Citation

"Sarkozy, il faut lui marcher dessus. Pour deux raisons. Un, c'est la seule chose qu'il comprenne. Deux, ça porte chance." (Jacques Chirac)


(Jacques Chirac, par Kiro)

Liens

Recherche

Recommander

Turpitudes de la vie politique 2 (2008-2009)

Mardi 25 mars 2008 2 25 03 2008 23:59
Le présent article aurait dû être mis en ligne la semaine dernière, dans la foulée de la prise de décision, mais le temps m'a manqué et je n'en est achevé la rédaction qu'aujourd'hui...

Après avoir démissionné du MoDem, le 12 mars dernier, je me suis bien évidemment posé la question de savoir ce que j'allais faire après... Je souhaitais poursuivre mon engagement, si possible dans un parti politique où je me sentirais davantage à ma place. J'ai envisagé d'entrer dans un autre parti dès le lendemain ou le surlendemain de ma démission du MoDem, mais, la nuit portant conseil, j'ai préféré attendre la fin des élections municipales et cantonales pour faire un nouveau choix. Après quelques jours de réflexion, j'ai pris finalement ma décision.

Mercredi dernier, 19 mars, j'ai adhéré au Parti Socialiste, en réglant une première cotisation via le site du parti. Il parait qu'il faudra que je valide définitivement mon adhésion dans la section de la fédération départementale à laquelle je suis rattachée : j'ose espérer que ce ne sera qu'une formalité - vu que, de toute façon, je suis désormais à jour de cotisation -, et que je pourrais très bientôt récupérer ma carte d'adhérent auprès du secrétaire de section.


Ne sachant guère faire autre chose que lire, écrire, voire un peu réfléchir, je me suis demandé où je pourrais aller pour essayer de continuer à participer à un début de changement de la vie politique de ce pays, tout en confirmant mon opposition à l'actuel chef de l'Etat et à son gouvernement. Beaucoup de gens préfèrent s'engager - lorsqu'ils s'engagent - ailleurs que dans des partis politiques, mais ayant, pour ma part, tendance à ne pas vouloir faire comme tout le monde, j'ai préféré poursuivre mon engagement dans un autre parti, où, cette fois-ci, je me sentirai plus à l'aise...
Il parait que toute pensée moderne se conçoit en dehors des cadres normatifs que constituent les partis classiques. C'est certainement vrai, mais on cite beaucoup, en réaction, le nom du MoDem comme alternative en matière de pensée politique, voire comme alternative globale, en oubliant peut-être qu'en matière de pensée, d'idées, ce parti est aujourd'hui aussi démuni que peuvent l'être les autres... Si le MoDem doit devenir un jour une alternative crédible, encore faudrait-il qu'il réussisse à démontrer, un jour, que la gauche et la droite sont la même chose, à les rejeter dans le même élan, pour s'incrire dans un nouveau clivage, avec un nouveau corpus idéologique. On est très loin de cela aujourd'hui. Le clivage gauche/droite persiste. Il structure la vie politique française depuis 1789. C'est ainsi, qu'on le veuille ou non. Et il ne disparaitra pas. Sauf s'il est un jour remplacé par un autre clivage, une autre bipolarité. Pour l'heure, ce n'est pas le cas, loin s'en faut. Et de toute façon, bien entendu, contrairement à ce que pensent certains, le salut ne viendra pas du seul Mouvement Démocrate, et encore moins d'un MoDem niant tout clivage. Seule une véritable volonté de changement de TOUS les partis de gouvernement pourra permettre une évolution significative sans que la bipolarité disparaisse. La seule chose qui doit disparaitre, c'est le sectarisme, de quelque bord qu'il vienne.
De tout cela, il faut tirer les conséquences.
Personnellement, je ne suis rien. Rien qu'un barbu errant qui a toujours eu du mal à se plier aux contraintes, et qui ne se reconnait dans aucune des approches désespérément systémiques qu'ont pu proposer, depuis bien des décennies, les parangons doctrinaires du capitalisme ou du marxisme. Je n'ai jamais eu besoin d'adhérer à un parti politique pour penser par moi-même. Je continuerai à penser, lire, écrire, en dehors de tout cadre normatif, autant que cela m'est possible. Je veux être libre. Mais cette liberté, à laquelle je tiens, suppose aussi celle de choisir une position dans le contexte politique actuel. Je n'ai jamais voulu d'un président de la République comme Sarkozy de Nagy-Bocsa, et je n'en voudrais jamais, ni maintenant, ni après 2012, même si je respecte le verdict des urnes. Tout cela, je l'ai dit et l'ai écrit assez souvent pour que ce ne soit une surprise pour personne. Je me situe dans l'opposition à Sarkozy et à la droite qu'il représente, et je n'entends pas modifier cet état de fait, car les valeurs des sarkozystes ne sont pas les miennes. Je souhaite donc rester engagé en politique, au moins tant que Sarkozy sera au pouvoir. Précisons que si c'est cela, faire de la politique, alors, évidemment, je n'en ferai pas toute ma vie, car je ne suis, de toute façon, ni un carriériste, ni un obsédé du militantisme politique. Il serait, du reste, idiot de réduire un engagement à l'opposition pure et simple, à un seul homme, ou à une seule mouvance politique. Si je suis hostile à tous les sectarismes, tous les dogmatismes, tous les extrémismes, je ne m'interdit rien en dehors de cela, et ne veut laisser fermée aucune porte, car, bien au delà d'une simple opposition à Sarkozy, je veux un changement dans la vie politique de ce pays, de nouvelles pratiques, et, bien sûr, de nouvelles idées, susceptibles de susciter enfin un nouvel espoir chez les citoyens. Dans ce contexte, il me faut forcément tenir compte de la situation existante, dans laquelle s'inscrit mon positionnement. Dans le cadre du clivage gauche/droite actuel, je me situe à gauche, sans ambiguïté. Aussi, tout en gardant mon indépendance d'esprit, et sachant qu'il n'y a aucune alternative crédible au clivage actuel, mon engagement politique ne peut se faire que dans un parti politique de gauche. C'est une question de cohérence et d'honnêteté, même si, encore une fois, je reste ouvert à toute éventuelle innovation qui pourrait apporter un changement en dehors de la bipolarité telle qu'elle existe aujourd'hui.

Bien qu'ayant, avant tout, des idées de gauche, j'ai été adhérent au MoDem pendant quelques mois, mais durant cette période je n'ai voté qu'une seule fois pour ce parti, au premier tour des élections législatives de l'année dernière. Lors de l'élection présidentielle, j'ai voté pour Ségolène Royal dès le premier tour, le 22 avril 2007, et j'ai, bien entendu, également voté pour elle au second tour du 6 mai : la candidature de François Bayrou à cette élection ne m'avait alors pas convaincu, loin s'en faut, et elle ne me convaincrait pas davantage aujourd'hui, du reste. Lors de la plupart des élections auxquelles j'ai participé, mes votes ont été, le plus souvent, en faveur des candidats et candidates du Parti Socialiste. Par conséquent, encore une fois, il faut bien être cohérent et, autant que possible, honnête aussi bien vis-à-vis de soi-même que vis-à-vis des autres. Mon engagement politique se poursuivra donc au Parti Socialiste.

J'avais été approché par de jeunes militants socialistes en 2002, dans la foulée de la défaite de la gauche à l'élection présidentielle. A l'époque, je n'avais pas donné suite. Aujourd'hui, je me suis décidé à adhérer. Pourquoi au PS et pas ailleurs ? Je ne sais pas forcément exactement comment me définir politiquement : me déclarer anarcho-monarchiste, on le sait, est une manière de refuser les étiquettes convenues, d'autant plus que je ne me sens véritablement à ma place nulle part. Cela dit, évidemment, comme je l'ai déjà écrit, dans le cadre du clivage gauche/droite actuel, je me situe à gauche. Considéré, dans le meilleur des cas, comme quelqu'un de centre-gauche par les gens se disant "100% à gauche", et considéré comme étant socialiste par les centristes, où pouvais-je aller, sinon au PS ? J'aurais pu aller au Parti Radical de Gauche (PRG) ou au Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) chevènementiste, autres partis politiques de la gauche de gouvernement et de la gauche non-communiste, mais puisque je suis résolument dans l'opposition, j'ai préféré aller directement au PS, dans la mesure où il est actuellement le seul parti susceptible, un jour, d'affronter efficacement la droite sarkozyste dans le cadre d'une lutte électorale et de mettre fin à la politique de Sarkozy. Ai-je fait le bon choix, cette fois-ci ? Encore une fois, je n'en sais rien, et seul l'avenir le dira. Toujours est-il que, normalement, je devrais ne pas me sentir trop mal à l'aise dans ce parti, compte-tenu de mes idées et de mon positionnement politiques. Nous verrons si j'y ferais des rencontres intéressantes et si je peux éventuellement y être utile.


Je ne me fais, bien évidemment, aucune illusion sur la situation dans laquelle se trouve actuellement le parti auquel je viens d'adhérer... A peine les élections municipales et cantonales sont-elles passées, que l'on reparle déjà des ambitions, réelles ou supposées, de Ségolène Royal ou de Bertrand Delanoë pour prendre le pouvoir en interne, rue de Solferino, là où se trouve le siège parisien du Parti Socialiste. Jospinistes, fabiusiens, strauss-khaniens, ségolénistes, etc. : on est, une fois de plus, tenté de résumer les enjeux au seul conflit entre différentes factions. Et pourtant, ce n'est assurément pas cela qui compte en premier lieu, loin s'en faut. Le PS, depuis trop longtemps gangréné par les rivalités de personnes et l'absence de projet politique crédible, a un besoin urgent d'être refondé, politiquement et intellectuellement. Je pense que cette refondation a sans doute déjà commencée, même si c'est de façon encore discrète, et même si la route est encore longue... La situation du Parti Socialiste me parait en vérité être celle qu'a décrite, en janvier dernier, Gaëtan Gorce, député PS de la 2ème circonscription de la Nièvre (voisine de la circonscription qui fut celle de François Mitterrand en son temps), très critique à l'égard du premier secrétaire François Hollande, dont il avait demandé le départ après les élections présidentielles et législatives de l'année dernière, et qui a démissionné à la fin du mois de juin dernier du secrétariat national du parti, le "gouvernement" du PS, pour "ne pas contribuer à perpétuer le système des éléphants". Sur son blog (http://gorce2007.typepad.fr/blog/), Gaëtan Gorce a fait le constat suivant, auquel évidemment je souscris, tant il est exact :

La fin du PS ?
 
Que l'on ne s'y trompe pas : c’est bien à la fin du Parti socialiste que l'on est en train d'assister, sauf sursaut aujourd'hui imprévisible. Et la « défaillance morale » de ses chefs, c'est-à-dire la perte de conscience de leurs responsabilités, est en train de porter le coup de grâce.

Il serait injuste d'en faire porter tout le poids à François Hollande. Il aura simplement contribué, par son inertie et ses combinaisons, à accentuer un processus engagé depuis une vingtaine d'années, à en aggraver la tendance. Le PS ne s’est, en réalité, jamais tout à fait remis de son long passage au pouvoir et plus encore de la réélection de François Mitterrand en 1988.

Reconstruit autour de l’ambition présidentielle du député de la Nièvre, le Parti socialiste a été porté au pouvoir par son talent, sa stratégie et une dynamique économique et sociale qui devait encore beaucoup aux Trente Glorieuses. La réélection de François Mitterrand est intervenue au moment même où cette conjonction se retournait.

La lecture de l'ouvrage de Jean-François [S]irinelli sur « Les Vingt Décisives » est passionnante à cet égard. Elle nous montre comment la France a connu dans une période très courte deux bouleversements majeurs. Le premier, lié à la forte croissance des années 60 et au retournement de valeurs attachées à 1968, a fait d'une France encore rurale une France industrielle et de classes moyennes, aspirant au partage du pouvoir tout autant que de la richesse. Le second, à partir de la fin des années 80, a été celui de la mondialisation, c'est-à-dire de la perte de contrôle par le pays de son destin et l'instigation d'une crise de confiance dans les vecteurs jusqu’alors du progrès : les Institutions politiques de la République, mais aussi scolaires, etc. Ce retournement a été en quelque sorte symbolisé à l'international par la chute du Mur de Berlin. C'est le moment que les socialistes ont choisi pour se livrer à Rennes la plus féroce et la plus stupide des batailles égocentriques que le PS ait jamais connu depuis Tours.

La réélection de François Mitterrand avait laissé croire aux uns et au
x autres qu'une refondation politique et intellectuelle n'était pas au fond nécessaire alors que partout ailleurs dans le monde la Gauche se remettait en question. Le nuage de Tchernobyl de la mondialisation nous avait encore épargné …

Cet aveuglement, cet engourdissement, a perduré jusqu'à aujourd'hui. Le Parti socialiste a pourri par la tête : il a cessé de voir la société telle qu'elle est et il a cessé de se voir tel qu'il est lui-même devenu : un parti sans véritables leaders et sans projet, dont les chefs témoignent d'une seule appétence : à se combattre et à se vaincre, oubliant l'adversaire, oubliant surtout ceux qui les ont élus et attendent d'eux une parole et un projet.

Il y a peu d'exemple dans notre histoire politique d’un parti dont les leaders ont à ce point perdu le sens même de leurs propres intérêts. La bataille picrocholine qui s’engage à la veille des municipales sur le Traité de Lisbonne n’est malheureusement qu'une nouvelle étape de cette décomposition. Il est dommage que le ridicule ne tue plus, nous y aurions gagné du temps !

Fort heureusement, la force des idées reste intacte et c'est sur son mouvement qu’il faut compter. Le pessimisme sur les hommes doit laisser place à un activisme de la reconstruction. Plutôt la décomposition s'achèvera, plutôt la renaissance pourra s'accomplir. Il est évident que beaucoup travaille à la première, espérons que nous serons nombreux à agir pour la seconde.


(Gaëtan Gorce, le 14 janvier 2008, sur son blog [http://gorce2007.typepad.fr/blog/])

Le présent article, relatif à mon adhésion au Parti Socialiste, est l'occasion aussi, pour moi, d'évoquer l'actualité du parti en question, et en particulier la préparation du prochain Congrès du PS, finalement prévu pour le mois de novembre prochain, et, bien entendu, la reprise du combat des chefs...

PS : le Congrès se tiendra sans doute du 7 au 9 novembre
 

Le congrès du PS se tiendra selon toute probabilité du 7 au 9 novembre, dans une ville qui reste à choisir, respectant ainsi l'échéance normale de trois ans entre deux congrès, a-t-on appris mercredi auprès de la direction du parti.

Le premier secrétaire François Hollande a fait cette proposition lors de la deuxième réunion de la "commission de la rénovation", mardi soir, deux jours après la large victoire des socialistes aux municipales et cantonales.

"Elle a été acceptée par tout le monde", a précisé Stéphane Le Foll, bras droit de François Hollande, interrogé par l'AFP. Membre du Bureau national et député européen, Harlem Désir, proche de Bertrand Delanoë, a confirmé cet accord général.

Le Conseil national devra approuver cette proposition, selon les statuts.

Des responsables proches de Ségolène Royal avaient souhaité un congrès anticipé. "Il faut qu'on aille vite, qu'on choisisse un leader et qu'on se mette en ordre de marche pour monter un projet alternatif" et "je souhaiterais que cela puisse avoir lieu avant l'été", avait déclaré mardi le député Jean-Louis Bianco, codirecteur de campagne de Mme Royal pour la présidentielle.

D'autres proches de Mme Royal, comme l'eurodéputé Vincent Peillon, n'étaient pas partisans d'une accélération du calendrier.

Premier secrétaire de la fédération de Haute-Garonne et membre de la direction du PS, Kader Arif a proposé que le congrès ait lieu à Toulouse, la plus grande ville prise à la droite par le PS dimanche dernier, selon MM. Le Foll et Désir, pour qui "ce serait un très beau symbole". Comme d'habitude, un appel à candidatures de villes sera lancé.

Un Conseil national, le 28 juin, convoquera officiellement le congrès et lancera les débats préparatoires. Si ce calendrier est approuvé, les "contributions", selon la terminologie officielle, devront être déposées le 12 juillet au plus tard et Les "motions" (textes d'orientation politique et stratégique) à la date limite du 20 septembre. Le vote des militants sur ces motions aurait lieu fin octobre.

Ségolène Royal a déjà fait connaître son intenti
on de déposer un texte. François Rebsamen, numéro 2 du PS, s'est dit prêt mercredi à y travailler avec elle. L'élection du premier secrétaire, qui a toujours lieu dans les jours suivant le congrès, serait fixée au 13 novembre. Elle livrera le nom du successeur de François Hollande, qui n'est pas candidat à sa succession et aura occupé ce poste pendant onze ans.

D'ici l'ouverture des débats du congrès, les militants du PS (de 120.000 à 150.000, selon les sources) seront appelés à voter au mois de juin sur deux changements proposé par la direction pour rénover le PS: une nouvelle "Déclaration de principes", actualisant les valeurs des socialistes français, et "une réorganisation du fonctionnement" du parti, selon M. Le Foll.

Cette dernière tête de chapitre comprend des points comme la revalorisation du Conseil national (parlement du PS), la création d'un "Conseil des territoires" faisant une plus grande place aux élus dans la vie du parti, le respect des décisions du parti, ses liens avec la société. Selon M. Le Foll, ce travail de rénovation doit être "ambitieux, consensuel, collectif". Mais "il ne faut pas que le consen
sus limite l'ambition", a dit François Hollande, selon M. Le Foll.

Ce calendrier de printemps sera soumis le 25 mars au vote du Conseil national.


(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 19 mars, 13h39)

Les municipales gagnées, la bataille pour le leadership reprend au PS

Sitôt gagnées les municipales qui avaient mis le couvercle sur les ambitions personnelles, la bataille pour le leadership reprend au PS, attisée par les sondages, alors que le Conseil national devrait valider mardi un congrès en novembre, comme le veut François Hollande.
 

Après sa victoire aux municipales, le PS qui dirige sept grandes villes sur dix, plus de la moitié des départements, et 20 régions sur 22, doit se rénover et se chercher un nouveau patron, François Hollande ne briguant pas un troisième mandat.

Redoutant des luttes délétères, 45 premiers fédér
aux ont appelé jeudi à un débat "serein" garantissant "l'unité du parti". Objectif, selon un signataire: éviter un congrès anticipé avant l'été, réclamé par des proches de Ségolène Royal.

Mais la "commission de rénovation" est tombée d'accord pour un congrès du 7 au 9 novembre. Date que devrait valider le Conseil national (Parlement du parti) réuni mardi prochain [25 mars] dans un grand hôtel parisien.


Outre le bilan des élections, ce Conseil doit examiner le "processus de rénovation" et le calendrier du parti.

L'ex-candidate à la présidentielle, qui sera présente mardi, a jugé le calendrier envisagé "tardif", sans en faire un casus belli.

Mais l'initiative des fédérations a déclenché l'ire de Vincent Peillon, proche de Ségolène Royal. Il soupçonne François Hollande de vouloir compter ses troupes et dénonce un "texte de fraction".

Les divergences se cristallisent sur le profil des prétendants: premier secrétaire de transition, chef d'équipe ou présidentiable pour 2012 ?

Les sondeurs s'en mêlent: selon CSA, pour 40% des Français, Bertrand Delanoë serait le meilleur premier secrétaire, devant Ségolène Royal (36%) qui domine chez les sympathisants socialistes (59%).

Martine Aubry, réélue triomphalement
à Lille, revient en force (29% des Français, 39% des sympathisants PS).

Ségolène Royal, qui a sillonné la France pendant la campagne des municipales, ne cache pas son ambition: être "majoritaire" au congrès autour d'un texte d'orientation.

Selon des estimations de caciques socialistes, elle ne représenterait cependant qu'entre 25 et 30% du parti.

Son lieutenant Peillon souhaite qu'elle puisse "conduire la rénovation du PS", sans que cela induise automatiquement une candidature.

Les maires de Paris et Lille sont restés discrets sur leurs ambitions.


Jusqu'au 21 avril, date du prochain conseil de Paris, M. Delanoë "parachève son exécutif", souligne un proche. "Après, il pourra commencer à ouvrir portes et fenêtres et regarder l'horizon."

D'autres candidats se sont fait connaître, les députés Julien Dray, Manuel Valls, Pierre Moscovici. Aucun n'est a priori présidentiable.

Figure tutélaire - faiseur de roi, ironisent certains - Lionel Jospin est sorti de sa réserve vendredi [21 mars] pour tracer le portrait du futur leader: une "personnalité dotée d'une culture et d'une expérience politiques indiscutables" qui "connaisse le PS et respecte ses militants".

Un portrait qui ressemblerait à Delanoë ou Aubry.

Pour prendre la tête du parti, il faut défendre une motion au Congrès. Les plumes s'aiguisent: Julien Dray prépare une contribution et espère obtenir l'aval de François Hollande.


De son côté, Jean-Christophe Cambadélis -
l'un des créateurs des "reconstructeurs" réunissant des proches de Strauss-Kahn, Fabius, Montebourg et Aubry - "tend la main" à Bertrand Delanoë pour contrer Mme Royal. A une condition, que le maire de Paris ne fasse pas de sa candidature pour 2012 "un préalable".

(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 22 mars, 08h32)

Finalement, le Conseil national du PS, réuni ce soir, mardi 25 mars, à Paris, a adopté, sans surprise, le calendrier du prochain Congrès qui se tiendra donc bien du 7 au 9 novembre, comme le souhaitait Hollande, et qui sera précédé d'une convention nationale le 14 juin pour adopter une nouvelle déclaration de principes et une modification des règles de fonctionnement du parti. Ce calendrier en deux temps a été adopté à une quasi-unanimité, avec seulement une voix contre - celle du député du Nord Marc Dolez - et onze abstentions, celles des amis du sénateur Jean-Luc Mélenchon, représentant l'aile gauche du parti.

Les prochains mois devraient être intéressants, au PS...
De quoi l'avenir sera-t-il fait ? Je n'en sais rien. Nous verrons bien...


Cordialement, :-)

Hyarion.
 
(Illustrations : Logotype du Parti Socialiste, photographie de l'Agence France Presse, ©Eric Feferberg/AFP/Archives ; Caricature sur les travaux de refondation du PS, par Kerleroux, publiée dans Le Canard Enchaîné N°4520, 13 juin 2007 ; Caricature de Bertrand Delanoë, par Kiro, publiée dans Le Canard Enchaîné N°4559, 12 mars 2008 ; Gaëtan Gorce, député de la Nièvre, le 2 novembre 2005 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©Mehdi Fedouach/AFP/Archives ; Le premier secrétaire du Parti Socialiste François Hollande s'exprimant lors d'un point presse, le 17 mars 2008 au siège du parti à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©Pierre Verdy/AFP ; Ségolène Royal, le 27 janvier 2008 à Florence, photographie de l'Agence France Presse, ©Andreas Solaro/AFP/Archives ; Pierre Cohen et Ségolène Royal, le 5 mars 2008 à Toulouse, photographie de l'Agence France Presse, ©Eric Cabanis/AFP ; Le maire de Paris Bertrand Delanoë lors d'une réunion du Conseil de Paris, le 21 mars 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©Pierre Verdy/AFP)
Par Hyarion
- Voir les 12 commentaires - Recommander
Vendredi 28 mars 2008 5 28 03 2008 23:57

Les visites d'Etat des présidents de la République française en Grande-Bretagne présentent au moins un intérêt, pour l'amateur de curiosités vestimentaires. Dans la mesure où le traditionnel habit de cérémonie présidentiel (le fameux frac, à queue de pie, noir, avec un col dur à coins cassés et un noeud-papillon blancs, accompagnés de la grande écharpe rouge de Grand Maître de l'Ordre National de la Légion d'Honneur, portée en bandoulière sous le veston) a disparu des portraits officiels du président français depuis la mort de Georges Pompidou et l'élection de Valéry Giscard d'Estaing en 1974, ces visites d'Etat au Royaume-Uni sont l'occasion de voir le chef de l'Etat français en exercice revêtir, une fois n'est pas coutume, ledit habit de cérémonie lors des dîners officiels. Je me souviens que nous y avions eu droit en 1996, lors de la visite d'Etat de Jacques Chirac en Grande-Bretagne, qui avait alors duré quatre jours. Cette année, cela a été, hélas, le tour de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, qui a donc porté lui aussi l'habit, en compagnie de la reine Elisabeth II, à l'occasion d'une visite d'Etat de trente-six heures seulement, durant laquelle il a eu droit à tous les honneurs dus à son rang... pour notre plus grande Honte...
 
Le couple Sarkozy à Londres sous le signe de la "nouvelle fraternité franco-britannique"
 

Le Royaume-Uni a déroulé mercredi [26 mars] le tapis rouge pour Nicolas Sarkozy et son épouse Carla, au premier jour d'une visite d'Etat de trente-six heures au cours de laquelle le président français a proposé de lancer une "nouvelle fraternité franco-britannique".

Arrivé en fin de matinée à l'aéroport londonien de Heathrow, le couple présidentiel a été accueilli par le prince Charles et son épouse Camilla, avant de se rendre en limousine jusqu'aux abords de la ville de Windsor, à une quarantaine de kilomètres à l'ouest de Londres, où l'attendaient la reine et son époux le prince Philip.

Suivant à la lettre le très strict protocole britannique, le président français, critiqué pour son style qui lui a valu le sobriquet peu amène de "président bling bling", a serré la main que lui tendait la reine. Son épouse a elle salué la souveraine d'une petite révérence.



Pour cette première visite d'Etat d'un président français depuis celle de Jacques Chirac en 1996, Elizabeth II a déployé toute la pompe royale réservée aux invités de marque. Nicolas Sarkozy a ainsi rallié le château de Windsor à ses côtés dans un carrosse, tandis que Carla Bruni-Sarkozy partageait un autre carrosse avec le prince Philip.

Quelques milliers de curieux s'étaient massés derrière les barrières menant au château, les yeux surtout braqués sur la Première dame de France, habillée d'un ensemble gris avec petit béret assorti de chez Dior, d'une élégance évoquant l'ancienne première dame américaine Jackie Kennedy.

Bien loin de cette pompe, plusieurs médias britanniques ont profité de l'occasion pour publier une photographie en noir et blanc de l'ancien mannequin nue prise en 1993, devant être vendue aux enchères en avril par Christie's à New York.

Après un déjeuner "informel", le président français a ouvert la parenthèse politique de la journée en s'exprimant, très rare privilège, devant les Chambres des Communes et des Lords réunies dans la Galerie royale du Parlement de Westminster.

"Je suis venu proposer au peuple britannique qu'ensemble nous écrivions une nouvelle page de notre histoire commune, celle d'une fraternité franco-britannique (...) comme deux frères, ce que le peuple français et le peuple britannique peuvent accomplir ensemble est beaucoup plus grand que ce qu'ils peuvent réaliser séparément", a déclaré Nicolas Sarkozy.

Au titre de la "fraternité d'armes" entre les deux pays, il a également annoncé qu'il proposerait la semaine prochaine d'accroître la présence militaire française en Afghanistan, sans toutefois chiffrer ces renforts très attendus par ses partenaires de l'Otan.

Le président français a également exhorté la Grande-Bretagne à participer pleinement à l'aventure européenne, en plein débat britannique sur la ratification du traité de Lisbonne.

"L'Europe a besoin du Royaume-Uni", a-t-il déclaré, affirmant au passage que "le moteur franco-allemand" n'était "plus suffisant" pour l'animer.

"L'Entente cordiale entre dans une nouvelle ère (...) mais cela implique que la Grande-Bretagne soit au centre de l'Europe et non pas isolée", a déclaré en écho le Premier ministre Gordon Brown.



Au terme de cette première journée très protocolaire, la reine Elizabeth a elle aussi célébré les bonnes relations entre les deux pays, lors d'un banquet de 146 couverts offert à Windsor à M. Sarkozy, en queue de pie, et son épouse en robe fourreau bleu marine.

"Dans un esprit croissant de compréhension mutuelle à tant de niveaux, nous sommes prêts à affronter les défis à venir, sachant que nous pouvons produire des résultats efficaces et durables lorsque nous travaillons ensemble", s'est réjoui la souveraine britannique.



Dès jeudi matin, le président français devait retrouver M. Brown pour aborder les travaux pratiques de la "nouvelle fraternité" lors de leur premier sommet bilatéral depuis leur accession au pouvoir.

Au menu copieux de ce rendez-vous organisé dans le stade de l'équipe de football d'Arsenal : l'Otan et l'Afghanistan encore, mais aussi la coopération nucléaire, la défense européenne et l'immigration.


(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 26 mars 2008, 22h05)



L'"entente amicale" franco-britannique déjà mise à mal sur le Tibet


Le président français Nicolas Sarkozy et le Premier ministre britannique Gordon Brown ont jeté jeudi à Londres les bases de la nouvelle "entente amicale" qu'ils veulent développer entre leurs deux pays, mais n'ont pu masquer une première divergence sur la question du Tibet.

Au deuxième et dernier jour de la visite d'Etat du couple présidentiel français, les deux dirigeants ont conclu les travaux de leur premier sommet bilatéral par un abondant communiqué énumérant leurs "analyses extrêmement voisines", selon le mot de Nicolas Sarkozy, sur la réforme des institutions internationales, la transparence des marchés financiers ou l'immigration.

Mais dès la conférence de presse qui a suivi, ils ont exprimé des points de vue singulièrement différents sur un éventuel boycott de la cérémonie d'ouverture des jeux Olympiques de Pékin pour dénoncer la [récente] répression [chinoise] dans la province du Tibet.

A la tête du pays qui organisera les JO de Londres en 2012, Gordon Brown a répété qu'il écartait totalement cette possibilité. "Nous ne boycotterons pas les jeux Olympiques. La Grande-Bretagne participera à la cérémonie d'ouverture", a-t-il affirmé.

Même s'il a défendu "l'analyse commune" des deux pays sur la nécessité de discussions entre la Chine et le dalaï lama, le Français a clairement laissé ouverte la possibilité de bouder le coup d'envoi des JO.

"Il faut que je consulte les autres sur leurs positions pour savoir si j'irai à la cérémonie d'ouverture ou pas", a déclaré Nicolas Sarkozy, qui présidera l'Union européenne (UE) à partir de juillet. "En fonction de la situation au Tibet, je me réserverai le droit de dire si je vais ou non à la cérémonie d'ouverture", a-t-il ajouté.

Hormis ce "couac" tibétain, la France et la Grande-Bretagne ont fait assaut de convergences sur tous les sujets. "Sur l'Afrique et la paix au Darfour, nos positions sont les mêmes", "sur le climat, notre position est exactement la même", "sur la transparences des marchés financiers, nous sommes sur la même ligne", a résumé le président français.

A tous ceux qui y ont vu un changement de stratégie, Nicolas Sarkozy a tenu à préciser que la "nouvelle fraternité franco-britannique" ne se ferait pas au détriment du "partenariat avec les Allemands".

Signe que "l'entente formidable" louée par Gordon Brown en est encore à ses balbutiements, le sommet bilatéral organisé dans l'enceinte inhabituelle du stade de l'équipe de football d'Arsenal s'est rarement éloigné de la déclaration d'intentions. Sauf pour annoncer un programme pour la scolarisation d'ici 2010 de 16 millions d'enfants africains.

Aucun des éventuels accords évoqués avant le sommet en matière d'armement ou de nucléaire civil ne s'est ainsi concrétisé.

Devenue en moins de 24 heures la nouvelle coqueluche de la presse britannique, Carla Bruni-Sarkozy s'est acquittée, le temps de ce sommet, de son unique engagement officiel de la visite en déjeunant avec l'épouse de Gordon Brown, Sarah, et plusieurs invitées de marque dont l'actrice Judi Dench.

Le couple présidentiel français s'est très rapidement reformé pour une descente de la Tamise en bateau à Greenwich (est de Londres). A cette occasion, Nicolas Sarkozy a visité le célèbre Observatoire puis décoré la navigatrice britannique Ellen MacArthur de la Légion d'honneur.

Cette visite d'Etat expresse de trente-six heures, la première d'un chef d'Etat français depuis Jacques Chirac en 1996, s'est achevée en soirée après un banquet offert par le maire honorifique de la City de Londres. L'occasion d'une nouvelle charge de Nicolas Sarkozy contre le niveau "trop élevé" de l'euro et les dérives du "capitalisme de la frivolité".

Plus que le vibrant plaidoyer du président devant les députés et Lords réunis, la presse britannique a surtout mis à sa "une" de jeudi l'élégance de son épouse, que plusieurs journaux n'ont pas hésité à comparer à l'ex-Première dame américaine Jackie Kennedy ou à la princesse Diana.

Son mari de président lui-même s'est réjoui publiquement de cette notoriété. "Je pense qu'elle a fait honneur à notre pays", s'est-il félicité.


(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 28 mars 2008, 7h55)

Il faut bien le reconnaître : l'épouse de l'actuel chef de l'Etat français a fort bien exercé son rôle de Première Dame de France. Du reste, pour être tout-à-fait franc, seules la beauté et l'élégance de Carla Bruni-Sarkozy pourraient m'aider à "avaler la pilule", si j'ose dire, de cette prestigieuse visite d'Etat. Mais cependant, avec Sarkozy de Nagy-Bocsa comme président de la République, j'avoue que même le charme extraordinaire de la Première Dame de France, son épouse, ne suffit pas à effacer la Honte de voir la France représentée, devant le monde entier, par cet homme, devant lequel ses hôtes étrangers déroulent le tapis rouge, et qui pourtant, est bien loin d'avoir la carrure d'un véritable homme d'Etat, fusse-t-il fort bien accompagné dans ses voyages officiels... Enfin, passons...

La nouvelle la plus importante liée à ce voyage de l'actuel président de la République en Grande-Bretagne, a été la confirmation officielle, attendue depuis plusieurs mois et faite sur place par Sarkozy, de l'envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan, où la France est engagée militairement depuis 2001, aux côtés des Etats-Unis d'Amérique et de leurs autres alliés, dont le Royaume-Uni.
 
Sarkozy annonce des renforts militaires français en Afghanistan


Le président français Nicolas Sarkozy a annoncé mercredi à Londres qu'il proposerait la semaine prochaine, au sommet de l'Otan à Bucarest, un renforcement de la présence militaire de la France en Afghanistan.

"La France a proposé à ses alliés de l'Alliance atlantique une stratégie pour permettre au peuple afghan et à son gouvernement légitime de construire un avenir de paix", a déclaré M. Sarkozy dans un discours prononcé devant les deux chambres du Parlement britannique réunies au palais de Westminster.

"Si ces propositions sont acceptées, la France proposera, lors du sommet de Bucarest, de renforcer sa présence militaire", a-t-il ajouté, sans préciser l'importance de ces renforts.

"Nous ne pouvons pas accepter un retour des talibans et d'Al Qaïda à Kaboul. La défaite nous est interdite, même si la victoire est difficile", a-t-il expliqué dans ce discours, prononcé au premier jour d'une visite d'Etat de trente-six heures sur le sol britannique.

Paris et Londres "sont déterminés à rester engagés, côte à côte, avec tous nos alliés, en Afghanistan où, je n'ai pas peur de le dire, une partie essentielle est en train de se jouer", a insisté le président français.

Le quotidien britannique The Times avait révélé samedi que M. Sarkozy devait annoncer au Premier ministre britannique Gordon Brown, au cours de ce séjour, sa décision d'envoyer un millier de soldats français supplémentaires en territoire afghan, portant leurs effectifs à 2.500 hommes.

Des sources françaises avaient confirmé cette possibilité, évaluant elles aussi ces renforts à un bataillon d'un millier d'hommes, accompagné d'un "petit paquet" de 100 à 200 hommes des forces spéciales.

Dans un entretien accordé mercredi matin à la BBC radio, Nicolas Sarkozy a expliqué cette mesure, considérant qu'"en Afghanistan se joue une partie de la lutte contre le terrorisme mondial, donc on doit gagner".

Pendant la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy s'était prononcé contre un renforcement de la présence française en Afghanistan, avant de s'y rallier. Dans un discours prononcé devant le Congrès américain en novembre, il avait promis que la France resterait engagée militairement aux côtés des Etats-Unis "aussi longtemps qu'il le faudra".

Pour l'heure, 2.200 soldats français sont engagés sur le théâtre d'opérations afghan, dont 1.500 en Afghanistan même. Depuis 2002, treize militaires y ont été tués dans des accidents, opérations ou attentats.

(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 26 mars 2008, 17h58)


On se souvient, en effet, que, au printemps de l'année dernière, entre les deux tours de l'élection présidentielle, Sarkozy s'était prononcé pour un retrait des soldats français d'Afghanistan. "Il était certainement utile qu'on les envoie dans la mesure où il y avait un combat contre le terrorisme. Mais la présence à long terme des troupes françaises à cet endroit du monde ne me semble pas décisive", avait-t-il déclaré, le 26 avril dernier, dans le cadre de l'émission télévisée A vous de juger, sur France 2. Une fois qu'il a été élu à la plus haute charge de l'Etat, Sarkozy a, semble-t-il, assez vite changé d'avis sur la question. En décembre dernier, il est allé à Kaboul, la capitale afghane, où il a rencontré les troupes françaises présentes sur place. Environ trois mois après, c'est sans surprise qu'il a donc annoncé, cette semaine, l'envoi de soldats français supplémentaires en Afghanistan... Mais pour y faire quoi ? Et jusqu'à quand ? Six ans après la chute du régime obscurantiste des talibans, ces derniers sont de retour dans les territoires afghans d'où ils avaient été chassés, et aujourd'hui, l'OTAN épuise ses soldats dans des combats de guérilla sans fin, dans un pays qui, du reste, est loin d'avoir bénéficié de toute l'aide internationale promise en matière de reconstruction, et qui est aujourd'hui gangréné par la corruption, tandis que la culture du pavot, et donc de l'opium, continue d'y prospérer. On peut évidemment toujours tenir un beau discours selon lequel, même si les choses ont été mal organisées dès le départ, les Occidentaux n'ont pas le droit de laisser tomber l'Afghanistan. Mais cela ne change rien vis-à-vis de la seule question qui se pose dans la conjoncture actuelle, au vu de la décision annoncée cette semaine par Sarkozy : la France a-t-elle intérêt à s'impliquer davantage dans une guerre qui ressemble de plus en plus au bourbier irakien ? La réponse est non. Même si la cause de cette guerre est juste. Certes, parce qu'elle est approuvée par l'Organisation des Nations unies, cette guerre est différente de celle d’Irak, mais faut-il, pour autant, se lancer tête baissée dans une logique d'escalade militaire ? Dans quel but ? Pour atteindre quels objectifs ? Avec quelle stratégie ? Celle qui a été suivie jusqu'à maintenant, et dont les résultats, c'est le moins que l'on puisse dire, sont forts peu concluants ? Persister à vouloir se fourvoyer dans un tel guêpier en s'impliquant militairement encore davantage me parait être une grosse erreur. Malgré le danger que représentent les fanatiques d'Al Qaïda et leurs complices talibans, le jeu ne me parait assurément pas en valoir la chandelle. Mais ce n'est là que mon avis...


Après, évidemment, me direz-vous, on peut toujours discuter. Certes, mais en France, nous avons une spécialité, en matière d'engagement militaire à l'étranger : dans ce domaine, lorsque l'on dit que c'est la France qui décide, en fait, la décision appartient au seul chef de l'Etat. Quid du Parlement ? Dans le cadre du régime de la Ve République, celui-ci n'a aucun droit de regard constitutionnel sur l'engagement des forces françaises à l'étranger, même si la réforme institutionnelle annoncée doit partiellement changer, parait-il, cette situation. C'est ainsi. Mais mis à part cela, évidemment, on peut toujours discuter, débattre... D'ailleurs, l'annonce faite à Londres, par Sarkozy, d'envoyer davantage de troupes françaises en Afghanistan a été l'occasion pour le Parlement français de faire entendre sa voix, en protestant contre une telle annonce faite, qui plus est, devant des parlementaires étrangers. Les représentants de l'opposition ont ainsi affiché leur vif mécontentement à l'annonce de cette nouvelle, qui n'était pourtant pas une surprise. Le député PS Henri Emmanuelli a ainsi, mercredi dernier, 26 mars, interpellé le gouvernement pour s'indigner que la France soit "la seule démocratie occidentale où une situation de guerre peut perdurer sans que le Parlement ne l'autorise ou n'en soit informé". Le mécontentement a même, semble-t-il, gagné les rangs des parlementaires UMP, au point que le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a annoncé hier, jeudi 27 mars, avoir lui-même demandé au Premier ministre Fillon "que le Parlement soit saisi" pour un "débat indispensable". Et c'est ainsi que, pour calmer les esprits, le pouvoir exécutif a bien voulu concéder un débat sur la question. Un débat sans vote, bien entendu.

Renforts en Afghanistan : face à la fronde, débat organisé mardi au Parlement


Face au tollé provoqué par l'annonce de Nicolas Sarkozy devant les parlementaires britanniques d'un renforcement de la présence militaire française en Afghanistan, l'exécutif a accepté d'organiser mardi après-midi un débat, mais sans vote, à l'Assemblée nationale puis au Sénat.

"A la demande du président de la République et conformément à plusieurs demandes de groupes parlementaires, un débat sur l'Afghanistan sera organisé à l'Assemblée et au Sénat mardi 1er avril dans l'après-midi", a annoncé vendredi à l'AFP le secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement, Roger Karoutchi.

Ce débat doit durer environ une heure et demie dans chacune des deux assemblées. Sur proposition du président UMP de l'Assemblée, Bernard Accoyer, il débutera à 15H00 au Palais-Bourbon et remplacera donc la séance des questions au gouvernement. Il se tiendra à 17H30 au Sénat.

Les ministres Bernard Kouchner (Affaires étrangères) et Hervé Morin (Défense) devraient prendre la parole lors de ces débats. Côté parlementaires, une intervention de chaque groupe est prévue.

Alors qu'au départ, le gouvernement souhaitait s'en tenir à une simple audition des ministres en charge du dossier devant les commissions ad hoc, le chef de l'Etat a dû se résoudre jeudi à l'organisation d'un tel débat en séance plénière avant le sommet de l'Otan, qui débute mercredi à Bucarest.

Son annonce, pendant sa visite d'Etat à Londres, d'un renforcement de la présence militaire en Afghanistan avait en effet provoqué une polémique au Parlement jusque dans son propre camp, tant sur le fond que sur la forme.

"La décision de l'exécutif justifie que l'Assemblée soit solennellement informée et puisse débattre de cette question", avait aussitôt exigé M. Accoyer dans une lettre adressée à François Fillon.

Mais contrairement au souhait exprimé vendredi par l'ex-ministre de la Défense Jean-Pierre Chevènement, ces débats ne seront suivis d'aucun vote.

Selon la Constitution, l'exécutif a le droit - contrairement aux règles dans la plupart des pays occidentaux - d'engager ses troupes dans des opérations militaires extérieures sans obtenir l'aval préalable du Parlement. Seule une "déclaration de guerre" doit être autorisée par députés et sénateurs.

Une situation appelée à changer si la réforme des institutions est votée. L'avant-projet de loi prévoit en effet que, lorsque la durée d'une intervention excède six mois, "sa prolongation est autorisée par le Parlement", sous la forme "d'une motion votée par les deux assemblées".

La France compte aujourd'hui quelque 1.600 soldats sur le sol afghan et 2.200 au total impliqués dans le "théâtre des opérations" afghan (pays voisins et océan Indien). Le volume des renforts français "n'est pas encore fixé par le président de la République", a indiqué vendredi M. Morin.

Le PS et le PCF, tout comme le FN et les souverainistes de droite, sont opposés à un tel renforcement.


(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 28 mars 2008, 16h11) 

Il y aura donc débat. Mais bien tard. Et surtout, sans que cela soit de nature à empêcher Sarkozy de faire ce qu'il veut, en l'occurence se rapprocher au plus vite d'un axe Washington-Londres pourtant embourbé en Irak. L'actuel chef de l'Etat est-il prêt pour cela à payer le prix d'une participation accrue à un enlisement militaire en Afghanistan ? On peut le craindre, d'autant plus qu'il ne peut pas ne pas être au courant des difficultés que rencontrent les troupes de la coalition internationale sur place. Jouer la politique du pire avec une logique d'escalade militaire ne servira pourtant pas les intérêts de la France. Ni, d'ailleurs, ceux de l'Afghanistan. Loin s'en faut.

Cordialement,

Hyarion.

(Illustrations : Caricature de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, la reine Elisabeth II et Carla Bruni-Sarkozy, par Plantu, 26 mars 2008, parue dans le journal Le Monde daté du 27 mars 2008 ; Le président français Nicolas Sarkozy et son épouse Carla accueillis par la reine Elizabeth et le prince Philip, le 26 mars 2008 au château de Windsor, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Eric Feferberg ; Carla Bruni-Sarkozy fait une révérence devant la reine Elizabeth II, à Windsor le 26 mars 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/pool/Darren Staples ; Le président français Nicolas Sarkozy et son épouse Carla accueillis par la reine Elizabeth et le prince Philip, le 26 mars 2008 au château de Windsor, détail d'une photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Eric Feferberg ; Le couple présidentiel Sarkozy-Bruni, la reine Elizabeth et le prince Philip, à Windsor le 26 mars 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Carl de Souza ; Nicolas Sarkozy et la reine Elizabeth II, le 26 mars 2008 au chateau de Windsor, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Carl de Souza ; Nicolas Sarkozy et son épouse Carla et le Premier ministre britannique Gordon Brown, le 27 mars 2008 au 10 Downing Street à Londres, photographie de l'Agence France Presse, ©Adrian Dennis/AFP ; Nicolas Sarkozy et Gordon Brown devant le 10 Downing Street à Londres, le 27 mars 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Leon Neal ; Nicolas Sarkozy et Carla Bruni-Sarkozy, le 27 mars 2008 à Londres, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/pool/Stephen Hird ; Nicolas Sarkozy avec les troupes françaises à Kaboul le 22 décembre 2007, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Eric Feferberg ; Carte de l'Afghanistan, Division Géographique de la Direction des Archives du Ministère des Affaires Etrangères, ©2004 ; Détail d'une carte du monde politique, montrant la France en rouge et l'Afghanistan en orange ; Le président de l'Assemblée nationale Bernard Accoyer, le 30 janvier 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©Jacques Demarthon/AFP/Archives)
Par Hyarion
- Voir les 9 commentaires - Recommander
Lundi 31 mars 2008 1 31 03 2008 23:58
Après une première République des blogs de Toulouse (voir le compte-rendu dans un précédent article) essentiellement dominée par les discours politiques des candidats à la mairie de la quatrième ville de France, et finalement plus marquée par une ambiance de "meeting" politique que par celle d'une réunion de blogueurs, la deuxième République des blogs toulousaine, longtemps reportée pour cause de recherche d'un endroit où l'organiser, a finalement eu lieu samedi dernier, 29 mars, en fin d'après-midi et en début de soirée (de 17h30 à 21h30 environ), au Ferdillon, restaurant et bar lounge musical de la place du Fer-à-Cheval, non loin de la Prairie des Filtres et du pont Saint-Michel. Cette fois-ci, point de militantisme mal placé, point d'ambiance de "pool de presse", dénoncés par certains lors de la précédente édition. Nous étions en petit comité, entre blogueurs et lecteurs de blogs, soit au total moins d'une dizaine de personnes (mais on aurait pu être un peu plus). Les difficultés d'organisation ne pas finalement permis au débat initialement prévu, sur la création d'activité en Midi-Pyrénées, de se tenir. Nous avons donc parlé de choses plus générales, et en particulier de la vie politique française, après les dernières élections municipales et cantonales. J'ai pu revoir Le Petit Grognard (http://jeunemodem31.hautetfort.com/), et rencontrer enfin véritablement les autres blogueurs participants : Fanette (http://fanette316.blogspot.com/) et une de ses lectrices, Gabriel (blogueur actif durant les élections municipales sur le blog "Toulouse-Municipales2008" et à présent s'occupant du blog "Politikele"), Monsieur Poireau (http://monsieurpoireau.blogspot.com/ et http://filaplomb.blog.20minutes.fr/), Magali (http://magenvadrouille.skynetblogs.be/), un certain Cicéron, et j'en oublie sans doute... Il parait qu'il y avait aussi Pinocchio, ce cher stégosaure qui s'amuse à me "provoquer gratuitement" de temps en temps sur mon blog : il a dû partir avant que l'on fasse vraiment connaissance, car je n'ai pas su qu'il était là... Dommage. J'avais des choses à lui dire. :op

A vrai dire, je suis arrivé un peu en retard à cette deuxième République des blogs, et ne suis donc pas en mesure de parler de ce qui a été dit durant la première heure de la rencontre. De façon générale toutefois, je crois que ce rendez-vous a, du début à la fin, surtout consisté à faire connaissance entre blogueurs et à partager nos impressions sur la vie politique française actuelle.
A peine installé, j'ai commencé à discuter avec Le Petit Grognard au sujet de ma démission du Mouvement Démocrate et de mon adhésion au Parti Socialiste. Il parait que j'aurai perdu la raison en entrant au PS, mais que j'aurai retrouvé la raison en me détachant ainsi du "fan-club" modémiste de Quitterie Delmas. Hi ! Hi ! C'est dingue comment nos actes et nos paroles peuvent être interprétés... ;o) Par rapport à ce qui m'a été dit, je tiens donc à clarifier certaines choses, en particulier en ce qui concerne les relations amicales que j'ai entretenu avec Quitterie Delmas et ses amis démocrates parisiens, du temps où j'étais au MoDem. Contrairement à ce que pense Grognard, je n'ai pas adhéré à un "fan-club" de Quitterie, et je n'ai jamais joué les groupies en criant "Alleluia !" à tout ce que Quitterie a pu dire ou écrire sur son blog ("Les Jeunes libres"). Quitterie Delmas, égérie de la blogosphère démocrate, devenu délégué nationale du MoDem en décembre dernier, en créant une certaine effervescence autour de son blog, a contribué à attirer un certain nombre de personnes vers le MoDem, dont moi-même, mais cela dit, ce n'est pas Quitterie qui m'a convaincu toute seule, à l'époque, d'adhérer au MoDem, loin s'en faut ! J'ai d'ailleurs déjà expliqué, sur ce blog, ma démarche d'adhésion au MoDem , et les raisons pour lesquelles j'ai finalement décidé de partir, et je n'y reviendrais pas ici. Je me contenterai de préciser que je ne suis la groupie de personne. J'ai été heureux, durant la période où j'ai été adhérent du MoDem de pouvoir nouer des contacts amicaux avec d'autres blogueurs démocrates, en particulier avec Quitterie, avec Virginie Votier, et avec leurs amis du MoDem parisien. Je n'ai pas voulu, a priori, jouer les emmerdeurs à gros sabots avec eux. Pour autant, je n'ai, encore une fois, adhéré à aucun "fan-club", et si je n'ai pas forcément beaucoup apporté la contradiction dans les discussions ayant lieu sur le blog de Quitterie, il m'est arrivé d'exprimer tout-de-même des réserves par rapport aux opinions ou propositions qui ont pu être faites, tout en gardant un ton amical. Ainsi, par exemple, lorsque j'ai lu, en février dernier, sur le blog de Quitterie, que l'on souhaitait que Sarkozy de Nagy-Bocsa ait la bienveillance de dissoudre immédiatement l'Assemblée Nationale - un certain nombre de commentateurs approuvant ce souhait sans avoir visiblement beaucoup réfléchi - j'ai tout-de-même tenu à exprimer franchement mon étonnement de voir ainsi exprimé un souhait aussi naïf de la part de personnes ayant pourtant une expérience politique nettement plus importante que la mienne. En ce qui me concerne, en politique, je ne suis pas vraiment un rêveur. Les rêves, je les réserve à la lecture et à l'écriture de récits de fantasy... genre littéraire que j'aime beaucoup, par ailleurs.
Je regrette que tous ces contacts entre blogueurs démocrates n'aient pas été suffisemment approfondis, vu le peu de réactions, par exemple, qu'a pu susciter l'annonce, ici même, de ma récente adhésion au PS. C'est peut-être là, précisément, la preuvre que je n'étais pas inféodé à un quelconque "fan-club", et ce d'autant plus que je n'habite pas à Paris. Mes relations avec Quitterie Delmas et ses amis ont été, de mon point de vue, amicales et sincères. J'ai accepté de jouer le jeu de l'ambiance parfois un peu "Bisounours" qui règne sur le blog de Quitterie, en réservant mon cynisme et mon humour satirique aux articles de mon blog. Adresser des bises barbues à Quitterie et Virginie à la fin de mes commentaires sur le blog "Les jeunes libres" ne signifie pas, a priori, que je suis une groupie ébahie ! C'est une marque de sympathie, ni plus, ni moins. Parce que je les aime bien. Pas besoin d'en faire tout un plat. Je souhaite encore une fois bonne chance à Quitterie dans son combat, avec Virginie, pour accéder à la tête de la fédération parisienne du MoDem, face à Marielle de Sarnez, présidente sortante de ladite fédération et éminence grise de Bayrou. Je suis sûr que Quitterie ira loin. Mais mes encouragements, aujourd'hui plus encore qu'hier, sont simplement amicaux, et ils ne sauraient, de toute façon, être d'une autre nature, d'autant plus que je ne suis plus au MoDem. Chacun suit son chemin, et pour ma part, mon parcours est trop atypique pour que je fasse partie du moindre "fan-club"... Voila pour les précisions adressées à Petit Grognard. Et pour ce qui est de mon adhésion au PS, de toute façon, les dés sont jetés : j'ai reçu ce matin mon premier numéro (N°482, du 29 mars 2008) de l'Hebdo des Socialistes (le journal du parti) ! ;-) Ah, oui, j'allais oublier : ça m'est complètement égal de me planter en matière de parti politique, du moment que j'ai ma conscience pour moi, et que je fais les choses sérieusement... sans me prendre au sérieux...


Venons-en aux discussions plus générales qui ont suivis lors de cette deuxième République des blogs. L'un des faits importants à retenir de cette rencontre a été, assurément, la présence parmis nous d'un blogueur "de l'ombre" qui a déclaré ne pouvoir donner l'adresse de son blog pour l'instant en raison des sujets sensibles qui y sont abordés (?). Ce blogueur mystérieux, consultant en communication et intervenant à la faculté de droit de Toulouse, que l'on appellera Cicéron, puisque c'est le seul nom (ou plus exactement le seul pseudonyme) qu'on lui connait, a toutefois eu la franchise de s'avouer être "électeur de droite" et un authentique "libéral" (tendance Alain Madelin), ce qui, d'entrée de jeu, a permis au débat de s'ouvrir sur des perspectives pour le moins intéressantes, bien que la très grande majorité des participants soient des blogueurs politiques venant de la gauche ou du centre, ce qui rendait les conditions du débat un peu déséquilibrées... ;-) Très à l'aise cependant, compte tenu de l'ambiance non-sectaire de la réunion, Cicéron a spontanément présenté à l'assistance ses idées politiques, à savoir qu'il était partisan de la suppression de l'I.S.F, partisan de la plus totale liberté d'entreprendre et de la plus totale liberté pour les entreprises de générer des profits, très hostile à l'idée même de collectivisme (supposant une redistribution des richesses), et, bien sûr, partisan d'un Etat minimal et d'une forte réduction du nombre de fonctionnaires en France. Lorsque je me suis permis de lui citer la fameuse formule de Charles Pasqua, "moins d'Etat, mieux d'Etat", il a aussitôt appouvé cette phrase sur le fond, déclarant notamment, de façon générale, que "le moins peut le plus" : on aurait pu être tenté de lui demander alors ce que signifie la formule "travailler plus pour gagner plus", mais personne, si je me souviens bien, n'a toutefois osé sortir cette vacherie... ;-) Les blogueurs présents, qui étaient donc presque tous issus de la gauche ou du centre - en tout cas, pas de la droite ;-) -, ont laissé parler librement Cicéron, mais n'ont pas manqués de lui apporter la contradiction sur les sujets qu'il a évoqué, sans stigmatisation toutefois, car nous ne sommes pas sectaires, ni extrémistes, et que la République des blogs n'est pas faite pour servir d'exutoire aux obsédés de l'anti-libéralisme, ni a fortiori aux obsédés de l'anti-communisme. Il y a donc eu débat, sans animosité, dans une ambiance sereine et cordiale. A un moment, tandis que Cicéron affichait ses positions d'électeur de droite en faveur du libéralisme, M. Poireau (aussi connu comme étant Monsieur Filaplomb éditeur) a suggéré une théorie intéressante, selon laquelle le libéralisme serait de gauche, dans la mesure où il s'oppose en bien des points au conservatisme avec lequel il cohabite au sein de ce que l'on appelle la droite... Une théorie qui mériterait d'être développée... :-)
Nous avons demandé à Cicéron les raisons pour lesquelles l'électeur de droite qu'il est a été poussé à voter pour Sarkozy lors de la dernière élection présidentielle : ce ne fut pas, à l'entendre, la possibilité d'une réforme des institutions, pourtant nécessaire (mais que Sarkozy ne proposait pas, il est vrai), mais essentiellement la volonté du candidat de l'UMP de marquer une "rupture" en matière de politique économique et de gestion budgétaire, et sa priorité donnée à la "valeur travail". Lorsqu'on en est venu à évoquer la façon dont s'était déroulé les premiers mois du mandat présidentiel de Sarkozy de Nagy-Bocsa, le constat a été unanime : Nicolas Sarkozy n'a pas la stature d'un homme d'Etat. Cela fait plus d'un an que je le dis et l'écris, et je ne peux qu'être satisfait de voir que mon avis sur la question est partagée par la plupart des personnes que je rencontre ! :-) Le fait est que Sarkozy aimerait bien rentrer dans le costume d'un homme d'Etat, qu'il aimerait bien habiter la fonction présidentielle, mais en définitive, il n'y arrive pas. Cicéron est même allé jusqu'à dire que l'actuel chef de l'Etat, aux yeux de l'électorat de droite, passe pour un "plouc" et certainement pas pour un véritable président de la République. Nous avons évoqués les excès de Sarkozy depuis son élection, sa façon totalement incorrecte d'exercer sa fonction, l'affichage permanent de sa vie privée, ses gaffes à répétition accumulées pendant des mois, et notamment son idée, présentée de façon désinvolte, et de facto scandaleuse - et même écoeurante, à mes yeux -, selon laquelle chaque élève de CM2 devrait perpétuer la mémoire d'un des enfants français juifs exterminés par les nazis (idée heureusement abandonnée aujourd'hui), etc. Le constat a été accablant pour l'actuel chef de l'Etat, et partagée par tous : ceux qui avaient pu être séduits par la candidature de Sarkozy à la plus haute charge de l'Etat sont bien obligés de rejoindre l'avis de ceux qui, dès le début, n'y ont pas cru une seconde. Sarkozy n'est pas digne de la fonction présidentielle, et le mécontentement général est désormais également partagé par l'électorat traditionnel de la droite. On a pu noter, par ailleurs, que l'incompatibilité entre la candidature de Ségolène Royal, non soutenue, du reste, par l'ensemble du PS, et un "projet" socialiste, de toute façon peu crédible, a sans doute beaucoup joué dans le succès électoral de Sarkozy...
 
A un moment donné de la conversation, je ne sais plus pourquoi, quelqu'un a prononcé le nom de Victor Hugo, auteur des Châtiments. Sinistre musique à mes oreilles ! Je n'ai pas pu, dès lors, m'empêcher de pousser une énième "gueulante" - heureusement assez brève - contre l'utilisation opportuniste et bien-pensante des Châtiments de Victor Hugo pour prétendre comparer Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa à Napoléon III, comme le fait par exemple en ce moment le socialiste Pierre Moscovici dans un livre consacré à l'actuel chef de l'Etat : combien de fois faudra-t-il répéter que Sarkozy et Napoléon III ne sont pas comparables ? Je l'avais déjà écrit l'année dernière, il me faut encore l'écrire aujourd'hui.
Il est toujours de bon ton, pour beaucoup trop de personnes bien-pensantes, hélas presque toujours de gauche, de se présenter comme de gentils et vertueux républicains opposés à Sarkozy en se réclamant des pamphlets Napoléon le petit, Histoire d'un crime, du recueil de poèmes les Châtiments, de tous ces écrits haineux et outranciers que Victor Hugo a consacré à son ennemi Napoléon III , qu'il a pourtant d'abord soutenu. Il est vrai, rappelons-le encore, que Napoléon III a eu le malheur, lorsqu’il était président de la République, en 1849, de refuser à l’écrivain un portefeuille ministériel, ce qui n'explique pas entièrement le parcours politique dudit écrivain mais ne doit pas, pour autant, être passé sous silence. J'aimerai que l'on arrête - s'il vous plait ! - de faire de Victor Hugo une sorte de modèle politique absolu : c'était un écrivain, un très grand écrivain, mais rien qu'un écrivain, et non pas un homme politique, en encore moins un historien, contrairement à ce que certains bien-pensants persistent aujourd'hui à vouloir faire croire ! Ce déçu du bonapartisme que fut Hugo s'est, par la suite, dans son pamphlet Napoléon le Petit, autoproclamé représentant de "la conscience universelle de l’humanité" : ce n'est pas dans un volume intitulé "Histoire" de ses Oeuvres Complètes - publiées chez Robert Laffont, dans la collection Bouquins - qu'il faudrait classer le pamphlet en question, mais dans un volume intitulé "Orgueil". Quelles que puissent être, par ailleurs, les très grandes qualités littéraires de l'auteur de Notre-Dame de Paris et des Misérables, Hugo ne sera jamais, pour moi, une personnalité devant naturellement faire consensus ; ce serait trop facile... Ce qui m'agacera toujours, c'est ce culte irréfléchi pour les "grands hommes", comme on a pu l'observer en 2002 à l'occasion du bicentenaire de la naissance de Hugo. Pour ma part, par exemple, si je reconnais et respecte beaucoup les qualités d'homme d'Etat du général de Gaulle, tout en étant pourtant de gauche, je ne divinise pas pour autant le Général ! Pourquoi cette hugolâtrie, tant cultivée par la propagande de la IIIe République, doit-elle toujours servir de refuge à tous les bien-pensants en mal de références morales en politique, comme si la politique était une affaire de morale ? Voltaire et Emile Zola sont aussi de grands écrivains reconnus, mais on ne les montent pas, pour autant, systématiquement au pinacle lorsqu'on les évoque ! Voltaire et Zola ne sont pas des dieux, et Hugo non plus ! Assez de vénération irréfléchie devant les "grands hommes", qui ne sont pourtant que des hommes, justement ! Assez de déification imbécile vis-à-vis des personnalités qui sont censées faire consensus ! Assez d'adoration devant les icônes ! Assez de prosternation stupide devant la statue que Victor Hugo a édifié lui-même à sa propre gloire ! Brisons les icônes que tout le monde est censé vénérer aveuglément ! Brisons ces idoles ! TOUTES ces idoles ! Vive l'iconoclasme !
Voila. C'était ma énième minute iconoclaste contre l'hugolâtrie. Cela ne manquera pas d'en exaspérer certains lecteurs, mais après tout, ce n'est pas de ma faute si certains bien-pensants se croient malins de citer les Châtiments depuis l'élection de Sarkozy ! Vous en avez marre, chers lecteurs, de me voir répéter toujours les mêmes choses sur ce sujet ? C'est simple, dans ce cas : ne me parlez pas de Victor Hugo comme d'une référence obligée devant laquelle tout le monde serait censé se prosterner. Et je le me sentirai plus obligé de faire valoir mon refus du consensus sur cette question. Pour moi aussi, croyez-moi, cela me fera des vacances... :-)

Revenons à la discussion de cette deuxième République des blogs. Evoquant le fait que la politique est l'art du mensonge, j'ai eu droit à une contestation, Cicéron me répliquant que je ne pouvais pas dire cela, car c'était excessif et caricatural. Certes, présentée comme cela, la formule peut être perçu comme caricaturale, mais en même temps elle reflète une certaine vérité. Je me suis efforcé d'expliquer que tout homme politique est appelé à mentir, à un moment ou à un autre, parce qu'il ne peut pas ne pas le faire. Il se trouve que le peuple lui-même, à un moment ou à un autre, éprouve le besoin de croire à ce qu'on lui dit, le besoin d'être séduit, le besoin d'entendre ce qu'il a envie d'entendre : d'où la tentation démagogique, et d'où, de façon plus générale, la nécessité du mensonge, pour éviter les obstacles... Je reproduit ici les propos du philosophe social-démocrate athée André Comte-Sponville, déjà cités dans un précédent article, en décembre dernier :

Si j'essaie de considérer la politique telle qu'elle est, où je vois que des groupes s'opposent, je constate qu'ils mentent tous. Tous. Je constate, davantage, qu'ils ne peuvent pas ne pas mentir. Ceux qui disent le contraire sont des menteurs (rires). Prenons un exemple. L'apôtre du "parler vrai", Michel Rocard, reconnaissait un jour devant moi que, en matière de politique financière, on ne peut absolument pas dire la vérité. C'est le B - A - BA. Si on veut dévaluer, il est indispensable de dire la veille : "Nous ne dévaluerons en aucun cas". Ce n'est pas parce qu'ils sont tous méchant, c'est parce que sinon la dévaluation va rater. Vous imaginez Rocard il y a trois ans [lorsqu'il était Premier ministre] nous dire la vérité sur ce qu'il pensait de Mitterrand ? (rires) Ce n'était pas possible. Il est donc absurde de le lui demander.
Donc, il n'y a pas de "parler vrai" en politique. Il y a des gens qui mentent plus ou moins. Il y a ceux qui mentent tout le temps sur n'importe quoi, et ceux (et c'est ce que Rocard appelle le "parler vrai") qui ne mentent que quand c'est vraiment nécessaire.
Est-ce que la morale est le fondement de la politique ? Mais bien sûr que non ! Le fondement de la politique c'est l'intérêt, c'est Marx qui a raison.

(André Comte-Sponville, lors d'un débat ayant suivi une conférence prononcée par lui, en 1993-1994, à l'invitation du GREP de Midi Pyrénées, sur le thème "Ethique, Morale et Politique")

Nous avons également parlé de livres, de bibliophilie. Monsieur Poireau est aussi Monsieur Filaplomb, responsable des éditions Filaplomb, spécialisées dans la nouvelle et le texte court, créées l'année dernière et qui publient de petits-livres de 24 pages et de format réduit (10 x 15 cm) à commander en ligne pour une réception à domicile. Deux exemplaires de deux livres publiés aux éditions Filaplomb ont été offerts à Cicéron, bien que Monsieur Poireau et lui n'aient pas les mêmes idées politiques, loin s'en faut ! ;-)

Il est impossible d'évoquer tous les sujets dont nous avons parlé, et je n'ai fait qu'évoquer ici ceux qui me reviennent à l'esprit, car, cette fois-ci, je n'ai pas pris de notes. Nous nous sommes tous réjouis, en tout cas, de pouvoir être ainsi en mesure de discuter cordialement en dépit des divergences politiques, réelles, entre les uns et les autres. J'ai eu l'occasion d'expliquer mon positionnement d'anarcho-monarchiste, qui est un refus des grilles de lecture toutes faites et des étiquettes convenues... même si je me situe tout-de-même à gauche au sein du clivage politique actuel.

Evidemment, il serait malhonnête de ne pas reconnaître, encore une fois, que le débat était quelque peu déséquilibré, la droite étant très clairement en minorité par rapport aux autres tendances politiques réprésentées par la majorité des blogueurs. Cela dit, je ne sais pas pourquoi, mais l'ambiance générale ne m'en a paru que plus conviviale... ;op Toutefois, il faut bien le dire, les blogueurs venus du centre et de la droite ont surtout brillés par leur absence, et c'est un peu dommage, car la République des blogs est aussi faite pour eux, me semble-t-il... Nous échangeons, nous discutons, sans nous prendre la tête outre mesure, sans nous sentir obligés de marquer notre territoire comme le font les débatteurs invités dans les émissions politiques de télévision et de radio. En somme, ce genre de réunion entre blogueurs politiques sont une autre façon de faire de la politique, de participer au débat politique, en marge du système habituel, et c'est une bonne chose. Aucun des participants ne sort de ce genre de réunion en ayant changé de bord, bien entendu, mais le débat a pu permettre de l'aider à comprendre les positions de ces collègues blogueurs, même s'ils sont d'un bord parfois très éloigné du sien : l'exercice est toujours utile, et même agréable lorsque les échanges se font autour d'un bon apéritif ! Cela dit, les échanges ont été si prenants que j'en ai oublié de commander mon whisky ! J'y penserai la prochaine fois, surtout si la droite est davantage représentée parmis nous : un bon verre de scotch, ça peut aider à rester philosophe en toute circonstance ! ;o) Et cela m'aidera peut-être aussi à ne pas songer à contester systématiquement les éventuelles références aux Châtiments de Victor Hugo... ;op

En définitive, cette deuxième République des blogs s'est bien passée...
Comme dirait cet autre grand moraliste politique qu'est Arnold Schwarzenegger : "I'll be back" ("Je reviendrai"). ;-)

Cordialement, :-)

Hyarion.


P.S. : La République des blogs de Toulouse a son propre blog, à l'adresse
http://republogtoulouse.blogspot.com/...



Appendice :

Certains blogueurs de notre réunion n'étaient apparemment pas au courant de la personnalisation effectuée par Sarkozy de Nagy-Bocsa du site Internet officiel de la présidence de la République (http://www.elysee.fr/), survenue en septembre dernier. Petite démonstration :

Pendant la campagne électorale présidentielle, l'année dernière, le site de campagne de Sarkozy ressemblait à ça :


Et en même temps, à la même époque, on pouvait voir, partout en France, ce genre d'affiche électorale comportant la fameuse devise sarkozyste "Ensemble, tout devient possible" :


Jusqu'au mois de septembre 2007, le site officiel de l'Elysée, hérité de l'époque Chirac, ressemblait à ceci :


Et voila que vers la fin du mois de septembre dernier, le site officiel de l'Elysée est devenu... ceci :


CQFD. L'évolution du site Internet officiel de la présidence de la République est une assez bonne illustration de l'idée que Sarkozy de Nagy-Bocsa se fait de la fonction qu'il occupe actuellement...
Encore une fois, l'actuel président de la République n'a pas la stature d'un homme d'Etat. Et, sauf circonstances exceptionnelles, je doute que la situation évolue significativement sur ce point d'ici 2012...



(Illustrations : Bannière électronique de la deuxième République des Blogs de Toulouse du 29 mars 2008 ; Nicolas Sarkozy, le 7 mars 2008 à l'Elysée, photographie de l'Agence France Presse, © Eric Feferberg/AFP/Archives ; Caricature [coloriée] de Victor Hugo, par Honoré Daumier, initialement publiée dans Le Charivari, 20 juillet 1849 ; Le Premier ministre Michel Rocard et le président de la République François Mitterrand en 1988, photo extraite d'une archive de l'INA ; Détail de la page d'accueil du site de campagne de Nicolas Sarkozy pour sa candidature à l'élection présidentielle en 2007 ; Affiche électorale de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, candidat à l'élection présidentielle, 2007 ; Détail de la page d'accueil de l'ancien site officiel de la présidence de la République, septembre 2007 ; Détail de la page d'accueil du nouveau site officiel de la présidence de la République [actif depuis septembre 2007], mars 2008)
Par Hyarion
- Voir les 10 commentaires - Recommander
Mardi 15 avril 2008 2 15 04 2008 21:36
Cet article, chers lecteurs, risque fort, je l'avoue, de ne pas briller par sa qualité. Le Pognon a toujours été un problème dont j'ai horreur de parler, et les discours des économistes m'ont toujours plus ou moins ennuyé. Les gens qui s'excitent autour des cours de la Bourse, j'avoue que cela me dépasse complètement. Tout ce que je vois, c'est un dieu Argent adoré par tous ou presque, de façon plus ou moins insensé. Ceux qui n'ont pas d'argent crèvent d'envie d'en avoir. Ils sont prêts à bien des choses pour cela, même à participer à des jeux télévisés comme "Qui veut gagner des millions ?", présenté par Jean-Pierre Foucault sur TF1, et à mettre ainsi leur culture générale - toute relative pour certains - dans la balance pour pouvoir toucher le gros lot, même s'ils prennent ainsi le risque d'être humiliés en public s'ils ne réponsent pas correctement à une question apparemment simple... L'argent, l'argent, l'argent... Qu'est-ce que cela peut me gonfler, l'argent... "L'argent qui corrompt, l'argent qui achète, l'argent qui écrase, l'argent qui tue, l'argent qui ruine, et l'argent qui pourrit jusqu'à la conscience des hommes" disait François Mitterrand, lui qui était lui-même fasciné par les hommes d'argent... L'argent... On aimerait pouvoir en sortir, mais dans ce monde pourri, cela n'est pas possible... Aujourd'hui moins que jamais, car les Français semblent s'être choisis, pour la majorité d'entre-eux, un président qui leur ressemble assez, finalement, car Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, lui-même, aime beaucoup l'argent : "faire du fric" est sans doute l'activité qu'il se plairait à pratiquer le plus, à l'instar de ses amis - les grands patrons français -, s'il n'était, pour l'heure, un politicien... qui affiche du reste, en ce moment - signe qui ne trompe pas -,  la volonté de pratiquer, depuis l'Elysée, une politique de "réforme de l'Etat" faite essentiellement d'économies de bouts de chandelles, faute peut-être de pouvoir délocaliser ou revendre "l'entreprise France" (pour reprendre l'expression de Ernest-Antoine Seillière), "entreprise" qui, rappelons-le, n'est pourtant pas tenu d'être "rentable" ou "compétitive" (du moins si l'on en croit sa Constitution), et pour cause, puisqu'un pays n'est pas une entreprise, contrairement à ce que semblent penser certains...


Je ne suis pas un spécialiste des questions de pognon, et n'est nul envie de le devenir. Rassurez-vous, donc : il ne sera pas question ici de cours de la Bourse, de NASDAQ, de Dow Jones ou de CAC 40. Ni de Sicav ou de FCP (fonds commun de placement). Ni de contrats d'assurance vie. Ni d'investissements dans l'immobilier. Ni de produits bancaires. Ce n'est pas le genre de la maison. Par contre, bien que les questions de pognon m'aient toujours ennuyé, bien qu'étant finalement incontournables à un moment ou à un autre, on peut toujours parler de fiscalité et d'économies publiques liées à la réforme de l'Etat, ou du moins à ce qui tient lieu de "réforme de l'Etat" actuellement. Car, après tout, s'il y a bien une question de pognon qui nous concerne tous, c'est bien celle de l'argent public ! Rassurez-vous toutefois : ici, il ne sera pas question de faire un procès idéologique à l'Etat comme l'a fait pendant tant d'années Jean-Pierre Pernaut avec sa rubrique "Argent public gaspillé" dans sa tristement célèbre (et démagogique) émission télévisée "Combien ça coûte ?" sur TF1 (remarquez, je ne sais pas si c'est toujours le cas aujourd'hui, vu qu'il y a bien longtemps que je ne suis plus tombé, même par inadvertance, sur les émissions d'"information" de TF1)...

Tenez, pour commencer, je viens de relire le résultat d'une enquête du magazine Mieux Vivre Votre Argent (j'adore ce titre, simplement à cause de son sous-entendu : figurez-vous que l'on peut "mal vivre" son argent ! Etonnant, non ? Comme l'a dit un jour le grand couturier ésotérique Paco Rabanne, à la télévision, "combien de gens se sont suicidés parce qu'ils avaient trop de fric !"). Mieux Vivre Votre Argent et le site VotreArgent.fr avaient, l'année dernière, interrogé la totalité des candidats à l'élection présidentielle sur le thème des placements. Les journalistes de ce magazine et de son site Internet avaient envoyé un questionnaire que seuls quelques candidats - mais non les moindres - avaient alors renvoyé : François Bayrou, Olivier Besancenot, Jean-Marie Le Pen, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa. A titre d'exemples, voici les réponses de ces candidats à deux des questions posées : au hasard, celle sur l'ISF et celle sur le bouclier fiscal...


"Question : Quelle est votre position sur le bouclier fiscal ? Souhaitez-vous le conserver, le faire évoluer ou le supprimer  ?

François Bayrou : La loi de finances pour 2006 du 30 décembre 2005 a fixé le plafond du bouclier fiscal à 60 %. Le coût de cette mesure s'est élevé à 400 millions d’euros. Or, elle n'a profité qu'à 93 000 personnes dont 14 000 imposables à l’ISF qui bénéficieront des deux tiers de cette somme.
La proposition de création d'un bouclier fiscal à 50 % coûtera plus de 2 milliards d'euros supplémentaires.
Je suis fermement opposé à cette mesure pour trois raisons :
C'est une mesure injuste : elle revient à exonérer du paiement de l'ISF les plus riches alors que les contribuables moins fortunés continueront à y être soumis. Cette mesure bénéficie donc massivement aux plus riches des plus riches.
C'est une mesure hypocrite : elle est destinée à ne pas poser le problème de la réforme de l'ISF.
C'est une mesure coûteuse et non financée.

Olivier Besancenot : Ce sera sans surprise : je suis pour supprimer le bouclier fiscal qui est, de fait, synonyme de suppression de l'ISF et de liquidation des restes de progressivité de l'impôt sur le revenu.

Jean-Marie Le Pen : Dans un pays aussi imposé qu'est aujourd'hui le nôtre, un tel bouclier peut s'avérer nécessaire afin d'éviter la fuite des capitaux. Il ne le sera plus quand, rompant avec la politique de nos gouvernements qui, en 30 ans ont réussi à endetter la France pour plus de deux mille milliards d'euros tout en portant le niveau des prélèvements obligatoires à 44,4 % du PIB, nous aurons ramené ce niveau à celui de la moyenne européenne soit 39 %.

Ségolène Royal : Je souhaite une réforme fiscale qui rétablisse l'équité de notre système fiscal et revienne sur certaines largesses accordées au profit des contribuables les plus aisés. Il me semble nécessaire de supprimer le bouclier fiscal qui bénéficie pour l'essentiel à 16 000 foyers, pour une baisse moyenne d'impôt de 22 000 euros.

Nicolas Sarkozy : Un premier pas très important a été réalisé avec la mise en place du bouclier, qui était indispensable et que j'avais proposée, dès le discours de La Baule [en juillet 2004], en m'inspirant de l'exemple allemand. Je souhaite améliorer la protection qu'il offre, en empêchant que les impôts directs, la CSG et la CRDS ne confisquent plus de la moitié des revenus.

Question : Quelles modifications envisagez-vous pour l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) ? Souhaitez-vous extraire, totalement ou partiellement, la résidence principale de l'assiette taxable ?

François Bayrou : Il faut avoir le courage d'engager une véritable réforme de cet impôt car nous ne pouvons accepter l'idée que la richesse française aille ainsi s’investir en Belgique ou en Suisse et donc, qu'au final, cet impôt ne touche que « les petits riches ».
C'est pourquoi je souhaite mettre en place une imposition sur le patrimoine à base large, à partir de 750 000 euros mais à taux léger (un prélèvement autour de 1 pour 1000).
Par ailleurs, j'ai décidé de maintenir l'exonération de l'outil de travail et des oeuvres d'art dans le calcul de cet impôt.

Olivier Besancenot : Concernant l'ISF dont le rapport est aujourd'hui ridiculement bas - en gros, l'équivalent de la redevance télé ! - le problème est moins le taux que l'assiette.
Je pense qu'il ne faut rien extraire de cette assiette (donc, pas la résidence principale) mais, surtout, je pense qu'il faut y réintégrer des éléments qui en ont été exclus, à commencer naturellement par "l'outil professionnel".
Ce type de réforme peut permettre un rendement nettement supérieur, même avec des taux d'imposition relativement bas, voire abaissés.

Jean-Marie Le Pen
: Pour éviter que la hausse des prix de l'immobilier amène certaines personnes ne payant pas l'impôt sur le revenu à devoir payer celui sur la fortune, je propose d'éxonérer la résidence principale du calcul de l'ISF.

Ségolène Royal
: L'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) a été mis en place en 1988 pour financer, comme son nom l'indique, la réinsertion des catégories les plus fragiles de la population. Cette idée me semble toujours pertinente, bien que la réinsertion des personnes du RMI mérite d'être revue en profondeur, tant son échec est patent. Si personne ne conteste que la hausse de l'immobilier soit à l'origine d'une hausse du nombre de personnes assujetties à l'ISF, il n'en reste pas moins que payer cet impôt revient à appartenir au pourcent des Français les plus aisés.
Je n'envisage donc pas d’extraire la résidence principale de l’assiette taxable. Il reviendra au Parlement de se prononcer sur des pistes de réformes de l’ISF, car les récentes réformes adoptées l'UMP et l'UDF, qui ont favorisé les détenteurs des plus grands patrimoines, méritent d'être corrigées.

Nicolas Sarkozy : Je ne souhaite pas la suppression de l'ISF, mais je veux qu'il serve à financer des priorités d'intérêt général et non pas qu'il encourage l'Etat à maintenir son train de vie actuel. C'est la raison pour laquelle je mettrai en place une déduction pour les investissements dans les PME et dans les fondations, par exemple celles qui financent des activités de recherche, jusqu'à 50 000 euros."

(Extraits d'un questionnaire de Mieux Vivre Votre Argent/VotreArgent.fr et réponses de cinq candidats à l'élection présidentielle, avril 2007)

On aura peut-être remarqué que les prises de position de certains candidats sur cette délicate question de l'ISF ne sont pas de nature, sans doute par quelque coïncidence heureuse, à remettre en cause les avantages fiscaux dont jouissent personnellement lesdits candidats... Mais ne médisons pas. De toute façon, me direz-vous, il y a longtemps maintenant que les dés sont jetés, et depuis, le fameux "paquet fiscal" de Sarkozy de Nagy-Bocsa est passé par là...

Aujourd'hui, après le "paquet fiscal" adopté cet été - qui n'est qu'un cadeau aux "moins riches" des "plus riches", n'arrangeant en définitive que les possesseurs de patrimoines importants et une minorité de salariés ayant la possibilité de faire des heures de travail supplémentaires -, après les élections municipales et cantonales du mois de mars dernier, voici venu le temps du plan de rigueur gouvernemental qui ne dit pas son nom... Chacun pouvait s'y attendre, et Sarkozy de Nagy-Bocsa n'a donc surpris personne, le 4 avril dernier, en annonçant ses mesures concernant la "réforme de l'Etat"...


166 mesures pour la réforme de l'Etat, 7 milliards d'économies d'ici 2011


Alors que les déficits publics dérapent, Nicolas Sarkozy a présenté vendredi [4 avril] 166 mesures qui doivent faire économiser 7 milliards d'euros à l'Etat d'ici 2011, dont "plus d'un milliard" doit être redistribué aux fonctionnaires en contrepartie de suppressions de postes.

"Le temps de la réforme de l'Etat est venu", a lancé le président de la République dans un discours au ministère du Budget, à l'issue du second Conseil sur la modernisation des politiques publiques (CMPP).

"Ce n'est pas les économies qui font la réforme mais la réforme qui permettra des économies. C'est la différence entre rigueur et réforme", a-t-il assuré, alors que la gauche l'accuse sans relâche de vouloir infliger au pays une cure de "rigueur".

Il s'est gardé de donner un chiffre global, mais le rapport présenté par Eric Woerth, rapporteur général de la RGPP (Révision générale des politiques publiques), cite un total de 7 milliards d'euros d'économies d'ici 2011.

Selon le ministre du Budget, sur les 1.000 milliards d'euros de dépenses publiques, il s'agit de "gagner 10 milliards" par an dès 2009, "5 sur l'Etat et 5 sur l'ensemble de la sphère sociale".

Ces nouvelles mesures sont lancées alors que la France s'apprête à prendre en juin la présidence tournante de l'Union européenne, auprès de laquelle elle s'est engagée à revenir à un "déficit zéro" au plus tard en 2012. Pour 2007, le déficit a été estimé à 2,7% du produit intérieur brut (PIB) soit 50,3 milliards d'euros.

Selon M. Sarkozy, "l'équilibre de nos finances en 2012 est à notre portée sans remettre en cause la qualité et l'efficacité de nos politiques publiques".

Une des principales décisions annoncées par le chef de l'Etat concerne le non-remplacement, à partir de 2009, d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, un de ses engagements de campagne. La moitié des gains ainsi réalisés sera redistribuée aux agents, soit "plus d'un milliard d'euros" en 2011.

Alors que les milliers de suppressions de postes dans l'Education font l'objet d'une contestation croissante, l'école est la grande absente du discours présidentiel, et est à peine évoquée dans le rapport Woerth.

En matière de logement social, est prévu l'abaissement de 10% du plafond d'accession. L'objectif est de ramener de 70% à 60% la proportion des ménages français éligibles à une HLM. Les surloyers payés par les personnes dépassant les plafonds de ressources seront augmentés.

L'Etat compte également mutualiser les services administratifs des armées de Terre, Air et Mer.

M. Sarkozy a par ailleurs annoncé la suppression du supplément de pension accordé aux fonctionnaires prenant leur retraite dans les territoires d'Outre-mer sans y avoir travaillé une durée minimale.

Il veut aussi "mieux adapter notre présence diplomatique aux enjeux du XXIè siècle". Selon le rapport, une trentaine d'ambassades seront ainsi transformées en postes de présence diplomatique simple.

Au chapitre emploi, sont prévues la suppression des dispositifs favorisant les retraites anticipées, une forte limitation des contrats aidés, la lutte contre les fraudes aux prestations sociales, une meilleure organisation de l'hôpital, la réforme du permis de conduire, la mise en place d'une fiscalité favorable à l'environnement...

"Aucun ministère ne sera écarté de la nécessité de la réforme", a prévenu M. Sarkozy. Un troisième Conseil de modernisation des politiques publiques doit se tenir en mai.

"Père la rigueur" pour le PCF, Nicolas Sarkozy a voulu "dissimuler" des mesures "dangereuses", selon le PS. A l'instar de la CGT, les syndicats ont crié à l'"austérité", tandis que l'UMP, le Nouveau centre et la CGPME ont approuvé ces annonces.


(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 4 avril 2008, 20h21)

Réforme de l'Etat: des mesures bien minces aux yeux des économistes


Les mesures annoncées vendredi [4 avril] par Nicolas Sarkozy, qui doivent faire économiser 7 milliards d'euros à l'Etat d'ici 2011, semblent bien minces aux yeux des économistes et ne permettront nullement selon eux de revenir à un "déficit zéro" d'ici 2012, comme promis à ses partenaires européens.

"C'est la montagne qui accouche d'une souris", déplore Elie Cohen, économiste au CNRS.

"Une seule mesure explique l'essentiel des économies attendues : la non reconduction d'un fonctionnaire sur deux", juge M. Cohen. "Alors que des centaines d'audits ont été faits, le résultat final est décevant", ajoute-t-il.

Selon Bercy, les 166 mesures annoncées vendredi pour la réforme de l'Etat doivent permettre des économies de l'ordre de 7 milliards d'euros au total entre 2009 et 2011, dont une partie (environ 1,5 milliard) sera reversé aux fonctionnaires.

"Tout ça pour ça!", s'enflamme Marc Touati, économiste chez Global Equities. "Sept milliards d'euros d'économie, alors que le gaspillage des deniers publics a dépassé les 70 milliards d'euros au cours des six dernières années, c'est bien mince", ajoute-t-il.

"L'enveloppe des dépenses publiques représente environ 1.000 milliards d'euros chaque année et on espère économiser 0,5% de cette somme. Il n'y pas une entreprise qui mobilise une si grande force de frappe pour faire de si petits gains de productivité en quatre ans", calcule de son côté Elie Cohen.

Pour Nicolas Bouzou, du cabinet Asterès, le constat est un peu moins sévère : "On a le sentiment que le président de la République veut agir et faire le maximum d'économies là où c'est possible".

"Mais on est loin d'une véritable réforme de la fonction publique comme ont pu le faire la Suède ou le Canada", ajoute-t-il.

A l'OFCE, Mathieu Plane se félicite, lui, qu'il n'y ait pas eu de "mesures drastiques" annoncées. "Ce serait une erreur de faire des réformes fortes alors qu'on est en période de ralentissement ; là, on fait en sorte de soutenir encore la croissance", avance-t-il.

Côté déficit, tous les économistes jugent irréaliste la promesse faite par la France à ses partenaires européens de revenir à un équilibre de ses finances publiques au plus tard en 2012.

Les économies permises par la réforme contribueront à réduire le rythme d'évolution des dépenses publiques, rappelle-t-on au ministère du Budget.

Dès 2009, le gouvernement entend limiter à 1% la progression annuelle de ces dépenses, contre 2% en moyenne ces dernières années, ce qui équivaut à un gain de l'ordre de 10 milliards par an dès 2009.

Mais "en 2008, le déficit va déjà atteindre 3% du PIB", plafond autorisé par le Traité de Maastricht, prévient Marc Touati. Et "il y a une forte probabilité qu'on dépasse 3% en 2009" aussi, renchérit Olivier Gasnier, de la Société Générale. "On est loin du compte, il n'y a aucune chance qu'on élimine le déficit à l'horizon 2012", estime-t-il.

Pour l'économiste, le gouvernement est "coincé" : la France, qui s'apprête à prendre la présidence de l'Union europénne, "ne peut pas donner le mauvais exemple, mais s'attaquer de front au problème du déficit ne ferait que précipiter le ralentissement économique".

Pour Christian Saint-Etienne, professeur à Dauphine et à l'Université de Tours, il y a surtout "urgence" à "ramener le déficit à moins de 30 milliards d'ici deux ans, sinon on n'arrêtera pas la dynamique de la dette" et de la charge de ses intérêts, qui ne cesse de s'alourdir.

En 2007, le déficit public (Etat, Sécurité sociale et collectivités locales) a atteint 50,3 milliards.

(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 4 avril 2008, 18h01)

Pour le PS, Sarkozy a confirmé "la rigueur présente et à venir"

Le Parti socialiste a estimé vendredi que Nicolas Sarkozy "a confirmé la rigueur présente et à venir" dans son discours sur la modernisation des politiques publiques et a accusé le chef de l'Etat d'avoir davantage "dissimulé" les prochaines mesures d'économies qu'il n'en a annoncé.

"La conférence de presse du président c'était une confirmation de la rigueur présente et de la rigueur à venir", a affirmé à la presse le secrétaire aux Elections, Bruno Le Roux, s'exprimant au nom du PS.

"Il s'agit d'une "confirmation d'une méthode dangereuse et inefficace pour la réforme de l'Etat", a-t-il ajouté.

"Il semble que la fonction publique devienne la principale variable d'ajustement des erreurs de gestion de l'Etat" à travers "une formule aberrante et bornée qui est le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux", a-t-il dénoncé.

Ainsi dans l'éducation nationale, "l'enjeu de la réussite scolaire est incompatible avec le remplacement d'un fonctionnaire sur deux", a souligné M. Le Roux.

Selon le député de Seine-Saint-Denis, le président de la République "n'a pas fait le choix d'un Etat plus efficace, mais d'un Etat moins présent, moins acteur des politiques".

"La rigueur est présente dans les quelques annonces faites", ainsi "aux déremboursements de médicaments et franchises médicales vont s'ajouter la baisse des aides au logement, la baisse du nombre de contrats aidés" et "les difficultés d'accès au logement", poursuit-il.

Par ailleurs, "derrière de grandes phrases, le président a agi par dissimulation et beaucoup de mesures qu'il n'a pas voulu expliquer, et qui sont laissées aux ministres pour explication et application, risquent d'être dangereuses pour les Français", dénonce-t-il.

"On ne va pas nous faire croire que les déficits publics vont être réduits par la mutualisation des services de l'armée ou par la suppression de la bonification aux fonctionnaires retraités d'outre-mer", a-t-il ironisé. "C'est vouloir prendre les citoyens pour des imbéciles que de laisser penser cela".

"Il y a eu ce matin plus de mesures cachées et dissimulées que de mesures annoncées", conclut le député PS.

Bertrand Delanoë, maire PS de Paris, estime de son côté que: "les mesures annoncées par le président de la République se caractérisent par un contenu très flou", "s'ajoutant à l'absurdité du paquet fiscal dont le principe n'est d'ailleurs pas remis en cause, (leur) faiblesse accroît chez les Français le sentiment d'une gouvernance impuissante et incapable de s'adapter aux réalités actuelles".

Pour Ségolène Royal, présidente de la région Poitou-Charentes, "les annonces de Nicolas Sarkozy marquent un affaiblissement de l'Etat, inefficace et injuste. La réforme la plus efficace, la plus rapide, la plus juste, c'est l'abandon du paquet fiscal qui a renforcé les privilèges de quelques-uns et que tous les Français doivent payer aujourd'hui."


(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 4 avril 2008, 20h40)

De toute façon, s'il fallait retenir une seule chose de tout cela, c'est le fait que les mesures annoncées par Sarkozy de Nagy-Bocsa sont censées générer 7 milliards d'euros d'économies pour l'Etat d'ici 2011... alors que le coût global du fameux "paquet fiscal" a été évalué à... 8,9 milliards d'euros. CQFD.

La réforme de l'Etat est évidemment nécessaire, mais ce n'est pas, encore une fois, avec des économies de bouts de chandelles, sans vision d'avenir à long terme pour la France, que l'on sortira le pays de la situation préoccupante dans laquelle il se trouve aujourd'hui...

Voila. Je n'ai pas grand-chose à dire d'autre sur le sujet. Mais peut-être que vous, chers lecteurs, avez des choses à dire à ce propos ?

Pour finir, jouons un peu, avec une question pour "Qui veut gagner du Pognon ?" :

Qu'est-ce qui gravite autour de la Terre ?

A - La Lune ?

B - Le Soleil ?

C - Mars ?

D - Venus ?

E - Jupiter ?

F - Pluton ?

G - Sirius ?

H - Hoth ?

I - Tatooine ?

J - Dagobah ?

K - L'Etoile Noire ?

L - Paco Rabanne ?

Vous avez droit, comme d'habitude, aux trois jockers du jeu qui sont à votre disposition : le 50/50, le coup de fil à un ami, ou l'avis du public (toujours très éclairé)... ;-)


Bonne chance. ;op

Amicalement, :-)

Hyarion.


(Illustrations : Capture vidéo de l'émission télévisée "Qui veut gagner des millions ?", sur TF1, présentée par Jean-Pierre Foucault, en juillet 2006, lequel proposait la question "Qu'est-ce qui gravite autour de la Terre ?", ©Dailymotion ; Caricature de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, par Lefred-Thouron, publiée dans Le président Fric-Frime, Les dossiers du Canard Enchaîné N°107, avril 2008 ; De haut en bas : portraits de François Bayrou, Olivier Besancenot, Jean-Marie Le Pen, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, anciens candidats à l'élection présidentielle de 2007, photographies, ©DR ; Nicolas Sarkozy s'exprimant au ministère des Finances, le 4 avril 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©Philippe Wojazer/AFP/POOL ; Nicolas Sarkozy et son gouvernement lors de l'annonce de mesures d'économies, le 4 avril 2008 à l'Elysée, photographie de l'Agence France Presse, ©Jacques Brinon/AFP/pool ; Capture vidéo de l'émission télévisée "Qui veut gagner des millions ?", sur TF1 en juillet 2006, présentée par Jean-Pierre Foucault, ce dernier constatant l'avis du public sur la question "Qu'est-ce qui gravite autour de la Terre ?" [42 % pour la réponse A ; 56 % pour la réponse B (!!!); 2 % pour la réponse C ; 0 % pour la réponse D], ©Dailymotion)
Par Hyarion
- Voir les 6 commentaires - Recommander
Vendredi 25 avril 2008 5 25 04 2008 07:32
Un an après le premier tour de l'élection présidentielle, rien ne va plus pour Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, englué dans l'impopularité et la pagaille générale qui n'a guère tardé à s'emparer de son gouvernement et de sa majorité parlementaire. L'actuel chef de l'Etat s'efforce néanmoins désormais de donner l'impression qu'il a les épaules assez larges pour le costume de président de la République, et que le patron incontesté au sommet de l'Etat, c'est lui... mais sans vraiment convaincre, loin s'en faut...

Après une série de "couacs", Sarkozy recadre les ministres


Après une série de couacs qui ont mis à mal la cohésion gouvernementale, Nicolas Sarkozy a fermement recadré mercredi [16 avril] ses ministres en les rappelant à leur devoir de "solidarité" et confié leur communication à un spécialiste, Thierry Saussez, un de ses proches.
Tibet, OGM, carte "famille nombreuse": sur ces trois sujets sensibles, des ministres ont donné le sentiment de tirer chacun de leur côté au cours de la semaine écoulée.
Aussi M. Sarkozy a-t-il tenu mercredi, au terme du Conseil des ministres, à lancer une sévère mise en garde au gouvernement, même s'il n'a "cité aucun nom". "La prochaine fois, c'est la porte", a lancé le chef de l'Etat, dont les propos ont été rapportés à l'AFP par plusieurs ministres.
"Le président était très calme. Mais on sentait qu'il en avait discuté avec le Premier ministre" François Fillon et que pour eux, c'en était "fini d'être gentils", a expliqué l'un des participants.
"Il n'y aura pas de nouvel exemple" de couac "sans sanction" et "celui ou celle qui manque à la solidarité gouvernementale devra sortir", a ajouté le président, selon la même source.
"C'est la dernière fois que j'accepte cela. François et moi estimons que ça suffit ! Je ne supporte plus que certains se fassent leur cote au détriment de l'équipe. On accepte les arbitrages et si on n'est pas content, on quitte le gouvernement", a également affirmé le président, cité par un autre ministre.
Selon ces deux ministres, Nicolas Sarkozy a notamment visé Nathalie Kosciusko-Morizet, "même si elle n'était pas la seule".
Dans un entretien au Monde, la secrétaire d'Etat à l'Ecologie avait accusé il y a une semaine son ministre de tutelle Jean-Louis Borloo d'avoir ouvert "un concours de lâcheté et d'inélégance" avec Jean-François Copé, le chef des députés UMP, autour du texte sur les OGM.
A la demande du Premier ministre François Fillon, qui l'avait punie en l'empêchant de l'accompagner au Japon, Mme Kosciusko-Morizet avait présenté ses excuses à MM. Borloo et Copé. Sa nomination au poste de secrétaire générale adjointe de l'UMP avait néanmoins été confirmée à l'unanimité.
Deux autres incidents ont convaincu le chef de l'Etat de la nécessité de taper du poing sur la table : les hésitations autour de la carte famille nombreuse de la SNCF, dont la suppression a été évoquée avant d'être maintenue, et l'éventuel boycott de la cérémonie d'ouvertures des JO de Pékin.
La secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme Rama Yade avait déclaré, toujours au Monde, que M. Sarkozy mettait plusieurs "conditions" à sa participation à la cérémonie d'ouverture des JO le 8 août. Son ministre de tutelle Bernard Kouchner l'avait immédiatement démentie.
"Quand vous parlez au Monde, même en off, je ne peux pas croire que vous le fassiez sans vous en rendre en compte", a insisté le chef de l'Etat, sans s'adresser à quiconque en particulier, selon les mêmes sources.
Dans un langage plus édulcoré, Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, a affirmé devant la presse que M. Sarkozy avait "appelé tous les membres de son gouvernement à la loyauté, à la solidarité et à la nécessité d'avoir une équipe soudée autour de lui et du Premier ministre".
Pour tenter de mettre un terme à la "cacophonie" gouvernementale, un vocable employé jusque dans les rangs de la majorité, le couple exécutif a nommé mercredi comme délégué interministériel à la communication Thierry Saussez, un proche de M. Sarkozy, qui sera également responsable du Service d'information du gouvernement (SIG).


(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 16 avril 2008, 18h15)

"Une semaine terrible. La plus bordélique depuis mon élection" : c'est ainsi que Sarkozy de Nagy-Bocsa a qualifié la semaine du 7 au 13 avril dernier, devant ses conseillers, le lundi 14 avril (cf. Le Canard Enchaîné N°4564, 16 avril 2008). D'où le "recadrage" du mercredi suivant, lors du Conseil des ministres. Et en effet, depuis plusieurs semaines en fait, on ne peut que le constater : c'est la pagaille la plus complète, aussi bien au gouvernement qu'au sein de la majorité UMP au Parlement. Cette pagaille rend d'ailleurs d'autant plus illisibles les "réformes"  qui sont censées être faites, et le travail qui est censé être effectué, en général, par les ministres, les sous-ministres (secrétaires d'Etat), les députés et les sénateurs. Prenons un exemple : celui du projet de loi sur les OGM.


A la suite du fameux Grenelle de l'environnement, dont j'avais eu l'occasion de parler en octobre dernier (voir l'article intitulé "Grenelle de l'Environnement : beaucoup de bruit pour pas grand-chose ?"), ce projet de loi sur la culture des organismes génétiquement modifiés (OGM) était très attendu. Il s'agissait, en effet, rappelons-le, de proposer au Parlement, dès le début de cette année, une loi réglementant les OGM, censée trancher la question des essais en plein champ pour la recherche, et censée reprendre la proposition de création d'une Haute autorité indépendante, ainsi que le principe de responsabilité, de transparence - les communes et les départements devant être informés sur la présence d'OGM sur leur territoire - et de précaution. Aujourd'hui, je serais, personnellement, bien en peine de vous exposer clairement la situation dans laquelle se trouve ce projet, et, surtout, ce qu'il contient. Ce dernier a bien été présenté au Parlement, mais son examen s'est apparemment vite transformé en course de lenteur, dans une ambiance très tendue, tant le sujet est, encore aujourd'hui, extrêmement sensible. Les groupes de pression n'ont pas manqués de venir participer aux "réjouissances" parlementaires : les uns, opposés aux OGM, étaient présents dans les tribunes du public de l'Assemblée Nationale lors de la discution du projet de loi - ce fut notamment le cas de José Bové -, et les autres, favorables aux OGM et représentant les intérêts des fabriquants de semences - Monsanto, Limagrain, etc. -, faisaient tout ce qui leur était possible de faire, dans les coulisses, pour influencer les députés... Dans ce contexte, l'ambiance était, parait-il, particulièrement électrique. Entre "principes généraux" de l'utilisation des organismes génétiquement modifiés, création du "Haut conseil des biotechnologies", "transparence", "coexistence" des cultures et autre "délit de fauchage", les dispositions de ce projet de loi très controversé, ont été l'objet d'un débat, aussi agité que confus, entre parlementaires, lequel débat a, du reste, engendré une vive mésentente au sein de la majorité UMP et du gouvernement Fillon, ainsi que le Canard Enchaîné s'en est fait l'écho ce mois-ci :


"OGM : la grosse gêne de l'UMP

Le débat sur les OGM, qui devait s'achever, le 8 avril, à l'Assemblée, a offert un drôle de spectacle. Retour en trois actes sur un projet qui a fauché sur pied la bonne humeur de la famille UMP.

    ACTE I. Mardi 1er avril. En préambule à la discussion du projet de loi sur les OGM à l'Assemblée, Jean-François Le Grand, sénateur UMP de la Manche, tire à vue sur ses collègues : "Certains ont fait main basse sur l'UMP afin de défendre des intérêts mercantiles, ripolinés pour les rendre sympathiques (...). La force de frappe de Monsanto et des autres semenciers est phénoménale", dit-il dans une interview au "Monde". Se sentant agressé, Bernard Accoyer, le président du Palais-Bourbon, fait donner le lendemain le bureau de l'Assemblée pour "protester à l'unanimité" contre les propos du sénateur. La gauche, pourtant présente au bureau, s'est laissé piéger. L'après-midi, le socialiste Arnaud Montebourg explique que le sénateur a tenu "des propos d'une telle force que certaines personnes mises en cause ont cru bon d'utiliser les institutions dont elles disposent pour les faire condamner". Et pan sur Accoyer ! François Grosdidier, député UMP de la Moselle, confie au "Canard" : "Les pro-OGM sont tentés par la chasse aux sorcières, il y a une manoeuvre pour décrédibiliser ceux qui émettent des réserves contre le projet de loi. Je n'ai jamais vu un tel procès en sorcellerie dans ma famille politique."

    ACTE II. Le matin de l'ouverture du débat, Jean-Louis Borloo prévient qu'il "préfère le texte initial" plutôt que celui voté en première lecture par les sénateurs en février. Problème, les derniers arbitrages rendus, lundi 31 mars, à Matignon par le directeur de cabinet de Fillon lui ont donné tort : l'Assemblée est priée d'en rester au texte du Sénat. Une partie des députés discutent quand-même. Ainsi, Louis Giscard d'Estaing [fils de Valéry] défend un amendement, mercredi soir 2 avril, pour préserver des OGM les "écosystèmes régionaux". A l'heure du vote, Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM), la secrétaire d'Etat, s'en remet à la "sagesse" de l'Assemblée. Mais, après une suspension de séance à 23 h 20, Giscard, cédant à "l'invitation amicale" du rapporteur du texte, retire son amendement. "Chamalières vacille !", ironise Montebourg.
    La gauche saute alors sur l'amendement Chassaigne (du nom du député communiste du Puy-de-Dôme), qui substitue aux "écosytèmes régionaux" de Giscard des "écosystèmes locaux". L'amendement est adopté avec les voix de l'opposition et celles de 5 députés de droite, dont 3 UMP. Une gifle pour Matignon, pour les pro-OGM et pour le ministre de l'Agriculture, Michel Barnier.
    Patrick Ollier, le président de la commission des Affaires économiques, est furibard contre Kosciusko-Morizet, qui ne s'est pas opposée à l'amendement Chassaigne. Jean-Paul Faugère, le directeur de cabinet de Fillon, est aussi "fou de rage", selon un député. La tension est très forte. D'aucuns croient voir des larmes dans les yeux de la secrétaire d'Etat.



    ACTE III. Une réunion d'urgence est convoquée le lendemain matin à 9 h 30. Michel Barnier, Bernard Accoyer, le président de l'Assemblée, Jean-François Copé, le président du groupe UMP, et Patrick Ollier sont là pour instruire le procès des ministres de l'Ecologie. Kosciusko se voit (encore) reprocher sa bise [de janvier] à José Bové. "Ça fait partie des propos machistes que j'entends depuis que je suis entrée en politique", rétorque NKM.
    Les attaques contre la secrétaire d'Etat sont d'autant plus violentes que beaucoup ont besoin de faire oublier leurs propres turpitudes. Accoyer a évité de présider les séances, Copé ne tient pas toujours son groupe, Ollier a donné l'impression d'être à la solde des céréaliers, et Borloo a laissé faire le sale boulot à sa secrétaire d'Etat, se réfugiant à la buvette dès que ça tournait vinaigre. Lundi soir, Kosciusko a de nouveau dû subir un affront infligé par Patrick Ollier et son acolyte, Christian Jacob, ancien ministre de l'Agriculture chiraquien. Elle s'était dite "favorable" à un amendement de l'UMP Grosdidier visant à confier à son ministère et à celui de l'Agriculture la responsabilité de la fixation des distances de séparation entre cultures avec ou sans OGM. Elle a été mise en minorité par les députés de droite. Ambiance !
    Epilogue (provisoire). Borloo et sa secrétaire d'Etat ont un gros problème avec leur majorité, se supportent de moins en moins et sont de plus en plus inquiets pour l'avenir du projet de loi Grenelle. Les députés UMP ont la fibre très peu verte et, pour ne rien arranger, le calendrier parlementaire est déjà bourré jusqu'à l'été.
    Du côté de Monsanto, en revanche, tout baigne. Le bénéfice net de l'entreprise américaine a été rendu public, la semaine dernière : il atteint 1,129 milliard de dollars, en hausse de 107 % par rapport à l'exercice précédent."


(Le Canard Enchaîné N°4563, 9 avril 2008)

Le numéro suivant du Canard Enchaîné apporte une précision en ce qui concerne l'Acte II évoqué dans l'article du Canard du 9 avril, qui donne une idée de la valeur du pleutre Jean-Louis Borloo, désinvolte ministre de tutelle de Nathalie Kosciusko-Morizet :



    "Borloo solidaire
    Quelques minutes avant de s'en remettre à la "sagesse" de l'Assemblée sur l'amendement Giscard, NKM avait pris ses consignes auprès de Jean-Louis Borloo, son ministre de tutelle. Récit d'un conseiller, témoin de la scène dans l'hémicycle entre les deux ministres.
    "Que dit-on sur l'amendement Giscard ?
    - Tu dis sagesse, moi je vais pisser.
    - Mais tu viens d'y aller.
    - Je vais à la buvette prendre un verre de rosé.
    - Tu peux t'en faire servir dans une tasse de thé par un huissier."
    Pas convaincu, Borloo s'en est allé et n'est jamais revenu, ce soir-là, laissant NKM boire, seule, sa tasse (bio, évidemment)...


(Le Canard Enchaîné N°4564, 16 avril 2008)

Le feuilleton du projet de loi sur les OGM se poursuit dans ce numéro suivant du Canard, du 16 avril :


    "Borloo Janus
    Mercredi 9 avril. Après le Conseil des ministres se tient à l'Elysée une réunion des chefs de file de la majorité. C'est à ce moment-là que le ministre d'Etat et de l'Ecologie [Borloo] prend connaissance des propos de NKM reproduits par "Le Monde" : étrillée la veille, lors de la réunion hebdomadaire du groupe des députés UMP, elle riposte en dénonçant un "concours de lâcheté et d'inélégance" entre Jean-François Copé (président du groupe UMP) et Jean-Louis Borloo. Ni une ni deux, Borloo glisse une photocopie de l'article dans une enveloppe. Il y joint un mot manuscrit : "Tout cela n'est plus supportable. Il faut régler cette situation." L'enveloppe circule de main en main autour de la table. Elle est adressée à François Fillon. La réunion achevée, les deux hommes se concertent.
    Puis, devant témoins, le Premier ministre interpelle Sarko : "Kosciusko fout un bordel sans nom. C'est l'émeute au groupe. Si elle ne s'excuse pas publiquement, je ne peux pas la garder au gouvernement." Sarko répond qu'il le "comprend" et le "soutient".
    Fort de cet appui, Fillon passe un coup de fil incendiaire à la secrétaire d'Etat qui se termine par cette menace : "Que cela soit clair, tu présentes des excuses publiques ou tu gicles."
    NKM, qui ne veut pas démissionner, s'exécute un peu plus tard. Son communiqué d'excuses a été rédigé par Jean-Paul Faugère, le directeur de cabinet de Fillon, en personne. Pour une fois que le Premier ministre peut dicter sa loi...

    Fillon peu convaincant
    Mercredi 9, 14 h 30. Copé convoque exceptionnellement le groupe UMP, avant le vote solennel sur le projet de loi OGM. Fillon s'invite. La veille déjà, le Premier ministre a fait donner ses ministres devant les députés UMP, Michel Barnier, le ministre de l'Agriculture, a précisé que ce texte est "vital" pour l'avenir de nos campagnes ; Valérie Pécresse, ministre de la Recherche, a conclu : "Si on ne vote pas cette loi, la recherche agronomique française va s'effondrer."
    Fillon, ce mercredi 9, ajoute un argument massue : "Si vous ne votez pas pour le texte, votez pour le contexte, ne faites pas le jeu de la gauche."
    Résultat, près d'un élu UMP sur quatre n'a pas approuvé le projet de loi OGM. Dix députés ont voté contre et 31 se sont abstenus. C'est le texte "le plus mal voté" depuis 2002. Fillon aura, au moins, réussi ça.

    Borloo Janus (suite)
    Jeudi 10. Borloo refuse de dîner avec sa secrétaire d'Etat. Il se dit "trop meurtri" par sa tirade sur la lâcheté et l'inélégance.
    Samedi 12. Des sondages tombent, favorables à NKM. Borloo trouve urgent de se rabibocher. Après l'avoir harcelée par téléphone, il finit par rencontrer sa secrétaire d'Etat trois heures. Il cherche à obtenir de sa rivale qu'elle fasse savoir que seul Copé était visé par sa sortie sur la lâcheté. "Je ne veux pas être mêlé à tout cela".
    C'est réussi !

    Carton rouge pour Fillon
    Lundi 14. A propos de NKM, Sarko lance devant ses troupes : "Elle a eu tort de dire ce qu'elle a dit. Elle a raison de penser ce qu'elle pense."
    Il trouve que Fillon s'est trop acharné contre la secrétaire d'Etat à l'Ecologie. Le Premier ministre ne s'est pas contenté, on le sait, de la sommer de s'excuser, il l'a aussi privée de banc à l'Assemblée, interdite de voyage en sa compagnie au Japon, priée de ne plus aborder en public le projet sur les OGM et pressée de s'excuser une deuxième fois devant les caméras et devant le bureau politique de l'UMP, le 9 avril au soir.
    Résultat, Sarko a téléphoné à NKM un peu avant la réunion pour lui dire qu'il n'avait pas cédé à ceux qui demandaient sa tête. "Le Président ne souhaite pas qu'on l'affaiblisse", précisait l'un de ses conseillers. La réaction emphatique de Copé - "Mon coeur saigne", a-t-il dit publiquement - a irrité l'Elysée, ainsi que l'attitude de Borloo (Ecologie, mais aussi Transports) : "Il est complètement à l'ouest. Les deux problèmes de la semaine, les OGM et la carte famille nombreuse, sont venus de chez lui."
    Sans parler de l'élimination de la France en Coupe Davis de tennis, où il a sans doute quelque chose à se reprocher..."

(Le Canard Enchaîné N°4564, 16 avril 2008)

A propos des critiques de Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM) adressées au lamentable Borloo et au détestable Copé, on pourrait se poser, au passage, la question suivante : si NKM pense qu'elle est entouré de lâches et d'"inélégants" - terme poli pour dire "fumiers" -, que fait-elle au sein de cette majorité au pouvoir, et qu'y font les lâches et les "inélégants" en question ? Mais il est vrai que le flot médiatique est si puissant que l'on finit par oublier de répondre à cette interrogation, pourtant intéressante, par ailleurs, car elle renvoie, en fait, aux ambitions personnelles des protagonistes de cette histoire... Gageons que si personne n'a démissionné à la suite de cette affaire, c'est que chacun tient beaucoup à la position qu'il occupe en ce moment, tout en lorgnant vers des postes plus élevés, et qu'il est donc, bien évidemment, hors de question d'abandonner maintenant le terrain conquis...
En guise d'épilogue au feuilleton, le gouvernement Fillon et la majorité parlementaire UMP a eu droit à un ultime arbitrage de la part de l'actuel chef de l'Etat :


    "Sarko conformiste
    "Vote conforme", a tranché Sarko. Le Président a réuni, lundi après-midi [14 avril] et mardi matin [15 avril], à l'Elysée les ministres et parlementaires spécialistes du projet de loi OGM, à la veille de l'ouverture du débat en deuxième lecture au Sénat. Pas question, donc, a-t-il décidé, de revenir sur l'amendement Chassaigne, à l'origine de la grogne des députés UMP contre la secrétaire d'Etat à l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet [qui ne s'est pas opposé à son adoption]. Pour la galerie, un sous-amendement précisera la nature des produits sans OGM concernés. Ce qui ne changera pas grand-chose sur le fond.
    La décision présidentielle a ravi la sous-ministre mise au ban par Fillon, mais elle risque d'attiser encore les tensions au sein de la majorité. Tant le Premier ministre que le président du groupe UMP à l'Assemblée, Jean-François Copé, avaient expressément souhaité que l'amendement Chassaigne soit abandonné par le Sénat. Sarko les a désavoués et a donné raison à NKM, elle-même applaudie par 8 sondés sur 10, selon l'Ifop pour "Le Journal du dimanche".
    Entre Fillon et l'opinion, Sarko a vite choisi son camp !"

(Le Canard Enchaîné N°4564, 16 avril 2008)

Cet arbitrage, on le sait, n'a cependant pas empêché Sarkozy de réprimander publiquement, dans la foulée, Nathalie Kosciusko-Morizet, lors du Conseil des ministres du 16 avril :


       "La leçon faite à Nathalie
    Particulièrement visée par l'algarade présidentielle, au cours de ce Conseil des ministres [du 16 avril] : Nathalie Kosciusko-Morizet.
    "Ce n'est pas parce qu'un secrétaire d'Etat tape sur son ministre de tutelle que cela le fera devenir ministre" a lancé Sarkozy. Qui pour bien se faire comprendre a appuyé sa tirade d'un "hein, Jean-Louis ?", clin d'oeil appuyé à Jean-Louis Borloo, traité huit jours plus tôt de "lâche" et d'"inélégant" par NKM, sa secrétaire d'Etat.
    Laquelle NKM a baissé les yeux, et fait mine de continuer à écrire son courrier.
    Quand on est soutenu par 78 % des Français, on ne baisse pas les yeux !"

(Le Canard Enchaîné N°4565, 23 avril 2008)

Finalement, le Sénat a adopté en deuxième lecture avec un seul amendement, dans la nuit du mercredi 16 au jeudi 17 avril, le texte sur les OGM, la gauche socialiste et communiste ayant quitté l'hémicycle pour protester contre la volonté du gouvernement d'obtenir un vote conforme à celui des députés, sauf sur l'article 1er, faisant l'objet de l'amendement Chassaigne, lequel a été, en définitive, corrigé par les sénateurs - à l'initiative du rapporteur UMP Jean Bizet, soutenu par Borloo - et, semble-t-il, vidé de sa substance selon l'opposition. Avec le départ des sénateurs socialistes et communistes, tous les autres articles du texte ont été définitivement adoptés sans modification par le Parlement, et seul l'article 1er, ainsi corrigé, était censé, par la suite, revenir devant les députés pour une dernière lecture. Résultat de tout cela : un texte de loi qui, apparemment, semble bien loin, selon certains, de tenir les promesses du Grenelle de l'environnement au sujet de la règlementation des OGM, et un débat qui aura été, finalement, parfaitement inaudible et plus ou moins masqué par la cacophonie gouvernementale. Sur le fond, comprenne qui pourra...


A en croire Jean-Michel Thénard, dans le Canard de cette semaine (N°4565, 23 avril 2008), les députés UMP ont eu à coeur de reprendre "à leur compte certaines "propositions" des fabricants de semences. Mais sans l'avouer." Quant au Grenelle de l'environnement dans son ensemble, on commence, maintenant, à crier à l'anarque : mise à part, peut-être, la pastille verte pour l'achat d'un véhicule à faibles émissions polluantes, il est vrai que, pour le moment, aucune des propositions ne semble s'être concrétisée, et que celles qui sont peut-être sur le point d'aboutir semblent bien loin de l'être de façon satisfaisante, en particulier en ce qui concerne les OGM... Personnellement, je ne suis pas surpris, même si je manque d'éléments pour apprécier la situation en profondeur...

Mais à part cela, tout va très bien... car ce qui est le plus important, apparemment, c'est que Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa donne l'impression d'être maître du jeu, même si ce n'est pas le cas... On a encore eu l'occasion de vérifier cela lors de l'intervention télévisée de l'actuel chef de l'Etat, hier soir, jeudi 24 avril.


Malgré "déception" et "erreurs", Sarkozy veut tenir le cap de la "réforme"

Tout en reconnaissant la "déception" des Français et ses propres "erreurs", Nicolas Sarkozy a affiché sa volonté de tenir le cap de la "réforme", jeudi soir à la télévision, face à une majorité mécontente, des sondages en berne et une situation économique dégradée.

Un an après son élection, au cours de l'émission "En direct de l'Elysée" (TF1 et France 2), le chef de l'Etat a fait amende honorable sur plusieurs sujets: "erreur de communication totale" sur le paquet fiscal, "erreur" aussi sur la carte famille nombreuse, "erreur" encore de ne pas avoir sanctionné les "couacs" de ses ministres ("cela ne se reproduira pas"). Il a également admis "une part de responsabilité" dans l'exposition de sa vie privée.

"Qu'il y ait de la déception", "des attentes", "des problèmes", "des difficultés, non seulement je le sais, je l'entends, mais je m'y étais préparé", a-t-il assuré, assis derrière une table au design moderne, dans la salle des fêtes du palais présidentiel transformée en studio.

La vie des Français ne s'est "pas assez" améliorée en un an, a-t-il reconnu.

Toutefois, si le "choc de confiance" promis n'a pas été au rendez-vous, c'est que "la France a eu à faire face à un quadruple choc", a expliqué M. Sarkozy: renchérissement du pétrole, crise des "subprimes", flambée de l'euro et des matières premières.

Pour autant, pas question de ralentir. "On a un contexte international difficile, raison de plus pour accélérer les réformes", a-t-il martelé, réfutant les critiques, formulées jusque dans son camp, sur le rythme des chantiers engagés. "J'ai lancé 55 réformes, parce que tout se tient".

Sans annonce retentissante, il a défendu ses réformes, comme la défiscalisation des "heures sup". "
Ça marche !"

Pour le pouvoir d'achat, préoccupation majeure des Français, le président a regretté que les prix aient "davantage augmenté en France" que dans la plupart des autres pays d'Europe. Un texte destiné à les faire baisser dans les grandes surfaces sera présenté en juin.

En outre, François Fillon - "un bon Premier ministre" avec lequel il "travaille main dans la main" - déposera un texte "dans les 15 jours" sur l'intéressement.

Un salarié sera "obligé d'accepter un emploi représentant 95% de son salaire au bout de trois mois de chômage".

Quant au Revenu de solidarité active (RSA), il sera généralisé "l'année prochaine", mais "en en maîtrisant les coûts", pour "1 ou 1,5 milliard d'euros".

Le déficit public, qui inquiète la Commission européenne, sera "réduit" à l'horizon 2012, grâce au non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, a promis M. Sarkozy.

En pleine controverse sur les salariés sans papiers, il a exclu toute "régularisation globale", qui conduirait "à la catastrophe". Favorable "à titre intellectuel" au vote aux élections locales des non-Européens en France depuis 10 ans "sur la base de la réciprocité", il juge qu'il n'y a "pas de majorité" pour cette mesure.

Fermeté sur les retraites, avec la confirmation du passage à 41 ans de cotisations, et fermeté aussi sur l'école: "je maintiens les réformes qui permettront les réductions de postes", à l'origine de manifestations lycéennes, a-t-il dit sans s'engager sur les chiffres.

En matière de politique étrangère, le chef de l'Etat dit avoir été "choqué par ce qui s'est passé au Tibet". Mais Paris "essaie de créer les conditions d'un dialogue entre le dalaï lama et les autorités chinoises".

Pour M. Sarkozy, cette émission faisait figure d'oral de rattrapage, après trois mois de sondages calamiteux. A peine plus d'un Français sur quatre estime que son action va "plutôt dans le bon sens" (CSA).

"Le cap du changement est bien tenu", s'est aussitôt félicité François Fillon.

A l'inverse, Julien Dray (PS) a regretté que "l'inquiétude et la colère" des Français n'aient pas été "levées". "Inquiétudes confortées" aussi pour la CGT.


(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 24 avril 2008, 23h16)

Pas de surprise avec ce nouvel épisode télévisé du Sarko-show, qui a duré plus d'une heure et demi : des réponses convenues, à des questions convenues, posées par des journalistes convenus... Sur la forme, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa a fait son travail de communication, habilement, comme d'habitude, sans se laisser démonter par le petit jeu des cinq journalistes qui lui faisaient face, et qui s'amusaient, de temps en temps, à lui couper la parole. Sur le fond, Sarkozy a été égal à lui même... "Je suis là pour assumer avec un minimum de courage ce qui aurait dû être fait avant et qui n'a pas été fait", a-t-il affirmé aux journalistes, hier soir : toujours cette manie d'en faire trop en survalorisant son rôle... mais, que voulez-vous, on ne se refait pas. Comme l'évoque la dépêche de l'Agence France Presse que je viens de citer, beaucoup de sujets ont été abordés lors de cette intervention télévisée. "S'agissant de la culture OGM en plein champ, mon devoir est de prendre des précautions", "beaucoup de précautions", a-t-il notamment déclaré, répétant être "favorable à la recherche sur les OGM dont on a besoin", et estimant qu'en ce qui concerne la loi sur les cultures d'OGM, le texte présenté par le gouvernement était "équilibré".
Pour le reste, sur un plan plus général, on aura surtout remarqué que Nicolas Sarkozy a enfin reconnu publiquement avoir fait des "erreurs", et c'est heureux ! Mais de Sarkozy de Nagy-Bocsa, il sera encore bien assez question dans d'autres articles à venir. Aussi, pour le moment, m'arrêterai-je là.

Amicalement, :-)

Hyarion.


(Illustrations : Nicolas Sarkozy, le 8 avril 2008 à Cahors, photographie de l'Agence France Presse, ©Eric Feferberg/AFP/Archives ; Un champ de maïs transgénique, le 4 août 2007 à Paillet, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Jean-Pierre Muller ; L'Assemblée Nationale, le 31 juillet 2007, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Pierre Verdy ; La secrétaire d'Etat à l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet s'exprimant, le 3 avril 2008 à l'Assemblée Nationale à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©Francois Guillot/AFP/Archives ; Jean-Louis Borloo, ministre de l'Ecologie, et Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'Etat à l'Ecologie, au lancement de la deuxième phase du Grenelle de l'Environnement le 27 septembre 2007, photographie de l'agence de presse Reuters, ©Reuters/Benoit Tessier ; L'hémicycle du Sénat, le 11 octobre 2007 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Bertrand Guay ; "Le rêve des farouches partisans des OGM" : José Bové étranglé par un homme de main des semanciers, dans les tribunes du public de l'Assemblée Natonale, pendant la discussion du projet de loi sur la culture des OGM, caricature de Cabu, publiée in Le Canard Enchaîné N°4565, 23 avril 2008 ; Nicolas Sarkozy lors de son interview télévisée, le 24 avril 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©Eric Feferberg/AFP)
Par Hyarion
- Voir les 8 commentaires - Recommander
Samedi 26 avril 2008 6 26 04 2008 09:02
Voici un court message impromptu, rédigé entre deux éclats de rire sarcastiques, en réaction à une actualité décidément plus bouleversante que jamais... ;op

Il faut croire que c'est plus fort que lui. Il ne peut pas s'en empêcher. Depuis des années, il se retenait. Mais là, il n'en pouvait plus. Il fallait que ça sorte. Incorrigible Jean-Marie Le Pen ! Depuis mon dernier article consacré au personnage, rédigé il y a plus d'un an - voir le message intitulé "Sarkozy, Le Pen et l'extrême-droite : une longue histoire..." -, je ne pensais avoir à reparler de lui de sitôt, tant l'effrondrement électoral du Front National avait réussi, l'année dernière, à faire taire quelque peu les craintes qui étaient les miennes de voir Le Pen  revenir en force en 2007, cinq ans après sa qualification pour le second tour de la précédente élection présidentielle, en 2002. Le Front National est aujourd'hui dans une situation fort difficile : sa déroute aux dernières élections nationales - présidentielle et législatives - l'a plongé dans d'importantes difficultés financières, obligeant même son président perpétuel, Jean-Marie Le Pen, a décider de mettre en vente les imposants locaux du siège du parti, à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), surnommé "Le Paquebot", et à déménager prochainement ledit siège du parti ailleurs dans la région parisienne, probablement à Nanterre, dans des locaux plus petits. On ne pleurera pas sur le sort politique du chef d'un parti d'extrême-droite qui a pourri la vie politique française pendant tant d'années. Cela ne doit toutefois pas faire oublier que les idées d'extrême-droite sont loin d'avoir disparues, et que si Le Pen est à ce point dans les choux aujourd'hui, c'est essentiellement parce que Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa a réussi, très habilement, à siphoner l'électorat traditionnel du Front National lors de l'élection présidentielle de l'année dernière, impulsant ainsi une forte dynamique en faveur de l'UMP pour les élections législatives, dynamique face laquelle le FN n'a pas fait le poids...
Lorsque l'on y réfléchit, il en est toujours ainsi avec les partis extrémistes : lorsque les partis de gouvernement se portent mal, les extrémistes prospèrent, mais dès que lesdits partis de gouvernement reprennent du poil de la bête, les partis extrêmes reculent électoralement. Aujourd'hui, du reste, Nicolas Sarkozy est soucieux de conserver le territoire électoral conquis et donc de continuer à plaire à l'électorat de l'extrême-droite, comme on a pu le vérifier avant-hier soir, 24 avril, lors de son intervention télévisée : alors qu'on l'interrogeait sur la régularisation des sans-papiers travailleurs, Sarkozy a répondu en précisant qu'on ne "devient pas français" si facilement, confondant ainsi la naturalisation et la régularisation. Le Pen lui-même, soucieux de démontrer que les électeurs  traditionnels du FN ont été "victimes d'une illusion" en votant pour Sarkozy, n'a pas d'ailleurs manqué de souligner la manoeuvre de l'actuel chef de l'Etat pour plaire à l'électorat traditionnel de la droite de la droite, en déclarant : "On aura remarqué quelques beaux morceaux d'hypocrisie, comme sur les clandestins, avec la confusion volontaire entre régularisation et naturalisation". Il en faudrait toutefois plus pour reprendre du terrain face à un Sarkozy qui, jusqu'à présent, s'est toujours montré habile pour séduire le public traditionnellement favorable à l'extrême-droite...



Toujours est-il que Le Pen, devenu aujourd'hui quasiment inexistant médiatiquement, depuis que Sarkozy a récupéré son électorat, ne pouvait revenir, pontuellement, sur le devant de la scène, qu'en réutilisant la méthode qui a tant contribué au développement de sa notoriété, dans les années 1980 et 1990, à savoir la méthode de la provocation verbale à connotation raciste, antisémite ou négationniste. Souvenez-vous, chers lecteurs. C'était en septembre 1987, lors d'un mémorable entretien du président du Front National avec des journalistes, dans les studios de la radio RTL. Le Pen avait alors déclaré que les chambres à gaz utilisées par les nazis n'étaient qu'"un point de détail de l'histoire de la Deuxième Guerre Mondiale". L'emploi de cette expression avait eu alors un fort retentissement, suscitée des poursuites judiciaires, et quelques années plus tard, en mars 1991, la cour d’appel de Versailles avait finalement condamné Le Pen à verser à neuf associations, qui s'étaient portées parties civiles, 100.000 francs (15.000 euros) de dommages et intérêts pour "banalisation de crimes contre l'humanité" et "consentement à l'horrible" pour avoir ainsi assimilé les chambres à gaz à "un point de détail de l'histoire". Après cette affaire, le mot "détail" est d'ailleurs devenu à ce point connoté dans le monde politique, que lorsque le Premier ministre actuel, François Fillon, en octobre dernier, a parlé - stupidement - de "détail" à propos du recours aux tests ADN pour les candidats au regroupement familial, cela a suscité une vive polémique, démontrant ainsi que l'affaire du "point de détail" de 1987 reste encore bien présente aujourd'hui dans les mémoires. Or, ce mois-ci, précisemment, 17 ans après sa condamnation, Jean-Marie Le Pen, visiblement toujours soucieux d'entretenir une certaine mémoire des mots "historiques", a encore frappé ! Et avec la même formule qui a fait son succès : le fameux "détail de l'histoire"...

Le Pen crée un tollé en appelant à nouveau "détail" les chambres à gaz


Jean-Marie Le Pen, président du Front national, a suscité un tollé et s'est attiré des menaces de poursuites judiciaires en qualifiant à nouveau les chambres à gaz de "détail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale", dans un entretien au magazine "Bretons" publié vendredi [25 avril].

Le parquet a annoncé qu'il étudiait la possibilité de poursuivre l'ex-candidat à la présidentielle.

"J'ai dit que les chambres à gaz étaient un détail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale: ça me paraît tellement évident", déclare M. Le Pen dans le mensuel généraliste, diffusé en Bretagne et en région parisienne.

Le leader frontiste, dont la fille Marine a souligné qu'elle ne partageait pas les vues de son père sur ce point, avait été condamné à 1,2 million de francs (183.200 euros) d'amende pour de premières déclarations sur le "détail", en 1987 sur RTL.

Alors que "Bretons" lui fait remarquer que l'on a "déporté des gens pour les amener dans des camps juste pour les faire tuer", M. Le Pen répond: "Mais ça, c'est parce que vous croyez à ça. Je ne me sens pas obligé d'adhérer à cette vision-là. Je constate qu'à Auschwitz, il y avait l'usine IG Farben, qu'il y avait 80 000 ouvriers qui y travaillaient. A ma connaissance, ceux-là n'ont pas été gazés en tout cas. Ni brûlés."

M. Le Pen a affirmé dans un bref communiqué vendredi avoir "interdit expressément par lettre recommandée il y a déjà 15 jours" à "Bretons" de publier cet entretien.

Ses propos ont immédiatement été condamnés par politiques et associations, qui ont pointé du "négationnisme".

L'Union des étudiants juifs de France a annoncé avoir "décidé d'engager des poursuites judiciaires" et SOS Racisme dit avoir décidé de se constituer partie civile.

La Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme veut en faire autant après consultation de sa commission juridique.

Pour le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), l'ex-candidat à l'Elysée, "en pleine perdition politique", s'avance "encore plus sur la voie du négationnisme" pour "faire parler de lui".

Le MRAP a dénoncé une "volonté de contestation de crimes contre l'humanité d'une part et d'incitation à la haine".

Le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA) a exprimé "son indignation et sa colère".

Le Mouvement des Jeunes socialistes a dénoncé un "révisionnisme clairement assumé".

Pour Julien Dray, porte-parole de ce parti, c'est "à la justice d'agir pour que de telles paroles, qui prennent sciemment le risque de générer haine et division dans notre pays, ne restent pas impunies".

Même tonalité chez le député (app-communiste) Jean-Pierre Brard. Il a aussi demandé à la vice-présidente du FN Marine Le Pen, "qui prétend vouloir donner une nouvelle image au parti", de "condamner sans réserves" ces déclarations et de "présenter les excuses de son parti".

"Je dis ce que j'ai toujours dit: je ne partage pas sur ces événements la même vision que mon père", a fait valoir Mme Le Pen sur BFM TV.

"Je crois que Jean-Marie Le Pen ne voulait pas créer cette polémique, puisqu'il a interdit au journal la publication de cette interview", a-t-elle ajouté. "Le journal est passé outre, du coup il ne voulait pas cette polémique mais elle existe."

(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 25 avril 2008, 21h00)

Précisons que, selon le magazine Bretons, Jean-Marie Le Pen avait interdit de publier son entretien avec ledit magazine, non pas pour éviter la polémique, mais parce qu'il était en désaccord avec "les conditions de parution" de l'entretien... autrement dit, parce qu'il souhaitait faire la "une" du magazine, ce qui n'a finalement pas été le cas. Avec cette déconvenue, et surtout les poursuites judiciaires qui s'annoncent, Le Pen est à nouveau servi en matière d'emmerdements - si vous me passez l'expression -, vu que, cette fois-ci encore, il aura tout fait pour en avoir. Cela dit, tant pis pour lui. Il n'est pas à plaindre.

Soyons francs : toute cette histoire me fait bien rire ! Bien entendu, sur le fond, tout cela sent très mauvais. Mais sur la forme, il y a franchement de quoi s'esclaffer, qu'il s'agisse de la pathétique recyclage du fameux mot "détail" par Le Pen ou de la posture convenue de tous ceux qui se sont fait aussitôt un devoir de condamner, avec ostentation, cette énième provocation, qui ne méritait pourtant pas d'être ainsi médiatisée à ce point. A chaque fois, c'est le même cirque. La bêtise humaine est bien une des choses les mieux partagées au monde... Si Le Pen est à nouveau condamné, il n'aura, bien sûr, que ce qu'il mérite, mais la bonne conscience affichée publiquement par certains, qui ont eu beau jeu d'adopter une posture vertueuse, est franchement risible. Qu'est-ce que l'on ne ferait pas, en politique, pour se donner le beau rôle... Quelle misérable farce...


Alors oui, bien sûr, le négationnisme, l'antisémitisme, le racisme, ça pue, c'est dégoûtant. Mais, par ailleurs, les postures médiatiques convenues, au nom de l'anti-racisme et de l'anti-négationnisme, c'est tout simplement grotesque. On pourrait en pleurer, tant tout cela peut paraître désolant. Pour ma part, je préfère en rire, sur un ton sarcastique. Même si ce n'est pas politiquement correct, cela vaut toujours mieux que d'être hypocrite, ou d'afficher une bonne conscience qui sonne faux...

Amicalement, et sarcastiquement, ;-)

Hyarion.


(Illustrations : Caricature de Jean-Marie Le Pen, par Kiro, publiée dans Manufacture française de candidats, Les dossiers du Canard Enchaîné N°83, avril 2002 ; Jean-Marie Le Pen dans la région Nord-Pas-de-Calais, le 4 mars 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Denis Charlet ; Le président du FN Jean-Marie Le Pen sur un plateau de télévision de TF1, le 16 mars 2008 à Boulogne-Billancourt, photographie de l'Agence France Presse, ©François Guillot/AFP/Archives)
Par Hyarion
- Voir les 8 commentaires - Recommander
Vendredi 2 mai 2008 5 02 05 2008 16:22
Les évènements survenus en mai 1968 en France fêtent ce mois-ci leur quarantième année d'ancienneté. Depuis le début de cette année 2008, au moins depuis le mois de mars, on nous bassine avec cet anniversaire. Il faut croire que c'est là quelque-chose d'essentiel pour certains. Moi, cela m'agace. Une fois de plus, au nom d'une certaine bien-pensance, on assiste au grand cirque de la commémoration surmédiatisée, avec son lot de "grands témoins" de l'Histoire tout joyeux de se sentir exister, même après toutes ces années, par l'intermédiaire de publications opportunistes et autres interventions désespérantes dans le "débat public". Les uns, pleins de nostalgie à la guimauve, ventent les mérites des acteurs des évènements de Mai 68, les autres, pleins de mépris et de malice, dénoncent les turpitudes desdits acteurs ; les uns chantent les louanges d'une "révolution" qui n'a pas eu lieu, les autres hurlent que Mai 68 serait la cause principale du fameux "déclin français" dont on nous rebat les oreilles depuis tant d'années. Personnellement, je n'ai que faire de tous ces faux débats sur je-ne-sais quel bilan positif ou négatif de Mai 68. Mais s'il ne s'agissait que de ce genre de foutaises, cela aurait encore été acceptable, au nom d'un certain laissez-fairisme conçu comme le stade suprême du je-m'en-foutisme, positionnement qui est souvent le mien lorsque je suis confronté des cirques médiatiques de ce genre. ;-) Malheureusement, lorsque j'ai constaté que cette commémoration de Mai 68 était également caractérisée par des distribution de pavés en mousse et des ventes de pavés en chocolat, là, devant tant de bêtise, j'avoue que j'ai vraiment eu envie de m'énerver. Toutefois, je me suis efforcé de garder mon calme, car j'ai bien vite réussi à trouver un responsable acceptable à cette situation stupide. Le responsable que j'ai choisi, vous l'aurez deviné, c'est évidemment Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa. Pourquoi ? D'abord, parce que ça me plaisir. ;-p Et ensuite, parce qu'il a effectivement une part de responsabilité. Comment, en effet, ne pas penser qu'il aurait pu en être autrement, en matière de commémoration de Mai 68, si l'actuel chef de l'Etat n'avait pas tout fait pour favoriser, dès l'année dernière, l'essor des faux débats sans intérêts sur le bilan dudit Mai 68 ?

Souvenez-vous : c'était en 2007, pendant la dernière campagne électorale présidentielle. Nicolas Sarkozy, candidat de l'UMP à la plus haute charge de l'Etat, pensait que pour gagner l'élection, il fallait tirer à gros boulets, lors de ses interventions publiques, sur l'héritage de Mai 68. Et il n'a pas manqué de le faire, usant et abusant de ce thème pour mieux réveiller de vieux préjugés et de vieux clivages, pourtant hors de propos. Dès le mois de janvier 2007, en bon candidat voulant devenir "le Président de la valeur travail", il met "l'idéologie de mai 68" sur la table, par exemple en l'évoquant, d'abord en passant, au fil d'un entretien accordé au journal Le Figaro :

"Question : Vous parliez des valeurs de la droite. Quelles sont-elles ? 

Nicolas Sarkozy : Au premier rang, je mettrai la valeur travail dont l'oubli résume à mes yeux toute la crise morale française. Le travail a été délaissé par la droite et trahi par la gauche. Les socialistes ne parlent plus des travailleurs, c'est un signe. Je veux être le candidat du travail. C'est ma cohérence et le ciment de mon projet. La deuxième valeur, c'est le respect. L'erreur de mai 68, c'est d'avoir pensé faire le bonheur de l'élève en le considérant comme l'égal du maître. Or, si l'élève a vocation à dépasser le maître, il doit respecter son autorité. Enfin, il y a la valeur de responsabilité. Je considère qu'il n'existe pas de droit sans devoir en contrepartie. Je demande que nul ne puisse refuser plus de deux offres d'emploi qui correspondent à sa qualification. Je demande aussi qu'il n'y ait pas de minimum social sans une obligation d'activité en contrepartie."

(Extrait d'un entretien avec Nicolas Sarkozy, publié dans le journal Le Figaro, 31 janvier 2007)

Le candidat Sarkozy aura, par la suite, l'occasion de passer à la vitesse supérieure, en faisant de l'héritage de Mai 68 une sorte d'anti-modèle de société, régulièrement dénoncé. Le 29 avril 2007, lors de son dernier grand meeting de campagne, entre les deux tours de l'élection présidentielle, lors duquel il réunira plus de 20 000 personnes dans le Palais omnisports de Paris-Bercy et autour, Sarkozy fustigera encore cet héritage, parlant même de la nécessité de "liquider mai 68". Le 3 mai 2007, trois jours avant son élection à la présidence de la République, lors d'un déplacement à Montpellier, il déclarera également vouloir "dire adieu" à Mai 68. Bref, du grand n'importe-quoi... mais il est vrai qu'avec Sarkozy, depuis le temps, on est habitué.
De tout ce battage médiatique autour de ce fameux Mai 68, apparemment aussi essentiel à ses dénonciateurs qu'à ses apologistes, je me serais déjà bien passé à l'époque. Aujourd'hui, je m'en passerai bien également. Et pourtant, cela continue. On a pu le constater, par exemple, lorsque, le mois dernier, Sarkozy de Nagy-Bocsa a accueilli à l'Elysée l'ancien "leader révolutionnaire" des étudiants parisiens en mai 1968, l'inénarrable Daniel Cohn-Bendit...


Cohn-Bendit reçu pour la première fois à l'Elysée


Quarante ans après les événements de 68, Dany le Rouge, devenu Vert, a foulé pour la première fois mercredi [16 avril] le sol de l'Elysée pour rencontrer Nicolas Sarkozy et parler de l'Europe.
Co-président du groupe Verts au Parlement européen, Daniel Cohn-Bendit a été reçu dans le cadre des rendez-vous du chef de l'Etat avec les chefs de file des différents partis du Parlement européen en vue de la présidence française de l'Union européenne qui débutera le 1er juillet.
A l'issue de cet entretien de plus d'une demi-heure, qu'il a qualifié de "décontracté", chemise bleue foncée et tee-shirt blanc, sans cravate, Daniel Cohn-Bendit a rencontré la presse dans la cour de l'Elysée.
Cohn-Bendit avait apporté au président son livre sur les événements de mai, "Forget 68", avec cette dédicace légèrement provocante: "Pour Nicolas. L'imagination au pouvoir, c'est pour quand ? Salut. Dany". Le président Sarkozy "a ri et a dit « je vais le lire ». On a pris rendez-vous après, pour en parler", a-t-il assuré.
Cohn-Bendit lui "a vendu une idée: toute présidence ne fonctionne que s'il y a une idée de fond qui résonne en France et en Europe". Pour l'écologiste, la présidence française devrait dire "l'Europe doit maintenant s'attaquer à réguler socialement et écologiquement la mondialisation".
Le président a également parlé de l'Europe de la Défense. Les écologistes - Cohn-Bendit était accompagné de l'autre vice-présidente du groupe Verts, Monica Frassoni - ont répondu "Europe de la défense et de la prévention des conflits". "Il a dit d'accord. On va voir ce qu'il met dedans. Il a compris qu'on ne pouvait parler simplement de militaires si on ne parle pas d'une structure de prévention des conflits qui est dans le Traité de Lisbonne".
Vous a-t-il répété qu'il voulait "liquider mai 68", a demandé une journaliste, allusion à une phrase du candidat Sarkozy lors de son dernier meeting [de campagne électorale] en avril 2007.
"Non", a répondu Daniel Cohn-Bendit. "Mais il va lire mon bouquin. Il va m'appeler et dire « je me suis trompé. Pardon... Je vais pas liquider 68. Au contraire. C'est très bien. Ça me permet d'être président »", a-t-il plaisanté.
Relancé par la presse, le député européen a ajouté: "écoutez, on va pas parler sur le perron de l'Elysée de mai 68", avant de reprendre: "68, c'était formidable... Ça a commencé par une transformation formidable de la société française. La preuve, c'est qu'un homme deux fois divorcé est président de la République!" s'est-il exclamé, réjouissant la galerie des journalistes.
"Allez chercher il y a 40 ans, Mme de Gaulle, Tante Yvonne, elle se retourne dans sa tombe!" a-t-il conclu, avant de filer pour Canal+.
Daniel Cohn-Bendit a quitté "ni anxieux, ni rassuré" l'Elysée et son occupant qu'il avait récemment qualifié de "jouisseur sans entrave". Ils sont convenus de se retrouver à la finale du championnat d'Europe de foot à Vienne, fin juin.

(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 16 avril 2008, 19h38)

Je n'ai pas grand-chose à dire sur Mai 68. On peut interpréter les évènements de cette époque comme étant le signe que la société française des années 1960 acceptait de plus en plus difficilement un style d'autorité nostalgique d'une grandeur passée, parce que celle-ci parraissait fort éloignée des préoccupations d'une société souhaitant plus de liberté individuelle, de consommation et de loisirs. Ni plus, ni moins. La seule conséquence concrète, et immédiate, de la crise de mai 1968 fut la signature des accords de Grenelle, qui ont essentiellement abouti à une augmentation de 25 % du salaire horaire minimum et de 10 % en moyenne des salaires réels, ainsi qu'à une réduction du temps de travail (40 heures par semaine) et à la création de la section syndicale d'entreprise, actée dans la loi du 27 décembre 1968. Pour le reste, et surtout pour tout ce qui concerne l'évolution des moeurs, on pourra dire tout ce que l'on voudra, mais personnellement, il me semble qu'avec le recul, Mai 68 a sans doute davantage été une conséquence de l'évolution de la société plutôt qu'une cause de ladite évolution. Cela dit, ce n'est que mon avis. Je ne suis pas un spécialiste de la question, et du reste, je ne pense pas que l'on y verra bien clair dans tout cela avant plusieurs décennies, comme pour tout évènement appartenant à ce que l'on appelle l'histoire immédiate, la plus proche de notre présent. Gageons qu'en 2068, la vision des évènements de mai 1968 sera sans doute sensiblement différente de ce qu'elle est en 2008...

On l'aura compris, participer au cirque médiatique autour de Mai 68 ne m'intéresse pas. Brandir des portraits de Karl Marx, de Mao Zedong, ou d'Ernesto "Che" Guevara, et reprendre joyeusement des slogans tels que ceux relevés sur les murs à l'époque ("Il est interdit d'interdire", "CRS = SS", et autres conneries du même genre), le tout en ayant la main sur le coeur, très peu pour moi. Et ne comptez pas non plus sur moi pour diaboliser stupidement Mai 68 comme l'ont fait Sarkozy et les sarkozystes et comme ils continuent de le faire : c'est également hors de question. Entre deux attitudes stupides, je refuse de choisir. Ces attitudes sont, du reste, d'autant plus stupides que tous ces adorateurs et détracteurs de Mai 68 se prennent assurément beaucoup trop au sérieux, quoiqu'en disent certains d'entre-eux. Toutefois, au cas où certains d'entre vous auraient envie de commémorer cet épisode historique de l'histoire de France, je vous propose, chers lecteurs, une chronologie succinte des faits de l'époque, afin que vous puissiez apprécier pleinement, jour après jour, ce quarantième anniversaire à chaque date précise des évènements, durant les mois de mai et juin de cette année...

***

Chronologie de la crise de Mai 68 en France :

(Prologue, le 22 mars 1968 : les étudiants de Nanterre occupent les locaux administratifs de la Faculté ; création du "Mouvement du 22 mars" derrière Daniel Cohn-Bendit. Le président de la République, Charles de Gaulle, considère alors ces premières manifestations comme un simple chahut.)

3 mai 1968 : Première importante manifestation étudiante parisienne au Quartier latin ; heurts avec la police. Fermeture de la Sorbonne.

6-9 mai 1968 : Les grèves prennent de l'ampleur.

10-11 mai 1968 : Nuit des barricades au Quartier latin ; violences policières. Le Premier ministre Georges Pompidou, revenu d'un voyage officiel en Afghanistan, décide d'apaiser le climat en annonçant la réouverture de la Sorbonne.


13 mai 1968 : Grève générale des étudiants et travailleurs ; série de manifestations à Paris et en province, occupation de la Sorbonne.

14-15 mai 1968 : Premières occupations d'usines (Sud-Aviation, Renault-Cléon).



19 mai 1968 : Le président de la République, Charles de Gaulle, déclare : "La réforme, oui, la chienlit, non."

20 mai 1968 : La grève se généralise dans les universités, les lycées et les entreprises. Le pays est paralysé.

22 mai 1968 : Daniel Cohn-Bendit quitte la France pour faire une "tournée révolutionnaire". Le ministre de l'Intérieur annonce qu'il est désormais interdit de séjour en France.



24 mai 1968 : Manifestations après l'expulsion de Daniel Cohn-Bendit (deux morts : un commissaire de police à Lyon et un manifestant à Paris). Allocution radio-télévisée de Charles De Gaulle à Paris, la première depuis le début des événements de mai, lors de laquelle le chef de l'État annonce que l'ordre sera maintenu et qu'il sera procédé à un référendum sur la participation dans l'Université et les entreprises "industrielles et agricoles dans le cadre de nos régions". Son discours est sans effet.


25 mai 1968 : Ouverture des négociations sociales de Grenelle entre le gouvernement de Georges Pompidou, le patronat et les syndicats (Jacques Chirac, alors jeune secrétaire d'État aux Affaires Sociales, fait partie des négociateurs). Grève à l'ORTF (Office de Radiodiffusion-Télévision Française).


27 mai 1968 : Signature des accords de Grenelle. Les ouvriers décident néanmoins de poursuivre la grève. Meeting au stade Charléty, à Paris.

28 mai 1968 : Candidature de François Mitterrand, qui a été le principal concurrent de De Gaulle lors de l'élection présidentielle de 1965.

30 mai 1968 : Après sa disparition provisoire le 29 mai, retour de Charles de Gaulle à Paris, et discours présidentiel annonçant le maintien au pouvoir du chef de l'État ("Je ne me retirerai pas"), la dissolution de l'Assemblée nationale et des élections législatives. Grande manifestation gaulliste sur les Champs-Élysées (Charles Pasqua est un des organisateurs de cette manifestation de soutien à De Gaulle).

5-7 juin 1968 : Reprise du travail dans les transports.

10-11 juin 1968 : Persistance de la grève dans la métallurgie ; violences devant les usines de Renault-Flins et de Peugeot-Sochaux (trois morts : un lycéen et deux ouvriers).

16 juin 1968 : Évacuation de la Sorbonne par la police.

23 et 30 juin 1968 : Élections législatives ; victoire de la majorité présidentielle (raz-de-marée gaulliste).

26 juin 1968 : Reprise du travail.

(Épilogue politique, le 10 juillet 1968 : à la suite des élections législatives, Charles de Gaulle accepte la démission du gouvernement de Georges Pompidou, et nomme Maurice Couve de Murville Premier ministre.)

***

Voila, j'espère que cela pourra vous aider à organiser votre commémoration personnelle... ;-)

Pour finir, je souhaiterai que l'on cesse d'en faire de tonnes avec la signification de Mai 68. Les révolutions de 1789, 1830, 1848 étaient de vraies révolutions. La Commune de Paris de 1871 fut une tentative sérieuse de révolution. Mai 68 ne saurait arriver à la cheville de ces évènements. Je souhaiterai donc que l'on arrête de vénérer ou de diaboliser cet épisode de l'histoire, et surtout que l'on arrête de lui donner autant d'importance, en bien ou en mal. Je ne sais pas si mon souhait sera réalisé avant longtemps, mais en attendant, je vous propose, en guise de conclusion, un extrait d'un entretien que Tony Judt a accordé l'automne dernier au Nouvel Observateur. Tony Judt, historien britannique né à Londres en 1948, spécialiste de l'Europe et de la vie intellectuelle française, directeur de l'Institut Erich-Maria-Remarque à l'Université de New York, est l'auteur de Après-guerre. Une histoire de l'Europe depuis 1945, publié, en France, chez Armand Colin. On remarquera que l'entretien date d'une époque légèrement antérieure à celle, tout récente, où le magazine Le Nouvel Observateur a décidé de s'intéresser à des sujets aussi essentiels que
les fesses de Castor ou que l'histoire bouleversante d'un certain SMS sarkozyste... ;op

"Nouvel Observateur. – Vous écrivez que «les événements de Mai en France eurent un impact sans commune mesure avec leur véritable signification». Pourquoi?

Tony Judt. – Parce qu'il s'agit d’une coïncidence. Les grèves et le début du ralentissement économique des années 1967-1969 ont donné aux mouvements estudiantins plus de visibilité qu'ils n'en auraient eue quelques années plus tôt. En outre, le poids symbolique de Paris en 1968 était encore grand. Les gens un peu partout faisaient référence à la Commune de Paris, au Front populaire, ou même à la Révolution, si bien que l'agitation de la rue à Paris a eu un retentissement international quasi mystique qu'il n'a plus à l'heure actuelle. Qui aujourd'hui chez les moins de 40 ans se souvient du mur des Fédérés et sait où il est ? Naturellement, la coïncidence de mouvements d'étudiants dans d'autres pays a fait briller un Paris – comme en 1848 – considéré comme la capitale du grand changement international. Les jeunes ont voyagé à Paris en mai 1968 pour être au cœur de l'action, comme ils allaient à Barcelone en 1937.

N. O. – Récemment, Nicolas Sarkozy expliquait qu'il fallait en finir avec Mai-68. Comment expliquez-vous que Mai-68 soit toujours une question de débat dans la politique française?

T. Judt. – Sarkozy est un démagogue. En effet, pour justifier son parcours personnel, il se sert de la génération des années 1960 – ma génération – sans laquelle il n'aurait pas un objet commode – un bouc émissaire – à condamner. Que veut-il dire fondamentalement ? Veut-il dire: il faut en finir avec des soulèvements populaires ? Bonne chance. Veut-il dire: il faut en finir avec la gauche activiste ? Mais cette gauche-là s'est anéantie elle-même. Veut-il dire: il faut en finir avec des illusions sociales-démocrates, des lendemains qui chantent, etc. ? Mais là c'est l'affaire de l’histoire, pas celle de Sarkozy."

(Extrait d'un entretien avec Tony Judt [propos recueillis par Laurent Lemire], publié dans Le Nouvel Observateur du 25 octobre 2007)

Judt remet les évènements de Mai 68 en France à leur juste place et tord le coup, au passage, à Sarkozy de Nagy-Bocsa, et à sa minable obsession de Mai 68. Très bien ! Après cela, je n'ai plus rien à ajouter. :-)

Cordialement, :-)

Hyarion.

(Illustrations : Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa en CRS de Mai 68, caricature par Kiro [d'après une affiche contestataire de mai 1968], publiée dans Le Canard Enchaîné N°4514, 2 mai 2007 ; Daniel Cohn-Bendit le 16 avril 2008 à l'Elysée, photographie de l'Agence France Presse, ©Eric Feferberg/AFP ; Vue générale du grand défilé des étudiants et des salariés entre la République et la place Denfert Rochereau, à Paris, le 13 mai 1968, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/archives ; La cour intérieure de la Sorbonne occupée le 15 mai 1968 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP ; Le Premier ministre Georges Pompidou [au centre] et le secrétaire d'Etat Jacques Chirac [à droite] lors des accords de Grenelle en mai 1968, photographie, ©La Documentation française ; Georges Pompidou (au centre), Premier ministre d'alors, lisant, assis devant les journalistes, le 27 mai 1968 à Paris, le protocole des accords de Grenelle [Jacques Chirac, secrétaire d'Etat aux Affaires Sociales d'alors, est présent, à droite], photographie de l'Agence France Presse, ©AFP)
Par Hyarion
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Recommander
Mardi 6 mai 2008 2 06 05 2008 20:23
Pour moi, ce n'est pas véritablement un anniversaire, mais le fait est là. C'était il y a un an. Le 6 mai 2007, une majorité de citoyens électeurs français choisissait d'élire Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa à la plus haute charge de l'Etat, avec 53 % des voix face à Ségolène Royal. Aujourd'hui, certains, notamment au journal Marianne, se demandent s'il était seulement possible d'imaginer qu'un an après, la situation de la France soit plus mauvaise qu'elle ne l'était à l'issue de la dernière élection présidentielle. Singulière naïveté ! Non seulement il était tout-à-fait possible d'envisager cette situation il y a un an - je crois l'avoir fait moi-même à l'époque, sur le présent blog -, mais de plus, on voit mal comment, avec le recul, il aurait pu en être autrement. Il y a des fois où l'on aimerait bien se tromper, mais, décidément, les faits sont là : le pays, aujourd'hui plus divisé que jamais, est dirigé par un homme qui n'a pas la stature d'un homme d'Etat, et dont les seuls "faits d'armes" que l'on serait tentés de retenir pour l'instant, après une première année de mandat, sont l'adoption d'un "paquet fiscal" ne bénéficiant qu'à une minorité de la population, et, surtout, un grand cirque médiatique autour de la vie privée de l'actuel chef de l'Etat, qu'il s'agisse de son divorce entre lui et Cécilia Ciganer-Albéniz, en octobre 2007, ou de son prompt remariage avec Carla Bruni, en février dernier... Bilan plutôt mince, pour l'instant, donc.


Il y a un an se terminait donc un campagne électorale présidentielle dont la conclusion a été l'accession de Sarkozy au pouvoir suprême. On peut dire que ledit Sarkozy n'avait pas alors ménagé sa peine pour parvenir à ce but ultime. On en sait aujourd'hui quelque-chose grâce à l'examen des comptes de campagne électorale effectué, pour la première fois cette année, non pas par le Conseil constitutionnel, mais par une commission de contrôle des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), qui s'est livré au difficile exercice d'examiner toutes les factures et tous les reçus présentés par les douze candidats à l'élection présidentielle. Un document de synthèse sera disponible, parait-il, le mois prochain, mais la CNCCFP a déjà livré la plupart des résultats en janvier dernier, comme l'atteste ces deux dépêches de l'Agence France Presse, publiées à ce moment-là :

Présidentielle : les comptes des douze candidats validés


Les comptes des douze candidats à l'élection présidentielle de 2007 ont été validés, a annoncé mercredi la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP).

"Aucun compte d'un candidat à la présidentielle n'a été rejeté", a déclaré le président de la commission François Logerot lors de ses voeux à la presse, rappelant que "pour la première fois en 2007, la commission a contrôlé les comptes de campagne" des prétendants à l'Elysée.

En 2002, le Conseil constitutionnel, alors en charge de cette tâche, avait rejeté les comptes de Bruno Mégret (MNR), considérant qu'il avait bénéficié du "concours du personnel communal" de Vitrolles, la ville dont sa femme était la maire.

Les dépenses globales des candidats ont atteint en 2007 "environ 76 millions d'euros", "un peu moins qu'en 2002" où 16 candidats concouraient. "Le remboursement décidé par la commission s'élève à environ 45 millions d'euros", contre "53 millions en 2002", a indiqué M. Logerot.

Le candidat le moins dépensier a été Gérard Schivardi (près de 713.000 euros), suivi de Frédéric Nihous (quelque 840.000 euros). Nicolas Sarkozy a dépensé au final davantage que Ségolène Royal (20,962 millions d'euros contre 20,615 millions).

Le plafond des dépenses électorales pour la présidentielle était de l'ordre de 16 millions d'euros pour chaque candidat au premier tour, et d'environ 20 millions pour les deux accédant au second tour.

En 2007, quatre candidats seulement (Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, François Bayrou et Jean-Marie Le Pen) ont dépassé les 5% de suffrages qui leur donnent droit au remboursement maximal, contre sept candidats en 2002.

Le seul compte "approuvé purement et simplement" par la commission est celui d'Olivier Besancenot, les autres comptes de campagne ayant dû subir des "réformations", c'est-à-dire des corrections.

Les "réformations", dont le montant global atteint "environ 900.000 euros", étaient dues en particulier aux dépenses jugées "non électorales", la commission ne prenant en compte que celles effectuées "en vue de l'obtention du suffrage des électeurs".

Interrogé par la presse, M. Logerot a reconnu à ce sujet un "problème épineux": distinguer les dépenses d'un candidat et celles qui sont liées à son mandat. Les deux finalistes du second tour sont notamment concernés, Nicolas Sarkozy étant resté ministre pendant une partie de la campagne, et Ségolène Royal occupant le poste de présidente de la région Poitou-Charentes.

La commission doit rendre son rapport d'activité sur la présidentielle "entre mars et mai 2008", mais les décisions concernant chaque candidat ont été publiées au Journal officiel le 10 janvier.

Concernant les législatives de juin 2007, la commission examine actuellement les comptes des 7.640 candidats qui se sont présentés, et doit boucler son travail le 15 février.
 
(Dépêche de l'Agence France Presse, 17 janvier 2008, 19h33)

Présidentielle : les dépenses des candidats passées au peigne fin


Pour valider les comptes des douze candidats à l'élection présidentielle de 2007, la Commission nationale des financements politiques a passé au peigne fin leurs dépenses, parfois sans lien évident avec le scrutin comme les frais faramineux de coiffure ou de maquillage de Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy.

La commission a ainsi jugé "manifestement excessifs" les 34.445 euros de frais de maquillage figurant au compte de campagne de M. Sarkozy, considérant qu'il s'agit de "dépenses habituellement de nature personnelle", selon un document publié au Journal officiel le 10 janvier.

Résultat, il n'a accepté de les prendre en compte dans le remboursement accordé au candidat que pour le tiers de leur valeur, soit 11.482 euros.

Même constat et même punition pour les 51.659 euros de maquillage et de coiffure figurant dans le compte de campagne de Mme Royal, eux aussi jugés excessifs", et ramenés à 17.220 euros dans les dépenses donnant lieu à remboursement.

Si ces sommes représentent des gouttes d'eau dans les dépenses totales engagées par les deux finalistes - respectivement 20,962 millions d'euros contre 20,615 millions - la Commission s'est ainsi attachée à débusquer et parfois retoquer toutes celles qui lui paraissaient non conformes ou exagérées.

Ainsi des 53.581 euros dépensés par Mme Royal pour équiper son QG du boulevard Saint-Germain d'appareils de détection pour parer d'éventuelles écoutes, dépense jugée "non spécifiquement destinée à obtenir des suffrages".

Ou encore les 50.073 euros de repas servis au siège de campagne de M. Sarkozy ou pris à proximité dont "le caractère électoral n'a pas pu être démontré".

Les deux finalistes de la présidentielle n'ont pas été les seuls à voir certaines de leurs dépenses non prises an compte par la Commission.

Elle a ainsi rejeté du compte de Jean-Marie Le Pen 157.110 euros dépensés pour une réception en l'honneur de militants ayant participé à sa campagne. Idem pour les 48.642 euros versés aux six personnes ayant cherché pour lui des parrainages, mais pour lesquels le leader du FN n'avait pu fournir de contrat de travail ni convention de prestation.

Dominique Voynet quant à elle ne percevra pas de remboursement pour les 787 euros d'amendes SNCF qu'elle à fait figurer à ses comptes de campagne.

Pas plus que José Bové ne se verra restituer les 2.912 euros "correspondant au prix des abonnements des téléphones portables personnels des membres de son équipe de campagne" qui, selon la commission, les auraient de toute façon payé en l'absence de toute campagne électorale.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 18 janvier 2008, 14h44)

50.073 euros de frais de repas au siège de campagne, et 34.445 euros de frais de maquillage pour le candidat Sarkozy : il faut croire que la conquête de l'Elysée valait bien de telles dépenses... qui ne seront finalement pas remboursées. On aura également remarqué les autres sommes d'argent déclarées par les autres candidats sur leurs comptes de campagne, et qui, elles non plus, ne seront pas remboursées : il fallait bien tenter le coup auprès de la commission de contrôle ! ;-) C'est si cher, une campagne électorale... Mais il faut bien se donner les moyens de séduire les Français. En tout cas, en ce qui concerne Sarkozy de Nagy-Bocsa, de toute évidence, le jeu en valait la chandelle...

Souvenez-vous, chers lecteurs... Il y a un an, la majorité de l'électorat français se félicitait d'avoir voté pour un homme tel que Nicolas Sarkozy. "Avec lui, au moins, ça bouge", disait-on. Pendant la campagne électorale, le peuple était très content d'entendre de la bouche du candidat de l'UMP des promesses certes fort démagogiques, mais néanmoins si agréable à écouter... Et puis, il faut dire que les braves électeurs français, dans leur majorité, en avait marre de cette mauvaise "France qui ne travaille pas", de tous ses "parasites" qui empêchent la bonne "France qui travaille" d'accéder au bonheur consumériste auquel tout citoyen de ce pays a droit. Le dimanche 6 mai 2007, ces électeurs sont donc allé voter pour Sarkozy, avec dans le coeur, sans doute, une farouche volonté de faire triompher le véritable esprit français...


C'était il y a un an. Dans notre société, soumise à la tyrannie de l'urgence et des apparences, ce qu'il s'est passé il y a douze mois, c'est déjà loin. Aujourd'hui, les électeurs de Sarkozy ont quelque peu oublié leur satisfaction d'alors. Aujourd'hui, ils ne se souviennent plus de la grande fête sarkozyste de la place de la Concorde, à Paris, le soir du second tour de l'élection. Aujourd'hui, seules comptent le déplorable style affiché par l'actuel chef de l'Etat durant sa première années de mandat, et surtout, surtout, les belles promesses du candidat Sarkozy, promesses forcément non tenues par ledit candidat Sarkozy un fois celui-ci au pouvoir. L'intéressé avait pourtant prévenu, dès le mois de février 2007...

"C'est toujours comme ça, une campagne : on promet pour être élu, et après on déçoit. Mais, en dopant la croissance, on peut arriver à tout financer."

(Sarkozy, en déplacement dans l'île de la Réunion, le 16 février 2007, cité dans le Canard Enchaîné N°4504, 21 février 2007)

Las, aujourd'hui, la croissance est loin d'être dopée. Elle est même si molle que la seule chose à laquelle en sont réduits Sarkozy, Fillon et le gouvernement, c'est de resserrer les cordons de la bourse, avec un plan de rigueur qui ne dit pas son nom. La seule petite marge financière disponible l'année dernière a été perdue avec l'adoption d'un "paquet fiscal" dont le coût, dans le meilleur des cas, sera à peine compensé par des économies de bouts de chandelle qui, elles, ne sauraient remplacer les nécessaires réformes de structure dont le pays a besoin. Il est certes encore un peu tôt pour dresser un bilan définitif du fameux "paquet fiscal", mais il apparait d'ors et déjà que Sarkozy a, semble-t-il, été bien mal inspiré de ne pas tenir suffisemment compte des estimations qui étaient faites l'année dernière concernant la médiocrité de la croissance, qui s'est révélée finalement être maintenant à peu près aussi molle que prévue à l'époque... On peut se demander, par ailleurs, à l'époque où nous vivons, si cela vaut encore la peine de placer systématiquement tous les espoirs des pays occidentaux dans une fort hypothétique grande reprise d'une sacro-sainte croissance économique. N'étant toutefois pas économiste, je me garderai d'aller plus avant sur ce sujet. Toujours est-il qu'aujourd'hui, celui qui voulait être le "président du pouvoir d'achat" doit faire face à la déception de ses électeurs, au mécontentement de l'opinion publique en général, et, par conséquent, à une forte baisse de sa popularité depuis le début de cette année, baisse confirmée récemment par un énième sondage...

Plus de 70% des Français mécontents de l'action de Sarkozy un an après son élection


72% des Français se disent mécontents du bilan de Nicolas Sarkozy, contre 28% qui s'affirment satisfaits, un an après son élection à la présidence de la République le 6 mai 2007, selon un sondage Ifop-Fiducial pour Paris-Match à paraître jeudi [24 avril].

Le chef de l'Etat fait beaucoup moins bien que son prédécesseur à l'Elysée Jacques Chirac qui, en avril 2003, un an après sa réélection, recueillait 58% de jugements positifs sur son action.

Les Français ne sont en outre que 35% à considérer que Nicolas Sarkozy a tenu, durant l'année écoulée, les engagements qu'il avait pris durant sa campagne présidentielle, 65% étant d'un avis inverse.

La façon de présider du chef de l'Etat n'est jugée meilleure que celle de ses prédécesseurs que par 17% de Français (et seulement 42% des sympathisants UMP), 35% la trouvant "moins bonne" et 48% "ni meilleure ni moins bonne".

Quant à son projet pour la France, s'il est jugé "ambitieux" par 62%, 50% l'estiment "peu crédible", tandis que 40% pensent qu'il "va dans la bonne direction" et qu'il est "clair".

Ce jugement sévère se double d'un fort pessimisme pour l'avenir, notamment sur le plan économique. 6% seulement pensent que la situation économique s'est plutôt améliorée durant la première année de mandat de Nicolas Sarkozy, contre 48% qui considèrent qu'elle s'est détériorée et 46% qu'elle n'a pas changé.

En outre, la mise en place d'un plan de rigueur est jugée inéluctable par 80% des personnes interrogées, contre 19% d'un avis opposé.

Un an après son élection, 58% des Français disent ne pas faire confiance au président pour "mettre en place les réformes nécessaires" contre 42% qui lui font toujours confiance.

En matière de lutte contre l'inflation ou de pouvoir d'achat, la politique de M. Sarkozy n'est jugée positivement que par respectivement 10 et 15% de Français. Pour 53%, les mesures mises en place depuis un an ont "plutôt détérioré" leur pouvoir d'achat. 3% pensent qu'elles l'ont "plutôt amélioré" et 44% qu'elles n'ont rien changé.

Interrogés sur 11 mesures prises depuis un an, les sondés ont pourtant un avis positif sur 10 d'entre elles comme la baisse des cautions locatives, le service minimum dans les transports publics, la défiscalisation des heures supplémentaires, le traité simplifié sur l'Europe ou même le bouclier fiscal. Seule la réforme de la carte judiciaire suscite un jugement négatif majoritaire.

De même, la politique internationale de la France est jugée plutôt positivement, à l'exception de l'engagement supplémentaire de la France en Afghanistan, clairement rejeté à 81%.

Enfin si 80% estiment qu'il a "trop parlé" de sa vie privée au cours des premiers mois de son quinquennat, 64% considèrent que ce n'est plus le cas aujourd'hui.

Sondage réalisé par téléphone les 17 et 18 avril auprès d'un échantillon national de 956 personnes représentatif de la population âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas). Notice détaillée à la Commission des sondages.

(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 22 avril 2008, 17h27)

Aujourd'hui, Sarkozy a changé de style. Il veut donner davantage l'image d'un véritable président de la République. Y réussira-t-il ? Peut-être, après tout. Mais ce n'est pas certain. Aucun chef de l'Etat de la Ve République, avant lui, n'a autant dévalorisée la fonction présidentielle par son attitude. Il faut dire qu'apparemment, il y a eu, semble-t-il, un malentendu entre l'idée que ce faisait Sarkozy de la fonction qui est actuellement la sienne, et celle que s'en fait l'opinion publique en général.
Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, en affichant ostensiblement aussi bien sa vie privée que ses goûts de nouveau riche, a prétendu, dès le début, avoir "droit au bonheur", lui-aussi. Ce faisant, il a sans doute oublié l'idée que l'on se fait habituellement de l'exercice du pouvoir présidentiel, qui est loin d'être une partie de plaisir, et qui a conservé, encore aujourd'hui, un certain aspect tragique remontant à une époque reculée. Charles de Gaulle avait, en son temps, parfaitement conscience de cet aspect tragique, voire sacrificiel, de l'exercice du pouvoir, et ce d'autant plus aisément que cet aspect correspondait fort bien avec son propre caractère. Ces successeurs, à des degrés divers, ont su, plus ou moins, endosser le lourd costume de chef d'Etat que De Gaulle avait porté avant eux. Valéry Giscard d'Estaing, au début de son unique mandat, avait eu, il est vrai, la volonté d'être un président de la République d'un nouveau genre, mais assez rapidement, il était revenu à un style plus traditionnel. Après les deux mandats de François Mitterrand, son successeur, Jacques Chirac, avait affirmé, en 1995, vouloir renoncer à la pratique plus ou moins "monarchique" du pouvoir telle qu'elle existait jusque-là, mais, par la suite, cette affirmation avait été plus ou moins démenti par les faits, en dépit d'une réelle aisance de Chirac pour serrer des mains lors de ces bains de foule qu'il appréciait tant, comme De Gaulle avant lui, du reste, bien que le style soit différent dans les deux cas. Toujours est-il que durant toutes ces années, la fonction présidentielle a conservée une certaine aura, suscitant, au minimum, un certain respect. Même s'il est toujours difficile de distinguer l'ambition personnelle du chef d'Etat de sa volonté de servir une cause plus grande que lui, l'exercice du pouvoir présidentiel, de l'avis général, suppose, en tout cas, un certain sens du sacrifice, et donc de mettre entre parenthèses son "bonheur" personnel. C'est sans doute là, pour partie, qu'il faut chercher la fameuse "rupture" que Sarkozy de Nagy-Bocsa a voulu incarner en devenant président de la République. Mais en voulant se distinguer à tout prix, bien plus que Giscard d'Estaing en son temps, Sarkozy est allé trop loin. Passionné, émotif, nerveux, impatient, impulsif même, il n'a visiblement pas su se montrer digne de la fonction. Pendant la campagne électorale, on s'en souvient, il avait su habilement gommer ces micro-expressions de mépris, d'aggressivité défensive, de tristesse, d'anxiété, de menace, qui apparaissaient si souvent sur son visage jusque-là, faisant ainsi illusion. S'efforçant de paraître calme et posé, il disait alors avoir "changé". On a bien vu, par la suite, une fois qu'il fut élu, qu'il n'en était rien. Chassez le naturel, il revient au galop. Aujourd'hui, Sarkozy prétend avoir vraiment changé. Il aurait, en l'entendre, retenu la leçon, après ses premiers mois d'exercice du pouvoir. Il a encore quatre ans pour prouver qu'il est capable d'exercer correctement sa fonction. Mais il aura fort à faire, s'il veut effacer les tâches accumulées sur le costume du chef de l'Etat depuis un an...

Plus humble mais toujours déterminé, Sarkozy veut ouvrir une nouvelle page


Face à une opinion hostile, le président Nicolas Sarkozy a voulu tourner la page de sa première année de mandat en adoptant à la télévision [jeudi 24 avril] un ton plus humble, qui confirme un changement de style, mais sans rien céder sur le fond et la nécessité de réformer la France.

La prestation du chef de l'Etat jeudi soir a été suivie par près de 11,7 millions de Français, une audience nettement moins importante que lors de sa précédente intervention télévisée à la même heure de grande écoute, en novembre dernier.

Sans surprise, cette intervention a été saluée par le camp présidentiel, qui a souligné la "détermination" et la "pédagogie" du chef de l'Etat, tandis que l'opposition de gauche fustigeait son "impuissance", voire sa "malhonnêteté".

Pendant plus d'une heure et demie, interrogé par cinq journalistes au palais de l'Elysée, Nicolas Sarkozy s'est livré à une explication de sa politique, reconnaissant des "erreurs" à plusieurs reprises, tout en promettant d'accélérer les réformes.

Attendu sur le thème du pouvoir d'achat, préoccupation première des Français, le chef de l'Etat a reconnu que la vie de ses concitoyens s'était pas "assez améliorée", mais a surtout mis en cause un environnement économique mondial dégradé.

S'il n'a fait aucune annonce retentissante dans le domaine social, Nicolas Sarkozy a toutefois assuré de la mise en place l'année prochaine du revenu de solidarité active (RSA), allocation destinée à encourager le retour à l'emploi, et prévu des mesures pour faire baisser les prix dans les grandes surfaces et sur l'intéressement des entreprises.

L'ex-candidate socialiste à la présidentielle Ségolène Royal a estimé que Nicolas Sarkozy avait fait preuve de "malhonnêteté" en imputant les difficultés de la France "à des chocs extérieurs", et qu'il n'avait "pas répondu sur les préoccupations des Français".

Tandis que le maire socialiste de Paris Bertrand Delanoë, considéré comme le principal rival de Mme Royal au sein de son parti, a vu dans l'intervention du chef de l'Etat une tentative "d'expliquer sa propre impuissance".

Nicolas Sarkozy a martelé la nécessité de réformes tous azimuts et repris l'une de ses vieilles antiennes en regrettant qu'"on ne travaille pas assez" en France.

Pas de changement de cap, soulignait vendredi la presse, en constatant de façon unanime une évolution dans le style Sarkozy, plus "calme" et plus "humble", mais également plus "président".

"C'est une émission où il s'est posé en président. Les Français savent que le chapitre bling bling est tourné", estime l'éditorialiste politique Christophe Barbier.

Le président français, qui s'impose plus de discrétion après avoir été critiqué pour son style de vie jugé trop tapageur, a refusé d'évoquer sa vie privée avec Carla Bruni, assurant que "tout était rentré dans l'ordre".

Pour le quotidien conservateur Le Figaro, Nicolas Sarkozy a adopté "une posture enfin véritablement présidentielle".

Il a aussi réaffirmé son autorité sur ses troupes, en promettant que les "couacs" au sein du gouvernement ne seraient plus tolérés.

Mais, pour la plupart des observateurs, cette émission ne devrait pas suffire à faire remonter rapidement la popularité du chef de l'Etat, confronté au mécontentement de 72% des Français selon les derniers sondages.

"Les sondages remonteront quand il y aura des résultats", estime Christophe Barbier. "Il est probable qu'il faudra du temps à Nicolas Sarkozy pour réinvestir le coeur des Français", juge également Le Figaro.

"Mon rendez-vous, c'est la fin de mon quinquennat", en 2012, a redit le président jeudi soir.

(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 25 avril 2008, 21h12)

Plus que le style, on l'a dit, ce sont surtout les promesses non tenues de Sarkozy qui ont provoquées le mécontentement de l'opinion. Il en est toutefois une pour laquelle les sondés ne semblent lui tenir rigueur plus que cela : celle faite durant la campagne électorale à propos de la politique étrangère de la France. Rappelons qu'à l'époque, le candidat Sarkozy avait promis de "remettre les droits de l'homme au coeur des relations avec un certain nombre de pays comme la Russie ou la Chine". Quand on sait avec quelle réserve il a évoqué la question des droits de l'homme lors de ses rencontres avec les chefs d'Etat russe et chinois - sans parler de ses échanges avec le dictateur libyen Khadafi -, on se demande pourquoi il a pris la peine de faire cette promesse en sachant pertinemment qu'il ne pouvait s'agir que d'un voeu pieux. Mais après tout, peut-être y croyait-il lui-même, sur le moment, à cette promesse ? Il est vrai que Sarkozy a la particularité d'affirmer vouloir tenir un language de vérité et de sincérité qui est censé le distinguer des "menteurs". Le problème est qu'apparemment, pour lui, la vérité est l'affaire d'un moment. La vérité d'un jour peut céder la place à une autre vérité un autre jour. Ainsi, en toute circonstance, Sarkozy est-il peut-être persuadé d'être sincère et vrai. Une telle attitude est censée le distinguer de son prédécesseur... du moins le croit-il, d'après les propos qu'il a tenu lors d'un petit déjeuner pris avec des ministres et secrétaires d'Etat sarkozystes, le 7 avril dernier, à propos de la visite que lui a fait, à l'Elysée, John McCain, le candidat républicain à la présidence des Etats-Unis d'Amérique :

"Il [Chirac] m'avait déconseillé de voir John McCain. Je l'ai rencontré. Ce n'est pas du tout le fou qu'il m'avait décrit. C'est quelqu'un de bien. Mais pour estimer ce genre d'individu, il faut apprécier les hommes droits, directs, et pas les menteurs..."

(Sarkozy, le 7 avril 2008, cité in Le Canard Enchaîné N°4563, 9 avril 2008)

Toujours est-il qu'une fois arrivé au pouvoir, il a bien fallu que Sarkozy mette un bémol à sa volonté affichée, pendant la campagne, de "remettre les droits de l'homme" au coeur de la diplomatie française. Après la répression qu'a déclanché, en mars dernier, le gouvernement chinois dans la province du Tibet, à la suite d'un mouvement de protestation anti-chinois, Sarkozy de Nagy-Bocsa n'a pas tardé à se retrouver en porte-à-faux entre les principes affichés pendant sa campagne électorale et les difficultés de la réalité diplomatique. Face à la demande de boycott de la cérémonie d'ouverture des prochains Jeux Olympiques de Beijing (Pékin) en août prochain - voire de boycott des JO dans leur ensemble par la France -, demande faite par divers groupes de pression en faveur de la liberté au Tibet et en Chine de façon générale, Sarkozy, qui doit exercer pour six mois, à partir du 1er juillet prochain, la présidence tournante de l'Union Européenne, est bien ennuyé par la situation dans laquelle il se trouve. N'ayant pas exclu de ne pas assister à la cérémonie d'ouverture des JO si les circonstances l'exigeaient, il devra prendre une décision d'ici le mois d'août, après consultation des pays membres de l'U.E., et après avoir jugé que le climat de tension entre le Tibet et la Chine se soit suffisemment apaisé au moment de l'ouverture des JO. Il a toutefois mis beaucoup d'eau dans son vin en matière de discussion avec la Chine au sujet des droits de l'homme, comme il l'a montré par les propos qu'il a tenu le 7 avril dernier, après que, ce jour-là, le passage à Paris de la flamme olympique, durant sa traditionnelle tournée mondiale d'avant les Jeux, ait été très perturbé par des manifestations hostiles à l'autoritarisme du régime de la République Populaire de Chine et à la répression chinoise au Tibet...

"Aucun pays ne peut se permettre de jouer les matamores vis-à-vis de la Chine. La Chine va finir par s'ouvrir, mais il faut laisser les choses évoluer. Sans brusquer les Chinois. [...] C'est là-bas que se joue une partie de notre croissance. C'est là-bas que se joue, entre autres, le dossier iranien. Il ne faudrait pas pousser les Chinois et les Russes à se mettre d'accord sur notre dos. [...] La vérité, c'est qu'au fond les Chinois se fichent bien de nos réactions. Ils savent qu'un jour ou l'autre on finira par aller chez eux pour les supplier d'acheter nos centrales nucléaires et nos avions. Ils seront bientôt les seuls à pouvoir se les payer."

(Sarkozy, le 7 avril 2007, cité in Le Canard Enchaîné N°4563, 9 avril 2008)

La forte perturbation du passage à Paris de la flamme olympique - passage organisé par les autorités chinoises - ayant provoqué, peu de temps après, des manifestations anti-françaises en Chine, l'actuel chef de l'Etat français a dû dépêcher sur place, en guise d'ambassadeurs extraordinaires, le président du Sénat - Christian Poncelet - et l'inénarrable Jean-Pierre Raffarin, pour une petite séance de calinothérapie avec les dirigeants chinois, afin de calmer le jeu. Pauvre Sarkozy... Il serait bien passé de toutes ces complications. Mais comme je l'ai écris plus haut, l'exercice du pouvoir présidentiel est loin d'être une partie de plaisir. Et Sarkozy le sait bien, du reste.


Un nouveau bémol en matière de droits de l'homme a été, semble-t-il, nécessaire la semaine dernière, lors d'une visite d'Etat de Sarkozy de Nagy-Bocsa en Tunisie, si l'on en croit une des dépêches de l'Agence France-Presse publiée lors de cette visite :

A Tunis, Sarkozy défend l'Union pour la Méditerranée avant les droits de l'Homme


Le président français Nicolas Sarkozy a défendu mardi [29 avril], au deuxième jour de sa visite d'Etat en Tunisie, son Union pour la Méditerranée entre l'Europe et les pays du Sud, alors que sa bonne note décernée au régime tunisien sur les droits de l'Homme suscite la polémique.

S'exprimant devant 500 patrons français et tunisiens, M. Sarkozy a défendu son projet de nouveau partenariat entre les deux rives de la Méditerranée, qui doit être officiellement lancé le 13 juillet, assurant qu'il doit permettre la création d'un "pôle gagnant-gagnant qui concurrencera l'Asie".

"Il n'y a pas un bon avenir pour l'Europe si l'Afrique en général, et l'Afrique du Nord en particulier, ne connaît pas le développement (...), nous pouvons créer un modèle qui triomphera dans le monde entier", a-t-il estimé. "En Asie, ils ont su, entre les pays riverains, s'intégrer et se compléter. Et le drame de la Méditerranée, il est dans un chemin inverse où l'on s'oppose et on s'exclut", a-t-il ajouté.

"Vous avez une main d'oeuvre qui ne demande qu'à être formée, nous avons beaucoup d'intelligence et beaucoup de formation (...), ce n'est pas les uns contre les autres, c'est les uns avec les autres. C'est ça le partenariat", a insisté le président français sous les applaudissements.

A titre d'exemple, Nicolas Sarkozy a cité l'accord conclu dans la nuit de lundi à mardi entre la compagnie nationale Tunisair et Airbus qui prévoit, outre la livraison de 19 avions (10 A320, 3 A330 et 3 A350, ainsi que 2 A320 et 1 A350 en options) l'installation en Tunisie d'une usine aéronautique qui emploiera à terme, selon lui, "près de 2.000 personnes".

Rejetant "des polémiques qui m'importent bien peu", le président français a ainsi une nouvelle fois justifié la signature lundi d'un accord de coopération en matière d'énergie nucléaire civile.

"L'énergie nucléaire, c'est l'énergie du futur (...) la France vous dit que sa technologie, qui est une des plus sûres du monde, une des meilleures du monde, elle est décidée à la mettre au service du développement de vos économies (...), l'Europe ne connaîtra pas la stabilité si vous ne connaissez pas le développement, voilà pourquoi il faut s'unir", a-t-il plaidé. Le texte paraphé par Paris et Tunis, identique à d'autres déjà signés avec le Maroc, l'Algérie ou la Libye, suscite les critiques des ONG écologistes et de plusieurs partenaires européens de la France, qui estiment qu'il augmente les risques de prolifération nucléaire militaire.

Plus encore que l'accord sur le nucléaire civil, c'est le satisfecit attribué lundi soir par Nicolas Sarkozy au président tunisien Zine El Abidine Ben Ali sur le terrain des droits de l'Homme qui a suscité la polémique, aussi bien en France qu'en Tunisie.

"L'espace des libertés progresse" en Tunisie, avait-il jugé devant son hôte, assurant ne pas vouloir s'ériger "en donneur de leçons".

"Il ne s'agit pas de donner des leçons mais de reconnaître la réalité. Je vois que le président Sarkozy ne s'intéresse pas à la réalité de ce pays", a déclaré à l'AFP Khadija Cherif, militante des droits de l'Homme et présidente d'une ONG féministe. "Sa priorité c'est le commerce, mais il devrait savoir que le développement ne peut pas être qu'économique", a-t-elle ajouté.

"Malheureusement sur le terrain, nous n'avons pas remarqué de progrès notables, c'est peut-être même le contraire", a regretté le président de la Ligue tunisienne des droits de l'Homme, Me Mokhtar Trifi.

La secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme Rama Yade, qui accompagnait M. Sarkozy, a reçu dans l'après-midi Me Trifi, mais a annulé un rendez-vous prévu avec l'Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), [et] sa présidente Mme Cherif.

La France a signé mardi avec Tunis quatre conventions de crédits d'un montant de 138 millions d'euros pour l'agriculture, l'habitat et l'énergie.


Nicolas Sarkozy devait rencontrer mardi soir la communauté française.

Son épouse, Carla, a visité de son côté, mardi après-midi, un centre d'enfants orphelins à Gammarth, dans la banlieue chic de Tunis.

(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 30 avril 2008, 9h11)

S'il toujours regrettable moralement de devoir ménager des régimes autoritaires ou dictatoriaux au nom des intérêts de la France, on ne peut pas blâmer Sarkozy de devoir mettre de l'eau dans son vin diplomatique en matière de droits de l'homme. Après tout, que ferions-nous d'autre si nous étions à sa place ? Quel que soit mon opposition à Sarkozy, je me garderai bien, sur cette question précise, de ne pas faire preuve d'un minimum d'humilité, même si je suis conscient de la situation lamentable des droits de l'homme dans bien des endroits dans le monde...


Pour en revenir à cette première année de sarkozysme au pouvoir en France, que conclure sinon que nous ne sommes sans doute pas - loin s'en faut - au bout de nos peines ? Lors de sa dernière intervention télévisée, le 24 avril dernier, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa a déclaré : "Je vois très bien les mécontentements mais je sais où je vais, je suis persuadé qu'il n'y a pas d'autre stratégie et je sais que mon rendez-vous, c'est la fin de mon quinquennat." Il a également affirmé aux journalistes présents que l'idée de son éventuelle réélection en 2012 était "très éloignée" de ses préoccupations actuelles. "J'ai tellement de travail à faire, il y a tellement d'impatience, il y a tellement d'attentes, il y a tellement de souffrance aussi [...] Alors, vous pensez, s'imaginer en prendre pour cinq ans après, ce n'est vraiment pas mon sujet." Il nous reste donc environ quatre ans à attendre, avant de savoir à quoi ressemblera la France au terme d'un quinquennat de Sarkozy dont j'espère bien qu'il sera à la fois le premier et le dernier...

C'est long, quatre ans, mine de rien... Tiendrai-je jusque-là ? ;-)

Cordialement, :-)

Hyarion.

(Illustrations : Nicolas Sarkozy habitant sa fonction, caricature par Kiro, publiée dans Le Canard Enchaîné N°4515, 9 mai 2007 ; Nicolas Sarkozy au soir de son élection à la président de la république, le 6 mai 2007 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Thomas Coex ; Nicolas Sarkozy raccompagnant Ségolène Royal à la sortie de l'Elysée, le 21 juin 2007, photographie de l'agence de presse Reuters, ©Reuters ; Nicolas Sarkozy [à droite] et ses frais de talonnettes, caricature par Lefred-Thouron, publiée dans Le président Fric-Frime, Les dossiers du Canard Enchaîné N°107, avril 2008 ; Placard sarkozyste affiché par un boulanger dans la vitrine de son magasin de Charlieu [Loire], en avril-mai 2007, photographie divisée en deux parties, ©DR ; Evolution de la cote de confiance de Nicolas Sarkozy depuis son élection le 6 mai 2007, Infographie, 23 février 2008, ©AFP ; Carla Bruni-Sarkozy portant Nicolas Sarkozy, caricature par Cabu, publiée dans Le Canard Enchaîné 4565, 23 avril 2008 ; Montage de photos de Nicolas Sarkozy prises durant son intervention télévisée le 24 avril 2008 au palais de l'Elysée à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©Olivier Laban-Mattei/AFP ; Nicolas Sarkozy en chanteur, accompagnée à la guitare par Carla Bruni-Sarkozy, caricature par Kiro, publiée dans Le Canard Enchaîné 4565, 23 avril 2008 ; Nicolas Sarkozy, le 29 avril 2008 à Tunis, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Fethi Belaid ; Sarkozy et son homologue tunisien Ben Ali, caricature par Kiro, publiée dans Le Canard Enchaîné 4566, 30 avril 2008 ; Nicolas Sarkozy lors de son intervention télévisée, le 24 avril 2008 à l'Elysée à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©Eric Feferberg/AFP)
Par Hyarion
- Voir les 2 commentaires - Recommander
Jeudi 29 mai 2008 4 29 05 2008 20:25
Ainsi que je l'ai écrit dans un prédécent message, peu de temps et peu de moyens sont, depuis quelque temps, à ma disposition pour réagir à l'actualité politique du moment : des contrariétés personnelles et une connection Internet défaillante depuis la fin du mois dernier ne sont pas de nature à favoriser la mise en ligne de nouveaux articles sur le présent blog. Au terme d'une préparation laborieuse, en voici tout-de-même un, que je me suis finalement résigné - la nuit portant conseil - à diviser en deux parties, compte tenu des contraintes techniques de la plate-forme qui héberge le présent blog. Cet article est destiné surtout à répondre à l'impérieuse nécessité qui est la mienne de taper régulièrement sur Sarkozy de Nagy-Bocsa. Pourquoi une telle nécéssité, me direz-vous ? Parce qu'il le vaut bien, comme dirait l'autre... Et tant pis pour ceux qui voudraient que je leur parle d'autre chose, sous prétexte que cela serait plus intéressant pour eux : personnellement, j'évite d'écrire "sur commande", car, en général, de toute façon, cela ne me réussit pas, ayant toujours eu des difficultés à me plier aux contraintes, quelles qu'elles soient...


Il y a un an et treize jours, le 16 mai 2007, Jacques Chirac, après douze ans de présidence, quittait le palais de l'Elysée, laissant ainsi sa place à Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, pour le meilleur et, surtout, pour le pire. Sarkozy a voulu, dès le début, incarner une "rupture" avec le passé, mais cette "rupture" s'est révélé être, avant tout, de pure forme, se limitant même, pour ainsi dire, à un style "présidentiel" essentiellement basé sur une affirmation, aussi outrancière que vaine, de l'insupportable egocentrisme dudit Sarkozy. Or, un an après son élection, l'actuel président de la République, malgré les déconvenues qui se sont accumulées pour lui, persiste encore aujourd'hui à prétendre incarner sa "rupture", et même à s'affirmer comme étant, tout simplement, "le meilleur", y compris vis-à-vis de ses prédécesseurs à l'Elysée, et notamment Jacques Chirac, dont il a pourtant longtemps léché les bottes, pendant des années, avant de le trahir...

Recevant les députés UMP à l'Elysée, Sarkozy s'en prend à Chirac et à la presse


Recevant mercredi [7 mai] les députés UMP pour son premier anniversaire à l'Elysée, Nicolas Sarkozy les a appelés à "soutenir" ses réformes et à être "plus pugnaces" face à l'opposition tout en lançant une charge contre son prédécesseur Jacques Chirac et contre la presse.

De l'avis quasi général, le chef de l'Etat, qui a très longuement pris la parole, voulait avant tout recadrer sa majorité, jugée trop rétive à appuyer les réformes, notamment sur les institutions.

Selon l'Elysée, 262 députés de l'UMP, sur quelque 320, avaient répondu présents à cette cérémonie dans la salle des fêtes, suivie d'un buffet dans le jardin d'hiver et le parc. "Le message était très clair: je ferai la réforme, toute la réforme, tout de suite et en même temps. Pas question de changer de stratégie. J'ai besoin de votre plein soutien et de votre pugnacité face au PS", a résumé le député Benoist Apparu.

"On s'est pris une rincée. Il nous a reproché de ne pas être assez « pêchus »", a commenté un autre. "N'ayez pas peur d'être de droite! L'opinion est avec nous", a-t-il aussi lancé à Valérie Boyer qui regrettait que, sur des questions comme celle des sans-papiers, l'UMP "passe systématiquement pour les méchants".

Certains ont évoqué plus sobrement "un exercice de pédagogie". "C'était du bon Sarko. On en est à une soixantaine de réformes. Ca peut perturber, y compris dans nos propres rangs", est convenu Philippe Gosselin.

Beaucoup d'élus ont toutefois été étonnés, voire déconcertés, par la charge du chef de l'Etat contre son prédécesseur. Selon plusieurs participants, il a lâché pêle-mêle: "Chirac a mis 21 ans à se faire élire. Moi, je l'ai été du premier coup". "Il a fait une réforme et demie, son premier septennat s'est arrêté en décembre 1995 sur un recul sur la réforme des régimes spéciaux". "Moi, je n'ai pas l'obsession de durer et je mène tout de front", a lâché le chef de l'Etat en évoquant longuement sa prise du pouvoir en 2007 et en revenant sur l'affaire Clearstream.

Quant au général de Gaulle, "il n'a eu qu'une voix de majorité en 1967", a relevé M. Sarkozy.

Des attaques que certains ont minimisées: "tout le monde sait qu'il est comme ça", ont lancé des députés en souriant. "C'est Sarko. Tout le monde parle d'une annus horribilis pour lui. Il a voulu remettre ça en perspective dans l'Histoire", analyse Jean Leonetti.

D'autres ont peu goûté ces "piques". "Je l'ai trouvé plutôt bon sur le fond. Mais je vais lui offrir le bouquin de Finkielkraut "L'Ingratitude". Il faut assumer notre héritage! Il a beaucoup d'atouts, il n'est pas obligé de dire du mal des autres", a jugé Hervé Mariton. "Il a été assez agressif", pour l'ancienne ministre Catherine Vautrin. "On ne va pas se raconter le film des élections pendant 15 ans! Ce qui importe, c'est ce qu'on fait maintenant!"

Le chef de l'Etat a accusé la presse de ne pas avoir suffisamment relayé la condamnation de Ségolène Royal dans l'affaire de ses ex-collaboratrices. Il a cité L'Express, Marianne, Le Parisien, l'AFP et le Journal du Dimanche, selon des participants.

"Il a fait une charge très importante contre la presse en disant que dans un pays où il n'y a plus d'opposition, la presse s'attribue la fonction d'opposition", a relaté l'ex-ministre Marie-Anne Montchamp. "Son message, c'était en gros: « je ne suis pas aidé par la presse ». C'est classique en période de difficultés", selon un autre participant.

"Chirac et la presse en ont pris plein la gueule", résume le villepiniste Jean-Pierre Grand.

(Dépêche de l'Agence France-Presse, 08 mai 2008, 8h00)


Décidément, on en revient toujours au même point, avec Sarkozy lorsqu'il "pique sa crise" : toujours la même aggressivité défensive, toujours le même mépris pour les autres, toujours les mêmes fanfaronnades au service de son génial nombril présidentiel... Avec son énième gueulante contre les députés UMP, qui ressemblait apparemment bien plus à un discours de campagne électorale qu'à des propos de chef d'Etat, l'actuel président de la République fait, une fois de plus, la démonstration d'un constat récurrent, à savoir celui que Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa est vraiment un minable. Il parle de Chirac, de son élection, de la presse, de l'opposition, mais finalement, je ne vois aucun problème dans tout cela : le seul problème dans cette histoire, c'est Sarkozy, et le fait qu'il soit au pouvoir. C'est cela, en définitive, le seul vrai problème. Mais Sarkozy, lui, visiblement, ne le sait pas... Pour lui, forcément, il est bien plus facile, et, du reste, tellement évident, d'affirmer stupidement son narcissisme, en s'attribuant toutes les qualités, et en rejettant tous les défauts sur les autres, et notamment sur Chirac...


Pour y voir plus clair dans cette énième manifestation de la suffisance sarkozyenne, comme d'habitude, la lecture d'un journal satirique paraissant le mercredi s'est révélé indispensable, une fois de plus :

"Aldo Maccione à l'Elysée

Les 262 députés UMP (sur 320) qui ont répondu à l'invitation de Nicolas Sarkozy, le 7 mai, sont sortis de l'Elysée avec des sentiments pour le moins partagés. Dans l'ensemble, ils ont apprécié sa détermination intacte et, particulièrement, cette tirade, qui les a revigorés :
    « Je suis un homme politique par tous les pores de ma peau. Je sens les choses. Toutes les réformes doivent se faire, et en même temps. Il ne faut pas s'arrêter aux mécontentements. »
    Pas même, donc, aux mécontentements des députés UMP. Mais, pour le reste, les attaques appuyées de Sarko contre ses prédécesseurs (lire plus loin) ont proprement estomaqué l'assistance. Questions entendues à l'issue du show présidentiel :
    « Pourquoi s'être attaqué à Chirac avec cette violence ? Pourquoi vouloir toujours paraître le plus fort du monde ? Pourquoi jouer les modestes à la télé et en privé les Aldo Maccione (l'acteur italien [des années 1970] qui roule des mécaniques) ? »
    La réponse à ces questions pourrait faire l'objet d'un amusant manuel de psychiatrie. Avec la participation, évidemment, d'Aldo Maccione.

    Sus à l'Elysée !

    Dès le début de sa péroraison devant les députés, Sarkozy a tiré sur Chirac au bazooka : « Chirac a fait un très mauvais score au premier tour de ses élections présidentielles, et il a mis vingt et un ans à se faire élire, a-t-il affirmé en bombant le torse. Moi, j'ai fait beaucoup mieux, j'ai été élu du premier coup. Et au premier tour, j'ai fait 31 %. D'ailleurs, a-t-il poursuivi, s'il y avait des élections aujourd'hui, les sondeurs disent que je ferais 33. Les sondages, celui-ci comme les autres, il faut en avoir une lecture politique ! »
    Nouveau tir contre Chirac : « Il n'a fait qu'une réforme et demie, a tranché son successeur. Son mandat s'est achevé six mois après son élection, avec les manifs contre la réforme des retraites de mon ami Alain. Après, il n'a plus rien fait. » Dommage que l'« ami » Juppé ne soit plus parlementaire pour entendre ça...
    « De même n'a-t-il plus rien fait pendant son second mandat, après la déculottée aux élections régionales de 2004 », a poursuivi Sarko. Qui est remonté plus loin dans l'histoire :
    « Dès qu'on recule, on s'arrête de réformer. Mitterrand l'a montré avec le tournant de la rigueur en 1983 : après, il n'a plus rien fait. Chirac, c'est pareil. En 1986, quand il était à Matignon, après l'affaire Malik Oussekine (étudiant tué après une intervention de la police), il a reculé sur la réforme de l'Education et, ensuite, il n'a plus rien fait. »
    Sarkozy avait un jour comparé Chirac à Louis XVI en train de réparer ses serrures. Pourvu qu'il ne l'envoie pas à l'échafaud !
   
    Crime de lèse-Général

    Même de Gaulle n'a pas été épargné. Sarkozy, qui rendait hommage le lendemain à Mongénéral, s'est permis, le 7 mai, de l'égratigner en rappelant qu'il avait dû quitter le pouvoir un an après Mai-68. Et qu'aux législatives de 1967 il n'avait eu qu'« une voix de majorité, alors que nous, nous avons une majorité large ». C'est bien Sarko le meilleur. D'ailleurs, il n'a aucune responsabilité dans l'échec des municipales :
    « Toutes les élections intermédiaires de tous les chefs d'Etat ont toujours été mauvaises. Gordon Brown a perdu les municipales en Grande-Bretagne de 20 points ; nous de 2,5 seulement. »
    Le chef de l'Etat en a profité pour engueuler ceux qui ont perdu des villes de droite, comme Reims ou Metz, à cause de leurs divisions : « Ce n'est quand même pas ma faute ! », s'est-il exclamé.
    Quant aux autres villes perdues, c'est sans doute la faute à Chirac. Ou à de Gaulle."

(Le Canard Enchaîné N°4568, 14 mai 2008)

A en croire le numéro suivant du Canard, Sarkozy était également très en forme, dans son genre, la veille de sa réunion avec les députés UMP du 7 mai dernier...

"L'âme de Chirac

    « Parce que vous comprenez Chirac, vous ? Il nous a quand même foutus dans une belle merde avec son histoire de référendum sur la Turquie, votre Chirac. Enfin paix à son âme... Enfin, son âme politique... Enfin, s'il en a une... » La trentaine de députés invités, le 6 mai, par le chef de l'Etat pour évoquer, à leur demande, l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne n'en sont toujours pas revenus.
    « Sarkozy était surexcité, raconte l'un d'entre-eux. Il nous a reçus sans cravate, nous apostrophant sans cesse, parlant de ses couilles... Je n'ai jamais vu cela. »
    Les députés présents - parmi lesquels Frédéric Lefebvre, Françoise Hostalier, Alain Lamassoure - ont cependant obtenu ce qu'ils voulaient. La commission des Lois de l'Assemblée a en effet adopté, le 15 mai - avec la bénédiction de l'Elysée, pourtant très réservé initialement -, un amendement rendant obligatoire un référendum pour l'entrée dans l'Europe de tout pays dont le nombre d'habitants équivaut à 5 % de la population de l'UE.
    Ceux qui ne sont pas contents iront se faire voir chez les Turcs. Foi de Sarko !"

(Le Canard Enchaîné N°4569, 21 mai 2008)

Sarkozy "parlant de ses couilles" : rien de moins étonnant chez l'actuel président de la République, qui est coutumier du fait. On se souvient, en effet, de ses fameux propos de l'hiver dernier, cité à l'époque sur le présent blog :

"Je vis ma vie et je me fous des commentaires des uns et des autres. Ils ont eu l'habitude d'avoir à l'Elysée, depuis douze ans, Papi et Mamie. Moi, j'ai un nouveau style. Il va falloir que tout le monde s'adapte. Maintenant, les Français ont un vrai mec, à l'Elysée, qui en a et qui s'en sert."

(Sarkozy à un de ses amis par téléphone, cité in Le Canard Enchaîné N°4549, 2 janvier 2008)

Alain Juppé, à l'égard de qui Sarkozy avait employé l'expression "ce connard de Juppé" au soir du deuxième tour des élections municipales de mars dernier (cf. Le Canard Enchaîné N°4560, 19 mars 2008), a été apparemment assez énervé par les propos de l'actuel chef de l'Etat critiquant l'inaction de ses prédécesseurs, à en croire le journal Libération du 17 mai dernier, dans lequel on pouvait lire cette déclaration : "Quand j'entends dire que rien n'a été fait [avant 2007], je ne suis pas le seul à qui ça donne des boutons." Et Jacques Chirac ? Quand pense-t-il de tout cela, lui ?


"Les boules !

    « Ça m'en touche une sans faire bouger l'autre. » C'est par une de ses tirades préférées que Jacques Chirac a accueilli, selon ses proches, les attaques portées par Sarkozy contre lui, le 7 mai, devant les députés UMP. L'ancien chef de l'Etat, accusé, on le sait, de n'avoir fait qu'« une réforme et demie », a, par ailleurs, fait les comptes.
    « Sur les 37 ministres, sans compter Fillon et Sarkozy, 14 ont été membres de mes gouvernements ou conseillers à l'Elysée. »
    Bah ! il y en a même qui ont été ministres de Mitterrand (Kouchner et Bockel) !"

(Le Canard Enchaîné N°4569, 21 mai 2008)

Bref, pour la "rupture" avec Chirac, il faudra repasser, n'en déplaise à Sarkozy. Ce dernier, du reste, a beau se considérer comme étant meilleur que les autres, il n'en reste pas moins minable. Se prétendre meilleur que De Gaulle s'était déjà ridicule, mais se croire même meilleur que Chirac, c'est simplement grotesque. Car, dans bien des domaines, même Jacques Chirac vaut mieux que Nicolas Sarkozy, bien que ce dernier ait beaucoup appris de son prédécessur.

Moi, je n'ai pas oublié Jacques Chirac...
Chirac, ce sont d'abord des paroles, des promesses, des gaffes... bref, des citations immortelles, forcément supérieures aux vulgarités "testiculaires" et autres propos karchérophiles de Sarkozy. On se souvient, par exemple de l'échange télévisée, tout en finesse, que Chirac eu, en janvier 1995, en pleine campagne électorale présidentielle, avec Michel Field, dans une émission sur Canal+, dont le dessinateur Bernar avait réalisé, à l'époque, pour le journal satirique Charlie-Hebdo, une représentation dessinée :

"- JACQUES CHIRAC : Réfléchissez deux minutes... si ce n'est pas excessif...

- MICHEL FIELD : Merci ! [...] Deux minutes, c'est à peu près le temps qu'il m'a fallu pour lire votre livre, alors s'il vous plait !

- JACQUES CHIRAC : Oui... Je sais bien... Malheureusement, [...] dans celui que vous ai envoyé, je n'ai pas mis les images à colorier... Je suis désolé !"


Mais Jacques Chirac, ce n'est pas que cela, bien évidemment, et de citations historiques chiraquiennes historiques, en vérité, nous ne manquons pas :



"Je lis Le Monde tous les jours aux cabinets."

(Jacques Chirac, en 1966, cité par Pierre Lelong dans La Famille Chirac, Les Dossiers du Canard Enchaîné, octobre 1993)

"Personne ne devrait gagner plus de 10 000 francs par mois."

(Jacques Chirac, dans le magazine Le Point, 13 août 1973)

"D'abord éliminer le chômage. [...] J'affirme que, puisque nous le pouvons, nous le devons !"

(Jacques Chirac, lors d'un discours à Lille, 11 juin 1977)

"On rapporte qu'un ministre des Finances, et non des moindres, sous la IVe République, venu reprendre contact avec sa circonscription, y fut vivement interpellé par ses électeurs. Ceux-ci lui firent lire un arrêté plus abracadabrant, sans doute, que de coutume. «Ah ! dit le ministre, quelle bande de...
- Mais, monsieur le Président, c'est signé de vous.
- Justement, mes amis : voyez ce qu'ils me font faire !»"

(Jacques Chirac, au congrès des maires RPR, à Paris, 10 septembre 1977)

"Les Français peuvent voter bien ou mal, et stupidement s'ils le veulent, c'est leur droit."

(Jacques Chirac, in La Lueur de l'espérance, éditions de La Table Ronde, 1978)

"Un bouc se caractérise par quatre pattes, des sabots, des cornes, et quelques autres éléments dont je constate qu'ils sont réunis, avec de fortes dimensions..."

(Jacques Chirac, ibid., 1978)

"Le poisson pourrit par la tête, le présent par l'avenir."

(Jacques Chirac,
ibid., 1978)

"On fait les cadeaux avant les élections et on décide les impôts tout de suite après."

(Jacques Chirac, lors d'une conférence de presse, le 26 mai 1981)

"Dommage pour les socialistes et les communistes, il n'y a pas de scandales à la mairie de Paris !"

(Jacques Chirac, dans Le Figaro Magazine, 5 mars 1983)


"Comme le disait ma grand-mère, il faut mépriser les hauts et il faut repriser les bas."

(Jacques Chirac, lors d'une réunion publique à Saint-Etienne, le 15 janvier 1986)

"Je n'ai pas d'états d'âme : ça aide !"

(Jacques Chirac, dans le magazine Le Point, 24 mars 1986)

"Tous les Français sont favorables, les sondages le disent, à l'anonymat sur l'or, car ils ont tous une petite bourse avec quelques lingots d'or."

(Jacques Chirac, à l'émission "L'Heure de vérité", sur Antenne 2, le 23 avril 1986)

"Rayez ce mot "opéra" de votre vocabulaire. Il n'y aura pas d'opéra à la Bastille."

(Jacques Chirac, cité par l'Agence France-Presse, 21 juillet 1986)

"Plus la ficelle est grosse, plus la machine fonctionne."

(Jacques Chirac, cité par J.-M. Colombani et J.-Y. Lhomeau, in Le Mariage blanc, Grasset, 1986)

"La langue de bois est une de mes spécialités..."

(Jacques Chirac, in "Jacques Chirac : autoportrait", sur T.F.1., 21 janvier 1987)

"Quand on va chasser dans les grands fonds, on n'y va pas en maillot de bain."

(Jacques Chirac, cité par Franz-Olivier Giesbert, in Jacques Chirac, Le Seuil, 1987)

"Si je me laisse aller à vous parler, je vais dire des choses qu'évidemment je ne reconnaîtrai pas, si je les vois écrites. Et, si vous écrivez : Monsieur Chirac est un partisan d'un régime libéral simplifié, on dira "Monsieur Chirac est un con." Bon, vous comprenez pourquoi je me méfie énormément."

(Jacques Chirac, cité par P. Jouve et A. Magoudi, in Jacques Chirac : portrait total, éditions Carrère, 1987)

"J'ai beaucoup d'estime pour les journalistes, mais l'idée qu'ils viennent mettre leurs caméras dans mes placards pour voir la couleur de mes caleçons, non ! Alors, là, non !"

(Jacques Chirac, cité par P. Jouve et A. Magoudi, ibid., 1987)

"Je suis quelqu'un de très lent le matin. Quand je me lève, j'ai horreur de me bousculer. [...] Je traîne un peu. Je lis des choses. Et si je ne dispose pas de ce laps de temps, je ne suis pas content, je ne suis pas dans mon assiette."

(Jacques Chirac, cité par P. Jouve et A. Magoudi,
ibid., 1987)

"Je n'ai pas la prétention d'avoir une intelligence exceptionnelle, tout en n'étant pas un imbécile, bien entendu."

(Jacques Chirac, cité par P. Jouve et A. Magoudi,
ibid., 1987)

"Mais qu'est-ce qu'elle me veut de plus, cette ménagère ? Mes couilles sur un plateau ?"

(Jacques Chirac, parlant de Margaret Thatcher, au sommet européen de Bruxelles, en février 1988, cité par le journal Libération, 9 mai 1995)

"Les promesses n'engagent que ceux qui les reçoivent."

(Jacques Chirac, dans le journal Le Monde, 22 février 1988)

"Je n'ai pas Canal Plus ! On m'a envoyé un des premiers décodeurs, mais je l'ai retourné car il ne fonctionnait pas et faisait une bosse inesthétique sur mon téléviseur !"

(Jacques Chirac, dans le magazine Paris-Match, 15 avril 1988)

"Je vous donne rendez-vous dans trois mois pour traverser avec moi la Seine à la nage. A ce moment-là, (...) l'eau sera pure à 100 %."

(Jacques Chirac, dans Le Journal du Dimanche, 5 mars 1989)

"Comment voulez-vous que le travailleur français, qui habite à la Goutte-d'Or où je me promenais avec Alain Juppé la semaine dernière, il y a trois ou quatre jours, et qui travaille avec sa femme, et qui, ensemble, gagnent environ 15 000 francs, et qui voit, sur le palier à côté, dans son HLM, entassée, une famille, avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler ! Si vous ajoutez à cela... le bruit et l'odeur, eh bien le travailleur français sur le palier, il devient fou. Il devient fou ! C'est comme ça ! Et il faut le comprendre ! Si vous y étiez, vous auriez la même réaction. Et ce n'est pas être raciste que de dire cela."

(Jacques Chirac, le 19 juin 1991, au cours d'un dîner-débat du RPR à Orléans)

"Je tâche de m'inspirer du message évangélique : mais ça ne regarde que ma conscience."

(Jacques Chirac, in La France pour tous, Nil éditions, 1994)

"Autant j'aime le dialogue avec les gens, autant il m'est difficile de dialoguer avec une lentille."

(Jacques Chirac, dans le magazine Le Nouvel Observateur, 12 janvier 1995)

"Il est temps de renoncer au renoncement."

(Jacques Chirac, lors d'un discours à la porte de Versailles, à Paris, le 17 février 1995)


"[Quand j'ai arrêté de fumer], j'ai demandé à l'huissier qui, auparavant, vidait mes cendriers toutes les deux heures, de ne pas en parler. Au bout d'une semaine, quand même, j'ai dit à ma femme, à ma fille : "Vous n'avez rien remarqué ?" Et elles m'ont répondu : « Ah oui, tu es allé chez le coiffeur ! » Vous voyez, personne ne fait attention à moi..."

(Jacques Chirac, dans le journal Libération, 17 février 1995)

"Il faut toujours annoncer aux autres ce qu'on va faire. Ils ne vous croient jamais. C'est le meilleur moyen de leur faire en toute loyauté les pires abominations !"

(Jacques Chirac, cité par Thierry Desjardins, L'Homme qui n'aime pas les dîners en ville, Edition°1, 1995)

"Moi, la politique, vous savez, par moments, j'en ai ma claque. J'ai beaucoup donné !"

(Jacques Chirac, cité par Thierry Desjardins, ibid., 1995)

"Connaissez-vous la mésaventure d'Arrighi de Casanova ?... Ce type s'était présenté à Montpellier dans les années soixante. C'était sa première élection et il avait pris conseil auprès de quelques amis. « L'usage veut que tu ailles saluer chaque président de bureau de vote », lui avait-on assuré. « Avec ma femme ? » « Oui, oui, avec ta femme, ce sera très bien. » Arrighi avait donc consciencieusement passé sa journée à serrer des mains dans les bureaux de vote, en compagnie de son épouse. Au point d'en oublier d'aller lui-même voter. Le soir, il fut battu. D'une voix. La sienne..."

(Jacques Chirac, cité par R. Bacqué et D. Saverot, Chirac président, les coulisses d'une victoire, éditions Le Rocher/DBW, 1995)

"Comme tous les veaux, naturellement, ne peuvent pas devenir des boeufs, alors il faut bien aussi les manger. D'où l'importance de sauvegarder la tête de veau."

(Jacques Chirac, lors d'un voyage à Londres, le 17 mai 1996)

"Quand je suis avec Bill Clinton, je lui parle d'Ariane ou d'Airbus. Quand je suis avec des Français, je leur parle de tomates."

(Jacques Chirac, lors d'un déjeuner avec la presse accréditée à l'Elysée, le 6 juin 1996)

"J'ai demandé à l'Etat non seulement d'ouvrir les yeux, mais de prendre des lunettes si nécessaire."

(Jacques Chirac, lors d'un entretien télévisé, le 14 juillet 1996)

Ne vous occupez pas de ma vie, j'irais droit au ciel !"

(Jacques Chirac au chef de la sécurité, lors de son voyage à Jérusalem, le 22 octobre 1996)

"On ne peut pas promettre un nouveau truc tous les jours. Qu'est-ce que vous vouliez ? Que je leur montre mon cul ?"

(Jacques Chirac, cité par Le Canard Enchaîné, 18 décembre 1996)

"J'ai changé de bière. Je suis passé de la Corona à la Kronenbourg 1664."

(Jacques Chirac répondant à la question "Avez-vous le sentiment d'avoir changé depuis votre élection ?", cité par Ghislaine Ottenheimer, in Le Fiasco, Albin Michel, 1996)


"Sarkozy, il faut lui marcher dessus. Pour deux raisons. Un, c'est la seule chose qu'il comprenne. Deux, ça porte chance."

(Jacques Chirac, cité par Ghislaine Ottenheimer, in Le Fiasco, Albin Michel, 1996)

"Mes Chers Compatriotes,
Après consultation du Premier ministre, du Président du Sénat et du Président de l'Assemblée nationale, j'ai décidé de dissoudre l'Assemblée nationale."

(Jacques Chirac, lors d'une allocution radio-télévisée, au Palais de l'Elysée, le 21 avril 1997 à 20h00)

"Ma femme est une catholique pratiquante. J'espère qu'elle participe au salut de mon âme, qui en a bien besoin !"

(Jacques Chirac, dans le magazine Paris-Match, 15 avril 1998)

"En tant que président du RPR, je ne me suis jamais occupé, ce n'était pas ma fonction, pas plus que ce n'était celle, j'imagine, des autres responsables d'un grand parti politique, des problèmes de financement."

(Jacques Chirac, lors d'un entretien télévisé avec Patrick Poivre d'Arvor, au Palais de l'Elysée, le soir du 14 décembre 2000)

"Je vais vous dire très franchement une chose, je ne peux pas y croire. Je ne peux pas y croire. Qu'il y ait eu des ententes avec une entreprise par-ci, une entreprise par-là, cela c'est tout à fait probable. Cela faisait partie de ces dérives que je dénonçais tout à l'heure, et qui doivent être recherchées et, le cas échéant, condamnées. Mais qu'il y ait eu un système, où les partis politiques de la majorité, de l'opposition se seraient mis ensemble pour se partager je ne sais quel gâteau ? Si c'est démontré, je serai le premier à le condamner. Mais honnêtement, honnêtement, je n'y crois pas beaucoup."

(Jacques Chirac, à propos du financement occulte des partis politiques par le biais de marchés publics truqués, lors d'un entretien télévisé avec Patrick Poivre d'Arvor, au Palais de l'Elysée, le soir du 14 décembre 2000)

"Ce n'est pas qu'elles se dégonflent, c'est qu'elles font « pschitt », si vous me permettez cette expression. [...] Cela n'a strictement, je peux vous le dire, aucun rapport avec la somme qui est aujourd'hui jetée en pâture à l'opinion publique, sans que personne ne se soit préoccupé de savoir si elle était ou non justifiée, parce que : calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose !"

(Jacques Chirac, à propos des sommes d'argent qu'on lui a reproché d'avoir utilisé pour payer en liquide des voyages privés lorsqu'il était maire de Paris, lors d'un entretien télévisé, à l'occasion de la fête nationale, au Palais de l'Elysée, avec les journalistes Patrick Poivre d'Arvor, Béatrice Schönberg et Élise Lucet, le 14 juillet 2001)

Et puis, forcément, commes les dernières citations le montre, Jacques Chirac, c'est aussi, bien entendu, des affaires politico-financières particulièrement croustillantes, à côtés desquelles la minable petite affaire de cet appartement de Sarkozy dans l'île de la Jatte, à Neuilly-sur-Seine, révélée l'année dernière mais, du reste, déjà enterré aujourd'hui, ne pèse pas lourd... Sarkozy a bénéficié d'un rabais d'au moins 300.000 euros de la part du promoteur immobilier Lasserre sur l'achat en 1997 de son appartement de Neuilly, construit sur un terrain fourni par la mairie alors qu'il en était le maire, et revendu en 2006 : c'est bien, mais c'est peu. On aurait franchement préféré être confronté à davantage de compromissions et de magouilles politico-financières de la part de Sarkozy de Nagy-Bocsa. Cela m'aurait bien fait plaisir, car, pour le moment, on est bien loin des spectaculaires affaires, chiraquiennes ou assimilées, des HML de Paris, de Didier Schuller et des HML des Hauts-de-Seine, des emplois fictifs payés par la Mairie de Paris du temps où Chirac en était maire, des voyages dudit Chirac avec billets d'avion payés en liquide via la trésorerie occulte du RPR, du financement occulte des partis politiques par le biais de marchés publics truqués, concernant notamment les lycées d'Ile-de-France, de la participation de l'imprimerie municipale parisienne Sempap au financement du RPR, etc. Je me souviens que Chirac n'était jamais aussi bon à la télévision que lorsqu'il devait évoquer ces affaires : comment oublier, par exemple, l'évènement désormais légendaire de la fameuse cassette Méry balancée aux médias il y a bientôt huit ans maintenant ? Le 21 septembre 2000, fut publié dans le journal Le Monde, comme chacun sait, une confession posthume de Jean-Claude Méry (décédé d'un cancer en juin 1999), confession enregistrée sur une cassette vidéo le 24 mai 1996. Faux-facturier du RPR, Jean-Claude Méry, dans la fameuse cassette, vêtu d'une chemise avec cravate et d'un pantalon à bretelles, accusait Jacques Chirac d'avoir été au coeur d'un système de financement occulte, du temps où il était président du RPR et maire de Paris, et affirmait notamment avoir déposé lui-même, à l'époque, une valise contenant 5 millions de Francs en liquide "sur le bureau de Michel Roussin, en présence de Monsieur Chirac". Le RPR - tout comme l'UDF, le PS et le PC - était accusé d'avoir alimenté son budget à l'aide de commissions versées par des entreprises du bâtiment auxquelles la région Île-de-France avait confié en contrepartie d'importants travaux publics notamment concernant des lycées. Pour la France entière, ce fut le choc, et on ne trouva guère, à l'époque, que l'nénarrable Jean Tiberi pour défendre son prédécesseur à la mairie de Paris...


Cependant, face au déballage public de cette affaire, la réaction de Chirac fut, on le sait, remarquable :

"ÉLISE LUCET - "Monsieur le Président, nous reviendrons dans un instant, si vous le voulez bien, sur le référendum sur le quinquennat qui est le but de votre visite, ici, à Angoulême. Mais, d'abord, dans son édition d'aujourd'hui, donc, Le Monde publie une interview posthume de Jean-Claude MÉRY que nous avons entendue, où vous êtes personnellement mis en cause. Il affirme avoir remis une valise de cinq millions de Francs à Michel ROUSSIN, en votre présence, et cela pour le financement occulte du RPR.

J'ai envie de vous demander quelle est votre réaction à la fois sur la forme et sur le fond ?

JACQUES CHIRAC - Ma réaction : je suis indigné. Indigné par le procédé. Indigné par le mensonge. Indigné par l'outrance. Mme LUCET, il doit y avoir des limites à la calomnie. Hier, on faisait circulait une rumeur fantaisiste sur une grave maladie qui m'aurait atteinte -sous-entendu je ne serais plus capable d'assumer mes fonctions-. Aujourd'hui, on rapporte une histoire abracadabrantesque. On fait parler un homme mort il y a plus d'un an. On disserte sur des faits invraisemblables qui ont eu lieu il y a plus de quatorze ans. On exhume un enregistrement fait il y a plus de quatre ans et dont le journal lui-même, qui publie ces propos, les qualifie " d'invérifiables " et de " sans valeur juridique ".

Tout cela, comme par hasard, trois jours avant un référendum visant à améliorer le fonctionnement de notre démocratie.

Alors, je vous le dis, ces allégations sont indignes et mensongères. Voilà, pourquoi, je demande que ces éléments soient transmis à la justice afin que la vérité balaie la calomnie.

(Jacques Chirac, Président de la République, à Angoulême [Charente], lors d'un entretien télévisé avec la journaliste Élise Lucet, France 3, Jeudi 21 septembre 2000)

Que de souvenirs avec Jacques Chirac président... Chirac, politiquement, c'est toute ma jeunesse, tout comme Mitterrand, d'ailleurs... ;-) Et je m'en souviens comme si c'était hier... ;-)

[...]

[Suite de l'article dans le
message suivant]

(Illustrations : Caricature de Jacques et Bernadette Chirac, par Kiro, publiée dans Les Jeux de l'actu et de l'été, Les dossiers du Canard Enchaîné N°104, juillet 2007 ; Jacques Chirac quittant l'Elysée en voiture après avoir passé le pouvoir à Nicolas Sarkozy, le 16 mai 2007, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Eric Feferberg ; Nicolas Sarkozy lors d'un discours le 6 mai 2008 à Les Angles, près d'Avignon, photographie de l'Agence France Presse, ©Claude Paris/AFP/Archives ; Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac, le 17 mars 2008, dans la cour des Invalides à Paris lors d'un hommage au dernier poilu de 1914-1918, photographie de l'Agence France Presse, ©Eric Feferberg/AFP/Archives ; Caricature de Jacques Chirac, par Kiro, publiée dans Manufacture française de candidats, Les dossiers du Canard Enchaîné N°83, avril 2002, et caricature de Nicolas Sarkozy, par Kiro, sans date [vers 2005] ; Entretien de Jacques Chirac avec Michel Field, Canal+, janvier 1995, dessins de Bernar, publiés dans Vu à la Télé, Charlie Hebdo hors-série N°8, janvier 1999 ; Jacques Chirac, quatre photos extraites des archives de l'INA, reprises dans le film documentaire Dans la peau de Jacques Chirac de Karl Zéro et Michel Royer, © Rezo Films, 2006 ; "Les Morts accusent Chirac", dessins de Luz, publiés dans Charlie-Hebdo N°432, 27 septembre 2000)
Par Hyarion
- Voir les 1 commentaires - Recommander
Jeudi 29 mai 2008 4 29 05 2008 20:26
[Suite de l'article commencé dans le message précédent]

[...]


C'était toute une époque... Faut-il la regretter ? Non, bien entendu. Mais cependant, au delà des affaires politico-financières et de la probité publique, je ne crois pas du tout que nous ayons gagné au change en remplaçant Jacques Chirac par Nicolas Sarkozy. Chirac faisait des promesses et racontait des histoires, certes, et mêmes de sacrées énormités, mais il n'était pas idiot au point de croire lui-même à ses balivernes. Sarkozy, lui, est pire que Chirac. Sarkozy fuit le réel. Il n'assume pas le fait qu'il raconte n'importe quoi. L'année dernière, pour se faire élire, il a fait des tonnes de promesses, bien plus que Chirac avant lui, et le tout en affirmant très fort, la bouche en coeur, que, lui, Sarkozy, contrairement à tous les autres, disait la vérité et tiendrait ses fameuses promesses. Dans le fond, me direz-vous, rien de nouveau sous le soleil de la surenchère électoraliste. Rien de nouveau, sauf qu'avec Sarkozy, c'est encore plus minable que cela pouvait l'être avant. Sarkozy veut, encore aujourd'hui, que les électeurs pensent qu'il n'a pas menti pendant la campagne. Sarkozy veut réussir à convaincre les électeurs qu'il tient un discours vrai. "Je n'ai pas l'intention de mentir" disait-il en août dernier, pendant ses vacances sur la côte est des Etats-Unis d'Amérique. "Pendant la campagne, j'ai pas menti, moi" a-t-il encore déclaré le 20 septembre dernier, dans un entretien télévisé. Et il continue encore aujourd'hui à prétendre la même chose... C'est ridicule. Chirac, tout menteur et magouilleur qu'il fut en son temps, n'en a jamais fait autant. Sarkozy ment, comme tous les autres, mais, lui, n'assume pas ce fait. Il ne veut pas l'assumer. Peut-être croit-il lui-même à ses belles paroles ? Dans ce cas-là, c'est non seulement minable mais aussi complètement pathétique. Difficile cependant d'envisager que Sarkozy puisse croire à tout ce qu'il dit... Si toutefois c'est le cas, alors on peut bien le dire : nous avons vraiment touché le fond ! Une majorité d'électeurs français a élu à la plus haute charge de l'Etat quelqu'un qui croit à ce qu'il dit ! Quel mélange improbable, monstrueux, aberrant, d'hypocrisie non assumée et de sincérité égocentrée ! Quel magnifique arnaque ! C'est minable. MINABLE.



Et on voudrait me faire croire que Sarkozy vaut mieux que ses prédécesseurs ? Que Sarkozy vaut même mieux que Chirac ? Quelle blague ! Tous les politiciens mentent. Tous. Je dis bien TOUS (y compris, bien entendu, les "gentils" rentiers de la contestation que sont les réprésentants de l'extrême-gauche). Les politiciens mentent. Ils ne peuvent pas ne pas mentir. Et Sarkozy ment. Il ment comme tous les autres. Mais, lui, n'assume pas le fait qu'il mente. Contrairement aux autres, il n'assume pas le fait de tourner la page de la campagne électorale, d'en finir avec le temps, certes pas si lointain, où il était sans doute le meilleur bonimenteur parmis tous les candidats engagés dans la course à l'Elysée. Et on en revient toujours au même constat : éternel candidat, Sarkozy est incapable d'adopter la stature d'un homme d'Etat. De ce point de vue, il est complètement nul. Mais, cela dit, le pire, c'est sans doute le fait que, même après un an d'exercice du pouvoir, Sarkozy veut encore faire croire - y compris peut-être à lui-même ! - qu'il va tenir ses promesses irréalistes ! C'est n'importe quoi. A ce faux volontarisme, à ce pseudo-réformisme, à ce mouvementisme égocentré, à tous ces mensonges qui ne sont même pas assumés en tant que tels, je préfère encore l'immobilisme et les salades parfaitement assumées de Jacques Chirac. Eh oui ! Quel exploit ! Sarkozy a finalement réussi un seul tour de force : celui de me faire regretter Chirac ! Bravo !

"C'est moi que les Français veulent. Ils attendent que je m'engage, que je m'expose. Les gens m'ont élu moi pour que je fasse des réformes."

(Sarkozy de Nagy-Bocsa à des journalistes de Marianne lors d'un entretien à l'Elysée, le 19 mai 2008, cité par Nicolas Domenach et Maurice Szafran dans le journal Marianne N°579, semaine du 24 au 30 mai 2008)

Même si Sarkozy de Nagy-Bocsa peut avoir son utilité pour faire le sale boulot dans un certain nombre de domaines durant son mandat - ce que je reconnais, cyniquement, bien volontiers -, je n'attends RIEN de cette énergumène et de ses pseudo-réformes. Rien, sinon des emmerdements supplémentaires par rapport à ceux que j'ai déjà, comme tant d'autres, du reste... Je ne sais pas au juste ce que pensent aujourd'hui du personnage tous les électeurs ayant voté pour Sarkozy l'année dernière, et je ne sais pas s'ils veulent toujours que ce soit lui qui gouverne, mais quelle importance, après tout ? En matière de promesses, les gens peuvent bien croire ce qu'ils veulent : s'ils n'ont pas envie de faire preuve d'esprit critique, après tout, cela les regarde ! Mais qu'ils ne viennent pas pleurer après ! Et que Sarkozy ne vienne pas me dire, en plus, que ses salades à lui tiennent du parler vrai !

Vous allez peut-être me dire qu'en matière de politique, je suis un incorrigible relativiste doublé d'un indécrottable cynique. Eh bien, en ce qui me concerne, j'assume parfaitement le fait de faire la part des choses entre le réalité et la fiction, et le fait d'éviter autant que possible de faire preuve de naïveté en matière de politique. Parce qu'en politique, "la naïveté n'est pas une excuse, et même, en l'occurence, c'est une faute." Ce n'est pas de moi, c'est de Chirac... et, pour le coup, cela ne s'invente pas ! ;op

Aujourd'hui, l'actualité chiraquienne se limite à peu près à la création par l'ancien président de la République de sa fondation, la fondation Chirac, qui doit oeuvrer pour la diversité des cultures et le développement durable, et qui sera créée le 9 juin prochain à Paris, au musée du quai Branly. Le feuilleton judiciaire continue également, mais avec une relative discrétion...

Jacques Chirac entendu comme témoin dans l'enquête judiciaire sur la Sempap


L'ancien président Jacques Chirac a été entendu fin avril en tant que témoin dans l'enquête sur la Sempap, ancienne imprimerie de la ville de Paris soupçonnée d'avoir participé au financement du RPR, a-t-on appris vendredi [16 mai] de source proche du dossier.

M. Chirac a été auditionné le 30 avril par le juge d'instruction financier Jean-Marie d'Huy, auquel il a expliqué tout ignorer de ce dossier, a-t-on précisé de même source confirmant une information du Monde daté de samedi.

"En 1985-1986 (Jacques Chirac à Matignon en mars 1986, ndlr), j'avais d'autres préoccupations que celles de savoir ce que devenait cette Sempap dont j'ignorais l'existence", a notamment expliqué au juge l'ancien maire de Paris, selon le Monde.

Toujours selon le quotidien, interrogé sur une convention entre la ville et la Sempap semblant établir sa connaissance de l'imprimerie, M. Chirac a expliqué: "Je signais des montagnes de parapheurs tous les soirs, je ne lisais pas tout ce que je signais".

La Société d'économie mixte parisienne de prestation (Sempap), dissoute en 1996, est soupçonnée d'avoir favorisé des entreprises dans la passation de marchés publics, d'avoir financé le RPR via le cabinet de la mairie de Paris et d'avoir imprimé gracieusement des documents personnels pour Bernadette Chirac.

Créée en 1986 en remplacement de l'imprimerie municipale, elle était dirigée par Jacques Brats, aujourd'hui décédé, qui était considéré par les enquêteurs comme le principal bénéficiaire d'un système qui aurait coûté entre 99 et 110 millions de francs (15 à 16 millions d'euros) à la ville de Paris.

Dix personnes ont été mises en examen dans ce dossier. Certaines d'entre elles, dont l'épouse de M. Brats, ont évoqué des remises d'argent en espèces au préjudice de la mairie de Paris.

Trois proches de M. Chirac ont été entendus comme témoins en 2003 et 2004 par le juge Armand Riberolles alors chargé du dossier visant des faits de "favoritisme, détournement de fonds publics et prise illégale d'intérêts".

Michel Roussin, ancien directeur de cabinet de M. Chirac, a réfuté toute remise d'argent au sein du cabinet.

Jean Tibéri, ancien maire de Paris, a nié avoir été informé de ces "dysfonctionnements" et affirmé que seul le maire, Jacques Chirac, avait été destinataire de rapports de l'inspection générale de la ville de Paris qui les dénonçaient.

Bernard Bled, ex-secrétaire général de la ville, a affirmé n'avoir jamais donné d'instructions pour faire disparaître un des rapports, comme le suggérait une pièce du dossier.

En avril et mai 1992, deux rapports de l'Inspection générale de la ville de Paris dénonçaient l'existence d'un "système sciemment mis en place qui prive la Sempap de toute marge de manoeuvre avec ses fournisseurs et qui peut, à tout moment, provoquer un scandale politico-financier qui ne manquera pas d'éclabousser la ville et le maire de Paris lui-même".

(Dépêche de l'Agence France Presse, 16 mai 2008, 19h25)

Et pendant ce temps, le Sarko-show continue, bien entendu... Laissons donc parler l'Agence France Presse à ce propos...

Nicolas et Carla Sarkozy à Rungis aux côtés "de la France qui se lève tôt"


Nicolas Sarkozy et son épouse, Carla Bruni-Sarkozy, se sont rendus mardi aux aurores au Marché de Rungis, dont ils arpenté les allées main dans la main, auprès de "la France qui se lève tôt", chère au président de la République.
 
Il est un peu plus de 5h00. Devant le pavillon des viandes du MIN (Marché d'intérêt national), élus, employés et journalistes sont nombreux à attendre le chef de l'Etat.

A quelques mètres, une cinquantaine de manifestants sont là aussi, sous une grande banderole rouge de la CGT, pour réclamer la régularisation de sans-papiers, employés à Rungis "depuis de nombreuses années, jusqu'à dix ans et qui paient leurs impôts et la sécurité sociale", affirme leur délégué syndical. Ils sont refoulés avant l'arrivée du président.

La présence de Carla, non annoncée, créé
l'événement. C'est d'ailleurs la première fois qu'elle accompagne le président lors d'une sortie officielle en France. M. et Mme Sarkozy, main dans la main, visitent les pavillons des viandes, des fromages puis des fleurs. En revanche, ils ne visitent pas le pavillon de la marée, un secteur marqué par la colère de pêcheurs contre la hausse du gazole.

"Ah, enfin! On a une présidente", s'exclame une dame en lançant des regards admiratifs à Carla. "Elle est un peu pâlotte", remarque un jeune homme. On se bouscule, on s'interpelle dans une joyeuse pagaille, chacun veut apercevoir le président et son épouse, tente de les prendre en photo à l'aide de téléphones portables.

Sobre dans un trench-coat marron foncé, Carla Bruni-Sarkozy, peu maquillée et très souriante, est attentive aux dialogues entre son mari et les commerçants.

"C'est la passion qui nous fait lever le matin. Le challenge, on aime ça", lance un jeune homme. Bingo! C'est le genre de déclaration qu'affectionne M. Sarkozy. Un peu plus tard, il dir
a aux quelques dizaines d'employés rassemblées autour de lui au marché aux fleurs que "la France a besoin de femmes et d'hommes qui sont passionnés, qui aiment leur travail". Un jeune homme se précipite pour lui serrer la main. "Quel fayot, celui-là", réagit une de ses collègues. "Mais non, il est gentil", lui rétorque M. Sarkozy.

Au pavillon des fromages, le président s'inquiète auprès d'un commerçant de l'augmentation du prix du lait. "Et en plus, on a des quotas", regrette son interlocuteur. "Ah, mais les quotas, on va les faire sauter", s'exclame M. Sarkozy, alors que la France doit prendre la présidence de l'Union européenne, le 1er juillet.

"Qu'est-ce qu'il est accessible!", s'exclame une employée. Un autre offre un petit morceau de camembert au lait cru au couple présidentiel. M. Sarkozy taquine sa femme: "alors toi, t'attaques au fromage à 6h du matin!"

Juste avant de s'engouffrer dans sa voiture, direction RTL pour une heure d'interview, le président lance aux commerçants: "ce matin, à 4 heures et quart, lorsqu'on est partis de la maison et quand Carla m'a dit
« je viens avec toi », c'était quand même une journée qui commençait bien!".

(Dépêche de l'Agence France Presse, 27 mai 2008, 12h49)

A Rungis puis sur RTL, Sarkozy veut amortir la hausse des prix du pétrole


Un mois après sa dernière plaidoirie télévisée, Nicolas Sarkozy a une nouvelle fois défendu mardi ses réformes économiques et sociales, cette fois à une heure de grande écoute sur RTL, et suggéré quelques pistes pour amortir la hausse des prix du carburant.

Sitôt rentré d'une promenade matinale dans les allées du marché aux halles de Rungis (Val-de-Marne) en compagnie de son épouse Carla Bruni-Sarkozy, le chef de l'Etat a fait escale dans les studios parisiens de la radio la plus écoutée de France pour une séance de pédagogie qu'il voulait concentrée sur "la vie quotidienne" des Français.

Sur leur principale préoccupation de l'heure, Nicolas Sarkozy a convenu qu'il fallait "le courage de dire aux Français" que la hausse vertigineuse des prix du pétrole allait se poursuivre et proposé, en conséquence, une série de mesures destinées à en amoindrir les effets.

Parmi elles, la création d'un fonds sur lequel seraient versés les recettes supplémentaires de TVA générées par la hausse des prix du brut, qu'il a estimées de "150 à 170 millions d'euros par trimestre". Ce fonds pourrait servir à faire passer la prime à la cuve de 150 à 200 euros ou à l'instauration d'un tarif social du gaz, a-t-il lancé.

Un mois avant de prendre les rênes de l'Union européenne (UE), Nicolas Sarkozy a également posé à ses partenaires européens la question d'une éventuelle suspension, à partir d'un certain niveau de prix, de la TVA sur le pétrole. "Pour décider, il faut l'unanimité, donc il n'est pas question de le promettre", a-t-il toutefois prévenu.

Les derniers chiffres de la croissance et de l'emploi à l'appui, le président a profité de son passage sur RTL pour vanter à nouveau les effets bénéfiques de ses réformes sur les heures supplémentaires, la concurrence et la participation ou l'intéressement.

Selon le dernier sondage BVA publié mardi dans Les Echos, les deux tiers des Français (67%) sont mécontents de cette politique économique de M. Sarkozy.

Malgré le blâme que Bruxelles s'apprête à infliger à la France pour le dérapage de ses déficits publics, il a rejeté par avance toute mesure de rigueur. "Il n'y aura pas de politique de rigueur non pas pour des raisons idéologiques, mais parce que cela échoue", a-t-il assuré.

Sur les questions sociales, le président a également exclu "définitivement" la suppression de la durée hebdomadaire du travail, pourtant réclamée dans les rangs de l'UMP, et a balayé d'un même revers de main la suggestion du Medef de report de l'âge légal du départ à la retraite à 63 ans et demi.

"Il ne faut pas trop demander à un pays", a-t-il estimé, rappelant qu'il devait "tenir compte" aussi de l'allongement à 41 années de la durée de cotisation pour obtenir une retraite pleine.

Interrogé sur les médias, le président a écarté la piste d'une hausse de la redevance pour compenser la suppression de la publicité dans l'audiovisuel public, avancée par la commission Copé.

A trois semaines de la présentation annoncée du Livre blanc sur la défense, le président a aussi confirmé la mise au régime sec des armées, évoquant notamment la fermeture d'une quinzaine de bases aériennes.

Evoquant enfin ses relations avec François Fillon, il a assuré que "tout se passe bien" avec son Premier ministre. "Vous n'arriverez pas à mettre un coin entre M. Fillon et moi", a-t-il assuré en parlant de "tandem".

Avant ces trois quarts d'heure d'entretien sur RTL, Nicolas Sarkozy s'est rendu à l'aube, accompagné de son épouse Carla Bruni-Sarkozy et d'une nuée de photographes et journalistes, au marché de gros de Rungis pour saluer "la France qui travaille et qui se lève tôt".

(Dépêche de l'Agence France Presse, mardi 27 mai 2008, 13h33)


S'il fallait sauver quelque-chose de la présidence sarkozyenne, me direz-vous, ce serait la nouvelle Première Dame de France a laquelle nous avons droit depuis février dernier...
Et, ma foi, vous aurez raison.


Assurément, je le reconnais, c'est un argument fort : par tous les dieux de l'Olympe, je ne suis pas de bois ! ;-) Les bottes de Carla Bruni-Sarkozy, c'est tout-de-même autre chose que le sac à main de Bernadette Chirac, ou les bretelles de Jean-Claude Méry ! S'il fallait garder une chose du cirque sarkozyste, ce serait donc, bien entendu, Carla Bruni... mais ce serait bien là, j'insiste là-dessus, la seule chose à conserver, si cela ne tenait qu'à moi...


Pour finir, voici ce que j'ai lu aujourd'hui dans le nouveau numéro du Canard, paru ce matin :

"Sarko ébranle les statues des commandeurs

« Non, ce n'est pas vrai, je n'ai jamais critiqué Jacques Chirac. » Mardi matin, sur RTL, Sarkozy a donc démenti s'être essuyé les pieds sur l'ancien président. C'est évidemment un gros mensonge comme peuvent en attester 262 témoins.
    Ce sont les 262 députés UMP qui ont été reçus, le 7 mai, à l'Elysée et qui ont entendu le chef de l'Etat déclarer : « Chirac n'a fait qu'une réforme et demie. Son premier septennat s'est arrêté en décembre 1995 avec un recul sur la réforme des régimes spéciaux. » Quelques autres amabilités de moindre importance ont suivi.
    Se payer les prédécesseurs devient d'ailleurs une habitude chez Sarkozy. Le 24 mai, à peine revenu d'Angola, « débraillé et mal rasé » (au dire d'un participant), il a refait son numéro, cette fois devant les élus UMP de Paris :
    « Mitterrand aussi avait promis de réduire les inégalités, et il a fait le tournant de la rigueur. Chirac avait promis qu'il réduirait la fracture sociale, et il n'a rien fait. »
    Mais - l'effet de la fatigue peut-être - cette fois, c'est de Gaulle lui-même qui en a pris pour son grade. Sarko l'avait déjà égratigné, le 7 mai, devant les députés (« Le Canard », 14/5). Le 24, il l'a carrément habillé pour l'hiver.
    « Moi, je ne fais pas du De Gaulle, a-t-il lancé à des élus médusés, je ne suis pas sur son registre. De Gaulle a dit : "Je vous ai compris", et il a trahi l'Algérie française. Moi, je fais ce que j'ai dit, je fais ce que j'ai promis. »
    Exact. Tous les ans, Sarko fait déposer une gerbe sur la tombe du Général."

(Le Canard Enchaîné N°4570, 28 mai 2008)

Sarkozy, toujours aussi insupportable, et toujours aussi minable... Et il faut que je supporte ça pendant encore quatre ans ? Un an et treize jours de sarkozysme appliqué, ça suffit ! Rendez-nous Chirac ! En attendant mieux...



Cordialement, :-)

Hyarion.

(Illustrations : Jacques Chirac au Salon de l'Automobile en 2000, caricature, par Luz, publiée dans Charlie-Hebdo N°432, 27 septembre 2000 ; Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac, le 4 septembre 2007 lors des obsèques de Pierre Messmer à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©Michael Sawyer/AFP/pool/Archives ; Jacques Chirac interrogé dans l'affaire de la Sem[p]ap, caricature de Pétillon, publiée dans Le Canard Enchaîné N°4569, 21 mai 2008 ; Nicolas et Carla Sarkozy, le 27 mai 2008 à Rungis, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Jacques Brinon ; Nicolas Sarkozy le 27 mai 2008 à Rungis entouré de Luc Chatel, et de son épouse Carla Bruni-Sarkozy, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Jacques Brinon ; Nicolas Sarkozy et Carla Bruni-Sarkozy, le 27 mai 2008 à Rungis, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Jacques Brinon ; Carla Bruni, été 2007, photographie [à l'endroit, cette fois-ci] de Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin pour un numéro de l'édition française du magazine Vogue d'août 2007 ; Affiche électorale de Jacques Chirac, candidat à l'élection présidentielle de 1981)
Par Hyarion
- Voir les 8 commentaires - Recommander

Présentation

  • : Le Blog de l'Anarcho-Monarchiste
  • anarcho-monarchiste
  • : Politique
  • : Blog politique et culturel, par un citoyen français. Ni capitaliste, ni marxiste, je suis juste arnarcho-monarchiste, et résolument anti-sarkozyste. Au menu : réflexions, lectures, écriture, discussions, le tout avec un zeste d'humour satirique.
  • Recommander ce blog
  • Retour à la page d'accueil
  • Contact

Devises

* "Faire les choses sérieusement, sans se prendre au sérieux."

* "Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts." (F. Nietzsche)

* "Ce que le public te reproche, cultive-le : c'est toi." (J. Cocteau)

Calendrier

Décembre 2009
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés