Dimanche 16 décembre 2007
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Voilà. Il
est enfin parti. Hier après-midi, samedi 15 décembre, au terme d'une visite d'une durée exceptionnelle - cinq jours -, le colonel Mouammar al-Kadhafi a quitté la France, où il avait été invité
par Sarkozy de Nagy-Bocsa. Il s'agissait de son premier voyage de ce genre dans notre pays depuis 1973. Bien qu'une actualité chasse l'autre en permanence, dans la France du sarkozysme
omnipotent, je suppose qu'il faut tout-de-même que j'en dise quelques mots... Deux dépêches de l'Agence France Presse peuvent suffire à résumer, à grands traits, cette visite qui, c'est le moins
que l'on puisse dire, a fait beaucoup de bruit...
Le colonel Kadhafi arrive à Paris pour une visite très controversée
Le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi arrive ce lundi en France pour une visite officielle de cinq jours scellant la réconciliation entre Paris et Tripoli mais dénoncée par l'opposition, qui
fustige l'accueil d'un "dictateur" et la "realpolitik" du président Nicolas Sarkozy.
La Libye a annoncé son intention d'acheter pour plus de 3 milliards d'avions Airbus, un réacteur nucléaire et de nombreux équipements militaires lors de cette visite, la première de M. Kadhafi
en France depuis 34 ans.
Le "Guide" libyen arrivera en début d'après-midi à Paris, où il sera immédiatement reçu par M. Sarkozy au Palais présidentiel de l'Elysée. Un dîner sera donné en son honneur dans la soirée. Un
second entretien est prévu mercredi. Au sommet UE/Afrique de Lisbonne ce week-end, M. Sarkozy a assuré au dirigeant libyen être "très heureux" de le recevoir.
La libération des infirmières bulgares détenues en Libye en juillet, dans laquelle M. Sarkozy a joué un rôle central, a ouvert la voie à une normalisation des relations entre Paris et
Tripoli.
La France considère désormais que M. Kadhafi, longtemps placé au ban des nations occidentales, s'est engagé sur le chemin de la "respectabilité", après avoir notamment renoncé à soutenir le
terrorisme et à développer des armes de destruction massive.
M. Sarkozy a espéré que cette visite permette de conclure une série d'accords économiques avec le 3e producteur de pétrole africain, important marché potentiel pour les industriels français.
Paris négocie notamment la vente d'une dizaine d'avions de combat Rafale, que Dassault Aviation n'a encore jamais réussi à exporter.
Mais l'opposition tire à boulets rouges sur l'accueil réservé à M. Kadhafi, surtout après ses dernières déclarations à Lisbonne où il a justifié le recours au terrorisme par les "faibles". Le
chef du Parti socialiste François Hollande a accusé M. Sarkozy de recevoir un "dictateur qui s'est compromis dans des actes terroristes".
Les critiques se sont étendues jusqu'au sein du gouvernement. Le chef de la diplomatie Bernard Kouchner, venu de la gauche, a pris ses distances et la jeune secrétaire d'Etat aux droits de
l'Homme Rama Yade a déclaré que Paris ne devait pas "recevoir le baiser de la mort" de Kadhafi.
Durant son séjour, M. Kadhafi résidera à l'hôtel Marigny, près de l'Elysée. Fidèle à son image, il a planté sa tente de bédouin dans le jardin de cette résidence officielle pour y recevoir ses
hôtes.
(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 10 décembre 2007, 07h17)
Le colonel Kadhafi boucle en France une visite en forme de coup d'éclat
Le colonel libyen Mouammar Kadhafi a bouclé vendredi une visite en France en forme de coup d'éclat qui a soulevé une bronca rarement vue malgré la promesse de milliards d'euros de contrats
civils et militaires.
Pour son dernier jour, le "guide" libyen s'est offert une visite au château de Versailles, où il a pu longuement poser devant le trône de Louis XIV, le "roi Soleil" qu'il dit admirer.
A tous points de vue, cette visite aura été hors normes: par sa durée, cinq jours, le torrent de critiques suscitées, et surtout la personnalité encombrante de l'hôte du président Nicolas
Sarkozy.
Pour son retour en France après 34 ans d'absence, il a planté sa tente de bédouin dans le jardin de sa résidence officielle. A la tête d'une imposante délégation, il a sillonné Paris dans une
longue limousine blanche, escorté par ses célèbres "amazones" en treillis.
Il est surtout resté fidèle à son image de leader imprévisible quand il a démenti le président Sarkozy en affirmant ne pas avoir discuté avec lui du sujet ultra-sensible des droits de l'Homme.
Puis, quand il a demandé à la France et aux Européens de mieux respecter leurs immigrés avant de lui donner des leçons.
Après la signature de contrats bouclée dès lundi soir, un double entretien avec Nicolas Sarkozy et une visite à l'Assemblée nationale, boycottée par l'opposition, M. Kadhafi a consacré son
séjour au tourisme: promenade sur la Seine, visites du musée du Louvre puis du château de Versailles.
L'opposition socialiste a raillé le "circus Kadhafi" et accusé M. Sarkozy d'avoir donné une légitimité à un "dictateur". Même dans les rangs de l'UMP, beaucoup ont jugé que Paris en avait trop
fait.
"Il faut parfois dîner avec le diable, oui, mais avec une longue cuillère et sans lui servir la soupe", a assuré le député PS Pierre Moscovici.
M. Sarkozy a rejeté les critiques, expliquant qu'il fallait "parler à tout le monde" et encourager la marche de la Libye vers la "respectabilité", cinq mois après la libération des soignants
bulgares détenus en Libye.
Il a souligné que cette visite était profitable à la France, grâce à des retombées commerciales qu'il a chiffrées à plus de 10 milliards d'euros. Mais des interrogations entourent ce chiffre,
une partie des contrats relevant de lettres d'intention ou étant des confirmations.
"Ce genre de gros contrats est négocié longtemps à l'avance. Et ce sont des investissement de très long terme", relativise l'analyste Nicolas Bouzou. Mais "si entre 5 et 10 milliards sont
récupérés au final ce sera pas mal", ajoute-t-elle.
Dans la corbeille, la vente d'au moins un réacteur nucléaire civil, 21 Airbus, et de gros espoirs de ventes d'armes, notamment de 14 avions Rafale de Dassault.
Cette moisson n'a pas suffit à apaiser les réserves des Français qui, à 52%, ont désapprouvé la visite, selon un sondage paru vendredi.
Pour le politologue Naoufel Brahimi el-Mili, enseignant à Sciences Po Paris, "Kadhafi est le gagnant" de cette tournée qui l'a aussi conduit à Lisbonne, pour le sommet UE-AFrique, avant Madrid
où il sera samedi.
"Il use du pétrole. Sa légitimité internationale est renforcée", explique-t-il.
Selon lui, il tire aussi "profit" de sa visite au plan intérieur: "La presse officielle expliquait que le 'guide' a dit aux Français leurs quatre vérités sur les droits de l'Homme."
Ce sujet aura été au coeur de la controverse. La secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme, Rama Yade, a dénoncé un "baiser de la mort", avant de rentrer dans le rang.
Quant à Mouammar Kadhafi, il a qualifié sa visite d'"historique", en se félicitant de l'accueil "chaleureux" du président Sarkozy.
(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 14 décembre 2007, 17h19)
Cette
visite en grande pompe de Kadhafi a été jugée "indigne" par François Bayrou, qualifiée de "spectacle désolant"
par François Hollande, et, pour sa part, le "philosophe" Bernard-Henri Lévy a déclaré que l'"on n’invite pas en visite d’Etat un grand terroriste et un preneur
d’otages international comme Kadhafi". Comme celà était prévisible, Sarkozy de Nagy-Bocsa n'a pas manqué de réagir aux nombreuses critiques que l'évènement a suscité :
"S'ils ne comprennent rien à la "real-politik", tant pis pour eux. [...] De toute façon, plus ils gueulent et plus je leur ferai un bras d'honneur. Plus
longtemps je serrerai la main de Kadhafi. [...] J'ai dit que j'irai chercher le point de croissance qui nous manque avec les dents. Eh bien ! c'est ce que je fais. Dix milliards de contrats
pour les entreprises françaises, ce n'est pas rien. [...] Depuis 2003, il [Kadhafi] a renoncé au terrorisme. Il a toujours été contre les fondamentalistes. Depuis le début, il a demandé
l'arrestation de Ben Laden. Et il peut jouer un rôle important dans le dénouement de la crise du Darfour. [...] Même si c'est un personnage complètement fantasque, ce n'est pas mal de
contribuer à le réinsérer dans le concert des nations. [...] Il n'y a rien que je déteste plus que les donneurs de leçons en salon. [...]"
(Sarkozy, devant ses conseillers, à propos des critiques relatives à la réception en grande pompe du colonel Kadhafi à Paris, cité in Le Canard Enchaîné N°4546, 12 décembre 2007)
Quelle est mon opinion vis-à-vis de cette affaire ? Avant de répondre, je me permets de rappeler qui est l'actuel dirigeant libyen, afin que tout le monde sache bien
de qui on parle.
Né à Syrte en 1942, officier dans l'armée libyenne, Mu'ammar al-Kadhafi ou Qadhdhâfî, a été, en 1969, le principal instigateur du coup d'Etat qui a renversé le roi de Libye Idris Ier, qui régnait
depuis 1951. Président du Conseil de la révolution libyen de 1969 à 1977, puis du Secrétariat général du Congrès général du Peuple libyen en 1977, Kadhafi a abandonné ses fonctions officielles en
1979, et ne se reconnait aujourd'hui que le titre de "guide" de la révolution libyenne. En réalité, il est toujours resté le véritable chef de l'État, la Libye étant officiellement devenue, en
1977, la Grande Jamahiriya (Etat des masses ou populocratie) arabe libyenne populaire et socialiste, où la loi islamique - charia - est appliquée depuis 1994. Voulant unir les peuples arabes à
travers une "révolution culturelle islamique", Kadhafi s'est essayé à une politique de rapprochement avec la Syrie, l'Egypte, et la Tunisie, sans succès, et à une politique d'expansion au Tchad,
en vain. Soupçonné de soutenir de nombreuses rébellions dans le monde et d'être impliqué dans plusieurs actes terroristes, notamment contre les Etats-Unis d'Amérique (attentat de Lockerbie en
Écosse contre un avion de ligne civil américain - un Boeing 747 de la PanAm - ayant explosé en plein vol en 1988) et contre la France (attentat de l'avion DC-10 de la compagnie française UTA
ayant explosé au-dessus du désert du Ténéré, au Niger, en 1989), Kadhafi a longtemps été mis au ban de le communauté internationale, le Conseil de sécurité de l'ONU ayant imposé à la Libye des
sanctions en 1992, notamment un embargo aérien et une interdiction de vente d'armes, sanctions qui ont été levées en 1999, lorsque les agents des services secrets libyens suspectés de l'attentat
de Lockerbie ont enfin été livrés à la justice. En 2003, la Libye a reconnu officiellement "la responsabilité de ses officiers" dans les attentats de Lockerbie et du DC-10 d'UTA, s'engageant à
indemniser les familles des victimes, et a renoncé officiellement à son programme d’armes de destruction massive. De fait, Kadhafi s'est efforcé, ces dernières années, de retrouver une forme de
respectabilité internationale, mais l'affaire des infirmières bulgares, dont le dénouement, avec l'intervention sur-médiatisée de Sarkozy de Nagy-Bocsa, est survenue cet été - voir notamment
l'article intitulé "Un Mois de
Sarkozysme appliqué..." - a, jusqu'à récemment, continué d'attirer l'attention sur le fait que le "guide"
libyen est à la tête d'un régime dictatorial, dans un pays où les opposants politiques sont emprisonnés, et où des otages étrangers - cinq infirmières bulgares et un médecin bulgare d'origine
palestinienne - ont été maintenus en captivité et torturés pendant de longues années, avant d'être finalement libérés en juillet dernier, en échange d'une contre-partie financière faisant office
de rançon, accompagnée de la signature de contrats divers avec la France...
Voilà pour les informations sur le personnage. Maintenant, venons-en à ce que je pense de tout celà, de cette visite en France, et tout le barouf médiatique qui l'a accompagné : ma position, en
vérité, tient en assez peu de mots...
Fallait-il accueillir le colonel Mouammar al-Kadhafi à Paris comme l'a fait Sarkozy de Nagy-Bocsa, en lui déroulant le tapis rouge pendant cinq jours ? Assurément, non. Mais, indépendemment de
celà, la France doit-elle, en fonction de ses intérêts, discuter et traiter avec le colonel Kadhafi sur un certain nombre de sujets, qu'ils soient économiques ou politiques ? La vérité est
qu'elle serait bien peu avisée de ne pas le faire, dans le contexte géopolitique actuel, où l'Afrique redevient, après avoir été délaissée pendant des décennies, un centre d'intérêts pour les
grandes puissances mondiales. Celà dit, et j'insiste là-dessus, Sarkozy de Nagy-Bocsa n'était vraiment pas obligé d'en faire à ce point des tonnes avec le "guide" libyen, et il aurait fort bien
pû épargner à la France une aussi tapageuse visite d'Etat de Kadhafi, pendant cinq longs jours. Mais que voulez-vous, Sarkozy aime les excès : comme d'habitude, il en a trop fait. Un jour, ces
excès se retourneront contre lui, d'une manière ou d'une autre. Mais néanmoins, en dépit de celà, il me parait absurde de vouloir faire croire, comme certains ont tendance à le faire, que la
diplomatie, et la politique en général, doivent se pratiquer avec des bons sentiments, en brandissant un "droits-de-l'hommisme" plein de naïveté . Voilà, en définitive, tout ce que j'ai à dire
vis-à-vis de toute cette polémique suscitée par cette visite de Kadhafi en France. Après, tout est évidemment une question de point de vue. On peut, à titre individuel, être très attaché, comme
je le suis, aux droits de l'homme, à l'humanisme, à la démocratie, mais pour autant, lorsque l'on se pique de politique, il me parait bien évident qu'il convient de bien se garder d'être naïf,
car la naïveté, même si elle est parfois invoqué comme excuse, n'est pas autre chose qu'une faute, en matière de politique. Ainsi, les parangons du "droits-de-l'hommisme", tous les donneurs de
leçons moralisateurs de tous ordres, tous ceux qui considèrent que la morale doit tenir lieu de politique, tous ceux-là feraient bien, une bonne fois pour toutes, d'accepter ce fait :
la politique est une affaire d'intérêts, et non une affaire de morale.
Voilà. J'en ai terminé. Je le répète encore une fois : la politique est une affaire d'intérêts, non de morale. Un point, c'est tout.
Mais je m'en voudrais de laisser mes lecteurs sur ce simple constat. Pour finir, je me permets de reproduire ci-après, afin de nourrir la réflexion de chacun, de larges extraits d'une conférence
que le philosophe social-démocrate athée André Comte-Sponville est venu prononcé en Midi-Pyrénées, en 1993-1994, à l'invitation de l'association culturelle GREP (Groupe de Recherche pour
l'éducation et la prospective) de Midi Pyrénées, et dont le thème était "Ethique, Morale et Politique".
André Comte-Sponville - [...] [N]ous
avons quatre ordres : l'ordre techno-scientifique, l'ordre juridico-politique, l'ordre de la morale, enfin l'ordre éthique ou de l'amour. L'ordre techno-scientifique est structuré par le
possible et l'impossible, mais incapable de se limiter lui-même, il est limité par l'ordre juridico-politique. Celui-ci est structuré par le légal et l'illégal, mais incapable de se limiter
lui-même, il est limité par l'ordre de la morale, lequel est structuré par le devoir et l'interdit. Et cet ordre de la morale, à son tour, est complété et ouvert par un quatrième ordre, l'ordre
éthique ou de l'amour.
A quoi bon cette
distinction des ordres ? Comme toute distinction des ordres (et vous savez que j'emprunte l'expression à Pascal) ça sert à ne pas confondre des ordres différents. Quand on confond des ordres
différents, explique Pascal, on est ridicule. Par exemple celui qui confond l'ordre de la raison et celui de l'amour. L'homme qui dirait à une femme (l'exemple est chez Pascal) : Madame je vais
vous démontrer que vous devez m'aimer. La femme lui rirait au nez en lui disant : vous êtes ridicule, relisez Pascal, le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas.
Autre exemple, le roi qui dit (toujours chez Pascal) : je suis fort, donc on doit m'aimer. Il est ridicule, puisqu'il confond l'ordre de la force et l'ordre du cœur. Tu es fort, donc on doit te
craindre. Tu es fort, donc on doit t'obéir. Mais pourquoi est-ce que tu veux en plus qu'on t'aime ? Tous les rois sont ridicules, toujours en ce sens. Il n'y a pas de roi, que ce soit dans une
entreprise où on l'appelle président-directeur-général, ou dans une République où on l'appelle Président de la République, il n'y a pas de roi qui ne veuille être aimé. Il n'y a pas de roi qui
ne soit pas ridicule. C'est pourquoi c'est au citoyen à se défendre du ridicule, comme on s'en défend toujours, par le rire et par la lucidité.
Ce ridicule a un autre nom quand il est au pouvoir chez Pascal : il s'appelle la tyrannie. Qu'est-ce que c'est que la tyrannie ? C'est, dit Pascal, le désir de domination universel et hors de
son ordre. Le tyran ce n'est pas celui qui gouverne avec autorité, là où il a titre à le faire. Le tyran c'est celui qui veut gouverner là où il n'a pas titre à le faire. C'est le roi qui veut
en outre être aimé, en outre être cru. Ou c'est la personne très belle qui veut être obéie ou crue. Ou c'est le savant qu'on peut bien croire dans sa compétence, mais qui voudrait être obéi ou
aimé. Ils sont tous tyranniques. Et la tyrannie est légion.
Simplement, chaque époque a ses ridicules de prédilection, chaque époque a ses ridicules qui menacent davantage. Je voudrais, pour terminer, évoquer les deux tyrannies principales qui me
semblent nous menacer. Je les appellerai la barbarie d'une part et l'angélisme d'autre part. Je vais les évoquer à propos de mes quatre ordres, bien sûr, et pas à propos des ordres de
Pascal.
Qu'est-ce que j'entends par barbarie ? C'est un ridicule. Autrement dit une confusion des ordres. C'est une tyrannie. J'entends par barbarie le fait de soumettre un ordre donné à un ordre
inférieur. C'est la tyrannie de l'inférieur.
Par exemple, soumettre la politique, l'ordre numéro 2, à l'ordre techno-scientifique, et spécialement à l'économie. Barbarie technocratique : tyrannie des experts. Ce sont les experts qui font
la politique. Ou bien barbarie libérale : tyrannie du marché. C'est le marché qui fait la politique. Tyrannie des experts, c'est plutôt ce qui se passe à Bruxelles, tyrannie du marché, c'est
plutôt ce qui se passe chez nous. Autrement dit ces deux tyrannies peuvent fonctionner fort bien de pair. Et sont ridicules, au sens pascalien du terme, et tyranniques l'une et l'autre. Le fait
qu'elles fonctionnent ensemble redouble la tyrannie.
Autre exemple de barbarie : soumettre la morale, l'ordre numéro 3, à la politique, l'ordre numéro 2. C'est la barbarie du militant. Chez Lénine et Trotsky, qu'est-ce que la morale ? Lénine
répond : j'entends par morale ce qui sert les intérêts révolutionnaires du prolétariat. Cela a le mérite de la simplicité, mais, évidemment, c'est passablement dangereux. Quant à Trotsky, il
cherche un exemple et se demande : est-ce qu'on a le droit de fusiller des otages qui n'ont rien fait ? Réponse nuancée : en règle ordinaire, en situation de paix civile, non, parce que
politiquement c'est néfaste et donc moralement c'est condamnable, mais en revanche, en situation révolutionnaire, ça peut être politiquement nécessaire et alors c'est moralement bon. Soumission
de la morale à la politique : barbarie du militant.
Ça peut être aussi, plus près de nous, la barbarie démocratique, qui consistera à soumettre la morale à la majorité, au peuple, et à considérer que tout ce que la loi autorise est forcément bon
et sans problème morale, et que tout ce que la loi interdit est forcément mauvais. L'euthanasie est donc alors toujours moralement condamnable puisqu'elle est légalement interdite, et
l'avortement toujours innocent puisqu'il est légalement toléré.
Je suis parfaitement pour la loi Veil, mais la loi Veil nous dit justement que ce n'est pas le problème de l'Etat parce que c'est notre problème à nous, couples concernés. Et que forcément ça
va dépendre des cas : il n'y a que des cas singuliers. Et tout aussi évidemment il y a des avortements qui ne posent aucun problème morale tandis que, vous le savez bien, il y a des avortements
qui posent des problèmes moraux.
Toujours est-il que si l'on considère que la démocratie tient lieu de morale, on est dans la barbarie démocratique. On ne vote pas sur le Bien et le Mal. Cela ne relève pas du peuple, cela
relève de la conscience individuelle de chacun.
Dernier exemple de barbarie : soumettre l'amour à la morale. Là il y aurait un risque, peut-être, d'ordre morale, au sens cette fois du mac-cartysme, de dérive moralisatrice.
Deuxième grande tentation, deuxième grande tyrannie, c'est la tyrannie inverse, c'est le ridicule inverse (mais le ridicule n'est guère soumis au principe de non-contradiction, et on peut donc
être dans les deux à la fois) : c'est ce que j'appelle l'angélisme.
Qu'est-ce que c'est que l'angélisme ? C'est le fait de prétendre soumettre, annuler ou déstructurer un ordre donné au nom d'un ordre supérieur. L'angélisme c'est la tyrannie du supérieur.
Exemple : prétendre annuler les contraintes économiques, techniques ou scientifiques, ordre numéro 1, au nom de la politique, ordre numéro 2. Angélisme politique. Concrètement, ça ressemble à
quoi ? Le plus souvent on appelle ça le volontarisme. Souvenez-vous de la gauche en 1981 (j'ai voté pour elle, et pas seulement en 81, mais peu importe) : "vaincre le chômage c'est une question
de volonté politique". Résultat des courses : le nombre de chômeurs a doublé entre 1981 et 1993. Est-ce que c'est par manque de volonté ? Non. C'est aussi bête que ça : pour combattre le
chômage, il ne suffit pas de vouloir. On aurait bien pu voter une loi supprimant le chômage, mais quand même ils n'ont pas été ridicules à ce point (rires). Parce que combattre le chômage c'est un problème technique, scientifique, économique. Il relève du premier ordre, évidemment.
J'ai vu récemment des manifestants défiler sous la banderole "Vaincre le sida c'est une question de volonté politique". Je comprends bien ce qu'ils veulent dire. Plus on votera de budget, plus
on aura de chances de guérir le sida un jour. D'accord. Mais à la lettre le slogan est évidemment idiot. Vaincre le sida ce n'est pas une question de volonté politique. On peut voter une loi
supprimant le sida, ça ne fera pas guérir un seul malade.
Autre exemple d'angélisme : annuler les exigences du combat politique, ses contraintes propres, au nom de la morale. Angélisme morale. Et voilà la fameuse génération morale que j'évoquais :
contre la misère, les restaurants du cœur ; en politique étrangère, l'action humanitaire ; en matière d'immigration et d'intégration, l'anti-racisme. La morale qui tient lieu de politique.
Enfin dernier exemple d'angélisme : prétendre annuler la morale, ordre numéro 3, au nom de l'amour. "Moi, je n'ai pas de morale, je n'en ai pas besoin : l'amour me suffit". Idéologie
baba-cool, Peace and Love des années 60. Il faut leur répondre : arrête de te prendre pour
Jésus-Christ et commence par faire ton devoir et par t'inscrire sur les listes électorales.
Je voudrais conclure en disant un mot sur le problème de la hiérarchie entre ces quatre ordres que je vous ai proposés. Vous comprenez bien que je les ai énoncés selon l'ordre d'une hiérarchie
croissante, du moins pour ce qui concerne leur valeur et pour les individus que nous sommes. J'entends par là que du point de vue du sujet, du point de vue de l'individu, et quant à la valeur,
la politique a une plus grande dignité que les sciences et les techniques, la morale a une plus grande dignité que la politique, et l'amour a une plus grande dignité que la morale.
C'est ce que j'appellerais la primauté, entendant par primauté la plus grande valeur subjective dans une hiérarchie d'évaluation. Je dirais donc
: primauté de la politique sur les techno-sciences, primauté de la morale sur la politique, primauté de l'amour sur la morale.
Et je distinguerai encore, me servant d'une distinction que la langue propose, la primauté du primat. Primauté, c'est la plus grande valeur subjective dans une hiérarchie d'évaluation. Primat c'est la plus grande importance objective dans un
enchaînement de déterminations.
Et là, me semble-t-il, tout
s'inverse. Que resterait-il de l'Etat sans les sciences, sans les techniques, sans l'économie ? La réponse est bien claire : sans l'ordre numéro 1, sans les sciences, sans les techniques, sans
l'économie, sans la production des biens matériels comme dit Marx, il n'y a pas d'Etat du tout. Primat de l'ordre techno-scientifique, et spécialement primat de l'économie sur la politique.
Que resterait-il de la morale s'il n'y avait pas d'Etat ? Quelle morale à l'état de nature ? La réponse est bien claire : à l'état de nature, il n'y a pas de morale du tout, sans Etat, il n'y a
pas de morale. Primat de la politique sur la morale.
Et que resterait-il de l'amour sans la morale ? Ma réponse est celle de Freud : sans la morale, c'est-à-dire sans l'interdit, il n'y a pas d'amour du tout, parce qu'il n'y a que le désir, la
pulsion, le "ça", et que le désir ou la pulsion ne se subliment en amour que par la contrainte de l'interdit, de la loi morale. Sans morale pas d'amour.
Si bien que nous avons deux hiérarchies, ou une hiérarchie ascendante et un enchaînement descendant : primauté de la politique sur le techno-scientifique, primauté de la morale sur la
politique, primauté de l'amour sur la morale ; mais primat de la morale sur l'amour, primat de la politique sur la morale, primat de l'ordre techno-scientifique, et spécialement de l'économie,
sur la politique.
Nous avons affaire à deux hiérarchies inversées. Mon idée c'est que les groupes, toujours, vont privilégier l'enchaînement des primats. Pour le gros animal, comme dit Platon, pour le groupe que
nous sommes tous, et d'autant plus que le groupe sera plus nombreux, l'amour tendra toujours à se dégrader en morale, la morale tendra toujours à se dégrader en politique, c'est-à-dire en
rapports de force, et la politique tendra toujours à se dégrader en technique.
Il n'y a que les individus pour remonter quelque peu, parfois, cette pente que les groupes ne cessent de descendre, pour rappeler que la politique a une plus haute dignité que la technique, et
c'est ce qu'on appelle "un homme d'Etat", pour rappeler que la morale a une plus haute dignité que la politique, et c'est ce qu'on appelle "un homme de bien", pour rappeler que l'amour a une
plus haute dignité que la morale, et c'est ce qu'on appelle "un homme de cœur".
Vous vous souvenez peut-être que Simone Weil (non pas la femme politique mais la philosophe qui est morte à Londres, en 1943) a écrit un livre qu'on a publié sous le titre La Pesanteur et la Grâce. La pesanteur, pour Simone Weil, c'est tout ce qui descend ou qui fait descendre. La grâce c'est tout ce qui monte ou qui fait
monter.
Et bien je dirais volontiers que de ce point de vue les groupes, toujours, sont soumis à la pesanteur, et qu'il n'y a que les individus, parfois, qui aient quelque chose qui ressemble à de la
grâce. Faute de croire en Dieu, pourtant, ce n'est pas le mot que j'utiliserai, et je dirai donc que pour remonter cette pente que les groupes ne cessent de descendre, pour essayer de remonter
parfois au moins un peu de la technique à la politique, de la politique à la morale et de la morale à l'amour, je ne connais que deux choses : l'amour et le courage.
Extraits du débat faisant suite à la conférence :
Un auditeur - Vous avez parlé de barbarie lorsque l'on assujettissait la morale au politique. Or il me semble que chez Machiavel, par exemple, l'ordre
peut être assujeti à l'ordre politique et la morale tient alors lui de moyen. Et ce n'est pas de la barbarie puisque le souverain qui use ainsi de la morale, qui subordonne la morale au
politique, fait acte, comme dit Machiavel, de virtu, il est virtuoso. [...]
André Comte-Sponville - [...] Machiavel est un des auteurs les plus mystérieux qui soit. Tout le monde se demande ce qu'il pensait au fond. Moi, ce qui
me fascine chez lui, c'est qu'il n'a jamais prétendu soumettre la politique à la morale. Il ne s'est jamais raconté d'histoires. Il a bien vu que la politique ne s'occupait que de rapports de
forces, ne s'occupait que du pouvoir, et pas de la morale. Mais ça, ça veut dire qu'il n'était pas ridicule.
Le contraire de Machiavel, si vous voulez, c'est Philippe de Villiers qui fait un "parti des valeurs". Le ridicule est du côté de Philippe de Villiers. Ou alors c'est Jack Lang, que j'ai
entendu dire à la télévision dire : "Je suis du parti de l'amour". Le ridicule était pour Jack Lang. Machiavel n'a jamais mangé de ce pain-là, bien sûr.
Alors vous me demandez : est-ce que Machiavel ne soumet pas la morale à la politique ? Autrement dit, est-ce qu'il ne serait pas ridicule dans l'autre sens, non pas angélique comme Philippe de
Villiers ou Jack Lang, mais barbare ? Il ne me le semble pas.
Il ne me semble pas parce qu'il disjoint tellement les deux ordres qu'il ne les soumet en rien l'un à l'autre. Il prend acte de leur séparation. Dans Le Prince, il conseille au prince de ne pas s'occuper du tout de la parole qu'il a donnée, de mentir si ça l'intéresse. Il ajoute : bien sûr si les gens
étaient bons, mon commandement serait atroce, mais comme ils sont méchants et qu'ils ne tiendront pas leur parole non plus, si tu veux le pouvoir, c'est ça qu'il faut faire. Il ne dit pas du
tout que le mensonge vaut mieux que la sincérité. Il constate simplement qu'en politique la morale est sans effet. Mais il ne dit pas que ce qui est politiquement juste est moralement bon. Il
dit que ce qui est politiquement juste est politiquement nécessaire. Et que la morale, c'est autre chose. [...]
Une auditrice - Vous avez posé une hiérarchie entre quatre ordres avec, en dernier ordre, l'éthique comme fondement de la morale. Se pose le
problème du bon usage du Mal en politique. Machiavel dit que le Prince peut et doit mentir à ses sujets si c'est nécessaire. Cela voudrait dire que la fin justifie les moyens, qu'il est
loisible d'utiliser n'importe quel moyen en vue d'une fin supérieure. S'il peut être bon de faire le Mal parfois, la morale doit-elle encore être au fondement du politique ?
André Comte-Sponville - Il faut distinguer le point de vue que l'on peut avoir sur la politique en tant qu'elle concerne des groupes, et le point de vue
qu'on peut avoir sur elle en tant qu'elle me concerne personnellement, c'est-à-dire selon qu'on fait de la politologie et qu'on essaie de comprendre ce qui se passe vraiment dans la politique,
ou selon qu'on agit pour son propre compte.
Si j'essaie de considérer la
politique telle qu'elle est, où je vois que des groupes s'opposent, je constate qu'ils mentent tous. Tous. Je constate, davantage, qu'ils ne peuvent pas ne pas mentir. Ceux qui disent le
contraire sont des menteurs (rires). Prenons un exemple. L'apôtre du "parler vrai", Michel Rocard, reconnaissait un jour devant moi que, en
matière de politique financière, on ne peut absolument pas dire la vérité. C'est le B - A - BA. Si on veut dévaluer, il est indispensable de dire la veille : "Nous ne dévaluerons en aucun cas".
Ce n'est pas parce qu'ils sont tous méchant, c'est parce que sinon la dévaluation va rater. Vous imaginez Rocard il y a trois ans nous dire la vérité sur ce qu'il pensait de Mitterrand ?
(rires) Ce n'était pas possible. Il est donc absurde de le lui demander.
Donc, il n'y a pas de "parler vrai" en politique. Il y a des gens qui mentent plus ou moins. Il y a ceux qui mentent tout le temps sur n'importe quoi, et ceux (et c'est ce que Rocard appelle le
"parler vrai") qui ne mentent que quand c'est vraiment nécessaire.
Est-ce que la morale est le fondement de la politique ? Mais bien sûr que non ! Le fondement de la politique c'est l'intérêt, c'est Marx qui a raison. L'économie est déterminante en dernière
instance. Maintenant plus personne n'est à gauche, mais dans ma jeunesse encore les ouvriers votaient à gauche et les patrons votaient à droite. Vous croyez que c'est parce qu'ils n'avaient pas
la même morale ? Il est normal que ceux qui souffrent le plus dans une société votent pour des partis qui annoncent qu'ils vont la changer, et que ceux qui souffrent le moins votent plutôt pour
des partis qui proposent de tout laisser en l'état. Ce n'est pas pour des raisons morales que les gens votent. C'est en fonction le plus souvent de leurs intérêts. La sociologie est bien plus
éclairante en politique que la morale.. Et quand aux gens qui font carrière en politique, mieux vaut penser qu'ils font de la politique pour faire carrière que de penser qu'ils font de la
politique pour des raisons morales. En vérité c'est un peu les deux le plus souvent. On sera moins souvent déçu et on comprendra davantage ce qui se passe quand on aura en tête qu'ils n'ont en
tête que leur intérêt. Disons que tout se passe de telle sorte en tous cas qu'ils ne sacrifient jamais leurs intérêts à leur morale.
Ça, c'est le point de vue que j'ai (comme Machiavel, qui en serait d'accord) sur la politique quand je la regarde de l'extérieur. Des groupes s'y affrontent. Ce n'est pas du tout une question
de morale. C'est une question de combat, de rapports de forces, d'intérêts. Très bien. Et j'ai dit, dans ma petite typologie en quatre ordres, que les groupes, toujours, tendaient à privilégier
les ordres inférieurs. Donc la politique les intéresse davantage que la morale, et l'économie davantage que la politique. Les partis politiques n'ont pas de morale, a fortiori pas d'amour.
Oui, mais nous, nous ne sommes pas un parti politique. Moi je suis un individu. Vous êtes des individus. Et j'ai dit en terminant qu'autant les groupes tendaient à redescendre toujours cette
quadri-partition vers les ordres inférieurs, autant, si on pouvait garder un certain sens de l'élévation humaine, c'était par la capacité qu'avaient les individus d'essayer de la remonter. Les
partis politiques n'ont pas de morale, j'en suis parfaitement convaincu. Ça ne dispense pas ceux qui y militent d'en avoir une. Je dirais même que c'est parce que les partis politiques n'ont
pas de morale que ceux qui y militent et ceux qui les dirigent doivent d'autant plus en avoir une. Il n'y a de morale que pour les individus et par eux.
Si bien que la morale n'est pas du tout le fondement de la politique, dans sa réalité, en tant que la politique oppose des groupes. En revanche elle peut être en quelque chose le fondement ou
la justification de l'engagement de tel ou tel, qui fera de la politique, lui, pour des raisons morales. Simplement, ça ne regarde, à la limite, que lui. Un homme politique qui vient à la télé
pour me dire : "Si je suis de droite, c'est pour des raisons morales", ou : Si je suis de gauche, c'est pour des raisons morales", quel intérêt cela a-t-il puisque même s'il pensait le
contraire il ne nous le dirait pas ? Sa morale , c'est son problème. Nous, ce qui nous intéresse c'est son programme, c'est ce qu'il fait, ce qu'il réalise. On le juge sur ses actes. Ses
problèmes de conscience on s'en moque.
Comme dit Alain : "La morale n'est jamais pour le voisin". La morale ne vaut que pour soi. Si on considère la politique telle qu'elle est par rapport aux groupes, c'est toujours les ordres
inférieurs qui priment. L'économie est plus importante que la politique et on le sait bien. Regardez aujourd'hui à quel point la politique est soumise aux contraintes de l'économie. Et combien
la politique peut peu de choses sur l'économie. La politique a plus d'importance que la morale, et au fond on le sait bien. Ce qui compte, ce n'est pas quel est le plus vertueux, c'est
qui gagne les élections. Et quelqu'un de très vertueux peut s'avérer un dirigeant catastrophique. Et un salaud peut être un homme d'Etat remarquable. Les deux se sont vus.
Alors qu'en revanche, s'agissant des individus, les échelons supérieurs reprennent toute leur importance. Et en effet je pense, moi, que la dignité d'un homme consiste à ne jamais sacrifier la
morale à la politique, ou la politique aux sciences, aux techniques ou à l'économie.
Je suis donc obligé d'avoir deux réponses selon que je parle des groupes et de la politique telle qu'elle est, ou des individus et des valeurs qui guident leur action.
(Extraits d'une conférence d'André Comte-Sponville, prononcée en 1993-1994, à l'invitation du GREP de Midi Pyrénées, sur le thème "Ethique, Morale et Politique",
suivis d'extraits du débat qui s'en est suivi)
Cordialement, :-)
Hyarion, le démocrate anarcho-monarchiste.
(Illustrations : Caricature de Sarkozy et Kadhafi, pendant la visite de ce dernier à Paris, par Kiro, parue dans Le Canard Enchaîné N°4546, 12 décembre 2007 ; Nicolas Sarkozy accueille Mouammar Khadafi le 10 décembre 2007 à l'Elysée à Paris, photographie de l'Agence France
Presse, © Eric Feferberg/AFP ; Le colonel Kadhafi au palais de l'Elysée, le 12 décembre 2007, photographie de l'Agence France Presse, © Stéphane de Sakutin/AFP ; Nicolas Sarkozy lors de la
visite de Mouammar Kadhafi à Paris, le 10 décembre 2007 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, © Eric Feferberg/AFP ; Mouammar Kadhafi accueillli par le président Sarkozy à l'Elysée,
le 12 décembre 2007, photographie de l'Agence France Presse, © Stéphane de Sakutin/AFP ; Portrait du philosophe Blaise Pascal [1623-1672], par un
peintre anonyme de l'école française du XVIIe siècle, Versailles, Musée national des Châteaux de Versailles et de Trianon ; Détail d'une photographie anonyme du philosophe et théoricien Karl
Marx [1818-1883] ; Michel Rocard et François Mitterrand, le 19 avril 1988, photographie de l'Agence France Presse, © Patrick Hertzog/AFP)
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