La campagne électorale persiste à ne pas voler bien haut... Et cela, tout le monde peut
le constater, y compris nos voisins européens... En Belgique, par exemple, ladite campagne ne semble pas faire meilleure impression qu'en France :
"Dans le genre « musée des horreurs », impossible de faire mieux. L'actuelle campagne présidentielle
française ne ressemble à aucune autre. Et elle n'est pas belle à voir. Encore moins jolie que la campagne de 2002, ce qui n'est pas peu dire. La plupart des « grands » candidats semblent s'être
donné le mot pour contourner, ignorer, piétiner, les questions qui, à juste titre, préoccupent les citoyens. Pire qu'un oubli : un incroyable mépris. La droite fait dans le poujadisme light. La
gauche, dans le cocorico soft. Le centre se contente d'ânonner que la droite et la gauche devraient s'accoupler. Et la kyrielle de candidats de la « petite » gauche se marchent sur les pieds et
peinent à faire entendre leur voix. Les démocrates français sont-ils devenus fous ? La République est-elle tombée sur la tête ?"
(Claude Demelenne, "La campagne électorale tourne à la mauvaise farce", publié sur le site du Journal
du Mardi [belge], http://www.journaldumardi.be, 2 avril 2007)
Le fait le plus irrationnel de cette drôle de campagne est certainement l'influence très excessive qu'exercent les sondages d'opinion sur les
intentions de vote, et sur le discours des candidats. Sondages manipulés, instrumentalisés, tant par les partis politiques que par les médias de masse... Sondages dont les résultats "bruts" sont
"redressés", "pondérés" par les instituts, en utilisant d'obscurs "coefficients de pondération" et autres "redressements socio-démographiques", le tout sans véritable contrôle, et avec une
représentativité fort discutable, ainsi que l'on peut le constater à la lecture de cet article paru dans Le Canard Enchaîné du mercredi 14 mars 2007
:
« Sondage exclusif : 31% des Français sont
insondables...
Ce sont les sondeurs eux-mêmes qui l'affirment : près d'un tiers des français ne peuvent être joints par leurs enquêteurs ! Pourquoi ? La faute au téléphone
portable, qui se répand de plus en plus. Or les instituts n'interrogent que des cobayes pourvus de lignes fixes. Leurs échantillons sont en effet constitués à partir de noms inscrits dans les
annuaires téléphoniques.
Selon une enquête - jusque là inédite - de la Sofres et une autre du bureau d'études Credoc, 17 % des foyers français ne disposaient pas d'une ligne fixe en
2005. Tandis que 14 % des foyers équipés, eux, d'un téléphone "à fil" s'en servaient uniquement pour internet. Autrement dit, eux non plus ne peuvent être contactés par les
sondeurs.
31 % des Français exclus des enquêtes, c'est beaucoup. Et cela complique le travail. Car dans cette population insondable, la proportion des jeunes de 18 à 34
ans, toujours selon l'enquête Sofres, est très supérieure à ce qu'elle est dans l'hexagone. Idem pour (dixit le Credoc) les ouvriers et les personnes à faible revenus.
Conclusion : les jeunes et les catégories modestes sont plus difficiles à atteindre que les autres, et la fiabilité des échantillons représentatifs risque, là
aussi, d'en souffrir. Comme si cela ne suffisait pas, les sondeurs se heurtent à un refus de réponse dans plus de 30 % des appels. Enfin ils négligent complètement les DOM-TOM, qui représentent
tout de même 2,3 millions d'habitants.
Les affres des sondeurs ne s'arrêtent pas là puisque, de leur propre aveu, 40 à 50 % (suivant les instituts) des sondés qui consentent à répondre se disent
indécis et capables de changer d'intention de vote au dernier moment !
Dire que c'est sur cet effectif rogné de partout et flageolant, que tourne, aujourd'hui, toute la vie politique. En attendant le sondage grandeur nature du 22
avril. »
(Le Canard Enchaîné, N°4507, 14 mars 2007)
On peut noter que, du côté des candidats, le plus gros consommateur d'enquêtes d'opinion est - quelle surprise ! - Nicolas Sarkozy de
Nagy-Bocsa, qui, pourtant déclarait au soir du premier tour de l'élection de 1995, juste après la défaite de son champion Balladur, pourtant longtemps donné gagnant au vu des sondages
:
"La première victime, ce soir, ce sont les instituts de sondages, qui ont été balayés dans leurs prévisions.
Ça ne peut pas continuer comme ça. On ne peut pas confisquer ainsi la campagne ni le résultat dans un pays où le sufrage universel est libre."
(Sarkozy, au soir du premier tour de l'élection présidentielle de 1995, 23 avril 1995, cité in Le
Canard Enchaîné N°4509, 28 mars 2007)
Talonnette Ier n'aime pas que les enquêtes d'opinions - qui lui sont, du reste, souvent favorables, pour ce que l'on en sait officiellement - :
il aime aussi "innover" en matière électorale... Ainsi a t-il signé, en novembre 2003, en tant que ministre de l'Intérieur, un décret autorisant l'utilisation, dans les bureaux de vote, de
machines à voter censées remplacer le traditionnel vote sur papier. Cette décision est particulièrement scandaleuse, d'autant plus qu'elle a été prise de la façon la plus discrète qui soit, sans
publicité...
Jean-Luc Porquet, dans Le Canard Enchaîné du 28 mars dernier, a consacré un article à cette importante
affaire :
« Un vote machinal
C'est une informaticienne bardée de diplômes, enseignante-chercheuse au CNRS et à l'université de Nantes. Un jour, au bureau de vote où Chantal Enguehard donne
un coup de main les soirs d'élection, on lui dit : "Bientôt on n'aura plus besoin de toi : tu seras remplacée par une machine à
voter." Elle se renseigne. Tombe sur un décret du décret du ministère de l'Intérieur. Il a été publié voilà quatre ans, le 17 novembre 2003, sous Sarkozy. Il est passé complètement
inaperçu. Elle le lit et grimpe aux rideaux.
Ce décret prévoit que les communes peuvent s'équiper en "machines à voter", lesquelles sont en fait des
ordinateurs, avec mémoires électroniques, processeur et programme de 20 000 lignes de code. Apparemment, rien de plus simple que ce nouveau "vote électronique" : l'électeur sélectionne le nom de
l'élu sur un écran et appuie sur un bouton.
Mais l'informaticienne comprend illico que cela ouvre grand la porte à tous les truquages et les fraudes. Ces ordinateurs de vote peuvent être victimes de
pirates. Leurs résultats peuvent être faussés par des bugs, comme en connait tout ordinateur qui se respecte. Et le pire est qu'ils ont été conçus par des boîtes privées qui, sous prétexte de
"secret industriel", les mettent sous scellés et refusent d'en livrer le code-source, c'est-à-dire la boîte noire qui régit leur fonctionnement.
"C'est comme si, dit Chantal Enguehard, vous aviez confié la soirée électorale à un prestataire privé.
Une fois que tout le monde a voté, il prie le président et ses assesseurs de sortir du bureau de vote, s'y enferme, procède seul au dépouillement, sort du bureau et proclame les résultats
officiels."
Certes, en cas de litige, le ministère de l'Intérieur a confié au Bureau Veritas (un organisme de certification privé appartenant au baron Seillière) le soin
de procéder à 114 vérifications. Mais celles-ci, afirme Chantal Enguehard, ne suffisent aucunement à garantir l'absence de fraude...
Le bureau de vote est l'un des derniers lieux où les simples citoyens ont la possibilité de participer au processus démocratique. Ce sont eux qui font signer
l'électeur sur la liste d'émargement, vérifient que le bulletin est bien tombé dans l'urne, procèdent au dépouillement, signent le procès-verbal. Un système à la fois simple comme bonjour,
transparent et fiable. Scandaleux, n'est-ce pas ? Prétextant que les ordinateurs sont nettement plus modernes et rapides, Sarkozy et son spécialiste maison, le préfet Daniel Canepa, ont commencé
à en éjecter les simples citoyens. Place aux experts ! Grâce auxquels le vote devient un processus opaque, vulnérable, invérifiable, et objet de tous les soupçons. N'est-ce pas en trichant grâce
au vote électronique que Bush a été élu [président des États-Unis d'Amérique en 2000] ? La Floride n'a-t-elle pas, en novembre dernier, renoncé au vote électronque à cause de 18 000 bulletins
litigieux ?
Chantal Enguehard n'est plus seule à sonner l'alerte. Les Verts, le PC, Bayrou, Corinne Lepage, Roger-Gérard Schwartzenberg (qui a interpellé sans succès
Sarkozy à ce sujet) réclament l'interdiction de ces ordinateurs qui équipent déjà 1600 bureaux de vote dans une cinquantaine de villes, et vont collecter lors de la présidentielle environ 1,4
million de suffrages. D'autres informaticiens, comme Pierre Muller, viennent de lancer sur Internet une pétition pour le maintien du vote papier [sur le site http://www.ordinateurs-de-vote.org ou http://www.recul-democratique.org/]. En
2002, rappellent-ils, Le Pen a éliminé Jospin avec 194 000 voix d'avance... »
(Jean-Luc Porquet, Le Canard Enchaîné, 28 mars 2007)
Pour avoir participé à des opérations de dépouillement des bulletins de vote - à l'occasion des
élections régionales de 2004 -, je suis convaincu que le vote sur papier est infiniment plus sûr et transparant que ne le sera jamais un vote avec un ordinateur. La mise en place, en catimini, de ces machines à voter anti-démocratiques est un véritable scandale, et le fait que ce soit Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa qui ait
autorisé cette mise en place n'a évidemment rien d'étonnant...
Seule explication possible à cette manoeuvre : les électeurs sont considérés comme des imbéciles... Les vrais dindons d'une misérable et
sinistre farce...
Concernant les villes équipées en ordinateurs de vote, ou ayant expérimenté diverses formes de vote électronique, 49 départements sont
concernés, à des degrés variables : les Alpes-Maritimes, les Ardennes, les Bouches-du-Rhône, le Calvados, la Charente-Maritime, le Cher, les Côtes-d'Armor, le Doubs, le Drôme, le Finistère, le
Haute-Garonne, la Gironde, le Hérault, l'Ille-et-Vilaine, l'Indre, l'Indre-et-Loire, l'Isère, les Landes, la Loire, la Loire-Atlantique, le Loiret, la Marne, la Meurthe-et-Moselle, le Morbihan,
la Nièvre, le Nord, l'Oise, l'Orne, le Bas-Rhin, le Haut-Rhin, le Rhône, la Sarthe, la Haute-Savoie, la Seine (Paris), la Seine-Maritime, la Seine-et-Marne, les Yvelines, la Somme, le Var, le
Vaucluse, la Vendée, les Vosges, l'Yonne, le Territoire de Belfort, l'Essonne, la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne, le Val-d'Oise, et, bien entendu, le très sarkozyste département des
Hauts-de-Seine.
Le département où je vote, l'Aveyron, n'est heureusement pas concerné : pour beaucoup de choses, il est toujours en retard sur les autres, et
pour une fois, on ne s'en plaindra pas, au contraire ! Par contre, dans la ville où je vis, à Toulouse (Haute-Garonne), les machines à voter ont été expérimentées en 2004, bien qu'un projet de
nouvelle expérimentation, prévu pour quelques bureaux de vote en 2007, ait été apparemment abandonné... Le problème est grave, et doit faire l'objet de toute l'attention des citoyens électeurs.
Les machines à voter, anti-démocratiques, ne doivent pas être en mesure de fausser les résultats des élections. Le vote sur papier doit donc être maintenu, partout. Les autorités des communes
concernées seraient bien avisées de suspendre sans délai l'utilisation des ordinateurs de vote.
Pour ceux que cela intéresse, la liste des villes concernées par ces machines de vote anti-démocratiques est accessible à cette adresse
:
http://www.recul-democratique.org/Toutes-les-villes.html
Pourquoi manque-t-on à ce point de respect aux citoyens électeurs ? Pourquoi les prends-t-on tous pour des abrutis ? Et pourquoi, par ailleurs,
tant de gens persistent-ils à croire aveuglément à tout ce que disent les politiciens, sans le moindre esprit critique ? Où est passé la citoyenneté ? Où est la démocratie ? Où est le Sens ? Les
périodes électorales sont, de toute évidences, forcément propices aux arnaques, aux magouilles, aux coups fourrées, aux mensonges, à la bêtise... Pas de place pour la dignité, la raison, la
sagesse, la réflexion...
Dans ce contexte électoral assez sidérant, le témoignage de l'hédoniste athée Michel Onfray, docteur en philosophie, ancien professeur de lycée
technique, et fondateur de l'Université populaire de Caen, est des plus intéressants.
Les idées philosophiques de Michel Onfray, et en particulier son athéisme sans concession, ne sont pas ma tasse de thé. Du reste, je n'ai jamais
eu besoin d'intellectuels plus ou moins médiatiques comme lui pour m'intéresser à Socrate, à Platon, à Aristote, à Marc Aurèle, à Descartes, à Kant, à Kierkegaard, à Schopenhauer, à Marx, à
Nietzsche, à Freud, et aux autres grandes figures de la philosophie occidentale. La pensée d'Onfray ne m'intéresse guère, son attitude quelque peu désinvolte vis-à-vis de la réalité historique
ayant tendance à révéler chez lui, semble-t-il, une certaine forme de malhonnêteté intellectuelle : ainsi, laisser entendre, comme il l'a fait, de façon douteuse, que le nazisme serait
directement issu du christianisme, et n'aurait aucun lien avec le paganisme - ce qui est faux -, est assez révélateur de la démarche "philosophique" d'Onfray, qui semble avant tout soucieux de
légitimer, à tout prix, ses propres convictions d'athée hédoniste et anti-chrétien, au mépris de toute rigueur intellectuelle et de toute vérité historique. Mais passons là-dessus. Ce qui
m'intéresse chez Onfray, ce n'est pas le "philosophe", mais le témoin de son temps. Le 9 février dernier, il a crée un blog consacré à l'élection présidentielle, à l'adresse http://michelonfray.blogs.nouvelobs.com. Il y expose son regard d'intellectuel hédoniste athée sur le monde politique comme il va, et
ne cache pas sa préférence électorale pour des candidats d'extrême-gauche tels que José Bové et Olivier Besancenot. Le contenu des messages paraissant sur ce blog, moins polémique que l'on
pourrait le croire, est à considérer, évidemment, avec un sérieux esprit critique, et aussi un bon zeste d'humour. Et, parfois, son témoignage se révèle donc fort intéressant. Récemment, par
exemple, Onfray a fait une sorte de compte rendu de sa rencontre avec Nicolas Sarkozy, organisée le 20 février dernier, par la revue Philosophie
magazine. Quelques jours plus tôt, le 11 février, Onfray avait mis en ligne, sur son blog, un message intitulé "Les habits de grand-mère Sarkozy", dans lequel il dénonce l'hypocrisie
et la démagogie de Sarkozy, qui se veut alors rassembleur des Français et se permets notamment de citer Jaurès et Blum dans ses discours, alors qu'il est fondamentalement de droite, contrairement
aux grandes figures du socialisme français auxquelles il fait référence. Le message se termine ainsi :
"Si l'on veut désormais que les mots puissent encore signifier, alors recadrons les choses et destinons lui
[à Sarkozy] celui de démagogue, de candidat de la démagogie, de roi de la démagogie, de chef de la démagogie, de président de la démagogie. Trente années de politique , de la mairie au ministère
en passant par les instances départementales et régionales, témoignent de la nature véritable de cet homme de droite qui revêt aujourd'hui des habits de la gauche. C'est un loup déguisé dans les
vielles nippes d'une grand-mère. On connaît l'histoire... Je crains que les habits nouveaux séduisent les amateurs d'histoire, de fable, de romans, de films, de fictions. Le soir du deuxième
tour, la grand-mère pourrait bien apparaître à la fenêtre de l'Élysée, les habits du travestissement abandonnés à même le sol , démaquillée, avec le visage qu'on lui connaît depuis trois
décennies : celui d'un prédateur. Ce soir là, il sera trop tard pour tous les chaperons - rouges ou non..."
(Michel Onfray, "Les habits de grand-mère Sarkozy", sur son blog
http://michelonfray.blogs.nouvelobs.com [crée le 9 février dernier, et consacré à l'élection présidentielle], 11 février 2007)
Neuf jours plus tard, la rencontre a donc lieu, au Ministère de l'Intérieur, place Beauvau, entre Sarkozy et Onfray. Voici ce qu'en dit ce
dernier :
"Arrivée du Ministre de l'intérieur avec un quart d'heure
d'avance, il est 17h00 ce mardi 20 février. Début houleux. Agressivité de sa part. Il tourne dans la cage, regarde, jauge, juge, apprécie la situation. Grand fauve blessé, il a lu mes pages de
blog et me toise - bien qu'assis dans un fauteuil près de la cheminée. Il a les jambes croisées, l'une d'entre elles est animée d'un incessant mouvement de nervosité, le pied n'arrête pas de
bouger. Il tient un cigare fin et long, étrange module assez féminin. Chemise ouverte, pas de cravate, bijoux en or, bracelet d'adolescent au poignet, cadeau de son fils probablement. Plus il en
rajoute dans la nervosité, plus j'exhibe mon calme.
Premier coup de patte, toutes griffes dehors, puis deuxième, troisième, il n'arrête plus, se lâche, agresse, tape, cogne, parle tout seul, débit impossible à
contenir ou à canaliser. Une, deux, dix, vingt phrases autistes. Le directeur de cabinet et le porte-plume regardent et écoutent, impassibles. On les imagine capables d'assister à un
interrogatoire musclé arborant le même masque, celui des gens de pouvoir qui observent comment on meurt en direct et ne bronchent pas. Le spectacle des combats de gladiateurs.
Je sens l'air glacial que transportent avec eux ceux qui, d'un geste du pouce, tuent ou épargnent. Poursuite du monologue. Logorrhée interminable. Vacheries
lancées comme le jet de fiel d'une bile malade ou comme un venin pulsé par le projet du meurtre. Hâbleur, provocateur, sûr de lui en excitant l'adversaire à se battre, il affirme en
substance : « Alors, on vient voir le grand démagogue alors qu'on n'est rien du tout et, en plus, on vient se jeter dans la gueule du loup... »
!
Je fais une phrase. Elle est pulvérisée, détruite, cassée, interdite, morcelée : encore du cynisme sans élégance, toujours des phrases dont on sent qu'il les
souhaiterait plus dangereuses, plus mortelles sans parvenir à trouver le coup fatal. La haine ne trouve pas d'autre chemin que dans cette série d'aveux de blessure. J'avance une autre phrase.
Même traitement, flots de verbes, flux de mots, jets d'acides. Une troisième. Idem. Je commence à trouver la crise un peu longue. De toute façon démesurée, disproportionnée.
Si l'on veut être Président de la République, si l'on s'y prépare depuis le berceau, si l'on souhaite présider les destinées d'un pays deux fois millénaires et
jouer dans la cour des grands fauves de la planète, si l'on se prépare à disposer du feu nucléaire, si l'on s'expose depuis des années en s'invitant tous les jours dans les informations de toutes
les presses, écrites, parlées, photographiées, numérisées, si l'on mène sa vie publique comme une vie privée, et vice versa, si l'on aspire à devenir le chef des armées, si l'on doit un jour
garantir l'État, la Nation, la République, la Constitution, si, si, si, alors comment peut on réagir comme un animal blessé à mort, comme une bête souffrante, alors qu'on a juste à reprocher à
son interlocuteur un blog confidentiel peu amène , certes, mais inoffensif ?
Car je n'ai contre moi, pour justifier ce traitement disproportionné , que d?avoir signalé dans une poignée de feuillets sur un blog , que le candidat aux
présidentielles me semblait très récemment et fort fraîchement converti à De Gaulle, au gaullisme, à la Nation, à la République, que ses citations de Jaurès et Blum apparaissaient fort
opportunément dans un trajet d'une trentaine d?années au cours desquelles ces grands noms étaient introuvables dans ses interventions, questions qui, au demeurant, rendaient possible un débat, et
que c'était d'ailleurs pour ces raisons que nous étions là [...]...
[...]
Sur de Gaulle et le gaullisme récent, sur la Nation et la République en vedettes américaines - disons le comme ça... - de son discours d'investiture , sur la
confiscation des grands noms de gauche, sur l'Atlantisme ancien du candidat et son incompatibilité avec la doctrine gaullienne, le débat ne prend pas plus . Il m'interpelle : « quelle est ma
légitimité pour poser de pareilles questions ? Quels sont mes brevets de gaullisme à moi qui parle de la sorte ? Quelle arrogance me permet de croire que Guy Môcquet appartient plus à la gauche
qu'à la France ? ». Donc à lui...
Pas d'échanges, mais une machine performante à récuser les questions pour éviter la franche confrontation. Cet homme prend toute opposition de doctrine pour
une récusation de sa personne. Je pressens que, de fait, la clé du personnage pourrait bien être dans l'affirmation d'autant plus massive de sa subjectivité qu'elle est fragile, incertaine, à
conquérir encore. La force affichée masque mal la faiblesse viscérale et vécue. Aux sommets de la République, autrement dit dans la cage des grands fauves politiques, on ne trouve semble-t-il
qu'impuissants sur eux-mêmes et qui, pour cette même raison, aspirent à la puissance sur les autres. Je me sens soudain Sénèque assis dans le salon de Néron...
[...] De fait, l'ensemble de cette première demi-heure se réduisait à la théâtralisation hystérique d'un être perdu corps et âme dans une danse de mort autour
d'une victime émissaire qui assiste à la scène pendant que, de part et d'autre des deux camps, deux fois deux hommes assistent, impuissants, à cette scène primitive du chef de horde possédé par
les esprits de la guerre. Grand moment de transe chamanique dans le bureau d'un Ministre de l'intérieur aspirant aux fonctions suprêmes de la République ! Odeurs de sang et de remugles primitifs,
traces de bile et de fiel, le sol ressemble à la terre battue jonchées d'immondices après une cérémonie vaudoue...
Tout bascule quand nous entamons une discussion sur la responsabilité, donc la liberté, donc la culpabilité, donc les fondements de la logique disciplinaire :
la sienne. Nicolas Sarkozy parle d'une visite faite à la prison des femmes de Rennes. Nous avons laissé la politique derrière nous. Dès lors, il ne sera plus le même homme. Devenant homme,
justement, autrement dit débarrassé des oripeaux de son métier, il fait le geste d?un poing serré porté à son côté droit du ventre et parle du mal comme d'une chose visible, dans le corps, dans
la chair, dans les viscères de l'être.
Je crois comprendre qu'il pense que le mal existe comme une entité séparée, claire, métaphysique, objectivable, à la manière d'une tumeur, sans aucune relation
avec le social, la société, la politique, les conditions historiques. Je le questionne pour vérifier mon intuition : de fait, il pense que nous naissons bons ou mauvais et que, quoi qu'il arrive,
quoi qu?on fasse, tout est déjà réglé par la nature.
A ce moment, je perçois là la métaphysique de droite, la pensée de droite, l'ontologie de droite : l'existence d'idées pures sans relations avec le monde. Le
Mal, le Bien, les Bons, les Méchants, et l'on peut ainsi continuer : les Courageux, les Fainéants, les Travailleurs, les Assistés, un genre de théâtre sur lequel chacun joue son rôle, écrit bien
en amont par un Destin qui organise tout. Un Destin ou Dieu si l'on veut. Ainsi le Gendarme, le Policier, le Juge, le Soldat, le Militaire et, en face, le Criminel, le Délinquant, le
Contrevenant, l'Ennemi. Logique de guerre qui interdit toute paix possible un jour.
Dès lors, ne cherchons pas plus loin, chacun doit faire ce pour quoi il a été destiné : le Ministre de l'Intérieur effectue son travail, le Violeur le sien, et
il en va d'une répartition providentielle (au sens théologique du terme) de ces rôles. Où l'on voit comment la pensée de droite s'articule à merveille avec l'outillage métaphysique chrétien : la
faute, la pureté, le péché, la grâce, la culpabilité, la moralité, les bons, les méchants, le bien, le mal, la punition, la réparation, la damnation, la rédemption, l?enfer, le paradis, la
prison, la légion d'honneur, etc.
J'avance l'idée inverse : on ne choisit pas, d'ailleurs on a peu le choix, car les déterminismes sont puissants, divers, multiples. On ne naît pas ce que l'on
est, on le devient. Il rechigne et refuse. Et les déterminismes biologiques, psychiques, politiques, économiques, historiques, géographiques ? Rien n'y fait. Il affirme : « J'inclinerais pour ma part à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie-là. Il y a 1200 ou 1300 jeunes
qui se suicident en France chaque année, ce n'est pas parce que leurs parents s'en sont mal occupés ! Mais parce que génétiquement ils avaient une fragilité, une douleur préalable. Prenez les
fumeurs : certains développent un cancer, d'autres non. Les premiers ont une faiblesse physiologique héréditaire. Les circonstances ne font pas tout, la part de l'inné est immense ». «
Génétiquement » : une position intellectuelle tellement répandue outre-Atlantique !
La génétique, l'inné, contre le social et l'acquis ! Les vieilles lignes de partage entre l'individu responsable de tout, la société de rien qui caractérise la
droite, ou la société coupable de tout, l'individu de rien, qui constitue la scie musicale de la gauche... Laissons de côté la théorie. Je passe à l'exemple pour mieux tâcher de montrer que le
tout génétique est une impasse autant que le tout social. Face à cet aveu de lieu commun intellectuel, je retrouve naturellement les techniques socratiques du lycée pour interpeller, inquiéter et
arrêter l'esprit, capter l'attention de mon interlocuteur qui, de fait, semble réellement désireux d'avancer sur ce sujet.
J'argumente : Lui dont chacun sait l'hétérosexualité - elle fut amplement montrée sur papier couché, sinon couchée sur papier montré... -, a-t-il eu le choix
un jour entre son mode de sexualité et un autre ? Se souvient-il du moment où il a essayé l'homosexualité, la pédophilie, la zoophilie, la nécrophilie afin de décider ce qui lui convenait le
mieux et d'opter, finalement, et en connaissance de cause, pour l'hétérosexualité ? Non bien sûr. Car la forme prise par sa sexualité est affaire non pas de choix ou de génétique, mais de
genèse existentielle. Si nous avions le choix, aucun pédophile ne choisirait de l'être...
L'argument le stoppe. Il me semble qu'à partir de ce moment, le candidat aux présidentielles, le ministre de l'intérieur, l'animal politique haut de gamme
laisse le pas à l'homme, fragile, inquiet, ostensiblement hâbleur devant les intellectuels, écartant d'un geste qui peut être méprisant le propos qui en appelle aux choses de l'esprit, à la
philosophie, mais finalement trop fragile pour s'accorder le luxe d'une introspection ou se mettre à la tâche socratique sans craindre de trouver dans cette boîte noire l'effroyable cadavre de
son enfance.
Dans la conversation, il confie qu'il n'a jamais rien entendu d'aussi absurde que la phrase de Socrate « Connais-toi toi-même ». Cet aveu me glace - pour lui.
Et pour ce qu'il dit ainsi de lui en affirmant pareille chose. Cet homme tient donc pour vain, nul, impossible la connaissance de soi ? Autrement dit, cet aspirant à la conduite des destinées de
la nation française croit qu'un savoir sur soi est une entreprise vaine ? Je tremble à l'idée que, de fait, les fragilités psychiques au plus haut sommet de l'État, puissent gouverner celui qui
règne !
Lors de sa parution, j'avais lu Le pouvoir et la vie de Valéry Giscard d'Estaing qui racontait ses crises
d'angoisse, ses inhibitions le paralysant dans son véhicule militaire de parade le 14 juillet sur les Champs Élysées, ses prétextes pour quitter le conseil des ministres afin de subir une
injection de calmant, son désir de se faire psychanalyser (par Lacan !) pendant son septennat, etc. Je me souvenais de confidences faites par tel ami bien informé sur l'état psychique fort peu
reluisant de Jacques Chirac après la dissolution et sur le type de traitement psy qu'il suivait à cette époque. Je me rappelais la fin d'un François Mitterrand , entre voyantes et reliques de
sainte Thérèse, invocations des forces de l'esprit, croyance en l'au-delà et abandon aux médecines de perlimpinpin.
Et je voyais là, dans le regard devenu calme du fauve épuisé par sa violence, un vide d'homme perdu qui, hors politique, se défie des questions car il redoute
les réponses, et qui, dès qu'il sort de son savoir faire politicien, craint les interrogations existentielles et philosophiques car il appréhende ce qu'elles pourraient lui découvrir de lui qui
court tout le temps pour n'avoir pas à s'arrêter sur lui-même.
Les soixante minutes techniquement consenties s'étaient allongées d'une trentaine d'autres. [...]
Dans l'entrebâillement de la porte de son bureau, la tension est tombée. Qui prend l'initiative de dire que la rencontre se termine mieux qu'elle n'a commencé
? Je ne sais plus. Il commente : « Normal, on est deux bêtes chacun dans notre genre, non ? Il faut que ça se renifle des bêtes comme ça... ». Je
suis sidéré du registre : l'animalité, l'olfaction, l'odorat. Le degré zéro de l'humanité donc. Je le plains plus encore. Je conçois que Socrate le plongerait dans des abîmes dont il ne
reviendrait pas... Du moins : dont l'homme politique ne reviendrait pas. Ou, disons le autrement : dont l'homme politique reviendrait, certes, mais en ayant laissé derrière lui sa défroque
politique pour devenir enfin un homme.
Alors que ses cerbères le prennent presque par la manche, il manifeste le désir de continuer cette conversation, pour le plaisir du débat et de l'échange, afin
d'aller plus loin. [...] Dernier mot de Nicolas Sarkozy en forme de lapsus, il est mouvement vers la sortie : « Je suis quand même un drôle de type, non ?
Je dois convaincre soixante-cinq millions de Français, et je vous dis, là, que je voudrais continuer la conversation ! Hein ? Non ? Il n'y a pas autre chose à faire ? Quand même... ».
Soixante-cinq millions c'est le nombre des Français à convaincre d'amour, pas celui des électeurs à convaincre de voter..."
(Michel Onfray, "Le cerveau d'un homme de droite. Portrait de Nicolas Sarkozy, acte 1.", sur son blog http://michelonfray.blogs.nouvelobs.com, 3
avril 2007)
Que l'on vienne pas me dire, après avoir lu cela, que Sarkozy de Nagy-Bocsa est un homme de droite - ou un homme de pouvoir - comme un autre...
Comment peut-on penser, comme le candidat de l'UMP, que la perversion pédophile et les tendances suicidaires puissent être inscrites dans les gènes des individus ? C'est tout simplement
aberrant... Quant à cette susceptibilité, cette aggressivité défensive, cet orgueil, cette obsession du pouvoir, viscérale chez Sarkozy, on les trouverait volontiers simplement comiques, s'ils
n'apportaient pas, en même temps, un éclairage sinistre sur les temps à venir... Sarkozy est un politicien dangereux, n'importe qui ayant un minimum de réflexion ne peut que le constater.
Pourtant, celui-ci continue à être considéré comme le futur gagnant de l'élection présidentielle. Ce sont les sondages d'opinion qui le disent, mais on sait bien ce que valent les sondages...
Rien n'est donc encore définitif. Cependant, l'électorat sarkozyste existe bel et bien. Dès lors une question ne peut manquer de se poser : comment peut-on vouloir confier la plus haute charge de
l'État à cet individu ? Sans doute faudrait-il que les électeurs favorables à Qui-vous-savez se décident, enfin, à utiliser ce que, visiblement, ils négligent depuis trop longtemps : leur
cerveau. Est-ce si difficile ? Soyons franc : pour vouloir voter pour Sarkozy, il faut être soit un naïf aveuglé par le cirque médiatique du candidat en question, soit un égoïste très préoccupé
du destin de son petit nombril et de son portefeuille...
Michel Onfray a rencontré à nouveau Sarkozy, le matin du 1er mars dernier, pour un petit-déjeuner, toujours au Ministère de l'Intérieur, qui,
rappelons-le, se trouve en face du palais de l'Élysée. Ce second entretien a eu lieu dans une ambiance beaucoup plus calme que le précédent. Laissant de côté les "sujets qui fâchent - politique, gaullisme, libéralisme, religion, présidentielles, ministère de l'Intérieur -", les deux hommes ont surtout parlé de littérature,
"de Cohen et Rabelais, de Céline et Schopenhauer, de Sénèque et Shakespeare", et cela de façon "inattendu", à en
croire le libertaire docteur en philosophie. Onfray a alors eu l'opportunité de cerner davantage la personnalité tourmentée de son interlocuteur ministre et candidat :
"Il avoue ne pas aimer attendre, être pressé, il apprécie les passions fortes, les sensations et les
émotions denses, il veut mille vies dans une, la sienne. Je comprends cette façon de voir les choses, car je suis dans le même état d'esprit. Mais lui dans l'inquiétude dispersée, moi dans la
quiétude concentrée. Lui, intranquille éparpillé dans les fragments, moi tranquille dans le grand tout. Lui nerveux sans cesse, moi serein tout le temps. Lui n'aimant pas l'introspection, la
philosophie, Socrate, moi ayant construit ma vie sur cette discipline, et avec elle, comme une ascèse, depuis des années, puis acquis mon équilibre de haute lutte tant mon départ dans la vie fut
contemporain de cauchemars qui rendaient très improbable une vie heureuse."
(Michel Onfray, "L'hémisphère gauche d'un cerveau de droite. Portrait de Nicolas Sarkozy. Acte 2.", sur son blog
http://michelonfray.blogs.nouvelobs.com, 6 avril 2007)
Onfray est ensuite sidéré par ce candidat, ministre de l'Intérieur, qui, en lui faisant soudain l'éloge de la transgression, révèle ce trait
caractéristique des hommes de pouvoir : "le mépris des lois, l'envie d'occuper un poste, le plus important possible, qui rende possible ce mépris au quotidien,
et pour longtemps, car il n'y a au pouvoir que gens sans foi ni loi. Ou du moins pour qui il n'existe qu'une foi et qu'une loi : Soi."
"Voici ses propos : « Je pense que l'on se construit en transgressant,
qu'on crée en transgressant. Moi-même j'ai créé mon personnage en transgressant certaines règles de la pensée unique. Je crois en la transgression. Mais ce qui me différence des
libertaires (dont j'avais pris soin de lui dire que c'était ma famille), c'est que pour transgresser il faut qu'il y ait des règles ! Il faut qu'il y ait
de l'autorité, il faut qu'il y ait des lois. L'intérêt de la règle, de la limite, de la norme, c'est justement qu'elles permettent la transgression. Sans règles, pas de transgression. Donc pas de
liberté. Car la liberté, c'est transgresser ». Sidérant : la saillie mérite une note sur sa fiche aux renseignements généraux...
[...]
Nous allions vers la fin de notre entretien. J'étais le libertaire qui défend la loi,
il était le disciplinaire qui célébrait la transgression ! Le ministre de l'Intérieur ne trouvait aux règles qu'une bonne raison d'exister : la possibilité de les ignorer ; le philosophe
nietzschéen parlait pour peu d'interdits, mais pour des interdits majeurs, fondateurs de communautés qui, sinon, deviennent impossibles. Et le premier n'excluait pas de partir en vacances avec le
second - qui, lui, n'envisageait pas la chose... Le monde à l'envers !
Les sabliers vinrent rappeler au candidat qu'il avait autre chose à faire que discuter et tirer des plans sur la comète philosophique. [...] Dans l'embrasure
de la porte, il me confie le plaisir qu'il a eu à ces conversations. Sans sourciller, le plus sérieusement du monde, il ajoute : « vous viendrez me voir quand je
serai en face »... Nouvelle sidération !
[...]
J'ai de la compassion - de la « tendresse de pitié » écrirait Albert Cohen - pour un être qui se détourne autant de lui-même, qui déteste son enfance, qui rit
du projet de Socrate, qui veut toujours être dans un temps qui n'existe pas et qui, pour ce faire, piétine son présent avec la même ardeur qu'il foule son passé lointain ; j'ai de la compassion
pour cet individu qui voudrait tellement être aimé et, maladroit, se fait tant détester ; j'ai de la compassion pour cet homme blessé qui croit pouvoir panser ses plaies avec les fétiches de la
puissance ; j'ai de la compassion pour cet homme fragile qui sur-joue tellement la force ; j'ai de la compassion pour cet homme qui n'échappera pas à lui-même : qu'il soit un jour Président de la
République, ou qu'il ne le soit pas. L'air était frais, la lumière rasante, le soleil cru, les ombres humides. Je n'aurais pas échangé une seconde de sa vie pour une seconde de la
mienne..."
(Michel Onfray, "L'hémisphère gauche d'un cerveau de droite. Portrait de Nicolas Sarkozy. Acte 2.", sur son blog
http://michelonfray.blogs.nouvelobs.com, 6 avril 2007)
J'avoue que j'aimerai bien retrouver le chemin de cette "quiétude concentrée" dont parle Onfray, cet
état de sérénité si propice à la réflexion, à la méditation, duquel le rouleau compresseur médiatique de Sarkozy et de ses sous-fifres m'a arraché, pour me précipiter dans un état d'inquiétude et
de haine de plus en plus insupportable... Sarkozy aurait-il réussi à me transformer en son propre reflet ? J'ai longtemps voulu ne nourrir à son égard qu'une détestation toute politique, mais
aujourd'hui, il est clair que je hais cet homme, lui et tout ce qu'il représente, au delà du combat strictement politique... Désormais, je ne vois de porte de sortie acceptable que dans la
défaite de Sarkozy. Encore 14 jours d'attente, interminables, pour enfin, peut-être, sortir de ce cauchemar, reprendre une vie normale et retrouver - enfin ! - un peu de paix et de sérénité... La
considération de la situation sous un angle satirique est la seule chose qui m'aide à supporter ce mauvais numéro de cirque qu'est l'actuelle campagne électorale...
La même question revient toujours, sans cesse : comment tout cela va-t-il finir ? J'aimerai bien le savoir, tant l'incertitude est grande...
Personne ne semble être en mesure d'exercer le moindre contrôle sur cette situation aberrante, si favorable à l'élection de Talonnette Ier. Si cela ne tenait qu'à moi, il y a longtemps que la
carrière politique de Sarkozy serait terminée... Je continue d'espérer que les citoyens électeurs agiront sagement, dans les prochaines semaines...
Il fut un temps où un empereur, Marc Aurèle, philosophe stoïcien, gouvernait l'Empire romain, qui couvrait alors, au IIe siècle de notre ère,
tout le pourtour méditerranéen. C'était il y a bien longtemps, dans un contexte bien différent de celui du monde d'aujourd'hui. Il faut croire que l'utopie de la cité gouvernée par un
"roi-philosophe", imaginée par Platon, n'est vraiment pas pour notre époque. Au fond, ce que je souhaiterai, c'est de n'être ni gouverné par les autres, ni de gouverner moi-même les autres, mais
que ce soit la raison et la sagesse qui gouvernent tout le monde. Or, comme on peut le constater, nous en sommes bien loin : il n'y a qu'à observer Sarkozy et les électeurs qui disent vouloir
voter pour lui...
Cordialement, :-)
Hyarion, l'anarcho-monarchiste résolument anti-sarkozyste.
(Illustration : La Nef des fous, huile sur bois [v. 1510-1515], par Jérôme Bosch, Paris, Musée du Louvre ; Les Dindons, huile sur toile [1877], par Claude Monet, Paris, Musée d'Orsay ; Détail du tableau Surpris !, huile sur toile
[1891], par Henri Rousseau, dit le Douanier Rousseau, Londres, National Gallery ; Caricature de Sarkozy en "Youki Beauvau", par Lefred-Thouron, publiée dans Élysée-moi !, Les Dossiers du Canard Enchaînée N°103, avril 2007)
Commentaires