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"Sarkozy, il faut lui marcher dessus. Pour deux raisons. Un, c'est la seule chose qu'il comprenne. Deux, ça porte chance." (Jacques Chirac)


(Jacques Chirac, par Kiro)

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Musées et expositions

Mercredi 12 décembre 2007 3 12 12 2007 23:59
Je poursuis par un deuxième court message l'évocation de ce que j'ai vu et entendu à Paris, il y a un peu plus d'une semaine. C'est l'occasion pour moi de consacrer entièrement, pour la première fois, un article du présent blog à l'actualité culturelle.
Le lundi de la semaine dernière, 3 décembre, je suis allé visiter deux grandes expositions de peinture, l'une consacrée à l'oeuvre de Gustave Courbet aux Galeries nationales du Grand Palais, dans le VIIIe arrondissement de Paris, et l'autre consacrée à l'oeuvre de Giuseppe Arcimboldo, au Musée du Luxembourg, dans le VIe arrondissement.

Le lundi matin je suis d'abord allé voir la rétrospective du peintre réaliste Gustave Courbet (1819-1877) au Grand Palais, première exposition de ce genre présentée à Paris et consacré à cet artiste depuis trente ans, d'autant plus intéressante qu'elle permet de voir de nombreux tableaux conservés dans des musées européens et nord-américains, ainsi que dans des collections privées, et dont l'accès est en général fort difficile pour le public français, qui a pourtant, il est vrai, la chance d'avoir facilement accès, en général, à plusieurs chefs d'oeuvres de Courbet conservés dans des musées aussi bien à Paris - au Musée d'Orsay et au Musée du Petit Palais notamment - qu'en province - au Musée Fabre de Montpellier (Hérault) et au Musée Courbet à Ornans (Doubs), par exemple.

Courbet au Grand Palais, le peintre qui voulait "peindre en grand"


Peintre à scandale, franc-comtois truculent et député de la Commune mort en exil, Gustave Courbet (1819-1877), à qui le Grand Palais à Paris consacre une rétrospective, fut surtout un artiste qui voulait "peindre en grand", plus subtil et moins réaliste que ne le veut sa légende.

"Gustave Courbet" expose du 13 octobre au 28 janvier 2008 quelque 200 oeuvres - 120 toiles, 60 photographies et des dessins - pour la première grande rétrospective organisée depuis trente ans sur le célèbre peintre, dont l'ambition est de "proposer une nouvelle lecture" de l'oeuvre de Courbet.


Les grands formats comme "
Un Enterrement à Ornans" ou "L'Atelier du peintre" sont exposés, comme le fameux "L'Origine du Monde", des séries exceptionnelles car rarement réunies, de paysages ou de natures mortes et un tableau que l'on pensait disparu, "Femme nue couchée".


La "perception de l'oeuvre de Courbet a changé", indique à la presse Laurence des Cars, conservatrice au musée d'Orsay qui organise l'exposition avec la RMN, le MET [Metropolitan Museum of Art] de New York et le musée Fabre de Montpellier.

Au XIXe siècle et jusqu'aux années 1970, on "voyait d'un côté le monde académique, de l'autre celui des Indépendants", dit-elle. Il s'agissait aujourd'hui de "donner une version moins manichéenne, de replacer Courbet dans la création de son temps et en apprécier plus justement la richesse et la diversité", ajoute-t-elle.



L'exposition, structurée en huit sections, commence par les autoportraits de l'artiste dont le splendide "Le Désespéré" qui sert d'affiche et que l'on voit rarement car issu d'une collection particulière.

"
Une après-dînée à Ornans", médaille d'or au salon de 1848 qui lance la carrière du jeune homme de 29 ans, témoigne de l'attachement profond de Courbet à sa région natale, qu'il peindra toute sa vie. Elle montre également déjà le goût pour le grand format d'un artiste qui disait "vouloir peindre en grand".

C'est ensuite, deux ans plus tard, le célèbre "
Enterrement [à Ornans]". Haut de cinq mètres, large de presque sept, le tableau est un "coup de pied incroyable à la peinture traditionnelle", explique Dominique de Font-Réaulx, conservatrice à Orsay et co-commissaire de l'exposition. Il "présente des paysans d'Ornans, c'est-à-dire rien, vu de Paris, à la taille des grands de ce monde, dans une toile de même grandeur que "Le Sacre de Napoléon" de David !", dit-elle.

"Même ses détracteurs sont conscients de l'importance de cette oeuvre de Courbet", dit-elle.


Mais le peintre n'a pas fini de choquer. Avec ses "
Demoiselles du Bord de Seine", habillées mais très alanguies, il annonce tous les déjeuners sur l'herbe et "L'Origine du Monde", un gros plan sur un sexe de femme, sera dissimulé aux regards jusqu'à chez son dernier propriétaire, le psychanalyste Jacques Lacan.

Aux côtés des paysages franc-comtois, l'exposition propose une partie moins connue de l'oeuvre du peintre, ses scènes de chasse. "Comme à l'accoutumée, il n'y a pas d'anecdote, il distord la réalité. Courbet est un peintre d'atelier qui recrée la réalité, en laissant croire qu'il peint ce qu'il a vu", disent les commissaires.


L'exposition se clôt sur les dernières natures mortes, peintes en prison et en exil, où fruits pourris et poissons blessés trahissent le désespoir d'un homme touché par l'exil.



La rétrospective ira ensuite au Metropolitan Museum of Art de New York (27 février-18 mai 2008) et au musée Fabre de Montpellier (13 juin-28 septembre 2008).

(Tlj sauf le mardi de 10H00 à 22H00, le jeudi jusqu'à 20h00. Prix d'entrée : 10 euros - TR : 8 euros. Catalogue 472 pages. RMN Editions. 49 euros).


(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 11 octobre 2007)


Outre les tableaux conservées dans les musées français, à Paris et à Montpellier, que je connaissais déjà - mais que j'ai revu avec plaisir, y compris l'Origine du monde ! -, j'ai été très heureux de pouvoir enfin voir, à l'occasion de cette rétrospective, plusieurs chefs d'oeuvres de Courbet jusque là inaccessibles pour moi, tels que La Femme à la vague, Le Désespéré, Le Château de Chillon, La Femme au perroquet, Femme nue couchée, ou même La Source et le portrait d'Hector Berlioz, tout deux certes conservés au Musée d'Orsay, mais rarement exposés. Beaucoup de monde à cette exposition-évènement, lors de ma venue, même si la queue à l'entrée ne fut pas excessivement longue, même pour une mâtinée de lundi. Il est toujours assez désagréable de visiter une exposition lorsque les salles sont remplies de monde, et où chacun se sent obligé de faire à voix haute des commentaires pas toujours avisés - c'est le moins que l'on puisse dire - sur les oeuvres présentées, mais la contemplation des tableaux, des dessins et des photographies permet heureusement de compenser largement ses quelques désagréments... La forte fréquentation dont bénéficie cette rétrospective témoigne, en tout cas, de son succès auprès du public. L'exposition a eu même "l'honneur" d'être visité par Sarkozy de Nagy-Bocsa, le 16 octobre dernier, le lendemain de son divorce - rendu public le 18...

Cachez ce sexe que je ne saurais voir


Le président de la République s'est donc offert, le 16 octobre, "un moment de respiration" (sic) en visitant l'exposition consacrée à Gustave Courbet, au Grand Palais à Paris. Escorté par deux des commissaires de l'expo et une meute de photographes de presse, Sarko a pu apprécier "Un après-dîner à Ornans" et relevé en souriant "le regard qui ne trompe pas" des "Demoiselles des bords de Seine". Mais voilà, quelques tableaux plus loin, devant "L'origine du monde", les photographes ont été priés de ranger leurs appareils. Sarko ne voulait pas être photographié devant le célèbre tableau de Courbet représentant le sexe d'une femme.
 Il n'en aime peut-être pas les couleurs.


(Le Canard enchaîné N°4539, 24 octobre 2007)

Pourquoi vouloir visiter une exposition de peinture - sans doute au pas de charge - en se faisant suivre par des photographes de presse, si c'est pour, finalement, les empêcher de travailler sous prétexte que l'on a peur de se faire immortaliser à côté d'un des tableaux de ladite exposition, fut-il singulier ? Quelle tartufferie...


Mais passons donc à l'autre exposition que je suis allé voir ensuite, ce même lundi 3 décembre, en fin d'après-midi, au Musée du Luxembourg, à savoir une autre rétrospective, consacrée au peintre maniériste italien Giuseppe Arcimboldo (1526-1593).
De cet artiste, le public français connaît essentiellement sa célèbre série de quatre tableaux, conservée au Musée du Louvre, représentant des allégories des saisons sous la forme de têtes composées de végétaux, de fruits et de légumes, appelées Le Printemps, L'Eté, L'Automne et L'Hiver. Cette fameuse série des Saisons, aisément reconnaissable à l'encadrement de fleurs qui a été probablement ajouté sur les quatre tableaux au XVIIe siècle, fut commandée au peintre en 1573 par l'empereur Maximilien II de Habsbourg pour être offerte à l'Electeur Auguste de Saxe dont les armoiries, les épées croisées de Meissen, sont brodées sur le manteau de L'Hiver. Cette série, dite parisienne - puisqu'elle fait partie des collections du Louvre -, reprend, en fait, une série antérieure, datée de 1563, dont ne subsistent que L'Eté et L'Hiver - conservés tout deux au Kunsthistorisches Museum de Vienne -, et offerte par Arcimboldo à Maximilien II, en même temps qu'une autre série de quatre tableaux, les Quatre Eléments (1566), représentants des allégories de l'air, du feu, de la terre et de l'eau, sous la forme de têtes composées d'animaux - pour L'Air, L'Eau et La Terre - ou d'objets - pour Le Feu. Arcimboldo a peint d'autres têtes composées, faites d'objets, de végétaux et d'animaux, certains de ces tableaux ayant même la particularité d'être réversibles. Or, la rétrospective du Musée du Luxembourg permet, exceptionnellement, de voir les Saisons du Louvre aux côtés des autres têtes composées peintes par Arcimboldo, et conservées au Kunsthistorisches Museum de Vienne, au Musée National des Beaux Arts de Stockholm, au Château de Skokloster en Suède, dans des collections privées, et que le public français, de facto, n'a que rarement l'occasion de voir.

Arcimboldo dans tous ses états au Musée du Luxembourg

La plus grande exposition depuis vingt ans consacrée à Arcimboldo (1526-1593), icône des surréalistes pour ses portraits bizarres composés d'un assemblage de fruits et légumes ou d'animaux, s'ouvre samedi [15 septembre] au musée du Luxembourg à Paris.


Adulé de son vivant, ennobli par les Habsbourg, le Lombard tombe dans l'oubli après sa mort pendant près de 4 siècles, avant d'être redécouvert par les surréalistes.

"Nous avons voulu aller aux racines de son oeuvre et resituer Arcimboldo dans son époque, hors de son côté icône du fantastique", explique Sylvia Ferino, commissaire de l'exposition et conservateur de la peinture italienne Renaissance au Kunsthistorisches Museum de Vienne.


Arcimboldo, né à Milan, sera d'abord à l'origine de centaines de vitraux sortant des ateliers de la cathédrale de Milan, avant d'aller travailler à la cour des Habsbourg à Vienne et à Prague, pendant 25 ans.


Tout un ensemble de classiques portraits de cour "attribués" au peintre sont exposés. Mais "il voulait inventer, commencer quelque chose de nouveau, des portraits extraordinaires", explique Mme Ferino.


Le principe de portraits composés d'éléments insolites, ou déformés, n'est pas complètement nouveau à l'époque. En atteste une pièce insolite de l'exposition, une assiette en faïence de 1536 figurant une tête composée d'organes génitaux masculins, intitulée "
tête de pénis" (testa di cazi). "Le but était de choquer", commente Mme Ferino.

Arcimboldo perfectionne et sophistique le principe. Il peint deux séries qui lui valent sa gloire actuelle: "
Les 4 saisons" (1563) et "Les éléments" (1566), pour l'empereur Maximilien II, allégories de la "bonne gouvernance".

Maximilien, puis son fils Rodolphe II, étaient des collectionneurs passionnés de toute nouvelle espèce animale ou végétale, se faisant ramener du Nouveau monde des spécimens morts ou vifs.


Ainsi "
L'été" a le buste piqué d'un artichaut, toute récente découverte venue des Amériques. "Tout ce qui a trait aux saisons dans ses portraits est reproduit parfaitement exactement", souligne Mme Ferino. Au fantastique s'alliait un souci naturaliste.

Une autre série célébrissime est celle des métiers: "
Le bibliothécaire" composé de livres, "Le juriste", alliant cadavre de poulet et poisson, "La cuisinière" faite d'ustensiles de cuisine, etc.

Arcimboldo innove aussi lorsqu'il peint une corbeille de fruit, ou un plat de légumes qui, une fois retournés, révèlent un visage.


L'exposition présente un autre aspect de ses activités: l'organisateur de cortèges de fêtes pour les empereurs, dessins à l'appui.



Mais le "clou" est un "inédit" qui n'avait jamais été montré au public : une "Tête des 4 Saisons" (1591), décrite dans un livre d'un contemporain et ami d'Arcimboldo. "Jusqu'en 2006, il n'avait pas reparu. c'est un collectionneur particulier qui nous a contactés quand il a su que nous préparions l'exposition", explique Mme Ferino.

(Du 15 septembre au 13 janvier 2008 - Musée du Luxembourg, 19 rue de Vaugirard, Paris 6è - Tarif: de 5 à 11 euros - Catalogue: 38 euros)


(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 13 septembre 2007)


L'exposition, qui comprends une centaine d'oeuvres - tableaux, tapisserie, oeuvres graphiques, objets d'art - qui permettent de se faire une idée non seulement sur la richesse de l'univers pictural d'Arcimboldo mais aussi sur le contexte culturel particulier de l'époque du peintre et de la cour des Habsbourg où il travailla longtemps. J'ai regretté, pour ma part,  l'absence de certaines oeuvres
du peintre, telles que La Terre, qui n'a pas quitté sa collection particulière viennoise, même pour l'occasion, et, surtout, Vertumne, le célèbre portrait végétal de l'empereur Rodolphe II, que je n'ai vu que sous forme de fac-similé, l'original n'ayant, hélas, été exposé que jusqu'au 14 novembre dernier, avant de repartir en Suède, où il est actuellement présenté à Stockholm dans une importante exposition sur les butins de guerre... Toutefois, et c'est là l'essentiel, j'ai été très heureux de pouvoir non seulement revoir la série des Saisons conservées au Louvre - on aura peut-être deviné que le tableau L'Automne est mon préféré... ;-) -, mais bien sûr aussi de voir, pour la première fois, les autres célèbres tableaux d'Arcimboldo venus des musées étrangers ou de collections privées, tels que L'Eau - tête faite d'animaux marins -, Le Bibliothécaire - tête faite de livres -, Le Cuisinier - tableau réversible, où un plat d'animaux rôtis devient un visage humain -, et Les Quatre Saisons en une tête, ce dernier étant présenté pour la première fois au public. Voir en vrai des tableaux dont on n'a vu, auparavant, que des reproductions dans des livres, est toujours quelque-chose d'important, du moins en ce qui me concerne... On se retrouve alors véritablement confronté à l'oeuvre elle-même.

A la fin de la journée, j'avais les pieds en compote - et dans le train qui m'a ramené en Midi-Pyrénées, dans la nuit qui a suivi, j'ai dormi comme une souche -, mais je suis vraiment très satisfait d'avoir pû voir ses deux magnifiques expositions de peinture, et je ne peux qu'encourager mes lecteurs a faire, eux aussi, le déplacement à Paris pour aller visiter ses deux rétrospectives. Celle consacrée à Gustave Courbet se termine le 28 janvier prochain, et celle d'Arcimboldo le 13 janvier. Pour ceux qui n'auraient pas la possibilité de se rendre au Grand Palais et/ou au Musée du Luxembourg, je me permets également de leur conseiller, pour finir, une autre exposition de peinture, présentée à Toulouse. Plus modeste, mais très intéressante, cette exposition est intitulée "Gouffres, chaos, torrents et cimes : les Pyrénées des peintres". Je l'ai visité le 28 novembre dernier, quelques jours avant de monter à Paris. Elle est présentée au Musée Paul-Dupuy, musée municipal de Toulouse spécialisé dans les arts graphiques et les arts décoratifs, et propose un peu plus d'une trentaine de peintures et autant de dessins illustrant les Pyrénées, ses montagnes, ses torrents et ses gouffres, vus par des artistes du XIXe siècle et du début du XXe siècle. On pourra notamment y voir des tableaux et des aquarelles du génial illustrateur et peintre Gustave Doré (1832-1883), dont j'aime beaucoup l'oeuvre. Ouverte depuis le 18 octobre dernier, l'exposition se termine le 21 janvier prochain.

Cordialement, :-)

Hyarion, le démocrate anarcho-monarchiste.

(Illustrations [de haut en bas, et de gauche à droite] : La Femme à la vague, huile sur toile [1868] par Gustave Courbet, New York, The Metropolitan Museum of Art, et L'Eau, huile sur bois d'aulne [1566] par Giuseppe Arcimboldo, Vienne, Kunsthistorisches Museum, Gemäldegalerie ; Les Demoiselles des bords de la Seine [été], huile sur toile [1856-1857] par Gustave Courbet, Paris, Musée du Petit Palais ; Femme nue couchée, huile sur toile [1862] par Gustave Courbet, collection particulière ; Portrait de l'artiste dit Le Désespéré, huile sur toile [1844-1845] par Gustave Courbet, collection particulière ; La Truite, huile sur toile [1872] par Gustave Courbet, Zürich, Kunsthaus ; Le Château de Chillon, huile sur toile [1874] par Gustave Courbet, Ornans, Musée Courbet ; L'Origine du monde, huile sur toile [1866] par Gustave Courbet, Paris, Musée d'Orsay, et caricature de Sarkozy, par Kiro, sans date [vers 2005] ; Le Printemps, L'Eté, L'Automne et L'Hiver [série des Saisons], quatre tableaux à l'huile sur toile [1573] par Giuseppe Arcimboldo, Paris, Musée du Louvre ; L'Eté, huile sur bois de tilleul [1563] par Giuseppe Arcimboldo, Vienne, Kunsthistorisches Museum, Gemäldegalerie ; Le Bibliothécaire [Wolfgang Lazius], huile sur toile [1562] par Giuseppe Arcimboldo, Skokloster, Château de Skokloster [Suède] ; Les Quatre saisons en une tête, huile sur bois de peuplier [sans date (vers 1591)] par Giuseppe Arcimboldo, New York, collection particulière ; Le Cuisinier [tableau réversible], huile sur bois [vers 1570] par Giuseppe Arcimboldo, Stockholm, Musée National des Beaux Arts ; Cascade du Trou d'Enfer dans la vallée du Lys, aquarelle sur papier [1882] par Gustave Doré, Pau, musée des Beaux-Arts [dépôt du musée pyrénéen de Lourdes])
Par Hyarion
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Vendredi 4 avril 2008 5 04 04 2008 07:59
Il est temps de lever à nouveau le pied en matière d'actualité politique. Le départ annoncé de la blogosphère du collègue Petit Grognard, avec des photographies de paysages bucoliques illustrant d'ultimes articles cohabitant avec un sanglier grogneur uderzien qui disparaitra bientôt, lui aussi, avec le blog dont il a longtemps orné l'en-tête... le temps qui passe... un retour de mélancolie... : tout cela m'incite à parler d'autre chose...
Une petite exposition, qui ne paye pas de mine, mais que je trouve fort sympathique est proposée en ce moment à Toulouse, à la Médiathèque José-Cabanis. Organisée du 26 février au 13 avril 2008, cette exposition, intitulée "La parade des animaux", propose de découvrir, dans le cadre de l'univers du livre pour enfants, les oeuvres de neuf artistes s'inspirant du monde animal. "Avec décalage, dérision, réalisme, complicité, étrangeté, tendresse, angoisse, Wolf Erlbruch, Henri Galeron, Nicolaus Heidelbach, Claude Lévêque, François Roca, John A. Rowe, Michael Sowa, Katrin Stangl et Marko Turunen s'interrogent sur les différents rôles interprétés par les animaux dans le livre de jeunesse et sur l'étendue de leurs relations avec le monde des enfants" : c'est ainsi qu'est présentée l'exposition, sur le site et la brochure des manifestations du mois de la Médiathèque.


Je suis passé voir cette exposition, le 21 mars dernier, un peu par hasard, en allant emprunter des livres à la Médiathèque. J'y suis retourné le 28 mars dernier. Les oeuvres d'un artiste m'ont particulièrement intéressées : celles de Michael Sowa. Elles me rappelaient des souvenirs, mais pas forcément des souvenirs d'enfance, bien que les illustrations des livres de jeunesse m'aient énormément marquées dans mon enfance. Je n'ai pas tardé à me rappeler que les illustrations de cet artiste allemand figuraient en nombre dans l'appartement de l'héroïne principale du film français Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet (2001). Je me suis souvenu d'avoir apprécié ces illustrations apparaissant dans ce film, vu au cinéma à l'époque. Certaines s'animaient, et d'autres, sans cela, restaient chargés de poésie, de rêve, d'étrangeté...


Michael Sowa est né à Berlin en 1945. Il travaille, depuis 1975, comme peintre et illustrateur pour la presse et l'édition. Il vit à Berlin. Son oeuvre, où l'animal est omniprésent, est ainsi décrite, dans le cadre de cette exposition :

"Michael Sowa

En Apparence

L'Etre humain semble absent du propos de Michael Sowa. L'atmosphère est lourde. Quelque-chose n'est pas à sa place. Dans des paysages calmes comme après une tempête, les animaux occupent le rôle des hommes. Ils vivent dans un monde où d'humain ne reste que la trace. Se dégage une sorte d'inquiétude, d'oppression. L'autre, l'animal a pris le pouvoir. L'homme est disqualifié."
 

Qu'il soit cochon, chat, chien, ours ou lièvre, l'animal est au centre de l'oeuvre de Sowa. Les paysages, les décors dans lesquels il les met en scène dégagent une impression de quiétude, à la fois étrange et apaisante. On pense aux peintres Caspar David Friedrich, Henri Rousseau dit le Douanier, et surtout, René Magritte : entre romantisme, naïveté et surréalisme, le tout avec une bonne dose d'humour et de poésie.


Cette exposition, conçue par le Centre de promotion du livre de jeunesse-93 (Seine-Saint-Denis), est coproduite par ledit Centre, le Conseil général de la Seine-Saint-Denis et la Ville de Paris. Elle est présentée à Toulouse, à la Médiathèque José-Cabanis (1, allée Jacques Chaban-Delmas ; près de la gare de Toulouse-Matabiau), jusqu'au 13 avril prochain. Outre des oeuvres de Michael Sowa, on pourra y voir celles d'autres artistes, notamment celle d'Henri Galeron, qui a illustré plusieurs couvertures de mes livres de jeunesse, ainsi que des sculptures, et des masques et costumes prêtés par le Théâtre du Capitole de Toulouse... Des exemplaires des livres illustrés par les artistes exposés peuvent être consultés dans la salle d'exposition, notamment, en ce qui concerne Michael Sowa, Bestiaire (Seuil, 1999) et Esterhazy, un lièvre à Berlin (Editions de l'Inventaire, 1993). Encore une fois, l'exposition ne paye pas de mine, mais elle vaut le détour, si vous passez à la Médiathèque. Personnellement, ça m'a changé un peu les idées... au moins le temps de la visite.

Cordialement, :-)

Hyarion.
 
(Illustrations : Le Saut de l'ange, illustration par Michael Sowa, in Bestiaire (Seuil, 1999), ©Michael Sowa ; L'Ours, illustration par Michael Sowa, in Bestiaire, op.cit., ©Michael Sowa ; Their master's voice, illustration par Michael Sowa, in Bestiaire, op.cit., ©Michael Sowa ; Mélancholie d'une soirée d'été, illustration par Michael Sowa, in Bestiaire, op.cit., ©Michael Sowa ; Illustration tirée de Esterhazy : un lièvre à Berlin, illustration par Michael Sowa, in Bestiaire, op.cit., ©Michael Sowa)
Par Hyarion
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Lundi 29 septembre 2008 1 29 09 2008 21:34
Décidément, rien n'y fait : malgré tous mes efforts, il est bien compliqué de mettre en ligne de nouveaux articles sur le présent blog. Trop de problèmes de connection Internet, trop de contraintes techniques en tous genres, des déplacements fréquents, pas assez de temps pour faire les choses sérieusement... Bref, faire sortir, même temporairement, le présent blog de l'hibernation est difficile, et je crois que les circonstances ne peuvent que me pousser, à l'avenir, à maintenir ce blog en un relatif sommeil... Toutefois, ayant à nouveau séjourné récemment à Paris, du 18 au 24 septembre derniers, et ayant vu - ou revu - dans la capitale, et aux alentours, de forts nombreuses choses intéressantes dans des musées et des expositions, je vais essayer d'évoquer ici, dans une série d'articles, ce que j'ai pu voir, ainsi que mes impressions relatives à ces choses vues.
Tout d'abord, j'ai commencé mon séjour parisien par deux nouvelles visites, très classiques, dans deux musées fort bien connus : le Musée d'Orsay, le 18 septembre, et le Musée du Louvre, le lendemain, 19 septembre, en nocturne. Il y a bien longtemps maintenant que je fréquente ces deux prestigieux établissements culturels lorsque je suis à Paris : ma première visite au Musée du Louvre a eu lieu en octobre 1993, et ma première visite au Musée d'Orsay, elle, a eu lieu en août 1995. J'y suis retourné bien des fois depuis, et encore cette année, donc. Que voulez-vous, je ne m'en lasse pas : il y a tant de choses à y voir et à y revoir ! Du reste, en ce qui concerne le Louvre, il m'a fallu bien des visites, à plusieurs mois ou années d'intervalles, en ce début du XXIeme siècle, pour enfin atteindre l'objectif que je m'étais fixé : voir en détail toutes les oeuvres exposées... dans le seul Département des Peintures du Louvre ! Cette année encore, bien que l'objectif ait enfin été atteint lors d'une précédente visite, j'ai privilégié les peintures, même si j'ai tenu également à voir ou à revoir les oeuvres exposées dans les salles consacrées aux sculptures, aux antiquités (orientales et grecques, notamment), aux objets d'arts (notamment médiévaux), et à l'histoire du Louvre. J'ai un faible pour la peinture, tant au Louvre qu'au Musée d'Orsay, une attirance difficile à expliquer, et qui est peut-être dû à la capacité particulière des peintres à vous permettre de vous immerger dans leurs oeuvres, lorsqu'elles sont réussies... N'étant pas d'un naturel prosélyte - c'est le moins que l'on puisse dire -, je n'ai pas, en vérité, grand-chose à dire pour convaincre les gens d'aller visiter ces musées. Ma démarche de visiteur du Louvre et d'Orsay est très personnelle et mes motivations de visite ne sont pas forcément, me semble-t-il, de nature à être très convaincantes pour autrui.
Toutefois, je peux toujours suggérer à ceux qui persistent à considérer comme "barbantes" les visites dans les musées, si jamais ils consentent à mettre les pieds dans un de ces établissements culturels, d'effectuer des parcours un peu originaux... Dans ce contexte, pourquoi ne pas visiter les musées du Louvre et d'Orsay avec une thématique précise ? Et pourquoi pas celle de l'érotisme ? Le sexe est quelque-chose qui fait beaucoup vendre de nos jours : la télévision, la publicité, l'univers des médias de masses en général, sont remplis d'allusions sexuelles plus ou moins explicites. On en oublie, hélas, que l'érotisme est aussi, et surtout d'abord, une puissante source d'inspiration pour les artistes, depuis des siècles... et on aurait bien tort de sous-estimer ce fait, tant de nombreuses oeuvres d'art occidental du Louvre et d'Orsay (pour ne citer que ces deux prestigieux musées français) sont là pour prouver l'évidence du phénomène, forcément universel...
Essayons donc d'évoquer, très succintement, et sans suivre d'ordre chronologique particulier, le thème de l'érotisme à travers quelques-unes des très nombreuses oeuvres peintes que j'ai pu voir et revoir bien des fois, lors de mes
visites aux musées du Louvre et d'Orsay depuis maintenant plus d'une douzaine d'années... Que l'on veuille bien pardonner à l'auteur de ses lignes de ne parler ici que des oeuvres représentant le corps féminin : ma subjectivité hétérosexuelle, en la matière, est incontournable ;-) ...


Il y a tout d'abord, pour commencer, les tableaux "classiques" que d'aucun pourrait qualifier éventuellement d'"exhibitionistes", puisqu'ils représentent en général un ou plusieurs nus féminins, dans des positions diverses, et censés illustrer un sujet inspirée de la mythologie gréco-romaine, de la littérature ancienne, ou d'un Orient particulièrement fantasmé par les artistes occidentaux. On peut ainsi trouver, dans ce registre, des nus féminins, allongés, debouts ou assis, dans des attitudes assez explicites, comme par exemple dans le célèbre tableau La Naissance de Vénus d'Alexandre Cabanel (au Musée d'Orsay), acheté par Napoléon III dès sa présentation au Salon de peinture de Paris en 1863, et représentant la déesse de l'amour Vénus/Aphrodite portée par une vague écumeuse, dont on laisse deviner à quoi elle peut bien faire allusion par rapport au récit mythologique ayant inspiré le tableau... Il existe aussi des nus féminins tout aussi suggestifs, mais avec des particularités anatomiques parfois étonnantes, notamment dans les oeuvres du peintre Jean-Auguste-Dominique Ingres, auquel Le Louvre a consacré une magnifique exposition monographique en 2006 (exposition que j'ai eu la chance de voir à l'époque), et dont les oeuvres sont réparties entre le Louvre et Orsay. On parle souvent des fameuses "trois vertèbres de trop" dans le dos de la célèbre Grande Odalisque de Ingres (au musée du Louvre), mais on peut aussi évoquer la représentation que le peintre a fait du personnage d'Angélique, figurant à l'origine dans le poème épique Roland Furieux de l'Arioste (1516) : en préparant Roger délivrant Angélique, grand tableau peint en 1819 (au Louvre), Ingres a notamment réalisé une étude d'Angélique (également au Louvre) que l'on a surnommée la "femme aux trois seins", en raison de la forme particulière du cou de la jeune femme, représentée nue, dans une attitude d'abandon désespéré...


Puisque nous parlons d'Ingres, venons-en à un de ses tableaux le plus célèbres, et parmis les plus érotiques de la peinture du XIXe siècle : je veux bien sûr parler du tableau Le Bain turc, peint en 1862, et dont le thème du harem oriental, très fantasmé, est un prétexte à la réprésentation de nombreux corps féminins nus dans des attitudes fort décontractées, la disposition des divers éléments du tableau invitant littéralement le spectateur a "entrer" dans celui-ci, avec toute "l'émotion" que l'on peut supposer... Réalisé vers la fin de la vie de l'artiste, aboutissement des recherches de l'artiste sur le corps féminin et l'exotisme ottoman, le Bain turc de Ingres incarne sans doute, en quelque sorte, l'apogée, au XIXe siècle, de ce que l'art académique a pu faire de mieux en matière de représentation érotisée du corps de la femme, Ingres étant, par ailleurs, l'héritier d'une très ancienne tradition picturale représentée, depuis la Renaissance des XVe-XVIe siècles, par de très nombreux peintres européens...


Après avoir évoqué ces tableaux "classiques", on peut ensuite aborder des thèmes plus précis à l'intérieur du thème général de l'érotisme... Les allusions au rapport sexuel proprement dit sont, de ce point de vue, souvent présentes en peinture, la position générale des corps, celui de l'homme comme celui de la femme, permettant une lecture souvent assez aisé de l'aspect érotique de l'oeuvre. C'est, par exemple, notamment le cas lorsque l'on regarde le tableau Vénus demande à Vulcain des armes pour Énée, de François Boucher (au Musée du Louvre), où le célèbre peintre du XVIIIe siècle représente, de façon assez piquante, le couple divin censé être le plus mal assorti de l'Olympe, le belle Vénus/Aphrodite et le laid Vulcain/Héphaïstos, dans une attitude où la déesse de l'amour, de la beauté et du rire, semble prête à se laisser choir de son nuage et à s'empaler sur l'épée équivoque tenu par son époux, dieu maître du feu et des volcans, marié à la plus belle des déesses, mais par ailleurs souvent trompé par son épouse volage...


De façon plus explicite, un des thèmes érotiques les plus fréquents dans la peinture occidentale est sans doute la violence sexuelle, notamment le viol lui-même, et l'image de la femme soumise sexuellement à l'homme de façon générale. La peinture occidentale, sous couvers de représentations mythologiques, historiques et/ou orientalisantes, est pleine, à cet égard, de représentations de femmes plus ou moins nues soumises à toutes sortes d'aggressions sexuelles, qu'ils soient morales ou physiques. Ainsi en est-il, par exemple, des représentations du personnage biblique de la chaste Suzanne, observée par deux notables lubriques alors que la jeune femme prend son bain, sur fond d'une histoire sordide dans laquelle Suzanne est accusée d'adultère par lesdits notables parce qu'elle a refusé de céder à leurs avances... Plusieurs peintres ont représentés ainsi Suzanne se baignant sous le regard licencieux des deux notables, notamment Théodore Chassériau, dont le tableau Suzanne au bain voisine, au Musée du Louvre, avec la Prise de Constantinople par les Croisés (12 avril 1204), dite aussi Entrée des Croisés à Constantinople (1841) de Eugène Delacroix.


Pour ce qui est des représentations du viol proprement dit, elles sont aussi nombreuses... et parfois extrêmement explicites. Un des exemples les plus remarquables de ce point de vue est celui du tableau du peintre Edgar Degas intitulé Scène de guerre au Moyen Âge, et autrefois appelé Les Malheurs de la ville d'Orléans (au Musée d'Orsay), où l'on voit des guerriers médiévaux à cheval quitter une ville livrée aux flammes, en laissant derrière eux plusieurs femmes nues, en proie à la plus grande détresse, et qui viennent très certainement de se faire violer : le sujet représenté est d'une très grande violence, le peintre ayant, par ailleurs, érotisé la représentation des femmes nues violées, ce qui renforce l'impression ambiguë et dérangeante que peut avoir le spectateur devant ce tableau très violent mais aussi très érotique...


On retrouve un peu la même sensation pleine d'ambiguïté devant le célèbre tableau La Mort de Sardanapale de Eugène Delacroix (au Musée du Louvre), librement inspiré d'un poème de Byron, où les femmes du souverain assyrien légendaire Sardanapale sont représentées plus ou moins dénudées alors qu'elles sont en train de mourir dans des conditions particulièrement violentes...


Il y a dans ses représentations de corps féminins torturés quelque-chose d'évidemment sadique, mais d'autant plus troublant que l'aspect érotique de ces représentations est très prononcée, bien que les scènes des tableaux elles-mêmes soient particulièrement épouvantables...


Cela dit, il existe aussi, en peinture, des représentations, moins nombreuses il est vrai, de femmes dans une position de domination sexuelle par rapport aux hommes. C'est par exemple le cas dans les représentations du viril héros gréco-romain Hercule/Héraclès devenu un temps un personnage efféminé, amoureusement dominée par Omphale, reine de Lydie, qui s'est emparée de la massue du héros et de sa peau de lion, tandis que Hercule, quenouille et fuseau à la main, file la laine. Une de ses représentations est l'oeuvre de François Lemoyne (au Musée du Louvre) : dans son tableau Hercule et Omphale, où l'on perçoit l'influence de la peinture vénitienne, le peintre français du XVIIIe siècle a représenté, au côté d'Hercule, une Omphale à demi-nue, la peau du lion de Némée négligemment attachée autour de la taille, tenant la massue d'Hercule de façon suggestive, la forme de l'extrémité de ladite massue n'étant pas sans évoquer celle d'une autre extrémité qui, elle, n'est pas de bois...


Si j'oubliais de compléter ce panorama par l'Origine du monde de Gustave Courbet (au Musée d'Orsay), on ne manquerait pas, je pense, de me le reprocher. Il est vrai qu'il serait difficile de l'ignorer. J'ai aperçu pour la première fois ce tableau singulier lors de ma première visite au Musée d'Orsay, en 1995, alors que ledit tableau venait tout juste de sortir de l'ombre dans laquelle ses propriétaires successifs l'avaient trop longtemps enfermé pour être enfin exposé dans un musée public. J'ai revu l'Origine du monde plusieurs fois depuis, y compris, bien entendu, lors de la récente exposition monographique itinérante consacrée à l'oeuvre de Gustave Courbet dont j'ai déjà eu l'occasion de parler dans un précédent article.


Avec ce tableau, resté longtemps confidentiel, Courbet a franchi une étape importante dans l'histoire de la représentation du nu féminin dans la peinture occidentale : en consacrant un tableau à la seule représentation d'un sexe féminin, peint de façon réaliste, et avec toute la pilosité nécessaire, il a balayé le voile de convention avec lequel composait alors la plupart des artistes de son temps lorsqu'ils peignaient l'entrejambes de leurs nus féminins, à l'instar d'un Alexandre Cabanel ou même d'un Ingres (à qui il est toutefois arrivé de représenter un sexe féminin avec sa pilosité naturelle dans une de ces études de nu). Certaines personnes ont beau encore réclamer aujourd'hui la relégation de ce tableau dans l'obscurité des réserves du Musée d'Orsay, pour que l'oeuvre ne soit plus exposée en public, la présence de l'Origine du monde dans les salles d'exposition du musée se justifie complètement, car elle constitue un élément important de l'histoire de l'art moderne occidental. L'Origine du monde est un tableau qui fait voler en éclat, sur le plan pictural, à toute une hypocrisie entretenue par le monde bourgeois du temps, qui exigeait de dissimuler l'objet de ses fantasmes derrière ce voile de convention que je viens d'évoquer. A ce titre, l'oeuvre de Courbet illustre une évolution dans l'histoire de la peinture de nu : désormais, les prétextes mythologiques ou orientalisants ne sont plus obligatoires pour peindre des oeuvres fortement teintées d'érotisme, et, au delà de la seule Origine du monde, ce sont tous les nus féminins peints par Courbet (nus féminins qui, à l'époque, ont parfois fait scandale, Napoléon III ayant même cravaché son tableau Les Baigneuses au Salon de 1853) qui incarnent ce changement dans la représentation du corps en peinture...


On pourra peut-être me faire remarquer que Gustave Courbet n'a pas été le seul a révolutionner la représentation du nu féminin en peinture au XIXe siècle, et on aura sans doute raison. Si le réaliste Courbet a pu faire office de pionnier dans les années 1850, à sa suite, le futur impressionniste Edouard Manet, par exemple, avec son tableau Olympia (au Musée d'Orsay), représentant une prostituée moderne allongée nue sur un lit, tableau qui fit scandale au Salon de 1863 (celui-là même où la Naissance de Vénus de Cabanel a été si apprécié par Napoléon III en personne), a lui aussi participé, à sa manière, à cette évolution. Mais à bien y regarder, ne peut-on trouver trace dans les époques antérieures de représentations érotiques du corps féminin dépourvues de véritables prétextes mythologiques ou orientalisants ? En vérité, pour s'en convaincre, il suffit de regarder deux petits tableaux libertins du XVIIIe siècle, peints par Fragonard (au Musée du Louvre), dont l'un est le pendant de l'autre : l'un, intitulé La Chemise enlevée, représente une jeune femme déshabillée sur un lit par un amour (c'est-à-dire un angelot), et l'autre, intitulé Le Feu aux poudres, représente une jeune femme à demi-nue, endormie sur un lit, et dont les seins et les parties intimes sont dévoilées et éclairées par des amours... Assurément, Courbet ne pouvait méconnaître l'oeuvre de Fragonard...


On le voit bien, le thème de l'érotisme, au delà d'un évident plaisir des yeux (il faut tout de même être honnête !), constitue, finalement, un bon fil rouge, parmi beaucoup d'autres, pour explorer les collections des Musées du Louvre et d'Orsay. Le hasard a fait que j'ai essentiellement évoqué ici des oeuvres du XVIIIe et du XIXe siècles, et que ce sont toutes des oeuvres peintes par des artistes français, mais il est bien évident que je n'ai fait qu'évoquer une toute petite partie de ce qu'il y a à découvrir ou redécouvrir au Louvre et à Orsay : les peintres italiens, ceux des écoles du Nord (Flandres, Pays-Bas, etc.), et d'autres peintres français, du XVIe au XIXe siècles, ont réalisées quantité d'oeuvres peintes chargées d'érotisme, dans beaucoup se trouvent au Musée du Louvre (dont les collections couvrent plusieurs siècles d'histoire de la peinture, du Moyen Age jusqu'au milieu du XIXe siècle environ), et d'autres au Musée d'Orsay (ce dernier étant consacré aux oeuvres d'arts de la seconde moitié du XIXe siècle et du début du XXe siècle). Et je ne parle même pas des sculptures exposées dans ces deux musées, dont bon nombre sont des oeuvres éminemment érotiques, qui pour certaines, au Louvre, remontent à l'Antiquité gréco-romaine...

Dans un prochain article, j'essaierai de vous parler de ce que j'ai vu à Paris à l'occasion des Journées du Patrimoine des 20 et 21 septembre derniers, à savoir deux lieux de pouvoir : le palais de l'Elysée et l'Assemblée Nationale.

Cordialement, :-)

Hyarion.
 
(Illustrations : Jupiter et Antiope, huile sur toile [1851] par Jean Auguste Dominique Ingres, Paris, Musée d'Orsay ; La Naissance de Vénus, huile sur toile [1863] par Alexandre Cabanel, Paris, Musée d'Orsay ; Angélique, huile sur toile [vers 1819] par Jean Auguste Dominique Ingres, Paris, Musée du Louvre ; Le Bain turc, huile sur toile [1862] par Jean Auguste Dominique Ingres, Paris, Musée du Louvre ; Vénus demandant à Vulcain des armes pour Enée, huile sur toile [1732] par François Boucher, Paris, Musée du Louvre ; Suzanne au bain, huile sur toile [1839] par Théodore Chassériau, Paris, Musée du Louvre ; Scène de guerre au Moyen Âge, huile sur toile [vers 1865] par Edgar Degas, Paris, Musée d'Orsay ; La Mort de Sardanapale, huile sur toile [1827] par Eugène Delacroix, Paris, Musée du Louvre ; Détails des tableaux Scène de guerre au Moyen Âge de Edgar Degas [Musée d'Orsay] et La Mort de Sardanapale de Eugène Delacroix [Musée du Louvre] ; Hercule et Omphale, huile sur toile [1724] par François Lemoyne, Paris, Musée du Louvre ; L'Origine du monde, huile sur toile [1866] par Gustave Courbet, Paris, Musée d'Orsay ; Olympia, huile sur toile [1863] par Edouard Manet, Paris, Musée d'Orsay ; La Chemise enlevée, huile sur toile [vers 1770] par Jean-Honoré Fragonard, Paris, Musée du Louvre ; Le Feu aux poudres, huile sur toile [avant 1778] par Jean-Honoré Fragonard, Paris, Musée du Louvre)
Par Hyarion
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Samedi 25 octobre 2008 6 25 10 2008 13:09

Ma foi, il faut bien que je m'y fasse à présent : non seulement je n'ai plus le temps ni les moyens d'alimenter régulièrement et substantiellement mon blog, mais il semble bien, également, à présent, que le coeur n'y soit plus vraiment... Du reste, une série d'articles, cela ne s'improvise pas. Compte tenu de ce contexte, l'évocation de l'ensemble des choses que j'ai vu à Paris et aux alentours en septembre dernier est donc reportée sine die. J'avais écrit, le mois dernier, que j'essaierai au moins d'évoquer mes visites du palais de l'Elysée et de l'Assemblée Nationale que j'ai pu effectuer à Paris, les 20 et 21 septembre derniers, à l'occasion des Journées du Patrimoine, mais finalement je préfère y renoncer, au moins pour le moment, car je ne veux pas faire du mauvais travail. C'est un peu dommage sans doute, mais c'est ainsi. La vérité, c'est que j'en ai marre. Marre d'écrire pour rien, ou si peu. Marre de passer autant de temps à la rédaction d'articles aussi vite oubliés qu'ils ont été lus. Marre de dépenser autant de pognon en connections Internet finalement stériles, vu le caractère vain de ce que je produit. J'en ai vraiment marre. La sociabilité a ses côtés positifs, mais elle a aussi ses contraintes, parfois difficiles à supporter. Même chose pour le fil de l'actualité : je commence à en avoir vraiment assez de lui courir après... Après avoir parlé de mes visites à l'Elysée et à l'Assemblée Nationale, il faudrait que je parle des nouvelles conneries dites et/ou faites par Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, du Congrès du PS à Reims (en tant qu'adhérent du PS, bien obligé non ?), de l'élection présidentielle aux Etats-Unis d'Amérique (qui se terminera vraisemblablement par la victoire d'Obama, la défaite de McCain, et surtout - hélas ! - par la défaite de Cthulhu), de l'affaire DSK, des poupées vaudoues à l'effigie de Sarkozy, de la présidence française de l'Union Européenne, des conférences internationales pour sauver le monde de la crise financière avec Sarkozy dans le rôle du pseudo-sauveur, et de je-ne-sais-quoi d'autre... En vérité, ça n'a peut-être l'air de rien, comme ça, un article, mais en réalité, cela représente beaucoup de travail, quoique l'on en dise... Et aujourd'hui j'en ai marre. En juillet dernier, j'avais été contraint de mettre mon blog en hibernation. Quelque-chose me dit qu'il peut-être mieux valu qu'il le reste... Par ailleurs, non seulement j'en ai marre, mais en plus, j'ai de plus en plus vraiment envie de faire autre chose. J'avais déjà évoqué succintement en juillet dernier les autres projets dont je souhaitais m'occuper, mais dont je n'ai pas eu l'occasion de suffisement me consacrer. Il faudra bien, un de ces jours, que je me fasse violence, et que je me décide à réellement franchir le cap, et à arrêter de m'occuper autant d'un blog devenu, de toute façon, bien difficile à maintenir réveillé... En attendant, je n'oublie pas ma promesse de mettre en ligne, sur le présent blog, le compte-rendu de Dante sur ses visites des expositions de photographies organisées dans le cadre du Festival international de photojournalisme Visa pour l'Image, qui s'est déroulée cette année du 30 août au 14 septembre derniers, dans la ville que le génial peintre surréaliste Salvador Dalí considérait comme étant le centre de l'univers, à savoir Perpignan. Je reproduit donc ici ce compte-rendu in extenso, en le partageant en deux parties, en raison des contraintes techniques d'espace imposées par la plate-forme de blogs qui héberge le présent blog.

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« Monde…vaste monde…si tu t’appelais Raymonde »

(Extrait de la chanson Raymonde de Maxime Le Forestier)

 par Dante

 

     Le festival international de photojournalisme de Perpignan, Visa pour l’Image, fête ses 20 ans. L’édition 2008 s’est déroulée du 30 août au 14 septembre. N’ayant pu m’y rendre que pour un week-end, ce compte-rendu portera sur les expositions visualisées dans 5 lieux différents de la ville : Au Castillet, A la Poudrière, A la Caserne Gallieni, au couvent des Dominicains et au couvent des Minimes.

 

     « Elevés dans le calme et la retraite et le repos / On nous jette tout à coup dans le monde / Cent mille vagues nous baignent / Tout nous sollicite, bien des choses nous plaisent / Bien d’autres nous chagrinent, et d’heure en heure / Un peu troublée, notre âme chancelle / Nous éprouvons des sensations et ce que nous avons senti / Le tourbillon varié du monde l’emporte loin de nous dans ses flots[1] ». Ces vers de Goethe résument l’impression que procure le parcours de l’édition 2008 de Visa pour l’Image. Des images fortes s’entrechoquent, en noir et blanc ou en couleur, sans misérabilisme, redonnant au contraire sa pleine dignité aux êtres qui y sont représentés. A travers des reportages qui nous immergent dans notre actualité, le monde se devine, le monde interroge, le monde se dérobe, le monde se perd et se trouve à la fois. Dans l’instantané le plus cru et le plus dur se révèlent les dérives, l’impuissance, la misère qui ne dit pas son nom, l’innocence assassinée, la cruauté perpétuée, la fragilité de l’espoir pourtant présent. A travers chaque photo se devine la nécessité de montrer, de dire, de crier, afin de transformer le regard en action.

     Le présent compte-rendu s’attachera à résumer en quelques lignes le sujet de chaque reportage en agrémentant chacun d’un commentaire plus détaillé. Afin de centrer le compte-rendu sur l’examen des reportages, je reprendrais en matière de présentation de chaque sujet le résumé qui en a été établi sur la plaquette du festival et que l’on peut retrouver sur le site de Visa pour l’Image : http://www.visapourlimage.com/festival.do . A présent, entrons plus avant dans le cœur du festival…

AFP : retour sur 20 ans d’actualité (1989-2008)

 

     Le pouvoir évocateur et émotionnel de la photo de presse n'en fait pas un document comme les autres. D'où ces dernières années, le refus de toute "esthétique", de tout affectif, chez nombre de photojournalistes, entendant résolument s'éloigner de "l'humanisme" des années d'après-guerre. Mais même dans le plus strict "style documentaire", le photographe se doit de construire son sujet. Sans la construction par l'œil du photographe, on "rapporterait" sans donner à comprendre. Et parfois, sans cette « esthétique », certaines réalités trop brutales ne pourraient être montrées. Le photojournaliste, qu'il touche à la détresse du RMIste, l'absurdité de la guerre ou la brutalité de l'enfance, se retrouve frontalement face à l'événement. Il doit tout à la fois être au plus près et s'effacer. Donner à voir et disparaître. Donner à toucher et garder ses distances. Veiller à ne pas se faire happer. Les images restent sur la rétine. Les histoires dans le cœur et le cerveau. Personne n'en sort indemne.

 

     Cette rétrospective de 20 ans d’actualité à travers quelques instantanés de l’AFP est saisissante. La photographie y traverse deux décennies d’un passé intensément présent et nous rend cet hier immédiat et tragique. Immédiat dans le sens où l’instantanée capte le surgissement de l’événement. Tragique dans la perspective où l’émotion s’y cache et s’y révèle en même temps.

 

Axelle DE RUSSE - Chine, le retour des concubines

 

 

[ Photo : Scène d’attente d’une concubine tombée dans la prostitution ]

 

     Longtemps, en Chine, le statut d'un homme s'est mesuré au nombre de ses femmes : épouses et concubines. En 1949, les communistes ont condamné la pratique, signe pour eux de décadence bourgeoise. Mais aujourd'hui, après deux décennies d'ouverture économique, on assiste à un retour des concubines. En chinois, elles sont appelées "ernai", ce qui signifie "deuxième femme". Axelle de Russé raconte, dans la Chine du troisième millénaire, l'histoire intime et taboue de ces jeunes filles prisonnières de leur cage dorée.

 

     Axelle de Russé a été lauréate en 2007 du Prix Canon de la Femme Photojournaliste décerné par l’AFJ et soutenu par le Figaro Magazine. Et ce photoreportage ne trahit pas le mérite de ce prix.

     Axelle de Russé suit dans ce reportage la vie de trois femmes chinoises, chacune entretenues par un homme riche déjà marié. La pratique a été interdite par les communistes mais avec le boom économique de ces dernières années, la pratique est redevenue réelle bien que toujours illégale. Les concubines, interdites en 1949 après l’arrivée au pouvoir de Mao Zedong sont réapparues à la faveur de l’ouverture économique. Pour un homme d’affaire de la nouvelle Chine, avoir une concubine est un signe de réussite tout autant que de posséder une belle voiture. Les trois femmes suivent pourtant des trajectoires différentes qui oscillent entre l’émancipation, la réussite sociale et la prison dorée.

    Axelle de Russé met aussi en avant la nouvelle géographie qui se dessine sous l’impulsion et l’ampleur du phénomène. Des villages de concubines naissent en province tandis que les villes connaissent des quartiers de concubines. Certains espaces urbains, comme Shenzhen, sont réputées pour être des « villes à concubines ».

     Les photos traitent aussi des problèmes collatéraux au phénomène. La multiplication de nombreux enfants illégitimes, non reconnus par leurs pères et ne possédant par conséquent ni papier ni identité, est préoccupante. La population civile s’est organisée à travers des associations. Ainsi sont nées l’Alliance Contre les Concubines de la République Populaire de Chine (ACCRPC) qui regroupe les épouses trompées, et une organisation clandestine qui tient des  réunions d’informations sur les droits des femmes. Les épouses trompées viennent rapidement gonfler l’effectif des détectives privés qui s’est considérablement accru. Certaines détectives sont surnommés Ernaï Shashou (tueuse de concubines). Bien souvent, ces enquêtes échouent pour demander le divorce : Une épouse ne peut rien contre un mari juge ou un membre du Parti Communiste Chinois.

     A travers un sujet méconnu et des photographies remarquables tant sur la forme que dans leurs structures, Axelle de Russé dresse le portrait de femmes confrontées à des structures dont elles subissent les rouages et les jeux de hiérarchie. Certaines tirent leurs épingles du jeu grâce à la fortune d’un hasard. D’autres se résignent à la prostitution après l’échec d’une tentative d’émancipation. Axelle de Russé livre ici bien plus qu’un reportage. Véritable témoignage des permanences et des violences quotidiennes de la Chine actuelle, ce photoreportage explore une coulisse d’une puissance contemporaine majeure. Explorons à présent une autre coulisse avec ces récits des bords du fleuve jaune…

 

Philip BLENKINSOP –

Récits des bords du fleuve jaune (Juin 2008)

 

 

[ Photo : Prise de vue de Linfen depuis un train ]

 

     Philip Blenkinsop a pris le train qui roule vers le nord en partance de la ville minière de Linfen, dans la province de Shanxi, en Chine. S'il a choisi pour destination les localités meurtries par l'industrie, aux abords du fleuve, ce n'est pas pour les condamner, mais pour témoigner de la force de caractère des populations qui y vivent.
Ce carnet de route le conduit ensuite à Lanzhou, sur le Fleuve Jaune, pour le remonter vers le nord en traversant
la Ningxia Huizu Zizhiqu
et parvenir en Mongolie intérieure.
Un voyage très personnel, sans contraintes journalistiques.

     Philip Blenkinsop a reçu cette année le Visa d’Or catégorie « News » pour son reportage sur le séisme en chine en mai 2008.

 

     Le reportage de Philip Blenkinsop met en scène la chine contemporaine qui s’industrialise intensément. Autour de grandes villes de la province de Shanxi, de véritables ceintures industrielles se développent avec les conséquences environnementales que cela impliquent. Si la nécessité industrielle se fait sentir dans une puissance en développement et dans un contexte de mondialisation accrue, certaines villes ont dû cesser leurs activités industrielles le temps des J.O, tant elles produisaient de gaz à effet de serre. Les photographies en noir et blanc insistent aussi bien sur cette nécessité que sur son impact environnemental, montrant ainsi l’ambigüité d’un développement.

     Philip Blenkinsop présente des photographies sur les phénomènes d’intoxication néfaste pour la consommation d’eau. Les puits pollués prolifèrent et dégradent considérablement les conditions de vie. Chaque pan de la vie quotidienne est passé au crible de ce renouveau et de cette dégradation. Une photographie révèle des ouvriers transportant le charbon d’une mine située prés du barrage de Sanmenxia tandis qu’une autre présente le parcours des tolajis (taxis à 3 roues) dans les rues de Xiang Ling. D’autres photographies, encore, détaillent le recyclage rudimentaire des déchets à Alashan ou la construction d’un port flottant sur le fleuve jaune. Philip Blenkinsop donne ainsi une image contrastée, dynamique et tragique, d’un espace en mutation où chaque pas vers le développement comprend de multiples implications.

 

Jan GRARUP –

Le Génocide étouffé du Darfour et du Tchad

 

 

[ Photo : Arrivées de réfugiés dans un camps ]

 

     A quoi ressemble le massacre d'une population entière? Comment justifier, dans les camps de réfugiés du Darfour, face au traumatisme des femmes soudanaises aux enfants mal nourris, la nuance entre « actes de génocide » et génocide à proprement parler ?
Depuis 2003, le conflit au Darfour et au Tchad a fait plus de 200 000 morts (selon certaines sources) et provoqué le départ de quelque 2,5 millions de personnes fuyant les raids meurtriers des janjaweed, milices arabes du Soudan qui opèrent de part et d'autre de la frontière.

 

     Jan Grarup donne dès les premières images et les premiers commentaires la parole à Wangari Maathai, écologiste kenyan et lauréat du Prix Nobel de la Paix : « C’est, de la lorgnette d’un observateur extérieur, une simple guerre tribale, mais, de fait, il s’agit d’une lutte pour la maîtrise d’un environnement qui n’est plus en mesure de répondre aux besoins de ceux qui y vivent ». Replaçant ainsi le conflit dans toutes ses dimensions, le photoreportage livre des images en noir et blanc d’une rare puissance où folie et détresse réciproques mènent le jeu. Qu’elles montrent des enfants victimes de choléra et de malnutrition ou encore des camps de réfugiés, les photos de Jan Grarup s’attardent sur chaque élément du conflit, rappelant que ce dernier, comme au Rwanda en 1994, trouve ses origines dans les clivages ethniques qui ont déclenché la violence. La raison de ce clivage est aussi géographique puisque le Soudan se trouve à califourchon sur la frontière ethnique qui sépare les tribus de nomades arabes de l’Afrique du Nord des tribus noires de l’Afrique subsaharienne, tel que le peuple Four. Etymologiquement, le Darfour désigne la « terre des Fours ». Une autre cause des tensions repose sur les nouvelles exploitations pétrolières dont les bénéfices vont aux arabes de Khartoum, dépossédant ainsi les populations proches de cette ressource.

     Mais les photos de Jan Grarup sont avant tout celles de paysages. Paysages désolés ou habités dans lesquels la présence des hommes écrit un panorama singulier. L’assèchement du cours d’eau Wadi explique aussi bien le conflit que la vision de réfugiés soudanais attendant une distribution de nourriture. L’image apparemment immobile du camp d’Iridimi ou de Kouroikoum traduit en réalité les déplacements massifs des populations sur les routes de Kerfi. Les villages sont en effet régulièrement attaqués par les milices Janjaweed. Ainsi, plus de 10 000 personnes sont déplacées à l’intérieur de leur propre pays. Sur la route, les réfugiés courent aussi sous les balles des patrouilles tchadiennes à la recherche de miliciens Janjaweed soudanais et de rebelles tchadiens. Les réfugiés affluant des différents villages rasés et brûlés par les milices Janjaweed ne sont pas enregistrés par les agences humanitaires et ne reçoivent donc aucune aide, en dépit de l’adoption d’un Programme Alimentaire Mondial (PAM). Selon l’UNHCR, plus de 15 000 personnes souffrent de la faim mais les combats dans la zone empêchent les ONG de leur porter secours.

     Les camps de réfugiés sont donc transformés en lieux de vie et de mort. On y attend une livraison d’eau, des soins devant le dispensaire de fortune et on y pratique un marché de bric et de broc où les objets sont souvent issus d’attaques et de raids. On y croise aussi des témoins comme Adulaye Idriss qui a essayé de sauver sa famille et son village prés de Koloy et qui s’est retrouvé captif des miliciens qui lui ont crevé les yeux. Mais sans doute l’image phare de ce photoreportage réside-t-elle dans cet instantané qui enveloppe de noir et de blanc une femme couchée dans un sol composé de terre, d’urine et de sang et qui, le regard vide comme presque éteint, allaite son enfant. L’instinct reste le seul guide de la survie quand chaque pas tâtonne dans l’incertitude. L’horizon ne peut devenir plus grand qu’un simple regard pour trouver refuge. La photographie de Jan Grarup nous parle de cette urgence. Urgence du regard mais aussi de l’action.

 

David Douglas DUNCAN – This is war !

 

 

[ Photo : Déploiement d’une troupe américaine ]

     Il y a 20 ans, Duncan avait été l'un des premiers photographes que nous avions contactés pour exposer son travail remarquable sur la guerre de Corée... Pour les 20 ans de Visa pour l'Image, le grand DDD a enfin accepté notre invitation. Une immense leçon de photographie et de journalisme. Exposition réalisée grâce à l'aide du Harry Ransom Center - The University of Texas at Austin.

     Dans la préface de son livre, This is war, David Douglas Duncan, qui a suivit ses camarades soldats, écrit : « Sans vous, sans les innombrables fragments de souvenirs, d’expériences et de peurs qui font de vous un être unique – et pourtant dans le même temps, vous rendent très semblable à tous les hommes et les femmes que vous côtoyez au quotidien – sans vous ce livre ne pourrait pas exister. Car vous êtes profondément impliqué dans cette histoire. Vous en êtes le protagoniste. Vous êtes l’homme qui a survécu et qui attend, debout devant son poste de secours rudimentaire dressé dans la vallée, d’apprendre si ses camarades sont encore en vie…ou s’ils sont morts ».

     La démarche du reportage se révèle au fur et mesure des photos pour dépasser le champ du regard et traduire l’émotion. Peu à peu, le photoreportage sur la guerre de Corée tisse des similitudes avec le film Full Metal Jacket dans lequel Stanley Kubrick avait cherché à faire méditer sur une émotion et sur le processus même de la guerre. Il en résulte un corpus photographique en noir et blanc saisissant de vérité et imprégné d’un besoin de témoignage.

 

Göksin SIPAHIOGLU –

Les événements de Mai 68 à Paris

 

 

[ Photo : Des étudiants et des militants syndicaux occupent une salle de la Sorbonne ]

 

     Avant d'avoir été le grand patron-fondateur de l'agence Sipa Press, Göksin Sipahioglu était photographe. L'intérêt particulier de ses images sur les événements de mai 68 réside dans la fraîcheur de son regard. Regard d'un journaliste étranger au microcosme parisien.

 

     Le regard de Göksin Sipahioglu est riche de par la diversité des images qu’il a rapporté des événements de Mai 68 à Paris et de par les thèmes abordés. Les barricades sont certes présentes mais des photographies de la manifestation pro-gaullienne (qui avait rassemblé près de 1 million de personnes) également.

      Le noir et blanc donne ici toute la couleur de cet événement. Des réunions d’étudiants à des affrontements de rue avec les policiers (remarquable photographie d’un policier seul face à des manifestants), chaque instant semble s’être immobilisé pour témoigner.

 

Pierre GONORD – A l’épreuve du portrait

 

     Pierre Gonnord a débuté la photographie en autodidacte à l'adolescence en raison de sa fascination pour les grands maîtres du portrait en peinture et en photographie.
Depuis 2001 il a concentré sa recherche sur des personnages qui conservent une relation très forte avec le monde de l'apparence et plus récemment il s'est intéressé aux portraits de modèles issus de l'immigration ou de métissage des cultures. Après avoir mené un travail remarquable sur les gitans sévillans, il a reçu une commande du Ministère de la Culture et de la Communication pour rendre compte de la personnalité de la communauté gitane de Perpignan.

     Tout comme les expositions centrées sur l’esthétique et l’art photographique, l’exposition de Pierre Gonord rend compte de la diversité du travail photo-journalistique. Ce regard permet de saisir les multiples possibilités de traiter une autre forme d’actualité et de saisir des tendances qui suscitent l’intérêt. Les communautés marginales sont aujourd’hui au cœur d’une réflexion autour de l’intégration et de l’identité culturelle : Comment cette distinction est aussi une affirmation de la singularité ? La mondialisation, loin d’être un moule de standardisation, semble offrir une nouvelle possibilité à l’affirmation identitaire de chaque habitant du monde. Cette identification se fait certes sur des codes largement diffusés mais elle traduit aussi un espace de réaffirmation communautaire. Les portraits de Pierre Gonord saisissent cette identité qui pratique pleinement son existence et cultive sa différence.


Brent STIRTON – Parc National Virunga (Congo)

 

[ Photo : Les habitants du parc Virunga pleurent la mort du chef gorille et ramènent sa dépouille au village pour lui rendre hommage ]

 

     Le parc national des Virunga est le plus ancien du continent africain. Il abrite le gorille de montagne, espèce en voie de disparition. Dans cette région déchirée par la guerre, le parc des Virunga est la seule source de bois de feuillu susceptible de donner un charbon de bois de bonne qualité. Les producteurs de charbon de bois profitent de l'occupation rebelle pour mener leur commerce illégal en toute discrétion. La situation est d'autant plus compliquée que le parc est occupé par deux grandes factions rebelles : la CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple) du rebelle congolais, le général Laurent Nkunda, et leurs ennemis jurés, le FDLR (Forces Démocratiques de Libération du Rwanda) Interhamwe, génocidaires Hutu qui résident dans les forêts des Virunga depuis leur expulsion après le génocide du Rwanda. Brent Stirton a reçu le Visa d’Or 2008 dans la rubrique « Magazine » pour ce photoreportage pour Newsweek et National Geographic.

 

     Le 23 juillet 2007 s’est déroulé le plus important massacre de primates en voie de disparition depuis plus de 40 ans. Le chef gorille Senkekwe (photo ci-dessus), mâle de 240 kilos, a fait parti des victimes en voulant protéger son groupe. Ce massacre n’est pas anodin car il s’inscrit en lien avec l’industrie illégale de production de charbon de bois. La pègre locale a affirmé son pouvoir sur la zone à travers ce massacre. Les photos explorent différents espaces comme la zone de Bukima, le quartier général Rumangabo. La zone autour du volcan Nyiragongo, ancienne principale attraction touristique devenue aujourd’hui une poudrière abrite des fours pour cuire du charbon illégal. Le reportage aborde aussi le camp de réfugiés de Kibumba, dans la région de Goma, car le secteur du parc des gorilles est occupé par la faction rebelle du CNDP dirigé par le général congolais Laurent Nkunda et la faction FDLR. Les photos montrant les patrouilles de gardes forestiers au bord du lac Edouard mettent en perspective l’hostilité ambiante qui règne.

     Saisissant ce massacre de primates dans un univers de chaos où chaque pas conduit vers toujours plus d’incertitude (comme le montre la photo de cette femme, de dos, qui part chercher du charbon illégalement et qui a 90% de chance d’être abattu à tout moment), Brent Stirton traduit en fait l’instabilité complète et terrifiante qui se déroule actuellement en République Démocratique du Congo. Réalisé en juillet 2007, ce photoreportage montre avec acuité les conséquences d’un désordre où l’existence y est réduite à l’état de survie. Ce que nous indique aussi le reportage suivant…

 

Cédric GERBEYAHE – Congo in Limbo

 

 

[ Photo : Le chef rebelle congolais Laurent Nkunda ]

     En République Démocratique du Congo (RDC), une décennie de conflits armés a laissé un pays exsangue. Aujourd'hui encore, la population continue de souffrir au quotidien des conséquences du conflit, des maladies, de malnutrition et du sous-développement, mais aussi du fait des violences meurtrières qui se poursuivent. Le nombre total des déplacés est estimé aujourd'hui à plus de 800 000 personnes. Les accords de paix de janvier 2008 n'ont rien changé. Les civils sont toujours les premières victimes et les groupes armés ainsi que les militaires congolais continuent à exploiter illégalement les ressources naturelles et à se servir des profits engrangés pour alimenter le conflit.

     Avec ce photoreportage de Cédric Gerbehaye, nous poursuivons l’exploration de la situation actuelle en République Démocratique du Congo. La photo ci-dessus représente Laurent Nkunda, chef rebelle congolais à la tête du CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple), dans son fief, les collines du Masisi. Les instantanés qu’a rapportés Cédric Gerbehaye traduisent une véritable ambiance chaotique. Les photos montrent par exemple des déplacés trouvant refuge, par exemple, au couvent de Fataki en Ituri. Leurs maisons ont en effet été brûlés suite aux combats entre le FNI (Front des Nations Intégrationnistes) et le FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) dont les membres sont peu ou non payé et fonctionnent donc sur une économie de pillages. 80% des exactions commises sont le fait des militaires.

     En 2007, 437 000 personnes ont dû fuir leurs villages à cause des combats, des viols, de l’enrôlement forcé d’enfants et d’exactions. A ce titre, les enfants-soldats qui sont désarmés et démobilisés perdent un statut et une identité. Dans ce chaos se déroule aussi les tensions hiérarchiques, la reconnaissance sociale et la perte instantanée de toute maîtrise sur son propre destin. Ainsi, des camps de fortune, comme celui de Bulengo près de Goma, servent de refuge. A cela s’ajoute le développement de ferveurs sectaires qui ont consacré la main mise de l’église adventiste. Quelques photographies de prière de masse du pasteur Sony Kafuta Rockman de l’Eglise de l’Armée de l’Eternel, au stade des martyrs à Kinshasa, traduisent la recherche de repères de tout un peuple qui opére chaque jour la tentative de la survie.


Enrico DAGNINO –

Violence post-électorale au Kenya

 

 

     La violence des affrontements au Kenya oppose les partisans de Raïla Odinga, malheureux candidat de l'ethnie Luo à la présidentielle, à ceux du président réélu, Mwai Kibaki, accusé d'avoir « volé » un scrutin controversé et surtout des terres au profit des membres de sa tribu, celle des Kikuyus. Cette révolution n'avançait pas en brandissant des fleurs ou des écharpes, mais frayait sa route à coups de machette et de casse-tête. Les politiciens qui ont joué des vieilles rancœurs ethniques pour gagner leurs voix ont évidemment trouvé le moyen de se partager le gâteau. Les touristes reviennent et leurs tours operators ont retrouvé sans peine les chemins contournant la mer des taudis.

     Ce reportage présente avant tout les origines de ces violences post-électorales. La misère de Nairobi, entourée des plus grands bidonvilles d’Afrique de l’Est, n’est pas étrangère à ces violences. A ce propos, Enrico Dagnino écrit : « Pas la moindre trace de goudrons, ni des 6% de croissance affichés en 2006 par l’Etat Kenyan sur ces murs vérolés, dans ces rues boueuses où s’agglutinent des millions de personnes qui survivent avec moins d’1 $/jour ». Les photographies mettent ainsi en scène les attaques et les incendies de biens Kikuyus par les Luos. Ces types de violences, qui se sont déroulés en réaction à l’élection présidentielle la plus contestée de l’histoire du Kenya, sont partis des bidonvilles de Nairobi.

     Sans doute faut-il regretter, dans cette exposition au sujet intéressant, la présence d’une photographie numérique couleur qui ne donne aucune profondeur de champ ni aucune épaisseur. L’urgence du témoignage, fort utile, a peut-être primé.




[1] Extrait d’un poème de Goethe cité par ZWEIG Stefan, Le Monde d’hier, Bermann-Fischer, Verlag AB, Stockholm, 1944 (Edition utilisée : Paris, Belfond, 1993), p.15



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Nous interrompons ici le compte-rendu de Dante. La dernière partie de celui-ci fera l'objet d'un prochain article, très prochainement (probablement demain, en fait).


Cordialement, :-)


Hyarion.

P.S. : Votez Cthulhu (quand même).

 
(Illustrations : Détail du tableau Gala nue regardant la mer qui, à une distance de dix-huit [ou vingt] mètres, se transforme en portrait d'Abraham Lincoln (Hommage à Rothko) [Première version], huile sur papier photographique [1975-1976] par Salvador Dalí, Figueras, Teatre-Museu Dalí, Fundació Gala-Salvador Dalí ; Photographies illustrant le compte-rendu de Dante : ©DR)

Par Hyarion
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Dimanche 26 octobre 2008 7 26 10 2008 13:48

Voici maintenant la deuxième et dernière partie du compte-rendu de Dante concernant le Festival international de photojournalisme Visa pour l'Image de Perpignan, qui, rappelons-le, s'est déroulée cette année du 30 août au 14 septembre derniers.

Bonne lecture.

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Pascal MAITRE –

Une sainte dans l’enfer des Grands Lacs

 

 

     Au cœur de la région des Grands Lacs, au milieu du chaos qui dévasta le Rwanda, le Burundi et l'est du Congo, où des centaines de milliers de personnes furent tuées par la violence, où des centaines de milliers d'autres ont dû fuir pour essayer de survivre dans les plus grands camps de réfugiés d'Afrique, où des dizaines de milliers de personnes remplirent les prisons, où des centaines de milliers de vies furent détruites par la misère et le sida, dans ces ténèbres qu'on craignait sans fin, une femme burundaise, Marguerite Barankitse, dite Maggy, a apporté une lumière d'espoir : en créant un avenir pour des milliers d'orphelins de la guerre et du sida.

     La singularité du reportage de Pascal Maitre mérite d’être saluée. Si les photographies montrent certes la misère matérielle, c’est avant tout pour montrer que la dureté de cette situation peut-être dépassée par l’ « agir ». Ici, Pascal Maitre témoigne d’un regard et d’une action à travers le personnage de Maggy. Au milieu du chaos qui dévasta le Rwanda, le Burundi et l’Est du Congo, Marguerite Barankitse, dite Maggy, a ouvert un orphelinat pour les enfants de toutes les ethnies afin de les faire vivre ensemble.

     Maggy a notamment impulsé la construction de 550 maisons pour accueillir et abriter les familles, créant aussi un hôpital, une salle de cinéma et des fermes. Selon l’UNHCR (United Nation High Commissioner for Refugees), 400 000 Hutus ont fui le Rwanda avec leur bétail, unique richesse, et de véritables drames humains drainent ce parcours. Les photographies montrent notamment des corps flottant dans la rivière de l’Akagéra, surnommée la « rivière rouge ». La route reliant Mombassa à Bujumbura a été, quant à elle, baptisée « route du Sida ».

     Face à cette détresse humaine, le combat de Maggy prend toute sa force. Dans le centre Mère et enfants à Ruyigi (Burundi), les paysannes séropositives viennent chercher de l’aide, des soins et des informations. Maggy a également réussi à convaincre l’armée Belge de construire ce centre avec des psychologues, des infirmières, des nutritionnistes. La Maison Shalom est un orphelinat qu’elle a créé depuis peu ainsi qu’un complexe hospitalier à Ruyigi. Aujourd’hui, Maggy ne cesse d’interpeller les autorités internationales. Sans grande réponse.

 

Nina BERMAN – Homeland U.S.A

 

 

[ Photo : Un couple américain essaie un refuge anti-radioactif ]

 

     Ces images font partie d'un sujet commencé le 11 septembre 2001. En explorant la vie des Américains, ces photos cherchent à définir le sens du militarisme, de la sécurité et de l'identité. Après avoir passé les dernières années à photographier les coûts humains et la réalité de la guerre, il lui semblait utile de montrer les fantasmes et le marketing qu'elle génère ainsi que l'empreinte de l'esprit militariste chez les Américains.

 

     La démarche de Nina Berman est singulière et fort intéressante pour qui veut appréhender les USA hors de tout anti-américanisme primaire. Bien que critique, ce photoreportage réalisé pour le Sunday Times Magazine cherche avant tout à comprendre et à explorer les valeurs sur lesquelles se base la vie quotidienne des américains.

     En parcourant différents Etats américains, Nina Berman a rapporté des photographies couleur sur une Amérique angoissée qui procède à des exercices de simulations d’attaques terroristes ou nucléaires. Des milliers de participants deviennent acteurs de diverses mises en scènes de guerre qui coûtent plusieurs millions de dollars. Il existe même un camp, depuis le 11 septembre 2001, pour jeunes délinquants qui apprennent à réagir face à une attaque terroriste.

     Nina Berman explique sa démarche : « Certaines de ces manifestations ont l’air d’une performance, d’une représentation théâtrale subventionnée par l’Etat, où le théâtre remplace le réalisme, inculquant aux participants une forte conscience de leur identité et de leurs valeurs par le biais de cette expérience à caractère militaire (…). Ce qui m’intéresse par-dessus tout, c’est cette identité, cette ambivalence située entre le réel et le fictif, si emblématique des discours politique depuis le 11 septembre 2001 ».

     Les images montrent par exemple un grand panneau, planté au milieu d’un champ ou encore au bord de la route, et comportant l’échelle de risque quotidienne. En 2003, une simulation d’attaque terroriste s’est déroulée à l’aéroport de Midway dans le cadre de l’opération intitulée « Topoff 2 ». Elle a coûté 16 millions de $. Dans certaines zones, les autorités organisent de vastes distributions de pilules à base d’iodure de potassium afin de protéger la thyroïde en cas d’attaque ou d’accident nucléaire.

     D’autres images présentent en détail les « exercices » effectués à travers les visages de garçons d’une dizaine d’années, recouverts de peinture de camouflage, qui apprennent à manier des armes pour tirer sur des cibles vivantes qui feront semblant de mourir pour effectuer la simulation, ou encore celles de chiens en armure avec des gilets pare-balle. Dans les villes se développent un vaste « homeland security » notamment basé sur la présence d’écrans géants dévoilant dans les rues des images sur la guerre contre le terrorisme.

     Les images traduisent aussi des faits plus souterrains comme l’essor des Unités d’élite de la Police Américaine (SWAT) jusque dans les petites villes. Début 2008, on compte que 90% des villes américaines de plus de 50 000 habitants disposent de ces unités. Les civils sont les premiers promoteurs de cette dynamique à travers des associations ou des groupes. En témoigne un citoyen, Glen Spencer. Il a fondé l’American Border Patrol dont l’objectif affiché est de surveiller la frontière entre l’Arizona et le Mexique. Pour stopper l’ « invasion mexicaine », il a construit 4 drones de surveillance et dépensé 800 000 $ de sa poche en matériel de surveillance et équipement vidéo. Vissé sur sa chaise et dans sa salopette, le fusil à la main, il offre l’image d’un citoyen déterminé dans son angoisse. Prêt à lutter contre tous les dangers, il offre à lui seul le panorama d’une Amérique qui s’érige une défense ultra sécuritaire pour anticiper les attaques futures d’où qu’elles viennent. Comment dès lors ne pas comprendre la portée douloureuse d’un jour de septembre où l’Amérique découvrit sa fragilité ? Nous restons d’ailleurs dans cette même Amérique pour le reportage suivant...

 

Yuri KOZYREV – Inside Iraq

 

 

     Après cinq années de guerre - qui ont coûté la vie à quatre mille personnes du côté américain et à un million du côté irakien, fait des dizaines de milliers de blessés, provoqué la fuite de cinq millions ou plus de personnes et sonné le glas de la nation irakienne - la situation en Irak est loin d'être résolue. Il faudra visiblement attendre encore longtemps avant que les prémisses d'un retour à la paix ne se profilent à l'horizon.

     L’originalité de ce reportage réside dans le regard d’un Russe sur la présence américaine en Iraq. Etablissant tout d’abord un bilan fait de 4 000 morts américains, 1 million coté Irakien et de 5 millions de personnes déplacées ou en fuite, Yuri Kozyrev s’intéresse à la gestion actuelle de Bagdad, aujourd’hui coupée par des kilomètres de mur blindé. Si la liberté de circulation s’est améliorée dans la capitale Irakienne, il n’en reste pas moins que, dans ce dédale surpeuplé, l’harmonie semble chose impossible. Les murs ne font que maintenir les terroristes hors de la ville et séparent profondément ceux qui vivent au sein de la ville. 700 kms de murs de 3,7 mètres de haut balisent Bagdad et ses environs.

     Dans la province d’Anbar, bastion d’Al-Qaïda de l’ouest de l’Irak, l’organisation terroriste perd progressivement du terrain ainsi que son soutien populaire (application trop stricte de la Charia, exécutions). La population irakienne, incitée à intégrer des groupes de citoyens de surveillance de proximité (CLC) pour la surveillance des quartiers, tient aujourd’hui à distance les terroristes. Le CLC bénéficie d’argent, d’équipement et du soutien des USA, leur permettant de choisir la voie de l’autoprotection. Ce « réveil » prive les insurgés de leur base et fournit des renseignements précieux sur les activités d’Al-Qaïda en Irak.

     Néanmoins, le conflit semble s’être déplacé aux frontières du pays sans pour autant s’estomper. Les nouveaux bastions d’Al-Qaïda se situent désormais au Nord autour de Mossoul, Ninive et Diala. Si les violences sont en baisse, du fait d’une trêve demandée par Moqtadar Al Sadr, chef Chiite, la situation reste dans incertaine. Pour peu que la trêve prennent fin, les Chiites se retourneront contre les Sunnites, et les forces américaines, accusées de parti pris, deviendront à nouveau des cibles.

     De photographies présentant des foules d’irakiens venues assister aux funérailles d’hommes Sunnites aux visages des prisonniers de Falloujah, en passant par des visions d’horreurs suite à des attentats à Koubba, ce photoreportage nous offre un regard complémentaire et intéressant sur la situation actuelle en Iraq.

 

Kadir VAN LOHUIZEN –

L’Après-Katrina, Une crise humanitaire invisible

« Ceux qui sont passés à travers »

 

 

     Le 29 août 2005, le cyclone Katrina a frappé les côtes de la Louisiane et du Mississippi. Selon les médias, le premier jour, La Nouvelle-Orléans avait échappé à la catastrophe : l'œil de la tempête était passé au sud de la ville. Mais les jours suivants, les images ont prouvé le contraire. Le cyclone avait rompu les digues, inondant 80% de la ville, alors que de nombreux résidents s'y trouvaient encore. Certains ont pu atteindre le « Superdôme », d'autres ont campé sur des toits en attendant les secours, et des milliers sont morts noyés. Le chiffre exact n'a jamais été établi. Presque trois ans plus tard, certains résidents se sont réinstallés, mais pour la plupart d'entre eux, la vie est toujours très difficile.

     Le sujet de ce photoreportage intervient dans un contexte où la question controversée de la race fait de nouveau la Une aux Etats-Unis. Socialement, le cyclone a révélé la misère en Louisiane et dans tout le Mississippi, notamment en matière de logement. Les sans-abris montent des tentes sous les ponts de l’autoroute tandis que la criminalité augmente. A la Nouvelle-Orléans, tous les logements sociaux ont été démolis et 70 000 rescapés du cyclone vivent à Houston. De nouveaux complexes résidentiels, comme le Royal Daks, se sont érigés à Houston. A cela s’ajoute que d’anciens refuges, comme le parc de mobil-homes de Mary Ann, sont à présent fermés.

     Kadir Van Lohuizen présente ici des photographies en noir et blanc où cette crise prend toute sa lumière et ses colorations à travers un échantillon de thèmes et de personnages multiples.


Christian POVEDA – La vida loca

 

 

     On les appelle les Maras. Construits sur le modèle des gangs de Los Angeles, ces groupes de jeunes sèment la terreur dans toute l'Amérique Centrale. Plongée dans les banlieues de San Salvador, dans le quotidien des membres d'une armée invisible, nouveau fléau mondial qui détruit par la violence aveugle les principes démocratiques et condamne à mort une jeunesse privée de tout espoir d'avenir.

     Ce photoreportage, réalisé par Christian Poveda, lui-même assisté par Alain Mingam (Consultant), est saisissant. La photographie en noir et blanc extrait le moindre contraste d’un sujet difficile. A l’image des marabundas, fourmis d’Amazonie qui dévorent tout sur leur passage, des mareros, jeunes tatoués de la tête aux pieds et voués au trafic d’armes et de drogue, colonisent peu à peu toute l’Amérique Centrale. On compte à l’heure actuelle environ 70 000 maras dont 36 000 en Honduras, 14 000 au Guatemala et 17 500 à El Salvador.

     A Los Angeles, deux gangs rivaux s’affrontent : les Maras Salvatrucha (MS) et la M18. Ils ont chacun une langue codée, des rites et des symboles. A El Salvador, la consommation de drogue et la prostitution sont considérables et s’accroissent avec une libéralisation à marche forcée de l’économie qui contribue ici à déstabiliser l’ensemble du tissu social. A El Salvador, 4 000 homicides sont dénombrés chaque année, ce qui en proportion de la population représente près de 11 morts/jour.

     A propos du phénomène, Christian Poveda note : « La geste des maras, c’est encore l’histoire des villes mégapoles, ces banlieues-monde, ces mégacities, invraisemblables bricolages de villes et de campagne, illustration parfaite du pire des mondes possibles. Ainsi, ces banlieues de San Salvador sont-elles comparables à un clone de bidonvilles et de programmes sociaux en bordure du « get rien » qui sépare la capitale de sa chaîne de volcans. Un no man’s land, topographie idéale pour une violence caractérisée. Nous sommes à l’extrémité du quartier de Soyapango. Deux ruelles en précipice, la Campanera et San Ramon, forment un cul-de-sac de l’espérance pour des habitants pris au piège de la survie ».

     Sur les pratiques proprement dite, Christian Poveda les met en scène dans une lumière tamisée. Les tatouages permettent de se reconnaître. Ils déclinent en effet le nom du gang, dévoilent sa mythologie et rendent hommage à une mère, même quand elle les a abandonnés à la rue. Bien que nous soyons dans l’univers d’un crime organisé ultra hiérarchisé, un modèle inconscient d’existence familiale traditionnel réunit les anciens enfants des rues, des filles battues et de jeunes délinquants. Certains gangs assurent leur unité quasi-familiale par des slogans tel que celui-ci : « Mata para vivir. Vivir para matar » (Tue pour vivre. Vivre pour tuer). L’amulette épidermique des gangs apporte, quant à elle, une note ironique dans la partie sans issue qui se joue chaque jour. Enfin, un rite d’initiation sous forme de tabasse est prévu pour entrer dans la « famille » de chaque gang.

     Christian Poveda nous livre enfin quelques portraits de membres, comme El Payaso (le Clown), El Oso (l’Ours de la Clica de l’Amatepec), El Bodoque (Le Déchet), La Liro, El Bambam. Entre rivaux, pourtant, aucun différend idéologique ou religieux n’existe. La raison des conflits s’est perdue dans les bas-fonds des barrios hispaniques de Los Angeles, oubliée de tous. La misère est aujourd’hui ce qui les rassemble et les oppose. Quinze ans après une révolution qui saccagea la nation, une nouvelle guerre civile entre pauvres se déroule aujourd’hui à El Salvador et dans l’Amérique Centrale.

     Balisé de commentaires résolument engagés, ce photoreportage de Christian Poveda, en plus de son incroyable qualité esthétique, traite un sujet impressionnant et difficile. Du très grand photoreportage et indispensable.

 

Marie DORIGNY – Si loin de Gandhi

 

 

     En 1917, à son retour d'Afrique du Sud, Gandhi organisait la lutte des paysans du Bihar, contre les grands propriétaires britanniques. C'était là son tout premier combat, en faveur des déshérités, sur sa terre natale. Aujourd'hui, dans cet état rural du nord-est de l'Inde, l'un des plus pauvres du pays, peu de choses ont changé. Les Intouchables et les aborigènes subissent encore l'oppression des puissants : réduits à l'état de quasi servage par les hautes castes, ils sont également chassés de leurs terres par des multinationales en pleine expansion. Qu'ils se réclament de Gandhi ou de Mao, les militants locaux peinent à secourir ces oubliés de la fameuse croissance à 9%. Misère, illettrisme et violence : voici la longue litanie de « l'Inde d'en bas ».

     Ce photoreportage est celui d’un portrait de l’Inde à part entière. Marie Dorigny s’est notamment rendue dans la région de Champaran, près de la ville de Ram-Nagar où survivent les Musahars (« mangeurs de rats »), les plus pauvres des Intouchables. La société civile s’est cependant organisée pour faire face aux questions de misère. L’association Ekta Parishad, par exemple, regroupe des Sans-terre qui revendique des droits pour les oubliés de la réforme agraire. Le mouvement des Sans-terre du Bihar est par ailleurs actuellement le plus dynamique qui existe, combattant notamment les grands prêtres hindous de Bodh-Gaya. En 1972, les Sans-terre ont gagné la reconnaissance de ces derniers. Cependant beaucoup continue de vivre sous l’autorité d’un Zamindar local, une sorte de chef féodal.

     Marie Dorigny nous immerge, dans un univers photographique en noir et blanc, au cœur des difficultés héritées et actuelles de l’Inde rurale. Les traces de la guérilla naxalite (conflit entre les maoïstes et le gouvernement indien) y sont visibles et les Dalits (Intouchables) représentent aujourd’hui la moitié des paysans pauvres du Bihar.

 

Patrick ROBERT – La liberté et le combat en exil

 

 

     Plus radicaux, mieux organisés que leurs aînés, la nouvelle génération de Tibétains en exil a entamé un nouveau chapitre de la lutte pour un Tibet libre. Rencontre, à Dharamsala, siège du gouvernement en exil du Dalaï Lama, en Inde avec ces nouveaux activistes, « branchés », qui écoutent du rock et de l'Opéra tibétain traditionnel, surfent sur Internet, manifestent sans relâche contre les violences de l'Armée d'occupation chinoise et sont les garants, aujourd'hui, d'une identité et d'une culture que la Chine musèle et tente d'éradiquer depuis plus d'un demi-siècle. Qu'ils soient nés en exil de parents réfugiés ou nouveaux arrivants qui ont fui clandestinement leur pays occupé en traversant l'Himalaya, ces nouveaux résistants se sont juré de lutter pour que le Tibet, le plus vite possible, et son peuple, retrouvent la liberté.

     Les émeutes de mars 2008 au Tibet et la répression qui s’en est suivi ont fait surgir sur le devant de la scène une nouvelle génération de Tibétains qui remettent en cause la politique de non-violence prônée par le gouvernement en exil. Les photographies de Patrick Robert présentent la répression à Lhassa en mars 2008 suivie d’une procession pour les victimes et de prières collectives. Mais les modalités des réactions se sont diversifiées. Des grêves de la faim tournantes s’organisent demandant à des personnes de jeûner 24 heures à tour de rôle.

     Le photoreportage se poursuit avec des portraits, comme celui de Tenzin Dolkat Phuntsock, activiste féministe, qui organise des cercles de réflexions et d’informations. Le portrait des personnages s’attarde ensuite sur des institutions, comme le « Tibetan Children Village » qui comprend un centre de formation pour les nouveaux arrivants du Tibet. Le centre Norbulingka, fondé par Kim Keshi, une franco-américaine marié à un dignitaire tibétain, cherche quant à lui à préserver et développer l’artisanat et les arts ancestraux, comme les mandalas (peintures religieuses).

     En Inde, une autre ville, Macleod Ganj s’est créée pour accueillir les exilés tibétains. A la point de la modernité, comportant entre autre de multiples « internet-café », la ville a pris le surnom de « petite Lhassa indienne » dans laquelle chaque Tibétain peut recevoir des informations, un accueil et des conditions de vie proches de celle du pays qu’ils ont du quitter.

     Photoreportage initialement commandé par le magazine Elle, et finalement repoussé dans sa diffusion, La liberté et le combat en exil traduit la prise d’initiatives, de risques, et l’acte de résistance dont fait aujourd’hui preuve le peuple tibétain.

 

 

Noël QUIDU –

Népal : Entre Vishnu et Mao, vive la république !

 

 

     En avril 2008, après dix ans de terreur et 13.000 morts, les rebelles maoïstes, soutenus par une population miséreuse et affamée, prennent la capitale par les urnes, sans tirer un coup de feu, mais sous la sombre menace d'un retour à la guérilla. Les photos de Quidu racontent la mutation insidieuse qui s'opère au cœur d'un pays coincé entre l'Inde démocratique, la Chine au capitalisme totalitaire et le Tibet meurtri.

     Depuis l’instauration de la monarchie absolue, Gyarrendra, monté sur le trône après le régicide shakespearien de 2001, puis le soulèvement populaire d’avril 2006, savait que la transformation de l’ultime royaume hindouiste de la planète en république maoïste risquait de se faire dans la douleur. En avril 2008, les choses s’accélèrent et les rebelles maoïstes prennent le pouvoir.

     A propos de ces photographies, Noël Quidu écrit qu’elles « révèlent cette réalité embarrassante et politiquement incorrecte que le monde ne veut pas voir, l’empreinte d’une idéologie directement inspirée du grand Timonier, penché comme une ombre paternelle ». En 2008, le Népal compte 60 % d’illettrés et 40 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

     Le 10 avril 2008, le Parti Communiste Népalais remporte une majorité sur un programme qui oppose la politique économique à toute politique de paix. Lorsque les Maoïstes sortent grand vainqueur des élections, Noël Quidu écrit : « Cette victoire, à la joie glaciale et à la violence sourde annonce une révolution qui ne dit pas son nom ». Le leader maoïste, Prachanda, est nommé 1er ministre du Népal le 15 avril 2008.

     Depuis les élections, et chaque jour, des réfugiés tibétains organisent des manifestations pacifiques violemment réprimées par la police népalaise. Les photographies de Quidu présentent notamment la répression d’opposant tibétains qui s’est déroulée à Katmandou sous la pression du régime de Pékin. Le 28 avril 2008, les maoïstes ont abolis la monarchie et les forces de l’ordre ont changé de nom. La police du royaume du Népal est devenue la Police de la République. Une République cependant bien loin de toute perspective humaniste et républicaine.

 

 

Michael NICHOLS – Les racines du ciel

 

 

     L'une des plus grandes joies de Michaël Nichols a été de pouvoir côtoyer les éléphants d'Afrique, de les observer au travers de son objectif. Dans la réserve de Zakouma, les éléphants sont protégés pendant sept à huit mois de l'année, mais les dernières statistiques en date sont effarantes : moins de 1 000 éléphants dans le parc de Zakouma. Les braconniers se déplacent rapidement. Les revenus de l'ivoire permettent d'assurer le financement et l'armement des guérillas ou de renflouer les caisses personnelles de certains. Quand les humains comprendront-ils enfin que sans la faune qui l'habite - sans les baleines, les tigres, les gorilles et les éléphants - il n'y aura plus de plénitude pour notre planète ? 

     Le titre de ce photoreportage est emprunté à celui d’un roman de Romain Gary, publié en 1956, et racontant l’histoire d’un écologiste, Morel, qui se rend au Tchad pour sauver des éléphants. Résolument militant, ce photoreportage est une ode et un hommage à la grâce des éléphants, photographiés dans des postures aussi insolites qu’attachantes.

 

World Press Photo

 

 

     Le concours de référence du photojournalisme mondial trouve à Perpignan son lieu d'exposition privilégié.

      Composé de multiples reportages (28 environ) dont seulement 3 ou 4 photos sont présentées pour chacun, l’exposition du World Press Photo rend à la fois compte de la richesse et de la diversité du photojournalisme. Un photojournalisme pourtant en crise et menacé aujourd’hui. Parmi quelques reportages sur l’actualité, signalons celui de Tim Hetherington sur l’Afghanistan, et plus précisément sur la vallée de Korengal ; celui de Philippe Dudouit sur le conflit entre les autorités turques et les combattants du Parti des Travailleurs du Kurdistan indépendant (PKK) qui dure depuis des décennies et a déjà causé la mort de 30 000 personnes ; celui de John Moore portant sur l’assassinat de Benazir Bhutto, ancienne leader pakistanais d’opposition ; celui de Jean Révillard présentant la situation des migrants autour de Sangatte cinq après sa fermeture.

     A noter également quelques reportages autour du contexte conflictuel Israël-Palestine. Yonathan Weitzman présente les traces des migrations visibles sur la frontière israélo-égyptienne tandis que Christopher Anderson plonge au cœur des affrontements.

    Certains photoreportages sont plus thématiques, comme celui de Olivier Culman intitulé « La Télévision dans le monde » ; celui de Massimo Siragusa présentant l’aspect de plus en plus commercial des loisirs en Italie ; celui de Francisco Zizola révélant la violence endémique qui se développe en Colombie, et notamment envers les femmes ; celui de Oded Bality sur la situation de Nankin, 70 ans après le massacre de 1937.

     Enfin, certains photoreportages explorent les arcanes de la faune et de la flore. David Liittschwager travaille à l’échelle microscopique pour révéler la micro-faune sous-marine et Paul Nicklen sur la glace de l’Arctique en compagnie des narvals.

 

QUELQUES MOTS POUR FINIR…

 

     Il serait impossible de résumer ici toutes les expositions de l’édition 2008 de Visa pour l’Image ou d’en esquisser une synthèse. C’est pour cela que ces quelques mots pour finir ne seront en rien une conclusion. 19 expositions principales, une 20éme scindée en plusieurs expositions, constituent un modeste parcours du festival international de photojournalisme. Il ne peut déboucher sur aucune certitude si ce n’est celle que le photojournalisme doit, plus que jamais, pouvoir poursuivre son travail, ses objectifs et explorer toutes les dimensions de l’information à de multiples échelles.

     Peut-être serait-il plus intéressant de parler du sentiment qui se dégage au sortir du festival. Le sentiment de vivre dans un monde qui offre toutes les promesses et les piétine sans discontinuer. On se rappellera, au sortir du festival, du poème de Jacques Prévert, Chanson dans le sang qui se termine par ces quelques vers : « la terre qui tourne avec les mariages / les enterrements / les coquillages / les régiments / la terre qui tourne et qui tourne / avec ses grands ruisseaux de sang ».

     Il est difficile, au sortir des regards exposés sur le papier argentique, de garder sereine sa vision de l’homme. Cette sérénité est pourtant nécessaire. Non pour continuer à marteler les crédos naïfs de ceux voient le monde autrement qu’il n’est, mais bien pour envisager la possibilité de l’action et la nécessité du regard sur « cette honte qui ne dépend pas de soi » mais qui est l’affaire de tous.

 « Les larmes du monde sont immuables. Pour chacun qui se met à pleurer, quelque part, un autre s’arrête. Il en va de même du rire. Ne disons donc pas de mal de notre époque, elle n’est pas plus malheureuse que les précédentes. N’en disons pas de bien non plus[1] ». Cette phrase prononcée par le personnage de Pozzo dans la pièce En Attendant Godot de Samuel Beckett résonne d’une cruelle actualité. Elle permet cependant de dépasser sa neutralité apparente pour donner la place à la continuité de la prospective. Et nous en avons grandement besoin.

 

Dante.



[1] BECKETT Samuel, En attendant Godot, Paris, Minuit, p.44-45



*******


Ici se termine le riche compte-rendu de Dante. Puisse-t-il, chers lecteurs, vous avoir donné envie de vous intéresser au photojournalisme et à son festival international perpignanais !


Cordialement, :-)


Hyarion.


P.S. : Votez Cthulhu.


(Illustrations : Détail de l'oeuvre Le jugement de Pâris, de la série Mythologies, gravure [1963-1964] par Salvador Dalí, Figueras, Teatre-Museu Dalí, Fundació Gala-Salvador Dalí ; Photographies illustrant le compte-rendu de Dante : ©DR)

Par Hyarion
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Dimanche 28 décembre 2008 7 28 12 2008 19:25
Certains de mes lecteurs se souviennent peut-être d'un de mes précédents articles, daté du 4 avril dernier, dans lequel j'évoquai alors une exposition intitulée "La parade des animaux", qui était présentée à Toulouse, à la Médiathèque José Cabanis. Aujourd'hui, c'est une autre exposition toulousaine proposée au public à ladite Médiathèque José Cabanis que je me permets, à présent, d'évoquer succintement ici, après l'avoir visité, le 21 décembre dernier : il s'agit d'une exposition intitulée "Edmund Dulac, Illustrations féeriques  Toulouse 1882 - Londres 1953" et consacrée à l'oeuvre d'Edmond Dulac, dit Edmund Dulac, illustrateur français naturalisé britannique de la première moitié du XXe siècle, né à Toulouse, le 22 octobre 1882, rue Montaudran (aujourd'hui rue Alfred-Duméril). Très connu en Grande-Bretagne, mais beaucoup moins en France, Edmund Dulac a été en son temps un des grands artistes du livre illustré anglais. L'exposition de la Médiathèque José Cabanis, présentée du 12 novembre 2008 au 25 janvier 2009, propose notamment aux visiteurs de découvrir les premiers travaux toulousains de Dulac ainsi que la quasi-totalité de son oeuvre d'illustrateur. Je me permets de reproduire ci-après la présentation de l'exposition faite par Sophie Galinier, doctorante en histoire de l'Art, spécialisée dans le livre illustré et l'histoire de l'illustration :

"Edmond Dulac, né à Toulouse en 1882, est l'un des illustrateurs majeurs de l'histoire de l'illustration en Grande-Bretagne au début du XXe siècle.
Dès 1905, après des études à l'École des Beaux-Arts de Toulouse et un deuxième grand prix municipal de peinture obtenu en 1903, Edmond Dulac traverse la Manche pour faire carrière dans l'illustration ; il transforme alors l'orthographe de son nom en « Edmund ». Dès son arrivée sur le sol britannique, l'artiste est honoré d'un contrat avec l'une des plus grandes maisons d'édition, J. M. Dent, pour illustrer l'oeuvre des soeurs Brontë rééditée en 6 volumes. En 1906, ses illustrations pour les Les Mille et une nuits éditées chez Hodder & Stoughton le placent immédiatement dans le firmament des illustrateurs les plus respectés et lui permettent d'exposer les originaux de chacun de ses ouvrages à la Leicester Galerie de Londres.


Les années suivantes, il illustre magistralement 'Le Tempête' de William Shakespeare (1908), les Rubàiyiàt d'Omar Khayyam (1909), les Contes de Ma mère l'Oye de Charles Perrault (1910), et enfin les Contes d'Andersen (1911) pour la maison d'édition Hodder & Stoughton. Chaque nouvel ouvrage est publié également sous forme d'éditions limitées de luxe. Celles-ci sont signées de la main de l'auteur dont la renommée ne cesse de croître. Le style de l'artiste marqué par une période dite « bleue » foisonne de scènes nocturnes, poétiques où la nature sert d'écrin aux héros et aux personnages secondaires plein d'humour, le tout dans un ensemble harmonieux, élégant et précieux.


Ce style, hérité du symbolisme, de l'orientalisme et des peintres anglais préraphaélites, en fait un artiste à part, tout comme sa grande culture enrichie d'une curiosité quasi boulimique. En effet, esprit universel, Edmund Dulac aimait à se plonger dans des domaines aussi divers que les langues orientales, l'histoire, la poésie, l'occultisme ou encore la musique. Cet intérêt pour diverses disciplines artistiques et intellectuelles explique son amitié avec quelques uns des plus grands noms du XXe siècle : le poète et homme politique irlandais William Butler Yeats, le chef d'orchestre Sir Thomas Beecham, les artistes Charles Ricketts et Charles Shannon ou encore le poète Ezra Pound.


    Au fur et à mesure des années, l'oeuvre de Dulac laisse entrevoir une grande admiration pour les arts orientaux et notamment pour la miniature persane ou l'estampe japonaise. L'année 1912 constitue un tournant dans la vie et l'oeuvre d'Edmund Dulac et ce pour trois raisons : tout d'abord, l'artiste termine l'illustration des Cloches et autres poèmes d'Edgar Allan Poe sans conteste l'une des oeuvres majeures de ce peintre aquarelliste, ensuite, celui-ci devient citoyen britannique, ce qui explique sans doute sa renommée plus importante outre-Manche, enfin, Edmund Dulac effectue un voyage en Méditerranée qui influence son style de façon notable.


    Grâce à cette croisière, il redécouvre l'art grec archaïque et tombe sous le charme du Maghreb. Ces révélations esthétiques l'incitent à rendre ses figures plus hiératiques, figées, sans indication de profondeur ou de volume tandis que les couleurs de sa palette s'éloignent des nocturnes typiques de sa période dite « bleue ». Peu à peu la géométrisation gagne les silhouettes qui se détachent sur des décors stylisés. L'évolution de son style se constate dès son retour dans les ouvrages Princesse Badoura (1913) ou Sinbad le marin (1914). La participation d'Edmund Dulac à l'effort de guerre appartient elle aussi à ce nouveau style comme en témoignent les ouvrages Edmund Dulac's Picture Book for the French Red Cross (1915) et Contes et légendes des Nations Alliées (1917).


    Au sortir de la guerre, le monde du livre illustré et de l'illustration connaît une grande crise qui ralentit la carrière d'illustrateur d'Edmund Dulac qui tâche de pratiquer son art sur d'autres supports : caricatures, couvertures pour le magazine The American Weekly, huiles sur toiles, figures de cire, dessin de mobilier, décors, costumes, médailles, billets de banque et même musique. Au cours du deuxième conflit mondial, Edmund Dulac est sollicité par le Général de Gaulle pour réaliser les timbres de la France libre dont le gouvernement est alors à Londres. Aujourd'hui encore, son timbre de Marianne est son oeuvre la plus connue du public français.


L'après guerre apporte un léger renouveau par un contrat avec l'éditeur de livres de luxe américain le Limited Edition Club. Hélas, l'artiste décède le 25 mai 1953 à Londres d'un arrêt cardiaque.
Edmund Dulac est quasiment inconnu en France, de même que son oeuvre. Seuls quelques collectionneurs de timbres, amateurs de numismatique ou bibliophiles éclairés connaissent son nom. À l'inverse, la Grande-Bretagne lui a déjà consacré de nombreuses expositions dont une chez Hartnoll & Eyre en 1970 et l'autre plus récemment à la Dulwich Picture Gallery de Londres entre novembre 2007 et février 2008 sous le titre « The Age of Enchantment - Beadrsley, Dulac and their Contemporaries 1890-1930 ».
En effet, outre-Manche, Edmund Dulac est considéré comme l'un des artistes majeurs de l'âge d'or de l'illustration, voire comme l'égal d'illustrateurs tels Arthur Rackham ou les frères Robinson.


    Il était donc temps pour Edmund Dulac de voir son oeuvre restituée au public de la ville où il est né, a grandi et a fait ses études. Tel est le but de cette exposition à la Médiathèque José Cabanis qui tente également, avec une exposition annexe, de mettre en parallèle l'artiste franco-britannique avec d'autres illustrateurs de l'âge d'or de l'illustration au Royaume-Uni."

©Sophie Galinier

Cette exposition présentée à la Médiathèque José Cabanis (1, allée Jacques Chaban-Delmas ; près de la gare de Toulouse-Matabiau), jusqu'au 25 janvier prochain, est assurément une bonne occasion de découvrir ou redécouvrir l'oeuvre d'Edmund Dulac, illustrateur aussi talentueux que méconnu, et dont l'oeuvre n'est pas sans rappeler les créations de certains artistes postérieurs (notamment anglo-saxons), que les illustrations de Dulac ont pu inspirer, notamment dans le domaine de la fantasy.

N.B. : La Médiathèque José Cabanis sera fermée au public du mardi 23 décembre au soir au dimanche 11 janvier inclus (fermeture annuelle). La réouverture aura lieu le mardi 13 janvier 2009 au matin.

Cordialement, :-)

Hyarion.


(Illustrations : Tout autour d'elle était blanc..., aquarelle par Edmund Dulac, illustration pour The Dreamer of Dreams de Marie de Roumanie, 1915 ; Illustration par Edmund Dulac pour Stories from the Arabian Nights [Contes des Mille et une nuits], racontées par Laurence Housman, 1907 ; La Princesse au petit pois, aquarelle par Edmund Dulac, illustration pour les Contes d'Andersen, 1911 ; Fairy-Land, aquarelle par Edmund Dulac, illustration pour Les Cloches et autres poèmes d'Edgar Allan Poe, 1912 ; La Princesse Badourah [ou Badoura], aquarelle par Edmund Dulac, frontispice pour Princesse Badourah. Tale from the Arabian Nights, 1913 ; Illustration par Edmund Dulac pour Au royaume de la perle de Léonard Rosenthal, 1919 ; Timbre dessiné par Edmund Dulac pour la France libre, signé "Edmond Dulac" et représentant Marianne coiffée d'un bonnet phrygien, 1942 ; Le Rêve de l'entomologiste in Le Papillon rouge de Gérard d'Ouville, aquarelle par Edmund Dulac, L'Illustration, 1909)
Par Hyarion
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Lundi 12 janvier 2009 1 12 01 2009 23:00
La nouvelle année a commencé, en ce qui me concerne, sur des chapeaux de roues, comme on dit, et j'ai tant de choses en faire en ce moment, depuis plusieurs jours, qu'il m'est à nouveau devenu difficile de m'occuper régulièrement du présent blog. Profitant toutefois d'un court répit en ce lundi 12 janvier, je me permets à présent d'évoquer, dans ce premier article de l'année 2009, l'exposition en trois parties que j'ai eu l'opportunité de voir le 31 décembre et le 2 janvier derniers, durant mon séjour à Paris à l'occasion du réveillon du Nouvel An : il s'agit de "Picasso et les maîtres", la fameuse "exposition monstre de l'année" (selon l'expression employée par Anne-Cécile Sanchez sur le site du quotidien de la mode Prestigium.com) qui se déroule en trois lieux parisiens, à savoir Le Grand Palais, le Musée d'Orsay et le Musée du Louvre, du 8 octobre 2008 au 2 février 2009.

Picasso à côté de ses maîtres, au Grand Palais


Titien, Velazquez, Goya, Zurbaran, Rembrandt, Poussin, Ingres, Manet, Cézanne, Van Gogh... : ils fûrent les maîtres de Picasso, qui n'a jamais cessé de les regarder. Ils sont tous au Grand Palais, pour une exposition exceptionnelle qui témoigne de ce dialogue permanent.

"Picasso et les maîtres" (8 octobre - 2 février 2009) présente quelque 210 oeuvres exécutées du XVIe siècle à 1971, en une concentration rarement égalée de chefs d'oeuvres signés de Picasso et des grands maîtres de la peinture occidentale.

Pablo Picasso (1881-1973) est "parmi tous les peintres modernes, le seul à avoir à ce point endossé toute l'histoire de la peinture", indique Anne Baldassari, directrice du musée Picasso à Paris et co-commissaire de cette exposition "miraculeuse", dit-elle, avec Marie-Laure Bernadac, du Louvre.

C'est "cette confrérie de pairs qui ont tous dit à leur époque, +je suis le peintre qui révolutionne la peinture+, qui accompagnent Picasso, et vont le porter", ajoute-t-elle.


L'exposition ne les montre pas tous, mais les plus grands sont là, avec des chefs d'oeuvres qui pour certains, ne quittent jamais les murs du Prado, du MoMA (Museum of Modern Art) de New York, de la Gemälde Galerie de Berlin ou de la National Gallery de Londres.

Leurs portraits ouvrent l'exposition, de Goya, de Cézanne, d'Ingres, Poussin ou Delacroix. Il y a aussi le père, le vrai, le peintre José Ruiz-Blasco dont la légende dit qu'il abandonna pinceau et palette devant le génie de son fils.

Formé de manière très académique dans des écoles de Beaux-Arts, Picasso dessine à 14 ans des études déjà virtuoses de mains, de torses, que l'exposition réunit pour la première fois. Déjà, on voit des "effets de décentrement, de découpes de l'espace. Il est, enfant, le grand peintre qu'il va devenir", dit Mme Baldassari.


Le parcours, thématique et chronologique, amène le visiteur à cette confrontation permanente à travers les thèmes de la couleur, des natures mortes, des grands portraits, des nus, des variations.

Mais "nous ne sommes pas dans le vis-à-vis réducteur", insiste la commissaire. "L'exposition ne dit pas +Picasso est le fils de Machin et le petit-fils de Truc, il est toujours en train de croiser toute la peinture à la fois", dit-elle.

Il peut s'inspirer du Greco, dont le découpage de l'espace dans +Le songe de Philippe II+ est "proto-cubiste", dit-elle. Il reprend pour ses +Amoureux+ des formes de la +Nana+ de Manet mais aussi d'une toile du Douanier Rousseau, premier artiste qu'il collectionna.

Il pose un bonnet phrygien sur la tête d'un soldat de son +Enlèvement des Sabines+ repris de Poussin, pastiche Rembrandt et sa +Femme se baignant dans un ruisseau+ qu'il transforme en drôle de +Pisseuse+, reprend Courbet, brosse une Arlésienne tirée de Van Gogh.


D'un +Portrait de nain+ de Velazquez, il exécute des variations que l'on n'a jamais vues réunies depuis 1971. Une salle est consacrée à toutes celles issues des célèbres +Ménines+ de Velazquez, restées au Prado.

Dans l'éblouissante dernière salle consacrée aux grands nus, Picasso voisine avec une +Vénus+ du Titien, la +Maja desnuda+ de Goya et l'+Olympia+ de Manet, trois oeuvres qui n'ont jamais quitté leurs cimaises. "Personne n'a jamais vu la +Maja+ et l'+Olympia+ ensemble. Picasso non plus!", dit Mme Baldassari.

En parallèle, le musée du Louvre et le musée d'Orsay exposent des variations de Picasso autour des +Femmes d'Alger+ de Delacroix au Louvre et du "Déjeuner sur l'herbe" de Manet à Orsay.

(tlj sauf le mardi de 10H00 à 22H00, le jeudi jusqu'à 20H00. Tlj de 9H00 à 23H00 pendant les vacances scolaires. Tarif : 12 euros (TR: 8 EUR). Catalogue, 368 pages, RMN. 49 euros. Hors série Découvertes Gallimard. 8,40 EUR).

(Dépêche de l'Agence France Presse, 8 octobre 2008, 05h57)


J'ai eu plusieurs fois l'occasion, ces dernières années, de voir, avec un plaisir toujours renouvellé, de grandes expositions de peintures présentées au Grand Palais : une exposition consacrée aux oeuvres tahitiennes du peintre Paul Gauguin en novembre 2003, une exposition consacrée aux peintres paysagistes John Mallord William Turner, James McNeill Whistler et Claude Monet en janvier 2005, une exposition consacrée au peintre français méconnu Henri Rousseau - dit le Douanier Rousseau - en juin 2006, et une grande exposition consacrée au peintre réaliste Gustave Courbet en décembre 2007, déjà évoquée à l'époque dans un précédent article. Jamais pourtant, jusqu'à présent, je n'avais pourtant vu un tel battage médiatique autour d'une exposition, ni une telle affluence de visiteurs comme celle que connait en ce moment cette dernière exposition en date, consacrée au peintre espagnol Pablo Picasso et aux maîtres de la peinture qui l'ont inspiré. Le jour de ma visite au Grand Palais, le 31 décembre dernier, il m'aura fallu attendre un long moment - environ deux heures - dans une file d'attende, devant l'entrée du bâtiment et dans un froid hivernal particulièrement glacial, pour pouvoir enfin accéder aux chefs d'oeuvres de l'exposition, dont la qualité compense heureusement l'interminable attente initiale, beaucoup trop longue et relativement pénible à vrai dire (heureusement que je n'ai personnellement rien eu à payer pour entrer !). Fatigué par le froid et agacé par l'attente, mais enfin arrivé à l'intérieur du bâtiment, puis à l'étage où commence la visite, il m'a fallu un petit moment pour pouvoir être en mesure de vraiment profiter de cette exposition, qui se termine, fort heureusement, par une grande salle consacrée aux nus féminins que j'ai pu, en fin de visite, apprécier comme il se doit, les organisateurs ayant au moins eu la sagesse de garder ainsi le meilleur pour la fin, avec notamment la magnifique Maja desnuda de Francisco de Goya, venue spécialement de Madrid pour l'occasion, et dont la présence à cette exposition a, je l'avoue, été assez décisive dans ma volonté de me rendre au Grand Palais lors de mon séjour à Paris ;-)...


Ainsi, malgré cette affluence énorme de visiteurs à laquelle il fallait sans doute s'attendre et que n'ont pourtant guère immortalisée les photographies publiées par les agences de presse ayant couvert l'évènement à ses débuts, on ne saurait, in fine, bouder son plaisir... Cette exposition "Picasso et les maîtres" est, il est vrai, exceptionnelle par son contenu, avec ses oeuvres de Cranach, Titien, El Greco, Dubois, Ribera, Poussin, Velázquez, Zurbarán, Le Nain, Rembrandt, Mazo, Murillo, Meléndez, Chardin, Goya, Ingres, Delacroix, Courbet, Puvis de Chavannes, Manet, Degas, Cézanne, Renoir, Rousseau, Gauguin, Van Gogh, Toulouse-Lautrec, et bien sûr Picasso, qui n'est pas le peintre du XXe siècle que je préfère le plus (on le sait, j'ai plutôt une assez nette préférence pour son compatriote et contemporain Dalí) mais son oeuvre résolument figuratif me parle de toute façon beaucoup plus que n'importe quelle production d'un artiste contemporain adepte de l'abstraction. J'ai néanmoins un peu de mal à comprendre ce qui pousse les visiteurs à se ruer comme ils le font à une exposition consacrée à Picasso, sous prétexte qu'il s'agit de Picasso, alors qu'ils ne sont en général pas si nombreux à se précipiter pour voir des expositions consacrées au Douanier Rousseau, ou même à Gustave Courbet (en décembre 2007, pour voir les chefs d'oeuvres de Courbet, j'avais bien fait également la queue à l'entrée, mais durant un temps beaucoup plus court que pour l'actuel exposition Picasso). Il faut croire que la publicité autour de cette grande manifestation culturelle a été efficace (j'avoue y avoir sans doute été moi-même sensible puisque j'ai fait le déplacement, même si ce n'était évidemment pas la première fois [loin s'en faut !] que je visitais une exposition de peinture), et que les efforts des organisateurs pour créer l'évènement n'auront pas été vains. Un article publié par Philippe Dagen dans le journal Le Monde, en octobre dernier, a évoqué l'envers du décor, qui est le même que pour bien d'autres expositions, mais dont aura rarement autant parlé qu'à l'occasion de cette "exposition monstre de l'année" qu'est l'exposition "Picasso et les maîtres"...


"Picasso, Goya, Manet : le troc de l'année

D'ampleur exceptionnelle, l'exposition parisienne consacrée à l'artiste espagnol à partir du 8 octobre a donné lieu à des transactions tout aussi inhabituelles entre les musées.

« Picasso et les maîtres » : trois expositions, au Grand Palais, au Louvre et au Musée d'Orsay confrontent, à partir du 8 octobre et pour quatre mois, plus de deux cent oeuvres des plus grands peintres anciens, de Titien à Goya, et les reprises, variations et métamorphoses qu'elles ont inspirées à l'artiste espagnol.
    Une telle rencontre n'a jamais été tentée, et jamais ces trois lieux ne s'étaient associés pour une exposition. De là deux difficultés majeures : obtenir les prêts et financer les assurances et les transports d'oeuvres célébrissimes et hors de prix venues d'une soixantaine de musées et de collections privées, en France et à l'étranger.
    Plus une toile est célèbre, moins son propriétaire souhaite s'en séparer. Le collectionneur privé s'inquiète de voir son bien exhibé. Pour le musée, prêter un chef-d'oeuvre est aussi une mauvaise affaire : les touristes sont déçus, les conservateurs inquiets. Pour « Picasso et les maîtres », les négociations ont donc commencé il y a trois ans. Car une grande exposition, aujourd'hui, c'est de la diplomatie, du troc et des finances, plus que de l'histoire de l'art, d'autant que le projet exige des rapprochements précis. Pas un Rembrandt, mais tel Rembrandt. Pas un Goya, mais La Maja desnuda conservée au Prado de Madrid. Même chose pour Poussin, Manet, Vélasquez ou Greco.


2 milliards d'euros
    Il n'y avait donc guère de marge de manoeuvre pour les deux commissaires, Anne Baldassari et Marie-Laure Bernadac. La première dirige le Musée Picasso, la seconde est conservatrice au Louvre. Si elles n'occupaient pas ces fonctions, elles n'auraient pu réussir. Anne Baldassari n'en fait d'ailleurs pas mystère : elle a érigé le troc en méthode de travail, d'autant plus que le Musée Picasso doit être fermé pour travaux du printemps 2009 au printemps 2011 et que ses collections se trouvent donc libres de circuler à ces dates. Elle explique le procédé : « La coopération avec la National Gallery de Londres était primordiale, pour plusieurs tableaux anciens, tel le Portrait de Madame Moitessier d'Ingres. nous lui prêterons donc, en 2009, une vingtaine de Picasso pour leur propre version de l'exposition. »


    Autre exemple : « Il nous fallait absolument la Nana de Manet, conservé à la Kunsthalle d'Hambourg, parce que Picasso en a fait sa version. La Nana est en principe indéplaçable, le directeur du musée l'avait annoncé à son conseil d'administration. » Elle viendra pourtant au Grand Palais - et Hambourg aura son exposition Picasso dans quelque temps.
    Le procédé n'est pas neuf. Depuis que la mode des expositions à grand spectacle se développe - une trentaine d'années -, bien des conservateurs ont employé leurs collections comme des monnaies d'échange. Entre grands musées internationaux, cela se fait, hors de tout versement d'argent évidemment.
    Ce qui n'exclut pas dans d'autre cas la pratique des loan fees, ces sommes que certains prêteurs demandent en « dédommagement » : le tarif de location. Les musées russes l'ont largement pratiqué après 1989, quand les Occidentaux sont venus leur emprunter leurs chefs-d'oeuvre inaccessibles depuis 1917. Les fondations privées en font autant aujourd'hui. Mais ni les prêteurs ni les emprunteurs ne révèlent le montant de ces transactions.
    Quand aucun troc n'est accepté et qu'il ne saurait y avoir versement d'argent, comment faire ? Rien ne peut légalement contraindre un conservateur à laisser partir une oeuvre, même à 200 mètres de son musée. L'Autoportrait de Van Gogh ne traversera pas la Seine d'Orsay au Grand Palais, bien qu'Orsay soit partenaire de l'opération. Rien n'y a fait, ni « amicales pressions » ni interventions officieuses. L'Autoportrait à la palette, de Van Gogh conservé à Amsterdam ne viendra pas non plus, ni L'Homme au casque d'or, de Rembrandt, resté à Berlin, ni l'Autoportrait avec Saskia du même Rembrandt, que la Gemäldegalerie de Dresde n'a pas lâché. Toutes les tentatives ont échoué.
    D'autres n'ont pas même été esquissées : Les Ménines de Vélasquez n'ont pas été demandées au Prado, car elles ne sortent jamais du musée madrilène, pas plus que Guernica. Mieux valait donc s'abstenir et espérer que le Prado serait plus conciliant s'il n'était pas contraint de refuser Les Ménines : c'est ce qui s'est passé, au bénéfice de Greco, de Goya et de Vélasquez moins importants. Encore de la diplomatie.


10 000 visiteurs par jour
    Après le temps des négociations vient celui des comptes. Transporter et assurer des chefs d'oeuvres coûte cher. Le budget de « Picasso et les maîtres » est estimé à 4,3 millions, ce qui en fait l'une des manifestations les plus chères de l'histoire des musées français, sinon la plus chère.
    Le groupe LVMH en est le mécène pour un montant d'un million d'euros, selon nos informations, dont environ les deux-tiers pour le Grand Palais, le Louvre et Orsay se partageant le reste. Sur ce total, les transports - avions, caisses, camions - sont estimés à près de 1 million et les assurances à 730 000 euros.
    Cette somme serait bien plus élevée si l'Etat français n'était son propre assureur pour ses collections et celles exposées sur le territoire français dont la veleur est estimée supérieure à 100 millions d'euros. Sans ce dispositif, l'exposition aurait été impossible. La valeur cumulée des oeuvres serait, dit-on, de 2 milliards d'euros. Mais qui peut estimer la valeur de La Maja desnuda de Goya et de l'Olympia de Manet ?
    Les autres postes lourds du budget sont la scénographie (716 000 euros) et les sous-traitances de la surveillance et de l'accueil des visiteurs : plus de 1 million d'euros. Le prix à payer pour pouvoir accueillir des foules nécessaires à l'équilibre des comptes.


    De là des horaires hors du commun au Grand Palais : 5 nocturnes jusqu'à 22 heures par semaine au lieu d'une seule. Mieux : la sacro-sainte fermeture hebdomadaire du mardi est abandonnée durant les vacances scolaires et l'exposition sera alors ouverte tous les jours de 9 heures à 23 heures. But avoué de ces mesures : dépasser les 10 000 visiteurs par jour, contre 6500 en temps normal.
    Chacun paiera 12 euros pour entrer au Grand Palais - 8 euros en tarif réduit. Plus 9 euros pour Delacroix et Picasso au Louvre ; plus 9,50 euros pour Manet et Picasso à Orsay.
    Les trois institutions n'ont, en effet, pas réussi à s'accorder sur un billet commun ou sur un système permettant des réductions. C'est cela aussi, une grande opération culturelle : des recettes que l'on se dispute farouchement."

(Philippe Dagen, in Le Monde, Dimanche 5 - Lundi 6 octobre 2008, page 3)


De fait, face au grand succès attendu de l'exposition, une regrettable histoire de gros sous - très représentative du fait que les grands musées sont de plus en plus gérés comme des entreprises, avec un souci certain de rentabilité -, n'a pas tardé à voir le jour, si l'on en croit une dépêche de l'Agence France Presse publiée tout récemment, le 11 janvier :

"Picasso et les maîtres": succès de l'exposition, à qui vont les bénéfices ?


Forte de son succès, l'exposition "Picasso et les maîtres" sera bénéficiaire, peut-être d'un million d'euros. Les musées organisateurs ont demandé à profiter de la manne, faisant paraître au grand jour une querelle de gros sous qui cache elle-même d'autres tensions.

Au départ, l'affaire est simple. La RMN (Réunion des Musées nationaux), établissement public qui organise notamment les expositions du Grand Palais et gère la billetterie d'une trentaine de musées nationaux, a payé les coûts de l'exposition (transports, assurances, exploitation, communication, etc).

Les musées du Louvre, d'Orsay et Picasso étant simplement co-organisateurs, les bénéfices doivent repartir dans les poches de la RMN qui, par ailleurs, a donné 150.000 euros au Louvre et à Orsay pour l'organisation de leurs expositions relatives à Picasso.

Ainsi en a décidé une convention signée fin juillet par les parties concernées, indiquent des sources concordantes.

Le 15 octobre, les dirigeants des trois musées co-organisateurs ont néanmoins adressé une lettre, révélée par le quotidien Libération, demandant à la RMN de "revaloriser notre contrepartie", en reversant 40% du bénéfice net au musée Picasso, 15% au Louvre et 15% à Orsay.


Dans un courrier au ministère de la Culture, signé par son patron Thomas Grenon, la RMN a rappelé la convention signée, s'étonnant de "cette contestation a posteriori".

Au ministère de la Culture, "agacé par cette querelle de famille mise sur la place publique", on affirme "qu'on s'en tient à ce qui a été décidé".

L'affaire en reste là mais, portée au grand jour par presse interposée, fait jaser dans le Landerneau.

Simple querelle de sous ? Pour certains peut-être, et certainement pour le musée Picasso.

Car le musée, qui doit déjà assumer financièrement une partie de gros travaux de restauration, n'a pas eu de contrepartie puisqu'il n'a pas organisé d'exposition parallèle. De plus, il a perdu 50% de sa fréquentation lors de "Picasso et les maîtres", son public partant voir Picasso au Grand Palais.

Mais concernant le Louvre et Orsay, d'aucuns y voient moins une affaire financière que la manifestation de relations parfois tendues de ces musées avec la RMN, qui fut autrefois leur gestionnaire. Elle a perdu ce monopole dans les années 1990 après la transformation des grands musées en établissements publics autonomes.


La "RMN ne sert à rien", dit-on au musée du Louvre, "elle est non seulement un frein au développement des gros établissements mais également à celui des petits musées, dont elle capte l'argent".

Le patron d'Orsay est, quant à lui, sur la même longueur d'ondes que le Louvre, tout en se défendant d'être "en guerre avec la RMN. Nous disons, l'exposition Picasso a très bien marché, on revoit le contrat, parce qu'il y aura d'autres expositions", dit Guy Cogeval. "Après tout, rien n'oblige Orsay à montrer ses têtes d'affiches au Grand Palais", ajoute-t-il.

"Nous avons un rôle de fédérateur et de redistributeur", plaide de son côté Thomas Grenon de la RMN. "Les bénéfices des expositions qui marchent aident celles qui ne marchent pas", insiste-t-il. Et de se montrer conciliant : "Le plus important, c'est d'avoir réussi à monter une exposition d'importance mondiale", dit-il.

Il n'empêche. Le débat "nous affaiblit au plan international", conclut un responsable de musée. "Ceci n'aurait pas lieu en Angleterre ou aux Etats-Unis".

(Dépêche de l'Agence France Presse, 11 janvier 2009, 14h35)

En ce qui concerne l'exposition elle-même et la pertinence de son exceptionnel contenu artistique, à côté des nombreux commentaires dithyrambiques diffusés dans la plupart des médias, il s'est bien trouvé quelques critiques quelque peu dissonnantes, comme par exemple celle de Didier Rykner mis en ligne sur le site de La Tribune de l'Art le 8 octobre dernier :

"Picasso et les Maîtres  

Paris, Galeries Nationales du Grand Palais, du 8 octobre 2008 au 2 février 2009 - Paris, Musée du Louvre, du 9 octobre 2008 au 2 février 2009 - Paris, Musée d'Orsay, du 8 octobre 2008 au 1er février 2009.
Londres, National Gallery, du 25 février au 7 juin 2009.


      Picasso et les maîtres est calibré pour battre tous les records de fréquentation et susciter les éloges les plus extravagants (exposition de l'année, de la décennie, voire du siècle [1]...) Réunir l'artiste qui déplace les foules et l'associer aux plus grands noms de la peinture occidentale est une idée de génie pour faire venir un maximum de visiteurs, ce qui semble bien l'objectif de cette rétrospective. Elle défie, par là même, toute critique et semble devoir être largement encensée.
   Cela doit-il empêcher de s'interroger sur son intérêt intrinsèque, et sur sa réussite ? Evidemment non. Car une réunion de chefs-d'œuvre ne suffit pas pour faire une bonne exposition.


   Le fonds comme la forme sont discutables. La muséographie, avec ces murs uniformément gris, même s'ils s'accordent avec les œuvres de toutes les époques, finit par rendre ce parcours profondément déprimant, ce qui est tout de même paradoxal. On est heureux, en ressortant, de retrouver la lumière naturelle, fût-ce celle d'un automne pluvieux.
   Beaucoup plus gênant : les comparaisons sont loin d'être toutes pertinentes. Et lorsqu'elles fonctionnent, on se dit que beaucoup d'autres auraient pu être proposées. La première salle par exemple, qui réunit un grand nombre d'autoportraits, ne convainc absolument pas. On a l'impression que n'importe quel tableau représentant un peintre avec une palette aurait pu faire l'affaire. En particulier, l'Autoportrait de Rembrandt du Louvre ne répond à aucune des oeuvres de Picasso exposées dans cette pièce.


   Sauf exceptions (le Saint Martin et le Mendiant de Gréco et le Garçon conduisant un cheval de Picasso, La Toilette de Psyché d'après Ambroise Dubois et la grande esquisse Trois femmes à la fontaine du Musée Picasso à Paris, certains rapprochements de gravures, etc.), les seules confrontations indiscutables sont celles qui juxtaposent les copies (toujours libres) et les oeuvres qui les ont inspirées. Avec parfois des risques de contresens : L'Enlèvement des Sabines renvoie sans doute en partie à Poussin, mais il n'évoque pas moins David, le personnage de soldat nu à droite de la composition en étant directement issu des Sabines de ce dernier. Ce rapprochement est d'ailleurs proposé dans le catalogue mais ignoré dans l'exposition alors qu'il aurait été simple de l'illustrer par une photo.


   Autre association douteuse, celle qui montre dans la salle des natures mortes (comme pour les autoportraits, les tableaux semblent ici avoir été choisis au petit bonheur la chance) une Tête de mort à la cruche de Picasso (Londres, Nahmad Collection) à côté de trois crânes peints par Cézanne (Detroit, Institute of Arts), une étude formelle sur la sphère, sans aucun sens symbolique. Car Picasso s'inspire ici bien davantage des Vanités du XVIIe siècle que du peintre d'Aix-en-Provence.
   Pourquoi le Douanier Rousseau est-il présent alors que Matisse est totalement ignoré ? Pourquoi n'y-a-t'il pas d'oeuvres pointillistes, même à côté de la « copie » du Retour du Baptême des frères Le Nain, peint dans un style très proche de Seurat.


   Toutes ces questions, personne n'y répondra. Picasso a-t-il vu tel ou tel tableau placé à ses côtés, s'en est-il réellement inspiré ou la comparaison n'est-elle donnée qu'à titre d'illustration ? Rien, dans l'exposition, n'est commenté comme si ces précisions n'étaient pas nécessaires. Le catalogue n'est pas plus disert puisque les oeuvres exposées sont juste reproduites, sans même être numérotées, évidemment sans aucune notice [2]. Les essais étant par ailleurs extrêmement réduits, l'ouvrage s'apparente à un grand livre d'image, ce qui est plus que léger, d'autant que les approximations fourmillent. Picasso ne pouvait pas connaître plusieurs tableaux ici présentés pour la bonne raison qu'ils n'ont été redécouverts que récemment, comme Le verre d'eau et rose sur un plateau d'argent de Zurbarán ou la Nature morte avec citrons et oranges de Luis Meléndez. Quant à l'Agnus Dei, du même Zurbarán, que vient-il faire dans cette exposition ? Non seulement aucune œuvre ne lui est confrontée, mais le catalogue lui-même ne suggère pas de rapprochement. Peut-être aurait-on pu le mettre en relation avec L'Homme au mouton, mais cette oeuvre n'est pas présentée, comme d'ailleurs aucune sculpture de Picasso, alors qu'il y aurait eu beaucoup à en dire. Quel travail les commissaires de l'exposition ont-elles produit, à part celui de s'assurer les prêts les plus prestigieux en faisant preuve de diplomatie ou plutôt de qualités de marchandage comme l'a très bien expliqué Philippe Dagen dans Le Monde ? Que Picasso se soit inspiré des maîtres, qu'il ait absorbé ce qu'il voyait dans les musées ou dans les livres pour se forger son propre panthéon personnel et qu'il se soit servi de cette matière pour créer n'est pas une nouveauté. Cela demandait donc un véritable travail d'historien pour proposer un nouveau regard. On sort de cette exposition et de la lecture du catalogue sans avoir rien appris de nouveau sur l'art de Picasso.


   Il faut s'interroger, une fois de plus, sur le sens de certaines expositions et du déplacement incessants des tableaux. Picasso, lorsqu'il peignait d'après les maîtres, était souvent face à une carte postale. Une bonne photo aurait suffi pour comprendre les liens entre ses toiles et ses modèles. Etait-il donc bien raisonnable de transporter des chefs-d'oeuvre comme la Maja Desnuda de Goya ? Le Prado a refusé d'envoyer les Ménines car il s'agit d'un de ses tableaux phares, qui n'en bougera plus. Mais la Maja Desnuda n'est pas moins importante et il est vraiment discutable que ce tableau sorte de son musée, dans un objectif finalement purement iconographique et avec si peu de rigueur scientifique. Les visiteurs du Prado s'attendent à voir cette oeuvre, qui ne prend d'ailleurs son véritable sens qu'avec la Maja Vestida. Dans la dernière salle, le rapport entre la Maja, la Vénus de Titien (Prado), L'Olympia de Manet et les Picasso qui leur sont confrontés est ainsi fort ténu. Ces Nus couchés sont davantage proches de L'Odalisque d'Ingres et de la femme à droite du Bain Turc. Laurence Madeline, commissaire de l'exposition Ingres-Picasso à Paris en 2004, avait finalement bien mieux cerné ce sujet. Le Paolo et Francesca d'Ingres à Angers, le David et Bethsabée de Cranach à Berlin, sont des tableaux essentiels à leurs musées. Fallait-il les faire venir pour les exposer à plat, sans visibilité, comme des tableaux à l'encan à l'Hôtel Drouot [3] ?


   Le Jeune Mendiant de Murillo, à peine revenu d'Atlanta, a quitté une fois de plus le Louvre pour être mis à côté d'un tableau qui n'a pas grand chose à voir avec lui [4]. Il est accompagné par l'inévitable Infante qui semble définitivement donnée à Vélazquez et non à son atelier, sans que jamais cette attribution ait réellement été justifiée. Il est regrettable aussi que L'Olympia de Manet ait quitté les cimaises d'Orsay. Au moins Le Déjeuner sur l'herbe à pu y rester, et Les Femmes d'Alger au Louvre, des dossiers étant montés autour de ces deux oeuvres majeures. L'exposition d'Orsay est finalement la plus réussie avec une belle scénographie d'Hubert Le Gall et un accrochage témoignant d'une véritable réflexion.


   La conclusion s'impose : ce thème est davantage le sujet d'un livre - qui reste à écrire - que d'une exposition, car juxtaposer des tableaux anciens et ceux de Picasso se comprend aussi bien devant des illustrations que devant les oeuvres elles-mêmes. On ne peut malgré tout déconseiller de se rendre au Grand Palais. Pour peu qu'on réussisse à y voir quelque chose parmi les 10 000 visiteurs quotidiens attendus (!), on y admirera un nombre de chef-d'oeuvre prodigieux, de Cranach à Picasso. Certains ont même été dénichés dans des lieux peu connus : qui, lorsqu'il visite Washington, pense à se rendre à Dumbarton Oaks ? Le Gréco qui en vient est exceptionnel.


Espérons au moins que cette rétrospective permettra à la RMN de rentrer dans ses frais. Ce qui lui permettra de continuer à organiser des expositions réellement novatrices et intellectuellement satisfaisantes bien que nettement moins fréquentées, comme celle consacrée à Victoria et Napoléon III à Compiègne, parfaite anti-thèse de cette exposition Picasso [...].

Didier Rykner
(mis en ligne le 8 octobre 2008)

1. Tous ces qualificatifs ont été employés par des commentateurs. On a même parlé d' « exposition des expositions » !
2. On atteint ainsi l'épure extrême, puisqu'il n'y a même pas d'historique, ni de bibliographie. Juste la photo, la technique, la taille et la localisation.
3. Sans compter que cela peut faire courir des risques au Ingres : la toile pourrait prendre les marques du châssis. On espère qu'une protection a été mise en place.
4. Le Louvre nous a certifié que ce tableau, dont nous disions [...] qu'il se rendrait à Bilbao pour l'exposition Le jeune Murillo dans un an, n'avait pas été demandé par ce musée. Pourtant, celui-ci annonce la rétrospective à l'aide de cette toile. Sa présence dans une telle rétrospective serait d'ailleurs bien plus pertinente qu'à celle du Grand Palais."

(Didier Rykner, article publiée sur le site de La Tribune de l'Art
[http://www.latribunedelart.com/], le 8 octobre 2008)

Didier Rykner peut être aujourd'hui rassuré en ce qui concerne les bénéfices à espérer de la forte fréquentation de l'exposition : ainsi qu'on l'a évoqué plus haut, la RMN, de toute évidence, rentrera effectivement dans ses frais. Pour ce qui est de l'exposition elle-même, la critique de Rykner peut assurément se justifier, car ce genre d'exposition très médiatisée est toujours discutable, tant sur la forme que sur le fond. Néanmoins, en ce qui me concerne, je suis pas, a priori, vraiment tenté de le suivre dans cette voie. Il se trouve qu'en venant voir cette exposition, je n'ai pas été spécialement animé par la volonté d'apprendre des choses nouvelles sur l'art de Picasso. Je suis surtout venu pour voir en vrai des chefs d'oeuvres de la peinture occidentale que je n'aurai peut-être jamais plus l'occasion de voir en vrai par la suite.


Rykner s'interroge sur la pertinence de faire venir à Paris La Maja desnuda de Goya, mais personnellement, je suis très content qu'on l'ait fait venir ! Bien qu'ayant déjà eu plusieurs fois l'occasion d'aller en Espagne, y compris pour y voir des oeuvres d'art, je n'ai jamais eu l'occasion d'aller au Musée du Prado à Madrid, et n'en aurait peut-être d'ailleurs jamais l'occasion. Pourquoi ne me réjouierai-je pas donc de pouvoir enfin voir en vrai, à l'occasion d'un séjour à Paris, ce chef d'oeuvre du nu féminin occidental qu'est La Maja desnuda ? Je pourrais, du reste, en dire autant en ce qui concerne d'autres chefs d'oeuvres, peints par El Greco et Velázquez, par exemple, que je n'aurai peut-être jamais l'occason de revoir ailleurs que dans cette exposition, la peinture espagnole précédant l'époque de Picasso étant fort peu représentée dans les collections des musées français, mis à part celles du Louvre à Paris et du Musée Goya à Castres. Pour Didier Rykner, "juxtaposer des tableaux anciens et ceux de Picasso se comprend aussi bien devant des illustrations que devant les oeuvres elles-mêmes", mais pour moi, le problème n'est pas là : voir les oeuvres peints des artistes en vrai, de ses propres yeux, ce n'est pas la même chose que de les voir reproduites dans un livre ! J'ai d'ailleurs pu justement le constater avec La Maja desnuda, qui apparait souvent d'une reproduction à l'autre sous un aspect variable selon l'éclairage, et dont seule une confrontation devant le véritable tableau peut permettre d'avoir une idée de ce qu'est l'oeuvre originale. J'avoue que lorsque je viens voir une exposition, je ne viens pas spécialement pour suivre un cours d'histoire de l'art (j'en ai souvent suivi durant les premières années de mes études supérieures, et je ne le regrette absolument pas, du reste), mais je viens d'abord pour voir les oeuvres en vrai, même si, par ailleurs, il vaut toujours mieux que celles-ci soient présentées au public de la façon la plus pertinente possible, afin que chacun puisse éventuellement apprendre quelque-chose en même temps qu'il apprécie la beauté des oeuvres.


Bien entendu, à bien y regarder, on peut convenir que Rykner n'a pas tort de s'interroger sur la pertinence d'associer telle ou telle oeuvre de Picasso avec telle ou telle oeuvre de maître plus ancien, et je me suis moi-même posé quelques questions durant ma visite. Ainsi, par exemple, dans la dernière salle de l'exposition, consacrée aux nus, lorsque j'ai vu le Nu couché et homme jouant de la guitare de Picasso, peint le 27 octobre 1970 à Mougins, et prêté par le Musée Picasso de Paris, accroché entre deux grands autres nus de la peinture occidentale, à savoir Vénus se divertissant avec l'Amour et la Musique peint par Le Titien et La Maja desnuda merveilleusement peint par Goya, je me suis effectivement interrogé sur le lien "ténu", pour reprendre le terme de Rykner, qu'il pouvait y avoir entre l'oeuvre de Picasso et celles du Titien et de Goya. De fait, le tableau de Picasso semble beaucoup plus proche d'un magnifique tableau du génial Jean Auguste Dominique Ingres, intitulé L'Odalisque à l'esclave, appartenant à la collection Winthrop conservée au Fogg Art Museum à Cambridge, aux Etats-Unis d'Amérique.


J'ai eu la chance de voir ce tableau de Ingres au Musée des Beaux-Arts de Lyon, en avril 2003, lors de la venue exceptionnelle en Europe, à l'occasion d'une exposition itinérante, de chefs d'oeuvres de la collection Winthrop, qui pourtant sont censés ne devoir jamais quitter le sol des Etats-Unis depuis qu'ils ont été attribués au Fogg Art Museum. La présence de ce tableau au côté du nu peint par Picasso le 27 octobre 1970 aurait sans doute été idéale, mais je suppose que les commissaires de l'exposition ont fait ce qu'ils ont pu pour faire venir les oeuvres qui étaient actuellement les plus facilement accessibles, sachant que L'Odalisque à l'esclave de Ingres du Fogg Art Museum n'est sans doute pas une oeuvre qui reviendra en Europe de sitôt après son exceptionnelle escapade de 2003... Du reste, dans cette dernière salle de l'exposition "Picasso et les maîtres", j'ai pu voir d'autres nus féminins de Picasso, peints vers la fin des années 1960, avec lesquels des correspondances avec La Maja desnuda de Goya pouvaient être établies, fusse de façon "ténue", tandis que Jean Auguste Dominique Ingres était tout de même également réprésenté dans ladite salle, en particulier par une merveilleuse Odalisque en grisaille du Metropolitan Museum of Art (MMA) de New York... accrochée à côté d'un nu peint par Picasso le 2 novembre 1969 à Mougins (issu d'une collection particulière) qui, pour le coup, bien que de couleur grise comme l'Odalisque du MMA, aurait pu être plutôt rapproché de La Maja desnuda...


Ainsi, il était toujours possible de critiquer la pertinence des rapprochements faits par les organisateurs de l'exposition entre telles ou telles oeuvres, mais l'essentiel était ailleurs. Le 31 décembre dernier, j'ai eu l'opportunité de voir en vrai des chefs d'oeuvres de la peinture au Grand Palais, et j'en suis bien content. Le 2 janvier dernier, j'ai complété ma visite par les deux autres parties de l'exposition, proposées au Musée d'Orsay et au Musée du Louvre.


A Orsay, il a fallu encore attendre dehors, comme au Grand Palais, avant de pouvoir enfin entrer dans le musée, même si la file d'attente qui serpentait à l'extérieur était tout de même moins interminable que celle de l'exposition principale. Une fois à l'intérieur, une autre file d'attente, plus petite mais néanmoins exaspérante, s'est imposé devant les salles consacrées au thème "Picasso et Manet". Si, selon Rykner, "l'exposition d'Orsay est finalement la plus réussie avec une belle scénographie [...] et un accrochage témoignant d'une véritable réflexion", j'ai constaté pour ma part à quel point voir des oeuvres d'art au milieu de la foule et dans des salles peu propices à une affluence massive de visiteurs pouvait être pénible, même si le travail de Picasso d'après le célèbre Déjeuner sur l'herbe de Manet est, par ailleurs, intéressant à regarder à travers les différentes oeuvres présentées dans l'exposition. Dommage que les salles aient été aussi exigues par rapport à l'affluence du public...


Le troisième et dernier volet de l'exposition, consacrée au thème "Picasso et Delacroix" et que j'ai visité au Musée du Louvre en nocturne, s'est finalement révélé être le plus accessible, "noyé" qu'il était au milieu des prestigieuses collections permanentes du Louvre, ce qui avait l'immense mérite de favoriser la dispersion du public, et donc de freiner quelque peu l'affluence autour des oeuvres de Picasso, temporairement exposées au premier étage de l'aile Denon, au milieu des vastes salles des célèbres  peintures françaises à grands formats et non loin des fameuses peintures italiennes, soit à deux pas de chefs d'oeuvres tels que le Concert champêtre du Titien, traditionnellement attribué à Giorgone (et auquel fait d'ailleurs écho le Déjeuner sur l'herbe de Manet exposé à Orsay), et la célèbre Grande Odalisque de Ingres, toute en couleurs celle-ci, et qu'il aurait peut-être été intéressant, au passage, de faire voisiner avec La Maja desnuda de Goya, même au nom d'un rapprochement "ténu" (encore que...) ;-)...


Cette exposition dans une grande salle du Louvre d'une vingtaine de variations peintes par Picasso d'après le chef d'oeuvre d'Eugène Delacroix intitulé Femmes d'Alger dans leur appartement, a conclu agréablement, dans la soirée du 2 janvier, cette grande visite, étalée sur deux jours (sans compter le Nouvel An), de l'exposition "Picasso et les maîtres", laquelle me laisse une impression certes un peu mitigée, en raison des files d'attente, toujours pénibles, et de la foule regroupée devant les tableaux dans certaines salles, mais néanmoins positive car elle a été une occasion unique de voir, et parfois de revoir, de grands chefs d'oeuvres de la peinture occidentale à l'occasion de mon séjour à Paris.

Pour ceux que cela intéresse, ajoutons, en guise de conclusion, que p
our faire face au succès public, l'exposition "Picasso et les maîtres" sera ouverte 24 heures sur 24 pendant quatre jours, du 30 janvier (9h00) au 2 février (20h00). Pour éviter les files d'attente, il semble qu'une visite entre 2 heures et 4 heures du matin soit toute indiquée... ;-)

Cordialement, :-)

Hyarion.


(Illustrations : Maja desnuda, huile sur toile [1797-1800] par Francisco de Goya, Madrid, Museo Nacional del Prado ; ... pour la suite, voir réponse aux premiers commentaires [des contraintes techniques m'empêchant, une fois de plus, de publier mon article tel quel sur le présent blog])
Par Hyarion
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