Lundi 7 mai 2007
Quelle dérouillée ! Avec un peu plus de 53% des suffrages pour Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, contre un peu moins de 47% des voix pour Ségolène Royal, la défaite est sévère pour tous les citoyens démocrates et humanistes de notre pays. Avec
l'élection de Sarkozy à la plus haute charge de l'Etat, c'est une droite décomplexée, et idéologiquement très
orientée, qui est désormais sur le point de conquérir - à l'occasion des prochaines élections législatives - la totalité du pouvoir en
France.
C'est évidemment une catastrophe politique, d'autant plus grande que la victoire de Sarkozy est
incontestable sur la forme, en raison du taux de participation très élévée pour ce deuxième tour de l'élection présidentielle (environ 84 % de votants), taux qui représente - paradoxalement -, et
c'est bien juste de le dire, une bonne nouvelle pour la démocratie française. On notera que les électeurs de François Bayrou, considérés comme détenant une des clés du scrutin avant le second
tour de l'élection, n'ont pas fait la différence, en définitive, puisqu'ils se répartissent de façon à peu près égale sur les deux candidats. Le succès de Sarkozy n'est pas une surprise : dans un
pays qui vieillit, dont la situation socio-économique n'est guère brillante, il n'a pas eu de mal à incarner un "changement", dont on aura bien assez le temps de constater la nature - forcément
injuste - dans les cinq ans qui viennent... Sarkozy, candidat des riches, des puissances financières et médiatiques, a réussi à conquérir l'électorat jusque-là favorable à Le Pen, une bonne
partie des couches populaires de la société, ainsi que, bien entendu, les plus âgés des citoyens français, ceux qui sont vraiment vieux, c'est-à-dire vieux à la fois dans le corps mais surtout
aussi dans leur tête, tous ceux qui veulent que les choses changent tout en restant les mêmes, avec les sempiternelles références au travail, à l'autorité, à la morale, au mérite, à la
récompense, à l'identité nationale comme rempart face à l'immigration, toutes ces références étant érigées en dogme... Le vote pour Sarkozy est, en fait, le pire
des votes conservateurs, celui qui sous l'apparence d'un changement, n'est jamais que l'expression des préjugés et de la bêtise ordinaires, propre au conservatisme le plus étouffant qui
soit...
Le 31 janvier dernier, à l'occasion d'un entretien accordé au Figaro, à la question de définir quelles sont les valeurs de la droite, Sarkozy a répondu ainsi :
Sarkozy s'est présenté comme le candidat de la "valeur travail". Pour moi, le travail est un moyen, et non pas une fin. Or, en considérant le travail comme une valeur en soi, comme si le travail pour le travail avaient un sens, surtout s'il est lié au principe de l'argent pour l'argent, Sarkozy considère implicitement que le travail est une fin en soi, et pour cause : derrière ces beau discours qui ne font qu'entretenir les préjugés insultants de ceux qui considèrent qu'il y a la bonne France de ceux qui travaillent et se lèvent tôt pour gagner de quoi vivre, face à la mauvaise France de ceux qui ne lèvent que pour aller faire la queue aux ASSEDIC, il y a la conviction profonde que ledit travail constitue la meilleure des polices dans une société.
Le philosophe Friedrich Nietzsche l'avait bien compris :
Bien évidemment, Nietzsche parlait ici du travail médiocre, à distinguer de l'authentique travail qui manifeste notre pouvoir de création. Or, que peut-on espérer d'autre, avec quelqu'un comme Sarkozy, qu'un dur labeur destiné uniquement à satisfaire des besoins immédiats, forcément financiers, un labeur qui, du matin jusqu'au soir, mobilise nos facultés et dompte les individus ? On remarquera que même pour Nietzche, le travail authentique, dès lors qu'il est lié au plaisir et à la joie, peut être un but en soi. Pour ma part, le travail, sous quelque forme que ce soit, ne saurait être un but. Pour moi, le travail n'est qu'un moyen, que ce soit pour le pire - le gain, le profit -, ou pour le meilleur - la réalisation, la création, vrai but du travail. La réflexion de Nietzsche sur les apologistes du travail, dans son livre Aurore, n'en est pas moins particulièrement actuelle : on a l'impression que l'immense philosophe allemand du XIXe siècle a écrit ces lignes cette année...
Hier, j'ai passé ma soirée devant le poste de télévision, à regarder les images navrantes, parfois assez écoeurantes, de cette fin de journée du 6 mai, jour de tristesse et d'amertume pour tous ceux qui ce sont opposés à la candidature de Sarkozy. J'ai bien noté que du côté du PS, comme cela était prévisible, le combat des chefs n'a pas tardé à réapparaître : tandis que Ségolène Royal s'efforçait de rester digne et affirmait, courageusement, sa volonté de continuer à incarner le renouveau à gauche, et de rester aux côtés de ses partisans à l'occasion des prochaines échéances électorales - contrairement à Jospin en 2002 -, l'incorrigible Dominique Strauss-Kahn n'a pas pu s'empêcher d'être le premier - avant même Laurent Fabius - a dégainer les couteaux, en affirmant crânement, sur France 2, être le seul au PS à incarner le changement social-démocrate tant attendu, refusant d'accorder, semble-t-il, la moindre importance aux efforts faits par Royal pour sortir des carcans idéologiques du PS pendant sa campagne, notamment son ouverture vers le centre pendant l'entre-deux tours. Strauss-Kahn semble être un peu trop persuadé d'incarner à lui seul le changement au PS : son attitude d'hier soir devant les caméras de télévision a été indigne, et s'il faut être obligé de se rallier à lui pour faire du PS un véritable parti social-démocrate moderne, je ne peux que confirmer mon intention d'aller voir ailleurs...
Depuis 2005, et la division de la gauche au moment du référendum sur la constitution européenne, rien ne va plus au Parti Socialiste : alors que la transformation
social-démocrate aurait dû avoir lieu bien avant l'échéance de 2007, le fameux "projet socialiste" péniblement pondu en 2006, et difficilement défendable tant il était inconsistant, ainsi que les
affrontements au sein du PS durant la campagne interne pour la désignation du candidat du parti n'ont pu que confirmer la situation de blocage politique dont les socialistes n'ont pas vraiment
réussi à se sortir. La transformation social-démocrate du PS aura sans doute lieu, mais elle sera bien tardive, et surtout difficile dans la mesure où l'on ne pourra probablement pas faire
l'économie d'un affrontement interne très virulent, auquel je n'ai, en ce qui me concerne, guère envie de prendre part...
J'ai lu dans le numéro de Libération d'aujourd'hui, 7 mai, un article d'un professeur de sciences politiques à l'université de Montpellier, Paul Alliès, dans lequel l'auteur prétend, sans rire, que l'élection présidentielle de 2007 a abouti à un "triomphe du bonapartisme" : "Cette élection présidentielle pourrait bien être le triomphe absolu du bonapartisme, cette culture politique dont la France ne parvient décidément pas à se défaire. Nicolas Sarkozy en est l'incarnation à lui seul. Il résume jusqu'à la caricature la modernité de cette "société du 10 décembre" qui fit le succès, en 1848, de Napoléon le Petit [sic] : déjà à l'époque, elle ajoutait de la violence symbolique et privée au monopole étatique de la force. Mais la postérité du bonapartisme va bien au-delà des personnes. Elle s'est forgée dans et par les institutions ; pas tant dans l'élection par le chef de l'Etat au suffrage universel direct que dans la concentration exceptionnelle de tous les pouvoirs en ses mains. De ce point de vue, l'histoire de la Ve République restera celle d'une accumulation progressive de puissance d'une seule autorité au prix de la dévitalisation des moindres contre-pouvoirs. Même celui que les journalistes avaient construit est en train de produire par connivence ou servitude volontaire une nouvelle oligarchie. Se refonde ainsi toujours plus l'espace du pouvoir où le centre reste la cité interdite à la société civile tandis que sa périphérie est abandonnée à ses ennemis."
En tant que démocrate, je ne peux qu'être d'accord avec l'auteur en ce qui concerne la menace pesant sur le pluralisme médiatique et le danger que constitue, en ce début de XXIe siècle, la concentration de tous les pouvoirs entre quelques mains. Mais en sachant ce que je sais sur le bonapartisme, je ne peux que désapprouver le parallèle fait par Paul Alliès entre Sarkozy et "Napoléon le Petit", c'est-à-dire Napoléon III, car on ne peut que comparer que ce qui est véritablement comparable. Dans un de mes précédents messages (intitulé "Sarkozy de Nagy-Bocsa, alias Talonnette Ier..."), j'ai déjà eu l'occasion de souligner le caractère absurde, sur le plan historique, de toute comparaison de Sarkozy avec Napoléon Ier ou avec Napoléon III. La comparaison du sarkozysme avec le bonapartisme, disparu à la fin du XIX e siècle, mais que l'on ne cesse d'invoquer de façon trop souvent intempestive pour attaquer Sarkozy, est tout aussi absurde. Le fait est que les républicanistes de la gauche bien-pensante persiste à vouloir employer les mêmes vieilles recettes pour construire leurs critiques, quand lesdites recettes sont, au mieux maladroites, au pire complètement à côté des clous. Ayant assez longuement étudié le bonapartisme et les élections plébiscitaires qui y sont associées, je crois pouvoir - modestement - me permettre de dire que Nicolas Sarkozy n'est pas Napoléon III, et que ses idées n'ont pas grand-chose à voir avec le bonapartisme - qui, du reste, n'était ni une droite, ni une gauche, ni d'ailleurs un centre. Ceux qui disent et écrivent cela illusionnent les citoyens, et s'illusionnent eux-mêmes. Le fait est, cependant, que cette élection présidentielle a, par certains côtés, pu donner l'impression que l'on avait affaire à un électorat français semblable à celui du temps de Napoléon III, à savoir un électorat à la politisation encore incomplète, et faiseur de roi - ou d'empereur - par "la seule tyrannie des souvenirs", pour reprendre l'expression employée par l'historien François Furet. En 2007, les électeurs sarkozystes ont donné l'impression, assez aberrante pour tout démocrate de progrès, de voter, en effet, comme ceux de 1848 ou de 1851 : ils ont, d'une part, voté pour la propriété, contre la pression fiscale incarnée à leurs yeux par la République, contre le "gouffre béant du socialisme" selon l'expression employé par le catholique Montalembert en décembre 1851 ; le nom de Louis-Napoléon Bonaparte (futur Napoléon III, et neveu de Napoléon Ier) était, en 1848, le seul nom qui fut connu et populaire alors en France, mais la tyrannie des souvenirs
n'a pas, cette fois-ci, été celle de la légende napoléonienne, mais celle des évènements, déjà anciens, de mai 1968, source de désordre
socio-économique et de dépravation morale aux yeux de beaucoup de sarkozystes, dont Sarkozy lui-même n'a pas manqué d'entretenir les préjugés, y compris dans les derniers jours de sa
campagne.
Ainsi, je ne nie pas que l'on puisse faire, sur certains points, des comparaisons entre les différents comportements électoraux à travers l'histoire, mais comparaison n'est pas raison. Certes, je suis interpellé par les troublantes similitudes entre le vote bonapartiste de 1848 et 1851 et le vote sarkozyste en 2007, au point que j'en viens à me demander sérieusement si la politisation des citoyens français, phénomène commencé au plus tard en 1848 et poursuivi sous Napoléon III puis sous la IIIe République, a bien été complètement achevée en ce début du XXIe siècle. Mais pour autant, je me garde bien de faire des amalgames faciles : ce n'est pas parce que les électeurs votent dans tel sens que le président élu est un nouveau Napoléon III ou que le régime en place est de nature bonapartiste. Je ne nie pas le caractère autoritaire du régime de Napoléon III, surtout à ses débuts, mais la situation de la France des années 1851-1870 était tout de même sensiblement différente de celle d'aujourd'hui : ne l'oublions pas. Les Français sont censés, depuis, avoir progressés en matière de politisation et de pratiques démocratiques. Je rappelle, du reste, que Louis-Napoléon Bonaparte a été élu président de la République à l'âge de 40 ans, au suffrage universel masculin, et choisi par 74 % des votants, soit 56 % des inscrits, face à cinq autres candidats, dès le premier tour. Rien de comparable, bien entendu, avec l'élection de Sarkozy, élu à 52 ans, au deuxième tour, avec environ 53 % des voix contre une candidate, au suffrage universel masculin et féminin. Pour l'anecdote, on notera que, d'une certaine manière, avec son idée de service minimum, notamment dans les transports, Nicolas Sarkozy s'apprête à plus ou moins remettre en cause le droit de grève alors que, sur le principe, c'est Napoléon III qui fut, en son temps, le seul souverain d'Europe à le dépénaliser, en 1864. Quant au régime de la Ve République, il ressemble un peu, sur le plan institutionnel, au Second Empire parlementaire tel qu'il existait à la veille de la guerre franco-prussienne de 1870 et de l'effondrement du régime de Napoléon III du seul fait de la défaite, mais il est absurde de vouloir en faire un régime bonapartiste, surtout au vu de la façon pour le moins parcimonieuse et pusillanime avec laquelle les successeurs du général de Gaulle ont utilisés, par exemple, le référendum, équivalent du plébiscite du XIXe siècle. Sarkozy a annoncé qu'il ne consultera pas les Français par référendum au sujet d'un nouveau projet de constitution européenne : une telle attitude semble bien peu bonapartiste, vis-à-vis du principe de la consultation populaire pour les grands changements en matière constitutionnelle... Que l'on arrête donc de voir du bonapartisme partout, là où il n'y a que des évènements qui sont, avant tout, propres à notre époque. Du reste, Sarkozy a beau être un amoureux de la Corse, berceau de la famille Bonaparte, il est, à mon avis, tout à fait inapproprié, aux yeux de l'histoire, d'oser comparer le destin du nouveau président de la République avec celui de Napoléon Ier : Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa ne lui arrivera jamais à la cheville, quoique l'on en dise... Ce que je retiens, en tout cas, c'est que les citoyens français sont censés avoir fait le long apprentissage de la démocratie au XIXe siècle, sous la IIe République, sous le Second Empire de Napoléon III, et sous la IIIe République, mais que l'on peut se demander si tout cela à véritablement abouti à quelque-chose quand on voit pour qui ils ont aujourd'hui voté, en ce début du XXI siècle... Sur la forme, en ce qui concerne le principe de la participation électorale, le progrès démocratique est incontestable, mais sur le fond, en ce qui concerne les motivations et le choix de vote, on peut franchement s'interroger...
Pourquoi est-il aussi difficile à la gauche, même modérée, d'emporter l'adhésion de la majorité, alors que cela semble si facile à la droite la plus dure ? Sans doute parce que la droite sait flatter la part la plus instinctive de cet animal politique qu'est l'homme. Avec la droite, et spécialement avec la droite la plus extrémiste sur le plan du libéralisme socio-économique, tout est toujours plus simple : qu'on le veuille ou non, les forts dominent toujours les faibles, et rien ne doit être changé à cette nature des choses. Avec une droite adepte d'un libéralisme socio-économique poussé jusqu'à l'absurde, il y a toujours le risque de basculer dans la doctrine extrêmement dangereuse du darwinisme social, selon laquelle les plus doués et les mieux adaptés doivent forcément l'emporter, les autres devant disparaître, au nom d'un ordre social naturel, cette idée de lutte pour la survie ne pouvant manquer d'engendrer, chez certains, une réflexion eugéniste, voire raciste. Avec cette droite dure, il y a toujours un risque, celui de tourner le dos à l'humanisme, au principe d'égalité et de solidarité, à la justice sociale : voila pourquoi les idées de cette droite ne seront jamais les miennes...
Les propos tenus par Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa dans son premier discours de chef d'Etat élu, sont censés rassurer tout le monde, et inciter au rassemblement de la nation, mais il est évident que le nouveau président ne fera jamais l'unanimité... Pour moi, les choses sont très claires. J'ai bien trop de respect pour le suffrage universel, et notre démocratie, pour prétendre contester le fait que Nicolas Sarkozy a été élu à la plus haute charge de l'Etat. En tant que citoyen électeur, j'en prends acte. Pourtant, à titre individuel, il est bien évident que le nouveau président de la République n'est pas mon président, et ne le sera jamais. Toute ma vie, je le combattrais, lui et tout ce qu'il représente, quelles que puissent être ses déclarations plus ou moins convenues et consensuelles, et quels que puissent être les ralliements autour de sa personne et de ses idées. J'aurai fait mon devoir jusqu'au bout lors de cette campagne : j'ai voté pour Ségolène Royal au premier et au second tour, et si cela était à refaire, je le referais. Fidèle à mes convictions, qui sont celles de l'humanisme, de la démocratie, et de la justice sociale, s'il me faut choisir, à l'avenir, entre la droite dure que représente Sarkozy et la gauche de gouvernement quelle qu'elle soit, je n'hésiterai pas à voter pour cette gauche et contre cette droite.
Aujourd'hui, cependant, dans la
mesure où la victoire de Sarkozy m'a décidé à m'engagerfermement en
politique, je ne pense pas que la gauche soit en état de constituer une alternative crédible face à une droite sarkozyste adepte d'un pouvoir verrouillé qui a su faire bloc autour de son
chef vénéré. La rénovation de la gauche de gouvenement viendra un jour, mais je n'ai pas envie d'attendre plus longtemps après elle, car il y a urgence. Pour moi, la transformation passe par une
recomposition du paysage politique. Il faut remettre les compteurs à zéro, et aller de l'avant, pour refonder politiquement notre pays. Dans quelques jours, le 10 mai prochain, un nouveau parti
du centre recomposé devrait être crée, qui ne s'appellera pas finalement le Parti Démocrate mais le Mouvement Démocrate (MD), ainsi que François Bayrou l'a
annoncé officiellement le 4 mai dernier. Parti ouvert aussi bien au centre-droit qu'au centre-gauche, le Mouvement Démocrate représente, à mes yeux, aujourd'hui la seule véritable alternative au sarkozysme triomphant. Jusqu'où l'aventure du MD nous mènera-t-elle ? Je ne sais, mais j'espère que ce sera le plus loin possible, car
la France et sa jeunesse ont besoin d'un véritable renouveau, et de tourner la page des vieilles habitudes politiciennes qui empêchent le pays d'avancer.
La campagne électorale présidentielle qui a pris fin hier n'a pas été, à mon sens, à la hauteur des enjeux auquels doit faire face notre pays. Mais elle aura au moins eu le mérite de faire apparaître l'ébauche d'un changement possible, voire d'une véritable refondation dans laquelle la jeunesse démocrate et humaniste de ce pays aura, enfin, toute sa place... Si l'on m'avait dit que cela se produirait au moment où j'ai créé ce blog, il y a un peu plus de trois mois, je ne sais si je l'aurai cru... Mais nous y sommes ! Au lendemain de la défaite, on peut être très déçu, très amer, très triste de la situation dramatique dans laquelle se trouve notre pays. Mais il ne faut pas se résigner, ni persister à passer son temps à se plaindre et à contester sans vouloir construire. L'avenir est là, et il est à nous. Voyons la partie pleine du verre : Sarkozy a été élu, et nous ne sommes pas morts ! Or, ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts... ainsi que l'a écrit Friedrich Nietzsche :
Cette citation de Nietzsche me parait particulièrement appropriée à la situation actuelle, en ces temps difficiles. En avant ! Disons "oui" à l'existence, et ne cédons pas face à l'adversité !
Ce blog va, dans les prochains jours, changer de visage, et ne pas s'arrêter, bien entendu, avec la campagne présidentielle : le combat continue !
Cordialement, :-)
Hyarion, citoyen résolument anti-sarkozyste.
C'est évidemment une catastrophe politique, d'autant plus grande que la victoire de Sarkozy est
incontestable sur la forme, en raison du taux de participation très élévée pour ce deuxième tour de l'élection présidentielle (environ 84 % de votants), taux qui représente - paradoxalement -, et
c'est bien juste de le dire, une bonne nouvelle pour la démocratie française. On notera que les électeurs de François Bayrou, considérés comme détenant une des clés du scrutin avant le second
tour de l'élection, n'ont pas fait la différence, en définitive, puisqu'ils se répartissent de façon à peu près égale sur les deux candidats. Le succès de Sarkozy n'est pas une surprise : dans un
pays qui vieillit, dont la situation socio-économique n'est guère brillante, il n'a pas eu de mal à incarner un "changement", dont on aura bien assez le temps de constater la nature - forcément
injuste - dans les cinq ans qui viennent... Sarkozy, candidat des riches, des puissances financières et médiatiques, a réussi à conquérir l'électorat jusque-là favorable à Le Pen, une bonne
partie des couches populaires de la société, ainsi que, bien entendu, les plus âgés des citoyens français, ceux qui sont vraiment vieux, c'est-à-dire vieux à la fois dans le corps mais surtout
aussi dans leur tête, tous ceux qui veulent que les choses changent tout en restant les mêmes, avec les sempiternelles références au travail, à l'autorité, à la morale, au mérite, à la
récompense, à l'identité nationale comme rempart face à l'immigration, toutes ces références étant érigées en dogme... Le vote pour Sarkozy est, en fait, le pire
des votes conservateurs, celui qui sous l'apparence d'un changement, n'est jamais que l'expression des préjugés et de la bêtise ordinaires, propre au conservatisme le plus étouffant qui
soit...Le 31 janvier dernier, à l'occasion d'un entretien accordé au Figaro, à la question de définir quelles sont les valeurs de la droite, Sarkozy a répondu ainsi :
« Au premier rang, je mettrai la valeur travail dont l’oubli résume à mes yeux toute la
crise morale française. Le travail a été délaissé par la droite et trahi par la gauche. Les socialistes ne parlent plus des travailleurs, c’est un signe. Je veux être le candidat du travail.
C’est ma cohérence et le ciment de mon projet. La deuxième valeur, c’est le respect. L’erreur de mai 68, c’est d’avoir pensé faire le bonheur de l’élève en le considérant comme l’égal du
maître. Or, si l’élève a vocation à dépasser le maître, il doit respecter son autorité. Enfin, il y a la valeur de responsabilité. Je considère qu’il n’existe pas de droit sans devoir en
contrepartie. Je demande que nul ne puisse refuser plus de deux offres d’emploi qui correspondent à sa qualification. Je demande aussi qu’il n’y ait pas de minimum social sans une obligation
d’activité en contrepartie. »
(Sarkozy, dans un entretien, le Figaro, 31 janvier 2007)
(Sarkozy, dans un entretien, le Figaro, 31 janvier 2007)
Sarkozy s'est présenté comme le candidat de la "valeur travail". Pour moi, le travail est un moyen, et non pas une fin. Or, en considérant le travail comme une valeur en soi, comme si le travail pour le travail avaient un sens, surtout s'il est lié au principe de l'argent pour l'argent, Sarkozy considère implicitement que le travail est une fin en soi, et pour cause : derrière ces beau discours qui ne font qu'entretenir les préjugés insultants de ceux qui considèrent qu'il y a la bonne France de ceux qui travaillent et se lèvent tôt pour gagner de quoi vivre, face à la mauvaise France de ceux qui ne lèvent que pour aller faire la queue aux ASSEDIC, il y a la conviction profonde que ledit travail constitue la meilleure des polices dans une société.
Le philosophe Friedrich Nietzsche l'avait bien compris :
« 173. Les apologistes du travail.
Dans la glorification du "travail", dans les infatigables discours sur la "bénédiction du travail", je vois la même arrière-pensée que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous : à savoir la peur de tout ce qui est individuel. Au fond, on sent aujourd'hui, à la vue du travail - on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir -, qu'un tel travail constitue la meilleure des polices, qu'il tient chacun en bride et s'entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l'indépendance. Car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l'amour et à la haine, il présente constamment à la vue un but mesquin et assure des satisfactions faciles et régulières. Ainsi une société où l'on travaille dur en permanence aura davantage de sécurité : et l'on adore aujourd'hui la sécurité comme la divinité suprême. »
(Friedrich Nietzsche, Aurore, pensées sur les préjugés moraux [1880-1881], Livre troisième, "173. Les apologistes du travail")
Dans la glorification du "travail", dans les infatigables discours sur la "bénédiction du travail", je vois la même arrière-pensée que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous : à savoir la peur de tout ce qui est individuel. Au fond, on sent aujourd'hui, à la vue du travail - on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir -, qu'un tel travail constitue la meilleure des polices, qu'il tient chacun en bride et s'entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l'indépendance. Car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l'amour et à la haine, il présente constamment à la vue un but mesquin et assure des satisfactions faciles et régulières. Ainsi une société où l'on travaille dur en permanence aura davantage de sécurité : et l'on adore aujourd'hui la sécurité comme la divinité suprême. »
(Friedrich Nietzsche, Aurore, pensées sur les préjugés moraux [1880-1881], Livre troisième, "173. Les apologistes du travail")
Bien évidemment, Nietzsche parlait ici du travail médiocre, à distinguer de l'authentique travail qui manifeste notre pouvoir de création. Or, que peut-on espérer d'autre, avec quelqu'un comme Sarkozy, qu'un dur labeur destiné uniquement à satisfaire des besoins immédiats, forcément financiers, un labeur qui, du matin jusqu'au soir, mobilise nos facultés et dompte les individus ? On remarquera que même pour Nietzche, le travail authentique, dès lors qu'il est lié au plaisir et à la joie, peut être un but en soi. Pour ma part, le travail, sous quelque forme que ce soit, ne saurait être un but. Pour moi, le travail n'est qu'un moyen, que ce soit pour le pire - le gain, le profit -, ou pour le meilleur - la réalisation, la création, vrai but du travail. La réflexion de Nietzsche sur les apologistes du travail, dans son livre Aurore, n'en est pas moins particulièrement actuelle : on a l'impression que l'immense philosophe allemand du XIXe siècle a écrit ces lignes cette année...
Hier, j'ai passé ma soirée devant le poste de télévision, à regarder les images navrantes, parfois assez écoeurantes, de cette fin de journée du 6 mai, jour de tristesse et d'amertume pour tous ceux qui ce sont opposés à la candidature de Sarkozy. J'ai bien noté que du côté du PS, comme cela était prévisible, le combat des chefs n'a pas tardé à réapparaître : tandis que Ségolène Royal s'efforçait de rester digne et affirmait, courageusement, sa volonté de continuer à incarner le renouveau à gauche, et de rester aux côtés de ses partisans à l'occasion des prochaines échéances électorales - contrairement à Jospin en 2002 -, l'incorrigible Dominique Strauss-Kahn n'a pas pu s'empêcher d'être le premier - avant même Laurent Fabius - a dégainer les couteaux, en affirmant crânement, sur France 2, être le seul au PS à incarner le changement social-démocrate tant attendu, refusant d'accorder, semble-t-il, la moindre importance aux efforts faits par Royal pour sortir des carcans idéologiques du PS pendant sa campagne, notamment son ouverture vers le centre pendant l'entre-deux tours. Strauss-Kahn semble être un peu trop persuadé d'incarner à lui seul le changement au PS : son attitude d'hier soir devant les caméras de télévision a été indigne, et s'il faut être obligé de se rallier à lui pour faire du PS un véritable parti social-démocrate moderne, je ne peux que confirmer mon intention d'aller voir ailleurs...
Depuis 2005, et la division de la gauche au moment du référendum sur la constitution européenne, rien ne va plus au Parti Socialiste : alors que la transformation
social-démocrate aurait dû avoir lieu bien avant l'échéance de 2007, le fameux "projet socialiste" péniblement pondu en 2006, et difficilement défendable tant il était inconsistant, ainsi que les
affrontements au sein du PS durant la campagne interne pour la désignation du candidat du parti n'ont pu que confirmer la situation de blocage politique dont les socialistes n'ont pas vraiment
réussi à se sortir. La transformation social-démocrate du PS aura sans doute lieu, mais elle sera bien tardive, et surtout difficile dans la mesure où l'on ne pourra probablement pas faire
l'économie d'un affrontement interne très virulent, auquel je n'ai, en ce qui me concerne, guère envie de prendre part...J'ai lu dans le numéro de Libération d'aujourd'hui, 7 mai, un article d'un professeur de sciences politiques à l'université de Montpellier, Paul Alliès, dans lequel l'auteur prétend, sans rire, que l'élection présidentielle de 2007 a abouti à un "triomphe du bonapartisme" : "Cette élection présidentielle pourrait bien être le triomphe absolu du bonapartisme, cette culture politique dont la France ne parvient décidément pas à se défaire. Nicolas Sarkozy en est l'incarnation à lui seul. Il résume jusqu'à la caricature la modernité de cette "société du 10 décembre" qui fit le succès, en 1848, de Napoléon le Petit [sic] : déjà à l'époque, elle ajoutait de la violence symbolique et privée au monopole étatique de la force. Mais la postérité du bonapartisme va bien au-delà des personnes. Elle s'est forgée dans et par les institutions ; pas tant dans l'élection par le chef de l'Etat au suffrage universel direct que dans la concentration exceptionnelle de tous les pouvoirs en ses mains. De ce point de vue, l'histoire de la Ve République restera celle d'une accumulation progressive de puissance d'une seule autorité au prix de la dévitalisation des moindres contre-pouvoirs. Même celui que les journalistes avaient construit est en train de produire par connivence ou servitude volontaire une nouvelle oligarchie. Se refonde ainsi toujours plus l'espace du pouvoir où le centre reste la cité interdite à la société civile tandis que sa périphérie est abandonnée à ses ennemis."
En tant que démocrate, je ne peux qu'être d'accord avec l'auteur en ce qui concerne la menace pesant sur le pluralisme médiatique et le danger que constitue, en ce début de XXIe siècle, la concentration de tous les pouvoirs entre quelques mains. Mais en sachant ce que je sais sur le bonapartisme, je ne peux que désapprouver le parallèle fait par Paul Alliès entre Sarkozy et "Napoléon le Petit", c'est-à-dire Napoléon III, car on ne peut que comparer que ce qui est véritablement comparable. Dans un de mes précédents messages (intitulé "Sarkozy de Nagy-Bocsa, alias Talonnette Ier..."), j'ai déjà eu l'occasion de souligner le caractère absurde, sur le plan historique, de toute comparaison de Sarkozy avec Napoléon Ier ou avec Napoléon III. La comparaison du sarkozysme avec le bonapartisme, disparu à la fin du XIX e siècle, mais que l'on ne cesse d'invoquer de façon trop souvent intempestive pour attaquer Sarkozy, est tout aussi absurde. Le fait est que les républicanistes de la gauche bien-pensante persiste à vouloir employer les mêmes vieilles recettes pour construire leurs critiques, quand lesdites recettes sont, au mieux maladroites, au pire complètement à côté des clous. Ayant assez longuement étudié le bonapartisme et les élections plébiscitaires qui y sont associées, je crois pouvoir - modestement - me permettre de dire que Nicolas Sarkozy n'est pas Napoléon III, et que ses idées n'ont pas grand-chose à voir avec le bonapartisme - qui, du reste, n'était ni une droite, ni une gauche, ni d'ailleurs un centre. Ceux qui disent et écrivent cela illusionnent les citoyens, et s'illusionnent eux-mêmes. Le fait est, cependant, que cette élection présidentielle a, par certains côtés, pu donner l'impression que l'on avait affaire à un électorat français semblable à celui du temps de Napoléon III, à savoir un électorat à la politisation encore incomplète, et faiseur de roi - ou d'empereur - par "la seule tyrannie des souvenirs", pour reprendre l'expression employée par l'historien François Furet. En 2007, les électeurs sarkozystes ont donné l'impression, assez aberrante pour tout démocrate de progrès, de voter, en effet, comme ceux de 1848 ou de 1851 : ils ont, d'une part, voté pour la propriété, contre la pression fiscale incarnée à leurs yeux par la République, contre le "gouffre béant du socialisme" selon l'expression employé par le catholique Montalembert en décembre 1851 ; le nom de Louis-Napoléon Bonaparte (futur Napoléon III, et neveu de Napoléon Ier) était, en 1848, le seul nom qui fut connu et populaire alors en France, mais la tyrannie des souvenirs
n'a pas, cette fois-ci, été celle de la légende napoléonienne, mais celle des évènements, déjà anciens, de mai 1968, source de désordre
socio-économique et de dépravation morale aux yeux de beaucoup de sarkozystes, dont Sarkozy lui-même n'a pas manqué d'entretenir les préjugés, y compris dans les derniers jours de sa
campagne.Ainsi, je ne nie pas que l'on puisse faire, sur certains points, des comparaisons entre les différents comportements électoraux à travers l'histoire, mais comparaison n'est pas raison. Certes, je suis interpellé par les troublantes similitudes entre le vote bonapartiste de 1848 et 1851 et le vote sarkozyste en 2007, au point que j'en viens à me demander sérieusement si la politisation des citoyens français, phénomène commencé au plus tard en 1848 et poursuivi sous Napoléon III puis sous la IIIe République, a bien été complètement achevée en ce début du XXIe siècle. Mais pour autant, je me garde bien de faire des amalgames faciles : ce n'est pas parce que les électeurs votent dans tel sens que le président élu est un nouveau Napoléon III ou que le régime en place est de nature bonapartiste. Je ne nie pas le caractère autoritaire du régime de Napoléon III, surtout à ses débuts, mais la situation de la France des années 1851-1870 était tout de même sensiblement différente de celle d'aujourd'hui : ne l'oublions pas. Les Français sont censés, depuis, avoir progressés en matière de politisation et de pratiques démocratiques. Je rappelle, du reste, que Louis-Napoléon Bonaparte a été élu président de la République à l'âge de 40 ans, au suffrage universel masculin, et choisi par 74 % des votants, soit 56 % des inscrits, face à cinq autres candidats, dès le premier tour. Rien de comparable, bien entendu, avec l'élection de Sarkozy, élu à 52 ans, au deuxième tour, avec environ 53 % des voix contre une candidate, au suffrage universel masculin et féminin. Pour l'anecdote, on notera que, d'une certaine manière, avec son idée de service minimum, notamment dans les transports, Nicolas Sarkozy s'apprête à plus ou moins remettre en cause le droit de grève alors que, sur le principe, c'est Napoléon III qui fut, en son temps, le seul souverain d'Europe à le dépénaliser, en 1864. Quant au régime de la Ve République, il ressemble un peu, sur le plan institutionnel, au Second Empire parlementaire tel qu'il existait à la veille de la guerre franco-prussienne de 1870 et de l'effondrement du régime de Napoléon III du seul fait de la défaite, mais il est absurde de vouloir en faire un régime bonapartiste, surtout au vu de la façon pour le moins parcimonieuse et pusillanime avec laquelle les successeurs du général de Gaulle ont utilisés, par exemple, le référendum, équivalent du plébiscite du XIXe siècle. Sarkozy a annoncé qu'il ne consultera pas les Français par référendum au sujet d'un nouveau projet de constitution européenne : une telle attitude semble bien peu bonapartiste, vis-à-vis du principe de la consultation populaire pour les grands changements en matière constitutionnelle... Que l'on arrête donc de voir du bonapartisme partout, là où il n'y a que des évènements qui sont, avant tout, propres à notre époque. Du reste, Sarkozy a beau être un amoureux de la Corse, berceau de la famille Bonaparte, il est, à mon avis, tout à fait inapproprié, aux yeux de l'histoire, d'oser comparer le destin du nouveau président de la République avec celui de Napoléon Ier : Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa ne lui arrivera jamais à la cheville, quoique l'on en dise... Ce que je retiens, en tout cas, c'est que les citoyens français sont censés avoir fait le long apprentissage de la démocratie au XIXe siècle, sous la IIe République, sous le Second Empire de Napoléon III, et sous la IIIe République, mais que l'on peut se demander si tout cela à véritablement abouti à quelque-chose quand on voit pour qui ils ont aujourd'hui voté, en ce début du XXI siècle... Sur la forme, en ce qui concerne le principe de la participation électorale, le progrès démocratique est incontestable, mais sur le fond, en ce qui concerne les motivations et le choix de vote, on peut franchement s'interroger...
Pourquoi est-il aussi difficile à la gauche, même modérée, d'emporter l'adhésion de la majorité, alors que cela semble si facile à la droite la plus dure ? Sans doute parce que la droite sait flatter la part la plus instinctive de cet animal politique qu'est l'homme. Avec la droite, et spécialement avec la droite la plus extrémiste sur le plan du libéralisme socio-économique, tout est toujours plus simple : qu'on le veuille ou non, les forts dominent toujours les faibles, et rien ne doit être changé à cette nature des choses. Avec une droite adepte d'un libéralisme socio-économique poussé jusqu'à l'absurde, il y a toujours le risque de basculer dans la doctrine extrêmement dangereuse du darwinisme social, selon laquelle les plus doués et les mieux adaptés doivent forcément l'emporter, les autres devant disparaître, au nom d'un ordre social naturel, cette idée de lutte pour la survie ne pouvant manquer d'engendrer, chez certains, une réflexion eugéniste, voire raciste. Avec cette droite dure, il y a toujours un risque, celui de tourner le dos à l'humanisme, au principe d'égalité et de solidarité, à la justice sociale : voila pourquoi les idées de cette droite ne seront jamais les miennes...
« J'éprouve depuis mon plus jeune âge la fierté indicible d'appartenir à une grande,
vieille et belle nation, la France. [...] Ce soir, ma pensée va aux millions de Français qui, aujourd'hui, m'ont témoigné leur confiance. Je veux leur dire qu'ils m'ont fait le plus grand
honneur qui soit à mes yeux en me jugeant digne de présider aux destinées de la France. [...] Ma pensée va à Mme Royal. Je veux lui dire que j'ai du respect pour elle et pour ses idées, dans
lesquelles tant de Français se sont reconnus. Ma pensée va à tous les Français qui n'ont pas voté pour moi. Je veux leur dire qu'[...]il n'y a pour moi qu'une seule France. Je veux leur dire
que je serai le Président de tous les Français, que je parlerai pour chacun d'entre eux. Je veux leur dire que, ce soir, ce n'est pas la victoire d'une France contre une autre. Il n'y a pour
moi ce soir qu'une seule victoire, celle de la démocratie [...]. Le peuple français s'est exprimé. Il a choisi de rompre avec les idées, les habitudes et les comportements du passé. Je veux
réhabiliter le travail, l'autorité, la morale, le respect, le mérite. Je veux remettre à l'honneur la nation et l'identité nationale. [...] Le peuple français a choisi le changement. Ce
changement, je le mettrai en oeuvre parce que c'est le mandat que j'ai reçu du peuple et parce que la France en a besoin. Mais je le ferai avec tous les Français. Je le ferai dans un esprit
d'union et de fraternité. »
(Sarkozy, lors de son premier discours présidentiel, à la salle Gaveau, à Paris, le soir du 6 mai 2007, cité in Libération, 7 mai 2007)
(Sarkozy, lors de son premier discours présidentiel, à la salle Gaveau, à Paris, le soir du 6 mai 2007, cité in Libération, 7 mai 2007)
Les propos tenus par Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa dans son premier discours de chef d'Etat élu, sont censés rassurer tout le monde, et inciter au rassemblement de la nation, mais il est évident que le nouveau président ne fera jamais l'unanimité... Pour moi, les choses sont très claires. J'ai bien trop de respect pour le suffrage universel, et notre démocratie, pour prétendre contester le fait que Nicolas Sarkozy a été élu à la plus haute charge de l'Etat. En tant que citoyen électeur, j'en prends acte. Pourtant, à titre individuel, il est bien évident que le nouveau président de la République n'est pas mon président, et ne le sera jamais. Toute ma vie, je le combattrais, lui et tout ce qu'il représente, quelles que puissent être ses déclarations plus ou moins convenues et consensuelles, et quels que puissent être les ralliements autour de sa personne et de ses idées. J'aurai fait mon devoir jusqu'au bout lors de cette campagne : j'ai voté pour Ségolène Royal au premier et au second tour, et si cela était à refaire, je le referais. Fidèle à mes convictions, qui sont celles de l'humanisme, de la démocratie, et de la justice sociale, s'il me faut choisir, à l'avenir, entre la droite dure que représente Sarkozy et la gauche de gouvernement quelle qu'elle soit, je n'hésiterai pas à voter pour cette gauche et contre cette droite.
Aujourd'hui, cependant, dans la
mesure où la victoire de Sarkozy m'a décidé à m'engagerfermement en
politique, je ne pense pas que la gauche soit en état de constituer une alternative crédible face à une droite sarkozyste adepte d'un pouvoir verrouillé qui a su faire bloc autour de son
chef vénéré. La rénovation de la gauche de gouvenement viendra un jour, mais je n'ai pas envie d'attendre plus longtemps après elle, car il y a urgence. Pour moi, la transformation passe par une
recomposition du paysage politique. Il faut remettre les compteurs à zéro, et aller de l'avant, pour refonder politiquement notre pays. Dans quelques jours, le 10 mai prochain, un nouveau parti
du centre recomposé devrait être crée, qui ne s'appellera pas finalement le Parti Démocrate mais le Mouvement Démocrate (MD), ainsi que François Bayrou l'a
annoncé officiellement le 4 mai dernier. Parti ouvert aussi bien au centre-droit qu'au centre-gauche, le Mouvement Démocrate représente, à mes yeux, aujourd'hui la seule véritable alternative au sarkozysme triomphant. Jusqu'où l'aventure du MD nous mènera-t-elle ? Je ne sais, mais j'espère que ce sera le plus loin possible, car
la France et sa jeunesse ont besoin d'un véritable renouveau, et de tourner la page des vieilles habitudes politiciennes qui empêchent le pays d'avancer.La campagne électorale présidentielle qui a pris fin hier n'a pas été, à mon sens, à la hauteur des enjeux auquels doit faire face notre pays. Mais elle aura au moins eu le mérite de faire apparaître l'ébauche d'un changement possible, voire d'une véritable refondation dans laquelle la jeunesse démocrate et humaniste de ce pays aura, enfin, toute sa place... Si l'on m'avait dit que cela se produirait au moment où j'ai créé ce blog, il y a un peu plus de trois mois, je ne sais si je l'aurai cru... Mais nous y sommes ! Au lendemain de la défaite, on peut être très déçu, très amer, très triste de la situation dramatique dans laquelle se trouve notre pays. Mais il ne faut pas se résigner, ni persister à passer son temps à se plaindre et à contester sans vouloir construire. L'avenir est là, et il est à nous. Voyons la partie pleine du verre : Sarkozy a été élu, et nous ne sommes pas morts ! Or, ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts... ainsi que l'a écrit Friedrich Nietzsche :
« Ce qui ne me fait pas mourir me rend plus fort. »
(Friedrich Nietzsche, Le Crépuscule des Idoles [1888], "Maximes et pointes", 8. "A l'Ecole de Guerre de la Vie")
(Friedrich Nietzsche, Le Crépuscule des Idoles [1888], "Maximes et pointes", 8. "A l'Ecole de Guerre de la Vie")
Cette citation de Nietzsche me parait particulièrement appropriée à la situation actuelle, en ces temps difficiles. En avant ! Disons "oui" à l'existence, et ne cédons pas face à l'adversité !
Ce blog va, dans les prochains jours, changer de visage, et ne pas s'arrêter, bien entendu, avec la campagne présidentielle : le combat continue !
Cordialement, :-)
Hyarion, citoyen résolument anti-sarkozyste.
(Illustrations : Bord de mer au clair de lune, huile sur toile [1818] par Caspar David Friedrich, Paris, Musée du Louvre ; Le Bureaucrate moyen, huile sur toile
[1930] par Salvador Dalí, St. Petersburg [Floride], The Salvador Dalí Museum
; Résultats nationaux du second tour de l'élection présidentielle du 6 mai 2007, infographie publiée sur le site du journal Le Monde [http://www.lemonde.fr], 6 mai 2007 ; Détail du tableau Femme devant le soleil du matin, huile sur toile [1818] par Caspar David Friedrich, Essen, Museum
Folwgang)
par Hyarion
publié dans :
Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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C
Pas de chance :
ils ont misés sur le mauvais cheval, et après la victoire de Chirac, ils se retrouvent exclus des responsabilités gouvernementales. Les deux hommes s'affrontent politiquement au niveau national à
l'occasion des élections européennes de 1999 : Pasqua ayant quitté le RPR, et s'étant associé à Philippe de Villiers au sein d'un RPF (Rassemblement Pour la France) aujourd'hui disparu, il
présente une liste concurrente face à celle du RPR conduite par Sarkozy, président par intérim dudit RPR, suite à la démission soudaine de Philippe Séguin. C'est un échec sévère pour Sarkozy : la
liste RPR qu'il conduit arrive en troisième position avec seulement 12,8 % des suffrages (contre 25,58 % pour l'union RPR-UDF, conduite par Dominique Baudis et arrivé en première place en 1994 et
16,4 % pour l'UMP en 2004), derrière celle de Charles Pasqua et Philippe de Villiers (13,1%). Mais cet affrontement ne dure pas : après la réélection de Chirac en 2002, Pasqua et Sarkozy
continuent de rester alliés dans les Hauts-de-Seine. En 2004, Pasqua perd son siège de député européen, et après des années de diplomatie occulte, notamment en Afrique, et d'affairisme, il est
dans le colimateur de la Justice, avec plusieurs mises en examen : qu'à cela ne tienne, Pasqua ayant cédé à Sarkozy la présidence du conseil général des Hauts-de-Seine en mars 2004, Talonnette
Ier, devenu entre-temps ministre de l'Economie et des Finances, renvoit l'ascenseur en facilitant, avec Chirac, la réélection de Pasqua au poste de sénateur des Hauts-de-Seine en septembre de la
même année, bien que ledit Pasqua n'appartienne pas officiellement à l'UMP crée en 2002. Echange de bons procédés, au nom de la loi du clan... En dépit des démentis officiels tant de Chirac que
de Sarkozy concernant leur appui à Pasqua lors des lections sénatoriales, Jean-François Probst, co-fondateur du RPR, et ancien conseiller de Jacques Chirac et de Charles Pasqua en était alors
convaincu :
A
Sarkozy a beau vouloir faire croire qu'il a changé pour laisser penser qu'il
est digne de la fonction qu'il occupe, il redeviendra celui qu'il n'a jamais cessé d'être : un personnage nerveux, susceptible, colérique, et très imbu de lui-même. Il n'y a qu'à le regarder tel
qu'il est toujours apparu à la télévision, jusqu'en janvier dernier... Réflet de son égocentrisme, de sa paranoïa, de son obsession maladive de la réussite et du pouvoir, le visage de Sarkozy a
toujours été, jusque-là, animé en permanence par des micro-expressions de mépris, d'aggressivité défensive, de tristesse, d'anxiété, de menace. Le soulèvement en coin de sa lèvre supérieure,
découvrant les dents de la partie droite de sa machoire supérieure, si caractéristique du personnage, est une de ces micro-expressions particulièrement révélatrices des sentiments de mépris et
d'aggressivité avec lesquels il peut s'exprimer physiquement, bien qu'à distance, face à son interlocuteur. Il n'a pas totalement réussi à dissimuler une telle attitude lors du débat d'hier avec
Ségolène Royal, cette micro-expression de la lèvre étant tout de même légèrement apparu sur le visage du candidat de l'UMP, notamment lorsqu'il a interpellé Royal sur les 35 heures... Ne vous
inquiétez pas, citoyens : Sarkozy se retient, mais il aura l'occasion de redevenir pleinement lui-même après le 6 mai...
L
Dans un de mes
précédents messages, intitulé "
Le 28 novembre 2004,
au congrès de l'UMP du Bourget, qui avait coûté entre 4,2 et 4,5 millions d'euros, Sarkozy de Nagy-Bocsa fut proclamé tout-puissant président du grand parti de la droite. Ce congrès ayant eu lieu
quelques jours avant le bicentaire du sacre de Napoléon Ier à Paris (2 décembre 1804), les commentateurs ne purent s'empêcher de parler de "sacre" à propos dudit congrès du Bourget et même de
"plébiscite" puisque Sarkozy a été élu par les militants de l'UMP avec 85,1 % des voix. Il était alors de bon ton de comparer ouvertement Sarkozy à Napoléon...
traité qu'il ferait
ensuite adopter par la voie parlementaire et non par référendum. Ségolène Royal et François Bayrou ont chacun pour leur part bien précisé que s'ils souhaitaient eux-aussi la négociation d'un
nouveau traité, ils s'engageaient à ce que ledit traité soit adopté par la voie référendaire. 54,68% des électeurs - dont j'ai fait partie - ont voté "non" au référendum du 29 mai 2005 sur le
traité établissant une Constitution pour l'Europe. Ce traité était confus, presque illisible, et contenait des ambiguïtés potentiellement dangereuses, notamment en matière d'économie, de services
publics, de laïcité et de diversité culturelle. Le fait qu'un nouveau traité constitutionnel européen de cette importance puisse être, même en étant amélioré par rapport au précédent, adopté par
un vote du Parlement et non par référendum révèle le rapport à la fois lâche et méprisant qu'a Nicolas Sarkozy vis-à-vis de la souveraineté populaire : dans l'absolu, il ferait un piètre
bonapartiste...
Il est toujours de bon ton, pour beaucoup trop de personnes
bien-pensantes, de se présenter comme de gentils et vertueux républicains en se réclamant des pamphlets
Comment est-ce possible ? Serait-ce un miracle ?
Sarkozy aurait-t-il grandi ? Ce serait alors un cas de croissance spectaculaire, dans la mesure où
Dès lors, on peut bien se
moquer de lui de façon caustique, vu que, par son comportement plutôt ridicule pour quelqu'un qui aspire à se voir confier la plus haute charge de l'État, il ne peut que s'exposer lui-même à la
critique satirique sur son complexe de taille... Quand on cherche le bâton pour se faire battre, il ne faut pas s'étonner des conséquences... Et pourtant, Dieu sait si je ne suis pas du genre à
me moquer de la taille des gens...
Quant à nous, sans attendre les conclusions du débat entre l'inné et
l'acquis [...], et pour satisfaire la curiosité des électeurs [...], nous avons fait analyser dans le laboratoire spécial du "Canard" le code génétique de Sarkozy. Les résultats sont édifiants
et, disons-le en toute objectivité, en faveur du candidat UMP : non, Sarkozy n'est pour rien dans son comportement bizarroïde ! C'est la faute à ses chromosomes, c'est écrit dans son ADN.
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