Hier soir, après 22h30, après avoir pris connaissance des résultats du scrutin interne dans ma
section socialiste (celle de Rodez) d'une part, et de l'ensemble du département où je vote (l'Aveyron) d'autre part, j'avais bien conscience que les résultats nationaux du duel électoral entre
Martine Aubry et Ségolène Royal seraient très serrés : dans ma propre section, Aubry n'avait remporté la victoire qu'à une voix près (38 contre 37 sur 75 suffrages exprimés), et dans l'ensemble
du département (soit 23 sections en tout), ladite Aubry n'avait remporté la partie qu'avec seulement quatre voix de plus que Royal (291 contre 287 sur 465 suffrages exprimés). Cela laissait
augurer une nuit particulièrement longue et tendue pour tous les socialistes désireux d'être fixés sur l'issue finale de ce fameux second tour... Pendant plusieurs heures, des rumeurs et des
déclarations contradictoires se sont ainsi succédées dans les médias. Je n'étais pas très optimiste, même si à un moment, j'ai tout de même eu l'espoir de voir Royal remporter la victoire, avant
de finalement déchanter en apprenant la joie des partisans de Aubry et les protestations des partisans de Royal... Vers 3 heures du matin, je me suis résigné à suspendre mon écoute des journaux
de la radio France Info, la direction du Parti socialiste ayant indiqué un peu plus tôt "ne pouvoir annoncer" de résultat du scrutin "extrêmement serré" au poste de Premier
secrétaire... A mon réveil, quelques heures plus tard, les résultats - où ce qui en tient lieu - étaient connus, tout comme le désastre qu'ils sont censés signifier pour le PS... Je suis rentré
chez moi, à Toulouse, par le train, et cet après-midi, souhaitant me changer les idées, je suis allé visiter la Cité de l'espace, le fameux parc à thème scientifique toulousain consacré à
l'espace et à la conquête spatiale, qui a fêté ses 10 ans d'existence l'année dernière. A cet occasion, j'ai découvert L'Astralia, ouvert en 2005, qui propose toute la journée deux spectacles :
d'une part un planétarium de 280 places, doté d'un écran hémisphérique de 600 m², qui montre les étoiles telles que les voyaient les anciens Egyptiens ainsi que les constellations visibles la
nuit dans la région de Toulouse, et d'autre part une salle de cinéma IMAX de 300 places projettant ISS, Space Station 3D, film en relief tourné dans l'espace et relatant la construction
de la Station spatiale internationale, qui, elle, vient de fêter ses 10 ans jeudi dernier. Ayant commencé par le film en relief projeté dans la salle IMAX, j'ai pu avoir, un moment, la sensation
d'être dans la fameuse Station spatiale, loin de la planète Terre, loin de l'Europe, loin de la France, loin de la médiocrité sarkozyenne et des turpitudes du PS...
Ensuite, la séance de contemplation astronomique au planétarium a été particulièrement relaxante et intéressante. La dernière fois que j'avais assisté à ce genre de séance, c'était en 1999, aux
Etats-Unis d'Amérique, dans un observatoire astronomique du Nevada, dans la région de Las Vegas, et j'ai pu constater aujourd'hui au planétarium toulousain de la Cité de l'espace combien a été
importante, en l'espace de presque dix ans, la progression en matière de réalisme dans la représentation du ciel étoilé en planétarium : aujourd'hui, plus que jamais, on s'y croirait.
Malheureusement, les bonnes choses ayant toujours une fin, il a bien fallu que je rentre en fin de journée, et que je retrouve les problèmes de tous les jours, y compris les problèmes politiques,
et notamment bien entendu le foutoir galactique dans lequel se trouve actuellement le Parti Socialiste...
Revenons donc sur Terre, comme dirait Jacques Chirac, et récapitulons avec quelques dépêches de l'AFP ce qui s'est passé au PS depuis la nuit dernière...
PS : le camp Aubry revendique la victoire, les royalistes contestent
Le camp de Martine Aubry a
revendiqué la victoire à l'élection pour la tête du PS, le député [fabiusien] Claude Bartolone assurant que la maire de Lille "ne peut plus être battue", alors que les proches de Ségolène
Royal ont répliqué: "nous ne nous laisserons pas voler la victoire".
"A la minute où je parle, Martine Aubry est en tête, elle ne peut plus être battue", a déclaré dans la nuit de vendredi [21 novembre] à samedi [22] à l'AFP M. Bartolone, député de
Seine-Saint-Denis, donnant 50,28% pour la maire de Lille, sur la base de résultats complets, hors département du Nord, acquis à Mme Aubry, et Guadeloupe, contre 49,72% à Ségolène Royal.
Les partisans de Mme Aubry, qui étaient réunis à l'Assemblée, se sont alors dirigés vers le siège du PS, situé à proximité.
"La victoire de Ségolène Royal" est "quelque chose d'inéluctable", a de son côté déclaré un de ses lieutenants, Manuel Valls.
Le député de l'Essonne a jugé également que les résultats "ne peuvent pas être proclamés" avant la fin des votes, notamment aux Antilles.
Après avoir réaffirmé, comme un peu plus tôt dans la nuit, que le camp Royal "ne se laissera pas voler la victoire", il a lancé, depuis le QG parisien improvisé de la candidate à deux pas du
siège du PS: "il y a eu des votes, ils doivent être très vite acceptés et proclamés, c'est-à-dire ce que nous considérons nous comme quelque chose d'inéluctable pour le PS (...), c'est-à-dire
la victoire de Ségolène Royal".
Ses propos ont été accueillis par un tonnerre d'applaudissements des partisans de Mme Royal qui ont scandé: "Ségolène, Ségolène".
"Ce qui est en train de se passer ce soir est scandaleux", a ajouté M. Valls en accusant: "comme les combinaisons d'appareil n'ont pas suffi, c'est dans les urnes, et de quelle manière, qu'on
essaie" de faire barrage à Ségolène Royal.
Un haut responsable du PS indiquait de son côté vers 01H00 que le résultat était "de l'ordre de 300 voix d'écart", et
ne pouvait être "considéré comme définitif".
Selon un autre responsable du PS, l'écart final "serait de 140 voix", et "il y a de la bagarre dans l'air".
Une source proche de la direction assurait de son côté que Martine Aubry a obtenu 50,51% des voix, contre 49,49% à Ségolène Royal.
D'après cette source, Mme Aubry a obtenu 67.076 voix contre 65.727 pour sa rivale Mme Royal.
Le taux de participation s'est établi à 58,74%, selon cette source, contre 59,7% au premier tour.
Ce résultat concerne la métropole et la Réunion, en attendant la Guadeloupe et la Martinique.
En Guadeloupe, lors du vote des militants le 6 novembre, la motion Delanoë atteignait 70%, tandis que la motion Royal recueillait 17% et celle de Martine Aubry 10,4%. En Martinique, le maire
de Paris recueillait 37,5% des votes, l'ex-candidate à l'Elysée 47,1% et la maire de Lille 11,4%.
Razzy Hammadi, lieutenant de Benoît Hamon, représentant de l'aile gauche qui avait obtenu 22,6% au premier tour jeudi et appelé à voter pour Mme Aubry, a lui aussi revendiqué la victoire pour
la maire de Lille. "C'est une bonne nouvelle pour le Parti socialiste. Martine Aubry est la première secrétaire du Parti socialiste reconnaissant qu'il y a des contestations, mais cela ne
peut inverser le résultat".
(Dépêche de l'Agence France Presse, 22 novembre 2008, 01h17)
Victoire d'Aubry avec 50,02% contre 49,98% pour Royal
Martine Aubry a devancé Ségolène Royal de 42 voix, avec 50,02% contre 49,98%, au scrutin pour l'élection du premier secrétaire du Parti socialiste, selon une "totalisation des centralisations
fédérales" publiée tôt samedi par la direction du PS.
Martine Aubry obtient 67.413 voix, tandis que Ségolène Royal en obtient 67.371, selon ces chiffres qui doivent être encore validés officiellement par les instances du PS. Au total 137.116
adhérents ont voté soit une participation de 58,87%.
François Hollande, patron sortant du PS, va convoquer un Conseil national (Parlement) du parti, a ajouté le parti dans un communiqué. Ce conseil, qui doit valider statutairement les
résultats, pourrait avoir lieu mercredi, indique une source proche de la direction.
Ségolène Royal a demandé un nouveau vote des militants jeudi prochain pour élire le premier secrétaire du PS, en contestant le scrutin du deuxième tour, a annoncé son avocat Jean-Pierre
Mignard. Martine Aubry a estimé en réponse qu'un nouveau scrutin pour la direction du Parti socialiste "n'a pas de raison d'être".
(Dépêche de l'Agence France Presse, 22 novembre 2008, 06h22)
Le PS s'enfonce dans la crise après l'élection sur le fil de Martine Aubry
Le
PS s'enfonçait dans la crise samedi [22 novembre], au lendemain de l'élection sur le fil du rasoir de Martine Aubry à la tête du parti, rejetée par Ségolène Royal qui continuait de réclamer
un nouveau vote.
Martine Aubry a déclaré en fin de journée vouloir être "le premier secrétaire de tous les militants socialistes", dès que les résultats la plaçant en tête auront été validés mardi par les
instances du parti.
"C'est quand même très étrange de voir une candidate à une élection s'auto-proclamer élue, alors même qu'il y a actuellement un certain nombre de décomptes de voix qui sont en cours
d'examen", a répliqué Ségolène Royal.
Au terme du vote des militants pour désigner leur nouveau premier secrétaire, la maire de Lille a devancé l'ex-candidate à la présidentielle de 42 voix, sur 134.784 suffrages exprimés, selon
un décompte rendu public à l'aube par la direction du PS à l'issue d'une folle nuit de rumeurs, coups de gueule et d'intox.
Avant même cette annonce, Ségolène Royal faisait savoir qu'elle ne "se laisserait pas faire", exigeant un nouveau vote. Exigence réitérée en soirée sur TF1.
Au fil de la journée de samedi, des partisans des deux camps ont évoqué des tricheries ou des erreurs ayant selon eux faussé le scrutin.
L'entourage direct de Mme Royal a cité plusieurs cas précis où sa candidate aurait été défavorisée, notamment à Lille, le fief de Martine Aubry.
Les contestations lancent "une polémique destinée à entacher ce scrutin", a estimé de son côté Christophe Borgel, mandataire de la motion de Mme Aubry, en appelant à attendre la "commission
nationale de récolement" du PS.
Cette instance constituée de membres de toutes les tendances doit examiner l'ensemble des recours lundi. Elle les transmettra au Conseil national, le parlement du parti -où les partisans de
Mme Royal ne "pèsent" que 29%-, qui se réunit mardi soir 25 novembre et est censé trancher en dernière instance le résultat de l'élection.
Cette procédure est toutefois elle-même susceptible d'être contestée. Manuel Valls et Jean-Pierre Mignard, lieutenants de Ségolène Royal, ont ainsi évoqué le recours à une médiation interne
au parti, voire à la justice.
François Hollande, à la tête du parti depuis 11 ans et souvent critiqué avant même cette crise pour son refus de trancher les conflits, a lancé un "appel à la responsabilité de chacun et au
respect de nos procédures, du vote et de nos instances". Et d'assurer, comme une incantation, que "le risque n'est pas du tout de scission ou d'éclatement, (mais) de
confusion".
Ségolène Royal a souligné samedi soir son intention de ne pas quitter le PS. Mais pour Dominique Reynié, directeur de la Fondation pour l'innovation politique, le PS va peut-être "entrer dans
une crise dont il ne se relèvera pas". Pour l'analyste, le parti est en tout cas "devenu ingouvernable", divisé en deux parts égales.
D'un côté, une sorte de camp légitimiste incarné par la "dame des 35 heures", attaché à feue la "gauche plurielle" et où se retrouveraient selon M. Reynié "tous les +éléphants+".
De l'autre, des "royalistes" à la chef de file moderniste et déroutante, tournée vers son ambition présidentielle, promettant le "renouvellement" interne et dont les partisans auraient
surtout envoyé comme message au "vieux parti" un "on ne veut plus de vous". "C'est un vote-sanction interne qui est inédit", estime le politologue.
La crise semble en tout cas devoir éloigner le PS du sursaut qu'il espérait tirer de la désignation d'un nouveau leader - pour la première fois une femme -, après trois échecs successifs à la
présidentielle et une longue guerre des chefs qui l'a rendu quasi-inaudible face à un "hyper-président" Nicolas Sarkozy.
Une situation dont n'a pas manqué de se réjouir l'UMP, raillant la "démonstration d'un art consommé de la volonté de disparaître" de la part d'"un parti affaibli et coupé en deux, avec deux
camps qui ne se respectent pas... pire, qui se haïssent!"
(Dépêche de l'Agence France Presse, 22 novembre 2008, 21h04)
Comment a-t-on pu en arriver là ? Pourquoi un tel foutoir galactique ? Beaucoup d'adhérents s'étaient mobilisés et le
taux de participation au scrutin d'hier soir (58,87%) n'a pourtant pas été excessivement mauvais, me semble-t-il, pour ce genre de scrutin interne... Même le "French lover" Dominique
Strauss-Kahn, patron du FMI, a pris le temps de venir voter dans sa section de Sarcelles, à l'occasion de son passage à Paris ! Les opérations électorales se sont déroulées tout-à-fait
normalement dans ma section aveyronnaise de Rodez, mais je note qu'en d'autres endroits, dans d'autres départements, certains nouveaux adhérents n'ont pas été en mesure d'accomplir leur devoir
électoral, faute d'avoir été simplement renseignés sur le lieu des bureaux de vote de certaines sections socialistes : à Toulouse, par exemple, c'est le cas de la blogueuse "M.",
qui s'occupe à nouveau depuis quelque temps d'un nouveau blog, intitulé "Le Rocrocodile kinépeuthe". Par ailleurs, on sait que des erreurs d'attribution de suffrages ont pu être
commises dans certaines sections, la fédération du PS de Moselle ayant notamment indiqué aujourd'hui avoir attribué par erreur 12 voix à Aubry alors qu'elles étaient en fait destinées à Royal.
Cependant, au delà de tout cela, y a-t-il eu de vraies magouilles dans certaines fédérations importantes ? C'est fort possible, mais, au fond, ça ne change pas grand-chose au rapport de force
qui existe désormais entre deux camps d'égale importance au sein du PS. L'affrontement entre ces deux camps ne date assurément pas d'hier, mais jusqu'à la nuit dernière, chacun, au PS, pouvait
tout de même espérer que la menace d'un éclatement du PS serait écartée par un dernier scrutin aux résultats clairs, fussent-ils serrés... Au lieu de cela, on a droit à la "victoire" d'une
Martine Aubry mal élue, et à la fameuse menace d'explosion du PS, tant redoutée... Décidément, je vous le dis, il n'est vraiment pas facile d'être socialiste par les temps qui
courent...
J'entends déjà ceux qui disent que le PS est mort, qui disent que Ségolène Royal est finie, qui commencent subitement à
s'intéresser au NPA de Besancenot, voire au MoDem de Bayrou, sous prétexte que l'un ou l'autre représenteraient désormais l'alternative à Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa et à la droite en
général... Cela n'est pas sérieux. C'est ridicule. C'est idiot, même. Votre Besancenot, votre Bayrou, de toute façon, je n'en veux pas, à aucun prix, et vous pouvez vous les mettre là où je
pense si vous n'êtes pas contents ! Si par malheur, lors de l'élection présidentielle de 2012, on avait droit à un calamiteux duel final entre Besancenot et Sarkozy, ou entre Bayrou et Sarkozy,
soyez bien persuadés que, dans un cas comme dans l'autre, je ne voterai jamais pour aucun de ces trois escrocs : je préfèrerai glisser un bulletin "Jacques Chirac" dans l'urne, ce qui serait
sans doute le meilleur doigt d'honneur électoral que je pourrais faire aux deux candidats en présence ! Je suis désolé, chers lecteurs, de me laisser ainsi aller à une certaine trivialité
dans mon language, car cela ne me ressemble guère, mais compte tenu du contexte actuel, je trouve qu'il est plus honnête d'exprimer franchement ce que l'on pense sur ce sujet, que de se cacher
derrière son petit doigt...
Tenez, à propos de franc-parler, j'en viens justement à évoquer les très intéressantes réflexions faites récemment, avant le fameux scrutin interne d'hier soir, par Georges Frêche, l'actuel
président de la région Languedoc-Roussillon et ancien maire socialiste de Montpellier, exclu du PS l'année dernière, et dont j'ai déjà parlé ici, notamment dans mon article précédent. Voici le
contenu d'un entretien accordé par Georges Frêche au début de cette semaine au journal régional l'Indépendant, publié par ledit journal mardi dernier, 18 novembre, et reproduite le
même jour sur le site du journal en ligne Le Post (http://www.lepost.fr/) ::
Georges Frêche : "Royal a gagné le Congrès en grande partie grâce au Languedoc-Roussillon"
Question : Que
pensez-vous de la volte-face de Bertrand Delanoë qui vient d'appeler à voter Martine Aubry, après avoir annoncé au congrès de Reims qu'il ne donnerait pas de consigne de vote ?
Georges Frêche : Bertrand Delanoë, il est surfait, c'est une invention des journalistes. Qu'il s'occupe de Paris. Il n'a pas eu les Jeux Olympiques, il a fait faire du volley sur les
berges de la Seine, c'est sympathique, mais ça ne va pas très loin. Qu'il fasse ses preuves comme maire de Paris, après on verra s'il peut être président de la République.
Question : On assiste pourtant à une fronde anti-Ségolène Royal...
Georges Frêche : Royal, elle a déjà gagné son congrès de Reims en grande partie grâce au Languedoc-Roussillon, d'ailleurs. On lui a donné les 4 % de plus qui lui ont permis de faire 29 %
et de sortir du rang et c'est bien là l'essentiel. On a de nouveau affaire à "un tous contre Ségolène". On assiste à un changement de générations, exactement comme chez les démocrates aux
Etats-Unis. Mais eux sont plus en avance. C'est pour ça qu'Obama a battu Clinton. Et qu'il a emporté la présidence.
Question : C'est-à-dire ?
Georges Frêche : Le passé, c'est le parti de militants. Moi, c'est mon histoire, trente ans de militantisme. Si j'avais écouté ma tendresse avec le passé, je serais avec Aubry et
Delanoë. Moi, je n'y crois plus du tout. J'ai toujours regardé l'avenir. J'ai vingt ans dans ma tête. Le passé ne m'intéresse pas, sauf pour en tirer des leçons. Seul compte l'avenir. Ségolène
Royal, elle, veut faire un parti de supporters ; c'est ce qu'il faut faire. Encore une fois, sur le modèle du parti démocrate américain.
Question : Vous la suivez donc lorsqu'elle propose de baisser le prix des cotisations au PS à 20 euros ?
Georges Frêche : Je pense que la prochaine fois il faudra faire inscrire des gens sur des listes pour qu'ils votent gratuitement, comme aux Etats-Unis. Si on veut donner un sacré coup de
vieux à Sarkozy et gagner la présidentielle, il faut faire désigner le candidat du Parti socialiste à la prochaine présidentielle par un million de gens. Il faut que les gens puissent
s'inscrire sur les listes PS sans donner un rond. Pour moi, c'est ça le parti de demain. L'alliance avec le Modem, c'est la première phase. Si on gouverne ensemble, dans dix ans, il faut créer
un parti unifié entre le PS et le Modem.
Question : Quels sont vos pronostics quant au vote des militants jeudi ?
Georges Frêche : Au premier tour, il est impensable que quelqu'un soit élu. Elle va arriver en tête, en deuxième il y aura Aubry puis Hamon en troisième. Hamon il va perdre des voix.
Certains de ses électeurs vont voter utile. Il fera 15 % alors que sa motion avait récolté 19 % des voix avant le congrès.
Au deuxième tour, il y a une chance sur trois que Ségolène Royal gagne à 51 %, si elle arrive à tirer les éléments nécessaires du côté Delanoë et deux chances sur trois qu'elle termine à 45
%.
Question : Que préféreriez-vous ?
Georges Frêche : Si je suis très futé, je préfère la deuxième solution. Parce que si elle est élue première secrétaire, elle va être le centre de la cible de tous les feux pendant deux
ans. Tous les vieux crocodiles qu'elle a en face et qui n'ont rien compris vont s'acharner sur elle jusqu'à avoir sa peau avant la désignation du candidat pour la présidentielle. Aubry, si elle
est élue première secrétaire, elle ne pourra rien faire, elle n'aura pas de majorité, elle va "merdoyer" pendant deux ans. Et alors, au moment de choisir un candidat pour la présidentielle,
Ségolène fera une candidate sans obstacle. Voilà pourquoi, ça ne me gène pas qu'elle ne gagne pas les élections cette semaine. Elle a déjà gagné avec les 29 % de votes favorables avant le
congrès.
Question : Votre soutien est donc indéfectible...
Georges Frêche : J'ai, sur elle, un oeil qui n'est pas le même qu'il y a trois mois. Avant, je la soutenais par défaut. Elle a évolué en bien. Elle tient des discours beaucoup plus
solides et elle a préparé l'avenir. Je le répète, il faut que même les chômeurs puissent adhérer. Les autres défendent un parti élitiste avec des cartes chères pour que les pauvres ne puissent
pas venir. Comment peut-on vouloir transformer le monde si on s'interdit d'être soutenu par les plus faibles ? La dernière fois, on l'a jetée dans la bataille de la présidentielle toute seule
avec une partie du PS qui lui a savonné la planche et elle s'en est sortie magnifiquement, elle a fait 47 %. Mitterrand, la première fois qu'il s'est présenté, il a fait 41 %. Il a fallu
attendre la troisième fois pour qu'il soit élu. J'en ai marre qu'on lui tape dessus parce que c'est une femme. Et pourtant, je ne suis pas féministe.
Question : Pour finir, quel regard portez-vous sur ce dernier congrès de Reims...
Georges Frêche : Le congrès, c'est le bal des faux culs. Les mecs ont tourné en rond pour dire non à Ségolène sans avoir l'air de le dire. Ils n'ont pas voulu apparaître comme des
méchants. Avec Aubry et Delanoë, elle n'avait pas de différences notables. Sa chance, c'est d'avoir le parti dans deux ans, pour ne pas avoir à faire des circonvolutions pendant deux ans comme
Aubry vient d'en faire. Elle me fait marrer. A Reims, elle a fait un discours contre l'alliance avec le Modem. C'est ce qu'elle a fait il y a huit mois pour remporter la mairie de Lille. C'est
pas sérieux ! Ségolène Royal, elle est honnête !
Question : Comment le PS peut-il s'en sortir ?
Georges Frêche : Il faut rassembler la gauche avant le premier tour. Il faut récupérer les déçus du parti : un quart des électeurs de Besancenot et un quart de Bayrou. Sinon, le PS est
dans l'opposition pour 50 ans... Ségolène Royal est à la tête d'une équipe et Vincent Peillon [son bras droit] est un grand monsieur...
(Propos recueillis par Estelle Devic)
Son idée selon laquelle une défaite relative de Ségolène Royal, lors de l'élection du Premier secrétaire, serait une
chance pour elle dans la perspective de l'élection présidentielle de 2012, Georges Frêche l'a à nouveau rappelé hier, 21 novembre, quelques heures avant le scrutin :
Pour Frêche, la victoire probable d'Aubry constituera la "chance" de Royal
Le président DVG de la région Languedoc-Roussillon, Georges Frêche, a estimé vendredi [21 novembre] que Martine Aubry avait deux chances sur trois de l'emporter face à Ségolène Royal pour la
direction du PS, mais que cela constituait une "chance" pour la présidente de la région Poitou-Charente.
"Si c'est Ségolène qui perd, c'est sa chance", a déclaré Georges Frêche, en marge de la pose de la première pierre d'un nouveau bâtiment au Parc des expositions [de Montpellier].
"Parce que si elle perd, a-t-il analysé, elle va perdre à 48% et elle va rester tapie pendant deux ans hors des coups et des flèches pour préparer l'avenir. Et les autres, qui ont cinq
présidentiables dans leurs rangs, se battront comme des chiens pendant deux ans".
Alors Ségolène Royal "cueillera la poire dans deux ans toute mûre", en a conclu Georges Frêche, dont le nom a fait irruption, en début de semaine, dans le débat sur la direction du PS.
Mardi, Ségolène Royal avait estimé qu'il y avait eu "beaucoup d'injustice" contre Georges Frêche, exclu du PS en 2007 après des propos controversés sur des harkis, mais toujours très influent
dans la fédération de l'Hérault.
Harlem Désir, proche de Bertrand Delanoë, avait critiqué son "obstination" à le défendre, tandis que le maire de Paris avait évoqué, visant Georges Frêche, les "fréquentations moins honorables"
de Ségolène Royal.
Pour Georges Frêche, qui avait intitulé un livre d'entretiens paru en novembre +Il faut saborder le PS+ dans lequel il préconisait "l'alliance entre le PS et le Modem", le duel Aubry-Royal peut
être comparé au duel Clinton-Obama lors des primaires aux Etats-Unis.
"Hillary Clinton, c'était le vieux Parti démocrate", a-t-il estimé. En revanche, "Obama, c'était le +new Democrat+ du XXIè siècle". Obama "a gagné de justesse" et "fait gagner les
Démocrates".
"Le débat ici est le même", selon lui. "Martine Aubry représente le vieux parti, le parti créé par Jaurès et Jules Guesde (...)". Mais "le parti de Jaurès, il est fini. Les partis à l'ancienne,
comme l'est le PS à l'heure actuelle, vivent leur derniers moments", a-t-il assuré.
(Dépêche de l'Agence France Presse, 21 novembre 2008, 13h27)
Georges Frêche est décidément un sacré bonhomme, malgré les regrettables dérapages verbaux qu'on lui connait... Au
point où nous en sommes, j'avoue être très réceptif à ses propos que je viens de citer... Si la stratégie politique qu'il préconise peut permettre à Ségolène Royal de neutraliser Bayrou et de
déborder Besancenot pour ensuite faire dégager Sarkozy de l'Elysée, eh bien, c'est peut-être là, pour certains, un plan complètement dingue, mais si ça se concrétise, je veux bien suivre
Frêche, malgré les risques et les difficultés!
Je ne suis pas un fanatique de Royal, mais il est clair que les résultats qu'elle a obtenu avant et après le Congrès
de Reims, tant en ce qui concerne le vote sur les motions qu'en ce qui concerne l'élection du Premier secrétaire du PS, prouvent qu'il y a, derrière elle, une vraie volonté collective de
procéder à un véritablement renouvellement du PS et de la gauche. Jusqu'à présent, j'ai encouragé, notamment par mes votes, la démarche de Ségolène Royal et de son équipe. Aujourd'hui,
j'entends bien continuer dans ce sens... Et que, dans ce contexte, Georges Frêche fasse partie des soutiens de Royal ne me gêne aucunement, bien au contraire !
Ainsi, nous verrons bien comment les choses évolueront... Beaucoup de gens font preuve, en ce moment, de beaucoup d'insolence, sous prétexte d'avoir pris le "parti d'en rire"... A
l'UMP, au MoDem, au NPA, on rit sans doute beaucoup, assurément... Riez, riez donc ! Rira bien qui rira le dernier... :-p
Cordialement, :-)
Hyarion.
(Illustrations : Images d'étoiles venant de naître obtenues le 12 février 2008 grâce au télescope spatial Spitzer de la
Nasa, photographie de l'Agence France Presse,
©AFP/Archives/Ho ; La Station spatiale internationale vue le 11 juin 2008 depuis la navette
Discovery, photographie de l'Agence France Presse,
©AFP/Archives ; La candidate au poste de Premier secrétaire Martine Aubry votant à Lille, le 21
novembre 2008, photographie de l'Agence France Presse,
©AFP/Philippe Huguen ; La candidate au poste de Premier secrétaire Ségolène Royal, le 21 novembre
2008 à Poitiers, photographie de l'Agence France Presse,
©AFP/Alain Jocard ; Un bulletin de vote dans une section PS de Caen, le 21 novembre
2008, photographie de l'Agence France Presse,
©AFP/Mychèle Daniau ; Martine Aubry le 22 novembre 2008 à l'Assemblée
nationale, photographie de l'Agence France Presse,
©AFP/Guillaume Baptiste ; Ségolène Royal le 21 novembre 2008 après avoir voté à
Melle, photographie de l'Agence France Presse,
©AFP/Alain Jocard ; Ségolène Royal et son bras droit Vincent Peillon, le 6
novembre 2008 lors d'une réunion avec les militants à Paris, photographie
de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives /Lionel Bonaventure ; Georges Frêche, photographie, sans
date, ©DR ; Le président PS de la région Languedoc-Roussillon, Georges Frêche, en compagnie de Ségolène
Royal, le 11 août 2006 à Montpellier, photographie,
©DR ; Le
président divers gauche du conseil régional de Languedoc-Roussillon Georges Frêche, le 9 mars 2008 à Montpellier, détail d'une photographie de l'Agence France Presse, ©Pascal Guyot/AFP/Archives)
Commentaires