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"Sarkozy, il faut lui marcher dessus. Pour deux raisons. Un, c'est la seule chose qu'il comprenne. Deux, ça porte chance." (Jacques Chirac)


(Jacques Chirac, par Kiro)

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Lundi 15 décembre 2008 1 15 /12 /2008 21:56
Encore une année qui se termine bientôt... Sur les écrans de télévision, et dans les médias en général, c'est déjà le temps des retrospectives... Que retenir de l'année 2008 ? L'an dernier, j'avais qualifié l'année 2007 d'"année franchement pas terrible", et aujourd'hui, je n'ai pas de raisons particulières d'être forcément plus enthousiaste en ce qui concerne l'année 2008... Qu'en retenir donc, cependant ? Le mariage de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa avec Carla Bruni ? Le lancement par Jacques Chirac de sa fondation pour le développement durable et le dialogue des cultures ? La commercialisation de poupées vaudoues à l'effigie de Nicolas Sarkozy et de Ségolène Royal ? ;-)
Plus sérieusement, outre la réforme des institutions françaises de la Ve République dont j'ai déjà parlé dans un précédent article, on pourra retenir bien sûr la grande crise financière et économique mondiale dont on ne cesse de parler à tort et à travers depuis des mois, la guerre russo-géorgienne de l'été dernier, la présidence française de l'Union européenne (UE), et bien d'autres évènements. Mais s'il ne fallait cependant retenir qu'un seul fait important parmi tous ceux ayant marqué cette année 2008, ce serait certainement l'élection présidentielle aux Etats-Unis d'Amérique du mois dernier, et la victoire du démocrate Barack Obama qui en a découlé...


J'avais évoqué à l'époque l'évènement, dans un précédent article, sans afficher d'enthousiasme particulier. Aujourd'hui cependant, je n'en reste pas moins satisfait que la page désastreuse de la présidence du républicain  W. Bush soit enfin en train de se tourner. J'ai, du reste, appris avec plaisir, au début de ce mois-ci, que Barack Obama a annoncé, le 1er décembre dernier, avoir choisi son ex-rivale démocrate Hillary Clinton pour diriger la diplomatie de son administration. La nomination de l'épouse de l'ancien président Bill Clinton au poste de secrétaire d'Etat est un bon geste de la part d'Obama, à la fois habile politiquement et aussi juste et pertinent. Avant même l'annonce officielle de la nomination, l'idée que Hillary Clinton occupe le poste de secrétaire d'Etat a été bien accueillie dans le monde politique aux Etats-Unis, qui a évoqué le concept d'"équipe de rivaux" cher à Abraham Lincoln, un des modèles de Barack Obama. Bien entendu, nous ne sommes pas à l'abri de certaines déconvenues à l'avenir, mais pour l'heure, il convient de saluer cette décision, qui témoigne du bon départ pris par Obama, qui, rappelons-le, prendra ses fonctions à la Maison Blanche le 20 janvier prochain.


Pour en venir (ou revenir) maintenant à la France et à l'Europe, on peut bien sûr évoquer, en ces derniers jours de l'année 2008, la présidence française de l'Union européenne, qui se termine à la fin de ce mois-ci. Le dernier sommet européen sous cette présidence française s'est d'ailleurs terminé vendredi dernier, 12 décembre, avec des accords d'une part sur un plan européen contre le réchauffement climatique (plan répartissant les efforts à réaliser, par pays et par secteur économique, pour que l'Union européenne réduise ses émissions de CO2 de 20% d'ici 2020), et d'autre part sur un nouveau référendum en Irlande pour obtenir la ratification du traité de Lisbonne, rejeté par les électeurs irlandais lors d'un premier référendum en juin dernier.

Les dirigeants de l'UE arrachent un accord sur le plan climat


Les dirigeants de l'UE ont trouvé un accord vendredi [12 décembre] pour mettre en oeuvre leurs ambitieux objectifs de protection du climat, qui doit servir d'exemple pour les négociations internationales, permettant à la France d'achever sur un succès sa présidence de l'UE.

"Il n'y a pas un continent au monde qui se soit doté de règles aussi contraignantes", s'est félicité le président français Nicolas Sarkozy, lors d'une conférence de presse à l'issue du sommet.

"Nous avons réussi", "nous sommes dignes de notre rôle d'avant-garde", a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel.

Cet accord a été scellé malgré la crise économique, face à laquelle les dirigeants de l'UE ont approuvé vendredi un plan de relance d'un montant global chiffré à "environ 1,5% du PIB" de l'UE, soit environ 200 milliards d'euros.

Annoncé au dernier jour de la conférence internationale de Poznan (Pologne), cet accord devrait placer les Européens en position de force pour les négociations internationales sur le climat de Copenhague prévues en décembre 2009.

Le plan d'action adopté doit permettre à l'UE d'atteindre d'ici 2020 le triple objectif qu'elle s'était fixé en 2007: réduire de 20% les émissions de gaz à effet de serre par rapport à leurs niveaux de 1990, porter la part des énergies renouvelables à 20% de la consommation et réaliser 20% d'économies d'énergie.

L'Allemagne, l'Italie et la Pologne, les trois grands pays qui avaient brandi des menaces de veto au plan européen avant le sommet, ont finalement accepté le compromis.

Ils s'étaient particulièrement inquiétés des contraintes imposées par ce plan en pleine crise économique à leurs industriels, dont la plupart devront commencer en 2013 à acheter aux enchères des permis d'émissions de CO2 qu'ils recevaient jusqu'ici gratuitement.

Paris a en effet accédé à beaucoup de leurs demandes de limiter les efforts demandés à leurs industries.


Au final, avec toutes les exemptions obtenues par les uns et les autres, la proportion de permis à polluer que devront acheter les industriels restera encore très faible en 2013, même si elle augmentera graduellement d'ici 2020.


Les centrales électriques au charbon de Pologne et des autres pays de l'est n'auront elles à payer que 30% de leurs quotas d'émissions en 2013, pour arriver progressivement à 100% en 2019. Un résultat dont le Premier ministre polonais Donald Tusk s'est dit "satisfait".

Toutes les exemptions obtenues ont fait dire aux organisations de défense de l'environnement, dont Greenpeace, le WWF et Friends of the Earth Europe - avant même l'annonce de l'accord - qu'il constituait "un échec".

Elles ont appelé le Parlement européen à amender le texte lors du vote prévu en première lecture la semaine prochaine.

La Hongrie aura été vendredi matin le dernier obstacle à un accord, jugeant insuffisant le mécanisme de solidarité prévu pour aider les pays de l'Est, les plus pauvres de l'UE, à s'adapter aux contraintes imposées pour la "révolution verte" prônée par ce plan.

Un nouveau texte soumis aux dirigeants de l'UE en fin de matinée a finalement rallié Budapest.

Les dirigeants de l'UE ont aussi avalisé vendredi la solution trouvée pour surmonter le "non" irlandais en juin du traité de Lisbonne censé permettre à l'UE élargie de mieux fonctionner.

Dublin s'est en effet engagé, moyennant des garanties, à organiser un nouveau référendum avant novembre prochain, même si son gouvernement va devoir batailler contre un camp du "non" plus que jamais mobilisé.

Mais si M. Sarkozy peut se targuer d'avoir remporté un succès sur le plan climat et d'avoir "bousculé" la machine européenne pendant ses six mois de présidence marqués aussi par les crises géorgienne et financière, Paris n'a obtenu de ses partenaires qu'une avancée minime sur un de ses dossiers fétiches : la possibilité de baisser les taux de TVA sur la restauration.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 12 décembre 2008, 18h58)


Je n'attendait pas grand-chose de la présidence française de l'UE. Ainsi, on a eu droit aux gesticulations et au mouvementisme sans fin dont Sarkozy est coutumier, et comme cela était prévisible, le bilan de cette présidence française est pour le moins mitigé : Sarkozy a certes bien mené la barque des négociations diplomatiques engagées avec la Russie dans le cadre de la médiation de l'UE pour mettre fin à la guerre russo-géorgienne de cet été, mais le résultat de six mois de politique européenne dudit Sarkozy, c'est aussi une dégradation préoccupante des relations franco-allemandes, une incapacité des Européens à décider ensemble d'un véritable plan de relance économique coordonné face à la crise actuelle, et des dossiers européens importants dont on n'aura guère entendu parler durant ces six mois de présidence française, notamment en ce qui concerne la défense et l'immigration. Quant aux accords obtenus lors de ce dernier sommet européen de l'année, à Bruxelles, ce sont des accords au rabais : le fameux plan climat n'a pu être adopté qu'au prix de forts importantes concessions à plusieurs Etats membres restés longtemps réticents, et l'accord sur un nouveau référendum en Irlande pour obtenir la ratification du traité de Lisbonne n'est qu'un énième arrangement entre dirigeants, qui n'est bien évidemment pas de nature à favoriser, à terme, l'émergence d'une Europe politique, d'une Europe des peuples, c'est-à-dire de la seule Europe qui vaille, le traité de Lisbonne n'étant, rappelons-le, qu'une version réduite du projet mort-né de Constitution européenne, auquel les électeurs français et néerlandais s'étaient déjà opposés en 2005, et qui représentait une Europe dont la majorité des peuples européens ne veulent pas, ou plus... Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, avec tout l'orgueil qu'on lui connait, doit donc sans doute trouver absolument formidable son bilan de président de l'Europe, mais en réalité, à bien y regarder, il n'y a pas vraiment de quoi pavoiser...
En tout cas, c'est une page du mandat présidentiel de Sarkozy qui est à présent sur le point de se tourner, l'actuel chef de l'Etat s'apprêtant sans doute, dès le début de l'année prochaine, à revenir au premier plan sur la scène intérieure française, tandis qu'une redistribution progressive des cartes ministérielles semble déjà engagée en ce qui concerne le gouvernement Fillon, le très détestable Patrick Devedjian (secrétaire général de l'UMP depuis septembre 2007) ayant d'ors et déjà été nommé par Sarkozy, le 5 décembre, au poste de ministre chargé de la mise en oeuvre d'un plan de relance économique de 26 milliards d'euros, dévoilé la veille...


Le jeu des chaises musicales bat son plein au gouvernement

Le départ annoncé de plusieurs membres du gouvernement, dont celui du "poids lourd" politique Xavier Bertrand pour la direction de l'UMP, alimente les spéculations sur un prochain remaniement ministériel, présenté par l'Elysée comme un simple "ajustement".

C'est devenu un classique: il a suffi que le secrétaire d'Etat d'ouverture aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, annonce il y a deux semaines son arrivée à la présidence de l'Autorité des marchés financiers (AMF), pour que le "microcosme" politico-médiatique ne regoûte à l'une de ses activités favorites, celle des rumeurs et des pronostics.

Ce petit jeu s'est accéléré à l'entrée vendredi [5 décembre] du secrétaire général de l'UMP, Patrick Devedjian, dans l'équipe du Premier ministre, François Fillon. Et surtout avec son remplacement annoncé par le ministre du Travail, Xavier Bertrand.


L'Elysée a aussitôt tenu à le ralentir en assurant que Nicolas Sarkozy n'envisageait pas, pour le moment, de bouleverser son "casting" gouvernemental.

"Le président considère que la crise économique nécessite que les uns et les autres restent aux commandes", croit savoir un de ses proches, pariant plutôt pour un "simple ajustement technique en janvier".

"Pour le président de la République, un remaniement ça correspond à un nouveau temps politique", a abondé mercredi [10 décembre] le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel. Avant de rappeler que Nicolas Sarkozy avait lui-même fixé en juillet ce temps à mi-quinquennat, soit à la fin 2009.

Certains parient toutefois pour un changement avant le scrutin européen de juin. "Si la droite perd, le président ne voudra pas laisser penser qu'il remanie après une défaite", dit une source gouvernementale.

Le nom du remplaçant de Jean-Pierre Jouyet devrait être connu rapidement. Luc Chatel a fait savoir qu'il le serait "à l'issue du Conseil européen" de jeudi et vendredi à Bruxelles. "Probablement d'ici à janvier", tempère-t-on à l'Elysée.

Le plus cité pour le remplacer est le député UMP de l'Eure, Bruno Le Maire, ex-directeur de cabinet de Dominique de Villepin à Matignon. M. Jouyet lui a implicitement passé le témoin mercredi en lui lançant, devant les députés: "là où vous serez, la connaissance que vous avez de l'Allemagne et de sa langue seront déterminantes"...

La piste de l'actuelle secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme, Rama Yade, intéressée [par le poste de secrétaire d'Etat aux Affaires européennes], semble définitivement abandonnée. Selon l'Elysée, elle a "déçu" le chef de l'Etat en refusant de quitter le gouvernement pour prendre la tête d'une liste UMP aux prochaines élections européennes.


Autre poste très en vue, celui de Xavier Bertrand, qui lâchera fin janvier son portefeuille pour, selon la volonté du président, remettre de l'ordre à l'UMP. Ayant refusé de quitter son maroquin de l'Immigration pour cette mission, c'est Brice Hortefeux, le fidèle entre les fidèles de Nicolas Sarkozy, qui tient la corde pour prendre sa place rue de Grenelle.

"Ce grand ministère lui donnerait une dimension +sociale+ qu'il n'a pas et, surtout, lui permettrait d'entrer dans le club très fermé des +premiers ministrables+", fait valoir un proche du chef de l'Etat.

Hormis le départ possible au printemps de Michel Barnier, qui lorgne une candidature européenne, et de Valérie Létard, elle aussi pressentie pour ce scrutin selon le Nouveau Centre, le format du gouvernement Fillon 2 ne devrait donc guère évoluer avant l'été. Le sort de Michèle Alliot-Marie, Rachida Dati et Christine Boutin, citées comme les plus menacées, attendra.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 10 décembre 2008, 18h02)

Finalement, c'est bien le villepiniste Bruno Le Maire, germaniste distingué, qui est devenu, le 12 décembre, secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, avec pour mission de réchauffer les relations franco-allemandes. Le Maire a tenu à exprimer, le lendemain, samedi 13 décembre (avant-hier), sa loyauté envers Sarkozy et le gouvernement, tout en conservant son "amitié personnelle" pour l'ancien Premier ministre Dominique Galouzeau de Villepin. Ce dernier a dû cependant peu apprécier la nomination, par son rival Sarkozy, de son ancien directeur de cabinet à un poste de secrétaire d'Etat, alors que lui, Villepin, est aujourd'hui toujours enlisé dans la gadoue de l'affaire Clearstream. L'année dernière, dans un article daté du 7 août 2007, j'avais déjà évoqué cette affaire compliquée, avant d'en perdre peu à peu le fil, jusqu'à ce qu'une dépêche AFP, parue en octobre dernier, vienne me rappeler la chronologie approximative des évènements...

Les principales dates de l'affaire Clearstream


Voici les principales dates de l'affaire Clearstream :

-- 2004 :

mai-juin 2004 : un anonyme [(un corbeau)] envoie au juge Van Ruymbeke des listes de comptes illégaux de personnalités censés avoir été ouverts auprès de la société luxembourgeoise de compensation financière Clearstream et qui auraient pu recevoir des commissions occultes lors de la vente [en 1991] de frégates françaises à Taiwan. Le nom de Nicolas Sarkozy y figure.

3 sept : ouverture d'une instruction pour "dénonciation calomnieuse" [suite à la plainte d'un industriel de l'aéronautique, Philippe Delmas, cité dans les listes, et qui est le seul à avoir été placé en garde à vue par le juge van Ruymbeke avant que le magistrat ne prouve que les listings de Clearstream en question sont des faux].

-- 2006 :

[31 janvier 2006 : Sarkozy se constitue partie civile dans le dossier Clearstream, étant lui même cité dans les listes]

28 avr-4 mai 2006 : selon Le Monde, le général Philippe Rondot, de la DGSE, déclare avoir été chargé d'une enquête sur ces listes en janvier 2004 par le ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin, qui visait Sarkozy. [Le dossier Clearstream devient "affaire d'Etat".]

11 mai : Le Monde publie des notes de Rondot "impliquant directement" Chirac et Villepin. Ils nient.

2 juin : Jean-Louis Gergorin, vice-président d'EADS, reconnaît l'envoi des lettres anonymes.

27 juil : Rondot dit finalement ne pas avoir reçu l'ordre de "cibler" Sarkozy.

2 oct : Villepin nie avoir détruit en 2004, au ministère de l'Intérieur, un rapport de la DST désignant Gergorin comme corbeau.

-- 2007 :

22 mars 2007 : Gergorin dit que [l'informaticien] Lahoud lui a fourni les listes.

4 mai : Van Ruymbeke comparaît devant le Conseil supérieur de la magistrature pour avoir secrètement rencontré Gergorin en 2004, avant de recevoir les listes anonymes.

22 mai, 11, 22 et 26 juin : Rondot, témoin assisté, affirme que Villepin lui avait fait part en 2004 d'"instructions" de Chirac.

22 juin : Chirac refuse d'être entendu sur des "faits accomplis ou connus durant son mandat" et "dément catégoriquement avoir demandé la moindre enquête visant des personnalités politiques...".

4 juil : une expertise de l'ordinateur de Rondot désigne Villepin comme ayant eu l'idée de la rencontre secrète Gergorin-Van Ruymbeke de 2004.

19 juil : Gergorin confirme la mise en cause de Villepin mais précise qu'au moment où il a demandé à Rondot, sur ordre de Chirac, le 9 janvier 2004, d'enquêter sur ces listings, tous étaient convaincus de la véracité des listes.

27 juil : Villepin dément toute manoeuvre politique. Il dit n'avoir jamais demandé que des vérifications.

7 sept : Villepin écrit à Sarkozy qu'il n'a jamais cru à son implication.

-- 2008 :

22 fév : Fin de l'instruction.

3 juin : le parquet estime qu'il n'y a pas de preuves contre Villepin. Il requiert un supplément d'information sur les liens Villepin-Lahoud, ainsi que le renvoi devant le tribunal de Gergorin, Lahoud, Robert et Bourges. [Florian Bourges, ex-auditeur d'Arthur Andersen, et le journaliste Denis Robert auraient fourni les outils matériels de la machination, à savoir des listings comptables authentiques de Clearstream.]

3 juil : fin de l'enquête après un nouvel interrogatoire de Villepin.

7 oct : le parquet requiert le renvoi de Villepin en correctionnelle.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 7 octobre 2008, 16h06)


Depuis, j'ai à nouveau plus ou moins perdu le fil de cette affaire, devenue, avec le temps, à peu près incompréhensible par le commun des mortels tant elle est compliquée... Tout ce que j'ai appris de nouveau, jusqu'à présent, c'est que Villepin a bien été renvoyé le 17 novembre devant le tribunal correctionnel de Paris notamment pour "complicité de dénonciation calomnieuse" dans le cadre de cette affaire Clearstream, où Sarkozy est partie civile, et que dix jours plus tôt, ledit Villepin avait saisi le Conseil d'Etat contre un décret présidentiel prolongeant les fonctions de l'un des juges en charge du dossier. Dans un mémoire adressé le 24 novembre à la plus haute juridiction administrative, Villepin a justifié sa saisine en dénonçant un abus de pouvoir de Sarkozy sur cette procédure pénale dans le but de "satisfaire ses intérêts personnels", puisque ledit Sarkozy est partie civile dans l'affaire Clearstream. Le 1er décembre dernier, à la radio, Villepin a encore accusé Sarkozy d'être intervenu "ouvertement" dans l'instruction judiciaire de cette affaire, dont il estime jouer le rôle de "bouc émissaire", pour le mettre en cause et il a mis en garde contre le risque d'une "justice politique".
Depuis, on en est au même point...
On se souvient que, selon le journaliste Franz-Olivier Giesbert, Nicolas Sarkozy aurait déclaré un jour à Jacques Chirac, pendant l'été 2005 : "Un jour, je finirai par retrouver le salopard qui a monté cette affaire et il finira sur un crochet de boucher." Apparemment, aujourd'hui encore, Sarkozy veut la peau de Villepin, et Villepin, de son côté, aimerait bien que Sarkozy finisse par se casser les dents sur ce dossier épineux, tandis que lui (Villepin) réussirait à sauver sa peau. Le procès de l'affaire Clearstream, avec Dominique Galouzeau de Villepin en vedette, se tiendra en 2009. Y verra-t-on enfin clair dans cette lamentable histoire de machinations politiques fumeuses, de désinformations, d'espionnage du dimanche, d'institutions financières complexes, et de haine viscérale entre gens de droite ? Rien n'est moins sûr... En attendant, gageons que Villepin s'est sans doute procuré une poupée vaudoue à l'effigie de Nicolas Sarkozy, histoire de passer le temps... ;-)


Enfin, pour ce qui est de la gauche, il me faut bien évoquer le parti politique dont je suis toujours adhérent : le Parti Socialiste. Le 6 décembre dernier, le PS s'est doté d'une nouvelle direction autour de la nouvelle Première secrétaire Martine Aubry, lors d'une séance houleuse du Conseil national du parti, où la désunion avec les partisans de Ségolène Royal n'a pu qu'être confirmée, malgré la volonté affichée des uns et des autres de favoriser le rassemblement au sein du Parti Socialiste. Aubry a fait adopter une orientation politique (basée sur un texte d'orientation hybride, inconsistant, mal fagoté, et surtout négocié n'importe comment, mais censé néanmoins servir de feuille de route au PS d'ici son prochain Congrès en 2011), ainsi qu'une nouvelle direction de 38 membres, sans être parvenu à rallier l'équipe de son ex-rivale Ségolène Royal, comme cela était prévisible. Les conditions du rassemblement des socialistes n'ont pas été réunies à l'issue des "négociations" internes et le dogme du "Tout sauf Ségolène" (avec la ridicule et hypocrite agitation de l'épouvantail "MODEM" qui va avec) a réussi à plus ou moins s'imposer, Royal n'ayant pas reçu notamment de réponses positives à ses propositions en matière de répartition des postes au sein de la nouvelle direction du PS. Ainsi, on a finalement abouti à une mise à l'écart de Royal et de son équipe vis-à-vis du nouveau secrétariat national du PS. C'est injuste, mais, hélas, il va bien falloir faire avec. Les fabiusiens et les strauss-kahniens ont obtenu ce qu'il voulaient : une direction faible, pour un parti qui reste inaudible, en attendant le prochain combat en interne pour faire désigner leur champion respectif comme candidat du parti à l'élection présidentielle de 2012. Il aurait pourtant été dans l'intérêt du PS, et aussi dans l'intérêt de Martine Aubry, que celle-ci réussisse à rallier Ségolène Royal (pour laquelle la moitié des adhérents du parti a voté, le 21 novembre dernier) en lui donnant au moins quelques gages substanciels. Cela ne s'est pas passé ainsi, et c'est bien dommage. Maintenant, Martine Aubry réussira-t-elle à s'affirmer comme une véritable dirigeante du parti et donc à s'affranchir de la majorité hétéroclite du Conseil national du PS qui est censé la soutenir mais qui n'est unie que la volonté de contrer Royal ? Wait and see, mais, pour l'instant, rien n'est moins sûr.


Pour le moment cependant, l'heure est au "rassemblement" au service de la France, fut-il de façade, avec un parti censé être enfin engagé sur la voie de la rénovation, fut-elle, là aussi, de facade. Lors de ce Conseil national du PS du 6 décembre - que François Hollande a lui-même qualifié en privé de "mascarade", et auquel il n'a d'ailleurs pas voulu participer -, Aubry a affirmé : "Le secrétariat que j'ai composé est totalement paritaire: 19 femmes, 19 hommes, c'est la première fois que cela arrive dans notre parti". Elle a précisé que son équipe est aussi "aux couleurs de la France", "préférant" cette expression, à celle de "minorités visibles", soulignant que celles-là vont représenter 20% du nouveau secrétariat national. "Notre parti est aussi un parti de jeunes et de nouvelles générations", a-t-elle dit, annonçant que sa direction va désormais comporter "60% de nouveaux visages et 40% de moins de 40 ans", comme si la jeunesse signifiait à elle seule le changement... En ce qui concerne un éventuel accord ultérieur avec Ségolène Royal, Aubry a déclaré : "La porte reste ouverte et [le sera] tout au long de ces trois ans qui nous séparent de notre prochain Congrès"... Si un accord est enfin possible d'ici trois ans, souhaitons qu'il ait lieu, même si on en est loin pour l'instant. L'équipe de Royal reste, de son côté, disponible pour aider le PS à se rénover, mais, en attendant des jours meilleurs, il va falloir encore compter avec les représentants d'un vieux système, en dépit de l'arrivée de nouvelles têtes à la direction du parti.


Parce qu'il a été conseiller de Martine Aubry du temps où elle était ministre de Jospin, et parce qu'il s'est rallié sans surprise à Aubry à l'issue du premier tour de l'élection du Premier secrétaire du parti, le député européen Benoît Hamon est devenu porte-parole du Parti Socialiste, tandis que le député de Saône-et-Loire Arnaud Montebourg s'est vu attribuer, pour sa part, le secrétariat national chargé de la rénovation. La façade de la nouvelle direction du parti a l'air ainsi un peu plus jeune qu'auparavant, mais ce n'est qu'une apparence, car le vrai vainqueur de cette bataille interne au PS, ce n'est pas le renouvellement, ni même la "jeunesse", mais bien plutôt le carriérisme, celui des jeunes élus et des vieux élus, tradition fidèlement transmise de générations en générations dans tous les partis de gouvernement. Du reste, si le visage de la rénovation du PS est désormais celui du vaniteux et opportuniste Montebourg, alors on peut dire que le PS en rénovation n'est pas prêt de renoncer à la sale gueule qui est, hélas encore, aujourd'hui la sienne. Et je ne parle même pas de ceux qui ont également récupéré de bonnes places au sein de la direction du parti, et qui sont sans doute bien contents d'être là pour occuper le terrain, comme le strauss-kahnien Jean-Christophe Cambadélis, nouveau secrétaire national chargé de l'Europe et des relations internationales, ou comme le détestable fabiusien Claude Bartolone, nouveau secrétaire chargé des relations extérieures du PS... Ça n'est pas très joli-joli, tout cela, et le nouveau chapitre qui s'est ainsi ouvert pour le Parti socialiste n'incite donc guère à l'optimisme... Cela dit, après tout, en ce qui me concerne, ça ne fait rien : je reste adhérent du PS, ne serait-ce que pour enquiquiner ceux qui préfèreraient que les gens comme moi quittent le parti. Je reste donc, en espérant que le vent finira un jour enfin par tourner en faveur d'un véritable renouvellement du PS et de la gauche.


En attendant, même si la situation est stabilisée pour quelque temps, tout en restant bien entendu préoccupante, l'histoire continue... A l'occasion du Conseil national du 6 décembre qui a fait de lui le nouveau porte-parole du PS, Benoît Hamon, qui est pourtant quelqu'un d'intelligent, s'est laissé aller sottement à jouer les donneurs de leçons au camp de Royal. Soucieux de paraître comme étant un responsable socialiste pur et propre sur lui, uniquement préoccupé désormais par les problèmes des Français, Hamon s'est cru malin en déclarant publiquement, et stupidement, à la façon d'un George W. Bush, "Game is over". Hamon peut bien prendre toutes les postures qu'il veut, et donner toutes les pseudos-leçons de responsabilité qu'il veut, les choses n'en sont pas moins ce qu'elles sont : It's not a game ; it's not over. Ce n'est pas parce que le camp de Martine Aubry a remporté une "victoire" interne, que Ségolène Royal et son équipe doivent être marginalisés au sein du PS. Ce n'est donc pas la peine de tenir des propos péremptoires, même si on a "gagné", car lorsqu'on y regarde de plus prêt, on voit bien que rien n'est réglé, même si la situation est à présent stabilisée. En attendant, que chacun s'abstienne donc désormais de donner hypocritement des leçons à son voisin, et que chacun fasse ce qu'il peut pour aider le Parti Socialiste à se renouveller et à être à nouveau audible et crédible face à la droite sarkozyste dans les mois qui viennent : c'est là tout ce qu'il nous reste à faire, en attendant la suite...

Cordialement, :-)

Hyarion.

(Illustrations : Nicolas Sarkozy à Tbilissi, en Géorgie, le 8 septembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Mustafa Ozer ; La Maison Blanche, à Washington, le 29 octobre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Karen Bleier ; Barack Obama et Hillary Clinton le 1er décembre 2008 à Chicago, photographie de l'Agence France Presse, ©Jim Watson/AFP ; Nicolas Sarkozy entouré [de gauche à droite] de Lech Kaczynski, François Fillon et Demetris Christofias le 11 décembre 2008 à Bruxelles, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Dominique Faget ; Sommet européen sur la protection du climat à Bruxelles le 11 décembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Dominique Faget ; Le président français Nicolas Sarkozy à Bruxelles, le 12 décembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/John Thys ; Patrick Devedjian, ministre chargé de la mise en oeuvre du plan de relance économique, le 5 décembre 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Lionel Bonaventure ; Xavier Bertrand, ministre du Travail, le 24 octobre 2008 à Pérignat-lès-Sarliève, près de Clermont-Ferrand, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Thierry Zoccolan ; Rama Yade à une cérémonie du 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'Homme le 10 décembre 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Pierre Verdy ; Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin, le 24 avril 2007 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©Thomas Coex/AFP ; Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin, le 31 août 2006 à Troyes, photographie de l'Agence France Presse, ©Patrick Kovarik/AFP/Archives ; Dominique de Villepin et la poupée vaudoue à l'effigie de Nicolas Sarkozy, caricature de Kiro, publiée dans le Canard Enchaîné N°4597, 3 décembre 2008 ; Discours de la Première secrétaire du PS, Martine Aubry, présentant son équipe, le 6 décembre 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Boris Horvat ; Le socialiste Arnaud Montebourg au Congrès de Reims, le 15 novembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Francois Nascimbeni ; Benoît Hamon, nouveau porte-parole du PS tenant son premier point de presse hebdomadaire au siège du PS, le 8 décembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Bertrand Guay)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 2 (2008-2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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