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"Sarkozy, il faut lui marcher dessus. Pour deux raisons. Un, c'est la seule chose qu'il comprenne. Deux, ça porte chance." (Jacques Chirac)


(Jacques Chirac, par Kiro)

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Lectures et écritures

Samedi 22 décembre 2007 6 22 12 2007 23:57
La plate-forme qui héberge le présent blog est sur le point d'évoluer complètement vers une nouvelle version. Ce blog étant apparemment un des derniers à n'avoir pas fait l'objet de cette évolution, et la première version de la plate-forme étant destinée à disparaître prochainement, je me demande si je ne vais pas bientôt être confronté à un certain nombre de problèmes techniques et si je pourrais finalement encore disposer correctement de ce blog l'année prochaine... Au cas où, sans plus tarder, je publie donc cet article, prévu de longue date, en espérant toutefois que ce ne sera pas le dernier...

Il y a quelques semaines, au début du mois de novembre, a eu lieu la fameuse distribution des prix littéraires français, comme chaque année. La saison des prix littéraires intervient à l'issue de la rentrée littéraire d'août-septembre, événement culturel le plus attendu dans le monde des livres en France. Cette année, la production littéraire de la rentrée s'est accrue : le nombre de romans est en légère augmentation par rapport à 2006, avec 727 titres dont 493 français et 234 étrangers. Le cru 2007 compte 44 ouvrages de plus qu'en 2006, et un tiers de plus qu'il y a 10 ans, si l'on en croit le magazine Livres Hebdo.

727 romans en librairie pour une rentrée musclée


Comme chaque année, les éditeurs en font des tonnes: 727 romans français et étrangers - 43 de plus que l'an dernier - arrivent en librairie pour la rentrée littéraire, dont les auteurs phares se frottent cet automne à l'actualité et à la marche du monde.

En 2006, le succès foudroyant des "Bienveillantes" de Jonathan Littell avait monopolisé les ventes et l'attention des lecteurs. Plusieurs éditeurs avaient alors dénoncé la concentration massive des sorties en quelques semaines, mais tous répondent à nouveau présents.

Parmi les 493 romans français, le cru 2007 voit s'affirmer une génération d'auteurs exigeants, au côté des éternels "poids-lourds" de l'édition.

Au commencement, il y a Yasmina Reza. Dès vendredi, l'auteur vedette de pièces de théâtre traduites dans plus de 35 langues donne le coup d'envoi avec la sortie de "L'aube le soir ou la nuit" (Flammarion), un roman-reportage sur la campagne électorale de Nicolas Sarkozy, qu'elle a suivi pendant près d'un an. Un texte annoncé comme "très littéraire" - c'est à dire, en course pour les prix de l'automne - tiré d'emblée à 100.000 exemplaires.

Egalement en première ligne, Olivier Adam publie à 33 ans son septième livre : "A l'abri de rien" (L'Olivier), une plongée dans la misère des réfugiés de Sangatte, auxquels Marie, jeune femme un peu perdue, décide de porter secours.

Dans "Fin de l'histoire" (Verticales), François Bégaudeau évoque la détention de Florence Aubenas. Benoît Duteurtre, observateur malicieux de la société, décrit un monde ultra-sécurisé dans "La cité heureuse" (Fayard). Eric Reinhardt s'attaque à la classe moyenne dans "Cendrillon" (Stock) et Marie Darrieussecq raconte dans "Tom est mort" (P.O.L) le deuil après la mort d'un enfant.

Déjà repérés par le public et les jurys littéraires, tous confirment leur place dans la galaxie du roman français, au côté de Philippe Claudel ("Le rapport de Brodeck", Stock) ou Clémence Boulouque ("Nuit ouverte", Flammarion).

D'autres, plus expérimentés, sont fidèles au rendez-vous de septembre. Pas de rentrée sans Amélie Nothomb : 16 romans en 15 ans. Dans "Ni d'Eve ni d'Adam" (Albin Michel), la Nothomb retourne au Japon, où elle avait déjà situé l'action de l'un de ses meilleurs livres, "Stupeur et tremblements" (Grand prix du roman de l'Académie française).

Pierre Assouline ("Le portrait", Gallimard), Dominique Schneidre ("Ce qu'en dit James", Seuil) ou Jean Hatzfeld ("La stratégie des antilopes", Seuil) comptent également parmi les pointures de la rentrée.

Patrick Besson livre avec "Belle-soeur" (Fayard) une élégant roman psychologique. Et les frères Poivre d'Arvor pointent, à nouveau, la tête à l'approche de la saison des prix ("J'ai tant rêvé de toi", Albin Michel).

Loin de la course aux prix littéraires, Patrick Modiano plongera ses lecteurs dans le Paris des années 1960 avec "Dans le café de la jeunesse perdue" (Gallimard), et Philippe Sollers a intitulé ses mémoires... "Un vrai roman" (Plon).

Cette forêt de livres ne décourage pas les débutants, âgés cette année de 15 à 93 ans: 102 premiers romans sont annoncés d'ici octobre et si les "grandes" maisons d'édition limitent les sorties, de nouvelles entrent chaque année dans la course.

La littérature étrangère arrive également en force. Avec pour têtes d'affiche, Norman Mailer, auteur d'une "biographie romancée d'Hitler" ("Un château en forêt" (Plon) ou Günter Grass, avec "Pelures d'oignon" (Seuil), ses souvenirs de jeunesse qui ont fait scandale en 2006 lors de leur sortie en Allemagne.

(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 21 août 2007, 15h47)

Le Goncourt à Gilles Leroy, la surprise Pennac pour le Renaudot

Le prix Goncourt 2007 a été attribué lundi à Gilles Leroy pour "Alabama song", mais la surprise est venue cette année du Renaudot décerné à Daniel Pennac, qui ne figurait sur aucune liste, pour son "Chagrin d'école" dans lequel il raconte son passé de cancre.

Quatorze tours de scrutin pour attribuer le Goncourt, dix pour le Renaudot, les débats ont été dans les deux cas longs et animés. Avec, confiait l'un des jurés, "une petite fronde des jurés des deux côtés" qui ont refusé de se laisser dicter leur choix.

Gilles Leroy l'a emporté par 4 voix contre 2 à Olivier Adam pour "A l'abri de rien", présenté comme l'un des favoris pour les prix de l'automne. Signe des difficultés à parvenir à un accord, au 14è tour de scrutin une voix est encore allée à Amélie Nothomb ("Ni d'Eve ni d'Adam"), pourtant absente de la dernière sélection.

Sorti discrètement en septembre, "Alabama song" (Mercure de France), dixième roman de Gilles Leroy, 48 ans, raconte le destin tragique de Zelda Sayre, "belle du sud" des Etats-Unis devenue l'épouse de l'écrivain Francis Scott Fitzgerald [auteur de Gatsby le Magnifique].

"Je suis fasciné par les gens précoces, comme Zelda et Scott, et qui ont une puissance de désir intense. Elle a intensément désiré, non seulement en tant que femme, mais aussi en tant que femme qui voulait devenir une artiste", expliquait l'auteur dans le hall du restaurant Drouant.

Zelda et Scott Fitzgerald symbolisent l'insouciance des années 1920, avant la dégringolade dans la folie et l'alcool. "J'ai épousé un artiste ambitieux, me voici douze ans plus tard flanquée d'un notable ivrogne et couvert de dettes, telle la dernière des rombières", constate la jeune femme dans "Alabama song". Un livre dont les jurés Goncourt soulignaient après le vote les qualités d'écriture. Pour Bernard Pivot, "Leroy a un style flamboyant".

"J'ai défendu son livre parce que je l'ai aimé. Il éclaire un milieu et une époque. La façon dont il a essayé de reconstituer l'atmosphère, les geste, le langage des Américains de Paris en 1924 est très réussie", soulignait pour sa part François Nourissier. "Quatorze tours, ça ne veut pas dire des bagarres, mais simplement des électeurs accrochés à leurs voix", a-t-il fait valoir.

Surprise totale en revanche chez les Renaudot. Daniel Pennac, 62 ans, dont le livre - "Chagrin d'école" (Gallimard) - n'était pas sélectionné, est sorti du chapeau au 10è tour, la voix du président Patrick Besson, comptant double et permettant de dégager une majorité.

C'est, selon plusieurs jurés, l'écrivain J.M.G. Le Clézio qui a lancé le nom de Pennac. Auteur de romans populaires et de plusieurs livres pour défendre la langue française, il raconte dans "Chagrin d'école" son passé de cancre, enfant malheureux à l'école devenu prof lui même... et écrivain à succès.

"Ce prix, c'est un joli clin d'oeil. Cela prouve que certains professeurs se sont trompés dans mon enfance et qu'ils n'ont pas vu assez loin mais on ne peut pas leur en vouloir", a-t-il dit à son arrivée chez Drouant.

Côté éditeurs, Gallimard qui avait raflé la mise en 2006 avec "Les Bienveillantes" de Jonathan Littell (Goncourt et Grand prix du roman de l'Académie française) fait coup double : Pennac est un auteur maison et le Mercure de France, qui édite Leroy, est une filiale du groupe, dirigée par Isabelle Gallimard.

Le Renaudot de l'essai est revenu à Olivier Germain-Thomas pour "Le Bénarès-Kyoto" (Le Rocher).

(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 5 novembre 2007, 16h12)

En ce qui me concerne, le fait qu’un auteur soit lauréat d'un des prix littéraires distribués à l'automne - Prix Goncourt, Prix Renaudot, Prix Femina, Prix Médicis, Prix Interallié, Prix de Flore, etc - n'est pas un argument pour acheter son livre. Pour être franc, je crois n'avoir dans ma bibliothèque - pourtant abondemment remplie, me semble-t-il - que deux livres, tout au plus, ayant été récompensés par un prix littéraire, en l'occurence le prix Goncourt : Le Rivage des Syrtes de Julien Gracq (Prix Goncourt en 1951, refusé par l'auteur) et La Bataille de Patrick Rambaud (Prix Goncourt en 1997)... Mais il faut croire que pour beaucoup d'autres personnes, l'attribution d'un prix littéraire est quelque-chose de particulièrement important... Il faut dire que le prix Goncourt est une garantie de succès commercial pour un roman, d'autant plus qu'il est attribué - comme les autres - quelques semaines avant Noël...

Pourquoi la littérature d'aujourd'hui présentée dans les médias m'intéresse si peu ? J'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer, en avril dernier, au sujet du conformisme dans lequel est actuellement plongée la production culturelle française en général - voir l'article intitulé "Quid de la Culture dans ce monde électoraliste ?" -, et je ne peux que citer à nouveau l'écrivaine turque Mine Kirikkanat qui, il y a presque un an maintenant, évoquait ainsi, de façon fort juste, la situation de la littérature française actuelle :

"Dans le paysage littéraire français d'aujourd'hui, on recense une grande variété d'auteurs, mais on chercherait en vain parmi eux un génie. Depuis l'époque de Sartre et de Malraux, il y a un demi-siècle, le niveau d'engagement des romanciers français n'a pas cessé de baisser. Tout se passe comme si ces écrivains refusaient désormais de prendre des risques ou de changer l'ordre des choses. Ce qu'ils veulent, c'est uniquement l'orgasme verbal. D'où l'insincérité de leur position. Qui peut sérieusement accorder du crédit à Houellebecq quand il dénonce les méfaits du néolibéralisme ? Le seul problème d'une telle démarche, c'est que l'auteur des Particules élémentaires fait lui-même partie de la "bulle" qu'il vitupère. Comme d'autres, il y patauge et il y jouit. On touche là aux limites du fonctionnement d'une génération d'écrivains qui, au fond, ne croient en rien. Todorov a raison de voir dans ce nombrilisme et ce nihilisme le résultat de décennies pendant lesquelles on n'a cessé de réduire la littérature à des structures narratives et à des jeux de language. Les romanciers américains, eux, n'ont quasiment pas été happés par ce mouvement. Ils ont su résister. Ce n'est pas un hasard si, aux États-Unis, on ne trouve pas un personnage comme Frédéric Beigbeder, qui est le pur produit d'un système "autoréférencé". La vocation de la littérature, c'est de donner de l'oxygène. Pour que cet oxygène soit libéré, pour qu'il s'impose contre l'air du temps, il faut des plumes assez puissantes, des auteurs suffisamment signifiants et profonds. La France manque actuellement de romanciers de cette trempe. [...] Heureusement, il lui reste des essayistes."

(Mine Kirikkanat, in Marianne N°509 [du 20 au 26 janvier 2007])

Le système "autoréférencé" : voilà bien, précisemment, ce qui ne m'incite pas à m'intéresser aux nouveautés littéraires exhibées régulièrement dans les médias... Pourtant, les écrivains d'aujourd'hui sont plus que jamais tributaires de ce système... Comment réussir à émerger de la masse des nombreux candidats à la publication sans se soumettre aux règles d'une oligarchie éditoriale et de jurys littéraires immuables, qui semblent plus ou moins tout contrôler ? Parfois, il suffit de pas grand-chose pour parvenir à se faire connaître et être publié - et donc être, dès lors, susceptible d'être lu -, mais on en revient toujours au même constat : pour quelques rares vrais découvertes, combien de phénomènes médiatiques creux et éphémères ?

Tout celà me fait penser à un souvenir de lecture d'un journal, il y a plus de cinq ans de celà, déjà... C'était à la fin du mois d'avril 2002, et plus précisemment entre les deux tours de la fameuse élection présidentielle qui a vu une majorité d'électeurs français être assez stupides pour imposer à tous, un certain dimanche 21 avril, un duel entre Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen au second tour du 5 mai de cette année-là. Le lundi 29 avril 2002, en parcourant les pages du journal Libération, je suis tombé sur "Nuits blanches", une chronique du monde de la nuit parisien, que faisait alors régulièrement Eric Dahan, journaliste, musicien, réalisateur et, surtout, "figure mythique de la nuit parisienne" selon Technikart, le magazine tenu parfois pour un révélateur des modes "branchées" ou "underground" de la capitale... Et voici ce que j'ai lu :

Le retour du politique

Après le black sunday, c'était la consternation à Paris. On sillonnait le Bois de Boulogne avec Marc Lamour au son de Bowie chantant I'm so Afraid. Puis on faisait un stop au Bowling Etoile Foch, où Titof nous avait invités au Grand Strike de Sasha, Rachid, Bryan, Lenny et Joanna. A l'intérieur, tout l'underground hip-hop. Un toaster hurle au micro: "Nique sa mère à Le Pen", pendant le mix de Cut Killer, et on se croirait revenu au temps des Soul Kitchen à New York.
Il y a des filles incroyables, comme Bénédicte, qui écrit des nouvelles érotiques du point de vue d'un garçon, en hommage à son modèle Anaïs Nin. Julie Boukobza confie que son père va reprendre en main les Bains-Douches à la rentrée, après lifting radical. Sébastien Barrio scotche sur la banquette: "Le porno et les snuff-movies, ça n'a rien à voir ; à la télé, ils essaient encore de nous faire passer pour des monstres." Greg Centauro ouvre sa chemise blanche: "Etre reconnu comme comédien traditionnel ne m'intéresse pas, je suis très content de faire du hard", et Titof embrasse fougueusement Emese avant d'entraîner tout le monde au Dépôt. Puis c'est l'heure du brunch de Jack Lang au ministère de l'Education. Et de nouveau la confrontation avec une réalité consternante. De Danielle Mitterrand à Kouchner, la famille fait front. Jack prend la parole, parle du sursaut admirable d'une jeunesse issue de l'Ecole de la République - "tant décriée, voire salie par des gens qui n'y ont pas mis les pieds depuis trente ans !" - et dit l'urgence de contrer la montée du Front national. Ariane Mnouchkine répond: "Je t'aime Jack, mais les politiques ont ignoré la réalité de l'insécurité." Jeanne Moreau acquiesce. Jean-Michel Jarre est déçu de l'attitude de Jospin... On retrouve Pascal Houzelot au Costes pour le dîner d'anniversaire du Serpent, ironisant: "Puisqu'on est reparti pour la IIIe République, je vais me laisser pousser la moustache et porter un haut-de-forme", avant de suggérer d'aller prendre un verre au Mathi's, où l'on tombe sur Claude Aurensan, dont la devise reste: "Pas de passéisme !" On profite de la proximité du Nirvana de Claude Challe, où Hubert Boukobza tente de raconter quelque chose au sujet de Nick Rhodes - peut-être vient-il de dîner avec lui ? - mais Claude Challe nous rassure: "Il faut un décodeur." Il revient de Dubaï et a été très impressionné par les sables climatisés et les courses de bananes off-shore. Le Nirvana est vraiment un endroit fabuleux, avec son décor mixant artisanat traditionnel et haute technologie, entre le dance-floor évoquant un Sept de l'espace et les miroirs cathodiques des toilettes, renvoyant des fragments de scènes, sur fond de musiques mutantes. Personne ici n'a pas plus envie de dormir à côté de camps d'internement que d'imaginer le désastre d'une Intifada sur Seine. Fabien Ouaki explique à Claude Challe: "Le camarade, c'est celui dont tu es capable de partager la chambre." C'est le retour du politique, une chance finalement. Derrida dirait "là où il y a du polémos, seulement est possible l'amitié". C'est aussi une histoire de paille, de poutre et d'oeil du voisin, celle d'un pays censé éclairer le monde de ses lumières et qui va devoir se réinventer.

(Chronique "Nuits Blanches", par Eric Dahan, publiée in Libération N°6518, lundi 29 avril 2002)

Vous n'avez pas tout compris de ce que vous avez lu, chers lecteurs ? Rassurez-vous, c'est tout-à-fait normal... ;-) Moi non plus, je ne suis pas un "roi de la branchouille", et cette chronique, rappelons-le, date d'il y a plus de cinq ans. Sur l'ensemble des personnes évoquées dans le texte de Dahan, combien ne sont pas tombés dans l'oubli aujourd'hui, mis à part, bien entendu, les invités célèbres du "brunch" au ministère de l'Education, et peut-être quelques patrons de clubs nocturnes surtout connus des habitués de la nuit parisienne ? Même chose pour les lieux évoqués. Dans cinquante ans, on devra accompagner ce texte d'un lacis serré de notes en bas de page, pour y comprendre quelque-chose...
Pour l'heure, c'est essentiellement l'aspect politique dudit texte qui reste compréhensible, même si je me souviens que le rapport entre le titre "Le retour du politique" et la photographie de Dahan illustrant sa chronique, et représentant une certaine Bénédicte posant allongée dans le plus simple appareil, ne m'avait pas franchement sauté aux yeux à la première lecture... ;-)
Chacun, au passage, aura sans doute pû apprécier l'évocation par Eric Dahan de l'inimitable Jack Lang, alors ministre de l'Education Nationale d'un gouvernement Jospin sur le point de déposer le bilan : Jack, l'ami des jeunes ; Jack, l'ami des artistes ; Jack, l'éternel ministre de la Culture même des années après avoir abandonné cette fonction... Vraiment inimitable, ce Jack... et tellement sympathique ! Le monde des libraires indépendants lui doit beaucoup, grâce à la loi de 1981 sur le prix unique du livre, loi qui porte son nom. Comment ne pas aimer Jack, quand on aime la culture ? Je le dis sérieusement : Jack est vraiment quelqu'un de sympathique. Dommage, cependant, qu'il n'ai pas compris à quel point les manifestations étudiantes et lycéennes anti-Le Pen de l'entre-deux tours n'étaient politisées - au sens citoyen du terme - que de façon très superficielle... Pour ma part, je le sais, et pour cause : j'y étais... ;-)

Dahan, qui a affirmé avoir eu le "déclic" de l'écriture après avoir lu Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche - saine lecture, soit dit en passant -, a expliqué ainsi, dans un entretien avec un journaliste du magazine Technikart, en mars dernier, pourquoi il avait arrêté ses chroniques du monde de la nuit parisien, chroniques qu'il écrivait depuis 1994 : "L'évolution de la nuit ces dernières années, caractérisée par une inflation du discours et de la couverture médiatique inversement proportionnelle à la réalité économique et sociale de l'industrie de la nuit, mais également le fait que je ne supporte pas la médiocrité de la musique jouée dans les clubs, font que je songeais depuis plusieurs années à mettre un terme à cette chronique. Sans même parler du fait que tout ce qui l'avait constituée et qui était alors socialement transgressif ou au moins neuf, était devenu la norme. Quand l'idéal de distinction devient la norme et que la jouissance devient un impératif catégorique, j'ai tendance à me chercher d'autres espaces de liberté, ailleurs que dans le conformisme misérable d'une époque inculte et inepte." De fait, lorsque l'on lit cette ancienne chronique de 2002, on ne peut que remarquer que le constat fait aujourd'hui, par Dahan lui-même, sur le monde de la nuit est assez proche de celui que l'on pouvait faire déjà à l'époque, et sans doute même avant encore... La tyrannie de l'urgence et celle des apparences ne datent pas d'hier...

Mais revenons à nos moutons... Pourquoi parler de tout celà ? Quel rapport avec les livres et le monde de l'édition ? Eh bien, justement, j'y viens... Comme vous peut-être, chers lecteurs, j'ai été quelque-peu intrigué, au premier abord, par le présence d'une photographie déjà évoquée plus haut et représentant une certaine Bénédicte posant nue allongée, et présentée, dans la légende comme dans le texte, comme étant l'auteur de nouvelles érotiques rencontrée par le chroniqueur à une soirée "hip hop" au club du Bowling de l’Etoile... A l'époque, j'avais fini par oublier cette incongruité apparente, et même la lecture de la chronique, jusqu'à ce que quelque-chose me fasse m'en souvenir l'année suivante : en novembre 2003, on appris qu'une certaine Bénédicte Martin, née en 1978, avait écrit un recueil de nouvelles érotiques, lequel recueil venait d'être édité chez Flammarion, grâce à Frédéric Beigbeder - ancien publicitaire devenu écrivain et animateur de télévision, président du jury du Prix de Flore qu'il a fondé en 1994, et qui fut éditeur chez Flammarion de 2003 à 2006 -, avec une couverture plutôt racoleuse. La jeune femme étant venu faire la promotion de son livre à l'époque à la télévision, dans "Tout le monde en parle" sur France 2, la défunte émission "talk-show" produite et animée par Thierry Ardisson - ami de Beigbeder -, le lecteur d'un certain numéro de Libération d'avril 2002 a pû s'apercevoir, à cette occasion, que Bénédicte Martin et la "Bénédicte" photographiée dans une tenue très décontractée, l'année précédente, par Eric Dahan, étaient la même personne... J'ai appris, par la suite, que, selon le magazine Technikart, dans un de ses numéros parus à l'époque, que c'était précisemment Eric Dahan qui avait alors contribué à lancer la carrière de la jeune écrivaine, en la remarquant lors de cette soirée du Bowling de l’Etoile : la photographie de "Bénédicte" publiée dans sa chronique "Nuits Blanches" du numéro du 29 avril 2002 de Libération était, en fait, un cliché d'une séance de pose nue faite par la jeune femme à la demande de Dahan, le lendemain de la soirée, séance à l'occasion de laquelle l'écrivaine lui a présenté ses premiers écrits. La rencontre avec l'éditeur Beigbeder ne s'est, dès lors, guère faite attendre, le personnage étant connu pour être friand de ce genre de petite "provocation"...

Voyez-donc comme les choses peuvent être simples pour les écrivains débutants, pourvu que l'on ait quelques atouts à faire valoir auprès des bons intermédiaires... Cette petite histoire est anecdotique, bien entendu, mais tout-de-même assez révélatrice de la façon dont pouvait fonctionner le petit monde de l'édition il y a encore quelques années... Résultat : on publie - voire récompense - des choses qui ne méritent pas forcément de l'être, ou pour de mauvaises raisons, alors que l'on s'aperçoit que certains grands écrivains du passé ne trouveraient pas forcément d'éditeurs aujourd'hui...

Jane Austen ne trouverait pas aujourd'hui d'éditeur, démontre un écrivain

Jane Austen, célèbre auteur britannique du début du [XIX]e siècle, ne trouverait pas aujourd'hui d'éditeur, comme l'a vérifié un écrivain frustré en envoyant des manuscrits à une vingtaine d'éditeurs.

Selon la presse britannique, David Lassman, qui peine lui-même à se faire publier, a ainsi envoyé le premier chapitre suivi d'un synopsis de trois romans différents de Jane Austen, en se contentant de changer les titres et les noms de personnages.

Sur 18 éditeurs, 17 ont renvoyé des lettres de refus type ou n'ont pas répondu. Seul l'un d'entre eux a reconnu le style d'Austen ("Orgueil et préjugés", "Raison et sentiments"), recommandant à l'auteur du manuscrit d'éviter le pastiche.

Un éditeur, malgré son refus, a jugé la prose "très originale". Et l'agence littéraire qui représente J.K. Rowling (Harry Potter) s'est dite "peu assurée de pouvoir placer ce manuscrit auprès d'un éditeur", selon la presse.

"Arriver à faire publier un roman est très difficile aujourd'hui, sauf si vous avez un agent littéraire", a souligné M. Lassman à la presse, se disant sidéré du nombre de refus essuyés par la grande dame.

David Lassman, 43 ans, est le directeur du festival Jane Austen à Bath (sud-ouest de l'Angleterre).

Il a même eu l'audace d'envoyer le premier chapitre légèrement modifié d'"Orgueil et préjugés", l'oeuvre la plus célèbre d'Austen, en conservant sa première phrase, archi-connue en Angleterre: "C'est une vérité universellement reconnue qu'un célibataire pourvu d'une belle fortune doit avoir envie de se marier...".

(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 19 juillet 2007, 16h50)

Dante Alighieri, François Villon, Miguel de Cervantès, William Shakespeare, Jean-Baptiste Poquelin dit Molière, Voltaire, Johann von Goethe, Honoré de Balzac, Victor Hugo, Edgar Allan Poe, Charles Dickens, Gustave Flaubert, Henrik Ibsen, Léon Tolstoï, Anton Tchekhov, Marcel Proust, James Joyce, Ernest Hemingway, Albert Camus, etc. : tout le monde connait le nom de ses grands écrivains - encore que... dire que tout le monde les connait, même seulement de nom, c'est sans doute un peu exagéré -, mais qui les lit vraiment aujourd'hui, en dehors des établissements scolaires et universitaires ? Moins de monde encore, à mon avis, qu'on pourait le croire...

De fait, personnellement, je suis plus attiré par la littérature du passé que par celle d'aujourd'hui. Les oeuvres des siècles passés, que l'on appelle les classiques, m'intéressent davantage que les phénomènes médiatiques éphémères vendus régulièrement dans les médias... J'apprécie également la littérature de genre, notamment la fantasy, mais là encore, je préfère les classiques du genre - ceux de Robert E. Howard et J.R.R. Tolkien, notamment - aux nouveautés commerciales constituées en "sagas" interminables dont les éditeurs nous abreuvent depuis quelques années...

Que pourrais-je vous conseiller comme lectures ? Je n'aime pas la frénésie commerciale qui s'empare régulièrement de nos sociétés de consommation au moment des fêtes de fin d'année, mais si, par hasard, certains d'entre-vous, chers lecteurs, souhaitent des suggestions d'acquisitions, en voici quelques-unes, toutes en rapport avec le monde de la fantasy :


- La Formation de la Terre du Milieu (Histoire de la Terre du Milieu, IV), de J.R.R. Tolkien, textes présentés par Christopher Tolkien, traduits de l'anglais par Daniel Lauzon (Christian Bourgois Editeur, 2007).
Il s'agit du quatrème volume de l'Histoire de la Terre Milieu, vaste ensemble en douze volumes, regroupant une grande partie des différents textes, brouillons, versions et autres inédits de J.R.R. Tolkien (1892-1973), l'auteur de Bilbo le Hobbit (The Hobbit, 1937) et du Seigneur des Anneaux (The Lord of the Rongs, 1954-1955). Voici la présentation de l'éditeur : "La Formation de la Terre du Milieu se situe dans la continuité des Contes Perdus et des Lais du Beleriand, mais elle peut être lue pour elle-même afin de découvrir le " vrai " Silmarillion tel que J.R.R. Tolkien l'a conçu dans les années 1920-1930, bien avant d'écrire Le Seigneur des Anneaux. La Formation de la Terre du Milieu est un volume central, où l'on trouvera deux versions " authentiques " du Silmarillion - L'Esquisse de la Mythologie et la Quenta, qui racontent la création du monde, l'apparition des dieux et des Elfes, les premières batailles et l'histoire de grands héros comme Túrin -, mais aussi des cartes en couleurs (la première carte du Silmarillion) ou en noir et blanc absolument inédites en français, complétées par une étonnante description du monde de Tolkien (l'Ambarkanta), des chronologies et des textes historiques, les fameuses Annales du Valinor et du Beleriand."


- Conan le Cimmérien - Premier volume (1932-1933), de Robert E. Howard, textes traduits de l'anglais par Patrice Louinet et François Truchaud, introduction et notes de Patrice Louinet, illustrations de Mark Schultz (Bragelonne, 2007).
Avec ce premier ouvrage, les éditions Bragelonne ont commencé à publier une nouvelle édition, en trois volumes illustrés - à tirage limité, hélas -, des écrits originaux de Robert E. Howard (1906-1936) consacrés à son célèbre personnage de fantasy Conan le Cimmérien, sans coupures, ni ajouts, ni modifications (fait inédit en France), et dans l'ordre chronologique de rédaction et de publication. Les récits de Howard y sont restitués à partir des manuscrits originaux des années 1932-1936, dans des traductions entièrement renouvelées et accompagnés de nombreux inédits, de fragments et de notes de l'auteur sur l'univers de Conan. Le premier volume est paru en octobre dernier, et les deux autres paraitront dans le courant de l'année prochaine. Pour avoir acquis récemment le premier volume, je peux dire qu'il s'agit d'un bel objet, avec une belle reliure, et à l'intérieur duquel il ne manque rien, sauf les célèbres peintures de Frank Frazetta... mais les illustrations de Mark Schultz sont quand même sympatoches... :-)
Il est heureux que cette publication des écrits de Howard consacrés à Conan ait lieu à présent en France, alors que se poursuit, en parallèle, la publication, chez Christian Bourgois, des volumes de l'Histoire de la Terre du Milieu de Tolkien : ainsi, le public francophone aura-t-il bientôt la possibilité de mieux connaître, et d'apprécier à sa juste valeur, le travail littéraire des deux pères de la fantasy moderne...


- Stardust - Le Mystère de l'Etoile, de Neil Gaiman, illustré par Charles Vess, traduit de l'anglais par Nicole Duclos et Françoise Effosse-Roche (Marvel Panini France, 2007).
Paru initialement en 1997-1998, ce roman de fantasy de Neil Gaiman n'avait été publiée en France, jusqu'à tout récemment, que dans une version dépourvue des illustrations originales de Charles Vess. Cet oubli a été réparé, et l'oeuvre a été republiée cette année, dans sa version illustrée et avec une nouvelle traduction, à l'occasion de la sortie en salles de son adaptation cinématographique réalisée par Matthew Vaughn. Voici un extrait de la présentation de l'éditeur : "À l'aube de l'ère victorienne, dans la campagne anglaise alanguie, se dresse le village de Wall - un hameau isolé tirant son nom de l'imposant mur de pierre qui l'entoure. La vie paisible de la petite bourgade n'est perturbée qu'une fois tous les neuf ans, quand simples mortels et créatures magiques se retrouvent dans un pré voisin à l'occasion d'une foire à nulle autre pareille. À Wall, le jeune Tristran Thorn est éperdument amoureux de Victoria, la plus jolie fille du village, mais la belle est aussi distante et inaccessible que l'étoile filante qu'ensemble ils voient tomber par une froide nuit d'octobre. Pour conquérir le cœur de Victoria, Tristran lui promet de retrouver l'étoile et de la lui rapporter. Sa quête le conduira au-delà du mur, dans un monde dont la féerie dépasse l'imagination..."


- Beowulf, poème médiéval anonyme, (Librairie Générale Française ou LGF [Le Livre de poche], collection "Lettres gothiques", 2007).
A l'occasion de la sortie en salles de l'adaptation cinématographique du poème réalisée par Robert Zemeckis (à partir d'un scénario de Neil Gaiman et Roger Avary), une nouvelle édition française de Beowulf, a été publiée tout récemment, en novembre dernier, dans l'excellente collection "Lettres gothiques" du Livre de Poche. Je rappelle que, comme pour tous les autres ouvrages publiés dans cette collection, il s'agit d'une édition bilingue, avec une nouvelle traduction d'André Crépin. Celui-ci affirme lui-même que sa précédente traduction - devenue quasiment introuvable - était "moins nerveuse" et "moins exacte" que celle qui est proposée aujourd'hui. Un bon livre, donc, et à un prix très raisonnable, ce qui est toujours suffisemment rare pour être signalé. Voici la présentation de l'éditeur : "Poème en vieil anglais des environs de l'an mil, Beowulf est le plus ancien long poème héroïque qui nous soit parvenu intégralement dans une langue européenne autre que le latin. Il s'inscrit peut-être dans une tradition beaucoup plus ancienne encore, puisque Beowulf est présenté comme le neveu d'un chef scandinave dont la mort vers 520 est historiquement attestée. Prince modèle, fidèle à ses souverains et à ses engagements, il affronte des forces mauvaises, ogres et dragons. Il meurt, à la fois victime et vainqueur du dragon, en protecteur de son peuple. La société décrite, et vérifiée par l'archéologie, est païenne, mais le poème est chrétien. La célébration en anglais d'un héros scandinave, l'éloge d'un prince païen par un poète chrétien, le mélange de fabuleux et d'historique, l'entrelacement des épisodes, le style délibérément traditionnel expliquent la fascination exercée parce chef-d'œuvre. Depuis que sa valeur littéraire a été reconnue au XIXe siècle et sa leçon de courage réaffirmée en 1936 par Tolkien, l'auteur du Seigneur des anneaux, les médias, surtout anglo-saxons, ne cessent de l'exploiter. Ce volume, qui donne à la fois le texte original et une traduction nouvelle d'André Crépin, permet au public francophone de le découvrir."


- Errances en Faërie, recueil de contes murmurés à une chouette aveugle, recueil collectif de contes (Editions Skiophoros, 2006).
Je ne suis sans doute pas très objectif en recommandant ce dernier volume, vu que certains des auteurs de ce recueil de contes sont des amis, mais j'assume... ;-) Voici la présentation de l'éditeur : "Les sept textes qui composent ce recueil — initialement publiés sur le site JRRVF (www.jrrvf.com) dédié à Tolkien — sont autant d'invitations à la découverte des royaumes de Faërie. Tantôt serpentant sous de mélodieux scintillements d'étoiles, tantôt s'insinuant à l'ombre de quelques créatures chimériques, ils livrent au lecteur un horizon atypique des frontières toujours incertaines du merveilleux. Pour peu qu'il se prenne au jeu de ces errances, c'est alors aux confins de son propre univers imaginaire que le lecteur aura peut-être la surprise de se retrouver. Car si ils sont des voyages en pays fantasques et inconnus, les contes de Faërie sont avant tout des labyrinthes vertigineux aux miroirs asymétriques, par dessus lesquels on se penche comme on scrute l'abysse."

Voilà une partie de la littérature que j'aime. Maintenant, c'est à vous de voir... ou plutôt de lire, si le coeur vous en dit...

Bon Noël à tous.

Cordialement, :-)

Hyarion, le démocrate anarcho-monarchiste.

(Illustrations : Détail du tableau Un philosophe occupé de sa lecture, dit aussi Chimiste dans son laboratoire, ou Le souffleur, huile sur toile [1734] par Jean-Siméon Chardin, Paris, Musée du Louvre ; Quelques-uns des romans phares de la rentrée littéraire de 2007 dans une librairie de Caen, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Mychèle Daniau ; Couverture du roman de Gilles Leroy Alabama song, prix Goncourt 2007 ; Couverture du roman de Daniel Pennac Chagrin d'école, prix Renaudot 2007 ; Photographie légendée d'Eric Dahan, parue in Libération N°6518, 29 avril 2002 ; Couverture du roman de Jane Austen Raison et sentiments, publié en format de poche chez 10/18 ; Couverture du roman de Jane Austen Orgueil et préjugés, publié en format de poche chez 10/18 ; Couverture de La Formation de la Terre du Milieu [Histoire de la Terre du Milieu, IV], de J.R.R. Tolkien, ouvrage publié chez Christian Bourgois Editeur ; Couverture de Conan le Cimmérien - Premier volume [1932-1933], de Robert E. Howard, ouvrage publié chez Bragelonne ; Couverture du roman Stardust - Le Mystère de l'Etoile, de Neil Gaiman, illustré par Charles Vess, publié chez Marvel Panini France ; Couverture de la nouvelle édition du poème médiéval anonyme Beowulf, publiée par la LGF [Le Livre de poche], dans la collection "Lettres gothiques" ; Couverture de Errances en Faërie, recueil de contes murmurés à une chouette aveugle, ouvrage collectif publié aux Editions Skiophoros)
Par Hyarion
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Dimanche 20 janvier 2008 7 20 01 2008 01:44
Les pressions, publiques et privées, de certains de mes lecteurs auront finalement été efficaces... pour cette fois. Au coeur de la nuit, alors qu'il est 1 heure du matin à ma montre, je trouve un peu de temps pour consacrer un court article à l'actualité culturelle française - francophone, même - de ce début d'année... Deux évènements majeurs la caractérisent : évoquons-les brièvement...

Le 9 janvier dernier a été célébré le centenaire de la naissance de la célèbre romancière, essayiste et icône du féminisme Simone de Beauvoir (1908-1986) : cette année est donc une occasion, comme une autre, de se pencher sur la vie et l'oeuvre de celle qui fut une des grandes femmes de lettres française du XXe siècle, que son compagnon, le philosophe Jean-Paul Sartre, appelait "Castor"...

Simone de Beauvoir, cent ans de féminisme

Simone de Beauvoir, icône féministe, écrivain engagée dans tous les combats intellectuels du XXè siècle, aurait eu 100 ans le 9 janvier et reste, plus de 20 ans après sa mort, un modèle de femme libérée.

Si son nom est définitivement lié à celui de Sartre, dont elle partagea la vie et les engagements pendant plus d'un demi-siècle, l'auteur du "Deuxième sexe" a surtout marqué des générations de femmes par son refus des conventions et son analyse de la condition féminine.

Née le 9 janvier 1908 à Paris dans une famille bourgeoise en proie à des difficultés financières, elle prend conscience dès l'adolescence de la médiocrité de son milieu. Elève brillante, elle s'inscrit en philosophie à la faculté de lettres de Paris, où elle rencontre Jean-Paul Sartre et toute une génération d'intellectuels.

La relation mythique qui se crée alors s'achèvera avec leur mort. Deux téléfilms diffusés en 2006 ont illustré la liaison tumultueuse de "Castor" - le surnom que Sartre lui a donné - et du philosophe.

A 21 ans, Simone de Beauvoir est surtout la plus jeune agrégée de son temps. Elle enseigne la philosophie et publie son premier roman, "L'invitée", en 1943. Le lien qui la lie à Sartre admettant les "amours contingentes", elle entretient des relations homosexuelles avec plusieurs de ses élèves, ce qui lui vaut d'être renvoyée de l'Education nationale.

En politique, Beauvoir est assez suiviste à l'égard de Sartre, après que leur attitude eut été pour le moins attentiste sous l'Occupation.

Le féminisme est en revanche son terrain d'action. La publication en 1949 du "Deuxième sexe", dont les chapitres sur la sexualité, l'homosexualité féminine, font scandale, suscite de furieux débats. Traduits en 40 langues, chacun des deux tomes de l'ouvrage s'est vendu depuis à plus d'un million d'exemplaires.

Mais Beauvoir, coiffure en chignon surmontée d'un éternel turban, voulait d'abord être un grand écrivain. Elle obtient le prix Goncourt en 1951 avec "Les mandarins" et devient alors l'un des auteurs français les plus lus. Sa veine autobiographique, avec "Mémoires d'une jeune fille rangée" (1958), dans lequel elle décrit les préjugés de son milieu bourgeois et ses efforts pour s'en sortir, fait d'elle une figure centrale de la vie intellectuelle.

Une aura qu'elle met à profit pour dénoncer les tortures infligées aux femmes en Algérie et défendre jusqu'aux années 1970 le droit à l'avortement.

Après son décès, le 14 avril 1986, plusieurs ouvrages ont éclairé certains aspects de son parcours, notamment sa relation avec l'écrivain américain Nelson Algren, qui fut probablement la passion amoureuse de sa vie. Et 21 ans plus tard, son oeuvre résiste plutôt mieux que celle de Sartre, déjà passablement délaissée.

Quelques livres lui sont consacrés à l'occasion du 100e anniversaire de sa naissance. Notamment, "Beauvoir dans tous ses états" d'Ingrid Galster (Tallandier), "Castor de guerre" de Danielle Sallenave (Gallimard), "Simone de Beauvoir" d'Huguette Bouchardeau (Flammarion), "Simone de Beauvoir, Une femme de son siècle" de Marianne Stjepanovic-Pauly (Jasmin) et "Simone de Beauvoir. Le goût d'une vie" de Jean-Luc Moreau (Ecritures). Plusieurs de ses écrits sont également réédités, notamment dans la collection Folio.

(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 9 janvier 2008, 08h04)

Le début de ce centenaire de la naissance de Simone de Beauvoir aurait pû fort bien se passer, si une petite polémique, assez ridicule, n'avait éclaté dès le début de l'année, autour une couverture, un brin racoleuse il est vrai, du magazine Le Nouvel Observateur...


Les Chiennes de garde contre le Nouvel Observateur

L'association anti-sexiste les Chiennes de garde a protesté vendredi 11 janvier à Paris contre une couverture du Nouvel Observateur montrant Simone de Beauvoir nue, réclamant au directeur Jean Daniel soit de "s'excuser" soit de "montrer ses fesses", a constaté une journaliste de l'AFP.
Une dizaine de membres de l'association, portant des masques de chiens, se sont rassemblés devant le siège de l'hebdomadaire, rebaptisé dans un tract Le Nouveau Voyeur.
A l'occasion du centenaire de la naissance de la philosophe, Le Nouvel Observateur avait, le 3 janvier, publié, en Une, une photo de Simone de Beauvoir nue et de dos, sous le titre "La scandaleuse".
Sous l'oeil de quelques salariés, les Chiennes de garde ont brandi des pancartes réclamant que le même traitement soit appliqué à des philosophes masculins ou au directeur du Nouvel Observateur : "on veut voir les fesses de Sartre", "on veut voir les fesses d'Aron", "on veut voir les fesses de Levinas", "on veut voir les fesses de Jean Daniel"...
"Nous protestons contre l'utilisation du corps de Simone de Beauvoir pour célébrer sa pensée. Nous trouvons cela sexiste", a déclaré à l'AFP Florence Montreynaud, "cheffe de meute" des Chiennes de garde.
Une délégation du collectif a été reçue par les directeurs de la rédaction, Guillaume Malaurie et Michel Labro.
"Ils assument complètement leur choix et ne font pas d'excuses", a indiqué Florence Montreynaud, assurant que plusieurs salariés avaient "remercié" la délégation pour son action.
"On a trouvé tout de suite que cette photo avait un côté malicieux et moderne et qu'elle nous faisait mieux vivre Simone de Beauvoir que bien d'autres documents plus austères, plus classiques", a déclaré Michel Labro à l'AFP. Selon lui, la philosophe "a su brusquer la société de son temps, se bagarrer contre les conformismes".
"On n'est ni sexiste ni machiste et on n'a absolument pas voulu donner une image dégradée de la femme, ni de Simone de Beauvoir", a-t-il ajouté.

(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], reprise par le site du Nouvel Observateur, NouvelObs.com, 15 janvier 2008, 18h12) 9 janvier 2008, 08h04)

La seule chose que je reprocherais, pour ma part, au Nouvel Observateur, c'est d'avoir visiblement retouché la photographie originale de Simone de Beauvoir, prise par Art Shay à Chicago, en 1952, et de l'avoir ainsi mise en couverture, au lieu de simplement la reproduire telle quelle sur une des pages intérieures, au milieu d'autres photographies, plus conventionnelles, de la femme de lettres. Je n'ai pas acheté ce numéro de ce magazine, que je ne lis que rarement. Une telle image de Beauvoir dans le plus simple appareil peut, bien évidemment, inciter le public masculin à acheter un exemplaire dudit magazine, mais aurait-ce été un argument suffisant pour effectuer cet achat quand la fameuse couverture annonçait, en marge de la photographie controversée, la présence, dans ce numéro du Nouvel Observateur, des avis d'Arielle Dombasle, Michel Drucker ou Philippe Sollers sur Simone de Beauvoir ? Assurément pas, en ce qui me concerne...

Ce polémique, sans doute déjà presque oubliée - mais j'aime bien intervenir à contre-temps dans ce genre de "débat" -, aura au moins été l'occasion pour moi de recommender quelques lectures... Parmis les nombreux écrits de Simone de Beauvoir, je conseille donc la lecture de deux livres : d'une part, Tous les hommes sont mortels
(1946), roman très intéressant, consacrée au thème de l'immortalité - tout est dans le quatrième de couverture : ""Si l'on nous offrait l'immortalité sur la terre, qui est-ce qui accepterait ce triste présent ?" demande Jean-Jacques Rousseau dans l'Emile. Ce livre est l'histoire d'un homme qui a accepté." -, et d'autre part, Une mort très douce (1964), court récit autobiographique décrivant les derniers moments que Simone de Beauvoir vécut auprès de sa mère mourante, et qui, selon Sartre, est son meilleur livre. Ces deux livres sont publiés en format de poche chez Gallimard, dans la collection "Folio", que l'on ne présente plus...

Passons maintenant, sans plus tarder, à l'autre grande nouvelle de l'actualité culturelle francophone de ce début d'année : le décès du chanteur Carlos, survenu jeudi dernier, 17 janvier.

Mort du chanteur Carlos

Le chanteur Carlos, figure de la chanson d'humour française et fils de la pédopsychiatre Françoise Dolto, est mort jeudi matin à Paris à l'âge de 64 ans des suites d'un cancer, a-t-on appris auprès de sa soeur Catherine Dolto-Tolitch.

"Carlos est décédé ce matin à 09h45 à l'hôpital Beaujon", à Clichy (Hauts-de-Seine), a-t-elle précisé à l'AFP.

"Il a été très courageux", a souligné sa soeur.

Mme Dolto-Tolitch a indiqué que les obsèques de Carlos auraient lieu "sans doute mardi", sans autre précision.

"Carlos n'était pas seulement un ami, c'était mon grand frère. C'était un ami merveilleux, toujours gai, joyeux", a dit Sylivie Vartan à l'AFP.

Johnny Hallyday a confié sur RTL qu'il perdait son "frère", son "confident" et son "meilleur ami". "C'était mon frère. C'est une catastrophe (...). La vie est trop con", a déclaré Johnny Hallyday d'une voix émue.

"Carlos, on se connaît depuis qu'on a l'âge de 14 ans, on a à peu près le même âge tous les deux (64 ans, ndlr). C'est vrai qu'il était malade, il avait ce cancer du foie depuis quelques années maintenant. Mais il se soignait, je pensais vraiment qu'il allait s'en sortir", a ajouté le chanteur.

Carlos était une figure de la chanson française, qu'il a égayée avec son style rigolo et son apparence débonnaire.

Barbe fleurie, silhouette de bon vivant enveloppée dans des chemises à fleurs et des salopettes amples, il a enchaîné les tubes populaires et rigolos dans les années 70/80, parmi lesquels "Tout nu, tout bronzé" (1973), "Rosalie" (1978), "Papayou" (1983), "T'as l'bonjour d'Albert" (1985) ou "Le tirelipimpon" (1989).

Né Jean-Chrysostome Dolto le 20 février 1943, de Françoise Dolto, la célèbre pédiatre et psychanalyste, et d'un père russe, Boris Dolto, il anime à l'adolescence les soirées de l'Ambiance dans le quartier de Notre-Dame où il rencontre les frères Drucker, Michel et Jean, en 1957.

Deux ans plus tard, sa route croise au Caveau de la Montagne celle du couple Hallyday et Vartan qu'il accompagnera partout entre 1962 et 1972. Diplômé de l'école de kinésithérapie fondée par son père, il opte définitivement pour le show-biz en 1962, en remplaçant au pied levé Lucien Morisse à Europe 1.

Au début de la décennie 70, il troque les chemises et polos stricts des années "mods" pour des liquettes bariolées d'éternel campeur.

Infatigable chanteur, il multiplie les galas-camping - pour ses débuts, pas moins de 95 avec la caravane du tour de France en 1972 - et pendant 18 étés, de 1988 à 2005, 580 podiums pour la radio de ses débuts, Europe 1.

Il enchaîne aussi les disques d'or: "Y a des Indiens partout" en 1970, "La cantine" en 1972 et "Señor Météo" en 1975.

Après le succès du "Big Bisou" (composé par son ami Joe Dassin) en 1977, sa carrière de chanteur s'essouffle. Deux ans plus tard, longue parenthèse alimentaire - 11 ans - avec les tournages d'une série de spots publicitaires pour une boisson.

Il se marie en 1978 mais il n'aura pas d'enfant.

En 1988, la psychanalyse est en deuil : Carlos dit adieu à sa mère. Il parraine par ailleurs un parc d'attraction, Mirapolis, où il se produit pendant quatre mois.

Sous toutes les latitudes, il se met aussi à la pêche au gros et au documentaire. A la fin des années 80, il profite de l'explosion du paysage audiovisuel français pour y imposer sur les chaines câblées Odyssée et Voyage ses films tournés à Madagascar, Tahiti ou Saint-Martin.

"Plus de la moitié est consacrée à la pêche proprement dite, le reste à la fête et au plaisir, qu'il s'agisse de la bouffe, de la musique ou de la danse", expliquait-il à l'AFP en 1999.

Ce gros garçon jovial et bon vivant a publié une autobiographie, "Je m'appelle Carlos" (1996), et deux recueils d'histoires drôles (1997).

Carlos faisait partie des artistes qui avaient soutenu Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle.


(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 17 janvier 2008, 16h26)

Sans surprise, le jour même du décès du chanteur de "Big Bisou", de "Papayou" et du "Tirelipimpon", Sarkozy de Nagy-Bocsa n'a pas manqué de se joindre aux nombreux hommages à la mémoire du disparu :

"C'est avec tristesse que je viens d'apprendre la nouvelle du décès de Carlos. Fils de Françoise Dolto, il avait choisi d'être un chanteur populaire et les Français l'aimaient beaucoup. Il était aussi devenu une vedette de la télévision grâce aux émissions « numéro un » de Maritie et Gilbert Carpentier, et à la radio grâce aux « Grosses têtes » de Philippe Bouvard. Ses nombreux succès connus de tous, son sens de l'humour, sa bonne humeur légendaire, sa grande gentillesse et sa silhouette inimitable resteront dans les mémoires. Je m'associe au chagrin de sa famille et particulièrement à celui de sa soeur Catherine Dolto-Tolich."

(Hommage de Sarkozy de Nagy-Bocsa, Président de la République, à Carlos, 17 janvier 2008, 15h02)

L'actuel chef de l'Etat a tout-de-même omis de rappeler, dans son message d'hommage, le soutien que Carlos lui avait apporté durant la dernière campagne électorale présidentielle, en étant notamment présent, le 29 avril 2007, à la grande réunion publique - pleine de célébrités - du candidat Sarkozy à Bercy, entre les deux tours de l'élection à la plus haute charge de l'Etat... Mais celà n'est finalement pas très grave, car, après tout, Carlos était un grand ami de Jean-Philippe Smet, alias Johnny Hallyday, bien connu pour son chiraquisme et surtout maintenant pour son sarkozysme que l'on sait désintéressé : pourquoi Carlos ne se serait-il pas engagé en faveur d'un candidat ayant déjà le soutien inconditionnel de son meilleur ami, quand on sait à quel point ses relations avec la politique étaient plutôt superficielles, du moins officiellement ?

Il serait, du reste, bien réducteur de résumer ainsi la vie et l'oeuvre de Carlos à son engagement sarkozyste. Carlos, de son vrai nom Yvan-Chrysostome Dolto
, était le fils de la psychanalyste Françoise Dolto, dont je recommande L'Evangile au risque de la psychanalyse (1977), recueil d'entretiens avec son collègue psychanalyste Gérard Séverin, publié en deux tomes dans la collection de poche "Points" des éditions du Seuil, en 1980 et 1982. Mais Carlos n'était pas que le fils de Françoise Dolto. Carlos, c'est d'abord un physique, mais aussi de nombreuses chansons, des blagues encore plus nombreuses, des films, une longue carrière de saltimbanque... Carlos, c'est toute une époque, celle des années 1970 et 1980, celle des années 1990 même, bref, un pan entier de la culture populaire française... Avis aux incrédules : ceux qui n'appartiennent pas à la génération Giscard et à la génération Mitterrand, celles nées dans les années 1973-1983 - avant le fameux "tournant de la rigueur" du gouvernement Fabius -, ne peuvent pas comprendre non seulement ce qu'a pû être la douceur de vivre, mais surtout combien le chanteur Carlos a marqué l'inconscient collectif en son temps, notamment celui des plus jeunes... Oui, en vérité, je vous le dis, avec Carlos, c'est une part importante du patrimoine culturel populaire français qui disparait... Qu'on se le dise ! Après, bien évidemment, personne n'est obligé d'apprécier la totalité des interprétations et des écrits dudit Carlos... et c'est tant mieux !

Alors, cependant, à l'heure du bilan, que peut-on retenir de l'oeuvre de Carlos ? En fait, celà dépends des goûts de chacun...
Ses chansons ? Sans doute... qui ne les connait ?
Ses blagues ? Assurément, elles ont marquées toute une époque, au point d'avoir fait l'objet de deux recueils... Citons-en quelques-unes, pour mémoire :

- Dans une classe de 6eme, il y a un Noir et un Blanc. Lequel a le plus gros sexe ?
- Le Noir, parce qu'il a 36 ans...

- Quel est la différence entre une chauve-souris et un Arabe ?
- Aucune. Ils dorment le jour et volent la nuit...

- Qu'est-ce qui sépare l'homme de l'animal ?
- La Méditerannée...

Et enfin, ma blague de Carlos préférée, entendue aux "Grosses Têtes" quand j'étais gamin - du temps où cette émission radiophonique (diffusée encore aujourd'hui sur la radio RTL) était également télévisée (diffusée alors sur TF1, comme il se doit) -, et qui m'a profondément marqué - la blague, pas l'émission - :

- Comment appelle-t-on un boomerang qui ne revient pas ?
- Un cintre.

Cette dernière blague, sensiblement moins raciste que les autres, et vrai souvenir d'enfance, a beaucoup plu, en privé, à l'alias Dante, commentateur régulier du présent blog... Je suis heureux de lui avoir ainsi fait partager un part de cet univers si particulier qu'est celui des blagues de Carlos...


Mais, pour ma part, ce que je retiendrais surtout de l'oeuvre de Carlos, c'est autre chose. Car pour moi, les meilleures prestations de Carlos se trouvent dans les nombreux films publicitaires dans lesquels il a venté - pendant 11 ans - un produit inoubliable : Oasis, la fameuse boisson aux fruits mise sur le marché en 1966 par la Société des eaux de Volvic, créé en 1958 par le groupe Sellier Leblanc - passé sous le contrôle du groupe Perrier en 1984 -, qui est resté propriétaire de la marque Oasis jusqu'en 1990.
Les films publicitaires de l'agence Bélier à la gloire de cette boisson, dans lesquels a officié Carlos, témoignent des qualités d'interprétation de cet artiste hors-normes. Comment les oublier ? Carlos a su, dès 1978-1980, vendre les bouteilles d'Oasis comme personne, incarnant par exemple, vers 1978, un capitaine de marine réfugié sur un radeau qui découvre, ébahi, dans une île paradisiaque, une population indigène dont la joie et le bien-être sont entretenus grâce à ce précieux breuvage qu'est la boisson Oasis, puis en interprétant, entre autres exemples, en 1982, le personnage d'un aviateur égaré dans la jungle avec un gamin et une bouteille d'Oasis, et qui réussit à amadouer des indigènes hostiles grâce à la fameuse boisson aux fruits... Le tout avec des dialogues et slogans inoubliables : "Oasis, Oasis, Oh ! Oasis, Oasis, Ooooh ! Oasis, Oasis, Aaaah ! Oasis, Oasis, Ooooh !", "Qu'est-ce que tu bois Doudou dis donc ?", "Oasis, Oasis, c'est beau, c'est bon", "Oasis, Oasis, tout le monde en boit, Oasis, Oasis, tout le monde aime ça", etc.
 

Dans les dernières années d'activité de Carlos au service d'Oasis, vers 1988, le slogan principal des films publicitaires de la marque était devenu "Quand je dis Oasis, c'est Oasis ! Mmm ?" Bref, c'était toute une époque... bien révolue aujourd'hui, d'ailleurs... Assurément, tout celà ne nous rajeunit pas...

Dans un autre registre, on se souviendra aussi du déguisement de bébé que Carlos a porté en tant que témoin du fameux mariage bidon de Coluche et Thierry Le Luron, en septembre 1985, qui parodiait alors le très médiatisé mariage d'Yves Mourousi, présentateur vedette du journal télévisé de TF1 de l'époque. Carlos, chacun le reconnaitra, avait une grande capacité à ne pas se prendre au sérieux : qu'il en soit ici remercié, car c'est là une vraie qualité humaine...

Voilà, c'est tout. J'espère avoir satisfait, par le présent article, les demandes pressantes de certains de mes lecteurs... Libre à vous, maintenant, de faire la part de ce qui est sérieux et de ce qui ne l'est pas... ;-)

Cordialement, :-)

Hyarion, le démocrate anarcho-monarchiste.


(Illustrations : Simone de Beauvoir souriante, photographie anonyme, sans date, ©DR ; Simone de Beauvoir assise, photographie anonyme, sans date, ©DR ; Détail de la couverture du Nouvel Observateur N°2252, semaine du 3 janvier 2008 ; Simone de Beauvoir nue de dos, à Chicago, photographie d'Art Shay, 1952, ©DR ; Couverture du roman de Simone de Beauvoir Tous les hommes sont mortels, publié en format de poche chez "Folio" Gallimard ; Le chanteur Carlos, detail d'une photographie de l'agence de presse Reuters, sans date, ©Reuters/Archives/Philippe Wojazer ; Le chanteur Carlos en rappeur, photographie anonyme, sans date, ©DR ; Nicolas Sarkozy sur le perron de l'Elysée à Paris, le 7 janvier 2008, photographie de l'Agence France Presse, © Eric Feferberg/AFP ; Deux images extraites de deux films publicitaires pour la boisson Oasis, avec, de gauche à droite, Carlos en officier de marine [1978] et en aviateur [1982] ; Quatre images extraites d'un film publicitaire pour la boisson Oasis, avec Carlos [1988] ; Photographie anonyme du faux mariage de Coluche et Le Luron, avec, de haut en bas, Thierry Le Luron, Michel Colucci dit Coluche, et Carlos déguisé en bébé, le 25 septembre 1985, ©DR)
Par Hyarion
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Dimanche 20 avril 2008 7 20 04 2008 01:01
Il y a 200 ans, le 20 avril 1808, au coeur de la nuit, à Paris, 8 rue Cerruti - aujourd'hui, 17 rue Laffitte -, naissait le troisième fils d'Hortense et de Louis Bonaparte : Louis-Napoléon Bonaparte, futur premier président de la République française (de 1848 à 1852), et futur Empereur des Français sous le nom de Napoléon III (de 1852 à 1870).
De ce personnage historique, que j'ai beaucoup étudié durant mes études supérieures, j'ai déjà eu plusieurs fois l'occasion de parler, sur le présent blog. Au coeur de la nuit, j'y reviens une nouvelle fois - ce sera sans doute la dernière -, puisque le bicentenaire de la naissance du dernier Empereur des Français tombe aujourd'hui...
Ainsi que j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire, j'ai consacré, durant mes années de Licence et de Master, mes travaux de recherche universitaires à la vie politique française sous le Second Empire de Napoléon III, travaux de recherche qui ont été motivés, à l'origine, par la lecture - fort indigeste - des Châtiments de Victor Hugo, qui me fut imposée en terminale, il y a presque dix ans de celà (le recueil des Châtiments de Victor Hugo ayant fait partie dans les lycées du programme de première pour l'épreuve anticipée du baccalauréat de français en 1998-1999). Travailler à partir des sources avec le plus d'honnêteté et de sérieux possible, loin des propagandes et des préjugés de tous ordres : c'est ce que je me suis efforcé alors de faire, dans le cadre de ses recherches, qui ont d'abord été motivées par une volonté d'écarter d'un revers de main toute la propagande des adorateurs de Victor Hugo et la grille de lecture systémique des adorateurs de Karl Marx, pour essayer, comme bien d'autres avant moi, d'approcher la vérité historique au plus près, avec tout le recul critique nécessaire. En cela, j'espère avoir apporté une modeste petite pierre à l'édifice de la recherche sur l'histoire politique française du XIXe siècle.
Je ne suis pas un fanatique de Napoléon III, mais simplement un adepte de la recherche historique, la vraie, celle qui s'effectue honnêtement, avec une certaine distance critique et une étude attentive de l'ensemble des sources. Mais même dans ce contexte, il n'est pas facile d'être à ma place, sur le plan politique, étant un homme ayant majoritairement des idées de gauche, mais sans pour autant vénérer ni Hugo, ni Marx... Après avoir été au Mouvement Démocrate pendant quelques mois, je suis à présent au Parti Socialiste, et dans ces deux partis, comme je le craignais, je n'ai pas manqué de trouver des adorateurs de Victor Hugo, tout heureux de citer le "grand homme" à toutes les sauces, et de comparer Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa au Napoléon III caricatural grimé dans les Châtiments et les autres écrits haineux et outranciers que Hugo à consacré au neveu de Napoléon Ier... Cette situation est toujours relativement pénible pour moi, même si, aujourd'hui, je préfère ne pas y accorder autant d'importance que par le passé. Je constate, en ces temps peu glorieux, tout le poids que la propagande bien-pensante, héritée de la IIIe République et d'une certaine tradition marxiste, occupe encore dans ce pays, tandis qu'en face, se dresse une droite sarkozyste non hostile à une récupération du personnage de Napoléon III, bien qu'une telle récupération, à mes yeux, ne puisse être qu'une souillure infligée au dernier empereur et souverain de France, mort en exil en Angleterre, en 1873... A ce propos, en décembre dernier, le président du conseil général des Alpes-Maritimes, le très sarkozyste Christian Estrosi, alors qu'il était encore secrétaire d'Etat à l'Outre-mer (poste gouvernemental dont il a démissionné le mois dernier, après avoir été élu maire de Nice), a voulu demander aux autorités britanniques le retour en France des cendres de Napoléon III, ce dernier étant inhumé dans une abbaye anglaise, à Farnborough. Estrosi voudrait que ce retour des cendres s'effectue lors de l'anniversaire, en 2010, du rattachement du comté de Nice à la France, réalisé sous Napoléon III, en 1860. J'espère, de tout coeur, que ce projet échouera. Que les cendres de Napoléon III reviennent en France, comme ce fut le cas pour celles de son oncle, Napoléon Ier, en 1840, je ne vois rien là que de très légitime dans l'absolu, mais il est absolument hors de question que cela s'apparente, de près ou de loin, à une récupération sarkozyste : ce serait une honte, aux yeux de l'histoire, et, du reste, cela ferait bien trop plaisir aux bien-pensants adorateurs de Victor Hugo, qui ne manqueraient pas de trouver dans l'évènement la justification de leurs fantasmes... Si les seuls à vouloir organiser le retour des cendres de Napoléon III sont des sarkozystes, je préfère encore que lesdites cendres restent en Angleterre...
Certains, depuis l'année dernière, persuadés que Nicolas Sarkozy est, ni plus ni moins, un nouveau Louis-Napoléon Bonaparte, travaillent actuellement à le démontrer. Je leur souhaite bien du courage pour arriver au bout de leur entreprise aussi veine que stupide. Ils s'inquiètent de savoir, s'il s'avère qu'on leur donne raison, s'il existera aussi un nouveau Victor Hugo... Par ma barbe, pour faire quoi ? S'autoproclamer à nouveau "conscience universelle de l'humanité", comme Hugo l'a fait en son temps dans son pamphlet Napoléon le Petit ? Pour donner ainsi bonne conscience aux vertueux bien-pensants adorateurs de Hugo ? Pour donner de la valeur à leur combat pathétique, qu'ils s'imaginent mener comme si nous vivions il y a 150 ans ? Quelle naïveté... et quelle vanité, surtout... Heureusement que la plupart des gens s'en moquent... et l'indifférence plus ou moins générale, pour une fois, me parait bien utile pour contrecarrer les combats d'arrière-garde de cette bien-pensance dans laquelle je ne me reconnaitrait jamais... n'en déplaise à certains, qui continuent à réciter bêtement, à l'adresse des sarkozystes, des vers des Châtiments en ce croyant malins, ou pire, vertueux... Mais laissons donc tout cela de côté... Je suis si fatigué de dénoncer tous ces excès partisans, après toutes ces années... De toute façon, il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre... Que les historiens continuent leur travail : les chiens aboient, la caravane passe, comme on dit... Du reste, tout en écrivant cet article, j'écoute la musique de Vangelis composée pour le film Blade Runner, de Ridley Scott (1982) : cela aide à prendre singulièrement du recul vis-à-vis de toutes ces histoires triviales de mélanges entre politique, histoire, mémoire et propagande...

Pour ce bicentenaire de la naissance de Napoléon III, je vous propose des extraits d'un des quelques livres parus sur Napoléon III à l'occasion de l'évènement : il s'agit de Napoléon III. Un Saint Simon à cheval de Éric Anceau, paru tout récemment, le mois dernier, aux éditions Tallandier. Éric Anceau, enseignant à l'université Paris-Sorbonne et à l'IEP de Paris, a mené, pour ce livre de 750 pages, quinze années de recherches dans des milliers d'ouvrages et d'archives inédites. Sur la quatrième de couverture de l'ouvrage, on peut lire ceci : "Fils de roi, neveu d'empereur, comploteur, prisonnier, proscrit, premier président de la République, dernier souverain régnant de notre histoire. Figure majeure du XIXe siècle, il en incarne l'esprit, la diversité, les contradictions : homme de réflexion et d'action, romantique et réaliste, autocrate et démocrate, autoritaire et libéral, réactionnaire et progressiste, fils de l'Église et de la Révolution, apôtre de la paix et fauteur de guerre. Complexe, il a longtemps été incompris, il suscite toujours passions et jugements contradictoires. Hugo le surnomma "Napoléon le Petit" le dépeignit comme un "nain immonde", alors que Pasteur considérait son règne comme l'un des plus glorieux de tous les temps. Qui était réellement Napoléon III ?"
Voici, à présent les extraits, tirés dans la dernière partie du livre, intitulée "En guise d'épilogue" :


    "Homme du passé et du présent, Napoléon III fut aussi un homme de l'avenir. "La tête de l'empereur Napoléon ressemble à une garenne, lança un jour lord Palmerston [Premier ministre britannique de l'époque] sur le mode de la raillerie ; les idées s'y reproduisent continuellement, comme des lapins." Indéniablement, l'empereur eut beaucoup d'idées dont toutes ne furent pas bonnes, mais dont certaines firent de lui un précurseur. Il sut mieux que les autres décrypter un monde complexe, prophétiser son évolution et chercher à en maîtriser le cours. Une grande partie du fossé qui le séparait des élites s'expliquait par le fait qu'il voyait souvent trop grand, trop loin et surtout trop vite pour elles. Ses détracteurs le présentaient comme un utopiste, alors qu'il était davantage qu'eux dans le sens de l'histoire. [...]
    N
apoléon III subit tant d'influences diverses et conduisit des actions dans des domaines si variés qu'il a toujours été facile de façonner de lui une image complaisante aux besoins d'une cause, à partir d'un choix orienté de ses propos et de ses actes. Ainsi, les totalitarismes du XXe siècle ont souvent été comparés au bonapartisme. Même recours au chef charismatique, même quête d'un lien direct et personnel d'ordre affectif entre celui-ci et les masses, même sacralisation du peuple souverain, même rejet du parlementarisme, même recherche de l'unité nationale, même souci de moderniser l'économie et d'améliorer le sort des plus pauvres, tout en respectant les hiérarchies en place, même praxis privilégiant le fait sur la doctrine, même culte de la patrie... Mais nous voyons aussi dans le bonapartisme du troisième Napoléon et dans sa pratique du pouvoir tout autant de différences avec ces mêmes totalitarismes : le rappel constant aux principes de 1789, le refus du parti unique, l'absence de tout État policier, ne serait-ce que par le défaut des moyens et par la subversion précoce du régime par les notables, la libéralisation progressive de ce même régime, une profonde xénophilie et une sympathie réelle pour le genre humain. Des parallèles audacieux furent pourtant esquissés entre le souverain français et le Duce, voire le Führer ou le Petit Père des peuples. Au moment précis où certains peignaient Napoléon III en empereur noir, brun ou rouge, d'autres faisaient de lui le père de la sécurité collective, de la relance de la consommation, de l'État providence, ou encore de l'Europe communautaire ! Briand, Keynes, Beveridge et Monnet ! Sous le prétexte que les expériences populistes de l'Amérique latine présentèrent, plus encore que les fascismes, de réelles analogies avec le bonapartisme, au point d'être qualifiées de "néo-bonapartistes" par des politilogues et des journalistes à leurs suites, certains se permirent de voir en l'Argentin Juan Domingo Perón ou dans le Brésilien Getúlio Vargas de "nouveaux Napoléon III". Dans les familles de la droite française, le gaullisme put être présenté, avec plus de raison, comme l'héritier du bonapartisme. De fait, les convergences sont indéniables entre le bonapartisme du troisième Napoléon et le gaullisme de De Gaulle. Il est en revanche plus hasardeux de risquer un parallèle entre les vies des deux chefs d'État et le "grand" Charles ne professa jamais une admiration immodérée pour son prédécesseur.
    Au jeu des comparaisons faciles, l'actuel président de la République Nicolas Sarkozy devient le nouveau Napoléon III. On relèvera certes comme l'historien britannique Sudhir Hazareesingh qu'"il est piquant de voir à quel point le discours du nouvel hôte de l'Élysée rappelle celui de Louis-Napoléon à l'aube du second Empire : on retrouve la même exaltation du thème bonapartiste du maintien de l'ordre, le même pragmatisme, accompagné du désir de dépasser les clivages politiques traditionnels, la même célébration du culte de la volonté, la même fascination pour la modernité, et surtout la même insistance sur la nécessaire reconquête d'un sentiment de fierté nationale". On ajoutera même, en vrac, une croyance en sa bonne étoile, une relation particulière au peuple français, une forme d'hyperactivité, une passion de la réforme, une volonté d'absorber tout l'exécutif au détriment des ministres, un rapport identique à la puissance dominante du moment, là l'Angleterre, ici les États-Unis, mélange de fascination, de sympathie et de volonté de dépassement, un sens certain de la formule... Tout est toujours dans tout et il n'est pas étonnant de trouver certaines similitudes à des pouvoirs forts et chez des personnalités affirmées. Là doivent s'arrêter les comparaisons. Napoléon III fut et demeure un être singulier. C'est bien par sa vie et par son oeuvre et non par des ressemblances plus ou moins pertinentes qu'il doit rester dans la mémoire collective de la nation française."

(Éric Anceau, Napoléon III. Un Saint Simon à cheval, Paris, Editions Tallandier, 2008, "En guise d'épilogue", Modernité et postérité, p.563-568)
 
Pour en savoir plus, lisez ce livre... A coup sûr, il vous changera de la relecture biblique des écrits de Victor Hugo et de Karl Marx, qu'il s'agisse des Châtiments, de Napoléon le petit, ou du 18 Brumaire de Louis Bonaparte...


Voila. J'en ai terminé sur ce sujet. A cette heure avancée de la nuit, il est grand-temps d'aller dormir... avec de la musique de Vangelis plein la tête... :-) Vous devriez essayer... Survoler musicalement les lumières de Los Angeles en 2019, cela vous change les idées... Détente assurée... ;-)

Amicalement, :-)

Hyarion.
 
(Illustrations : Portrait équestre de Napoléon III, huile sur toile [1858] par Alfred de Dreux, Paris, Musée de l'Armée ; Napoléon III, huile sur toile [1857] par Franz-Xaver Winterhalter, Compiègne, Musée du Second Empire, château de Compiègne ; Couverture de l'ouvrage de Éric Anceau, Napoléon III. Un Saint Simon à cheval, publié aux Editions Tallandier)
Par Hyarion
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Mardi 2 décembre 2008 2 02 12 2008 00:01
Les gens pleins de certitudes m'ont toujours laissés perplexes. Je n'aime pas l'attitude de ceux qui se permettent de proférer sur un ton assuré et péremptoire des prétendues "vérités évidentes", et qui, souvent, ne sont même pas capables d'envisager une seconde ni que leur avis puisse être sérieusement mis en doute, ni que eux-mêmes puissent éventuellement changer d'avis (même si par la suite, cela peut arriver, quite à se réfugier désormais dans la mauvaise foi pour légitimer un nouvel avis...). Il y a ceux qui sont pleins de certitudes simplement parce qu'ils pensent que les modestes expériences de leurs modestes vies les autorisent à avoir un avis, le plus souvent subjectif, sur certains sujets universels : "c'est comme ça, parce que je le dis". Avec eux, la certitude est au coin de la rue. La bêtise aussi, souvent, mais cela, ils en sont sans doute moins conscients...
Mais, entre nous, il y a pire. Il y a ceux qui semblent être incapables d'appréhender le monde et autrui autrement qu'en collant des étiquettes toutes faites sur tout ce qu'ils voient... Ces gens-là, incapables d'accepter la complexité du monde, se complaisent dans cette solution de facilité qui consiste à tout catégoriser, notamment les personnes, et surtout les personnes qu'ils ne connaissent pas. Les étiquettes convenues, celles renvoyant aux "clichés" les plus éculés, ils adorent ça. C'est pathétique, bien entendu, mais il faut croire qu'ils sont heureux ainsi, même si, pour rien au monde, je ne voudrais être à leur place.
Et puis, par ailleurs, il y a encore pire. Il y a ceux qui sont incapables d'appréhender les sociétés humaines sans avoir recours en permanence à des grilles de lecture désespérément systémiques. Ceux sont, par exemple, les apologistes du capitalisme et les apologistes du marxisme, pour qui, au fond, les hommes ne sont que des pions tout juste bons à rentrer dans les cases de leurs grilles de lecture toutes faites. Les systèmes qui prétendent tout expliquer et qui ne peuvent absolument pas être remis en cause selon ceux qui s'en réclament, j'ai horreur de ça. Voila pourquoi je ne suis ni capitaliste, ni marxiste. Et je ne parle même pas de l'obscurantisme religieux et du fanatisme : j'ai horreur des dogmes, qui, au fond, ne sont que des certitudes gravées dans un marbre sacré et, malheureusement, dans l'esprit de bien des hommes, certitudes d'autant plus dangereuses qu'elles imposent, par principe, la croyance et l'irrationnel dans la démarche universelle d'appréhension du monde. D'un autre côté, je suis également très perplexe vis-à-vis de ceux qui se prétendent athées : leurs discours pleins de certitudes sur la non-existence d'une divinité au-dessus des hommes me laissent dubitatifs. J'ai plus de compréhension pour les agnostiques, qui, eux, revendiquent sagement le fait de ne pas savoir si Dieu existe ou pas.
Bref, quel que soit le bout par lequel je prend le problème, le constat est toujours le même : je n'aime pas les apologistes de la certitude. "La seule certitude, c'est que rien n'est certain" : cette formule attribuée à Pline l'Ancien résonne souvent dans mon esprit, et d'autant plus fortement que le discours des gens pleins de certitudes se fait péremptoire en bien des occasions. Certains peuvent bien essayer de me catégoriser, de me coller des étiquettes convenues : ces tentatives de me maîtriser dans leur esprit, en tant que personne autre, me paraissent bien vaines, vu que je ne suis moi-même pas certain de ce que je suis. Du reste, pour ma part, s'il m'arrive, comme tout le monde, de catégoriser et de qualifier des personnes, je ne le fais, en général, que par pure commodité de language, afin que mon propos soit bien compris. Cela ne signifie pas que je sois bardé de certitudes catégoriques vis-à-vis de ce dont je parle, car je n'ai pas de leçons à donner et que mon point de vue ne peut guère échapper à la subjectivité. On me reproche parfois d'être un incorrigible relativiste. En fait, il m'arrive bien d'avoir quelques certitudes, quelques repères moraux et éthiques qui ne changent pas, mais cela ne m'empêche pas d'avoir des doutes sur beaucoup de sujets, quand tant d'autres n'en ont jamais, ce qui me dépasse. Les critiques qui me sont parfois faites à titre personnel, sur fond d'anti-intellectualisme, me laissent au mieux perplexe, au pire indifférent. Au fond, du reste, qui suis-je pour prétendre, moi-même, être un "intellectuel" ? Et qui sont ces gens pour prétendre savoir qui je suis et ce que je suis ? Ils prétendent avoir des certitudes et ainsi me catégoriser, tout en cachant (mal) une certaine malignité derrière un prétendu humour. Or, en réalité, ils ne savent rien. Rien du tout. Comme tout le monde. En général, personne ne sait rien. On croit juste savoir, mais en fait, on ne sait rien. Si chacun avait l'humilité de reconnaître chaque jour qu'il n'est qu'un être humain, faillible et imparfait, il y aurait peut-être un peu moins de certitudes imbéciles dans l'esprit des hommes. Si se poser des questions, c'est être un intellectuel, alors je le suis sans doute, mais presque tout le monde l'est également, et sont assurément "bien mal barrés" ceux qui ne le sont pas (lorsqu'ils n'ont pas a priori de handicap mental sévère) ! Je me pose des questions, et, de fait, je fais fonctionner mon esprit : tout homme le fait, et il n'est nul besoin de porter des lunettes ou d'être une encyclopédie vivante pour être un homme ! Après, cela dit, pourquoi vouloir se justifier ? Pourquoi, surtout, se justifier d'être un homme, d'avoir un esprit, et de s'en servir ? On le voit bien : nous arrivons ici aux limites de l'absurdité. Mais les jugements de valeur pleins de certitudes ne sont-ils pas eux-mêmes absurdes, surtout s'ils sont faits avec un vrai fond de sérieux ? Faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux : telle est toujours l'une de mes devises. J'accepte donc la critique, mais à condition qu'elle soit faite sérieusement et que l'auteur de la critique ne se prenne pas au sérieux. Le reste, tout le reste, qu'il s'agisse d'attaques gratuites sur le coup de je-ne-sais quel ressentiment sorti de nulle part, ou qu'il s'agisse de commentaires prétendument "humoristiques" et en réalité volontairement irrespectueux envers les personnes, tout cela, au fond, je m'en moque, car si je devais tenir compte des problèmes de constipation des uns et des autres, et des préjugés imbéciles de certains, je ne serais pas sorti de l'auberge...



Les chiens aboient et la caravane passe... Reprenons donc la route, et continuons à essayer d'appréhender le monde comme il va, en se posant des questions, toujours des questions... Ici, précisément, il est très souvent question de politique, mais il est aussi parfois également question de culture... La relecture récente d'un petit livre découvert il y a plusieurs années, lorsque j'étais encore au lycée, à savoir Les Grandes interrogations esthétiques de Bertrand Vergely (collection "Les Essentiels Milan", Toulouse, Editions Milan, 1999), me donne aujourd'hui l'occasion d'évoquer ici quelques questionnements esthétiques, sans toutefois avoir la prétention, bien entendu, d'être un spécialiste du sujet. Pour moi qui est toujours eu une certaine réticence (voire une réticence certaine) à parler en détail des choses que j'apprécie en matière artistique, c'est là sans doute l'occasion d'aller au-delà de la question du goût personnel, qui dicte souvent ma conduite et me pousse à ne pas vouloir, en général, trop discuter des oeuvres d'art que j'aime avec d'autres personnes, surtout si celles-ci n'aiment pas ce que j'aime et sont selon moi trop démonstratives vis-à-vis de leurs propres goûts qui, eux, ne sont pas forcément les miens... Essayons donc à présent, si c'est possible, de dépasser tout cela, au moins le temps d'un article...
Dès l'introduction de son petit ouvrage d'une soixantaine de pages, le professeur de philosophie Bertrand Vergely présente ainsi les choses : "Dès lors qu'il est question d'art ou d'esthétique, il n'est pas rare d'entendre dire que l'art relèverait du luxe, luxe qui trouve sa place une fois que l'on possède le nécessaire. Ou, encore, que le beau serait une affaire de goût personnel, dont il est inutile de discuter, puisque jamais on ne parviendra à se mettre d'accord à son sujet. / Sans prétendre épuiser un débat aussi vaste, cet ouvrage voudrait pouvoir montrer que de tels jugements n'ont aucune raison d'être. / L'art n'est pas un luxe et ne renvoie pas à l'agréable que l'on surajoute à l'utile afin de faire, comme on dit, simplement « joli ». Car l'art est essentiel. / « Avoir l'art de faire quelque-chose », c'est avoir la manière dans ce que l'on fait, en élevant ainsi la vie au-dessus de la grossièreté et de la brutalité. Une autre vie est possible qu'une vie grossière et brutale. L'art est là pour nous l'apprendre. Quant au beau, il n'est pas sûr qu'il soit si relatif que cela. Il nous est arrivé à tous de communier en silence dans la beauté de la nature, d'un tableau ou d'un morceau de musique. Chacun, sans doute, a ressenti des choses différentes, mais tout le monde a ressenti en même temps quelque chose. Si bien qu'il est erroné de dire que le beau renvoie à un sentiment propre à chacun. Il est au contraire ce qui nous réunit et nous fait communiquer les uns avec les autres. [...]"
Les questions abordées dans le livre de Vergely sont nombreuses : Qu'est-ce qui est beau ? Qu'est-ce qui est laid ? Des goûts et des couleurs on ne discute pas ? Qu'est-ce qui nous autorise à dire : "C'est vulgaire" ? Peut-on vraiment réduire le sublime à la sublimation ? Le grotesque est-il forcément ridicule ? Le fantastique est-il toujours imaginaire ? La vie quotidienne est-elle vraiment banale ? L'art n'a-t-il vraiment rien à voir avec le sacré ? La vie est-elle un roman ? Peut-on parler d'un théâtre du monde ? Un coucher de soleil peut-il être poétique ? La musique adoucit-elle les moeurs ? Danse-t-on sa vie quand on danse ? Qui chante quand je chante ? La peinture est-elle une affaire de beauté ? Le sculpteur donne-t-il forme à la matière ? Que construit l'architecte quand il construit une maison ? Pourquoi le cinéma est-il un art ? À quoi sert l'art ? L'art imite-t-il la nature ? L'art est-il un langage ? Y a-t-il un progrès de l'art ? Est-il vrai que l'art est mort ? Est-ce le style qui fait l'homme ? Qu'est-ce que la modernité ? L'artiste est-il le philosophe de l'avenir ?
Evoquer ici en détail toutes ces questions serait évidemment trop long et ce n'est donc pas possible (on me reproche bien assez, du reste, la longueur de mes articles !). Je me contenterai donc d'évoquer ici brièvement certains éléments de réflexion, autour de quelques-unes des questions posées, en espérant que lesdits éléments susciteront quelque intérêt chez mes lecteurs...


Qu'est-ce qui est beau ? Première question posée par l'auteur, c'est sans doute la plus fondamentale des grandes interrogations esthétiques. Ainsi que l'écrit Vergely, "le beau s'éprouve plus qu'il ne se prouve." Cependant, ajoute l'auteur, "est-ce une raison pour le relativiser et le réduire ainsi à une simple impression subjective ?" Vergely insiste sur le fait qu'il ne faut pas confondre le beau et l'agréable : "Ainsi que l'a montré Kant (1724-1804), l'agréable est subjectif. Car il est une affaire de goût purement sensible. [...] Avec le beau, il en va autrement. Quand on dit : « C'est beau », on prononce un jugement. On ne se contente pas de sentir, on règle son rapport à quelque chose de senti, en reliant ce qui est ainsi senti à une pensée. On cherche, autrement dit, à souligner que ce qui est ainsi sensible n'est pas simplement sensible, mais porteur d'une pensée et d'un sens dépassant le sensible. [...] Un paysage, une musique, un poème nous laissent songeurs. Ils nous ont fait sentir qu'il y a quelque chose dans la vie de plus fort que le simple plaisir de vivre. La vie a une âme. Elle n'est pas que matière. Et cette âme est la profondeur de la vie. Voilà ce que le beau signifie. Il nous éveille à notre propre âme en nous révélant que nous pouvons être plus qu'un corps. En ce sens, le beau n'est pas une affaire de subjectivité au sens banal du terme. Témoin le fait que nous pouvons être plusieurs à le ressentir en même temps [par exemple lors d'un concert]." Ainsi, "le beau n'est pas relatif. Il est au contraire rapport à l'absolu sous la forme de l'esprit qui donne une âme et une vie à la réalité."


Des goûts et des couleurs on ne discute pas ? Selon l'auteur, la sensibilité est le "fait de vivre, d'éprouver d'une façon sensible et charnelle la réalité des choses. De cette passivité qu'est le sensible, la sensibilité a l'art de faire une activité." Or, nous avons tous une sensibilité différente, notamment en matière artistique. Par exemple, qu'est-ce qui fait que, personnellement, je suis plus attiré par la peinture que par la sculpture ? Qu'est-ce qui fait que je préfère lire des oeuvres de Jules Verne, de J.R.R. Tolkien et de Robert E. Howard, plutôt que des oeuvres d'écrivains contemporains à la mode ou célébrés par les jurys de prix littéraires ? Qu'est-ce qui fait que j'aime beaucoup les tableaux figuratifs de Jean Auguste Dominique Ingres et de Salvador Dalí, peintres géniaux à mes yeux, alors que par ailleurs les oeuvres de la plupart des peintres abstraits ne m'attirent pas et me laissent en général indifférent ? Qu'est-ce qui fait que je préfère les gravures de Gustave Doré aux illustrations faites à l'ordinateur de beaucoup d'illustrateurs d'aujourd'hui ? Qu'est-ce qui fait que j'aime la musique classique et la musique symphonique de cinéma, et que je n'aime pas du tout d'autres types de musiques censés être moins "élitistes" ? Qu'est-ce qui fait que je préfère la musique rock des années 1965-1980 à beaucoup de ce qui a suivi par la suite dans ce domaine ? Qu'est-ce qui fait que j'aime certains films de cinéma, et pas d'autres ? Tout cela est d'abord, sans doute, une question de goût personnel. On ne peut nier que, de façon générale, notre rapport à l'art est d'abord le fruit d'une rencontre personnelle et sensible. Ainsi, nous avons tous nos goûts, et donc notre originalité en matière d'appréciation artistique ou esthétique.
Mais on n'est pas obligé d'en rester là. Selon l'auteur, "par respect démocratique, on dit qu'il ne faut pas discuter les goûts de chacun. Mais de quoi parlerait-on si on cessait de discuter de nos goûts ? [...] On pense souvent que, chacun ayant une sensibilité différente, le goût ne se discute pas et que vouloir imposer ses goûts est le fait d'une attitude autoritaire. Ce qui est une double erreur. S'il y a quelque chose qui nous unit au lieu de nous séparer, c'est bien la sensibilité. [...] Si la sensibilité était si particulière à chacun que cela, il serait proprement inexplicable que nous puissions nous communiquer les uns aux autres ce qui captive nos sens et enchante nos âmes, et les artistes comme les artisans de notre bien-être quotidien ne prendraient pas la peine de créer comme ils le font. En outre, heureusement que l'on discute des goûts et des couleurs. N'est-ce pas parce qu'un jour quelqu'un de notre entourage nous a critiqués sur nos goûts que nous avons appris à affiner ceux-ci ? Et n'est-ce pas parce qu'il nous est arrivé de discuter avec quelqu'un qui savait goûter la musique ou la peinture, que nous avons changé notre regard sur telle oeuvre, en y découvrant quantité d'aspects cachés que nous ne soupçonnions pas ?" Vergely considère ainsi que "le goût consiste à mettre son originalité au service de l'harmonie afin de donner de la vie et de la saveur à la vie sociale et à son ordre." Cependant, si le goût est "création sous la forme d'une rencontre entre l'originalité personnelle et le language d'une société", l'auteur convient que "parfois, le goût est détourné de son sens. On veut se l'approprier et en faire étalage. On a alors du goût sans goût. Sans finesse et sans délicatesse. Ou bien, on utilise un goût régnant ou une mode, afin d'intimider son entourage et ainsi s'imposer. Un tel abus entraîne une guerre autour du goût avec ses excès. Un conformisme en chasse un autre, avec parfois un usage de la provocation. C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre un autre sens possible de la phrase : « Des goûts et des couleurs on ne discute pas. » Ceux qui la prononcent s'en servent pour se protéger et imposer leurs provocations. En fait, il nous manque d'avoir la sagesse des penseurs médiévaux, qui ne discutaient pas du goût parce que, ne cherchant jamais à provoquer, ils ne cherchaient pas à imposer quoi que ce soit."



Le fantastique est-il toujours imaginaire ? Parce qu'il semble contredire le réel, le fantastique fait l'objet d'une interrogation particulière. Chez Vergely, le terme de "fantastique" doit être compris dans un sens très large : "le fantastique fait penser au fantasque, à l'imagination délirante. Ou bien il renvoie à cette partie de la littérature et du cinéma, par exemple, qui mêle préhistoire et futur, hommes et créatures étranges venus d'autres temps ou d'autres planètes, évènements normaux et évènements paranormaux." L'auteur fait ainsi allusion, de façon générale, aux littératures de l'imaginaire, au genre fantastique proprement dit, mais aussi à la fantasy et à la science-fiction, tous ces genres littéraires ayant connu une transposition au cinéma. "Si l'on se laisse captiver par de telles histoires, on se dit intimement qu'on peut le faire sans risque, tant il nous semble aller de soi que ce monde n'a aucune réalité. Et si ce n'était pas le cas ? Et si le fantastique était plus réel qu'on ne le pense ?" Vergely considère le fantastique comme étant un "produit de l'imagination qui non seulement dépasse la réalité mais défie la réalité, en révélant parfois certains aspects étonnants et cachés de cette même réalité." Pour l'auteur, le fantastique se trouve représenté aussi bien par les littératures de l'imaginaire précédemment évoquées que par de grands mouvements artistiques tels que le baroque (auquel il rattache les tableaux d'Arcimboldo, bien que ce peintre soit en général considéré comme un représentant du maniérisme post-Renaissance de la deuxième moitié du XVIe siècle, qui précède le baroque), le romantisme et le surréalisme. "L'imaginaire, disait Bachelard (1884-1962), n'est pas la négation de la réalité, mais une façon de s'absenter du réel. Autrement dit, l'imaginaire est une autre façon d'être présent au monde sur le mode de l'absence, en révélant ainsi d'autres modes possibles de présence au monde. Il faut parfois sortir de l'homme et du monde afin d'y rentrer. C'est ce que signifie le fantastique qui permet de rendre l'homme étrange et de le faire ainsi communiquer avec l'infini. En ce sens, les baroques, les romantiques et les surréalistes sont les métaphysiciens du monde moderne. Ce sont les serviteurs modernes de l'infini." Ainsi, pour l'auteur, "le fantastique consiste à rendre l'homme étranger à lui-même afin de faire sortir de l'étrange la part d'infini qui s'y cache."


L'artiste est-il le philosophe de l'avenir ? Telle est l'ultime question posée par Vergely vers la fin de son livre. En son temps, Friedrich Nietzsche (1844-1900) a voulu faire du philosophe un artiste, d'où l'importance de l'art dans sa réflexion, l'art étant représenté par le dieu Dionysos, symbole de la sensibilité, par opposition à la science, représentée par le dieu Apollon, symbole de la raison. Il semble, aujourd'hui, qu'il y ait encore trop peu de place pour la sensibilité dans la réflexion philosophique du monde contemporain. Vergely fait cette remarque : "Face à une philosophie à qui il arrive d'oublier sa part de sensibilité, il convient de se demander si l'art n'est pas ce qui manque à la philosophie pour bien penser." Evoquant notamment les réflexions de Platon, de Kant et de Nietzsche, qui ont défendu la place du sensible et de l'art, l'auteur constate que, face au risque de voir la raison tomber dans une passion poussant à vouloir tout rationnaliser, la sensibilité a un côté régulateur, permettant de se garder de "bien des vertiges de la raison" et de redécouvrir "bien des étonnements" face au mystère de l'existence : "Nous vivons sous le règne d'une pensée avide de domination technique et politique qui nous fait honte de nos intuitions. Pourtant ce sont ces dernières qui contiennent notre génie." Si j'ai bien compris ce que l'auteur a voulu dire, pour bien penser, en prenant la vie au sérieux, nous avons besoin de la sensibilité, si caractéristique des artistes, l'art étant lié à la vie. Pour oser penser, il faut donc oser sentir, "vivre philosophiquement" se faisant toujours "en vivant avec art", qui est la seule façon de "vraiment vivre".


Je vous laisse méditer là-dessus, en espérant ne pas avoir été trop maladroit ou trop obscur dans mes propos. Pour aller plus loin, on pourra lire Le Banquet de Platon, La Poétique d'Aristote, Critique de la faculté de juger de Emmanuel Kant, La Naissance de la tragédie et Par-delà le bien et le mal de Friedrich Nietzsche. Mais la simple lecture du petit livre Les Grandes interrogations esthétiques de Bertrand Vergely a l'avantage d'être a priori nettement plus accessible au grand public que les grandes oeuvres philosophiques précédemment citées, auxquelles il peut, du reste, constituer une introduction.


Honnêtement, je ne sais pas si cet article vaut quelque-chose... Je n'ai jamais prétendu être un brillant "intellectuel". Mais bon, ça ne fait rien... Je l'ai tout de même mis en ligne. Après tout, j'ai passé l'âge de me prendre la tête pour si peu ! ;-)

Cordialement, :-)

Hyarion.

(Illustrations : Une odalisque, dite La Grande Odalisque, huile sur toile [1814] par Jean Auguste Dominique Ingres, Paris, Musée du Louvre ; La Source, huile sur toile [vers 1820-1856] par Jean Auguste Dominique Ingres, Paris, Musée d'Orsay ; Roger délivrant Angélique, huile sur toile [1819] par Jean Auguste Dominique Ingres, Paris, Musée du Louvre ; Apparition d'un visage et d'un compotier sur une plage, huile sur toile [1938] par Salvador Dalí, Hartford [Connecticut], The Wadsworth Atheneum ; Illustration des Aventures de Sindbad le marin, gravure de Gustave Doré [1832-1883] ; Le Bureaucrate moyen, huile sur toile [1930] par Salvador Dalí, St. Petersburg [Floride], The Salvador Dalí Museum ; Apparition du visage de l'Aphrodite de Cnide dans un paysage, huile sur toile [1981] par Salvador Dalí, Figueras, Teatre-Museu Dalí, Fundació Gala-Salvador Dalí ; Couverture de la première édition du livre Les Grandes interrogations esthétiques de Bertrand Vergely, publié aux Editions Milan en 1999)
Par Hyarion
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Mercredi 17 décembre 2008 3 17 12 2008 22:13
Vous souvenez-vous de Gérard Schivardi, chers lecteurs ? Cet ancien candidat à l'élection présidentielle de 2007, soutenu par le Parti des Travailleurs (trotskiste), se définissait, l'année dernière, comme "l'un des derniers vrais socialistes" (?!?!). Entre nous, encore aujourd'hui, je ne sais pas si c'était vraiment le cas, mais, par contre, depuis le temps que je m'occupe du présent blog, à défaut d'avoir identifié le dernier vrai socialiste (bien que je sois moi-même adhérent du PS, la mission me parait un peu compliquée ;-)...), j'ai eu l'occasion d'entrer en contact, en tant que blogueur, avec l'homme qui est peut-être le dernier des vrais marxistes... En cette fin d'année 2008, j'aimerai donc évoquer, le temps d'un article, celui qui me parait être un des blogueurs les plus originaux dans son genre, très iconoclaste vis-à-vis de l'extrême-gauche française telle que nous la connaissons, et qui est le seul blogueur marxiste satiriste que je connaisse : Jean-Louis Roche, auteur du blog "Le Prolétariat Universel" (http://proletariatuniversel.blogspot.com/).
Le premier contact a eu lieu pendant la campagne présidentielle de 2007, après que Jean-Louis Roche ait laissé un commentaire au bas d'un de mes articles de l'époque, daté du 29 avril 2007 et intitulé "Sarkozy de Nagy-Bocsa, alias Talonnette Ier..." (l'article en question semble, par ailleurs, apparemment toujours susciter un certain intérêt aujourd'hui...). "Pas du même bord que vous mais vous pouvez lire aussi mon blog" m'écrivait-il à l'époque. Le fait que je me définisse comme anarcho-monarchiste avait peut-être pu lui faire penser que j'étais une sorte d'"anarchiste de droite" à la manière d'un Léon Bloy... ce qui n'est pas mon cas. De plus, bien que m'étant toujours positionné à gauche sur l'échiquier politique français, j'ai commis l'erreur d'adhérer au MoDem pendant quelques mois, par anti-sarkozysme (c'était mon premier véritable engagement politique : tout le monde peut se tromper, non ?)... ce qui n'a pas sans doute pas amélioré mon image aux yeux de Jean-Louis Roche. Depuis mars 2008, je suis adhérent du Parti Socialiste, et je reste, aujourd'hui plus que jamais, positionné à gauche, résolument anti-sarkozyste et forcément opposé à la droite au pouvoir. Mais pour le camarade Jean-Louis, je me doute que cela ne suffit pas pour que je sois du même bord que lui, puisque ce qui compte à ses yeux, ce n'est apparemment pas le clivage entre la gauche et la droite, mais bien plutôt le clivage entre le Prolétaire et le Bourgeois, et donc le combat à mort entre le capitalisme et le marxisme. Or, bien qu'étant positionné à gauche, je ne suis ni capitaliste, ni marxiste... d'où un problème persistant pour savoir de quel bord je me situe aux yeux de Jean-Louis, puisqu'il considère que le PS n'est qu'un parti bourgeois, au milieu d'autres partis bourgeois n'existant qu'à travers un système électoral qui est lui-même bourgeois.


Bien entendu, dire que, pour Jean-Louis Roche, le monde se divise en deux catégories, ceux qui incarnent le Bourgeois et ceux qui incarnent le Prolétaire, serait pour le moins caricatural, et on peut s'en rendre compte en lisant attentivement les articles de son blog, où l'humour satirique est, par ailleurs, souvent présent. Mais cela dit, la référence historique de l'engagement politique du camarade Jean-Louis est très claire : il se réclame du combat "du prolétariat" et de celui "du mouvement communiste de Babeuf à Lénine"... en passant par Marx, dont il est assurément un lecteur aussi fervent qu'attentif. Très critique cependant à l'égard des "héritiers du stalinisme et de son bâtard le trotskisme", Jean-Louis Roche n'hésite pas dénoncer l'escroquerie que représente, pour tout vrai marxiste, le parti trotskiste Lutte Ouvrière (LO) d'Arlette Laguiller et la mouvance trosko-guévariste LCR/NPA d'Alain Krivine et d'Olivier Besancenot, qu'il considèrent comme étant de pathétiques "groupes gauchistes institutionnels mis en vedette par les médias" et financés grâce au système électoral de l'"hypocrite démocratie bourgeoise". Jean-Louis, lui, ne croit pas aux élections, mais à la révolution, dont il énonce les conditions sur son blog :

"CONDITIONS DE LA FUTURE REVOLUTION

1. IL NE SUFFIT PAS QUE CEUX D'EN BAS NE VEUILLENT PLUS NI QUE CEUX D'EN HAUT NE PUISSENT PLUS, IL FAUT AUSSI QUE CEUX DU MILIEU NE SOIENT PLUS COMPLICES DE CEUX D'EN HAUT.

2. L'ETAT BOURGEOIS DOIT ETRE RENVERSE PAR UNE ACTION PARALYSANTE DU PROLETARIAT, EN UNE DUREE NON DETERMINEE, A LA SUITE DE GREVES MASSIVES ASPHYXIANT COMPLETEMENT L'ECONOMIE BOURGEOISE ET PAR LA PRISE D'ARMES (LA NOTION D'INSURRECTION A DES ALLURES DE WESTERN INADEQUAT AU BOULEVERSEMENT, ENCORE VIOLENT, NECESSAIREMENT PLUS VASTE ET ETENDU DANS LE TEMPS QU'UNE SIMPLE PRISE DU PALAIS D'HIVER).

3. LE DEMI-ETAT TEMPORAIRE , SIMPLE BUREAU DE STATISTIQUES, EST SOUS LE CONTROLE ARME DES CONSEILS OUVRIERS. DISSOLUTION DES CORPS ARMES MERCENAIRES DE L'ANCIEN REGIME. SYNDICATS ET PARTIS POLITIQUES BOURGEOIS SONT INTERDITS.

4. MESURES ECONOMIQUES D'AIDE AUX PLUS DEFAVORISES RAPIDEMENT MISES EN PLACE ET REPARTITION SELON LES BESOINS VITAUX ET HUMAINS POUR EVITER TOUTE GUERRE CIVILE.

5. SUPPRESSION DE TOUTES LES HIERARCHIES ET DES DIVERS SYSTEMES DE RECOMPENSE, QUI FAVORISENT LA COMPETITION MARCHANDE ET L'ARRIVISME.

6. LA PETITE BOURGEOISIE N'OCCUPE PAS LA PLACE DIRIGEANTE DE LA REVOLUTION, LES PROLETAIRES DOIVENT VEILLER A RESTER MAJORITAIRES DANS LES ORGANES DE DECISION.

7. AUCUN PARTI NE PEUT S'ARROGER DE DECIDER A LA PLACE DES ORGANISMES DE MASSE DU PROLETARIAT.

8. LA REVOLUTION EST UN APPEL PERMANENT A LA RESPONSABILITE DU PROLETARIAT DE TOUS LES PAYS, IL N'Y A DONC NI GUERRE DEFENSIVE NI SOIT DISANT "GUERRE REVOLUTIONNAIRE" A MENER.

9. LES DESACCORDS ENTRE FRACTIONS DU PROLETARIAT OU FACE AUX COUCHES MECONTENTES DES CLASSES MOYENNES NE PEUVENT EN AUCUN CAS SE REGLER PAR UNE VIOLENCE ETATIQUE OU MILITAIRE.

10. LE BUT PERMANENT DE LA PERIODE DE TRANSITION EST DE MODIFIER RADICALEMENT LE MODE DE PRODUCTION ET DE DISTRIBUTION AFIN DE PARVENIR A L'EMANCIPATION DE L'HUMANITE, DITE PHASE DEUX DU COMMUNISME."


Après avoir énoncé les conditions de la future Révolution, Jean-Louis Roche prend heureusement soin de préciser que "ce programme précis d'insurrection totale reste à analyser, discuter et préciser"... Mais le principe de base n'en semble pas moins être très clair : entre le capitalisme et le marxisme, il faut choisir ! Mais comment pourrai-je choisir alors que je ne suis ni capitaliste, ni marxiste ? Le 4 février dernier, après avoir hésité un moment, j'ai fini par laisser un commentaire relatif à cette question au bas d'un des articles du blog de Jean-Louis, et quelques jours plus tard, le 10 février, ledit Jean-Louis m'a rédigé une longue réponse, sous la forme d'un article, que je me permets de reproduire ici :


"NO LIMIT

Tous les commentaires sont les bienvenus sur ce blog. Hélas si on peut voir de nombreuses connections depuis quelques mois, peu se risquent à émettre leur avis ou restent cachés. C’est pas beau le voyeurisme idéologique ! La pensée consciente n’existe pourtant que dans le dialogue, la confrontation des points de vue et je n’ai pas vocation à prêcher dans le désert. Si cela devait perdurer, je finirai par conséquent par clore ce blog. Je remercie donc chaleureusement le bloggeur « démocrate anarcho-monarchiste » du courriel qu’il m’a fait parvenir :

« A parcourir votre blog - fort bien écrit par ailleurs -, après plusieurs mois d'absence, je me pose toujours la même question : pourquoi vouloir imposer aux gens de choisir entre capitalisme et marxisme ? S'agit-il donc de choisir entre le Bien et le Mal ? Je déteste, pour ma part, les approches désespérément systémiques que proposent ces deux "modèles". Avec les capitalistes, comme avec les marxistes, les gens ne sont que des pions, prisonniers de leur compte en banque ou de leur classe sociale. Ainsi, on les enferme dans des grilles de lecture qui ne sont pourtant que des créations de l'esprit humain. Pas d'alternative, donc, ni pour les uns, ni pour les autres. Les uns disent : "le pognon, c'est génial ! La Bourse, c'est formidable ! La spéculation, officiellement c'est pas bien, mais en réalité c'est merveilleux ! La loi de la jungle, ya que ça de vrai ! Premier arrivé, premier servi ! Et pas de pitié pour les perdants !". Les autres disent : "la lutte des classes explique TOUT ! Absolument TOUT ! Et tout doit être pensé à partir de cela ! Les "comités", les "cellules", les "partis prolétariens", y a que ça de vrai ! La Révolution ! La Révolution ! Et ceux qui ne sont pas avec nous sont forcément contre nous, car ils sont à la solde de la réaction !" Et il me semble que je caricature à peine...
Franchement, moi qui déteste le pognon tout autant que les dogmes, quand j'entends parler les uns et les autres, j'ai simplement envie de faire le choix... de ne pas choisir.
Je doute que vous puissiez arriver à me convaincre, mais je prendrais volontiers connaissance de vos arguments, si vous souhaitez me répondre...

Cordialement,

Hyarion, le démocrate anarcho-monarchiste.

PS : j’adore la blague de Toto étudiant. (4 février 2008)

Cher Hyarion,

Comme je vous l’ai déjà dit dans ma réponse immédiate et brève, je ne suis pas là pour vous convaincre. Je suis depuis longtemps vacciné contre le militantisme de caserne. Je ne suis pas un parti à moi tout seul, bien que parfois je donne l’impression de me prendre pour Mirabeau. Je m’efforce simplement de rester humain. Je ne puise pas ma conviction dans l’encre du révolté gauchiste et syndicaliste qui puise sa motivation dans la rage, la haine, l’envie et le ressentiment. Pas de pose rebelle ou arrogante de ma part, même si je me laisse parfois aller à l’insulte qui est l’arme du solitaire et de l’impuissant devant l’injustice du monde.

Venons-en à votre question : pourquoi vouloir imposer aux gens de choisir entre capitalisme et marxisme ?

D’emblée il me semble que vous faites fausse route, et j’ai envie de vous répliquer comme Marx que le problème est dans la question. Personne n’impose rien à personne en soi hormis dans les périodes électorales truquées de la bourgeoisie. Vous êtes libre (en Occident) de penser ce que vous voulez et cela ne dérange personne. A votre façon vous êtes néanmoins le produit humain d’une époque où il est légitime que les gens ne croient plus en rien et surtout ne se laissent plus abuser par les promesses de TOUS les partis et conciliabules politiques. Cependant ce rejet ou ce dégoût généralisé n’est pas signe à mon sens d’indifférence. Je ne sais si vous êtes étudiant, chômeur, ouvrier ou parasite quelconque, mais je puis vous dire que nous sommes tous impliqués, concernés et responsables de la situation sociale et économique dans laquelle nous nous trouvons. Immédiatement, à ce titre nous n’avons pas tous les mêmes motivations ni les mêmes besoins. Comme je l’affirme dans mon ouvrage « Dans quel ‘Etat’ est la révolution ? » - qui ne paraîtra certainement pas vu l’impéritie et la veulerie des éditeurs à qui je l’ai soumis – la société est partagée entre Etre et Avoir. Que vous le vouliez ou non, le monde capitaliste (c’est comme cela qu’il s’appelle) est dominé par la lutte pour le pouvoir, le paraître et l’AVOIR. Je peux comme vous dire, je ne veux pas choisir entre l’être et l’avoir. Or, indépendamment de nous, le monde actuel est dominé par le culte de l’avoir, et moi je ne veux pas avoir, je veux être. J’aime beaucoup la conclusion du dernier livre de Jean-Claude Michea : « Mais s’il advenait, malgré tout, que l’humanité perde son dernier combat et soit ainsi contrainte de céder la place aux machines post-humaines, dans le monde dévasté du libéralisme victorieux, il resterait encore une vérité ineffaçable. La richesse suprême, pour un être humain – et la clé de son bonheur – a toujours été l’accord avec soi-même. C’est un luxe que tous ceux qui consacrent leur bref passage sur terre à dominer et exploiter leurs semblables ne connaîtront jamais. Quand bien même l’avenir leur appartiendrait » (cf. L’empire du moindre mal, ed. Climats).

Le bourgeois (car il existe vous en convenez ?) n’est pas conscient, il veut jouir, jouir de son pouvoir, de ses esclaves, de ses biens, de ses distractions. Toujours plus ! Le prolétaire et le petit bourgeois sont eux-mêmes contaminés par temps morose par la même envie au rabais. On voit donc que le monde ne se divise pas entre le bien et le mal, le péché et l’abstinence. Le désir d’AVOIR règne sur ce monde dans toutes ses acceptions : vaincre, baiser, posséder, écraser l’autre, le tuer, etc.

Or, depuis les premiers chrétiens, nous savons que dans la misère (des éternels vaincus) il n’y a pas que la misère mais la conscience d’un autre monde possible. Si vous vous trouvez bien en ce monde, no problem, passez votre chemin et qu’un dieu vous garde. Si vous n’êtes pas aveugle à la misère du monde alors songez à ces premiers chrétiens qui enduraient mille humiliations et morts, dont les mains étaient enchaînés mais qui découvrirent que personne ne pouvait enchaîner leur esprit. Bien sûr cet éveil primaire se réfugia d’abord dans la croyance superstitieuse en un prophète ou en un au-delà du respect humain, mais les siècles qui nous séparent de cet éveil ont montré que le mal n’était pas naturel ni héréditaire mais était le fait de sociétés de classes ou des hommes dominaient d’autres hommes sans vergogne. Des révolutions successives ont révélé que la conscience d’une humanité perfectible était un projet humain possible. Permettez-moi de citer encore Michea, philosophe pourtant doux anarchiste, mais si lucide :

« Dès que l’on se refuse à prendre appui sur des vertus déjà (ou encore) présentes dans la vie des classes populaires, ce ne sont plus seulement les raisons de leurs révoltes qui deviennent incompréhensibles. Il faut également admettre que l’invitation à rester humain n’a aucun sens, que le capitalisme ne sera définitivement vaincu que par des hommes ‘qui n’existent pas encore’ et que seule une élite mystérieusement protégée contre les vices inhérents à la nature humaine (« des hommes taillés dans une autre étoffe », disait Staline) pourra diriger le processus de fabrication industrielle de « l’homme nouveau ». Tel est, en dernière instance, le fondement mystique invariable de toutes ces théories qui invitent à confier le destin des peuples à l’avant-garde éclairée du genre humain ».

Pour l’avenir de l’espèce humaine il n’est ni dieu, ni César, ni tribun. Cette maxime est celle qui émerge du mouvement de la classe ouvrière ancienne et moderne. Affirmation plus que jamais valable et qui n’intronise pas en soi cette classe ouvrière si méprisée. La classe ouvrière n’est pas toute l’humanité. Des millions d’humains ne peuvent être rangés dans cette catégorie, mais cela veut-il dire qu’ils sont désintéressés à la vie ou la survie du monde ? Cela veut-il dire qu’un grand chambardement n’entrainera pas toutes les couches intermédiaires, paupérisées ou quart-mondisées ?

Nous sommes dominés par de puissants organismes d’Etat. Nous ne sommes rien quand nous pouvons être tout. Si on en reste à votre simple question bipolaire le monde dans lequel nous vivons apparaît indicible. Vive la politique de l’autruche ? Je suis content de n’être considéré que comme un tube digestif, un con-sommateur ?
La majorité de la population dans tous les pays galère peu ou prou (c’est pire au Sahel et en Tchétchénie) mais cent millions de Chinois et moi et moi et moi… On vit une époque formidable, le danger « communiste » a été éradiqué, remplacé par le brouillard islamique. Google me surveille nuit et jour. Il faudrait un nouvel Engels pour décrire The condition (effroyable) of the working class… Des femmes étudiantes se prostituent pour ne pas être à la rue. L’Etat me protège contre les voyous et les assassins. L’Etat apprend à lire à mes enfants. L’Etat ne cesse d’inventer des réformes qui enchantent les sectes obscurantistes. En France, les foetus auront bientôt le droit de vote comme les morts puisqu’ils disposent désormais d’un état civil. Au Canada, après les écoles réservées aux enfants juifs, une école est ouverte pour les noirs exclusivement. En France encore, un prof qui donne une baffe parce qu’il s’est fait insulter par un élève va illico en taule. En Turquie, le port du voile est légalisé à l’université. Tous les jours des dizaines de personnes sautent en Irak, en Afghanistan et on torture allègrement avec le supplice de la baignoire dans tous les pays civilisés. Chaque jour apporte son lot de révélations d’ignominies, d’injustices, de suicides de pauvres gens… et moi et moi je ne veux pas choisir, je me bouche les oreilles, je ferme les yeux et je me tais… Pourtant je vis dans un système qui n’a plus de limites… dans l’aberration et le nihilisme…

Le marxisme n’est pas la seule théorie qui a théorisé que du capitalisme devait sortir le communisme. Il suffit d’examiner les siècles d’histoire pour considérer la succession de divers types de société. Quand une société succède à une autre - il n’existe pas plusieurs grilles de lecture d’un monde qui implose ni plusieurs choix - celle-ci succède à celle-là même si mon ego se refuse à choisir. Quand je traverse la chaussée, soit je me fais écraser, soit je passe sans encombre ; je ne reste pas indéfiniment sur le trottoir à me demander si un monsieur ou une dame va me prendre par la main pour passer de l’autre côté.

Fin d’allégorie. Vous me direz encore qu’il n’y a plus de parti crédible et que la classe ouvrière, missionnaire avachie bêle derrière des syndicats gouvernementaux. Je ne vous dirai pas le contraire, c’est pourquoi le problème était dans votre question, et qu’elle suppose une autre discussion.

Bien cordialement,

JLR

[...]

(Jean-Louis Roche, article du blog "LE PROLETARIAT UNIVERSEL" [http://proletariatuniversel.blogspot.com/], intitulé "NO LIMIT", 10 février 2008)

Jean-Louis Roche n'a rien du militant à la fois prosélyte et sectaire que l'on rencontre trop souvent dans ce grand bazar embrumé qu'est l'extrême-gauche française, et c'est heureux. Au delà de la grille de lecture systémique du marxisme à laquelle je n'adhère pas, les réflexions de Jean-Louis sont toujours intéressantes car elles renferment souvent une bonne part de pertinence, le tout étant fréquemment accompagné d'une bonne dose d'humour, ce qui est bien agréable... Après, évidemment, reste toujours, précisément, le problème récurrent de l'approche systémique, quelle soit ou non marxiste, du reste... Pour ma part, j'en suis toujours au même point : vis-à-vis du monde tout pourri qui est le nôtre, il ne s'agit évidemment pas de faire la politique de l'autruche, mais il ne s'agit pas non plus d'enfermer sa modeste cervelle dans un carcan idéologique... Moi aussi, je m'efforce de rester humain ! Moi aussi, cher Jean-Louis, dans l'absolu, je préfère être plutôt qu'avoir ! Tout être humain digne de ce nom devrait, par définition, préférer cela ! Mais qui détient la Solution par excellence pour aller vers cet idéal ? Et qui sommes-nous pour être pleins de certitudes sur le monde comme il va ? La vie, la mort, la faim, l'argent, les pauvres, les riches (ou les bourgeois, si vous préférez) : tout cela existe, assurément... Karl Marx, en son temps, a pensé que l'accès à une existence réelle pour les hommes passait nécessairement par la suppression de l'exploitation économique qui aliène ladite existence, et il avait fichtrement raison ! Mais le monde ne s'est pas arrêté de tourner en 1883, il change en permanence, et qui peut aujourd'hui, à coup sûr, être en mesure de m'expliquer le fin mot de l'histoire ? Personne. Parce que personne ne détient la Vérité, tout simplement. Et pour ce qui est de choisir entre le capitalisme et le marxisme, le contexte de l'actuelle crise financière et économique mondiale ne change rien au fait que l'on peut toujours, aujourd'hui, faire le choix du pied de nez facile, en rappelant la fameuse blague de l'ex-RDA : "Pourquoi le capitalisme est-il au bord du gouffre ? Pour voir le communisme qui est au fond"... ;-) Pour ma part, encore une fois, je ne suis pas capitaliste, et je déteste le polluant pognon, mais même si j'ai lu avec intérêt des oeuvres de Karl Marx, je ne peux pas me résigner à soumettre ma pensée à une grille de lecture systémique, quelle que soit, du reste, sa nature. Mais cela ne veut évidemment pas dire que l'on ne puisse pas continuer à discuter ensemble, et même à bien rigoler ! ;-)

Pour donner une idée de la verve satirique du camarade Jean-Louis, je me permets d'évoquer à présent un de ses articles récents, mis en ligne sur son blog le 4 décembre dernier, et qui est en fait un compte-rendu hilarant de l'émission télévisée "Droit d'inventaire", diffusée le 3 décembre dernier sur France 3, dont le titre thématique du jour était "Prêts à mourir pour la France ?", et qui était présentée par Marie Drucker (la nièce de l'indéboulonnable Michel Drucker), avec Max Gallo en éternel invité et "grand témoin"... Dans cet émission, on a beaucoup parlé de guerre, de patriotisme, de nationalisme, d'engagement militaire et de sacrifice suprême pour la nation, ce qui ne pouvait que susciter une critique satirique des plus virulentes de la part de Jean-Louis Roche. Ainsi, pour le camarade Jean-Louis, le "grand témoin" Max Gallo n'est rien moins qu'un "grand singe sarkozien", un "habile orang-outan [qui] va et vient du présent au passé" dans l'émission de Marie Drucker, un "courtisan" désormais "nouveau grand chant-bêlant sarkozien de FR3"... Et j'avoue que malgré l'outrance des qualificatifs simiesques employés, Jean-Louis, au fond, est dans le vrai : Max Gallo, cet historien défroqué devenu Michelet d'hypermarché, n'est pas autre chose qu'un courtisan aujourd'hui...


Savez-vous, par ailleurs, que j'ai eu l'occasion de croiser ce drôle de personnage lors d'un de mes séjours à Paris ? C'était le 25 juin 2007, rue du Faubourg Saint-Honoré, quelques semaines après le début du mandat présidentiel de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa. Alors que je venais de passer devant le portail d'entrée du Palais de l'Elysée, j'ai vu Gallo, sur le trottoir en face dudit Palais, un long manteau imperméable brun sur les épaules, un téléphone portable collé à l'oreille, en train de tourner en rond sur lui-même. On aurait dit qu'il attendait qu'on lui confirme qu'il était bien autorisé à entrer à l'Elysée par une porte dérobée... Bref, en quelques secondes, le temps de croiser le personnage sur le trottoir, en plein VIIIe arrondissement, j'ai eu droit à un petit résumé de ce qu'est devenu Gallo aujourd'hui... Le hasard réserve parfois ce genre de "rencontre" amusante...
Mais, à présent, laissons donc parler Jean-Louis, car il ne servirait à rien de le paraphraser... Je me permets de reproduire ici le début et la fin de son long article intitulé "Comment FR3 prépare la guerre"...


COMMENT FR3 PREPARE LA GUERRE…


MARIE DRUCKER EN MARRAINE DE GUERRE :

Après avoir été le bouffon de Mitterrand et de Chevènement, Max Gallo, le pseudo-historien s’est mis au service de Sarkozy and Co. En récompense il patronne la nouvelle émission de propagande de FR3 aux côtés de l’élégante brunette Marie Drucker. Dans cette émission militaire mensuelle, on ne cause pas, on ne débat pas, généraux, spécialistes ou témoins lambda doivent dire leur texte entrecoupé d’un montage d’images. Papy Gallo trône comme père fouettard et la brunette comme l’élève qui pose les bonnes questions.

Le mercredi 3 décembre le sujet de l’émission « Droit d’inventaire » est oecuménique : « A quoi sert la Marseillaise aujourd’hui ? ». A rien ! répondent en choeur les antimilitaristes convaincus, les nationalistes non français et les abrutis des stades de foot. Comme pour les élections prud’homales, plus de 75% des travailleurs n’en ont rien à foutre (sondage du Prolétariat Universel sans lien avec la Sofres). La chaîne du « service public » où sont infiltrés depuis longtemps des gentils staliniens intellectuels avait décidé de nous jouer l’air désuet de l’Union nationale. Max Gallo nous fait comprendre à chaque fois qu’il fait le beau devant la caméra que nous sommes tous des ignorants, tout juste s’il n’a pas voulu nous faire apprendre l’intégralité du chant nationaliste, qui est en réalité fort longuet. Ce chant bourgeois, militariste et déiste comporte 12 couplets.

On peut facilement décrypter le montage de propagande en défense de l’idéologie chauvine patronné par ce vendeur de livres de gare superficiels. Les séquences sont choisies sans chronologie et des flash-backs lamentables doivent servir à faire passer le message sarkozien : il faut défendre la patrie si elle est en danger. Le préposé Darcos a déjà obligé les enseignants à faire passer à nouveau Pétain pour le « héros de 14-18 », au point que nombre de professeurs font des commentaires hors programme (et en demandant aux élèves de le pas prendre de notes) pour rappeler l’ordure que fut Pétain qui envoya au massacre à Verdun et collabora en 1940 avec Hitler. Si la bourgeoisie opère à la continuité du bourrage de crâne patriotique, il ne nous est pas interdit d’en révéler les discontinuités troublantes pour les marchands de canons et de pétrole. On dira que le régime interne fait fi de toute loi en internant sous des prétextes spécieux de doux rigolos anarchistes, qu’il envoie sa meute policière avec des chiens renifler dans les salles de classe, qu’il fait croire que la France est le dernier pays à ne pas emprisonner les malfrats dès l’âge de dix ans… on s’en branle, cela ne nous impressionne pas. Disons que les menaces étatiques auront permis de doucher quelques naïfs qui courent les rues altermondialistes sur la bonté de l’Etat, et surtout renforcé les plans de l’Etat terroriste qui a besoin de futurs bien juteux attentats dans les supermarchés, les gares ou le métro, afin de justifier ses prochaines aventures militaires et de mettre sur le dos de ploum-ploum les actions de ses services spéciaux de l’ombre. En espérant que la population voudra bien consentir à se sacrifier « pour la patrie » et mon cul.

Héroïque service public télévisuel. Le scénario est cousu de fil sarkozien d’emblée : on ne commence pas par 1789, comme cela eût été logique, mais par l’évocation pleurnicharde du pauvre Guy Mocquet dont le grand historien Sarkozy avait rappelé la mémoire. A Chateaubriant (en allant à la mort) : « tous chantent la Marseillaise », déclare un quidam. Des mecs qui se sacrifient pour la patrie, doit comprendre le spectateur obligé, pas comme ces crétins de stade qui bouffent des frites et picolent en sifflant l’hymne sacré sans risque de se prendre un obus boche. Le ton est donné. L'historien de gouvernement sarkozien place la Marseillaise sous le parapluie de l’anti-fascisme, ce gros mensonge déconcertant. Ce n’est pas Gallo qui ira vous expliquer pourquoi Mocquet a été flingué, il faut rester ami avec la vieille mafia du PCF. Mocquet a été flingué à cause des attentats terroristes des abrutis de partisans du PCF, et le parti du pacte avec le nazisme s’en est servi pour faire oublier sa collusion à la queue de l’impérialisme russe. C’est cela l’union nationale intellectuelle, il faut ménager pour son passé débile cette faction stalinienne fossile qui a été si utile pour remettre les ouvriers au travail en 1945, et, en la consolidant pour ses mensonges historiques lui donner toute latitude pour aboyer à l’unisson de l’Etat si guerre il y a (afin, en particulier que, comme en 1914, les délégués CGT, ces petits bourgeois planqués, ne soient pas envoyés au front). La Marseillaise, à la Libération est un tube inégalé dès lors, ajoute, indifférent à notre oeil critique, un autre zozo.

INTERMEDE CONTESTATION :

Faut bien en parler parce que ça se sait, les années 1960 sont d’étranges années d’insubordination, où « rien n’est épargné », où la contestation érode tout. Ce charlot de Jimmy Hendrix détourne l’hymne national US en mangeant sa guitare. Les affreux Sex Pistols dénaturent God save the Queen. La France n’est pas épargnée, Gainsbourg transforme l’hymne sacré en reggae, mais il fait amende honorable en achetant à prix d’or l’original après avoir réussi à faire chanter avec lui les crânes rasés sous le béret vert qui étaient venus plomber son concert. Brave Gainsbourg patriote reggae.

TRAVERSEE DU DESERT :

La Marseillaise n’est plus ensuite qu’une vieille relique pour le FN ou pour « nos » sportifs en larmes chauvines scolaires lorsqu’ils décrochent l’or des stades. Yannick Noah tente une rermake flower power avec « Aux rêves citoyens ». Jusqu’où allait-on aller dans l’indécente décadence ?

L’EMBELLIE ELECTORALE :

Heureusement, main dans la main Ségo et Sarko sortirent de la tranchée boueuse des stades de foot et du découpage bourgeois des circonscriptions pour se saisir de l’étendard ensanglanté des mains fragiles de Le Pen et le lever à la gloire de la bourgeoisie française ininterrompue de Thiers à Pétain, de Mitterrand à Chirac. Le pouls du spectateur s’accélère lorsque la charmante présentatrice, d’une diction parfaite, annonce la venue de Philippe Seguin, haut personnage cramoisi de l’Etat. Vient-il le brave pour jouer son rôle de sermonneur politique contre les offenses au drapeau ? Non, comme un vulgaire invité, il vient témoigner que son père a bien été tué par des balles allemandes et qu’il frissonne encore de cet évènement capital dans la vie d’un enfant, la remise d’une médaille posthume en l’honneur de son papa. Très touchant, et combien cette prestation sincère nous donnait grande envie de mourir pour la patrie afin de laisser à nos enfants un souvenir pieux.

Le maître de cérémonie avance alors sa fraise : « La Marseillaise est un chant de marche de l’armée du Rhin. Je le dis pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire : « c’est un chant de marche… « marchons »… pas pour des types assis dans des stades… c’est un chant de résistance contre la tyrannie… ».

Du coup je me suis demandé s’il ne faudrait pas le chanter à chaque passage du cortège de Sarkozy , après avoir ôté sa casquette ? (Mon père, résistant auvergnat, a été giflé à Vichy pour ne pas avoir enlevé son galure au passage chantant du Maréchal).

Le nouveau grand chant-bêlant sarkozien de FR3 ne laisse pas cette idée s’incruster dans ma tête et fonce sabre au clair comme à Valmy : « La contestation détruit notre patrimoine. Il y a le risque qu’on ne défende pas la nation si elle est attaquée ! ».


La candide marraine de guerre se tourne ensuite vers l’honorable chèvre Seguin : « à quoi ça sert un hymne national ? »

Seguin, affable et l’air de se faire chier : « cela rappelle les valeurs qui ont fondées notre communauté nationale ». Il en rajoute avec son air penaud : « enfant je voulais dormir avec ma médaille ».

[...]

SEQUENCE ACTUALISATION-MOBILISATION

C’est la séquence la plus ridicule. Le sous-off qui apparaît sur le plateau a le visage lisse d’un jeune adulte, s’exprime difficilement comme la plupart des jeunes officiers. L’intention de Gallo implose d’elle-même. Ce n’est pas un appelé, livré au front révolver dans le dos par la bourgeoisie, c’est un de ces gars qui n’ont pour espoir de faire carrière et de gagner le niveau de vie des couches moyennes qu’en s’enrôlant volontairement au service de l’industrie d’armement. Ce n’est ni un héros ni un patriote, les mercenaires marchent au fric et leurs employeurs leur font dire ce qu’ils veulent. Candide Marie [Drucker] est la voix des généraux :

- montée d’adrénaline quand les balles sifflaient à vos oreilles sous le feu des Talibans en Afghanistan ? Vous ressentiez quoi ?

- vous savez on a pas le temps de réfléchir…

(Candide Marie en aparté à Max : putain il est con ou quoi on lui avait dit de dire qu’il pensait à la patrie !)

Candide Marie (insistante): vous combattez pour l’honneur de la France. Vous vous voyez comme un patriote n’est-ce pas ? Vous imaginez que vous allez mourir pour la France ?

- hum hum… il est plus honorable de mourir pour la France qu’écrasé par une voiture.


CONCLUSION AU GALOP

Max Gallo : oui çà a un sens… il y a la crise financière… il y a des solutions coordonnées nationales. Entre les nations il y a des rapports de force. Le XXI e siècle montrera que la guerre est une possibilité. Dès lors la question se pose de mourir pour la collectivité. La défense du sol peut se faire sur des territoires extérieurs ».

Edifiant chers lecteurs internautes ! Vous avez là le résumé de la théorie sarkozienne et le but recherché d’Union nationale par un minable traficotage de l’histoire. Le sergent recruteur Gallo et la petite marraine de FR3 se sont adressés aux prolétaires et au peuple comme ils n’osent pas le faire dans les médias pour intellectuels. Le langage chauvin et militariste apparaît indéniablement clair : la bourgeoisie aux abois va vouloir demander les mêmes sacrifices en vies humaines pour régler l’addition de sa monstrueuse crise. Mais c’est une autre histoire entre vouloir et pouvoir.

A suivre…

(Jean-Louis Roche, extraits d'un article du blog "LE PROLETARIAT UNIVERSEL" [http://proletariatuniversel.blogspot.com/], intitulé "COMMENT FR3 PREPARE LA GUERRE…", 4 décembre 2008)

Sacré camarade Jean-Louis... Il n'y en a pas deux comme lui... :-) Je ne suis pas toujours d'accord avec Jean-Louis Roche, loin s'en faut, mais avec lui, au moins, tout le monde en prend pour son grade... même l'extrême-gauche que nous connaissons, non seulement celle incarnée par un PCF à la dérive, mais aussi, et surtout, celle incarnée par LO et par la mouvance LCR/NPA, ces partis trotskistes dont je pense moi-même qu'ils sont une escroquerie... Mais à quel courant marxiste appartient Jean-Louis au juste ? A le lire, j'ai cru qu'il était rattaché à un certain CCI... et je me suis donc permis de lui poser une question à ce sujet sur son blog, le 8 novembre dernier, en m'amusant, en guise de clin d'oeil, à reprendre les expressions employés par Jean-Louis dans ses articles : « J'aimerai vous poser une question, forcément stupide puisque venant de la part d'un anarcho-monarchiste adhérent obscur d'un "parti de l’élite déconfite" [le PS] : qu'est-ce que le CCI ? Sans doute pas une Chambre de Commerce et d'Industrie (encore que, à vous lire, on en est peut-être pas si loin)... Vous savez, les hommes comme moi, derniers RMIstes de France perdus dans l'océan quasi-lovecraftien de la "bourgeoisie" capitaliste, à part le PCF "sur chaise roulante", à part "Mamie Arlette", et à part la mouvance LCR/NPA "si spongieuse" avec Besancenot, le "facteur de Neuilly" servant, entre autres fonctions, de "poubelle à LO", les hommes comme moi ne sont pas forcément au courant de l'existence, à l'extrême-gauche, de partis "vraiment révolutionnaires"... D'où ma question idiote : en bref, qu'est-ce que le CCI ? »
Environ un mois plus tard, Jean-Louis m'a répondu : "Réponse à la (vieille) question d’un correspondant : qu’est-ce que le CCI ?
- rien, une micro-secte d’intellectuels lâches qui veulent donner des ordres au prolétariat encore à plat-ventre ; ils sont aussi inexistants en réalité que l’hydre ultra gauche, notion reprise par tous les ploum-ploum (dixit comme en 68 « sommes tous des entragés")."

Me voila donc bien avancé, car, à présent, je vois mal Jean-Louis faire partie d'un CCI (Courant Communiste International) qu'il qualifie lui-même de "micro-secte" (même si je note néanmoins qu'un lien vers le site du CCI [http://fr.internationalism.org] figure sur son blog)... Jean-Louis est-il donc seul ? Jean-Louis est-il donc le dernier des vrais marxistes ? En tout cas, il ne fait pas que s'occuper d'un blog, puisqu'il écrit aussi des livres : le dernier en date, à ma connaissance, s'intitule Marx était-il dépressif ?, et a été publié cette année par... les Editions du Pavé ("What else ?", comme dirait George Clooney ;-)...).


On l'aura compris, j'aime bien le camarade Jean-Louis... Après tout, c'est un barbu, comme moi, et qui n'aime pas Sarkozy, comme moi... ;-) Et puis, peut-être parce que j'ai fait de longues études d'histoire, j'aime bien son côté "Mirabeau". Salvador Dalí disait qu'il était un paysan à l'intérieur duquel vivait un roi. Jean-Louis Roche me semble être, lui, un Mirabeau à l'intérieur duquel vivrait un Babeuf... qui aurait lu Marx : un révolutionnaire "French Touch", en somme, comme je sais les apprécier ! ;-) En tout cas, si vous ne l'avez pas déjà fait, allez donc jeter un oeil sur son blog, chers lecteurs : il vaut le détour...

Cordialement, :-)

Hyarion.

P.S. : J'allais oublier... Voici la blague de Toto étudiant, à laquelle il a été fait brièvement allusion plus haut, et que Jean-Louis Roche avait mis en ligne sur son blog, il y a quelques mois...
« TOTO ETUDIANT
Toto demande à Papa :
- "Papa c'est quoi la politique ?"
- "Eh bien fiston... L'Etat, c'est moi. La classe ouvrière, c'est ta maman. La bonne, c'est l'Université, et ta petite soeur, c'est la banlieue. Mais va donc te coucher maintenant."
Toto va se coucher. Au milieu de la nuit il est réveillé par les cris de sa petite soeur qui a fait dans ses couches Pampers. Il va à la chambre des parents mais là il ne voit que sa mère, endormie profondément.
Comme il entend des petits cris dans la chambre de bonne, il entrebaille la porte. Papa est en train de faire son affaire à la bonne. Il retourne se coucher.
Au petit matin, les yeux cernés, Toto s'avance dans la cuisine.
- "Tu as bien dormi ?" fait le père.
- "Mouais... mais j'ai compris ton explication politique."
- "Tu as compris quoi fiston ?"
- "J'ai compris que l'Etat laisse dormir la classe ouvrière, baise l'Université, et laisse la banlieue dans la merde !"
- "Tu feras un bon syndicaliste mon fils !" »

;o)


(Illustrations : Titre du blog "Le Prolétariat Universel" [http://proletariatuniversel.blogspot.com/], encadré par deux représentations du personnage "Marx the travelling communist" circulant sur Internet ; Portrait de Jean-Louis Roche, d'après photographie, sans date ; Détail de la page d'accueil du blog "Le Prolétariat Universel" [http://proletariatuniversel.blogspot.com/] de Jean-Louis Roche, 15 décembre 2008 ; Photographie d'un portrait de Gabriel-Honoré de Riquetti, comte de Mirabeau [1749-1791], peint par Boze, reproduite dans un Cours d'histoire (Histoire de France, deuxième année) de Malet-Isaac, 1936, ©Hachette ; Portrait photographique de Karl Marx [1818-1883], ©Roger-Viollet/Archives ; Max Gallo arrivant à l'Académie française à Paris pour prononcer un discours lors de sa cérémonie de réception à l'Académie, le 31 janvier 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Getty Images ; Montage photo des portraits de Marie Drucker et de Max Gallo, sans date, ©DR ; Nicolas Sarkozy passant les troupes en revue, le 28 août 2008 à Castres, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Claude Paris ; Nicolas Sarkozy préparant le 14-Juillet avec une casserolle en guise de casque, caricature de Kiro, publiée dans le Canard Enchaîné N°4575, 2 juillet 2008 ; Couverture de Marx était-il dépressif ?, de Jean-Louis Roche, ouvrage publié par les Editions du Pavé)
Par Hyarion
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Lundi 22 décembre 2008 1 22 12 2008 23:56
La date fatidique du 25 décembre approche, et comme chaque année à la même époque, c'est le même cirque, chacun se devant de faire de grands sourires à autrui en disant "J'adore faire les achats de Noël, parce que Noël, c'est formidable". La réjouissance obligatoire à heure fixe, année après année, a quelque chose de fatiguant, surtout dans le contexte consumériste dans lequel évoluent nos sociétés occidentales. Certes, on peut toujours rappeler que Noël est, à la base, une fête chrétienne célébrant chaque année la naissance de Jésus de Nazareth, appelée Nativité. Sa célébration à la date du 25 décembre a été fixée assez tardivement, vers le milieu du IVe siècle, dans l'Empire romain d'Occident, principalement dans le but de substituer cette célébration chrétienne aux fêtes païennes qui étaient d'usage à l'époque, comme la fête de la renaissance du Soleil Invaincu (Sol Invictus) au moment du solstice d'hiver, ainsi que les Saturnales romaines qui avaient toutes deux lieu à la même époque au mois de décembre. Cependant, depuis cette époque, au fil des siècles, la célébration de Noël a beaucoup évolué, perdant peu à peu, dans une assez large mesure, son caractère religieux. Avec la mondialisation des échanges culturels et la laïcisation de la société en Occident, les festivités liées à Noël ont, de fait, pris progressivement un caractère profane et familial, le jour du 25 décembre devenant notamment, pour beaucoup de monde, la fête où les parents célèbrent leurs enfants en leur offrant des cadeaux (en général par l'intermédiaire symbolique du personnage du Père Noël, créé au XIXe siècle et inspiré du Saint Nicolas chrétien). Cette évolution n'est pas forcément une mauvaise chose en soi, mais le fait est néanmoins que, depuis la première moitié du XXe siècle, et chaque année un peu plus jusqu'à aujourd'hui, à l'heure de la société de consommation et du marketing permanent qui caractérisent tant notre époque, ce qui aurait pu simplement rester une fête familiale avec un fondement culturel lié à l'héritage religieux chrétien de l'Occident, est devenu sans doute, que l'on veuille ou non le reconnaître, la plus grande célébration consumériste annuelle que la Terre ait connu jusqu'à présent...


Dans un contexte pareil, que pourrai-je bien recommander comme achat de Noël, ou plus exactement comme anti-achat de Noël ? Quel serait le cadeau idéal pour prendre à rebrousse poil le fameux "esprit de Noël" tant célébré à cette époque de l'année ? A vrai dire, je recommanderai bien que l'on offre, par exemple, des paquets de neuf rouleaux de papier toilette Moltonel, papier toilette dont la douceur et la triple épaisseur sont devenues légendaires, mais je me demande si un tel anti-achat de Noël serait vraiment à la hauteur de l'enjeu, en dépit des apparences... En fait, en définitive, plus j'y pense et plus je me dis : pour un Noël congru, offrez un Cthulhu ! Oui, parfaitement, un Cthulhu ! Pour ceux, parmi mes lecteurs, qui auraient déjà oublié de quoi il s'agit, je rappelle que Cthulhu est une épouvantable créature créé par l'écrivain américain mysanthrope, maladif, raciste et asocial Howard Phillips Lovecraft (1890-1937). Cette créature est apparue pour la première fois dans une nouvelle fantastique de l'auteur, intitulée L'appel de Cthulhu (1926). Il s'agit, en fait, pour l'espèce humaine, d'une sorte de cauchemar absolu : Cthulhu est un monstre effroyable, de taille gigantesque, à l'aspect vaguement anthropoïde, à la peau squameuse, avec une tête de pieuvre, des griffes aux quatre membres et deux longues ailes sur le dos. Ce monstre est censé dormir au fond de l'océan Pacifique, dans la cité sous-marine de R'lyeh, en attendant l'heure de son terrifiant retour, à l'occasion duquel les êtres humains se rendront enfin compte, avec épouvante, à quel point ils ne sont que de petites choses insignifiantes dans un monde qu'il croyaient être le leur, et qui est en fait peuplé de créatures horribles dont l'humanité ignorait jusque-là l'existence...


Je profite de l'occasion, par ailleurs, pour signaler à ceux qui seraient curieux de connaître la première nouvelle de H. P. Lovecraft dans laquelle apparait Cthulhu, que ladite nouvelle peut être lu, traduite en français, dans un recueil de nouvelles de Lovecraft intitulé Dans l'abîme du temps, réédité chez Gallimard dans la collection "Folio SF", et qui contient les nouvelles lovecraftiennes suivantes : Dans l'abîme du temps (1934), La maison de la sorcière (1932), L'appel de Cthulhu (1926), et Les montagnes hallucinées (1931).


Saviez-vous que l'imagination de Lovecraft, d'où a jailli l'effroyable entité à tête de pieuvre appelée Cthulhu, a pu sembler par moments, bien après la mort de l'écrivain, coïncider avec une certaine réalité ? Ainsi, on sait, par exemple, que la cité sous-marine fictive de R'lyeh, où est censé se trouver Cthulhu, et que Lovecraft avait assez précisément situé dans le sud de l'océan Pacifique, à plus de 3000 km au nord des côtes de l'Antarctique - les coordonnées de latitude et de longitude du lieu étant évoquées dans la nouvelle L'appel de Cthulhu -, est censé se trouver, approximativement, dans une zone qui correspond en réalité au point Némo, le point de l'océan le plus éloigné de toute terre émergée. Or, une coïncidence veut que, durant l'été 1997, dans une zone également proche du point Némo, la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) américaine ait détecté, à plusieurs reprises, un mystérieux son d'ultra-basse fréquence, d'origine inconnue : le bloop. Bien qu'il soit censé recouper le profil audio d'une créature vivante, il n'existe aucun animal connu qui pourrait avoir produit ce son. Si c'était un animal, il serait énorme, plus grand que la baleine bleue, d'après des scientifiques qui ont étudié le phénomène. Aujourd'hui, même si l'hypothèse d'une créature marine gigantesque à l'origine du bloop n'est pas la seule hypothèse valide, le mystère demeure, le son n'ayant plus été entendu depuis 1997... Et voila qu'en 2008, autre coïncidence, un rapport du Recensement de la vie marine ("Census of Marine Life") révèle que, d'une part, les requins blancs se retrouvent toujours dans le même lieu mystérieux situé dans l'océan Pacifique où ils effectuent de nombreuses plongées en profondeur, et que, d'autre part, l'Antarctique serait le lieu d'origine de l'ancêtre... des pieuvres.

Les pieuvres viennent de l'Antarctique


L'ancêtre des pieuvres vivait dans l'Antarctique voilà 30 millions d'années et les requins blancs se retrouvent toujours dans le même lieu mystérieux du Pacifique, selon quelques-unes des découvertes citées dans le 4e rapport du Recensement de la vie marine publié dimanche [9 novembre 2008].

Ce projet international lancé en 2.000 appelé "Census of Marine Life" doit être achevé en 2010 et mobilise environ 2.000 chercheurs de 82 pays.

Le 4e rapport sera officiellement rendu public à la conférence mondiale sur le biodiversité marine devant se tenir à Valence en Espagne du 11 au 15 novembre.

"La publication du premier recensement de la vie marine en 2010 représentera une étape scientifique majeure (...) en synthétisant les connaissances de l'humanité concernant les océans", relève Ian Poiner, directeur de l'Institut australien de science marine et président du comité scientifique international du recensement marin.

Ce projet représente "le programme le plus étendu et le plus complexe jamais entrepris en biologie marine", ajoute-t-il.

Dans le cadre de leurs tâches consistant à évaluer et à expliquer la diversité et la distribution de la vie passée, présente et future dans les océans, des scientifiques ont découvert la première preuve moléculaire que nombre des espèces de pieuvres des grandes profondeurs descendent d'ancêtres communs existant encore dans l'océan Antarctique.

Les pieuvres ont commencé à migrer vers de nouveaux bassins océaniques il y a plus de 30 millions d'années quand l'Antarctique s'est refroidi et que la masse de glace formée s'est agrandie contribuant à former des courants riches en oxygène vers le nord, selon le "Marine Census".

Avec des habitats isolés et différents, de nombreuses espèces de poulpes se sont développées, certaines perdant par exemple leur sac à encre défensive, devenue inutile dans l'obscurité perpétuelle des grandes profondeurs marines.

Des observations satellitaires de requins blancs auxquels on a attaché de petites balises électroniques, ont révélé des comportements jusque-là inconnus de ces animaux. Ils nagent ainsi des milliers de kilomètres dans le Pacifique chaque hiver pour se trouver en un lieu mystérieux pendant des périodes allant jusqu'à six mois.


Dans ce lieu baptisé par ces scientifiques "le café des requins blancs" males et femelles effectuent de façon répétitive et fréquente des plongées à des profondeurs de 300 mètres qui, supputent ces biologistes, pourraient être importantes pour se nourrir ou se reproduire.

Parmi les autres découvertes mentionnées dans ce rapport, les biologistes citent de nouvelles formes de vie dont une énorme bactérie et des étoiles de mer géantes.

Ils mentionnent également une faune très riche dominée par les vers Polychète et les crevettes à 4.100 mètres de profondeur dans le champ de cheminées hydrothermales actives le plus profond connu près de la dorsale Atlantique.

Les biologistes estime qu'au-delà des 16.000 espèces de poissons déjà connues de la science, environ 4.000 autres espèces restent à découvrir dont une grande partie dans les tropiques.

Jusqu'à présent, l'"Ocean Biogeographic Information System" s'est accru pour inclure plus de 120.000 espèces marines, allant des poissons, aux crustacées en passant par les coraux et des micro-organismes.

L'expansion rapide du système de référence avec des code-barres a récemment permis de révéler un étiquetage inexacte de la composition de sushis vendus à New York et ailleurs.

Des images vidéo et des photos du 4e rapport du "Marine Census" sont accessibles à l'adresse internet suivante: www.coml.org/embargo/highlights2008

(Dépêche de l'Agence France Presse, 10 novembre 2008, 14h52)

Dans un registre plus "politique", ainsi que j'ai eu l'occasion de l'évoquer dans deux de mes précédents articles, l'un daté du 4 octobre dernier, et l'autre daté du 5 novembre, Cthulhu a été candidat à l'élection présidentielle de cette année aux Etats-Unis d'Amérique. Bien qu'étant à ses débuts prometteuse, sa candidature, on le sait, s'est finalement lamentablement crashée, quelque part au milieu de nulle part, en dépit de la vigoureuse propagande en faveur de ladite candidature qui n'a pourtant pas fait défaut sur Internet pendant la campagne électorale. Cependant, ainsi que j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire, cette candidature de Cthulhu à la présidence des Etats-Unis n'était pas la première, et ne sera sans doute pas la dernière. Cthulhu reviendra. En attendant, pourquoi ne pas choisir comme cadeau à offrir à Noël un témoignage original du bon souvenir laissé par cette campagne électorale mémorable ? Depuis longtemps, Cthulhu a suffisemment d'admirateurs pour susciter un certain engouement populaire qui a abouti à la commercialisation de produits culturels à l'effigie de la célèbre créature à tête de pieuvre imaginée par H. P. Lovecraft. Parmi ces produits culturels, le plus emblématique et le plus attirant est sans doute le Cthulhu en peluche ("Cthulhu Plush" en anglais).


A bien y regarder, le Cthulhu en peluche est incontournable à l'heure de Noël. Du reste, comment résister à la tentation de l'acquérir lorsqu'on le voit ? Il est si mignon ! Avec ses 30 cm de long, le Cthulhu en peluche (version "medium") est d'une taille parfaitement adéquate pour faire parti de l'univers personnel de n'importe quel être humain, qu'il vive dans un appartement au coeur d'une grande ville ou dans une maison rurale isolée. Il peut, en outre, accompagner assez aisément son propriétaire lorsque celui-ci part en voyage, et ne peut, finalement, que s'imposer comme étant le compagnon idéal pour tout être humain en attendant le retour du grand Cthulhu. Pour ceux qui douteraient qu'une peluche à l'effigie de la fameuse créature à tête de pieuvre représente un véritable intérêt pratique (vous ferez probablement moins les difficiles quand le vrai Cthulhu sera de retour !), il faut savoir qu'il existe une alternative en matière d'achat de Noël : les pantoufles Cthulhu.


Plus difficiles à trouver que le Cthulhu en peluche, les pantoufles Cthulhu combleront sans doute les attentes de ceux qui désirent offrir un produit alliant l'utile à l'agréable. A titre personnel, je me permets toutefois de recommander plutôt l'achat d'un simple Cthulhu en peluche, plus accessible, bien moins susceptible d'être exposé aux mauvaises odeurs de pieds... et, surtout, bien plus mignon !
Cela dit, offrir seulement un Cthulhu en peluche serait peut-être insuffisant pour faire du Noël de 2008 un évènement absolument exceptionnel. Mais, dès lors, que choisir en plus ? J'aurai pu, par exemple, recommander l'achat de bouteilles de boisson Coca-Cola, dans leur version originale en verre, pour rendre hommage aux illustrations publicitaires mettant en scène le Père Noël consommant ladite boisson Coca-Cola, illustrations peintes de 1931 à 1964 par l'artiste américain Haddon Sundblom (1899-1976), dont on fêtera l'année prochaine le 110e anniversaire de la naissance... Mais la référence est, malgré tout, un peu datée, même si les illustrations de Sundblom restent encore dans toutes les mémoires...


Il me faut donc proposer un autre choix. A l'adorable peluche à l'effigie de la créature à tête de pieuvre créé par Lovecraft, je me permets donc d'ajouter comme achat de Noël fortement recommandé, le café Nespresso, et plus précisément des capsules de café Nespresso avec la  machine à café Nespresso qui va avec... Pourquoi le café Nespresso ? Tout simplement pour remercier l'acteur américain George Clooney d'avoir si bien vanté les mérites de ce café dans les films publicitaires de Nespresso abondamment diffusés à la télévision ces derniers jours...


George Clooney avec Nespresso aujourd'hui, c'est un peu comme le Père Noël avec Coca-Cola autrefois : un gage de qualité pour une valeur sûre, ce qui doit être salué comme il se doit... en faisant chauffer la carte bleue malgré le climat glacial entretenu par la crise actuelle...


Cela me fait penser, par ailleurs, que j'ai vu au cinéma, jeudi dernier, 18 décembre, le film Burn After Reading réalisé par Ethan et Joel Coen, avec les acteurs Brad Pitt et George Clooney, et que cela m'a fait plaisir de revoir enfin ledit George Clooney dans un vrai film de cinéma - particulièrement hilarant, d'ailleurs -, après l'avoir vu et entendu si souvent, ces derniers temps, dans les films publicitaires pour le café Nespresso, dans lesquels on l'entend prononcer le fameux slogan "Nespresso. What else ?"...


Bon, maintenant, on récapitule. Pour un Noël idéal en 2008, deux cadeaux s'imposent : un Cthulhu en peluche et du café Nespresso avec la cafetière Nespresso qui va avec. C'est simple, c'est beau, ça coûte un peu cher au total (environ 20 € la peluche et... 179 € la cafetière quand même : c'est le prix de la qualité...), mais c'est très tendance... ou du moins cela devrait l'être... ;-)


Ah, oui, j'allais oublier... Pendant la nuit de Noël, il n'est pas interdit de penser à son prochain au-delà du cercle de la famille et des proches. Pensez, chers lecteurs, à l'avenir de l'espèce humaine, et songez bien que la France, en particulier, a besoin de l'effort de chacun pour donner au pays le plus de futurs contribuables possibles pour essayer de rembourser la dette nationale dans les prochaines décennies (voire les prochains siècles)... en attendant le retour de Cthulhu. Par conséquent, n'oubliez pas, si vous en avez la possibilité, d'apporter une contribution (petite ou grosse) à la perpétuation de l'espèce humaine : Noël doit assurément être la fête des enfants dans tous les sens du terme... Après tout, aujourd'hui, c'est sans doute aussi ça, "l'esprit de Noël"... ;op


Comment disent-ils déjà, chez Coca-Cola ? Ah oui, celà me revient à l'esprit, maintenant : "Enjoy"... ;op

Bon Noël à tous.

Cordialement, :-)

Hyarion.

(Illustrations : Un Cthulhu en peluche, version "medium", ©DR ; Le Père Noël [Santa Claus] avec un verre de boisson Coca-Cola, détail d'une illustration [1931] par Haddon Sundblom pour une publicité de la compagnie Coca-Cola, publiée dans The Saturday Evening Post, 1931 ; Cthulhu, dans une scène inspirée de la nouvelle L'appel de Cthulhu [1926] de Howard Phillips Lovecraft, illustration de Raymond Bayless [1920-2004] ; Couverture de Dans l'abîme du temps, de Howard Phillips Lovecraft, recueil de nouvelles réédité chez Gallimard dans la collection "Folio SF" ; Une pieuvre de l'Antarctique, en 2007, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Elaina Jorgensen ; Un grand requin blanc, photographie de Brian J. Skerry, ©2006 National Geographic Society ; Un Cthulhu en peluche, version "medium", ©DR ; Une paire de pantoufles Cthulhu, ©DR ; Le Père Noël avec une bouteille de boisson Coca-Cola, détail d'une illustration [1955] par Haddon Sundblom pour une publicité de la compagnie Coca-Cola, publiée dans un numéro du magazine américain Look Magazine de décembre 1955 ; Captures vidéo de l'acteur George Clooney, dans une version d'un film publicitaire pour le café Nespresso, 2008, ©Nestlé Nespresso S.A. ; Image publicitaire pour le café Nespresso, dans le cadre de la campagne "Nespresso. What else ?", avec la participation de l'acteur George Clooney, 2008, ©Nestlé Nespresso S.A. ; Les acteurs américains Brad Pitt [à gauche] et George Clooney au Lido de Venise, avant la projection du film Burn After Reading réalisé par Ethan et Joel Coen, à l'occasion du 65e Festival International du Film de Venise, le 27 août 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©Damien Meyer/AFP/Archives ; Un Cthulhu en peluche, version "medium", et une cafetière Nespresso, ©DR ; "Playboy Christmas Cover", illustration dans le style des publicités de Coca-Cola, représentant une pin-up girl blonde en costume de Père Noël [1972] par Haddon Sundblom pour la couverture d'un numéro du magazine masculin américain Playboy de décembre 1972)
Par Hyarion
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Samedi 18 avril 2009 6 18 04 2009 13:04
Voici un nouvel article, lié à la lecture, et destiné à atténuer un peu l'impression de léthargie touchant le présent blog, la plume persistant à se faire bien lourde ces temps-ci, bien que ma santé ce soit sensiblement améliorée depuis la fin du mois dernier...
Aujourd'hui, je me permets d'évoquer un livre qui compte parmi les ouvrages historiques les plus intéressants que j'ai pu découvrir, lorsque j'étais plus jeune. Il s'agit de l'Introduction à l'histoire des relations internationales, écrite par deux grands historiens français du XXe siècle, à savoir Pierre Renouvin (1893-1974) et Jean-Baptiste Duroselle (1917-1994). Ouvrage publié pour la première fois dans les années 1960, il a fait l'objet de plusieurs rééditions, la quatrième et dernière édition ayant été publiée par Armand Colin Éditeur en 1991, et se contentant de reproduire les précédentes (mis à part l'ajout d'un supplément bibliographique, à la suite de la bibliographie déjà existante) : comme le précise Jean-Baptiste Duroselle dans son avant-propos à cette quatrième édition, "ce livre a marqué un « moment » dans la recherche historique française et il nous a paru utile de garder, pour le lecteur, cette impression."
Compte tenu de l'époque de sa première publication, des références bibliographiques plus ou moins datées qui apparaissent dans cet ouvrage, des faits historiques qui y sont évoqués et qui, sur un plan chronologique, ne vont guère au-delà de la Deuxième Guerre Mondiale, le livre (réédité en format de poche chez Pocket) peut donc être considéré comme ancien, mais, cela dit, sa lecture n'en reste pas moins aujourd'hui très stimulante, bien qu'elle soit aussi assez exigeante vis-à-vis du lecteur néophyte et qu'elle nécessite tout de même une bonne culture générale, notamment historique.
Le sujet dudit livre, on l'aura compris, est l'étude des relations internationales, laquelle "s'attache surtout à analyser et à expliquer les relations entre les communautés politiques organisées dans le cadre d'un territoire, c'est-à-dire entre les États", ainsi que l'écrivent les auteurs en préambule, lesquels se fixent pour but d'indiquer un cadre de recherche, en dépassant les limites de l'histoire diplomatique traditionnelle, et de poser des questions, afin de suggérer de nouveaux travaux de recherche historique.
La quatrième de couverture de l'exemplaire de cet ouvrage que j'ai sous la main a le mérite de présenter le contenu du livre mieux que je ne pourrai le faire en paraphrasant : "Pour Pierre Renouvin, l'histoire des relations internationales ne pouvait plus se réduire à l'étude des ministères des Affaires étrangères mais devait prendre en compte des "forces profondes", indissociables du comportement des États. Ces "forces" que sont les conditions géographiques, la démographie, les intérêts économiques et financiers, la mentalité collective, les courants sentimentaux, forment le cadre dont les hommes politiques subissent l'influence. Le tempérament de l'homme peut, après, modifier le jeu de ces "forces et les utiliser en fonction de sa notion de l'intérêt national. / La première partie de l'ouvrage [écrite par Pierre Renouvin] étudie comment l'influence des "forces profondes" s'est manifestée dans les relations internationales depuis près d'un siècle [soit alors plus ou moins depuis les dernières décennies du XIXe siècle] ; la seconde, confiée à Jean-Baptiste Duroselle, s'attache aux personnalités des chefs d'État et montre comment les "forces profondes" exercent leur impulsion sur l'homme d'État et réciproquement."


Je vais essayer ici, en restant au plus près du texte original, et en paraphrasant le moins possible, de proposer un aperçu très succinct du contenu du livre, en évoquant notamment une partie dudit livre, rédigée par Duroselle et concacrée à la question de la personnalité de l'homme d'État, qui m'a beaucoup intéressé dès ma première lecture de cette Introduction à l'histoire des relations internationales.
Le chapitre 9, intitulé "La Personnalité de l'homme d'État" et qui ouvre la deuxième partie de l'ouvrage, commence ainsi :


  "Nul plus que l'historien n'est conscient de l'infinie diversité des personnalités humaines. Chaque cas est singulier et tout homme est complexe et ambigu. S'agit-il d'un homme politique ayant des responsabilités importantes ? Même pour ceux qui le connaissent bien, il reste dans son attitude des éléments inexplicables et imprévisibles. La prédiction certaine est impossible. L'historien a donc tendance à se pencher sur chaque cas, sur chaque moment. Une fois résolu, dans la mesure du possible, le problème des forces qui ont agi sur l'homme d'État, certains aspects des décisions paraissent s'expliquer par le « tempérament » du responsable. On cherchera donc à connaître le mieux possible ce tempérament par l'étude des textes, des témoignages, du comportement.

 Cependant, même lorsqu'il accomplit cette tâche, qui suppose l'« esprit de finesse » bien plus que l'« esprit de géométrie », l'historien est amené à faire des comparaisons. Il compare le héros avec ses prédécesseurs ou successeurs, avec son ou ses adversaires, ou même le héros à une certaine date avec le même personnage à une autre date. Ces comparaisons, qui impliquent cette fois l'usage de l'« esprit de géométrie » ne se ramènent pas à un vain exercice de rhétorique, à la façon des « Vies parallèles » de Plutarque, ou des confrontations classiques entre Aristide et Thémistocle, Gladstone et Disraeli, Briand et Poincaré. Elles sont un moyen de mieux comprendre les rôles des personnalités au sein d'un complexe politique. L'intelligence humaine ne peut éviter les classifications, la découverte de grands « types », même s'il s'agit de réalités aussi insondables que les personnes humaines, douées de conscience et de volonté. L'historien a donc tendance à se référer, avec prudence, à des « typologies »."

(Renouvin [Pierre] et Duroselle [Jean-Baptiste], Introduction à l'histoire des relations internationales, Paris, Armand Colin, 1964, 4e édition 1991, rééd. Pocket, coll. "Agora", 1997, Chapitre 9, p. 284-285)

L'auteur, soucieux de tenir compte des recherches effectuées dans les diverses branches des sciences humaines autres que l'histoire, évoque ensuite, dans une première partie du chapitre, les principales typologies de la personnalité, proposées notamment par les psychophysiologues, les psychiatres, les psychanalystes et les caractérologues. Après avoir rappelé les deux difficultés fondamentales auxquelles se heurtent toutes les tentatives de classification des êtres humains, à savoir "l'ambiguïté même de l'homme" et la difficulté "à discerner ce qui est inné de ce qui est acquis", Duroselle parle des classifications psychophysiologiques, puis des classifications psychologiques, en évoquant en particulier les travaux du politicologue américain Harold Lasswell, qui "a tenté, avec vigueur, la synthèse entre science politique et psychalalyse freudienne" pour "aboutir à une typologie des hommes d'État". Laswell estime notamment que "les hommes politiques - comme les autres - agissent beaucoup moins rationnellement qu'ils ne le croient." :

  "Dans son livre Psychopathology and Politics [publié en 1930], il [Lasswell] élabore la classification suivante des politiciens : les agitateurs, les administrateurs, les théoriciens. « La caractéristique essentielle de l'agitateur est la haute valeur qu'il accorde à la réaction émotionnelle du public. Il idéalise l'ampleur des changements sociaux souhaitables. L'agitateur conclut aisément que celui qui est en désaccord avec lui est en communion avec le démon, et que ses adversaires sont de mauvaise foi ou pusillanimes ». L'administrateur « est le coordinateur des efforts dans une activité qui se poursuit ». Le théoricien, lui aussi, fait dériver ses convictions de motifs privés inconscients. « Les préjugés politiques, les préférences et les croyances, sont souvent formulées de façon tout à fait rationnelle, mais ils se sont développés de façon tout à fait irrationnelle ». Bien entendu, il y a toutes sortes de combinaisons possibles entre les trois termes."

(Introduction à l'histoire des relations internationales, Paris, Armand Colin, 1964, 4e édition 1991, rééd. Pocket, coll. "Agora", 1997, Chapitre 9, p. 288-289)

Duroselle évoque ensuite la classification caractérologique, l'apport des caractérologues représentant "un effort de synthèse plus vaste" que ceux des spécialistes de la psychophysiologie et de la psychiatrie. Nous reproduisons ici un large extrait de cette partie du chapitre, consacré à l'évocation de cette classification :

***

La classification caractérologique

 La plupart des auteurs que nous avons cités jusqu'à présent étaient des médecins ou appliquaient à la classification des types humains les résultats de l'expérience médicale. La caractérologie occupe une place à part en ce sens qu'elle dérive de l'effort de psychologues et de philosophes et que son point de vue est tout à fait différent.

 Au lieu de sélectionner certains éléments, physiologiques ou psychiques, et de voir en eux seuls les facteurs de différenciation, la caractérologie se place au centre même de l'être humain. Par une longue série d'observations et d'enquêtes, elle détermine les « propriétés constitutives de l'être humain ». Les différentes combinaisons de ces propriétés aboutissent à découvrir un certain nombre de types. Puis, ces types sont différenciés par l'utilisation de « propriétés supplémentaires » qui « permettront de multiplier en droit indéfiniment, les variétés caractérologiques » (1).

 La caractérologie entend donc être une science objective. Elle analyse l'esprit humain et par conséquent ses procédés sont différents de ceux des sciences de la nature. Elle entend aussi être une science globale, c'est-à-dire, pour chaque individu, retrouver tous les éléments constitutifs de son caractère, et non certains d'entre eux.

 « La longue et belle suite des moralistes français, de Montaigne par la Bruyère à Vauvenargues, montre les dispositions de l'esprit français pour l'analyse des caractères », écrit Le Senne (2). Mais l'origine de la caractérologie scientifique se situe dans les ouvrages de deux professeurs de l'université de Groningue, le psychologue Gérard Heymans et le psychiatre E. Wiersma (début du XXe siècle). Elle a été introduite et largement systématisée en France par René Le Senne, dont les deux grands ouvrages, Le Mensonge et le Caractère et surtout Traité de Caractérologie ont été publiés respectivement en 1930 et en 1945.

 Le principal disciple de Le Senne a été Gaston Berger auquel on doit notamment un Traité pratique d'analyse du caractère (3), un Questionnaire caractérologique pour l'analyse d'un caractère individuel (4) et l'ouvrage Caractère et personnalité (5). Enfin, Roger Mucchielli dans son ouvrage La Caractérologie à l'âge scientifique a développé cette science en y introduisant de nouvelles données psychologiques.

 Née aux Pays-Bas, développée en France où existe même une revue, la Caractérologie (6), cette science a pris une certaine extension dans les pays latins. Elle est par contre curieusement ignorée dans les pays anglo-saxons (7). Peut-être cela s'explique-t-il par la répulsion qu'éprouvent les psychosociologues américains, fortement influencés par Freud, « à toute prise en considération des facteurs constitutionnels du caractère » (8). Ils ont tendance à rejeter ce qui est inné et à assimiler l'ensemble de la personnalité au « développement des habitudes que nous contractons » (9) (Watson).

 Selon la méthode que nous avons suivie précédemment, nous examinerons les résultats auxquels prétend aboutir la caractérologie, sans décrire en détail les processus qu'elle a suivis.


 Les « propriétés constituantes de l'être humain » sont, selon les caractérologues l'émotivité, l'activité, et le « retentissement ». Si, en étudiant un grand nombre d'individus, on détermine une émotivité moyenne, on distinguera des émotifs pour qui tout évènement provoque dans la vie psychologique et physiologique un ébranlement plus grand que pour la moyenne et des non-émotifs, pour qui cet ébranlement est inférieur à la moyenne. De même, « est un actif l'homme pour lequel l'émergence d'un obstacle renforce l'action dépensée par lui dans la direction que l'obstacle vient de couper ; est un inactif celui que l'obstacle décourage » (10). Plus inhabituelle est la notion de retentissement. Toute représentation s'imposant à l'attention d'un homme a un retentissement immédiat, mais aussi un retentissement ultérieur, posthume. « Quand les effets d'une donnée mentale présente à la conscience refoulent ceux des données passées, la fonction primaire ou primarité prévaut sur la fonction secondaire ou secondarité et l'homme chez qui cette alternative est habituellement vérifiée doit être dit primaire. Si au contraire l'influence persistante des expériences passées prévaut sur celle du présent, la masque, la refoule, se la subordonne, l'homme doit être dit secondaire » (11). L'homme primaire est donc celui qui vit dans le présent, l'homme secondaire celui qui vit dans le passé et l'avenir.

 Chaque homme est donc :

       Émotif   
ou                      }
       Non émotif


       Actif
ou                      }
       Non actif


       Primaire
ou                      }
       Secondaire.

 La combinaison de ces caractéristiques permet de distinguer huit grands types :

 1.     Émotifs - Actifs - Secondaires, ou passionnés  (ex. Napoléon, Richelieu, Hitler).
 2.     Émotifs - Actifs - Primaires, ou colériques  (ex. Danton, Gambetta, Jaurès).
 3.     Émotifs - Non actifs - Secondaires, ou sentimentaux  (ex. Robespierre).
 4.     Émotifs - Non actifs - Primaires, ou nerveux  (ex. Chateaubriand, d'Annunzio).
 5.     Non émotifs - Actifs - Secondaires, ou flegmatiques  (ex. Franklin, Washington, Joffre).
 6.     Non émotifs - Actifs - Primaires, ou sanguins  (ex. Henri IV, Louis XVIII, Talleyrand).
 7.     Non émotifs - Non actifs - Secondaires, ou apathiques  (ex. Louis XV).
 8.     Non émotifs - Non actifs - Primaires, ou amorphes  (ex. Louis XVI).

 On notera que les « passionnés » sont, comme le dit Le Senne, « le caractère le plus intense ». C'est là que nous trouvons le plus grand nombre d'hommes politiques. Ils forment « à l'intérieur de l'humanité cosmique une plus petite, mais éminente humanité microcosmique ». D'où les subdivisions des caractérologues. Les « tourmentés » sont ceux chez qui l'émotivité est plus intense que l'activité et qui sont presque aussi primaires que secondaires. Les « mélancoliques » ceux qui, très émotifs et très secondaires, sont relativement peu actifs. Les « impérieux » ceux où l'émotion et l'action dominent. Les « sévères » ceux qui sont très secondaires. Les « circonspects » sont un peu moins émotifs. Les « laborieux » ont une secondarité atténuée. Les « méthodiques » sont très actifs et très secondaires.

 Inversement, les hommes des dernières catégories, amorphes et apathiques sont « les moins entreprenants qu'il y ait dans l'ensemble de l'humanité ». Aussi y trouve-t-on peu d'exemples de grands hommes et si certains sont connus, c'est par suite de circonstances telles que l'hérédité du pouvoir.


 Une fois reconnu ces huit types fondamentaux, la caractérologie admet que l'on puisse spécifier, et diversifier à l'infini, non seulement en distinguant tous les degrés possibles pour chacun des principes de base, mais encore en ouvrant d'autres alternatives.

 La connaissance du caractère ne suffit pas à l'historien. Comme nous l'avons déjà dit, la personnalité, composée des facteurs innés et de l'acquis, l'intéresse davantage. Mais là, on se heurte à une difficulté considérable. La psychologie moderne utilise en effet, tout comme l'historien, le concept de « situation ». On appelle situation « une certaine constellation de rapports entre, d'une part, un sujet (ou un groupe) et, d'autre part, des objets, des évènements, des données « extérieures » ou d'autres personnes ». Autrement dit, la situation, c'est la « constellation de forces » où se trouve impliqué, à chaque moment, tout individu (12).

 C'est la série de situations successives qu'il a affrontées qui modèle la personnalité de l'individu. Le caractère, noyau structurel et inné, ne fournit qu'une « prédisposition » à affronter les situations de telle ou telle façon. De la sorte, le problème essentiel pour connaître un homme d'État, à savoir : « Que peut-on prédire que sera sa réaction à une situation donnée ? », est insoluble. Sa réaction dérive en effet et de la situation, et de son caractère. Dans certains cas limites, la situation est déterminante (par exemple la maladie qui terrasse l'homme énergique peut l'empêcher absolument de réagir comme il l'aurait normalement fait). Dans d'autres cas, l'individu réagit et « restructure la situation » (13). Le caractère joue un rôle constant, car c'est en fonction de sa nature que l'individu perçoit la situation (l'émotif voit un drame là où le non-émotif reste indifférent). La personnalité s'exprime donc par une réponse à la situation, c'est-à-dire, par une attitude, par un comportement.


 Que peut donc tirer l'historien des théories que nous avons succinctement mentionnées ? A la fois peu et beaucoup. Peu, en ce sens qu'il ne suffit pas d'avoir déterminé, à propos d'un personnage, quelle place il occupe dans une classification encore incertaine, pour expliquer ses réactions. L'historien a le devoir d'entrer plus profondément que cela dans la connaissance de l'homme, et la complexité, la contradiction que chacun de ses héros porte en lui-même, ne peut pas être réduite à des formules. Mais, inversement, un chercheur aurait tort de négliger les explications que lui fournissent des sciences en plein essor. Il se peut fort bien que la distinction entre « introverti » et « extraverti », par exemple, lui permette soudain de comprendre certaines décisions qui paraîtraient autrement aberrantes. Les propositions de Lasswell, quant à la répartition des hommes d'État entre « agitateurs », « administrateurs » et « théoriciens » sont très suggestives, et nous y reviendrons dans la suite de ce chapitre. Enfin, la caractérologie nous aide, elle aussi, à comprendre certains personnages. Notons, par exemple, qu'elle permet à Berger de distinguer ce qu'il appelle les « Martiens » - comme le dieu Mars, lutteurs par tempérament, avides de combattre et de remporter la victoire - et les « Vénusiens » - comme Vénus, conciliateurs et aptes aux concessions et aux compromis, n'acceptant la bataille que lorsque toutes les autres solutions ont été inefficaces.


 Dans l'étude empirique qui va suivre et qui se place à un niveau plus humble, les efforts des théoriciens et des spécialistes contribuent à consolider notre recherche.

[...]

(1) - Le Senne, op. cit. p. 59 [René Le Senne, Traité de caractérologie, Paris, 1946].
(2) - Op. cit., p. 47.
(3) - Paris, 1950, XX-250 p. (avec un avant-propos de René Le Senne).
(4) - Paris, 1950, 16 p.
(5) - Paris, 1954, 110 p.
(6) - Éditée par les P.U.F. cf. E. Forti, « La caractérologie en Italie », dans La Caractérologie n° 4, 1961.
(7) - Aucune mention de Le Senne, ni de Berger, non plus que de Heymans ou Wiersma dans Harold D. Lasswell, The Analysis of Political Behaviour, New York, 1949, X-314 p. ou dans H.-J. Eysenck, The psychology of Politics, London, 1954, XVI-317 p.
(8) - Cf. les observations de Mucchielli, op. cit., p. 38 [Roger Mucchielli, La Caractérologie à l'âge scientifique, Paris, Neuchâtel, 1961, 245 p.].
(9) - Cité par Mucchielli, Ibid.
(10) - Le Senne, op. cit., p. 77.
(11) - Le Senne, op. cit., p. 89.
(12) - Mucchielli, op. cit., pp. 14-15.
(13) - Mucchielli, op. cit., p. 19.

(Introduction à l'histoire des relations internationales, Paris, Armand Colin, 1964, 4e édition 1991, rééd. Pocket, coll. "Agora", 1997, Chapitre 9, p. 289-293)

***

Dans une deuxième partie du chapitre, consacré à la relation entre la personnalité des hommes d'État et les attitudes historiques de ceux-ci, Duroselle propose une classification empirique, ne dérivant d'aucun ouvrage publié jusqu'alors.

"Il nous semble que la meilleure méthode pour arriver à distinguer les attitudes essentielles consiste à chercher, dans les sources - documents diplomatiques, mémoires, discours en particulier - les questions que les hommes d'État ou les ambassadeurs se posent le plus fréquemment au sujet des hommes d'État étrangers à qui ils sont confrontés. On peut de la sorte énumérer de façon tout à fait empirique, une série de dilemmes. Cette série n'est évidemment pas limitative." L'auteur propose ainsi une série de tempéraments de dirigeants politiques, tempéraments opposés deux par deux : le doctrinaire et l'opportuniste, le lutteur et le conciliateur, l'idéaliste et le cynique, le rigide et l'imaginatif, le joueur et le prudent.
Concernant le doctrinaire et l'opportuniste, l'auteur rappelle que "les doctrinaires - pour Lasswell, les « théoriciens » - sont ceux qui se sont fixé un système de pensée cohérent et qui essaient le plus souvent possible d'harmoniser leurs décisions à ce système", tandis que "les opportunistes ou empiristes ne s'attachent à aucun système précis et règlent leur conduite sur les circonstances". Parmi les doctrinaires, Duroselle classe ainsi, par exemple, le Comte de Chambord (petit-fils du dernier roi de France Charles X, qui fit échouer la restauration monarchique en 1873 pour des raisons purement idéologiques) et le président des États-Unis d'Amérique Woodrow Wilson (au pouvoir de 1913 à 1921, doctrinaire modéré, adepte d'une "nouvelle diplomatie" à la fin de la Première Guerre Mondiale), sachant toutefois qu'aux yeux de l'auteur, c'est du côté des dirigeants des régimes autoritaires et totalitaires du XXe siècle que l'on trouve les cas les plus extrêmes de doctrinaires. Ainsi, selon Duroselle, "un des meilleurs exemples de doctrinaires est Hitler" : "Il est clair que les hommes d'État occidentaux n'ont guère compris avant 1939 l'attachement forcené d'Hitler à sa doctrine. Sans quoi, la lecture de Mein Kampf les eût davantage impressionnés."
Dans la foulée, l'auteur évoque également Lénine, "autre exemple de doctrinaire quoique avec plus de flexibilité et une extraordinaire faculté d'adaptation", ainsi que Staline, qui a suivi la ligne de Lénine en matière d'intransigeance doctrinaire.


"A ces esprits essentiellement doctrinaires", Duroselle oppose des opportunistes tels que le Premier ministre britannique Lloyd George (au pouvoir de 1916 à 1922) et des chefs de gouvernement français tels que Aristide Briand et Pierre Laval, soit trois "personnages pourtant bien différents par la valeur politique et le niveau moral", mais qui néanmoins ont un point commun, à savoir que ces trois personnages politiques "ne sont pas des hommes de principe". A la catégorie des opportunistes, l'auteur ajoute également le président des États-Unis Franklin D. Roosevelt (au pouvoir de 1933 à 1945, et dont le tempérament, notamment en matière de diplomatie, contraste avec celui de son prédécesseur W. Wilson évoqué plus haut), ainsi que le chancelier allemand Otto von Bismarck, qui "paraît être un autre grand exemple d'opportuniste", selon Duroselle, lequel ajoute  : "Comme on lui cite en 1874 des paroles qu'il a prononcées en 1849, il [Bismarck] répond qu'en politique, est absurde celui qui ne change pas : « Il ne s'agit pas ici de savoir ce que chacun a dit il y a vingt-cinq ans ; il s'agit de savoir ce qui est utile et nécessaire pour l'État »."


Concernant le lutteur et le conciliateur, on retrouve là "la distinction que Berger appelle « polarité »", avec "des  tempéraments « martiens » et d'autres « vénusiens »". Tandis que Aristide Briand apparaît comme un "bon exemple" de conciliateur selon l'auteur, du côté des lutteurs, dans la lignée du roi de France Louis XIV (plus enclin au combat qu'à la conciliation), on trouve des personnalités telles que le chef du gouvernement français Georges Clémenceau, le chancelier Bismarck et le président W. Wilson, personnalités qui sont pourtant, par ailleurs, différentes sous bien d'autres rapports. A propos de Clémenceau et de Bismarck, dirigeants de deux pays rivaux (la France et l'Allemagne) mais à des époques différentes (Clémenceau fut chef du gouvernement français de 1906 à 1909 et de 1917 à 1920, tandis que Bismarck fut chef du gouvernement prussien de 1862 à 1890 et chancelier allemand de 1871 à 1890), Duroselle écrit ceci : "Si l'on songe à leur commun goût pour la lutte, l'expression de Keynes serait vraie qui fait de Clemenceau « le Bismarck français »."


Evoquant ensuite les cas de l'idéaliste et du cynique, l'auteur conserve les exemples de Clémenceau, Bismarck et Wilson. "Tempéraments de lutteurs l'un et l'autre, Wilson et Bismarck diffèrent totalement si l'on adopte un autre champ de vision, celui de l'idéalisme que l'on doit opposer non au réalisme pratique (on peut être idéaliste et excellent tacticien [c'est le cas de Wilson]), mais au cynisme."


 "L'idéaliste est celui qui justifie son attitude au nom de valeurs universelles, et qui le fait sincèrement - autant qu'on puisse le savoir. Le cynique est celui qui se réclame de l'« égoïsme sacré », de la « raison d'État » [c'est le cas de Bismarck]. Le premier veut assimiler les vrais intérêts de son pays aux intérêts de l'humanité entière. Le second se déclare peu intéressé par les intérêts de l'humanité et affirme hautement ceux de son pays. Toutes les nuances sont possibles entre ces deux termes. Par exemple, Clemenceau n'est pas seulement « le Bismarck français », décrit par Keynes, c'est-à-dire, le cynique prêt à sacrifier la morale internationale à la sécurité de la France. Il est aussi l'homme de la « paix du droit », le vieux radical épris de liberté. Il se situe entre Wilson et Bismarck."

(Introduction à l'histoire des relations internationales, Paris, Armand Colin, 1964, 4e édition 1991, rééd. Pocket, coll. "Agora", 1997, Chapitre 9, pp. 300-301)

Concernant les cas du rigide et de l'imaginatif, Duroselle précise qu'il ne faut pas confondre le rigide et le doctrinaire, car ce dernier "se fixe des objectifs d'ensemble, mais sa souplesse dans l'exécution peut être infinie - comme ce fut le cas pour Hitler." Le rigide est différent en ce sens qu'il est "celui qui s'en tient étroitement à certaines méthodes. Éventuellement bon administrateur, l'imprévu l'embarrasse, et il ne sait imaginer des solutions neuves. Il est l'homme du « précédent » et non le créateur. Inversement l'imaginatif est celui qui sait inventer, et qu'aucune circonstance nouvelle ne déconcerte." Dans ce contexte, l'auteur propose, à titre d'exemples, l'opposition qui peut être faite, d'une part, entre le président des États-Unis Herbert Hoover (au pouvoir de 1929 à 1933, administrateur désemparé face à la grande crise économique du moment) et son successeur direct F. D. Roosevelt (l'homme du "New Deal", très inventif), et d'autre part, entre les chefs de gouvernement français Raymond Poincaré (président de la République de 1913 à 1920, plusieurs fois chef de gouvernement entre 1912 et 1929, homme à structure d'esprit "administrative") et Aristide Briand (plusieurs fois chef de gouvernement entre 1909 et 1929, homme peu pourvu en talents d'administrateur mais toujours soucieux de s'adapter aux circonstances sans parti pris), soit deux cas de deux dirigeants politiques contemporains l'un de l'autre et représentatifs du contraste apparaissant entre un rigide (Hoover, Poincaré) et un imaginatif (Roosevelt, Briand) au pouvoir.


Enfin, l'auteur évoque le joueur et le prudent : "Certains hommes d'États ont le goût du risque. D'autres en ont horreur et pratiquent la prudence. En général, les premiers sont prompts dans leurs décisions. Les seconds sont lents, préfèrent attendre." Du côté des joueurs, Duroselle distingue les joueurs par gloriole, "nombreux dans l'histoire et dangereux pour la paix", et les joueurs calculateurs, "d'une autre stature", qui incarnent "le type du vrai joueur, c'est-à-dire de l'homme audacieux, résolu, aux décisions promptes et hardies, ne prenant des risques qu'après les avoir calculés." Dans la catégorie des joueurs par gloriole, l'auteur classe des hommes du XIXe siècle tels que Jacques Laffitte (chef du gouvernement français sous Louis-Philippe Ier, de 1830 à 1831) et le duc Agénor de Gramont (ministre français des Affaires étrangères sous Napoléon III, en 1870), ainsi qu'un dirigeant du XXe siècle caractéristique de ladite catégorie, à savoir le dictateur fasciste italien Mussolini. Parmi les joueurs calculateurs, qui sont d'une autre trempe, Duroselle mentionne Casimir Pierre Perier dit Casimir Perier  (chef du gouvernement français sous Louis-Philippe Ier, de 1831 à 1832) et des personnages historiques plus connus tels que Napoléon Ier, Bismarck et Hitler : "Selon que la politique générale est défensive, semi-offensive ou offensive, on passe de Casimir Perier à Bismarck, et de Bismarck à Hitler. Mais dans tous les cas, le calcul est froidement poussé à ses extrêmes. Seule l'ivresse des succès obtenus grâce à ces calculs peut pousser l'homme politique à se lancer dans l'aventure, comme Hitler le 22 juin 1941 lorsqu'il attaqua l'U.R.S.S. L'homme d'État par excellence est celui qui, comme Bismarck, sait s'arrêter, c'est-à-dire passer d'une stratégie offensive à une stratégie défensive lorsqu'il sait que ses buts sont atteints."
Du côté des prudents, l'auteur évoque le roi des Français Louis-Philippe Ier (régnant de 1830 à 1848, adepte d'une politique étrangère faite de modération) et le Premier ministre britannique Neville Chamberlain (au pouvoir de 1937 à 1940), ce dernier représentant un cas extrême où la prudence prend la forme du renoncement, vis-à-vis de la politique expansionniste menée par Hitler : "Face à un joueur extrêmement audacieux, l'extrême prudence peut devenir imprudente."
"Entre les joueurs et les prudents", Duroselle, en outre, n'oublie pas d'évoquer "des personnages bien difficiles à classer, tels Napoléon III" qui "mêle à un certain goût du risque dans les décisions une extrême irrésolution dans l'exécution de ces décisions." Enfin, passant du plan politique à celui de la stratégie, l'auteur constate que l'on retrouve "la même opposition entre les joueurs et les prudents", et que du côté des joueurs, on peut tout autant distinguer des joueurs frivoles comme le général français Nivelle (pendant la Première Guerre Mondiale) et de grands joueurs calculateurs tels que le général allemand Ludendorff (également pendant la Première Guerre Mondiale) et l'Empereur des Français Napoléon Ier, vainqueur à Austerlitz (1805).



  "On peut, naturellement, ajouter à l'infini d'autres variations sur les hommes d'État. Celles qui précèdent nous paraissent à la fois les plus fréquemment utilisées dans les textes et les plus aisées à discerner. On aurait beaucoup plus de peine à distinguer par exemple l'intelligent du non-intelligent, car il y a sur ce point une vaste part d'appréciation subjective. De même pour l'émotionnel et le calculateur froid. Car la décision peut être prise sous l'inspiration d'une passion profonde, et sa réalisation être savamment et cyniquement calculée. De même encore pour l'ambitieux et le satisfait, car il est impossible d'imaginer un homme d'État, hormis le cas de l'hérédité monarchique, qui serait venu au pouvoir sans ambition. « La politique, a écrit Louis Barthou (1), c'est l'art, la volonté, la passion de gouverner. Ceux qui ne l'aiment pas en prennent difficilement l'habitude ; ceux qui l'aiment y renoncent plus difficilement encore ». D'ailleurs, les limites sont souvent bien confuses entre l'ambition personnelle et la politique ambitieuse sous prétexte d'intérêt national.

 Mieux vaut donc choisir pour les analyses historiques des alternatives plus nettes et plus claires."

(1) - Dans Le politique, Paris, 1923, 128 p., p. 16.

(Introduction à l'histoire des relations internationales, Paris, Armand Colin, 1964, 4e édition 1991, rééd. Pocket, coll. "Agora", 1997, Chapitre 9, p. 309)

Interrompons là mes citations, en espérant qu'elles vous auront donné envie d'en savoir plus... J'ai évoqué cette partie du livre comme si cela avait été fait de façon orale, sans souci de plan précis ou d'exposé méthodique. Aussi ne puis-je à présent qu'inviter vivement mes lecteurs à lire l'ensemble de l'ouvrage de Renouvin et Duroselle, lequel est considéré de nos jours, à juste titre, comme un classique de l'historiographie contemporaine, dont la lecture reste très instructive en ce début du XXIe siècle. J'ai, pour ma part, acquis mon exemplaire de cette Introduction à l'histoire des relations internationales en juillet 1998, lorsque j'étais lycéen, et aujourd'hui, plus de dix ans après, je continue de parcourir, de temps à autre, ce livre avec intérêt, afin de me rappeler son précieux contenu, toujours utile à la réflexion historique... et politique.

Cordialement, :-)

Hyarion.

 
(De gauche à droite et de haut en bas : Détail du tableau Louis XV [portrait de Louis XV en buste], pastel sur papier bleu, le visage rapporté sur un empiècement, par Maurice-Quentin Delatour [1704-1788], Paris, Musée du Louvre ; Gravure d'un portrait de Benjamin Franklin, d'après un tableau peint par Joseph-Siffred Duplessis [1725-1802], reproduite sur un billet de 100 dollars des Etats-Unis d'Amérique, Détail du tableau Portrait de Maximilien de Robespierre, huile sur toile [fin du XVIIIe siècle] par un peintre anonyme de l'école française, Paris, Musée Carnavalet, Détail du tableau inachevé Le général Bonaparte [futur Napoléon Ier], huile sur toile [1797-1798] par Jacques Louis David, Paris, Musée du Louvre ; Couverture du livre Introduction à l'histoire des relations internationales de Pierre Renouvin et Jean-Baptiste Duroselle, réédité en format de poche chez Pocket en 1997 ; Le cardinal de Richelieu, huile sur toile [vers 1639] par Philippe de Champaigne, Paris, Musée du Louvre ; Louis XVI, roi de France [portrait équestre en roi citoyen], huile sur toile [1791] par Jean-Baptiste-François Carteaux, Versailles, Musée national des Châteaux de Versailles et de Trianon ; Détail du tableau Napoléon Ier à la bataille de Wagram, 6 juillet 1809, huile sur toile [vers 1835] par Horace Vernet, Versailles, Musée national des Châteaux de Versailles et de Trianon ; Mars et Vénus, huile sur toile [vers 1720-1725] par Giambattista Pittoni, Paris, Musée du Louvre ; De gauche à droite : Joseph [Iossif] Vissarionovitch Djougachvili dit Joseph Staline, Vladimir Ilitch Oulianov dit Lénine, et Mikhaïl Ivanovitch Kalinine au VIIIe Congrès du Parti communiste [bolchevique] de Russie, en mars 1919, photographie ; "The pilot leaves the ship" ["Le pilote quitte le navire"], caricature de Sir John Tenniel, publiée dans le journal satirique britannique Punch, en mars 1890, et montrant l'Empereur allemand Guillaume II [en haut] regardant partir le chancelier allemand Otto von Bismarck, contraint d'abandonner le pouvoir par volonté de l'Empereur ; De gauche à droite, les "Quatre grands" ["Big four"] représentants les principaux pays vainqueurs à l'issue de la Première Guerre Mondiale [1914-1918] : le Premier ministre britannique David Lloyd George, le chef du gouvernement italien Vittorio Orlando, le chef du gouvernement français [Président du Conseil] Georges Clémenceau et le Président des États-Unis d'Amérique Woodrow Wilson, lors de la conférence de la paix de Paris, le 27 mai 1919, photographie par Edward N. Jackson ; Photographie non datée de Franklin Delano Roosevelt [président des États-Unis d'Amérique de 1933 à 1945], derrière un micro, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives ; Détail du tableau Bataille d'Austerlitz, 2 décembre 1805, huile sur toile [1810] par le baron François Gérard, Versailles, Musée national des Châteaux de Versailles et de Trianon)
Par Hyarion
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Mercredi 29 juillet 2009 3 29 07 2009 14:41
On l'aura aisément remarqué : sans doute parce que je suis fatigué et que j'ai besoin de repos, comme presque tout le monde en France en ce moment - y compris au plus haut sommet de l'État, apparemment -, et bien évidemment parce que le temps me manque pour m'occuper du présent blog, je ne suis plus en mesure, depuis plus d'un mois, de rédiger des article sur l'actualité politique et culturelle, même si je continue de suivre en silence ladite actualité. Nous verrons bien, si, dans quelque temps, je serais en mesure d'entretenir plus régulièrement la flamme animant le Blog de l'Anarcho-monarchiste, et en attendant je vous propose, chers lecteurs, un intéressant compte-rendu de lecture rédigé par l'un de mes visiteurs réguliers, à savoir l'alias Dante. Initialement écrit en avril de cette année, le texte dudit compte-rendu a ensuite été retravaillé par son auteur, et j'en propose ici la version définitive, qui date du mois de juin dernier.

*******


DIRE ET MAL DIRE, HIER COMME AUJOURD’HUI

 

     A l’heure où un mouvement social couve derrière ses résurgences sporadiques et ses radicalisations, à l’heure où la parole politique est surexposée et instrumentalisée, s’interroger sur la nature, les enjeux ou encore les mécanismes de l’opinion publique se révèle une démarche essentielle. Les discours sur le pouvoir sont à la fois les reflets et les pratiques d’une culture politique. Les slogans tels que « démocratie » ou « pour qui compte notre voix ? » ont en effet teintés abondamment les cortèges des manifestations du 29 janvier et du 19 mars derniers. Cette revendication est non seulement un leitmotiv mais porte aussi la marque du débat sur la démocratie d’opinion. Dire et mal dire, hier comme aujourd’hui, traduit un rapport au pouvoir, à son exercice et à sa place dans la société.

     Le très beau livre d’Arlette Farge sur l’opinion publique au XVIIIe siècle nous invite à cette réflexion sur cette parole remplie de paradoxes et dont la portée reflète des conceptions et des tendances. Plongeant au cœur des archives judiciaires, l’historienne dresse une histoire vivante des mentalités à travers les discours pour et contre le pouvoir d’alors.

 

     En 1992, trois ans après un très bel ouvrage intitulé Le goût de l’archive, Arlette Farge publiait Dire et mal dire – L’opinion publique au XVIIIe siècle aux éditions du Seuil. Mais que peut-on appeler « opinion publique » et quelles implications révèlent cette définition ?

 

L’opinion publique : d’un objet politique à un objet d’histoire

 

     Les historiens se sont toujours intéressés aux discours provenant du passé, quelles que soient leurs provenances et leurs supports. Des premières traces de l’écriture aux témoignages contemporains, la parole qui déploie la réminiscence bénéficie d’une large place et d’une réflexion abondante en commentaires et analyses. Mais la qualification de cette parole s’est avérée déterminante pour saisir ses dimensions et ses mécanismes. Emanant d’un espace individuel ou collectif, cette parole révèle des opinions, du latin « opinio » signifiant littéralement « croire que ». Qualifiant un jugement que l’on se forme ou que l’on adopte sur un sujet, une assertion ou une conviction personnelle plus ou moins fondée, l’opinion fut et demeure un outil politique de première importance, intégrant les caractères d’un « art du bon gouvernement ».

     Elargie à la sphère collective, l’opinion devient publique dès lors qu’elle traduit un jugement commun, un ensemble d’idées ou des convictions communes à une collectivité. Certes sommaire et insuffisante, cette définition a toutefois le mérite d’intégrer des problématiques stimulantes : l’opinion publique résulte-t-elle d’un processus homogène et réflexif ? Trouve-t-on ses arcanes dans des jugements individuels qui se diffusent ou s’agit-il de convictions élaborées au contact du débat et des conversations ?

 

     L’opinion publique est ainsi devenue un objet de recherche historique à part entière dans les années 1970, en pleine apogée de l’histoire des mentalités. C’est avec l’ouvrage de Jacques Le Goff et Pierre Nora, Faire de l’Histoire(Gallimard, 1974) que le concept d’opinion publique est reconnu comme un objet d’histoire, notamment sous la plume de Jacques Ozouf qui défend son étude dans un article, « L’Opinion publique : apologie pour les sondages ».

      Le thème de l’opinion publique est étudié selon une approche spécifique. Presque tous les ouvrages historiques sur ce thème réfléchissent sur le processus de formation, d’émergence de l’opinion publique, ou encore la définition et l’application du concept comme dans l’article de Mona Ozouf en 1989, « Le Concept d’opinion publique au XVIIIe siècle », ou l’ouvrage de Philippe Champagne, Faire l’opinion (1990).

     Dans la lignée de ses travaux, l’ouvrage d’Arlette Farge apporte cependant une nouveauté.

 

La démarche de Dire et mal dire

 

 

     Comme son titre l’indique, l’ouvrage a pour thème l’opinion publique au XVIIIe siècle. Ici pourtant s’opère l’innovation de ce livre. En effet, Arlette Farge s’attache à élargir le champ de « l’opinion publique » pour y intégrer la parole populaire. Dans son introduction, elle explicite ce projet :

« Ce livre cherche à cerner des formes politiques d’acquiescement ou de mécontentement populaire face aux événements et au spectacle de la monarchie, et s’interroge sur l’existence d’une opinion publique populaire dont les motifs sont à découvrir et à articuler ».

 

     Ainsi se trouve développé en trois grandes étapes, correspondant aux 3 parties du livre, l’analyse de ce que Jürgen Habermas appelle « la sphère publique plébéienne », ses acteurs, ses formes d’expression, ses enjeux idéologiques et ses soubassements mentaux. Arlette Farge précise d’ailleurs que l’origine de cette étude repose sur un précédent travail de Jürgen Habermas : L’espace public, archéologie de la publicité comme dimension constructive de la société bourgeoise, lequel a montré comment, au cours du XVIIIe siècle, est né un espace public bourgeois, gouverné par la raison, une raison qui pouvait contester le pouvoir, donc le roi et la Cour. Selon l’historien allemand, l’opinion publique « renvoie à un public constitué par des personnes privées faisant usage de la raison ». Cependant, il « laisse de côté la variante que représente la sphère publique plébéienne qui est restée réprimée ». Or, si cette sphère fut réprimée, c’est bien qu’elle a existé. C’est à partir de cette réflexion que se décline l’analyse d’Arlette Farge.

 


     Dans son ouvrage, Arlette Farge rattache l’étude du concept avec la méthode d’un courant historiographique : la micro-histoire[1]. Dans sa démonstration, l’auteur analyse certains éléments catalyseurs, qui paraissent anecdotiques, comme révélateurs de grandes tendances et participant à celles de l’ensemble du discours. La meilleure illustration est l’exemple de l’affaire Cartouche (1719-23) qui retrace de nouvelles lignes de partage entre la normalité et le crime, mettant en cause également l’autorité royale.

     Arlette Farge déploie dans ces quelques pages la cuisine de l’historien, confronté à l’examen critique des sources, à leur analyse et aux enseignements qu’elles apportent. Au sein de Dire et mal dire, l’auteur se livre à une étude du discours contenu dans la source comme un discours social, et non judiciaire, pour repérer ce qu’elle appelle les « émergences » en terme de représentation. L’interrogation centrale confine presque à l’anthropologie : Comment l’individu du passé pensait son présent ? L’auteur historicise le mouvement de la pensée, tant à l’échelle individuelle qu’à l’échelle collective, et la conscience politique en formation.

     Dans cette perspective, le livre d’Arlette Farge rejoint l’analyse que fait Pierre Sorlin dans son article « Le Mirage du public » (in La Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, 1992) où il prône l’étude sur l’intervention du public dans l’accomplissement de l’acte culturel. Dans Dire et mal dire, l’auteur examine l’intervention de la parole, du discours populaire, pour montrer sa signification, qu’elle est issue et fabrique de la culture.

 

      Sur la base de sources peu utilisées [Archives de la Bastille et du Fonds Joly de Fleury du Cabinet des Manuscrits de la Bibliothèque Nationale de France – domaine judiciaire], l’auteur montre comment s’est fabriquée une opinion publique au XVIIIe siècle, comment cette dernière évolue et les créations dont elle est à l’origine dans le discours populaire.

     La 1ére partie, intitulée « Chronique, presse et police : les échos de la rue mis en scène », se concentre sur l’activité policière et ses agents. La 2nde partie, intitulée « Mauvais discours » forme la partie centrale de l’ouvrage et porte sur les motifs, les formes et les occasions d’existence du discours populaire. Enfin, la 3éme partie, « Les mots contre le roi ou la parole embastillée » nous livre une fine analyse de l’imaginaire populaire élaboré autour de la personne du roi et du rapport au pouvoir.

 

Un ouvrage marqué par l’influence de Michel Foucault

 

     A propos de Dire et mal dire, Alain Corbin déclare : « C’est un ouvrage intéressant car ici s’opère la focalisation sur l’origine qui modifie le statut de la preuve, puisque la quête décisive ne concerne plus la propagation, la diffusion (et donc le majoritaire), mais le surgissement de la parole, et donc la singularité prémonitoire qui la caractérise ». Cette remarque est fondamentale puisque l’étude de surgissement, d’émergences révèle que la figure des objets historiques est mouvante. Une même source peut être traitée à partir de problèmes différents, et donc servir des projets historiques de plusieurs natures.

     Ce constat permet de mesurer l’influence de Michel Foucault. Arlette Farge revendique par ailleurs cet héritage dans un article paru dans la revue l’Histoire, « Michel Foucault et les historiens : le malentendu ». (N° 154 d’avril 1992) :

« L’historien, sans abandonner son souci du réalisme historique, peut, s’il le veut, intégrer les questions posées par Michel Foucault à ses propres résultats afin de démultiplier le sens de ce qu’il entrevoit au cours de ses recherches ». Cette expression « démultiplier le sens » est importante car, selon la technique d’approche, d’autres sens apparaissent, les perspectives évoluent, créant l’émergence d’objets historiques nouveaux.

     La thématique de l’émergence est elle-même issue de la réflexion foucaldienne. Alain Corbin souligne cet aspect : « Le projet historique le plus fascinant réside dans la détection des émergences ; dans l’analyse de ce moment mystérieux où les éléments épars s’organisent, se cristallisent, pour engendrer la novation ».

     Poursuivant son analyse, il met en exergue une autre revendication d’Arlette Farge : « Michel Foucault invite au repérage du manque ». A la page 255 de Dire et mal dire, une autre réflexion révèle le prolongement de la recherche : « Michel de Certeau le disait « quelque chose s’est perdu qui ne reviendra pas ». Ici aussi quelque chose s’est perdu qui ne reviendra plus. Les mots énoncent le manque, la séparation entamée et quelque déchirement dans les consciences ». Ainsi, pour Michel Foucault et Arlette Farge, la tâche de l’historien est de produire du manque là où régnaient des certitudes. Ici, nous ne sommes plus dans la configuration de l’histoire sociale ou de l’histoire culturelle. Nous rentrons véritablement dans l’histoire des mentalités et des représentations.

 

Ce que nous apprend Dire et mal dire

 

     L’intérêt majeur du livre est de nous montrer les mutations de l’opinion publique, qui peuvent se décrire comme un triple processus :

  1. Une lente montée d’une critique populaire contre la personne du roi, qui débouche sur une accentuation des propos polémiques.
  2. Une opposition de nature religieuse, énoncée en particulier avec le problème du jansénisme [Phénomène des convulsionnaires de St Médard (1723) jusqu’à l’expulsion des Jésuites (1773)].
  3. Une politisation des couches populaires perceptible à travers l’analyse des propos de rues, correspondances et placards.

L’ouvrage s’articule sur plusieurs interrogations et nous donne une image peu connue du XVIIIe siècle. Trois constats réfutent ce que l’on croyait :

  1. Concernant le « public » qui a une opinion, elle montre qu’il n’est pas seulement constitué par les lettrés qui fréquentent les sociétés de pensée, lisent les journaux et débattent. Malgré la répression, la parole se libère et se démocratise à toutes les classes.
  2. Les trois dernières décennies du XVIIIe siècle, marquées – pensait-on – par une progressive et inexorable désacralisation du monarque et de la monarchie, n’est en fait que l’accentuation d’un phénomène déjà présent dans les esprits : il révèle un dispositif monarchique plus qu’une inflexion novatrice et originale des avis populaires.
  3. La multiplication des écrits séditieux n’empêche pas la tradition orale de se poursuivre et d’être forte.

 

     Au terme de l’étude, Arlette Farge dresse deux grands constats : celle d’une dégradation de l’image sociale du Roi de France et la montée d’une opinion publique éclairée, marquée par le désir de juger et d’informer.

       Dans l’ensemble, Dire et mal dire a été favorablement accueilli. La revue l’Histoire, dans son N°158 de septembre 1992, observe : « Les historiens avaient utilisés jusqu’ici quelques unes de ces archives comme des matériaux utiles pour l’étude de la criminalité et de sa répression au XVIIIe siècle. Arlette Farge les a réexaminées pour leur expression même, nous donnant une remarquable analyse de l’émergence de l’opinion publique ». La revue Terrain a qualifiée le livre de « merveille d’analyse historique ». La critique du Monde des Livres salue l’étude sous la plume de Roger Chartier en la qualifiant de « livre important ».

      L’accueil fut en revanche plus réservé dans un compte-rendu de la Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, rédigé par Hans-Jürgen Lüsebrink : « L’apport de ce livre se trouve un peu relativisé par l’absence de toute tentative d’analyse sérielle et quantitative ». A travers ce reproche transparaît la philosophie des Annales. Nous reconnaissons ici l’éternelle guerre de chapelles détentrices de leurs marottes respectives en matière d’artisanat de l’histoire…

 

Une historienne des identités sensibles

  Arlette Farge, 2007.

 

      Avec Dire et mal dire, Arlette Farge nous livre une étude qui nous immerge dans la psychologie du XVIIIe siècle. Comprendre ce qui a motivé les hommes à agir permet de comprendre les actions elles-mêmes. Ainsi nous est décrit une époque à travers ses dires, ses mauvais et ses bons discours, où les images se précipitent, se rencontrent et se heurtent aux imaginaires comme aux réalités.

     Il serait dommage de ne pas conclure cette invitation à la lecture sans dire quelques mots sur son auteur. Tentons pour finir une brève traversée biographique…

     Arlette Farge s’était orientée vers le droit avant de se destiner à l’histoire. Elle est aujourd’hui une historienne spécialisée dans le XVIIIe siècle, directrice de recherche au CNRS et enseignante à l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales). Elle a soutenu une thèse en histoire moderne sur les Voleurs d’aliments à Paris au XVIIIe siècle et rencontré Michel Foucault avec qui elle a écrit Le Désordre des familles en 1982. Se définissant comme appartenant « peu ou prou » à l’école des Annales, elle s’intéresse aussi à l’histoire des femmes, et tout particulièrement dans son actualité, à la photographie, au cinéma et à l’image. Avec son groupe de recherche du « groupe d’histoire des femmes », elle travaille sur le thème des identités populaires au XVIIIe siècle, des relations hommes/femmes et de l’écriture de l’histoire. Elle est également co-animatrice de l’émission Les lundis de l’Histoire sur France Culture. Elle est l’auteur de nombreux ouvrages (liste non exhaustive):

 

-          Délinquance et criminalité : le vol d’aliments à Paris au XVIIIe siècle, Paris, Plon, 1974.

-          Vivre dans la rue à Paris au XVIIIe siècle, Paris, Gallimard, 1979.

-          Le Désordre des familles (en collaboration avec Michel Foucault), Paris, Gallimard/Julliard, 1982.

-          Le Miroir des femmes, Paris, Montalba, 1982.

-          La vie fragile. Violences, pouvoirs et solidarités à Paris au XVIIIe siècle, Paris, Hachette, 1986.

-          Logique de la foule (en collaboration avec Jacques Revel), Paris, Hachette, 1988.

-          Le goût de l’archive, Paris, Seuil, 1989.

-          Dire et mal dire – L’opinion publique au XVIIIe siècle, Paris, Seuil, 1992.

-          Le cours ordinaire des choses dans la cité du XVIIIe siècle, Paris, Seuil, 1994.

-          De la violence et des femmes, Paris, Albin Michel, 1997.

-          Fracture sociale (en collaboration avec Jean-François Laé, Paris, Desclée de Brouwer, 2000.

-          Séduction et sociétés : approches historiques (avec Cécile Dauphin), Paris, Seuil, 2001.

-          Le Bracelet de parchemin. L’écrit sur soi au XVIIIe siècle, Paris, Bayard, 2003.

-          Effusion et tourment, le récit des corps. Histoire du peuple au XVIIIe siècle, Paris, Odile Jacob, 2007.

 

     Servis par une écriture fine et accessible, les ouvrages d’Arlette Farge en font une historienne à connaître et à suivre pour qui aime s’aventurer sur les sentiers d’une connaissance sensible du monde d’hier. 

     Dire et mal dire nous invite à cette exploration ainsi qu’à méditer cette réflexion de Schopenhauer : « Adhérer devint alors un devoir. Désormais, le petit nombre de ceux qui sont capables de juger est obligé de se taire ; et ceux qui ont le droit de parler sont ceux qui sont absolument incapables de se forger une opinion et un jugement à eux, et qui ne sont donc que l’écho des opinions d’autrui. Ils en sont cependant des défenseurs d’autant plus ardents et intolérants. Car ce qu’ils détestent chez celui qui pense autrement, ce n’est pas tant l’opinion différente qu’il prône que l’outrecuidance qu’il y a à vouloir juger par soi-même – ce qu’ils ne font bien sûr jamais eux-mêmes, et dont ils ont conscience dans leur for intérieur. Bref, très peu de gens savent réfléchir, mais tous veulent avoir des opinions ; que leur reste-t-il d’autre que de les adopter telles que les autres les leur proposent au lieu de se les forger eux-mêmes ? 

     Intéressant et terriblement actuel, n’est-ce pas ? :-))

 

Dante.



[1] D’origine italienne, [« microstoria »], la micro-histoire, initiée notamment par Carlo Ginzburg (Le fromage et les vers, 1980) et Giovanni Levi (Le Pouvoir au village, 1989) est un courant historiographique qui a poursuivi une réflexion sur les échelles d’observations. L’approche de la micro-histoire fonctionne un peu comme une fenêtre : un objet particulier à travers lequel on peut contempler un ensemble. En réaction, à l’histoire sociale traditionnelle, (approches quantitatives ou monographies régionales), la micro-histoire s’est posée la question de savoir si le petit n’est pas meilleur à penser que le grand, le détail que l’ensemble, le local que le global. Plutôt que l’étude des grandes structures sociales, des masses ou des classes, elle privilégie l’expérience vécue des individus, les trajectoires et les stratégies des acteurs.


*******


Voila. En espérant que ce compte-rendu de lecture par Dante de l'ouvrage Dire et mal dire – L'opinion publique au XVIIIe siècle d'Arlette Farge vous aura intéressé, je vous souhaite à tous, chers lecteurs, de bonnes vacances d'été... pour ceux qui ont la chance de pouvoir en prendre...

A bientôt, peut-être...

Cordialement, :-)

Hyarion.

(Illustrations : Détail du tableau La Ville et la rade de Toulon, huile sur toile [1756] par Joseph Vernet, Paris, Musée du Louvre ; Couverture du livre Dire et mal dire – L'opinion publique au XVIIIe siècle d'Arlette Farge [Paris, Seuil, 1992] ; Jaquette de couverture du livre Dire et mal dire – L'opinion publique au XVIIIe siècle d'Arlette Farge [op. cit.] ; Portrait de l'historienne Arlette Farge, photographie, 2007)
Par Hyarion
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