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"Sarkozy, il faut lui marcher dessus. Pour deux raisons. Un, c'est la seule chose qu'il comprenne. Deux, ça porte chance." (Jacques Chirac)


(Jacques Chirac, par Kiro)

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Lundi 7 mai 2007
Quelle dérouillée ! Avec un peu plus de 53% des suffrages pour Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, contre un peu moins de 47% des voix pour Ségolène Royal, la défaite est sévère pour tous les citoyens démocrates et humanistes de notre pays. Avec l'élection de Sarkozy à la plus haute charge de l'Etat, c'est une droite décomplexée, et idéologiquement très orientée, qui est désormais sur le point de conquérir - à l'occasion des prochaines élections législatives - la totalité du pouvoir en France. C'est évidemment une catastrophe politique, d'autant plus grande que la victoire de Sarkozy est incontestable sur la forme, en raison du taux de participation très élévée pour ce deuxième tour de l'élection présidentielle (environ 84 % de votants), taux qui représente - paradoxalement -, et c'est bien juste de le dire, une bonne nouvelle pour la démocratie française. On notera que les électeurs de François Bayrou, considérés comme détenant une des clés du scrutin avant le second tour de l'élection, n'ont pas fait la différence, en définitive, puisqu'ils se répartissent de façon à peu près égale sur les deux candidats. Le succès de Sarkozy n'est pas une surprise : dans un pays qui vieillit, dont la situation socio-économique n'est guère brillante, il n'a pas eu de mal à incarner un "changement", dont on aura bien assez le temps de constater la nature - forcément injuste - dans les cinq ans qui viennent... Sarkozy, candidat des riches, des puissances financières et médiatiques, a réussi à conquérir l'électorat jusque-là favorable à Le Pen, une bonne partie des couches populaires de la société, ainsi que, bien entendu, les plus âgés des citoyens français, ceux qui sont vraiment vieux, c'est-à-dire vieux à la fois dans le corps mais surtout aussi dans leur tête, tous ceux qui veulent que les choses changent tout en restant les mêmes, avec les sempiternelles références au travail, à l'autorité, à la morale, au mérite, à la récompense, à l'identité nationale comme rempart face à l'immigration, toutes ces références étant érigées en dogme... Le vote pour Sarkozy est, en fait, le pire des votes conservateurs, celui qui sous l'apparence d'un changement, n'est jamais que l'expression des préjugés et de la bêtise ordinaires, propre au conservatisme le plus étouffant qui soit...

Le 31 janvier dernier, à l'occasion d'un entretien accordé au Figaro, à la question de définir quelles sont les valeurs de la droite, Sarkozy a répondu ainsi :

« Au premier rang, je mettrai la valeur travail dont l’oubli résume à mes yeux toute la crise morale française. Le travail a été délaissé par la droite et trahi par la gauche. Les socialistes ne parlent plus des travailleurs, c’est un signe. Je veux être le candidat du travail. C’est ma cohérence et le ciment de mon projet. La deuxième valeur, c’est le respect. L’erreur de mai 68, c’est d’avoir pensé faire le bonheur de l’élève en le considérant comme l’égal du maître. Or, si l’élève a vocation à dépasser le maître, il doit respecter son autorité. Enfin, il y a la valeur de responsabilité. Je considère qu’il n’existe pas de droit sans devoir en contrepartie. Je demande que nul ne puisse refuser plus de deux offres d’emploi qui correspondent à sa qualification. Je demande aussi qu’il n’y ait pas de minimum social sans une obligation d’activité en contrepartie. »

(Sarkozy, dans un entretien, le Figaro, 31 janvier 2007)

Sarkozy s'est présenté comme le candidat de la "valeur travail". Pour moi, le travail est un moyen, et non pas une fin. Or, en considérant le travail comme une valeur en soi, comme si le travail pour le travail avaient un sens, surtout s'il est lié au principe de l'argent pour l'argent, Sarkozy considère implicitement que le travail est une fin en soi, et pour cause : derrière ces beau discours qui ne font qu'entretenir les préjugés insultants de ceux qui considèrent qu'il y a la bonne France de ceux qui travaillent et se lèvent tôt pour gagner de quoi vivre, face à la mauvaise France de ceux qui ne lèvent que pour aller faire la queue aux ASSEDIC, il y a la conviction profonde que ledit travail constitue la meilleure des polices dans une société.
Le philosophe Friedrich Nietzsche l'avait bien compris :

« 173. Les apologistes du travail.

Dans la glorification du "travail", dans les infatigables discours sur la "bénédiction du travail", je vois la même arrière-pensée que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous : à savoir la peur de tout ce qui est individuel. Au fond, on sent aujourd'hui, à la vue du travail - on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir -, qu'un tel travail constitue la meilleure des polices, qu'il tient chacun en bride et s'entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l'indépendance. Car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l'amour et à la haine, il présente constamment à la vue un but mesquin et assure des satisfactions faciles et régulières. Ainsi une société où l'on travaille dur en permanence aura davantage de sécurité : et l'on adore aujourd'hui la sécurité comme la divinité suprême. »


(Friedrich Nietzsche, Aurore, pensées sur les préjugés moraux [1880-1881], Livre troisième, "173. Les apologistes du travail")

Bien évidemment, Nietzsche parlait ici du travail médiocre, à distinguer de l'authentique travail qui manifeste notre pouvoir de création. Or, que peut-on espérer d'autre, avec quelqu'un comme Sarkozy, qu'un dur labeur destiné uniquement à satisfaire des besoins immédiats, forcément financiers, un labeur qui, du matin jusqu'au soir, mobilise nos facultés et dompte les individus ? On remarquera que même pour Nietzche, le travail authentique, dès lors qu'il est lié au plaisir et à la joie, peut être un but en soi. Pour ma part, le travail, sous quelque forme que ce soit, ne saurait être un but. Pour moi, le travail n'est qu'un moyen, que ce soit pour le pire - le gain, le profit -, ou pour le meilleur - la réalisation, la création, vrai but du travail. La réflexion de Nietzsche sur les apologistes du travail, dans son livre Aurore, n'en est pas moins particulièrement actuelle : on a l'impression que l'immense philosophe allemand du XIXe siècle a écrit ces lignes cette année...

Hier, j'ai passé ma soirée devant le poste de télévision, à regarder les images navrantes, parfois assez écoeurantes, de cette fin de journée du 6 mai, jour de tristesse et d'amertume pour tous ceux qui ce sont opposés à la candidature de Sarkozy. J'ai bien noté que du côté du PS, comme cela était prévisible, le combat des chefs n'a pas tardé à réapparaître : tandis que Ségolène Royal s'efforçait de rester digne et affirmait, courageusement, sa volonté de continuer à incarner le renouveau à gauche, et de rester aux côtés de ses partisans à l'occasion des prochaines échéances électorales - contrairement à Jospin en 2002 -, l'incorrigible Dominique Strauss-Kahn n'a pas pu s'empêcher d'être le premier - avant même Laurent Fabius - a dégainer les couteaux, en affirmant crânement, sur France 2, être le seul au PS à incarner le changement social-démocrate tant attendu, refusant d'accorder, semble-t-il, la moindre importance aux efforts faits par Royal pour sortir des carcans idéologiques du PS pendant sa campagne, notamment son ouverture vers le centre pendant l'entre-deux tours. Strauss-Kahn semble être un peu trop
persuadé d'incarner à lui seul le changement au PS : son attitude d'hier soir devant les caméras de télévision a été indigne, et s'il faut être obligé de se rallier à lui pour faire du PS un véritable parti social-démocrate moderne, je ne peux que confirmer mon intention d'aller voir ailleurs...
Depuis 2005, et la division de la gauche au moment du référendum sur la constitution européenne, rien ne va plus au Parti Socialiste : alors que la transformation social-démocrate aurait dû avoir lieu bien avant l'échéance de 2007, le fameux "projet socialiste" péniblement pondu en 2006, et difficilement défendable tant il était inconsistant, ainsi que les affrontements au sein du PS durant la campagne interne pour la désignation du candidat du parti n'ont pu que confirmer la situation de blocage politique dont les socialistes n'ont pas vraiment réussi à se sortir. La transformation social-démocrate du PS aura sans doute lieu, mais elle sera bien tardive, et surtout difficile dans la mesure où l'on ne pourra probablement pas faire l'économie d'un affrontement interne très virulent, auquel je n'ai, en ce qui me concerne, guère envie de prendre part...

J'ai lu dans le numéro de Libération d'aujourd'hui, 7 mai, un article d'un professeur de sciences politiques à l'université de Montpellier, Paul Alliès, dans lequel l'auteur prétend, sans rire, que l'élection présidentielle de 2007 a abouti à un "triomphe du bonapartisme" : "Cette élection présidentielle pourrait bien être le triomphe absolu du bonapartisme, cette culture politique dont la France ne parvient décidément pas à se défaire. Nicolas Sarkozy en est l'incarnation à lui seul. Il résume jusqu'à la caricature la modernité de cette "société du 10 décembre" qui fit le succès, en 1848, de Napoléon le Petit [sic] : déjà à l'époque, elle ajoutait de la violence symbolique et privée au monopole étatique de la force. Mais la postérité du bonapartisme va bien au-delà des personnes. Elle s'est forgée dans et par les institutions ; pas tant dans l'élection par le chef de l'Etat au suffrage universel direct que dans la concentration exceptionnelle de tous les pouvoirs en ses mains. De ce point de vue, l'histoire de la Ve République restera celle d'une accumulation progressive de puissance d'une seule autorité au prix de la dévitalisation des moindres contre-pouvoirs. Même celui que les journalistes avaient construit est en train de produire par connivence ou servitude volontaire une nouvelle oligarchie. Se refonde ainsi toujours plus l'espace du pouvoir où le centre reste la cité interdite à la société civile tandis que sa périphérie est abandonnée à ses ennemis."
En tant que démocrate, je ne peux qu'être d'accord avec l'auteur en ce qui concerne la menace pesant sur le pluralisme médiatique et le danger que constitue, en ce début de XXIe siècle, la concentration de tous les pouvoirs entre quelques mains. Mais en sachant ce que je sais sur le bonapartisme, je ne peux que désapprouver le parallèle fait par Paul Alliès entre Sarkozy et "Napoléon le Petit", c'est-à-dire Napoléon III, car on ne peut que comparer que ce qui est véritablement comparable. Dans un de mes précédents messages (intitulé "Sarkozy de Nagy-Bocsa, alias Talonnette Ier..."), j'ai déjà eu l'occasion de souligner le caractère absurde, sur le plan historique, de toute comparaison de Sarkozy avec Napoléon Ier ou avec Napoléon III. La comparaison du sarkozysme avec le bonapartisme, disparu à la fin du XIX e siècle, mais que l'on ne cesse d'invoquer de façon trop souvent intempestive pour attaquer Sarkozy, est tout aussi absurde. Le fait est que les républicanistes de la gauche bien-pensante persiste à vouloir employer les mêmes vieilles recettes pour construire leurs critiques, quand lesdites recettes sont, au mieux maladroites, au pire complètement à côté des clous. Ayant assez longuement étudié le bonapartisme et les élections plébiscitaires qui y sont associées, je crois pouvoir - modestement - me permettre de dire que Nicolas Sarkozy n'est pas Napoléon III, et que ses idées n'ont pas grand-chose à voir avec le bonapartisme - qui, du reste, n'était ni une droite, ni une gauche, ni d'ailleurs un centre. Ceux qui disent et écrivent cela illusionnent les citoyens, et s'illusionnent eux-mêmes. Le fait est, cependant, que cette élection présidentielle a, par certains côtés, pu donner l'impression que l'on avait affaire à un électorat français semblable à celui du temps de Napoléon III, à savoir un électorat à la politisation encore incomplète, et faiseur de roi - ou d'empereur - par "la seule tyrannie des souvenirs", pour reprendre l'expression employée par l'historien François Furet. En 2007, les électeurs sarkozystes ont donné l'impression, assez aberrante pour tout démocrate de progrès, de voter, en effet, comme ceux de 1848 ou de 1851 : ils ont, d'une part, voté pour la propriété, contre la pression fiscale incarnée à leurs yeux par la République, contre le "gouffre béant du socialisme" selon l'expression employé par le catholique Montalembert en décembre 1851 ; le nom de Louis-Napoléon Bonaparte (futur Napoléon III, et neveu de Napoléon Ier) était, en 1848, le seul nom qui fut connu et populaire alors en France, mais la tyrannie des souvenirs
n'a pas, cette fois-ci, été celle de la légende napoléonienne, mais celle des évènements, déjà anciens, de mai 1968, source de désordre socio-économique et de dépravation morale aux yeux de beaucoup de sarkozystes, dont Sarkozy lui-même n'a pas manqué d'entretenir les préjugés, y compris dans les derniers jours de sa campagne.
Ainsi, je ne nie pas que l'on puisse faire, sur certains points, des comparaisons entre les différents comportements électoraux à travers l'histoire, mais comparaison n'est pas raison. Certes, je suis interpellé par les troublantes similitudes entre le vote bonapartiste de 1848 et 1851 et le vote sarkozyste en 2007, au point que j'en viens à me demander sérieusement si la politisation des citoyens français, phénomène commencé au plus tard en 1848 et poursuivi sous Napoléon III puis sous la IIIe République, a bien été complètement achevée en ce début du XXIe siècle. Mais pour autant, je me garde bien de faire des amalgames faciles : ce n'est pas parce que les électeurs votent dans tel sens que le président élu est un nouveau Napoléon III ou que le régime en place est de nature bonapartiste. Je ne nie pas le caractère autoritaire du régime de Napoléon III, surtout à ses débuts, mais la situation de la France des années 1851-1870 était tout de même sensiblement différente de celle d'aujourd'hui : ne l'oublions pas. Les Français sont censés, depuis, avoir progressés en matière de politisation et de pratiques démocratiques. Je rappelle, du reste, que Louis-Napoléon Bonaparte a été élu président de la République à l'âge de 40 ans, au suffrage universel masculin, et choisi par 74 % des votants, soit 56 % des inscrits, face à cinq autres candidats, dès le premier tour. Rien de comparable, bien entendu, avec l'élection de Sarkozy, élu à 52 ans, au deuxième tour, avec environ 53 % des voix contre une candidate, au suffrage universel masculin et féminin. Pour l'anecdote, on notera que, d'une certaine manière, avec son idée de service minimum, notamment dans les transports, Nicolas Sarkozy s'apprête à plus ou moins remettre en cause le droit de grève alors que, sur le principe, c'est Napoléon III qui fut, en son temps, le seul souverain d'Europe à le dépénaliser, en 1864. Quant au régime de la Ve République, il ressemble un peu, sur le plan institutionnel, au Second Empire parlementaire tel qu'il existait à la veille de la guerre franco-prussienne de 1870 et de l'effondrement du régime de Napoléon III du seul fait de la défaite, mais il est absurde de vouloir en faire un régime bonapartiste, surtout au vu de la façon pour le moins parcimonieuse et pusillanime avec laquelle les successeurs du général de Gaulle ont utilisés, par exemple, le référendum, équivalent du plébiscite du XIXe siècle. Sarkozy a annoncé qu'il ne consultera pas les Français par référendum au sujet d'un nouveau projet de constitution européenne : une telle attitude semble bien peu bonapartiste, vis-à-vis du principe de la consultation populaire pour les grands changements en matière constitutionnelle... Que l'on arrête donc de voir du bonapartisme partout, là où il n'y a que des évènements qui sont, avant tout, propres à notre époque. Du reste, Sarkozy a beau être un amoureux de la Corse, berceau de la famille Bonaparte, il est, à mon avis, tout à fait inapproprié, aux yeux de l'histoire, d'oser comparer le destin du nouveau président de la République avec celui de Napoléon Ier : Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa ne lui arrivera jamais à la cheville, quoique l'on en dise... Ce que je retiens, en tout cas, c'est que les citoyens français sont censés avoir fait le long apprentissage de la démocratie au XIXe siècle, sous la IIe République, sous le Second Empire de Napoléon III, et sous la IIIe République, mais que l'on peut se demander si tout cela à véritablement abouti à quelque-chose quand on voit pour qui ils ont aujourd'hui voté, en ce début du XXI siècle... Sur la forme, en ce qui concerne le principe de la participation électorale, le progrès démocratique est incontestable, mais sur le fond, en ce qui concerne les motivations et le choix de vote, on peut franchement s'interroger...

Pourquoi est-il aussi difficile à la gauche, même modérée, d'emporter l'adhésion de la majorité, alors que cela semble si facile à la droite la plus dure ? Sans doute parce que la droite sait flatter la part la plus instinctive de cet animal politique qu'est l'homme. Avec la droite, et spécialement avec la droite la plus extrémiste sur le plan du libéralisme socio-économique, tout est toujours plus simple : qu'on le veuille ou non, les forts dominent toujours les faibles, et rien ne doit être changé à cette nature des choses. Avec une droite adepte d'un libéralisme socio-économique poussé jusqu'à l'absurde, il y a toujours le risque de basculer dans la doctrine extrêmement dangereuse du darwinisme social, selon laquelle les plus doués et les mieux adaptés doivent forcément l'emporter, les autres devant disparaître, au nom d'un ordre social naturel, cette idée de lutte pour la survie ne pouvant manquer d'engendrer, chez certains, une réflexion eugéniste, voire raciste. Avec cette droite dure, il y a toujours un risque, celui de tourner le dos à l'humanisme, au principe d'égalité et de solidarité, à la justice sociale : voila pourquoi les idées de cette droite ne seront jamais les miennes...

« J'éprouve depuis mon plus jeune âge la fierté indicible d'appartenir à une grande, vieille et belle nation, la France. [...] Ce soir, ma pensée va aux millions de Français qui, aujourd'hui, m'ont témoigné leur confiance. Je veux leur dire qu'ils m'ont fait le plus grand honneur qui soit à mes yeux en me jugeant digne de présider aux destinées de la France. [...] Ma pensée va à Mme Royal. Je veux lui dire que j'ai du respect pour elle et pour ses idées, dans lesquelles tant de Français se sont reconnus. Ma pensée va à tous les Français qui n'ont pas voté pour moi. Je veux leur dire qu'[...]il n'y a pour moi qu'une seule France. Je veux leur dire que je serai le Président de tous les Français, que je parlerai pour chacun d'entre eux. Je veux leur dire que, ce soir, ce n'est pas la victoire d'une France contre une autre. Il n'y a pour moi ce soir qu'une seule victoire, celle de la démocratie [...]. Le peuple français s'est exprimé. Il a choisi de rompre avec les idées, les habitudes et les comportements du passé. Je veux réhabiliter le travail, l'autorité, la morale, le respect, le mérite. Je veux remettre à l'honneur la nation et l'identité nationale. [...] Le peuple français a choisi le changement. Ce changement, je le mettrai en oeuvre parce que c'est le mandat que j'ai reçu du peuple et parce que la France en a besoin. Mais je le ferai avec tous les Français. Je le ferai dans un esprit d'union et de fraternité. »

(Sarkozy, lors de son premier discours présidentiel, à la salle Gaveau, à Paris, le soir du 6 mai 2007, cité in Libération, 7 mai 2007)
 
Les propos tenus par Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa dans son premier discours de chef d'Etat élu, sont censés rassurer tout le monde, et inciter au rassemblement de la nation, mais il est évident que le nouveau président ne fera jamais l'unanimité... Pour moi, les choses sont très claires. J'ai bien trop de respect pour le suffrage universel, et notre démocratie, pour prétendre contester le fait que Nicolas Sarkozy a été élu à la plus haute charge de l'Etat. En tant que citoyen électeur, j'en prends acte. Pourtant, à titre individuel, il est bien évident que le nouveau président de la République n'est pas mon président, et ne le sera jamais. Toute ma vie, je le combattrais, lui et tout ce qu'il représente, quelles que puissent être ses déclarations plus ou moins convenues et consensuelles, et quels que puissent être les ralliements autour de sa personne et de ses idées. J'aurai fait mon devoir jusqu'au bout lors de cette campagne : j'ai voté pour Ségolène Royal au premier et au second tour, et si cela était à refaire, je le referais. Fidèle à mes convictions, qui sont celles de l'humanisme, de la démocratie, et de la justice sociale, s'il me faut choisir, à l'avenir, entre la droite dure que représente Sarkozy et la gauche de gouvernement quelle qu'elle soit, je n'hésiterai pas à voter pour cette gauche et contre cette droite. Aujourd'hui, cependant, dans la mesure où la victoire de Sarkozy m'a décidé à m'engager fermement en politique, je ne pense pas que la gauche soit en état de constituer une alternative crédible face à une droite sarkozyste adepte d'un pouvoir verrouillé qui a su faire bloc autour de son chef vénéré. La rénovation de la gauche de gouvenement viendra un jour, mais je n'ai pas envie d'attendre plus longtemps après elle, car il y a urgence. Pour moi, la transformation passe par une recomposition du paysage politique. Il faut remettre les compteurs à zéro, et aller de l'avant, pour refonder politiquement notre pays. Dans quelques jours, le 10 mai prochain, un nouveau parti du centre recomposé devrait être crée, qui ne s'appellera pas finalement le Parti Démocrate mais le Mouvement Démocrate (MD), ainsi que François Bayrou l'a annoncé officiellement le 4 mai dernier. Parti ouvert aussi bien au centre-droit qu'au centre-gauche, le Mouvement Démocrate représente, à mes yeux, aujourd'hui la seule véritable alternative au sarkozysme triomphant. Jusqu'où l'aventure du MD nous mènera-t-elle ? Je ne sais, mais j'espère que ce sera le plus loin possible, car la France et sa jeunesse ont besoin d'un véritable renouveau, et de tourner la page des vieilles habitudes politiciennes qui empêchent le pays d'avancer.

La campagne électorale présidentielle qui a pris fin hier n'a pas été, à mon sens, à la hauteur des enjeux auquels doit faire face notre pays. Mais elle aura au moins eu le mérite de faire apparaître l'ébauche d'un changement possible, voire d'une véritable refondation dans laquelle la jeunesse démocrate et humaniste de ce pays aura, enfin, toute sa place... Si l'on m'avait dit que cela se produirait au moment où j'ai créé ce blog, il y a un peu plus de trois mois, je ne sais si je l'aurai cru... Mais nous y sommes ! Au lendemain de la défaite, on peut être très déçu, très amer, très triste de la situation dramatique dans laquelle se trouve notre pays. Mais il ne faut pas se résigner, ni persister à passer son temps à se plaindre et à contester sans vouloir construire. L'avenir est là, et il est à nous. Voyons la partie pleine du verre : Sarkozy a été élu, et nous ne sommes pas morts ! Or, ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts... ainsi que l'a écrit Friedrich Nietzsche :

« Ce qui ne me fait pas mourir me rend plus fort. »

(Friedrich Nietzsche, Le Crépuscule des Idoles [1888], "Maximes et pointes", 8. "A l'Ecole de Guerre de la Vie")

Cette citation de Nietzsche me parait particulièrement appropriée à la situation actuelle, en ces temps difficiles. En avant ! Disons "oui" à l'existence, et ne cédons pas face à l'adversité !

Ce blog va, dans les prochains jours, changer de visage, et ne pas s'arrêter, bien entendu, avec la campagne présidentielle : le combat continue !

Cordialement, :-)

Hyarion, citoyen résolument anti-sarkozyste.
 
(Illustrations : Bord de mer au clair de lune, huile sur toile [1818] par Caspar David Friedrich, Paris, Musée du Louvre ; Le Bureaucrate moyen, huile sur toile [1930] par Salvador Dalí, St. Petersburg [Floride], The Salvador Dalí Museum ; Résultats nationaux du second tour de l'élection présidentielle du 6 mai 2007, infographie publiée sur le site du journal Le Monde [http://www.lemonde.fr], 6 mai 2007 ; Détail du tableau Femme devant le soleil du matin, huile sur toile [1818] par Caspar David Friedrich, Essen, Museum Folwgang)
Par Hyarion - Publié dans : Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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Samedi 5 mai 2007
Comme dirait Jim Morrison : "This is the End"... Pour ce dernier message avant le second tour de l'élection présidentielle, j'aurai gardé le meilleur pour la fin : les relations Sarkozy/Pasqua et les méthodes dites des Hauts-de-Seine...

Très tôt, le route du très ambitieux Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa a croisé celle de Charles Pasqua, petit-fils de berger corse, né en 1927, ancien représentant chez Ricard devenu un des piliers du mouvement crypto-gaulliste (UDR puis RPR) dans les années 1970 et 1980, puis, plus tard, ministre de l'Intérieur de 1986 à 1988 et de 1993 à 1995...

"Môssieu Charles possède à son actif quarante années de bons et loyaux services au sein du mouvement gaulliste. Quelques jours après le retour au pouvoir du général de Gaulle, le 13 mai 1958, Charles Pasqua s'enferme avec quelques militants gaullistes prêts à donner l'assaut à la préfecture. Avec un seul mot d'ordre : "Résurrection." Il n'est alors qu'un modeste vendeur de pastis dans la zone des abattoirs de Marseille. La même année, Pasqua est un des créateurs du Service d'action civique (SAC), cette police parallèle imprégnée de relents pétainistes et de valeurs nationalistes, le tout épicé d'un zeste d'activisme.
 Lorsque éclate Mai-1968, le futur ministre de l'Intérieur fait distribuer des barres de chocolat aux CRS qui patientent dans leurs cars, boulevard Saint-Germain. C'est surtout un des organisateurs de la marche gaulliste du 30 mai sur les Champs-Elysées. Un triomphe. Dans la foulée, le vice-président du SAC est élu député à Clichy-Levallois, sous l'étiquette UDR et avec l'aide de quelques gros bras venus de Marseille, affublés de plaisants surnoms : "le Ramoneur" ou encore "Pierrot quatre canons".
 Battu aux cantonales de 1976 à Clichy-Levallois, Charles ne doit son salut politique qu'au Corse René Tomasini, dit Toto, le roi du renvoi d'ascenseur et son véritable parrain en politique. Toto le propulse délégué à l'organisation de l'UDR, où Jacques Chirac découvre vite ses talents et en fait promptement son organisateur en chef pour la présidentielle de 1981. Avec le succès que l'on sait."


(Extrait de l'article "Charles Pasqua", in Manufacture française de candidats, Les dossiers du Canard Enchaîné N°83, avril 2002)

C'est vers la fin des années 1970 que les destins de Sarkozy et de Pasqua se rencontrent. Après avoir passé son enfance dans le XVIIe arrondissement de Paris, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa vit à Neuilly-sur-Seine, dans le très riche département des Hauts-de-Seine, dont le Produit Intérieur Brut (PIB) est équivalent à celui de la Belgique. Lorsqu'il entre en politique, Sarkozy se place sous le parrainage de Pasqua, qui est alors chargé, à l'UDR, de repérer les jeunes militants particulièrement volontaires, et donc susceptibles de servir au mieux la cause de la droite crypto-gaulliste, notamment dans les Hauts-de-Seine... C'est à cette époque que le futur présidentiable fait la connaissance de personnalités dont il est encore très proche aujourd'hui, comme Patrick Devedjian, passé par l'extrême-droite dans ses jeunes années, et Patrick Balkany, le futur député-maire de Levallois-Perret - condamné en 1996 pour avoir employé des agents municipaux de Levallois à son usage personnel -, lesquels font alors partie, comme Sarkozy, des jeunes "Pasqua boys" ou "Pasqualitos"... Déjà très soucieux de faire carrière, Sarkozy ne se contente pas du parrainage de Pasqua, et s'efforce également de se faire bien voir du député-maire de Neuilly de l'époque, Achille Peretti, président de l'Assemblée Nationale de 1969 à 1973, et d'origine corse, comme Pasqua. Peretti règne alors sur les Hauts-de-Seine, entouré de ses lieutenants Charles Ceccaldi-Reynaud, maire de Puteaux, et Emile Graziani, maire de Boulogne. Ces politiciens ont des méthodes que l'on a pu qualifier d'"insulaires", ce qui en dit long sur le niveau de qualité de la vie politique du département. Sarkozy semble s'y être fort bien adapté, d'autant plus qu'avec Pasqua comme parrain, il a alors beaucoup appris en matière de pratiques politiques : verrouillage clanique du pouvoir, menaces diverses, intimidations, débauchages, chantages à la réélection, clientélisme, financement occulte, prises illégales d'intérêts, abus de biens sociaux, trafic d'influence, corruption passive, magouilles politico-financières diverses, autant d'éléments qui caractérisent la droite des Hauts-de-Seine, et que tout apprenti-politicien engagé dans le département se doit d'assimiler au plus vite...

"Nicolas, c'est moi qui l'ai fait, qui lui ai tout appris."

(Charles Pasqua, à propos de Sarkozy, cité in Sarkozy, l'homme (trop) presséLes dossiers du Canard Enchaîné N°89, octobre 2003)

De fait, Pasqua lui a non seulement tout appris en politique, mais il a aussi facilité son ascension : délégué départemental des jeunes des Hauts-de-Seine en 1975, Sarkozy adhère au RPR lors de sa création en 1976, et devient responsable de la section de Neuilly dès cette année-là, puis secrétaire de la circonscription de Neuilly-Puteaux en 1977, et est élu conseiller municipal de Neuilly la même année. Lorsqu'en 1982, il épouse Marie-Dominique Culioli, sa première femme, fille d’un pharmacien corse, son témoin de mariage est Charles Pasqua. Ce dernier, à l'automne 1982, vient d'élire domicile à Neuilly et entend bien accéder à la mairie, occupée par Peretti depuis 1947, si un jour l'occasion se présente. Or, le 14 avril 1983, Achille Peretti meurt soudainement d'un arrêt cardiaque. Prenant de court Charles Pasqua, alors hospitalisé pour l’opération d’une hernie, Sarkozy, âgé de 28 ans, au lieu de faire campagne auprès des élus du conseil municipal pour son parrain en politique comme celui-ci le pensait, pratique un double-jeu, et en réalité s'arrange pour retourner les conseillers en sa faveur, une majorité d'entre-eux le désignant finalement comme le nouveau maire. Pasqua est furieux de cette trahison et entend ne pas rester sans réagir, mais Jacques Chirac, sollicité pour arbitrage, est avant tout soucieux de maintenir la mairie de Neuilly dans la sphère d'influence du RPR, l'UDF étant en embuscade : Sarkozy ayant mis tout le monde devant le fait accompli, il restera maire de Neuilly, jusqu'en 2002.
Comme on dit en Corse : "le meilleur des pardons, c'est la vengeance". Pasqua cherche donc à se venger, en écartant Sarkozy des instances du RPR, puis en s'opposant à sa candidature aux élections cantonales à Neuilly - opposition qui n'empêchera pas l'élection de Sarkozy -, puis en s'arrangeant pour que le jeune traitre ne soit pas en position d'éligible sur la liste du RPR présentée aux élections législatives à Neuilly, en 1986. Par la suite, les deux hommes semblent se réconcilier : Pasqua, devenu ministre de l'Intérieur dans le gouvernement Chirac de la première cohabitation, fait de Sarkozy un chargé de mission pour la lutte contre les risques chimiques et radiologiques, au sein du ministère, de 1987 à 1988. En 1988, Sarkozy est élu député et, en raison du cumul de mandats, choisit de céder à Pasqua son siège au conseil général des Hauts-de-Seine, ledit Pasqua redevenant ainsi le président du conseil général qu'il était déjà entre 1973 et 1976. Nouvelle dégradation des relations en 1990, au moment où Pasqua tente, avec Philippe Séguin, de prendre le contrôle du RPR chiraquien, Sarkozy étant alors encore à l'époque un soutien de Chirac. Puis, à nouveau, un rapprochement : en 1993, ils font tout deux partie du même gouvernement Balladur, Pasqua étant ministre de  l'Intérieur et Sarkozy ministre du Budget. Ils soutiennent tous les deux Edouard Balladur, contre Chirac, en vue de l'élection présidentielle de 1995, allant jusqu'à empêcher la tenue d'un meeting pro-Chirac dans les Hauts-de-Seine. Pas de chance : ils ont misés sur le mauvais cheval, et après la victoire de Chirac, ils se retrouvent exclus des responsabilités gouvernementales. Les deux hommes s'affrontent politiquement au niveau national à l'occasion des élections européennes de 1999 : Pasqua ayant quitté le RPR, et s'étant associé à Philippe de Villiers au sein d'un RPF (Rassemblement Pour la France) aujourd'hui disparu, il présente une liste concurrente face à celle du RPR conduite par Sarkozy, président par intérim dudit RPR, suite à la démission soudaine de Philippe Séguin. C'est un échec sévère pour Sarkozy : la liste RPR qu'il conduit arrive en troisième position avec seulement 12,8 % des suffrages (contre 25,58 % pour l'union RPR-UDF, conduite par Dominique Baudis et arrivé en première place en 1994 et 16,4 % pour l'UMP en 2004), derrière celle de Charles Pasqua et Philippe de Villiers (13,1%). Mais cet affrontement ne dure pas : après la réélection de Chirac en 2002, Pasqua et Sarkozy continuent de rester alliés dans les Hauts-de-Seine. En 2004, Pasqua perd son siège de député européen, et après des années de diplomatie occulte, notamment en Afrique, et d'affairisme, il est dans le colimateur de la Justice, avec plusieurs mises en examen : qu'à cela ne tienne, Pasqua ayant cédé à Sarkozy la présidence du conseil général des Hauts-de-Seine en mars 2004, Talonnette Ier, devenu entre-temps ministre de l'Economie et des Finances, renvoit l'ascenseur en facilitant, avec Chirac, la réélection de Pasqua au poste de sénateur des Hauts-de-Seine en septembre de la même année, bien que ledit Pasqua n'appartienne pas officiellement à l'UMP crée en 2002. Echange de bons procédés, au nom de la loi du clan... En dépit des démentis officiels tant de Chirac que de Sarkozy concernant leur appui à Pasqua lors des lections sénatoriales, Jean-François Probst, co-fondateur du RPR, et ancien conseiller de Jacques Chirac et de Charles Pasqua en était alors convaincu :

La victoire du grand Batéké des Hauts de Seine [Pasqua] est un coup de maître de Jacques Sarkozy et Nicolas Chirac. [...] Le président et le futur patron de l'UMP jouent de concert lorsque leurs intérêts sont en jeu. Les entourages du président et du locataire de Bercy se sont fendus de coups de téléphone aux grands électeurs, afin de dédouaner de tout scrupule ceux qui hésitaient à voter pour la liste UMP officielle."

(Jean-François Probst, cité in Marianne N°389 [du 2 au 8 octobre 2004])

Cela se passe comme ça, sur la planète Sarkozy/Pasqua : au delà des rivalités et des trahisons, la loi du clan, et le verrouillage du pouvoir politique qui va avec, s'imposent à tous... Si, par malheur, Sarkozy est élu président de la République le 6 mai, se sera malheureusement la preuve que la plus haute charge de l'Etat peut être conquise par quelqu'un qui a été formé à l'école politicienne de Pasqua, et qui, de fait, continue de pratiquer les méthodes de la droite des Hauts-de-Seine pour acquérir le pouvoir et pour le conserver...



Citoyens électeurs, votez en conscience !


Cordialement, :-)


Hyarion, résolument anti-sarkozyste.


(Illustrations : Caricature de Pasqua, par Kiro, publiée dans Manufacture française de candidats, Les dossiers du Canard Enchaîné N°83, avril 2002, et caricature de Sarkozy, par Kiro, sans date [vers 2005] ; Caricature de Madelin, Sarkozy, Chirac, Jean-Louis Debré [sur le tracteur], De Villiers et Pasqua [au fond à droite], par Kiro, publiée dans le Canard Enchaîné N°4103, 16 juin 1999 ; Caricature de Sarkozy et sa bande [avec notamment Pasqua et Balkany, à droite], par Cabu, publiée dans le Canard Enchaîné N°4500, 24 janvier 2007)
Par Hyarion - Publié dans : Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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Jeudi 3 mai 2007
Avant d'aborder les relations Sarkozy/Pasqua, évoquons ce fameux débat entre les deux finalistes de l'élection présidentielle qui a eu lieu hier soir. "Le face-à-face télévisé entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal mercredi soir sur TF1 et France 2 a réuni plus de 20 millions de téléspectateurs, une audience supérieure au débat Jacques Chirac/Lionel Jospin en 1995 (16 millions), selon les chiffres de Médiamétrie communiqués jeudi par les chaînes", ainsi que l'indique une dépêche de l'Agence France Presse (03/05/2007, 12h26).
 
J'ai regardé le débat Royal/Sarkozy jusqu'au bout : il aura duré près de 2h40... J'ai l'ai trouvé relativement équilibré. Ségolène Royal a fait preuve de pugnacité, et elle a tenu bon face à Sarkozy de Nagy-Bocsa. Royal a réussi à mettre enfin sur la table la question du bilan - plus que mitigé - de l'ex-ministre de l'Intérieur Sarkozy, auquel elle a pu envoyer, par ailleurs, une petite pique sur l'opinion, désormais bien connue, du candidat de l'UMP concernant la génétique. Royal n'a pas pu échapper aux inévitables attaques sur les 35 heures de travail hebdomadaire - qui sont décidément une véritable tunique de Nessus pour la gauche -, mais elle a été, en revanche, offensive et juste sur les questions de réforme des institutions, de services publics, de recherche, d'éducation, voire de culture, qui me tiennent à coeur. Elle a aussi parlé de la jeunesse et de l'Europe. Royal ne m'avait pas jusqu'ici guère inspiré de confiance, mais elle m'a finalement plutôt rassuré lors de ce débat : c'est une femme au caractère bien trempé, qui, en dépit de certaines maladresses, a révélé un charisme politique qui n'apparaissait pas jusque-là dans les réunions publiques de sa campagne. Je la soutiens, plus que jamais, car si elle a pu être flou sur certains sujets, notamment économiques, elle n'en a pas moins montré qu'elle a suffisemment de tempérament et d'indépendance d'esprit vis-à-vis des dogmes du PS pour être à la hauteur de la fonction de Président de la République. Depuis le début, j'étais résolu à voter pour elle au second tour, même par défaut : je le suis tout autant aujourd'hui.
 
Quelques mots sur l'accrochage des candidats à la suite des propos habilement compassionnels de Sarkozy concernant la scolarisation des enfants handicapés, propos qualifiés d'immoraux par Ségolène Royal, parce que jugés hypocrites : face à la protestation de la candidate socialiste, Sarkozy a fait preuve d'un sacré culot en voulant faire passer Royal pour quelqu'un qui perd ses nerfs alors que l'on sait bien que c'est lui, et lui seul, Sarkozy, qui est coutumier du fait. Talonnette Ier a tout fait hier soir pour brider sa nature nerveuse. C'est d'ailleurs ce qu'il s'efforce de faire depuis le début de sa campagne, laissant toutefois éclater ses colères habituelles et ses crises de nerfs récurrentes dès lors qu'il n'est pas sous l'oeil d'une caméra ou à proximité d'un micro. Sarkozy a beau vouloir faire croire qu'il a changé pour laisser penser qu'il est digne de la fonction qu'il occupe, il redeviendra celui qu'il n'a jamais cessé d'être : un personnage nerveux, susceptible, colérique, et très imbu de lui-même. Il n'y a qu'à le regarder tel qu'il est toujours apparu à la télévision, jusqu'en janvier dernier... Réflet de son égocentrisme, de sa paranoïa, de son obsession maladive de la réussite et du pouvoir, le visage de Sarkozy a toujours été, jusque-là, animé en permanence par des micro-expressions de mépris, d'aggressivité défensive, de tristesse, d'anxiété, de menace. Le soulèvement en coin de sa lèvre supérieure, découvrant les dents de la partie droite de sa machoire supérieure, si caractéristique du personnage, est une de ces micro-expressions particulièrement révélatrices des sentiments de mépris et d'aggressivité avec lesquels il peut s'exprimer physiquement, bien qu'à distance, face à son interlocuteur. Il n'a pas totalement réussi à dissimuler une telle attitude lors du débat d'hier avec Ségolène Royal, cette micro-expression de la lèvre étant tout de même légèrement apparu sur le visage du candidat de l'UMP, notamment lorsqu'il a interpellé Royal sur les 35 heures... Ne vous inquiétez pas, citoyens : Sarkozy se retient, mais il aura l'occasion de redevenir pleinement lui-même après le 6 mai...
 
La questions des enfants handicapés fut le seul accroc majeur, avec peut-être aussi la question de la fonction publique, et également la question du nucléaire où, là encore, Ségolène Royal a tenu tête à son adversaire qui s'est quelque peu emmêlé les pinceaux au sujet du réacteur EPR, réacteur nucléaire de troisième génération, et non de quatrième génération comme l'a prétendu le candidat de l'UMP. On notera que Sarkozy n'a pas pu s'empêcher de se féliciter indirectement de son triomphe apparent sur l'aventureux Bayrou, en disant : "Dans la majorité, nos amis de l'UDF ont toute leur place". "J'observe avec beaucoup de plaisir que la quasi totalité des députés UDF me rallie" a-t-il ajouté, non sans avoir dénoncé auparavant "la tragi-comédie du vrai-faux débat entre M. Bayrou et Mme Royal" de samedi dernier. Pour le reste, le débat a plutôt été de bonne tenue. Les amateurs d'empoignades stériles, à la manière des anciens "débats" entre Le Pen et Bernard Tapie, en auront été pour leurs frais...
 
Je doute que ce débat Royal/Sarkozy, même s'il était très attendu, puisse être de nature à modifier les intentions de vote de façon significative, mais j'ai tout de même pu noter que des centristes résignés à voter pour Ségolène Royal, par anti-sarkozysme, ont été, semble-t-il, agréablement surpris par la prestation de la candidate socialiste, ce qui les a convaincu de maintenir leur choix de voter pour elle... Le débat aura au moins servi à cela, électoralement parlant...
 
Cordialement, :-)
 
Hyarion, résolument anti-sarkozyste.
 
P.S. : Conséquence attendu du duel Royal/Sarkozy, François Bayrou a annoncé qu'il ne votera pas pour le candidat de l'UMP. "Je ne voterai pas pour Sarkozy", a en effet déclaré l'ex-candidat centriste, après avoir regardé le débat, ainsi que l'a révélé aujourd'hui Le Monde. Bayrou n'a pas précisé s'il optera pour Ségolène Royal ou un vote blanc, mais il a estimé que la candidate socialiste "s'en est plutôt bien sortie" face à Sarkozy... Chacun interprêtera cela comme il lui plaira... ;-)
 
(Illustrations : Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, lors du débat télévisé de l'entre deux-tours le 2 mai 2007, à Boulogne Billancourt, photos © AFP France 2 ; Sarkozy lors d'un débat télévisé diffusé sur France 2 en novembre 2003, photo extraite d'une archive de l'INA, reprise dans le film documentaire Coupez le son ! Le charisme politique, de Thierry Berrod, © MONA LISA Production / Ina, 2007)
Par Hyarion - Publié dans : Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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Mardi 1 mai 2007
Le cauchemar sarkozyste approche... C'est la dernière ligne droite... Demain soir, 2 mai, quatre jours avant la date fatidique, aura lieu le fameux débat de l'entre-deux tours de l'élection présidentielle entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, le premier du genre depuis le débat Chirac-Jospin de 1995, Chirac ayant refusé de débattre avec Le Pen en 2002. Dans le cadre de la campagne de 2007, le débat Sarkozy-Royal aura été précédé par un autre, plus original, celui que Royal et François Bayrou ont eu samedi dernier, 28 avril. Evènement inédit sous la Ve République, une candidate finaliste à la présidentielle a dialogué avec un candidat éliminé dès le premier tour, dans une émission retransmise sur la chaîne télévisée BFM TV et la radio RMC : à cette occasion, Royal et Bayrou se sont dits d'accord pour souhaiter la fin de l'opposition "bloc contre bloc", en vue d'une "modernisation de la vie politique".
  La candidate socialiste et l'ex-candidat centriste ont développé des thèses divergentes, notamment en matière économique, mais ils ont mis en évidence de nombreux points d'accord, notamment sur la nécessaire réforme des institutions, sur l'idée de soumettre à un référendum un nouveau texte pour remplacer le projet de traité constitutionnel européen rejeté par les Français, ou pour dénoncer un "verrouillage médiatique" du pays.
J'ai écouté samedi ce dialogue de Ségolène Royal et François Bayrou sur RMC : je l'ai trouvé très intéressant, et, franchement, au point où en sont les citoyens, je me demande effectivement pourquoi nous devrions continuer à nous positionner politiquement uniquement en fonction des extrêmes et des blocs antagonistes, et à maintenir ainsi le statu quo qui n'avantage que les politiciens en place. La jeunesse de ce pays a le droit de prendre part aux décisions politiques qui la concerne en premier lieu, sans être obligé d'attendre pendant des décennies que les caciques du bipartisme se décident à céder leur place. S'il y a des convergences entre citoyens démocrates de bonne foi, à quoi bon perdre plus longtemps notre temps avec Sarkozy de Nagy-Bocsa qui veut le pouvoir pour son clan d'une part, et les endoctrinés du PS qui ne pensent qu'à regarder vers l'extrême-gauche d'autre part ? Tous les démocrates - et tout particulièrement les jeunes - devraient pouvoir aller dans la même direction : celle de l'intérêt général de la France et de son peuple...
Le débat Royal-Bayrou n'a pas eu lieu sans difficultés, ainsi que le résume une dépêche de l'Agence France Presse (AFP), datée de la veille dudit débat :  
 
« Ségolène Royal et François Bayrou, dont les 6,8 millions d'électeurs détiennent la clé du second tour de la présidentielle, ont accusé vendredi Nicolas Sarkozy d'avoir fait "pression" pour empêcher un débat télévisé entre eux, échange qui doit finalement avoir lieu samedi. [...]
Après plusieurs désistements, le débat, dont Mme Royal espère qu'il permette de dégager des points de convergence qui pourrait lui gagner des reports de voix, devrait finalement être organisé et retransmis en direct samedi, à partir de 11H00, par BFM TV et RMC.
Le candidat UMP, accusé d'avoir cherché à l'entraver, a répondu en fustigeant des "procès de Moscou", dénonçant "des propos qui n'ont rien à voir avec le débat démocratique puisqu'ils sont tout simplement injurieux".
Jeudi, le syndicat de la presse quotidienne régionale (SPQR) puis Canal+ se sont désistés tour à tour. Ils ont démenti avoir subi des pressions, la chaîne invoquant la législation sur les temps de parole des candidats pour renoncer au débat.
François Bayrou a affirmé vendredi [27 avril] sur RTL "ne pas avoir la preuve mais la certitude" que Canal+ avait pris cette décision à la demande de Nicolas Sarkozy.
Il a une nouvelle fois fustigé les "réseaux, qui rapprochent de très grandes puissances financières et médiatiques autour de Nicolas Sarkozy". Un thème qu'il avait déjà utilisé en début de campagne, citant notamment les groupes Bouygues et Lagardère.
Mme Royal a elle aussi mis en cause "le système médiatico-financier auquel est lié Nicolas Sarkozy". "Ce sont des méthodes d'un autre âge. Elles en disent long sur un certain nombre de connivences avec un système médiatico-financier puissant. Mais ça ne nous fera pas taire pour autant".
Tous deux ont estimé que l'affaire avait un aspect exemplaire.
"
Ça en dit long sur ce qui se passe et ce qui se passerait" si M. Sarkozy était élu, a estimé la candidate socialiste, dont les proches avaient dénoncé dès jeudi "l'Etat Sarkozy".
"On est en train de choisir le chemin d'une immense régression qui met en cause le droit élémentaire des Français à être informés. Songez que Nicolas Sarkozy n'est pas encore élu. Qu'en sera-t-il s'il est élu ?", a lancé de son côté François Bayrou.
Distancée de 5 points par son rival UMP au premier tour, Mme Royal tente de capter les électeurs de M. Bayrou (18,57% des voix), dont un petit tiers reste indécis ou compte s'abstenir le 6 mai, d'après les sondages, environ 40% se reportant sur elle et le reste sur M. Sarkozy. [...]
Mercredi [25 avril], il [Bayrou] avait laissé entendre qu'il ne voterait pas pour M. Sarkozy.
Mais en attendant, plusieurs députés UDF ont à leur tour apporté vendredi leur soutien à Nicolas Sarkozy pour le second tour de la présidentielle, portant leur nombre à 19 sur 29. [...]
»

(Extraits d'une dépêche de l'AFP, 27/04/2007, 17h02)

Dans cette affaire, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, alias Talonnette Ier, a eu beau se présenter, hypocritement, comme la victime de "petites combines", il aurait bien aimé pouvoir simplement empêcher le débat Bayrou/Royal, celui-ci étant de nature à contrecarrer ses plans électoraux, mais finalement, ledit débat a tout de même eu lieu... Sarkozy, à qui les médias de masse servent la soupe depuis des années, n'en a pas moins continué son opération implacable de ralliement du centre à sa candidature. Dans le cadre du bipartisme droite/gauche, la droite s'est toujours assuré de la soumission et de la docilité du centre à son profit. Il en avait toujours été ainsi, jusqu'à ce que Bayrou décide de s'affranchir progressivement de cette tutelle écrasante, au point de s'imposer aujourd'hui dans la campagne du deuxième tour. La conception égocentrique et aggressive de la politique qui est celle de Sarkozy, ne pouvait que conduire ce dernier a vouloir pratiquer les mêmes méthodes que ses prédécesseurs, non sans finalement encourager, plus que jamais, la résistance d'un centre désormais en pleine recomposition.
 
"S'il nous avait ouvert les bras, s'il avait pris de la hauteur et non de la bassesse, nous étions faits. Mais il a choisi la méthode Pasqua des Hauts-de-Seine. Menaces, débauchages."

(François Bayrou, à propos de Sarkozy, après le premier tour de l'élection présidentielle, avril 2007, cité in Marianne N°523 [du 28 avril au 8 mai 2007])
 
Qu'en est-il donc de cette méthode Pasqua, et de cette culture de clan sarkozyste que j'ai déjà eu l'occasion d'évoquer ? Une plongée dans la jungle des grands fauves de la politique à droite s'impose... Le temps me manque pour l'instant, mais j'aurai certainement l'occasion de parler, en détail, dans un tout prochain message, des relations hautes en couleurs de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa avec la nébuleuse de Charles Pasqua, ancien ministre de l'Intérieur et actuel sénateur des Hauts-de-Seine...

A très bientôt, donc... :-)

Cordialement, :-)

Hyarion, citoyen résolument anti-sarkozyste.


(Caricature de Sarkozy en char d'assaut hypocrite face au débat radio-télévisé Royal/Bayrou, par Plantu, publiée dans le Monde du 29 avril 2007 ; Détail du tableau Le Lion ayant faim se jette sur l’antilope, huile sur toile [1905] par Henri Rousseau, dit le Douanier Rousseau, Bâle, Fondation Beyeler)
Par Hyarion - Publié dans : Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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Dimanche 29 avril 2007
Dans un de mes précédents messages, intitulé "Sarkozy, Le Pen et l'extrême-droite : une longue histoire...", j'avais déjà signalé combien pour moi le fait de qualifier Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa de "fasciste" ou de "raciste" n'avait pas de sens, et était une perte de temps. La tentation, récurrente chez tant de personnes, de comparer le très ambitieux Sarkozy à Napoléon Ier, ou à Napoléon III, me parait tout aussi intempestive et, pour tout dire, assez ridicule...
Pour critiquer le candidat de l'UMP sur un ton satirique, je préfère le surnommer, par dérision, Talonnette Ier plutôt que Sarkoléon... et je me refuse à intégrer cette comparaison un peu trop facile, et trop attendue, de Sarkozy avec Napoléon dans le "Légendaire" anti-sarkozyste... Comme je l'ai déjà écrit en réponse à un commentaire envoyé sur ce blog,  le fait est que la dénonciation, quelque-peu anachronique, faite par certains journalistes et commentateurs divers, du "césarisme", ou du "bonapartisme", de Sarkozy me laisse dubitatif... Nicolas Sarkozy n'est certainement pas l'héritier de Jules César, ou d'Octave Auguste, ou de Napoléon Bonaparte, ou même de De Gaulle : il n'est simplement que Sarkozy, un misérable ambitieux, complexé et paranoïaque, nerveux et agressif, prisonnier de ses désirs, incapable d'avoir la volonté de vaincre ses propres démons, et qui n'a pas du tout la stature d'un homme d'État.
Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa n'a pas le génie militaire, ni le génie réformateur, de Napoléon Ier. Piquer une mairie à Pasqua - celle de Neuilly-sur-Seine, en 1983 - et un parti unique à Chirac - l'UMP, en 2004 -, cela ne fait pas de vous, loin s'en faut, un digne successeur de Napoléon Bonaparte, le vainqueur d'Austerlitz (2 décembre 1805) qui a promulgué le Code Civil (21 mars 1804). Sans parler des petits arrangements entre amis dont ont bénéficiés les affaires immobilières de Sarkozy dans sa bonne ville de Neuilly-sur-Seine, petits arrangements qui n'ont rien de glorieux : pour la filiation avec les grands bâtisseurs royaux et impériaux de Paris, il faudra repasser...
Et pourtant, les fantasmes collectifs ont la vie dure...
Le 28 novembre 2004, au congrès de l'UMP du Bourget, qui avait coûté entre 4,2 et 4,5 millions d'euros, Sarkozy de Nagy-Bocsa fut proclamé tout-puissant président du grand parti de la droite. Ce congrès ayant eu lieu quelques jours avant le bicentaire du sacre de Napoléon Ier à Paris (2 décembre 1804), les commentateurs ne purent s'empêcher de parler de "sacre" à propos dudit congrès du Bourget et même de "plébiscite" puisque Sarkozy a été élu par les militants de l'UMP avec 85,1 % des voix. Il était alors de bon ton de comparer ouvertement Sarkozy à Napoléon...
En ce qui me concerne, étant né un 2 décembre, j'ai des raisons personnelles pour ne pas avoir apprécié ce genre de comparaison... On ne mélange pas les torchons et les serviettes.
Le 14 janvier 2007, un autre congrès de l'UMP a eu lieu à Paris, cette fois-ci pour l'investiture du ministre Sarkozy de Nagy-Bocsa comme candidat à l'élection présidentielle, congrès devant avoir un coût supérieur à 3,5 millions d'euros, soit le quart du coût total de la campagne du parti. Sarkozy ayant été investi suite à un vote en sa faveur de 98,1 % des votants et un taux de participation de 69 % des adhérents, alors qu'il était le seul candidat à la candidature, on a parlé à nouveau de "sacre" et de "plébiscite".

"Sacre", "plébiscite"... Dans ce cas de figure, comme dans celui des mots "raciste", "fasciste" ou "dictateur", les gens passent leur temps à employer, de façon intempestive, des termes dont ils semblent ignorer la signification. Prendre le temps de leur expliquer, et de corriger ce qui devrait l'être, semble vain, tant les commentateurs sont coutumiers des abus de language, et ne paraissent être guère désireux de changer leurs mauvaises habitudes.
Les numéros de cirque de l'UMP n'ont rien à voir avec le sacre de Napoléon Ier. Quant au plébiscite, utilisé, il est vrai, par Napoléon Ier comme par Napoléon III, il n'est jamais que l'autre nom du référendum, et l'on pourra noter qu'en dehors des parodies de consultations internes de l'UMP, Sarkozy n'est pas forcément très favorable à la consultation référendaire dès lors que celle-ci concernerait véritablement le pays tout entier et déciderait d'une réforme, notamment institutionnelle. Sarkozy a ainsi déclaré vouloir négocier un nouveau traité constitutionnel européen, traité qu'il ferait ensuite adopter par la voie parlementaire et non par référendum. Ségolène Royal et François Bayrou ont chacun pour leur part bien précisé que s'ils souhaitaient eux-aussi la négociation d'un nouveau traité, ils s'engageaient à ce que ledit traité soit adopté par la voie référendaire. 54,68% des électeurs - dont j'ai fait partie - ont voté "non" au référendum du 29 mai 2005 sur le traité établissant une Constitution pour l'Europe. Ce traité était confus, presque illisible, et contenait des ambiguïtés potentiellement dangereuses, notamment en matière d'économie, de services publics, de laïcité et de diversité culturelle. Le fait qu'un nouveau traité constitutionnel européen de cette importance puisse être, même en étant amélioré par rapport au précédent, adopté par un vote du Parlement et non par référendum révèle le rapport à la fois lâche et méprisant qu'a Nicolas Sarkozy vis-à-vis de la souveraineté populaire : dans l'absolu, il ferait un piètre bonapartiste...

Et puis il y a aussi la comparaison de Sarkozy avec Napoléon III, et plus exactement avec le Napoléon III déformé et trainé dans la boue par l'écrivain Victor Hugo. Une fois de plus, on estime pertinent, dans ce cas-là, l'association d'un fantasme, ici politico-littéraire, à un politicien bien réel, dont le caractère dangereux est pourtant suffisemment spécifique pour être éloigné de toute référence historique de ce genre... Dans son blog François-Mitterrand-2007, celui qui se fait passer pour le défunt président socialiste a ainsi qualifié Sarkozy, dans un message du 27 avril, de "nouveau Napoléon le petit", en référence au pamphlet de Hugo consacré au président de la République Louis-Napoléon Bonaparte (1808-1873), neveu de Napoléon Ier, devenu empereur des Français sous le nom de Napoléon III. Il est toujours de bon ton, pour beaucoup trop de personnes bien-pensantes, de se présenter comme de gentils et vertueux républicains en se réclamant des pamphlets Napoléon le petit, Histoire d'un crime, du recueil de poèmes les Châtiments, de tous ces écrits haineux et outranciers que Victor Hugo a consacré à  son ennemi Napoléon III , qu'il a pourtant d'abord soutenu. Il est vrai que Napoléon III a eu le malheur, lorsqu’il était président de la République, en 1849, de refuser à l’écrivain un portefeuille ministériel. Pourtant, ainsi que l'a écrit Emile Zola, l’auteur de la série de romans des Rougon-Macquart, en 1895 : "le Napoléon III des Châtiments, c’est un croquemitaine sorti tout botté et tout éperonné de l’imagination de Victor Hugo. Rien n’est moins ressemblant que ce portrait, sorte de statue de bronze et de boue, élevée par le poète, pour servir de cible à ses traits acérés, disons le mot, à ses crachats." Victor Hugo a passé sa vie a édifier son propre piédestal. Il lui fallait un contre-modèle à son génie : il cru l'avoir trouvé en Napoléon III. Si celui-ci l'avait nommé ministre de l'Instruction Publique, il en eu sans doute été tout autrement, et le poète aurait probablement continué à faire partie des invités des dîners présidentiels de l'Élysée, puis peut-être des dîners impériaux des Tuileries. De toute façon, même en considérant le personnage historique de Napoléon III tel qu'il était en réalité, il n'y a pas de comparaison pertinente à faire de lui avec Sarkozy : l'itinéraire de leurs vies, leurs caractères, leurs époques respectives font qu'ils ne se ressemblent en rien...
Le fait de surnommer Sarkozy "Talonnette Ier" pourrait faire dire à certains que, de fait, que je le veuille ou non, je marche dans les pas du Victor Hugo des Châtiments et de Napoléon le petit. Il y a pourtant, de toute façon, une différence entre lui et moi : Victor Hugo était un déçu du bonapartisme, alors que je ne suis pas, et ne serai jamais, un déçu du sarkozysme, dans la mesure où je l'ai toujours combattu...

Mais venons-en au fait : pourquoi ai-je choisi de surnommer Sarkozy "Talonnette Ier" ? Cela remonte en fait à l'affaire du cliché de la Maison Blanche, l'année dernière...

Du 9 au 12 septembre 2006, Sarkozy se rend à Washington pour faire allégeance à l'un des plus mauvais présidents que les États-Unis d'Amérique aient jamais connu : le républicain George W. ("Dobeliou") Bush. Reçu à la Maison Blanche le 12 septembre, Talonnette Ier se fait photographier avec "Dobeliou", et bien qu'étant ministre d'Etat, se met à critiquer, sur le sol américain, la politique étrangère du gouvernement français, dont il fait pourtant partie. Plus de trois ans après la crise diplomatique franco-américaine au cours de laquelle la France s'était opposée, fermement mais sagement, à la guerre menée par les États-Unis en Irak, il dénonce ainsi, devant un public américain, ce même 12 septembre, la "grandiloquence stérile" d'"une France arrogante et pas assez présente", affirmant également qu'"il n’est pas convenable de chercher à mettre ses alliés dans l’embarras, ou de donner l’impression de se réjouir de leurs difficultés." Par ailleurs, au lieu d'évoquer l'indispensable indépendance de la France vis-à-vis de l'hyper-puissance américaine, Sarkozy préfère parler, pour son pays, de la simple nécessité d'"une position autonome vis à vis des États-Unis".
L'autonomie plutôt que l'indépendance, donc. Pour Sarkozy, on le sait, "les mots ont un sens"... Alors que les Français rejettent toute politique étrangère atlantiste dans laquelle la France serait le caniche des États-Unis, alors que le peuple a approuvé, à une très large majorité, la position de Chirac refusant de cautionner la désastreuse guerre d'Irak provoquée par Bush en 2003, l'attitude de révérence de Sarkozy à l'égard de "Dobeliou" fait évidemment scandale...
Devant des proches, Jacques Chirac commente alors ainsi la faute politique que représente l'attitude, qualifiée par lui de "lamentable", qu'a été celle de Sarkozy aux États-Unis :

"Nicolas, décidément, ne sera jamais fini. Pour se prouver qu'il compte, une force intérieure le pousse à briser ce qui fait consensus, par exemple la politique étrangère. C'est électoralement absurde."

(Jacques Chirac, à propos de Sarkozy, cité in Marianne N°492 [du 23 au 29 septembre 2006])

De ce voyage controversé à Washington reste la photographie de Sarkozy serrant la main de Bush à La Maison Blanche, le 12 septembre 2006, celle que l'on a qualifiée alors de "photo dont tout le monde parle", mais que l'on déjà quelque peu oublié aujourd'hui. Sur ce cliché, Sarkozy, à gauche, serre donc la main du président Bush, à droite. Jusque là, rien de bien surprenant... sauf que cette photo comporte tout de même une énigme : la tête de Sarkozy, qui mesure 1,68 m, semble à peu près à la même hauteur que celle de "Dobeliou", qui mesure 1,83 m. Comment est-ce possible ? Serait-ce un miracle ? Sarkozy aurait-t-il grandi ? Ce serait alors un cas de croissance spectaculaire, dans la mesure où le Canard Enchaîné a reproduit dans son numéro du 20 septembre, en comparaison avec le cliché de Washington, une photographie datant de 2004, représentant Sarkozy au côté de son ami acteur américain et scientologue Tom Cruise, qui, bien que mesurant 1,68 m, semble plus grand que l'actuel candidat de l'UMP !
La photo officielle diffusée par les services de la Maison Blanche a fait malheureusement l'objet d'un recadrage, mais la photographie entière, telle qu'elle a également été diffusée dans la presse, laisse apparaitre, sur la droite, l'ambassadeur de France aux États-Unis, qui était présent dans la pièce où Bush et Sarkozy se sont rencontrés, et qui a donc lui aussi été immortalisé par le photographe. Le journaliste Philippe Cohen, dans le journal Marianne (N°492 [du 23 au 29 septembre 2006]), n'a pas manqué de commenter cette photographie originale non tronquée, sur laquelle "on voit que le regard de l'ambassadeur est rivé au "miracle" qui, manifestement, se situe au niveau des pieds de Nicolas Sarkozy. A chacun de deviner ce qui l'étonne : tabouret ou lévitation ? "
Et s'il s'agissait, finalement d'une histoire de talonnettes ? Pour le Canard Enchaîné, l'affaire est entendue : "Seule explication raisonnable aux yeux du "Canard", il s'agit d'un des secrets les mieux gardés de la République : Sarko a grandi ! Oui, le premier flic du pays a gagné quelque 20 centimètres en deux ans, un vrai miracle de la nature... Et un peu, aussi, de son cordonnier : une autre photo publiée quelques semaines plus tard par "Libé[ration]" (31/10) montrera que les chaussures sur mesure de Sarko possèdent des talonnettes impressionnantes. On le savait déjà, mais l'homme a des talons cachés." (Les Dossiers du Canard Enchaîné N°102, 2006 : le grand bêtisier de l'actualité, décembre 2006)
Rappelons que, dans le sens qui nous intéresse, la talonnette est une "lamelle placée à l'intérieur de la chaussure, sous le talon du pied, dans un but orthopédique ou esthétique" (définition du Petit Larousse).
Des talonnettes "impressionnantes" auraient donc, en effet, été ajoutés aux chaussures de Sarkozy... Ajoutées à des talons vraisemblablement déjà conséquents quant à leur hauteur, ces lamelles pourraient en effet expliquer l'anomalie de la fameuse photographie de la Maison Blanche... S'il est déjà assez rare de pouvoir vérifier la hauteur des talons des chaussures de Sarkozy sous l'objectif des caméras, il est évidemment impossible de voir ces fameuses talonnettes, par définition cachées dans la chaussure, même si l'on peut toutefois percevoir l'effet qu'elles produisent... 
Etre complexé par sa petite taille au point d'essayer de se grandir avec des talonnettes : Sarkozy n'est-il donc pas en mesure d'assumer ce qu'il est ? Manipulateur des médias, Talonnette Ier en est bel et bien aussi l'esclave quand il se donne autant de mal pour paraitre ce qu'il n'est pas...
Dès lors, on peut bien se moquer de lui de façon caustique, vu que, par son comportement plutôt ridicule pour quelqu'un qui aspire à se voir confier la plus haute charge de l'État, il ne peut que s'exposer lui-même à la critique satirique sur son complexe de taille... Quand on cherche le bâton pour se faire battre, il ne faut pas s'étonner des conséquences... Et pourtant, Dieu sait si je ne suis pas du genre à me moquer de la taille des gens...

Voila donc pourquoi j'ai choisi de surnommer Sarkozy "Talonnette Ier"... Ce surnom me parait infiniment plus personnalisé que je ne sais quelle comparaison fumeuse avec Napoléon...
Le roi de France Louis XIV n'avait pas honte, lui, de se faire représenter avec des chaussures à talons hauts. C'est notamment le cas dans son célèbre portrait en costume de sacre, peint par Hyacinthe Rigaud en 1701. On y voit notamment que les chaussures royales étaient en effet dotés de talons rouges de taille importantes et particulièrement mis en valeur par rapport à la blancheur de la partie supérieures des chaussures - elle-même mise en valeur par une sorte de noeud rouge... Pourquoi Sarkozy fait-il tout ce qu'il peut pour paraitre plus grand qu'il ne l'est sans ce que cela puisse se voir en principe ? Homme soumis aux contraintes des médias qu'il utilise, il doit apparaitre sous son meilleur jour, en toute circonstance, en s'efforcant de brider sa nature nerveuse lorsque cela s'impose, et, surtout, en présentant une image de lui la plus parfaite possible, y compris, semble-t-il, au niveau de la taille... L'idéal physique de la mode d'aujourd'hui tend plus que jamais vers la recherche de la perfection... C'est là tout le problème... Si Sarkozy veut jouer à ce jeu-là, grand bien lui fasse, mais la forme se saurait masquer le fond en permanence, et, assurément, Talonnette Ier ferait mieux de s'assumer véritablement tel qu'il est...

Mais, honnêtement, si ce n'était que cela, ce ne serait vraiment pas grave... Lorsque je regarde cette photo de Sarkozy serrant la main de Bush, je constate, plus sérieusement, sur le fond, combien ce candidat ex-ministre est un danger public pour les Français, pour la France, et pour la place de notre pays dans le monde... Je ne suis heureusement pas le seul à faire cette constatation...

"Je considère que Nicolas Sarkozy est un danger public. Cet homme incarne la vraie droite. Intellectuellement, il est dans la philosophie de l'optimum des marchés et de la disparition de la régulation étatique. [...] J'ai trois raisons de me méfier de lui. D'abord, ce ministre de l'Intérieur aime, électoralement, que la police se voie. Or la police ne travaille bien que quand on ne la regarde pas ! C'est quand on ne la regarde pas qu'elle peut être flexible, dire à un délinquant: «Ne recommence pas, on t'a repéré…»  Simplement, ce discours n'est pas présentable à une opinion répressive: la police que les gens aiment voir, c'est celle qui tape. C'est parce qu'il est fait de cette manière que Nicolas Sarkozy a involontairement mis le feu à la banlieue. Je pense que cela se reproduira et qu'il nous mettra le feu partout… La deuxième raison tient à l'influence diplomatique de la France. Qu'est-ce que le monde d'aujourd'hui ? Quelques géants, les États-Unis, la Chine, l'Inde, le Japon, la Russie… La France émerge en influence principalement à cause des amitiés que nous avons gardées dans toute l'Afrique et dans le Moyen-Orient. Or, après le ralliement obséquieux de Nicolas Sarkozy à George Bush, il suffirait qu'il soit élu pour détériorer d'un coup toutes ces relations ! L'idée même de son élection fait horreur à la plupart des dirigeants africains et à tous ceux du Moyen-Orient. Sarkozy est un luxe que la France ne pourra pas se permettre, il coûtera trop cher. Enfin, je ne peux pas supporter un homme qui a tenté de s'opposer au gel du corps électoral de la Nouvelle-Calédonie pour des raisons électoralistes. C'était une parole de la France, engagée depuis plus de quinze ans. Que la France puisse se déshonorer une fois de plus, alors que ce conflit s'est ouvert sur un manquement à la parole donnée... Voilà pourquoi je suis inquiet devant le risque, important, que Nicolas Sarkozy soit élu, et je mets en garde les Français : cet homme est un danger public. "

(Michel Rocard, ancien Premier ministre socialiste, propos recueillis par Elise Karlin et Eric Mandonnet, L'Express, 21 février 2007)

Je n'ignore pas que Michel Rocard aurait sans doute préféré que la candidate socialiste Ségolène Royal se désiste en sa faveur. Je n'ignore pas non plus son pessimisme, voire son défaitisme, quant à l'issue de cette élection. Pour autant, ses propos tenus devant les journalistes de l'Express sont justes, bien qu'un peu trop mesurés à mon goût...

Et puis, il y a les fameux propos aberrants concernant la génétique que Sarkozy a tenu devant Michel Onfray, et dont j'ai déjà eu l'occasion de parler (voir le message "Campagne présidentielle : Arnaque et Déraison Générales ?")... Le Canard Enchaîné y a consacré un article assez savoureux :

« Les gènes de Sarko ont parlé !

Le candidat de l'UMP a donc tranché : la pédophilie, les tendances suicidaires, c'est dans les gènes ("Philosophie Magazine", avril 2007) : "On nait pédophile et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions pas soigner cette pathologie (...). Il y a 1 000 ou 1 300 jeunes qui se suicident en France chaque année... génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable." Parole de Sarko ! Généticiens, biologistes et psychologues sont donc priés de suivre la vérité d'un ex-ministre de l'Intérieur. Et l'archevêque de Paris, qui a osé critiquer Sarkozy au nom de la "liberté humaine", est prié de s'occuper de ses ouailles. Ce n'est pas parce qu'il s'appelle Mgr André Vingt-Trois - comme les vingt-trois paires de chromosomes - qu'il doit causer génétique !
Quant à nous, sans attendre les conclusions du débat entre l'inné et l'acquis [...], et pour satisfaire la curiosité des électeurs [...], nous avons fait analyser dans le laboratoire spécial du "Canard" le code génétique de Sarkozy. Les résultats sont édifiants et, disons-le en toute objectivité, en faveur du candidat UMP : non, Sarkozy n'est pour rien dans son comportement bizarroïde ! C'est la faute à ses chromosomes, c'est écrit dans son ADN.
 Ainsi avons-nous pu isoler le gène mal connu de la traîtrise (XYT) qui explique clairement sa carrière politique depuis sa conquête de la mairie de Neuilly, dans le dos de son parrain Pasqua. Depuis, il a essayé de guérir sa traîtrophilie, mais en vain. Il récidive en 1995, trahissant son protecteur Chirac pour rejoindre Balladur. Comme il le dit lui-même : "C'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions pas guérir cette pathologie." Dure leçon de déterminisme ? Pas tant que ça, car, malgré ses gènes gênants, il assure aujourd'hui : "J'ai changé." Traduit en language scientifique, cela veut dire "J'ai muté." Voila qui relance le débat : sous l'effet de quel rayonnement Sarkozy s'est-il fait lifter sa double hélice ? La vérité est bouleversante. Quel que soit son inné, quels que soient ses acquis - mobiliers et immobiliers -, le chef de l'UMP est un véritable OGM : un olibrius génétiquement modifié. »


(F.P., in Le Canard Enchaîné N°4511, 11 avril 2007)

Que l'on ne me parle pas, avec tout cela, de comparaison fumeuse avec Napoléon... Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa n'est ni César, ni Napoléon Ier, ni Napoléon III, ni De Gaulle, ni un dieu, ... ni même le diable incarné : ce serait encore lui faire trop d'honneur...

Cordialement, :-)

Hyarion, citoyen résolument anti-sarkozyste.

(Illustrations : Caricature de Sarkozy en Napoléon, par Kiro, sans date [vers 2005-2006] ; Détail du tableau le Sacre de l'empereur Napoléon Ier et le couronnement de l'impératrice Joséphine dans la cathédrale Notre-Dame de Paris le 2 décembre 1804, huile sur toile [1805-1807] par Jacques-Louis David, Paris, Musée du Louvre ; Caricature de Cécilia et Nicolas Sarkozy, par Cabu, publiée dans le Canard Enchaîné N°4387, 24 novembre 2004 ; Napoléon III, huile sur toile [1857] par Franz-Xaver Winterhalter, Compiègne, Musée du Second Empire, château de Compiègne ; Sarkozy et George W. Bush, photographie des services de La Maison Blanche, Washington DC, septembre 2006 ; Louis XIV, roi de France, portrait en pied en costume royal, huile sur toile [1701] par Hyacinthe Rigaud, Paris, Musée du Louvre ; Caricature de Sarkozy par Plantu, publiée dans le Monde du 13 avril 2007)
Par Hyarion - Publié dans : Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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Mercredi 25 avril 2007
Depuis trois jours, suite aux résultats du premier tour de l'élection présidentielle, tous les regards sont fixés sur François Bayrou et les quelques 6 820 882 électeurs (soit plus de 18,5 % des suffrages) qui ont voté pour lui. Ce sont eux, en effet, qui décideront du résultat final de la course à l'Élysée. Ils détiennent la clé du second tour, et les deux candidats finalistes le savent bien. Tandis que Ségolène Royal cherche à séduire les électeurs centristes et à se rapprocher de Bayrou - en lui proposant notamment un débat public, lundi dernier -, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, selon sa méthode habituelle du chantage à la réélection, s'efforce de rallier à lui, sans trop de difficultés du reste, le plus possible de parlementaires de l'UDF au sein de son grand "rassemblement" UMP. Si l'on sait, d'ors et déjà, que les électeurs de Bayrou vont probablement se diviser en trois blocs au second tour, ainsi que le prévoient les instituts de sondages - un tiers pour Royal, un tiers pour Sarkozy, un tiers d'abstentionnistes -, la déclaration de l'ex-candidat et président de l'UDF vis-à-vis du second tour n'en était pas moins très attendue. Elle a été faite lors d'une conférence de presse à Paris, cet après-midi :

«  Mesdames, Messieurs,
 
Je n'ai à cet instant que deux sujets à l'esprit. Le premier sujet, c'est la France, que j'ai scrutée pendant ces mois de campagne électorale, que j'ai rencontrée en milliers de visages différents, la France qui s'inquiète, qui souffre, qui est déchirée, bien plus qu'elle ne l'a jamais été, et en même temps, la France riche de potentiel, riche de promesses, la France qui voudrait y croire.
 
Et j'ai à l'esprit aussi, et plus que tout, les quelque sept millions de Français qui m'ont donné leur confiance, qui ont mis leur espoir dans cette démarche nouvelle, faisant surgir d’un coup la troisième force politique française, la seule force nouvelle de notre pays. Les sept millions de Français et tous ceux qui ont eu à un moment ou à un autre l'envie de se joindre à eux, et parfois qui le regrettent. Cela fait un immense espoir.
 
Il y a désormais dans notre pays trois forces politiques, une à droite, une à gauche, et une au centre. Et c'est le centre qui est la force nouvelle.
 
Je veux vous parler de l'avenir.
 
La France a trois problèmes : nous sommes un pays à la démocratie malade ; nous sommes un pays au tissu social déchiré ; nous sommes un pays en manque de croissance.

Notre démocratie est malade de la confiscation du pouvoir, de l'incapacité à faire vivre le pluralisme, des difficultés de la presse, de l'absence de séparation des pouvoirs, y compris du pouvoir économique, de la connivence entre les mondes des affaires, médiatique et politique, de la crise de la justice. Le citoyen n'a pas l'impression d'y trouver sa place. La société civile y est méprisée.

Nous avons à reconstruire, depuis les fondations, notre démocratie.

Le tissu social est déchiré. Partout on croise de lourdes misères, personnes âgées aux ressources très faibles, travailleurs pauvres, difficultés de logement, partout la couleur de la peau, la consonance du nom, la religion, dressent les Français les uns contre les autres, partout le quartier où l'on vit, l'adresse postale, forment ghetto. Entre les policiers et les jeunes, entre les différents quartiers, entre personnes au travail et personnes au chômage ou aux minima sociaux, on se regarde du coin de l'oeil, on s'épie, et on est prêts à s'affronter. L'école elle-même, le lieu même de l'égalité des chances, est en situation de doute et d'échec.

Nous avons à retisser notre société.

Nous sommes en panne de croissance. À ce sujet, on prend souvent l'effet pour la cause. Nombre de nos compatriotes par exemple considèrent que le chômage et la faiblesse du pouvoir d'achat sont des maux de notre pays. Ces maux sont des symptômes. Le mal c'est l'absence de croissance. Si nous avions de la croissance, nous aurions des emplois (beaucoup sont à libérer) et nous aurions du pouvoir d'achat à répartir. Beaucoup de nos compatriotes considèrent que l'immigration est la cause de nos maux. La situation de l'immigration est une conséquence. Un pays qui va bien sait intégrer, faire vivre ensemble. C’est l'emploi qui intègre. J'ai rencontré des milliers de jeunes Français d'ascendance immigrée. Ils m'ont tous dit une seule chose : donnez nous du travail et tout le reste s'arrangera ! Donnez nous du taf !

Ma conviction est celle-là : les trois maux de la France, ils doivent être soignés et réparés ensemble !

Or, parlons franchement : Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, dans le face à face sempiternel de la droite sempiternelle et de la gauche sempiternelle, vont non pas réparer mais aggraver l'un ou l'autre de ces maux.

Nicolas Sarkozy, par sa proximité avec les milieux d'affaires et les puissances médiatiques, par son goût de l'intimidation et de la menace, va concentrer les pouvoirs comme jamais ils ne l’ont été. Par son tempérament, et les thèmes qu’il a choisis d'attiser, il risque d'aggraver les déchirures du tissu social, notamment en conduisant une politique d'avantage au plus riche.

Ségolène Royal paraît mieux intentionnée en matière de démocratie, encore que le parti socialiste n'ait rien fait quand il était au pouvoir pour corriger ces maux, plus attentive à l'égard du tissu social, mais son programme, multipliant les interventions de l'État, perpétuant l'illusion que c’est à l'État de s’occuper de tout, et qu'il peut s'occuper de tout, créant je ne sais combien de services publics, va exactement à l'encontre, en sens contraire, des orientations nécessaires pour rendre à notre pays et à son économie leur créativité et leur équilibre.

Les deux candidats ont de surcroît promis une augmentation absolument délirante des dépenses publiques, de l'ordre de 60 milliards d’euros chacun, dans un pays endetté comme le nôtre, l'un des deux ajoutant une baisse totalement improbable des prélèvements obligatoires dans une proportion que ni Reagan ni Mme Thatcher n’ont jamais approchée même en rêve.

Notre pays a un problème de démocratie, un problème de fracture sociale, un problème d’économie, un problème de dette. Nicolas Sarkozy va aggraver les problèmes de la démocratie et la fracture du tissu social, Ségolène Royal, par son programme, va aggraver durablement les problèmes de l'économie et l'un comme l'autre vont déséquilibrer le déficit et la dette.

De surcroît, par leur choix de l'affrontement camp contre camp, ils affaiblissent durablement la France.

Dans les deux cas, sauf correction forte que je n'aperçois pas, et dont je tiendrai compte si elles intervenaient, ce qui se prépare, après les belles promesses, c'est une nouvelle déception du pays, une impuissance, une paralysie.

Dans cette situation, je ne donnerai pas de consigne de vote. J'estime que les Français qui ont voté pour moi sont en conscience des citoyens libres de leur choix.

Je ne reviendrai pas en arrière sur notre chemin de liberté. Je ne cherche ni n'accepterai aucune soumission ou ralliement à l'un des deux camps.

Je veux au contraire garantir aux Français que quel que soit le vainqueur, ils trouveront pour les représenter une force de contre-pouvoir, libre, capable de dire oui si l’action va dans le bon sens et non si elle va dans le mauvais sens. Capable, autrement dit, de faire sortir la politique des réflexes du toujours pour et du toujours contre, pour défendre l'intérêt général.

Je serai le garant de cette indépendance et de la défense de l'intérêt général du peuple français.

Je suis un homme d'ouverture, ouvert à toute discussion de bonne foi. Ségolène Royal a proposé d'avoir avec moi un débat "public et ouvert". J'accepte ce débat, sans arrière-pensées, par exemple à la télévision.

Nicolas Sarkozy n'a pas proposé le même débat, mais s'il le faisait je l'accepterais aussi.

Je n'ai aucun intérêt à défendre, mais si je peux servir l'intérêt des Français, et clarifier leur choix, je le ferai.

D'ors et déjà, pour changer définitivement la politique française, j'annonce la création d’un nouveau parti politique, le parti démocrate, qui présentera des candidats à toutes les élections à venir, et d'abord aux élections législatives, pour représenter les Français qui veulent une politique nouvelle, indépendante, libre de son expression et décidée à les défendre sans se laisser intimider par les menaces ou les tentations diverses liées au pouvoir.

Le parti démocrate proposera de refonder nos institutions pour que le mot démocratie trouve son sens en France. En particulier il saisira toutes les occasions d'imposer la séparation des pouvoirs, un vrai parlement, élu selon la justice, le réforme et l'impartialité de l'état, la création d’une démocratie sociale pour le XXI° siècle.

Il proposera de reformer le tissu social de notre pays, en pensant à tous ceux qui n'ont pas de voix pour les défendre. Il imposera l'égalité de traitement de tous les citoyens devant la loi. Il combattra la société de castes et défendra la mobilité sociale.

Il proposera de libérer les forces de création, éducation, recherche, entreprise, culture, et la croissance dans notre pays.

Il proposera de réconcilier les Français avec l’Europe et l'Europe avec la France. Cette réconciliation est nécessaire pour que s'édifie, au milieu des plus graves dangers, un monde de paix et de développement, fondé sur l'équilibre des droits et des devoirs entre les puissances de la planète. Le parti démocrate défendra l’idée que la responsabilité de la France et de l'Europe doit s’exercer en particulier dans le domaine de la lutte contre le réchauffement de la planète, de la défense de la biodiversité, et du développement du tiers-monde, particulièrement de l'Afrique.

Ce nouveau parti défendra la démocratie, comme portant des valeurs et un idéal, considérant que ce sont ces valeurs qui donnent leur sens à la vie des hommes et à la société qu'ils forment.

La France a un immense besoin de renouveau. La France a un immense besoin de changement positif, de changement équilibré. La France a besoin de trouver un nouvel équilibre, non pas l'équilibre de celui qui reste sur place, mais l'équilibre du marcheur qui progresse d’un pas sûr. C’est cet équilibre, cette recherche d'un avenir meilleur, qui nous rassemblera et qui nous ressemblera.

Nous avons devant nous un grand chemin parce que nous portons une grande espérance.  »

(François Bayrou, déclaration dans une conférence de presse à Paris, diffusée sur les
chaînes de télévision LCI, iTélévision, BFM TV, LCP-AN et France 24, mercredi 25 avril 2007)

J'ai suivi la conférence de presse de François Bayrou en direct, sur Internet. Je note que s'il n'a pas, assez logiquement, voulu prendre parti pour le deuxième tour, il a tout-de-même rejeté bien plus fermement Nicolas Sarkozy, candidat trop proche des milieux d'affaires, ennemi du pluralisme médiatique et vrai danger pour la démocratie, que Ségolène Royal, dont il n'a critiqué que le programme. Après avoir prononcé sa déclaration, il a répondu aux questions des journalistes présents, et a notamment précisé que la création du Parti Démocrate aurait lieu avant le mois de juin, que ce nouveau parti, tout à fait indépendant de la droite UMP sarkozyste, serait libre, central, et ouvert notamment au centre-gauche. Il a confirmé les propos qu'il avait tenu en février au sujet de Sarkozy et de sa "manière de gouverner des Hauts-de-Seine", fort peu rassurante pour la démocratie. Je partage évidemment son point de vue vis-à-vis de Sarkozy de Nagy-Bocsa : le candidat de l'UMP, si par malheur il est élu, gèrera la France comme Pasqua et lui ont géré les Hauts-de-Seine, selon cette culture politique de clan si caractéristique de la droite de ce département d'Ile-de-France.
Je suis satisfait que Bayrou accepte de débattre publiquement avec Royal : c'est un gage d'ouverture.
L'UDF, parti de centre-droit, fortement lié au souvenir de Valéry Giscard d'Estaing, appartient à la droite. Voter pour le candidat de ce parti au premier tour ne me paraissait pas concevable de ce point de vue : c'est pourquoi j'ai voté pour Ségolène Royal, en dépit du peu de confiance que j'ai en la candidate socialiste. Désormais, le Parti Démocrate que propose Bayrou, parti nouveau, libre, central, ouvert au centre-gauche, et aussi, surtout, je l'espère, à la jeunesse qui veut prendre en main son destin et celui du pays, me parait être une alternative très intéressante face au cauchemar sarkozyste d'une part, et à l'impasse idéologique du PS d'autre part, ledit PS étant incapable, encore aujourd'hui, d'abandonner sa réthorique crypto-internationaliste et de devenir un véritable parti de gauche social-démocrate.
Bien évidemment, il faut tenir compte de la personnalité de Bayrou et de son ambition présidentielle. Le Parti Démocrate qu'il propose ne doit pas devenir une simple rampe de lancement pour la prochaine course à l'Élysée de 2012, comme l'a été, en son temps, le RPR crée par Jacques Chirac, dont je note que Bayrou a repris, dans sa déclaration, son expression de "fracture sociale"... Affaire à suivre...
Mais, de toute façon, l'essentiel est ailleurs : il y a peut-être, enfin, une possibilité d'ouverture politique pour la jeunesse de ce pays, avec une véritable alternative libérée des carcans idéologiques, et opposée à la confiscation du pouvoir par Sarkozy de Nagy-Bocsa. L'espoir fait vivre. Face à l'ambition dévorante de Talonnette Ier, il me parait bien difficile de se contenter de rester un simple spectateur ou de passer son temps à jouer les contestataires sans projet crédible. Il faut être prêt à agir, car le danger est là... Or, aujourd'hui, pour la première fois depuis des années, avec ce nouveau Parti Démocrate, il semble qu'il y ait enfin quelque raison d'espérer à nouveau... et de passer à l'action !

Cordialement, :-)

Hyarion, citoyen électeur résolument anti-sarkozyste.

(Illustrations : Caricature de François Bayrou, par Kiro, publiée dans Manufacture française de candidats, Les dossiers du Canard Enchaîné N°83, avril 2002 ; Caricature de Sarkozy servi par les médias, par Cabu, publiée dans Le Canard Enchaîné N°4510, 4 avril 2007 ; Femme devant le soleil du matin, huile sur toile [1818] par Caspar David Friedrich, Essen, Museum Folwgang)
Par Hyarion - Publié dans : Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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Lundi 23 avril 2007
Tremblez, citoyens démocrates et humanistes ! Du haut de ses 31,11% de suffrages qu'il a obtenu au premier tour de l'élection présidentielle, Talonnette Ier vous regarde... Animé par son insatiable appétit de pouvoir, Sarkozy de Nagy-Bocsa est en passe de devenir, pour la plus grande honte de la France contemporaine, le prochain président de la République. Pendant cinq ans - voire plus ! -, notre pays va être déshonorée par la seule présence de Sarkozy à la tête de l'Etat. Il faut croire qu'une bonne part des électeurs français a souhaité, en votant pour le candidat de l'UMP, voter pour le parti de l'argent, de l'injustice sociale, de la loi de la jungle, de l'anarque médiatique, et clouer le bec aux anti-sarkozystes, qui ne sont sans doute, à ses yeux, que des fainéants et des parasites. Ces électeurs sont soit simplement bêtes, soit bassement égoïstes. Et ils pourront glapir, vénérer leur idole, sautiller comme des cabris, cela ne changera rien à l'affaire : quelle que soit l'issue de cette misérable campagne, la masse abrutissante sarkozyste n'obtiendra pas ma soumission, ni celle, d'ailleurs, de nombreux autres citoyens de ce pays...

Le premier tour de l'élection présidentielle était censé réserver des surprises. Finalement, la seule chose qui m'a surpris c'est le score très faible de Le Pen par rapport à 2002 - seulement un peu plus de 10% des suffrages contre 16,86% il y a cinq ans -, et les écarts de chiffres électoraux assez importants entre les quatre principaux candidats : Sarkozy a obtenu 31,11% des suffrages, Ségolène Royal 25,83%, Bayrou 18,55%, et le Pen 10,51% des voix. Je pensais que les résultats seraient bien plus serrés. Prime à la surenchère et à la démagogie : Sarkozy a habilement manoeuvré vis-à-vis de l'électorat de Le Pen. Cela pour le meilleur et pour le pire, en attendant une éventuelle alliance UMP-FN... Sarkozy semble réussir à faire avec le FN ce que Mitterrand a fait avec le PC en son temps : il y a là la même stratégie d'étouffement... Outre les régions de l'Ile-de-France (33,8% des suffrages) et de Corse (37%), Talonnette Ier a notamment réussi à conquérir électoralement les régions traditionnellement lepénistes de Provence-Alpes-Côte-d'Azur (37% des voix), et d'Alsace (36,2%), en y récoltant plus du tiers des suffrages.
Les scores des autres candidats sont tous inférieurs à 5%. Quelqu'est pu être l'impact du fameux vote de gauche "utile" en faveur de Ségolène Royal, compte-tenu de l'abstention très faible, les chapelles de l'extrême-gauche laissent apparaitre ce qu'elles représentent dans le pays : pas grand-chose...
La participation à ce premier tour de l'élection était annoncée comme devant être forte : avec finalement 84,60% de votants, cette participation se révèle être la plus élevée, pour un premier tour, depuis l'élection présidentielle de 1965. C'est une bonne nouvelle pour la démocratie, surtout lorsque l'on songe à la faible participation au premier tour de l'élection de 2002 (71,60%).

Hier soir, après l'annonce de sa victoire, Sarkozy a annoncé vouloir "rassembler le peuple français autour d'un nouveau rêve français" : le "rêve" sera évidemment un cauchemar. Qui pourrait bien durer une longue décennie, selon la logique du quinquennat qui est, en fait, rappelons-le, un septennat de dix ans. "La France dont je rêve ne laissera tomber personne", a également déclaré Sarkozy hier soir : quelle blague ! Une fois élu, son système, destiné à avantager les plus riches, ne pourra que favoriser les inégalités et l'exclusion. Un très mauvais chapitre semble bientôt devoir s'ouvrir pour l'histoire de notre pays. Qu'a fait la France pour mériter une tel châtiment ? Plongée dans une sorte de coma depuis 2002, elle s'est simplement laissée aller à favoriser l'ambition personnelle dégoûtante d'un homme égocentrique, arrogant, paranoïaque et dangereux. Face à lui, Ségolène Royal fait évidemment pâle figure : désespérément guindée, sans charisme, sans soutien sérieux de la part du PS, portée seulement par la volonté des anti-sarkozystes de faire barrage au candidat de l'UMP, elle n'inspire guère confiance. La gauche est faible : avec moins de 37 % des voix au premier tour, elle réalise son plus mauvais score depuis 1974. Le ralliement à Sarkozy de la majeure partie des électeurs du centriste Bayrou ne fait guère de doute... Les Français, pour une large part d'entre-eux, veulent rester enfermés dans un pays de droite. Apparemment, la droite, c'est très "tendance" en ce moment... Dès lors, l'issue du second tour de l'élection ne laisse augurer rien de bon... Assurément, il y a des jours, comme ça, où l'on n'éprouve guère d'estime pour son pays, tout particulièrement lorsqu'il se trahit lui-même...


Cependant, la messe n'est pas dite : le second tour aura lieu le 6 mai prochain. Qui sais ce qui se passera d'ici-là ?
 
Cordialement, :-)
 
Hyarion, l'anarcho-monarchiste résolument anti-sarkozyste.

(Illustrations : Sarkozy en contre-plongée, photographie © agence R.E.A, publiée dans Élysée-moi !, Les Dossiers du Canard Enchaînée N°103, avril 2007 ; Résultats nationaux du premier tour de l'élection présidentielle du 22 avril 2007, infographie publiée sur le site du journal Le Monde [http://www.lemonde.fr], 22-23 avril 2007)
Par Hyarion - Publié dans : Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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Samedi 21 avril 2007
Nous y sommes enfin ! L'heure du choix est venue. Comme j'en ai l'habitude, j'ai lu les professions de foi des différents candidats que l'on m'a envoyé, par la poste, la semaine dernière. C'est pour moi une sorte de rituel, que je considère comme très important. C'est un moment décisif, celui où tous les candidats officiels vont à la rencontre de chaque citoyen électeur pour lui demander, par écrit, son suffrage. J'ai donc reçu chez moi les candidats, par l'intermédiaire de leurs professions de foi. Et après avoir lu ces messages écrits, j'ai fait mon choix pour le premier tour de cette élection présidentielle.

Demain, 22 avril, pour exercer mon droit, et surtout mon devoir, de citoyen électeur, et bien qu'habitant à Toulouse, je me rendrais en Aveyron, puisque c'est là-haut que je suis inscrit sur les listes électorales, depuis que je suis en âge de voter. Vous me direz que ma situation ressemble à peu à celle de Jacques Chirac, qui va voter en Corrèze, alors qu'il habite à Paris : la différence, c'est que je ne suis pas propriétaire d'un château à Bity (dans la commune corrézienne de Sarran), et que je suis né en Aveyron, et non à Paris comme le président sortant... ;-)

Cela pourra paraître désuet à certains, mais le vote conserve encore pour moi quelque-chose de sacré. Par le vote démocratique, le citoyen agit et s'inscrit pleinement dans l'histoire politique de son pays, et, à ce titre, ne doit pas agir à la légère : il faut, par la suite, qu'il puisse se regarder dans une glace en passant au bulletin qu'il a glissé dans l'urne... Personnellement je n'ai jamais regretté les votes que j'ai pu faire depuis ma majorité. Qu'est-ce qui fait la valeur, la dignité du citoyen électeur ? D'avoir conscience, profondément conscience qu'il y a, dans la vie de tout homme digne de ce nom, des choses qui le dépassent, des choses plus grandes que lui, pour lesquelles, s'il n'est pas un lâche ou un égoiste, il peut être appelé à s'engager fermement, sans penser à sa misérable existence. Le véritable citoyen électeur responsable doit oublier sa petite personne, et ne penser qu'à l'intérêt de son peuple, l'intérêt de son pays, l'intérêt du monde dans lequel il vit. Les élections démocratiques ne sont pas un jeu, ni une farce. Voter est un droit mais c'est aussi un devoir. Voter est un engagement. Les turpitudes de la vie politique, il faut en rire, et les critiquer sur un ton satirique, car c'est, à mon sens, le seul moyen de supporter la médiocrité générale qui s'en dégage. Mais, pour autant, il n'en faut pas moins avoir conscience de ses devoirs de citoyen. Lire, à l'occasion, par exemple, le Canard Enchaîné m'amuse beaucoup, mais par ailleurs les informations qu'il contient n'en sont pas moins éclairantes et complémentaires de celles données, sur un ton en général bien moins satirique, par le reste de la presse et les autres médias. L'essentiel est que toute information, d'où qu'elle vienne, soit appréhendée en faisant preuvre d'esprit critique. On peut avoir un certain sens des responsabilités et néanmoins avoir de l'humour. L'important est de faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux. Alors, demain, citoyens électeurs, prenez donc tous vos responsabilités, et allez votez !

Pour ma part, et cela n'étonnera personne, l'objectif principal de cette élection est et reste la défaite de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa. Non à l'anarque médiatique et à la démagogie politicienne ! Non à l'égocentrisme exacerbé et à la toute-puissance de l'argent ! Non à l'ambition personnelle démesurée et à l'aggressivité récurrente porteuse de divisions ! Pour éliminer le candidat de l'UMP, une seule cartouche : le bulletin de vote...

Sarkozy de Nagy-Bocsa a déclaré, le 14 janvier dernier : "J'ai changé." Depuis, il n'a cessé de ratisser large, de promettre tout et n'importe quoi, de dire tout et n'importe quoi... Non, il n'a pas changé. Son objectif, depuis de nombreuses années, est toujours le même : devenir président de la République pour satisfaire son égocentrisme. Talonnette Ier a lui-même avoué la raison profonde de sa candidature à l'élection présidentielle :

"Parce que ma vie et l'histoire de ma vie, c'est de partir tout en bas pour aller tout en haut ! Il ne me reste qu'une marche..."

(Sarkozy, lors d'une réunion publique dans l'île de la... Réunion, le 16 février 2007, cité dans le Canard Enchaîné N°4504, 21 février 2007)

Une telle obsession de réussite personnelle ne peut pas faire de lui un candidat ayant la stature d'un homme d'Etat... Cela devrait être une évidence admise par tout le monde. Pour Sarkozy, la présidence de la République n'est qu'une étape de plus à inscrire sur son curriculum vitae. La France perdrait beaucoup de temps avec lui, si par malheur il était élu. Votez en conséquence...

Citoyens électeurs, si vous êtes convaincus, comme moi, du danger que représente la candidature de Sarkozy, sachez utiliser votre bulletin de vote de la façon la plus efficace pour lutter contre le candidat de l'UMP ! Je n'ai pas de consignes de vote à donner, sauf évidemment celle de voter contre Qui-vous-savez. Tout au plus, puis-je me permettre quelques suggestions. Si vous êtes plutôt de gauche, et que, par conséquent vous détestez forcément Sarkozy, soyez consciencieux, faites preuve de responsabilité, et de détermination anti-sarkozyste : votez pour Ségolène Royal. Si vous êtes plutôt de droite, et qu'il reste encore, au fond de vous, un peu de responsabilité citoyenne, faites le choix le moins déraisonnable, compte-tenu de vos idées : votez pour François Bayrou. Si vous ne voulez ni de Royal, ni de Bayrou, mesurez bien les conséquences que votre vote pourrait avoir vis-à-vis de Sarkozy, et agissez au mieux... Je ne saurai trop vous recommander vivement de ne surtout pas voter pour Le Pen, qui représente l'Anti-France. Ne cédez pas à la tentation du vote protestataire, qui n'est pas constructif, et qui risque fort, d'une manière ou d'une autre, de servir les intérêts électoraux de Sarkozy. Dans tous les cas, agissez en conscience, et choisissez un candidat soucieux des intérêts du pays et du peuple, dont le programme vous parait cohérent et non nuisible à l'intérêt général : Sarkozy et Le Pen n'entrent évidemment pas dans ce cas de figure. Pour le reste, faites comme il vous plaira... Mais, surtout, n'oubliez pas d'aller voter !


Cordialement, :-)

Hyarion, l'anarcho-monarchiste résolument anti-sarkozyste.

 
(Illustrations : "V'là ma cartouche", caricature par Honoré Daumier, publiée dans le Charivari du 20 novembre 1869 ; Caricature de Sarkozy, par Kiro, publiée dans Le Canard Enchaîné N°4510, 4 avril 2007)
Par Hyarion - Publié dans : Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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Jeudi 19 avril 2007
Qui sauvera la France du sarkozysme ? Assurément pas un homme ou une femme providentiel. Du reste, celui ou celle susceptible d'avoir la stature exceptionnelle d'un véritable chef d'Etat, comme Charles de Gaulle en son temps, n'est peut-être pas encore né, et, en tout cas, nous ne pouvons que l'attendre... Pour l'heure, et c'est bien juste de le dire, seul le peuple français est en mesure de tirer la France d'affaire, en ayant la volonté d'épargner au pays, par un vote hélas par défaut, la perte de temps et la régression générale qu'engendreraient une victoire de Sarkozy de Nagy-Bocsa à l'élection présidentielle. Encore faut-il que le peuple souverain soit suffisemment éclairé pour agir avec sagesse. Or, la médiocrité générale tant de la campagne électorale que des candidatures, les diverses manipulations médiatiques, l'omniprésence de sondages d'opinion à la représentattivité discutable, l'absence de confrontation directe de tous les candidats dans un véritable débat, tout cela n'aide pas à y voir clair pour un grand nombre de citoyens indécis, qui sans doute attendrons le tout dernier moment pour choisir le bulletin qu'ils glisseront dans l'urne. Il faudra bien finalement prendre une décision, sachant qu'un vote en faveur de Sarkozy, ou de Le Pen, serait évidemment le pire choix à faire vis-à-vis des intérêts de la France et de son peuple.

Rien ne va plus, précisemment, semble-t-il, entre Jean-Marie Le Pen et Nicolas Sarkozy. Pendant un moment, Le Pen s'était contenté de laisser Talonnette Ier faire de la surenchère électoraliste sur les thèmes de l'immigration, de l'insécurité et de l'identité nationale, et se montrait finalement assez serein, sûr qu'il était de tirer profit, en tout point de vue, de cette surenchère sans même avoir besoin de beaucoup s'exprimer lui-même :

"Je crois qu'il [Sarkozy] laboure mon terrain, mais c'est moi qui sèmerait et qui récolterait [...] car les gens préfèreront toujours l'original à la copie."

(Jean-Marie Le Pen, France 3, journal télévisé du soir, 7 février 2007)

Ayant donné un petit coup de main au président du FN pour que celui-ci obtienne les 500 signatures d'élus nécessaires pour se présenter au premier tour de l'élection, Sarkozy, suivant une stratégie ambiguë et opportuniste, s'est ensuite senti obligé de prendre une longueur d'avance conséquente sur Le Pen, au point que ce dernier s'est semble-t-il décidé à ne plus ménager le candidat de l'UMP, qui fait décidément tout ce qu'il peut pour attirer à lui l'électorat traditionnellement favorable à l'extrême-droite.

« "Vous n'avez pas perçu la formidable colère des Français, pillés, ruinés, désespérés contre la racaille politicienne, dont vous êtes l'un des chefs et l'un des emblèmes", a déclaré M. Le Pen à l'adresse de M. Sarkozy, devant près de 5.000 sympathisants rassemblés au Palais des Sports de Paris. »

(Extrait d'une dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 15 avril 2007, 18h36)

Ainsi, le dimanche 15 avril dernier, Le Pen a-t-il qualifié Sarkozy de "chef de la racaille politicienne", oubliant de s'inclure lui-même dans le lot de ladite "racaille", lui qui vit tout autant que les autres du système qu'il prétend dénoncer, et qui a été épinglé plusieurs fois pour fraude fiscale. Il a tout de même enfoncé le clou dans un tout récent entretien accordé, dans sa maison du parc de Montretout, à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), au journal gratuit Metro et publié dans le numéro dudit journal daté d'aujourd'hui, 19 avril :

" Question : - Vous avez parlé à son sujet [à propos de Sarkozy] de racaille politicienne. C'est un dérapage verbal ?
Le Pen : - Non, je suis modéré dans mes propos : les affaires de la mairie de Paris, des lycées d'Ile-de-France, le Crédit Lyonnais, etc., pour lesquelles des ministres et même un Premier ministre, tous des UMP d'ailleurs, sont passés en correctionnelle, ce n'est pas de la racaille, ça ? Nicolas Sarkozy est emblématique de la corruption morale des milieux dirigeants français."


(Extrait d'un entretien de Jean-Marie Le Pen accordé au journal Metro, 19 avril 2007)

Apparemment on est toujours la "racaille", ou le "connard", de quelqu'un, toutes ces expressions fleuries figurant, comme on le sait, parmi les préférées de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, qui, du reste, porte une responsabilité dans la dégradation du débat public par le vocabulaire qu'il emploie, que ce soit devant les caméras ou pas.
 
Comme pour donner raison à Le Pen, Sarkozy a récemment confirmé, devant quelques intimes, la révélation du Canard Enchaîné du 11 avril dernier, selon laquelle il aurait promis à Chirac "de passer au karcher ses dossiers judiciaires", une fois élu président, grâce à une amnistie déguisée (voir le message "De la réforme des Institutions et de l'État") :

« Au détour d'une phrase, [...] j'ai dit à Chirac : "Vos problèmes d'après, je m'en charge." Il m'a répondu : "Cela va de soi." [...] Entre présidents, on s'aide [...]. C'est la règle. Le président sortant est protégé par son successeur. Mais il faudra que ça aille le plus vite possible. Dès le mois de juillet. Il y aura sans doute une polémique. Mais on passera vite à autre chose. [...] Ce qui me dérange [...], ce n'est pas que Chirac soit entendu par les juges, c'est qu'il soit poursuivi. »

(Sarkozy, cité in Le Canard Enchaîné N°4512, 18 avril 2007)

Pour sa part, depuis l'Élysée, Jacques Chirac a ainsi fait part, la semaine passée, de ses impressions à ses visiteurs sur la campagne électorale du premier tour, dont il est le spectateur perplexe :

"Avec près de 40 % de gens qui ne savent pas pour qui voter [...], cela donne aux sondages une valeur très relative. Tout est possible. Les élections présidentielles ont toujours réservé des surprises, celle-là risque d'en réserver encore plus que les autres. [...] Sarkozy n'est pas à l'abri d'une surprise. Royal peut très bien être devant lui. Bayrou ne sera pas au second tour, et il ne se prononcera ni pour Sarkozy ni pour Royal. Dans un cas, son combat n'aurait plus de sens. Dans l'autre, ses députés seraient dans la merde. [...] Bayrou va se draper dans le ni droite ni gauche et se dire que la prochaine fois, en 2012, ce sera pour lui."

(Jacques Chirac, à ses visiteurs, cité in Le Canard Enchaîné N°4512, 18 avril 2007)

L'issue de l'élection présidentielle reste toujours aussi incertaine... Prudence et patience sont de rigueur. En attendant ce fameux 22 avril, jour du premier tour, penchons-nous, après les institutions, sur un autre question de fond qui me tient à coeur : la culture.

C'est là un sujet qui n'aura été, à l'évidence, que fort peu évoqué dans cette campagne. Le magazine Télérama, dans son numéro de la semaine du 24 février au 2 mars, a tout de même publiée une intéressante enquête consacré à la culture comme enjeu politique, basée sur des entretiens réalisés avec six candidats : François Bayrou, Marie-George Buffet, Jean-Marie Le Pen, Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy et Dominique Voynet.
Allons à l'essentiel, et évoquons les projets des trois candidats susceptibles d'accéder à la plus haute charge de l'État : Sarkozy, Royal et Bayrou.

Sarkozy :

« Le rôle de l'État en matière de culture est triple : d'abord, l'entretien et la mise en valeur du patrimoine - savez-vous qu'avec 4 milliards d'euros, en dix ans, on pourrait rendre sa splendeur à l'ensemble de notre patrimoine monumental, dont 490 monuments majeurs, en France ? C'est un défi qui vaut la peine, aussi parce que ces monuments génèrent un flux de touristes considérable. Deuxième rôle, l'enseignement artistique, et à travers lui la démocratisation culturelle. Et enfin, la création. Je considère légitime de la soutenir. Sans l'
État, il n'y aurait pas le cinéma français tel qu'on le connaît aujourd'hui. Le poids politique du ministère de la Culture doit être élargi, pour que les arbitrages en matière d'éducation ne soient pas rendus au détriment de la culture. Je veux faire de l'enseignement artistique la clé de la démocratisation de la culture. Mais je suis pour la liberté pédagogique. Et dans un pays où il y a un million d'enseignants, je ne veux plus qu'on dise : l'éducation artistique, ce sera comme cela et pas autrement !
La démocratisation culturelle a échoué. 10 à 20 % seulement de la population française est destinataire de l'essentiel de la politique culturelle. Je souhaite que l'on donne à tous les enfants accès aux grandes oeuvres de l'esprit. Mais attention, quand un enseignant demande à un enfant d'imaginer une autre fin au Cid, c'est dire à l'enfant qu'il peut se prendre pour Corneille, c'est le contraire d'une école de l'excellence. Peut-être est-ce un point de désaccord entre nous, mais selon moi l'idéologie de Mai 68 était organisée sur un concept : tout se vaut et chacun est l'égal de l'autre. Eh bien, non, pour moi, toutes les oeuvres ne se valent pas. On n'a jamais eu autant de chaînes publiques et aussi peu de culture à l'écran. Lorsque j'étais enfant, il y avait Au théâtre ce soir. Y a-t-il du théâtre aujourd'hui sur nos grandes chaînes publiques ? Des concerts ? De vraies émissions littéraires ? On a des talk-shows sympathiques, mais des émissions sur la littérature ? Et si l'on parle d'Arte, j'aime bien Jérôme Clément, mais est-ce que c'est le rôle d'Arte de diffuser, à 20h50, Le Dernier Empereur ? Si vous mettez ce film sur Arte, qu'est-ce que vous mettez sur France 2 ? Pour moi, le service public, y compris France 2, doit viser à une politique éducative de l'excellence. Ne pas hésiter à faire de la contre-programmation, présenter des spectacles, des films qui ne sont pas sur les autres chaînes. Mais je ne suis pas pour l'augmentation de la redevance. Le problème de la politique culturelle dans notre pays, c'est la question des financements. Je suis favorable à des financements hybrides, avec des partenariats, du mécénat. »

(Sarkozy, dans un entretien accordé au magazine Télérama, le 3 février 2007, Télérama n° 2980, semaine du 24 février au 2 mars 2007)

Ségolène Royal :

« La culture est un droit fondamental de la personne humaine, autant qu'un facteur puissant de cohésion nationale. Démocratiser la culture reste ainsi la priorité, quelle qu'en soit la difficulté. C'est en élargissant l'accès à la culture que l'on peut lutter contre le repli sur soi, le racisme, les violences et la désespérance des cités, l'échec scolaire. Pour moi, tout se joue à l'école par l'éducation artistique. Je l'ai expérimenté dans ma Région [Royal est présidente de la région Poitou-Charentes] - où nous avons doublé le budget des actions culturelles - en créant un poste d'animateur culturel dans chaque lycée, en y aménageant des salles de spectacle, en y invitant des musiciens, des troupes de théâtre. En commençant par les lycées professionnels, avec des artistes en résidence. C'est à l'école que l'on forme les futurs amateurs du spectacle vivant : franchir le seuil d'une salle de concert, d'une église romane, n'est pas évident...
L'accès à la culture, c'est aussi un problème de prix. Les festivals de ma Région sont gratuits pour permettre au public populaire d'en profiter. De la même façon, les musées doivent être accessibles aux personnes les plus défavorisées. Regardez le succès du MAC/VAL, ce musée d'art contemporain en banlieue parisienne. Les gens sont venus parce que c'est près de chez eux et parce que c'est gratuit pour les plus jeunes et les plus démunis. C'est à l'État d'assumer ces grandes fonctions d?éducation à la culture, de développement du spectacle vivant, de protection du patrimoine. Il définit le cadre, les règles, assure le financement. Les Régions, quant à elles, doivent aider à l'émergence des talents et permettre que le public ne soit pas obligé de monter à Paris pour écouter un bon concert ou assister à un bon spectacle de théâtre.
La question des intermittents du spectacle n'est pas réglée. Les socialistes se sont engagés à remettre à plat la législation. Le paradoxe, c'est qu'il y a à la fois trop d'intermittents et un déficit de l'accès à la culture. Peut-être pourrait-on définir des missions complémentaires des intermittents dans les établissements scolaires, les entreprises... La culture, on ne le sait pas assez, est un enjeu de développement économique. Elle crée des emplois, de la valeur ajoutée, du lien social. On l'a vu pendant les grèves des festivals : c'est toute l'économie d'une ville - les commerçants, les restaurants, les hôtels - qui était en difficulté. »


(Ségolène Royal, dans un entretien accordé au magazine Télérama, le 2 février 2007, Télérama n° 2980, semaine du 24 février au 2 mars 2007)

Bayrou :

 « Premièrement, le ministère de la Culture doit promouvoir une culture de peuple, je dis bien une culture de peuple et pas une culture de masse. Deuxièmement, il doit soutenir et rendre viable la création contemporaine. Quel est notre problème aujourd'hui ? C'est que la culture parle trop souvent exclusivement aux « cultureux ». D'une certaine manière, nous avons manqué le grand idéal tel qu'il avait été défini dans la seconde moitié du XXe siècle, lorsque la culture est devenue un objectif politique majeur pour la nation. Je crains que tout cela ne soit devenu une affaire d'initiés. Il nous faut repasser le contrat entre le monde culturel et la nation. Concrètement, ça mérite qu'on se repose les questions fondamentales, qu'on réfléchisse ensemble à l'articulation privé-public. Le mécénat d'État est très utile, mais il tend à devenir affaire de professionnels, et donc de réseaux. Ce sont toujours les mêmes qui décident, ce sont les mêmes liens, les mêmes solidarités. Au fond, c'est précisément l'un des aspects de la crise démocratique que je dénonce. Je serais très heureux, président de la République, d'inviter à s'asseoir autour de ma table le monde de la culture pour qu'on remette à plat le contrat, les obligations réciproques, le but qu'on cherche à atteindre. Cette séparation entre le monde culturel et la nation témoigne d'une crise de la société française. Ce dont nous avons besoin, ce n'est pas tant d'éducation pédagogique que d'éducation populaire.
Il y a, dans la vie, des choses qui ne sont pas marchandes. Il y a, dans les grands piliers qui forment la vie d'un peuple, du non-marchand. C'est pourquoi, par exemple, j'ai tellement soutenu le logiciel libre. Grosso modo, je pense que sur Internet, la logique marchande, nécessaire si l'on veut que les droits d'auteur soient respectés, et la logique d'une certaine gratuité, vont durablement coexister. Vous aurez des plates-formes de téléchargement payant moins chères qu'aujourd'hui - car aujourd'hui, il apparaît comme cher. Et vous aurez une logique plus coopérative, avec des gens qui consentiront à donner une contribution générique pour être dans l'univers des échanges. Si les petits cochons ne le mangent pas, Internet préfigure un nouveau modèle de développement pour l'humanité. »


(François Bayrou, dans un entretien accordé au magazine Télérama, le 6 février 2007, Télérama n° 2980, semaine du 24 février au 2 mars 2007)

Comme dirait l'autre, c'est beau comme l'antique. Ainsi que l'écrit le journaliste de Télérama Daniel Conrod, analysant ces entretiens, les candidats se sont tous engagés sur le maintien de l'engagement de l'État, la démocratisation de la culture, le soutien à la création, la rémunération des auteurs, l'éducation artistique à l'école... Conrod va même jusqu'à considérer les moyens fournis au ministère de la Culture comme n'étant plus un problème, car, parait-il, il "n'en manque pas"...
Comment se fait-il, dès lors, que moi, pauvre pouilleux de Midi-Pyrénées, lorsque je me rends à Paris, comme je le fais régulièrement, visiter, par exemple, le Musée du Louvre, je sois obligé de tenir compte systématiquement du fait que l'ensemble des salles d'exposition dudit Musée du Louvre ne peuvent pas être ouvertes au public en même temps, les mêmes jours, aux mêmes heures, par manque de personnel de surveillance et donc faute de moyens suffisants ?
Comment se fait-il que des salles et des galleries entières du Musée national du Château de Versailles soient fermées au grand public, là encore faute de moyens ? Elles sont pourtant riches de nombreuses oeuvres d'art, peintures et sculptures, que l'on ne connait le plus souvent que par des reproductions, sans jamais avoir pu les voir directement sur place, les portes ne s'ouvrant que ponctuellement, pour quelques privilégiés, dont j'ai fait partie.
En 2004, on a décidé de créer une sorte de "Louvre bis", dont l'ouverture est prévue pour 2009, dans l'ancienne cité minière de Lens (Pas-de-Calais), nouveau musée dont les collections sont censées être fournies à partir des oeuvres jusqu'ici conservées dans les réserves du Louvre. Créer une antenne du Louvre au nord de Paris, c'est bien joli, mais encore une fois tout se passe comme si la France se limitait à sa partie située eu nord d'une ligne Genève-La Rochelle.
Pour les habitants du Sud de la France, il n'est déjà par forcément facile de monter à Paris, alors pourquoi les obliger à monter encore plus haut ? Pourquoi ne pas délocaliser carrément l'ensemble des Musées Nationaux dans le nord du
pays, voire à Amsterdam ou à Londres pendant que l'on y est ? Je ne critique pas l'action culturelle de l'État en matière de gestion de patrimoine en tant que telle, mais je critique clairement le manque de pertinence de la politique menée ces dernières années, bien plus soumise à tel ou tel groupe d'influence qu'à une réelle logique globale. Et je critique surtout la négligeance de l'État en matière de gestion des moyens : s'ils ne sont pas insuffisants, comme on le dit, alors c'est qu'ils sont, à l'évidence, mal distribués.

Pour le reste, je ne sais trop quoi penser du visage qu'offre le monde de la culture en France, aujourd'hui. Sur le fond, il y a de bonnes choses, mais sur la forme, l'image véhiculée par les médias de masse est peu reluisante. Il est vrai que même au niveau politique, on aura pu remarquer que le ministère de la Culture, devenu une sorte de ministère de relations publiques vis-à-vis du monde artistique, est depuis longtemps associé, dans les gouvernements, avec le ministère de la Communication... On notera, par ailleurs, au passage, que l'actuel ministre de la Culture et de la Communication, Renaud Donnedieu de Vabres, membre de l'UMP, a été nommé à ce poste en mars 2004, quelques semaines après avoir été condamné pour blanchiment d'argent par le tribunal correctionnel de Paris dans le cadre l'affaire du financement occulte de l'ex-Parti républicain : bel exemple de la manière dont on gère l'attribution des responsabilités ministérielles dans ce pays... Ce qui compte, c'est l'apparence, le paraitre...

Le fait est que, dans ce monde soumis à la tyrannie de l'urgence, dans cette société de consommation de masse où toute vraie individualité est plus ou moins écrasée, le mélange général des genres entre culture, commerce, et communication semble être devenu aujourd'hui une sorte de norme, favorisant, de facto, une acculturation des masses et de ceux qui sont plus ou moins privés d'un accès non seulement à la culture mais plus largement au savoir, à la connaissance, dans un contexte, à l'évidence, peu favorable au développement de l'esprit critique et de la pensée raisonnante. A la crise de la culture s'ajoute la crise de l'éducation. Que nous réserve l'avenir dans ces conditions ? Je pense souvent à ses propos que George Steiner, écrivain, philosophe et professeur émérite de littérature comparée à l'Université de Genève, qui se définit comme "anarchiste platonicien", a tenu lors d'un entretien, à Cambridge, il y a une quinzaine d'années, avec le philosophe iranien vivant en France Ramin Jahanbegloo :

"Si je situe mes propos au niveau le plus bas qui soit, si je parle comme tout un chacun, aucun étudiant, aucun bourgeois, aucun privilégié ne comprend une allusion à un classique ou à la Bible. Ils n'ont rien lu. Tout doit être expliqué. On pourrait inventer un exercice passablement amusant qui consisterait à afficher sur un mur une vingtaine d'éditions de l'oeuvre de Shakespeare, éditions qui seraient parues entre 1850 et 1992. A chaque réédition, les notes liminaires deviennent de plus en plus longues et de plus en plus élémentaires. Il y a vingt ans, la dernière édition d'un livre de poche notait qu'Aphrodite était une vénus, païenne, déesse de l'Amour. Au fur et à mesure que les notes liminaires se multiplient, le texte devient de plus en plus mince et de plus en plus lointain ; il s'éclipse dans un océan de commentaires élémentaires et il se noie, à une autre échelle, dans une mer d'érudition. La crise est telle qu'il faut tout expliquer de A à Z, car il est aujourd'hui impossible de lire les classiques et les grands textes sans donner aux étudiants des exercices d'écoliers de bas étage pour leur en faciliter l'accès. Cela implique une éventualité redoutable : de très grands textes seront réservés à d'heureux moines qui sauront les lire et les apprécier entre eux, dans des maisons de lecture ou des séminaires de clercs à l'instar de ce qui s'est passé entre le VIe siècle et la Renaissance où seuls de grands maîtres suisses lisaient Horace, Cicéron, Tite-Live, Plaute. Ce ne serait certes pas une catastrophe. Nous avons connu une trop longue période depuis le début du XIXe siècle où chacun croyait être capable de tout lire, dans l'euphorie de la facilité et du factice. Eh bien non, décidément non. Des maisons de lecture surgiront ; on pourra y apprendre à lire autre chose qu'un message télévisuel ou un journal. Les universités continueront de diffuser la culture scientifique, mais le sort des Lettres et des Humanités est plus douteux."

(George Steiner, Entretiens, Editions du Félin, 1992, rééd. 10/18, 2000, troisième entretien "Le Language et le Monde", "La crise de l'éducation")

Pour en revenir au monde culturel de la France d'aujourd'hui, si l'on se limite à se que nous en montre les médias de masse, le moins que l'on puisse dire c'est la production artistique française ne semble plus être ce qu'elle était... Certes, il existe, aujourd'hui comme hier, des oeuvres et des artistes de qualité, mais pour quelques rares vrais découvertes, combien de phénomènes médiatiques creux et éphémères ? L'écrivaine turque Mine Kirikkanat évoque ainsi, justement, la situation de la littérature française actuelle :

"Dans le paysage littéraire français d'aujourd'hui, on recense une grande variété d'auteurs, mais on chercherait en vain parmi eux un génie. Depuis l'époque de Sartre et de Malraux, il y a un demi-siècle, le niveau d'engagement des romanciers français n'a pas cessé de baisser. Tout se passe comme si ces écrivains refusaient désormais de prendre des risques ou de changer l'ordre des choses. Ce qu'ils veulent, c'est uniquement l'orgasme verbal. D'où l'insincérité de leur position. Qui peut sérieusement accorder du crédit à Houellebecq quand il dénonce les méfaits du néolibéralisme ? Le seul problème d'une telle démarche, c'est que l'auteur des Particules élémentaires fait lui-même partie de la "bulle" qu'il vitupère. Comme d'autres, il y patauge et il y jouit. On touche là aux limites du fonctionnement d'une génération d'écrivains qui, au fond, ne croient en rien. Todorov a raison de voir dans ce nombrilisme et ce nihilisme le résultat de décennies pendant lesquelles on n'a cessé de réduire la littérature à des structures narratives et à des jeux de language. Les romanciers américains, eux, n'ont quasiment pas été happés par ce mouvement. Ils ont su résister. Ce n'est pas un hasard si, aux États-Unis, on ne trouve pas un personnage comme Frédéric Beigbeder, qui est le pur produit d'un système "autoréférencé". La vocation de la littérature, c'est de donner de l'oxygène. Pour que cet oxygène soit libéré, pour qu'il s'impose contre l'air du temps, il faut des plumes assez puissantes, des auteurs suffisamment signifiants et profonds. La France manque actuellement de romanciers de cette trempe. [...] Heureusement, il lui reste des essayistes."

(Mine Kirikkanat, in Marianne N°509 [du 20 au 26 janvier 2007])

Ce n'est évidemment pas à l'État de résoudre le problème de la médiocrité de la création artistique : la créativité et le talent ne se décrètent pas. L'État ne peut que continuer à favoriser l'éducation artistique et l'accès de tous à la culture dès le plus jeune âge : c'est là sa principale mission, sa mission essentielle avec la gestion du patrimoine historique national. Le temps du contrôle public de la création artistique par la censure est, par ailleurs, révolu depuis longtemps. Mais on pourrait se demander si, finalement, l'absence de censure ne reflète pas , quelque part, le conformisme général, propre au système de production artistique plus ou moins verrouillé en amont, par des réseaux favorisant la médiocrité consensuelle qui ne dérange personne, et un certain formatage de l'oeuvre artistique si caractéristique de la consommation culturelle de masse. Pour finir, on évoquera, à ce sujet, les propos énergiques tenus par le cinéaste Jean-Jacques Beineix, à la fin d'une émission télévisée culturelle de dernière partie de soirée, face notamment à un jeune écrivain à la mode se félicitant de la disparition de la censure :

"Bizarrement la censure a disparu. Pour une simple raison : tout est promotionnel. Tout est fait pour que circule le flux des oeuvres, sans entraves, de la manière la plus simple possible. C'est les autoroutes de l'information. Le star-system, c'est idéal. C'est des gens reconnaissables, immédiatement, par le plus grand nombre. L'argent va à l'argent. On marie les gens beaux avec les gens beaux. Et on s'appauvrit de plus en plus, à tel point qu'on n'a plus besoin de metteurs en scène. Qu'est-ce qu'on va s'emmerder avec ces gars-là ? On n'a plus besoin d'auteurs, on n'a plus besoin de rien, c'est magnifique ! Et tout ça, ça coule, ça glisse, et on n'a même plus besoin de censure puisque, de toute manière, les auteurs aujourd'hui, qu'est-ce qu'ils viennent foutre dans ce monde-là ? Moi je me sens totalement décalé, je ne sais pas où je suis, ce soir. Puisqu'il n'y a plus de censure [s'adressant au jeune écrivain Florian Zeller, qui s'est exprimé plus tôt sur le sujet] - bravo, jeune homme ! - tout va bien, c'est merveilleux, et on est dans le monde des gens beaux, du star-system, voilà. Il faut de l'argent. La promo, en effet : il faut saturer. Plus il va y avoir d'affiches, plus on a de chances d'être perçu. En deçà d'un certain nombre, il n'y a plus rien, plus rien n'existe. Donc on est en train petit à petit de s'appauvrir. On arrache tout avec des filets. On attrape tout avec des grosses mailles, et alors tout ce qui fait le défaut d'aspect, tout ce qui fait le baroque, tout ce qui n'est pas rond, tout ça, ça n'existe plus, et moi je suis effondré quand je vois [il montre F. Zeller] un beau jeune homme comme ça, blond, qui me dit : "Il n'y a plus de censure". C'est merveilleux ! On vit dans un monde merveilleux. J'ai l'impression que c'est "Alice au pays des merveilles" ! [s'ensuit un bref échange avec Zeller] Je pense que vous avez réussi à vous conformer à cet univers qui a été rêvé par le pire des hommes de marketing. C'est-à-dire qu'on n'adapte plus maintenant le produit idéal pour le plus grand nombre. Vous êtes formatés, tous, pour coïncider à ce monde dans lequel on vous fait rentrer dans des grilles, dans des boîtes... Et vous ne vous révoltez même plus ? Mais c'est génial ! Et on est obligés d'aller passer devant des commissions pour faire des films. Il y a quatre gardes-barrière qui décident de toute la production française, au théâtre c'est un peu la même chose, dans la littérature les gens n'écrivent plus leurs livres, et bientôt il n'y aura plus de chefs d'orchestre : c'est totalement inutile, un chef d'orchestre ! Mais qu'est-ce qu'ils veulent nous faire chier à lire l'oeuvre ? C'est ça, ce que vous êtes en train de dire, ce que j'entends de tout ça, moi, ce soir. Et je suis fou de rage."

(Jean-Jacques Beineix, sur le plateau de "Ce soir ou jamais", France 3, 20 décembre 2006) 

Il arrive parfois qu'un moment de vérité fasse irruption à la télévision...

Cordialement, :-)

Hyarion, l'anarcho-monarchiste résolument anti-sarkozyste.


(Illustrations : Persée secourant Andromède, huile sur toile [1611] par Joachim Wtewael, Paris, Musée du Louvre ; Chirac à table vers 1990, photo extraite d'une archive de l'INA, reprise dans le film documentaire Dans la peau de Jacques Chirac de Karl Zéro et Michel Royer, © Rezo Films, 2006 ; Détail du tableau Vue du château et des jardins de Versailles, huile sur toile [1668] par Pierre Patel, Versailles, Musée national des Châteaux de Versailles et de Trianon ; Un philosophe occupé de sa lecture, dit aussi Chimiste dans son laboratoire, ou Le souffleur, huile sur toile [1734] par Jean-Siméon Chardin, Paris, Musée du Louvre)
Par Hyarion - Publié dans : Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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Vendredi 13 avril 2007
Le Canard Enchaîné a tout récemment révélé que Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa et Jacques Chirac auraient passé un accord, il y a quelques semaines. Talonnette Ier aurait promis au président sortant "de passer au karcher ses dossiers judiciaires", pour reprendre l'expression du journal satirique, en échange du soutien de Jacques Chirac à sa candidature. Un énième projet de loi sur la lutte contre la délinquance, annoncé par Sarkozy pour le mois de juillet prochain, s'il est élu, comportera un article qui imposera aux juges de clore leurs dossiers au plus tard une dizaine d'années après les faits, pour les simples délits, ce qui reviendra à annuler toute poursuite judiciaire à l'encontre de Chirac, encore impliqué dans trois affaires politico-financières en tant qu'ancien président du RPR et ancien maire de Paris. "Trois affaires, qui remontent à plus de dix ans et qui collent aux basques du Président, pourraient ainsi finir aux oubliettes. A savoir : le dossier de l'emploi fictif d'une secrétaire du défunt RPR, les investigations de la juge parisienne Xavière Simeoni, qui enquête sur des dizaines d'autres salariés fantômes payés par la Mairie de Paris à la demande de Chirac, et l'instruction de son collègue Jean-Marie d'Huy sur les fausses factures de l'imprimerie municipale Sempap." (Hervé Liffran, Le Canard Enchaîné N°4511, 11 avril 2007)
Voila donc ce qui se cachait derrière le soutien de façade de Chirac au candidat Sarkozy, au-delà de la nécessité de sauver les apparences vis-à-vis du vote d'investiture sarkozyste des membres de l'UMP : la promesse d'une amnistie déguisée concernant les dernières affaires judiciaires de Chirac non encore enterrées... Il n'y a là rien d'étonnant. La consigne de Chirac, qui sert de devise à ce blog ("Sarkozy, il faut lui marcher dessus..."), reste d'actualité en ce qui me concerne (voir le message "Jacques Chirac : sa véritable consigne pour l'élection présidentielle"). Il est, de toute façon, bien évident qu'aucun accord de circonstance ne peut effacer la profonde méfiance que le président sortant et le candidat de l'UMP entretiennent l'un pour l'autre. Chirac est tout-à-fait conscient que Sarkozy pourrait fort bien oublier sa promesse une fois élu : "Comme deux précautions valent mieux qu'une, l'
Élysée a multiplié, ces derniers mois, les nominations de magistrats bien sous tout rapports pour verrouiller les postes clés de la magistrature. Notamment à Paris et dans les juridictions environnantes." (Hervé Liffran, Le Canard Enchaîné N°4511, 11 avril 2007) Quant à Sarkozy, qui a reçu récemment le soutien public de Bernadette Chirac, épouse de Jacques, il ne semble pas être dupe de la sincérité du propre appui de Chirac à sa candidature :

"Chirac m'appelle régulièrement au téléphone pour me dire que je fais une bonne campagne et que je serai élu. Je vais vous dire, c'est extrêmement gentil de sa part, voire même trop. Je fais plus confiance à Bernadette qu'à lui. Et je sais pertinemment que Claude Chirac regarde favorablement la campagne de Bayrou. [...] Si Bayrou pouvait faire le coup du siècle en me battant, je suis persuadé que Chirac ne pleurerait pas à chaudes larmes."

(Sarkozy, devant son équipe de campagne, le 5 avril 2007, cité in Le Canard Enchaîné N°4511, 11 avril 2007)

Le fait est que Claude Chirac, la fille cadette et conseillère en communication du président sortant, n'a peut-être pas tout-à-fait digéré, elle non plus, la trahison passée de Sarkozy à l'égard du clan Chirac. Talonnette Ier, pour sa part  se voit déjà président... Et pourtant, rien n'est encore joué... Je m'attend à quelque surprise, au soir du premier tour de l'élection présidentielle... Sera-t-elle bonne ou mauvaise ? L'avenir nous le dira...

Laissons un moment de côté les péripéties et turpitudes de la campagne électorale - chaque jour apportant son lot de démagogie, de fantasmes et de mensonges -, et penchons-nous un instant sur une question de fond : celle de la réforme des institutions et de l'État.

En France, on a trop souvent tendance à rendre les institutions responsables des problèmes du pays... Vieille tradition remontant à la Révolution française... D'où les propositions de suppression de la Ve République, qui serait remplacé par un nouveau régime, celui d'une "VIe République", laquelle ne manquerait pas, selon ceux qui souhaitent ce changement de régime, de résoudre tous les problèmes que connait la vie politique de notre pays. Les choses ne sont pourtant pas aussi simples... 
Depuis 1958, la France de la Ve République a connu 17 réformes constitutionnelles : si  le conservatisme institutionnel était responsable de la "crise", il n'y aurait pas eu autant de réformes en presque cinquante ans de régime.
L'idée du passage à une "VIe République" n'est pas nouvelle : il en était déjà question dans les années 1990. En 1997, Claude Lanzmann voyait déjà ce changement de régime s'incarner en la personne de... Lionel Jospin :

"La Ve République a vécu. Lionel Jospin devrait, dans un laps de temps pas très éloigné, devenir le président d'une nouvelle République qu'on appellera peut-être la VIe."

(Claude Lanzmann, Les Temps modernes, juin-juillet 1997, cité par Stéphane Baumont, in De la Ve à la VIe République ?, Editions Milan, 1998)

Une des idées porteuses de ce changement de régime était alors le passage du septennat au quinquennat, en ce qui concernait la durée du mandat du président de la République. Cette idée du quinquennat progressa suffisemment pour aboutir à la mise en place de ce mandat de cinq ans dont Jacques Chirac a essuyé les plâtres de 2002 à 2007. Une fois n'est pas coutume, cette réforme constitutionnelle fut soumise à référendum, le 24 septembre 2000. A cette occasion, la première pour moi de voter, j'ai refusé l'adoption de cette réforme, le référendum ayant été finalement un succès relatif pour le tandem Chirac/Jospin, avec un peu plus de 73 % de "oui", environ 26,8 % de "non", et surtout plus de 69 % d'abstention.
Pourquoi ai-je voté "non" à ce référendum sur le quinquennat ? Les mauvaises langues pourraient dire que ce n'est pas là un vote très "de gauche", mais pour moi il est clair que les clivages partisans n'avaient pas vraiment d'importance concernant cette question, jugée finalement assez technique... Pour expliquer mon vote d'alors, il convient de se souvenir du contexte de l'époque. C'est à l'initiative de l'ancien président de la République Valéry Giscard d'Estaing, alors député du Puy-de-Dôme, et sans doute soucieux d'enquiquiner Chirac - jusque-là opposé au quinquennat -, que cette réforme a été mise à l'ordre du jour, en mai 2000, par une proposition de loi à l'Assemblée nationale. Adoptée par ladite Assemblée le 15 juin 2000 et par le Sénat le 29 juin de la même année, cette réforme du quinquennat fut la première révision constitutionnelle a avoir été soumise au référendum en application de l'article 89 de la Constitution. Au début, j'étais plutôt favorable à cette réforme : je l'avais d'ailleurs dit à l'occasion d'un sondage d'opinion par téléphone, le seul auquel j'ai participé depuis que je suis en âge de voter...
Et puis je me suis rendu compte que la question posée ne résolvait guère les problèmes institutionnels, et surtout que cette réforme était en fait un aménagement politicien, un arrangement entre acteurs politiques : Jacques Chirac, après avoir longtemps été opposé au quinquennat, s'y était finalement rallié dans la perspective de sa réélection en 2002 - plus envisageable avec un mandat plus court -, tandis que son Premier ministre de cohabitation, Lionel Jospin, souhaitait montrer qu'il appliquait ainsi son programme, tout en lorgnant lui aussi vers l'élection présidentielle. Du reste, lors de la campagne électorale référendaire, le quinquennat fut simplement présenté comme étant quelque-chose de "moderne". C'était d'ailleurs assez ridicule : je me souviens, par exemple, d'une affiche du RPR sur laquelle on pouvait lire "Le quinquennat, ça vous requinque une république"... L'intelligence des électeurs m'avait alors paru - déjà à l'époque ! - bien sous-estimée par les hommes politiques. Par ailleurs, on remarquera que le quinquennat, par sa moindre durée, ne peut que faciliter une réélection : deux fois cinq ans, soit un septennat de dix ans, avec cet avantage que le président peut toujours s'appuyer sur une majorité docile à l'Assemblée, élue elle-aussi pour cinq ans. Car, bien entendu, le but affiché de cette réforme était de supprimer toute possibilité de cohabitation, en faisant coïncider le mandat présidentiel avec le mandat des députés. Or, on sait que la question de la cohabitation n'a pas été réglé par la mise en place du quinquennat : en cas de démission ou de décès du président de la République, ou bien en cas de dissolution de l’Assemblée nationale, ladite cohabitation peut toujours s'imposer selon les résultats des élections... Ainsi, pour toutes ces raisons, et notamment parce qu'il s'agissait, avant tout, d'une réforme de convenance personnelle pour Chirac et Jospin, dans la perspective de l'élection présidentielle de 2002, j'ai donc voté "non" au référendum sur le quinquennat en septembre 2000, et ne le regrette pas.

Cela dit, en politique, il faut être relativement réaliste, tenir compte des changements effectués et de la situation telle qu'elle est. Le quinquennat a été adopté, il n'y a pas à y revenir. Mais s'est-on avisé des conséquences dudit quiquennat ? Ne serait-il pas temps d'aller au bout de la nécessaire réforme des institutions, notamment en ce qui concerne le Parlement ? Assurément, cela doit être fait, sans forcément se sentir obligé de changer de régime en tant que tel. On peut fort bien réformer l'actuelle Ve République sans passer à une VIe...

Présidence de la République et pouvoir exécutif :

Il me parait clair que contester l'institution présidentielle, au nom de je ne sais quelle conception crypto-bolchévique, ou pseudo-néo-trotskiste, de l'exercice du pouvoir, n'est pas quelque-chose de très sérieux. L’élection du président de la République au suffrage universel direct, ainsi que le quinquennat, sont irréversibles, qu’on le veuille ou non. C'est un fait : parce que le pouvoir tend toujours vers la personnalisation, et que l'exécutif est personnalisé, le système politique français, comme d'autres systèmes démocratiques occidentaux, privilégie le pouvoir exécutif, et une certaine personnification du pouvoir. Cela n'est pas près de changer, compte-tenu du monde dans lequel nous vivons :

"Que, partout, le monde contemporain privilégie le pouvoir exécutif est une évidence. Médias et communication mettent en scène des personnalités, plus facilement que des institutions. Les idées, les propos et, plus prosaïquement encore, le caractère d'une personne ressortent nettement plus clairement que les idées, propos et caractères d'un groupe, plus ou moins indistincts. L'exécutif est composé de personnalités, dominé, ou brigué, par l'une d'elles, tandis que le législatif ne peut prétendre à incarner aussi simplement une orientation, une politique, éventuellement une responsabilité.
[...]
Le phénomène est encore accentué par le fait que ce sont des personnalités, au moins autant que des idées et sans doute plus que des partis, qui gagnent les élections, qui capitalisent une légitimité concentrée sur un(e) seul(e), tandis que la légitimité parlementaire va à l'institution elle-même, plus qu'à chacun de ceux qui la composent et qui, de ce fait ne peuvent, ni individuellement ni en groupe, se poser en rivaux de celui que le peuple a nominativement investi de sa confiance."


(Guy Carcassonne, Introduction à La Constitution, Editions du Seuil, Points, 1996, 1999)

Le quinquennat ayant été adopté, l'élection du président de la République au suffrage universel direct étant incontestable, il me parait nécessaire d'aller au bout de la logique, en instaurant un régime présidentiel à la française, dans lequel le gouvernement procède du président de la République, et non du Parlement, car il doit y avoir un lieu de responsabilité dans l'Etat. Le président de la République doit être responsable de l'exécutif, et il n'y a pas lieu de s'en offusquer pour peu que le Parlement contrôle ledit exécutif, la loi de finances - et son exécution -, la loi de financement de la sécurité sociale, etc.
 

Parlement :

Il est absolument hors de question que l'on revienne au parlementarisme des IIIe et IVe Républiques, à ce régime d'assemblée dans lequel l'instabilité gouvernementale régnait et dans lequel les présidents de la République n'avaient aucun pouvoir face à un Parlement trop puissant. Je me souviens de ce que le général Charles de Gaulle a écrit à propos d'Albert Lebrun, dernier président de la IIIe République de 1932 et la débâcle de 1940 : "Comme chef d'
État, deux choses lui avaient manqué : qu'il fût un chef et qu'il y eût un État."
Cela dit, dans le cadre d'un régime présidentiel, la force et l’indépendance du Parlement par rapport à l’exécutif doit être évidemment affermi.
- Le Parlement français est peut-être celui où les commissions parlementaires sont les moins nombreuses. La limitation à six du nombre des commissions permanentes (article 43 de la Constitution) doit être modifié. Ces commissions ont des compétences trop variées et trop disparates, ce qui les empêchent d'exercer pleinement leurs fonctions, et en particulier leurs fonctions de contrôle. Il faudrait donc davantage de commissions, peut-être le double du nombre d'aujourd'hui, et dont la moitié serait désormais présidée par des parlementaires de l'opposition, sans que cela menace l'équilibre des institutions.
- Il faut en finir avec le cumul des mandats pour les parlementaires, qui doit être interdit. La suppression de la possibilité de voter par procuration pour les députés, et un salaire des parlementaires indexé sur leur présence à l'Assemblée, me paraissent également nécessaire pour assurer le bon fonctionnement de l'institution parlementaire, et pour redorer quelque peu l'image du Parlement et de ses membres.
- Le système de la Ve République, conçu pour compenser l'absence du fait majoritaire, ne s'est pas adapté à la naissance de celui-ci. A l'époque où le président François Mitterrand et les socialistes au pouvoir avait mis en place la proportionnelle, de façon éphémère et circonstancié, en 1985-1986, on avait alors déjà souligné l'injustice et le risque de clientélisme liés au scrutin majoritaire. La représentation des citoyens au Parlement doit être la plus juste possible. Or, l'évolution vers un régime présidentiel rend désormais possible l’usage de la proportionnelle, en totalité ou en partie, pour l’élection des députés, puisque la stabilité gouvernementale ne peut pas être mise en cause. Dans ce contexte, l'introduction d'une part de proportionnelle (20 %, par exemple) pour l'élection des députés est tout à fait envisageable, et même souhaitable. 
- L'abolition de l'article 49.3 de la Constitution et du vote bloqué peut être envisagé en ce qui concerne les lois ordinaires. Rappelons que l'article 49.3, dit d' « engagement de responsabilité », permet au gouvernement de faire passer le texte qu'il présente, sans vote, sous couvert du rejet de la motion de censure que l'opposition se doit de déposer pour la forme, avec peu d'espoir de réussite, et que le vote bloqué ou vote unique, procédure inscrite à l'article 44.3 de la Constitution, permet au Gouvernement de demander à l'une ou l'autre assemblée de se prononcer par un seul vote sur tout ou partie du texte en discussion, en ne retenant que les amendements proposés ou acceptés par lui.
- L'Assemblée Nationale ne sert à rien pendant la campagne électorale. Il faut modifier son statut : soit l'Assemblée siège et vote des lois pendant la campagne, soit elle n'existe plus jusqu'à la prochaine législature.
- Enfin, on ne pourra pas faire l'économie d'une sérieuse réforme du Sénat, qui représente une sorte de "plan de fin de carrière" pour un certain nombre de politiciens, et qui est une institution toujours fermée aux changements politiques, contrairement à l’Assemblée. La durée du mandat de sénateur étant progressivement réduite de 9 à 6 ans, depuis 2004, on doit aller plus loin, en réformant le mode de scrutin des élections sénatoriales et en supprimant le veto du Sénat en matière constitutionnelle.
 
Conseil constitutionnel :

- Le Conseil Constitutionnel doit pouvoir s'auto-saisir lorsqu'une loi lui paraît non-conforme à la Constitution. En l'absence d'une saisine parlementaire, par absence de volonté politique, une loi contraire à la Constitution peut entrer en vigueur, avec les dérives que cela peut permettre. Une saisine du Conseil indépendante du pouvoir législatif et exécutif doit donc pouvoir être possible.

Élections :

- Tous les étrangers, d'où qu'ils viennent, résidant en France depuis plus de dix ans, voire cinq ans, qui sont intégrés, qui parlent français, doivent pouvoir voter aux élections locales. En fonction de ces critères, on doit, par ailleurs, pouvoir leur faciliter l'acquisition de la nationalité française.

- La prise en compte des votes blancs dans la détermination des suffrages exprimés, devrait pouvoir permettre de ne pas les assimiler à des votes nuls.

- Hors de question de cautionner les machines à voter électroniques, qui sont anti-démocratiques. Le vote sur papier doit être maintenu, ou rétabli, partout.

Réforme de l'État :

- Pas question d'un non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, comme le souhaite Sarkozy de Nagy-Bocsa. Si le peuple souhaite des services publics de qualité, il ne faut pas lésiner sur les moyens, notamment humains. Rappelons que les services publics ont une mission sociale, et qu'ils ne doivent pas chercher à être rentables. Du reste, on ne pourra pas faire l'économie d'un renouvellement significatif des effectifs de la fonction publique, lors des départs massifs de fonctionnaires à la retraite, prévus pour les prochaines années...

- La modernisation des services de l'État passe par le développement des services publics sur Internet, et la généralisation des logiciels libres dans l'administration.

- L'École Nationale d'Administration (É.N.A.), crée en 1945 pour démocratiser l'accès aux grands corps administratifs, chargée d'assurer la formation initiale et continue des hauts fonctionnaires, doit être réformée.
L’affectation des énarques devrait prendre en compte les compétences de chacun - ainsi que les choix de carrière, de façon plus accessoire - et non pas le seul rang de sortie desdits énarques. Il faut en finir avec ces dérives que connaissent les hauts fonctionnaires, celle du "pantouflage" - abandon du service de l'État pour celui d'une entreprise privée -, et celle de la politisation. Les énarques devraient avoir l'obligation de travailler dans l’administration et ne pas aller rapidement "pantoufler" dans le secteur privé, comme ils le font trop souvent, et ils devraient tous se contenter de faire ce pourquoi ils ont été formé, c'est-à-dire administrer - ce qu'ils font très bien, en principe - et non pas monopoliser les responsabilités politiques au dépends de la société civile, car la politique n'est évidemment pas un métier, contrairement à ce qu'a pu dire Jacques Chirac, ancien élève de l'É.N.A. devenu président de la République...
De façon générale, le fait de voir que la plupart des représentants des élites dirigeantes sont issus de l'É.N.A., de l'Institut d'études politiques (IEP) de Paris, de grandes écoles, ou d'autres grands établissements au recrutement très sélectifs, est devenu problématique, dans la mesure où le système de production desdites élites ne permet plus guère à celles-ci d'être en mesure de moderniser et d'éclairer la société, tant le décalage avec cette dernière semble aujourd'hui important. Il faudrait que le monde scolaire et universitaire soit sans doute davantage en mesure de répondre aux exigences de la méritocratie républicaine, pour donner la possibilité à un plus grand nombre de citoyens de participer fortement à la gestion de l'avenir du pays, sans l'abandonner à une élite trop souvent coupée d'un certain nombre de réalités...

Voila. Je crois que j'ai à peu près fait le tour des principales réformes des institutions et de l'État qui me paraissent importantes. Un certain nombre de ces réformes ont été proposés, à des degrés divers, par la candidate socialiste Ségolène Royal et/ou le candidat centriste François Bayrou. Il est fort regrettable que tous les deux se soient senti obligé d'inscrire leurs propositions dans le cadre d'une "VIe République", dont je ne vois pas la nécessité, car le régime actuel de la Ve République a seulement besoin d'être réformé, et non remplacé...  Si Sarkozy de Nagy-Bocsa était élu, il fort probable que tout cela, de toute façon, ne serait pas mis en place, sauf peut-être la proportionnelle, dans la perspective d'un rapprochement éventuel de l'UMP avec le FN... Mais nous n'en sommes pas là pour l'instant... Assurément, rien n'est encore joué...

Cordialement, :-)

Hyarion, l'anarcho-monarchiste résolument anti-sarkozyste.

(Illustrations : Chirac en 1988, Sarkozy fumant un cigare, photos extraites des archives de l'INA, reprises dans le film documentaire Dans la peau de Jacques Chirac de Karl Zéro et Michel Royer, © Rezo Films, 2006 ; La Bastille dans les premiers jours de sa démolition, huile sur toile (1789) par Hubert Robert, Paris, Musée Carnavalet ; le palais présidentiel de l'Élysée de nuit, photo extraite d'une archive de l'INA, reprise dans le film documentaire Dans la peau de Jacques Chirac de Karl Zéro et Michel Royer, © Rezo Films, 2006 ; L'Incendie du Parlement de Londres, 16 oct. 1834, huile sur toile (1835) par Joseph Mallord William Turner, Philadelphie, Philadelphia Museum of Art ; Caricature de Mitterrand en statue du commandeur, par Plantu, publiée dans Le Petit Mitterrand illustré, Le Seuil, 1995 ; Caricature d'énarques, par Plantu, sans date [avant 1998])
Par Hyarion - Publié dans : Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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