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Prix littéraires, éditions et littérature...

par Hyarion 22 Décembre 2007, 23:57 Lectures et écritures

La plate-forme qui héberge le présent blog est sur le point d'évoluer complètement vers une nouvelle version. Ce blog étant apparemment un des derniers à n'avoir pas fait l'objet de cette évolution, et la première version de la plate-forme étant destinée à disparaître prochainement, je me demande si je ne vais pas bientôt être confronté à un certain nombre de problèmes techniques et si je pourrais finalement encore disposer correctement de ce blog l'année prochaine... Au cas où, sans plus tarder, je publie donc cet article, prévu de longue date, en espérant toutefois que ce ne sera pas le dernier...

Il y a quelques semaines, au début du mois de novembre, a eu lieu la fameuse distribution des prix littéraires français, comme chaque année. La saison des prix littéraires intervient à l'issue de la rentrée littéraire d'août-septembre, événement culturel le plus attendu dans le monde des livres en France. Cette année, la production littéraire de la rentrée s'est accrue : le nombre de romans est en légère augmentation par rapport à 2006, avec 727 titres dont 493 français et 234 étrangers. Le cru 2007 compte 44 ouvrages de plus qu'en 2006, et un tiers de plus qu'il y a 10 ans, si l'on en croit le magazine Livres Hebdo.

727 romans en librairie pour une rentrée musclée


Comme chaque année, les éditeurs en font des tonnes: 727 romans français et étrangers - 43 de plus que l'an dernier - arrivent en librairie pour la rentrée littéraire, dont les auteurs phares se frottent cet automne à l'actualité et à la marche du monde.

En 2006, le succès foudroyant des "Bienveillantes" de Jonathan Littell avait monopolisé les ventes et l'attention des lecteurs. Plusieurs éditeurs avaient alors dénoncé la concentration massive des sorties en quelques semaines, mais tous répondent à nouveau présents.

Parmi les 493 romans français, le cru 2007 voit s'affirmer une génération d'auteurs exigeants, au côté des éternels "poids-lourds" de l'édition.

Au commencement, il y a Yasmina Reza. Dès vendredi, l'auteur vedette de pièces de théâtre traduites dans plus de 35 langues donne le coup d'envoi avec la sortie de "L'aube le soir ou la nuit" (Flammarion), un roman-reportage sur la campagne électorale de Nicolas Sarkozy, qu'elle a suivi pendant près d'un an. Un texte annoncé comme "très littéraire" - c'est à dire, en course pour les prix de l'automne - tiré d'emblée à 100.000 exemplaires.

Egalement en première ligne, Olivier Adam publie à 33 ans son septième livre : "A l'abri de rien" (L'Olivier), une plongée dans la misère des réfugiés de Sangatte, auxquels Marie, jeune femme un peu perdue, décide de porter secours.

Dans "Fin de l'histoire" (Verticales), François Bégaudeau évoque la détention de Florence Aubenas. Benoît Duteurtre, observateur malicieux de la société, décrit un monde ultra-sécurisé dans "La cité heureuse" (Fayard). Eric Reinhardt s'attaque à la classe moyenne dans "Cendrillon" (Stock) et Marie Darrieussecq raconte dans "Tom est mort" (P.O.L) le deuil après la mort d'un enfant.

Déjà repérés par le public et les jurys littéraires, tous confirment leur place dans la galaxie du roman français, au côté de Philippe Claudel ("Le rapport de Brodeck", Stock) ou Clémence Boulouque ("Nuit ouverte", Flammarion).

D'autres, plus expérimentés, sont fidèles au rendez-vous de septembre. Pas de rentrée sans Amélie Nothomb : 16 romans en 15 ans. Dans "Ni d'Eve ni d'Adam" (Albin Michel), la Nothomb retourne au Japon, où elle avait déjà situé l'action de l'un de ses meilleurs livres, "Stupeur et tremblements" (Grand prix du roman de l'Académie française).

Pierre Assouline ("Le portrait", Gallimard), Dominique Schneidre ("Ce qu'en dit James", Seuil) ou Jean Hatzfeld ("La stratégie des antilopes", Seuil) comptent également parmi les pointures de la rentrée.

Patrick Besson livre avec "Belle-soeur" (Fayard) une élégant roman psychologique. Et les frères Poivre d'Arvor pointent, à nouveau, la tête à l'approche de la saison des prix ("J'ai tant rêvé de toi", Albin Michel).

Loin de la course aux prix littéraires, Patrick Modiano plongera ses lecteurs dans le Paris des années 1960 avec "Dans le café de la jeunesse perdue" (Gallimard), et Philippe Sollers a intitulé ses mémoires... "Un vrai roman" (Plon).

Cette forêt de livres ne décourage pas les débutants, âgés cette année de 15 à 93 ans: 102 premiers romans sont annoncés d'ici octobre et si les "grandes" maisons d'édition limitent les sorties, de nouvelles entrent chaque année dans la course.

La littérature étrangère arrive également en force. Avec pour têtes d'affiche, Norman Mailer, auteur d'une "biographie romancée d'Hitler" ("Un château en forêt" (Plon) ou Günter Grass, avec "Pelures d'oignon" (Seuil), ses souvenirs de jeunesse qui ont fait scandale en 2006 lors de leur sortie en Allemagne.

(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 21 août 2007, 15h47)

Le Goncourt à Gilles Leroy, la surprise Pennac pour le Renaudot

Le prix Goncourt 2007 a été attribué lundi à Gilles Leroy pour "Alabama song", mais la surprise est venue cette année du Renaudot décerné à Daniel Pennac, qui ne figurait sur aucune liste, pour son "Chagrin d'école" dans lequel il raconte son passé de cancre.

Quatorze tours de scrutin pour attribuer le Goncourt, dix pour le Renaudot, les débats ont été dans les deux cas longs et animés. Avec, confiait l'un des jurés, "une petite fronde des jurés des deux côtés" qui ont refusé de se laisser dicter leur choix.

Gilles Leroy l'a emporté par 4 voix contre 2 à Olivier Adam pour "A l'abri de rien", présenté comme l'un des favoris pour les prix de l'automne. Signe des difficultés à parvenir à un accord, au 14è tour de scrutin une voix est encore allée à Amélie Nothomb ("Ni d'Eve ni d'Adam"), pourtant absente de la dernière sélection.

Sorti discrètement en septembre, "Alabama song" (Mercure de France), dixième roman de Gilles Leroy, 48 ans, raconte le destin tragique de Zelda Sayre, "belle du sud" des Etats-Unis devenue l'épouse de l'écrivain Francis Scott Fitzgerald [auteur de Gatsby le Magnifique].

"Je suis fasciné par les gens précoces, comme Zelda et Scott, et qui ont une puissance de désir intense. Elle a intensément désiré, non seulement en tant que femme, mais aussi en tant que femme qui voulait devenir une artiste", expliquait l'auteur dans le hall du restaurant Drouant.

Zelda et Scott Fitzgerald symbolisent l'insouciance des années 1920, avant la dégringolade dans la folie et l'alcool. "J'ai épousé un artiste ambitieux, me voici douze ans plus tard flanquée d'un notable ivrogne et couvert de dettes, telle la dernière des rombières", constate la jeune femme dans "Alabama song". Un livre dont les jurés Goncourt soulignaient après le vote les qualités d'écriture. Pour Bernard Pivot, "Leroy a un style flamboyant".

"J'ai défendu son livre parce que je l'ai aimé. Il éclaire un milieu et une époque. La façon dont il a essayé de reconstituer l'atmosphère, les geste, le langage des Américains de Paris en 1924 est très réussie", soulignait pour sa part François Nourissier. "Quatorze tours, ça ne veut pas dire des bagarres, mais simplement des électeurs accrochés à leurs voix", a-t-il fait valoir.

Surprise totale en revanche chez les Renaudot. Daniel Pennac, 62 ans, dont le livre - "Chagrin d'école" (Gallimard) - n'était pas sélectionné, est sorti du chapeau au 10è tour, la voix du président Patrick Besson, comptant double et permettant de dégager une majorité.

C'est, selon plusieurs jurés, l'écrivain J.M.G. Le Clézio qui a lancé le nom de Pennac. Auteur de romans populaires et de plusieurs livres pour défendre la langue française, il raconte dans "Chagrin d'école" son passé de cancre, enfant malheureux à l'école devenu prof lui même... et écrivain à succès.

"Ce prix, c'est un joli clin d'oeil. Cela prouve que certains professeurs se sont trompés dans mon enfance et qu'ils n'ont pas vu assez loin mais on ne peut pas leur en vouloir", a-t-il dit à son arrivée chez Drouant.

Côté éditeurs, Gallimard qui avait raflé la mise en 2006 avec "Les Bienveillantes" de Jonathan Littell (Goncourt et Grand prix du roman de l'Académie française) fait coup double : Pennac est un auteur maison et le Mercure de France, qui édite Leroy, est une filiale du groupe, dirigée par Isabelle Gallimard.

Le Renaudot de l'essai est revenu à Olivier Germain-Thomas pour "Le Bénarès-Kyoto" (Le Rocher).

(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 5 novembre 2007, 16h12)

En ce qui me concerne, le fait qu’un auteur soit lauréat d'un des prix littéraires distribués à l'automne - Prix Goncourt, Prix Renaudot, Prix Femina, Prix Médicis, Prix Interallié, Prix de Flore, etc - n'est pas un argument pour acheter son livre. Pour être franc, je crois n'avoir dans ma bibliothèque - pourtant abondemment remplie, me semble-t-il - que deux livres, tout au plus, ayant été récompensés par un prix littéraire, en l'occurence le prix Goncourt : Le Rivage des Syrtes de Julien Gracq (Prix Goncourt en 1951, refusé par l'auteur) et La Bataille de Patrick Rambaud (Prix Goncourt en 1997)... Mais il faut croire que pour beaucoup d'autres personnes, l'attribution d'un prix littéraire est quelque-chose de particulièrement important... Il faut dire que le prix Goncourt est une garantie de succès commercial pour un roman, d'autant plus qu'il est attribué - comme les autres - quelques semaines avant Noël...

Pourquoi la littérature d'aujourd'hui présentée dans les médias m'intéresse si peu ? J'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer, en avril dernier, au sujet du conformisme dans lequel est actuellement plongée la production culturelle française en général - voir l'article intitulé "Quid de la Culture dans ce monde électoraliste ?" -, et je ne peux que citer à nouveau l'écrivaine turque Mine Kirikkanat qui, il y a presque un an maintenant, évoquait ainsi, de façon fort juste, la situation de la littérature française actuelle :

"Dans le paysage littéraire français d'aujourd'hui, on recense une grande variété d'auteurs, mais on chercherait en vain parmi eux un génie. Depuis l'époque de Sartre et de Malraux, il y a un demi-siècle, le niveau d'engagement des romanciers français n'a pas cessé de baisser. Tout se passe comme si ces écrivains refusaient désormais de prendre des risques ou de changer l'ordre des choses. Ce qu'ils veulent, c'est uniquement l'orgasme verbal. D'où l'insincérité de leur position. Qui peut sérieusement accorder du crédit à Houellebecq quand il dénonce les méfaits du néolibéralisme ? Le seul problème d'une telle démarche, c'est que l'auteur des Particules élémentaires fait lui-même partie de la "bulle" qu'il vitupère. Comme d'autres, il y patauge et il y jouit. On touche là aux limites du fonctionnement d'une génération d'écrivains qui, au fond, ne croient en rien. Todorov a raison de voir dans ce nombrilisme et ce nihilisme le résultat de décennies pendant lesquelles on n'a cessé de réduire la littérature à des structures narratives et à des jeux de language. Les romanciers américains, eux, n'ont quasiment pas été happés par ce mouvement. Ils ont su résister. Ce n'est pas un hasard si, aux États-Unis, on ne trouve pas un personnage comme Frédéric Beigbeder, qui est le pur produit d'un système "autoréférencé". La vocation de la littérature, c'est de donner de l'oxygène. Pour que cet oxygène soit libéré, pour qu'il s'impose contre l'air du temps, il faut des plumes assez puissantes, des auteurs suffisamment signifiants et profonds. La France manque actuellement de romanciers de cette trempe. [...] Heureusement, il lui reste des essayistes."

(Mine Kirikkanat, in Marianne N°509 [du 20 au 26 janvier 2007])

Le système "autoréférencé" : voilà bien, précisemment, ce qui ne m'incite pas à m'intéresser aux nouveautés littéraires exhibées régulièrement dans les médias... Pourtant, les écrivains d'aujourd'hui sont plus que jamais tributaires de ce système... Comment réussir à émerger de la masse des nombreux candidats à la publication sans se soumettre aux règles d'une oligarchie éditoriale et de jurys littéraires immuables, qui semblent plus ou moins tout contrôler ? Parfois, il suffit de pas grand-chose pour parvenir à se faire connaître et être publié - et donc être, dès lors, susceptible d'être lu -, mais on en revient toujours au même constat : pour quelques rares vrais découvertes, combien de phénomènes médiatiques creux et éphémères ?

Tout celà me fait penser à un souvenir de lecture d'un journal, il y a plus de cinq ans de celà, déjà... C'était à la fin du mois d'avril 2002, et plus précisemment entre les deux tours de la fameuse élection présidentielle qui a vu une majorité d'électeurs français être assez stupides pour imposer à tous, un certain dimanche 21 avril, un duel entre Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen au second tour du 5 mai de cette année-là. Le lundi 29 avril 2002, en parcourant les pages du journal Libération, je suis tombé sur "Nuits blanches", une chronique du monde de la nuit parisien, que faisait alors régulièrement Eric Dahan, journaliste, musicien, réalisateur et, surtout, "figure mythique de la nuit parisienne" selon Technikart, le magazine tenu parfois pour un révélateur des modes "branchées" ou "underground" de la capitale... Et voici ce que j'ai lu :

Le retour du politique

Après le black sunday, c'était la consternation à Paris. On sillonnait le Bois de Boulogne avec Marc Lamour au son de Bowie chantant I'm so Afraid. Puis on faisait un stop au Bowling Etoile Foch, où Titof nous avait invités au Grand Strike de Sasha, Rachid, Bryan, Lenny et Joanna. A l'intérieur, tout l'underground hip-hop. Un toaster hurle au micro: "Nique sa mère à Le Pen", pendant le mix de Cut Killer, et on se croirait revenu au temps des Soul Kitchen à New York.
Il y a des filles incroyables, comme Bénédicte, qui écrit des nouvelles érotiques du point de vue d'un garçon, en hommage à son modèle Anaïs Nin. Julie Boukobza confie que son père va reprendre en main les Bains-Douches à la rentrée, après lifting radical. Sébastien Barrio scotche sur la banquette: "Le porno et les snuff-movies, ça n'a rien à voir ; à la télé, ils essaient encore de nous faire passer pour des monstres." Greg Centauro ouvre sa chemise blanche: "Etre reconnu comme comédien traditionnel ne m'intéresse pas, je suis très content de faire du hard", et Titof embrasse fougueusement Emese avant d'entraîner tout le monde au Dépôt. Puis c'est l'heure du brunch de Jack Lang au ministère de l'Education. Et de nouveau la confrontation avec une réalité consternante. De Danielle Mitterrand à Kouchner, la famille fait front. Jack prend la parole, parle du sursaut admirable d'une jeunesse issue de l'Ecole de la République - "tant décriée, voire salie par des gens qui n'y ont pas mis les pieds depuis trente ans !" - et dit l'urgence de contrer la montée du Front national. Ariane Mnouchkine répond: "Je t'aime Jack, mais les politiques ont ignoré la réalité de l'insécurité." Jeanne Moreau acquiesce. Jean-Michel Jarre est déçu de l'attitude de Jospin... On retrouve Pascal Houzelot au Costes pour le dîner d'anniversaire du Serpent, ironisant: "Puisqu'on est reparti pour la IIIe République, je vais me laisser pousser la moustache et porter un haut-de-forme", avant de suggérer d'aller prendre un verre au Mathi's, où l'on tombe sur Claude Aurensan, dont la devise reste: "Pas de passéisme !" On profite de la proximité du Nirvana de Claude Challe, où Hubert Boukobza tente de raconter quelque chose au sujet de Nick Rhodes - peut-être vient-il de dîner avec lui ? - mais Claude Challe nous rassure: "Il faut un décodeur." Il revient de Dubaï et a été très impressionné par les sables climatisés et les courses de bananes off-shore. Le Nirvana est vraiment un endroit fabuleux, avec son décor mixant artisanat traditionnel et haute technologie, entre le dance-floor évoquant un Sept de l'espace et les miroirs cathodiques des toilettes, renvoyant des fragments de scènes, sur fond de musiques mutantes. Personne ici n'a pas plus envie de dormir à côté de camps d'internement que d'imaginer le désastre d'une Intifada sur Seine. Fabien Ouaki explique à Claude Challe: "Le camarade, c'est celui dont tu es capable de partager la chambre." C'est le retour du politique, une chance finalement. Derrida dirait "là où il y a du polémos, seulement est possible l'amitié". C'est aussi une histoire de paille, de poutre et d'oeil du voisin, celle d'un pays censé éclairer le monde de ses lumières et qui va devoir se réinventer.

(Chronique "Nuits Blanches", par Eric Dahan, publiée in Libération N°6518, lundi 29 avril 2002)

Vous n'avez pas tout compris de ce que vous avez lu, chers lecteurs ? Rassurez-vous, c'est tout-à-fait normal... ;-) Moi non plus, je ne suis pas un "roi de la branchouille", et cette chronique, rappelons-le, date d'il y a plus de cinq ans. Sur l'ensemble des personnes évoquées dans le texte de Dahan, combien ne sont pas tombés dans l'oubli aujourd'hui, mis à part, bien entendu, les invités célèbres du "brunch" au ministère de l'Education, et peut-être quelques patrons de clubs nocturnes surtout connus des habitués de la nuit parisienne ? Même chose pour les lieux évoqués. Dans cinquante ans, on devra accompagner ce texte d'un lacis serré de notes en bas de page, pour y comprendre quelque-chose...
Pour l'heure, c'est essentiellement l'aspect politique dudit texte qui reste compréhensible, même si je me souviens que le rapport entre le titre "Le retour du politique" et la photographie de Dahan illustrant sa chronique, et représentant une certaine Bénédicte posant allongée dans le plus simple appareil, ne m'avait pas franchement sauté aux yeux à la première lecture... ;-)
Chacun, au passage, aura sans doute pû apprécier l'évocation par Eric Dahan de l'inimitable Jack Lang, alors ministre de l'Education Nationale d'un gouvernement Jospin sur le point de déposer le bilan : Jack, l'ami des jeunes ; Jack, l'ami des artistes ; Jack, l'éternel ministre de la Culture même des années après avoir abandonné cette fonction... Vraiment inimitable, ce Jack... et tellement sympathique ! Le monde des libraires indépendants lui doit beaucoup, grâce à la loi de 1981 sur le prix unique du livre, loi qui porte son nom. Comment ne pas aimer Jack, quand on aime la culture ? Je le dis sérieusement : Jack est vraiment quelqu'un de sympathique. Dommage, cependant, qu'il n'ai pas compris à quel point les manifestations étudiantes et lycéennes anti-Le Pen de l'entre-deux tours n'étaient politisées - au sens citoyen du terme - que de façon très superficielle... Pour ma part, je le sais, et pour cause : j'y étais... ;-)

Dahan, qui a affirmé avoir eu le "déclic" de l'écriture après avoir lu Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche - saine lecture, soit dit en passant -, a expliqué ainsi, dans un entretien avec un journaliste du magazine Technikart, en mars dernier, pourquoi il avait arrêté ses chroniques du monde de la nuit parisien, chroniques qu'il écrivait depuis 1994 : "L'évolution de la nuit ces dernières années, caractérisée par une inflation du discours et de la couverture médiatique inversement proportionnelle à la réalité économique et sociale de l'industrie de la nuit, mais également le fait que je ne supporte pas la médiocrité de la musique jouée dans les clubs, font que je songeais depuis plusieurs années à mettre un terme à cette chronique. Sans même parler du fait que tout ce qui l'avait constituée et qui était alors socialement transgressif ou au moins neuf, était devenu la norme. Quand l'idéal de distinction devient la norme et que la jouissance devient un impératif catégorique, j'ai tendance à me chercher d'autres espaces de liberté, ailleurs que dans le conformisme misérable d'une époque inculte et inepte." De fait, lorsque l'on lit cette ancienne chronique de 2002, on ne peut que remarquer que le constat fait aujourd'hui, par Dahan lui-même, sur le monde de la nuit est assez proche de celui que l'on pouvait faire déjà à l'époque, et sans doute même avant encore... La tyrannie de l'urgence et celle des apparences ne datent pas d'hier...

Mais revenons à nos moutons... Pourquoi parler de tout celà ? Quel rapport avec les livres et le monde de l'édition ? Eh bien, justement, j'y viens... Comme vous peut-être, chers lecteurs, j'ai été quelque-peu intrigué, au premier abord, par le présence d'une photographie déjà évoquée plus haut et représentant une certaine Bénédicte posant nue allongée, et présentée, dans la légende comme dans le texte, comme étant l'auteur de nouvelles érotiques rencontrée par le chroniqueur à une soirée "hip hop" au club du Bowling de l’Etoile... A l'époque, j'avais fini par oublier cette incongruité apparente, et même la lecture de la chronique, jusqu'à ce que quelque-chose me fasse m'en souvenir l'année suivante : en novembre 2003, on appris qu'une certaine Bénédicte Martin, née en 1978, avait écrit un recueil de nouvelles érotiques, lequel recueil venait d'être édité chez Flammarion, grâce à Frédéric Beigbeder - ancien publicitaire devenu écrivain et animateur de télévision, président du jury du Prix de Flore qu'il a fondé en 1994, et qui fut éditeur chez Flammarion de 2003 à 2006 -, avec une couverture plutôt racoleuse. La jeune femme étant venu faire la promotion de son livre à l'époque à la télévision, dans "Tout le monde en parle" sur France 2, la défunte émission "talk-show" produite et animée par Thierry Ardisson - ami de Beigbeder -, le lecteur d'un certain numéro de Libération d'avril 2002 a pû s'apercevoir, à cette occasion, que Bénédicte Martin et la "Bénédicte" photographiée dans une tenue très décontractée, l'année précédente, par Eric Dahan, étaient la même personne... J'ai appris, par la suite, que, selon le magazine Technikart, dans un de ses numéros parus à l'époque, que c'était précisemment Eric Dahan qui avait alors contribué à lancer la carrière de la jeune écrivaine, en la remarquant lors de cette soirée du Bowling de l’Etoile : la photographie de "Bénédicte" publiée dans sa chronique "Nuits Blanches" du numéro du 29 avril 2002 de Libération était, en fait, un cliché d'une séance de pose nue faite par la jeune femme à la demande de Dahan, le lendemain de la soirée, séance à l'occasion de laquelle l'écrivaine lui a présenté ses premiers écrits. La rencontre avec l'éditeur Beigbeder ne s'est, dès lors, guère faite attendre, le personnage étant connu pour être friand de ce genre de petite "provocation"...

Voyez-donc comme les choses peuvent être simples pour les écrivains débutants, pourvu que l'on ait quelques atouts à faire valoir auprès des bons intermédiaires... Cette petite histoire est anecdotique, bien entendu, mais tout-de-même assez révélatrice de la façon dont pouvait fonctionner le petit monde de l'édition il y a encore quelques années... Résultat : on publie - voire récompense - des choses qui ne méritent pas forcément de l'être, ou pour de mauvaises raisons, alors que l'on s'aperçoit que certains grands écrivains du passé ne trouveraient pas forcément d'éditeurs aujourd'hui...

Jane Austen ne trouverait pas aujourd'hui d'éditeur, démontre un écrivain

Jane Austen, célèbre auteur britannique du début du [XIX]e siècle, ne trouverait pas aujourd'hui d'éditeur, comme l'a vérifié un écrivain frustré en envoyant des manuscrits à une vingtaine d'éditeurs.

Selon la presse britannique, David Lassman, qui peine lui-même à se faire publier, a ainsi envoyé le premier chapitre suivi d'un synopsis de trois romans différents de Jane Austen, en se contentant de changer les titres et les noms de personnages.

Sur 18 éditeurs, 17 ont renvoyé des lettres de refus type ou n'ont pas répondu. Seul l'un d'entre eux a reconnu le style d'Austen ("Orgueil et préjugés", "Raison et sentiments"), recommandant à l'auteur du manuscrit d'éviter le pastiche.

Un éditeur, malgré son refus, a jugé la prose "très originale". Et l'agence littéraire qui représente J.K. Rowling (Harry Potter) s'est dite "peu assurée de pouvoir placer ce manuscrit auprès d'un éditeur", selon la presse.

"Arriver à faire publier un roman est très difficile aujourd'hui, sauf si vous avez un agent littéraire", a souligné M. Lassman à la presse, se disant sidéré du nombre de refus essuyés par la grande dame.

David Lassman, 43 ans, est le directeur du festival Jane Austen à Bath (sud-ouest de l'Angleterre).

Il a même eu l'audace d'envoyer le premier chapitre légèrement modifié d'"Orgueil et préjugés", l'oeuvre la plus célèbre d'Austen, en conservant sa première phrase, archi-connue en Angleterre: "C'est une vérité universellement reconnue qu'un célibataire pourvu d'une belle fortune doit avoir envie de se marier...".

(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 19 juillet 2007, 16h50)

Dante Alighieri, François Villon, Miguel de Cervantès, William Shakespeare, Jean-Baptiste Poquelin dit Molière, Voltaire, Johann von Goethe, Honoré de Balzac, Victor Hugo, Edgar Allan Poe, Charles Dickens, Gustave Flaubert, Henrik Ibsen, Léon Tolstoï, Anton Tchekhov, Marcel Proust, James Joyce, Ernest Hemingway, Albert Camus, etc. : tout le monde connait le nom de ses grands écrivains - encore que... dire que tout le monde les connait, même seulement de nom, c'est sans doute un peu exagéré -, mais qui les lit vraiment aujourd'hui, en dehors des établissements scolaires et universitaires ? Moins de monde encore, à mon avis, qu'on pourait le croire...

De fait, personnellement, je suis plus attiré par la littérature du passé que par celle d'aujourd'hui. Les oeuvres des siècles passés, que l'on appelle les classiques, m'intéressent davantage que les phénomènes médiatiques éphémères vendus régulièrement dans les médias... J'apprécie également la littérature de genre, notamment la fantasy, mais là encore, je préfère les classiques du genre - ceux de Robert E. Howard et J.R.R. Tolkien, notamment - aux nouveautés commerciales constituées en "sagas" interminables dont les éditeurs nous abreuvent depuis quelques années...

Que pourrais-je vous conseiller comme lectures ? Je n'aime pas la frénésie commerciale qui s'empare régulièrement de nos sociétés de consommation au moment des fêtes de fin d'année, mais si, par hasard, certains d'entre-vous, chers lecteurs, souhaitent des suggestions d'acquisitions, en voici quelques-unes, toutes en rapport avec le monde de la fantasy :


- La Formation de la Terre du Milieu (Histoire de la Terre du Milieu, IV), de J.R.R. Tolkien, textes présentés par Christopher Tolkien, traduits de l'anglais par Daniel Lauzon (Christian Bourgois Editeur, 2007).
Il s'agit du quatrème volume de l'Histoire de la Terre Milieu, vaste ensemble en douze volumes, regroupant une grande partie des différents textes, brouillons, versions et autres inédits de J.R.R. Tolkien (1892-1973), l'auteur de Bilbo le Hobbit (The Hobbit, 1937) et du Seigneur des Anneaux (The Lord of the Rongs, 1954-1955). Voici la présentation de l'éditeur : "La Formation de la Terre du Milieu se situe dans la continuité des Contes Perdus et des Lais du Beleriand, mais elle peut être lue pour elle-même afin de découvrir le " vrai " Silmarillion tel que J.R.R. Tolkien l'a conçu dans les années 1920-1930, bien avant d'écrire Le Seigneur des Anneaux. La Formation de la Terre du Milieu est un volume central, où l'on trouvera deux versions " authentiques " du Silmarillion - L'Esquisse de la Mythologie et la Quenta, qui racontent la création du monde, l'apparition des dieux et des Elfes, les premières batailles et l'histoire de grands héros comme Túrin -, mais aussi des cartes en couleurs (la première carte du Silmarillion) ou en noir et blanc absolument inédites en français, complétées par une étonnante description du monde de Tolkien (l'Ambarkanta), des chronologies et des textes historiques, les fameuses Annales du Valinor et du Beleriand."


- Conan le Cimmérien - Premier volume (1932-1933), de Robert E. Howard, textes traduits de l'anglais par Patrice Louinet et François Truchaud, introduction et notes de Patrice Louinet, illustrations de Mark Schultz (Bragelonne, 2007).
Avec ce premier ouvrage, les éditions Bragelonne ont commencé à publier une nouvelle édition, en trois volumes illustrés - à tirage limité, hélas -, des écrits originaux de Robert E. Howard (1906-1936) consacrés à son célèbre personnage de fantasy Conan le Cimmérien, sans coupures, ni ajouts, ni modifications (fait inédit en France), et dans l'ordre chronologique de rédaction et de publication. Les récits de Howard y sont restitués à partir des manuscrits originaux des années 1932-1936, dans des traductions entièrement renouvelées et accompagnés de nombreux inédits, de fragments et de notes de l'auteur sur l'univers de Conan. Le premier volume est paru en octobre dernier, et les deux autres paraitront dans le courant de l'année prochaine. Pour avoir acquis récemment le premier volume, je peux dire qu'il s'agit d'un bel objet, avec une belle reliure, et à l'intérieur duquel il ne manque rien, sauf les célèbres peintures de Frank Frazetta... mais les illustrations de Mark Schultz sont quand même sympatoches... :-)
Il est heureux que cette publication des écrits de Howard consacrés à Conan ait lieu à présent en France, alors que se poursuit, en parallèle, la publication, chez Christian Bourgois, des volumes de l'Histoire de la Terre du Milieu de Tolkien : ainsi, le public francophone aura-t-il bientôt la possibilité de mieux connaître, et d'apprécier à sa juste valeur, le travail littéraire des deux pères de la fantasy moderne...


- Stardust - Le Mystère de l'Etoile, de Neil Gaiman, illustré par Charles Vess, traduit de l'anglais par Nicole Duclos et Françoise Effosse-Roche (Marvel Panini France, 2007).
Paru initialement en 1997-1998, ce roman de fantasy de Neil Gaiman n'avait été publiée en France, jusqu'à tout récemment, que dans une version dépourvue des illustrations originales de Charles Vess. Cet oubli a été réparé, et l'oeuvre a été republiée cette année, dans sa version illustrée et avec une nouvelle traduction, à l'occasion de la sortie en salles de son adaptation cinématographique réalisée par Matthew Vaughn. Voici un extrait de la présentation de l'éditeur : "À l'aube de l'ère victorienne, dans la campagne anglaise alanguie, se dresse le village de Wall - un hameau isolé tirant son nom de l'imposant mur de pierre qui l'entoure. La vie paisible de la petite bourgade n'est perturbée qu'une fois tous les neuf ans, quand simples mortels et créatures magiques se retrouvent dans un pré voisin à l'occasion d'une foire à nulle autre pareille. À Wall, le jeune Tristran Thorn est éperdument amoureux de Victoria, la plus jolie fille du village, mais la belle est aussi distante et inaccessible que l'étoile filante qu'ensemble ils voient tomber par une froide nuit d'octobre. Pour conquérir le cœur de Victoria, Tristran lui promet de retrouver l'étoile et de la lui rapporter. Sa quête le conduira au-delà du mur, dans un monde dont la féerie dépasse l'imagination..."


- Beowulf, poème médiéval anonyme, (Librairie Générale Française ou LGF [Le Livre de poche], collection "Lettres gothiques", 2007).
A l'occasion de la sortie en salles de l'adaptation cinématographique du poème réalisée par Robert Zemeckis (à partir d'un scénario de Neil Gaiman et Roger Avary), une nouvelle édition française de Beowulf, a été publiée tout récemment, en novembre dernier, dans l'excellente collection "Lettres gothiques" du Livre de Poche. Je rappelle que, comme pour tous les autres ouvrages publiés dans cette collection, il s'agit d'une édition bilingue, avec une nouvelle traduction d'André Crépin. Celui-ci affirme lui-même que sa précédente traduction - devenue quasiment introuvable - était "moins nerveuse" et "moins exacte" que celle qui est proposée aujourd'hui. Un bon livre, donc, et à un prix très raisonnable, ce qui est toujours suffisemment rare pour être signalé. Voici la présentation de l'éditeur : "Poème en vieil anglais des environs de l'an mil, Beowulf est le plus ancien long poème héroïque qui nous soit parvenu intégralement dans une langue européenne autre que le latin. Il s'inscrit peut-être dans une tradition beaucoup plus ancienne encore, puisque Beowulf est présenté comme le neveu d'un chef scandinave dont la mort vers 520 est historiquement attestée. Prince modèle, fidèle à ses souverains et à ses engagements, il affronte des forces mauvaises, ogres et dragons. Il meurt, à la fois victime et vainqueur du dragon, en protecteur de son peuple. La société décrite, et vérifiée par l'archéologie, est païenne, mais le poème est chrétien. La célébration en anglais d'un héros scandinave, l'éloge d'un prince païen par un poète chrétien, le mélange de fabuleux et d'historique, l'entrelacement des épisodes, le style délibérément traditionnel expliquent la fascination exercée parce chef-d'œuvre. Depuis que sa valeur littéraire a été reconnue au XIXe siècle et sa leçon de courage réaffirmée en 1936 par Tolkien, l'auteur du Seigneur des anneaux, les médias, surtout anglo-saxons, ne cessent de l'exploiter. Ce volume, qui donne à la fois le texte original et une traduction nouvelle d'André Crépin, permet au public francophone de le découvrir."


- Errances en Faërie, recueil de contes murmurés à une chouette aveugle, recueil collectif de contes (Editions Skiophoros, 2006).
Je ne suis sans doute pas très objectif en recommandant ce dernier volume, vu que certains des auteurs de ce recueil de contes sont des amis, mais j'assume... ;-) Voici la présentation de l'éditeur : "Les sept textes qui composent ce recueil — initialement publiés sur le site JRRVF (www.jrrvf.com) dédié à Tolkien — sont autant d'invitations à la découverte des royaumes de Faërie. Tantôt serpentant sous de mélodieux scintillements d'étoiles, tantôt s'insinuant à l'ombre de quelques créatures chimériques, ils livrent au lecteur un horizon atypique des frontières toujours incertaines du merveilleux. Pour peu qu'il se prenne au jeu de ces errances, c'est alors aux confins de son propre univers imaginaire que le lecteur aura peut-être la surprise de se retrouver. Car si ils sont des voyages en pays fantasques et inconnus, les contes de Faërie sont avant tout des labyrinthes vertigineux aux miroirs asymétriques, par dessus lesquels on se penche comme on scrute l'abysse."

Voilà une partie de la littérature que j'aime. Maintenant, c'est à vous de voir... ou plutôt de lire, si le coeur vous en dit...

Bon Noël à tous.

Cordialement, :-)

Hyarion, le démocrate anarcho-monarchiste.

(Illustrations : Détail du tableau Un philosophe occupé de sa lecture, dit aussi Chimiste dans son laboratoire, ou Le souffleur, huile sur toile [1734] par Jean-Siméon Chardin, Paris, Musée du Louvre ; Quelques-uns des romans phares de la rentrée littéraire de 2007 dans une librairie de Caen, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Mychèle Daniau ; Couverture du roman de Gilles Leroy Alabama song, prix Goncourt 2007 ; Couverture du roman de Daniel Pennac Chagrin d'école, prix Renaudot 2007 ; Photographie légendée d'Eric Dahan, parue in Libération N°6518, 29 avril 2002 ; Couverture du roman de Jane Austen Raison et sentiments, publié en format de poche chez 10/18 ; Couverture du roman de Jane Austen Orgueil et préjugés, publié en format de poche chez 10/18 ; Couverture de La Formation de la Terre du Milieu [Histoire de la Terre du Milieu, IV], de J.R.R. Tolkien, ouvrage publié chez Christian Bourgois Editeur ; Couverture de Conan le Cimmérien - Premier volume [1932-1933], de Robert E. Howard, ouvrage publié chez Bragelonne ; Couverture du roman Stardust - Le Mystère de l'Etoile, de Neil Gaiman, illustré par Charles Vess, publié chez Marvel Panini France ; Couverture de la nouvelle édition du poème médiéval anonyme Beowulf, publiée par la LGF [Le Livre de poche], dans la collection "Lettres gothiques" ; Couverture de Errances en Faërie, recueil de contes murmurés à une chouette aveugle, ouvrage collectif publié aux Editions Skiophoros)

commentaires

Sauron 04/01/2008 14:18

En ce rayonnant début d'année, et non sans souhaiter à tous les participants une bonne année 2008, je termine (enfin) ce post sur mes amours de sf.
Cette fois, ce sont les 20 dernières années que je mettrai à l'honneur, avevc tout d'abord mon coup de coeur total pour Ian M. Banks, et son Cycle de la Culture.
Le premier tome, Une forme de guerre, date de 1989 et le dernier tome du cycle, Le sens du vent, date (me semble t-il) de 2005. Banks créé un univers qu'il développe progressivement, suivant une multitude d'angles qui, tous, le complexifient et le développent.
Dans un lointain futur, La Culture est une civilisation galactique, richissime, multiraciale, technologiquement supérieure, libertaire (voire anarchiste), vaguement cynique mais profondément tolérante. Bref : une (quasi) utopie. Cependant, la Culture, bien qu'ayant étendu son (non) empire sur la plus grande partie de la galaxie, est environnée de formes politiques beaucoup plus archaiques, caractérisées notamment par la présence d'Etats, voire d'Empires... qui, parfois, adoptent des valeurs... quelques peu moins tolérantes que les siennes.
C'est là qu'entrent en jeu les services spéciaux de la Culture (Circonstances sépciales et sa section Contact) dont le but est rien moins que d'influencer plus ou moins visiblement ces civilisations "archaiques" afin qu'elles adoptent des comportements moins portés sur 1) la guerre 2) l'impérialisme 3) l'autoritarisme ou toute autre forme de régime politique non-libertaire 4) l'obscurantisme 5) l'envie de détruire la Culture . A chaque roman du cycle, on suit donc un envoyé de Contact en mission.
Et c'est là que ça devient intéressant, parce qu'un envoyé de la Culture est toujours quelqu'un qui intervient violemment et coercitivement pour défendre les valeurs de paix et de tolérance de la Culture. Cela ne vous rappelle rien?
Dans Une forme de guerre, on suit le parcours d'un agent de Contact qui a trahi et s'est mis au service des Idirans, fanatiques religieux qui livrent à la Culture une guerre à mort.
Dans L'homme des jeux, un agent infiltre le vaste jeu de rôle qui régit le système politique d'un Empire, dont il devra prendre le contrôle en gagnant la partie.
Dans l'Usage des armes, un ex-agent s'est rebellé contre la Culture et applique lui-même sa propre politique vis à vis des dictateurs et autres régimes génocidaires...
etc...
La langue de Banks est jouissive (les noms donnés aux vaisseaux -très second degré-), ses livres emplis de constructions formelles géniales (mention spéciale à l'Usage des armes) : l'auteur se joue de nous avec délectation, dans une langue légère qui permet d'autant mieux de transmettre les idées complexes et torturées de l'auteur (comme les post-marxistes anglo-saxons sont légers!).
Bref, Banks, c'est bien, Banks, c'est beau, Banks, c'est bon! Mangez en!
Et là, je me rends compte que tout à ma passion de la Culture, et be, j'ai pas laisé de place pour le reste...
tant pis, quelques noms tout de même : David calvo pour Nid de Coucou (Comment Casimir fut le plus atroce dictateur de l'Age des dinosaures), Brian Aldiss pour L'hiver d'Heliconia (comme l'écologie peut être intelligente...), Ted Chiang pour La tour de Babylone (c'est génial), Greg Egan (tout de lui : de la SF plus scientifique, mais qui n'oublie pas qu'il faut mettre de vrais personnages et écrire avec style pour avoir des lecteurs)... tout ça jeté en vrac évidemment... et avectellement de manques...
Voilou, je retourne à mes cours!
Sauron :-)

Sauron 31/12/2007 15:46

Pouf pouf, entre deux repas et entre deux villes, je continue mes conseils de lecture SF (qui sont mes oeuvres "cultes" et ne représentent pas un critère objectif, bien entendu) :
après l'Age d'Or de la SF nord américaine (années 40-50) arrive une période où la SF s'ouvre sur des champs plus différents : plus politisée, plus sociologique.
En version politisée, je ne saurai trop recommander Norman Spinrad, particulièrement Bug Jack Barron (Jack Barron et l'éternité en vf) : livre sur le rapport entre politique, médias et firmes datant du tout début des 70's. Spinrad continue à écrire dans une verve contre-culture (ses influences sont beatnik) qui a certes perdu de son originalité depuis les années 60...
En version socio, je citerai Ursula K. Le Guin, avec notamment son majestueux La main gauche de la nuit. Un émissaire de l'Oekumen, vague confédération spatiale, est envoyé pour étudier les peuples de Nivôse, planète glacée. Le Guin fait une SF humaniste sans pathos ni fioritures. Elle écrit aussi de la fantasy, avec le cycle de Terremer... mais la fantasy, c'est pas mon truc, comme le visionnage de (l'excellent) Retour du roi hier soir me l'a rappelé ;-)
En version "je trippe sur la modernité", l'incontournable Philip Kindred Dick, dont tout est à recommander (à part peut être ses derniers livres dans lesquels il abusait du chamanisme-catolico-vaudou sous acide... ;-). Le réel est une interprétation, que l'évolution des technologies et des mentalités rend toujours plus illusoire, et la hausse symétrique des moyens de contrôle plus tragique. Le robot et l'homme sont un. La vie et la mort sont une. Priez, pauvres mortels, car l'avenir ne vous réserve que l'inévitable fragmentation de l'homme-machine-rêve sous acide...
Non, sans blague, K Dick est probablement le plus pénétrant philosophe du XXe siècle, en ce sens qu'il est l'écrivain du XXIe perdu en pleines sixties...
Je terminerai mon tout d'horizon du paysage SF des 60's-70's par La Shismatrice de Bruce Sterling. C'est un recueil de nouvelles récemment reparu en Folio-SF (l'horrible collection violette sous empire Gallimard). Nouvelles qui présentent une Global History du futur. D'ici cinq siècles, l'humanité peuple un système solaire divisé entre "mécas" et "morphos" : les premiers ne croient qu'en la capacité des machines, les seconds en la transformation génétique de l'homme. Deux systèmes de croyance complets, basés sur les technologies, et tout aussi absurdes, nécessaires et dangereux que les chritianismes et nationalismes de notre passé.
Histoire globale car c'est un panorama complet, des technologies à l'économie en passant par la vie quotidienne, la géopolitique et la culture, du monde anthropisé des prochains siècles. Histoire globale car, en un certain sens, l'histoire n'est qu'une partie de la SF parmi d'autres.
L'oeuvre peut paraître sèche et froide et, en un certain sens, elle l'est tout autant qu'un roman de Maupassant ou de Dos Passos : car la SF, la véritable SF est absolument réaliste. Bien plus qu'un roman de Zola par exemple, dont le fond (à mon sens) tient du fantastique (tendance tragédie) et non du naturalisme... mais ceci est une autre question !
Dans un dernier message, je donnerai un aperçu de mes coups de coeur dans la SF actuelle (disons, années 90-2000).
Sauron

Sauron 23/12/2007 20:50

la suite :
donc, exception faite des classiques (particulièrement les romans français et russes du XIXeme et le théâtre tragique -Grecs, Shakespeare-), mes lectures sont plutôt SF... et je ne saurai répondre mieux à la provocation fantasyste de Hyarion qu\\\'en proposant moi aussi ma liste des indispensables pour tout honnête homme (à savoir toute personne désirant me ressembler) du XXIeme siècle :
- tout d\\\'abord, les "classiques" du genre : Asimov avec la trilogie Fondation, Fondation et Empire, Seconde Fondation. Van Vogt avec Le monde du non-A et Les joueurs du non-A : de vraies lectures d\\\'ado, pleines de bruit, de fureur et de batailles spatiales. Un côté scientiste pour Asimov et légèrement azimuté pour Van Vogt (non-A signifie non aristotelicien). Epique et tutti quanti...
bon, ben, encore une suite a mon post plus tard ;)

Hyarion 23/12/2007 21:22

Sauron >>> "et je ne saurai répondre mieux à la provocation fantasyste de Hyarion qu'en proposant moi aussi ma liste des indispensables pour tout honnête homme (à savoir toute personne désirant me ressembler) du XXIeme siècle"Le fait est, mon cher Sauron, que je n'ai voulu provoquer personne, et que les quelques conseils de lecture que j'ai donné correspondent seulement à des parutions récentes... :-) Si je devais dresser ma propre "liste des indispensables", comme tu dis, ladite liste serait très longue, puisqu'elle va de la littérature de l'Antiquité à celle du XIXe siècle surtout, en passant par celles du Moyen Age, des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, et qu'elle comprend également, bien entendu, la fantasy - entre autres genres - pour ce qui est du XXe siècle, et notamment les oeuvres de Robert E. Howard et J.R.R. Tolkien, qui, par un heureux hasard, font régulièrement l'objet d'éditions ou de rééditions ces temps-ci en France... ;-)Il vaut mieux donc que je m'abstienne de me lancer dans un inventaire des oeuvres que j'aime : il y en a tellement que je risquerai d'y passer la nuit, et même au-delà... ;-)Toutefois, je peux toujours indiquer quel est mon livre préféré, s'il me fallait en choisir un parmi tous les autres : il s'agit de Vingt Mille Lieues sous les Mers, de Jules Verne.Amicalement, :-)Hyarion, le démocrate anarcho-monarchiste.P.S. : Je viens d'apprendre la mort de Julien Gracq, à l'âge de 97 ans, survenue hier, 22 décembre. L'auteur du Rivage des Syrtes était un des derniers grands écrivains français du XXe siècle encore vivant, sinon le dernier...Par ma barbe, quelle hécatombe !... L'Abbé Pierre, Henri Troyat, Jean Baudrillard, Lucie Aubrac, René Rémond, Mstislav Rostropovitch, Ingmar Bergman, Michelangelo Antonioni, Luciano Pavarotti, Marcel Marceau, Deborah Kerr, Norman Mailer, Maurice Béjart, Christian Bourgois, et maintenant Julien Gracq : quelle bien triste année que cette année 2007, décidément...

Sauron 23/12/2007 19:05

Toute cette fantasy... quelle provoc' Hyarion!!
Je dois avouer une attitude par rapport à la littérature assez proche de la tienne : à la différence près qu'elle se situe plutôt du côté de la SF.
La science fiction est un genre relativement mal aimé en France, et ce pour de multiples raisons qui tiennent autant du manque de goût du lectorat (mais ça, c'est une tarte à la crême) que de l'enfermement de la littérature française dans un schéma justement dénoncé par Mine Kirikkanat (à l'autoréferencement, on peut d'ailleurs ajouter la géographie très caractéristique : le monde littéraire français "authorisé" se centrant sur deux ou trois arrondissements de la capitale... Louis XIV en rit encore...).
A noter aussi le cloisonnement du milieu SF français qui a tendance à se percevoir comme une forteresse assiégée. Ainsi ne cherche t-il pas à communiquer et à se faire mieux reconnaitre (il est extraordinaire que la magnifique biographie que Houellebecq consacre à Lovecraft ne soit pas un livre vanté par le fandom... alors qu'il s'agit probablement du meilleur livre de cet auteur
Enfin, une particularité qui se retrouve aussi au cinéma : la dualité artificielle entre littérature "blanche" et littérature de genre,qui recoupe grosso-modo la dualité littérature populaire et littérature élitiste. De la même manière qu'au ciné est entretenu le clivage factice entre cinéma d'auteur (intelligent) et cinéma populaire (pour les idiots, enfin, nous, quoi...). Ainsi, l'auteur de sf ou de polar est-il directo rangé dans un genre considéré de facto comme inférieur.
Il n'est qu'à regarder la place consacrée aux auteurs de genre dans les dicos et encyclopédies pour se rendre compte à quel point notre milieu culturel dominant a loupé le train du XXe siècle...
la suite pour plus tard!

Hyarion 23/12/2007 20:46

Sauron >>> "La science fiction est un genre relativement mal aimé en France"Le fait est que celà a très longtemps été le cas également pour la fantasy. Et pour cause : en France, ces deux genres ont souvent été confondus, la fantasy ayant toutefois été longtemps dominée par la SF avant de s'émanciper et même de surpasser ladite SF en matière de succès éditorial... Il fut une époque, à la fin des années 1970 et aux débuts des années 1980, où les éditions "J'ai Lu" publiaient les aventures de Conan le Cimmérien (écrites par Robert E. Howard à l'origine mais alors publiées dans des versions plus ou moins modifiées par les écrivains Lyon Sprague de Camp et Lin Carter), en indiquant la mention "Science-fiction" sur les couvertures (dans sa fameuse collection de SF à couverture mauve), alors que les illustrations d'héroic fantasy de Frank Frazetta figurant également sur les couvertures indiquaient déjà pourtant assez clairement qu'il ne s'agissait pas, a priori, de textes de SF... La même confusion a existé aussi, me semble-t-il, avec les éditions de poche du Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien chez Presses Pocket, qui sont parues d'abord dans une collection spécialisée à couverture grise comportant majoritairement des oeuvres de SF (notamment la fameuse série de romans de Dune, écrite par Frank Herbert), et avec des illustrations de couvertures faites par Wojtek Siudmak, grand illustrateur de SF, qui a d'ailleurs illustré les couvertures de tous les volumes de cette collection (notamment celles des volumes de Dune)... Presses Pocket a également publiée, entre 1978 et 1981, une anthologie en trois volumes intitulée "L'Epopée fantastique", regroupant des textes d'auteurs de fantasy, anthologie qui, plus tard, allait - de fait - devenir une Grande anthologie de la Fantasy (parue en un seul volume chez Omnibus, en 2003), mais qui, à l'époque, fut publiée dans une collection intitulée "Le livre d'or de la science-fiction", collection comprenant pourtant essentiellement - comme son nom l'indiquait - des recueils de textes écrits par des auteurs de SF... A l'époque, aux yeux du néophyte, la confusion pouvait être totale à première vue... Par la suite, "J'ai Lu" et Pocket ont tous les deux fini par clairement distinguer les genres - y compris le fantastique proprement dit, représenté notamment par H. P. Lovecraft -, mais celà a pris du temps...Ces dernières années, le genre littéraire de la fantasy s'est soudainement mis à remporter un succès public colossal, dans le sillage des succès publics remportés par les adaptations cinématographiques des aventures de Harry Potter (écrites par l'écrivaine J.K. Rolling), à partir de 1997, et du Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien, sous la forme de trois films (sortis en 2001, 2002 et 2003) réalisés par Peter Jackson (lequel a d'ailleurs annoncé, il y a quelques jours seulement, qu'il allait s'occuper également de la prochaine adaptation cinématographique de Bilbo le Hobbit, en deux films, dont la sortie est semble-t-il prévue pour 2010-2011)... Le phénomène commercial qui a accompagné le succès de ces films, s'il a permis la publication et les rééditions de livres très intéressants, a suscité aussi, hélas, en parallèle, l'apparition de ce que l'on appelle la B.C.F. ("Big Commercial Fantasy"), avec notamment d'interminables "sagas" en 36 volumes d'une qualité pas toujours excellente, c'est le moins que l'on puisse dire... Si bien que le genre de la fantasy, qui bénéficie aujourd'hui d'un effet de mode important, en France comme ailleurs, peut apparaître comme pris en sandwich entre une "élite" littéraire médiatique traditionnelle qui, dans son ensemble, continue de le mépriser - comme elle méprise la SF et la plupart des autres genres dits populaires, du reste - et une machine éditoriale qui, après avoir trop peu publiée pendant des années, s'est mise à publier n'importe quoi...Sauron >>> "(il est extraordinaire que la magnifique biographie que Houellebecq consacre à Lovecraft ne soit pas un livre vanté par le fandom... alors qu'il s'agit probablement du meilleur livre de cet auteur)"En effet, cette biographie, intitulée H.P. Lovecraft : Contre le monde, contre la vie, apparait comme étant probablement de loin le meilleur livre de Michel Houellebecq, l'édition américaine du livre ayant même eu droit à une introduction rédigée par Stephen King, fait qui peut paraitre étonnant vu de France...Sauron >>> "Il n'est qu'à regarder la place consacrée aux auteurs de genre dans les dicos et encyclopédies pour se rendre compte à quel point notre milieu culturel dominant a loupé le train du XXe siècle..."Tout à fait d'accord. Celà explique d'ailleurs sans doute aussi, en partie, le fait que soient finalement apparus des dictionnaires et des encyclopédies spécialement dédiés aux littératures de genre ! Il faut dire cependant que les univers des genres fantastique, policier, de fantasy et de science-fiction sont si riches qu'ils méritent bien d'avoir justement leurs propres dictionnaires et encyclopédies... :-) Celà dit, celà ne devrait pas, pour autant, dispenser les ouvrages généralistes de davantage tenir compte des littératures de genre et de leurs auteurs...Amicalement, :-)Hyarion, le démocrate anarcho-monarchiste.

Dante 23/12/2007 17:36

Cher Hyarion,
Merci pour cet article et ces conseils de lecture.
Pour en revenir à un point de l'article, presque tout le monde sait que dans les remises de prix, les combines éditoriales et les réseaux jouent un rôle considérable. On se souviendra ainsi de l'affaire "Chapsal" concernant le prix fémina. Petit rappel des faits: Madeleine Chapsal est écrivain, ancien membre du jury du prix Fémina, et dans son livre " Journal d'hier et d'aujourd'hui " elle retranscrit des propos (à savoir s'ils ont été réellement prononcé, cela reste à vérifier), critiquant le mode de délibérations au sein du jury Femina. L'affaire a fait un peu de bruit, puisque Madeleine Chapsal a été exclu du Jury pour "propos diffamatoires" et que Régine Desforges a démissionné dudit jury en solidarité avec Madeleine Chapsal. Cet exemple illustre à quel point ces "institutions" (puisqu'elles se perçoivent en tant que tel) refusent d'examiner les critiques qui pourraient leur être faites et qui sont pourtant largement partagées au-delà des cercles "autorisés" (pour reprendre l'expression de Coluche). Ainsi, la remise des prix littéraire s'apparente au Tour de France: tout le monde sait que les combines désigneront le vainqueur, mais la respectabilité de l'institution traditionnelle reste un référent auquel on se reporte. Quant au relais médiatique en matière de culture, il est assez déplorable. Mise à part l'émission de Tadéi sur France 3, la culture est mêlée au tourbillon gras et populacier (bref, beaufiste) des Talks-shows qui mélangent les genres pour évoquer le tout sans parler de rien et conforter le dernier discours ou tendance branchouille à la mode. Un des sketchs de Anne Roumanoff se termine par le constat d'une ado qui dit: " On a voulu organiser un débat sur la Palestine et l'Israël. La prof nous a dit: "vous avez 10 minutes". Attends, à "C'est mon choix", ils passent une heure sur : est-ce que je dois m'épiler les poils du nez? ". ça résume assez bien les priorités futiles actuelles...
Il arrive cependant que des auteurs et des livres obtiennent la reconnaissance qu'ils méritent par le biais des prix littéraires. Le très beau livre de Daniel Pennac, Chagrin d'école méritait de recevoir le Renaudot. J'irai même jusqu'à pousser le vice de le conseiller à tous ceux qui sont profs ou envisagent de l'être, tant ce livre pénétre dans les arcanes du ressenti et des enjeux de la transmission. Le même jury du Goncourt a quand même decerné son prix en 1985 pour le très beau (et dur) livre de Yann Queffélec, Les noces barbares ainsi que le magnifique La vie devant soi en 1975 d'un certain Emile Ajar, alias Romain Gary. Ce dernier a d'ailleurs joué avec la logique du prix, illustrant ainsi la possibilité de contourner ce prix et d'en relativiser l'importance. Petit rappel là aussi: un auteur ne peut recevoir le Goncourt qu'une fois dans sa vie. Seule exception pour s'ériger contre cette loi absurde: Romain Gary qui a reçu en 1956 le Goncourt pour Les racine du ciel et La vie devant soi en 1975. Comment a-t-il fait? Il a créé un écrivain qui n'existait pas, Emile Ajar. Le jury a alors décerné le prix  en 1975 à Emile Ajar, ignorant que c'était Romain Gary lui-même, comme il l'a révélé dans un écrit posthume, Vie et mort d'Emile Ajar. Cette astuce a été mal vécue par le jury, inutile de vous le dire, car Romain Gary avait transgressé la sacro-sainte règle ! Personnellement, je trouve cette "blague" plutôt plaisante car loin de se situer dans une stratégie de distinction, Gary voulait dénoncer l'absurdité des règles d'un système et relativiser la pertinence de ses choix et de son discours. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que la blague a été fait avec intelligence et talent, et de surccroît reconnu...
Cependant, examiner le pour et le contre ne résout pas le problème de fond. Entre sincérité d'un jury et combines éditoriales, le choix d'un prix reste ce qu'il est: une simple proposition et invitation à la lecture d'une oeuvre. C'est ainsi que j'envisage la décision d'un prix littéraire. Elle ne constitue pas pour moi une réfèrence et j'achète un livre parce qu'il suscite un intérêt pour moi, que quelqu'un me l'a conseillé, ou que son auteur me plaît.
Ce qui me plaît le plus dans les prix littéraires sont les anecdotes qui y sont attachées. Qui se souvient par exemple de cette délibération incroyable et surréaliste de 1958 dans laquelle Alain Ayache se faufile dans le salon Drouant, place un micro dans le lustre puis se retire dans l'espace d'une double porte ? Découvert, il promettra de ne pas utiliser son enregistrement... Qui se souvient aussi de ce mois de novembre 1977 où un protestataire écrase une pâtisserie (non, ce n'était pas encore Le Gloupier)sur le visage d'Armand Lanoux qui proclamait les résultats tandis qu'un de ses comparses projettait du ketchup sur Michel Tournier qui venait de recevoir la Légion d'honneur ? Je dois avouer que ces anecdotes m'intéressent davantage que l'institution elle-même. Cela nous donne l'occasion de rire un peu et d'illustrer une des devises de ce blog: être sérieux sans se prendre au sérieux...
"De fait, personnellement, je suis plus attiré par la littérature du passé que par celle d'aujourd'hui. Les oeuvres des siècles passés, que l'on appelle les classiques, m'intéressent davantage que les phénomènes médiatiques éphémères vendus régulièrement dans les médias..." Cela peut se comprendre mais la logique médiatique n'est pas un absolu et ne résume certainement la nature et les sujets de la littérature actuelle. Parcourir les rayons d'une librairie, questionner et discuter avec les libraires, exercer sa curiosité dans les rayons et sur les livres eux-mêmes est un moyen de sortir de ce "prêt-à-penser" mondain et sélectif. Notre époque se situe dans un discours qui recherche sans arrêt des héros providentiels, des auteurs capables de rivaliser avec l'héritage littéraire antérieur. Cette grille de lecture est-elle la plus pertinente pour aborder la littérature contemporaine? Ce comparatif systématique avec les faits, les discours et les actes du passé doit-il guider nos appréciations sur les produits de notre époque? La question, me semble-t-il, mérite d'être posée.
Je pense qu'il faut essayer de temporiser notre regard sur la littérature de notre époque. Il est vrai que l'ambiance culturelle que l'on nous vend n'est pas fait pour stimuler l'intelligence de l'imagination. Mais, hors de ces cadres, il existe des oeuvres profondes en lien avec des questions actuelles. Le théâtre est particulièrement actif en ce domaine, et sans vouloir le porter au pinacle, je pense que c'est le genre littéraire le plus proche d'une réflexion approfondie sur les enjeux contemporains. Je pense à des dramaturges comme Yann Appery, Fabrice Melquiot ou encore Wouajdi Mouawad. La littérature contemporaine possède aussi d'autres questionnements que les époques antérieures, et les préoccupations sont tellement disséminées et multiples qu'il est, c'est certain, difficile d'apprécier l'ensemble à travers des oeuvres ou des auteurs de référence. Mais a-t-on vraiment besoin de ces références et est-ce la logique de l'art lui-même? Pourquoi certains devraient se détacher en particulier au dépens d'autres inscrit dans des démarches différentes mais peut-être tout aussi intéressante. Cela dépend des centres d'intérêts et des grilles de lectures personnelles. J'apprécie la littérature des siècles précédents (c'est pas pour rien que j'ai travaillé sur le théâtre romantique!), mais je suis aussi sensible à celle du XXe siècle par exemple. J'y trouve des approches sensibles et des questionnements qui m'interpellent. Celle de notre époque continue à s'écrire: donnons-lui un peu plus de temps et explorons ces marges: elle a beaucoup à nous dire et à nous apprendre...
Bon noël à toi cher Hyarion !
Cordialement et amicalement,
Dante

Hyarion 23/12/2007 18:21

Cher Dante,Lorsque je dis que je suis plus attiré par la littérature du passé que par celle d'aujourd'hui, celà ne veut évidemment pas dire que je suis passéiste... Le fait est que les questionnements qui m'interpellent, pour ma part, peuvent fort bien se trouver dans les oeuvres littéraires des siècles passés, et que, de fait, j'y trouve souvent mon compte... Mais je ne suis absolument pas fermé aux oeuvres plus récentes, et je crois le montrer en affichant mes goûts, par exemple, pour les oeuvres de fantasy écrites au XXe siècle, qui sont loin d'être passéistes, contrairement à ceux que certaines personnes pensent et/ou veulent faire croire... Ce n'est pas parce que la fantasy ne met pas en scène des histoires se passant forcément dans notre réalité quotidienne ou dans un futur technologique plus ou moins lointain, qu'elle ne permets pas de réflexions profondes sur des questionnements qui sont universels, et donc toujours actuels...De toute façon, il y a tant de livres à lire... Nous devons donc forcément faire des choix... selon nos possibilités, mais aussi selon nos goûts et nos centres d'intérêts, comme tu le dis toi-même.Je suis quelqu'un d'assez ouvert, en général, en matière de littérature... J'ai même lu 99 francs de Frédéric Beigbeder à l'époque où il est sorti, en 2000 ! Et puisque tu évoques Romain Gary, il se trouve qu'un de ses romans, publié à l'origine sous le pseudonyme d'Emile Ajar, vient justement d'arriver sur mon bureau... ;-) J'aurais peut-être l'occasion d'en reparler... si la plate-forme d'Over-blog ne me plante pas au 1er janvier, en passant définitivement à sa version 2 !Bon Noël à toi aussi,Bien amicalement, :-)Hyarion, le démocrate anarcho-monarchiste.

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