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François Mitterrand et le mitterrandisme

par Hyarion 15 Juin 2007, 18:22 Galerie des Présidents de la Ve République

A propos du portrait officiel du président François Mitterrand, réalisé en 1981, son auteur, la photographe Gisèle Freund a déclaré : "Le président m'a demandé une photo "digne". Je l'ai pris en éclairage naturel, il était mal habillé et crispé. En moins d'une demi-heure, c'était bouclé. Je ne suis pas très contente de l'image, elle ne me ressemble pas" (citée dans Le Monde du 13 mai 2002). Pourtant, de tous les portraits officiels des présidents de la Ve République, celui de Mitterrand n'est pas le plus mauvais, loin s'en faut, et si j'avais eu à choisir entre toutes les poses effectuées par les présidents français pour leurs portraits, j'aurai sans doute choisi celle dudit Mitterrand. Soucieux de présenter une image d'un chef d'Etat aimant les livres, épris de lettres, le président Mitterrand apparait, dans ce portrait, en costume civil, assis, sur fond de bibliothèque élyséenne, regardant l'objectif, et tenant un livre ouvert dans ces mains : il s'agit d'un volume des Essais de Michel Eyquem de Montaigne (1533-1592)...

Dans le chapitre XIX du livre I de ces Essais de Montaigne, on peut lire ceci :

" Le but de notre carrière, c'est la mort, c'est l'objet nécessaire de notre visée ; si elle nous effraye, comme ([comment]) est-il possible d'aller un pas en avant sans fièvre ? Le remède du vulgaire, c'est de n'y penser pas. Mais de quelle brutale stupidité lui peut venir un si grossier aveuglement ? [...]
 Et pour commencer à lui ôter son plus grand avantage contre nous, prenons une voie toute contraire à la commune ; ôtons-lui l'étrangeté, pratiquons-le [le terme de "mort"], accoutumons-le, n'ayons rien si souvent en la tête que la mort, à tous instants représentons là à notre imagination et en tous visages : au broncher d'un cheval, à la chute d'une tuile, à la moindre piqûre d'épingle, remâchons soudain : "Eh bien ! quand ce serait la mort même !" et là-dessus, roidissons-nous, et efforçons-nous [(montrons-nous fermes)]. Parmi les fêtes et la joie, ayons toujours ce refrain de la souvenance de notre condition, et ne nous laissons pas si fort emporter au plaisir, que parfois il ne nous repasse en la mémoire en combien de sortes cette nôtre allégresse est en butte à la mort, et de combien de prises elle la menace. Ainsi faisaient les Egyptiens, qui au milieu de leurs festins et parmi la meilleure chère, faisaient apporter l'Anatomie sèche [le squelette] d'un homme, pour servir d'avertissement aux conviés.

Omnem crede diem tibi diluxisse supremum,
Grata superueniet, quoe non sperabitur hora.
[Dis-toi, de chaque jour, qu'il est pour toi le dernier à luire.
Bienvenue sera l'heure de surcroît sur laquelle tu ne compteras pas.]

 Il est incertain où la mort nous attende : attendons-la partout. La préméditation ([méditation anticipée]) de la mort est la préméditation de la liberté : qui a appris à mourir, il a désappris à servir. Il n'y a rien de mal en la vie pour celui qui a bien compris que la privation de la vie n'est pas un mal. Le savoir mourir nous affranchit de toute sujétion et contrainte. "

(Michel Eyquem de Montaigne, Essais, Tome I, Livre I, Chapitre XIX.)

Intéressants extraits des Essais que ceux-là, d'inspiration stoïcienne, comme l'ensemble du chapitre, extraits dans lesquels Montaigne, citant Horace et Sénèque, affirme "que philosopher, c'est apprendre à mourir", puisque méditer sur la mort, c'est se rendre libre, la mort étant, de toute façon, "le but de notre carrière"... Cette réflexion prend un relief particilier, quand on sait à quel point François Mitterrand était obsédé par la mort, comme habité par elle, surtout durant les dernières années de sa vie...

J'avoue que je partage avec François Mitterrand son amour des livres, le plaisir qu'il avait à visiter les bouquinistes, à rechercher les ouvrages rares, à collectionner les vieux volumes de ses écrivains préférés, à ranger les livres dans sa bibliothèque. Comme lui, j'aime que les livres soient bien reliés, que le texte soit bien emballé par une bonne reliure, et, du reste, si j'en avais le temps et les moyens, je m'efforcerai de relier - comme on me l'a appris dans un atelier - tous les livres de ma bibliothèque, comme Mitterrand a eu la chance de pouvoir le faire. Comme lui, je vis parmi les livres. Alors, forcément, oui, je l'avoue, la bibliophilie de Mitterrand me l'a toujours rendu sympathique. Ceux qui n'ont pas chez eux - comme c'est mon cas -, des livres partout dans leur chambre, du sol au plafond, ceux qui n'aiment pas les livres autant comme objet que pour le texte qu'ils contiennent, ceux qui n'ont qu'une conception utilitariste du livre, ceux-là, sans doute, ne peuvent pas comprendre...

Lorsque j'ai vu, à la télévision, François Mitterrand quitter l'Elysée, en mai 1995, cela m'a fait quelque-chose... Pensez donc : étant né en 1981, je n'avais connu que lui comme président, pendant les quatorze premières années de ma vie ! Lorsque j'étais enfant, j'avoue que je connaissais surtout François Mitterrand à travers sa marionnette du Bébête Show, cette fameuse émission télévisée satirique de TF1 : ladite marionnette, nommée Kermitterrand, était une grenouille - inspirée de la célèbre grenouille Kermit du Muppet Show -, avec un visage de Mitterrand, à laquelle on faisait assez souvent tenir des propos peu châtiés, et qui se faisait appeler modestement "Dieu". Une chanson humoristique à succès de la marionnette, justement intitulée "Appelez-moi Dieu !", a même fait l'objet d'un disque en 1990... C'était toute une époque...
La sensation étrange que j'avais éprouvé lors du départ de Mitterrand en mai 1995, a resurgit quelques mois plus tard, au moment de la mort de l'ancien président, en janvier 1996 : j'ai véritablement senti alors, à nouveau, qu'une page se tournait...

François Mitterrand est né à Jarnac (Charente) le 26 octobre 1916, dans une famille catholique et conservatrice de province. Après des études secondaires au collège Saint-Paul d'Angoulême, il fréquente l'École libre des sciences politiques, dont il resortira diplomé en 1937. Un temps proche des Croix-de-Feu du colonel de La Rocque - il a milité environ un an, en 1934-1935, aux Volontaires nationaux, mouvement de jeunesse desdites Croix-de-feu -, il est mobilisé, en septembre 1939, dans l'armée au moment du déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale, alors qu'il termine ses études d'avocat à Paris. Fait prisonnier par l'ennemi nazi en juin 1940, il s'évade d'Allemagne en décembre 1941, après avoir passé dix-huit mois dans les stalags et après deux tentatives d'évasion infructueuses. Il rentre en France, obtient un emploi au commissariat aux Prisonniers de guerre à Vichy, sera présenté au maréchal Philippe Pétain en octobre 1942, et décoré de la francisque pétainiste au printemps 1943. Cependant, étant profondément anti-allemand, Mitterrand cofonde le Rassemblement national des prisonniers de guerre en février 1943, et, heureusement influencé par une militante de gauche et résistante dans les maquis de Bourgogne, Danielle Gouze - qu'il épousera en octobre 1944 -, finit par passer à la clandestinité, pendant l'été 1943. Entré ainsi dans la Résistance, ayant rencontré De Gaulle, il devient le chef du Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés qui unifie, en mars 1944, tous les réseaux de résistance de prisonniers de guerre, puis participe, en août 1944, à la libération de Paris à l'occasion de laquelle il s'empare du siège du commissariat général aux Prisonniers de guerre...

La longue carrière politique de François Mitterrand commence sous la IVe République. En 1946, il est élu député de la Nièvre, et adhère à l'UDSR (Union démocratique et socialiste de la Résistance), qu'il présidera ensuite de 1953 à 1965, et qui est à la charnière de toutes les combinaisons entre la SFIO et le centre droit. En janvier 1947, à 31 ans, il devient le plus jeune des ministres du gouvernement du socialiste Paul Ramadier, avec le portefeuille des Anciens Combattants et victimes de guerre. Il est ensuite successivement chargé de l'Information en 1948, de la France d'outre-mer en 1950-1951, du Conseil de l'Europe en 1953, de l'Intérieur en 1954-1955, de la Justice en 1956-1957. La voie pour la présidence du Conseil des ministres lui semble toute tracée, mais le retour au pouvoir du général de Gaulle l'éloigne durablement du pouvoir. Ayant perdu son siège de député en 1958, il est élu, l'année suivante, maire de Château-Chinon (Nièvre) - il restera le maire jusqu'en 1981 -, et sénateur de la Nièvre. Après l'affaire de l'attentat de l'Observatoire, dont a été victime Mitterrand en 1959, celui-ci est réélu député de la Nièvre en 1962 et le restera jusqu'en 1981. Renforçant sa position d'opposant de gauche à Charles de Gaulle, il publie, en 1964, Le Coup d'Etat permanent, ouvrage dénonçant la pratique gaullienne du pouvoir, et présente sa candidature à l'élection présidentielle de 1965, réussissant à mettre De Gaulle en ballottage. Toutefois, s'étant discrédité pour avoir cru pouvoir profiter électoralement de la "vraie-fausse" vacance du pouvoir en mai 1968, Mitterrand ne peut présenter sa candidature à la présidence de la République lors de l'élection de 1969.

Il devient le premier secrétaire du nouveau Parti Socialiste lors du congrès d'Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) des 11, 12 et 13 juin 1971, et n'échoue que de très peu lors de l'élection présidentielle de 1974, avec 49,19% des suffrages, face à Valéry Giscard d'Estaing. En 1979, lors du congrès de Metz du Parti Socialiste, dans la prespective de l'élection présidentielle de 1981, il écarte son rival Michel Rocard, ancien candidat du PSU en 1969 et rallié depuis au PS. Le 10 mai 1981, s'étant imposé comme le candidat de toute la gauche, François Mitterrand est élu président de la République avec 51,76% des voix, face à Giscard d'Estaing, devenant ainsi le premier président de gauche de la Ve République - c'est l'alternance - et le seul homme politique de la IVe République à trouver sa consécration sous la Ve.

Refusant de toucher aux institutions, François Mitterrand choisit de gouverner avec les mêmes moyens que ses prédécesseurs et nomme le socialiste Pierre Mauroy Premier ministre. Mitterrand avait affirmé, durant la campagne électorale, qu'il était contre la peine de mort, même si la majorité de l'opinion publique était pour : le 18 septembre 1981, un projet de loi abolissant la peine de mort, présenté par le garde des Sceaux Robert Badinter, est adoptée, la promulgation ayant lieu le 9 octobre. Nationalisations d'entreprises, autorisation des radios locales privées, loi Lang de 1981 sur le prix unique du livre, ordonnance de 1982 instituant la semaine de 39 heures, généralisation de la cinquième semaine de congés payés, ordonnance sur la retraite à 60 ans et le travail à temps partiel, loi Defferre sur la décentralisation, lancements de grands projets architecturaux : les premières années du septennat sont marqués par le souffle du changement réformateur et un important volontarisme politique...

Mais après le tournant de 1983, la crise s'installe et amène en 1984 Laurent Fabius au poste de Premier ministre pour mettre en pratique les premières politiques de rigueur économique. La droite remporte la victoire aux élections législatives de 1986. François Mitterrand nomme Premier ministre son principal adversaire politique, Jacques Chirac, ce qui conduit le président à initier une pratique politique nouvelle à la tête de l'Etat : la cohabitation. En 1988, après deux années d'affrontements permanents, pour la première fois dans l'histoire de la Ve République, le président et le Premier ministre en exercice s'affrontent à l'occasion de l'élection présidentielle. Le 28 avril 1988, le débat télévisé entre les deux hommes, entre les deux tours, est particulièrement brutal. Mitterrand, qui a su tirer profit des difficultés que son adversaire a rencontré durant la cohabitation, réussit à se faire réélire, le 8 mai, avec 54,02% des suffrages, contre Jacques Chirac qui n'obtient que 45,98% des voix...
Le 10 mai, il nomme Michel Rocard, son rival de toujours au sein du PS, Premier ministre. Après la victoire de la gauche aux élections législatives anticipées du mois de juin, Rocard constituera un second gouvernement marqué par une ouverture vers le centre - qui comptera six représentants - et vers la "société civile"...

Dès le début de son second septennat, François Mitterrand limite son action à l'impulsion et aux grands axes, les gouvernements de Michel Rocard, d'Edith Cresson (première femme Premier ministre) puis de Pierre Bérégovoy, gérant quotidiennement les problèmes, entre 1988 et 1993. Suite à la sévère défaite de la gauche aux élections législatives de 1993, Mitterrand sera conduit à une deuxième cohabitation de deux ans, cette fois-ci avec le gouvernement d'Edouard Balladur. Ce septennat est marqué par l'instauration du revenu minimum d'insertion (RMI) et de la Contribution sociale généralisée (CSG), les célébrations du bicentenaire de la Révolution, l'engagement français dans la guerre du Golfe, le référendum sur le traité de Maastricht - qui aboutit à une victoire du "oui" avec 51,01 % des voix, en septembre 1992 - mais aussi par les scandales politico-financiers (affaire Péchiney-Triangle, affaire Urba), les affaires politiques, la maladie du président - atteint d'un cancer de la prostate -, les suicides de son ancien Premier ministre Pierre Bérégovoy en 1993 et de son collaborateur de l'ombre François de Grossouvre en 1994, la révélation publique de l'existence de la fille adultérine du président Mazarine Pingeot, et les divulgations sur la "jeunesse" de Mitterrand dans les années 1930-1940...

Le 17 mai 1995, François Mitterrand quitte définitivement l'Elysée. Il meurt le 8 janvier 1996, à Paris, moins d'un an après son départ. Il repose à Jarnac, dans le caveau familial.

Que nous reste-t-il aujourd'hui de François Mitterrand et du mitterandisme ?

Il reste peut-être le souvenir des habitudes et rituels du défunt président... Il y avait les séjours présidentiels à la bergerie de Latché, ou Latche, dans la commune de Soustons (Landes), résidence privée dans laquelle Mitterrand a notamment reçu Mikhail Gorbatchev, et dans laquelle il a entreposé une partie de son immense bibliothèque, notamment sa collection complète du Livre de Poche, ainsi que de nombreuses éditions de la Pléiade de ses auteurs favoris.
Il y avait aussi ce rituel que Mitterrand a pratiqué de 1946 à 1995 : l'ascension annuelle, à Pâques puis à la Pentecôte, de la Roche de Solutré, ce célèbre escarpement calcaire surplombant la commune bourguignonne de Solutré-Pouilly - près de Mâcon (Saône-et-Loire) -, qui est un site préhistorique bien connu, la Roche de Solutré ayant donné son nom à une des dernières phases du Paléolithique supérieur : le Solutréen...

Mais au delà de l'anecdotique, concernant Mitterrand, il convient très certainement de saluer les grandes réformes qui ont marqué sa présidence, telles que l'abolition de la peine de mort, la décentralisation, la semaine de 39 heures, etc., ainsi que son engagement européen, couronné par l'adoption du traité de Maastricht, approuvé par référendum en 1992 : autant d'aspects positifs à mettre au crédit du défunt président.

Mitterrand aura également marqué son temps avec les "grands travaux" qu'il a initiés à Paris, un programme exceptionnel de grandes opérations d'architecture et d'urbanisme ayant été engagé sur son impulsion, de 1981 à 1995. Les résultats sont bien visibles aujourd'hui : le Grand Louvre, la Bibliothèque Nationale de France, la Grande Arche de la Défense, le site de la Villette (avec notamment la Cité des sciences et de l'industrie et la Cité de la musique), l'Institut du Monde Arabe, l'Opéra Bastille, le Ministère des finances à Bercy, etc...
Pour ne prendre qu'un exemple, les travaux rénovateurs du Grand Louvre, voulus par François Mitterrand, et étendus sur une vingtaine d'années, avec notamment la création de la fameuse Pyramide, inaugurée en 1988, et l'ouverture au public de l'Aile Richelieu en 1993, ont contribués à faire du musée du Louvre le troisième plus grand musée du monde, après le Metropolitan Museum of Art de New York et le musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg.
Alors, évidemment, je devine ce que certains d'entre-vous pourront me dire, chers lecteurs... Vous pourrez me dire que la façade de l'Opéra Bastille n'est pas très attrayante. Vous pourrez me dire également que l'idée de ranger des ouvrages dans des tours censés être en forme de livres sur le site de Tolbiac de la Bibliothèque Nationale, devenue aujourd'hui la Bibliothèque François-Mitterrand, n'était pas forcément la meilleure des idées... Et vous aurez sans doute raison, sur ces points précis. Mais, en vérité, quel autre président aura été capable de lancer tous ces grands chantiers à caractère culturel qui ont, à terme, transformé le visage de Paris ? En 1981, il manquait encore à notre pays de grandes institutions culturelles modernes et ouvertes au plus grand nombre. Par sa volonté politique, Mitterrand a permis à la France de se doter de ces grandes institutions. Qui pourrait sérieusement s'en plaindre ? Certainement pas moi, en tout cas.

Concernant le mitterandisme, que fut-il au juste ? L'ancien directeur du Monde Jean-Marie Colombani, et le professeur Hugues Portelli l'ont défini ainsi : "Ce n'est ni une philosophie sociale, ni une idéologie, encore moins une éthique politique, mais une entreprise politique qui a su réussir en discernant les tendances à l'oeuvre dans la société française, les institutions et les partis, et s'appuyer sur elles aussi longtemps que possible." De ce point de vue, le mitterrandisme n'a sans doute pas grand-chose à voir avec le gaullisme... Du reste, ledit mitterrandisme n'est revendiqué franchement par aucun héritier digne de ce nom, même si Mitterrand a servi plusieurs fois de référence historique de gauche à Ségolène Royal durant la campagne électorale présidentielle de cette année...

Venons-en aux aspects négatifs, qui eux aussi font partie de l'héritage mitterrandien... Pour moi, l'un des plus importants de ces aspects est le rapport fort ambiguë qu'entretenait Mitterrand avec l'argent...

"Je voudrais balayer vraiment tout de suite - d'abord parce que le temps passe et il ne faut pas que je reste trop longtemps à cette tribune, - il faudrait donc que je balaie tout de suite disons les adversaires fantomatiques, les fantasmes.. Il y a un certain nombre de décennies, l'adversaire, qui était-ce ?... Eh bien, une certaine classe dirigeante, assurément.. d'autres auraient ajouté l'Église, qui apportait le sceau du spirituel aux moyens de l'injustice sociale... d'autres auraient ajouté : l'Armée... mais ça fait déjà longtemps qu'elle ne fait plus de coup d'État ! D'autres auraient ajouté : les notables. Le véritable ennemi, j'allai dire le seul, parce que tout passe par chez lui, le véritable ennemi si l'on est bien sur le terrain de la rupture initiale, des structures économiques, c'est celui qui tient les clefs... c'est celui qui est installé sur ce terrain là, c'est celui qu'il faut déloger... c'est le Monopole ! terme extensif... pour signifier toutes les puissances de l'argent, l'argent qui corrompt, l'argent qui achète, l'argent qui écrase, l'argent qui tue, l'argent qui ruine, et l'argent qui pourrit jusqu'à la conscience des hommes !"

(François Mitterrand, extrait du discours prononcé lors du Congrès d'Épinay, 13 juin 1971)

"L'argent qui corrompt, l'argent qui achète, l'argent qui écrase, l'argent qui tue, l'argent qui ruine, et l'argent qui pourrit jusqu'à la conscience des hommes"... Cela est tellement vrai... Comment pourrai-je ne pas approuver mille fois ces propos, moi qui est toujours détesté et méprisé l'argent et ceux qui l'adorent comme une valeur en soi ? Et pourtant, paradoxalement, Mitterrand était fasciné par les hommes d'argent : comment expliquer, par exemple, le fait qu'il ait pu ainsi nommer par deux fois, en avril et décembre 1992, quelqu'un comme Bernard Tapie ministre de la Ville ? Que valaient alors les propos tenus au congrès d'Epinay de 1971, après la décennie des "années fric" qu'a été celle des années 1980, et dont Tapie fut, en France, un des plus illustres représentants, avant de devenir, plus tard, ministre du gouvernement Bérégovoy, par la volonté de Mitterrand ? Oui, assurément, l'argent corrompt tout...

Les abus de pouvoir constituent, évidemment, l'autre aspect négatif parmi les plus importants... De ce point de vue, l'affaire la plus représentative de cet aspect, et l'une des plus scandaleuses à mes yeux, est la fameuse affaire des écoutes téléphoniques de l'Elysée, révélée dans la presse dès 1993... Les faits sont avérés : de 1983 à 1986, des centaines de personnes, anonymes ou ayant une certaine notoriété - comme le journaliste Edwy Plenel, l'écrivain Jean-Edern Hallier, ou l'actrice Carole Bouquet -, ont fait l'objet d'écoutes téléphoniques illégales pratiquées par la cellule "anti-terroriste" de l'Elysée, crée par François Mitterrand en 1982. Apparemment soucieux de protéger divers éléments de sa vie personnelle, notamment l'existence de sa fille cachée Mazarine Pingeot, Mitterrand avait ordonné lui-même certaines écoutes et avait laissé faire pour d'autres. Cette affaire a marqué la seule condamnation judiciaire symbolique de François Mitterrand, désigné comme "l'inspirateur et le décideur de l'essentiel" dans cette affaire lors d'un jugement du tribunal correctionnel de Paris prononcé en... 2005.

Et puis, pour revenir à quelque-chose de plus léger, l'héritage de Mitterrand, c'est aussi la masse d'écrits qu'il a suscité... Assurément, François Mitterrand a fait couler beaucoup d'encre, c'est le moins que l'on puisse dire. Tous ceux qui se sont, à un moment ou à un autre, estimés être des témoins privilégiés des faits et gestes du grand homme, se sont sentis obligés de publier des livres sur ce qu'ils ont vu et entendu, ou cru voir et entendre. Pour qu'il y en ait eu autant, ces témoignages divers et variés des mitterrandolâtres, de la veille ou du lendemain, ont sans doute fait le bonheur des éditeurs pendant des années... On a même fini par faire "témoigner" la chienne de Mitterrand, le labrador Baltique, compagnon fidèle du président jusqu'à sa mort, et que l'on a pu voir en 1996, à l'occasion des funérailles de son maître à Jarnac, obligée de rester à l'extérieur de l'église, sur le parvis, sous la garde du sénateur Michel Charasse...
 Ainsi, quelque temps après la disparition de son maître, les mémoires de Baltique furent progressivement publiés, en plusieurs volumes, de 1996 jusqu'en mai 2001, lors du vingtième anniversaire de l'élection du président socialiste : Aboitim 1. Neuf années dans les secrets de François Mitterrand (1996), Aboitim 2. Ma Part d'héritage (1997), Aboitim 3. Pour solde de tout compte (1998), et Aboitim 4. Oua Oua m'a dit : Vingt ans de secrets d'État (2001)... Il s'agit d'une sorte de pastiche des célèbres Verbatim de Jacques Attali, ancien conseiller spécial de Mitterrand devenu avec cette somme mitterrandienne en trois tomes que sont lesdits Verbatim, le chroniqueur auto-proclamé d'une bonne partie du règne du président. Le prétendu témoignage de Baltique a eu au moins le mérite de tourner en dérision, sur la forme tout du moins, cette manie qu'on eu la plupart des mitterrandolâtres de vouloir publier leur "part de vérité" sur le pèlerin de Solutré... Je suis actuellement en train de lire la compilation des trois premiers volumes de ces Aboitim (Aboitim, la compil [2001]) : cela me divertit... Qu'est devenue Baltique aujourd'hui ? Le brave labrador présidentiel, dans le meilleur des cas, est censé avoir environ vingt ans cette année, âge canonique pour un chien, comme chacun sait. En vérité, il est probable que Baltique a rejoint son maître dans l'au-delà... Restent ses mémoires d'outre-niche, dont la lecture est assurément fort divertissante.

Les temps changent cependant... Aujourd'hui, on ne se contente plus de témoigner :
désormais, on fait parler François Mitterrand. Citoyens, Mitterrand est parmi nous. Il croit toujours aux forces de l'esprit et ne nous quitte pas. Durant ces derniers mois, et jusqu'à dimanche dernier, il a même eu son blog, François-Mitterrand-2007, que j'ai déjà eu l'occasion d'évoquer ici et là, dans lequel un pseudo-crypto-Mitterrand a publié régulièrement des messages d'outre-tombe, plutôt bien écrits du reste, sur les turpitudes de la vie politique d'aujourd'hui, avec des anecdotes, des souvenirs présidentiels, et quelques révélations censées être croustillantes, attirant ainsi beaucoup de lecteurs internautes, y compris des journalistes... Le modèle semblait si bien imité que cela a évidemment été de nature à exciter le microcosme de la blogosphère... Voici, à titre d'exemple, ce qu'a écrit le 31 mai dernier, ce pseudo-crypto-Mitterrand sur son blog, à propos de Jacques Attali, son ancien conseiller spécial, sur le point de devenir aujourd'hui un chargé de mission auprès du nouveau président Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa :

"Ces derniers jours, Attali a beaucoup raconté l'origine de sa grande amitié pour le nouvel élu. Ce qu'il y a de formidable avec mon ancien conseiller, c'est qu'il trouve toujours un moyen de ne pas déformer les faits tout en les dénaturant, ce qui relève d'une construction intellectuelle complexe et qui me fut bien utile en mon temps, je l'avoue bien volontiers. Je m'en vais donc vous éclairer à ce sujet.

Il est vrai qu'au début de mon premier septennat, un certain Nicolas Sarkozy a demandé rendez-vous à Attali afin de lui demander des conseils sur les moyens de parvenir à la présidence de la République. C'était une demande assez originale et Attali s'en est ouvert à moi, non pas, comme il le narre aujourd'hui, pour s'extasier devant l'ambition du jeune homme, mais parce que il estimait avoir affaire à un type un peu illuminé. Pour tout vous dire, par crainte du ridicule, il ne voulait pas le recevoir et c'est moi qui lui ai conseillé d'accepter, lui expliquant qu'il ne faut pas jamais laisser passer les occasions d'approcher un adversaire de près. Je vous en fais juge, mais vous constaterez comme moi que la naissance de cette belle amitié méritait d'être restituée dans sa pureté historique. Du reste, après l'entrevue, Attali m'a confié avoir trouvé le personnage un peu inquiétant, agité, pétri de tics nerveux, en proie à une ambition sans doute hors d'atteinte pour lui, mais pas complètement antipathique. Je lui ai conseillé de conserver et de cultiver le contact avec ce proche du président du RPR, dont il parlait beaucoup, car il représentait à ce titre une mine d'informations non négligeables. Croyez-moi, en 1986-88, cela a été bien utile d'autant que Sarkozy oeuvrait chez Pasqua.

Je vous livre tout cela pour votre gouverne personnelle, surtout n'allez pas le répéter ailleurs, ou alors, ne mettez pas ces propos dans ma bouche, je ne voudrais pas que cela excite le nouvel élu, Attali attend beaucoup de lui."


(Extrait du message "Attali et Sarkozy, Peillon, Post-scriptum", par le pseudo-crypto-Mitterrand du blog François-Mitterrand-2007, 31 mai 2007)

En fait, l'auteur du blog François-Mitterrand-2007, s'il a pu faire sourire par son style un peu pompeux, ses traits d'esprit, son sens de la formule, semblait essentiellement animé par quelque motivation politicienne fort peu appréciable ...
J'ai ainsi noté que ce pseudo-crypto-Mitterrand avait pris un malin plaisir à mépriser la possibilité d'un rapprochement entre le centre et le PS, que ce soit entre les deux tours de l'élection présidentielle, ou après la victoire de Sarkozy de Nagy-Bocsa... Voici, à titre d'exemples, quelques extraits que j'ai pu noter, avant que l'auteur du blog n'efface soudainement l'ensemble de ses billets, juste avant de quitter la scène :

"Le parti socialiste actuel n'est pas le fruit du congrès d'Epinay, il est le produit du congrès de Rennes [de 1990]. Il demeure le parti de Lionel Jospin et de ses pratiques, un héritage avec lequel Hollande, par commodité, n'a pas pu, n'a pas voulu, n'a pas su rompre. Depuis 2002, les atermoiements, les hésitations, les inconnues, les désarrois, les ambiguïtés ont pesé et continuent de peser sur le destin d'un parti qui me parait encore conduit par le fantôme politique de l'ancien Premier ministre. Il faut sortir de cette situation aujourd'hui. L'union de la gauche est morte avec le PCF et Marchais, la gauche plurielle est morte avec les Verts et Voynet, et s'il faut invoquer Epinay et Metz, ce sera pour rappeler que seule la constitution d'un front de classes, c'est à dire la construction d'une majorité politique s'identifiant à la majorité sociale du pays, permet aux socialistes d'accéder durablement au pouvoir.

Aujourd'hui, la constitution de ce front impose de rallier les électeurs de François Bayrou. Tout doit être mis en oeuvre pour y parvenir. L'Elysée vaut bien un débat. Mais qu'on ne s'y trompe pas, en acceptant de débattre avec Bayrou, Royal ne se livre pas aux centristes. Bayrou a décidé de jouer (sans se l'avouer d'ailleurs) les Georges Marchais du centrisme, grand bien lui fasse, le même sort l'attend. Le comportement du leader de l'UDF au cours de cet entre deux tours d'élection présidentielle peut donner à ses électeurs le goût, puis l'habitude de voter socialiste. C'est de cette façon que le PS a reconquis l'électorat communiste tout au long des années 70. Relisez mon discours prononcé devant l'Internationale socialiste en 1971, et remplacez les mots « communiste » par « centriste » ; vous comprendrez alors le sens de la stratégie déployée depuis trois jours par Ségolène Royal. Lors des élections législatives à venir, et quel que soit le résultat de l'élection présidentielle, le mode de scrutin majoritaire et l'impitoyable bipolarisation qu'il entraîne, produiront leurs effets habituels. L'UDF sera broyée, mais, et c'est cela qui importe, entre temps, Ségolène Royal se sera octroyée les moyens de remporter l'élection présidentielle. C'est bel et bien cette ligne là qui est conforme à l'héritage du congrès d'Epinay, et Royal est bien inspirée de la suivre."

(Extrait du message "Stratégie et Epinay, Chevenement et Royal", par le pseudo-crypto-Mitterrand du blog François-Mitterrand-2007, 26 avril 2007)

"Au-delà de ces élections législatives, d'ores et déjà perdues, il importe de poser les bases stratégiques qui offriront aux électeurs des classes populaires qui ont cédé au vote Sarkozy l'envie et le besoin de revenir vers les socialistes. J'ai déjà évoqué ce sujet ici, lorsque Rocard et autres « Gracques » ont agité une énième fois leur vieux joujou UDF. C'est aussi ce que souhaite Strauss-Kahn et ses amis. Quand comprendront-ils que l'UDF est morte au soir du premier tour de cette élection présidentielle ? Quand reconnaîtront-ils que les électeurs de gauche égarés un instant sur le vote Bayrou sont tous revenus le 6 mai ? Ces questions appartiennent au passé. Les victoires de demain ne se dessineront pas à coup d'alliance inutile avec un corps mort à qui serait offert une chance de survivre ainsi artificiellement par la grâce de socialistes timorés.  Une telle alliance reviendrait pour le PS à abdiquer toute ambition populaire, toute volonté de rassembler. Il serait condamné à n'être qu'un parti de petits bourgeois, voués à l'opposition pour l'éternité."


(Extrait du message "Vie privée et présidence, PS et classes populaires", par le pseudo-crypto-Mitterrand du blog François-Mitterrand-2007, 8 mai 2007)

Précisons qu'en évoquant "Rocard et autres « Gracques »", le pseudo-crypto-Mitterrand faisait allusion, d'une part, au fait que Michel Rocard avait lancé un appel, le 13 avril dernier, dans Le Monde, pour une alliance entre François Bayrou et Ségolène Royal, avant le premier tour de l'élection présidentielle - idée alors aussitôt rejetée par les responsables du PS -, et d'autres part, au fait que, le 22 mars dernier, un groupe informel de hauts fonctionnaires sympathisants ou militants socialistes, de sensibilité delorienne et strauss-kahnienne, anciens collaborateurs de François Mitterrand et des gouvernements des Premiers ministres Michel Rocard, Pierre Bérégovoy et Lionel Jospin, avait lancé, sous le pseudonyme collectif des "Gracques", dans l'hebdomadaire Le Point, un appel pour une alliance entre le PS et l'UDF afin de recomposer la vie politique. C'était évidemment avant le premier tour de l'élection présidentielle, et avant la naissance du jeune Mouvement Démocrate (MoDem), que François Bayrou a voulu ouvert sur le centre-gauche...

François Mitterrand, le vrai, n'a jamais été, en son temps, très favorable à un rapprochement des socialistes avec le centre, loin s'en faut, mais le fait est que les temps ont changé depuis, et que la réalité politique d'aujourd'hui est sensiblement différente de celle des années 1970-1995... Je ne sais ce qu'aura cherché le pseudo-crypto-Mitterrand bloggeur en récitant, comme il l'a fait à longueur de billets bien tournés, un catéchisme mitterrandien finalement assez éloigné du soucis d'adaptation et de la prudence qui caractérisait le vrai président Mitterrand...

La lecture de ce blog ayant, du reste, été sensiblement moins pénétrante que celle des Essais de Montaigne, et moins divertissante que celle des mémoires d'outre-niche de Baltique, je ne m'attarderai pas sur cet épiphénomène de la blogosphère, apparu - si mes souvenirs sont exacts - en mars dernier, et désormais terminé : "Dieu" n'est pas mort, mais il est reparti, même s'il ne nous quitte pas...

"L'heure est venue pour moi de m'en retourner. Ce qui s'est levé ne retombera pas et ce qui n'a pas eu lieu en 2007 s'accomplira en 2012. Je le souhaite de tout coeur. Pour ma part, j'ai dit tout ce que j'avais à dire, tentant d'éclairer de mon mieux le spectacle du monde qui va. Je n'ai plus rien à ajouter.

 Je m'en retourne confiant,  le coeur plein de gratitude envers celles et ceux qui m?ont fait confiance tout au long de ces jours difficiles et qui m'ont tant donné.

 Je m'en retourne aussi avec la volonté de laisser les choses en bon ordre derrière moi.

[...]

 Je vous le répète encore une fois, en guise de conclusion : Etre en accord avec soi-même, je ne connais pas de meilleur bulletin de santé. Je crois aux forces de l'esprit, je ne vous quitterai pas."


(Extrait du message "Nouveau départ", par le pseudo-crypto-Mitterrand du blog François-Mitterrand-2007, 10 juin 2007)

Je concluerai, pour ma part, en disant simplement que, pour moi comme pour d'autres, François Mitterrand fut, comme l'écrivit l'historien François Furet en 1997, "immense dans son genre, mais limité par ce genre même", et que ceux qui prétendent parler, écrire, et donner des leçons en son nom, que ce soit à visage découvert ou sous couvert d'anonymat, seraient tous bien inspirés d'en prendre conscience...

Cordialement, :-)

Hyarion, le démocrate anarcho-monarchiste, résolument anti-sarkozyste.

(Illustrations : Portrait officiel de François Mitterrand, président de la République, photographie de Gisèle Freund, 1981 ; Chanson "Appelez-moi Dieu !", par la marionnette Kermitterrand du Bébête Show, pochette de disque, 1990 ; François Mitterrand, ministre de la Justice du gouvernement Mollet, à Monaco en 1956, représentant la France au mariage de Grace Kelly et de S.A.S le Prince Rainier III de Monaco, détail d'une photographie ©Institut François Mitterrand/Courtesy éditions Phyb ; François Mitterrand donnant le départ à un concours de labours dans la Nièvre 13 septembre 1987, photographie de l'Agence France Presse, ©Gérard Cerles/AFP ; Michel Rocard et François Mitterrand, le 19 avril 1988, photographie de l'Agence France Presse, ©Patrick Hertzog/AFP ; La Pyramide du Louvre à Paris, photographie de Yann-Arthus-Bertrand ; Caricature de François Mitterrand, par Michel Cambon, publiée in Le Jeu politique, de Stéphane Baumont, Toulouse, Editions Milan, 1997 ; Couverture de Aboitim, la compil [2001], par Baltique, labrador présidentiel ; Couverture de l'édition de poche de Aboitim 1. Neuf années dans les secrets de François Mitterrand [1996], par Baltique, labrador présidentiel ; Petit portrait de François Mitterrand reproduit sur le blog François-Mitterrand-2007 [http://francoismitterrand2007.hautetfort.com/], en mars-juin 2007, photographie sans date ; François Mitterrand à Latché, dans les Landes, avec sa chienne Baltique, le 4 janvier 1990, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP)

commentaires

nef 21/06/2007 18:10

Hyarion à lire également sur le site de Birenbaum mercredi 6 septembre 2006 La rénovation du parti socialiste. Les commentaires de Bruno-Roger Petit.

Hyarion 22/06/2007 07:42

Lu dans les commentaires du message "La rénovation du parti socialiste" (6 septembre 2006) de l'éditeur Birenbaum sur son blog : «"La politique, c'est les femmes" "Dans les affaires importantes, il faut faire marcher les femmes" Talleyrand[...]Ecrit par : Bruno Roger-Petit | mercredi, 06 septembre 2006 11:21»J'ai le vague souvenir que le pseudo-crypto-Mitterrand bloggeur apparu en mars 2007 aimait bien, lui aussi, citer Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, dit Talleyrand, même si je ne me rappelle pas exactement dans quels billets le faux-revenant a fait référence au célèbre diplomate et homme politique... Du reste, le citation de Roger-Petit semble parfaitement s'accorder avec les positions très ségolènistes dudit pseudo-crypto-Mitterrand... Décidément, si les petits copains d'Arnaud Montebourg n'ont pas laissé volontairement tous ces indices sur Internet, je me demande ce qu'ils espèrent en voulant continuer à se cacher derrière un anonymat qui en est de moins en moins un... Merci, en tout cas, pour tous ces tuyaux, cher Nef (ou chère Nef ? J'avoue que j'ai un doute... ;-)...).Cordialement, :-)Hyarion, le démocrate anarcho-monarchiste.

nef 21/06/2007 17:48

Hyarionl'épouse et Sarko la note du 6 avril 2007, parle des sondages et de Jean-Marc Lech ainsi que des rapports sarko-bernadette, il est intéressant de le mettre en parrallèle avec l'émission du 31 janvier 2007 de j'ai mes sources sur France Inter à laquelle collabore Petit.Invité Jean-Marc Lech.

Hyarion 22/06/2007 06:27

Dans le billet du pseudo-crypto-Mitterrand bloggeur, daté du 6 avril 2007, auquel tu fais allusion, cher (ou chère) Nef, on peut lire ceci (je le recopie pour que tout le monde puisse suivre ;-) ) : « L'Epouse et Sarkozy, sondages et réalités
 La famille de mon successeur [Jacques Chirac] ne lasse pas de m’étonner. Cette faculté à accepter les humiliations apparentes dès lors qu’il s’agit de sauvegarder les intérêts du clan, c'est-à-dire préserver un train de vie confortable, est une marque de caractère qui mérite d’être saluée. A l’heure du bilan, on est en droit de se demander si rien d’autre n’a compté pour cette famille que le bien-être offert par les palais publics qu’ils ont occupés durant quarante ans, au risque de finir leur vie publique dans le bureau d’un juge d’instruction, terrifiante perspective qui dépendrait  du bon plaisir d’un Sarkozy éventuellement élu. 
 C’est cela aussi la vie politique. Il ne faut jamais l’oublier, toute situation est porteuse de son contraire, et il faut se garder de ne se fier qu’aux apparences. Il se bâtit des rapports de force entre les uns et les autres qui se gravent dans le marbre et ne se démentent plus. J’imagine bien ce qu’a pensé hier l’épouse de mon successeur, obligée, en apparence, de multiplier lors de son déplacement lyonnais, les gestes d’allégeance à l’égard d’un homme aux manières de nouveau riche, qu’elle méprise au plus profond d’elle-même, et qu’elle se délectait à humilier en public lors de la précédente campagne présidentielle.
 Souvenez-vous des supputations de 2002. Qui à Matignon en cas de réélection du président sortant ? Raffarin ? Douste-Blazy ? (Franchement, ça ne pouvait pas être pris au sérieux, mais il y a toujours des gogos pour gober ce genre de sornettes…). Ou bien ce Sarkozy qui s’était déjà à l’époque autoproclamé premier ministre de droit ? Les pronostics allaient bon train, et je dois dire que mon successeur a plutôt bien mené sa barque dans cette affaire. Ceci étant posé, c’est à cette époque de grandes interrogations dans la campagne, que son épouse décida de s’offrir un voyage en avion avec le maire de Neuilly, pour un court déplacement en province. Durant le trajet, la conversation roula sur les rumeurs entourant la nomination du prochain Premier ministre. Sarkozy ne pipait mot, évidemment. Et c’est là que l’épouse se tourna vers lui, tout sourire, pour lui demander d’un air faussement naïf : « Et vous Nicolas, vous voyez qui comme Premier ministre de mon mari ? ». Sarkozy, qui ne se contrôlait pas plus hier qu’aujourd’hui, s'empourpra, parait-il, si violemment que certains des témoins de la scène s'inquiétèrent d’un possible malaise. L’épouse continua de le fixer de ses yeux d’acier, tout sourire, feignant toujours l’innocence. Au bout de longues, longues ; très longues secondes de réflexion, Sarkozy finit par bredouiller : « Je ne sais pas madame », sur le ton penaud d’un petit garçon qui n'a pas appris sa récitation et qui est sèchement corrigé  par la maîtresse d’école.
 C’est en pensant à cette anecdote que j’ai dit au début de ce développement que l’humiliation de l’épouse de mon successeur n’était qu’apparente hier à Lyon. Cette femme sait la faiblesse du candidat de l’UMP. Et elle sait qu’il sait. D’ailleurs, Sarkozy, quand il a narré cette histoire à son entourage, en a tiré la conclusion qui s’imposait d’elle-même : « Dans le fond, a-t-il dit, cette femme est méchante. »
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 Je suis lassé de lire chaque jour les sondages IPSOS à destination du « Point » et de France 2, qui attribuent au premier tour de l’élection présidentielle plus de 31% des voix, là où les autres instituts le situent à 26 ou 27 %, au candidat de l’UMP. En cas de victoire de ce dernier, je crois qu’il faudra peut être se pencher avec intérêt sur les commandes de sondages et autres enquêtes d’opinion qui seront faites par l’Etat auprès de cet institut. A simple titre informatif, bien sûr, sans y voir malice, et sans suspecter le moins du monde une relation de cause à effet; je ne suis pas un obsédé du complot. Je le dis d’autant plus, qu’à une certaine époque, à l’Elysée, mes services ont eu recours aux équipes de Jean-Marc Lech (par la suite, il a offert ses offices à mon successeur). J’ai appris qu’il se plaisait à conter sur les ondes de Radio Luxembourg, à l’émission « les Grosses Têtes », que certaines de ses prestations étaient rémunérées sous la forme de grandes enveloppes de papier kraft. C'était un système hérité de mes prédécesseurs. Plus tard, il a été naturellement fait en sorte d’assurer la transparence la plus totale lors de ces opérations. Toutes les règles de comptabilité publique furent dès lors respectées. D’une certaine façon je l’ai regretté. Mes collaborateurs ne pouvaient plus me rapporter l’empressement que mettait M.Lech à s’emparer des grosses enveloppes qu’on lui tendait, et à les glisser dans la poche de son pardessus, l’œil brillant et le sourire béat. »
Comme toi, Nef, j'ai pu constater que le 31 janvier dernier, Jean-Marc Lech, fondateur et co-président de l'institut de sondages IPSOS, faisait partie des invités de l'émission radiophonique matinale "J'ai mes sources" de Colombe Schneck, sur France Inter. Dans le résumé de l'émission publié sur le site de la radio publique généraliste, on peut lire, à propos dudit Jean-Marc Lech : "Fait partie de ceux qui ont été "virés" par Claude Chirac, alors qu'il a travaillé auprès d'elle pour la campagne présidentielle de 1995. Il a sans doute été viré à l'instigation de sa mère, Bernadette Chirac, puisqu'au cours d'interviews qu'il a pu donner, il a dit qu'elle ne servait à rien dans l'univers politique de son mari. Dans la famille Chirac, quand l'un vous met une "fatouah", aucun des deux autres ne bouge le petit doigt."Et là, comme dirait l'autre, "c'est là que l'histoire devient marrante"... ;-) Toujours en lisant le résumé de l'émission de radio, on constate que l'un des chroniqueurs de ladite émission n'est autre que le fameux Bruno Roger-Petit, ex-présentateur du journal de la nuit de France 2, et proche d'Arnaud Montebourg, dont on a déjà parlé. A son propos, on peut lire : "[Bruno Roger-Petit] a vécu avec Claude Chirac de 1981 à 1985 ... enfin, il a surtout fait les mêmes études qu'elle dans les mêmes facultés : droit, puis ensuite Sciences Po. Il a donc plutôt côtoyé une femme discrète, qui parlait à peu de monde et qui avait même été surnommée l'ombre par certains, tant elle tendait à raser les murs jusqu'à s'y fondre. Mais elle a quand même fait du bruit, en 1986, lorsqu'elle a quitté Sciences Po en cours d'année, une attitude que les autres élèves ont trouvée inimaginable."Décidément, on l'aura compris, le monde est petit... ;-)Cordialement, :-)Hyarion, le démocrate anarcho-monarchiste.

nef 21/06/2007 15:40

HyarionZozoterie vient d'une citation de Rebatet. Si cela t'évoque quelque chose, n'hésite pas à me le communiquer.

Hyarion 22/06/2007 05:12

Merci pour l'info, cher (chère ?) Nef.Après le villiériste Coûteaux, voila donc l'antisémite et collaborationniste Lucien Rebatet : décidément, la qualité des références littéraires ne va pas en s'améliorant... Ceux qui sont derrière le blog Francois-Mitterrand-2007 n'ont apparemment pas hésité à mettre leur nez là où je n'oserai peut-être même pas mettre le bout de mon parapluie... ;-)Le fait est que, selon certains, François Mitterrand (le vrai) aurait, vers la fin de sa vie, acheté chez un libraire, moyennant la somme de 25 000 francs, une édition originale d'un livre de Rebatet, fasciste autoproclamé et apologiste de la collaboration avec l'Allemagne nazie pendant l'Occupation, mais aussi auteur d'Une histoire de la musique (1969), encore citée en référence aujourd'hui... Cordialement, :-)Hyarion, le démocrate anarcho-monarchiste.

Sauron 20/06/2007 20:33

Cool, merci Hyarion!
j'aime le côté "mitterrand l'européen raconté aux enfants" de l'article, mais c'est bien gentil de me l'avoir dégoté!
A la lecture de cet article, et en le comparant avec mes connaissances de la période, Mitterrand me parait avoir été victime d'un certain nombre d'impuissances terriblement européennes, qui peuvent être résumées en un mot : désamour de soi.
Ce qui se traduit par les comportements de boutiquier au moindre problème véritable, par l'impossibilité de lutter pour des valeurs en lesquelles on ne croit plus (même les plus essentielles, comme l'exemple de l'Ex Yougoslavie l'a trsitement montré), et, finalement, par des morceaux de bravoure (Maastricht, relance de la CEE en 81..) qui n'ont de bravoure que le nom, puisqu'ils ne sont que des pas en avant vers une bureaucratisation et une dépolitisation accélérée du processus de construction européenne.
Enfin, c'est bien lors des moments clef, où tout peut réellement basculer, que l'on voit réellement le bon sens et l'honneteté des dirigeants. Or, que ce soit en Ex-Yougoslavie ou lors de la réunification, Mitterrand a totalement manqué de l'une et de l'autre. Dommage pour lui, et pour nous aussi.
Sauron

Sauron 20/06/2007 18:13

Hum hum, un peu léger comme réponse , Hyarion!
ou sont les arguments? les miens sont posés, et tiennent des faits, et non d'un pur parti pris ne reposant sur rien...
Concernant les aménagements parisiens, ma réponse faisait moins référence à mitterrand en lui-même qu'à une vision étatiste qui nous a été transmise par la géo universitaire, selon laquelle rien n'existerai en France si la politique d'aménagement du territoire (menée par notre merveilleux et glorieux Etat) n'avait pas existé. A se demander, en sortant de ces cours, si Londres, New York ou Tokyo disposent d'un aéroport, d'une rocade, ou d'un accès à l'eau potable...
Concernant l'Europe, j'avoue que Mitterrand avait de solides excuses, tout comme Thatcher : esprits du 19eme siècle, ils n'avaient plus vraiment les moyens intellectuels de piger le monde de 1989. L'Allemagne était pour eux restée cet éternelle menace qu'elle était depuis 1870... Pour Thatcher, c'est plus rigolo encore : le projet européen lui rappelait Bonaparte et l'unification continentale face à l'Angleterre seule... Il n'empêche, pour des dirigeants de cette trempe et de cette carrure, ce genre d'"erreurs d'appréciations" devrait conduire tout droit à l'abattoir électoral.

Hyarion 20/06/2007 19:10

Mon cher Sauron, concernant les grands travaux, il ne s'agissait pas de construire des aéroports, des rocades ou des réseaux d'eau potable : il s'agissait de doter le pays - mais ne l'ai-je pas déjà dit ? - de grandes institutions culturelles modernes, qui manquaient à la France en 1981, et qui n'ont pu voir le jour que parce que l'Etat le voulait bien, d'autant plus qu'à l'époque, la décentralisation n'était pas ce qu'elle est aujourd'hui... Et concernant l'Europe, je constate que tu réduis l'action de François Mitterrand à l'attitude, pour le moins prudente, qu'il a eu en novembre 1989, au moment de la chute du Mur de Berlin, et là, pour le coup, c'est ton argument qui me parait un peu léger, car l'engagement européen de Mitterrand, que tu le veuille ou non, a été réel... Voici un article de Jean Musitelli, membre du Conseil d’Etat, porte parole de la Présidence de la République de 1991 à 1995, publié dans la Lettre n° 8 de l’Institut François Mitterrand (juin 2004), et intitulé "François Mitterrand, l'européen". C'est un peu long, et pas forcément très neutre, mais cela peut, peut-être, t'ouvrir un peu les yeux :-) ...« François Mitterrand, l’européenPar Jean Musitelli,  le 2 juin 2004.L’Europe traverse comme un fil rouge la vie et l’action politique de François Mitterrand. Pendant plus d’un demi-siècle, il en a vécu tous les épisodes, connu tous les acteurs.De la constance de son engagement européen, quelques dates-clé portent témoignage. En 1948, jeune député, il assiste au Congrès de La Haye où se côtoient les pères fondateurs de l’Europe à venir. Dans la foulée, il adhère au Mouvement européen. En 1953, il s’abstient de soutenir le projet de Communauté européenne de défense (CED), parce qu’il considère qu’elle n’a d’européen que le nom. En 1965, candidat de la gauche à l’élection présidentielle contre le général De Gaulle, il fait de l’Europe un des chevaux de bataille de sa campagne, en dépit des positions antieuropéennes de ses alliés communistes. En 1973, premier secrétaire du Parti socialiste, il impose à ses amis politiques qu’il juge beaucoup trop tièdes une ligne plus favorable à la construction européenne. En 1983, Président de la République, il choisit de maintenir la France dans le système monétaire européen contre ceux qui préconisent le repli national et la solution protectionniste. En 1992, il met son autorité politique en jeu en provoquant un référendum sur le Traité de Maastricht alors que rien ne l’y oblige.Il y a bien des manières d’être Européen, celle des idéalistes et celle des réalistes, celle des politiques et celle des technocrates, celle des fédéralistes et celle des unionistes. Celle de Mitterrand n’appartient qu’à lui : elle se distingue par une conviction tenace et un pragmatisme foncier. Il est bien connu que la conviction sans le pragmatisme se solde généralement par l’impuissance et que le pragmatisme sans la conviction a tôt fait de dégénérer en opportunisme. François Mitterrand, lui, s’est efforcé de travailler au plus près des réalités, de raccourcir la distance entre le souhaitable et le possible, sans perdre de vue la dimension de rêve qui s’attachait à ce qu’il a appelé « la grande aventure qui restera l’oeuvre majeure de notre génération ».La vocation européenneD’où vient la vocation européenne de François Mitterrand ? C’est moins dans sa formation intellectuelle qu’il faut en chercher la source que dans son expérience vécue d’homme du XXe siècle qui en a connu tous les déchirements et tous les bouleversements. Il en a tiré deux grandes leçons : la première, que l’Europe devait s’unir pour survivre ; la seconde, que l’avenir de la France s’inscrivait sur cet horizon.La nécessité de l’Europe pour la paixPour François Mitterrand, l’Europe n’est ni une mystique, ni une utopie. C’est une oeuvre de raison dictée par une nécessité historique : éviter la répétition de ce mal absolu qu’ont été les deux guerres mondiales. « Je suis né pendant la première guerre et j’ai fait la deuxième. J’ai vu ce que cela était. J’ai vu deux grands peuples (...) riches de culture et d’histoire se détruire ». Il a été prisonnier en Allemagne pendant dix-huit mois, s’est évadé à sa troisième tentative après avoir été repris deux fois, a découvert à la Libération l’horreur des camps d’extermination, pour avoir, l’un des premiers, pénétré dans celui de Lanzberg, en mai 1945. « Dès 1948, j’ai ressenti comme une évidence la nécessité de réconcilier ces deux peuples ». Il ne cessera de rendre hommage à ces « hommes qui refusaient les enchaînements de la haine et la fatalité du déclin », les Adenauer, De Gasperi, Spaak, Schuman, Jean Monnet. Il ne faut pas chercher ailleurs les raisons de l’alliance stratégique nouée par Mitterrand avec Helmut Kohl et du fait que le couple franco-allemand a constitué l’irremplaçable moteur de la construction européenne dans les années 80 et 90.Pour François Mitterrand, l’unité de l’Europe est non seulement nécessaire mais possible car la leçon qu’il tire de l’histoire n’est pas univoque. Si les nations européennes n’ont cessé de s’affronter dans des conflits sanglants, elles ont aussi en partage, depuis des siècles, une culture et des valeurs communes, forgées par une longue tradition d’échanges. Mitterrand ne manquait jamais de se référer à ce patrimoine : les universités du Moyen Age, l’épanouissement de la Renaissance, la diffusion des Lumières, les mouvements nationaux de libération, l’émancipation des classes ouvrières et les doctrines sociales sont autant de repères communs qui ont façonné une manière d’être Européen, distincte du reste du monde et propre à légitimer l’aspiration à se rassembler.La nécessité de l’Europe pour la FranceL’amour que Mitterrand voue à la France et l’ambition qu’il nourrit pour son pays comptent pour beaucoup dans son engagement européen. Mitterrand considère que le destin de la France est étroitement tributaire du succès de la construction européenne. « J’estime complémentaire l’indépendance de la France et la construction de l’Europe », écrit-il en 1986. Pour De Gaulle, l’Europe est une option, pour Mitterrand, une nécessité. Là où, en mettant en avant l’ « Europe des patries », le premier récusait en fait tout partage de souveraineté, le second balaie la contradiction et lance la formule : « La France est notre patrie, l’Europe est notre avenir ».Pour être ancien et constant, l’engagement européen de Mitterrand n’a pleinement trouvé son expression que tardivement, dans les années du pouvoir présidentiel. Sous la Quatrième République, les responsabilités ministérielles qu’il exerce ne lui permettent pas de peser de façon significative sur le cours de la construction européenne. A cette époque, la hiérarchie de ses préoccupations le porte plutôt vers les problèmes de l’Union française et de la décolonisation, auxquels il consacrera deux livres, et qui constituent il est vrai pour les dirigeants de la Quatrième République un dossier autrement urgent. En 1954, il s’abstient lors du vote sur la Communauté européenne de défense, dont il écrira plus tard qu’elle aurait constitué une « Europe des maréchaux » qui, en l’absence de pouvoir politique européen, aurait été gouvernée de Washington. Déjà se manifeste ce qui restera un des points cardinaux de la pensée européenne de Mitterrand : la France ne doit s’engager que dans une Europe pleinement européenne et non dans une construction en trompe-l’oeil qui serait le paravent d’une hégémonie quelconque.L’Europe comme création politique : une architecture en mouvement.Peut-on parler d’une philosophie mitterrandienne de l’Europe ? Certainement pas si on l’entend dans le sens doctrinal du terme. François Mitterrand n’est ni un doctrinaire, ni un idéologue. Il n’a pas en tête un modèle théorique qui serait un guide immuable pour l’action. Il connaît trop les contingences et les contraintes de l’action politique, a fortiori internationale, la part d’imprévu propre à toute activité humaine, pour se fier aveuglément aux théories. L’Europe se construit avec des idées, mais surtout avec des Etats : c’est un matériau résistant, pas facilement malléable. Il sait qu’il faudra du temps pour plier les vieux Etats- Nations qui la constituent à des disciplines communes et fondre dans un même moule leurs intérêts divergents. Il croit aux artisans plus qu’aux prophètes, à la méthode plus qu’à l’incantation.En homme d’action qu’il est, Mitterrand attache plus d’importance à la méthode qu’à la théorie. Il est convaincu que l’Europe à construire ne répond à aucun modèle préexistant. Elle est à inventer. Elle doit s’inventer en se faisant, progresser par étapes sans que soit forcément posée, d’emblée, la question de sa finalité. Il faut créer de l’irréversible, capitaliser des réalisations concrètes qui créent des solidarités de fait et modifient le comportement des acteurs. Il sait que si l’on commence par l’institutionnel, on met l’accent sur ce qui sépare, parce qu’en la matière les visions des Etats sont naturellement discordantes. L’important, aux yeux de Mitterrand, c’est donc d’aller de l’avant même si le point d’arrivée reste hypothétique. C’est la pertinence de la direction de marche plus que la certitude du résultat final. Il y voit la seule façon dynamique de réduire les divergences structurelles entre pays européens. Il croit possible de les déborder par le mouvement.Ceci aboutit à un modèle institutionnel sui generis, sans précédent, qui combine, de façon évolutive, des éléments d’un système fédéral impliquant un partage de souveraineté, dont l’union monétaire est l’exemple le plus abouti, et des domaines, tels que la diplomatie et la défense, qui relèvent, à ce stade, de la coopération intergouvernementale. Un tel système a ses inconvénients et ses avantages. Inconvénient, surtout aux yeux de ceux qui rêvent d’une vraie constitution européenne : sa complexité qui le rend difficilement lisible pour les citoyens. Avantage : une grande souplesse qui laisse la voie ouverte à tous les possibles et permet aussi bien d’accomplir, quand les circonstances l’autorisent, des percées éclatantes que de ménager des pauses quand les conflits d’intérêts reprennent le dessus.Une vision éminemment politiquePlus qu’une théorie, il faut donc dégager les idéesforce qui structurent la vision mitterrandienne. Toutes les questions qu’il se pose y ramènent : comment l’Europe peut-elle s’affirmer et faire valoir ses intérêts propres sur la scène mondiale ? Comment aider à l’émergence d’un monde multipolaire et mieux équilibré ? Comment organiser le continent européen pour assurer durablement sa stabilité ? Comment préserver le modèle de société et l’identité des pays qui la composent ?Politique, sa volonté d’inscrire l’unification de l’Europe dans le champ de l’histoire réelle, celle des rapports de force. Le socle sur lequel elle se fondera, ce sont les États-Nations, qui demeurent au coeur de toute géopolitique européenne. La structure de base de la construction reste intergouvernementale. Cela dit, Mitterrand n’est pas hostile au fédéralisme, loin de là. Mais il craint que l’affichage prématuré d’une visée fédéraliste ne provoque, en France, une levée de boucliers et, dans le concert européen, une rupture de la part de ceux qui y sont radicalement opposés, le Royaume-Uni au premier chef. Il faut aller vers un partage de plus en plus étendu des souverainetés, mais sans brûler les étapes, en préparant soigneusement le terrain pour chacune des avancées, comme ce sera le cas pour l’union monétaire.Europe politique ne doit pas être entendu comme Europe partisane. L’Europe n’a rien à voir avec une idéologie. À ses yeux, elle les transcende toutes. À plusieurs reprises, il s’oppose à ses amis socialistes sur ce point.La dialectique politique-économiePour autant, ses convictions d’homme de gauche ne sont pas absentes de son projet européen. Elles l’inspirent en profondeur. Il se sépare radicalement des conceptions libérales qui voient surtout dans l’Europe la construction d’un espace économique sans barrières, d’un marché sans régulation, offrant aux compagnies multinationales un terrain de manoeuvre à leur mesure. Pour Mitterrand, qu’inspire un fond de keynésianisme, c’est au contraire un champ dans lequel l’intervention publique conserve sa nécessité et sa légitimité. Il est convaincu que l’Europe peut apporter sa pierre à la lutte contre le chômage, même si la responsabilité première revient aux politiques nationales. En 1981, il provoque la stupéfaction amusée de ses collègues en proposant la création d’un espace social européen. Il parviendra pourtant partiellement à ses fins en obtenant à Maastricht, onze ans plus tard, que la Charte sociale soit adoptée par onze Etats membres malgré l’opposition britannique.Il est clair que pour lui l’Union ne saurait se réduire à sa seule dimension économique et marchande : « L’Europe n’est pas une manufacture. Elle n’est pas qu’un marché » dit-il devant le Parlement européen, à Strasbourg, le 25 octobre 1989. Il n’en est pas moins l’un des artisans les plus actifs de la monnaie unique. A partir de 1988, l’achèvement de l’Union économique et monétaire (UEM) constitue sa priorité affichée. Dans sa Lettre à tous les Français manifeste pour sa réélection à la Présidence de la République en 1988, il écrit, prémonitoire : « Pour peu que les Européens s’y décident, l’écu constituera avec le dollar et le yen l’un des trois pôles du nouvel ordre monétaire ». Fidèle en cela à la méthode de Jean Monnet, il considère que, si la monnaie unique ne peut se substituer à l’unification politique, qui reste la visée ultime, elle doit en constituer le moteur et favoriser la relance d’une dynamique institutionnelle qui piétine.L’exigence démocratiquePas plus que pour l’Europe des marchands, François Mitterrand n’a de sympathie pour l’Europe des technocrates. Il ne verse pas pour autant dans la démagogie anti-bruxelloise. Mais, il pense que le soin de construire l’Union ne peut pas être laissé à une petite élite, si éclairée soit-elle. L’Europe a besoin d’un baptême démocratique. Elle doit être placée au centre du débat public afin de susciter l’adhésion consciente des citoyens. Pendant trente ans, la construction européenne a été entre les mains d’une avant-garde de techniciens très compétents. Dès lors qu’il s’agit de donner à l’unification un tour résolument politique, dès lors que l’enjeu ne porte plus sur des questions techniques mais sur le partage de la souveraineté en matière monétaire voire diplomatique ou militaire, ses promoteurs ne peuvent éluder l’épreuve et la sanction démocratiques. Le souci d’éviter que le fossé ne se creuse entre élites et population le conduira à soumettre l’indigeste Traité de Maastricht à l’approbation des Français par la voie hautement risquée du référendum et à jeter tout son poids dans la bataille pour que le « oui » l’emporte.« L’Europe doit être elle-même »L’Europe politique c’est, aussi, une Europe souveraine, capable de prendre en charge de façon autonome sa diplomatie et sa sécurité. Pas de vraie souveraineté européenne sans cet attribut essentiel. « Tout corps politique parvenu, d’une façon ou d’une autre à la cohérence acquiert les réflexes de sa propre durée », note-t-il en 1986. Pour constater aussitôt : « L’Europe n’en est pas là ».Si Mitterrand est tellement attaché à l’autonomie de l’Europe, c’est qu’il ne supporte pas la situation de tutelle dans laquelle les circonstances l’ont placée après la guerre. L’Europe, cessant d’être l’acteur de sa propre histoire, était devenue l’objet ou l’enjeu de la rivalité entre deux Empires. Certes il se garde de mettre sur le même pied l’empire américain et l’empire soviétique. Il n’a jamais failli à la solidarité atlantique, surtout dans les moments de crise. Mais la tutelle américaine dans le domaine militaire lui pèse. Il sait que l’Europe ne sera pas en mesure d’assumer pleinement son destin aussi longtemps qu’elle s’en remettra à la protection américaine du soin de sa sécurité. « On ne peut concevoir une Europe solide, écrit-il, en 1988, si elle se révèle incapable d’assurer par elle-même la sécurité des peuples qui la composent. On ne peut non plus concevoir une défense commune sans l’autorité d’un pouvoir politique central ». Il ne se fait pas d’illusion sur la possibilité d’atteindre à brève échéance un objectif aussi ambitieux. Il obtiendra néanmoins à Maastricht, après une rude bataille contre les Britanniques, que figure dans le Traité d’Union européenne l’objectif d’ « une politique de sécurité commune pouvant conduire à terme à une défense commune ».La géographie contre l’histoireEnfin, la nécessité de construire un ensemble ouesteuropéen solide et prospère est inséparable d’une vision globale du continent. Mitterrand a toujours considéré que le premier devoir de la Communauté était de ne pas oublier l’autre partie de l’Europe, celle qui pendant quarante ans a été arrachée à son histoire et privée de son identité. Dans les années 80, il lance le slogan “ Dépasser Yalta ”. « Je veux qu’on s’habitue à considérer la division actuelle entre les deux parties de l’Europe comme une frontière de circonstance. Si l’histoire est multiple, la géographie est une » déclaret- il en 1988. Après la chute du Mur de Berlin et les révolutions de la liberté à l’Est, il se préoccupe du sort des nouvelles démocraties, délivrées de la tutelle soviétique mais abandonnées à elles-mêmes et confrontées à d’inextricables problèmes. Le 31 décembre 1989, il lance l’idée d’une Confédération européenne qui permettrait de rétablir la continuité de l’espace européen au sein d’une institution de dialogue et de coopération réunissant, autour du noyau communautaire, toutes les nations démocratiques du continent. Il y voit le plus sûr moyen pour l’Europe de se prémunir contre la résurgence qu’il sent monter, dans les Balkans en particulier, d’un nationalisme agressif sur les décombres de l’empire soviétique. Faute d’avoir donné suite à ce projet, l’Union sera confrontée, sans s’y être préparée, au douloureux problème de l’éclatement non contrôlé de la Yougoslavie.L’Europe en actionIl n’est pas question ici de retracer dans le détail l’ensemble de l’action de François Mitterrand pendant les quatorze années où il a exercé le pouvoir suprême. Ce que je voudrais, c’est illustrer les deux moments clé de son action, ceux où le destin de la construction européenne a basculé dans le bon sens : la période 1984-85, qui est celle de la relance après une longue période de stagnation et la période 1989-91 où l’effondrement du bloc soviétique et la réunification allemande font vaciller le projet européen.1984-85 : le déblocage et la relance de la CommunautéLorsque Mitterrand arrive au pouvoir en 1981, la Communauté européenne est enlisée. L’heure est à l’europessimisme. Depuis 1979, date de la création du système monétaire européen et de la première élection du Parlement européen au suffrage universel, aucun progrès n’a été enregistré. L’Europe fait du surplace. Aucune perspective politique ne se dessine. Le plan Genscher-Colombo reste lettre morte. Les contentieux de nature technique s’accumulent : excédents laitiers, montants compensatoires monétaires, plafonnement de la PAC, financement des programmes méditerranéens etc. Les Conseils européens successifs sont incapables de les régler. La responsabilité principale en incombe au gouvernement conservateur britannique. Mme Thatcher a pris l’Europe en otage. Elle bloque toutes les décisions essentielles en attendant que l’on obéisse à son injonction : « Give me my money back ». L’élargissement de dix à douze est également en panne. La France, par la voix de son précédent Président, M. Giscard d’Estaing, a rejeté le calendrier prévu pour l’intégration de l’Espagne. Les Dix donnent le triste spectacle de querelles de boutiquiers. Les intérêts nationaux, parfois les plus étriqués, prennent le dessus sur la volonté commune. Face à ce blocage, François Mitterrand réagit en deux temps : le règlement des contentieux d’abord, puis la relance. Au préalable, il prend deux décisions qui vont asseoir sa crédibilité européenne : le 19 janvier 1983, par son fameux discours au Bundestag, il appuie la position d’Helmut Kohl, favorable au déploiement des missiles de l’OTAN, et jette ainsi le fondement d’une alliance durable avec le Chancelier allemand. La relation personnelle de confiance et d’amitié qui s’établit alors sera un des éléments-clé de la dynamique européenne dans la période 1984-95. Ensuite, le 21 mars 1983, il décide de maintenir le franc dans le système monétaire européen contre l’avis de tous ceux qui, après deux dévaluations infructueuses, l’exhortaient à affranchir la France des contraintes monétaires du système pour lui permettre de retrouver une marge de manoeuvre économique. Par cet acte fondateur, il ancre définitivement l’engagement européen au coeur de la politique du gouvernement socialiste.Ces deux décisions confèrent à François Mitterrand sa stature de leader européen. Il va pouvoir jouer un rôle moteur dans le dénouement des contentieux à l’occasion de la présidence française de la Communauté, au premier semestre 1984. Il s’y implique très fortement et personnellement. Il fait la tournée de toutes les capitales européennes. Au Conseil de Fontainebleau, en juin 1984, l’accord franco-allemand fait la preuve de son efficacité : Mme Thatcher, isolée, prise en tenaille, est contrainte d’accepter un compromis sur la contribution britannique. Seize autres dossiers épineux, en souffrance depuis plusieurs années, sont réglés dans la foulée : accord sur le budget, sur la politique agricole commune, sur l’élargissement, etc.L’apurement des contentieux permet de relancer l’unification européenne. Le terrain est déblayé pour fixer un grand projet mobilisateur : ce sera l’achèvement, avant le 31 décembre 1992, du marché unique qui doit assurer la libre circulation des personnes, des marchandises, des services et des capitaux à l’intérieur des frontières des Douze. Le 1er janvier 1986, l’Espagne et le Portugal adhèrent aux Communautés européennes. En moins de deux ans, l’Europe a été remise sur rails et François Mitterrand est apparu comme le catalyseur de ce redémarrage.La sortie de la guerre froideLe deuxième grand noeud de décisions est la période qui court de la fin 1989 à 1992, de la chute du Mur de Berlin à la ratification de Maastricht.Le 9 novembre 1989 le Mur de Berlin, symbole de la coupure de l’Europe en deux blocs antagonistes, est abattu. Le 31 décembre 1991, l’URSS achève de se désintégrer. Entre ces deux dates, l’Europe traverse une phase de profonde incertitude. Incertitude sur les intentions de l’Allemagne : avec la réunification, ne va-t-elle pas se détourner de la voie européenne pour jouer une carte nationale et réorienter ses intérêts vers la Mitteleuropa ? Incertitude sur la réponse à apporter aux pays d’Europe de l’Est qui, leur liberté reconquise, frappent à la porte de la Communauté et en attendent soutien.La question qui se pose à François Mitterrand est la suivante : comment faire en sorte que l’évènement formidablement positif que constituent l’effondrement de l’Empire soviétique et l’unification allemande n’aboutisse pas à la conséquence paradoxale d’un affaiblissement de l’intégration européenne ? Pendant quarante ans, en effet, la menace soviétique a indéniablement constitué pour les nations de l’Europe démocratique une incitation à surmonter leurs différends et à s’unir. Une fois cette menace disparue ou fortement atténuée, l’affectio societatis va-t-elle subsister ? Il craint par dessus tout le retour à une Europe instable, aux frontières contestées. Pendant toute cette période, Mitterrand est animé par une conviction fondamentale : à savoir que, pour fixer l’Allemagne réunifiée dans la Communauté européenne, il est indispensable d’en renforcer la cohésion et l’intégration politiques. Le sort de l’Europe est, plus que jamais, lié à celui de l’Allemagne. Face à l’accélération des changements à l’Est, il n’y a pas d’autre alternative que de pousser les feux de l’unification, en plein accord avec l’Allemagne et en jouant sur les deux tableaux, politique et économique. C’est le choix stratégique que fait Mitterrand pendant l’hiver 1989-90.Encore faut-il en convaincre le chancelier Kohl. Pour le président français, l’unification allemande doit se faire dans le respect des intérêts et des préoccupations de tous les Européens. Cela donnera lieu à des échanges parfois tendus, en particulier sur la question de la reconnaissance de la frontière avec la Pologne. Finalement, Mitterrand et Kohl se retrouvent sur une idée-force : lier indissociablement l’unification allemande et l’unification européenne.Un premier pas est franchi, au Conseil européen de Strasbourg de décembre 1989, avec la fixation d’une date pour l’ouverture de la conférence intergouvernementale sur l’Union économique et monétaire. Il a fallu persuader le Chancelier, réticent à s’engager sur la banque centrale et la monnaie unique. En avril 1990, la décision est prise, sur proposition conjointe de Kohl et Mitterrand, de convoquer une deuxième conférence consacrée à mettre sur pied l’Europe politique. Ces travaux débouchent au Conseil de Maastricht en décembre 1991 sur l’adoption du Traité d’Union européenne qui parachève l’union économique et monétaire et jette les bases de l’union politique. Sur le premier point, l’irréversibilité du processus est assurée par la fixation d’une date pour le passage à la troisième phase, celle de la monnaie unique. Quant au renforcement de l’intégration politique, il est amorcé par une série de décisions portant, en particulier, sur la création de la politique étrangère et de sécurité commune (PESC), sur la citoyenneté européenne, sur l’extension du vote à la majorité qualifiée et sur l’élargissement des pouvoirs du Parlement européen. Le Traité de Maastricht représente, quelles qu’en soient par ailleurs les limites ou les imperfections, l’aboutissement d’un effort collectif pour surmonter les contradictions et les incertitudes provoquées par une conjoncture historique particulièrement délicate et pour faire accomplir au projet européen un saut qualitatif décisif.ConclusionLe jour où le président français a quitté ses fonctions, en mai 1995, Helmut Kohl a publié dans « Le Monde » un article intitulé : Le grand Européen qui s’en va. Avec le recul de quelques années, on mesure que l’hommage n’a rien perdu de sa pertinence.Pour l’Europe, François Mitterrand aura fait oeuvre de passeur. Il l’aura aidée à franchir sans dommages une phase de transition au cours de laquelle son unification encore fragile fut mise à rude épreuve.  »Voila, voila... :-)Cordialement, :-)Hyarion, le démocrate anarcho-monarchiste.

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