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"Sarkozy, il faut lui marcher dessus. Pour deux raisons. Un, c'est la seule chose qu'il comprenne. Deux, ça porte chance." (Jacques Chirac)


(Jacques Chirac, par Kiro)

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Samedi 10 mars 2007 6 10 03 2007 18:38
A l'occasion de l'élection présidentielle de 2002, le Canard Enchaîné avait publié un numéro des Dossiers du Canard intitulé Manufacture française de candidats, dans lequel était présenté les nombreux candidats à l'élection à la façon du célèbre catalogue Manufrance, qui fut l'ancêtre de la vente par correspondance, avant l'apparition du catalogue de la Redoute. Dans l'article consacré à Jean-Marie Le Pen, on pouvait alors lire : « Solde avant fermeture. Le modèle exclusif est garanti "candidat à vie", mais il sera sans doute retiré de la vente en 2005. » Hélas, cinq ans après, le "menhir" raciste et xénophobe, aussi connu sous le nom de Le Pen, est toujours là.

Je me souviens de la première fois où j'ai découvert Le Pen à la télévision, lorsque j'étais enfant... En fait, je l'ai découvert par l'intermédiaire de sa marionnette de l'émission de satire politique "Le Bébête Show" sur TF1 : pour autant que je m'en souvienne, il y apparaissait habillé du costume traditionnel breton de Bécassine, pourvu de sortes de défenses de sanglier dans la bouche, et s'appellait "Pencassine"... Une fois, j'avais entendu la marionnette dire "Mais je ne suis pas raciste ! Moi, les Arrrabes, je les aiment tous !", et, naïvement, sans comprendre l'ironie du propos, j'avais alors demandé à ma grand-mère : "Dis Mamie, c'est vrai que Le Pen il aime bien les Arabes ?" C'est à ce moment-là que l'on m'a expliqué que Le Pen était un affreux personnage, raciste et xénophobe... A l'époque, j'étais à l'école primaire, et dans la cour de récréation, on plaisantait entre élèves à partir d'un jeu de mots, avec une question du genre "Tu préfères le pain ou Le Pen ?", et, bien entendu, on préférait toujours le pain, tellement bon à manger, plutôt que Le Pen... Nous étions des gosses, mais même si le temps était à l'insouciance et à l'inconscience des enjeux politiques, le préjugé négatif que j'ai pu avoir dès cette époque vis-à-vis de Le Pen n'a jamais été démenti par la suite, et je m'estime heureux, encore aujourd'hui, d'avoir grandi dans un milieu anti-lepéniste...

Né le 20 juin 1928 à La Trinité-sur-Mer (Morbihan), Le Pen aura 79 ans cette année. Élu député poujadiste de Paris en 1956, sous la IVe République - à vingt-sept ans, il était alors le plus jeune député de l'Assemblée nationale -, président tout-puissant du Front National (FN) depuis sa fondation, en 1972, il poursuit, encore aujourd'hui, une carrière politique décidément interminable. Et il n'a rien perdu de ses capacités de nuisance. Candidat perpétuel d'extrême-droite aux élections présidentielles de 1974, 1988, 1995 et 2002 - il n'a pas obtenu les 500 parrainages d'élus nécessaires pour se présenter à l'élection présidentielle de 1981 - Le Pen est une fois de plus engagé, cette année, dans la course à l'Élysée, continuant ainsi d'empoisonner la vie politique de ce pays, en se présentant toujours comme un candidat engagé contre le système établi. S'il a toujours représenté un problème de concurrence électorale pour la droite, force est de constater qu'il n'en est pas forcément de même pour la gauche de gouvernement. Le Front National a commencé à s'imposer peu à peu dans le paysage politique à partir de 1983 et 1984. Pour permettre au Parti socialiste (PS) de triompher de la droite crypto-gaulliste, représentée par Jacques Chirac et son parti, le RPR - ancêtre de l'UMP -, le président de la République François Mitterrand a probablement su alors habilement instrumentaliser l'extrême-droite lepéniste, en permettant notamment la médiatisation du discours de Le Pen - notamment sur les chaînes de télévisions publiques - et en obligeant la droite, ainsi mise en difficulté, à se positionner par rapport au FN, l'extrême-droite n'étant plus, désormais, intégrée dans les rangs de la droite comme c'était essentiellement le cas auparavant, depuis la fin des années 1960. Jacques Chirac n'ayant jamais caché le fait qu'il détestait Le Pen et ce qu'il représente - ce qui est tout à son honneur -, cette situation n'a pu que servir de facto les intérêts électoraux de Mitterrand et du PS, pendant des années... Chirac évoque ainsi son allergie à Le Pen :

« J'ai toujours été allergique au Front national, c'est quasiment physique, je ne peux supporter tout ce qui est racisme et xénophobie. C'est physique, je hais tout ce que cela représente !
Au mois d'août 1987, je passais quelques jours de vacances avec ma femme à Cannes, à l'hôtel du Cap. J'étais allé me baigner, je remonte le petit chemin qui relie la plage à l'hôtel, quand un type se précipite sur moi et me dit : "Bonjour, monsieur Chirac." Je tends la main, mais, au moment précis où je lève la tête, je m'aperçois que c'est Le Pen. Je retire ma main et lui tourne le dos, mais trop tard : j'ai été piégié par Le Pen qui a fait prendre une photo de cette rencontre montée par lui. Un peu plus tard, le patron de l'agence Sipa, Sipahioglu, m'appelle et demande à me voir. Je le vois. Il me montre la photo prise à Cannes. "On me propose ce cliché, me dit-il. Je suis très choqué, je suis contre ce genre de méthode. J'ai acheté cette photo."
Je lui propose alors de la lui racheter. "Il n'en est pas question. Je l'ai achetée parce que je considère que c'est de mon devoir, mais je refuse que vous me la rachetiez. Je vous en fais cadeau avec le négatif."
Il est peu de chose qui me choque, mais je ne supporte vraiment ni la xénophobie ni le racisme. Si je suis souvent sévère avec les Israéliens, c'est à cause de leur politique. Pour autant, je ne tolère pas le racisme, l'antisémitisme : c'est dans mes gènes, je suis né comme ça. [...]
Oui, même Édouard Balladur, avec qui j'étais très lié à l'époque [l'élection présidentielle de 1988], a essayé de me convaincre qu'il fallait moyenner avec Le Pen d'une façon ou d'une autre. Et je lui ai dit : "Cela, Édouard, jamais ! On perdra peut-être les élections, mais, si on les perd, ce ne sera pas pour cette raison-là." J'ai été l'objet d'une forte pression qui n'était pas dépourvue de sens sur le plan politique, même si elle était inacceptable sur le plan moral. Je pouvais comprendre que certains nourrissent cette idée-là. Dans la majorité - enfin, dans l'ex-majorité, autrement dit à droite -, c'était surtout Pasqua qui voulait me faire prendre contact avec Le Pen afin qu'on passe un accord avec lui. Et puis Balladur n'arrêtait pas de me rabâcher : "Jacques, on va perdre les élections si on ne trouve pas moyen de nous accorder avec l'extrême droite." Ce sont ces deux-là, Pasqua et Balladur, qui en faisaient le plus pour me convaincre, l'un s'y prenant avec plus de subtilité que l'autre, mais ils s'en trouvait pas mal d'autres pour être favorables à un tel pacte. J'étais alors beaucoup critiqué. J'estimais que c'était là un raisonnement que l'on pouvait soutenir politiquement, mais le problème était qu'il n'était pas moralement défendable. Quand on fait de la politique, il ne faut certes pas être trop bégueule, mais il y a des limites qu'on ne peut franchir sur le plan des principes. Or un accord, quel qu'il soit, avec le Front national était pour moi au-delà de la limite à ne pas franchir [...]. On m'a accusé de bien des choses, mais on ne saurait contester mon attitude à l'égard de l'extrême droite. [...] »

(Chirac, in Pierre Péan, L'Inconnu de l'Elysée, Fayard, 2007, cité in Marianne N°512 [du 10 au 16 février 2007])

Le 13 février dernier, Balladur a nié avoir essayé de convaincre Chirac qu'il fallait "moyenner" avec Le Pen, même si ce genre d'attitude lui ressemble assez bien...

« Il ment en m'accusant d'avoir voulu pactiser avec le Front national. C'est faux, archifaux. Ce type est vraiment un minable. Il essaie de se donner le beau rôle. »

(Édouard Balladur, à propos de Chirac, cité in Le Canard Enchaîné N°4503, 14 février 2007)

Pour sa part, le 22 février, Charles Pasqua a affirmé, sur la radio RTL, que Chirac avait rencontré Jean-Marie Le Pen entre les deux tours de l'élection présidentielle de 1988 :
 
« Je lui ai demandé [à Chirac] s'il souhaitait rencontrer Le Pen, il m'a dit oui, j'ai donc arrangé cette rencontre. [...] Je les ai présentés, ils se sont serré la main, je les ai laissés parler et ensuite j'ai raccompagné Le Pen jusqu'à la sortie. »

(Charles Pasqua, sur RTL, 22 février 2007)

Quoiqu'il en soit, je pense que l'anti-racisme de Chirac, ainsi que son allergie à Le Pen, sont réels. Et s'il est vrai que les deux hommes se sont rencontrés entre les deux tours de l'élection présidentielle de 1988, il est assez clair que Chirac n'a jamais pactisé avec Le Pen, et il a, du reste, toujours refusé de débattre avec le président du FN sur les plateaux de télévision. Mais qu'en est-il de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa ? On sait que Talonnette Ier a beaucoup moins de scrupules que Chirac pour ce qui est de rencontrer Le Pen et de discuter avec lui... mais depuis 2002, on a surtout vu l'empressement dont le ministre-candidat a fait preuve pour essayer de "rendre inutile" le Front National, en abordant à sa façon (la manipulation) des problèmes tels que celui de l'immigration. Avant-hier encore, le 8 mars 2007, il a annoncé, sur France 2, une nouvelle loi sur l'immigration, qu'il ferait voter dès juillet s'il était élu à l'Élysée, ainsi que la création d'un "ministère de l'immigration et de l'identité française". Nouvelle surenchère électorale... Comment en est-on arrivé là ? En fait, pour essayer de comprendre le comportement de Sarkozy vis-à-vis de Le Pen et de l'extrême-droite, il faut d'abord avoir conscience qu'il s'agit là d'une histoire déjà ancienne...

C'était il y a dix ans, en 1997. Sarkozy, qui paye encore alors, vis-à-vis de Chirac, sa trahison de 1993-1995 au profit de Balladur, a été mis à l'écart des responsabilités gouvernementales. Député RPR des Hauts-de-Seine, il n'est plus qu'un ancien ministre du Budget, au bilan plus que mitigé. Le 17 février 1997, il participe à une émission télévisée, sur France 2, intitulé "Franchement", dans laquelle il doit débattre avec Bruno Mégret représentant le Front National, et dont l'épouse, Catherine Mégret, vient d'être élue maire de Vitrolles (Bouches-du-Rhône). Pour Daniel Schneidermann, alors chroniqueur au journal Le Monde, ce fut un grand moment de télévision :
« On s'attendait à un K.-O. : Sarkozy, maire de Neuilly, incarnation honnie de la pensée unique balladurienne, face au vainqueur consort de Vitrolles ! Or ce fut bien un K.-O., mais point celui-là. Remonté, enthousiaste, pugnace, Sarkozy fit pleuvoir sur Mégret tétanisé la grêle de ses petits poings. "Je ne crois pas que le Front national propose de mauvaises solutions", glissa-t-il. Un temps de silence. "Je crois qu'il ne présente pas de solutions du tout." Les yeux au ciel, Mégret encaissait. Sarkozy : il parait que vous voulez supprimer l'impôt sur le revenu en cinq ans ? Mégret : oui, en baissant les charges de l'État. Sarkozy : combien d'économies comptez-vous réaliser par an ? Pas de réponse. Sarkozy : combien par an ? Pas de réponse. Sarkozy : ma question vous gêne ? Acculé, Mégret balbutia une parade à base de "taux différentiels", mais on ne l'écoutait plus. [...] Pour dévorer la "souffrance du peuple" et tenter de la faire vibrer dans sa voix, mieux vaut avoir l'estomac d'autruche d'un Le Pen qu'une tête bien pleine de polytechnicien [Mégret est diplômé de l’École polytechnique]. Cela ne retire rien au mérite de Sarkozy, qui mérita amplement sa victoire. On eut le sentiment que les recettes en étaient d'ailleurs assez simples : une petite dose de courage, une connaissance minimale des dossiers, et la fierté de ce que l'on est. (Daniel Schneidermann, in Le Monde, 24 février 1997) »
Sarkozy a tenu à montrer qu'il n'avait pas peur du FN, et que la droite pouvait lui tenir tête...
« Opposé à Bruno Mégret, délégué général du Front National, M. Sarkozy a déclaré qu'il n'est pas bon "que des courants de pensée puissent se sentir totalement exclus à jamais de la représentation parlementaire". En revanche, il s'est dit résolu à réfuter "point par point, programme contre programme" les propositions des amis de Jean-Marie Le Pen, qui n'offrent "aucune réponse crédible sur les vraies questions qui se posent aux Français". "Le Front national a une vision de la France qui s'apparente à la ligne Maginot", a-t-il affirmé. L'ancien ministre a dénoncé la "gestion pépère, sans ambition" des municipalités dirigées par l'extrême droite et leur volonté d'"aseptiser toute forme de création culturelle". "Vous êtes à la culture ce que la restauration rapide est à la gastronomie !", a-t-il lancé à M. Mégret. (Le Monde, 19 février 2007) »


Que Sarkozy puisse clouer le bec d'un type aussi détestable que Mégret, on ne s'en plaindra pas. Mais il y a tout de même un problème, que le caractère policée de l'émission et les questions convenues des journalistes n'ont pu dissimuler. Le dessinateur Bernar a réalisé, à l'époque, pour le journal satirique Charlie Hebdo, une représentation dessinée de cette émission, sans oublier, lui, d'en souligner le caractère malsain. Durant cet émission, en effet, Sarkozy dialogue de façon courtoise avec son contradicteur extrémiste, allant jusqu'à lui faire des concessions intempestives sur le thème de l'immigration, tandis que Mégret affiche ouvertement ses idées racistes - pour lesquelles il sera plus tard condamné par la justice - : 
- Mégret : "L'inégalité des races, mais c'est une évidence. Où est le problème ?"
- Sarkozy : "Bon... S'il s'agit de dire qu'un citoyen français a plus de droits civiques qu'un étranger, je peux être d'accord avec vous."
Aborder les thèmes de l'immigration ou du travail dans un débat politique, n'est pas un problème en soi, mais il est tout de même assez scandaleux de vouloir en discuter avec les représentants de l'extrême-droite, comme si le FN était un parti politique comme les autres, et ses réprésentants des gens respectables... Rappelons que Mégret est alors le Numéro 2 du Front National. Par la suite, il a tenté ce que Le Pen et ses partisans ont appelé par dérision un "pu-putsch" contre le président du FN, ce qui a finalement abouti à son exclusion du Front National en décembre 1998, Mégret créant son propre parti d'extrême-droite, le MNR, en 1999. Depuis, enlisé dans les difficultés financières et judiciaires, il a piteusement échoué dans sa tentative d'exister politiquement face à Le Pen, n'ayant obtenu que 2,34 % des suffrages au premier tour de l'élection présidentielle de 2002 - alors que Le Pen s'est qualifié pour le second tour, avec 16,86 % des voix. Sa campagne sur le thème de "l'islamisation de la France" - thème récupéré depuis par Philippe de Villiers - a été un échec complet. Condamné, avec sa femme Catherine Mégret, pour détournement de fonds publics, il s'est vu contraint de se rallier à la candidature de Le Pen pour l'élection présidentielle de 2007. Ces idées politiques, racistes et xénophobes, sont, aujourd'hui, toujours aussi nauséabondes... Schneidermann, un peu trop admiratif de la prestation de Sarkozy face à Mégret, a eu beau se réjouir qu'il suffisait d'être courageux, de connaître ses dossiers et d'être fier de ce que l'on est pour tenir tête au Front National, le problème n'est pas là : il s'agit bien plutôt de se demander pourquoi de tels "débats" avec des extrémistes sont considérés comme normaux, et pourquoi Le Pen et les autres représentants de l'extrême-droite semblent être considérés comme étant des gens respectables. Le vrai courage ne serait-il pas plutôt de se poser sérieusement la question de l'interdiction du Front National et du refus pur et simple de débattre avec des gens qui n'en valent pas la peine ? Force est de constater que Chirac a eu raison de dire, entre les deux tours de l'élection présidentielle de 2002, qu'il n'y a "pas de débat possible" avec l'extrême-droite... En voulant s'affirmer face au FN, Sarkozy a joué avec le feu, et bien entendu, il continue aujourd'hui... mais revenons encore dix ans en arrière...
L'année 1997 est, avant tout, pour la droite, l'année de la dissolution ratée de l'Assemblée Nationale, décidée par Jacques Chirac en avril, qui a abouti à la victoire de la gauche aux élections législatives et à la cohabitation du président Chirac avec le gouvernement du socialiste Lionel Jospin. La droite est donc désormais dans l'opposition. C'est précisément à cette époque que Sarkozy semble acquérir définitivement la conviction que la droite doit s'affirmer fortement face au FN, ne pas avoir honte d'afficher ses valeurs et d'aborder franchement des sujets tels que la sécurité ou l'immigration, jusque-là plutôt évoqués avec prudence pour ne pas risquer d'être incompris par l'opinion publique. Pour pouvoir reconquérir le pouvoir, la droite, selon lui, doit être clairement identifiable. Par ailleurs, le Front National ne doit plus être diabolisé : la droite doit montrer qu'elle ne le craint pas sur son propre terrain. L'objectif est, bien entendu, de récupérer l'électorat favorable à Le Pen. En décembre 1998, le conflit ouvert entre Le Pen et Mégret, qui aboutira à une scission du FN, semble favorable à la réalisation de cet objectif. Nicolas Sarkozy, devenu secrétaire général du RPR - Philippe Séguin étant président du parti -, déclare alors : 

"Il faut que l'opposition retrouve la confiance de ses électeurs. Pour cela nous devons tenir un discours décomplexé et sans outrance. Défendre nos idées sans nous préoccuper du "qu'en-dira-t-on socialisant". C'est ce que nous avons fait sur le Pacs, sur les faux emplois Aubry dans la fonction publique, sur l'hérésie des 35 heures. Le temps des discours fades, mous, inodores et sans saveur est derrière nous. [...] La meilleure façon de ne pas être caricatural, c'est de se battre pour ses convictions. Le vrai risque de ringardisation, c'est le discours faussement consensuel. Que la droite fasse son travail et elle récupérera ses électeurs. Qu'elle défende ses idées et l'extrême droite sera rangée au rayon des accessoires définitivement délaissés. [...] [La crise au Front national] est une bonne nouvelle pour l'opposition. Le comportement de Jean-Marie Le Pen et Bruno Mégret devrait convaincre tous ceux qui ne comprenaient pas pourquoi nous ne voulions pas d'accord avec ce parti. Sans parler des idées, le spectacle donné par la direction du FN, qui se dévore et s'assassine, condamne toute stratégie d'alliance. François Mitterrand et les socialistes ont honteusement exploité le Front national. Mais ayons le courage de reconnaître que le Front national est apparu parce que la droite avait pour partie renoncé idéologiquement. Le retour de la droite a diminué l'espace de l'extrême droite. Cet espace diminuant, ses dirigeants se sont entre-déchirés. Bien loin de nous exonérer de l'effort entrepris, la crise au Front national doit renforcer notre volonté de renouveler notre discours et de tenir nos engagements à l'endroit d'électeurs qui étaient les nôtres."

(Sarkozy dans un entretien, Le Figaro, 11 décembre 1998)

Aux questions "Envisagez-vous d'accueillir les militants, cadres et élus déçus du FN ? Y mettez-vous des conditions ?", Sarkozy répond :

"N'allons pas plus vite que la musique. Si des électeurs ou des militants du FN souhaitent se détourner de cette formation pour nous rejoindre, nous les accepterons. Je parle des militants et sympathisants. Pour le reste, nous verrons l'évolution des choses. L'opposition doit poursuivre son travail de reconquête, loin de ce qui se passe au FN, qui est une caricature de démocratie."

(Sarkozy, Le Figaro, 11 décembre 1998, op.cit.)

En 1999, Sarkozy, alors président du RPR par intérim - en remplacement de Philippe Séguin, démissionnaire -, connait avec ses alliés libéraux une sévère défaite aux élections européennes. Pour lui, c'est une nouvelle traversée du désert qui commence, mais en 2002, ayant soutenu la candidature de Chirac à sa propre succession à la présidence, il revient sur le devant de la scène en tant que ministre de l'Intérieur, de la Sécurité intérieure et des Libertés locales. Entre-temps, le FN a surmonté la crise née de la scission mégrétiste, et a repris du poil de la bête, au point que Le Pen a réussi à se qualifier pour le second tour de l'élection présidentielle. Une fois arrivé au ministère de la place Beauvau, Sarkozy va tout faire pour attirer à lui l'électorat lepéniste. Devenu ministre de l'Économie et des Finances à la fin du mois de mars 2004, puis président tout-puissant de l'UMP en novembre, en dehors du gouvernement, il reviendra en force au ministère de l'Intérieur en juin 2005, et reprendra alors ses manoeuvres dangereuses, dans la perspective de la prochaine élection présidentielle. L'agitation médiatique qu'a provoqué sciemment Talonnette Ier, par ses gesticulations sécuritaires pendant cinq ans et l'emploi opportuniste de certains mots prononcés à l'égard des banlieues, ont certes sans doute séduit pour partie l'électorat visé - celui de l'extrême-droite -, mais a surtout contribué à pourrir la situation du pays, à diviser la population, et à entretenir un climat de peur et d'incertitude qui fait, avant tout, le jeu du FN. Sans doute faut-il préciser ici, pour ceux qui en douteraient encore, que Sarkozy n'est pas un raciste ou un xénophobe, mais simplement un opportuniste clientéliste manipulant les thèmes de la sécurité, de l'immigration et du travail à des fins électoralistes.

« Je ne vise pas l'électorat du FN, je l'ai déjà. »

(Sarkozy lors d'un déplacement dans le Cantal, cité par Thomas Lebegue, Libération, 1er juillet 2005)

« Les voyous vont disparaître, je mettrai les effectifs qu'il faut, mais on nettoiera la Cité des 4000. »

(Sarkozy, à l'occasion de sa visite, le 20 juin 2005, dans une cité de La Courneuve [Seine-Saint-Denis], Le Monde, 21 juin 2005)

« Le terme "nettoyer au Kärcher" est le terme qui s'impose, parce qu'il faut nettoyer cela. »

(Sarkozy lors d'une nouvelle visite à La Courneuve, France 2, journal de 20 heures, 29 juin 2005)

« - : ...
- Sarkozy : Vous en avez assez, hein ?
- : ...
- Sarkozy : Vous en avez assez de cette bande de racailles ? Eh bien on va vous en débarasser... Bonne soirée ! »

(Sarkozy en visite, dans la nuit du 25 au 26 octobre 2005, dans un quartier défavorisé d'Argenteuil [Val-d'Oise], Journaux télévisés, 26 octobre 2005)

Ne perdons pas notre temps à suspecter Sarkozy d'être un "fasciste" ou un "raciste" parce qu'il a dit ceci ou cela. Le stigmatiser de la sorte n'a pas de sens, d'autant que les termes de "fasciste" et de "raciste" font partie, depuis longtemps, de cette catégorie de mots si galvaudés qu'ils ont été vidés de leur substance, de leur signification originelle (elle-même, à la base, protéiforme et pas toujours satisfaisante)...  A quoi bon traiter Sarkozy de "fasciste" ou de "raciste" quand, d'une part, ces mots n'ont plus de sens, et quand, d'autre part, ils ne correspondent même pas à la réalité par rapport à leur sens initial ? Sarkozy n'était pas né, au temps du fascisme, celui des origines, celui qu'a connu l'Italie de Mussolini de 1922 à 1945. Alors, bien entendu, il n'a pas échappé à grand-monde que le livre politique de Sarkozy Témoignage, a été traduit en italien pour le compte des éditions Nuove Idee et préfacé, à cette occasion, par Gianfranco Fini, qui dirige l’"Alleanza nazionale", parti politique italien de droite, héritier du "Movimento sociale italiano" (MSI) d'extrême-droite néo-fasciste, lui même issu du Parti national fasciste créé par Benito Mussolini en 1921... Cela suffit-il pour qualifier Sarkozy de "fasciste" ? J'en doute. Gianfranco Fini n'est certes pas une personne fréquentable, mais il en faudrait tout de même un peu plus pour désigner Sarkozy comme étant un "fasciste"...
Et pour ce qui est du "racisme" supposé de Talonnette Ier, je pense que ce qualificatif n'est pas, lui non plus, justifié.
Et les mots "nettoyer", "racailles" et "Kärcher", prononcés par le ministre-candidat lors de ses visites dans les banlieues d'Île-de-France, en 2005, que signifient-ils alors, dans ce cas ? Là encore, en soi, pas grand-chose, en vérité... Ce sont, avant tout, des instruments utilisés de façon opportuniste par Sarkozy, sous l'oeil des caméras, pour, d'une part, satisfaire les préjugés racistes et xénophobes de la part de la population téléspectatrice la plus proche électoralement de la droite traditionnelle et de l'extrême-droite, et d'autre part pour brouiller les cartes sur le plan médiatique afin de masquer, par l'agitation ainsi provoquée, la mauvaise situation de la France sur le plan de l'insécurité, alors que Sarkozy est pourtant censé avoir été un ministre de l'Intérieur particulièrement actif et efficace entre 2002 et 2004... Souvenons-nous, en effet, du contexte de l'époque : Sarkozy a effectué sa tristement célèbre visite dans la cité des 4000 à La Courneuve (Seine-Saint-Denis) le 20 juin 2005, au lendemain du meurtre d'un enfant de 11 ans victime de balles perdues... Il a eu à coeur d'afficher la mobilisation des autorités publiques suite à ce drame... Il reviendra une dizaine de jours plus tard, pour proposer des solutions aux problèmes de la cité, mais en employant néanmoins le terme "nettoyer au Kärcher" pour désigner l'action de débarasser les banlieues de la délinquance... C'est donc à ce moment-là, alors qu'il vient de revenir au ministère de l'Intérieur après quelques mois d'absence, que Sarkozy a semble-t-il découvert les vertus d'un appareil de nettoyage propulsant de l'eau à haute pression, et généralement désigné sous le nom de Kärcher...  En fait, selon les opportunités, Sarkozy marque les esprits en voulant afficher par une attitude volontariste et énergique de son retour à la place Beauvau. Il veut ainsi donner une image de fermeté et de sécurité... Il reprendra spontanément, plus tard, le terme de "racailles", employé par une habitante d'un quartier défavorisé d'Argenteuil qui l'a interpellé depuis une fenêtre d'immeuble, pendant sa visite nocturne dudit quartier, le 26 octobre 2005... Bien qu'il puisse y avoir une part d'imprévu selon les circonstances, les mots "nettoyer", "Kärcher", "racailles" ne sont pas en soi des dérapages. Les vives polémiques qu'ils ont déclenché et l'hostilité qu'ils ont suscité auprès d'une partie de la population des banlieues, et notamment auprès de personnes, issues ou non de l'immigration, vivants dans les quartiers difficiles, peuvent cependant aujourd'hui constituer un problème pour Sarkozy en tant que candidat cherchant à "rassembler"... Vis à vis des habitants des banlieues issus de l'immigration d'Afrique du Nord et d'Afrique sub-saharienne, il n'y a pas à proprement parler de racisme - au sens "biologique" classique du terme - dans cette attitude de Sarkozy, mais simplement une forme de provocation opportuniste plutôt destinée à un autre public (celui favorable à Le Pen), car, par ailleurs, Talonnette Ier a aussi cherché à séduire l'électorat de ces banlieues, sans toutefois avoir pu, jusqu'ici, y faire des visites dans le cadre de sa campagne électorale. Ses propos provocateurs de 2005, cependant, n'ont pas été de nature à garantir la concorde civile, et à apaiser le malaise social... Coïncidence facheuse pour Sarkozy, le 27 octobre 2005, le lendemain de la diffusion des images du passage du ministre de l'Intérieur à Argenteuil, deux adolescents de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) poursuivis par la police meurent électrocutés dans un transformateur électrique : cet évènement sera à l'origine de 18 jours d'émeutes dans plusieurs villes de France... A part celà, depuis 2002, selon Le Monde du 13 janvier dernier, les violences commises contre les personnes ont augmenté de 13,9 %. Beau bilan que celui de Sarkozy à l'Intérieur, en matière de lutte contre l'insécurité et la délinquance... S'il a pu, par ses provocations et manipulations médiatiques, éventuellement séduire l'électorat de l'extrême-droite, il n'aura pas réussi à masquer le bilan calamiteux des gouvernements Raffarin et Galouzeau de Villepin en matière de politique sociale, et surtout son propre bilan sécuritaire, plus que mitigé, au ministère de l'Intérieur...


A quoi tout cela aura abouti, en définitive ? A une banalisation accrue du Front National et du discours de Le Pen. Certes, l'affaire n'est pas nouvelle. Depuis les années 1980, Le Pen et ses partisans sont reçus tout à fait cordialement dans les médias, et des politiciens comme Sarkozy leur font même l'honneur de débattre avec eux, comme si l'extrême-droite était une mouvance politique comme une autre, ce qui n'est évidemment pas normal. Le 19 septembre 1995, par exemple, Jean-Marie Le Pen était reçu tranquillement à l'émission LMI : le magazine info de Guillaume Durand, sur TF1. Il a affirmé, à cette occasion, alors que la France était confrontée à des attentats islamistes, que "ni le problème du terrorisme ni celui de l'insécurité ne sont en voie d'être résolus" car, selon lui, ils auraient dû l'être "en amont, en empêchant d'abord cette formidable vague d'immigration" qu'il passe son temps à dénoncer. Pire encore, environ sept mois après le meurtre d'un jeune Français d’origine comorienne assassiné à Marseille d'une balle dans le dos, le 21 février 1995, par des colleurs d’affiches du Front national, et moins de cinq mois après un autre meurtre, celui d'un jeune Marocain, jeté et noyé dans la Seine le 1er mai 1995, en marge d’un défilé du FN à Paris, auquel participaient les meurtriers, entre les deux tours de l'élection présidentielle, Le Pen a également eu le culot de déclarer qu'"avant chaque grand rendez-vous du FN avec la France", lui et ses partisans étaient "victimes d'un évènement souvent sanglant", tandis que Guillaume Durand ne cessait de faire de la publicité pour la fête nationaliste Bleu-Blanc-Rouge (B.-B.-R.) du Front National prévue quelques jours plus tard, au bois de Vincennes à Paris, sur la pelouse de Reuilly... Le Pen, une victime ? Quelle comédie ! Avec toute la médiatisation dont il bénéficie depuis des années, il y a franchement de quoi rire jaune... Le dessinateur Bernar a également représenté des images de cette émission, propos à l'appui, pour Charlie Hebdo, à l'époque. Le Front National est un parti de haine, et le traiter avec déférence comme le font les journalistes et certains politiciens est tout simplement scandaleux.

 
Tout récemment, Le Pen a semble-t-il cherché à adoucir son image. Oubliant les dérapages verbaux racistes et antisémites des années passées, le 8 février dernier, sur France 2, il est ainsi apparu calme et serein, essayant de se donner une image consensuelle et évitant les dérapages. Le lendemain, les Guignols de l'Info, sur Canal+, se sont moqués de ce "nouveau Le Pen", en afflublant la marionnette du président du FN d'une tenue, d'un language, et de gestes, censés être ceux d'un jeune de banlieue d'aujourd'hui, avec survêtement de sport, casquette, skateboard, language en verlan, et doigts d'honneur pour dire "fuck au système". Si mes souvenirs sont bons - je cite de mémoire -, le Le Pen des Guignols, parodiant Sarkozy, a dit "J'ai changé". Il a évoqué un "FN cool, hype", pratiquant désormais un "racisme branché sur Second Life, jeune, 3D, ADSL ", "un racisme bio, Danacol, qui favorise le transit intestinal". Car attention : la forme est nouvelle, mais le fond reste le même. "FN un jour, FN toujours, man"  a affirmé le Le Pen des Guignols, car, au FN, on reste "French Touch"... Le FN serait-il devenu à ce point respectable, "cool", "hype", "fun" ? Le niveau des Guignols n'est, souvent, pas forcément très élevé, mais ils ont eu raison de souligner que le Front National reste un parti nauséabond. Peu importe les formes sous lesquelles il se présente.
Du reste, le 3 mars dernier, dans une réunion publique à Marseille, Le Pen a montré qu'il était bel et bien resté le même en matière d'immigration, en promettant une "chasse aux faux touristes" et le "rétablissement de la préférence nationale" dans tous les domaines. Il n'a pas épargné Sarkozy, dénonçant le "promoteur de la discrimination positive" et de "l'immigration positive, gigantesque système de préférence étrangère", celui qui a "institutionnalisé l'islam de France" et aidé à la "construction des mosquées" en France : "Certains de nos compatriotes ont l'air de croire que le ministre de l'Intérieur a pris le taureau par les cornes. A la vérité, les seules cornes prises sont celles de l'UMP" a-t-il affirmé, déclarant également qu'"aucun des hommes politiques qui se présentent aujourd'hui au suffrage des Français n'a pris la mesure du phénomène migratoire dans le monde contemporain", aucun à part lui, Le Pen, bien entendu.

Et puis il y a toujours cette histoire des 500 parrainages d'élus, nécessaires à tout candidat pour se présenter officiellement pour la course à l'Élysée. Chaque année d'élection présidentielle, Le Pen nous fait le coup des 500 signatures difficiles à obtenir. Et, pour des raisons stratégiques évidentes, Sarkozy s'en inquiète !

"L'absence de Le Pen du premier tour de l'élection présidentielle [...] serait dramatique pour ma candidature. Pour des histoires de signatures, 14 à 18 % de l'électorat se verrait dépossédé de son droit de vote [...]. Et dans ce cas, Le Pen et ses électeurs me le feraient payer. Et la conséquence directe serait donc un vote-sanction contre moi."

(Sarkozy, en privé, dans la semaine du 19 au 25 février, cité dans Le Canard Enchaîné N°4505, 28 février 2007)

Pour donner un coup de pouce à Le Pen, l'UMP a donc lancé un appel au parrainage aux maires sans étiquette, et Talonnette Ier s'est même senti obligé d'intervenir à la télévision, le 5 mars dernier, sur France 3, pour affirmer qu'il "se battrait" pour que ses concurrents à la présidentielle comme Olivier Besancenot ou Jean-Marie Le Pen obtiennent leur parrainages et puissent se présenter.

"Besancenot, on ne peut pas dire qu'il soit proche de moi, il représente l'extrême-gauche. Je trouve qu'il serait dommage qu'un homme comme Besancenot ne puisse pas participer à la compétition présidentielle."

(Sarkozy, France 3, journal télévisé, 5 mars 2007)

Cette évocation hypocrite de la candidature du trotskiste Besancenot ne trompe personne : seul le sort de la candidature de Le Pen inquiète vraiment le ministre-candidat. Si Sarkozy a peut-être réussi à triompher de Mégret sur un plateau de télévision il y a dix ans, le fait qu'il puisse se préoccuper aujourd'hui à ce point des 500 signatures de Le Pen est un aveu de faiblesse de sa part, vis-à-vis de l'extrême-droite...

"Je crois qu'il [Sarkozy] laboure mon terrain, mais c'est moi qui sèmerait et qui récolterait [...] car les gens préfèreront toujours l'original à la copie."

(Jean-Marie Le Pen, France 3, journal télévisé du soir, 7 février 2007)

De fait, la situation politique de notre pays est préoccupante. Aujourd'hui, le discours extrémiste de Le Pen est banalisé. Parmi les principaux participants à la course à l'Élysée, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa est le seul candidat qui, non seulement, cherche plus ou moins ouvertement - avec beaucoup de démagogie - à récupérer l'électorat favorable à Le Pen, mais qui, en plus, semble (ou a semblé) y parvenir pour partie - contrairement, par exemple, à l'autre candidat de l'extrême-droite, le vendéen Philippe de Villiers, dont la campagne s'enlise. Compte tenu de ce fait, Sarkozy est un des principaux responsables de cette situation, même s'il n'est pas le seul. Talonnette Ier, en jouant avec le feu au nom de son ambition personnelle, n'a fait que contribuer à pourrir un peu plus la vie politique de ce pays, en favorisant notamment ce que Robert Badinter a appelé la "lepénisation des esprits".

Il est absolument hors de question de cautionner les manoeuvres électoralistes et politiciennes de Sarkozy vis-à-vis de l'extrême-droite. Voila pourquoi je ne voterai jamais pour Sarkozy, même si celui-ci était opposé à Le Pen au second tour de l'élection présidentielle - puissions-nous échapper à ce cauchemar absolu ! Il serait immoral, indigne, de se rabaisser à voter Sarkozy, même dans ce cas de figure. Je me suis résigné à voter pour Jacques Chirac au second tour de l'élection de 2002, parce que j'estimais que celui-ci - tout escroc qu'il est - ayant déjà été président pendant sept ans, cela ne pourrait pas être pire pour les cinq années suivantes. Entre la stagnation chiraquienne et le grand bond en arrière lepéniste, j'ai préféré la stagnation... Mais cette fois-ci, je serai intraitable : Sarkozy est bien plus malfaisant que Chirac, et il est hors de question pour moi de le cautionner, même face à Le Pen...  Et que l'on ne vienne pas me dire que le vote blanc ou nul serait irresponsable dans ce cas de figure : si la responsabilité consiste à agir en conscience, alors je ne voterai jamais pour Sarkozy. Et peu importera le résultat, dans ce cas-là : la France se sera déjà humiliée, dès le premier tour, aux yeux du monde, en qualifiant Sarkozy et Le Pen pour le duel présidentiel final. Ce jour-là sera, d'ors et déjà, celui d'une véritable catastrophe politique pour notre pays... Mais, heureusement, pour le moment, nous n'en sommes pas là...

Cordialement, :-)

Hyarion.

(Illustrations : Caricature de Le Pen, par Kiro, publiée dans Manufacture française de candidats, Les dossiers du Canard Enchaîné N°83, avril 2002, et caricature de Sarkozy, par Kiro, sans date [vers 2005] ; Photographie volée d'une rencontre "fortuite" entre Le Pen et Jacques Chirac à Cannes [rencontre montée par Le Pen], 1987 ; Débat Sarkozy-Mégret, France 2, février 1997, dessins de Bernar, publiés dans Vu à la Télé, Charlie Hebdo hors-série N°8, janvier 1999 ; Caricature de Sarkozy, par Kiro, publiée dans Le Canard Enchaîné N°4417, 22 juin 2005 ; Le Pen dans une émission de Guillaume Durand, TF1, septembre 1995, dessins de Bernar,  publiés dans Vu à la Télé, Charlie Hebdo hors-série N°8, janvier 1999, op.cit. ; Photos de la marionnette de Le Pen, extraites d'une émission télévisée des "Guignols de l'Info", sur Canal+, diffusée le 9 février 2007)
Par Hyarion - Publié dans : Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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