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"Sarkozy, il faut lui marcher dessus. Pour deux raisons. Un, c'est la seule chose qu'il comprenne. Deux, ça porte chance." (Jacques Chirac)


(Jacques Chirac, par Kiro)

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Samedi 5 mai 2007 6 05 /05 /2007 21:31
Comme dirait Jim Morrison : "This is the End"... Pour ce dernier message avant le second tour de l'élection présidentielle, j'aurai gardé le meilleur pour la fin : les relations Sarkozy/Pasqua et les méthodes dites des Hauts-de-Seine...

Très tôt, le route du très ambitieux Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa a croisé celle de Charles Pasqua, petit-fils de berger corse, né en 1927, ancien représentant chez Ricard devenu un des piliers du mouvement crypto-gaulliste (UDR puis RPR) dans les années 1970 et 1980, puis, plus tard, ministre de l'Intérieur de 1986 à 1988 et de 1993 à 1995...

"Môssieu Charles possède à son actif quarante années de bons et loyaux services au sein du mouvement gaulliste. Quelques jours après le retour au pouvoir du général de Gaulle, le 13 mai 1958, Charles Pasqua s'enferme avec quelques militants gaullistes prêts à donner l'assaut à la préfecture. Avec un seul mot d'ordre : "Résurrection." Il n'est alors qu'un modeste vendeur de pastis dans la zone des abattoirs de Marseille. La même année, Pasqua est un des créateurs du Service d'action civique (SAC), cette police parallèle imprégnée de relents pétainistes et de valeurs nationalistes, le tout épicé d'un zeste d'activisme.
 Lorsque éclate Mai-1968, le futur ministre de l'Intérieur fait distribuer des barres de chocolat aux CRS qui patientent dans leurs cars, boulevard Saint-Germain. C'est surtout un des organisateurs de la marche gaulliste du 30 mai sur les Champs-Elysées. Un triomphe. Dans la foulée, le vice-président du SAC est élu député à Clichy-Levallois, sous l'étiquette UDR et avec l'aide de quelques gros bras venus de Marseille, affublés de plaisants surnoms : "le Ramoneur" ou encore "Pierrot quatre canons".
 Battu aux cantonales de 1976 à Clichy-Levallois, Charles ne doit son salut politique qu'au Corse René Tomasini, dit Toto, le roi du renvoi d'ascenseur et son véritable parrain en politique. Toto le propulse délégué à l'organisation de l'UDR, où Jacques Chirac découvre vite ses talents et en fait promptement son organisateur en chef pour la présidentielle de 1981. Avec le succès que l'on sait."


(Extrait de l'article "Charles Pasqua", in Manufacture française de candidats, Les dossiers du Canard Enchaîné N°83, avril 2002)

C'est vers la fin des années 1970 que les destins de Sarkozy et de Pasqua se rencontrent. Après avoir passé son enfance dans le XVIIe arrondissement de Paris, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa vit à Neuilly-sur-Seine, dans le très riche département des Hauts-de-Seine, dont le Produit Intérieur Brut (PIB) est équivalent à celui de la Belgique. Lorsqu'il entre en politique, Sarkozy se place sous le parrainage de Pasqua, qui est alors chargé, à l'UDR, de repérer les jeunes militants particulièrement volontaires, et donc susceptibles de servir au mieux la cause de la droite crypto-gaulliste, notamment dans les Hauts-de-Seine... C'est à cette époque que le futur présidentiable fait la connaissance de personnalités dont il est encore très proche aujourd'hui, comme Patrick Devedjian, passé par l'extrême-droite dans ses jeunes années, et Patrick Balkany, le futur député-maire de Levallois-Perret - condamné en 1996 pour avoir employé des agents municipaux de Levallois à son usage personnel -, lesquels font alors partie, comme Sarkozy, des jeunes "Pasqua boys" ou "Pasqualitos"... Déjà très soucieux de faire carrière, Sarkozy ne se contente pas du parrainage de Pasqua, et s'efforce également de se faire bien voir du député-maire de Neuilly de l'époque, Achille Peretti, président de l'Assemblée Nationale de 1969 à 1973, et d'origine corse, comme Pasqua. Peretti règne alors sur les Hauts-de-Seine, entouré de ses lieutenants Charles Ceccaldi-Reynaud, maire de Puteaux, et Emile Graziani, maire de Boulogne. Ces politiciens ont des méthodes que l'on a pu qualifier d'"insulaires", ce qui en dit long sur le niveau de qualité de la vie politique du département. Sarkozy semble s'y être fort bien adapté, d'autant plus qu'avec Pasqua comme parrain, il a alors beaucoup appris en matière de pratiques politiques : verrouillage clanique du pouvoir, menaces diverses, intimidations, débauchages, chantages à la réélection, clientélisme, financement occulte, prises illégales d'intérêts, abus de biens sociaux, trafic d'influence, corruption passive, magouilles politico-financières diverses, autant d'éléments qui caractérisent la droite des Hauts-de-Seine, et que tout apprenti-politicien engagé dans le département se doit d'assimiler au plus vite...

"Nicolas, c'est moi qui l'ai fait, qui lui ai tout appris."

(Charles Pasqua, à propos de Sarkozy, cité in Sarkozy, l'homme (trop) presséLes dossiers du Canard Enchaîné N°89, octobre 2003)

De fait, Pasqua lui a non seulement tout appris en politique, mais il a aussi facilité son ascension : délégué départemental des jeunes des Hauts-de-Seine en 1975, Sarkozy adhère au RPR lors de sa création en 1976, et devient responsable de la section de Neuilly dès cette année-là, puis secrétaire de la circonscription de Neuilly-Puteaux en 1977, et est élu conseiller municipal de Neuilly la même année. Lorsqu'en 1982, il épouse Marie-Dominique Culioli, sa première femme, fille d’un pharmacien corse, son témoin de mariage est Charles Pasqua. Ce dernier, à l'automne 1982, vient d'élire domicile à Neuilly et entend bien accéder à la mairie, occupée par Peretti depuis 1947, si un jour l'occasion se présente. Or, le 14 avril 1983, Achille Peretti meurt soudainement d'un arrêt cardiaque. Prenant de court Charles Pasqua, alors hospitalisé pour l’opération d’une hernie, Sarkozy, âgé de 28 ans, au lieu de faire campagne auprès des élus du conseil municipal pour son parrain en politique comme celui-ci le pensait, pratique un double-jeu, et en réalité s'arrange pour retourner les conseillers en sa faveur, une majorité d'entre-eux le désignant finalement comme le nouveau maire. Pasqua est furieux de cette trahison et entend ne pas rester sans réagir, mais Jacques Chirac, sollicité pour arbitrage, est avant tout soucieux de maintenir la mairie de Neuilly dans la sphère d'influence du RPR, l'UDF étant en embuscade : Sarkozy ayant mis tout le monde devant le fait accompli, il restera maire de Neuilly, jusqu'en 2002.
Comme on dit en Corse : "le meilleur des pardons, c'est la vengeance". Pasqua cherche donc à se venger, en écartant Sarkozy des instances du RPR, puis en s'opposant à sa candidature aux élections cantonales à Neuilly - opposition qui n'empêchera pas l'élection de Sarkozy -, puis en s'arrangeant pour que le jeune traitre ne soit pas en position d'éligible sur la liste du RPR présentée aux élections législatives à Neuilly, en 1986. Par la suite, les deux hommes semblent se réconcilier : Pasqua, devenu ministre de l'Intérieur dans le gouvernement Chirac de la première cohabitation, fait de Sarkozy un chargé de mission pour la lutte contre les risques chimiques et radiologiques, au sein du ministère, de 1987 à 1988. En 1988, Sarkozy est élu député et, en raison du cumul de mandats, choisit de céder à Pasqua son siège au conseil général des Hauts-de-Seine, ledit Pasqua redevenant ainsi le président du conseil général qu'il était déjà entre 1973 et 1976. Nouvelle dégradation des relations en 1990, au moment où Pasqua tente, avec Philippe Séguin, de prendre le contrôle du RPR chiraquien, Sarkozy étant alors encore à l'époque un soutien de Chirac. Puis, à nouveau, un rapprochement : en 1993, ils font tout deux partie du même gouvernement Balladur, Pasqua étant ministre de  l'Intérieur et Sarkozy ministre du Budget. Ils soutiennent tous les deux Edouard Balladur, contre Chirac, en vue de l'élection présidentielle de 1995, allant jusqu'à empêcher la tenue d'un meeting pro-Chirac dans les Hauts-de-Seine. Pas de chance : ils ont misés sur le mauvais cheval, et après la victoire de Chirac, ils se retrouvent exclus des responsabilités gouvernementales. Les deux hommes s'affrontent politiquement au niveau national à l'occasion des élections européennes de 1999 : Pasqua ayant quitté le RPR, et s'étant associé à Philippe de Villiers au sein d'un RPF (Rassemblement Pour la France) aujourd'hui disparu, il présente une liste concurrente face à celle du RPR conduite par Sarkozy, président par intérim dudit RPR, suite à la démission soudaine de Philippe Séguin. C'est un échec sévère pour Sarkozy : la liste RPR qu'il conduit arrive en troisième position avec seulement 12,8 % des suffrages (contre 25,58 % pour l'union RPR-UDF, conduite par Dominique Baudis et arrivé en première place en 1994 et 16,4 % pour l'UMP en 2004), derrière celle de Charles Pasqua et Philippe de Villiers (13,1%). Mais cet affrontement ne dure pas : après la réélection de Chirac en 2002, Pasqua et Sarkozy continuent de rester alliés dans les Hauts-de-Seine. En 2004, Pasqua perd son siège de député européen, et après des années de diplomatie occulte, notamment en Afrique, et d'affairisme, il est dans le colimateur de la Justice, avec plusieurs mises en examen : qu'à cela ne tienne, Pasqua ayant cédé à Sarkozy la présidence du conseil général des Hauts-de-Seine en mars 2004, Talonnette Ier, devenu entre-temps ministre de l'Economie et des Finances, renvoit l'ascenseur en facilitant, avec Chirac, la réélection de Pasqua au poste de sénateur des Hauts-de-Seine en septembre de la même année, bien que ledit Pasqua n'appartienne pas officiellement à l'UMP crée en 2002. Echange de bons procédés, au nom de la loi du clan... En dépit des démentis officiels tant de Chirac que de Sarkozy concernant leur appui à Pasqua lors des lections sénatoriales, Jean-François Probst, co-fondateur du RPR, et ancien conseiller de Jacques Chirac et de Charles Pasqua en était alors convaincu :

La victoire du grand Batéké des Hauts de Seine [Pasqua] est un coup de maître de Jacques Sarkozy et Nicolas Chirac. [...] Le président et le futur patron de l'UMP jouent de concert lorsque leurs intérêts sont en jeu. Les entourages du président et du locataire de Bercy se sont fendus de coups de téléphone aux grands électeurs, afin de dédouaner de tout scrupule ceux qui hésitaient à voter pour la liste UMP officielle."

(Jean-François Probst, cité in Marianne N°389 [du 2 au 8 octobre 2004])

Cela se passe comme ça, sur la planète Sarkozy/Pasqua : au delà des rivalités et des trahisons, la loi du clan, et le verrouillage du pouvoir politique qui va avec, s'imposent à tous... Si, par malheur, Sarkozy est élu président de la République le 6 mai, se sera malheureusement la preuve que la plus haute charge de l'Etat peut être conquise par quelqu'un qui a été formé à l'école politicienne de Pasqua, et qui, de fait, continue de pratiquer les méthodes de la droite des Hauts-de-Seine pour acquérir le pouvoir et pour le conserver...



Citoyens électeurs, votez en conscience !


Cordialement, :-)


Hyarion, résolument anti-sarkozyste.


(Illustrations : Caricature de Pasqua, par Kiro, publiée dans Manufacture française de candidats, Les dossiers du Canard Enchaîné N°83, avril 2002, et caricature de Sarkozy, par Kiro, sans date [vers 2005] ; Caricature de Madelin, Sarkozy, Chirac, Jean-Louis Debré [sur le tracteur], De Villiers et Pasqua [au fond à droite], par Kiro, publiée dans le Canard Enchaîné N°4103, 16 juin 1999 ; Caricature de Sarkozy et sa bande [avec notamment Pasqua et Balkany, à droite], par Cabu, publiée dans le Canard Enchaîné N°4500, 24 janvier 2007)
Par Hyarion - Publié dans : Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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