A propos du portrait officiel du président François Mitterrand, réalisé en 1981, son auteur, la photographe Gisèle Freund a déclaré : "Le président m'a
demandé une photo "digne". Je l'ai pris en éclairage naturel, il était mal habillé et crispé. En moins d'une demi-heure, c'était bouclé. Je ne suis pas très contente de l'image, elle ne me
ressemble pas" (citée dans Le Monde du 13 mai 2002). Pourtant, de tous les portraits officiels des présidents de la Ve République, celui de
Mitterrand n'est pas le plus mauvais, loin s'en faut, et si j'avais eu à choisir entre toutes les poses effectuées par les présidents français pour leurs portraits, j'aurai sans doute choisi
celle dudit Mitterrand. Soucieux de présenter une image d'un chef d'Etat aimant les livres, épris de lettres, le président Mitterrand apparait, dans ce portrait, en costume civil, assis, sur fond
de bibliothèque élyséenne, regardant l'objectif, et tenant un livre ouvert dans ces mains : il s'agit d'un volume des Essais de Michel Eyquem de Montaigne
(1533-1592)...
Dans le chapitre XIX du livre I de ces Essais de Montaigne, on peut lire ceci :
" Le but de notre carrière, c'est la mort, c'est l'objet nécessaire de notre visée ; si elle nous effraye, comme ([comment]) est-il possible d'aller un pas en
avant sans fièvre ? Le remède du vulgaire, c'est de n'y penser pas. Mais de quelle brutale stupidité lui peut venir un si grossier aveuglement ? [...]
Et pour commencer à lui ôter son plus grand avantage contre nous, prenons une voie toute contraire à la commune ; ôtons-lui l'étrangeté, pratiquons-le [le terme de "mort"],
accoutumons-le, n'ayons rien si souvent en la tête que la mort, à tous instants représentons là à notre imagination et en tous visages : au broncher d'un cheval, à la chute d'une tuile, à la
moindre piqûre d'épingle, remâchons soudain : "Eh bien ! quand ce serait la mort même !" et là-dessus, roidissons-nous, et efforçons-nous [(montrons-nous fermes)]. Parmi les fêtes et la joie,
ayons toujours ce refrain de la souvenance de notre condition, et ne nous laissons pas si fort emporter au plaisir, que parfois il ne nous repasse en la mémoire en combien de sortes cette nôtre
allégresse est en butte à la mort, et de combien de prises elle la menace. Ainsi faisaient les Egyptiens, qui au milieu de leurs festins et parmi la meilleure chère, faisaient apporter
l'Anatomie sèche [le squelette] d'un homme, pour servir d'avertissement aux conviés.
Omnem crede diem tibi diluxisse supremum,
Grata superueniet, quoe non sperabitur hora.
[Dis-toi, de chaque jour, qu'il est pour toi le dernier à luire.
Bienvenue sera l'heure de surcroît sur
laquelle tu ne compteras pas.]
Il est incertain où la mort nous attende : attendons-la partout. La préméditation ([méditation anticipée]) de la mort est la préméditation de la liberté : qui a appris à mourir, il a
désappris à servir. Il n'y a rien de mal en la vie pour celui qui a bien compris que la privation de la vie n'est pas un mal. Le savoir mourir nous affranchit de toute sujétion et contrainte.
"
(Michel Eyquem de Montaigne, Essais, Tome I, Livre I, Chapitre XIX.)
Intéressants extraits des Essais que ceux-là, d'inspiration stoïcienne, comme l'ensemble du chapitre, extraits dans lesquels
Montaigne, citant Horace et Sénèque, affirme "que philosopher, c'est apprendre à mourir", puisque méditer sur la mort, c'est se rendre libre, la mort
étant, de toute façon, "le but de notre carrière"... Cette réflexion prend un relief particilier, quand on sait à quel point François Mitterrand était
obsédé par la mort, comme habité par elle, surtout durant les dernières années de sa vie...
J'avoue que je partage avec François Mitterrand son amour des livres, le plaisir qu'il avait à visiter les bouquinistes, à rechercher les ouvrages rares, à collectionner les vieux volumes de ses
écrivains préférés, à ranger les livres dans sa bibliothèque. Comme lui, j'aime que les livres soient bien reliés, que le texte soit bien emballé par une bonne reliure, et, du reste, si j'en
avais le temps et les moyens, je m'efforcerai de relier - comme on me l'a appris dans un atelier - tous les livres de ma bibliothèque, comme Mitterrand a eu la chance de pouvoir le faire. Comme
lui, je vis parmi les livres. Alors, forcément, oui, je l'avoue, la bibliophilie de Mitterrand me l'a toujours rendu sympathique. Ceux qui n'ont pas chez eux - comme c'est mon cas -, des livres
partout dans leur chambre, du sol au plafond, ceux qui n'aiment pas les livres autant comme objet que pour le texte qu'ils contiennent, ceux qui n'ont qu'une conception utilitariste du livre,
ceux-là, sans doute, ne peuvent pas comprendre...
Lorsque j'ai vu, à la télévision, François Mitterrand quitter l'Elysée, en mai 1995, cela m'a fait quelque-chose... Pensez donc : étant né en 1981, je n'avais connu que lui comme président,
pendant les quatorze premières années de ma vie !
Lorsque j'étais enfant, j'avoue que je connaissais surtout François Mitterrand à travers sa marionnette du Bébête Show, cette fameuse émission
télévisée satirique de TF1 : ladite marionnette, nommée Kermitterrand, était une grenouille - inspirée de la célèbre grenouille Kermit du Muppet Show -,
avec un visage de Mitterrand, à laquelle on faisait assez souvent tenir des propos peu châtiés, et qui se faisait appeler modestement "Dieu". Une chanson humoristique à succès de la marionnette,
justement intitulée "Appelez-moi Dieu !", a même fait l'objet d'un disque en 1990... C'était toute une époque...
La sensation étrange que j'avais éprouvé lors du départ de Mitterrand en mai 1995, a resurgit quelques mois plus tard, au moment de la mort de l'ancien président, en janvier 1996 : j'ai
véritablement senti alors, à nouveau, qu'une page se tournait...
François Mitterrand est né à Jarnac (Charente) le 26 octobre 1916, dans une famille catholique et conservatrice de province. Après des études secondaires au collège Saint-Paul d'Angoulême, il
fréquente l'École libre des sciences politiques, dont il resortira diplomé en 1937. Un temps proche des Croix-de-Feu du colonel de La Rocque - il a milité environ un an, en 1934-1935, aux
Volontaires nationaux, mouvement de jeunesse desdites Croix-de-feu -, il est mobilisé, en septembre 1939, dans l'armée au moment du déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale, alors qu'il
termine ses études d'avocat à Paris. Fait prisonnier par l'ennemi nazi en juin 1940, il s'évade d'Allemagne en décembre 1941, après avoir passé dix-huit mois dans les stalags et après deux
tentatives d'évasion infructueuses. Il rentre en France, obtient un emploi au commissariat aux Prisonniers de guerre à Vichy, sera présenté au maréchal Philippe Pétain en octobre 1942, et décoré
de la francisque pétainiste au printemps 1943. Cependant, étant profondément anti-allemand, Mitterrand cofonde le Rassemblement national des prisonniers de guerre en février 1943, et,
heureusement influencé par une militante de gauche et résistante dans les maquis de Bourgogne, Danielle Gouze - qu'il épousera en octobre 1944 -, finit par passer à la clandestinité, pendant
l'été 1943. Entré ainsi dans la Résistance, ayant rencontré De Gaulle, il devient le chef du Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés qui unifie, en mars 1944, tous les réseaux de
résistance de prisonniers de guerre, puis participe, en août 1944, à la libération de Paris à l'occasion de laquelle il s'empare du siège du commissariat général aux Prisonniers de guerre...
La longue carrière
politique de François Mitterrand commence sous la IVe République. En 1946, il est élu député de la Nièvre, et adhère à l'UDSR (Union démocratique et socialiste de la Résistance), qu'il présidera
ensuite de 1953 à 1965, et qui est à la charnière de toutes les combinaisons entre la SFIO et le centre droit. En janvier 1947, à 31 ans, il devient le plus jeune des ministres du gouvernement du
socialiste Paul Ramadier, avec le portefeuille des Anciens Combattants et victimes de guerre. Il est ensuite successivement chargé de l'Information en 1948, de la France d'outre-mer en 1950-1951,
du Conseil de l'Europe en 1953, de l'Intérieur en 1954-1955, de la Justice en 1956-1957. La voie pour la présidence du Conseil des ministres lui semble toute tracée, mais le retour au pouvoir du
général de Gaulle l'éloigne durablement du pouvoir. Ayant perdu son siège de député en 1958, il est élu, l'année suivante, maire de Château-Chinon (Nièvre) - il restera le maire jusqu'en 1981 -,
et sénateur de la Nièvre. Après l'affaire de l'attentat de l'Observatoire, dont a été victime Mitterrand en 1959, celui-ci est réélu député de la Nièvre en 1962 et le restera jusqu'en 1981.
Renforçant sa position d'opposant de gauche à Charles de Gaulle, il publie, en 1964, Le Coup d'Etat permanent, ouvrage dénonçant la pratique gaullienne du
pouvoir, et présente sa candidature à l'élection présidentielle de 1965, réussissant à mettre De Gaulle en ballottage. Toutefois, s'étant discrédité pour avoir cru pouvoir profiter électoralement
de la "vraie-fausse" vacance du pouvoir en mai 1968, Mitterrand ne peut présenter sa candidature à la présidence de la République lors de l'élection de 1969.
Il devient le premier secrétaire du nouveau Parti Socialiste lors du congrès d'Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) des 11, 12 et 13 juin 1971, et n'échoue que de très peu lors de l'élection
présidentielle de 1974, avec 49,19% des suffrages, face à Valéry Giscard d'Estaing. En 1979, lors du congrès de Metz du Parti Socialiste, dans la prespective de l'élection présidentielle de 1981,
il écarte son rival Michel Rocard, ancien candidat du PSU en 1969 et rallié depuis au PS. Le 10 mai 1981, s'étant imposé comme le candidat de toute la gauche, François Mitterrand est élu
président de la République avec 51,76% des voix, face à Giscard d'Estaing, devenant ainsi le premier président de gauche de la Ve République - c'est l'alternance - et le seul homme politique de
la IVe République à trouver sa consécration sous la Ve.
Refusant de toucher aux
institutions, François Mitterrand choisit de gouverner avec les mêmes moyens que ses prédécesseurs et nomme le socialiste Pierre Mauroy Premier ministre. Mitterrand avait affirmé, durant la
campagne électorale, qu'il était contre la peine de mort, même si la majorité de l'opinion publique était pour : le 18 septembre 1981, un projet de loi abolissant la peine de mort, présenté par
le garde des Sceaux Robert Badinter, est adoptée, la promulgation ayant lieu le 9 octobre. Nationalisations d'entreprises, autorisation des radios locales privées, loi Lang de 1981 sur le prix
unique du livre, ordonnance de 1982 instituant la semaine de 39 heures, généralisation de la cinquième semaine de congés payés, ordonnance sur la retraite à 60 ans et le travail à temps partiel,
loi Defferre sur la décentralisation, lancements de grands projets architecturaux : les premières années du septennat sont marqués par le souffle du changement réformateur et un important
volontarisme politique...
Mais après le tournant de 1983, la crise s'installe et amène en 1984 Laurent Fabius au poste de Premier ministre pour mettre en pratique les premières politiques de rigueur économique. La droite
remporte la victoire aux élections législatives de 1986. François Mitterrand nomme Premier ministre son principal adversaire politique, Jacques Chirac, ce qui conduit le président à initier une
pratique politique nouvelle à la tête de l'Etat : la cohabitation. En 1988, après deux années d'affrontements permanents, pour la première fois dans l'histoire de la Ve République, le président
et le Premier ministre en exercice s'affrontent à l'occasion de l'élection présidentielle. Le 28 avril 1988, le débat télévisé entre les deux hommes, entre les deux tours, est particulièrement
brutal. Mitterrand, qui a su tirer profit des difficultés que son adversaire a rencontré durant la cohabitation, réussit à se faire réélire, le 8 mai, avec 54,02% des suffrages, contre Jacques
Chirac qui n'obtient que 45,98% des voix...
Le 10 mai, il nomme Michel Rocard, son rival de toujours au
sein du PS, Premier ministre. Après la victoire de la gauche aux élections législatives anticipées du mois de juin, Rocard constituera un second gouvernement marqué par une ouverture vers le
centre - qui comptera six représentants - et vers la "société civile"...
Dès le début de son second septennat, François Mitterrand limite son action à l'impulsion et aux grands axes, les gouvernements de Michel Rocard, d'Edith Cresson (première femme Premier ministre)
puis de Pierre Bérégovoy, gérant quotidiennement les problèmes, entre 1988 et 1993. Suite à la sévère défaite de la gauche aux élections législatives de 1993, Mitterrand sera conduit à une
deuxième cohabitation de deux ans, cette fois-ci avec le gouvernement d'Edouard Balladur. Ce septennat est marqué par l'instauration du revenu minimum d'insertion (RMI) et de la Contribution
sociale généralisée (CSG), les célébrations du bicentenaire de la Révolution, l'engagement français dans la guerre du Golfe, le référendum sur le traité de Maastricht - qui aboutit à une victoire
du "oui" avec 51,01 % des voix, en septembre 1992 - mais aussi par les scandales politico-financiers (affaire Péchiney-Triangle, affaire Urba), les affaires politiques, la maladie du président -
atteint d'un cancer de la prostate -, les suicides de son ancien Premier ministre Pierre Bérégovoy en 1993 et de son collaborateur de l'ombre François de Grossouvre en 1994, la révélation
publique de l'existence de la fille adultérine du président Mazarine Pingeot, et les divulgations sur la "jeunesse" de Mitterrand dans les années 1930-1940...
Le 17 mai 1995, François Mitterrand quitte définitivement l'Elysée. Il meurt le 8 janvier 1996, à Paris, moins d'un an après son départ. Il repose à Jarnac, dans le caveau familial.
Que nous reste-t-il aujourd'hui de François Mitterrand et du mitterandisme ?
Il reste peut-être le souvenir des habitudes et rituels du défunt président... Il y avait les séjours présidentiels à la bergerie de Latché, ou Latche, dans la commune de Soustons (Landes),
résidence privée dans laquelle Mitterrand a notamment reçu Mikhail Gorbatchev, et dans laquelle il a entreposé une partie de son immense bibliothèque, notamment sa collection complète du Livre de
Poche, ainsi que de nombreuses éditions de la Pléiade de ses auteurs favoris.
Il y avait aussi ce rituel que Mitterrand a pratiqué de 1946 à 1995 : l'ascension annuelle, à Pâques puis à la Pentecôte, de la Roche de Solutré, ce célèbre escarpement calcaire surplombant la
commune bourguignonne de Solutré-Pouilly - près de Mâcon (Saône-et-Loire) -, qui est un site préhistorique bien connu, la Roche de Solutré ayant donné son nom à une des dernières phases du
Paléolithique supérieur : le Solutréen...
Mais au delà de l'anecdotique, concernant Mitterrand, il convient très certainement de saluer les grandes réformes qui ont marqué sa présidence, telles que l'abolition de la peine de mort, la
décentralisation, la semaine de 39 heures, etc., ainsi que son engagement européen, couronné par l'adoption du traité de Maastricht, approuvé par référendum en 1992 : autant d'aspects positifs à
mettre au crédit du défunt président.
Mitterrand aura également marqué son
temps avec les "grands travaux" qu'il a initiés à Paris, un programme exceptionnel de grandes opérations d'architecture et d'urbanisme ayant été engagé sur son impulsion, de 1981 à 1995. Les
résultats sont bien visibles aujourd'hui : le Grand Louvre, la Bibliothèque Nationale de France, la Grande Arche de la Défense, le site de la Villette (avec notamment la Cité des sciences et de
l'industrie et la Cité de la musique), l'Institut du Monde Arabe, l'Opéra Bastille, le Ministère des finances à Bercy, etc...
Pour ne prendre qu'un exemple, les travaux rénovateurs du Grand Louvre, voulus par François Mitterrand, et étendus sur une vingtaine d'années, avec notamment la création de la fameuse Pyramide,
inaugurée en 1988, et l'ouverture au public de l'Aile Richelieu en 1993, ont contribués à faire du musée du Louvre le troisième plus grand musée du monde, après le Metropolitan Museum of Art de
New York et le musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg.
Alors, évidemment, je devine ce que certains d'entre-vous pourront me dire, chers lecteurs... Vous pourrez me dire que la façade de l'Opéra Bastille n'est pas très attrayante. Vous pourrez me
dire également que l'idée de ranger des ouvrages dans des tours censés être en forme de livres sur le site de Tolbiac de la Bibliothèque Nationale, devenue aujourd'hui la Bibliothèque
François-Mitterrand, n'était pas forcément la meilleure des idées... Et vous aurez sans doute raison, sur ces points précis. Mais, en vérité, quel autre président aura été capable de lancer tous
ces grands chantiers à caractère culturel qui ont, à terme, transformé le visage de Paris ? En 1981, il manquait encore à notre pays de grandes institutions culturelles modernes et ouvertes au
plus grand nombre. Par sa volonté politique, Mitterrand a permis à la France de se doter de ces grandes institutions. Qui pourrait sérieusement s'en plaindre ? Certainement pas moi, en tout
cas.
Concernant le mitterandisme, que fut-il au juste ? L'ancien directeur du Monde Jean-Marie Colombani, et le professeur Hugues Portelli l'ont défini ainsi :
"Ce n'est ni une philosophie sociale, ni une idéologie, encore moins une éthique politique, mais une entreprise politique qui a su réussir en discernant les
tendances à l'oeuvre dans la société française, les institutions et les partis, et s'appuyer sur elles aussi longtemps que possible." De ce point de vue, le mitterrandisme n'a sans doute
pas grand-chose à voir avec le gaullisme... Du reste, ledit mitterrandisme n'est revendiqué franchement par aucun héritier digne de ce nom, même si Mitterrand a servi plusieurs fois de référence
historique de gauche à Ségolène Royal durant la campagne électorale présidentielle de cette année...
Venons-en aux aspects négatifs, qui eux aussi font partie de l'héritage mitterrandien... Pour moi, l'un des plus importants de ces aspects est le rapport fort ambiguë qu'entretenait Mitterrand
avec l'argent...
"Je voudrais balayer vraiment tout de suite - d'abord parce que le temps passe et il ne faut pas que je reste trop longtemps à cette tribune, - il faudrait
donc que je balaie tout de suite disons les adversaires fantomatiques, les fantasmes.. Il y a un certain nombre de décennies, l'adversaire, qui était-ce ?... Eh bien, une certaine classe
dirigeante, assurément.. d'autres auraient ajouté l'Église, qui apportait le sceau du spirituel aux moyens de l'injustice sociale... d'autres auraient ajouté : l'Armée... mais ça fait déjà
longtemps qu'elle ne fait plus de coup d'État ! D'autres auraient ajouté : les notables. Le véritable ennemi, j'allai dire le seul, parce que tout passe par chez lui, le véritable ennemi si
l'on est bien sur le terrain de la rupture initiale, des structures économiques, c'est celui qui tient les clefs... c'est celui qui est installé sur ce terrain là, c'est celui qu'il faut
déloger... c'est le Monopole ! terme extensif... pour signifier toutes les puissances de l'argent, l'argent qui corrompt, l'argent qui achète, l'argent qui écrase, l'argent qui tue, l'argent
qui ruine, et l'argent qui pourrit jusqu'à la conscience des hommes !"
(François Mitterrand, extrait du discours prononcé lors du Congrès d'Épinay, 13 juin 1971)
"L'argent qui corrompt, l'argent qui achète, l'argent qui écrase, l'argent qui tue, l'argent qui ruine, et l'argent qui pourrit
jusqu'à la conscience des hommes"... Cela est tellement vrai... Comment pourrai-je ne pas approuver mille fois ces propos, moi qui est toujours détesté et méprisé l'argent et ceux qui
l'adorent comme une valeur en soi ? Et pourtant, paradoxalement, Mitterrand était fasciné par les hommes d'argent : comment expliquer, par exemple, le fait qu'il ait pu ainsi nommer par deux
fois, en avril et décembre 1992,
quelqu'un comme Bernard Tapie ministre de la Ville ? Que valaient alors les propos tenus au congrès d'Epinay de 1971, après la décennie des "années fric" qu'a été celle des années 1980, et dont Tapie fut, en France, un des plus
illustres représentants, avant de devenir, plus tard, ministre du gouvernement Bérégovoy, par la volonté de Mitterrand ? Oui, assurément, l'argent corrompt tout...
Les abus de pouvoir constituent, évidemment, l'autre aspect négatif parmi les plus importants... De ce point de vue, l'affaire la plus représentative de cet aspect, et l'une des plus scandaleuses
à mes yeux, est la fameuse affaire des écoutes téléphoniques de l'Elysée, révélée dans la presse dès 1993... Les faits sont avérés : de 1983 à 1986, des centaines de personnes, anonymes ou ayant
une certaine notoriété - comme le journaliste Edwy Plenel, l'écrivain Jean-Edern Hallier, ou l'actrice Carole Bouquet -, ont fait l'objet d'écoutes téléphoniques illégales pratiquées par la
cellule "anti-terroriste" de l'Elysée, crée par François Mitterrand en 1982. Apparemment soucieux de protéger divers éléments de sa vie personnelle, notamment l'existence de sa fille cachée
Mazarine Pingeot, Mitterrand avait ordonné lui-même certaines écoutes et avait laissé faire pour d'autres. Cette affaire a marqué la seule condamnation judiciaire symbolique de François
Mitterrand, désigné comme "l'inspirateur et le décideur de l'essentiel" dans cette affaire lors d'un jugement du tribunal correctionnel de Paris prononcé
en... 2005.
Et puis, pour revenir à quelque-chose de plus léger, l'héritage de Mitterrand, c'est aussi la masse d'écrits qu'il a suscité... Assurément, François Mitterrand a fait couler beaucoup d'encre,
c'est le moins que l'on puisse dire. Tous ceux qui se sont, à un moment ou à un autre, estimés être des témoins privilégiés des faits et gestes du grand homme, se sont sentis obligés de publier
des livres sur ce qu'ils ont vu et entendu, ou cru voir et entendre. Pour qu'il y en ait eu autant, ces témoignages divers et variés des mitterrandolâtres, de la veille ou du lendemain, ont sans
doute fait le bonheur des éditeurs pendant des années... On a même fini par faire "témoigner" la chienne de Mitterrand, le labrador Baltique, compagnon fidèle du président jusqu'à sa mort, et que
l'on a pu voir en 1996, à l'occasion des funérailles de son maître à Jarnac, obligée de rester à l'extérieur de l'église, sur le parvis, sous la garde du sénateur Michel
Charasse...
Ainsi, quelque temps après la disparition de son maître, les mémoires de Baltique furent
progressivement publiés, en plusieurs volumes, de 1996 jusqu'en mai 2001, lors du vingtième anniversaire de l'élection du président socialiste : Aboitim 1. Neuf
années dans les secrets de François Mitterrand (1996), Aboitim 2. Ma Part
d'héritage (1997), Aboitim 3. Pour solde de tout compte (1998), et Aboitim 4. Oua Oua m'a dit : Vingt ans de
secrets d'État (2001)... Il s'agit d'une sorte de pastiche des célèbres Verbatim de Jacques Attali, ancien
conseiller spécial de Mitterrand devenu avec cette somme mitterrandienne en trois tomes que sont lesdits Verbatim, le
chroniqueur auto-proclamé d'une bonne partie du règne du président. Le prétendu témoignage de Baltique a eu au moins le mérite de tourner en dérision, sur la forme tout du moins, cette manie
qu'on eu la plupart des mitterrandolâtres de vouloir publier leur "part de vérité" sur le pèlerin de Solutré... Je suis actuellement en train de lire la
compilation des trois premiers volumes de ces Aboitim (Aboitim, la compil [2001]) : cela me divertit... Qu'est
devenue Baltique aujourd'hui ? Le brave labrador présidentiel, dans le meilleur des cas, est censé avoir environ vingt ans cette année, âge canonique pour un chien, comme chacun sait. En vérité,
il est probable que Baltique a rejoint son maître dans l'au-delà... Restent ses mémoires d'outre-niche, dont la lecture est assurément fort divertissante.
Les temps changent cependant... Aujourd'hui, on ne se contente plus de témoigner : désormais, on fait parler François Mitterrand. Citoyens, Mitterrand est
parmi nous. Il croit toujours aux forces de l'esprit et ne nous quitte pas. Durant ces derniers mois, et jusqu'à dimanche dernier, il a même eu son blog,
François-Mitterrand-2007, que j'ai déjà eu l'occasion d'évoquer ici et là, dans lequel un pseudo-crypto-Mitterrand a publié régulièrement des messages d'outre-tombe, plutôt bien écrits du reste, sur les turpitudes de la vie politique d'aujourd'hui, avec des anecdotes, des
souvenirs présidentiels, et quelques révélations censées être croustillantes, attirant ainsi beaucoup de lecteurs internautes, y compris des journalistes... Le modèle semblait si bien imité que
cela a évidemment été de nature à exciter le microcosme de la blogosphère... Voici, à titre d'exemple, ce qu'a écrit le 31 mai dernier, ce pseudo-crypto-Mitterrand sur son blog, à propos de
Jacques Attali, son ancien conseiller spécial, sur le point de devenir aujourd'hui un chargé de mission auprès du nouveau président Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa :
"Ces derniers jours, Attali a beaucoup raconté l'origine de sa grande amitié pour le nouvel élu. Ce qu'il y a de formidable avec mon ancien conseiller, c'est
qu'il trouve toujours un moyen de ne pas déformer les faits tout en les dénaturant, ce qui relève d'une construction intellectuelle complexe et qui me fut bien utile en mon temps, je l'avoue
bien volontiers. Je m'en vais donc vous éclairer à ce sujet.
Il est vrai qu'au début de mon premier septennat, un certain Nicolas Sarkozy a demandé rendez-vous à Attali afin de lui demander des conseils sur les moyens de parvenir à la présidence de la
République. C'était une demande assez originale et Attali s'en est ouvert à moi, non pas, comme il le narre aujourd'hui, pour s'extasier devant l'ambition du jeune homme, mais parce que il
estimait avoir affaire à un type un peu illuminé. Pour tout vous dire, par crainte du ridicule, il ne voulait pas le recevoir et c'est moi qui lui ai conseillé d'accepter, lui expliquant qu'il
ne faut pas jamais laisser passer les occasions d'approcher un adversaire de près. Je vous en fais juge, mais vous constaterez comme moi que la naissance de cette belle amitié méritait d'être
restituée dans sa pureté historique. Du reste, après l'entrevue, Attali m'a confié avoir trouvé le personnage un peu inquiétant, agité, pétri de tics nerveux, en proie à une ambition sans doute
hors d'atteinte pour lui, mais pas complètement antipathique. Je lui ai conseillé de conserver et de cultiver le contact avec ce proche du président du RPR, dont il parlait beaucoup, car il
représentait à ce titre une mine d'informations non négligeables. Croyez-moi, en 1986-88, cela a été bien utile d'autant que Sarkozy oeuvrait chez Pasqua.
Je vous livre tout cela pour votre gouverne personnelle, surtout n'allez pas le répéter ailleurs, ou alors, ne mettez pas ces propos dans ma bouche, je ne voudrais pas que cela excite le nouvel
élu, Attali attend beaucoup de lui."
(Extrait du message "Attali et Sarkozy, Peillon, Post-scriptum", par le pseudo-crypto-Mitterrand du blog François-Mitterrand-2007, 31 mai 2007)
En fait, l'auteur du blog François-Mitterrand-2007, s'il a pu faire sourire par son style un peu pompeux, ses traits d'esprit, son sens de la formule, semblait
essentiellement animé par quelque motivation politicienne fort peu appréciable ...
J'ai ainsi noté que ce pseudo-crypto-Mitterrand avait pris un malin plaisir à mépriser la possibilité d'un rapprochement entre le centre et le PS, que ce soit entre les deux tours de l'élection
présidentielle, ou après la victoire de Sarkozy de Nagy-Bocsa... Voici, à titre d'exemples, quelques extraits que j'ai pu noter, avant que l'auteur du blog n'efface soudainement l'ensemble de ses
billets, juste avant de quitter la scène :
"Le parti
socialiste actuel n'est pas le fruit du congrès d'Epinay, il est le produit du congrès de Rennes [de 1990]. Il demeure le parti de Lionel Jospin et de ses pratiques, un héritage avec lequel
Hollande, par commodité, n'a pas pu, n'a pas voulu, n'a pas su rompre. Depuis 2002, les atermoiements, les hésitations, les inconnues, les désarrois, les ambiguïtés ont pesé et continuent de
peser sur le destin d'un parti qui me parait encore conduit par le fantôme politique de l'ancien Premier ministre. Il faut sortir de cette situation aujourd'hui. L'union de la gauche est morte
avec le PCF et Marchais, la gauche plurielle est morte avec les Verts et Voynet, et s'il faut invoquer Epinay et Metz, ce sera pour rappeler que seule la constitution d'un front de classes,
c'est à dire la construction d'une majorité politique s'identifiant à la majorité sociale du pays, permet aux socialistes d'accéder durablement au pouvoir.
Aujourd'hui, la constitution de ce front impose de rallier les électeurs de François Bayrou. Tout doit être mis en oeuvre pour y parvenir. L'Elysée vaut bien un débat. Mais qu'on ne s'y trompe
pas, en acceptant de débattre avec Bayrou, Royal ne se livre pas aux centristes. Bayrou a décidé de jouer (sans se l'avouer d'ailleurs) les Georges Marchais du centrisme, grand bien lui fasse,
le même sort l'attend. Le comportement du leader de l'UDF au cours de cet entre deux tours d'élection présidentielle peut donner à ses électeurs le goût, puis l'habitude de voter socialiste.
C'est de cette façon que le PS a reconquis l'électorat communiste tout au long des années 70. Relisez mon discours prononcé devant l'Internationale socialiste en 1971, et remplacez les mots «
communiste » par « centriste » ; vous comprendrez alors le sens de la stratégie déployée depuis trois jours par Ségolène Royal. Lors des élections législatives à venir, et quel que soit le
résultat de l'élection présidentielle, le mode de scrutin majoritaire et l'impitoyable bipolarisation qu'il entraîne, produiront leurs effets habituels. L'UDF sera broyée, mais, et c'est cela
qui importe, entre temps, Ségolène Royal se sera octroyée les moyens de remporter l'élection présidentielle. C'est bel et bien cette ligne là qui est conforme à l'héritage du congrès d'Epinay,
et Royal est bien inspirée de la suivre."
(Extrait du message "Stratégie et Epinay, Chevenement et Royal", par le pseudo-crypto-Mitterrand du blog François-Mitterrand-2007, 26 avril
2007)
"Au-delà de ces élections législatives, d'ores et déjà perdues, il importe de poser les bases stratégiques qui offriront aux électeurs des classes populaires qui ont cédé au vote Sarkozy
l'envie et le besoin de revenir vers les socialistes. J'ai déjà évoqué ce sujet ici, lorsque Rocard et autres « Gracques » ont agité une énième fois leur vieux joujou UDF. C'est aussi ce que
souhaite Strauss-Kahn et ses amis. Quand comprendront-ils que l'UDF est morte au soir du premier tour de cette élection présidentielle ? Quand reconnaîtront-ils que les électeurs de gauche
égarés un instant sur le vote Bayrou sont tous revenus le 6 mai ? Ces questions appartiennent au passé. Les victoires de demain ne se dessineront pas à coup d'alliance inutile avec un corps
mort à qui serait offert une chance de survivre ainsi artificiellement par la grâce de socialistes timorés. Une telle alliance reviendrait pour le PS à abdiquer toute ambition populaire,
toute volonté de rassembler. Il serait condamné à n'être qu'un parti de petits bourgeois, voués à l'opposition pour l'éternité."
(Extrait du message "Vie privée et présidence, PS et classes populaires", par le pseudo-crypto-Mitterrand du blog François-Mitterrand-2007, 8 mai 2007)
Précisons qu'en évoquant "Rocard et autres « Gracques »", le pseudo-crypto-Mitterrand faisait allusion, d'une part, au fait
que Michel Rocard avait lancé un appel, le 13 avril dernier, dans Le Monde, pour une alliance entre François Bayrou et Ségolène Royal, avant le premier
tour de l'élection présidentielle - idée alors aussitôt rejetée par les responsables du PS -, et d'autres part, au fait que, le 22 mars dernier, un groupe informel de hauts fonctionnaires
sympathisants ou militants socialistes, de sensibilité delorienne et strauss-kahnienne, anciens collaborateurs de François Mitterrand et des gouvernements des Premiers ministres Michel Rocard,
Pierre Bérégovoy et Lionel Jospin, avait lancé, sous le pseudonyme collectif des "Gracques", dans l'hebdomadaire Le Point, un appel pour une alliance
entre le PS et l'UDF afin de recomposer la vie politique. C'était évidemment avant le premier tour de l'élection présidentielle, et avant la naissance du jeune Mouvement Démocrate (MoDem), que
François Bayrou a voulu ouvert sur le centre-gauche...
François Mitterrand, le vrai, n'a jamais été, en son temps, très favorable à un rapprochement des socialistes avec le centre,
loin s'en faut, mais le fait est que les temps ont changé depuis, et que la réalité politique d'aujourd'hui est sensiblement différente de celle
des années 1970-1995... Je ne sais ce qu'aura cherché le pseudo-crypto-Mitterrand bloggeur en récitant, comme il l'a fait à longueur de billets bien tournés, un catéchisme mitterrandien
finalement assez éloigné du soucis d'adaptation et de la prudence qui caractérisait le vrai président Mitterrand...
La lecture de ce blog ayant, du reste, été sensiblement moins pénétrante que celle des Essais de Montaigne, et moins divertissante que celle des mémoires
d'outre-niche de Baltique, je ne m'attarderai pas sur cet épiphénomène de la blogosphère, apparu - si mes souvenirs sont exacts - en mars dernier, et désormais terminé : "Dieu" n'est pas mort,
mais il est reparti, même s'il ne nous quitte pas...
"L'heure est venue pour moi de m'en retourner. Ce qui s'est levé ne retombera pas et ce qui n'a pas eu lieu en 2007 s'accomplira en 2012. Je le souhaite de
tout coeur. Pour ma part, j'ai dit tout ce que j'avais à dire, tentant d'éclairer de mon mieux le spectacle du monde qui va. Je n'ai plus rien à ajouter.
Je m'en retourne confiant, le coeur plein de gratitude envers celles et ceux qui m?ont fait confiance tout au long de ces jours difficiles et qui m'ont tant donné.
Je m'en retourne aussi avec la volonté de laisser les choses en bon ordre derrière moi.
[...]
Je vous le répète encore une fois, en guise de conclusion : Etre en accord avec soi-même, je ne connais pas de meilleur bulletin de santé. Je crois aux forces de l'esprit, je ne vous
quitterai pas."
(Extrait du message "Nouveau départ", par le pseudo-crypto-Mitterrand du blog François-Mitterrand-2007, 10 juin 2007)
Je concluerai, pour ma part, en disant simplement que, pour moi comme pour d'autres, François Mitterrand fut, comme l'écrivit l'historien François Furet en 1997,
"immense dans son genre, mais limité par ce genre même", et que ceux qui prétendent parler, écrire, et donner des leçons en son nom, que ce soit à visage
découvert ou sous couvert d'anonymat, seraient tous bien inspirés d'en prendre conscience...
Cordialement, :-)
Hyarion, le démocrate anarcho-monarchiste, résolument anti-sarkozyste.
(Illustrations : Portrait officiel de François Mitterrand,
président de la République, photographie de Gisèle Freund, 1981 ; Chanson "Appelez-moi Dieu !", par la marionnette Kermitterrand du Bébête Show,
pochette de disque, 1990 ; François Mitterrand, ministre de la Justice du gouvernement Mollet, à Monaco en 1956, représentant la France au mariage de Grace Kelly et de S.A.S le Prince Rainier
III de Monaco, détail d'une photographie ©Institut François Mitterrand/Courtesy éditions Phyb ; François Mitterrand donnant le départ à un concours de labours dans la Nièvre 13 septembre 1987,
photographie de l'Agence France Presse, ©Gérard Cerles/AFP ; Michel Rocard et François Mitterrand, le 19 avril 1988, photographie de l'Agence France Presse, ©Patrick Hertzog/AFP ;
La Pyramide du Louvre à Paris, photographie de Yann-Arthus-Bertrand ; Caricature de François Mitterrand, par
Michel Cambon, publiée in Le Jeu politique, de Stéphane Baumont, Toulouse, Editions Milan, 1997 ; Couverture de Aboitim, la compil [2001], par Baltique, labrador présidentiel ; Couverture de l'édition de poche de Aboitim 1. Neuf années dans
les secrets de François Mitterrand [1996], par Baltique, labrador présidentiel ; Petit portrait de François Mitterrand reproduit sur le blog François-Mitterrand-2007
[http://francoismitterrand2007.hautetfort.com/], en mars-juin 2007, photographie sans date ; François Mitterrand à Latché, dans les Landes, avec sa chienne Baltique, le 4 janvier 1990,
photographie de l'Agence France Presse, ©AFP)
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