12)
Plus que le style, on l'a dit, ce sont surtout les promesses non tenues de Sarkozy qui ont provoquées le mécontentement de l'opinion. Il en est toutefois une pour laquelle les sondés ne semblent lui tenir rigueur plus que cela : celle faite durant la campagne électorale à propos de la politique étrangère de la France. Rappelons qu'à l'époque, le candidat Sarkozy avait promis de "remettre les droits de l'homme au coeur des relations avec un certain nombre de pays comme la Russie ou la Chine". Quand on sait avec quelle réserve il a évoqué la question des droits de l'homme lors de ses rencontres avec les chefs d'Etat russe et chinois - sans parler de ses échanges avec le dictateur libyen Khadafi -, on se demande pourquoi il a pris la peine de faire cette promesse en sachant pertinemment qu'il ne pouvait s'agir que d'un voeu pieux. Mais après tout, peut-être y croyait-il lui-même, sur le moment, à cette promesse ? Il est vrai que Sarkozy a la particularité d'affirmer vouloir tenir un language de vérité et de sincérité qui est censé le distinguer des "menteurs". Le problème est qu'apparemment, pour lui, la vérité est l'affaire d'un moment. La vérité d'un jour peut céder la place à une autre vérité un autre jour. Ainsi, en toute circonstance, Sarkozy est-il peut-être persuadé d'être sincère et vrai. Une telle attitude est censée le distinguer de son prédécesseur... du moins le croit-il, d'après les propos qu'il a tenu lors d'un petit déjeuner pris avec des ministres et secrétaires d'Etat sarkozystes, le 7 avril dernier, à propos de la visite que lui a fait, à l'Elysée, John McCain, le candidat républicain à la présidence des Etats-Unis d'Amérique :
"Il [Chirac] m'avait déconseillé de voir John McCain. Je l'ai rencontré. Ce n'est pas du tout le fou qu'il m'avait décrit. C'est quelqu'un de bien. Mais pour estimer ce genre d'individu, il faut apprécier les hommes droits, directs, et pas les menteurs..."
(Sarkozy, le 7 avril 2008, cité in Le Canard Enchaîné N°4563, 9 avril 2008)
Toujours est-il qu'une fois arrivé au pouvoir, il a bien fallu que Sarkozy mette un bémol à sa volonté affichée, pendant la campagne, de "remettre les droits de l'homme" au coeur de la diplomatie française. Après la répression qu'a déclanché, en mars dernier, le gouvernement chinois dans la province du Tibet, à la suite d'un mouvement de protestation anti-chinois, Sarkozy de Nagy-Bocsa n'a pas tardé à se retrouver en porte-à-faux entre les principes affichés pendant sa campagne électorale et les difficultés de la réalité diplomatique. Face à la demande de boycott de la cérémonie d'ouverture des prochains Jeux Olympiques de Beijing (Pékin) en août prochain - voire de boycott des JO dans leur ensemble par la France -, demande faite par divers groupes de pression en faveur de la liberté au Tibet et en Chine de façon générale, Sarkozy, qui doit exercer pour six mois, à partir du 1er juillet prochain, la présidence tournante de l'Union Européenne, est bien ennuyé par la situation dans laquelle il se trouve. N'ayant pas exclu de ne pas assister à la cérémonie d'ouverture des JO si les circonstances l'exigeaient, il devra prendre une décision d'ici le mois d'août, après consultation des pays membres de l'U.E., et après avoir jugé que le climat de tension entre le Tibet et la Chine se soit suffisemment apaisé au moment de l'ouverture des JO. Il a toutefois mis beaucoup d'eau dans son vin en matière de discussion avec la Chine au sujet des droits de l'homme, comme il l'a montré par les propos qu'il a tenu le 7 avril dernier, après que, ce jour-là, le passage à Paris de la flamme olympique, durant sa traditionnelle tournée mondiale d'avant les Jeux, ait été très perturbé par des manifestations hostiles à l'autoritarisme du régime de la République Populaire de Chine et à la répression chinoise au Tibet...
"Aucun pays ne peut se permettre de jouer les matamores vis-à-vis de la Chine. La Chine va finir par s'ouvrir, mais il faut laisser les choses évoluer. Sans brusquer les Chinois. [...] C'est là-bas que se joue une partie de notre croissance. C'est là-bas que se joue, entre autres, le dossier iranien. Il ne faudrait pas pousser les Chinois et les Russes à se mettre d'accord sur notre dos. [...] La vérité, c'est qu'au fond les Chinois se fichent bien de nos réactions. Ils savent qu'un jour ou l'autre on finira par aller chez eux pour les supplier d'acheter nos centrales nucléaires et nos avions. Ils seront bientôt les seuls à pouvoir se les payer."
(Sarkozy, le 7 avril 2007, cité in Le Canard Enchaîné N°4563, 9 avril 2008)
La forte perturbation du passage à Paris de la flamme olympique - passage organisé par les autorités chinoises - ayant provoqué, peu de temps après, des manifestations anti-françaises en Chine, l'actuel chef de l'Etat français a dû dépêcher sur place, en guise d'ambassadeurs extraordinaires, le président du Sénat - Christian Poncelet - et l'inénarrable Jean-Pierre Raffarin, pour une petite séance de calinothérapie avec les dirigeants chinois, afin de calmer le jeu. Pauvre Sarkozy... Il serait bien passé de toutes ces complications. Mais comme je l'ai écris plus haut, l'exercice du pouvoir présidentiel est loin d'être une partie de plaisir. Et Sarkozy le sait bien, du reste.
Un nouveau bémol en matière de droits de l'homme a été, semble-t-il, nécessaire la semaine dernière, lors d'une visite d'Etat de Sarkozy de Nagy-Bocsa en Tunisie, si l'on en croit une des dépêches de l'Agence France-Presse publiée lors de cette visite :
A Tunis, Sarkozy défend l'Union pour la Méditerranée avant les droits de l'Homme
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Le président français Nicolas Sarkozy a défendu mardi [29 avril], au deuxième jour de sa visite d'Etat en Tunisie, son Union pour la Méditerranée entre l'Europe et les pays du Sud, alors que sa bonne note décernée au régime tunisien sur les droits de l'Homme suscite la polémique.
S'exprimant devant 500 patrons français et tunisiens, M. Sarkozy a défendu son projet de nouveau partenariat entre les deux rives de la Méditerranée, qui doit être officiellement lancé le 13 juillet, assurant qu'il doit permettre la création d'un "pôle gagnant-gagnant qui concurrencera l'Asie".
"Il n'y a pas un bon avenir pour l'Europe si l'Afrique en général, et l'Afrique du Nord en particulier, ne connaît pas le développement (...), nous pouvons créer un modèle qui triomphera dans le monde entier", a-t-il estimé. "En Asie, ils ont su, entre les pays riverains, s'intégrer et se compléter. Et le drame de la Méditerranée, il est dans un chemin inverse où l'on s'oppose et on s'exclut", a-t-il ajouté.
"Vous avez une main d'oeuvre qui ne demande qu'à être formée, nous avons beaucoup d'intelligence et beaucoup de formation (...), ce n'est pas les uns contre les autres, c'est les uns avec les autres. C'est ça le partenariat", a insisté le président français sous les applaudissements.
A titre d'exemple, Nicolas Sarkozy a cité l'accord conclu dans la nuit de lundi à mardi entre la compagnie nationale Tunisair et Airbus qui prévoit, outre la livraison de 19 avions (10 A320, 3 A330 et 3 A350, ainsi que 2 A320 et 1 A350 en options) l'installation en Tunisie d'une usine aéronautique qui emploiera à terme, selon lui, "près de 2.000 personnes".
Rejetant "des polémiques qui m'importent bien peu", le président français a ainsi une nouvelle fois justifié la signature lundi d'un accord de coopération en matière d'énergie nucléaire civile.
"L'énergie nucléaire, c'est l'énergie du futur (...) la France vous dit que sa technologie, qui est une des plus sûres du monde, une des meilleures du monde, elle est décidée à la mettre au service du développement de vos économies (...), l'Europe ne connaîtra pas la stabilité si vous ne connaissez pas le développement, voilà pourquoi il faut s'unir", a-t-il plaidé. Le texte paraphé par Paris et Tunis, identique à d'autres déjà signés avec le Maroc, l'Algérie ou la Libye, suscite les critiques des ONG écologistes et de plusieurs partenaires européens de la France, qui estiment qu'il augmente les risques de prolifération nucléaire militaire.
Plus encore que l'accord sur le nucléaire civil, c'est le satisfecit attribué lundi soir par Nicolas Sarkozy au président tunisien Zine El Abidine Ben Ali sur le terrain des droits de l'Homme qui a suscité la polémique, aussi bien en France qu'en Tunisie.
"L'espace des libertés progresse" en Tunisie, avait-il jugé devant son hôte, assurant ne pas vouloir s'ériger "en donneur de leçons".
"Il ne s'agit pas de donner des leçons mais de reconnaître la réalité. Je vois que le président Sarkozy ne s'intéresse pas à la réalité de ce pays", a déclaré à l'AFP Khadija Cherif, militante des droits de l'Homme et présidente d'une ONG féministe. "Sa priorité c'est le commerce, mais il devrait savoir que le développement ne peut pas être qu'économique", a-t-elle ajouté.
"Malheureusement sur le terrain, nous n'avons pas remarqué de progrès notables, c'est peut-être même le contraire", a regretté le président de la Ligue tunisienne des droits de l'Homme, Me Mokhtar Trifi.
La secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme Rama Yade, qui accompagnait M. Sarkozy, a reçu dans l'après-midi Me Trifi, mais a annulé un rendez-vous prévu avec l'Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), [et] sa présidente Mme Cherif.
La France a signé mardi avec Tunis quatre conventions de crédits d'un montant de 138 millions d'euros pour l'agriculture, l'habitat et l'énergie.
Nicolas Sarkozy devait rencontrer mardi soir la communauté française.
Son épouse, Carla, a visité de son côté, mardi après-midi, un centre d'enfants orphelins à Gammarth, dans la banlieue chic de Tunis.
(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 30 avril 2008, 9h11)
S'il toujours regrettable moralement de devoir ménager des régimes autoritaires ou dictatoriaux au nom des intérêts de la France, on ne peut pas blâmer Sarkozy de devoir mettre de l'eau dans son vin diplomatique en matière de droits de l'homme. Après tout, que ferions-nous d'autre si nous étions à sa place ? Quel que soit mon opposition à Sarkozy, je me garderai bien, sur cette question précise, de ne pas faire preuve d'un minimum d'humilité, même si je suis conscient de la situation lamentable des droits de l'homme dans bien des endroits dans le monde...
Pour en revenir à cette première année de sarkozysme au pouvoir en France, que conclure sinon que nous ne sommes sans doute pas - loin s'en faut - au bout de nos peines ? Lors de sa dernière intervention télévisée, le 24 avril dernier, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa a déclaré : "Je vois très bien les mécontentements mais je sais où je vais, je suis persuadé qu'il n'y a pas d'autre stratégie et je sais que mon rendez-vous, c'est la fin de mon quinquennat." Il a également affirmé aux journalistes présents que l'idée de son éventuelle réélection en 2012 était "très éloignée" de ses préoccupations actuelles. "J'ai tellement de travail à faire, il y a tellement d'impatience, il y a tellement d'attentes, il y a tellement de souffrance aussi [...] Alors, vous pensez, s'imaginer en prendre pour cinq ans après, ce n'est vraiment pas mon sujet." Il nous reste donc environ quatre ans à attendre, avant de savoir à quoi ressemblera la France au terme d'un quinquennat de Sarkozy dont j'espère bien qu'il sera à la fois le premier et le dernier...
C'est long, quatre ans, mine de rien... Tiendrai-je jusque-là ? ;-)
Cordialement, :-)
Hyarion.
(Illustrations : Nicolas Sarkozy habitant sa fonction, caricature par Kiro, publiée dans Le Canard Enchaîné N°4515, 9 mai 2007 ; Nicolas Sarkozy au soir
de son élection à la président de la république, le 6 mai 2007 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Thomas Coex ; Nicolas Sarkozy raccompagnant Ségolène Royal à la sortie de l'Elysée, le 21 juin 2007, photographie de l'agence de presse
Reuters, ©Reuters ; Nicolas Sarkozy [à droite] et ses frais de talonnettes, caricature par Lefred-Thouron, publiée dans Le président Fric-Frime, Les
dossiers du Canard Enchaîné N°107, avril 2008 ; Placard sarkozyste affiché par un boulanger dans la vitrine de son magasin de
Charlieu [Loire], en avril-mai 2007, photographie divisée en deux parties, ©DR ; Evolution de la cote de confiance de
Nicolas Sarkozy depuis son élection le 6 mai 2007, Infographie, 23 février 2008, ©AFP ; Carla Bruni-Sarkozy portant Nicolas
Sarkozy, caricature par Cabu, publiée dans Le Canard
Enchaîné N°4565, 23 avril 2008 ; Montage de photos de Nicolas Sarkozy
prises durant son intervention télévisée le 24 avril 2008 au palais de l'Elysée à Paris, photographie de l'Agence France
Presse, ©Olivier Laban-Mattei/AFP ; Nicolas Sarkozy en chanteur, accompagnée à la guitare par Carla
Bruni-Sarkozy, caricature par Kiro, publiée dans Le Canard Enchaîné N°4565, 23 avril 2008 ; Nicolas
Sarkozy, le 29 avril 2008 à Tunis, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Fethi Belaid ; Sarkozy et son homologue tunisien Ben Ali, caricature par Kiro, publiée dans Le Canard Enchaîné N°4566, 30 avril 2008 ; Nicolas Sarkozy lors de son intervention télévisée, le 24 avril 2008 à
l'Elysée à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©Eric Feferberg/AFP)
par Hyarion
publié dans :
Turpitudes de la vie politique
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