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"Sarkozy, il faut lui marcher dessus. Pour deux raisons. Un, c'est la seule chose qu'il comprenne. Deux, ça porte chance." (Jacques Chirac)


(Jacques Chirac, par Kiro)

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Vendredi 21 novembre 2008 5 21 /11 /2008 17:05
Comme prévu, et ainsi que l'ont révélé les résultats nationaux rendus publics dans la nuit d'hier à aujourd'hui, le dernier duel électoral pour l'obtention du poste de Premier secrétaire du Parti Socialiste sera un duel de femmes, et c'est une première dans l'histoire du principal parti d'opposition en France... Comme quoi, il n'y a pas qu'aux Etats-Unis d'Amérique qu'il se passe des choses inédites... Ainsi, aujourd'hui, vendredi 21 novembre, de 17h00 à 22h00, comme à l'accoutumée, un dernier vote des adhérents (233.000, en tenant compte de ceux qui ne sont pas à jour de cotisation), dans plus de 3000 sections du PS, départagera Ségolène Royal et Martine Aubry, les deux candidates restées dans la course.

Finale serrée entre Royal et Aubry pour la direction du PS


Les militants socialistes retournent aux urnes vendredi soir pour élire la première femme à la tête du PS, en départageant les deux finalistes, Ségolène Royal et Martine Aubry, qui s'opposent dans un dernier match serré.

Eliminé au premier tour de scrutin jeudi soir, Benoît Hamon a appelé à voter pour la maire de Lille au second tour.


"Arithmétiquement", Mme Aubry, 58 ans, devrait l'emporter mais "ça sera un ultime scrutin qui s'annonce serré", selon le jeune eurodéputé, qui a évoqué "une très grand lassitude des militants".

L'ex-candidate à la présidentielle, 55 ans, a obtenu 42,51% des voix jeudi soir, devançant de plus de 8 points Martine Aubry (34,70 %). M. Hamon, 41 ans, qui représente la gauche du PS, a réuni 22,79%. Manquent encore les résultats de Guadeloupe, Polynésie française, Saint-Pierre-et-Miquelon et Nouvelle-Calédonie.


S'exprimant depuis Poitiers, Ségolène Royal a tendu la main aux électeurs de Benoît Hamon. "Les militants ont déjà marqué profondément leur volonté de changement et de ce point de vue, beaucoup de celles et ceux qui ont voté pour Benoît aspirent aussi au changement des pratiques, à la transformation de notre parti et à l'ancrage à gauche des socialistes", a-t-elle dit.

"Je voudrais vous dire que nous sommes la garantie de ce changement, de cet ancrage à gauche, mais aussi de l'ouverture sur toute les idées neuves". Mme Royal a en outre assuré vouloir "s'ouvrir" aux autre
s camps en cas de victoire, demandant que les militants lui en fournissent la "légitimité".

La maire de Lille a assuré que "le renouvellement" aurait lieu au PS, quel que soit le résultat du vote, l'élection d'une femme étant en soit une "révolution". Son camp veut se persuader que le ralliement de M. Hamon, et le soutien réitéré dans la nuit du maire de Paris Bertrand Delanoë, qui avait rassemblé environ 25 % lors d'un premier vote militant sur les motions le 6 novembre, permettra à Martine Aubry de l'emporter.


Une seule certitude: le prochain Premier secrétaire socialiste sera une femme, une énarque, une ancienne ministre. Ce sont les points communs entre les deux finalistes. Pour le reste, beaucoup les oppose : le style, la conception du parti et des alliances qu'il doit nouer.

"A l'évidence, le Parti socialiste est aujourd'hui encore plus gravement coupé en deux, et cela quel que soit le nom de la première secrétaire élue", a déploré Michel Sapin, député de l'Indre qui avait soutenu au départ de la compétition Bertrand Delanoë. Contrairement, au maire de Paris, Michel Sapin s'est refusé à se prononcer en faveur de l'une ou l'autre des candidates.

L'état-major de Mme Aubry avait par ailleurs contesté une première série de chiffres communiqués dans la nuit par la direction du PS, qui donnaient à Mme Royal un score légèrement supérieur à 43%, avant de s'accorder sur les derniers chiffres officiels.

Comme jeudi, le second tour décisif est organisé de 17H00 à 22H00, dans les quelque 3.200 sections socialistes.


La tâche de la prochaine patronne du PS s'annonce ardue pour panser les plaies du congrès de Reims le week-end dernier, qui a été celui de la désunion et des déchirements. Elle devra aussi rendre le parti audible face à Nicolas Sarkozy. Avec en ligne de mire l'élection présidentielle de 2012.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 21 novembre 2008, 13h55)


Royal se dit "la garantie du changement" et promet de s'ouvrir aux autres équipes


Ségolène Royal, candidate au poste de Premier secrétaire du PS, s'est présentée vendredi comme "la garantie du changement" et a promis de s'ouvrir aux équipes de ses concurrents, si les militants la placent en tête du second tour avec une "légitimité" forte.

"Les militants ont déjà marqué profondément leur volonté de changement, et de ce point de vue beaucoup de celles et ceux qui ont voté pour Benoît (Hamon) aspirent aussi au changement des pratiques, à la transformation de notre parti et à l'ancrage à gauche des socialistes", a-t-elle dit dans une déclaration à Poitiers, siège du Conseil régional de Poitou-Charentes qu'elle préside.


"Je voudrais vous dire que nous sommes la garantie de ce changement, de cet ancrage à gauche, mais aussi de l'ouverture sur toutes les idées neuves", a-t-elle ajouté au lendemain du premier tour où elle est arrivée en tête devant Martine Aubry et Benoît Hamon.

Elle a promis que ses équipes "s'ouvriront bien évidemment, forte de la légitimité du vote des militants".

"Et je voudrais dire aux militants que plus ils me donneront cette légitimité de composer cette nouvelle équipe, plus nous pourrons nous ouvrir aux autres équipes", a-t-elle dit.


"Dans chacune de ces équipes, il y a des personnalités de premier plan que je veux intégrer demain à la direction du Parti socialiste", a-t-elle ajouté.

"Dans la préparation de cette élection et de ce congrès, j'ai tendu la main en permanence à mes partenaires (...) et dès demain, je recommencerai à rassembler tous les socialistes", a-t-elle encore déclaré.

Il a estimé que les socialistes doivent "repartir sur de nouvelles bases" et a estimé que les résultats du premier tour lui ont donné "la possibilité de l'emporter au second tour".

Selon des résultats quasi définitifs communiqués vendredi en fin de matinée par le PS, l'ex-candidate socialiste à la présidentielle a obtenu 42,51% des voix au premier tour, devant Martine Aubry à 34,70% et Benoît Hamon à 22,79%.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 21 novembre 2008, 14h22)


Le rapide ralliement de Benoît Hamon à Aubry était tout-à-fait prévisible. Il était même attendu, d'autant plus que l'on sait aujourd'hui que Hamon, ancien membre du cabinet de Martine Aubry au ministère des Affaires sociales (entre 1997 et 2000), a plusieurs fois hésité, ces derniers jours, à maintenir sa candidature vis-à-vis de la maire de Lille, comme l'a relaté le Canard Enchaîné de cette semaine :

    « Hamon hésite

    Le 12 novembre au soir, lors d'une réunion des dirigeants de son courant, Benoît Hamon a affirmé à la fois être déterminé à "aller jusqu'au bout" et "ne pas exclure de retirer sa candidature en cas d'accord avec Martine".
    Rebelote le 17 novembre vers midi. L'appel de Delanoë à voter Aubry l'a fait hésiter de nouveau : devait-il maintenir sa candidature au poste de premier secrétaire ? Une hésitation vite oubliée après qu'il a pris conseil auprès d'Henri Emmanuelli. Le député des Landes lui a recommandé d'aller jusqu'au bout par nécessité de "ratisser large" au premier tour afin de fixer les anti-Ségolène et d'élargir l'aile gauche du parti. Ce, avant d'appeler à voter Aubry au second tour pour obtenir des postes importants à la direction du parti.
    Ségolène ne lui a même pas proposé un chabichou ? »

(Le Canard Enchaîné N°4595, 19 novembre 2008)

Aujourd'hui, de fait, arithmétiquement parlant, comme l'a dit Hamon, le rapport de force semble être plutôt en faveur de Martine Aubry, mais, cela dit, je suis satisfait de voir que Ségolène Royal est arrivée largement en tête au premier tour et que les voix de Delanoë se ne sont finalement pas autant reportés vers Aubry qu'on aurait pu le croire : l'issue du second tour est donc incertaine, mais tout espoir de voir arriver un vrai changement au PS à l'issue de ce scrutin n'est pas perdu... Cela dit, quel que soit le résultat de l'ultime scrutin de ce soir,  celle qui deviendra Premier secrétaire aura beaucoup de pain sur la planche pour ce qui est d'apaiser les tensions du Congrès de Reims, et de refaire du Parti Socialiste un parti crédible et audible face à la droite au pouvoir, en vue l'élection présidentielle de 2012. L'ambiance de la campagne électorale interne, on l'a vu, aura été particulièrement tendu, et la rapide constitution d'une coalition hétéroclite de jospinistes, de strauss-kahniens, de fabiusiens et d'aubrystes, coalition destinée à empêcher à tout prix le succès de Ségolène Royal et de son équipe, a vite donné une idée du climat, décidément plus lourd que jamais en ce moment au PS.


Lundi dernier, 17 novembre, au lendemain du dernier jour du Congrès de Reims, Ségolène Royal avait affirmé sur France 3 que le PS avait "perdu le sens de l'honneur". Interrogée sur le maire de Paris Bertrand Delanoë qui a apporté son soutien à Martine Aubry dans la compétition pour la direction du parti, Royal avait répliqué: "le Parti socialiste a perdu le sens du code de l'honneur, et lorsque les dirigeants disent quelque chose et font le contraire, ça n'est pas conforme à l'idée que je me fais de la politique". "La politique a besoin de sincérité, de vérité, d'authenticité, et tout cela prouve que le Parti socialiste a besoin de changer et de mettre en avant une nouvelle équipe", avait-t-elle ajouté. A propos de ses rivaux au PS, elle avait, en outre, fort justement ironisé : "On voit l'éternel retour, là, à l'oeuvre. Avec Martine Aubry, il y a Laurent Fabius, avec Bertrand Delanoë, il y a Lionel Jospin, donc c'est le retour de ceux qui ne veulent pas passer la main à une nouvelle génération". Le lendemain, mardi, Royal avait également dénoncé la constitution d'un "front" dirigé contre elle au PS : "Je ne sais pas quelles sont les manoeuvres d'appareil qui sont derrière cette évolution", avait-t-elle dit notant que "ce n'est pas la première fois que le vote des militants n'est pas respecté". Pour en revenir plus précisément au ralliement de Delanoë, reconnaissons que si le PS a peut-être "perdu le sens de l'honneur", "l'honneur" en politique est, mine de rien, une chose assez rare, et en tout cas toute relative. Néanmoins, sur le fond, il était, somme toute, de bonne guerre de  la part de Royal de reprocher à Delanoë son attitude de volte-face entre le dernier jour du Congrès de Reims, où il a affirmé ne pas avoir de consigne de vote à donner, et le jour qui a suivi où il a finalement appelé les adhérents du PS à voter pour Martine Aubry... Pourtant, Bertrand Delanoë, apparemment piqué au vif, a tenu à répondre à Ségolène Royal... avec un argumentaire assez pathétique, puisqu'il n'a rien trouvé de mieux, mardi dernier, que de reprocher à Royal de fréquenter Georges Frêche, l'inénarrable président de la région Languedoc-Roussillon et ancien maire socialiste de Montpellier, exclu du PS en janvier 2007 comme on le sait...  Tout ça parce que Royal venait, le jour même, de défendre publiquement Frêche, lequel, il est vrai, fait partie de ses principaux soutiens régionaux...

Royal prend la défense de Georges Frêche


Ségolène Royal a estimé, mardi 18 novembre, qu'il y avait eu "beaucoup d'injustice" envers Georges Frêche, exclu du PS en 2007 après les dérapages à répétition de l'homme fort de Montpellier. Certes, il a fait "beaucoup de maladresses, mais s'il fallait exclure du Parti socialiste tous ceux qui ont fait des maladresses et qui ont dit des choses, notamment sur la candidate à l'élection présidentielle, bien plus répréhensibles (...), eh bien il y aurait beaucoup d'exclusions à prononcer", a poursuivi Mme Royal. Or "ma volonté ce n'est pas d'exclure, c'est de rassembler", a-t-elle dit.

Exclu du PS en 2007 après des propos sur la proportion de joueurs noirs en équipe de France de football, Georges Frêche est resté très influent dans la fédération de l'Hérault, l'une des plus importantes du PS, où la motion de l'ex-candidate à la présidentielle est arrivée largement en tête. Revenant sur les déboires judiciaires de Georges Frêche, Mme Royal n'a pas manqué de rappeler qu'il avait été relaxé par la cour d'appel de Montpellier, le 13 septembre 2007, après les poursuites engagées contre lui pour injure raciale, pour avoir traité des harkis de "sous-hommes".

"C'est un élu important, c'est un maire qui a transformé la ville de Montpellier, c'est un homme cultivé, c'est un homme intelligent", a-t-elle ajouté. Mais craignant une volonté d'"instrumentaliser" sa réponse, elle a toutefois refusé de se prononcer sur une éventuelle réintégration au PS du président de la région Languedoc-Roussillon.

(Article du site LeMonde.fr, site du journal Le Monde, d'après des informations de l'Agence France Presse, 18 novembre 2008, 18h27)


PS : Delanoë critique le soutien de Royal à Frêche


Le maire de Paris Bertrand Delanoë, qui a rallié lundi Martine Aubry, a évoqué mardi soir "certaines fréquentations qui (lui) paraissent moins honorables", à propos de Georges Frêche, exclu du PS et défendu par Ségolène Royal.

M. Delanoë était interrogé, avant une réunion de militants de la fédération PS de Paris à la Mutualité, sur une déclaration de Ségolène Royal assurant que le PS "a perdu le sens du code de l'honneur". L'ex-candidate à la présidentielle critiquait ainsi le soutien apporté par M. Delanoë à la maire de Lille, après avoir laissé entendre qu'il ne donnerait pas de consigne de vote.

"Je ne prends pas les choses sur un ton agressif", a commenté M. Delanoë. "Pour ce qui concerne le sens de l'honneur, je pense que j'ai prouvé que défendre ses convictions sincèrement, sans tenir compte de son interêt personnel (...) c'est le sens de l'honneur. Je préfère la manière dont je porte ce sens de l'honneur que certaines fréquentations qui me paraissent moins honorables comme celles de Georges Frêche".

Ségolène Royal avait estimé dans la journée qu'il y avait eu "beaucoup d'injustice" contre Georges Frêche, exclu du PS mais toujours très influent dans la fédération de l'Hérault qui a voté massivement pour sa motion.

Le vote des militants jeudi soir sera "un choix identitaire". "Ce n'est pas une question d'arithmétique, c'est une question de réflexion politique", a aussi souligné M. Delanoë. "La gravité de la situation doit nous amener à faire le choix de ce parti ancré à gauche, avec des alliances à gauche", a fait valoir le maire de Paris.

Soutien de Mme Royal, François Rebsamen, numéro deux sortant du PS, était présent à la Mutualité. Il a jugé que le vote des militants jeudi permettrait au parti de "sortir de la crise" dans laquelle il est plongé "depuis le Congrès de Reims".

(Dépêche de l'Agence France Presse, 18 novembre 2008, 21h16)

Delanoë, rallié à Aubry, a donc plus ou moins prétendu avoir des fréquentations plus "honorables" que celles de Ségolène Royal. Pfff... c'est n'importe quoi, mais en même temps, cela n'est pas étonnant. Jeter l'opprobe sur les autres tout en s'appliquant à se draper soi-même du manteau de la vertu : on reconnait bien là l'attitude, pleine de mauvaise foi, du parfait jospiniste. C'est assez minable... Franchement, je préfère une candidate socialiste soutenue par Georges Frêche à une candidate socialiste soutenue par Jospin et Fabius, surtout si lesdits Jospin et Fabius sont ensuite rejoints par Emmanuelli ! Le comportement de Delanoë est décidément encore plus décevant que l'on pouvait le craindre... Toutefois, en ce qui concerne ledit Delanoë et son ralliement du jour au lendemain à Aubry, on constate que l'attitude du maire de Paris est d'autant plus affligeante qu'elle apparait, au fond, comme un acte à la limite du masochisme, quand on sait quelles sont les relations entre Delanoë et Aubry...

    « Les manoeuvres de Martine

    Le maire de Paris avait été le premier à régler ses comptes avec Aubry après la commission des résolutions la nuit de samedi à dimanche [au Congrès de Reims].
    "Toute la nuit, a-t-il expliqué à ses troupes, elle nous a fait croire qu'elle avait un accord avec Benoît Hamon en défendant sa candidature. C'était faux et uniquement pour que je me retire. Ce sont des méthodes à la limite de l'honnêteté."
    Explication : si Aubry s'était alliée à Hamon, Delanoë aurait risqué d'arriver en troisième position le 20 au soir. Il n'a pas voulu courir le risque.
    Or il n'y avait pas d'accord Aubry-Hamon. Se découvrant berné, le dimanche matin, le maire de Paris a éructé : "Martine a fait preuve d'une grande brutalité, elle a joué avec le feu. Elle a cassé le parti. Si elle avait voulu, elle aurait pu se mettre avec nous dès le départ et on aurait eu la majorité. Elle a refusé. C'est la preuve qu'elle est méprisable et égoïste. Ce qu'elle a fait est totalement immoral."
    Et c'est pour cette charmante camarade que Delanoë s'est désisté ?

    Delanoë le slalomeur

    Il n'aura fallu que vingt-quatre heures à Bertrand Delanoë pour avaler son chapeau. Il avait annoncé, dimanche, au sortir du congrès, qu'il ne choisirait pas entre Ségolène Royal, Martine Aubry et Benoît Hamon, tous trois candidats au poste de premier secrétaire. Et, lundi matin, il appelle solennellement à voter Aubry le 20, jour de l'élection par les militants du premier secrétaire du PS. Avant de nuancer en catastrophe son soutien, mardi matin : il votera personnellement pour Aubry, mais il laisse la liberté de vote à ses anciens partisans.
    Que s'est-il passé entre-temps ? Premier objectif : sauver la fédération [socialiste] de Paris. Le maire de la capitale s'est démené afin que le candidat aubryste se désiste au profit du sien, par trouille de perdre le contrôle de sa fédération. Deuxième objectif : tenter de préserver l'unité de son courant. "Delanoë a bougé entre dimanche et lundi parce qu'il craignait que beaucoup d'entre nous partent vers Hamon", expliquait lundi l'un de ses principaux soutiens. Troisième objectif : faire plaisir à Jospin. L'ancien Premier ministre a passé son dimanche soir à tenter de convaincre Bertrand de se rallier à un "Tout sauf Ségolène" derrière Aubry. "Vous ne pouvez pas laisser passer Royal. Il faut l'empêcher à tout prix", a-t-il plaidé. Et comme Bertrand ne sait rien refuser à Lionel, il a fini par céder.
    Lundi après-midi, il se justifiait encore devant ses proches : "Ségolène n'est pas mon parti. Là où elle veut nous mener, ce n'est pas mon parti. Martine, elle, est archaïque, ringarde, c'est une salope. Elle m'a tué, mais c'est mon parti."
    Il reste, heureusement, le parti d'en rire. »

(Le Canard Enchaîné N°4595, 19 novembre 2008)


Heureusement que Lionel Jospin est là pour continuer à tirer les ficelles en coulisses, sinon on s'amuserait moins, au PS... Jospin, par ailleurs, n'avait pas pris part au vote sur les motions pour le congrès de Reims, le 6 novembre, mais hier soir, compte tenu de l'enjeu, il s'est déplacé pour voter dans sa section de la Chapelle-Goutte d'Or, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, rendant public à la sortie de l'isoloir son choix en faveur de Martine Aubry, tout en déclarant que "personnellement" il aurait "préféré voter pour Bertrand Delanoë", et en ajoutant, en faisant allusion à Ségolène Royal, que "dans le socialisme, les néo, ceux qui étaient contre les vieux et pour le neuf, n'ont pas toujours laissé de bons souvenirs"... Mieux vaut ne pas trop s'interroger sur ce à quoi pensait exactement Jospin en prononçant cette dernière phrase suspecte... Hier soir également, au même endroit, Bertrand Delanoë - qui, après avoir voté pour Aubry, a croisé son ami Jospin alors que celui-ci arrivait à leur section commune du XVIIIe arrondissement - a tenu à commenter, cette fois-ci publiquement, le contexte de son ralliement à Martine Aubry : "je ne me suis pas retiré, j'ai été éliminé". Mais la défaite finale de Royal, tant détestée par les jospinistes, valait sans doute bien une "élimination"... A ce propos, on notera l'élégance du député aubryste et ancien ministre Jack Lang, lequel a salué mardi sur la radio RTL "le geste de Bertrand Delanoë" qui a apporté son soutien à la maire de Lille, en faisant ainsi preuve d'"un esprit de sacrifice au service du parti". Quant à Martine Aubry elle-même, on aura bien compris, à la lecture du récit du Canard de cette semaine, que même si elle est manipulée par les fabiusiens et les strauss-kahniens, elle n'en est pas moins une femme qui sait obtenir ce qu'elle veut, la fin justifiant visiblement les moyens... et tant pis si, à l'arrivée, le parti est "cassé"...


Si je prends la peine d'évoquer toute cette pagaille et toutes ces petites anecdotes politiciennes, c'est pour que l'on puisse avoir au moins une idée générale de l'ambiance très lourde dans laquelle les adhérents doivent faire leurs choix concernant la nouvelle direction du parti... Oh, certes, le combat des chefs n'est assurément pas une nouveauté au PS, et les adhérents sont, au fond, plus ou moins habitués à cela, mais cependant, on aimerait bien tout de même parfois que, de temps en temps, les choses se passent aussi sereinement au sommet du parti qu'elles peuvent se passer, à la base, dans beaucoup de sections, comme la mienne, à Rodez, où les opérations électorales d'hier soir se sont déroulées sans tensions d'aucune sorte et dans la plus grande tranquilité. Cela dit, au delà du climat général de cette élection interne, et du fameux combat des chefs, on peut aussi prendre le temps d'évoquer à présent les programmes, en s'appuyant sur ce qui a été proposé dès le premier tour par les deux candidates encore en lice...


En ce qui concerne l'orientation générale, Aubry prône "un socialisme renouvelé, ancré dans la gauche efficace, crédible". "Face à une droite dure, il faut une gauche forte" a-t-elle notamment déclaré, tandis que Royal, pour sa part, veut bâtir "le socialisme du XXIe siècle". En ce qui concerne le Parti Socialiste, Aubry veut "un parti de militants", dont il faut "garantir l'unité", un "Parti socialiste profondément européen", "fermement ancré à gauche" et "décidé à se renouveler", "une nouvelle génération de militants aux couleurs de nos territoires et de toutes les cultures présentes en France". Royal, elle, veut un "grand Parti populaire", ouvert "à toutes les diversités", espérant accueillir "les jeunes des quartiers populaires et de toutes les couleurs", "mettre en valeur une nouvelle génération d'hommes et de femmes de toutes origines et de tous les territoires". En matière d'alliances, on le sait, Aubry veut "défendre les alliances avec les seuls partis de gauche", tandis que Royal prône "l'union de la gauche d'abord, la main tendue aux humanistes pour battre la droite ensuite". Sur la question du pouvoir d'achat, Aubry veut des revalorisations significatives du SMIC et un plafonnement des loyers trop élevés, Royal souhaitant, elle, réformer l'indice des prix de l'INSEE. En matière de fiscalité, Aubry veut différencier le taux de l'impôt sur les bénéfices selon qu'ils sont réinvestis ou non, et souhaite une prise en compte du revenu dans le calcul de la taxe d'habitation, tandis que Royal veut "supprimer l'essentiel des niches fiscales" et fusionner impôt sur le revenu et CSG (proposition également faite par Hamon). Concernant la question de l'emploi, Aubry souhaite "taxer les entreprises qui abusent des emplois précaires, décourager les licenciements boursiers en faisant payer aux entreprises qui en ont les moyens le reclassement des salariés", et Royal veut "récupérer les aides publiques lorsque les entreprises licencient ou délocalisent", les deux candidates souhaitant, en outre, "sécuriser les parcours professionnels". En matière d'écologie, Aubry souhaite un "nouveau modèle de développement économique, social et écologique" et une "contribution climat-énergie", tandis que Royal souhaite "d'urgence, l'excellence environnementale" et un "fonds après-pétrole". En ce qui concerne l'Europe, alors que les prochaines élections européennes auront lieu au mois de juin de l'année prochaine, Aubry (comme Hamon) veut "réorienter la construction européenne", tandis que Royal souhaite une "Europe des grands projets". Enfin, concernant la crise actuelle, les deux candidates veulent des mécanismes de régulation des marchés financiers, Aubry souhaitant une taxe mondiale pour ralentir les mouvements de capitaux et Royal une banque publique de soutien aux PME.
Toutes ces propositions sont intéressantes, et mise à part la fameuse question des alliances, il n'y a pas de grandes différences entre les deux candidates de ce point de vue, leurs propositions pouvant même être complémentaires, quand elles ne sont pas identiques. Dès lors, on en revient toujours au même point pour faire son choix : l'entourage et les soutiens respectifs des deux candidates, véritables éléments décisifs. Et encore une fois, de ce point de vue, la balance penche plutôt du côté de Ségolène Royal que de Martine Aubry... Dans une élection interne comme celle-ci, l'entourage et les soutiens des deux candidates sont particulièrement révélateurs de deux conceptions différentes du Parti Socialiste tel qu'il doit être désormais, qui s'affrontent.


D'un côté, il y a ceux qui sont derrière Martine Aubry, ceux qui incarnent le PS du passé, avec son vieux système qui ne marche plus, ceux qui ne se remettent jamais en question, même après tant d'échecs accumulés. De l'autre côté, il y a ceux qui sont derrière Ségolène Royal, ceux qui incarnent la possibilité d'un vrai changement, d'un vrai renouvellement du PS. Bien entendu, il y a des gens de qualité dans toutes les mouvances du Parti Socialiste - malgré son ralliement à Aubry, Benoît Hamon est quelqu'un d'intelligent, ainsi que j'ai déjà eu l'occasion de le dire, et il est sans doute une figure d'avenir au PS -, mais j'ai la faiblesse de penser que c'est du côté de Ségolène Royal que, aujourd'hui, se trouvent le plus grand nombre de gens de qualité, le plus grand nombre de personnes susceptibles d'incarner la relève et le renouvellement nécessaire du Parti Socialiste. Par conséquent, le vote en faveur de Ségolène Royal est, pour moi, le seul choix possible et raisonnable. J'ai voté pour Ségolène Royal hier soir, et je revoterai donc pour elle ce soir.


Il est 17h00 à ma montre. Les bureaux de vote des sections viennent d'ouvrir, et le moment de vérité approche. Maintenant, il faut en finir. Bien entendu, une large coalition s'est désormais formée contre Ségolène Royal, en agitant hypocritement "l'épouvantail" Bayrou (comme on agitait, à droite, l'épouvantail Le Pen, à une autre époque) et en invoquant ainsi la "bonne excuse" qu'est censée être la question des alliances, laquelle question étant pourtant de plus en plus apparu, ces derniers jours, pour ce qu'elle est : un faux débat. Bien sûr, à présent, avec le ralliement de Hamon à Aubry, la partie peut sembler, à certains égards, déjà jouée, et, de fait, je dois bien avouer que je ne suis pas forcément très optimiste quant à l'issue de ce second tour, mais abandonner maintenant, dans la dernière ligne droite, serait assurément faire preuve de lâcheté : il faut donc aller jusqu'au bout de la démarche et ne pas lâcher prise, car cela ferait, l'évidence, trop plaisir à certains... Pour parler franchement, cette guéguerre civile interne au PS me dégoûte, et j'en ai marre de cette ambiance pourrie sciemment entretenue par certains, mais au point où nous en sommes, il ne nous reste plus qu'à boire le calice jusqu'à la lie... même si les adhérents du Parti Socialiste n'ont pas mérité d'être aussi mal traités par l'appareil du parti, hélas plus ou moins verrouillé par des grands pontes incapables d'accepter un vraie renouvellement du PS et de renoncer, de fait, à leur misérable influence interne... Finissons-en donc avec ce lamentable règlement de comptes, pour mieux pouvoir ensuite essayer de passer à autre chose, le plus vite possible, car une opposition efficace à la droite sarkozyste au pouvoir est à ce prix... Ce soir, donc, un dernier vote à bulletin secret dans les sections, et on verra bien ce qui se passera... Après tout, il n'y a vraiment pas lieu de laisser tomber : s'il y a un moment dans la vie d'un parti politique démocratique où un simple adhérent doit pleinement jouer son rôle, c'est bien un moment tel que celui-là ! Alors en avant, et votons ! Qui sais si Ségolène Royal et son équipe ne l'emporteront pas, finalement ?

Cordialement, :-)

Hyarion.

(Illustrations : La candidate au poste de Premier secrétaire du Parti socialiste, Ségolène Royal, à Paris le 19 novembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Jacques Demarthon ; Ségolène Royal le 21 novembre 2008 à Poitiers, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Alain Jocard ; Résultats du premier tour du vote des militants socialistes pour la direction du PS, ©AFP ; Martine Aubry le 21 novembre 2008 à Lille ; AFP ; Philippe Huguen ; Ségolène Royal à Poitiers, le 21 novembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Alain Jocard ; Vincent Peillon, Ségolène Royal et Manuel Valls le 19 novembre 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives ; Jacques Demarthon ; Benoît Hamon et Martine Aubry le 16 octobre 2008 à Marseille, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives /Gérard Julien ; Ségolène Royal le 17 novembre 2008 invitée de France 3, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Boris Horvat ; Le président PS de la région Languedoc-Roussillon, Georges Frêche, en compagnie de Ségolène Royal, le 11 août 2006 à Montpellier, photographie, ©Gamma/Jean-Luc Luyssen ; La maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoë, à Reims le 15 novembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Denis Charlet ; Caricature de Lionel Jospin, par Kiro, publiée dans Manufacture française de candidats, Les dossiers du Canard Enchaîné N°83, avril 2002 ; La maire de Lille Martine Aubry, le 17 novembre 2008 sur France 3, photographie de l'Agence France Presse, ©Philippe Huguen/AFP ; Ségolène Royal, le 18 novembre 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Stephane de Sakutin ; Pierre Mauroy, Martine Aubry, Marylise Lebranchu et Laurent Fabius, le 23 septembre 2008 à la Mutualité à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Patrick Kovarik ; Ségolène Royal, Najat Belkacem, Jean-Noel Guérini et Aurélie Filipetti le 23 septembre 2008 à la Mutualité à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©François Guillot/AFP ; Ségolène Royal entourée de David Assouline, Julien Dray, Vincent Peillon et Manuel Valls le 19 novembre 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Jacques Demarthon)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 2 (2008-2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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* "Faire les choses sérieusement, sans se prendre au sérieux."

* "Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts." (F. Nietzsche)

* "Ce que le public te reproche, cultive-le : c'est toi." (J. Cocteau)

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