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"Sarkozy, il faut lui marcher dessus. Pour deux raisons. Un, c'est la seule chose qu'il comprenne. Deux, ça porte chance." (Jacques Chirac)


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Lundi 12 janvier 2009 1 12 /01 /2009 23:00
La nouvelle année a commencé, en ce qui me concerne, sur des chapeaux de roues, comme on dit, et j'ai tant de choses en faire en ce moment, depuis plusieurs jours, qu'il m'est à nouveau devenu difficile de m'occuper régulièrement du présent blog. Profitant toutefois d'un court répit en ce lundi 12 janvier, je me permets à présent d'évoquer, dans ce premier article de l'année 2009, l'exposition en trois parties que j'ai eu l'opportunité de voir le 31 décembre et le 2 janvier derniers, durant mon séjour à Paris à l'occasion du réveillon du Nouvel An : il s'agit de "Picasso et les maîtres", la fameuse "exposition monstre de l'année" (selon l'expression employée par Anne-Cécile Sanchez sur le site du quotidien de la mode Prestigium.com) qui se déroule en trois lieux parisiens, à savoir Le Grand Palais, le Musée d'Orsay et le Musée du Louvre, du 8 octobre 2008 au 2 février 2009.

Picasso à côté de ses maîtres, au Grand Palais


Titien, Velazquez, Goya, Zurbaran, Rembrandt, Poussin, Ingres, Manet, Cézanne, Van Gogh... : ils fûrent les maîtres de Picasso, qui n'a jamais cessé de les regarder. Ils sont tous au Grand Palais, pour une exposition exceptionnelle qui témoigne de ce dialogue permanent.

"Picasso et les maîtres" (8 octobre - 2 février 2009) présente quelque 210 oeuvres exécutées du XVIe siècle à 1971, en une concentration rarement égalée de chefs d'oeuvres signés de Picasso et des grands maîtres de la peinture occidentale.

Pablo Picasso (1881-1973) est "parmi tous les peintres modernes, le seul à avoir à ce point endossé toute l'histoire de la peinture", indique Anne Baldassari, directrice du musée Picasso à Paris et co-commissaire de cette exposition "miraculeuse", dit-elle, avec Marie-Laure Bernadac, du Louvre.

C'est "cette confrérie de pairs qui ont tous dit à leur époque, +je suis le peintre qui révolutionne la peinture+, qui accompagnent Picasso, et vont le porter", ajoute-t-elle.


L'exposition ne les montre pas tous, mais les plus grands sont là, avec des chefs d'oeuvres qui pour certains, ne quittent jamais les murs du Prado, du MoMA (Museum of Modern Art) de New York, de la Gemälde Galerie de Berlin ou de la National Gallery de Londres.

Leurs portraits ouvrent l'exposition, de Goya, de Cézanne, d'Ingres, Poussin ou Delacroix. Il y a aussi le père, le vrai, le peintre José Ruiz-Blasco dont la légende dit qu'il abandonna pinceau et palette devant le génie de son fils.

Formé de manière très académique dans des écoles de Beaux-Arts, Picasso dessine à 14 ans des études déjà virtuoses de mains, de torses, que l'exposition réunit pour la première fois. Déjà, on voit des "effets de décentrement, de découpes de l'espace. Il est, enfant, le grand peintre qu'il va devenir", dit Mme Baldassari.


Le parcours, thématique et chronologique, amène le visiteur à cette confrontation permanente à travers les thèmes de la couleur, des natures mortes, des grands portraits, des nus, des variations.

Mais "nous ne sommes pas dans le vis-à-vis réducteur", insiste la commissaire. "L'exposition ne dit pas +Picasso est le fils de Machin et le petit-fils de Truc, il est toujours en train de croiser toute la peinture à la fois", dit-elle.

Il peut s'inspirer du Greco, dont le découpage de l'espace dans +Le songe de Philippe II+ est "proto-cubiste", dit-elle. Il reprend pour ses +Amoureux+ des formes de la +Nana+ de Manet mais aussi d'une toile du Douanier Rousseau, premier artiste qu'il collectionna.

Il pose un bonnet phrygien sur la tête d'un soldat de son +Enlèvement des Sabines+ repris de Poussin, pastiche Rembrandt et sa +Femme se baignant dans un ruisseau+ qu'il transforme en drôle de +Pisseuse+, reprend Courbet, brosse une Arlésienne tirée de Van Gogh.


D'un +Portrait de nain+ de Velazquez, il exécute des variations que l'on n'a jamais vues réunies depuis 1971. Une salle est consacrée à toutes celles issues des célèbres +Ménines+ de Velazquez, restées au Prado.

Dans l'éblouissante dernière salle consacrée aux grands nus, Picasso voisine avec une +Vénus+ du Titien, la +Maja desnuda+ de Goya et l'+Olympia+ de Manet, trois oeuvres qui n'ont jamais quitté leurs cimaises. "Personne n'a jamais vu la +Maja+ et l'+Olympia+ ensemble. Picasso non plus!", dit Mme Baldassari.

En parallèle, le musée du Louvre et le musée d'Orsay exposent des variations de Picasso autour des +Femmes d'Alger+ de Delacroix au Louvre et du "Déjeuner sur l'herbe" de Manet à Orsay.

(tlj sauf le mardi de 10H00 à 22H00, le jeudi jusqu'à 20H00. Tlj de 9H00 à 23H00 pendant les vacances scolaires. Tarif : 12 euros (TR: 8 EUR). Catalogue, 368 pages, RMN. 49 euros. Hors série Découvertes Gallimard. 8,40 EUR).

(Dépêche de l'Agence France Presse, 8 octobre 2008, 05h57)


J'ai eu plusieurs fois l'occasion, ces dernières années, de voir, avec un plaisir toujours renouvellé, de grandes expositions de peintures présentées au Grand Palais : une exposition consacrée aux oeuvres tahitiennes du peintre Paul Gauguin en novembre 2003, une exposition consacrée aux peintres paysagistes John Mallord William Turner, James McNeill Whistler et Claude Monet en janvier 2005, une exposition consacrée au peintre français méconnu Henri Rousseau - dit le Douanier Rousseau - en juin 2006, et une grande exposition consacrée au peintre réaliste Gustave Courbet en décembre 2007, déjà évoquée à l'époque dans un précédent article. Jamais pourtant, jusqu'à présent, je n'avais pourtant vu un tel battage médiatique autour d'une exposition, ni une telle affluence de visiteurs comme celle que connait en ce moment cette dernière exposition en date, consacrée au peintre espagnol Pablo Picasso et aux maîtres de la peinture qui l'ont inspiré. Le jour de ma visite au Grand Palais, le 31 décembre dernier, il m'aura fallu attendre un long moment - environ deux heures - dans une file d'attende, devant l'entrée du bâtiment et dans un froid hivernal particulièrement glacial, pour pouvoir enfin accéder aux chefs d'oeuvres de l'exposition, dont la qualité compense heureusement l'interminable attente initiale, beaucoup trop longue et relativement pénible à vrai dire (heureusement que je n'ai personnellement rien eu à payer pour entrer !). Fatigué par le froid et agacé par l'attente, mais enfin arrivé à l'intérieur du bâtiment, puis à l'étage où commence la visite, il m'a fallu un petit moment pour pouvoir être en mesure de vraiment profiter de cette exposition, qui se termine, fort heureusement, par une grande salle consacrée aux nus féminins que j'ai pu, en fin de visite, apprécier comme il se doit, les organisateurs ayant au moins eu la sagesse de garder ainsi le meilleur pour la fin, avec notamment la magnifique Maja desnuda de Francisco de Goya, venue spécialement de Madrid pour l'occasion, et dont la présence à cette exposition a, je l'avoue, été assez décisive dans ma volonté de me rendre au Grand Palais lors de mon séjour à Paris ;-)...


Ainsi, malgré cette affluence énorme de visiteurs à laquelle il fallait sans doute s'attendre et que n'ont pourtant guère immortalisée les photographies publiées par les agences de presse ayant couvert l'évènement à ses débuts, on ne saurait, in fine, bouder son plaisir... Cette exposition "Picasso et les maîtres" est, il est vrai, exceptionnelle par son contenu, avec ses oeuvres de Cranach, Titien, El Greco, Dubois, Ribera, Poussin, Velázquez, Zurbarán, Le Nain, Rembrandt, Mazo, Murillo, Meléndez, Chardin, Goya, Ingres, Delacroix, Courbet, Puvis de Chavannes, Manet, Degas, Cézanne, Renoir, Rousseau, Gauguin, Van Gogh, Toulouse-Lautrec, et bien sûr Picasso, qui n'est pas le peintre du XXe siècle que je préfère le plus (on le sait, j'ai plutôt une assez nette préférence pour son compatriote et contemporain Dalí) mais son oeuvre résolument figuratif me parle de toute façon beaucoup plus que n'importe quelle production d'un artiste contemporain adepte de l'abstraction. J'ai néanmoins un peu de mal à comprendre ce qui pousse les visiteurs à se ruer comme ils le font à une exposition consacrée à Picasso, sous prétexte qu'il s'agit de Picasso, alors qu'ils ne sont en général pas si nombreux à se précipiter pour voir des expositions consacrées au Douanier Rousseau, ou même à Gustave Courbet (en décembre 2007, pour voir les chefs d'oeuvres de Courbet, j'avais bien fait également la queue à l'entrée, mais durant un temps beaucoup plus court que pour l'actuel exposition Picasso). Il faut croire que la publicité autour de cette grande manifestation culturelle a été efficace (j'avoue y avoir sans doute été moi-même sensible puisque j'ai fait le déplacement, même si ce n'était évidemment pas la première fois [loin s'en faut !] que je visitais une exposition de peinture), et que les efforts des organisateurs pour créer l'évènement n'auront pas été vains. Un article publié par Philippe Dagen dans le journal Le Monde, en octobre dernier, a évoqué l'envers du décor, qui est le même que pour bien d'autres expositions, mais dont aura rarement autant parlé qu'à l'occasion de cette "exposition monstre de l'année" qu'est l'exposition "Picasso et les maîtres"...


"Picasso, Goya, Manet : le troc de l'année

D'ampleur exceptionnelle, l'exposition parisienne consacrée à l'artiste espagnol à partir du 8 octobre a donné lieu à des transactions tout aussi inhabituelles entre les musées.

« Picasso et les maîtres » : trois expositions, au Grand Palais, au Louvre et au Musée d'Orsay confrontent, à partir du 8 octobre et pour quatre mois, plus de deux cent oeuvres des plus grands peintres anciens, de Titien à Goya, et les reprises, variations et métamorphoses qu'elles ont inspirées à l'artiste espagnol.
    Une telle rencontre n'a jamais été tentée, et jamais ces trois lieux ne s'étaient associés pour une exposition. De là deux difficultés majeures : obtenir les prêts et financer les assurances et les transports d'oeuvres célébrissimes et hors de prix venues d'une soixantaine de musées et de collections privées, en France et à l'étranger.
    Plus une toile est célèbre, moins son propriétaire souhaite s'en séparer. Le collectionneur privé s'inquiète de voir son bien exhibé. Pour le musée, prêter un chef-d'oeuvre est aussi une mauvaise affaire : les touristes sont déçus, les conservateurs inquiets. Pour « Picasso et les maîtres », les négociations ont donc commencé il y a trois ans. Car une grande exposition, aujourd'hui, c'est de la diplomatie, du troc et des finances, plus que de l'histoire de l'art, d'autant que le projet exige des rapprochements précis. Pas un Rembrandt, mais tel Rembrandt. Pas un Goya, mais La Maja desnuda conservée au Prado de Madrid. Même chose pour Poussin, Manet, Vélasquez ou Greco.


2 milliards d'euros
    Il n'y avait donc guère de marge de manoeuvre pour les deux commissaires, Anne Baldassari et Marie-Laure Bernadac. La première dirige le Musée Picasso, la seconde est conservatrice au Louvre. Si elles n'occupaient pas ces fonctions, elles n'auraient pu réussir. Anne Baldassari n'en fait d'ailleurs pas mystère : elle a érigé le troc en méthode de travail, d'autant plus que le Musée Picasso doit être fermé pour travaux du printemps 2009 au printemps 2011 et que ses collections se trouvent donc libres de circuler à ces dates. Elle explique le procédé : « La coopération avec la National Gallery de Londres était primordiale, pour plusieurs tableaux anciens, tel le Portrait de Madame Moitessier d'Ingres. nous lui prêterons donc, en 2009, une vingtaine de Picasso pour leur propre version de l'exposition. »


    Autre exemple : « Il nous fallait absolument la Nana de Manet, conservé à la Kunsthalle d'Hambourg, parce que Picasso en a fait sa version. La Nana est en principe indéplaçable, le directeur du musée l'avait annoncé à son conseil d'administration. » Elle viendra pourtant au Grand Palais - et Hambourg aura son exposition Picasso dans quelque temps.
    Le procédé n'est pas neuf. Depuis que la mode des expositions à grand spectacle se développe - une trentaine d'années -, bien des conservateurs ont employé leurs collections comme des monnaies d'échange. Entre grands musées internationaux, cela se fait, hors de tout versement d'argent évidemment.
    Ce qui n'exclut pas dans d'autre cas la pratique des loan fees, ces sommes que certains prêteurs demandent en « dédommagement » : le tarif de location. Les musées russes l'ont largement pratiqué après 1989, quand les Occidentaux sont venus leur emprunter leurs chefs-d'oeuvre inaccessibles depuis 1917. Les fondations privées en font autant aujourd'hui. Mais ni les prêteurs ni les emprunteurs ne révèlent le montant de ces transactions.
    Quand aucun troc n'est accepté et qu'il ne saurait y avoir versement d'argent, comment faire ? Rien ne peut légalement contraindre un conservateur à laisser partir une oeuvre, même à 200 mètres de son musée. L'Autoportrait de Van Gogh ne traversera pas la Seine d'Orsay au Grand Palais, bien qu'Orsay soit partenaire de l'opération. Rien n'y a fait, ni « amicales pressions » ni interventions officieuses. L'Autoportrait à la palette, de Van Gogh conservé à Amsterdam ne viendra pas non plus, ni L'Homme au casque d'or, de Rembrandt, resté à Berlin, ni l'Autoportrait avec Saskia du même Rembrandt, que la Gemäldegalerie de Dresde n'a pas lâché. Toutes les tentatives ont échoué.
    D'autres n'ont pas même été esquissées : Les Ménines de Vélasquez n'ont pas été demandées au Prado, car elles ne sortent jamais du musée madrilène, pas plus que Guernica. Mieux valait donc s'abstenir et espérer que le Prado serait plus conciliant s'il n'était pas contraint de refuser Les Ménines : c'est ce qui s'est passé, au bénéfice de Greco, de Goya et de Vélasquez moins importants. Encore de la diplomatie.


10 000 visiteurs par jour
    Après le temps des négociations vient celui des comptes. Transporter et assurer des chefs d'oeuvres coûte cher. Le budget de « Picasso et les maîtres » est estimé à 4,3 millions, ce qui en fait l'une des manifestations les plus chères de l'histoire des musées français, sinon la plus chère.
    Le groupe LVMH en est le mécène pour un montant d'un million d'euros, selon nos informations, dont environ les deux-tiers pour le Grand Palais, le Louvre et Orsay se partageant le reste. Sur ce total, les transports - avions, caisses, camions - sont estimés à près de 1 million et les assurances à 730 000 euros.
    Cette somme serait bien plus élevée si l'Etat français n'était son propre assureur pour ses collections et celles exposées sur le territoire français dont la veleur est estimée supérieure à 100 millions d'euros. Sans ce dispositif, l'exposition aurait été impossible. La valeur cumulée des oeuvres serait, dit-on, de 2 milliards d'euros. Mais qui peut estimer la valeur de La Maja desnuda de Goya et de l'Olympia de Manet ?
    Les autres postes lourds du budget sont la scénographie (716 000 euros) et les sous-traitances de la surveillance et de l'accueil des visiteurs : plus de 1 million d'euros. Le prix à payer pour pouvoir accueillir des foules nécessaires à l'équilibre des comptes.


    De là des horaires hors du commun au Grand Palais : 5 nocturnes jusqu'à 22 heures par semaine au lieu d'une seule. Mieux : la sacro-sainte fermeture hebdomadaire du mardi est abandonnée durant les vacances scolaires et l'exposition sera alors ouverte tous les jours de 9 heures à 23 heures. But avoué de ces mesures : dépasser les 10 000 visiteurs par jour, contre 6500 en temps normal.
    Chacun paiera 12 euros pour entrer au Grand Palais - 8 euros en tarif réduit. Plus 9 euros pour Delacroix et Picasso au Louvre ; plus 9,50 euros pour Manet et Picasso à Orsay.
    Les trois institutions n'ont, en effet, pas réussi à s'accorder sur un billet commun ou sur un système permettant des réductions. C'est cela aussi, une grande opération culturelle : des recettes que l'on se dispute farouchement."

(Philippe Dagen, in Le Monde, Dimanche 5 - Lundi 6 octobre 2008, page 3)


De fait, face au grand succès attendu de l'exposition, une regrettable histoire de gros sous - très représentative du fait que les grands musées sont de plus en plus gérés comme des entreprises, avec un souci certain de rentabilité -, n'a pas tardé à voir le jour, si l'on en croit une dépêche de l'Agence France Presse publiée tout récemment, le 11 janvier :

"Picasso et les maîtres": succès de l'exposition, à qui vont les bénéfices ?


Forte de son succès, l'exposition "Picasso et les maîtres" sera bénéficiaire, peut-être d'un million d'euros. Les musées organisateurs ont demandé à profiter de la manne, faisant paraître au grand jour une querelle de gros sous qui cache elle-même d'autres tensions.

Au départ, l'affaire est simple. La RMN (Réunion des Musées nationaux), établissement public qui organise notamment les expositions du Grand Palais et gère la billetterie d'une trentaine de musées nationaux, a payé les coûts de l'exposition (transports, assurances, exploitation, communication, etc).

Les musées du Louvre, d'Orsay et Picasso étant simplement co-organisateurs, les bénéfices doivent repartir dans les poches de la RMN qui, par ailleurs, a donné 150.000 euros au Louvre et à Orsay pour l'organisation de leurs expositions relatives à Picasso.

Ainsi en a décidé une convention signée fin juillet par les parties concernées, indiquent des sources concordantes.

Le 15 octobre, les dirigeants des trois musées co-organisateurs ont néanmoins adressé une lettre, révélée par le quotidien Libération, demandant à la RMN de "revaloriser notre contrepartie", en reversant 40% du bénéfice net au musée Picasso, 15% au Louvre et 15% à Orsay.


Dans un courrier au ministère de la Culture, signé par son patron Thomas Grenon, la RMN a rappelé la convention signée, s'étonnant de "cette contestation a posteriori".

Au ministère de la Culture, "agacé par cette querelle de famille mise sur la place publique", on affirme "qu'on s'en tient à ce qui a été décidé".

L'affaire en reste là mais, portée au grand jour par presse interposée, fait jaser dans le Landerneau.

Simple querelle de sous ? Pour certains peut-être, et certainement pour le musée Picasso.

Car le musée, qui doit déjà assumer financièrement une partie de gros travaux de restauration, n'a pas eu de contrepartie puisqu'il n'a pas organisé d'exposition parallèle. De plus, il a perdu 50% de sa fréquentation lors de "Picasso et les maîtres", son public partant voir Picasso au Grand Palais.

Mais concernant le Louvre et Orsay, d'aucuns y voient moins une affaire financière que la manifestation de relations parfois tendues de ces musées avec la RMN, qui fut autrefois leur gestionnaire. Elle a perdu ce monopole dans les années 1990 après la transformation des grands musées en établissements publics autonomes.


La "RMN ne sert à rien", dit-on au musée du Louvre, "elle est non seulement un frein au développement des gros établissements mais également à celui des petits musées, dont elle capte l'argent".

Le patron d'Orsay est, quant à lui, sur la même longueur d'ondes que le Louvre, tout en se défendant d'être "en guerre avec la RMN. Nous disons, l'exposition Picasso a très bien marché, on revoit le contrat, parce qu'il y aura d'autres expositions", dit Guy Cogeval. "Après tout, rien n'oblige Orsay à montrer ses têtes d'affiches au Grand Palais", ajoute-t-il.

"Nous avons un rôle de fédérateur et de redistributeur", plaide de son côté Thomas Grenon de la RMN. "Les bénéfices des expositions qui marchent aident celles qui ne marchent pas", insiste-t-il. Et de se montrer conciliant : "Le plus important, c'est d'avoir réussi à monter une exposition d'importance mondiale", dit-il.

Il n'empêche. Le débat "nous affaiblit au plan international", conclut un responsable de musée. "Ceci n'aurait pas lieu en Angleterre ou aux Etats-Unis".

(Dépêche de l'Agence France Presse, 11 janvier 2009, 14h35)

En ce qui concerne l'exposition elle-même et la pertinence de son exceptionnel contenu artistique, à côté des nombreux commentaires dithyrambiques diffusés dans la plupart des médias, il s'est bien trouvé quelques critiques quelque peu dissonnantes, comme par exemple celle de Didier Rykner mis en ligne sur le site de La Tribune de l'Art le 8 octobre dernier :

"Picasso et les Maîtres  

Paris, Galeries Nationales du Grand Palais, du 8 octobre 2008 au 2 février 2009 - Paris, Musée du Louvre, du 9 octobre 2008 au 2 février 2009 - Paris, Musée d'Orsay, du 8 octobre 2008 au 1er février 2009.
Londres, National Gallery, du 25 février au 7 juin 2009.


      Picasso et les maîtres est calibré pour battre tous les records de fréquentation et susciter les éloges les plus extravagants (exposition de l'année, de la décennie, voire du siècle [1]...) Réunir l'artiste qui déplace les foules et l'associer aux plus grands noms de la peinture occidentale est une idée de génie pour faire venir un maximum de visiteurs, ce qui semble bien l'objectif de cette rétrospective. Elle défie, par là même, toute critique et semble devoir être largement encensée.
   Cela doit-il empêcher de s'interroger sur son intérêt intrinsèque, et sur sa réussite ? Evidemment non. Car une réunion de chefs-d'œuvre ne suffit pas pour faire une bonne exposition.


   Le fonds comme la forme sont discutables. La muséographie, avec ces murs uniformément gris, même s'ils s'accordent avec les œuvres de toutes les époques, finit par rendre ce parcours profondément déprimant, ce qui est tout de même paradoxal. On est heureux, en ressortant, de retrouver la lumière naturelle, fût-ce celle d'un automne pluvieux.
   Beaucoup plus gênant : les comparaisons sont loin d'être toutes pertinentes. Et lorsqu'elles fonctionnent, on se dit que beaucoup d'autres auraient pu être proposées. La première salle par exemple, qui réunit un grand nombre d'autoportraits, ne convainc absolument pas. On a l'impression que n'importe quel tableau représentant un peintre avec une palette aurait pu faire l'affaire. En particulier, l'Autoportrait de Rembrandt du Louvre ne répond à aucune des oeuvres de Picasso exposées dans cette pièce.


   Sauf exceptions (le Saint Martin et le Mendiant de Gréco et le Garçon conduisant un cheval de Picasso, La Toilette de Psyché d'après Ambroise Dubois et la grande esquisse Trois femmes à la fontaine du Musée Picasso à Paris, certains rapprochements de gravures, etc.), les seules confrontations indiscutables sont celles qui juxtaposent les copies (toujours libres) et les oeuvres qui les ont inspirées. Avec parfois des risques de contresens : L'Enlèvement des Sabines renvoie sans doute en partie à Poussin, mais il n'évoque pas moins David, le personnage de soldat nu à droite de la composition en étant directement issu des Sabines de ce dernier. Ce rapprochement est d'ailleurs proposé dans le catalogue mais ignoré dans l'exposition alors qu'il aurait été simple de l'illustrer par une photo.


   Autre association douteuse, celle qui montre dans la salle des natures mortes (comme pour les autoportraits, les tableaux semblent ici avoir été choisis au petit bonheur la chance) une Tête de mort à la cruche de Picasso (Londres, Nahmad Collection) à côté de trois crânes peints par Cézanne (Detroit, Institute of Arts), une étude formelle sur la sphère, sans aucun sens symbolique. Car Picasso s'inspire ici bien davantage des Vanités du XVIIe siècle que du peintre d'Aix-en-Provence.
   Pourquoi le Douanier Rousseau est-il présent alors que Matisse est totalement ignoré ? Pourquoi n'y-a-t'il pas d'oeuvres pointillistes, même à côté de la « copie » du Retour du Baptême des frères Le Nain, peint dans un style très proche de Seurat.


   Toutes ces questions, personne n'y répondra. Picasso a-t-il vu tel ou tel tableau placé à ses côtés, s'en est-il réellement inspiré ou la comparaison n'est-elle donnée qu'à titre d'illustration ? Rien, dans l'exposition, n'est commenté comme si ces précisions n'étaient pas nécessaires. Le catalogue n'est pas plus disert puisque les oeuvres exposées sont juste reproduites, sans même être numérotées, évidemment sans aucune notice [2]. Les essais étant par ailleurs extrêmement réduits, l'ouvrage s'apparente à un grand livre d'image, ce qui est plus que léger, d'autant que les approximations fourmillent. Picasso ne pouvait pas connaître plusieurs tableaux ici présentés pour la bonne raison qu'ils n'ont été redécouverts que récemment, comme Le verre d'eau et rose sur un plateau d'argent de Zurbarán ou la Nature morte avec citrons et oranges de Luis Meléndez. Quant à l'Agnus Dei, du même Zurbarán, que vient-il faire dans cette exposition ? Non seulement aucune œuvre ne lui est confrontée, mais le catalogue lui-même ne suggère pas de rapprochement. Peut-être aurait-on pu le mettre en relation avec L'Homme au mouton, mais cette oeuvre n'est pas présentée, comme d'ailleurs aucune sculpture de Picasso, alors qu'il y aurait eu beaucoup à en dire. Quel travail les commissaires de l'exposition ont-elles produit, à part celui de s'assurer les prêts les plus prestigieux en faisant preuve de diplomatie ou plutôt de qualités de marchandage comme l'a très bien expliqué Philippe Dagen dans Le Monde ? Que Picasso se soit inspiré des maîtres, qu'il ait absorbé ce qu'il voyait dans les musées ou dans les livres pour se forger son propre panthéon personnel et qu'il se soit servi de cette matière pour créer n'est pas une nouveauté. Cela demandait donc un véritable travail d'historien pour proposer un nouveau regard. On sort de cette exposition et de la lecture du catalogue sans avoir rien appris de nouveau sur l'art de Picasso.


   Il faut s'interroger, une fois de plus, sur le sens de certaines expositions et du déplacement incessants des tableaux. Picasso, lorsqu'il peignait d'après les maîtres, était souvent face à une carte postale. Une bonne photo aurait suffi pour comprendre les liens entre ses toiles et ses modèles. Etait-il donc bien raisonnable de transporter des chefs-d'oeuvre comme la Maja Desnuda de Goya ? Le Prado a refusé d'envoyer les Ménines car il s'agit d'un de ses tableaux phares, qui n'en bougera plus. Mais la Maja Desnuda n'est pas moins importante et il est vraiment discutable que ce tableau sorte de son musée, dans un objectif finalement purement iconographique et avec si peu de rigueur scientifique. Les visiteurs du Prado s'attendent à voir cette oeuvre, qui ne prend d'ailleurs son véritable sens qu'avec la Maja Vestida. Dans la dernière salle, le rapport entre la Maja, la Vénus de Titien (Prado), L'Olympia de Manet et les Picasso qui leur sont confrontés est ainsi fort ténu. Ces Nus couchés sont davantage proches de L'Odalisque d'Ingres et de la femme à droite du Bain Turc. Laurence Madeline, commissaire de l'exposition Ingres-Picasso à Paris en 2004, avait finalement bien mieux cerné ce sujet. Le Paolo et Francesca d'Ingres à Angers, le David et Bethsabée de Cranach à Berlin, sont des tableaux essentiels à leurs musées. Fallait-il les faire venir pour les exposer à plat, sans visibilité, comme des tableaux à l'encan à l'Hôtel Drouot [3] ?


   Le Jeune Mendiant de Murillo, à peine revenu d'Atlanta, a quitté une fois de plus le Louvre pour être mis à côté d'un tableau qui n'a pas grand chose à voir avec lui [4]. Il est accompagné par l'inévitable Infante qui semble définitivement donnée à Vélazquez et non à son atelier, sans que jamais cette attribution ait réellement été justifiée. Il est regrettable aussi que L'Olympia de Manet ait quitté les cimaises d'Orsay. Au moins Le Déjeuner sur l'herbe à pu y rester, et Les Femmes d'Alger au Louvre, des dossiers étant montés autour de ces deux oeuvres majeures. L'exposition d'Orsay est finalement la plus réussie avec une belle scénographie d'Hubert Le Gall et un accrochage témoignant d'une véritable réflexion.


   La conclusion s'impose : ce thème est davantage le sujet d'un livre - qui reste à écrire - que d'une exposition, car juxtaposer des tableaux anciens et ceux de Picasso se comprend aussi bien devant des illustrations que devant les oeuvres elles-mêmes. On ne peut malgré tout déconseiller de se rendre au Grand Palais. Pour peu qu'on réussisse à y voir quelque chose parmi les 10 000 visiteurs quotidiens attendus (!), on y admirera un nombre de chef-d'oeuvre prodigieux, de Cranach à Picasso. Certains ont même été dénichés dans des lieux peu connus : qui, lorsqu'il visite Washington, pense à se rendre à Dumbarton Oaks ? Le Gréco qui en vient est exceptionnel.


Espérons au moins que cette rétrospective permettra à la RMN de rentrer dans ses frais. Ce qui lui permettra de continuer à organiser des expositions réellement novatrices et intellectuellement satisfaisantes bien que nettement moins fréquentées, comme celle consacrée à Victoria et Napoléon III à Compiègne, parfaite anti-thèse de cette exposition Picasso [...].

Didier Rykner
(mis en ligne le 8 octobre 2008)

1. Tous ces qualificatifs ont été employés par des commentateurs. On a même parlé d' « exposition des expositions » !
2. On atteint ainsi l'épure extrême, puisqu'il n'y a même pas d'historique, ni de bibliographie. Juste la photo, la technique, la taille et la localisation.
3. Sans compter que cela peut faire courir des risques au Ingres : la toile pourrait prendre les marques du châssis. On espère qu'une protection a été mise en place.
4. Le Louvre nous a certifié que ce tableau, dont nous disions [...] qu'il se rendrait à Bilbao pour l'exposition Le jeune Murillo dans un an, n'avait pas été demandé par ce musée. Pourtant, celui-ci annonce la rétrospective à l'aide de cette toile. Sa présence dans une telle rétrospective serait d'ailleurs bien plus pertinente qu'à celle du Grand Palais."

(Didier Rykner, article publiée sur le site de La Tribune de l'Art
[http://www.latribunedelart.com/], le 8 octobre 2008)

Didier Rykner peut être aujourd'hui rassuré en ce qui concerne les bénéfices à espérer de la forte fréquentation de l'exposition : ainsi qu'on l'a évoqué plus haut, la RMN, de toute évidence, rentrera effectivement dans ses frais. Pour ce qui est de l'exposition elle-même, la critique de Rykner peut assurément se justifier, car ce genre d'exposition très médiatisée est toujours discutable, tant sur la forme que sur le fond. Néanmoins, en ce qui me concerne, je suis pas, a priori, vraiment tenté de le suivre dans cette voie. Il se trouve qu'en venant voir cette exposition, je n'ai pas été spécialement animé par la volonté d'apprendre des choses nouvelles sur l'art de Picasso. Je suis surtout venu pour voir en vrai des chefs d'oeuvres de la peinture occidentale que je n'aurai peut-être jamais plus l'occasion de voir en vrai par la suite.


Rykner s'interroge sur la pertinence de faire venir à Paris La Maja desnuda de Goya, mais personnellement, je suis très content qu'on l'ait fait venir ! Bien qu'ayant déjà eu plusieurs fois l'occasion d'aller en Espagne, y compris pour y voir des oeuvres d'art, je n'ai jamais eu l'occasion d'aller au Musée du Prado à Madrid, et n'en aurait peut-être d'ailleurs jamais l'occasion. Pourquoi ne me réjouierai-je pas donc de pouvoir enfin voir en vrai, à l'occasion d'un séjour à Paris, ce chef d'oeuvre du nu féminin occidental qu'est La Maja desnuda ? Je pourrais, du reste, en dire autant en ce qui concerne d'autres chefs d'oeuvres, peints par El Greco et Velázquez, par exemple, que je n'aurai peut-être jamais l'occason de revoir ailleurs que dans cette exposition, la peinture espagnole précédant l'époque de Picasso étant fort peu représentée dans les collections des musées français, mis à part celles du Louvre à Paris et du Musée Goya à Castres. Pour Didier Rykner, "juxtaposer des tableaux anciens et ceux de Picasso se comprend aussi bien devant des illustrations que devant les oeuvres elles-mêmes", mais pour moi, le problème n'est pas là : voir les oeuvres peints des artistes en vrai, de ses propres yeux, ce n'est pas la même chose que de les voir reproduites dans un livre ! J'ai d'ailleurs pu justement le constater avec La Maja desnuda, qui apparait souvent d'une reproduction à l'autre sous un aspect variable selon l'éclairage, et dont seule une confrontation devant le véritable tableau peut permettre d'avoir une idée de ce qu'est l'oeuvre originale. J'avoue que lorsque je viens voir une exposition, je ne viens pas spécialement pour suivre un cours d'histoire de l'art (j'en ai souvent suivi durant les premières années de mes études supérieures, et je ne le regrette absolument pas, du reste), mais je viens d'abord pour voir les oeuvres en vrai, même si, par ailleurs, il vaut toujours mieux que celles-ci soient présentées au public de la façon la plus pertinente possible, afin que chacun puisse éventuellement apprendre quelque-chose en même temps qu'il apprécie la beauté des oeuvres.


Bien entendu, à bien y regarder, on peut convenir que Rykner n'a pas tort de s'interroger sur la pertinence d'associer telle ou telle oeuvre de Picasso avec telle ou telle oeuvre de maître plus ancien, et je me suis moi-même posé quelques questions durant ma visite. Ainsi, par exemple, dans la dernière salle de l'exposition, consacrée aux nus, lorsque j'ai vu le Nu couché et homme jouant de la guitare de Picasso, peint le 27 octobre 1970 à Mougins, et prêté par le Musée Picasso de Paris, accroché entre deux grands autres nus de la peinture occidentale, à savoir Vénus se divertissant avec l'Amour et la Musique peint par Le Titien et La Maja desnuda merveilleusement peint par Goya, je me suis effectivement interrogé sur le lien "ténu", pour reprendre le terme de Rykner, qu'il pouvait y avoir entre l'oeuvre de Picasso et celles du Titien et de Goya. De fait, le tableau de Picasso semble beaucoup plus proche d'un magnifique tableau du génial Jean Auguste Dominique Ingres, intitulé L'Odalisque à l'esclave, appartenant à la collection Winthrop conservée au Fogg Art Museum à Cambridge, aux Etats-Unis d'Amérique.


J'ai eu la chance de voir ce tableau de Ingres au Musée des Beaux-Arts de Lyon, en avril 2003, lors de la venue exceptionnelle en Europe, à l'occasion d'une exposition itinérante, de chefs d'oeuvres de la collection Winthrop, qui pourtant sont censés ne devoir jamais quitter le sol des Etats-Unis depuis qu'ils ont été attribués au Fogg Art Museum. La présence de ce tableau au côté du nu peint par Picasso le 27 octobre 1970 aurait sans doute été idéale, mais je suppose que les commissaires de l'exposition ont fait ce qu'ils ont pu pour faire venir les oeuvres qui étaient actuellement les plus facilement accessibles, sachant que L'Odalisque à l'esclave de Ingres du Fogg Art Museum n'est sans doute pas une oeuvre qui reviendra en Europe de sitôt après son exceptionnelle escapade de 2003... Du reste, dans cette dernière salle de l'exposition "Picasso et les maîtres", j'ai pu voir d'autres nus féminins de Picasso, peints vers la fin des années 1960, avec lesquels des correspondances avec La Maja desnuda de Goya pouvaient être établies, fusse de façon "ténue", tandis que Jean Auguste Dominique Ingres était tout de même également réprésenté dans ladite salle, en particulier par une merveilleuse Odalisque en grisaille du Metropolitan Museum of Art (MMA) de New York... accrochée à côté d'un nu peint par Picasso le 2 novembre 1969 à Mougins (issu d'une collection particulière) qui, pour le coup, bien que de couleur grise comme l'Odalisque du MMA, aurait pu être plutôt rapproché de La Maja desnuda...


Ainsi, il était toujours possible de critiquer la pertinence des rapprochements faits par les organisateurs de l'exposition entre telles ou telles oeuvres, mais l'essentiel était ailleurs. Le 31 décembre dernier, j'ai eu l'opportunité de voir en vrai des chefs d'oeuvres de la peinture au Grand Palais, et j'en suis bien content. Le 2 janvier dernier, j'ai complété ma visite par les deux autres parties de l'exposition, proposées au Musée d'Orsay et au Musée du Louvre.


A Orsay, il a fallu encore attendre dehors, comme au Grand Palais, avant de pouvoir enfin entrer dans le musée, même si la file d'attente qui serpentait à l'extérieur était tout de même moins interminable que celle de l'exposition principale. Une fois à l'intérieur, une autre file d'attente, plus petite mais néanmoins exaspérante, s'est imposé devant les salles consacrées au thème "Picasso et Manet". Si, selon Rykner, "l'exposition d'Orsay est finalement la plus réussie avec une belle scénographie [...] et un accrochage témoignant d'une véritable réflexion", j'ai constaté pour ma part à quel point voir des oeuvres d'art au milieu de la foule et dans des salles peu propices à une affluence massive de visiteurs pouvait être pénible, même si le travail de Picasso d'après le célèbre Déjeuner sur l'herbe de Manet est, par ailleurs, intéressant à regarder à travers les différentes oeuvres présentées dans l'exposition. Dommage que les salles aient été aussi exigues par rapport à l'affluence du public...


Le troisième et dernier volet de l'exposition, consacrée au thème "Picasso et Delacroix" et que j'ai visité au Musée du Louvre en nocturne, s'est finalement révélé être le plus accessible, "noyé" qu'il était au milieu des prestigieuses collections permanentes du Louvre, ce qui avait l'immense mérite de favoriser la dispersion du public, et donc de freiner quelque peu l'affluence autour des oeuvres de Picasso, temporairement exposées au premier étage de l'aile Denon, au milieu des vastes salles des célèbres  peintures françaises à grands formats et non loin des fameuses peintures italiennes, soit à deux pas de chefs d'oeuvres tels que le Concert champêtre du Titien, traditionnellement attribué à Giorgone (et auquel fait d'ailleurs écho le Déjeuner sur l'herbe de Manet exposé à Orsay), et la célèbre Grande Odalisque de Ingres, toute en couleurs celle-ci, et qu'il aurait peut-être été intéressant, au passage, de faire voisiner avec La Maja desnuda de Goya, même au nom d'un rapprochement "ténu" (encore que...) ;-)...


Cette exposition dans une grande salle du Louvre d'une vingtaine de variations peintes par Picasso d'après le chef d'oeuvre d'Eugène Delacroix intitulé Femmes d'Alger dans leur appartement, a conclu agréablement, dans la soirée du 2 janvier, cette grande visite, étalée sur deux jours (sans compter le Nouvel An), de l'exposition "Picasso et les maîtres", laquelle me laisse une impression certes un peu mitigée, en raison des files d'attente, toujours pénibles, et de la foule regroupée devant les tableaux dans certaines salles, mais néanmoins positive car elle a été une occasion unique de voir, et parfois de revoir, de grands chefs d'oeuvres de la peinture occidentale à l'occasion de mon séjour à Paris.

Pour ceux que cela intéresse, ajoutons, en guise de conclusion, que p
our faire face au succès public, l'exposition "Picasso et les maîtres" sera ouverte 24 heures sur 24 pendant quatre jours, du 30 janvier (9h00) au 2 février (20h00). Pour éviter les files d'attente, il semble qu'une visite entre 2 heures et 4 heures du matin soit toute indiquée... ;-)

Cordialement, :-)

Hyarion.


(Illustrations : Maja desnuda, huile sur toile [1797-1800] par Francisco de Goya, Madrid, Museo Nacional del Prado ; ... pour la suite, voir réponse aux premiers commentaires [des contraintes techniques m'empêchant, une fois de plus, de publier mon article tel quel sur le présent blog])
Par Hyarion - Publié dans : Musées et expositions
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