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"Sarkozy, il faut lui marcher dessus. Pour deux raisons. Un, c'est la seule chose qu'il comprenne. Deux, ça porte chance." (Jacques Chirac)


(Jacques Chirac, par Kiro)

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Turpitudes de la vie politique 1 (2007-2008)

Lundi 7 mai 2007 1 07 05 2007 23:32
Quelle dérouillée ! Avec un peu plus de 53% des suffrages pour Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, contre un peu moins de 47% des voix pour Ségolène Royal, la défaite est sévère pour tous les citoyens démocrates et humanistes de notre pays. Avec l'élection de Sarkozy à la plus haute charge de l'Etat, c'est une droite décomplexée, et idéologiquement très orientée, qui est désormais sur le point de conquérir - à l'occasion des prochaines élections législatives - la totalité du pouvoir en France. C'est évidemment une catastrophe politique, d'autant plus grande que la victoire de Sarkozy est incontestable sur la forme, en raison du taux de participation très élévée pour ce deuxième tour de l'élection présidentielle (environ 84 % de votants), taux qui représente - paradoxalement -, et c'est bien juste de le dire, une bonne nouvelle pour la démocratie française. On notera que les électeurs de François Bayrou, considérés comme détenant une des clés du scrutin avant le second tour de l'élection, n'ont pas fait la différence, en définitive, puisqu'ils se répartissent de façon à peu près égale sur les deux candidats. Le succès de Sarkozy n'est pas une surprise : dans un pays qui vieillit, dont la situation socio-économique n'est guère brillante, il n'a pas eu de mal à incarner un "changement", dont on aura bien assez le temps de constater la nature - forcément injuste - dans les cinq ans qui viennent... Sarkozy, candidat des riches, des puissances financières et médiatiques, a réussi à conquérir l'électorat jusque-là favorable à Le Pen, une bonne partie des couches populaires de la société, ainsi que, bien entendu, les plus âgés des citoyens français, ceux qui sont vraiment vieux, c'est-à-dire vieux à la fois dans le corps mais surtout aussi dans leur tête, tous ceux qui veulent que les choses changent tout en restant les mêmes, avec les sempiternelles références au travail, à l'autorité, à la morale, au mérite, à la récompense, à l'identité nationale comme rempart face à l'immigration, toutes ces références étant érigées en dogme... Le vote pour Sarkozy est, en fait, le pire des votes conservateurs, celui qui sous l'apparence d'un changement, n'est jamais que l'expression des préjugés et de la bêtise ordinaires, propre au conservatisme le plus étouffant qui soit...

Le 31 janvier dernier, à l'occasion d'un entretien accordé au Figaro, à la question de définir quelles sont les valeurs de la droite, Sarkozy a répondu ainsi :

« Au premier rang, je mettrai la valeur travail dont l’oubli résume à mes yeux toute la crise morale française. Le travail a été délaissé par la droite et trahi par la gauche. Les socialistes ne parlent plus des travailleurs, c’est un signe. Je veux être le candidat du travail. C’est ma cohérence et le ciment de mon projet. La deuxième valeur, c’est le respect. L’erreur de mai 68, c’est d’avoir pensé faire le bonheur de l’élève en le considérant comme l’égal du maître. Or, si l’élève a vocation à dépasser le maître, il doit respecter son autorité. Enfin, il y a la valeur de responsabilité. Je considère qu’il n’existe pas de droit sans devoir en contrepartie. Je demande que nul ne puisse refuser plus de deux offres d’emploi qui correspondent à sa qualification. Je demande aussi qu’il n’y ait pas de minimum social sans une obligation d’activité en contrepartie. »

(Sarkozy, dans un entretien, le Figaro, 31 janvier 2007)

Sarkozy s'est présenté comme le candidat de la "valeur travail". Pour moi, le travail est un moyen, et non pas une fin. Or, en considérant le travail comme une valeur en soi, comme si le travail pour le travail avaient un sens, surtout s'il est lié au principe de l'argent pour l'argent, Sarkozy considère implicitement que le travail est une fin en soi, et pour cause : derrière ces beau discours qui ne font qu'entretenir les préjugés insultants de ceux qui considèrent qu'il y a la bonne France de ceux qui travaillent et se lèvent tôt pour gagner de quoi vivre, face à la mauvaise France de ceux qui ne lèvent que pour aller faire la queue aux ASSEDIC, il y a la conviction profonde que ledit travail constitue la meilleure des polices dans une société.
Le philosophe Friedrich Nietzsche l'avait bien compris :

« 173. Les apologistes du travail.

Dans la glorification du "travail", dans les infatigables discours sur la "bénédiction du travail", je vois la même arrière-pensée que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous : à savoir la peur de tout ce qui est individuel. Au fond, on sent aujourd'hui, à la vue du travail - on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir -, qu'un tel travail constitue la meilleure des polices, qu'il tient chacun en bride et s'entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l'indépendance. Car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l'amour et à la haine, il présente constamment à la vue un but mesquin et assure des satisfactions faciles et régulières. Ainsi une société où l'on travaille dur en permanence aura davantage de sécurité : et l'on adore aujourd'hui la sécurité comme la divinité suprême. »


(Friedrich Nietzsche, Aurore, pensées sur les préjugés moraux [1880-1881], Livre troisième, "173. Les apologistes du travail")

Bien évidemment, Nietzsche parlait ici du travail médiocre, à distinguer de l'authentique travail qui manifeste notre pouvoir de création. Or, que peut-on espérer d'autre, avec quelqu'un comme Sarkozy, qu'un dur labeur destiné uniquement à satisfaire des besoins immédiats, forcément financiers, un labeur qui, du matin jusqu'au soir, mobilise nos facultés et dompte les individus ? On remarquera que même pour Nietzche, le travail authentique, dès lors qu'il est lié au plaisir et à la joie, peut être un but en soi. Pour ma part, le travail, sous quelque forme que ce soit, ne saurait être un but. Pour moi, le travail n'est qu'un moyen, que ce soit pour le pire - le gain, le profit -, ou pour le meilleur - la réalisation, la création, vrai but du travail. La réflexion de Nietzsche sur les apologistes du travail, dans son livre Aurore, n'en est pas moins particulièrement actuelle : on a l'impression que l'immense philosophe allemand du XIXe siècle a écrit ces lignes cette année...

Hier, j'ai passé ma soirée devant le poste de télévision, à regarder les images navrantes, parfois assez écoeurantes, de cette fin de journée du 6 mai, jour de tristesse et d'amertume pour tous ceux qui ce sont opposés à la candidature de Sarkozy. J'ai bien noté que du côté du PS, comme cela était prévisible, le combat des chefs n'a pas tardé à réapparaître : tandis que Ségolène Royal s'efforçait de rester digne et affirmait, courageusement, sa volonté de continuer à incarner le renouveau à gauche, et de rester aux côtés de ses partisans à l'occasion des prochaines échéances électorales - contrairement à Jospin en 2002 -, l'incorrigible Dominique Strauss-Kahn n'a pas pu s'empêcher d'être le premier - avant même Laurent Fabius - a dégainer les couteaux, en affirmant crânement, sur France 2, être le seul au PS à incarner le changement social-démocrate tant attendu, refusant d'accorder, semble-t-il, la moindre importance aux efforts faits par Royal pour sortir des carcans idéologiques du PS pendant sa campagne, notamment son ouverture vers le centre pendant l'entre-deux tours. Strauss-Kahn semble être un peu trop
persuadé d'incarner à lui seul le changement au PS : son attitude d'hier soir devant les caméras de télévision a été indigne, et s'il faut être obligé de se rallier à lui pour faire du PS un véritable parti social-démocrate moderne, je ne peux que confirmer mon intention d'aller voir ailleurs...
Depuis 2005, et la division de la gauche au moment du référendum sur la constitution européenne, rien ne va plus au Parti Socialiste : alors que la transformation social-démocrate aurait dû avoir lieu bien avant l'échéance de 2007, le fameux "projet socialiste" péniblement pondu en 2006, et difficilement défendable tant il était inconsistant, ainsi que les affrontements au sein du PS durant la campagne interne pour la désignation du candidat du parti n'ont pu que confirmer la situation de blocage politique dont les socialistes n'ont pas vraiment réussi à se sortir. La transformation social-démocrate du PS aura sans doute lieu, mais elle sera bien tardive, et surtout difficile dans la mesure où l'on ne pourra probablement pas faire l'économie d'un affrontement interne très virulent, auquel je n'ai, en ce qui me concerne, guère envie de prendre part...

J'ai lu dans le numéro de Libération d'aujourd'hui, 7 mai, un article d'un professeur de sciences politiques à l'université de Montpellier, Paul Alliès, dans lequel l'auteur prétend, sans rire, que l'élection présidentielle de 2007 a abouti à un "triomphe du bonapartisme" : "Cette élection présidentielle pourrait bien être le triomphe absolu du bonapartisme, cette culture politique dont la France ne parvient décidément pas à se défaire. Nicolas Sarkozy en est l'incarnation à lui seul. Il résume jusqu'à la caricature la modernité de cette "société du 10 décembre" qui fit le succès, en 1848, de Napoléon le Petit [sic] : déjà à l'époque, elle ajoutait de la violence symbolique et privée au monopole étatique de la force. Mais la postérité du bonapartisme va bien au-delà des personnes. Elle s'est forgée dans et par les institutions ; pas tant dans l'élection par le chef de l'Etat au suffrage universel direct que dans la concentration exceptionnelle de tous les pouvoirs en ses mains. De ce point de vue, l'histoire de la Ve République restera celle d'une accumulation progressive de puissance d'une seule autorité au prix de la dévitalisation des moindres contre-pouvoirs. Même celui que les journalistes avaient construit est en train de produire par connivence ou servitude volontaire une nouvelle oligarchie. Se refonde ainsi toujours plus l'espace du pouvoir où le centre reste la cité interdite à la société civile tandis que sa périphérie est abandonnée à ses ennemis."
En tant que démocrate, je ne peux qu'être d'accord avec l'auteur en ce qui concerne la menace pesant sur le pluralisme médiatique et le danger que constitue, en ce début de XXIe siècle, la concentration de tous les pouvoirs entre quelques mains. Mais en sachant ce que je sais sur le bonapartisme, je ne peux que désapprouver le parallèle fait par Paul Alliès entre Sarkozy et "Napoléon le Petit", c'est-à-dire Napoléon III, car on ne peut que comparer que ce qui est véritablement comparable. Dans un de mes précédents messages (intitulé "Sarkozy de Nagy-Bocsa, alias Talonnette Ier..."), j'ai déjà eu l'occasion de souligner le caractère absurde, sur le plan historique, de toute comparaison de Sarkozy avec Napoléon Ier ou avec Napoléon III. La comparaison du sarkozysme avec le bonapartisme, disparu à la fin du XIX e siècle, mais que l'on ne cesse d'invoquer de façon trop souvent intempestive pour attaquer Sarkozy, est tout aussi absurde. Le fait est que les républicanistes de la gauche bien-pensante persiste à vouloir employer les mêmes vieilles recettes pour construire leurs critiques, quand lesdites recettes sont, au mieux maladroites, au pire complètement à côté des clous. Ayant assez longuement étudié le bonapartisme et les élections plébiscitaires qui y sont associées, je crois pouvoir - modestement - me permettre de dire que Nicolas Sarkozy n'est pas Napoléon III, et que ses idées n'ont pas grand-chose à voir avec le bonapartisme - qui, du reste, n'était ni une droite, ni une gauche, ni d'ailleurs un centre. Ceux qui disent et écrivent cela illusionnent les citoyens, et s'illusionnent eux-mêmes. Le fait est, cependant, que cette élection présidentielle a, par certains côtés, pu donner l'impression que l'on avait affaire à un électorat français semblable à celui du temps de Napoléon III, à savoir un électorat à la politisation encore incomplète, et faiseur de roi - ou d'empereur - par "la seule tyrannie des souvenirs", pour reprendre l'expression employée par l'historien François Furet. En 2007, les électeurs sarkozystes ont donné l'impression, assez aberrante pour tout démocrate de progrès, de voter, en effet, comme ceux de 1848 ou de 1851 : ils ont, d'une part, voté pour la propriété, contre la pression fiscale incarnée à leurs yeux par la République, contre le "gouffre béant du socialisme" selon l'expression employé par le catholique Montalembert en décembre 1851 ; le nom de Louis-Napoléon Bonaparte (futur Napoléon III, et neveu de Napoléon Ier) était, en 1848, le seul nom qui fut connu et populaire alors en France, mais la tyrannie des souvenirs
n'a pas, cette fois-ci, été celle de la légende napoléonienne, mais celle des évènements, déjà anciens, de mai 1968, source de désordre socio-économique et de dépravation morale aux yeux de beaucoup de sarkozystes, dont Sarkozy lui-même n'a pas manqué d'entretenir les préjugés, y compris dans les derniers jours de sa campagne.
Ainsi, je ne nie pas que l'on puisse faire, sur certains points, des comparaisons entre les différents comportements électoraux à travers l'histoire, mais comparaison n'est pas raison. Certes, je suis interpellé par les troublantes similitudes entre le vote bonapartiste de 1848 et 1851 et le vote sarkozyste en 2007, au point que j'en viens à me demander sérieusement si la politisation des citoyens français, phénomène commencé au plus tard en 1848 et poursuivi sous Napoléon III puis sous la IIIe République, a bien été complètement achevée en ce début du XXIe siècle. Mais pour autant, je me garde bien de faire des amalgames faciles : ce n'est pas parce que les électeurs votent dans tel sens que le président élu est un nouveau Napoléon III ou que le régime en place est de nature bonapartiste. Je ne nie pas le caractère autoritaire du régime de Napoléon III, surtout à ses débuts, mais la situation de la France des années 1851-1870 était tout de même sensiblement différente de celle d'aujourd'hui : ne l'oublions pas. Les Français sont censés, depuis, avoir progressés en matière de politisation et de pratiques démocratiques. Je rappelle, du reste, que Louis-Napoléon Bonaparte a été élu président de la République à l'âge de 40 ans, au suffrage universel masculin, et choisi par 74 % des votants, soit 56 % des inscrits, face à cinq autres candidats, dès le premier tour. Rien de comparable, bien entendu, avec l'élection de Sarkozy, élu à 52 ans, au deuxième tour, avec environ 53 % des voix contre une candidate, au suffrage universel masculin et féminin. Pour l'anecdote, on notera que, d'une certaine manière, avec son idée de service minimum, notamment dans les transports, Nicolas Sarkozy s'apprête à plus ou moins remettre en cause le droit de grève alors que, sur le principe, c'est Napoléon III qui fut, en son temps, le seul souverain d'Europe à le dépénaliser, en 1864. Quant au régime de la Ve République, il ressemble un peu, sur le plan institutionnel, au Second Empire parlementaire tel qu'il existait à la veille de la guerre franco-prussienne de 1870 et de l'effondrement du régime de Napoléon III du seul fait de la défaite, mais il est absurde de vouloir en faire un régime bonapartiste, surtout au vu de la façon pour le moins parcimonieuse et pusillanime avec laquelle les successeurs du général de Gaulle ont utilisés, par exemple, le référendum, équivalent du plébiscite du XIXe siècle. Sarkozy a annoncé qu'il ne consultera pas les Français par référendum au sujet d'un nouveau projet de constitution européenne : une telle attitude semble bien peu bonapartiste, vis-à-vis du principe de la consultation populaire pour les grands changements en matière constitutionnelle... Que l'on arrête donc de voir du bonapartisme partout, là où il n'y a que des évènements qui sont, avant tout, propres à notre époque. Du reste, Sarkozy a beau être un amoureux de la Corse, berceau de la famille Bonaparte, il est, à mon avis, tout à fait inapproprié, aux yeux de l'histoire, d'oser comparer le destin du nouveau président de la République avec celui de Napoléon Ier : Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa ne lui arrivera jamais à la cheville, quoique l'on en dise... Ce que je retiens, en tout cas, c'est que les citoyens français sont censés avoir fait le long apprentissage de la démocratie au XIXe siècle, sous la IIe République, sous le Second Empire de Napoléon III, et sous la IIIe République, mais que l'on peut se demander si tout cela à véritablement abouti à quelque-chose quand on voit pour qui ils ont aujourd'hui voté, en ce début du XXI siècle... Sur la forme, en ce qui concerne le principe de la participation électorale, le progrès démocratique est incontestable, mais sur le fond, en ce qui concerne les motivations et le choix de vote, on peut franchement s'interroger...

Pourquoi est-il aussi difficile à la gauche, même modérée, d'emporter l'adhésion de la majorité, alors que cela semble si facile à la droite la plus dure ? Sans doute parce que la droite sait flatter la part la plus instinctive de cet animal politique qu'est l'homme. Avec la droite, et spécialement avec la droite la plus extrémiste sur le plan du libéralisme socio-économique, tout est toujours plus simple : qu'on le veuille ou non, les forts dominent toujours les faibles, et rien ne doit être changé à cette nature des choses. Avec une droite adepte d'un libéralisme socio-économique poussé jusqu'à l'absurde, il y a toujours le risque de basculer dans la doctrine extrêmement dangereuse du darwinisme social, selon laquelle les plus doués et les mieux adaptés doivent forcément l'emporter, les autres devant disparaître, au nom d'un ordre social naturel, cette idée de lutte pour la survie ne pouvant manquer d'engendrer, chez certains, une réflexion eugéniste, voire raciste. Avec cette droite dure, il y a toujours un risque, celui de tourner le dos à l'humanisme, au principe d'égalité et de solidarité, à la justice sociale : voila pourquoi les idées de cette droite ne seront jamais les miennes...

« J'éprouve depuis mon plus jeune âge la fierté indicible d'appartenir à une grande, vieille et belle nation, la France. [...] Ce soir, ma pensée va aux millions de Français qui, aujourd'hui, m'ont témoigné leur confiance. Je veux leur dire qu'ils m'ont fait le plus grand honneur qui soit à mes yeux en me jugeant digne de présider aux destinées de la France. [...] Ma pensée va à Mme Royal. Je veux lui dire que j'ai du respect pour elle et pour ses idées, dans lesquelles tant de Français se sont reconnus. Ma pensée va à tous les Français qui n'ont pas voté pour moi. Je veux leur dire qu'[...]il n'y a pour moi qu'une seule France. Je veux leur dire que je serai le Président de tous les Français, que je parlerai pour chacun d'entre eux. Je veux leur dire que, ce soir, ce n'est pas la victoire d'une France contre une autre. Il n'y a pour moi ce soir qu'une seule victoire, celle de la démocratie [...]. Le peuple français s'est exprimé. Il a choisi de rompre avec les idées, les habitudes et les comportements du passé. Je veux réhabiliter le travail, l'autorité, la morale, le respect, le mérite. Je veux remettre à l'honneur la nation et l'identité nationale. [...] Le peuple français a choisi le changement. Ce changement, je le mettrai en oeuvre parce que c'est le mandat que j'ai reçu du peuple et parce que la France en a besoin. Mais je le ferai avec tous les Français. Je le ferai dans un esprit d'union et de fraternité. »

(Sarkozy, lors de son premier discours présidentiel, à la salle Gaveau, à Paris, le soir du 6 mai 2007, cité in Libération, 7 mai 2007)
 
Les propos tenus par Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa dans son premier discours de chef d'Etat élu, sont censés rassurer tout le monde, et inciter au rassemblement de la nation, mais il est évident que le nouveau président ne fera jamais l'unanimité... Pour moi, les choses sont très claires. J'ai bien trop de respect pour le suffrage universel, et notre démocratie, pour prétendre contester le fait que Nicolas Sarkozy a été élu à la plus haute charge de l'Etat. En tant que citoyen électeur, j'en prends acte. Pourtant, à titre individuel, il est bien évident que le nouveau président de la République n'est pas mon président, et ne le sera jamais. Toute ma vie, je le combattrais, lui et tout ce qu'il représente, quelles que puissent être ses déclarations plus ou moins convenues et consensuelles, et quels que puissent être les ralliements autour de sa personne et de ses idées. J'aurai fait mon devoir jusqu'au bout lors de cette campagne : j'ai voté pour Ségolène Royal au premier et au second tour, et si cela était à refaire, je le referais. Fidèle à mes convictions, qui sont celles de l'humanisme, de la démocratie, et de la justice sociale, s'il me faut choisir, à l'avenir, entre la droite dure que représente Sarkozy et la gauche de gouvernement quelle qu'elle soit, je n'hésiterai pas à voter pour cette gauche et contre cette droite. Aujourd'hui, cependant, dans la mesure où la victoire de Sarkozy m'a décidé à m'engager fermement en politique, je ne pense pas que la gauche soit en état de constituer une alternative crédible face à une droite sarkozyste adepte d'un pouvoir verrouillé qui a su faire bloc autour de son chef vénéré. La rénovation de la gauche de gouvenement viendra un jour, mais je n'ai pas envie d'attendre plus longtemps après elle, car il y a urgence. Pour moi, la transformation passe par une recomposition du paysage politique. Il faut remettre les compteurs à zéro, et aller de l'avant, pour refonder politiquement notre pays. Dans quelques jours, le 10 mai prochain, un nouveau parti du centre recomposé devrait être crée, qui ne s'appellera pas finalement le Parti Démocrate mais le Mouvement Démocrate (MD), ainsi que François Bayrou l'a annoncé officiellement le 4 mai dernier. Parti ouvert aussi bien au centre-droit qu'au centre-gauche, le Mouvement Démocrate représente, à mes yeux, aujourd'hui la seule véritable alternative au sarkozysme triomphant. Jusqu'où l'aventure du MD nous mènera-t-elle ? Je ne sais, mais j'espère que ce sera le plus loin possible, car la France et sa jeunesse ont besoin d'un véritable renouveau, et de tourner la page des vieilles habitudes politiciennes qui empêchent le pays d'avancer.

La campagne électorale présidentielle qui a pris fin hier n'a pas été, à mon sens, à la hauteur des enjeux auquels doit faire face notre pays. Mais elle aura au moins eu le mérite de faire apparaître l'ébauche d'un changement possible, voire d'une véritable refondation dans laquelle la jeunesse démocrate et humaniste de ce pays aura, enfin, toute sa place... Si l'on m'avait dit que cela se produirait au moment où j'ai créé ce blog, il y a un peu plus de trois mois, je ne sais si je l'aurai cru... Mais nous y sommes ! Au lendemain de la défaite, on peut être très déçu, très amer, très triste de la situation dramatique dans laquelle se trouve notre pays. Mais il ne faut pas se résigner, ni persister à passer son temps à se plaindre et à contester sans vouloir construire. L'avenir est là, et il est à nous. Voyons la partie pleine du verre : Sarkozy a été élu, et nous ne sommes pas morts ! Or, ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts... ainsi que l'a écrit Friedrich Nietzsche :

« Ce qui ne me fait pas mourir me rend plus fort. »

(Friedrich Nietzsche, Le Crépuscule des Idoles [1888], "Maximes et pointes", 8. "A l'Ecole de Guerre de la Vie")

Cette citation de Nietzsche me parait particulièrement appropriée à la situation actuelle, en ces temps difficiles. En avant ! Disons "oui" à l'existence, et ne cédons pas face à l'adversité !

Ce blog va, dans les prochains jours, changer de visage, et ne pas s'arrêter, bien entendu, avec la campagne présidentielle : le combat continue !

Cordialement, :-)

Hyarion, citoyen résolument anti-sarkozyste.
 
(Illustrations : Bord de mer au clair de lune, huile sur toile [1818] par Caspar David Friedrich, Paris, Musée du Louvre ; Le Bureaucrate moyen, huile sur toile [1930] par Salvador Dalí, St. Petersburg [Floride], The Salvador Dalí Museum ; Résultats nationaux du second tour de l'élection présidentielle du 6 mai 2007, infographie publiée sur le site du journal Le Monde [http://www.lemonde.fr], 6 mai 2007 ; Détail du tableau Femme devant le soleil du matin, huile sur toile [1818] par Caspar David Friedrich, Essen, Museum Folwgang)
Par Hyarion
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Vendredi 11 mai 2007 5 11 05 2007 23:52
C'est fait. Le Mouvement Démocrate (MD) est né, hier, 10 mai 2007. J'ai pré-adhéré à ce nouveau parti du centre deux jours auparavant, au surlendemain du second tour de l'élection présidentielle.

« Malgré les défections, Bayrou lance son Mouvement démocrate "indépendant"

François Bayrou a mis sur orbite jeudi son Mouvement démocrate, "force politique nouvelle, indépendante", en affirmant sa volonté de "résister" aux "pressions" qui expliquent selon lui les ralliements de la plupart des députés centristes à Nicolas Sarkozy.
Lors d'un conseil national de l'UDF à la Mutualité à Paris, une résolution proposant le lancement de ce parti a été approuvée à l'unanimité des présents (plus de 2.500, selon l'UDF), moins 4 votes contre et 4 abstentions, lors d'un vote à main levée.
"Rien n'est plus important que de bâtir en France un contre-pouvoir libre", a déclaré M. Bayrou, "troisième homme" de la présidentielle, qui ambitionne de prolonger aux législatives de juin son élan du premier tour (18,57%).
Le Mouvement démocrate, dont la création sera formalisée lors d'un congrès "à l'automne", doit présenter des candidats sous cette étiquette dans toutes les circonscriptions. Les cas des députés UDF ayant rallié Nicolas Sarkozy après avoir soutenu M. Bayrou au premier tour restent à régler.
Le leader centriste était entouré de nombreux sénateurs et députés européens, mais seulement d'une poignée de députés nationaux (Jean Lassalle, Anne-Marie Comparini, Gérard Vignoble et Gilles Artigues).
Dans une ambiance chargée d'émotion, sous des huées et quelques applaudissements, le député européen Jean-Louis Bourlanges est venu dire "au revoir" à ses amis bayrouistes, leur reprochant de "s'enfermer dans la plus sympathique mais la plus tragique des impasses stratégiques".
A peu près au même moment, l'un des anciens lieutenants de M. Bayrou, le député Hervé Morin, était ostensiblement auprès du président élu, qui souhaite la création d'un "pôle centriste" au sein de la majorité présidentielle.
De nombreux députés UDF dépendent d'accords avec l'UMP pour leur réélection et le parti de M. Sarkozy a annoncé qu'il investirait des candidats contre les sortants UDF ne rejoignant pas la majorité présidentielle, et notamment contre M. Bayrou.
"Nous ne sommes pas l'opposition, nous ne sommes pas la majorité présidentielle, le doigt sur la couture du pantalon", a insisté la vice-présidente de l'UDF Marielle de Sarnez, revendiquant "liberté de jugement et de conscience".
"Je sais quelle va être la difficulté extrême du combat électoral", a toutefois reconnu M. Bayrou, alors que, selon un sondage BVA, le Mouvement démocrate n'obtiendrait que 8 à 13 députés, contre 29 aujourd'hui pour l'UDF.
M. Bayrou, objet de toutes les attentions de la candidate socialiste Ségolène Royal entre les deux tours de la présidentielle, a tenu à démentir toute alliance à gauche pour les législatives, qualifiée de "sornette".
"Je n'ai pas quitté l'allégeance d'un côté pour aller m'enfermer dans l'allégeance de l'autre", a-t-il assuré, sous les encouragements.
S'il n'a pas voulu condamner les députés qui l'ont lâché, il a affirmé sa "conviction profonde" qu'"il est plus juste, plus loyal, plus prometteur, plus important de résister" quand "on subit des pressions".
Et, prenant date pour la suite, il a prédit que le "rassemblement" annoncé par Nicolas Sarkozy "n'aura pas de légitimité", car "si on a vendu l'affrontement, on ne peut pas faire le rassemblement".
Le Mouvement démocrate a déjà suscité "22.000 demandes d'adhésion", selon M. Bayrou. L'UDF en sera "une force constitutive" et il accueillera notamment le parti écologiste de Corinne Lepage Cap 21, et Jean-Luc Bennahmias, ancien secrétaire national des Verts.  »


(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 10 mai 2007, 16h08)

L'aventure du Mouvement Démocrate - déjà surnommé le "Modem" - commence donc maintenant, bien que sa création soit pour l'instant symbolique et qu'elle devra être formalisé à l'automne prochain lors d'un congrès. Soyons honnêtes : dans le contexte politique actuel, cette aventure s'annonce difficile et risquée. L'UMP et le PS ne veulent évidemment pas du nouveau parti de François Bayrou, et entendent bien entraver le plus possible la progression du jeune Mouvement Démocrate. A l'approche des élections législatives, le temps est aux petits arrangements politiques, aux manoeuvres, aux débauchages, aux ralliements, aux trahisons... Les élus parlementaires UDF qui laissent tomber Bayrou pour se jeter dans les bras de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa obéissent à une logique politicienne qui aura peut-être le mérite de finalement aboutir à ce que le ménage soit fait au sein du nouveau MD... L'aventure démocrate se déroulera sans ces élus sortants ralliés à la droite sarkozyste : tant mieux, ou tant pis. En tout cas, il n'y en aura que plus de place, au sein du mouvement, pour les entrants militants et candidats aux élections législatives...
Le ralliement à la "majorité présidentielle" UMP d'une majorité de députés UDF n'étonne pas, du reste : les députés en question font là ce qu'ils ont toujours fait jusqu'ici. Plus pittoresque est le cas de ces personnalités censées être socialistes devenus récemment familiers du quartier-général électoral de Sarkozy, rue d'Enghien à Paris...
Il y a d'abord eu la trahison minable d'Éric Besson, député de la Drôme, aujourd'hui ex-socialiste, mais qui, au début de l'année, était encore au PS, où il était secrétaire national à l'économie et à la fiscalité : sous prétexte de mésentente avec la candidate Ségolène Royal, il a démissionné de son poste, puis a quitté le Parti Socialiste le 21 février, avant de rallier, dans la foulée, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, à qui il aura été jusqu'à prêter publiquement allégeance, de façon pathétique, devant un parterre de militants sarkozystes lors d'un meeting du candidat de l'UMP à Dijon, le 23 avril dernier. Puis, vendredi dernier, 4 mai, deux jours avant le second tour de l'élection, voici que l'on a surpris, quasiment la main dans le sac de la collusion, un autre adversaire socialiste de Ségolène Royal : Claude Allègre, qui fut ministre de l'Education Nationale dans le gouvernement de Lionel Jospin de 1997 à 2000, et dont Ségolène Royal a été la ministre déléguée à l'enseignement scolaire dans ledit gouvernement... Voici ce que dit de cette affaire le Canard Enchaîné de cette semaine :


« Courage, félon !

Mais qui est donc cette massive et inquiétante silhouette repérée par les caméras de France 2 qui se hâte ainsi, ce vendredi 4 mai vers 16 heures, dans l'étroit passage désert des Petites-Ecuries (Xe arrondissement), venelle, "back street" si l'on préfère, où donne une porte dérobée du QG électoral de Sarko (entrée principale rue d'Enghien) ? Mais oui, c'est lui, malgré, ses lunettes noires sur le nez, c'est bien Claude Allègre, ancien dégraisseur de Mammouth, ex-ministre de la gauche plurielle et figure notoire du clan des anti-Ségo.
  Dans un premier temps, conscient qu'il y a du monde derrière lui, Allègre se contente d'accélérer le pas, avant de se retourner pour constater que ses poursuivants ne sont pas du tout des sicaires envoyés par son ancienne ministre déléguée à l'Enseignement scolaire. Mais des journalistes qu'il va être un peu difficile d'ignorer : "Je suis venu voir François Fillon
(ex-ministre de l'Education comme lui) avec qui on fait une interview, ah, euh... je sais pas." Question du journaliste de France 2 : "Mais pourquoi le faire rue d'Enghien ?" Allègre, avant de reprendre sa fuite : "Parce qu'il avait pas... euh, y pouvait pas..." Un peu plus tard dans la journée, interrogée téléphoniquement par RTL, l'ancienne Eminence parle d'une demande de "conseils" sur une loi universitaire. Son bon coeur perdra notre géophysicien.
 En mars 1999, une polémique avait opposé "Le Canard [Enchaîné]" à Claude Allègre sur le point de savoir ce qu'il advenait d'une balle de tennis et d'une boule de pétanque lancées au même instant de la même hauteur : "Elles arrivent en même temps", soutenait le copain de Jospin, contre d'autres scientifiques dont un prix Nobel qui, dans nos colonnes, plaidaient pour une chute plus rapide de la boule de pétanque. Nous vivons ici une sorte de remake de cette affaire. Parti aussi tard qu'Eric Besson, Allègre n'en arrivera peut-être pas moins à la soupe aussi rapidement. »


(Le Canard Enchaîné N°4515, 9 mai 2007)

Je préfère de très loin les défections, finalement assez prévisibles et ayant leur logique, des élus UDF ralliés à Sarkozy et refusant de participer au Mouvement Démocrate, aux trahisons minables dont a été victime Ségolène Royal durant sa campagne présidentielle. De toute façon, le constat général reste le même : notre pays à besoin d'une refondation politique. Or, celle-ci ne pourra se faire que si l'on fait de la place aux jeunes qui aspirent à prendre toute leur part dans la conduite de ce pays. Le Mouvement Démocrate, parti central ouvert au centre-gauche et au centre-droit, est la seule organisation politique à permettre aux jeunes de devenir enfin co-décisionnaires de leur destin : c'est pourquoi, entre autres raisons, j'y adhère. Les débuts de notre Mouvement vont être très certainement difficiles, notamment à l'occasion des prochaines élections législatives, mais le combat devra, de toute façon, continuer après, car l'intérêt supérieur de la France et de son peuple l'exige... Il est hors de question de se résigner à continuer de faire de la politique telle qu'elle a toujours été faite jusqu'ici : le changement, c'est maintenant, car l'avenir de ce pays est d'abord le notre, celui d'une nouvelle génération, celle des 25-35 ans, et qu'il est grand temps, pour nous tous, d'agir.

Depuis hier, mon blog - intitulé désormais "Le Blog démocrate de l'Anarcho-Monarchiste" - a changé de visage : j'ai adopté, notamment, à ma façon, la couleur favorite du nouveau Mouvement Démocrate, l'orange. La citation de Chirac est cependant toujours là... car l'humour et la critique satirique ne sauraient disparaître de ce blog... ;-) "Faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux" : telle est une de mes devises...

Cordialement, :-)

Hyarion, citoyen démocrate.

Annexe :

Je reproduis ici quelques extraits du discours prononcé par François Bayrou au Conseil National de l'UDF, hier, 10 mai, au cours duquel le Mouvement Démocrate a été créé. Ces extraits, j'en suis sûr, feront plaisir à Sauron, un des plus assidus de mes lecteurs... ;-)

« Si nous ne changeons pas la manière qui est la nôtre de faire de la politique dans notre pays, nous n'avons aucune chance dans la confrontation des uns contre les autres, dans l'affrontement des uns avec les autres, dans le choc des uns avec les autres. Nous n'avons aucune chance de répondre aux problèmes de la France et je n'ai jamais perdu de vue ce sentiment profond.
 
[...] Les Français ont voté pour nous, parce qu'ils sont à la recherche d'une synthèse politique nouvelle. Ils voient bien que, entre la ligne politique qui a été tracée par Nicolas Sarkozy qui a gagné cette élection et la ligne politique qui était tracée par le Parti socialiste, il y a, en réalité, comment dirais-je, deux manquements à la vérité. Et les Français attendent qu'on leur propose une synthèse politique qui soit une synthèse démocratique et sociale, démocratique, efficace en économie et sociale qui soit, au fond, un projet qui incarne ou qui permette de rassembler les valeurs et les attentes différentes qui sont les leurs.
 
C'est pourquoi les mots de social-démocratie, les mots de démocratie sociale ont, au fond, joué un si grand rôle dans la critique qui a été celle des électeurs du Parti socialiste et du projet de l'UMP qui l'a emporté.
 
Cette synthèse, ne croyez pas qu'elle soit effacée par la victoire des uns et la défaite des autres, c'est un impératif qui va s'imposer au cours des années qui viennent dans notre pays qui est à la recherche d'un nouvel horizon, d'une nouvelle société, comme disait Jacques Chaban-Delmas, capable de réconcilier notre pays avec son histoire et avec son avenir.
 
Pas plus que cette synthèse ne s'est effacée, les sept millions de Français qui ont voté pour nous ne se sont effacés du champ politique français. Ils expriment la même exigence et toute la question qui est devant nous aujourd'hui est : répondons-nous à leurs espérances, à leurs exigences, à leurs attentes ou, au contraire, décidons-nous de les abandonner ?
 
Ma conviction profonde est que, à cette question, il faut que nous apportions une réponse claire, autrement dit, dans la situation politique qui est la notre aujourd'hui, ayant réalisé ce score extraordinaire, rencontré cette confiance qui est une confiance émouvante, dans cette situation, nous avons à répondre à une question : allons-nous aller de l'avant ou allons-nous revenir en arrière ?
 
Allons-nous, nous qui avons sollicité la confiance des Français, qui les avons convaincus pour une très grande part, qui en avons intéressé une beaucoup plus grande par encore, parce que je suis persuadé que beaucoup de Français qui, au dernier moment, ont renoncé à voter pour nous en avaient fortement envie et, pour un grand nombre d'entre eux, ont regretté de ne pas l'avoir fait et, au fond, pour un bon nombre d'entre eux qui ne l'ont pas fait, qu'elle a été la raison principale ? La raison principale a été que l'on utilise leur vote pour revenir aux anciens schémas de la vie politique française.
 
Ils se sont interrogés, au fond, sur la profondeur et l'authenticité de la démarche que je leur proposais. Ils se sont interrogés, alors qu'ils étaient intéressés et, pour un certain nombre et peut-être un grand nombre d'entre eux, ils ont conclu que leur certitude n'était pas assez forte, mais je ne les oublie pas ceux-là, dans le choix qui est le nôtre aujourd'hui. Je pense que l'on peut leur montrer quelle était la vigueur et la profondeur, en effet, de l'orientation politique que nous leur proposions.
 
Aller de l'avant ou revenir en arrière ? Revenir en arrière, qu'est-ce que c'est ? Revenir en arrière, c'est accepter -je voudrais vous rendre attentifs à ceci- que, dans la vie politique française, il n'y ait que deux camps, la Gauche et la Droite, la majorité et l'opposition, qu'il faille nécessairement faire allégeance à un camp ou à l'autre, qu'il faille nécessairement céder aux pressions d'un camp ou de l'autre et qu'il faut renoncer à l'idée que l'on doit tracer un chemin nouveau, une voix nouvelle entre ces deux camps pour que la démocratie française retrouve sa vigueur, son authenticité et sa légitimité.
[...]
 
Je dis avec certitude que, si la question est entre céder et résister, ma réponse c'est : nous avons le devoir de résister.
 
J'ai résisté hier, je résisterai aujourd'hui, je résisterai demain, parce que c'est de résistance que la France a besoin.
 
Voyez-vous, dans cette idée qui paraît si simple, majorité d'un côté, opposition de l'autre et il faut nécessairement être d'un côté ou de l'autre, je souris, car je vois des amis gaullistes dans cette salle, si on avait dit au Général de Gaulle qu'il convenait, sous une République dont les institutions ne lui agréaient pas et dont il avait vu la difficulté et les problèmes, qu'il s'agissait d'être d'un côté ou de l'autre, il aurait éclaté d'un de ses éclats de rires homériques dont il avait le secret. Il y a des moments où il ne faut être, ni d'un côté, ni de l'autre pour tracer la voix de l'avenir pour le pays.
[...]
 
Au fond, voilà les trois forces politiques qui vont se présenter devant les Français : celle qui votera toujours oui, celle qui votera toujours non et celle qui considère qu'elle a le devoir d'être libre pour défendre les intérêts de la Nation, les principes de la démocratie et la vie quotidienne des Français dont elle a la charge.
[...]
 
Voyez-vous, beaucoup de Français considéraient qu'il y avait, entre eux et nous, une barrière, que cette barrière a été difficile à franchir pour beaucoup d'entre eux au moment de l'élection présidentielle, parce qu'ils avaient l'impression ou le réflexe que l'UDF était un parti enfermé dans une seule alliance, l'alliance avec le RPR devenu UMP.
 
Ils avaient l'impression que l'UDF, c'était cela, c'était une des apparences de, comme ils disaient, la Droite.
 
Ma conviction profonde est qu'il faut que ces citoyens aient la certitude que le courant politique que nous incarnons aujourd'hui est un courant authentiquement central de la vie politique française, c'est-à-dire prêt à travailler avec les uns et avec les autres, que ce soit pour les grands enjeux nationaux ou pour les grands enjeux locaux.
 
Je suis déterminé à défendre l'idée que nous ne sommes pas, en France, entre ces grands mouvements démocratiques, des ennemis. L'intérêt supérieur du pays exige que nous soyons capables de dépasser les frontières et, notamment, de dépasser les frontières du passé pour travailler ensemble sur de grands objectifs nationaux et locaux.
[...]
 
Nous allons faire élire ou proposer aux Français des visages nouveaux, des expériences nouvelles, des personnalités nouvelles dont on a tellement besoin pour que la vie politique française change d'attitude, de visage, d'allure, de pratiques, de principes et de manière d'être. Cette tâche de renouvellement, nous la prenons à cœur, car des millions de Français en ont besoin.
[...]
 
J'ai besoin de votre engagement à tous. J'ai besoin de l'engagement de tous ceux qui nous écoutent. S'il y a, parmi ceux qui nous entendent, des personnalités qui ont l'idée que, ici ou là, dans des lieux où il n'y aurait pas ou plus de candidature de notre famille politique, qu'ils nous écrivent, qu'ils viennent sur notre site Internet, qu'ils nous proposent leur engagement.
 
Je trouve précieux que le renouvellement de la vie politique aille jusqu'au renouvellement des candidatures, notamment dans un moment aussi important pour l'avenir du pays que celui-ci.
 
Le renouvellement que les Français attendent, le changement des attitudes et des pratique qu'il exige, nous allons leur proposez. Je suis persuadé que c'est la poursuite, le développement de cette révolution orange que nous avons introduite ou fait entrer dans la vie politique française.
[...]
 
Je vous propose de créer le Mouvement Démocrate pour que la France renouvelle la vie politique, la vie démocratique, la vie civique de notre pays.  »


(François Bayrou, discours au Conseil national de l'UDF, 10 mai 2007)
 
(Illustrations : François Bayrou entouré du député Jean Lassalle et de Marielle de Sarnez, le 10 mai 2007 lors du lancement du Mouvement Démocrate, à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP - Joël Saget ; Claude Allègre surpris par les caméras de France 2 sortant du quartier-général électoral de Sarkozy, le 4 mai 2007, photographies publiées dans le Canard Enchaîné N°4515, 9 mai 2007)
Par Hyarion
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Dimanche 13 mai 2007 7 13 05 2007 23:52
Qui a dit que s'engager en politique signifie sacrifier son ouverture d'esprit ? Qui a dit qu'un tel engagement ne pas permets sa propre remise en question permanente ? Les dogmes et les sectarismes ne sont pas ma tasse de thé. Les oppositions stériles non plus. Pour ma part, je ne me résigne pas à laisser les politiciens faire de la politique comme elle a toujours été faite, c'est-à-dire en concentrant le pouvoir entre quelques mains, sans que le peuple puisse véritablement avoir son mot à dire. C'est pourquoi je m'engage aujourd'hui au sein du Mouvement Démocrate, ce qui ne m'empêche évidemment pas de m'intéresser à d'autres formes d'engagements, tout particulièrement sur Internet.

L'ingénieur informaticien, journaliste et essayiste Thierry Crouzet, spécialiste international des nouvelles technologies, a publié plusieurs ouvrages d'explication sur le fonctionnement d'Internet, dont un sur le "cinquième pouvoir" qu'il définit ainsi :

« Cinquième pouvoir : nom masculin (1965; Harvey Ovshinsky, créateur du magazine Fifth Estate)

Ensemble des citoyens fédérés grâce aux nouvelles technologies de communication. Il contrebalance le quatrième pouvoir, celui des médias et par extension du business, qui lui-même contrebalance les trois pouvoirs traditionnels :législatif, exécutif et judiciaire.
»

(Définition du Cinquième pouvoir, publiée sur le blog de Thierry Crouzet "Le peuple des connecteurs, blog politique du cinquième pouvoir [http://blog.tcrouzet.com/]")

A ce cinquième pouvoir, conçu comme un contre-pouvoir constructif, s'ajoute désormais l'idée d'un réseau libre, conçu comme un facilitateur de dialogue... Le lendemain du second tour de l'élection présidentielle, sur son blog politique, intitulé "Le peuple des connecteurs", Thierry Crouzet a diffusé le message suivant :

« Le réseau libre

J’ai repris hier ma vieille habitude de ne plus voter. Parce que je crois à l’incapacité de nos gouvernants de nous gouverner mais aussi parce que je crois qu’il n’est plus temps de voter pour quelqu’un, c’est-à-dire contre quelqu’un d’autre.
Nous devons travailler ensemble. Mais, pour atteindre cet objectif presque démesuré, il n’est pas nécessaire, comme le signale Axel Karakartal [sur page2007.com] , de créer le parti de ceux qui rêvent de l’union nationale.
Créer un parti, c’est briguer des postes électifs, c’est donc s’engager à prendre la place d’autres élus, donc immédiatement se faire des ennemis. Le simple fait d’entrer dans un parti interdit de construire l’union nationale.
Au cours de la campagne présidentielle, j’ai rencontré des gens intelligents et ouverts de tous les bords et je crois que nous pouvons nous parler. Plutôt de créer un parti, chercher à nous faire élire, nous pouvons travailler ensemble.
L’union nationale, c’est faire circuler les idées importantes d’un bout à l’autre du champ politique.
J’ai entamé dans ma commune une telle initiative et je me dis que nous pouvons nous lancer dans le même projet à l’échelle nationale.
Le but serait de créer Le réseau libre.
Réseau : pour insister sur l’absence de chef, la décentralisation, l’ouverture…
Libre : parce que le réseau ne se lie à personne ni à aucune tendance en particulier, parce que ses membres peuvent appartenir à toutes les mouvances politiques ou même à aucune… et d’autant plus libre que le réseau, en lui-même, ne brigue aucun mandat (ce qui n’empêche pas certains de ses membres d’avoir des ambitions électorales).
Le réseau libre serait un méta-parti en quelque sorte, une structure horizontale plutôt que verticale. Il inaugurerait une nouvelle façon de faire de la politique, une façon tournée vers l’action et non vers la recherche du pouvoir.
Le pouvoir, c’est agir. Dans la vie, on peut créer son entreprise ou chercher à progresser dans une entreprise existante. Nous disposons ainsi de deux modes d’action. Nos politiciens choisissent exclusivement le second mode, en briguant des postes préexistants (ils se partagent le gâteau).
Il est temps de penser la politique avec une logique d’entrepreneur (agrandir la taille du gâteau). Ne plus chercher à conquérir des postes mais en créer de nouveaux. Cette façon de faire de la politique n’exige pas la fin des partis et de la politique ordinaire. Elle peut se développer en parallèle pour demain, peut-être, devenir dominante. Ce pourrait être une façon douce de passer du mode de gouvernance actuel vers un nouvel ordre social.
Après avoir plongé dans cette campagne, je sens la nécessité d’inventer quelque chose de neuf. J’avoue que la politique traditionnelle est à vous décourager de vous engager. Je vais essayer de parler autour de moi de cette idée d’un réseau libre, sans trop savoir encore quelle forme il prendra.
En tout cas, je suis totalement contre une initiative comme vivreavecsarkozy.com. Essayons de nous parler, essayons de nous améliorer les uns les autres plutôt que de nous focaliser sur nos faiblesses respectives.

PS 1 : Avec le réseau freemen, nous avons déjà esquissé une forme de réseau libre. Le réseau libre ne serait pas un mais multiple (ce qui est le propre des réseaux décentralisés). J’ai acheté à tout hasard le domaine lereseaulibre.com, j’y installerai au minimum le wiki que je promets depuis longtemps.
PS 2 : Le réseau libre n’a aucun lien avec le cinquième pouvoir, il ne se veut pas un contre pouvoir mais un facilitateur de dialogue. Son ambition serait de favoriser l’esprit gagnant-gagnant.
PS 3 : Le cinquième pouvoir doit, quant à lui, continuer son chemin, s’affirmant comme contre pouvoir dès que nécessaire ou comme force de proposition aussi souvent que possible. Le réseau libre devrait ainsi être particulièrement à son écoute. »


(Message de Thierry Crouzet publié sur son blog "Le peuple des connecteurs, blog politique du cinquième pouvoir", 7 mai 2007)

Depuis quelques jours, le réseau libre existe : il a son blog (http://lereseaulibre.com/), son forum (http://www.lereseaulibre.com/forum/), et son Wiki (http://www.lereseaulibre.com/wiki/index.php/Accueil), lesquels sont appelés à ne constituer, bien entendu, qu'une partie d'un réseau libre multiple. Si cela peut aider à faire bouger les lignes, à faciliter les rencontres et la coopération, bref à aller de l'avant, je suis preneur... Cela n'est, de toute façon, pas de nature à remettre en cause mon engagement politique.

Thierry Crouzet a évoqué dans son message les propos d'Axel Karakartal mis en ligne sur le blog "page2007.com", le 4 mai dernier : "Le mouvement démocrate voulu par François Bayrou sera, par nécessité, une force de destruction. Il n’y a que 100% d’électeurs : la vie des partis politiques se construit dans un monde fini, où toute croissance de l’un est destruction partielle de l’autre. Il n’existe pas de construction dans ce domaine, qui ne comporte en même temps un volet destruction. C’est simplement une impossibilité mathématique. [...] A cette vie de destruction, qu’est la vie politique traditionnelle, qui s’accompagne d’une déperdition d’énergie considérable, s’opposent les logiques de réseaux, où chacun peut se développer et construire dans un espace infini, multi-dimensionnel, mouvant, pluriel. Cet espace est nettement moins confiné et heurté que celui des partis politiques. Il ne bute pas sans arrêt sur des échéances électorales. Rien ne sera plus jamais comme avant, quand on se tournera de plus en plus, pour l’organisation de la cité, vers des logiques de réseaux, et non vers des logiques de structures partisanes. [...] Il n’y aura de respect mutuel réel, que lorsque les hommes s’organiseront le plus possible en réseaux, et le moins possible en structures dirigistes. Toute personne qui s’engage, en plein XXIe siècle, dans la création d’un éternel nouveau parti politique, ne fait que vivre à l’ancienne, ferme les yeux devant ce que le monde est devenu et a rendu possible. Quelle que soit la figure "sympathique" que puisse avoir François Bayrou, la construction de son nouveau parti sera une guerre. Le mouvement démocrate ne pourra exister et dépasser le score précédent de l’UDF, qu’en détruisant une partie du PS et une partie de l’UMP. En retour, PS et UMP chercheront à le détruire, ou à l’utiliser pour détruire une autre force. C’est la logique même de la politique de partis. On ne peut créer un parti, dont l’objectif est d’emporter les élections, et dire aux autres partis : "je viens en paix, laissez-moi bâtir sans vous soucier de moi." Dès le 7 mai, après l’armistice de l’entre-deux tours, le mouvement démocrate entrera en guerre ouverte contre l’UMP et le PS, et aucun de ses membres ne pourra échapper à cette logique de guerre. Pour chacun de ces membres, il faudra accepter cette logique de guerre, cette logique gagnant-perdant, ou bien alors il faudra passer à la logique réseaux, qui permet, seule, le gagnant-gagnant."

Je n'aime pas beaucoup l'expression "gagnant-gagnant" employée par
Axel Karakartal : c'était une des formules creuses préférées de Ségolène Royal pendant sa campagne, et elle ne lui a pas porté bonheur, puisque la candidate a finalement obtenu un résultat "perdant-perdant"... Pour le reste, je trouve un peu facile, et même un peu désinvolte, de rejeter d'un revers de main le nouveau Mouvement Démocrate sous prétexte qu'il ne serait qu'un parti politique comme les autres... Avant même sa création, le 10 mai, le Mouvement Démocrate a fait l'objet de plusieurs milliers de demandes d'adhésion (déjà 22 000 demandes au moment du Conseil National de l'UDF du 10 mai, la barre des 40 000 demandes ayant été franchi vendredi dernier, 11 mai, à 14h, pour atteindre les 52 000 demandes aujourd'hui, 13 mai, ainsi que l'a annoncé, en début de soirée, François Bayrou à Serge Moati, dans l'émission télévisée "Ripostes" sur France 5), de la part de citoyens venus d'horizons très divers, et bien souvent familiers de l'Internet. Qui peut affirmer que le MD ne sera pas capable d'être un parti novateur dont les membres peuvent animer des réseaux, alors que cela commence à être déjà le cas ?

On dit que les logiques de réseaux valent mieux que les logiques de partis. Formidâââble... comme dirait Jack Lang.  Sans doute, la paix vaut mieux que la guerre... Mais en attendant, on fait quoi ? On laisse agir Sarkozy de Nagy-Bocsa sans réagir ? En attendant que tout le monde soit intégré à des réseaux ? Dans ce cas, on risque, tout de même, d'attendre longtemps, car cela ne se fera pas du jour au lendemain, d'autant plus que je pense pas que Sarkozy soit forcément très favorable à cette nouvelle tendance. Je suis d'accord pour envisager une action politique passant par des réseaux, mais, de toute façon, il est illusoire de penser que la politique peut se faire sans un minimum de confrontations et de luttes, fussent-elles seulement par idées interposées. Si la politique n'était qu'une affaire de bons sentiments, cela se saurait. La logique de réseaux deviendra peut-être un jour incontournable : pourquoi pas ? Mais pour l'heure, il va falloir encore compter un bon moment avec la politique dite traditionnelle, même si celle-ci doit d'ors et déjà tenir compte de l'importance prise aujourd'hui par Internet... Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour voir s'affirmer une politique faite à travers les réseaux. Et, du reste, comme le reconnait Thierry Crouzet, "cette façon de faire de la politique n’exige pas la fin des partis et de la politique ordinaire. Elle peut se développer en parallèle pour demain, peut-être, devenir dominante. Ce pourrait être une façon douce de passer du mode de gouvernance actuel vers un nouvel ordre social." Là encore, pourquoi pas ? Pour moi, en tout cas, en tant que citoyen, il n'y a pas de contradiction à m'engager au sein du Mouvement Démocrate, tout en participant à un réseau libre. Si ce réseau est multiple, l'engagement du citoyen peut l'être tout autant.

Cordialement, :-)

Hyarion, citoyen démocrate.

(Illustrations : La gare Saint-Lazare, huile sur toile [1877] par Claude Monet, Paris, Musée d'Orsay ; François Bayrou au Conseil National de l'UDF, le 10 mai 2007, photographie de l'agence de presse Reuters, ©Reuters/Benoit Tessier)
Par Hyarion
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Mercredi 16 mai 2007 3 16 05 2007 16:52
Nous y voilà : la passation des pouvoirs, entre le président sortant Chirac et le président élu Sarkozy de Nagy-Bocsa, a eu lieu ce matin, à Paris. Le pays s'engage donc, à compter d'aujourd'hui, dans cinq longues années de sarkozysme, voire dix années si personne ne réagit d'ici 2012...
La guéguerre Chirac/Sarkozy semble être bel et bien terminée, le nouveau président de la République n'ayant pas rencontré ses derniers mois, en définitive, de grande résistance de la part de son prédécesseur, apparemment résigné à lui céder sa place, bien que Sarkozy ne soit pas, loin s'en faut, le successeur que Chirac aurait choisi. Il y a quelques jours, le 10 mai dernier, les deux hommes étaient apparus publiquement ensemble, au jardin du Luxembourg à l'occasion de la commémoration de l'abolition de l'esclavage : l'ambiance était visiblement déjà plutôt détendue... Il en a été de même à l'occasion de la cérémonie d'investiture d'aujourd'hui.

Hier soir, Jacques Chirac a fait ses adieux aux Français, dans une ultime allocution radio-télévisée, jugée émouvante, au cours de laquelle il est apparu en costume anthracite et cravate rayée, sur fond de jardins de l'Elysée et, comme à l'accoutumée, de drapeaux français et européen. Cette allocution a été particulièrement courte :

« Mes chers compatriotes de métropole, de l'outre-mer et de l'étranger,

Demain, je transmettrai les pouvoirs que j'ai exercés en votre nom à Nicolas Sarkozy, notre nouveau Président de la République. Je le ferai avec la fierté du devoir accompli et aussi avec une grande confiance dans l'avenir de notre pays.
Nous sommes les héritiers d'une très grande nation, une nation admirée, respectée et qui compte en Europe et dans le monde. Vous avez des capacités immenses de créativité et de solidarité. Grâce à vous, grâce à votre engagement, nous avons modernisé notre pays pour l'adapter aux profonds changements de notre temps et nous l'avons fait dans la fidélité à notre identité et en portant haut les valeurs de la République.

Mes chers compatriotes,

Une nation, c'est une famille. Ce lien qui nous unit est notre bien le plus précieux. Il nous rassemble. Il nous protège. Il nous permet d'aller de l'avant. Il nous donne les forces nécessaires pour imprimer notre marque dans le monde d'aujourd'hui.
Restez toujours unis et solidaires. Bien sûr, nous sommes profondément divers. Bien sûr, il peut y avoir des différences de conception, des divergences de vue. Mais nous devons, dans le dialogue, dans la concorde, nous retrouver sur l'essentiel. C'est comme cela que nous continuerons à avancer.
Dans l'union, dans le respect de notre diversité et de nos valeurs, dans le rassemblement, nous pouvons nourrir toutes les ambitions. Unis, nous avons tous les atouts, toutes les forces, tous les talents pour nous imposer dans ce nouveau monde qui se dessine sous nos yeux. Unie, et en poursuivant sur la voie engagée, la France s'affirmera comme une terre exemplaire de progrès et de prospérité. La patrie de l'égalité des chances et de la solidarité. Une nation moteur de la construction européenne. Une nation généreuse, aux avant-postes des défis du monde que sont la paix, le développement, l'écologie.
Dès demain, je poursuivrai mon engagement dans ces combats pour le dialogue des cultures et pour le développement durable. Je le ferai en apportant mon expérience et ma volonté d'agir pour faire avancer des projets concrets en France et dans le monde.
Ce soir, je veux vous dire le très grand honneur que j'ai eu à vous servir. Je veux vous dire la force du lien qui, du plus profond de mon cœur, m'unit à chacune et à chacun d'entre vous. Ce lien, c'est celui du respect, c'est celui de l'admiration, c'est celui de l'affection pour vous, pour le peuple de France et je veux vous dire à quel point j'ai confiance en vous, à quel point j'ai confiance en la France.
Je sais que le nouveau Président de la République, Nicolas Sarkozy, aura à cœur de conduire notre pays plus avant sur les chemins de l'avenir et tous mes vœux l'accompagnent dans cette mission, qui est la plus exigeante et la plus belle qui soit, au service de notre nation. Cette nation magnifique que nous avons en partage. La France, notre nation, mes chers compatriotes, nous devons toujours en être profondément fiers.

Vive la République !
Vive la France ! »

(Jacques Chirac, allocution radiotélévisée prononcée à l'occasion de la fin de son mandat, Palais de l'Élysée, Paris, 15 mai 2007)

Egal à lui-même, Chirac a donc déclaré qu'il transmettrait le pouvoir à Sarkozy "avec la fierté du devoir accompli" et avec "confiance dans l'avenir" de la France. Sans commentaire.

Le changement de locataire à l'Elysée, qui a eu lieu aujourd'hui, a été ainsi évoqué dans une dépêche de l'Agence France Presse :

« Sarkozy président de la République, une page se tourne

Une page de la Vè République s'est tournée mercredi avec le départ de l'Elysée de Jacques Chirac au bout de douze ans de mandat, et la prise de fonctions de son héritier rebelle Nicolas Sarkozy, qui s'est engagé à "rompre avec les comportements du passé".
Lors d'un discours de neuf minutes après son intronisation officielle, M. Sarkozy a mis en avant l'"exigence de changement", assurant que "jamais l'immobilisme n'a été aussi dangereux pour la France". "Au service de la France, il n'y a pas de camp", a aussi déclaré le nouveau chef de l'Etat, qui veut un gouvernement et une majorité d'ouverture.
La cérémonie de passation des pouvoirs, rituel républicain millimétré, avait commencé à 10H58 avec l'arrivée de M. Sarkozy à l'Elysée. La veille, dans une ultime déclaration présidentielle, M. Chirac l'avait assuré de ses voeux dans l'accomplissement de sa mission, "la plus exigeante et la plus belle qui soit".
Venu en voiture de ses bureaux rue Saint-Dominique (VIIè), costume sombre, chemise blanche, M. Sarkozy a été accueilli en bas du perron de l'Elysée par M. Chirac. C'est la première fois, sous la Vè, qu'un sortant transmet ses pouvoirs à un entrant du même camp, puisque M. Sarkozy était jusqu'à lundi président de l'UMP, parti voulu par M. Chirac.
Ce qui n'a pas empêché l'ex-ministre de l'Intérieur, 52 ans, victorieux (53,06%) de Ségolène Royal (PS), de bâtir un pan de sa campagne sur la "rupture". Dans sa première allocution présidentielle, il a d'ailleurs mis en avant l'"exigence de changement" et l'"exigence de rompre avec les comportements du passé". Les deux hommes, dont les relations de plus de trente ans ont été ponctuées de disputes et réconciliations, ont eu un tête-à-tête de 35 minutes: moment crucial où le sortant confie à son successeur le secret le mieux gardé de la République, le code d'engagement du feu nucléaire.
Puis M. Chirac, applaudi par ses collaborateurs et par son successeur, a quitté l'Elysée en voiture peu avant 11H40. La cérémonie d'investiture a commencé en présence notamment de Dominique de Villepin, premier ministre démissionnaire et de nombreux invités qui avaient afflué dans la salle des fêtes.
Un vent de Croisette avait soufflé quand l'épouse du président, accompagnée de sa famille, avait remonté le tapis rouge en robe de lamé blanc, les photographes criant "Cécilia !". Le très chiraquien président du Conseil constitutionnel Jean-Louis Debré, a proclamé M. Sarkozy président. "A partir de ce jour, vous incarnez la France", a-t-il dit.
Une salve de 21 coups de canons a alors été tirée des Invalides. C'est à cet instant que Nicolas Sarkozy, ex-numéro deux du gouvernement, ex-ministre, ex-président du conseil général des Hauts-de-Seine, ex-maire de Neuilly-sur-Seine est devenu le 23è président français, le 6è de la Vè République. Après la remise des insignes de grand-croix de la Légion d'Honneur par le Grand Chancelier de cet ordre, il a prononcé sur un ton grave son premier discours. Puis passage en revue de la garde républicaine et Marseillaise.
Comme ses prédécesseurs, il a remonté les Champs-Elysées, en voiture découverte, pour y déposer une gerbe à l'Arc de Triomphe, puis en faire autant devant les statues de Clemenceau et de de Gaulle. D'emblée, le nouveau président a voulu innover en se rendant au Bois de Boulogne, rendre hommage à 35 jeunes résistants fusillés par les Allemands en août 1944.
Puis il devait se rendre à Berlin pour rencontrer Angela Merkel, premier geste politique visant à réaffirmer la force du couple franco-allemand et relancer la construction européenne.  »

(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 16 mai 2007, 14h38)

J'ai regardé une partie de la cérémonie d'investiture à la télévision, calmement mais avec tout-de-même une nette sensation d'écœurement, un écœurement tranquille en quelque sorte, tout particulièrement en voyant, dans la salle des fêtes du palais de l'Elysée, les visages réjouis des membres de la famille Sarkozy et des fidèles du nouveau président, notamment les détestables Patrick Devedjian, Pierre Lellouche, Patrick Balkany et Brice Hortefeux... Autres images désagréables : celles du petit Louis, le jeune fils de Nicolas et Cécilia Sarkozy, âgé de dix ans, penché au dessus du collier de grand-croix de la Légion d'Honneur exposé dans la salle, en attendant la fin de l'entretien de son père avec Chirac... Un journaliste de France 2 commentant la cérémonie, n'a pa pu s'empêcher d'évoquer, à la vue de la femme et des enfants de Sarkozy, un rajeunissement des occupants du palais, en faisant un inévitable parallèle avec la famille Kennedy : c'était ridicule et nauséeux à souhait...

Enfin, l'entretien entre les deux présidents, plus long que prévu, s'est achevé, et les deux hommes, après s'être serré la main, se sont séparés dans la cour du palais. Chirac est monté à l'arrière de sa Citroën C6, sous les applaudissements de l'assistance et de Sarkozy lui-même, puis il a quitté le palais pour se rendre dans son appartement provisoire du Quai Voltaire, dans le VIIe arrondissement, prêté par la famille de son ami l'ancien Premier ministre libanais assassiné Rafic Hariri, et prendre ensuite quelques jours de vacances au Maroc. Sarkozy est retourné à l'intérieur du palais... J'ai alors éteint le téléviseur.

Aujourd'hui je suis triste. Triste pour la France, triste pour son peuple, triste pour l'avenir du pays à court terme. Il y a des jours, comme ça...

L'espoir fait vivre, malgré tout...

Cordialement,

Hyarion, citoyen démocrate anarcho-monarchiste.

(Illustrations : Chirac et Sarkozy au jardin du Luxembourg, à Paris, pour commémorer l'abolition de l'esclavage, le 10 mai 2007, photographie de l'agence de presse Reuters, © Reuters/POOL ; Jacques Chirac lors de son allocution, le 15 mai 2007 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, © AFP Patrick Kovarik ; Chirac applaudi par Sarkozy à sa sortie de l'Elysée le 16 mai 2007 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, © AFP Patrick Kovarik)
Par Hyarion
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Vendredi 18 mai 2007 5 18 05 2007 20:08
Aujourd'hui, cerise sur le gâteau, voici le premier gouvernement sarkozyste. Hier, sans surprise, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa a nommé Premier ministre le responsable de son projet présidentiel, François Fillon. Ce fils de notaire, sénateur UMP de la Sarthe, succède au "flamboyant" Dominique Galouzeau de Villepin. Pour Fillon, l'heure de la revanche a sonné. Ministre des Affaires sociales, du Travail et de la Solidarité (en 2002), puis ministre de l'Éducation Nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche (en 2004) dans les gouvernements de Jean-Pierre Raffarin, il avait été écarté en 2005, lors de la constitution du gouvernement Galouzeau de Villepin. Vaincu aux élections régionales en 2004, dans la région des Pays de la Loire qu'il présidait depuis 1998, déçu du chiraquisme, il a aussitôt rallié Sarkozy après son éviction du gouvernement en juin 2005. Avec un nouveau Premier ministre aussi terne et sérieux, l'actualité politique, celle de la "France qui se lève tôt", a vraiment "bonne mine". Chef de file lisse et fade d'un gouvernement resséré, Fillon est, depuis aujourd'hui, entouré d'une belle brochette de ministres, sarkozystes de la veille et du lendemain, qui n'incite guère à l'optimisme...

« Le gouvernement Fillon: forte ossature UMP, parité et ouverture
 
Huit hommes, dont un socialiste et un centriste, sept femmes: le premier gouvernement de François Fillon a été annoncé vendredi, avec une forte ossature UMP tout en respectant l'engagement de Nicolas Sarkozy de parité et d'ouverture.
Dans la cour d'honneur de l'Elysée, le secrétaire général de la présidence Claude Guéant a lu la liste des quinze ministres de ce cabinet présenté comme "resserré", face à une estrade sur laquelle avaient pris place des dizaines de photographes et cameramen.
Il était 09H40 précises, cinq minutes avant l'heure prévue, quand M. Guéant s'est exprimé debout sur le perron, une image traditionnelle. Toute la cérémonie n'a duré que trois minutes. Conformément au souci de la nouvelle équipe d'aller vite, le premier Conseil des ministres se tiendra à 16H30 à l'Elysée, a annoncé M. Guéant.
Dans le cadre de "l'ouverture" voulue par le nouveau président Nicolas Sarkozy, deux ministères régaliens sont confiés à des ministres non-UMP, les Affaires étrangères au socialiste Bernard Kouchner - un coup de tonnerre annoncé - et la Défense à l'UDF Hervé Morin.
Le numéro deux du gouvernement, avec le titre de ministre d'Etat, est l'ancien Premier ministre Alain Juppé qui dirige un grand ministère regroupant pour la première fois l'Ecologie, le développement et l'aménagement durables.
La forteresse Bercy est redécoupée avec Jean-Louis Borloo qui hérite d'un ministère comprenant Economie, Finances et Emploi, alors que le Budget, Comptes publics et Fonction publique sont attribués à Eric Woerth, ancien trésorier de l'UMP. Le gouvernement bouscule ainsi les frontières traditionnelles des départements ministériels et administratifs, une réorganisation qui pourrait parfois s'avérer difficile à mettre en oeuvre.
Michèle Alliot-Marie, nommée ministre de l'Intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales, est, dans l'ordre protocolaire, la première femme et le numéro quatre du gouvernement.
Cette liste a été peaufinée par MM. Sarkozy et Fillon au fil des jours et de consultations qui se sont poursuivies jusqu'à jeudi après-midi. M. Fillon, qui a succédé jeudi à Dominique de Villepin, a promis d'emblée "une politique nouvelle".
L'Union pour un Mouvement Populaire constitue l'armature du futur gouvernement puisque, outre M. Fillon, 13 de ses 15 membres en sont membres.
Parmi les ministres hommes, seul Hervé Morin n'a jamais occupé de fonction ministérielle. Quatre femmes sont dans ce cas: Christine Boutin (Logement, Ville), Rachida Dati (Justice), Valérie Pécresse (Enseignement supérieur, recherche) et Christine Albanel (Culture).
Le très sarkozyste Brice Hortefeux obtient le ministère controversé de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du co-développement.
Xavier Bertrand, porte-parole de campagne de Nicolas Sarkozy, est nommé ministre du Travail, des relations sociales et de la solidarité et Xavier Darcos, ministre de l'Education nationale.
Roseline Bachelot hérite d'un ministère rassemblant la Santé, la Jeunesse et les Sports, et Christine Lagarde, du ministère de l'Agriculture et de la Pêche.
Quatre secrétaire d'Etat ont également déjà été annoncés, dont l'ancien directeur de cabinet de Jacques Delors à Bruxelles, Jean-Pierre Jouyet, aux Affaires européennes, délégué auprès de M. Kouchner.
L'ex-PS Eric Besson, qui avait rejoint la campagne de M. Sarkozy, est nommé secrétaire d'Etat chargé de la Prospective et de l'évaluation des politiques publiques, délégué auprès du Premier ministre. De même que Roger Karoutchi, secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement.
Dominique Bussereau, ancien ministre de l'Agriculture, a été nommé secrétaire d'Etat chargé des transports auprès d'Alain Juppé.
Enfin, le président d'Emmaüs-France Martin Hirsch, lui aussi réputé proche de la gauche, a été nommé haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté.  »

(Dépêche de la Agence France Presse [AFP], 18 mai 2007, 10h39)

François Fillon, Alain Juppé, Brice Hortefeux, Michelle Alliot-Marie, Xavier Bertrand, Christine Boutin, Xavier Darcos, Valérie Pécresse, Eric Woerth, etc. : pas de doute, il s'agit bien d'un gouvernement de droite bien à droite. C'est aussi un gouvernement d'opportunistes et de transfuges, pour ne pas dire autre chose : Jean-Louis Borloo, Hervé Morin, Bernard Kouchner, et Eric Besson en sont la preuve éclatante. Bref, voila un authentique gouvernement à l'image du nouveau président Sarkozy, avec des idées de droite, et une bonne soupe pour attirer les girouettes, et les traîtres...

Le fait que le nouveau gouvernement soit à peu près paritaire entre hommes et femmes - ce qui n'est pas une mauvaise chose en soi, bien au contraire - ne le rend pas plus vertueux politiquement pour autant.
Je note que l'ambitieuse magistrate sarkozyste Rachida Dati, qui avait, pendant la campagne, manifesté le souhait, sur le ton de la plaisanterie, de devenir "ministre de la rénovation urbaine à coup de karcher [sic]", est devenue ministre de la Justice et garde des Sceaux : avec elle, ce seront donc les tribunaux qui seront peut-être rénovés... ou simplement nettoyés. Sarkozy n'a-t-il pas promis à Chirac de "passer au karcher ses dossiers judiciaires" (voir le message "De la réforme des Institutions et de l'État") ?
La nouvelle ministre de la Culture et de la Communication et porte-parole du gouvernement s'appelle Christine Albanel, ancienne  « plume » de Chirac,
et jusque-là présidente de l'établissement public du musée et du domaine national du château de Versailles. Elle remplace au ministère de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres, condamné en 2004 pour blanchiment d'argent, qui aurait bien aimé garder son poste, mais que personne ne regrettera. L'action de Christine Albanel à la tête du château de Versailles n’a pas fait l’unanimité, notamment auprès de certains conservateurs : on la suspecte en effet d'avoir privilégié la rentabilité de l'établissement à la conservation du patrimoine. Pour ma part, j'ai déjà eu l'occasion d'évoquer, en le regrettant, le fait que des espaces entiers du château de Versailles soient inaccessibles aux visiteurs, faute de moyens, notamment pour assurer la surveillance des salles, et de cohérence dans la gestion administrative (voir le message "Quid de la Culture dans ce monde électoraliste ?")...

Le ralliement de circonstance semble avoir davantage payé que la fidélité : à l'exception de Brice Hortefeux, les gros bonnets du sarkozysme ont été écartés des responsabilités gouvernementales. En effet, Patrick Devedjian et Pierre Lellouche ne seront pas ministres : j'avoue que la frustation qu'ils doivent éprouver en ce moment me réjouit, de même que le fait que d'autres sarkozystes soient écartés, comme le très sarkophile Christian Estrosi ou Jean-François Copé. Tous ces politiciens de droite sont, à mes yeux, les plus détestables que je connaissent : je ne vais donc pas me plaindre de les voir à présent dans les choux, bien au contraire. Quant à Hortefeux, l'ami de trente ans de Sarkozy, l'un des rares fidèles du président à avoir obtenu un portefeuille, aucun ministère ne pouvait mieux lui convenir que celui, à la fois absurde et dangereux, de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du co-développement. On se souviens des propos fleuris qu'il avait adressé, du temps où il était ministre délégué aux Collectivités territoriales au sein du précédent gouvernement, à Azouz Begag alors ministre délégué à la Promotion de l'égalité des chances et aujourd'hui rallié à Bayrou : "Allez, fissa, sors de là ! Dégage d'ici, je te dis, dégage !", aurait ainsi lancé, avec un soupçon de racisme, Hortefeux à Begag le 11 octobre 2006, sur les bancs de l'Assemblée Nationale, sous prétexte, sans doute, que ledit Begag avait osé marquer ses distances avec Sarkozy, au sein du gouvernement, à la suite des propos "karchérophiles" du ministre de l'Intérieur devenu aujourd'hui président. Assurément, avec le détestable Hortefeux, les domaines de l'immigration, de l'intégration, et l'identité nationale seront administrés comme il se doit...

Le débauchage de Bernard Kouchner, ancien soutien de Ségolène Royal, ancien ministre socialiste et fondateur de Médecins Sans Frontières, est évidemment regrettable, mais n'est guère étonnant : Kouchner a beau être populaire de façon générale, il ne l'a jamais beaucoup été au sein du Parti Socialiste. Dès lors, il ne fallait pas grand-chose pour le décider à rejoindre Sarkozy. Le ralliement de Hervé Morin, ancien soutien du candidat François Bayrou, et ancien président du groupe UDF à l'Assemblée, est, lui, assez révélateur de l'opportunisme du personnage, qui, depuis 2002, a pratiqué un double-jeu entre Bayrou et Sarkozy. Ancien conseiller technique de François Léotard du temps où celui-ci était ministre de la Défense, il occupe désormais l'ancien poste dudit Léotard, en succédant à Michelle Alliot-Marie, devenue pour sa part ministre de l'Intérieur et de l'Outre-mer. Hervé Morin, avant même sa nomination comme ministre de la Défense, a d'ors et déjà été qualifié de "plaisantin" par certains responsables militaires (Cf. Le Canard Enchaîné N°4516, 16 mai 2007)... De toute façon, ni Kouchner, ni Morin ne feront le poids pour s'affirmer dans un gouvernement au sein duquel il ne sont appelés qu'à être des figurants...
Dans le fond, qui est vraiment visée par cette "ouverture" de Sarkozy au centre et à gauche ? Le Parti Socialiste ? Pas seulement. L'autre cible de Talonnette Ier, c'est évidemment le Mouvement Démocrate (MD) créé par François Bayrou. Dans la perspective des élections législatives, il s'agit pour lui de tuer dans l'oeuf le centre recomposé, incarné par le MD et ouvert aussi bien au centre gauche qu'au centre droit. Si l'on met de côté les suffrages accordés à Bayrou, les voix de la droite, celles de Sarkozy avec celles de Le Pen et de De Villiers, représentent environ 44% des suffrages au premier tour de la dernière élection présidentielle : pour Sarkozy, le contrôle du centre est donc essentiel, surtout dans la perspective du deuxième mandat présidentiel auquel, bien entendu, il pense déjà.
L'avenir à court terme du MD s'annonce très difficile, d'autant plus que le nouveau mouvement donne, en ce moment, l'image assez affligeante d'un parti sous tension et soumis aux mêmes turpitudes politiciennes que les autres, à l'approche des échéances électorales. Par soucis de cohérence, j'envisage toujours d'adhèrer au MD, mais si cela se fait, ce sera après les élections législatives, quand tout le monde se sera un peu calmé, et que les marmites de la cuisine politicienne seront un peu moins échauffées... Quoiqu'il puisse arriver, je resterai libre de mes opinions... et de mon vote.

Avant le premier conseil des ministres qui a eu lieu au palais de l'Élysée cet après-midi, Sarkozy de Nagy-Bocsa a effectué son premier déplacement présidentiel en province, et il a choisi de venir à Toulouse, avec Borloo, pour rencontrer les salariés et les syndicats de l'avionneur Airbus, donnant ainsi l'impression de jouer étrangement, en tant que président, la carte de l'interventionnisme. Je me rappelle des propos de Jean-Pierre Chevènement concernant le nouveau président, dimanche dernier :

"C'est un homme intelligent, il a de l'abattage, c'est un avocat de profession, il est habile, il peut créer de fausses fenêtres."

(Jean-Pierre Chevènement, à propos de Sarkozy, dans l'émission radio-télévisée Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro, 13 mai 2007)

Hier, 17 mai, au moment de la passation des pouvoirs avec son prédécesseur Dominique Galouzeau de Villepin, François Fillon s'est engagé à respecter "tous les engagements que nous avons pris". Tt, tt, tt, tt... Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre... Bon courage quand même... ;o)

Cordialement, :-)

Hyarion, citoyen démocrate anarcho-monarchiste.


(Illustrations : Le nouveau gouvernement Fillon, au Palais de l'Elysée, le 18 mai 2006, photographie de l'Agence France Presse [AFP], ©AFP Stéphane de Sakutin ; Détail du tableau Vue du château et des jardins de Versailles, huile sur toile [1668] par Pierre Patel, Versailles, Musée national des Châteaux de Versailles et de Trianon ; Palais de l'Élysée, le 16 mai 2007, photographie, © Service photographique de la Présidence de la République)
Par Hyarion
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Jeudi 24 mai 2007 4 24 05 2007 17:32
Cette semaine, on enfonce le clou, encore un peu plus... Lundi dernier, 21 mai, a été réalisé le portrait officiel de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, nouveau président de la République. Triste symbole d'une nation livrée aux mains d'un homme que l'onction du suffrage universel n'a pas rendu plus estimable, loin s'en faut, ce portrait de la honte a été dévoilé mardi soir dans les journaux télévisés de 20 heures, et présenté officiellement à la presse hier, mercredi 23 mai. Comme Charles de Gaulle, Georges Pompidou et François Mitterrand avant lui, Sarkozy a choisi de poser devant les rangées de livres aux reliures anciennes de la bibliothèque de l'Elysée : nouvel écoeurement devant le spectacle de Talonnette Ier chaussant les bottes de l'histoire... Espérons que la triste période qui s'ouvre ne durera que le temps d'un quinquennat... Le photographe ayant réalisé ce portrait, Philippe Warrin, de l'agence Sipa, est plutôt connu pour ses portraits de mannequins et de vedettes, mais c'est déjà lui qui avait réalisé l'affiche du candidat Sarkozy pour la campagne du premier tour de l'élection présidentielle, affiche portant, on s'en souvient, le désormais célèbre slogan démagogique "Ensemble, tout devient possible"...
Il va donc falloir supporter cette représentation officielle du chef de l'Etat pendant cinq ans, voire plus, puisqu'elle sera - hélas - accrochée, comme c'est l'usage, dans toutes les mairies, les ambassades de France, les commissariats de police, les ministères, les écoles, et autres établissements publics. Quelle honte...
Sur cette photographie officielle, debout, avec son costume gris anthracite et sa chemise bleue à rayures, légion d'honneur à la boutonnière, le regard fixé sur l'objectif, sur fond de bibliothèque élyséenne, au côté des drapeaux français et, pour la première fois, européen - sur suggestion du photographe -, Sarkozy semble clairement fier d'être là où il est, dans le rôle qui est le sien pour cinq ans... Cinq ans, voire plus donc, car bien évidemment il ne souhaite pas en rester là, comme l'a noté Dominique Galouzeau de Villepin la semaine dernière, alors qu'il s'apprêtait à céder, quelques jours plus tard, sa place de Premier ministre à Fillon...

« Il [Sarkozy] est élu, mais il pense déjà à autre chose. Rien ne le satisfait, il est comme ces "rich and famous" aux Etats-Unis qui veulent toujours la plus belle femme, la plus belle voiture, la plus belle maison. Il s'en fout de la France et des Français. »

(Dominique Galouzeau de Villepin, le 11 mai 2007, cité in Le Canard Enchaîné N°4516, 16 mai 2007)

Voila à peine plus d'une semaine que Jacques Chirac a quitté l'Elysée, que Sarkozy l'a remplacé, et je suis déjà fatigué... Fatigué, en particulier, par le style affiché par Talonnette Ier, qui, dès le lendemain de son investiture, n'a pas pu s'empêcher de faire son numéro, désormais récurrent, de président joggeur, courant en tenue de sport, entouré de gardes du corps, et sous l'oeil des caméras et des objectifs des photographes de presse, que ce soit à Paris dans le bois de Boulogne, avec François Fillon, le 17 mai dernier, ou, deux jours plus tard, près du Fort de Brégançon, à Bormes-les-Mimosas dans le Var, lieu officiel de villégiature des présidents français depuis 1968. Le nouveau président, homme pressé et déjà coutumier des joggings médiatiques du temps où il était ministre, se veut sportif, dynamique et décontracté, mais il faudra autre chose pour convaincre les citoyens ayant un esprit critique qu'il a la stature d'un homme d'Etat...
 

« Le style Sarkozy, ou la décontraction au risque du "people"

Une photo officielle signée d'un habitué des vedettes, une touche de glamour pour l'investiture, jogging et baignade : le "style décontracté" de Nicolas Sarkozy rompt avec le passé, mais s'expose au risque de mélanger politique et "people", selon des analystes.
Aux premiers jours de son mandat, le chef de l'Etat marque, par une série de signes, "une rupture réelle avec le style assez guindé" de ses précécesseurs, estime le spécialiste des médias Dominique Wolton, interrogé par l'AFP.
Changement de génération, d'abord. Clôturant ostensiblement l'ère Chirac, de plus de 20 ans son aîné, M. Sarkozy, 52 ans, "bouscule les choses, introduit de l'énergie et de la jeunesse", dit-il.
Une façon de "briser le protocole" et d'inventer "un style décontracté" qui correspond à "la modernité, l'air du temps", note M. Wolton.
Valéry Giscard d'Estaing (48 ans lors de son élection) s'était également essayé à dépoussiérer l'image élyséenne, mais aucun président n'est allé "aussi loin", estime un autre spécialiste de la communication politique, Jean-Louis Missika.
Un style Sarkozy fait de "transparence" sur le mode de vie (jusqu'à fêter la victoire au Fouquet's et à s'offrir des vacances controversées sur le yacht d'un milliardaire), juge-t-il.
A cela s'ajoute une "dimension familiale inédite", illustrée par la cérémonie d'investiture, qui a fait la part belle à l'épouse du chef de l'Etat, Cécilia (via un baiser "présidentiel" très commenté), et à leurs enfants (leur fils Louis et les quatre issus de leurs précédents mariages).
Un "côté glamour" qui est une "mine d'or pour les magazines spécialisés", souligne M. Missika, le risque étant toutefois d'"en faire trop, de tomber dans l'anecdotique et le fabriqué".
Ce nouveau style menace de heurter l'idée même du pouvoir politique, renchérit Dominique Wolton.
"Un président de la République, surtout sur le Vieux continent, c'est quelqu'un qui prend en charge une culture historique", analyse-t-il, mettant en garde contre une "reprise d'un modèle américain", un "style people" inspiré de Kennedy.
Dans d'autres pays européens, fait-il valoir, les responsables politiques peuvent être "très peu formels" sans verser pour autant "dans une logique de show".
"Le choix n'est pas entre la queue de pie et le jogging", insiste-t-il, soulignant le "paradoxe" entre une image décontractée et une conception très "centralisatrice" du pouvoir.
A l'inverse, pour Jean-Louis Missika, cette image va de pair avec "le style de gouvernance", "efficace" et "moderne", visé par M. Sarkozy. "Plus un job qu'une fonction": c'est aussi une "rupture dans la conception du pouvoir", selon lui.
Cette nouvelle manière devra passer l'épreuve du temps. "Ce qui est promis dans ce style, c'est une relation plus égalitaire entre Etat et société civile, la question est de savoir si la promesse sera tenue", relève M. Missika.
Pour Jean-Daniel Lévy (institut CSA), l'essentiel est qu'actuellement, "les Français perçoivent un président à la tâche", sur le terrain et se saisissant des grands dossiers.
Ce sondeur n'observe pas, pour l'heure, de confusion entre l'homme public et l'homme privé: "ce que font les hommes politiques dans la vie privée n'est pas très structurant dans le rapport qu'ont avec eux les Français".
Mais, prévient M. Lévy, "si on a le sentiment que le côté "paillettes" prend le pas sur la dimension politique, il peut y avoir un basculement de l'opinion".
Alors, résume M. Wolton, gare à l'"effet boomerang"...  »

(Dépêche de la Agence France Presse [AFP], 22 mai 2007, 17h24)

Tyrannie de l'urgence, tyrannie de l'apparence : voila ce qui domine notre monde, pour le meilleur et pour le pire... Argent montrée, luxe exhibé, célébrité affichée sur papier glacé, agitation médiatique, mises en scène intempestives : tout cela n'est pourtant pas de nature à être digne du rang d'un chef d'Etat, fut-il moderne et actif... Comprenne qui pourra... La surmédiatisation des premiers jours de la présidence de Sarkozy aura même réussi à éclipser quelque peu le défilé des vedettes montant les marches du palais cannois où se tient, depuis le 16 mai et jusqu'à dimanche prochain, la soixantième (ou cinquante-neuvième ?) édition du Festival international du film de Cannes. Il est vrai que cette année, ledit Festival de Cannes n'aura pas fourni des images, filmées et/ou photographiées, susceptibles de véritablement détourner l'attention du public en adoration devant le président jogger, alors qu'en 2005, la comédienne Sophie Marceau avait réussi à créer "l'évènement", lors d'une montée des marches restée fameuse, en dévoilant brièvement un de ses seins, l'actrice ayant involontairement laissé glisser une bretelle de sa robe devant les caméras et les photographes... Dans ce monde obsédé par le futile et l'accessoire, il n'en faut pas plus pour faire le bonheur des médias de masse... et de leur public. Cette année, en tout cas, la grande vedette du mois de mai desdits médias aura été Sarkozy Nagy-Bocsa, avec ses joggings, et ses goûts de riche... Et il n'y a assurément pas lieu de s'en étonner, quand on sait que Talonnette Ier adore être au centre de toutes les attentions...

Compte-tenu du contexte politique actuel, les élections législatives des 10 et 17 juin prochains ne suscitent chez moi guère d'enthousiasme. La logique du quinquennat et le fait que lesdites élections législatives ont lieu après l'élection présidentielle, font que rien, aujourd'hui, ne semble pouvoir être en mesure d'empêcher Sarkozy de disposer, pour les cinq prochaines années, d'une majorité parlementaire à sa botte, comme Chirac durant la précédente législature. L'opposition à la droite UMP est très divisée et apparemment incapable de faire le poids face au rouleau-compresseur sarkozyste... Que faire ? On ne peut que laisser passer la tempête et attendre... Face à la puissante machine de guerre de l'UMP et de ses satellites, une opposition forte ne peut se construire que sur la durée... Le gouvernement "d'ouverture" actuel ne saurait, de toute façon, rester en l'état après les élections. Les problèmes ne vont pas tarder à réapparaître, et on verra bien comment Sarkozy de Nagy-Bocsa se débrouillera...

Du reste, le moment semble être venu pour moi de prendre un peu de recul vis-à-vis de l'actualité politique...

Cordialement, :-)

Hyarion, citoyen démocrate anarcho-monarchiste, résolument anti-sarkozyste.
 
(Illustrations : Portrait officiel du président Sarkozy, photographie par Philippe Warrin, 21 mai 2007, ©AFP/SIPA Philippe Warrin ; Caricature de Bernadette Chirac, Jacques Chirac et Sarkozy, par Cabu, publiée dans le Canard Enchaîné N°4515, 9 mai 2007 ; Sarkozy sur le perron du palais de l'Elysée, de retour d'un jogging au bois de Boulogne, le 17 mai 2007, photographie de l'agence de presse Reuters, ©Reuters ; Sophie Marceau au Festival intenational du film de Cannes, le 14 mai 2005, photos extraites d'une séquence filmée, diffusée sur Canal+, mai 2005 ; Caricature de Sarkozy, suivi par François Fillon et les membres du gouvernement Fillon, par Cabu, publiée dans le Canard Enchaîné N°4517, 23 mai 2007)
Par Hyarion
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Samedi 26 mai 2007 6 26 05 2007 04:07
Avant-hier, le soir du 24 mai, à l'occasion d'une réunion publique au Zénith de Paris, François Bayrou a lancé le Modem (Mouvement Démocrate), en même tant que la campagne dudit Modem pour les élections législatives des 10 et 17 juin prochains. Cela a été l'occasion pour lui d'évoquer les grands principes fondateurs du mouvement :

"Je voudrais en quelques mots tracer devant vous les principes qui me paraissent devoir être ceux de notre mouvement démocrate.

Premier principe : Le Mouvement démocrate est un mouvement de citoyens actifs. On n’y adhère pas pour seulement pour soutenir, pour être des supporters, mais pour participer à la mesure de ses forces et de sa disponibilité, pour construire des idées, un programme, des équipes.

Le second principe est un principe éthique. Je souhaite que nous écrivions une charte éthique qui nous engage. Ce qui m'a frappé dans les récents changements de camp aussi bien dans les rangs socialistes que dans les nôtres, ce ne sont pas les destins individuels, c’est la tristesse des citoyens qui avaient fait confiance à leurs responsables, devenus leurs amis, devenus une partie de leur famille. Les Français ont le sentiment que les politiques ne respectent pas les règles élémentaires de comportement que chacun des citoyens se voit imposer dans sa vie.

Pour bien des responsables politiques, l'engagement, c'est une carrière. Pour les citoyens, pour les militants engagés ou de cœur, c'est de la vie donnée, gratuitement, donnée à sa cité comme on la donne à ses enfants. Cela mérite d’être respecté. C'est pourquoi je veux une charte éthique à l'intérieur de notre mouvement démocrate qui indiquera quelle est la nature de l'engagement de l'adhérent, du responsable, du candidat et de l'élu du mouvement par rapport à ceux qui lui ont fait confiance.

Troisième principe : nous donnerons un sens plein et entier à l’idée de démocratie.

La démocratie, cela ne peut pas être seulement l'attribution du pouvoir par le vote. La démocratie, c’est aussi la responsabilité des citoyens entre les votes.

Pour que le citoyen soit responsable, il faut qu'il soit associé et informé, qu'on lui laisse le temps de réfléchir, qu'on lui donne les moyens de peser sur la décision que l'on prend en son nom. Je fais une grande différence entre « information », « réflexion » et « communication ». Car il y a des politiques de communication qui ont pour seul objet, en fait, d’empêcher l'information et la réflexion, de détourner l’attention de l'essentiel vers l’accessoire.

Et cela, ce sont les institutions qui le garantissent. Voilà pourquoi le mouvement démocrate défendra les principes d'une réforme profonde de nos institutions républicaines, dont les piliers seront la séparation des pouvoirs, à l'intérieur du pouvoir politique, et aussi entre le pouvoir politique, le pouvoir économique et le pouvoir médiatique. Nous défendrons le respect du pluralisme et la qualité de l’information et du débat public. Nous défendrons donc une loi électorale juste, celle qui existe partout en Europe, du Nord au Sud et d’Est en Ouest, et qui garantit à toutes les grandes sensibilités démocratiques leur droit à l'expression et à la représentation.

Quatrième principe : L'action du Mouvement démocrate sera fondée sur la vérité, en matière économique, comme en matière sociale. Pour moi, dans un projet de société, notamment dans le monde de l'économie et du social, il n'y a d'idéal que dans le réel. L'idéal ne doit pas être du domaine du virtuel, ce n'est pas une idéologie, il doit s'incarner et s'enraciner. C'est pourquoi nous associerons à notre action des chercheurs, des universitaires, des économistes, des sociologues avec qui nous confronterons, à intervalles réguliers, nos intuitions et nos réflexions.

Cinquième principe : il faut penser l’avenir. J'ai été frappé, vivant cette campagne présidentielle de l'intérieur, de l’absence des intellectuels. Excepté sur le registre de la transgression, lorsqu'ils changeaient de bord, et particulièrement sur le registre de la transgression nationaliste, dont on verra qu’elle est sans avenir. Nous avons besoin de retrouver l’enracinement intellectuel de l’action politique.

J’ai employé à dessein l'expression « enracinement intellectuel », car le monde intellectuel s'appauvrit quand il se sépare de la réalité sociale. C'est pourquoi le Modem se fixe pour objectif de faire partager la réflexion sur l’avenir à l’ensemble du champ social, universitaires et intellectuels, créateurs et interprètes dans le monde de la culture, artistes et savants, ouvriers, techniciens, salariés, agriculteurs, étudiants, artisans et entrepreneurs, retraités ou passagers sans bagage dans notre société. Pour cela, il est vrai qu'Internet est un formidable outil auquel nous voulons réfléchir et par lequel nous voulons travailler.

Sixième principe : Le principe du Mouvement démocrate est le rassemblement. Le Modem affirme que chaque fois que quelque chose d'essentiel est en jeu pour la nation, il est prêt à travailler avec toutes les forces démocratiques du pays. Et chaque fois que l'on abordera l'action de proximité, la démocratie locale, il est prêt à faire naître de larges rassemblements. Dans le champ de la démocratie, nous n'avons pas d'ennemis. Nous considérons que l'affrontement entre la droite et la gauche, cette grille de lecture du siècle passé, ne permet plus de résoudre les problèmes de notre temps. Nous sommes particulièrement heureux de trouver dans nos rangs des femmes et des hommes qui viennent de camps différents et de parcours politique différents. Pour nous, c’est un enrichissement.

Septième principe : le but principal du Mouvement démocrate sera la naissance et la promotion d’une génération politique nouvelle. La vie a fait que nous avons été en grande partie, privés de notables. Il faut faire de cet accident une force. L'accueil, la détection, le repérage, la formation, l'entraînement de cette génération politique nouvelle est un magnifique défi, que nous sommes les seuls, par la force des choses, les seuls désormais à pouvoir relever."

(François Bayrou, lors d'une réunion publique au Zénith de Paris, le 24 mai 2007)

J'adhère à ces principes, et tout particulièrement au premier et au septième : si je m'engage en politique, ce ne sera pas pour être un figurant, ou le larbin de qui que ce soit... Oui à l'action citoyenne, et oui à une nouvelle génération politique, avec un solide corpus d'idées et un programme crédible.

Sur la forme comme sur le fond, la construction et l'organisation du Modem prendra du temps. Au-delà des élections législatives, qui s'annoncent de toute façon très difficiles, il faudra préparer les élections des deux prochaines années : élections municipales en 2008, élections européennes en 2009, en attendant l'élection présidentielle de 2012. Bien entendu, la route s'annonce longue et semée d'embûches, mais si nous n'y croyons pas, qui y croira pour nous ?

Faisons ce que nous pensons devoir faire pour le pays et pour le peuple, et l'on verra bien ensuite comment les choses évoluent... Et bien entendu, conformément à l'une de mes devises, il faut faire les choses sérieusement, mais sans se prendre au sérieux : il y a tellement de gens qui, au contraire, se prennent trop au sérieux et ne font pas les choses sérieusement... Pourtant, nous ne sommes que des hommes, misérables poussières posées sur un caillou tournant autour d'une étoile, au milieu de milliards d'autres étoiles, et nous ne sommes pas éternels... Sachons avoir le nécessaire regard critique vis-à-vis de nos propos et de nos actes. Sachons avoir un regard distancié sur ce que nous sommes, et ce que nous faisons, et l'engagement politique n'en sera que plus crédible...

Pour conclure ce message sur une note comique et satirique, ouvrons une courte parenthèse "politico-people", dans le prolongement de mon précédent article (Sarkozy président : le Portrait de la Honte), histoire de continuer à rire un peu, en ces temps difficiles où le moral est plutôt dans les chaussettes...

Depuis le 6 mai dernier, il existe un nouveau site d'information sur Internet, fondé par d'anciens journalistes de Libération, intitulé "Rue 89" (rue89.com). Ce site a attiré, hier 25 mai, mon attention sur un détail cocasse figurant dans le dernier numéro du magazine VSD (N°1552)...

Sur la couverture dudit numéro de VSD, on peut voir, sur la droite, une photographie du fameux "baiser très commenté" qu'ont échangé Cécilia et Nicolas Sarkozy, le jour de la cérémonie d'investiture de Talonnette Ier à l'Elysée, le 16 mai dernier, sous le regard attendri du petit Louis Sarkozy, fils du couple présidentiel. Sur la gauche de la couverture, figurent une photographie de la marionnette de Jacques Chirac qui, pendant des années, aura fait la fortune des "Guignols de l'Info" de Canal+, et, en dessous, deux photographies du couple Sarkozy prises pendant leur séjour au Fort de Brégançon dans le Var, le week-end dernier (aux dernières nouvelles, ils y sont, par ailleurs, revenus ce week-end)...


Titre principal de la couverture : "Une semaine avec les Sarkozy: leur nouvelle vie." Jusque-là, rien de bien exceptionnel pour un magazine de ce genre... Sauf qu'en fait, la couverture comporte une demi-page publicitaire. Or, lorsque l'on déplie cette demi-page, on tombe sur une publicité pour une voiture de la marque Skoda, avec une petite phrase qui ne manque pas de piquant dans la mesure où elle se trouve en face d'une photo du couple Sarkozy... ;o)


Grâce à la marionnette de Jacques Chirac, l'effet est encore accentué lorsque l'on regarde la demi-page en laissant apparaître le recto par transparence, face à la lumière... ;o)


"Alors, coïncidence ou pas ?" s'interroge-t-on sur le site "Rue 89"... ;-)

On se souvient de ce qui s'est passé lorsque le 25 août 2005, le magazine Paris-Match a présentée sur sa couverture une photographie de Cécilia Sarkozy à New York, avec son amant du moment, le publicitaire Richard Attias, du temps où l'actuelle Première Dame de France avait pris ses distances avec son mari politicien, devenu depuis président de la République. À la suite de cette publication, Nicolas Sarkozy, furieux, avait usé de son influence auprès d'Arnaud Lagardère, dont le groupe est propriétaire de Paris-Match, pour faire limoger le directeur de l'hebdomadaire, Alain Genestar, qui a finalement dû quitter son poste l'année dernière, en juin 2006...
Conclusion logique : coïncidence ou pas, ça risque de chauffer, à VSD... ;o)

Bien évidemment,
la rédaction de VSD et le service de communication de Skoda ont assuré aux enquêteurs de "Rue 89" que tout cela n'était qu'un "pur hasard"...

Pour ma part, j'en ris encore... ;o)

Fin de la parenthèse... ;-)

Cordialement, :-)

Hyarion, citoyen démocrate anarcho-monarchiste, résolument anti-sarkozyste.

(Illustrations : François Bayrou lors de la réunion publique lançant le Mouvement Démocrate, au Zénith de Paris, le 24 mai 2007, photographie diffusée sur le site politique de François Bayrou [www.bayrou.fr] ; photographies du magazine VSD N°1552, diffusées sur le site "Rue 89" [rue89.com], 25 mai 2007)
Par Hyarion
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Samedi 2 juin 2007 6 02 06 2007 07:20
Depuis quelques jours, je n'ai rien écrit. Le moral est toujours en berne. Rassurez-vous toutefois, chers lecteurs, le sarkozysme triomphant n'est pas la seule cause de ma grosse fatigue : en dehors des turpitudes de la politique, j'ai aussi des soucis personnels qui ne m'incitent pas, non plus, à l'optimisme... Ces jours-ci, je passe mon temps devant ma télé, à regarder les matchs du tournoi international de tennis de Roland-Garros qui a lieu en ce moment à Paris, comme chaque année en mai-juin. Cela ne suffit pas toujours pour oublier les problèmes... Hier, 1er juin, cependant, je suis allé voir une belle exposition au musée des Augustins de Toulouse, consacrée à l'oeuvre du peintre, dessinateur et graveur français Jacques Stella (1596-1657), peintre du roi Louis XIII et de son ministre Richelieu, et ami de Nicolas Poussin. Ce bain d'art et de culture m'a changé quelque peu les idées. Je reprends donc la rédaction de ce blog, même si l'actualité persiste à inciter à la morosité...

La campagne des élections législatives est d'encore plus mauvaise qualité que celle de l'élection présidentielle... J'avoue qu'elle ne m'intéresse guère. Domicilié à Toulouse (Haute-Garonne) depuis plusieurs années, je n'ai, du reste, qu'assez peu d'informations concernant la situation politique de la première circonscription de l'Aveyron, où je suis né et où je vais devoir me rendre pour voter, les 10 et 17 juin prochains... Il est vrai que je ne me rends à Rodez, le chef-lieu du département de l'Aveyron, que pour de courtes visites : bien que j'y ai mes racines, Rodez reste aujourd'hui, ainsi que le notait l'écrivain Francis Carco en 1938, "la petite ville de province où l'on s'ennuie"... Le fait que je n'ai pas beaucoup d'informations au sujet de la campagne locale n'a toutefois pas beaucoup d'importance, car j'en sais assez pour être convaincu que la situation politique aveyronnaise est et reste  lamentable. Le Monde a publié tout récemment un article sur cette circonscription : il a le mérite de résumer la situation mieux que je ne saurais peut-être le faire, même si le ton dudit article est trop neutre à mon goût :

« La bataille des "fils de" sur fond de succession politique

1ère circonscription de l'Aveyron
Yves Censi (UMP)
Thierry Puech (Majorité présidentielle)

En Aveyron, la tradition intervient aussi sur le terrain électoral. Au sein de la même famille politique, l'UMP, et en dignes descendants des deux familles qui règnent depuis plus de trente ans sur les destinées de la ville de Rodez et du conseil général, ce sont les "fils de" qui reprennent le flambeau dans la première circonscription. Yves Censi, député sortant et fils de Marc Censi (maire de Rodez [depuis 1983] et ancien président du conseil régional Midi-Pyrénées [de 1987 à 1998]), va devoir faire face à la candidature de Thierry Puech, fils de Jean Puech (président du conseil général [depuis 1976], sénateur et ancien ministre de l'agriculture [du gouvernement Balladur]).
Et ce dans un contexte où, pour la première fois depuis cinquante ans, la gauche a obtenu ses meilleurs scores dans les grandes villes, Ségolène Royal arrivant même en tête à Rodez lors du second tour de l'élection présidentielle. Pour Yves Censi, "la candidature de Thierry Puech est une candidature kamikaze pilotée par son père, dans le seul but de détruire, dans la lignée de ce qu'il fait depuis toujours pour diviser la droite aveyronnaise".
Investi par la commission nationale de l'UMP et soutenu par Nicolas Sarkozy, le jeune député, élu en 2002, fait pour l'instant le dos rond. Insiste sur son bilan et son action, voulant éviter de réduire le futur scrutin à une "guéguerre stérile au sein de l'UMP". "C'est une campagne face aux électeurs, insiste-t-il, avec mes méthodes, mes avancées pour le territoire et mes soutiens aux projets importants."
Thierry Puech, qui se présente pour la première fois sous l'étiquette "majorité présidentielle", répond sereinement : "Il n'a pas de bol de s'appeler Censi. Je n'attaque pas l'homme, mais justement le bilan et les méthodes. Il y a une absence totale de vie militante, le travail n'a pas été fait et les résultats électoraux le prouvent. La nature a horreur du vide, il faut que cela bouge."
Marc Censi, qui a annoncé son désir de ne pas se représenter à la municipalité en 2008, reste pour l'instant en dehors du conflit. Mais Jean Puech, qui lui aussi se retirera de la présidence du département la même année, est monté au créneau. Il a annoncé la création de l'Union pour l'Aveyron, une association réunissant les élus de son camp, sous la forme d'un parti politique. Dénonçant par là même "la supercherie et l'illusionniste Yves Censi. Ce n'est pas une tare de s'appeler Puech, enchaîne-t-il, et on ne naît pas le jour de sa naissance. Thierry a toutes les qualités requises pour être un bon parlementaire."

"ENNEMI HÉRÉDITAIRE"

Face à cette opposition fratricide, Christian Teyssèdre, candidat du PS qui lorgne plus vers la mairie que vers le siège de député, se frotte les mains. Et s'amuse du fait que le second tour pourrait donner lieu à une triangulaire où Maïté Laur, candidate du MoDem, jouera un rôle primordial.
Yves Censi se dit serein sur l'issue du scrutin et écarte l'hypothèse de prendre la succession de son père à la municipalité. Ce pourrait être, en revanche, l'objectif de Thierry Puech, dont le comité de soutien comprend commerçants et entrepreneurs ruthénois. Les législatives ne semblent pour lui qu'un galop d'essai électoral, égratignant au passage "l'ennemi héréditaire". »

Philippe Gagnebet (Rodez, correspondant)


(Article paru dans l'édition du Monde du 30 mai 2007, reproduit sur le site Internet du journal [Le Monde.fr])

Ainsi, la situation électorale de la circonscription se résume à une sempiternelle gué-guerre des seigneurs UMP du département, désormais par fils interposés, gué-guerre opposant un député sortant, fils du maire de Rodez, dont le bilan parlementaire est nullissime, à un concurrent, fils du président du Conseil Général, qui prétend vouloir être un "député utile" mais qui n'est que le représentant d'une dynastie rivale... En dépit d'une lente évolution favorisant peu à peu l'opposition, du fait de la disparition progressive du vieil électorat traditionnel de la droite, l'Aveyron reste un département rural conservateur, et malgré les divisions habituelles de la droite locale, celle-ci finit toujours par faire front dès qu'il s'agit de garder le contrôle du système politique, verrouillé depuis des décennies. L'opposition, de toute façon, semble incapable de faire le poids, tant elle manque d'ambition et reste trop peu offensive, face à une droite UMP qui, sauf grosse surprise, ne peut que se maintenir, comme dans une large majorité de circonscriptions en France...

Pas de quoi se réjouir, donc. Pourtant, il y a trois jours, le matin du 30 mai, j'ai reçu un courrier électronique signé de François Bayrou me demandant de confirmer mon adhésion au Mouvement Démocrate (MoDem ou M.D.). Après avoir réfléchi à la question toute la journée, j'ai fini par adhérer officiellement au MoDem le soir-même, vers 23h45, en versant, pour la première fois de ma vie, une cotisation à une organisation politique. En faisant cela, j'ai bien évidemment pris le risque de me tromper : peut-être ai-je misé sur le mauvais cheval, tant l'avenir du Mouvement Démocrate s'annonce difficile et incertain... Mais j'ai tout de même choisi de m'engager officiellement, en suivant la devise française figurant en épigramme du Grand Dictionnaire universel du XIXème siècle de Pierre Larousse : "fais ce que dois, advienne que pourra". Qui sait dans quelle situation serons-nous dans deux ans ou cinq ans ? Nous verrons bien. Les statuts du MoDem vont devoir être rédigés après les élections législatives, et un véritable projet pour la France et l'Europe devra être construit au sein du nouveau mouvement, dans la perspective des élections européennes de 2009 et des élections régionales de 2010 : j'espère pouvoir y participer, dans la mesure de mes modestes capacités. Je ne suis pas un carriériste, et je n'envisage pas de faire de la politique toute ma vie, mais une chose est cependant absolument sûre : je n'abandonnerai pas le terrain de la politique tant que Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa restera au pouvoir, et je resterai toujours opposé à la droite qui le soutient et qu'il représente. C'est là un engagement ferme de ma part.

Cordialement, :-)

Hyarion, citoyen démocrate anarcho-monarchiste, résolument anti-sarkozyste.


(Illustrations : Clélie passant le Tibre, huile sur toile [non datée, XVIIe siècle] par Jacques Stella, Paris, musée du Louvre ; Saint Georges et le Dragon, gravure à l'eau-forte [1623] par Jacques Stella, Paris, Bibliothèque Nationale de France, département des Estampes et de la Photographie)
Par Hyarion
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Lundi 18 juin 2007 1 18 06 2007 23:45
undefined Rien ne sert de courir, il faut partir à point... Les résultats définitifs des élections législatives montrent bien qu'il n'était pas nécessaire de se presser pour commenter ce que l'on annonçait comme étant une gigantesque "vague bleue" en faveur de l'UMP de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa... De fait, après une campagne particulièrement ennuyeuse, il y a bien eu une victoire électorale de la droite, qui confirme le triomphe présidentiel de Sarkozy, mais il y a tout de même eu environ 39% d'abstention, aussi bien au premier tour du 10 juin qu'au second tour du 17 juin, ce qui rend toute relative l'impression de "rénouveau" démocratique qu'avait suscitée la forte participation des électeurs à l'élection présidentielle d'avril-mai dernier... Pour le reste, chacun aura pu constater que le raz-de-marée sarkozyste annoncée n'a pas eu lieu... On ne s'en plaindra pas...

« Six semaines après le 6 mai, les Français mettent un bémol à leur soutien à Sarkozy

Six semaines après l'élection présidentielle, les Français ont réaffirmé dimanche leur soutien à Nicolas Sarkozy mais en y mettant un bémol : si l'UMP dispose de la majorité absolue des sièges de députés pour légiférer, l'Assemblée nationale est plus rose qu'annoncé.

En déjouant au second tour des législatives les pronostics sur une vague bleue, les électeurs ont semblé dire "oui mais" à Nicolas Sarkozy, résume lundi la une du Figaro.

Le résultat le plus symbolique est la défaite du numéro 2 du gouvernement Alain Juppé à Bordeaux. Elle constitue un revers personnel pour l'ancien Premier ministre et va bouleverser l'équipe Fillon.
A la tête d'un grand ministère de l'Ecologie, Alain Juppé devait démissionner lundi matin, respectant la règle édictée par le Premier ministre.

Les 577 nouveaux élus vont se réunir à partir du 26 juin : 318 députés UMP (359 sortants), 190 PS (149 sortants), 8 PRG, 21 Nouveau centre, 17 PCF, 5 MoDem, 4 Verts et 2 MPF, les autres se partageant entre divers gauche et divers droite. L'Assemblée nationale sera plus féminine avec 107 élues contre 76.

Lundi matin, les métaphores maritimes étaient à la une de la presse: "le ressac de la vague bleue" (France Soir), "le raz de marée bleu horizon n'a pas eu lieu" (Le Figaro), "la vague bleue annoncée a été moins forte que prévu" (Les Echos).
Dans un registre plus combatif, pour Libération, "la droite prend une gauche", selon l'Humanité, "le peuple corrige le tir".

Pour le PS, qui avait fait campagne ces derniers jours contre "la TVA sociale", le sursaut des électeurs de gauche, malgré une abstention record de 40%, éloigne le risque d'une crise à court terme.
Son premier secrétaire François Hollande, contesté depuis la défaite de Ségolène Royal le 6 mai, a ainsi réaffirmé qu'il entendait rester à son poste jusqu'au congrès de 2008.
Mais deux autres événements risquent de peser. Dans un livre intitulé "Les coulisses d'une défaite", Ségolène Royal annonce à la fois sa séparation avec son compagnon François Hollande et son intention de briguer la direction du PS au prochain congrès.

Avec moins de 20 députés, les communistes ne pourront pas à eux seuls constituer un groupe, mais les quatre élus Verts sont déjà invités à les rejoindre.

Au centre, les anciens UDF ralliés à Nicolas Sarkozy et réunis dans le Nouveau centre sont juste assez nombreux (21) pour faire un groupe. Quant à François Bayrou, largement réélu dans le Béarn, il ne sera entouré dans l'hémicycle que de quatre autres représentants du MoDem.

A peine le scrutin législatif terminé, d'autres rendez-vous se profilent.
Ainsi, le gouvernement Fillon devrait être rapidement remanié, pour remplacer Alain Juppé et y adjoindre quelques secrétaires d'Etat. Peut-être une nouvelle occasion pour le chef de l'Etat de nommer des personnalités de gauche.

Avant de se mettre au travail, les députés auront à désigner leurs présidents de groupes, puis le président de l'Assemblée nationale. Plusieurs ténors UMP sont sur les rangs. Ils auront aussi à désigner les présidents de commissions, les vice-présidents, questeurs...
Ensuite, le coup d'envoi du travail parlementaire sera donné par le Premier ministre avec son discours de politique générale.

Au programme de la session extraordinaire de juillet, figure le projet de loi "en faveur du travail, de l'emploi et du pouvoir d'achat" qui reprend les mesures sur l'emploi et la fiscalité.
Le Parlement devra examiner en outre le texte sur l'autonomie des universités, un projet de loi-cadre sur le service minimum dans les transports publics, le renforcement de la lutte contre la récidive.
Une autre session extraordinaire devrait être convoquée à la mi-septembre, pour le projet sur la maîtrise de l'immigration. »

(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 18 juin 2007, 6h42)

Faisons les comptes définitifs au soir du lendemain du second tour :

- UMP (39,5% des voix au premier tour) et apparentés : 324 députés;
- Nouveau Centre  (2,4% des voix au premier tour) : 22 députés;
- MoDem  (7,6% des voix au premier tour) : 4 députés;
- Verts  (3,3% des voix au premier tour) : 4 députés;
- PS  (24,7% des voix au premier tour) et apparentés (dont le PRG) : 205 députés;
- PCF  (4,3% des voix au premier tour) et apparentés : 18 députés.

La nouvelle Assemblée Nationale est représentative de l'électorat : bien sûr que non, pas plus aujourd'hui qu'hier. Pourquoi ? Tout simplement parce que le découpage des circonscriptions n'a pas changé depuis le premier septennat de François Mitterrand, et plus précisemment depuis la cohabitation Mitterrand-Chirac, du temps où Charles Pasqua était ministre de l'Intérieur... Voici ce que l'on lire à ce sujet dans le Canard Enchaîné de la semaine dernière :

« Les aveux du "découpeur" Pasqua

C'est donc dans des circonscriptions découpées en 1986, en se fondant sur le recensement de la population réalisé en 1982, que les Français ont voté dimanche dernier et voteront dimanche prochain. Un découpage signé Charles Pasqua, alors ministre de l'Intérieur.
 Dans le premier tome de ses Mémoires, qui viennent de paraître sous le titre "Ce que je sais", Pasqua explique, non sans un certain cynisme, comment il parvint à faire adopter ce découpage, sans trop de hurlements :
 " S'agissant de cette loi électorale et du remodelage [des circonscriptions] qu'elle organisait, je dirais qu'elle garantissait, en conditions normales de scrutin, un tiers des sièges de droite, avec un petit avantage au RPR (ce qui correspondait au rapport des forces dans le pays), un tiers à la gauche, l'attribution du dernier tiers résultant de la glorieuse incertitude du vote."
 En note de bas de page, Charles Pasqua tient à préciser : "J'avais également demandé à mes conseillers de veiller à ce que le Parti communiste ne soit pas trop maltraité, mes instructions étant que cette loi lui permette de maintenir un groupe parlementaire à l'Assemblée nationale."
 C'était une époque, il est vrai, où les candidats du PC recueillaient plus que 4,62% des voix ! »

(Le Canard Enchaîné N°4520, 13 juin 2007)

Ainsi, tout s'explique : si le PC et le "Nouveau Centre" rallié à Sarkozy sont à ce point sur-représentés dans la nouvelle Assemblée, en ayant quatre ou cinq fois plus de députés que le MoDem qui a pourtant récolté plus de suffrages que chacun d'eux au premier tour, c'est tout simplement parce que Pasqua et ses conseillers n'avaient pas envisager qu'un centre indépendant ouvert aussi bien au centre-droit qu'au centre-gauche puisse exister un jour sur l'échiquier politique...

Les dés étaient donc pipés dès le départ, et à cette situation lamentable s'ajoute évidemment le fait que le système de la Ve République, conçu pour compenser l'absence du fait majoritaire, ne s'est pas adapté à la naissance de celui-ci, d'où le caractère injuste du mode de scrutin actuel (majoritaire à deux tours). Il est bien évidemment, en effet, que l'introduction d'une part de proportionnelle (15 %, 20 %, voire 50 %) pour l'élection des députés auraient permis d'aboutir à des résultats électoraux quelque peu différents, et davantage équilibrés, même si la domination de l'UMP et du PS n'aurait pas été fondamentalement remise en cause...


L'UMP et ses alliés ont perdu des voix entre les deux tours, en partie - mais pas seulement - à cause des propositions économiques des sarkozystes, et notamment de leur projet douteux et très critiqué de TVA sociale maladroitement évoquée par Jean-Louis Borloo dès le soir du premier tour, à la télévision. Symbole de cette "vague bleue" de droite moins forte qu'annoncée, le ministre d'Etat Alain Juppé a été battu dans son fief électoral bordelais, la deuxième circonscription de Gironde... Mais la victoire de la droite n'en n'est pas moins certaine...
Dans la 1re circonscription de l'Aveyron, où j'ai voté les 10 et 17 juin derniers, c'est, sans surprise, le député sortant et candidat de l'UMP Yves Censi, fils du maire de Rodez et ancien président du conseil régional Midi-Pyrénées, qui a été réélu avec 53,3% des suffrages, face à son adversaire socialiste du second tour qui a obtenu 46,68% des voix. L'opportunisme, le clientélisme et l'habituelle tournée des maisons de retraite du député sortant - dont le bilan est proche du néant - auront sans doute été payants, mais on notera que son succès est avant tout dû à l'électorat des cantons ruraux du Nord-Aveyron qui a massivement voté pour lui, tandis que les cantons urbains, notamment ceux Rodez, chef-lieu du département, et ville dans laquelle je vote, ont été nettement plus favorables au candidat du PS qualifié pour le second tour, Christian Teyssèdre. Au premier tour, j'ai voté pour la candidate du MoDem, non pas pour sa personnalité - trop proche de la droite à mon goût -, mais par soucis de contribuer par mon suffrage au financement du parti auquel j'ai adhéré le mois dernier, les aides publiques aux partis politiques étant proportionnelles au nombre de suffrages obtenus par les candidats de ceux-ci aux élections. Au deuxième tour, sans hésiter une seule seconde, j'ai voté socialiste, comme je l'avais fait aux deux tours des élections législatives de 2002. Je constate, avec une certaine satisfaction, que dans l'ensemble, les reports de voix du MoDem au deuxième tour ont plutôt bénéficié, dans le Sud-Ouest - et notamment en Midi-Pyrénées -, assez logiquement, à la gauche de gouvernement non-communiste (socialiste et radicale). Que ceux qui espèrent faire du MoDem une pâle copie de l'ancienne UDF façon Giscard, sous un nouveau nom, se le tiennent pour dit : l'avenir du MoDem, notamment en Midi-Pyrénées et en Aquitaine, n'est pas du côté de la droite, mais de la gauche de gouvernement. Et tôt ou tard, il va falloir choisir. Si les dirigeants du nouveau parti - François Bayrou en tête - ne tiennent pas compte de cette situation, et refusent d'envisager, à plus ou moins long terme, une stratégie d'alliance avec un PS sérieusement rénové dans quelques années, je n'aurai, à titre personnel, aucune raison de rester membre du MoDem... Espérons donc que la situation de flou artistique complet dans laquelle se trouve en ce moment le Mouvement Démocrate sera bientôt éclairci, dans la perspective des prochaines élections municipales de 2008...

Ségolène Royal, qui vient de se séparer officiellement du secrétaire national du PS François Hollande, après trente ans de vie commune, a affiché clairement son intention de prendre la direction du Parti Socialiste si son projet de rénovation est majoritaire au prochain congrès du parti, prévu en 2008 : en tant que citoyen, j'observerais avec beaucoup d'intérêt ce que sera l'évolution du PS dans les prochains mois et années, sachant toutefois qu'en tant que membre du Mouvemant Démocrate, je considère comme indispensable que le MoDem se renforce électoralement et s'impose politiquement dans les prochaines années face au bipartisme de l'UMP et du PS, pour obliger ses deux partis prépondérants à respecter ledit MoDem et pour rendre éventuellement possible une alliance équilibrée du Mouvement Démocrate avec un PS enfin rénové, seule option possible - à mes yeux - pour un véritable changement dans le pays et une accession au pouvoir des démocrates de progrès. Cela dit, rien ne vient véritablement remettre en cause la situation parlementaire telle qu'elle est aujourd'hui, et qui était prévisible dès le lendemain de l'élection de Sarkozy de Nagy-Bocsa à la présidence de la République : d'une part, la droite détient, pour cinq ans, la majorité absolue à l'Assemblée Nationale, et d'autre part, pour la première fois depuis 1978, une majorité - de droite - se succède à elle-même. Citoyens humanistes et démocrates de progrès, gardons-nous donc de tout sentiment de réjouissance, qui serait forcément déplacé, et contentons-nous de constater, une nouvelle fois, que l'espoir n'a, bien entendu, pas disparu et que tout reste ouvert pour les années qui viennent...

Cordialement, :-)

Hyarion, le démocrate anarcho-monarchiste, résolument anti-sarkozyste.

(Illustrations : L'Assemblée Nationale élue en 2002, photographie sans date, ©Rossi Xavier/Gamma ; La nouvelle Assemblée Nationale élue en 2007, infographie, site du journal Le Monde (Le Monde.fr), 17-18 juin 2007 ; Caricature de Pasqua, par Kiro, publiée dans Manufacture française de candidats, Les dossiers du Canard Enchaîné N°83, avril 2002 ; Projection fictive des sièges de l'Assemblée Nationale selon un mode de scrutin à 15% proportionnel et à 85% majoritaire, infographie, site du journal Le Monde (Le Monde.fr), 18 juin 2007 ; Projection fictive des sièges de l'Assemblée Nationale selon un mode de scrutin à 50% proportionnel et à 50% majoritaire, infographie, site du journal Le Monde (Le Monde.fr), 18 juin 2007)
Par Hyarion
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Jeudi 21 juin 2007 4 21 06 2007 07:12
Hier soir, mercredi 20 juin, après avoir reçu Jean-Marie Le Pen à l'Elysée dans le cadre des consultations qu'il aura mené avant le Conseil européen de jeudi et vendredi à Bruxelles, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa était l'invité du journal télévisé de TF1 pour sa première allocution officielle en tant que président de la République. Dans son bureau présidentiel, il a justifié ses choix pour la composition du gouvernement et défendu ses positions en matière de politique économique, notamment pour favoriser l'emploi et augmenter le pouvoir d'achat des Français. Au lendemain de la formation du nouveau gouvernement Fillon, qui s'est réuni pour la première fois mercredi à l'Elysée sous sa présidence, il a affirmé que l'ouverture n'était pas "un coup" ni "un truc sans lendemain". "J'ai l'ambition d'être le président de tous les Français, y compris de ceux qui n'ont pas voté pour moi", a-t-il déclaré. Sarkozy peut bien continuer de jouer la carte du rassemblement et de l'"ouverture", car il a bien conscience que la victoire moins importante que prévue de la droite, au second tour des élections législatives, constitue un premier avertissement à son endroit. Voici ce qu'il a déclaré devant des collaborateurs et des proches, lundi dernier, 18 juin, au lendemain de la semi-victoire électorale de la droite :

"Ce n'est pas un drame, mais c'est un avertissement. Ça montre que nous ne sommes pas en terrain conquis, contrairement à ce que pensaient certains crétins. Le problème, c'est qu'une partie de l'électorat de Bayrou a viré à gauche par peur et haine de nous... Ce résultat justifie plus que jamais l'ouverture à gauche et au centre. C'est une évidence. Rien ne serait pire que d'être timoré. [...] Les emmerdements commencent plus tôt que prévu."

(Sarkozy, à propos de la semi-victoire de la droite aux élections législatives, le 18 juin 2007, cité dans Le Canard Enchaîné N°4521, 20 juin 2007)

Avant-hier, le gouvernement qui, comme prévu, ne pouvait rester en l'état après les élections, a donc été remanié, avec toujours plus d'"ouverture", cet opportuniste de Jean-Louis Borloo ayant même été promu, même après avoir contribué indirectement à la défaite électorale de plusieurs candidats UMP à la députation - dont Alain Juppé, à qui Borloo succède au ministère de l'Ecologie... Une dépêche de l'Agence France Presse (AFP) datée d'avant-hier, mardi, donne quelques détails sur la composition de ce nouveau gouvernement :

"Borloo N.2 du nouveau gouvernement Fillon, qui poursuit l'ouverture

Le gouvernement Fillon 2, marqué par la promotion de Jean-Louis Borloo au super-ministère de l'Ecologie, une ouverture accrue à gauche et l'entrée de deux femmes issues de l'immigration, a été proclamé mardi, juste après des législatives décevantes pour Nicolas Sarkozy.
Autre surprise dans la liste lue par Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée: l'arrivée de l'entraîneur du XV de France Bernard Laporte. Il intégrera cette équipe de 16 ministres, 16 secrétaires d'Etat et un Haut Commissaire, à l'automne seulement, une fois passé le Mondial de rugby.

Soit un gouvernement plus étoffé qu'attendu et où la parité, respectée dans Fillon I, avec sept femmes, est écornée: seules quatre femmes figurent parmi les 12 nouveaux secrétaires d'Etat.

Invité du Journal télévisé de TF1 mercredi soir, Nicolas Sarkozy aura tout loisir d'y commenter ce nouveau gouvernement et le résultat final des législatives.

Après un mois à peine à Bercy, Jean-Louis Borloo, devenu ministre d'Etat, prend les rênes du grand ministère transversal de l'Ecologie dont Alain Juppé a démissionné après son échec législatif.
Pour les observateurs, la promotion de Jean-Louis Borloo a toutefois aussi un goût de désaveu, beaucoup au sein de la majorité lui ayant fait porter la responsabilité du couac sur la TVA sociale, qui a donné un angle d'attaque inespéré aux socialistes dans l'entre-deux tours.
Il est remplacé à la tête du super-ministère de l'Economie par Christine Lagarde, première femme à ce poste-clef.

Le plupart des ministres sont reconduits, notamment les portefeuilles régaliens: Michèle Alliot-Marie à l'Intérieur, Hervé Morin à la Défense, les emblématiques Bernard Kouchner au Quai d'Orsay et Rachida Dati à la Justice.
Le seul nouveau ministre désigné est Michel Barnier à l'Agriculture et la Pêche, où il succède à Mme Lagarde.

Signes de la volonté affichée de Nicolas Sarkozy de poursuivre l'ouverture au centre, à gauche et à des représentants de la diversité, la nomination de la fondatrice de "Ni putes ni soumises" Fadela Amara (Politique de la ville) et de la jeune UMP d'origine sénégalaise Rama Yade (Droits de l'Homme).

Après Bernard Kouchner, le sénateur-maire socialiste de Mulhouse Jean-Marie Bockel a franchi le pas en rejoignant le gouvernement Fillon. Il rejoint en outre le "transfuge" socialiste Eric Besson, Jean-Pierre Jouyet, et l'ancien président d'Emmaüs-France Martin Hirsch.

La sénatrice Valérie Létard (secrétaire d'Etat à la Solidarité) et le député-maire d'Issy-les-Moulineaux André Santini (secrétaire d'Etat à la Fonction publique), deux UDF ralliés à M. Sarkozy, viennent renforcer le pôle centriste autour d'Hervé Morin.

Deux libéraux font leur entrée: les secrétaires d'Etat Hervé Novelli (entreprises, tourisme), et Luc Chatel (consommation, tourisme).

Les consultations étaient allées bon train toute la journée de lundi pour peaufiner la composition de ce deuxième gouvernement de François Fillon, reconduit Premier ministre par Nicolas Sarkozy au lendemain des législatives.
Ce scrutin a été remporté par l'UMP qui garde la majorité absolue (318 députés sur 577), mais perd au final une trentaine d'élus, alors que le PS progresse d'une quarantaine de sièges avec 190 députés.
Le sursaut socialiste a sonné comme un avertissement à Nicolas Sarkozy, que d'aucuns créditaient d'un parcours sans faute depuis qu'il a succédé le 16 mai à Jacques Chirac à l'Elysée.

Le principal défi du remaniement était le remplacement de l'ex-Premier ministre Alain Juppé, numéro 2 du gouvernement, battu à Bordeaux. Le super-ministre de l'Ecologie avait annoncé dès dimanche soir sa démission, conformément à la règle annoncée par M. Fillon."


(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], mardi 19 juin 2007, 17h58)

L'auteur de la dépêche aura oublié de préciser que Fadela Amara, fondatrice de l'association "Ni putes ni soumises", connue pour son engagement féministe et jusque-là proche du PS, a été nommée secrétaire d'Etat chargée de la politique de la Ville en étant placé sous la tutelle de Christine Boutin, ministre du Logement et de la Ville, et catholique de droite bien connue notamment pour son hostilité envers l'IVG. Le couple ministériel ainsi formé est, on en conviendra, pour le moins insolite : comprenne qui pourra...

Que penser de ce gouvernement dit d'"ouverture" ? Pas grand-chose, en fait. On peut simplement constater que les ministres et sous-ministres venus de la gauche et du centre n'auront guère de marge de manoeuvre par rapport au président Sarkozy et au Premier ministre François Fillon, et devront être solidaires de l'ensemble de la politique de ce gouvernement, sans, du reste, que leur présence en sein dudit gouvernement ne remette en cause le projet politique de Sarkozy. On aurait, en effet, bien tort de croire que l'on a affaire à un gouvernement d'union nationale, car, pour ma part, je ne vois que des ralliements à Sarkozy, qui ne sont pas de nature à remettre en cause ou à faire évoluer le programme du président de la République.

Je souhaite donc bien du plaisir aux membres de ce gouvernement, car le travail ne manque pas, et qu'ils seront jugés sur leurs actes...

Cordialement, :-)

Hyarion, le démocrate anarcho-monarchiste.


(Illustrations : Sarkozy lors d'une interview télévisée à TF1, le 20 juin 2007, photo ©AFP/TF1 ; Alain Juppé [à gauche] quittant le ministère de l'Ecologie sous les applaudissements de Jean-Louis Borloo [à droite] le 19 juin 2007 à Paris, photographie de l'Agence France Presse [AFP], ©AFP Olivier Laban-Mattéi ; Sarkozy et le gouvernement Fillon 2, réuni le 20 juin 2007 à l'Elysée, photographie de l'Agence France Presse [AFP], ©AFP Patrick Kovarik)
Par Hyarion
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