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"Sarkozy, il faut lui marcher dessus. Pour deux raisons. Un, c'est la seule chose qu'il comprenne. Deux, ça porte chance." (Jacques Chirac)


(Jacques Chirac, par Kiro)

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Jeudi 11 juin 2009
Bien entendu, après des résultats pareils, à l'issue d'une campagne électorale aussi insipide, il y a de quoi être plus fatigué et déboussolé que jamais. J'ai entendu et lu tellement de bêtises depuis le soir du 7 juin à propos des dernières élections européennes, que, découragé par moments, j'ai longtemps hésité à aller jusqu'au bout de la rédaction du présent article. Le sentiment de ras le bol est toujours présent, décidément, même après le verdict des urnes. Sans vouloir être excessivement familier, il est clair que tous ces donneurs de leçons et ces railleurs de lendemain de scrutin qui se croient intelligents, on aimerait bien qu'une fois de temps en temps, ils prennent la peine de fermer leurs grandes gueules, pour laisser un peu respirer les autres. Enfin, passons... Voici donc enfin, finalement, un article proposé ici, consacré au bilan que je fais des élections européennes de dimanche dernier, 7 juin. Cet article vaut ce qu'il vaut... et chacun pourra bien en penser ce qu'il voudra, du haut de ses petites certitudes... car au fond, peu importe, puisque tout cela n'est que de la politique... Cela dit, à la vérité, je suis aujourd'hui moins énervé que je ne l'étais il y a encore deux jours... Aussi, j'espère que le présent article aura au moins le mérite d'être le plus informatif et constructif possible, malgré le brouillard ambiant...
Concernant notre sujet, deux dépêches de l'AFP résument à grands traits la situation :

Européennes : UMP et écolos grands gagnants, bérézina pour le PS et le MoDem


L'UMP et Europe-Ecologie sont les grands gagnants des élections européennes de dimanche, alors que le PS - mais aussi le MoDem - a subi une bérézina en étant rattrapé par les listes de Daniel Cohn-Bendit, le tout sur fond d'abstention record - près de 60% - pour ce type de scrutin.

Selon la totalisation partielle du ministère de l'Intérieur à 01H45, les listes UMP-NC du président Nicolas Sarkozy recueillent 27,89%, soit 11 points de plus que le PS (16,48%), qui ne comptait plus que 37.000 voix d'avance sur les Verts (16,27%).

Symbole de sa débâcle, le PS se classe troisième à Paris (14,7%), très loin derrière l'UMP (29,9%) et Europe Ecologie (27,5%), un an après la confortable réélection du maire Bertrand Delanoë.

Le rapport UMP-PS représente le pendant quasi exact du scrutin de 2004 quand le PS avait nettement devancé la droite.

C'est la première fois - hors cohabitation - depuis 1979, que le parti au pouvoir arrive en tête d'une élection intermédiaire, face il est vrai à une opposition dispersée.

Selon les résultats des départements métropolitains connus peu avant 02H00, le PS n'arrivait en tête que dans l'Ariège, le Pas-de-Calais et les Landes.

Ne profitant pas du contexte de crise et de hausse continue du chômage, les socialistes font un résultat pire que prévu par tous les sondages. Figure de proue d'Europe-Ecologie, M. Cohn-Bendit a salué une "aventure extraordinaire" et proposé une alliance anti-Barroso au MoDem et au PS.


Le PS a été devancé par Europe-Ecologie dans de nombreuses grandes villes (Bordeaux, Rennes, Rouen, Aix-en-Provence, Perpignan, Toulon, Nantes).

Plusieurs responsables, au MoDem et au FN, ont mis en cause la large diffusion à deux jours du scrutin du documentaire alarmiste sur l'environnement "Home".

Autre grand perdant: le MoDem n'obtient que 8,47% loin des ambitions de François Bayrou. Un revers personnel pour lui, après une campagne violemment anti-Sarkozy. Il a pris "sa part de responsabilité".

"C'est la sanction d'une opposition hystérique et obsessionnelle. Le vote sanction a été sanctionné", a lancé le patron de l'UMP Xavier Bertrand. "Le référendum anti-Sarkozy a échoué", a renchéri le porte-parole du gouvernement Luc Chatel.

Après le quatuor de tête, viennent le Front national (6,34%) et le tout jeune Front de gauche (PCF et Parti de gauche, 6,03%) quasiment à égalité avec l'extrême gauche, tous mouvements confondus (6,09%).

Jean-Michel Baylet, président du PRG, s'est étonné que la majorité "crie victoire alors que moins d'un électeur sur trois lui a apporté son suffrage".

Le total droite (UMP-NC, Libertas, Debout la République) réunit quelque 35% des voix, la gauche (PS, Europe Ecologie, Front de gauche) plus de 39%.

Six mois après le désastreux congrès de Reims, le PS a mis sa défaite sur le compte de ses déchirures, Vincent Peillon jugeant qu'il "paie ses divisions".

"Je prends toute la mesure de la responsabilité du PS", a réagi la patronne du parti, Martine Aubry. Selon elle, "le PS a surtout besoin d'une profonde rénovation" et "du rassemblement de la gauche".

Aurélie Filippetti, proche de Ségolène Royal, a été plus dure, parlant de "tsunami politique" et de "réplique du 21 avril 2002". Selon elle, le PS pourrait "disparaître" s'il ne réagit pas.

Après l'élection attendue des ministres Michel Barnier (Agriculture) et Rachida Dati (Justice) et celle, inattendue, de Brice Hortefeux (Travail), Nicolas Sarkozy va devoir procéder à un remaniement.


Selon une source gouvernementale, il va "prendre son temps" après ce qu'il considère comme un succès. M. Sarkozy devrait toutefois s'exprimer cette semaine pour "remettre en perspective la politique du gouvernement" après le scrutin, selon une source proche du gouvernement.

En Ile-de-France, le porte-parole du PS Benoît Hamon est battu. Sont en revanche élus Marielle de Sarnez (MoDem, IDF), Catherine Trautmann (PS, Est), Marine Le Pen (FN, Nord ouest), Corinne Lepage (MoDem, Nord ouest), Philippe de Villiers (Libertas, Ouest).

Les Français ont élu leurs 72 députés européens pour cinq ans. L'UMP devrait en avoir 29, le PS et les écologistes 14 chacun et le MoDem 6, selon les projections. Le FN n'en aura plus que 3.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 8 juin 2009, 06h42)


Européennes : face à une UMP rassérénée, une opposition au jeu rebattu


Au lendemain des élections européennes, l'UMP et le président Nicolas Sarkozy savouraient une victoire inédite, alors que l'opposition offrait un paysage bouleversé, avec un parti socialiste humilié et rattrapé par Europe-Ecologie et un MoDem stoppé net dans ses ambitions.

Sur fond d'abstention record pour ce type de scrutin, près de 6 électeurs sur 10 ont boudé les urnes, le parti présidentiel et ses alliés ne boudaient pas leur plaisir, à près de 27,87% des suffrages, selon la totalisation définitive du ministère de l'Intérieur.

Derrière, les socialistes (16,48%) devront trouver les moyens de se remettre d'une véritable Bérézina, talonnés à moins de 35.000 voix par le rassemblement Europe Ecologie (16,28%) emmené par sa figure de proue, Daniel Cohn-Bendit.


Quant au MoDem de François Bayrou, il échoue dans son ambition de s'installer comme alternative, relégué sous la barre symbolique des 10%, à 8,45%. Cuisant échec personnel pour le "troisième homme" de la dernière présidentielle, qui a dit prendre "sa part de responsabilité".

Le rapport UMP-PS représente le pendant quasi exact du scrutin de 2004 quand le PS avait nettement devancé la droite. Et c'est la première fois -hors cohabitation- depuis 1979, que le parti au pouvoir est en tête d'une élection intermédiaire, face il est vrai à une opposition dispersée.

Mais le total des voix de gauche (PS, Europe Ecologie, Front de gauche) ne fait que quatre points de plus que celui de droite (UMP-NC, Libertas, Debout la République), 39% contre 35%.

La majorité s'est félicitée, à l'image du Premier ministre François Fillon, d'un "très bon résultat", attribué au travail accompli par le chef de l'Etat durant la présidence française de l'Union européenne.

"Le vote sanction a été sanctionné", a lancé le secrétaire général de l'UMP Xavier Bertrand. "Le référendum anti-Sarkozy a échoué", a souligné le porte-parole du gouvernement Luc Chatel.

Dans l'opposition, les écologistes ont le sourire après la spectaculaire poussée de leur rassemblement au delà des Verts. Mais il leur faudra donner une suite à ce succès, "essayer de continuer cette aventure extraordinaire", selon M. Cohn-Bendit, star de la soirée.

D'autant que leur succès s'est notamment construit au détriment des socialistes, largement sous les sondages les plus pessimistes et qui n'ont pas profité du contexte de crise économique ou de l'impopularité persistante de l'exécutif.

Symbole de ce transfert, le PS est devancé par Europe-Ecologie dans de nombreuses villes comme Bordeaux, Rennes, Rouen, Aix-en-Provence, Toulon, Nantes et surtout Paris, un an après la confortable réélection de Bertrand Delanoë.


Six mois après le désastreux congrès de Reims, le PS a mis sa défaite sur le compte de ses déchirures. Mais le parti, fragilisé, va aussi devoir éviter que l'après-élection ne tourne au règlement de compte, avec pour première échéance un conseil national mardi.

"Je prends toute la mesure de la responsabilité du PS", a dit la première secrétaire Martine Aubry, qui avait assuré avant le scrutin qu'elle "continuerait" quel que soit le résultat. Selon elle, "le PS a surtout besoin d'une profonde rénovation" et "du rassemblement de la gauche".

Mais déjà, des critiques s'élèvent, notamment dans l'entourage de son ancienne rivale Ségolène Royal, demeurée silencieuse dimanche. Aurélie Filippetti a parlé de "tsunami" et de "réplique du 21 avril 2002", assurant que le PS pourrait "disparaître" s'il ne réagissait pas.

Dernière conséquence attendue du scrutin, le remaniement gouvernemental annoncé. Le résultat donne une grande marge de manoeuvre au président Sarkozy, qui s'est montré "très satisfait" selon un ministre reçu dimanche soir à l'Elysée.

Il aura ainsi du temps et les mains libres. Avec un petit casse-tête. L'élection non prévue de Brice Hortefeux (Travail), en plus de celles de Michel Barnier (Agriculture) et Rachida Dati (Justice) dont les départs étaient annoncés.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 8 juin 2009, 07h47)

En ce qui concerne la grande circonscription européenne (appelé aussi euro-région) où j'ai voté, à savoir la circonscription du Sud-Ouest (comprenant les régions Aquitaine, Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon, et où 10 sièges étaient à pourvoir), le journal Le Monde daté d'avant-hier, 9 juin, a résumé ainsi les résultats : "La droite a pris sa revanche sur le PS dans le Sud-Ouest. En emportant quatre sièges, avec en tête Dominique Baudis, l'ancien maire de Toulouse, l'UMP multiplie par deux le nombre de ses députés par rapport au scrutin de 2004, passant de 15,18 % à 26,89 % des voix. Le PS fait la « performance » inverse, perdant plus de 13 points à 17,71 % et chutant de quatre à deux députés - Kader Arif et Françoise Castex, réélus. Il se trouve talonné par la liste Europe-Ecologie à 15,82 % (+ 7,5 % par rapport à 2004), emmenée par le militant altermondialiste, José Bové, qui rejoint le Parlement européen aux côtés de la dirigeante des Verts Catherine Grèze. En quatrième position, le Modem recueille 8,60 % des voix et ne compte qu'un député, Robert Rochefort, là où l'UDF en avait obtenu deux en 2004. Le sénateur de l'Essonne, Jean-Luc Mélenchon, tête de liste du Front de gauche, gagne son pari et est élu, totalisant 8,15 % des voix et devançant le NPA (5,61 %). Le FN, sur des terres longtemps favorables, notamment dans les départements du Gard et des Pyrénées Orientales, recule de près de 3 points et obtient 5,93 %, perdant, dans un contexte de division de l'extrême-droite, le siège conquis en 2004."
A titre indicatif, on peut noter que dans la grande circonscription d'Ile-de-France, la fameuse liste "antisioniste" de "l'humoriste controversé" Dieudonné n'a réalisé qu'un très faible score de 1,30% des suffrages. Comme quoi, la connerie en politique ne paye pas toujours. Heureusement...
Voila pour les grandes lignes et les résultats. Maintenant, que penser de tout cela ? Beaucoup de réflexions sont présentes dans mon esprit. Je les livre ici, de façon peut-être un peu décousue, mais de manière, je l'espère, assez structurée... De ces élections européennes, ce que je retiens peut être évoqué en sept points, comme suit :

Premier point : l'abstention et le désintérêt des électeurs pour ces élections européennes. C'était attendu, et il n'y a évidement pas eu de surprise : avec une nouvelle forte abstention aux élections européennes de dimanche dernier, laquelle abstention a atteint le record de 59,36% pour ce scrutin, selon le ministère de l'Intérieur, c'est une tendance lourde qui se confirme, à savoir que les élections européennes restent, avec les référendums, les scrutins auxquels les électeurs participent le moins. De 39,3 % lors des premières élections européennes en 1979, le taux d'abstention s'est élevé à 43,3 % en 1984, a dépassé pour la première fois la barre des 50 % en 1989 avec 51,3 %, avant de progresser à 57,2 % lors du scrutin de 2004 et d'atteindre finalement plus de 59 % en 2009.


Pourquoi autant de citoyens électeurs continuent, toujours plus nombreux, à ne pas participer au vote devant désigner leurs députés au Parlement européen ? Les raisons sont diverses et complexes. Au delà du débat sur le but de la construction européenne (existe-t-il encore, ce but ?), sur l'orientation de l'Union Européenne et sur la nature de la politique menée par ceux qui prétendent la diriger, vaste débat que je n'ai pas le temps ni la place d'évoquer ici, on peut faire néanmoins quelques observations pour tenter de comprendre cette situation de relatif désintérêt des électeurs pour ce type de scrutin. De 1979 à 1999, les électeurs français ont dû choisir leurs députés européen en votant pour des listes de plusieurs noms de candidats dans une circonscription nationale unique. Une loi électorale du 11 avril 2003 ayant ensuite créé huit grandes circonscriptions régionales (ou euro-régions) en France, afin de régionaliser le scrutin de liste, il avait été espéré que cela puisse rapprocher les élus de leurs électeurs, et contribuer ainsi à une hausse de la participation. Le nouveau régime électoral étant entré en vigueur pour les élections de juin 2004, on ne peut que constater aujourd'hui que l'effet escompté n'a pas eu lieu, les électeurs continuant vraisemblablement notamment à ne pas percevoir clairement le lien entre leur vote et la politique européenne, ce qui est compréhensible. Il faut dire, encore une fois, qu'en dépit de tout ce qui a été fait jusqu'ici, l'identité européenne reste à construire et que, de façon générale, l'Union Européenne apparait, aujourd'hui plus que jamais, comme quelque-chose de très complexe, de très lointain, voire presque d'étranger, à de nombreux citoyens de l'Union qui, de fait, ne se sentent pas particulièrement Européens, ce qui peut expliquer en partie le désintérêt de ces citoyens pour les scrutins européens. Le fait est, pourtant, que procéder, en France, à l'élection de 72 représentants au Parlement européen n'est pas anodin quand on sait que cette institution est appelé à prendre de plus en plus de pouvoir au sein de l'Union Européenne. Seulement voila : comme d'habitude, les politiciens ne peuvent pas s'empêcher de considérer les élections européennes comme des élections intermédiaires, ce qui ne peut qu'aboutir à la nationalisation du scrutin, enjeux et débat étant dès lors tout entiers limités à des considérations de politique nationale rendant la campagne et le scrutin plus ou moins illisibles. Cela avait commencé dès les premières élections européennes de 1979, qui s'étaient plus ou moins résumées à un affrontement Giscard/Chirac, et cela s'est poursuivi par la suite jusqu'à nos jours. On peut ajouter à cela la tendance récurrente des dirigeants politiques à considérer ces élections européennes comme un scrutin de seconde zone, à l'occasion duquel on peut constituer des listes selon son bon plaisir et donc attribuer des places éligibles dans un système qui est proportionnel. Ainsi, par exemple, les élections européennes ont souvent été, et sont encore aujourd'hui, un moyen commode pour les partis politiques de se débarasser des personnalités que l'on ne souhaite plus voir sur la scène politique nationale : le cas de Rachida Dati, qui après avoir été une calamiteuse ministre de la Justice au sein du gouvernement sarkozyste de Fillon, a été plus ou moins obligée de choisir de s'exiler au Parlement européen - alors qu'elle n'a aucune compétence en matière européenne, et qu'elle ne nourrissait jusqu'ici aucun intérêt personnel pour la question européenne - est, encore cette année, tout-à-fait caractéristique de cette dérive...


Ajoutons enfin également à cela le fait que la plupart des politiciens, sachant qu'un débat sur les enjeux européens est toujours très risqué (notamment depuis le référendum sur le Traité constitutionnel européen en 2005), n'ont pas présenté de positions particulièrement nettes sur l'Europe, préférant souvent parler d'autre chose, et que la campagne électorale, insipide, n'a fait irruption dans l'actualité, fort laborieusement, que dans la semaine précédent le scrutin.
Dans un tel contexte d'apesanteur politique, il n'y a donc pas lieu de s'étonner que de nombreux électeurs aient choisi de bouder les urnes le 7 juin dernier...

Deuxième point : le bilan européen de ces élections. Il peut se résumer ainsi : dans la plupart des pays de l'Union Européenne, les partis de droite ont remporté une victoire sans appel sur les socialistes et sociaux-démocrates lors de ces élections européennes, à l'issue d'un scrutin marqué, de façon générale, par un nouveau record d'abstention... Les conservateurs du Parti populaire européen restent donc ce qu'ils étaient jusqu'ici, à savoir la principale force politique du Parlement européen.


La gauche européenne, qui pouvait pourtant espérer rebondir avec la montée du chômage et les critiques contre le système capitaliste qu'a suscitées la crise financière et économique depuis l'été dernier, aura
connu un revers cinglant lors de ce scrutin étalé sur plusieurs jours, entre le 4 et le 7 juin selon les pays...La progression de l'individualisme et l'effacement du sentiment collectif sur le plan social expliquent peut-être l'échec général de la gauche de gouvernement européenne, échec qui permets du reste de relativiser, à l'échelle européenne, la défaite des socialistes français, puisqu'ils sont loin d'être les seuls membres du PSE à avoir subi un revers en Europe à l'occasion du scrutin... Peut-être que les sociétés occidentales, et notamment européennes, sont-elles donc en train de devenir trop individualistes pour que la gauche social-démocrate soit capable de convaincre politiquement dans un tel contexte... C'est une explication possible, parmi d'autres...
Autre constation : la relative montée en puissance des partis extrémistes anti-européens semble être aussi l'autre fait marquant des élections au Parlement européen, les Pays-Bas ayant donné le ton dès le 5 juin, avec le parti d'extrême droite islamophobe (PVV) du député néerlandais Geert Wilders qui a obtenu 17% des voix, devenant la deuxième formation politique du pays. Dans plusieurs autres pays de l'Union Européenne, les partis protestataires, populistes et anti-européens ont obtenus de bons résultats, notamment en Grande-Bretagne, en Italie, en Autriche, en Hongrie, en Slovaquie et en Roumanie.


Pour l'anecdote, on notera qu'en Italie, où le chef du gouvernement de droite, le détestable Silvio Berlusconi, était lui-même tête de liste de son parti aux élections européennes, la campagne a été médiatiquement dominée par ce qu'il faut bien appeler une affaire de "cul", comme dirait Roselyne Bachelot... Cette affaire a éclaté début mai, après la participation de Berlusconi (âgé de 72 ans) à l'anniversaire des 18 ans d'une jolie blonde napolitaine, Noemi Letizia, avec laquelle il est soupçonné d'avoir eu une relation, ce qu'il nie formellement. Ledit Berlusconi a toujours affirmé qu'il connaissait la jeune fille, qui l'appelle "papounet", par l'intermédiaire de ses parents avec lesquels il dit être ami depuis des années, mais cela n'a pas empêché l'opposition de gauche de réclamer des explications au chef du gouvernement italien, tandis que l'épouse de ce dernier, Veronica Berlusconi, faisait savoir qu'elle demandait le divorce. L'opinion publique italienne semble s'être beaucoup plus passionnée pour ce petit scandale que pour les élections européennes, l'image de Noemi Letizia n'ayant pas manqué d'être promptement exhibée par les médias de masse, au point d'apparaître partout, que ce soit sur Internet, à la télévision, ou dans les journaux et les magazines...


Comme quoi, en complément de ce qui a déjà été évoqué dans mes précédents articles des 10 mai et 5 juin derniers, on peut constater qu'il n'y a pas qu'en France que les femmes déshabillées et les histoires de sexe occupent le devant de la scène médiatique en période électorale... ;o)
Sur le plan politique, on ne saurait dire si l'affaire Noemi Letizia a finalement beaucoup fragilisé le candidat Berlusconi en campagne... Toujours est-il que son Parti du peuple de la liberté (PDL) a obtenu 35% des voix aux élections européennes du 7 juin, loin de l'objectif des plus de 40% de suffrages que Berlusconi s'était fixé, tandis que son allié populiste et xénophobe, la Ligue du Nord, affiche pour sa part un résultat à deux chiffres, à plus de 10 %, ce qui en fait un des grands gagnants du scrutin. La participation au scrutin en Italie ayant enregistré une forte baisse avec 66,5% contre 73% en 2004, doit-on en déduire que les révélations sur la vie privée de Berlusconi ont dissuadé une partie de l'électorat catholique de se rendre aux urnes ? Ce serait amusant... ;-)

Troisième point : la victoire de la droite sarkozyste en France, même si elle apparaît comme étant plus importante que prévu, n'en est pas vraiment une... Comme l'a fait remarquer Erik Emptaz en une du Canard Enchaîné paru hier, 10 juin, "compte-tenu de l'abstention, le score de l'UMP ne donne pas [...] de quoi pavoiser : 27,9 % rapportés à l'ensemble du corps électoral ne feraient que 11 % et des poussières." Qu'ils étaient contents, pourtant, tous ces détestables sarkozystes en train de triompher devant les caméras de télévision le soir du scrutin ! Et pourtant, il n'y avait pas vraiment de quoi ! Au royaume des aveugles, les borgnes sont les rois... Avec un tel taux d'absentation, que vaut cette victoire sarkozyste, fut-elle très nette sur le papier ? Pas grand-chose, du moins en ce qui concerne la crédibilité de cette droite qui, une fois de plus, a su écraser ses concurrents d'extrême-droite grâce aux mêmes discours démagogiques adressés à l'électorat de Le Pen et de De Villiers qu'en 2007. Sarkozy peut se réjouir tout en affectant publiquement de ne pas céder au triomphalisme, sa politique n'en reste pas moins aussi mauvaise qu'impopulaire. Une fois de plus, Sarkozy de Nagy-Bocsa a réussi son pari : se maintenir sur le trône tel à un roi borgne règnant sur des aveugles. Mais cela ne change rien à la nullité de la politique qu'il fait exécuter par celui qui lui sert de Premier ministre, François Fillon, et par tous les autres sous-fifres constituant l'actuel gouvernement...


Quand aux prétentions de Sarkozy de, désormais, vouloir mener à bien de nouvelles "réformes" présentées comme "positives" pour les Français, à
gauche, cela ne devrait tromper personne. Mais, pour le moment, rien ne peut arrêter l'actuel chef de l'Etat dans sa course vers toujours plus de médiocrité politique. Lundi dernier, au lendemain du scrutin du 7 juin, il a donc détaillé, devant des visiteurs à l'Elysée, son "offensive programmée", pour reprendre l'expression du Canard Enchaîné de cette semaine, qui rapporte ces propos de Sarkozy :

"Naturellement, la situation économique est difficile, mais les résultats des européennes nous donnent de l'air et des marges de manoeuvre. On va donc poursuivre l'offensive sur trois axes. Un, la réforme. Deux, l'ouverture. C'est le moment de décoller les radicaux de gauche du PS. [...] [Trois,] excusez-moi de le dire, [...] mais il faut continuer à affirmer une forte présence du Président, car les Français apprécient une action volontariste."

(Nicolas Sarkozy, devant des visiteurs, le 8 juin 2009, cité in Le Canard Enchaîné N°4624, 10 juin 2009)

Commentaire du Canard concernant le dernier axe : "Encore plus de Sarko ? Pitié !" Et c'est vrai qu'en matière de gesticulations médiatiques sans fin de la part de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, l'overdose est là depuis longtemps... Comment nous délivrer de ce cauchemar ? Comment en sortir ? Une chose est sûre : si l'on veut se donner les moyens de tourner la page de la sinistre farce du sarkozysme au pouvoir, il va falloir faire preuve de patience... car la route est encore longue...


Quatrième point : les élections européennes de 2009 représentent une importante défaite pour le Parti Socialiste. Alors que, durant la campagne, les sondages situaient le PS entre 19 et 22%, le résultat (16,48 % des voix) se révèle être le plus mauvais pour le PS depuis les élections européennes de 1994 (14,49 % pour Michel Rocard). La campagne du parti n'a pas été convaincante, c'est le moins que l'on puisse dire ! Pourtant, n'en déplaisent à certains, les socialistes avaient un programme : le "Manifesto", programme commun à tous les socialistes européens, adopté et signé par les 27 partis socialistes et socio-démocrates de l'Union Européenne. Il est évident que ce programme n'a pas été suffisemment mis en avant pour améliorer la crédibilité des socialistes français, crédibilité mise à mal depuis bien longtemps, en dépit des victoires locales des socialistes lors des élections municipales de mars 2008. Après avoir commencé la campagne en se concentrant surtout sur Sarkozy et sa mauvaise politique, les socialistes ont sagement changé de stratégie pour essayer de se concentrer davantage sur leurs propositions sociales et sur la question européenne, mais ce changement stratégique a sans doute été trop tardif, et il est évident que, de façon générale, le PS, après les déchirements internes qu'il a connu à l'occasion du Congrès de Reims, n'était pas, depuis le début, dans une situation suffisemment forte pour réussir à mener une bonne campagne électorale.


La réunion publique de campagne des socialistes organisée à Rezé, près de Nantes, le 27 mai dernier, réunion au cours de laquelle Martine Aubry et Ségolène Royal ont affiché publiquement leur réconciliation, fut-elle de façade, n'aura assurément pas suffit à faire oublier combien les divisions, essentiellement basées sur des querelles de personnes, sont loin d'avoir disparues au PS, qui reste un parti paralysé par de ridicules rivalités internes. Plus de deux ans après l'élection présidentielle française de 2007, le PS reste un parti inaudible et sans crédibilité pour incarner l'alternance, ce qui est d'autant plus grave que ce parti reste, qu'on le veuille ou non, à gauche, le principal parti d'opposition, ce qui met les socialistes, aujourd'hui plus que jamais, devant une responsabilité historique pour l'avenir...
Cela étant dit, au delà de la situation dramatique dans laquelle se trouve actuellement le PS, c'est l'ensemble de la gauche qui se trouve aujourd'hui enlisée dans les difficultés... A trois ans de la prochaine élection présidentielle, il est évident que, comme l'a dit Mélenchon sur France 2 le soir du scrutin, "la gauche est dans le trou", et que les socialistes ont une large de responsabilité dans la défaite du 7 juin dernier. Mais si Mélenchon - qui, de l'héritage sectaire de ses jeunes années trotskistes a gardé un penchant immodéré pour le dogmatisme - est toujours le premier à engueuler les socialistes et à leur donner des leçons et prétendant incarner la "vraie gauche" avec ses amis communistes et ex-socialistes du Front de Gauche, ce n'est pas lui - Mélenchon - qui ira crier sur tous les toits que son Front de Gauche n'a pas obtenu les résultats qu'il espérait aux élections européennes : Mélenchon rêvait d'un score à deux chiffres pour ledit Front de Gauche pour pouvoir enquiquiner le PS et écraser le MoDem, mais à l'arrivée, en ce qui concerne le pourcentage de suffrages, même le MoDem avec son très mauvais score, et même le Front National de Le Pen, sont devant le Front de Gauche (même si ce dernier rafle un député de plus que le FN grâce au scrutin proportionnel par euro-régions) !


Le seul titre de "gloire" du Front de Gauche de Mélenchon aura été de faire "mieux" (tout est relatif) que le NPA de Besancenot et Krivine, lequel NPA s'étant révélé, dans cette campagne européenne, finalement guère plus audible que le PS... Assurément, personne à gauche - absolument personne, j'insiste là-dessus ! - n'est bien placé pour donner des leçons aux autres. J'en ai ras le bol du discours de ces gens qui se raccrochent désespérement à leurs petites certitudes concernant ce qui est censé incarner la "vraie gauche". Quand certains auront fini de hurler sans convaincre qu'ils sont "la vraie gauche", on pourra peut-être enfin passer à autre chose et constater que le problème n'est pas de savoir qui est vraiment de gauche ou qui ne l'est pas - d'autant plus que rien n'autorise un Mélenchon ou un Besancenot à décréter qui est de gauche et qui ne l'est pas, car il n'y a heureusement jamais eu de Tables de la Loi gravant dans le marbre une définition définitive (et donc doctrinaire) de ce qu'est la gauche -, mais de savoir si on veut se donner les moyens, sans état d'âme, de convaincre une majorité d'électeurs qu'un rassemblement alternatif, essentiellement constitué du plus possible de personnes de diverses sensibilités de gauche, est crédible face à la droite sarkozyste.
Ainsi, il ne faut pas se voiler la face et reconnaître que la responsabilité de la défaite face à la droite sarkozyste est largement collective, même si le PS est évidemment en première ligne à l'heure du bilan, et que les socialistes sont en grande partie responsables de la très mauvaise situation dans laquelle se trouve la gauche aujourd'hui. Les faits sont là : nous sommes actuellement dans une situation où l'opposition à la droite sarkozyste est majoritaire dans le pays mais extrêmement divisée. Sans rassemblement des forces de gauche, avec des concessions faites par les uns et par les autres, on ne s'en sortira jamais... Le PS, pour sa part, aujourd'hui encore, paye le prix de ses divisions internes, de son absence d'ouverture vers l'extérieur, de son organisation paralysée par le carriérisme et la cooptation entretenus par d'éternels petits arrangements conclus entre grands pontes du parti. Si les socialistes veulent que les choses changent, il va falloir que le PS se mette vraiment au travail pour réellement changer, et pour oeuvrer, dès maintenant, et comme toutes les forces de gauche, à un rassemblement de tous les progressistes opposés à la droite sarkozyste sur un projet crédible. Le danger est là, plus que jamais : si un changement n'intervient pas très rapidement au PS, la gauche de gouvernement ira droit dans le mur en 2012, et on sera obligé de supporter le sarkozysme au pouvoir pendant cinq ans de plus ! Si les électeurs ont envoyés un message, c'est sans doute celui-ci : on ne désespère pas complètement de la politique, mais on veut du fond, et pas des postures ! Le résultat d'Europe Ecologie est assez exemplaire à ce propos...


Cinquième point : Europe Ecologie, avec environ 16,2 % des suffrages, est largement devant le MoDem et talonne le PS sur le plan national, le dépassant même dans plusieurs grandes circonscriptions européennes françaises... Le succès de ce rassemblement écologiste n'est pas très surprenant : parti très tôt dans la course électorale, c'est la seule formation présentant des listes aux élections a avoir fait vraiment campagne sur l'Europe, et beaucoup d'électeurs ayant pris la peine de se déplacer ont vraisemblablement été sensibles à cela, même si Europe Ecologie est un rassemblement essentiellement spécialisé sur les questions environnementales. Du reste, bien qu'étant assez agacé, depuis quelque temps, par le monde "merveilleux"  de "commerciaux écolos" que nous vantent sans cesse les médias de masse relayés par des gouvernants opportunistes, sur fond de phénomène de mode en faveur d'une cause environnementale devenue aujourd'hui presque obligatoire, je dois avouer que pour ma part, si je n'étais pas adhérent du PS et donc tenu de faire preuve d'un minimum d'honnêteté et de cohérence en votant pour la liste socialiste de ma circonscription - celle du Sud-Ouest -, j'aurai très bien pu voter pour la liste d'Europe Ecologie, vu qu'il m'est déjà arrivé de voter écologiste par le passé. J'avoue, du reste, ne pas être mécontent, en tant que citoyen, du score d'Europe Ecologie, les membres de ce rassemblement me paraissant bien plus crédibles et intéressants que les autres formations engagées dans la campagne européenne de cette année. Dans la perspective de la construction d'une alternative crédible face à la droite sarkozyste, je préfère un parti écologiste fort mais soucieux de tendre la main aux autres partis sans arrière-pensée et sans ignorer les clivages, plutôt qu'un Bayrou obsédé par sa seule ambition personnelle et voulant faire croire que le clivage gauche/droite n'existe pas. A l'issue de ces élections européennes, sur le plan national, et au moins sur le papier, les Verts, qui sont le parti pivot en France du rassemblement Europe Ecologie, apparaissent ainsi comme étant la troisième force politique du pays derrière l'UMP et le PS. Vis-à-vis du peuple de gauche, le succès du rassemblement Europe Ecologie de Daniel Cohn-Bendit montre que les obsessions de certains - notamment de Mélenchon et de Besancenot - pour des questions de sexe des anges à gauche n'intéressent pas particulièrement une majorité d'électeurs. Ce succès d'Europe Ecologie montre qu'une campagne avec un programme de fond et un rassemblement paye : cela peut éventuellement constituer une opportunité pour la gauche de gouvernement dans son ensemble de se reconstruire sur un vrai projet avec du fond (et notamment en matière de politique environnementale, même si l'écologisme ne doit évidement pas être un dogme dominant le projet). Il y a, malgré tout, en effet, en dépit de la défaite globale de la gauche française aux élections européennes, une possible fenêtre de tir, un éventuel espoir (peut-être illusoire ?) de sortie du trou pour la gauche, car Europe Ecologie, bien qu'étant un rassemblement écologiste transpartisan (et en partie apolitique) réunissant Daniel Cohn-Bendit, José Bové, les Verts, et des proches de Nicolas Hulot, n'est pas un rassemblement favorable à la droite sarkozyste et à la droite européenne conservatrice majoritaire au Parlement européen. Nathalie Kosciusko-Morizet (ancienne secrétaire d'Etat à l'Environnement et actuelle secrétaire nationale adjointe de l'UMP) a eu beau déclarer, à la radio France Info le soir du scrutin, que les Français se sont prononcés en faveur de la politique volontariste de l'actuel gouvernement sarkozyste, lequel ayant notamment organisé le Grenelle de l'Environnement, les faits sont là : si les électeurs ayant votés pour Europe Ecologie étaient vraiment convaincus par la politique de Sarkozy, y compris en matière d'environnement, ils n'auraient sans doute pas voté pour un rassemblement réunissant les Verts et des altermondialistes tels que José Bové (lequel a soutenu Ségolène Royal au deuxième tour de l'élection présidentielle de 2007) ! Voir Nicolas Sarkozy se poser opportunément en champion de l'environnement comme il l'a fait avant-hier, mardi 9 juin, à l'occasion d'une visite présidentielle à l'Institut national de l'énergie solaire au Bourgt-du-Lac, en Savoie, est évidemment pathétique, de ce point de vue. Qui Sarkozy croit-il convaincre, sinon les naïfs assez stupides pour croire à ses boniments lorsqu'il parle des énergies renouvelables ou de tout autre sujet ?


A l'occasion de la première réunion publique de campagne d'Europe Ecologie, le 8 avril dernier à Toulouse, Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts, a défendu ardemment "la campagne de propositions" d'Europe Ecologie tout en précisant que "cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas taper sur Sarkozy". Elle s'en est pris également au NPA qui "critique tout" et refuse "de mettre les mains dans le cambouis", au Front de Gauche du PCF et de Mélenchon "qui dit qu'on est de droite", et au MoDem : "ils ont zéro programme". Mais dans la perspective de l'élection présidentielle de 2012, elle a semblé épargner le PS. Quant à Cohn-Bendit, dès le lendemain du scrution du 7 juin, il a annoncé que les Verts européens négociaient déjà avec les socialistes européens "pour essayer de faire une majorité" au Parlement de Strasbourg afin d'empêcher l'actuel président conservateur de la Commission européenne José Manuel Barroso d'être maintenu à son poste. En ce qui concerne la vie politique française, Cohn-Bendit n'exclue pas des alliances avec le PS, et écarte l'idée d'une "ouverture" sarkozyste vers les écologistes lors du remaniement ministériel attendu : "Je suis absolument sûr qu'il [Sarkozy] ne proposera rien aux gens d'Europe Ecologie", a-t-il notamment déclaré dans un entretien publié dans le journal Libération du 9 juin.


Si les écologistes d'Europe Ecologie veulent participer à une alternative à la droite sarkozyste en France - et il n'y a pas de raison aujourd'hui de penser qu'ils ne le veuillent pas, puisque les Verts sont des alliés traditionnels des socialistes, et que José Bové a, de son côté, insisté sur la nécessité de ne pas dissocier dimension environnementale et dimension sociale dans le cadre d'un projet politique -, le PS ne peut que s'entendre avec eux, dans le cadre d'un rassemblement de la gauche de gouvernement ouvert sur l'extérieur, avec un projet commun où, d'une part, les questions environnementales devront évidemment avoir une place - pas toute la place, bien évidemment, mais une place significative, parce que le sujet de l'environnement est devenu essentiel et qu'il le mérite, bien entendu, et aussi, de façon plus prosaïque, parce que les électeurs le veulent et qu'il y a, à l'évidence, une demande des citoyens sur ce thème - et où, d'autre part, les considérations strictement dogmatiques n'auront pas leur place, n'en déplaisent à ceux qui, du côté du Front de gauche et du NPA, aiment donner des leçons doctrinaires aux autres en matière de "vraie gauche" alors qu'ils ne sont pas plus crédibles que les autres, non seulement face à la droite, mais aussi en matière de rupture avec le capitalisme et ses insupportables excès. Reste à savoir, cependant, comment les choses vont évoluer dans les mois et les années qui viennent, car la possibilité que la forte progression du vote écologiste ait un caractère tout-à-fait ponctuel ne peut évidemment pas être exclu...


Sixième point : Bayrou s'est complètement planté, et c'est bien fait pour lui ! Il paye, de façon très claire, sa stratégie basée sur un anti-sarkozysme primaire et dictée par sa seule ambition personnelle. Il a, du reste, pris un risque insensé en misant sur une campagne démagogique totalement dépourvue de programme. Il a tout sacrifié, y compris l'héritage de sa famille politique d'origine, à savoir le centre-droit démocrate-chrétien (historiquement très engagé sur la question européenne), à sa conviction ridicule d'avoir un "destin" présidentiel national que Dieu lui-même lui aurait promis... C'est pathétique, bien entendu, et l'échec de Bayrou n'en est que plus évident lorsque l'on songe à cela. La défaite de Bayrou est assurément méritée ! Mais j'ai déjà tout dit ce que je pensais de l'escroc Bayrou, notamment dans mon précédent article, et il est inutile d'y revenir ici. Je me contenterai de noter ici qu'il m'a toujours semblé que le MoDem jouait sa crédibilité lors de ces élections européennes et que s'il ne remportait pas de succès électoral lors de ce scrutin, cela en serait fini de lui. Ce mouvement, qui paraissait neuf en 2007, est devenu très vite un parti politique très ordinaire et uniquement axé autour du candidat Bayrou, ce qui lui coûte fort cher aujourd'hui. Compte tenu de ce dont est capable Bayrou pour satisfaire son ambition personnelle, comme on l'a vu encore récemment à la télévision en fin de campagne électorale, on ne se plaindra pas de cette situation, car Bayrou n'a que ce qu'il mérite. De fait, même s'il ne faut jamais enterrer trop vite les politiciens lorsqu'ils connaissent des échecs, et même s'il n'est donc pas du tout impossible que Bayrou conserve une capacité personnelle de nuisance à l'avenir, tant il est ambitieux, il me semble néanmoins que l'avenir politique du MoDem est aujourd'hui bien compromis. C'est sans doute dommage pour ceux qui ont voulu y croire jusqu'au bout, mais c'est ainsi. En ce qui me concerne, je n'ai aucun d'état d'âme, et la seule chose que je regrette, au fond, c'est de m'être égaré au MoDem pendant quelques mois, entre mai 2007 et mars 2008, avant d'adhérer au PS : je suis d'abord, politiquement, un homme de gauche, même si je souhaite du changement dans la vie politique française. Je me souviens cependant, bien que cela me paraisse bien lointain aujourd'hui, du bout de chemin politique que j'avais fait avec Quitterie Delmas, ancienne égérie de la blogosphère démocrate, devenue délégué nationale du MoDem lors du Congrès fondateur de ce parti en décembre 2007. Il se trouve qu'en février dernier, Quitterie a renoncé à être candidate à la candidature aux élections européennes pour le MoDem. Sur son blog, le 7 février dernier, elle a également annoncée qu'elle prenait désormais ses distances avec le MoDem (au nom duquel elle ne s'exprime plus désormais) et avec le système des partis politiques en général, pour mieux se consacrer notamment à son activité de responsable du développement durable dans une agence de communication sur Internet. De son propre aveu, elle a eu peur de se perdre, peur d'avoir à mentir en s'engageant plus loin dans le système politique qui est le notre, et je ne peux que la comprendre. Ainsi que je le lui avait écris à l'époque, il vaut mieux rester soi-même et agir autrement plutôt que de vendre son âme pour une médaille en chocolat. C'est le choix que j'ai fait, à ma façon, en ne m'engageant en politique que d'une manière très personnelle. C'est le choix qu'elle a aussi fait, à sa façon, en refusant de plonger définitivement dans le marais des magouilles sans fin propres aux partis politiques ordinaires. Et c'est très bien ainsi. Je suppose néanmoins qu'elle n'est sans doute pas mécontente du succès d'Europe Ecologie, qui est sans doute en partie révélateur d'un changement dans la vie politique tel qu'elle le souhaite, tout comme moi, même si je reste, pour ma part, en définitive, très prudent sur la signification réelle des résultats de ces élections européennes...

Septième point : concernant précisément les élections européennes, il ne faut jamais oublier le fait que ce ne sont QUE des élections européennes. Toutes les considérations faites plus haut, dans les points précédents, doivent être appréhendées à l'aune de ce fait. Il faut en effet relativiser la portée de ces élections européennes de part la nature même du scrutin. Les européennes sont des élections toujours singulières, particulières, qui constituent presque une parenthèse dans la vie politique française...


Qui se souvient du succès, aux élections européennes de 1994, de la liste radicale menée par Bernard Tapie, alors tête de liste du Mouvement des Radicaux de Gauche (MRG, devenu plus tard l'actuel PRG [Parti Radical de Gauche]) ? Avec la bénédiction tacite du président socialiste François Mitterrand, qui en avait fait son ministre de la Ville dans le gouvernement Bérégovoy en 1992, Tapie avait mené une campagne enthousiaste en faveur d'une Europe fédérale et sociale, tout en étant condamné par la classe politique établie (à droite comme à gauche) et par l'élite intellectuelle du pays, tous dénonçant la démagogie et le populisme dudit Tapie ce qui avait eu précisément pour conséquence d'entretenir sa popularité. Le 12 juin 1994, jour du scrutin, la liste socialiste menée par Michel Rocard, grand adversaire de Mitterrand au sein du PS, avait connu une défaite historique, avec seulement 14,49 % des voix, face à la liste de droite RPR/UDF (menée par Dominique Baudis) victorieuse avec 25,58 % des suffrages, tandis que la liste radicale de Tapie arrivait en quatrième position, en ayant recueilli un peu plus de 12% des voix, juste derrière une liste de droite dissidente menée par Philippe de Villiers (12,34 %), et devant la liste du FN de Le Pen (10,52 % des voix). On pouvait croire, à l'époque, à la possibilité d'un changement significatif des repères au sein de l'échiquier politique français... mais il n'en a finalement rien été. L'aventure radicale de 1994 s'est évanouie dans les mois qui ont suivi, parce que les caciques du MRG ont refusé de renoncer à leur rente de situation en tant que cadres dirigeants d'un petit parti radical satellite du PS, et surtout parce que Bernard Tapie s'est rapidement retrouvé plongé dans les ennuis judiciaires que l'on sait, se retrouvant ainsi empêché de s'engager dans la course à l'Elysée de 1995, course finalement gagnée, face à l'austère Jospin, par un démagogue nettement plus conventionnel, fut-il de droite : Jacques Chirac...


Qui se souvient, dans le même registre, du succès, aux élections européennes de 1999, de la liste de droite souverainiste menée par Charles Pasqua allié à Philippe de Villiers ? Il y a dix ans, Pasqua avait quitté le RPR, et s'était en effet associé à Philippe de Villiers au sein d'un nouveau parti, le Rassemblement Pour la France (RPF), pour présenter une liste de droite concurrente face à celle du RPR mené par Nicolas Sarkozy allié au défunt parti Démocratie Libérale d'Alain Madelin. Le 13 juin 1999, jour du scrutin, la liste RPR/DL de Sarkozy et Madelin subissait une sévère défaite, en arrivant en troisième position avec seulement 12,82 % des suffrages, derrière celle de Charles Pasqua et Philippe de Villiers, arrivée deuxième avec un peu plus de 13% des suffrages, derrière la liste socialiste victorieuse menée par François Hollande (21,95 % des voix). Le succès de Pasqua aux européennes est-il resté sans lendemain, comme celui de Tapie ? Oui, sans aucun doute. Dès l'année suivante, Philippe de Villiers rompait l'alliance avec Pasqua, pour ne pas paraître impliqué dans les magouilles faites par ce dernier pour financer la campagne électorale, faisant ainsi éclater le RPF, et en 2002, ledit Pasqua, un temps pressenti pour être candidat à l'Elysée, se voyait contraint de laisser finalement le champ libre à Jacques Chirac, lequel fut finalement facilement réélu à la plus haute charge de l'Etat, face à un Jean-Marie Le Pen inopinément qualifié pour le second tour de l'élection présidentielle... alors que le Front National n'avait obtenu qu'un très piètre résultat aux élections européennes de 1999 (5,69 % des voix). Quant à Nicolas Sarkozy, on pouvait ne pas donner cher de sa peau au lendemain du scrutin européen de 1999... et on peut maintenant constater aisément quelle est la position qu'il occupe dix ans plus tard au sein du paysage politique français...

Dès lors, sachant tout cela, quelle véritable signification peut bien apporter le résultats des élections européennes de cette année dans la perspective des échéances électorales régionales et nationales de 2010 et 2012 ? La prudence
d'impose, et les prédictions faites par les commentateurs de toute nature sont même à considérer avec méfiance... N'en déplaisent à certains, le PS n'est pas mort, et il est idiot de le prétendre, même après la défaite électorale des socialistes de dimanche dernier. Bayrou et Besancenot n'ont, hélas, sans doute pas dit leur dernier mot, et Cohn-Bendit, de son côté, ne constitue pas davantage aujourd'hui qu'hier un danger direct pour Sarkozy, dans la mesure où le chef de file d'Europe Ecologie ne sera jamais candidat à l'élection présidentielle française. Du reste, qui sait si les Verts seront capables de remporter un succès aussi important que celui de dimanche dernier aux prochaines élections à venir ? Soyons honnêtes : personne n'en sait rien. Qui sait si une bonne part des électeurs ayant voté pour Europe Ecologie n'étaient pas, avant tout, pour une part, de simples électeurs du PS déçus par les socialistes, et d'autre part, des électeurs sans réelles convictions politiques (ils sont plus nombreux qu'on ne le croit) ayant voulu "voter écolo" parce que la cause environnementale est devenu à la mode au point de faire l'objet d'un véritable conditionnement sociétal (assez inquiétant par certains aspects) ? Il parait que la diffusion du film documentaire écologiste Home de Yann Arthus-Bertrand le vendredi avant le scrutin, à la fois sur France 2 et sur Internet, aurait contribué au succès d'Europe Ecologie, Arthus-Bertrand ayant lui-même estimé mardi dernier sur France Info que la diffusion de son film avait "certainement favorisé" le succès des listes du rassemblement emmené par Cohn-Bendit. Il vaudrait mieux que tout cela soit très exagéré, ne serait-ce que pour la crédibilité du vote écologiste, au-delà des habituelles tyrannies de l'urgence et des apparences auxquelles personne n'échappe... Bien entendu, mine de rien, l'écologie est un thème relativement neuf et porteur sur le scène politique nationale : peut-être cela laisse-t-il augurer une progression de l'audience de ce thème à l'avenir, ce qui permettrait de faire du succès d'Europe Ecologie aux élections européennes autre chose qu'une victoire sans lendemain... Cependant, l'expérience du passé incite forcément à la prudence, tant les suffrages récoltés aux européennes peuvent se révéler être bien volatils... Cohn-Bendit a rappelé lui-même sur France 2, le soir du scrutin, que personne n'était propriétaire des voix des électeurs... So wait and see...


Conclusion : les difficultés sont là, mais tout espoir n'est pas perdu pour la gauche. Dix ans de sarkozysme, suite à une éventuelle réélection de Sarkozy à la plus haute charge de l'Etat en 2012 : cela n'a rien d'une fatalité ! D'ici trois ans, il peut se passer bien des choses... Les élections européennes de 2009 représentent assurément un échec pour les socialistes, mais cela n'hypothèque en rien l'avenir, en dépit de toutes les bêtises que peuvent raconter les journalistes et les commentateurs au discours péremptoire qui se croient plus malins que les autres... Le fait est que la majorité du pays n'est pas favorable à la politique de la droite sarkozyste au pouvoir. Les électeurs souhaitant avoir autre chose que cette droite sarkozyste à la tête du pays existent, et ils sont nombreux... sans parler des abstentionnistes. Le problème est qu'il y a donc a priori une demande citoyenne, mais pas d'offre politique crédible correspondante pour le moment. Le PS n'est pas mort. La gauche n'a pas perdu son statut d'alternative. Mais s'il on veut que la gauche gagne les prochaines élections, il va falloir changer, en profondeur, méthodes et idées. Il va falloir s'ouvrir vers l'extérieur, sortir des préoccupations de carrières personnelles et des certitudes dogmatiques. Il va falloir proposer autre chose que ce qui a été proposé jusqu'ici, avec une vision globale vis-à-vis du monde comme il va. Il va falloir construire un nouveau projet collectif, au service d'un rassemblement d'abord à gauche puis élargi à tous les progressistes. Il va falloir édifier patiemment et consciencieusement une alternative construite sur des bases solides, sur des valeurs fortes, sur des propositions alliant liberté et justice sociale, sur une véritable volonté de changer la donne face à un sarkozysme dont il faudra clairement se différencier, pour mieux le combattre, en étant plus convaincant que lui aux yeux du plus grand nombre. La fin du cauchemar en 2012 est à ce prix.

Cordialement,

Hyarion.

(Illustrations : Vue réalisée le 13 août 2008 sur la salle plénière du Parlement européen de Strasbourg après l'effondrement d'un faux plafond le 7 août, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Frederick Florin ; Résultats en France des principales listes en pourcentage aux élections européennes de 2009, ©AFP/Infographie ; La tête de liste pour l'Île-de-France du rassemblement Europe-Ecologie Daniel Cohn-Bendit, le 8 avril 2009 à Toulouse, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Pascal Pavani ; Nicolas Sarkozy et son épouse Carla Bruni-Sarkozy votant à Paris, le 7 juin 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©Philippe Wojazer/AFP ; Michel Barnier [à droite], Rachida Dati [au centre] et Jean-Marie Cavada à Paris, le 7 juin 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©Boris Horvat/AFP ; Le dirigeant écologiste Daniel Cohn-Bendit, le 7 juin 2009, à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©Thomas Samson/AFP ; La première secrétaire du PS Martine Aubry, le 7 juin 2009 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©Stéphane de Sakutin AFP ; L'abstention en France lors des élections européennes de 1979 à 2009, ©AFP/Infographie ; Rachida Dati le 19 mai 2009 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Jacques Demarthon ; Composition du nouveau Parlement européen après les élections européennes de 2009, ©AFP/Infographie ; Le Premier ministre italien Silvio Berlusconi dans un bureau de vote à Milan, le 7 juin 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©Giuseppe Cacace/AFP ; Un homme regardant un magazine italien publiant des photos de Noemi Letizia, le 26 mai 2009 à Rome, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Vincenzo Pinto ; Le Premier ministre François Fillon à Ludres, près de Nancy, lors d'un meeting de l'UMP dans le cadre des élections européennes, le 14 mai 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Jean-Christophe Verhaegen ; Martine Aubry, après son discours au siège du PS à Paris, le 7 juin 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©Stéphane de Sakutin/AFP ; Martine Aubry et Ségolène Royal à Rezé près de Nantes pour un meeting commun dans le cadre des élections européennes, le 27 mai 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP ; Le fondateur du Parti de Gauche Jean-Luc Mélenchon participant à un meeting, le 20 mars 2009 à Carmaux, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Pascal Pavani ; Les candidats du rassemblement Europe-Ecologie pour les européennes de juin 2009 [de gauche à droite], José Bové, Eva Joly et Daniel Cohn-Bendit, le 8 avril à Toulouse, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Pascal Pavani ; Nicolas Sarkozy durant sa visite de l'Institut national de l’énergie solaire au Bourgt-du-Lac [Savoie], le 9 juin 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Jacques Brinon ; De gauche à droite: l'ex-juge et future candidate des Verts aux élections européennes Eva Joly, le député européen Daniel Cohn-Bendit, la secrétaire nationale des Verts Cécile Duflot et le militant altermondialiste José Bové, le 20 octobre 2008 à Paris, lors de la présentation du rassemblement Europe-Ecologie, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Franck Fife ; Cohn-Bendit et Bayrou sur écran géant lors de l'émission télévisée "A vous de juger" le 4 juin 2009 sur France 2, ©AFP ; Quatre captures vidéo, extraites d'une archive de l'INA, d'un débat télévisé entre Jean-Marie Le Pen et Bernard Tapie sur France 2, le 1er juin 1994, dans le cadre de la campagne électorale pour les élections européennes de 1994, ©INA/France2 ; Charles Pasqua en meeting pour les élections européennes de 1999, le 10 février 1999 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Vanina Lucchesi ; Daniel Cohn-Bendit, le 7 juin 2009 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©Thomas Samson/AFP)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 3 (2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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