Mercredi 25 avril 2007
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Depuis trois jours, suite aux résultats du premier tour de l'élection présidentielle, tous les regards sont fixés sur François Bayrou et les quelques 6
820 882 électeurs (soit plus de 18,5 % des suffrages) qui ont voté pour lui. Ce sont eux, en effet, qui décideront du résultat final de la course à l'Élysée. Ils détiennent la clé du second
tour, et les deux candidats finalistes le savent bien. Tandis que Ségolène Royal cherche à séduire les électeurs centristes
et à se rapprocher de Bayrou - en lui proposant notamment un débat public, lundi dernier -, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, selon
sa méthode habituelle du chantage à la réélection, s'efforce de rallier à lui, sans trop de difficultés du reste, le plus possible de parlementaires de l'UDF au sein de son grand
"rassemblement" UMP. Si l'on sait, d'ors et déjà, que les électeurs de Bayrou vont probablement se diviser en trois blocs au second tour, ainsi que le prévoient les instituts de sondages - un
tiers pour Royal, un tiers pour Sarkozy, un tiers d'abstentionnistes -, la déclaration de l'ex-candidat et président de l'UDF vis-à-vis du second tour n'en était pas moins très attendue. Elle a été faite lors d'une conférence de presse à Paris, cet après-midi :
« Mesdames, Messieurs,
Je n'ai à cet instant que deux sujets à l'esprit. Le premier sujet, c'est la France, que j'ai scrutée pendant ces mois de campagne
électorale, que j'ai rencontrée en milliers de visages différents, la France qui s'inquiète, qui souffre, qui est déchirée, bien plus qu'elle ne l'a jamais été, et en même temps, la France
riche de potentiel, riche de promesses, la France qui voudrait y croire.
Et j'ai à l'esprit aussi, et plus que tout, les quelque sept millions de Français qui m'ont donné leur confiance, qui ont mis leur espoir
dans cette démarche nouvelle, faisant surgir d’un coup la troisième force politique française, la seule force nouvelle de notre pays. Les sept millions de Français et tous ceux qui ont eu à
un moment ou à un autre l'envie de se joindre à eux, et parfois qui le regrettent. Cela fait un immense
espoir.
Il y a désormais dans notre pays trois forces politiques, une à droite, une à gauche, et une au centre. Et
c'est le centre qui est la force nouvelle.
Je veux vous parler de l'avenir.
La France a trois problèmes : nous sommes un pays à la démocratie malade ; nous sommes un pays au tissu social déchiré ; nous sommes un pays
en manque de croissance.
Notre démocratie est malade de la confiscation du pouvoir, de l'incapacité à faire vivre le pluralisme, des difficultés de la presse, de
l'absence de séparation des pouvoirs, y compris du pouvoir économique, de la connivence entre les mondes des affaires, médiatique et politique, de la crise de la justice. Le citoyen n'a pas
l'impression d'y trouver sa place. La société civile y est méprisée.
Nous avons à reconstruire, depuis les fondations, notre démocratie.
Le tissu social est déchiré. Partout on croise de lourdes misères, personnes âgées aux ressources très faibles, travailleurs pauvres,
difficultés de logement, partout la couleur de la peau, la consonance du nom, la religion, dressent les Français les uns contre les autres, partout le quartier où l'on vit, l'adresse postale,
forment ghetto. Entre les policiers et les jeunes, entre les différents quartiers, entre personnes au travail et personnes au chômage ou aux minima sociaux, on se regarde du coin de l'oeil,
on s'épie, et on est prêts à s'affronter. L'école elle-même, le lieu même de l'égalité des chances, est en situation de doute et d'échec.
Nous avons à retisser notre société.
Nous sommes en panne de croissance. À ce sujet, on prend souvent l'effet pour la cause. Nombre de nos compatriotes par exemple considèrent
que le chômage et la faiblesse du pouvoir d'achat sont des maux de notre pays. Ces maux sont des symptômes. Le mal c'est l'absence de croissance. Si nous avions de la croissance, nous aurions
des emplois (beaucoup sont à libérer) et nous aurions du pouvoir d'achat à répartir. Beaucoup de nos compatriotes considèrent que l'immigration est la cause de nos maux. La situation de
l'immigration est une conséquence. Un pays qui va bien sait intégrer, faire vivre ensemble. C’est l'emploi qui intègre. J'ai rencontré des milliers de jeunes Français d'ascendance immigrée.
Ils m'ont tous dit une seule chose : donnez nous du travail et tout le reste s'arrangera ! Donnez nous du taf !
Ma conviction est celle-là : les trois maux de la France, ils doivent être soignés et réparés ensemble !
Or, parlons franchement : Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, dans le face à face sempiternel de la droite sempiternelle et de la gauche
sempiternelle, vont non pas réparer mais aggraver l'un ou l'autre de ces maux.
Nicolas Sarkozy, par sa proximité avec les milieux d'affaires et les puissances médiatiques, par son goût
de l'intimidation et de la menace, va concentrer les pouvoirs comme jamais ils ne l’ont été. Par son tempérament, et les thèmes qu’il a choisis d'attiser, il risque d'aggraver les déchirures
du tissu social, notamment en conduisant une politique d'avantage au plus riche.
Ségolène Royal paraît mieux intentionnée en matière de démocratie, encore que le parti socialiste n'ait rien fait quand il était au pouvoir
pour corriger ces maux, plus attentive à l'égard du tissu social, mais son programme, multipliant les interventions de l'État, perpétuant l'illusion que c’est à l'État de s’occuper de tout,
et qu'il peut s'occuper de tout, créant je ne sais combien de services publics, va exactement à l'encontre, en sens contraire, des orientations nécessaires pour rendre à notre pays et à son
économie leur créativité et leur équilibre.
Les deux candidats ont de surcroît promis une augmentation absolument délirante des dépenses publiques, de l'ordre de 60 milliards d’euros
chacun, dans un pays endetté comme le nôtre, l'un des deux ajoutant une baisse totalement improbable des prélèvements obligatoires dans une proportion que ni
Reagan ni Mme Thatcher n’ont jamais approchée même en rêve.
Notre pays a un problème de démocratie, un problème de fracture sociale, un problème d’économie, un problème de dette. Nicolas Sarkozy va aggraver les problèmes de la démocratie et la fracture du tissu social, Ségolène Royal, par son programme, va aggraver durablement les problèmes
de l'économie et l'un comme l'autre vont déséquilibrer le déficit et la dette.
De surcroît, par leur choix de l'affrontement camp contre camp, ils affaiblissent durablement la France.
Dans les deux cas, sauf correction forte que je n'aperçois pas, et dont je tiendrai compte si elles intervenaient, ce qui se prépare, après
les belles promesses, c'est une nouvelle déception du pays, une impuissance, une paralysie.
Dans cette situation, je ne donnerai pas de consigne de vote. J'estime que les Français qui ont voté pour moi sont en conscience des
citoyens libres de leur choix.
Je ne reviendrai pas en arrière sur notre chemin de liberté. Je ne cherche ni n'accepterai aucune
soumission ou ralliement à l'un des deux camps.
Je veux au contraire garantir aux Français que quel que soit le vainqueur, ils trouveront pour les représenter une force de contre-pouvoir, libre, capable de dire oui si l’action va dans le bon sens et non si elle va dans le mauvais sens. Capable, autrement dit, de faire sortir la
politique des réflexes du toujours pour et du toujours contre, pour défendre l'intérêt général.
Je serai le garant de cette indépendance et de la défense de l'intérêt général du peuple français.
Je suis un homme d'ouverture, ouvert à toute discussion de bonne foi. Ségolène Royal a proposé d'avoir avec moi un débat "public et ouvert".
J'accepte ce débat, sans arrière-pensées, par exemple à la télévision.
Nicolas Sarkozy n'a pas proposé le même débat, mais s'il le faisait je l'accepterais aussi.
Je n'ai aucun intérêt à défendre, mais si je peux servir l'intérêt des Français, et clarifier leur choix, je le
ferai.
D'ors et déjà, pour changer définitivement la politique française, j'annonce la création d’un nouveau parti
politique, le parti démocrate, qui présentera des candidats à toutes les élections à venir, et d'abord aux élections législatives, pour représenter les Français qui veulent une politique
nouvelle, indépendante, libre de son expression et décidée à les défendre sans se laisser intimider par les menaces ou les tentations diverses liées au pouvoir.
Le parti démocrate proposera de refonder nos institutions pour que le mot démocratie trouve son sens en France.
En particulier il saisira toutes les occasions d'imposer la séparation des pouvoirs, un vrai parlement, élu selon la justice, le réforme et l'impartialité de l'état, la création d’une
démocratie sociale pour le XXI° siècle.
Il proposera de reformer le tissu social de notre pays, en pensant à tous ceux qui n'ont pas de voix pour les
défendre. Il imposera l'égalité de traitement de tous les citoyens devant la loi. Il combattra la société de castes et défendra la mobilité sociale.
Il proposera de libérer les forces de création, éducation, recherche, entreprise, culture, et la croissance dans
notre pays.
Il proposera de réconcilier les Français avec l’Europe et l'Europe avec la France. Cette réconciliation est nécessaire pour que s'édifie, au milieu des plus graves dangers, un monde de paix et de développement,
fondé sur l'équilibre des droits et des devoirs entre les puissances de la planète.
Le parti démocrate défendra l’idée que la responsabilité de la France et de l'Europe doit s’exercer en particulier dans le domaine de la lutte contre le réchauffement de la planète, de la défense de la biodiversité, et
du développement du tiers-monde, particulièrement de l'Afrique.
Ce nouveau parti défendra la démocratie, comme portant des valeurs et un idéal, considérant que ce sont ces
valeurs qui donnent leur sens à la vie des hommes et à la société qu'ils forment.
La France a un immense besoin de renouveau. La France a un immense besoin de changement positif, de
changement équilibré. La France a besoin de trouver un nouvel équilibre, non pas l'équilibre de celui qui reste sur place, mais l'équilibre du marcheur qui progresse d’un pas sûr. C’est cet
équilibre, cette recherche d'un avenir meilleur, qui nous rassemblera et qui nous ressemblera.
Nous avons devant nous un grand chemin parce que nous portons une grande espérance. »
(François Bayrou, déclaration dans une conférence de presse à Paris, diffusée sur les chaînes de télévision LCI,
iTélévision, BFM TV, LCP-AN et France 24, mercredi 25 avril 2007)
J'ai suivi la conférence de presse de François Bayrou en direct, sur Internet. Je note que s'il n'a pas, assez logiquement, voulu prendre
parti pour le deuxième tour, il a tout-de-même rejeté bien plus fermement Nicolas Sarkozy, candidat trop proche des milieux d'affaires, ennemi du pluralisme médiatique et vrai danger pour la
démocratie, que Ségolène Royal, dont il n'a critiqué que le programme. Après avoir prononcé sa déclaration, il a répondu aux questions des journalistes présents, et a notamment précisé que la
création du Parti Démocrate aurait lieu avant le mois de juin, que ce nouveau parti, tout à fait indépendant de la droite UMP sarkozyste, serait libre, central, et ouvert notamment au
centre-gauche. Il a confirmé les propos qu'il avait tenu en février au sujet de Sarkozy et de sa "manière de gouverner des Hauts-de-Seine", fort peu rassurante pour la démocratie. Je partage évidemment son point de vue vis-à-vis de Sarkozy de Nagy-Bocsa : le
candidat de l'UMP, si par malheur il est élu, gèrera la France comme Pasqua et lui ont géré les Hauts-de-Seine, selon cette culture politique de clan si caractéristique de la droite de ce
département d'Ile-de-France.
Je suis satisfait que Bayrou accepte de débattre publiquement avec Royal : c'est un gage d'ouverture.
L'UDF, parti de centre-droit, fortement lié au souvenir de Valéry Giscard d'Estaing, appartient à la droite. Voter pour le candidat de ce
parti au premier tour ne me paraissait pas concevable de ce point de vue : c'est pourquoi j'ai voté pour Ségolène Royal, en dépit du peu de confiance que j'ai en la candidate socialiste.
Désormais, le Parti Démocrate que propose Bayrou, parti nouveau, libre, central, ouvert au centre-gauche, et aussi, surtout, je l'espère, à la jeunesse qui veut prendre en main son destin et
celui du pays, me parait être une alternative très intéressante face au cauchemar sarkozyste d'une part, et à l'impasse idéologique du PS d'autre part, ledit PS étant incapable, encore
aujourd'hui, d'abandonner sa réthorique crypto-internationaliste et de devenir un véritable parti de gauche social-démocrate.
Bien évidemment, il faut tenir compte de la personnalité de Bayrou et de son ambition présidentielle. Le Parti Démocrate qu'il propose ne doit
pas devenir une simple rampe de lancement pour la prochaine course à l'Élysée de 2012, comme l'a été, en son temps, le RPR crée par Jacques Chirac, dont je note que Bayrou a repris, dans sa
déclaration, son expression de "fracture sociale"... Affaire à suivre...
Mais, de toute façon, l'essentiel est ailleurs : il y a peut-être, enfin, une possibilité d'ouverture politique pour la jeunesse de ce pays,
avec une véritable alternative libérée des carcans idéologiques, et opposée à la confiscation du pouvoir par Sarkozy de Nagy-Bocsa. L'espoir fait vivre. Face à l'ambition dévorante de
Talonnette Ier, il me parait bien difficile de se contenter de rester un simple spectateur ou de passer son temps à jouer les contestataires sans projet crédible. Il faut être prêt à agir, car
le danger est là... Or, aujourd'hui, pour la première fois depuis des années, avec ce nouveau Parti Démocrate, il semble qu'il y ait enfin quelque raison d'espérer à nouveau... et de
passer à l'action !
Cordialement, :-)
Hyarion, citoyen électeur résolument anti-sarkozyste.
(Illustrations : Caricature de François Bayrou, par Kiro, publiée dans Manufacture
française de candidats, Les dossiers du Canard Enchaîné N°83, avril 2002 ; Caricature de Sarkozy servi par les médias, par Cabu, publiée dans
Le Canard Enchaîné N°4510, 4 avril 2007 ; Femme devant le soleil du matin, huile sur toile [1818] par Caspar
David Friedrich, Essen, Museum Folwgang)
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