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"Sarkozy, il faut lui marcher dessus. Pour deux raisons. Un, c'est la seule chose qu'il comprenne. Deux, ça porte chance." (Jacques Chirac)






















(Jacques Chirac, par Kiro)

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Vendredi 23 octobre 2009 5 23 /10 /2009 11:04
Le titre de cet article est sans doute trompeur. Il ne sera essentiellement ici question, encore une fois, que d'actualités politico-médiatiques, avec le détestable "parfum" d'ordre moral qui, ces temps-ci, leur colle à la peau... Ce sera peut-être la dernière fois... avant un bon moment du moins. Non pas que j'ai renoncé à parler du sarkozysme au pouvoir ou des tribulations du PS en France sur le présent blog : même si j'entends et lis les critiques, observations, et doléances des quelques lecteurs réguliers qui passent encore par ici de temps en temps, j'ai la faiblesse de considérer que, même si j'aspire personnellement à une vie meilleure que celle que je vis aujourd'hui, me laisser aller à adhérer aux certitudes et aux obsessions d'autrui plutôt que de rester fidèle à mes propres centres d'intérêts serais une faute, et une faute grave, même. La versatilité n'est pas ma tasse de thé, même si, sur le principe, il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis. Dans ces conditions, autant prendre au mot Rosa Luxemburg, et continuer, sur l'essentiel, à avoir, comme elle, ce principe : "rester fidèle à moi-même sans tenir compte de ce qui m'entoure, ni des gens…" ;-)

 


Le pouvoir sarkozyste vient de traverser une période de très forte turbulence, qui aura duré plusieurs semaines, et qui, même si elle semble aujourd'hui se terminer, aura sans doute quelques conséquences dans les mois qui viennent, notamment sur le plan électoral... si on a de la chance. Après le misérable "Hortefeugate" sans lendemain, généré par des propos plus ou moins racistes du ministre Hortefeux au début du mois de septembre, et dont il a été question dans un article du présent blog, on est soudain passé à une série d'autres polémiques, qui ont été l'occasion, d'une part, de mettre en avant le nouveau penchant d'une partie de l'opinion publique pour l'ordre moral, et d'autre part, de décridibiliser encore un peu plus une classe politique déjà passablement dépréciée, et cela depuis longtemps, aux yeux de beaucoup de citoyens...

 


Il y a tout d'abord eu cette lamentable polémique autour du ministre de la Culture Frédéric Mitterrand qui a agité le landerneau politico-médiatique pendant plusieurs jours. Tout est parti, vers la fin du mois dernier, d'une affaire concernant le cinéaste franco-polonais Roman Polanski. Recherché par la justice américaine après une procédure ouverte en 1977 pour des "relations sexuelles illégales" qu'il aurait eu, à l'époque, avec une adolescente alors âgée de 13 ans, Polanski, qui a maintenant 76 ans, a fait l'objet d'une arrestation en Suisse, où il est emprisonné depuis le 26 septembre, en attendant son extradition vers les Etats-Unis d'Amérique. Cette arrestation de Polanski, survenue plus de trente ans après les faits incriminés, a soulevé une vive polémique, en France et dans le monde, sur la responsabilité morale et pénale des personnes célèbres. Or, en France, dès le 27 septembre, le ministre Frédéric Mitterrand a apporté son soutien total au réalisateur Roman Polanski, bien que ce dernier soit poursuivi aux Etats-Unis pour relation sexuelle illégale avec une jeune fille mineure et qu'il ait a priori aggravé son cas, à l'époque, par un délit de fuite. Déclarant, apparemment sous le coup de l'émotion, à propos de cette affaire de moeurs, qu'il s'agissait d'"une histoire ancienne qui n'a pas vraiment de sens", Frédéric Mitterrand a commis, en tant que ministre, une grosse erreur, même s'il est vrai que cette affaire Polanski renvoit à des faits remontant à 1977. Son soutien maladroit au cinéaste a provoqué des réactions négatives, et ce qui était à l'origine une polémique autour de Polanski, soutenu par les uns, condamné par les autres, est finalement devenu ce que l'on a fini par appeler "l'affaire Mitterrand", en raison d'une violente campagne du Front National, menée notamment par Marine Le Pen (la fille de Jean-Marie), contre Frédéric Mitterrand, bientôt mis en cause non seulement pour son soutien à Polanski, mais aussi pour le contenu d'un des livres écrit par Mitterrand dans lequel on a cru voir une apologie du tourisme sexuel... Tout cela a abouti à une intervention télévisée de Frédéric Mitterrand, le 8 octobre, intervention au cours de laquelle, fait inédit, on a pu assister à une séance d'explications d'un ministre sur sa vie personnelle, et même sur sa vie sexuelle...

Face à la polémique, Mitterrand se défend et exclut de démissionner

 


Face à la polémique provoquée par d'anciens écrits, Frédéric Mitterrand s'est vivement défendu jeudi soir [8 octobre] et a exclu de démissionner, affirmant n'avoir pas fait "l'apologie du tourisme sexuel" et n'avoir "jamais participé" à la pédophilie.

 

"Je condamne absolument le tourisme sexuel qui est une honte, je condamne la pédophilie à laquelle je n'ai jamais participé d'aucune manière", a lancé sur TF1 le ministre de la Culture, mis en cause pour son livre "La mauvaise vie", publié en 2005.

 

Cet ouvrage où il relatait des amours tarifées avec des "garçons" en Thaïlande, est à l'origine d'une virulente campagne lancée par l'extrême droite, mobilisée depuis son soutien au cinéaste Roman Polanski.

 

Emu, M. Mitterrand a assuré que ce récit n'était pas "totalement autobiographique" et a martelé qu'il n'avait "jamais" songé à démissionner, soulignant que Nicolas Sarkozy et François Fillon lui avaient témoigné leur "confiance".

 

La polémique avait été jugée suffisamment importante pour que soit organisée dans la matinée à l'Elysée une réunion où il a été décidé que le ministre, jusque-là peu disert, se livre à cet exercice inédit, celui d'un membre du gouvernement dévoilant son intimité à la télévision.

 

Nicolas Sarkozy, qui ne s'est pas encore exprimé publiquement, avait jugé "courageux et talentueux" le livre incriminé, dans un entretien, cet été, au Nouvel Observateur.

 

Conseiller spécial de M. Sarkozy, Henri Guaino avait donné le ton, en qualifiant d'"indigne" la polémique, soulignant qu'"il n'y avait pas de faits" contre lui.

 

"Le Premier ministre lui a fait part de son soutien personnel mercredi en marge du conseil des ministres", avait précisé l'entourage de François Fillon.

 

Tout au long de la journée, plusieurs ministres avaient témoigné leur solidarité à leur collègue, tout en l'invitant à réagir.

 

Récemment tancé pour ses propos équivoques devant un militant UMP d'origine arabe, Brice Hortefeux (Intérieur) a récusé "les jugements à l'emporte-pièce". "On lui fait payer tout simplement son entrée au gouvernement", a réagi Fadela Amara (Ville), autre ministre d'ouverture.

 

Dénonçant une "politique de fond de cuve", Laurent Wauquiez (Emploi), avait appelé M. Mitterrand à clarifier sa "sphère privée".

 

L'ouvrage a également agité les rangs du Parti socialiste, dont le porte-parole, Benoît Hamon, avait dénoncé un "ministre consommateur" de tourisme sexuel.

 

Avant même la mise au point de M. Mitterrand à la télévision, Arnaud Montebourg a exigé sa "révocation", tout comme Jean-Paul Huchon, président de l'Ile-de-France, tandis que Manuel Valls demandait au chef de l'Etat de statuer sur "son sort".

 

Choqué par cette "offensive populiste" de l'extrême-droite, le maire socialiste de Paris Bertrand Delanoë a en revanche défendu le ministre, dont le livre décrit, selon lui, "l'impasse de toute relation tarifée".

 

Du côté des écologistes, Daniel Cohn-Bendit, qui avait condamné le soutien à Roman Polanski, a jugé "minable" l'attaque de M. Hamon. Plus nuancée, Cécile Duflot (Verts) a appelé ne pas "pas faire d'amalgame entre pédophilie et homosexualité".

 

L'intervention de M. Mitterrand n'a en revanche pas convaincu la vice-présidente du Front national, Marine Le Pen, qui avait lancé la polémique, en lisant lundi des extraits du livre à la télévision.

 

"Ce soir, plus qu'hier encore, il doit démissionner", a déclaré Mme Le Pen à l'AFP, accusant le ministre d'avoir "menti avec beaucoup d'impunité".

 

(Dépêche de l'Agence France Presse, 8 octobre 2009, 20h20)

Tandis que Marine Le Pen se lançait dans une grande offensive populiste dont les représentants du FN ont le secret, et qui ne pouvait que flatter leur électorat ultra-conservateur et accessoirement homophobe, on a pu voir le porte-parole du PS, Benoît Hamon tout d'un coup monter au créneau, qualifier de "choquant" le livre de Frédéric Mitterrand, pourtant publié il y a déjà quelques années, et dénoncer un "ministre consommateur" de tourisme sexuel, mettant subitement ainsi le PS à la remorque du FN dans la dénonciation du ministre de la Culture. C'est une "belle" image qu'a alors offerte le PS à l'opinion publique, à savoir celle d'un parti en proie, une fois de plus, à la cacophonie, certains socialistes ayant tenus à préciser que les propos de Hamon sur l'affaire Mitterrand ne pouvaient engager que lui et non l'ensemble du parti dont il est par ailleurs le porte-parole. "Je ne vais pas demander la tête de Benoît" mais "pour moi, il s'est trompé", a notamment déclaré la députée socialiste Aurélie Filippetti, tandis que l'eurodéputé Harlem Désir s'en est pris vivement à Hamon qui, selon lui, n'a "en aucun cas" exprimé "une position collective" du PS. Pour le député Julien Dray, Hamon a commis "une grave erreur" en ne comprenant pas que "l'offensive de Marine Le Pen était l'acte inaugural d'une nouvelle stratégie" centrée "sur l'ordre moral". Martine Aubry, pour sa part, même si elle a défendu Hamon en expliquant qu'il avait pu avoir une "réaction de sensibilité, comme tous les Français qui liraient ce livre [de Frédéric Mitterrand]", s'est bien gardée de toute condamnation de Frédéric Mitterrand, assurant le 9 octobre qu'elle "n'attaque jamais les hommes et jamais les femmes, et surtout sur leur vie personnelle". En tout cas, une fois de plus, le Parti Socialiste aurait pu se passer de ce genre de controverse, qui ne pouvait manquer de révéler à nouveau combien la cohérence et l'unité du principal parti d'opposition restent très fragiles...

 

 

En ce qui me concerne, j'ai été particulièrement dégoûté par les débordements de haine qui ont envahis les espaces de discussion sur Internet lors de cette affaire Mitterrand, et il était difficile de ne pas penser que l'on assistait à une sorte de chasse aux sorcières, sous prétexte que le ministre de la Culture appartient a priori à une classe sociale privilégiée et qu'il serait, de ce fait, soutenu par la "classe bobo de gauche et de droite [...] complètement coupée du peuple français" que s'est plu à dénoncer Jean-Marie Le Pen au lendemain de l'intervention télévisée de Frédéric Mitterrand. Mais cela dit, les "braves gens" dont parlait Georges Brassens peuvent bien traquer, jusque dans les propos des auteurs de tout avis simplement nuancé sur ce genre d'affaire, je-ne-sais quelle prétendue "complaisance" à l'égard des pratiques sexuelles hautement condamnables et répugnantes que sont le viol, la pédophilie et le tourisme sexuel : la chasse aux sorcières desdits "braves gens" ne m'intéresse pas, et pour ma part, je n'ai pas peur de dire que leur comportement sinon toujours haineux, du moins souvent hypocrite, est une manifestation de la bêtise la plus crasse... Ni plus, ni moins.

Personnellement, j'estime que personne sur cette planète n'est assez vertueux pour se permettre de donner, à moi ou à un autre, quelque leçon de morale que ce soit, estimant du reste ne pas avoir non plus, pour ma part, de leçons de morale à donner aux autres. Il n'existe de morale que pour les individus et par eux. Dès lors, celui qui entend s'occuper des devoirs moraux du voisin n'est pas moral, mais moralisateur, et se mêle donc, a priori, de ce qui ne le regarde pas, dans la mesure où, de toute façon, il n'existe pas de morale absolue... Mais on pourrait en parler pendant des heures, et le temps me manque pour écrire autrement sur cela que de façon décousue... Ce qui est frappant, en tout cas, c'est que, finalement, c'est à cause d'un livre, d'une création littéraire, que la polémique a pris autant d'importance. L'ouvrage en question, écrit par Frédéric Mitterrand, intitulé La mauvaise vie, et publié il y a déjà plusieurs années, ne fait pas partie des livres qui m'intéressent : à titre personnel, je ne l'ai pas lu à l'époque de sa sortie, et je ne le lirais probablement pas après qu'il ait suscité une telle polémique. Cela dit, que cette création littéraire soit intéressante ou non, que ladite création soit de qualité ou non, n'est pas ici le problème. Ce qui pose question, c'est le genre de relation qu'est censé entretenir la création artistique (fut-elle le reflet d'une certaine réalité), les normes morales, et la politique. Y a-t-il compatibilité entre création et carcan normatif ? Il me semble évident que la réponse est non, et il me parait, du reste, assez évident, même si je peux me tromper, que le rôle de l'art est d'interpeller la notion de morale, et que la politique (qui, rappelons-le, n'est pas une affaire de morale, mais d'intérêts) ne doit pas empêcher cette interpellation par l'art des normes morales. Tout le problème dans l'affaire Mitterrand vient sans doute du fait que l'écrivain qu'était Frédéric Mitterrand avant d'être ministre s'est retrouvé obligé, une fois entré au gouvernement, de rendre des comptes sur le plan politique en raison de ce qu'il a écrit dans une création littéraire, avec alors la prétention, semble-t-il, de donner à lire une certaine vérité, indépendamment de tout conformisme. Evoquant cette affaire Mitterrand, Judith Bernard, chroniqueuse dans l'émission d'information en ligne "Arrêt sur Images", a écrit, sur le site de ladite émission, le 15 octobre dernier : "la vérité n'a pas sa place en politique : parce que la politique s'occupe de faire la morale au lieu d'être morale. Morale, il n'y a peut-être que la littérature qui puisse l'être, parce que sa discipline est celle de la nuance et de la complexité ; toute la littérature, y compris celle des dépravés, des réprouvés, des bannis et autres éclopés qui savent que l'existence réelle ne rentre pas dans les cases du code de bonne conduite, et qui s'efforcent à dire le vrai plutôt qu'à mimer le bien." Si l'on part du principe que la politique n'est pas une affaire de morale, même si cela ne dispense pas les individus engagés en politique d'avoir une morale, alors il est évident que la "vérité", bonne ou mauvaise, que produit la création, y compris en interpellant les normes morales de la société, ne peut guère faire bon ménage avec la politique, laquelle n'est finalement que le prolongement obligé d'une société périodiquement sujette à des périodes de rigorisme affiché, notamment en temps de crise... Problème décidément sans fin que cette question du rapport entre art, morale et politique...

 

 

Chassée du devant de la scène par une autre affaire politico-médiatique dont nous parlerons plus loin, la polémique concernant l'actuel ministre français de la Culture s'est à présent éteinte, et on ne s'en plaindra pas. Cette polémique laissera-t-elle cependant des traces ? Je le crains. L’opinion publique n’oublie pas facilement ce genre d’affaire, surtout quand cela est de nature à remettre en cause le peu de crédibilité que les politiciens de ce pays peuvent prétendre encore aujourd’hui avoir... Frédéric Mitterrand, pour sa part, a commis une erreur plus importante que je ne le pensais en acceptant de devenir un ministre de Sarkozy, et aujourd'hui, je suis beaucoup moins convaincu qu'il survivra à cette expérience aussi bien que je le pensais... Sa position n'est pas enviable, mais il savait ce qu'il attendait en entrant au gouvernement, et maintenant, puisqu'il n'a pas voulu démissionner, il va bien lui falloir boire le calice jusqu'à la lie, en supportant le regard des autres (y compris au sein du gouvernement), et surtout celui de ceux qui se permettent de le juger sans le connaître, ce qui doit sans doute être insupportable pour lui (cela le serait sans doute pour moi, en tout cas). Telle est la dure loi de la politique : recevoir des coups fait partie du jeu, et même si les coups peuvent parfois être extrêmement violents, il faut, dans tous les cas, faire en sorte qu'ils ne portent pas, comme cela a malheureusement été le cas en son temps pour Pierre Bérégovoy... Le professionnel de la politique - qui ne devrait pas exister, puisque la politique n'est pas un métier - a, en général, une qualité : il a le cuir solide, et même lorsqu'il se dit "blessé" par des attaques, comme l'a fait Jacques Chirac en son temps à la télévision, par exemple. Avoir une armure mentale contre toutes les attaques, c'est le propre du politicien professionnel, et c'est souvent en cela qu'il se distingue des quelques "chanceux" issus de la société civile se retrouvant de temps en temps à un poste gouvernemental, et qui, en général, ne sont pas préparés à la violence des rapports de force dans l'arène politique... Toute cette histoire est donc bien moche, mais elle nous rappelle combien la politique n'est pas un enfantillage, et combien la société peut être impitoyable avec certains de ces membres, fussent-ils lourdement fautifs pour leur part, sans pour autant être l'équivalent d'ordures absolues comme Adolf Hitler ou Marc Dutroux...

 

 

Nous reviendrons plus loin au rapport entre création et morale, mais pour l'heure venons-en à cette autre affaire, brièvement évoquée dans mon précédent article, et qui a, elle aussi, particulièrement secouée, ces derniers jours, le pouvoir sarkozyste, dans la foulée de l'affaire Mitterrand : la fameuse affaire Jean Sarkozy. D'une certaine manière, là encore, il aura été question de morale, mais à un autre niveau... Le 8 octobre dernier, le conseiller général des Hauts-de-Seine Thierry Solègre a annoncé que Jean Sarkozy, président du groupe UMP au Conseil général et surtout fils cadet de Nicolas Sarkozy, sera candidat, le 4 décembre prochain, à la présidence de l'Etablissement public d'aménagement de la Défense, le plus grand quartier d'affaires européen. Cette annonce a immédiatement soulevé une tempête politico-médiatique, de nombreux commentateurs critiquant, à juste titre, l'évènement en mettant en avant le jeune âge de Jean Sarkozy (23 ans), son inexpérience (il est en deuxième année de droit), et surtout le fait qu'il doive tout au nom de famille qu'il porte. Très vite, la tempête s'est amplifiée, au point d'éclipser tout le reste de l'actualité (du procès Clearstream à la douteuse réforme sarkozyste des collectivités territoriales). On a beaucoup parlé de favoritisme, de népotisme, et même de "république bananière", la polémique sur Jean Sarkozy le bien né s'étendant logiquement à l'Elysée, Le Canard Enchaîné ayant révélé, le 14 octobre, que Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa a manoeuvré de longue date pour préparer l'arrivée de son fils à la tête du premier quartier d'affaires d'Europe. Face au tollé, en France mais aussi à l'étranger, de nombreuses voix dans l'opposition se sont élevées, des jours durant, pour demander à Jean Sarkozy de retirer sa candidature, mais ce dernier s'est d'abord dit déterminé à aller jusqu'au bout. Quant à Nicolas Sarkozy, à la lumière de cette nouvelle polémique, il apparait comme étant quelque peu en difficulté à mi-mandat, une partie de son électorat étant peu susceptible d'apprécier les dérives diverses auxquelles semble se laisser aller le pouvoir en place ces derniers temps...

En première ligne face aux polémiques, Nicolas Sarkozy brouille son image

 

 

Les polémiques en série, de Frédéric Mitterrand à son fils Jean, placent Nicolas Sarkozy en porte-à-faux vis-à-vis de son électorat de droite, en brouillant son image et son discours, ce dont s'émeuvent des élus de son camp et que relèvent des experts.

 

Coup sur coup, le président a dû défendre son ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, contraint de se justifier sur ses écrits sur le tourisme sexuel, puis voler au secours de son fils Jean, dont la candidature à la tête de l'Etablissement public d'aménagement de la Défense (Epad), le plus grand quartier d'affaires d'Europe, suscite une vague d'indignation.

 

"Incontestablement, cela va brouiller l'image du président. Les effets vont se faire sentir dans les semaines à venir", estime le politologue Philippe Braud.

 

"Voir le président défendre Frédéric Mitterrand qui reconnaît des relations sexuelles tarifées" heurte les principes moraux d'une partie de la droite et aussi au-delà, et "place Nicolas Sarkozy en porte-à-faux avec son électorat", estime-t-il.

 

Si deux tiers des Français, sondés à chaud sur cette affaire, ont affirmé ne pas souhaiter la démission du ministre de la Culture, Gaël Sliman, de l'institut de sondage BVA, estime que l'extrême droite "a marqué des points" et que Nicolas Sarkozy "aura du mal à faire campagne sur les valeurs aux élections régionales" de 2010.

 

A l'origine de la polémique contre Mitterrand, le Front national n'a eu de cesse de dénoncer l'impunité supposée des élites, renforcé dans son offensive par l'affaire du "Prince Jean", le surnom dont certains journaux affublent le fils du président.

 

Depuis mardi [13 octobre], le malaise est nettement perceptible à droite, au sein de la majorité où une bronca couve chez les députés du parti présidentiel UMP.

 

"Le fossé se creuse entre la France d'en haut et la France d'en bas, mais visiblement, à Paris, on s'en fiche", résumait Christian Vanneste, élu UMP du Nord.

 

Plusieurs élus du camp présidentiel qualifient la candidature de Jean Sarkozy, 23 ans et deux ans d'études de droit à son actif, de "prématurée", "inopportune" et potentiellement dommageable à un an des prochaines échéances électorales.

 

"Est-ce que ce n'est pas mettre un peu l'Elysée en difficulté?", s'interrogeait mercredi [14 octobre] le député UMP Pierre Cardo, tandis qu'en privé, un responsable parlementaire jugeait carrément "catastrophique" une "accumulation d'affaires" qui pourrait "marquer fortement le quinquennat".

 

Libération dénonçait "un pur exercice de népotisme" et dénonçait le culot de Nicolas Sarkozy, qui insistait encore mardi [13 octobre] sur le principe d'égalité des chances, en présentant une réforme des lycées.

 

"Ce qui compte en France pour réussir, ce n'est plus d'être bien né, c'est travailler dur et avoir fait la preuve, par ses études, par son travail, de sa valeur", affirmait le président devant un parterre d'élèves. Une déclaration reprise à la une du quotidien.

 

"A droite comme à gauche, il y a tendance au népotisme", affirme Philippe Braud, mais "la faute politique, c'est quand le népotisme devient trop visible, quand trop d'étapes sont franchies trop brutalement".

 

Pour le politologue, "Nicolas Sarkozy est un remarquable professionnel de la politique, mais capable de commettre des fautes époustouflantes, notamment sous le coup de l'émotion".

 

Se demandant "comment le chef de l'Etat et ses conseillers ont pu laisser naître pareille situation", le journal Le Monde souligne que "ce qui sidère, c'est moins l'appétit du fils que le laissez-faire du père". Et se demande "où est passé le candidat Sarkozy" qui affirmait dans un spot de campagne en 2007 vouloir "que les nominations soient irréprochables".

 

(Dépêche de l'Agence France Presse, 14 octobre 2009, 13h09)

Nicolas Sarkozy a fini par convoquer des journalistes du Figaro à l'Elysée, afin de tenter d'apaiser la tempête à l'occasion d'un entretien-fleuve au fameux journal de droite, publié le 16 octobre. L'actuel chef de l'Etat, dans cet entretien, s'estime visé au travers des attaques pleines de "méchanceté" contre son fils. La réalité française, affirme-t-il, diffère du "climat du milieu médiatique", "politisé et agité". "A travers cette polémique, qui est visé ? C'est moi", déclare l'actuel chef de l'Etat, désignant "ceux qui ne se sont jamais faits à mon élection, et qui n'ont rien à dire sur le fond". Leur "mauvaise foi" et leur "méchanceté" ne tromperont pas les Français, prédit-il. Mais Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa a eu beau se montrer pugnace, rien n'y a fait... et la tempête a continué... Finalement, au bout de deux semaines de polémique, Jean Sarkozy a fini par annoncer son renoncement à être candidat à la présidence de l'Epad, pas plus tard qu'hier, 22 octobre :

Le fils du chef de l'Etat, Jean Sarkozy renonce à briguer la présidence de l'Epad

 

 

Jean Sarkozy, fils cadet du chef de l'Etat, a renoncé jeudi [22 octobre] à briguer la présidence de l'Etablissement public d'aménagement de la Défense (Epad) qui lui semblait acquise mais qui était mal perçue dans l'opinion après plus deux semaines d'intense polémique en France et à l'étranger.

 

"Je serai candidat au poste d'administrateur de l'Epad mais, si je suis élu, je ne briguerai pas la présidence", a annoncé Jean Sarkozy sur France 2. "Je ne veux pas d'une victoire qui porte le poids d'un tel soupçon", a-t-il expliqué en récusant les accusations de "favoritisme" et de "passe-droit et traitement de faveur".

 

"J'ai fait le choix de la raison", a également dit l'élu de 23 ans après avoir dénoncé une "campagne de manipulation et de désinformation" à son encontre. Mais, "je n'ai aucune amertume, j'ai beaucoup appris dans cette épreuve".

 

Alors que les accusations de favoritisme et de népotisme ainsi que les critiques sur sa jeunesse et son inexpérience fusaient de toutes parts, il avait assuré le 14 octobre qu'il irait jusqu'au bout.

 

Le président Sarkozy avait lui-même confié à son entourage qu'il ne "céderait pas à la pression médiatique", qu'il ne "lâcherait pas" avant d'expliquer le 16 octobre dans le Figaro qu'à travers son fils, c'était lui qui était visé.

 

"Cette affaire sera pour Nicolas Sarkozy ce que furent les diamants de Bokassa pour Giscard", avait confié dans la semaine à l'AFP un très haut responsable politique.

 

Un sondage CSA publié en fin de semaine dernière avait relevé l'impopularité de cette candidature critiquée par près des 2/3 des Français et plus de la moitié des sympathisants de droite.

 

L'UMP a salué "le courage et l'abnégation" de Jean Sarkozy. Tandis qu'à gauche, on se félicitait de cette décision - "Ca a fait reculer un clan (PCF), "un accès de lucité" (PS), "Il était temps" (Verts) -, à droite, certains prédisaient que "l'avenir (lui) donnerait raison".

 

Brice Hortefeux (Intérieur), parrain de Jean, a qualifié cette décision de "courageuse et d'apaisement".

 

Jean Sarkozy a expliqué jeudi avoir parlé de sa décision à son père, en soulignant le caractère non politique de l'entretien: "Si la question que vous me posez c'est: est-ce que vous en avez parler au président, non. Est-ce que j'en ai parlé avec mon père, oui."

 

Son annonce, la veille de sa probable élection par le conseil général des Hauts-de-Seine en tant qu'administrateur de l'Epad, est apparue comme une surprise.

 

Les quarante-cinq conseillers généraux des Hauts-de-Seine sont appelés vendredi [23 octobre] à pourvoir le siège laissé vacant par Hervé Marseille (NC), démissionnaire, qui représentait l'assemblée départementale à l'Epad. Sans grande surprise, Jean Sarkozy, présenté par le groupe majoritaire UMP-NC (30 élus), devrait lui succéder.

 

Quelque 200 journalistes, français et étrangers, se sont accrédités pour suivre l'événement.

 

 

Une fois élu au CA de l'Epad, Jean Sarkozy devait logiquement en prendre la présidence le 4 décembre, en remplacement de Patrick Devedjian, qui, atteint à 65 ans par la limite d'âge des présidents d'établissement public, a dû céder sa place.

 

En effet, sur 18 élus, le CA de l'Epad compte 9 représentants de l'Etat, 4 élus de gauche, 4 de droite et un représentant de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris.

 

Mais si le chemin vers la présidence semblait balisé, les critiques sur son illégitimité ont fini par briser sa volonté. Il a mis en avant jeudi sa responsabilité d'homme politique pour expliquer sa décision: "Mon devoir, c'est de prendre conscience d'une situation qui peut me dépasser, d'en prendre acte et je ne suis pas sourd, je ne suis pas aveugle et je décide en conséquence".

 

(Dépêche de l'Agence France Presse , 22 octobre 2009, 21h57)

Voila, en théorie, c'est donc terminé. En théorie. Le fait est que sur la forme, y compris en matière de rhétorique, de vocabulaire, d'intonation de la voix, Jean Sarkozy, bien que grand et blond, est un véritable clone de son père, au point que cela en est effrayant. Gageons que sur le fond, il n'a pas dit son dernier mot, et qu'il poursuivra son ascension politique écoeurante, aidé par son cher père, d'une manière ou d'une autre... Le sarkozysme, clanique par nature, a décidément quelque chose de monstrueux : on en viendrait presque à le comparer à quelque Hydre de Lerne dont les têtes ne cessent de repousser même après qu'on les ait tranchés... Parfois, c'est vrai, je l'avoue, j'aimerai bien être l'Hercule qui terrasserait cette Hydre une bonne fois pour toutes... Pas pour la gloire, non, surtout pas, mais simplement pour avoir la satisfaction d'avoir fait le ménage...

 

 

Mais ne mêlons pas la mythologie à tout cela, en aucune façon : un pauvre type comme Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa ne le mérite pas, et sa progéniture pas davantage. Je ne connais pas ces gens-là, et n'est nulle envie de les connaître. Je m'abstiendrais donc de me laisser aller sur la pente dangereuse du jugement sur les personnes, même si cela est toujours tentant face à des individus de ce genre... Je condamne absolument la présence des Sarkozy père et fils dans la vie politique française, et j'aspire à ce que cesse, un jour, par des voies légales, cette présence, insupportable par nature, si cela est possible. Un point, c'est tout.

 

 

Pour en finir avec cet épisode, apportons tout de même cette précision : dans cette "affaire Jean Sarkozy", on a beaucoup parlé de favoritisme, de népotisme, et c'était justifié. Mais on a aussi parlé de la France comme étant une "république bananière", sur un ton souvent outré, et là, il convient de mettre les points sur les "i". Quel est le rapport entre cette affaire de l'Epad et l'expression "république bananière" appliquée à la France ? Est-ce là une critique ? Elle me parait quelque peu incongrue, d'autant plus qu'il n'y a rien de particulièrement négatif dans le fait de qualifier ainsi notre pays... ;-) La France est une grande république bananière : la production moyenne annuelle française de bananes à destination de l'Europe, même si elle est variable d'une année sur l'autre, s'élève, parait-il, à environ 300 000 tonnes de bananes pour les seules îles de Guadeloupe et de Martinique ! ;-) Alors, arrêtons de parler de la France en tant que "république bananière" comme si ce terme devait avoir quelque-chose de dégradant... car la France peut être fière de ses bananes, et les Français seraient bien inspirés d'en prendre conscience au lieu de prendre bêtement pour argent comptant ce que les commentateurs de tout poil leur raconte par l'intermédiaire des médias de masse, alors que lesdits commentateurs ne savent même pas de quoi ils parlent ! ;-) Français, au lieu de vous comporter comme des bananes, abrutis que vous êtes devant des écrans faisant écho aux médias de masse, mangez-en plutôt (des bananes) : c'est plein de bonnes vitamines ! ;-)

 

 

Allez, donc... je vous parlerai bien du procès Clearstream, qui touche à sa fin, mais il n'y a plus grand-chose à en dire, à part le fait que Dominique Galouzeau de Villepin a déclaré, mardi dernier, 20 octobre, devant la presse à l'issue de l'audience du jour, alors que le procureur de Paris, aux ordres de l'Elysée, venait de requérir contre lui 18 mois de prison avec sursis et 45.000 euros d'amende pour complicité supposée de dénonciation calomnieuse dans ce dossier : "Nicolas Sarkozy avait promis de me pendre à un croc de boucher, je vois que la promesse a été tenue." Au terme d'une dernière journée d'audience aujourd'hui, 23 octobre, le jugement sera mis en délibéré à début 2010, et on verra bien, à ce moment-là, à quoi cela aboutira...

 

 

Je vous parlerai bien aussi de la douteuse réforme sarkozyste des collectivités territoriales, présentée mardi dernier, par l'actuel chef de l'Etat, à l'occasion d'un déplacement présidentiel dans la Haute-Marne, mais il n'y a pas forcément grand-chose à en dire si ce n’est qu’elle est censée principalement aboutir à la création de conseillers territoriaux, communs à la région et au département, et qui remplaceront les actuels conseillers régionaux et généraux : 80% seront élus dans un canton, au scrutin majoritaire uninominal à un tour, et les 20% restants le seront à la proportionnelle... Pour le reste, et pour l’ensemble, une dépêche de l'AFP résume l'évènement :

A Saint-Dizier, Sarkozy défend sa réforme contestée des collectivités locales

 

 

Le président Nicolas Sarkozy a défendu mardi [20 octobre] les principes de sa réforme des collectivités territoriales, qui va de la création des conseillers territoriaux à la suppression de la taxe professionnelle, face à la méfiance voire l'hostilité des élus locaux de droite comme de gauche.

 

Le PS a aussitôt réagi en demandant, par la voix de l'ancien Premier ministre Laurent Fabius, que ce projet soit soumis à référendum, dénonçant un texte reposant sur des bases "inacceptables".


Dans son discours, prononcé à Saint-Dizier (Haute-Marne), le chef de l'Etat a défendu la décentralisation qui, "comme la démocratie est devenue un bien commun", mais a longuement justifié la nécessité d'en changer le visage pour des raisons de simplification et d'économies, à l'heure où les déficits publics explosent.

 

"Nos collectivités territoriales traversent une crise de croissance (...) On a laissé se créer un écheveau de complexités qu'il est aujourd'hui très difficile de dénouer", a plaidé Nicolas Sarkozy.

 

Et surtout, il a jugé que les collectivités locales ne pouvaient plus "continuer à créer plus d'emplois que l'Etat n'en supprime", dénonçant ainsi la création de 36.000 emplois de fonctionnaires locaux en 2008.

 

Premier "pilier" de sa réforme, Nicolas Sarkozy a confirmé la création de 3.000 conseillers territoriaux qui siégeront en 2014 à la fois dans les départements et les régions, en remplacement des 6.000 élus actuels. "Ce n'est ni la mort des régions, ni celle des départements, c'est l'émergence d'un pôle région-département doté d'élus communs", a-t-il justifié.

 

Pour leur élection, il a défendu un mode de scrutin mêlant le scrutin uninominal à un tour, parce que c'est "notre ADN politique", et une part de proportionnelle, au nom du "pluralisme des idées politiques".

 

A la gauche, qui a vu dans ce système une tentative de lui reprendre les collectivités qu'elle dirige - les Verts ont dénoncé un "hold-up électoral", le Parti communiste "une régression démocratique sans précédent" - Nicolas Sarkozy a répondu que cette critique n'était "pas sérieuse". En 2014, "nul ne sait ce que sera alors le paysage politique de la France", a-t-il estimé.

 

 

Deuxième point, la simplification des compétences du "mille-feuilles" administratif local. Pour "mettre un terme aux redondances", il faut "que les régions et les départements exercent des compétences spécialisées", a-t-il tranché. Exit donc leur "compétence générale", qui sera réservée aux seules communes et à l'Etat, malgré les protestations des élus.

 

Une loi définira, "à la mi-décembre", les règles de cette séparation et une autre, un an plus tard, en réglera les détails, a-t-il dit.

 

Autre cible du chef de l'Etat, le trop-plein des structures intercommunales. "Trois ou quatre structures de coopération par commune, cela devrait être un maximum" et les 371 "pays" seront supprimés, a-t-il annoncé.

 

Enfin, dernier chantier et peut-être le plus sensible, la suppression de la taxe professionnelle, nécessaire selon lui pour lutter contre "le cancer de la délocalisation" des entreprises. "C'est une réforme urgente sur laquelle je ne cèderai pas", a répété le président. Elle "ne tourne pas le dos à la décentralisation, elle stimule l'initiative et les énergies locales", a conclu Nicolas Sarkozy, avant de rêver à haute voix que, "chose extraordinaire", la gauche s'y rallie.

 

(Dépêche de l'Agence France Presse, 20 octobre 2009, 16h31)

Sur le fond, dans cette histoire, l'arnaque de Sarkozy est évidente : grâce à un scrutin à un tour, l'actuel chef de l'Etat peut espérer aligner un grand rassemblement de droite en face d'une opposition en général perpétuellement éparpillée au départ avant de finir éventuellement par se rassembler lors d’un second tour, ce qui explique pourquoi Sarkozy a tenu à se rapprocher récemment de petits partis de droite tel que celui de Philippe de Villiers, afin de ne rien laisser au hasard. Et il est bien évident que, dans ce contexte, Nicolas Sarkozy aspire à étendre le principe du scrutin à un tour à d'autres élections que les seules élections de conseillers territoriaux censés remplacer, dès 2014, les conseillers régionaux et généraux. S'il parvenait notamment, par la suite, à faire en sorte que les élections législatives soient également un scrutin à un tour, il aurait vraiment toutes les cartes en main, au moins sur le papier, pour faire en sorte que l'opposition n'arrive jamais au pouvoir, Nicolas Sarkozy étant convaincu que "le scrutin à un tour est excellent parce qu'il avantage l'UMP" ainsi qu'il l'a déclaré le 17 septembre dernier (cf. Le Canard Enchaîné N°4639, 23 septembre 2009). Bref, c'est toujours la même chose, avec le sarkozysme : la seule chose qui compte, ce sont les élections, à court ou moyen terme, et la nécessité absolue de les verrouiller pour garder le pouvoir le plus longtemps possible... Vu comment se presentent les choses, il pourrait y avoir de quoi désespérer, une fois de plus... mais cela dit, en politique, rien n'est jamais joué d'avance, alors on verra bien...

 

 

Pour finir, laissons de côté la politique pour aujourd'hui, et revenons donc aux normes morales qui ont, plus que jamais ces temps-ci, le vent en poupe, et à leur application, supposée pertinente par certains, au monde de l'art et de la création... Le 1er octobre dernier, une dépêche de l'Agence France a rapporté une information selon laquelle la Tate Modern à Londres, l'une des plus prestigieuses galeries britanniques d'art moderne, venait de retirer une photo de l'actrice Brooke Shields nue, alors enfant, qui a été jugée obscène par la police. Avec beaucoup de retard, des journalistes du Monde se sont récemment intéressés à l'évènement, au point d'y consacrer un article tardif, parfois un peu approximatif quant aux détails, paru dans l'édition du journal du 22 octobre dernier, et daté de la veille sur le site Internet du quotidien. Un de mes lecteurs réguliers du présent blog, l'alias Sauron, fervent lecteur du Monde, a été bouleversé par la lecture de l'article tardif en question, n'étant pas au courant que l'affaire de la photo de Brooke Shields à la Tate Modern avait pourtant déjà fait l'objet d'une dépêche de l'AFP au début du mois. L'émotion dudit Sauron devant ce qu'il n'a pas hésité à qualifier de "message du ministère du Bien" - les lecteurs les plus fidèles du Monde ont parfois une étrange attitude emphatique devant les articles de leur quotidien préféré ;-) -, m'a interpellé. Je me permets donc de reproduire ici ledit article, afin que chacun puisse se faire une opinion, et sachant que ledit article sera vite inaccessible à ceux qui ne sont pas abonnés au site du journal Le Monde...

L'art rattrapé par la peur de la pédophilie

 

L'amateur d'art qui entre dans la Tate Modern de Londres peut voir, jusqu'au 17 janvier, l'exposition "Pop Life", dans laquelle figure un grand portrait photographique de l'actrice américaine Brooke Shields. Il est signé Richard Prince, un artiste bien coté, lui aussi américain. Ce dernier montre une femme sexy de 40 ans, portant un bikini, adossée à une moto rutilante, et qui sourit au visiteur.

 

 

Cette oeuvre de 2005 [intitulée Spiritual America IV] ne devait pas figurer dans l'exposition. Elle est venue remplacer, au dernier moment, une autre oeuvre : toujours un portrait de Brooke Shields, signé du même Richard Prince. Mais le modèle était âgé de 10 ans. Cet épisode traduit le climat actuel autour de la pédophilie, appliqué au monde de l'art.

 

Si le modèle est le même, si la similitude des poses saute aux yeux entre les deux photos, il existe une nuance de taille : la première version met en scène une Brooke Shields fillette et nue, la peau huilée, le corps émergeant d'une baignoire et de sa vapeur.

 

Quelques heures avant l'inauguration du 30 septembre, des policiers spécialisés dans la chasse aux publications obscènes (Metropolitan Police Service Obscene Publication Unit) sont venus constater ce qu'ils estiment être un délit, et ont déconseillé l'ouverture de l'exposition en l'état.

 

L'alternative était de l'interdire aux moins de 18 ans. "Ce qui ne résout rien, au contraire, cela en fait un aimant pour pédophiles", avait réagi la responsable d'une association de protection de l'enfance, Michele Elliott, dans le Daily Telegraph. Les responsables de la Tate ont donc censuré l'oeuvre de Prince. Ils ont même interdit à la vente le catalogue, qui contient l'image ; une perte estimée par la Tate à 320 000 livres (348 000 €).

 

La photo de Brooke Shields à 10 ans figurait pourtant dans une salle fermée, interdite au moins de 18 ans, accessible après moult avertissements. Le paradoxe est qu'elle contient des oeuvres pour le coup strictement pornographiques, notamment une photo signée Jeff Koons qui le montre faisant l'amour avec la Cicciolina, ancienne star italienne du porno. Cette section interdite au moins de 18 ans vise à témoigner, comme toute l'exposition, de l'état de "l'art dans un monde de consommation" ("Art in a material world").

 

Richard Prince a intitulé son oeuvre sur Brooke Shields à 10 ans Spiritual America. Mais il n'est pas l'auteur de la photo originelle. Ce dernier s'appelle Garry Gross. Alors connu à New York comme photographe publicitaire, Gross a réalisé en 1975 le portrait de Brooke Shields à la demande de la mère de la fillette. Cette dernière était mannequin chez Ford et sera, trois ans plus tard, la vedette du film sulfureux La Petite, de Louis Malle.

 

 

Dans les années 1980, Gross a gagné trois procès aux Etats-Unis contre Brooke Shields qui voulait lui interdire de commercialiser sa photo. Lors du troisième procès, rappelle Gross, 71 ans, le juge avait dit que l'image n'était "pas sexuellement suggestive, provocatrice ou pornographique", qualifiant même la pose d'"innocente".

 

Richard Prince a obtenu auprès de Gross, en 1992, le droit de tirer dix oeuvres de sa photo. Il a agrandi le format, opté pour des couleurs plus chaudes, et a donné un nouveau titre, Spiritual America IV [sic]. Cette oeuvre, avant d'être censurée à Londres, a été exposée dans le monde entier, sans faire de vagues. Un exemplaire s'est vendu 151 000 dollars chez Christie's, en 1999. A la Foire de Bâle, il y a quatre ans, elle était mise en vente 1 million de dollars. Quant à la version de départ, celle de Gross, elle a été montrée à la Bibliothèque nationale de France, à Paris, en mars.

 

Descente de police

 

Mais le climat a changé. Depuis le 12 octobre, une loi britannique oblige tous ceux qui s'occupent d'enfants "de manière fréquente" ou "intensive" à s'inscrire auprès de l'Independent Safeguard Authority, qui vérifiera qu'ils ne sont pas suspectés de pédophilie ou de violence ; 11,3 millions de personnes sont concernées, de l'enseignant à l'infirmière. Il faut désormais ajouter les responsables de musées.

 

En France, l'affaire Roman Polanski, arrêté à Zurich trois jours avant l'ouverture de l'exposition de Londres, et celle de Frédéric Mitterrand, et sa "mauvaise vie" en Thaïlande, ont échauffé les esprits. Et l'on attend la date de l'audience du procès des trois responsables de l'exposition "Présumés innocents", présentée à Bordeaux en 2000, accusés de "diffusion d'image de mineur à caractère pornographique".

 

Ce nouveau climat pèse sur la Foire internationale d'art contemporain de Paris (FIAC), qui ouvre au public le 22 octobre. L'an dernier, une descente de police avait provoqué la saisie de photos présumées zoophiles du russe Oleg Kulik. Cette année, Martin Bethenod, directeur de la FIAC, a un temps envisagé d'interdire l'accès du Grand Palais aux mineurs. Il a finalement choisi de poster, aux frais de la FIAC, un garde devant chaque stand litigieux, qui sera chargé de vérifier l'âge des amateurs désireux d'entrer.

 

Harry Bellet (envoyé spécial à Londres) et Michel Guerrin

 

(Article daté du 21 octobre 2009 [15h48] sur le site Internet du journal Le Monde, paru dans l'édition papier du journal du 22 octobre 2009)

La bêtise humaine est décidément sans limites, et la question, comme nous l'avons vu plus haut, reste au fond toujours la même : la création artistique est-elle compatible avec l'imposition aveugle de normes morales, normes morales que l'art est censée pourtant questionner ? Tout cela me fait penser qu'il est temps, pour moi, de passer à autre chose, et de ne plus me contenter de ce rôle de commentateur de l'actualité politico-médiatique qui me colle à la peau depuis bien trop longtemps maintenant. Parler de l'art, de la création, de la pensée, de l'histoire, de choses plus essentielles que de l'écume de l'actualité : voila qui me parait décidément plus intéressant, tout comme le fait de pratiquer moi-même, à mon modeste petit niveau, l'activité de création...

 

A bientôt... peut-être...

 

Cordialement, ;-)

 

Hyarion.


(Illustrations : Hercule et l'Hydre de Lerne, huile sur toile par Gustave Moreau [1826-1898], Paris, Musée Gustave-Moreau ; Nicolas Sarkozy lors de son discours sur la réforme de l’éducation le 13 octobre 2009 à l'Elysée, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Eric Feferberg ; Le ministre français de la Culture Frédéric Mitterrand sur le plateau de TF1 à Paris le 8 octobre 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Joël Saget ; Capture d'image de TF1 de Frédéric Mitterrand au journal télévisée avec Laurence Ferrari, le 8 octobre 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/TF1 ; Le livre La mauvaise vie de Frédéric Mitterrand, publié en 2005, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Jacques Demarthon ; Le ministre français de la Culture Frédéric Mitterrand sur le plateau de TF1 avec Laurence Ferrari à Paris le 8 octobre 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Joël Saget ; Vue aérienne datée du 14 juillet 2009 du quartier de la Défense, dans la banlieue nord-ouest de Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Loic Venance ; Nicolas Sarkozy et François Fillon, le 14 octobre 2009, à l’Elysée, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Gérard Cerles ; Jean Sarkozy pendant le journal de 20h00 sur le plateau de France 2, le 22 octobre 2009 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Bertrand Langlois ; Vue à l'aube de l'Esplanade de la Défense le 19 octobre 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Lionel Bonaventure ; Hercule terrassant l'Hydre de Lerne, huile sur toile [1617] par Guido Reni, Paris, Musée du Louvre ; Bananes en provenance de Martinique sur l'étalage d’un marchand de fruits, photographie de l'Agence France Presse publiée en 2008, ©AFP ; Un mandrill mangeant une banane dans le zoo de Munich, photographie de l'Agence France Presse publiée le 21 mars 2009, ©AFP ; Croquis d'audience du procès Clearstream, montrant le procureur de Paris Jean-Claude Marin [en haut, à gauche], le 20 octobre 2009 au Palais de justice à Paris, en présence de Dominique de Villepin [au premier plan, en bas, à droite], photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Benoit Peyrucq ; Nicolas Sarkozy le 20 octobre 2009 à Saint-Dizier, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Francois Nascimbeni ; Les conseillers territoriaux, ©AFP/Infographie ; Vue générale de la Tate Modern à Londres le 18 décembre 1999, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Ho ; Spiritual America IV, photographie de l'actrice Brooke Shields à l'âge de 40 ans [2005] par Richard Prince ; Untitled, photographie de Brooke Shields à l'âge de 10 ans [1975] par Garry Gross)

Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 3 (2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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