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"Sarkozy, il faut lui marcher dessus. Pour deux raisons. Un, c'est la seule chose qu'il comprenne. Deux, ça porte chance." (Jacques Chirac)


(Jacques Chirac, par Kiro)

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Jeudi 27 novembre 2008 4 27 /11 /2008 17:47

Alors que le mois de novembre, riche en actualité politique, va bientôt toucher à sa fin, et que le temps commence à nouveau à me manquer pour continuer à m'occuper régulièrement du présent blog, il était grand temps que le chapitre du Congrès de Reims se termine en ce qui concerne le Parti Socialiste. Certes, bien entendu, l'histoire elle-même n'est pas terminé, et nous aurons évidemment droit à d'autres péripéties d'ici 2012, mais cependant, il fallait bien qu'une solution soit trouvée, fut-elle plus ou moins transitoire et bien imparfaite...


Martine Aubry nouvelle Premier secrétaire du PS après un long psychodrame



Martine Aubry est devenue officiellement mardi [25 novembre] la première femme à diriger le Parti socialiste après quatre jours de psychodrame, avec seulement 102 voix d'avance sur sa rivale Ségolène Royal, mais elle prend un parti profondément divisé.

Devant le Conseil national, "parlement" du parti, réuni à la Mutualité, haut lieu de la gauche, ses premiers mots de première secrétaire ont été: "On va ensemble gagner pour les Français", et la maire de Lille a aussitôt tendu la main à sa rivale.

Ségolène Royal, qui s'était faite discrète toute la soirée, a appelé, après le Conseil, les militants socialistes à "l'unité" et au "rassemblement", tout en déclarant qu'elle voulait être "une force de transformation" au sein du parti, une façon d'organiser son opposition.

Le Conseil national a confirmé le résultat officiel élisant Martine Aubry à la succession de François Hollande, par 159 voix pour, 76 contre et deux abstentions. Les partisans de l'ex-candidate à l'Elysée ont voté contre, brandissant leurs cartons dans une ambiance tendue.

On décompte les cartons pour, les cartons contre. Les minutes s'écoulent, avant que le verdict tombe.

Il est 19H20 : "C'est donc Martine Aubry qui est élue première secrétaire du Parti socialiste". Ovation debout de la plupart des membres du Conseil.

Le Conseil entérine par ce vote les résultats de la "commission de récolement" chargée de trancher après les contestations ayant suivi le scrutin du 21 novembre opposant Martine Aubry à Ségolène Royal.



La commission donne Mme Aubry gagnante avec 67.451 voix contre 67.349 à Mme Royal, soit 102 voix de différence. Une première totalisation après le scrutin avait donné 42 voix d'avance à la maire de Lille.

Mme Aubry monte à la tribune et d'une voix émue, déclare: "Je dis à la droite, riez encore quelques jours car dès la semaine prochaine le parti socialiste est de retour dans la proposition".

Aubry tend immédiatement la main à sa rivale, déclarant: "Mon premier devoir, si elle accepte, est de rencontrer Ségolène et de lui dire moi, j'ai entendu comme toi ce que les militants veulent: (...) nous voulons retrouver la gauche". Elle assure Ségolène Royal que "ses amis auront toute leur place" dans l'équipe qu'elle mettra en place.

Après l'épreuve de force engagée ces derniers jours -ses partisans avaient menacé d'organiser une manifestation devant les grilles de Solférino, siège du parti- Mme Royal accepte la victoire de sa rivale, mais prévient: "Nous avons réussi à convaincre la moitié du parti, et peut être un peu plus de militants du PS".

"Toute notre énergie, nous allons la mettre à continuer à aider le PS à se transformer", dit-elle. Et elle relance son idée "essentielle" à ses yeux de faciliter l'adhésion au PS pour "un prix modique".

Autre ton chez certains de ses proches, qui continuent de maintenir leurs revendications pour un nouveau vote.

Le député Jean-Louis Bianco annonce qu'ils "maintiendront un recours en justice" si Martine Aubry "n'accepte pas un nouveau vote dans les "endroits où il y a un problème", tandis que Manuel Valls assure que des tribunaux seront "évidemment saisis" pour répondre au "déni de justice" que constitue selon lui l'élection de Mme Aubry.

A l'UMP, l'une des porte-parole, Chantal Brunel, a "pris acte" de la victoire "sans gloire" de Martine Aubry, "obtenue dans la division et la violence des affrontements".

(Dépêche de l'Agence France Presse, 25 novembre 2008, 22h45)


Royal appelle à "l'unité", se veut une "force de transformation" au PS



Ségolène Royal a appelé mardi soir [25 novembre] les militants socialistes à "l'unité" et au "rassemblement", tout en déclarant qu'elle voulait être "une force de transformation" au sein du parti, après l'élection de sa rivale Martine Aubry au poste de premier secrétaire.

"L'heure est à l'unité et au rassemblement", a-t-elle déclaré devant la presse, sans évoquer un éventuel recours en justice comme l'ont fait certains de ses proches après l'élection de Mme Aubry.

Elle n'a pas non plus reconnu explicitement la victoire du maire de Lille.

Elle a appelé les militants, notamment les jeunes des quartiers populaires, à "rester au PS", car "nous avons besoin de vous pour assurer sa transformation".

"Nous ferons en sorte d'être une force de transformation à l'intérieur du PS" et "nous allons continuer à nous investir dans le PS dont nous représentons la moitié des forces militantes", a-t-elle ajouté après avoir rendu hommage à son équipe, notamment François Rebsamen, Vincent Peillon, et Manuel Valls.

"Chaque fois que la nouvelle direction prendra des décisions qui vont dans le sens de ce que nous avons défendu nous la soutiendrons. Chaque fois qu'elle n'ira pas dans ce sens nous essaierons de la convaincre", a ajouté l'ex-candidate à la présidentielle.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 25 novembre 2008, 20h30)


Une chose est certaine, à présent : il n'y aura pas de sécession en ce qui concerne le PS. Ceux qui craignaient un tel désastre n'ont peut-être pas suffisemment tenu compte du système politique de la Ve République, qui est très dissuasif en ce qui concerne ce genre de divorce politique, comme l'ont prouvé, par le passé, les dissidences de Charles Pasqua, à droite, ou de Jean-Pierre Chevènement, à gauche, et les mésaventures électorales qui ont été les leurs, avant qu'ils ne deviennent tout deux sénateurs en accord avec les grandes formations politiques dont ils avaient prétendus s'émanciper à l'origine et devenir les concurrents (le RPR devenu UMP d'une part, et le PS d'autre part)... Ainsi donc, aujourd'hui, pas de scission au Parti Socialiste. Il était grand temps de stabiliser la situation. C'est maintenant chose faite. La période de "cohabitation" qui s'ouvre à présent au PS n'est certes pas la situation idéale, loin s'en faut, mais finalement, avec le recul, pouvait-il en être autrement ? Désormais, il va bien falloir se débrouiller avec deux pôles d'égale importance au sein du parti, en espérant que cette situation peu commode ne durera pas indéfiniment...

Après sa défaite au PS, Ségolène Royal repart en campagne en visant 2012



Ségolène Royal est repartie en campagne sitôt connu son échec dans la conquête du PS, traçant son propre chemin sans guère s'embarrasser de la nouvelle première secrétaire Martine Aubry et visant la présidentielle de 2012.

Après la tempête, le calme : Mme Royal, qui a perdu d'un cheveu - 102 voix d'avance pour sa rivale - la course à la direction du PS, a déjà tourné la page, s'adressant directement, dans un message internet, à ses partisans.

Finies les menaces de recours en justice contre un scrutin qui lui a "volé la victoire", ou de manifestation devant les grilles de Solférino. De quoi rassurer l'ex-patron, François Hollande, pour qui "cette belle rue de Solférino, une rue de bataille, doit être maintenant une rue d'armistice".

L'ex-candidate à la présidentielle se projette dans l'avenir, avec une stratégie très aboutie. Elle entend rassembler son camp avec un but proclamé: la présidentielle. "2012, c'est bientôt, 2012 c'est demain", lance-t-elle dans son message vidéo.

"Nous allons nous lancer dans des actions, dans des réflexions, dans des fêtes de la fraternité", allusion à sa prestation originale du Zénith, "nous continuons", ajoute-t-elle à l'adresse des militants socialistes et de ses "amis de Désirs d'avenir", association qu'elle a créée dans la foulée de sa candidature de 2007.

Pas une fois, Mme Royal ne cite le nom de la nouvelle première secrétaire. Entre-temps, Martine Aubry a multiplié les appels pour ressouder un parti coupé en deux: "ma première tâche politique" est de voir Ségolène Royal, dit-elle.

Une rencontre au sommet entre les deux a finalement eu lieu dans l'après-midi [du mercredi 26 novembre]. "J'ai rappelé à Martine que 50% des militants avaient exprimé une volonté très, très forte de transformation du parti", a affirmé Mme Royal à l'issue de l'entretien. "C'est très important qu'il y ait un accord politique de fond sur le changement en profondeur du PS et son ouverture vers les Français".

Le sujet a divisé les deux ex-rivales, Mme Royal souhaitant un parti de masse, alors que Mme Aubry en tient pour un parti de militants.

Forte de ses quasi-50% de voix, Mme Royal entend commencer la rénovation du PS en prenant appui sur les fédérations qui lui sont favorables, dans une sorte de cohabitation annoncée.

"La transformation, le changement, nous allons les faire là où nous sommes, là où nous sommes implantés et aussi grâce aux Désirs d'avenir", affirme-t-elle dans son mesage aux militants marquant sa volonté de réactiver ces réseaux extérieurs au PS.

Elle veut, "dans les fédérations qui partagent notre idéal, organiser des adhésions à 20 euros", pour "mettre en place une nouvelle forme de militantisme".

La fougue de Mme Royal - "Vous me connaissez, je ne reste jamais les bras ballants!" - rappelle ses propos passionnés au soir de sa défaite à la présidentielle, où elle avait promis à ses partisans de les amener à "d'autres victoires".

Mais, toute tentative de créer un parti dans le parti risque de buter sur l'appareil et les cadres locaux hostiles à une fragmentation du PS.

Le patron de la puissante fédération des Bouches-du-Rhône, Jean-Noël Guérini, un des "royalistes" éminents, prévenait mardi soir: "Je ne ferai rien pour empêcher la première secrétaire de travailler", je "ne veux pas de frontière dans le PS".

Le député Pierre Moscovici met en garde: "Que les présidentiables fassent leur travail, mais qu'ils laissent aussi le parti faire le sien. Le parti doit redevenir la maison commune".

(Dépêche de l'Agence France Presse, 26 novembre 2008, 17h23)


Après un entretien "constructif", Royal attend les propositions d'Aubry



Ségolène Royal a assuré mercredi [26 novembre], à l'issue d'un entretien d'une heure avec sa rivale victorieuse Martine Aubry au siège du PS qui s'est déroulé selon elle dans une "très bonne ambiance", qu'elle attendait "les propositions" de la nouvelle première secrétaire.

Les deux responsables doivent se revoir samedi, a indiqué Mme Royal à la presse.

Il faut se mettre "très rapidement au travail", a encore déclaré l'ex-candidate à la présidentielle en quittant la rue de Solférino.

"On a travaillé dans un très bon état d'esprit, très constructif", a poursuivi Mme Royal.

"J'ai rappelé à Martine que 50% des militants avaient exprimé une volonté très, très forte de transformation du parti".

A été évoquée, toujours selon Mme Royal, "l'organisation d'un grand parti politique de gauche que les Français attendent au combat et au travail", ce que la nouvelle patronne du PS "a accueilli de façon positive".

"J'attends ses propositions pour savoir sur quelle base nous allons travailler au service des Français", a observé Mme Royal. "C'est très important qu'il y ait un accord politique de fond sur le changement en profondeur du PS et son ouverture vers les Français".

"Sur cette base-là, nous déciderons la meilleure façon d'aider le PS à bien travailler", selon la présidente de Poitou-Charentes.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 26 novembre 2008, 18h30)


Martine Aubry prend les rênes du PS et rencontre sa rivale Ségolène Royal



Martine Aubry, victorieuse de la douloureuse compétition pour la tête du PS, a pris mercredi [26 novembre] les rênes d'un parti fourbu qu'il lui faut remettre en ordre et en marche, tandis que sa rivale vaincue Ségolène Royal a aussitôt réaffirmé ses ambitions intactes pour 2012.

Fait marquant de la journée, une rencontre au sommet entre les deux a eu lieu dans l'après-midi au siège du PS. L'entrevue s'est déroulée dans une "très bonne ambiance", selon l'ex-candidate à la présidentielle.

Proclamée officiellement première secrétaire mardi soir par le Conseil national (parlement) du PS, avec 102 voix d'avance sur Mme Royal, la maire de Lille, 58 ans, s'est mise immédiatement au travail en prenant ses marques à Solférino tandis que la présidente de Poitou-Charentes se rappelait au bon souvenir des militants dans un message internet en forme de contre-programme.

Ce qui dessine d'emblée les contours d'une cohabitation interne au PS, contre laquelle s'est élevé le député [fabiusien] Claude Bartolone, très actif dans la campagne de Mme Aubry. "Je ne souhaite pas qu'au sein du PS, on ait une espèce de cohabitation de deux lignes politiques qui donne l'impression, à la sortie, que plus personne ne dit rien", a averti le député de Seine-Saint-Denis.

La nouvelle patronne du PS a multiplié les appels pour ressouder le parti. Outre Ségolène Royal, Mme Aubry doit en effet composer avec les fabiusiens, les strauss-kahniens ("la carpe et le lapin", ironisent certains), et les partisans de Benoît Hamon qui l'ont accompagnée dans son succès.

"Je le dis depuis un an, ce parti crève de la présidentialisation prématurée. Que les présidentiables fassent leur travail mais qu'ils laissent aussi le parti faire le sien. Pour ça, ce parti doit redevenir la maison commune des socialistes", a commenté le strauss-kahnien Pierre Moscovici.

L'ex-ministre du travail s'est entretenue dans la matinée avec son prédécesseur, François Hollande.

Un des premiers actes, très symbolique, de cette élue désireuse de "rassurer" un parti morcelé, a été sa rencontre avec les élus locaux PS, en marge du Congrès des maires de France. "J'ai besoin que vous travailliez avec moi, j'ai besoin que vous m'appportiez vos idées".

En fin de journée, Martine Aubry a regagné son fief de Lille, ville qui a déjà donné un numéro un du PS: Pierre Mauroy, premier secrétaire de 1988 à 1992.

"De la vieille chenille, va sortir un nouveau papillon", a prophétisé le député Arnaud Montebourg, tout en estimant que le Parti socialiste "doit se reconstruire".

Dans cette reconstruction nécessaire et très compliquée, Mme Aubry sait déjà qu'elle a sur son chemin Ségolène Royal, à la détermination inchangée.

"Je continue plus que jamais", a en effet lancé l'ex-candidate à la présidentielle dans un message internet.

Son objectif, elle l'affiche clairement, c'est la prochaine présidentielle: "2012, c'est demain", a-t-elle dit. Elle a pris acte de la décision socialiste: "nous n'avons pas eu droit à un nouveau vote, c'est comme ça".

Déjà, elle lance un appel à projets, annonce "des actions", "des réflexions", "des fêtes de la fraternité" comme celle surprenante du Zénith, mettre en place "une nouvelle forme de militantisme".

Mme Aubry, quant à elle, compte réunir son premier conseil national le 6 décembre, avec la formation du "bureau national" ("gouvernement") du Parti.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 26 novembre 2008, 19h39)



J'entends déjà certains s'esclaffer bêtement rien qu'en lisant les mots "fêtes de la fraternité" (n'est-ce-pas, monsieur Sauron ? ;op ). Nous sommes tous l'imbécile de quelqu'un, et chacun s'amuse comme il peut... mais bon, si certains pouvaient arrêter d'être obsédés par le prestation de Royal au Zénith en septembre dernier, on pourrait peut-être avancer... Personnellement, j'ai d'autres préoccupations que cela, des préoccupations autrement plus importantes, en particulier en ce qui concerne les prochaines élections européennes de juin 2009, qui s'annoncent difficiles...

Le PS aux européennes : beaucoup d'écueils et quelques chances



Après son psychodrame, le PS va affronter, sous la houlette de Martine Aubry, une nouvelle échéance difficile avec les élections européennes, mais selon les experts, il pourrait aussi rebondir, en raison de la crise.

L'aggravation prévue du chômage peut conduire les socialistes à réaffirmer leur rôle d'opposants d'ici à juin 2009, s'ils parviennent à cesser leurs luttes intestines et à se mettre d'accord sur une vision de l'Europe.

Cependant, même dans la configuration la plus favorable pour lui, il ne sera pas possible au PS de rééditer ses succès des européennes de juin 2004, conviennent les spécialistes.

Le Parti avait alors réuni 28,9% des voix, son meilleur score depuis les premières européennes de 1979, et obtenu 31 élus sur 78 députés français.

"Il ne faut pas oublier qu'un électeur sur quatre continue, malgré tout ce qui s'est passé, à se dire proche des idées socialistes", souligne Gaël Sliman, directeur des enquêtes d'opinion chez le sondeur BVA.

"Il y a un socle solide", juge aussi Frédéric Dabi (Ifop), qui rappelle la victoire de la gauche aux municipales de mars, puis aux sénatoriales de septembre.

"Le résultat du PS dépendra surtout de Nicolas Sarkozy", affirme Gérard Grunberg. D'après cet expert du Cevipof, le centre de recherches de Sciences-Po, si le chef de l'Etat "continue d'apparaître en champion de l'anticapitalisme, et comme le plus capable de protéger les Français, les européennes seront difficiles pour le PS".

Les européennes, toutefois, sont traditionnellement mauvaises pour le parti au pouvoir, et favorisent les contestataires.

Sur ce terrain, le PS affrontera la rude concurrence, à sa gauche, des anticapitalistes d'Olivier Besancenot, et du MoDem de François Bayrou sur sa droite, sans compter les Verts dopés par Daniel Cohn-Bendit.

"Mais avec la crise, explique Frédéric Dabi, "le PS peut, lui aussi, récupérer des mécontents, à condition d'attaquer la majorité sur ses choix économiques et sociaux, et pas sur la personnalité de Sarkozy".

Parmi les atouts du PS, les experts comptent le fait qu'il se soit enfin donné un chef, même si cela a eu lieu dans la douleur.

D'autre part, explique Gaël Sliman, "le PS va avoir une ligne compréhensible pour les gens, pour la première fois depuis dix ans. Avec Martine Aubry, ce sera une ligne de gauche, mais cela aurait aussi pu être une ligne social-libérale. L'important, c'est qu'il ait choisi".

Dans ce contexte, poursuit-il, "il faudra aussi que Ségolène Royal arrive à ne pas trop tirer contre son camp".

Reste le risque, très élevé, que se rouvre au PS la fracture de 2005 sur le projet de Constitution européenne.

Interrogé sur le score possible du PS en 2009, Gérard Grunberg pense qu'avec "20%, les socialistes sauveraient la mise. Plus de 23% serait remarquable".

Les experts sont plus hésitants à pronostiquer l'issue pour le PS des régionales, prévues en principe en mars 2010.

En 2004, cette consultation avait été triomphale pour la gauche, qui l'avait emporté dans 20 des 22 régions métropolitaines.

Seule certitude à ce stade: rééditer ce score "sera très difficile, voire impossible" pour le PS, note M. Grunberg, "car le parti sera en position de défense, et non plus de conquête".

(Dépêche de l'Agence France Presse, 26 novembre 2008, 17h10)


La situation reste donc difficile pour la gauche de gouvernement, et assurément, nous ne sommes pas sorti de l'auberge. Néanmoins, il faut s'efforcer de rester optimiste, et, surtout, de voir un peu plus loin que le bout de son nez, fut-il de gauche. Pour cela, rien ne vaut une bonne déclaration directe et franche de Georges Frêche, le président de la région Languedoc-Roussillon et ancien maire socialiste de Montpellier que l'on ne présente plus, et dont j'ai déjà parlé dans mon précédent article... Voici donc que ce que Georges Frêche a déclaré lundi dernier, 24 novembre, lors d'un entretien improvisé à l'aéroport de Paris-Orly, avec le journaliste John-Paul Lepers, créateur de la chaîne de télévision en ligne LaTéléLibre.fr :



"Moi, je défends la gauche. [...] Regardez, il y a dix ans, la droite était désunie. Sarkozy était jeté aux orties par Chirac. Regardez comme les choses ont tourné... Sarkozy a pris le contrôle de l'UMP, ce qui était le B-A-BA, comme Mitterrand s'était fait élire président en prenant le contrôle du PS. Bon alors, demain, il faut changer le PS. Le PS, c'est un parti, j'y ai vécu trente-cinq ans, j'y ai plein d'amis, c'est mon parti, c'est ma famille. Mais c'est fini. Le parti de Jaurès et de Blum, qui date des années 1905-1930, c'est fini. Il faut aller vers un parti de supporters. Il faut oser le dire ! Alors ça va prendre 10 ans, parce que ce n'est pas du jour au lendemain que les choses vont se faire. Alors voyons les étapes... Ségolène, je pense qu'elle a gagné, moi. On lui a volé l'élection, mais qu'elle gagne ou qu'elle perde, de toute façon, elle perd de 53 voix et elle aurait gagné de 100 voix... Bon, donc ça n'amène à rien du tout, ça... d'autant plus qu'elle a besoin d'avoir tout le parti avec elle. [...] Il faut calmer le jeu actuellement. Il faut que Ségolène reste en embuscade avec ses 50%. Elle sera à l'abri de toutes [les] attaques. Martine Aubry, elle a quatre mois pénards devant elle, après, tous les candidats au PS vont se retourner contre elle : les Fabius, Strauss-Kahn - qui finira par revenir -, les Delanoë - qui va renaitre -, Moscovici, etc. Bon, donc... et Martine Aubry, il va lui pousser des ailes aussi ! Elle va se dire "pourquoi je mènerais la danse pour le compte de Delanoë, ou de Strauss-Kahn, ou de Fabius"... Donc, elle va se dire : "la meilleure façon de contrer une femme, c'est moi". Moi je suis sûr qu'avant six mois, Martine Aubry sera candidate à la présidence de la République. Donc le débat se fera entre deux femmes : Ségolène et elle. Je pense que [Ségolène Royal] est beaucoup plus médiatique. Ségolène, elle a un côté "vierge et martyr"... [...] Eh ben, oui, mais c'est ce qui passe à l'heure actuelle. Regardez Obama. Il avait un bon programme, mais il n'a pas fait campagne sur son programme. C'est Hillary Clinton qui a fait une campagne rationnelle, si j'ose dire. Obama, il a fait une campagne mythique. Il a rassemblé les Blancs, les syndicalistes de la côte Est, avec Hillary Clinton, mais en même temps, il a fait voter les Latinos américains qui votaient pas, la communauté noire : cinq ou six millions sont venus voter, qui votaient pas. Bon. Résultat : il a été élu. Ségolène, elle est dans la mouvance Obama... en beaucoup plus petit, bien sûr ; ne nous prenons pas pour les Etats-Unis. Mais moi, je crois que ce qu'il faut faire... il vaut mieux qu'elle [Ségolène Royal] reste dans l'opposition [au sein du PS]. C'est ce qui peut arriver de mieux. [...] Ça va se calmer dans huit jours [...]. Il faut qu'elle reste dans l'opposition, qu'elle devienne Première secrétaire dans deux ans, avec 60%. A ce moment-là, elle affrontera Sarkozy, avec de bonnes chances de gagner contrairement à tout ce qu'on raconte. Et puis après, si Bayrou arrive en tête, il faut voter pour Bayrou à la présidence de la République : il y a, à mon avis, une chance sur 5. Si Bayrou arrive derrière Ségolène, il faudra lui donner le poste de Premier ministre, et Ségolène présidente de la République. Et ensuite il faudra unifier le PS et le MoDem avant 10 ans, pour faire un parti démocrate."

(Georges Frêche, le 24 novembre 2008, lors d'un entretien improvisé à l'aéroport de Paris-Orly, avec le journaliste John-Paul Lepers, pour la chaîne de télévision en ligne LaTéléLibre.fr)

Je suis d'accord avec tout ce qu'a dit Georges Frêche, sauf, bien entendu, sur la nécessité de devoir voter pour Bayrou en cas de duel Bayrou/Sarkozy à l'élection présidentielle de 2012. Il est, pour moi, hors de question de voter pour le candidat Bayrou tel qu'il se présente aujourd'hui, à savoir comme quelqu'un qui ne représente que lui-même, qui prétend avoir le monopole de la référence à l'humanisme, qui nie le clivage gauche/droite, et, qui, surtout, est persuadé d'avoir un "destin national" par commandement divin. En avril-mai 2007, j'ai cru que Bayrou avait esquissé un début d'ouverture vers la gauche, mais j'ai pu constater par la suite combien je m'étais trompé, Bayrou ne pensant qu'à récupérer les déçus du PS pour son propre compte, sans jamais faire de véritables concessions sur sa position centriste niant le clivage gauche/droite. Souhaitons donc que, vis-à-vis du candidat Bayrou, le pronostic d'"une chance sur 5" de Georges Frêche se vérifie, et que ce soit bien finalement Ségolène Royal qui soit qualifiée au second tour face à Sarkozy de Nagy-Bocsa, comme l'envisage sérieusement Frêche. Cela dit, aujourd'hui, même si je suis maintenant adhérent du PS (et content de l'être), j'avoue ne pas avoir renoncé à un rapprochement futur entre le MoDem et le PS, à cette alliance sociale-démocrate auquel je pensais déjà l'année dernière, et dont j'ai déjà parlé ici. Aussi, je ne peux que partager le point de vue de Georges Frêche sur cette question. S'il devait y avoir un jour la possibilité d'une union entre le PS et le MoDem contre la droite, pourquoi ne pas la faire ? Mais bien entendu, comme Frêche le dit lui-même, cela ne peut pas se faire du jour au lendemain, chacun des deux partis devant être prêt à évoluer de façon significative dans le sens d'un rapprochement : il est bien évident que le MoDem ne doit pas espérer le moindre accord s'il ne modifie pas son positionnement actuel, car il est hors de question de courir après lui ! Du reste, au delà de la stratégie, il faudra bien, de toute façon, régler le problème du fond, des idées, du programme. Nous en sommes encore bien loin. Aussi faut-il, pour le moment, d'abord se concentrer sur le renouvellement du PS et sur les prochaines échéances électorales. C'est la priorité. Il faut faire en sorte que le PS limite la casse aux élections européennes et régionales de 2009 et 2010, et soit donc ensuite en position de force pour contrecarrer les plans de Bayrou et Besancenot et pour gagner l'élection présidentielle de 2012 face à Sarkozy, qui, on le sait, ne manquera probablement pas d'être candidat à sa propre succession. Personnellement, je respecte le résultat final obtenu par le scrutin interne du 21 novembre qui a abouti à l'élection de Martine Aubry au poste de Premier secrétaire du PS, mais cependant, je continue à être favorable à la démarche de Ségolène Royal et de son équipe en faveur d'un véritable renouvellement du PS et de la gauche. Quoiqu'il en soit, que chacun fasse donc son travail, avec pour objectif commun de rénover le PS et de le rendre à nouveau audible et crédible face à la droite sarkozyste : on verra bien à quoi on aboutira. Le peuple de gauche est sans doute plus ou moins uni par l'anti-sarkozysme, mais ce n'est évidemment pas suffisant. Comment lutter contre une idée, si ce n'est avec une autre idée ? Pour gagner les élections, pour faire gagner la gauche en 2012, il faut un candidat et un programme. Ainsi que Georges Frêche l'a déclaré lundi dernier sur la radio RMC, Ségolène Royal "peut pendant deux ans préparer tranquillement le programme du parti". Or, on l'a vu, Ségolène Royal n'envisage pas de préparer ce programme toute seule, et, de fait, pour gagner, il faudra bien que chacun prenne ses responsabilités et que le plus grand nombre possible de personnes participe, de près ou de loin, à l'élaboration d'un projet crédible, qui ne peut être que collectif. Avec le nécessaire processus de rénovation, et les prochaines échéances électorales qui approchent, le PS a beaucoup de pain sur la planche, mais la victoire finale est loin d'être impossible. Qui sait dans quelle situation nous serons dans trois ou quatre ans ? En attendant, le PS a un immense chantier devant lui. Retroussons-nous donc les manches et préparons l'avenir... Il est grand temps.

Cordialement, :-)

Hyarion.


(Illustrations : Vol de grues cendrées à l'aube du 20 novembre 2008 au-dessus de pâturages aux abords du Lac du Der-Chantecoq, sur la commune de Montier-en-Der [Marne], photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Francois Nascimbeni ; Martine Aubry, le 25 novembre 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Stéphane de Sakutin ; Le conseil national du PS, le 25 novembre 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Stéphane de Sakutin ; Ségolène Royal et son équipe, le 25 novembre 2008 à la Mutualité à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Jacques Demarthon ; L'ex-candidate socialiste à la présidentielle, Ségolène Royal, à Poitiers le 24 novembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Alain Jocard ; Ségolène Royal, à l'issue d'un entretien avec Martine Aubry, le 26 novembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Jacques Demarthon ; Martine Aubry et son prédécesseur à la tête du PS François Hollande, le 26 novembre 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Pierre Verdy ; Ségolène Royal le 16 novembre 2008 à Reims, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Francois Nascimbeni ; Vue générale de l'hémicycle du Parlement européen à Strasbourg, le 8 juillet 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Johanna Leguerre ; Captures vidéo de Georges Frêche, président du conseil régional de Languedoc-Roussillon, lors d'un entretien improvisé à l'aéroport de Paris-Orly, le 24 novembre 2008, ©LaTéléLibre.fr ; Logotype du Parti Socialiste français)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 2 (2008-2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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