Mercredi 10 décembre 2008
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La dernière fois
que j'ai évoqué la réforme des institutions, c'était dans un article du 24 juin dernier, c'est-à-dire avant que celle-ci, ou du moins le texte législatif qui en tient lieu, ne soit voté par le
Parlement réuni en Congrès à Versailles, le 21 juillet dernier. Pourquoi revenir sur ce sujet aujourd'hui, plusieurs mois après les évènements, alors que l'année 2008 touche bientôt à sa fin ?
Parce qu'il me semble qu'au milieu du flot incessant de faits dits d'actualité que les médias de masse relatent à longueur de journées tout le long de l'année, il y a toujours quelques faits qui
ne seront pas complètement oubliés dans cinquante ans... A cet égard, alors que le cinquantième anniversaire de la Constitution de la Ve République a été célébrée cette année, l'adoption de la
réforme des institutions de cette même Ve République, adoption qui a eu lieu l'été dernier, me parait être un des évènements de la vie politique française dont l'histoire devrait se souvenir, en
dépit du fait que cette réforme fasse partie des sujets dont je suppose que beaucoup de gens se soucient autant que de leur première couche Pampers (il y a des sujets d'actualité tellement plus
intéressants qu'une réforme des institutions, n'est-ce-pas ?)... Rappelons donc ce qui s'est passé en juillet dernier, avec quelques dépêches AFP de l'époque :
Le Congrès convoqué lundi 21 juillet pour réviser la Constitution
Le président de la République Nicolas Sarkozy a officiellement convoqué le Parlement en Congrès (Assemblée et Sénat) à
Versailles lundi 21 juillet à 15H30 pour se prononcer sur le projet de réforme de la Constitution, a annoncé jeudi [17 juillet] en séance le vice-président de l'Assemblée Marc
Laffineur.
Au total, 576 députés et 330 sénateurs (un élu manquant dans chaque assemblée), soit 906 parlementaires, sont convoqués
pour un Congrès à l'issue plus qu'incertaine.
Une majorité des 3/5èmes des suffrages exprimés est nécessaire pour l'adoption définitive du projet voulu par le
président de la République. Dans l'absolu, le seuil requis est donc de 544 voix, même s'il est théorique car seuls les votes pour et contre sont comptabilisés. Chaque parlementaire a le droit à
une délégation de vote.
D'après un décompte de l'AFP, le Congrès pourrait, situation totalement inédite, se jouer à moins de cinq voix -d'un
côté comme de l'autre- au vu de l'actuel rapport de forces entre les partisans de la réforme des institutions et ceux qui veulent voter contre ou s'abstenir.
L'exécutif est actuellement encore loin des 544 voix favorables au texte, qui le mettraient définitivement à l'abri
d'un rejet de la réforme.
L'immense majorité des 476 parlementaires de l'UMP devraient voter oui, à l'exception d'une petite dizaine d'élus
gaullistes et villepinistes pourtant dûment approchés par l'Elysée ces derniers jours.
Mais certains UMP pourraient choisir de s'abstenir ou même de ne pas venir.
Tous les socialistes -à l'exception de Jack Lang- devraient voter non.
Le Sénat a adopté, tard dans la nuit de mercredi [16 juillet] à jeudi [17 juillet], par 162 voix contre 125 (329
votants et 287 suffrages exprimés), le projet de loi constitutionnelle en seconde lecture dans les mêmes termes que l'Assemblée, ouvrant la voie à la réunion du parlement en Congrès à
Versailles.
L'UMP a voté pour, les centristes se sont abstenus et l'opposition de gauche PS, PCF et Verts ont voté
contre.
Les sénateurs socialistes ont "constaté" jeudi [17 juillet] dans un communiqué "qu'il a manqué 11 voix pour atteindre
la majorité des 3/5ème", affirmant "sortir de ce débat confortés dans leur décision de voter non lundi au Congrès".
"La droite sénatoriale a émis une fin de non-recevoir à toutes formes d'avancées" et a accepté le texte de l'Assemblée
nationale "sans en changer une virgule, en rejetant tous les amendements de l'opposition, même ceux qui correspondaient aux déclarations de Nicolas Sarkozy", déplorent les élus
PS.
Pour faire aboutir sa réforme, Nicolas Sarkozy a fait mercredi, en vain, d'ultimes concessions à la gauche, notamment
sur un droit de réponse de l'opposition lorsque le président de la République s'exprime sur les questions de politique intérieure.
C'est le Premier ministre François Fillon qui s'exprimera le premier pour défendre, durant 30 minutes, le texte. Neuf
orateurs, un pour chaque groupe de l'Assemblée et du Sénat, prendront ensuite la parole (10 minutes chacun).
Jeudi matin, les présidents UMP des deux assemblées, Bernard Accoyer et Christian Poncelet, ont procédé au tirage au
sort des orateurs: Bernard Frimat (PS, Sénat) sera le premier orateur suivi de Jean-Michel Baylet (PRG, Sénat), Henri de Raincourt (UMP, Sénat), Marie-George Buffet (PCF, Assemblée), Arnaud
Montebourg (PS, Assemblée), François Sauvadet (NC, Assemblée), Michel Mercier (UC, Sénat), Guy Fischer (PCF, Sénat) et Jean-François Copé (UMP, Assemblée).
Le scrutin, par vote électronique validé par comptage manuel, devrait durer 45 minutes. Le résultat devrait être
annoncé vers 19H00.
(Dépêche de l'Agence France Presse, 17 juillet 2008, 14h15)
Institutions : le Parlement approuve de justesse la réforme de la Constitution
Le Parlement a approuvé lundi [21 juillet] avec une seule voix d'avance la 24e réforme de la Constitution, qui donne
plus de pouvoirs au Parlement et aux citoyens et autorise le président de la République à s'exprimer devant les deux Chambres réunies.
C'est le scrutin le plus serré jamais enregistré sous la Ve République pour une réforme approuvée par voie
parlementaire.
Le projet a réuni 539 voix, face à 357 contre, sur 896 votes exprimés: une voix de plus que la majorité des trois
cinquièmes requise (538).
Deux votes ont donc été décisifs: celui du président de l'Assemblée Bernard Accoyer (UMP) qui, contrairement à l'usage,
a participé au scrutin, glissant un bulletin "oui". Et celle de Jack Lang, seul PS à avoir voté pour.
Depuis Dublin, le président Nicolas Sarkozy, qui s'était démené jusqu'au bout pour sauver "sa" réforme, a exprimé sa
"joie". "C'est la démocratie qui a gagné", a-t-il dit.
Le numéro un du PS, François Hollande, a jugé pour sa part que "le perdant, c'est Nicolas Sarkozy".
Edulcorée par rapport à l'ambition initiale du chef de l'Etat, la réforme lui offre une nouvelle prérogative:
s'exprimer devant le congrès.
Elle donne des pouvoirs supplémentaires au Parlement en matière législative et de contrôle et accorde deux nouveaux
droits, fortement encadrés, aux citoyens: référendum et contestation des lois.
Le suspense aura duré jusqu'au bout. Mais après un week-end de tractations, voire de pressions selon des intéressés,
l'UMP a fait quasiment le plein de ses voix (310 députés et 159 sénateurs pour le oui).
Le clan de ses "irréductibles" s'est réduit à sept "non" et une abstention.
Faute de consensus avec le PS, l'Elysée et Matignon avaient misé sur la discipline de l'UMP, le soutien des centristes
et le ralliement des Radicaux de gauche.
Après le vote, le Premier ministre François Fillon a assuré que l'élan réformateur" allait être "encore
renforcé"
A l'exception du MoDem François Bayrou et de deux sénateurs, les centristes ont adhéré à la réforme: (54 parlementaires
pour, 5 abstentions).
De même que la plupart des 18 Radicaux de gauche, suivant la consigne de leur patron, Jean-Michel
Baylet.
La mauvaise surprise pour la majorité est venue des sénateurs radicaux de droite et de gauche (RDSE) dont 11 sur 17
seulement ont voté pour et des sénateurs non-inscrits (3 oui sur 13).
Le non a fait le plein des voix communistes et Verts (47 parlementaires) et socialistes (186 députés/95
sénateurs).
Seul le PS Lang a dit oui à une réforme renforçant à ses yeux les droits "du Parlement, des citoyens et de
l'opposition". Il a assuré rester un "opposant déterminé".
Mais pour le patron des députés PS, Jean-Marc Ayrault, il a commis par ce oui une "faute politique".
24 demandes socialistes, selon la droite, avaient été intégrées à la réforme. Mais, parmi les conditions posées par le
PS pour un soutien, seul un droit de réponse lorsque le président parle politique intérieure a été concédé par le chef de l'Etat. Trop tard et trop peu pour les socialistes.
Pour faire adopter l'un de ses projets majeurs, Nicolas Sarkozy aura dû également composer avec la cinquantaine
d'opposants à une entrée d'Ankara dans l'UE, qui ont obtenu le maintien du verrou référendaire.
"Les grandes réformes de notre histoire ont parfois été adoptées à une voix", se consolaient des élus de la majorité.
Allusion à l'amendement Wallon, fondateur de la IIIème République, passé en 1875 à une voix près.
(Dépêche de l'Agence France Presse, 22 juillet 2008, 08h10)
Une victoire sur le fil pour Sarkozy sans bénéfice pour la gauche
L'exécutif a senti le vent du boulet sur la révision constitutionnelle, réforme-phare du quinquennat Sarkozy adoptée
avec une seule voix d'avance, mais l'opposition, loin d'en tirer profit, voit ressurgir ses querelles internes.
François Fillon avait beau dire lundi soir que la "victoire" était "belle", les responsables de la majorité ont surtout
poussé un "ouf" de soulagement à l'annonce du résultat et se sont gardés de tout triomphalisme. "Nous savions que ce serait très serré, mais pas à ce point-là", confiait le secrétaire général
de l'UMP Patrick Devedjian, se refusant à jouer les "farauds" dans les couloirs de Versailles.
Roger Karoutchi, qui n'a pas ménagé sa peine pour convaincre les récalcitrants de son camp, était bien content de voir
cet épisode derrière lui. "C'est une opération commando bien menée, bien réussie mais je ne ferai pas ça tous les jours", disait le secrétaire d'Etat aux relations avec le
Parlement.
En réunissant en octobre dans la commission Balladur des personnalités de droite et de gauche, le président Nicolas
Sarkozy espérait un large consensus. L'appel de 17 députés socialistes en mai à chercher un compromis lui offrait une perspective encourageante.
Mais le front du refus s'est finalement resoudé à gauche, encouragé par le détricotage du texte au Sénat en première
lecture par une série d'amendements de l'UMP.
Jusqu'au dernier moment, le chef de l'Etat et François Fillon ont dû aller à la pêche aux voix. Au sein même de
l'hémicycle du Congrès, les petits mots ont circulé pour tenter de convertir au oui ou à l'abstention les tenants du "non".
Au final, c'est une victoire ric-rac pour le président de la République, qui n'a pas réussi à faire le plein dans son
camp, six députés et un sénateur UMP ayant voté contre.
L'opposition aurait pu espérer capitaliser sur ce score sans éclat. Il n'en est rien. Elle se retrouve face à de
nouvelles secousses à quatre mois du Congrès de Reims.
Pour le politologue Dominique Reynié, "comme toujours, les demi-succès de Nicolas Sarkozy ne sont jamais des victoires
pour l'opposition". Au contraire, ajoute-t-il, "à chaque fois", la gauche est secouée par une "nouvelle crise".
Jack Lang, seul député socialiste à avoir apporté son soutien à la réforme, est le premier à en faire les frais. Pas
d'exclusion formelle, mais "il a franchi le Rubicon" et "s'est mis lui-même en dehors du groupe", a estimé le chef de file du PS à l'Assemblée Jean-Marc Ayrault.
François Hollande doit aussi faire face à la division des radicaux de gauche mais surtout à la fronde de certains
députés qui ont dit non du bout des lèvres.
Christophe Caresche, Jean-Marie Le Guen, Gaëtan Gorce, et Manuel Valls fustigent une opposition "pavlovienne à tout
projet émanant du président de la République".
"Cette ligne de conduite est dangereuse et fait le jeu de celui qu'elle prétend combattre. Elle nous éloigne des
Français qui n'écoutent plus un parti réfugié dans une opposition caricaturale", estiment-ils dans une tribune du Monde invitant leur camp à changer radicalement de stratégie.
Quant à Nicolas Sarkozy, même s'il rêvait mieux qu'un score aussi étriqué, il n'entend pas pour autant bouder son
plaisir. Celui qui avait l'habitude de dire pendant la campagne présidentielle qu'"une voix de plus" que 50% lui suffisait à être élu a invité les parlementaires UMP à sabler le champagne
mercredi [23 juillet] à l'Elysée.
(Dépêche de l'Agence France Presse, 22 juillet 2008, 12h41)
Ainsi, la réforme des institutions a donc finalement été adoptée, mais de justesse, ce qui est regrettable compte tenu de
la nature de cette réforme. Néanmoins, elle a bien été adoptée. Comment Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa a-t-il fait pour faire finalement pencher la balance en sa faveur ? En magouillant, comme
d'habitude dans ce genre de situation...
"Les marchandages de Sarko
« J'ai retourné personnellement 7 parlementaires », s'est vanté, lundi matin [21 juillet], le
chef de l'Etat devant ses troupes. Rendez-vous en tête-à-tête avec une bonne dizaine de parlementaires, coups de fil encore plus nombreux jusqu'à la fin du week-end dernier depuis Marrakech [où
Sarkozy a passé le week-end avec son épouse]. « J'ai fait le job, j'ai fait mon job », n'a cessé de dire Sarko à ses multiples interlocuteurs ces derniers jours.
Face aux députés récalcitrants, il a surtout joué du violon, « de l'affect », laissant les menaces à
peine voilées [concernant le redécoupage des circonscriptions électorales] à son secrétaire d'Etat aux Collectivités territoriales. Tirade préliminaire de Sarko :
« Je me suis opposé à Chirac pendant cinq ans, j'ai été le trublion de la majorité chiraquienne,
donc je ne vais pas vous demander de mettre vos doigts sur la couture du pantalon, mais le PS veut m'empêcher de faire la réforme, et il ne faut pas lui offrir cette victoire.
»
Argument central : « Un rejet de la réforme entraînerait le risque d'une crise politique grave
alors que la situation économique est difficile, alors que je suis le président de l'Europe et que je viens de lancer l'Union pour la Méditerranée. Si le non l'emportait, ce serait un échec
personnel et cela atteindrait ma crédibilité de président de la République. »
Conclusion de Sarko : « Si la réforme passe, tout ce que j'ai fait, tout ce que nous avons fait
depuis quinze mois sera mis en valeur. Dans le cas contraire, les journalistes regarderont toutes nos réformes d'un oeil critique. Ils diront que c'est un échec personnel pour le Président. Le
pays, les Français verront alors tout en noir. Alors que si la réforme est votée, tout sera beaucoup plus brillant et les Français verront tout en rose. »
Et leur pouvoir d'achat s'envolera !"
(Le Canard Enchaîné N°4578, 23 juillet 2008)
En outre, du côté de l'opposition, si Sarkozy de Nagy-Bocsa n'a pas réussi à amadouer le PS, il a réussi à rallier
promptement la majorité des parlementaires du Parti Radical de Gauche (PRG), en promettant notamment au sénateur Jean-Michel Baylet (président du PRG) de ne pas toucher, dans le cadre de cette
réforme des institutions, au mode de scrutin pour l'élection des sénateurs. Ainsi, dès le 17 juillet, Nicolas Sarkozy pouvait faire le malin à l'Elysée, en recevant (en bras de chemise et col
ouvert) le futur ex-Premier secrétaire du PS François Hollande, auquel il s'est alors adressé en ces termes : "Salut, François. Tu vas bien ? Ça me fait plaisir de te voir. T'as vu, je t'ai
bien niqué avec les radicaux de gauche..." (cité in Le Canard Enchaîné N°4578, 23 juillet 2008)
Cela dit, ce qui semble avoir alors le plus préoccupé les socialistes n'a pas été le ralliement de la plupart des
parlementaires du PRG en faveur de la réforme, mais bien plutôt le vote "oui" pour ladite réforme par le député socialiste du Pas-de-Calais et ancien ministre Jack Lang, comme le rappelle la
dépêche AFP et l'article du Canard Enchaîné qui suivent ::
Le PS tire à boulets rouges sur Lang mais fait face à d'autres voix dissonantes
Alors que Jack Lang a essuyé mardi [22 juillet] une volée de bois vert pour avoir voté la réforme des institutions, la
belle unanimité du PS au Congrès de Versailles s'est brisée, quatre autres députés accusant la direction d'"antisarkozysme pavlovien".
"Jack Lang n'a plus sa place dans notre famille", a lancé Julien Dray, porte-parole du PS, au lendemain du vote
quasi-décisif du député du Pas-de-Calais en faveur de la réforme, passée à une voix près.
"Il a franchi le Rubicon", s'est écrié le patron des députés PS Jean-Marc Ayrault. L'ancien ministre a été mis à
l'index: "Il n'y a pas d'exclusion formelle. On a pris acte que Jack Lang s'est mis lui-même en dehors du groupe socialiste" à l'Assemblée, a annoncé le député-maire de
Nantes.
De leur côté, les 11 députés et trois sénateurs socialistes du Pas-de-Calais se sont "clairement désolidarisés" de leur
collègue.
En acceptant l'an dernier de participer, sans l'aval du PS, au Comité Balladur sur la réforme des institutions,
l'ancien ministre avait déjà démissionné en juillet 2007 des instances dirigeantes du PS.
Le premier secrétaire François Hollande, qui avait été plutôt conciliant à son égard -son cas est "particulier" comme
ex-membre du comité Balladur- l'a appelé mardi à "prendre conscience de ce qu'il a fait et en tirer toutes les conclusions sur le plan moral".
Aucune réunion de la direction n'étant prévue en cette fin juillet, une mesure de rétorsion immédiate n'est pas
attendue, mais "je n'imagine pas que cela puisse rester sans conséquences", a souligné à l'AFP Bruno Le Roux. "En toute logique, il ne peut plus avoir le soutien du parti aux prochaines
élections", a ajouté le secrétaire national PS aux élections.
Le député du Pas-de-Calais ne se laisse pas intimider: "il n'est au pouvoir de personne de me rayer de la carte du
paysage politique français", a-t-il affirmé à l'AFP.
L'UMP a volé au secours du sauveur de la réforme, dénonçant une "chasse à l'homme". Le patron des députés UMP
Jean-François Copé a eu "une pensée pour" lui. "On a maintenant la Constitution Jack Lang", a ironisé le député Jean-Pierre Grand (villepiniste), opposé à la réforme.
A l'affaire Lang s'ajoute, à quatre mois du Congrès de Reims, la fronde au sein du parti de quatre députés - parmi les
17 qui avaient plaidé fin mai pour un "compromis" avec le gouvernement sur la réforme- qui ont dénoncé la politique de la direction d'opposition "systématique" à Nicolas
Sarkozy.
Après avoir voté "par discipline" contre le texte, les rénovateurs Manuel Valls et Gaëtan Gorce, Christophe Caresche
(proche de Bertrand Delanoë) et le strauss-kahnien Jean-Marie Le Guen, ont dans une tribune au Monde, fustigé l'incapacité du PS à "s'abstraire d'une forme d'anti-sarkozysme pavlovien" qui "le
conduit a s'opposer systématiquement à tout projet émanant du président de la République".
Dans les couloirs de l'Assemblée, Jean-Marie Le Guen a dénoncé un appareil PS qui "se rétrécit sur lui-même et ses
certitudes et ne montre pas un esprit d'ouverture".
"Pavlov" c'est aussi le titre de l'éditorial de Libération mardi, qui accuse les socialistes d'avoir refusé de voter un
projet qui "allait dans leur sens même timidement". La veille, Le Monde estimait aussi que la gauche avait "eu tort de transformer le vote en scrutin pour ou contre Nicolas
Sarkozy".
(Dépêche de l'Agence France Presse, 22 juillet 2008, 15h43)
"Lang fait de la lèche
« Jack Lang est parti ailleurs. Je prends acte qu'il s'est mis de lui-même en dehors du groupe
socialiste. » C'est ainsi que Jean-Marc Ayrault a ouvert la réunion du groupe socialiste, le 22 juillet à midi, au lendemain du Congrès. En privé, Ayrault ajoutait : « Ça fait huit
mois qu'il ne venait plus à nos réunions. On l'a revu il y a quinze jours pour voter contre moi et pour Montebourg [lors du vote interne pour désigner le président du groupe socialiste à
l'Assemblée nationale (Ayrault ayant finalement été réélu)]. Je n'ai aucun cadeau à lui faire ! »
Pourtant, la veille du Congrès, depuis l'île de Mykonos en Grèce, où il coulait des jours paisibles,
Lang avait fait part de ses états d'âme au président du groupe socialiste : « Tu ne te rends pas compte de ma situation, Jean-Marc. C'est terrible ! J'ai la tentation de Mykonos, j'hésite à
rentrer en France pour voter oui... »
Quelques heures plus tard, la tentation de Mykonos s'était transformée en tentation de Versailles.
En échange de quoi ? « De rien du tout ! » fulmine Djack. Pourtant, Lang, comme « Le Canard » l'avait raconté en novembre dernier, a insisté pour qu'un poste de « Défenseur des droits »
soit créé et inscrit dans la Constitution. Une sorte de supermédiateur, désigné pour six ans par le président de la République et indépendant financièrement. L'Elysée lui propose toujours
d'occuper le poste. Mais Lang espère peut-être encore mieux.
En attendant, on lui souhaite bon courage pour aller expliquer son vote aux militants socialistes du
Pas-de-Calais. Ce sera moins facile qu'à la télé."
(Le Canard Enchaîné N°4578, 23 juillet 2008)
Depuis le mois de juillet, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts... En tant que parlementaire élu dans le Pas-de-Calais, Jack Lang s'est opportunément et précocement rallié à Martine Aubry dans
le cadre de la lutte interne pour le contrôle du PS, et aujourd'hui, de fait, on n'entend plus guère parler de son vote en faveur de la réforme des institutions. Ainsi, il y a eu beaucoup de
bruit, sur le moment, pour pas grand-chose à l'arrivée, comme d'habitude, et cela d'autant plus que l'on ne peut guère blâmer Jack Lang d'avoir voté "oui" à la réforme des institutions, dans la
mesure où il faisait partie des principaux membres de la commission Balladur à l'origine des propositions reprises dans le projet de réforme. De Jack Lang, je retiendrai, pour ma part, la loi
Lang sur le prix unique du livre, juste loi qu'il a fait voter le 10 août 1981 alors qu'il était ministre socialiste de la Culture, au début du premier septennat de François Mitterrand. La loi
Lang protège les libraires indépendants contre le risque de monopolisation du marché du livre par les grandes enseignes de distribution, et c'est donc une bonne loi. Pour le reste, soyons francs,
il n'y a pas grand-chose à retenir de Jack Lang, si ce n'est l'histoire ordinaire de quelqu'un qui fait tout ce qu'il peut pour maintenir à flot le bâteau de sa carrière politique, comme tant
d'autres avant lui, en même temps que lui, et sans doute après lui... Ni plus, ni moins.
Ce que l'histoire retiendra, c'est la réforme elle-même, dont l'ensemble du dispositif est censé entrer en application au
cours de l'année prochaine. Ainsi que je l'avais déjà déclaré dans mon précédent article consacré au
sujet, mon opinion sur cette réforme reste aujourd'hui très mitigée. Certes, un certain nombre de dispositions prévues dans la réforme vont dans le bon sens, et certains de mes souhaits sont même
exaucés, au moins en partie, mais cela ne m'empêches pas de considérer que, pour reprendre à nouveau l'expression employée par certains socialistes, "le compte n'y est pas". La réforme
des institutions adoptée cet été, qui vise théoriquement à rééquilibrer les pouvoirs, va probablement surtout profiter aux groupes majoritaires des deux chambres du Parlement, c'est-à-dire
actuellement à l'UMP, et, par ailleurs, n'empêchera en rien le pouvoir exécutif de garder la haute main sur ledit Parlement. Ordre du jour partagé, examen en séance publique des textes de loi
amendés par les commissions et contrôle de l'action du gouvernement : toutes ces avancées apportées par la réforme sont sans doute positives, mais il faut bien constater que, dans le même temps,
certains verrous sont maintenus qui permettent à l'exécutif de reprendre la main. Ledit exécutif a, notamment, en effet, toujours les moyens de bouleverser l'ordre du jour à son profit.
Concernant le travail parlementaire en commission, alors que celui-ci se fait aujourd'hui sans les ministres, ce qui offre une certaine liberté aux parlementaires (à l'origine d'"amendements
d'appel", même s'il est vrai que ceux-ci font souvent long feu), désormais il faudra compter avec le fait que les textes n'arriveront pas en séance sans que les ministres aient dit ce qu'ils
en pensaient en commission. En ce qui concerne l'initiative des lois, il est fort possible que la pratique actuelle ne change pas, la très grande majorité des textes étant aujourd'hui
d'initiative gouvernementale, et pouvant fort bien le rester à l'avenir. Pour ce qui est des textes d'initiative parlementaires, même s'ils sont votés par une chambre, ils ne seront pas
automatiquement inscrits (contrairement au souhait du Sénat) à l'ordre du jour de l'autre, condition indispensable pour une adoption définitive. Enfin, en ce qui concerne le fameux contrôle
parlementaire de l'action du gouvernement, reste à savoir si la majorité s'en saisira pleinement alors qu'elle ne le fait pas aujourd'hui, tout en en ayant, pourtant, déjà les moyens ! Quant à
tant d'autres questions non réglées par la réforme, telles que celles du cumul des mandats, de l'introduction de la proportionnelle, et de la réforme du mode de scrutin pour les sénateurs, il est
bien évident qu'il n'est absolument pas normal qu'elles restent sans réponses dans le cadre d'une réforme des institutions censée être ambitieuse. La grande réforme de fond, dont les institutions
de la Ve République ont besoin, attendra donc. Et c'est bien dommage, même si la réforme de 2008 restera, malgré tout, gravée dans le marbre, comme toutes les réformes de la
Constitution...
Cordialement,
Hyarion.
(Illustrations : Le Congrès réuni à Versailles le 21 juillet 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Thomas
Coex ; La réforme des institutions : état des forces en présence avant le Congrès, ©AFP/Infographie ; Résultats du vote du Congrès de Versailles sur la réforme des institutions, le 21 juillet
2008, ©AFP ; Nicolas Sarkozy le 16 juillet 2008 à l'Elysée à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Eric Feferberg ; Nicolas Sarkozy s'imaginant en Louis XIVà Versailles,
avec Jack Lang [à gauche] et François Fillon [à droite] prosternés à ses pieds, caricature de Cabu, publiée dans le Canard Enchaîné N°4578, 23 juillet 2008 ; Nicolas Sarkozy le 24 novembre 2008 à
l'Elysée, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Gérard Cerles ; Jack Lang à l'Assemblée nationale le 25 septembre 2006, photographie de l'Agence France Presse,
©AFP/Archives/Jacques Demarthon ; Jack Lang le 22 juillet 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Thomas Coex ; Le député socialiste Jack Lang, le 25 juin 2008 à Paris,
photographie de l'Agence France Presse, ©Bertrand Guay/AFP/Archives ; Un buste de Marianne devant un drapeau français, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Mychèle
Daniau)
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