Rien ne sert de courir, il faut partir à point... Les résultats définitifs des élections législatives montrent bien qu'il n'était pas nécessaire
de se presser pour commenter ce que l'on annonçait comme étant une gigantesque "vague bleue" en faveur de l'UMP de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa... De fait, après une campagne particulièrement
ennuyeuse, il y a bien eu une victoire électorale de la droite, qui confirme le triomphe présidentiel de Sarkozy, mais il y a tout de même eu environ 39% d'abstention, aussi bien au premier tour
du 10 juin qu'au second tour du 17 juin, ce qui rend toute relative l'impression de "rénouveau" démocratique qu'avait suscitée la forte participation des électeurs à l'élection présidentielle
d'avril-mai dernier... Pour le reste, chacun aura pu constater que le raz-de-marée sarkozyste annoncée n'a pas eu lieu... On ne s'en plaindra pas...
« Six semaines après le 6 mai, les Français
mettent un bémol à leur soutien à Sarkozy
Six semaines après l'élection présidentielle, les Français ont réaffirmé dimanche leur soutien à Nicolas Sarkozy mais en y mettant un bémol :
si l'UMP dispose de la majorité absolue des sièges de députés pour légiférer, l'Assemblée nationale est plus rose qu'annoncé.
En déjouant au second tour des législatives les pronostics sur une vague bleue, les électeurs ont semblé dire "oui mais" à Nicolas Sarkozy,
résume lundi la une du Figaro.
Le résultat le plus symbolique est la défaite du numéro 2 du gouvernement Alain Juppé à Bordeaux. Elle constitue un revers personnel pour
l'ancien Premier ministre et va bouleverser l'équipe Fillon.
A la tête d'un grand ministère de l'Ecologie, Alain Juppé devait démissionner lundi matin, respectant la règle édictée par le Premier
ministre.
Les 577 nouveaux élus vont se réunir à partir du 26 juin : 318 députés UMP (359 sortants), 190 PS (149 sortants), 8 PRG, 21 Nouveau centre, 17
PCF, 5 MoDem, 4 Verts et 2 MPF, les autres se partageant entre divers gauche et divers droite. L'Assemblée nationale sera plus féminine avec 107 élues contre 76.
Lundi matin, les métaphores maritimes étaient à la une de la presse: "le ressac de la vague bleue" (France Soir), "le raz de marée bleu horizon n'a pas eu lieu" (Le Figaro), "la vague bleue annoncée a été
moins forte que prévu" (Les Echos).
Dans un registre plus combatif, pour Libération, "la droite prend une gauche", selon
l'Humanité, "le peuple corrige le tir".
Pour le PS, qui avait fait campagne ces derniers jours contre "la TVA sociale", le sursaut des électeurs de gauche, malgré une abstention
record de 40%, éloigne le risque d'une crise à court terme.
Son premier secrétaire François Hollande, contesté depuis la défaite de Ségolène Royal le 6 mai, a ainsi réaffirmé qu'il entendait rester à
son poste jusqu'au congrès de 2008.
Mais deux autres événements risquent de peser. Dans un livre intitulé "Les coulisses d'une défaite", Ségolène Royal annonce à la fois sa
séparation avec son compagnon François Hollande et son intention de briguer la direction du PS au prochain congrès.
Avec moins de 20 députés, les communistes ne pourront pas à eux seuls constituer un groupe, mais les quatre élus Verts sont déjà invités à les
rejoindre.
Au centre, les anciens UDF ralliés à Nicolas Sarkozy et réunis dans le Nouveau centre sont juste assez nombreux (21) pour faire un groupe.
Quant à François Bayrou, largement réélu dans le Béarn, il ne sera entouré dans l'hémicycle que de quatre autres représentants du MoDem.
A peine le scrutin législatif terminé, d'autres rendez-vous se profilent.
Ainsi, le gouvernement Fillon devrait être rapidement remanié, pour remplacer Alain Juppé et y adjoindre quelques secrétaires d'Etat.
Peut-être une nouvelle occasion pour le chef de l'Etat de nommer des personnalités de gauche.
Avant de se mettre au travail, les députés auront à désigner leurs présidents de groupes, puis le président de l'Assemblée nationale.
Plusieurs ténors UMP sont sur les rangs. Ils auront aussi à désigner les présidents de commissions, les vice-présidents, questeurs...
Ensuite, le coup d'envoi du travail parlementaire sera donné par le Premier ministre avec son discours de politique
générale.
Au programme de la session extraordinaire de juillet, figure le projet de loi "en faveur du travail, de l'emploi et du pouvoir d'achat" qui
reprend les mesures sur l'emploi et la fiscalité.
Le Parlement devra examiner en outre le texte sur l'autonomie des universités, un projet de loi-cadre sur le service minimum dans les
transports publics, le renforcement de la lutte contre la récidive.
Une autre session extraordinaire devrait être convoquée à la mi-septembre, pour le projet sur la maîtrise de l'immigration.
»
(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 18 juin 2007, 6h42)
Faisons les comptes définitifs au soir du lendemain du second tour :
- UMP (39,5% des voix au premier tour) et apparentés : 324 députés;
- Nouveau Centre (2,4% des voix au premier tour) : 22 députés;
- MoDem (7,6% des voix au premier tour) : 4 députés;
- Verts (3,3% des voix au premier tour) : 4 députés;
- PS (24,7% des voix au premier tour) et apparentés (dont le PRG) : 205 députés;
- PCF (4,3% des voix au premier tour) et apparentés : 18 députés.
La nouvelle Assemblée Nationale est représentative de l'électorat : bien sûr que non, pas plus aujourd'hui qu'hier. Pourquoi ? Tout simplement
parce que le découpage des circonscriptions n'a pas changé depuis le premier septennat de François Mitterrand, et plus précisemment depuis la cohabitation Mitterrand-Chirac, du temps où Charles
Pasqua était ministre de l'Intérieur... Voici ce que l'on lire à ce sujet dans le Canard Enchaîné de la semaine dernière :
« Les aveux du
"découpeur" Pasqua
C'est donc dans des circonscriptions découpées en 1986, en se fondant sur le recensement de la population réalisé en 1982, que les Français
ont voté dimanche dernier et voteront dimanche prochain. Un découpage signé Charles Pasqua, alors ministre de l'Intérieur.
Dans le premier tome de ses Mémoires, qui viennent de paraître sous le titre "Ce que je sais", Pasqua explique, non sans un certain
cynisme, comment il parvint à faire adopter ce découpage, sans trop de hurlements :
" S'agissant de cette loi électorale et du remodelage [des circonscriptions] qu'elle organisait, je dirais qu'elle garantissait, en conditions normales de scrutin, un tiers des sièges de droite, avec un petit avantage au RPR (ce qui correspondait au
rapport des forces dans le pays), un tiers à la gauche, l'attribution du dernier tiers résultant de la glorieuse incertitude du vote."
En note de bas de page, Charles Pasqua tient à préciser : "J'avais également demandé à mes conseillers
de veiller à ce que le Parti communiste ne soit pas trop maltraité, mes instructions étant que cette loi lui permette de maintenir un groupe parlementaire à l'Assemblée
nationale."
C'était une époque, il est vrai, où les candidats du PC recueillaient plus que 4,62% des voix ! »
(Le Canard Enchaîné N°4520, 13 juin 2007)
Ainsi, tout s'explique : si le PC et le "Nouveau Centre" rallié à Sarkozy sont à ce point sur-représentés dans la nouvelle Assemblée, en ayant
quatre ou cinq fois plus de députés que le MoDem qui a pourtant récolté plus de suffrages que chacun d'eux au premier tour, c'est tout simplement parce que Pasqua et ses conseillers n'avaient pas
envisager qu'un centre indépendant ouvert aussi bien au centre-droit qu'au centre-gauche puisse exister un jour sur l'échiquier politique...
Les dés étaient donc pipés dès le départ, et à cette situation
lamentable s'ajoute évidemment le fait que le système de la Ve République, conçu pour compenser l'absence du fait majoritaire, ne s'est pas adapté à la naissance de celui-ci, d'où le caractère
injuste du mode de scrutin actuel (majoritaire à deux tours). Il est bien évidemment, en effet, que l'introduction d'une part de proportionnelle (15 %, 20 %, voire 50 %) pour l'élection des
députés auraient permis d'aboutir à des résultats électoraux quelque peu différents, et davantage équilibrés, même si la domination de l'UMP et du PS n'aurait pas été fondamentalement remise en
cause...
L'UMP et ses alliés ont perdu des voix entre les deux tours, en partie - mais pas seulement - à cause des
propositions économiques des sarkozystes, et notamment de leur projet douteux et très critiqué de TVA sociale maladroitement évoquée par Jean-Louis Borloo dès le soir du premier tour, à la
télévision. Symbole de cette "vague bleue" de droite moins forte qu'annoncée, le ministre d'Etat Alain Juppé a été battu dans son fief électoral bordelais, la deuxième circonscription de
Gironde... Mais la victoire de la droite n'en n'est pas moins certaine...
Dans la 1re circonscription de l'Aveyron, où j'ai voté les 10 et 17 juin derniers, c'est, sans surprise, le député sortant et candidat de l'UMP
Yves Censi, fils du maire de Rodez et ancien président du conseil régional Midi-Pyrénées, qui a été réélu avec 53,3% des
suffrages, face à son adversaire socialiste du second tour qui a obtenu 46,68% des voix. L'opportunisme, le clientélisme et l'habituelle tournée des maisons de retraite du député sortant - dont
le bilan est proche du néant - auront sans doute été payants, mais on notera que son succès est avant tout dû à l'électorat des cantons ruraux du Nord-Aveyron qui a massivement voté pour lui,
tandis que les cantons urbains, notamment ceux Rodez, chef-lieu du département, et ville dans laquelle je vote, ont été nettement plus favorables au candidat du PS qualifié pour le second tour,
Christian Teyssèdre. Au premier tour, j'ai voté pour la candidate du MoDem, non pas pour sa personnalité - trop proche de la droite à mon goût -, mais par soucis de contribuer par mon suffrage au
financement du parti auquel j'ai adhéré le mois dernier, les aides publiques aux partis politiques étant proportionnelles au nombre de suffrages obtenus par les candidats de ceux-ci aux
élections. Au deuxième tour, sans hésiter une seule seconde, j'ai voté socialiste, comme je l'avais fait aux deux tours des élections législatives de 2002. Je constate, avec une certaine
satisfaction, que dans l'ensemble, les reports de voix du MoDem au deuxième tour ont plutôt bénéficié, dans le Sud-Ouest - et notamment en Midi-Pyrénées -, assez logiquement, à la gauche de
gouvernement non-communiste (socialiste et radicale). Que ceux qui espèrent faire du MoDem une pâle copie de l'ancienne UDF façon Giscard, sous un nouveau nom, se le tiennent pour dit : l'avenir
du MoDem, notamment en Midi-Pyrénées et en Aquitaine, n'est pas du côté de la droite, mais de la gauche de gouvernement. Et tôt ou tard, il va falloir choisir. Si les dirigeants du nouveau parti
- François Bayrou en tête - ne tiennent pas compte de cette situation, et refusent d'envisager, à plus ou moins long terme, une stratégie d'alliance avec un PS sérieusement rénové dans quelques
années, je n'aurai, à titre personnel, aucune raison de rester membre du MoDem... Espérons donc que la situation de flou artistique complet dans laquelle se trouve en ce moment le Mouvement
Démocrate sera bientôt éclairci, dans la perspective des prochaines élections municipales de 2008...
Ségolène Royal, qui vient de se séparer officiellement du secrétaire national du PS François Hollande, après trente ans de vie commune, a
affiché clairement son intention de prendre la direction du Parti Socialiste si son projet de rénovation est majoritaire au
prochain congrès du parti, prévu en 2008 : en tant que citoyen, j'observerais avec beaucoup d'intérêt ce que sera l'évolution du PS dans les prochains mois et années, sachant toutefois qu'en tant
que membre du Mouvemant Démocrate, je considère comme indispensable que le MoDem se renforce électoralement et s'impose politiquement dans les prochaines années face au bipartisme de l'UMP et du
PS, pour obliger ses deux partis prépondérants à respecter ledit MoDem et pour rendre éventuellement possible une alliance
équilibrée du Mouvement Démocrate avec un PS enfin rénové, seule option possible - à mes yeux - pour un véritable changement dans le pays et une accession au pouvoir des démocrates de progrès. Cela dit, rien ne vient véritablement remettre en cause la situation parlementaire telle qu'elle est
aujourd'hui, et qui était prévisible dès le lendemain de l'élection de Sarkozy de Nagy-Bocsa à la présidence de la République :
d'une part, la droite détient, pour cinq ans, la majorité absolue à l'Assemblée Nationale, et d'autre part, pour la première fois depuis 1978, une majorité - de droite - se succède à
elle-même. Citoyens humanistes et démocrates de progrès, gardons-nous donc de tout sentiment de réjouissance, qui serait forcément
déplacé, et contentons-nous de constater, une nouvelle fois, que l'espoir n'a, bien entendu, pas disparu et que tout reste ouvert
pour les années qui viennent...
Cordialement, :-)
Hyarion, le démocrate anarcho-monarchiste, résolument anti-sarkozyste.
(Illustrations : L'Assemblée Nationale élue en 2002, photographie sans date, ©Rossi
Xavier/Gamma ; La nouvelle Assemblée Nationale élue en 2007, infographie, site du journal Le Monde
(Le Monde.fr), 17-18 juin 2007 ; Caricature de Pasqua, par Kiro, publiée dans Manufacture française de
candidats, Les dossiers du Canard Enchaîné N°83, avril 2002 ; Projection fictive des sièges
de l'Assemblée Nationale selon un mode de scrutin à 15% proportionnel et à 85% majoritaire, infographie, site du journal Le Monde (Le Monde.fr), 18 juin 2007 ; Projection fictive des sièges
de l'Assemblée Nationale selon un mode de scrutin à 50% proportionnel et à 50% majoritaire, infographie, site du journal Le Monde (Le Monde.fr), 18 juin 2007)
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