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"Sarkozy, il faut lui marcher dessus. Pour deux raisons. Un, c'est la seule chose qu'il comprenne. Deux, ça porte chance." (Jacques Chirac)


(Jacques Chirac, par Kiro)

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Lundi 17 novembre 2008 1 17 /11 /2008 19:37
Le 75e Congrès du Parti Socialiste s'est terminé hier, dimanche 16 novembre. L'optimisme n'était pas vraiment de mise avant, il ne l'est pas vraiment non plus après. Ce Congrès, en effet, n'a finalement pas servi à grand-chose puisqu'il n'a pas permis de doter le parti d'une ligne politique et d'une majorité pour diriger le parti. Le bilan est donc bien amer, et bien entendu, à l'extérieur du PS, on s'en donne à coeur joie dans la raillerie, la leçon de morale, voire l'oraison funèbre, vu que les trois "vainqueurs" du Congrès sont Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, Olivier Besancenot et François Bayrou... ce qui est, bien sûr, désespérant ! Hier soir, à la télévision, on a pu voir défiler les réactions - plus minables les unes que les autres - de Devedjian, de Karoutchi, de Bayrou, de Mélenchon, etc. Ces gens-là n'ont pourtant aucune leçon à donner en matière de politique : ils sont si médiocres... Bayrou et Besancenot peuvent bien, chacun de leur côté, se frotter les mains en se disant que décidément le temps travaille pour eux : j'espère que l'histoire leur donnera tort, à eux et à leurs misérables ambitions... C'est tellement facile, en ce moment, de critiquer le PS, surtout quand on a pour objectif de le démolir...
Pour l'heure, au PS, nous sommes évidemment bien ennuyés. Durant le Congrès de Reims, beaucoup avait à l'esprit le souvenir désagréable du Congrès de Rennes (15-18 mars 1990), qui s'était caractérisé par l'affrontement des héritiers de François Mitterrand, le "fils préféré" Laurent Fabius et "le fils rebelle" Lionel Jospin, avec Michel Rocard en embuscade. Cette fois-là, Pierre Mauroy avait finalement conservé son poste de Premier secrétaire, mais les rivalités et les jeux d'appareil l'avaient emporté sur le débat de fond et avaient discrédité le PS, jusque-là formation politique préférée des Français... Cette année, à Reims, certains ont peut-être eu une sensation de déjà-vu... Heureusement, à la différence du Congrès de Rennes, il reste une issue, une seule, le Congrès de Reims s'étant en effet terminé en laissant un ultime moyen au parti de sortir enfin de l'impasse : le vote des militants. Jeudi prochain, 20 novembre - et peut-être également vendredi prochain, 21 novembre, si jamais un second tour de scrutin est nécessaire -, les adhérents du parti vont devoir trancher, en se prononçant, à bulletin secret, pour le candidat de leur choix au poste de Premier secrétaire.

Vers un match Royal-Aubry pour trouver le chef d'un PS "sérieusement malade"


Incapables de convenir en congrès ce week-end d'une orientation et d'un leader, les ténors d'un PS "sérieusement malade" ont laissé aux militants le soin d'arbitrer par un vote un match qui opposera Ségolène Royal à Martine Aubry, avec Benoît Hamon en troisième postulant.


A l'issue d'un congrès de Reims largement centré sur Ségolène Royal, Bertrand Delanoë a résumé dimanche [16 novembre] le sentiment général, après trois jours de déchirements et un constat de total désaccord : le Parti socialiste est "sérieusement malade".

"Nous n'ajouterons pas de la division à la division", a dit le maire de Paris, qui menait une des principales motions au congrès, mais a décidé de ne pas briguer le poste de Premier secrétaire et de ne pas donner de consigne pour le vote militant.

Son état-major a immédiatement ouvert le feu sur Martine Aubry qui venait, elle, d'annoncer son entrée en piste.

Les partisans de Mme Aubry "prennent la responsabilité historique de livrer le parti à Ségolène Royal, dont ils se comportent comme des alliés objectifs", a-t-on accusé dans l'entourage du maire.


M. Delanoë, qui était en tête des sondages, est le grand perdant de ce congrès.

Le maire de Lille a affirmé vouloir un "parti ancré à gauche". Mme Aubry s'est adressée ainsi à Mme Royal : "A partir de ce soir", "soyons dans notre rôle de militants", défendons "ce en quoi nous croyons".

Benoît Hamon a sollicité "l'honneur d'être en première ligne" pour "faire naître une espérance" dans les couches populaires.

Mme Aubry, MM. Delanoë et Hamon ont tenté durant le congrès de constituer un rassemblement face à l'ex-candidate à l'Elysée dont ils rejettent la stratégie d'alliance possible avec François Bayrou.

Mais la présidente de la région Poitou-Charentes, dont la motion était arrivée en tête d'un premier vote militant le 6 novembre (29%), face à Mme Aubry (24,3), M. Delanoë (25,2) et Benoît Hamon (18,5%), les a pris de vitesse.

Mme Royal part favorite pour le vote de jeudi [20 novembre], de l'aveu même de ses opposants, qui relèvent qu'elle est toujours gagnante lorsqu'il s'agit de donner la parole aux militants plus qu'à l'appareil.

Elle avait provoqué la surprise en annonçant dès le début du congrès sa candidature à la succession de François Hollande, qui après onze ans, laisse un parti balkanisé.

Le lendemain, nouveau "coup": elle propose de consulter les militants directement "sur la question des alliances" avec le centre.

"Cette question ne pourra plus servir de prétexte au refus du rassemblement autour de la motion arrivée en tête" (la sienne), a plaidé Mme Royal.

Cette ouverture au MoDem et son désir d'un parti de masse sont deux pommes de discorde avec ses rivaux qui s'en tiennent à un parti "de militants" et aux alliances historiques.

Entre applaudissements et sifflets, Mme Royal a puisé une nouvelle fois dans le registre moral voire religieux. "Il faut nous soigner de toutes ces petites et grandes blessures que nous nous sommes infligées", a-t-elle déclaré, à la tribune samedi [15 novembre].


Dans la nuit de samedi à dimanche, elle a claqué la porte de la "Commission des résolutions" qui s'échinait sur une synthèse des motions.

"Tout le monde devra se ranger derrière celui qui sera désigné par le vote souverain des militants", a-t-elle prévenu plus tard. Si elle est élue, "l'effort de rassemblement se poursuivra". Sa rivale Martine Aubry a assuré de même que le PS "restera uni" après ce vote.

Raillant un congrès de "soustraction et division" (Alliot-Marie), l'UMP a posé la question d'une "disparition" ou "dissolution" du principal parti d'opposition.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 16 novembre 2008, 18h03)


Des militants socialistes inquiets mais toujours "le PS chevillé au coeur"


"A nouveau il y a le risque d'être inaudible face à la droite": ce délégué est inquiet à l'issue du 75e Congrès du PS à Reims, où les militants dimanche démontaient les tribunes, roulaient les affiches frappées du poing et la rose, sans savoir qui serait leur prochain leader.

Il se déclare "extrêmement gêné": "Je vais revenir dans la Sarthe et leur dire qu'on n'a pas été capables de se mettre d'accord. A nouveau, il y a le risque d'être inaudible par rapport à la droite".

Des lueurs d'espoirs ont été allumées dans le ciel socialiste, se console-t-il cependant après trois jours de discours, "d'assemblée de motions" et l'échec de la "commission des résolutions" dans la nuit de samedi à dimanche: "J'ai vu que nous étions de gauche et que nous avions tous envie de préserver un certain niveau social et de liberté".

Reims n'a pas été Rennes de sinistre mémoire, mais quand même: "Je trouve cela triste de repartir sans ligne politique, ni véritable stratégie", se désole Quentin Lopes, 26 ans.

"Est-ce qu'il faut aller plus à gauche ou plus au centre?", s'interroge cet ingénieur du Nord qui a voté Benoît Hamon.

La personnalité et le style de Ségolène Royal, ainsi que la question des alliances avec le MoDem, agitent le landerneau socialiste. Jacqueline Dahlem, de Reims, "regrette que la motion arrivée en tête -celle de Royal- soit à nouveau remise en question par les autres motions, avec un procès sur la personne, en oubliant qu'il y a derrière la rénovation du PS".

Venu aussi en voisin à Reims, Rémi Laporte s'en prend au contraire, avec la fougue de la jeunesse, à l'ex-candidate et "son côté vierge effarouchée qui cherche le martyre".

"Samedi, elle a cherché pendant les quinze premières minutes de son discours à se faire huer, ce qui participe de sa logique: je ne suis pas aimée du parti -ce qui est vrai-, aimez-moi contre tous ces méchants", ajoute ce jeune diplômé d'allemand, qui a voté pour la motion F (Utopia, très marginale).

Mais ces querelles sont dans l'ADN du PS, estime Chantal Bourscheidt, 58 ans: "il vaut mieux que cela soit animé plutôt que les gens restent comme des béni-oui-oui devant Sarkozy comme à l'UMP".


A la buvette du hall des expositions, Mathieu Bourgasser, 36 ans, trinque au champagne avec un autre militant "pour fêter notre amitié. C'est un congrès délicat".

"Le PS pourrait vivre une rupture, je le sens avec le maintien de Benoît Hamon, qui dit qu'il est prêt à aller jusqu'au bout... ça veut dire: on est prêt à tout", s'inquiète cet aubryste venu du Lot.

Peur d'une implosion ? Non, répond Jérôme Mikal de Reims car "tout le monde a tellement le PS chevillé au corps".

Pascal Josephe, 44 ans, élu parisien, lui s'enflamme: "Reims, c'est le congrès d'Epinay. C'est la renaissance. L'accouchement va être plus long".

"Aujourd'hui le PS ne sert plus qu'à délivrer des investitures... C'est un cartel électoral", dénonce-t-il.

A Reims, les militants se disent "au revoir, à jeudi !". Dans les urnes, pour trancher entre Aubry, Hamon et Royal.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 16 novembre 2008, 16h00)

Comment tout celà va-t-il finir ? Je ne sais pas. Personne ne le sait vraiment... Il faudra bien, pourtant, qu'une solution soit trouvée. Pour le moment, je me sens fatigué. Fatigué et agacé, notamment par ces conflits de personnes si récurrents au PS, conflits que chacun faint de dissimiler derrière des supposées divergences d'opinion en matière de programme politique, de ligne politique, d'alliances politiques. Tenez, la fameuse question des alliances, parlons-en, justement ! Il y a beaucoup d'hypocrisie et d'ambiguïté derrière les positions de tous les acteurs en présence. On suspecte beaucoup Ségolène Royal de vouloir à tout prix s'allier avec Bayrou, mais les choses sont plus compliquées que cela. D'abord, on remarquera qu'il est tout-de-même curieux que Martine Aubry reproche à Royal une volonté de rapprochement avec le MoDem alors que Aubry elle-même, en tant que maire de Lille, alors qu'elle n'en avait pas forcément besoin, s'est allié avec le MoDem pour remporter les élections municipales de mars dernier. Et on remarquera également qu'il est aussi que l'on trouve parmi les partisans de Benoît Hamon et de Bertrand Delanoë - tout deux également réfractaires à toute idée d'alliance avec le centre - des cas similaires de gens ayant fait alliance avec le MoDem au moment des élections municipales. Ensuite, on peut prendre le temps de s'attarder, ne serait-ce qu'un moment, sur ce que Ségolène Royal a dit sur le sujet. Dans son discours de samedi dernier au Congrès, Royal a posé cette question à l'assistance : "S'il faut aller chercher les électeurs qui disent ne se situer ni à gauche ni à droite - respectons-les, cela doit être près d'un électeur sur trois -, faut-il nous en priver pour mettre en échec des projets qui portent atteinte à la République elle-même" et qui "méritent un combat de tous les républicains ?" La question est loin d'être idiote, me semble-t-il. Mais surtout, à la veille du Congrès de Reims, Ségolène Royal a précisé, dans une lettre adressée à Benoît Hamon, n'avoir "jamais prôné un renversement d'alliance", mais qu'il fallait d'abord "rassembler la gauche, toute la gauche, autour d'un contrat de gouvernement" et "nous adresser ensuite à toutes les forces politiques susceptibles de se reconnaître en notre projet". Quelle est la part de sincérité et de tactique dans tout cela chez Royal ? Je n'en sais rien. Mais ce qui est plus certain, c'est que les choses sont, à l'évidence, plus complexes que ce que prétendent certains.


En juin 2007, à l'époque où j'étais au MoDem, j'avais, on s'en souvient peut-être, ma petite idée en ce qui concernait la question des alliances possibles entre PS et MoDem, et pour avoir osé l'évoquer à l'époque, j'avais suscité d'ailleurs des critiques de la part de membres du MoDem apparemment très attachés à la notion de "centrisme"... Il faut dire qu'à l'époque, déjà, ma position n'était pas très orthodoxe au sein de ce nouveau parti qu'était le MoDem, et, avec le recul, on peut se demander ce que je pouvais bien y faire, m'étant quasiment toujours conduit, en 2007 et 2008, avant et pendant mon adhésion à ce parti, comme un électeur socialiste et un homme de gauche, soit comme ce que je n'avais, au fond, jamais cessé d'être. En effet, je n'ai jamais voté pour François Bayrou, ni au premier tour de l'élection présidentielle de 2007, ni au second : à chacun de ces deux tours, j'ai voté pour Ségolène Royal. Le seul vote que j'ai fait en faveur du MoDem aura été celui en faveur d'une candidate de ce parti, que je n'appréciai pourtant pas du tout, au premier tour des élections législatives de l'année dernière : je l'avais fait par pure loyauté pour le parti auquel je venais alors d'adhérer, et après l'élimination de la candidate en question au soir du premier tour, je m'étais d'ailleurs empressé de voter pour le candidat socialiste encore en lice lors du second tour desdites élections législatives. Finalement, à l'occasion des magouilles politiciennes survenues entre les deux tours des élections municipales de mars dernier, je me suis décidé à démissionner du MoDem, et à adhérer dans les jours qui ont suivi au Parti Socialiste, où, en tant qu'homme de gauche, je me suis senti bien plus à ma place, ce qui est toujours le cas aujourd'hui. Mais de cela, j'ai déjà eu longuement l'occasion de parler à l'époque et il est inutile d'en reparler davantage... Pour en revenir à mon idée initiale au sujet des alliances, émise en juin 2007, j'avais alors estimé que l'avenir du MoDem n'était pas du côté de la droite, mais de la gauche de gouvernement, et que tôt ou tard, il allait falloir choisir. Pour moi, les dirigeants du nouveau parti - François Bayrou en tête - devaient tenir compte de cette situation, et ne pas refuser d'envisager, à plus ou moins long terme, une stratégie d'alliance avec un PS sérieusement rénové. Voulant à tout prix justifier mon positionnement d'alors - signe sans doute que, déjà, le fait d'être dans un parti du centre, fut-il ouvert au centre-gauche, ne me satisfaisait pas au fond de moi -, j'avais souhaité que "le MoDem se renforce électoralement et s'impose politiquement dans les prochaines années face au bipartisme de l'UMP et du PS, pour obliger ses deux partis prépondérants à respecter ledit MoDem et pour rendre éventuellement possible une alliance équilibrée du Mouvement Démocrate avec un PS enfin rénové, seule option possible - à mes yeux - pour un véritable changement dans le pays et une accession au pouvoir des démocrates de progrès." Ce souhait d'une sorte d'alliance sociale-démocrate, où le MoDem pèserait autant que le PS, j'en suis un peu revenu depuis. D'abord parce qu'au fil des mois, j'ai fini par voir plus clair en ce qui concerne les objectifs de Bayrou et le positionnement du MoDem, et c'est d'ailleurs cela qui m'a définitivement décidé à quitter sans regret ce parti. François Bayrou n'a, au fond, qu'un seul objectif : devenir président de la République parce que Dieu lui a dit qu'il le deviendrait. Bayrou a été ministre des gouvernement Balladur et Juppé, et à ce titre, il a eu pour collègues Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, Charles Pasqua, Alain Madelin et quelques autres politiciens du même acabit. Bayrou vient de la droite, et ne renoncera jamais, au fond de lui-même, à se situer au moins au centre-droit de l'échiquier politique. Cependant, comme il n'aspirait pas (ou plus) à jouer l'éternel supplétif de la droite crypto-gaulliste, et qu'il est persuadé d'avoir un "destin national", Bayrou a voulu se positionner politiquement au centre, se considérant dès lors comme étant l'Alternative, et dénonçant le système politique plus ou moins bipartiste bénéficiant à l'UMP et au PS. Dans ce contexte, le fond de commerce de Bayrou, et celui de son parti, c'est la négation du clivage gauche/droite, clivage qui, pourtant, structure la vie politique française depuis 1789. A y regarder de plus près, on constate que Bayrou voudrait, en fait, que le MoDem incarne une alternative centriste "entre le capitalisme et le socialisme", confondant sans doute, de façon abusive, le socialisme avec le marxisme (Bayrou est hostile à tout ce qui touche de près ou de loin au communisme). Ainsi, l'objectif dudit Bayrou apparait finalement assez clairement : pour lui, le MoDem doit prendre la place du PS dans le rôle du principal parti d'opposition pour pouvoir lui permettre d'accéder à la plus haute charge de l'Etat en 2012. Se réjouissant beaucoup de la crise qui frappe le PS, Bayrou s'estime conforté dans sa stratégie personnelle et espère plus que jamais être le pivot d'un rassemblement susceptible de battre Nicolas Sarkozy en 2012. Aujourd'hui, comme hier, malgré toute la détestation que j'éprouve à l'égard de Sarkozy, je pense que si Bayrou parvenait à ses fins, cela ne serait pas forcément une bonne chose pour la France, loin s'en faut. Je n'ai absolument pas envie de cautionner les misérables ambitions de Bayrou, "l'élu de Dieu" qui aspire à prospérer sur les ruines de la gauche de gouvernement et, surtout, à remplacer Sarkozy dans son rôle de borgne qui règne sur les aveugles. Une stratégie personnelle dictée par je-ne-sais quel commandement divin et, surtout, basée sur la négation du clivage gauche/droite, me parait, en vérité, parfaitement absurde. Il me parait bien évident aujourd'hui que le PS ne doit surtout pas servir l'ambition présidentielle personnelle de Bayrou. Du reste, avant tout, si une alliance entre MoDem et PS devait être sérieusement envisagée, elle ne devrait pas se faire avant que le MoDem ne se soit décidé à reconnaître le clivage gauche/droite et la nécessité de se positionner clairement par rapport à ce clivage, autrement que par un positionnement centriste pour le plaisir d'être centriste. Car c'est un fait : la démocratie, depuis Tocqueville, s'exprime dans les Etats-Nations et s'articule autour d'une bipolarisation. Aux Etats-Unis d'Amérique, ce sont les démocrates et les républicains. En France, c'est la gauche et la droite. C'est comme ça, et pas autrement. Certes, aujourd'hui la bipolarisation peut sembler devenir illisible, en raison notamment de l'effacement relatif du politique par rapport à l'économie, mais le clivage gauche/droite me parait tout-de-même subsister, au moins sur certaines questions importantes, sociales et culturelles notamment... Dans la perspective de battre la droite sarkozyste aux élections nationales, prétendre nier le clivage gauche/droite, même au nom d'un humanisme démocrate universel ne me parait donc pas sérieux, aujourd'hui plus encore qu'hier. Aussi, je dois reconnaître que l'un des soutiens de Ségolène Royal, le député socialiste Manuel Valls - dont je ne partage pourtant pas toutes les idées, loin s'en faut - a eu assez raison de juger "artificiel" le débat au PS sur la question des alliances : "De toutes façons, la question de l'alliance avec le MoDem n'est pas à l'ordre du jour", a-t-il notamment déclaré, vendredi dernier, en ajoutant "c'est au MoDem de choisir s'il est de droite ou de gauche, a priori je crois qu'il n'a pas fait ce choix aujourd'hui".


Quant à Benoît Hamon, qui prétend être le seul candidat au Premier secrétaire du PS a tenir un discours sans ambiguïté sur la question des alliances, parce qu'il refuse catégoriquement toute alliance avec le MoDem, on constatera que dans la motion qu'il présenté il n'est fait aucune allusion au NPA de Besancenot et aux relations que le PS devrait entretenir avec lui. Dans le texte de la motion de Hamon, on peut lire qu'en tant que socialistes, "nous n'avons pas d'ennemi à gauche." A ce titre, les partenaires traditionnels du PS, issus de l'ex-gauche plurielle (PCF, PRG, MRC, Verts), sont évoqués. Mais pas un mot sur le NPA, dont on sait pourtant qu'il prétend s'affirmer à l'extrême-gauche contre la gauche de gouvernement, et tout particulièrement contre le PS. Dommage. Il y a quelques semaines, Hamon a déclaré : "qu'on ne me demande pas d'éteindre le feu Besancenot, ce qui m'intéresse, c'est d'éteindre le feu Sarkozy". Il serait pourtant bon de se rendre compte que Besancenot est, de facto, le meilleur allié de Sarkozy, et que les deux problèmes sont donc liés. Mais il est vrai que pour Emmanuelli, l'un des principaux soutiens de Hamon, ce qui compte, avant tout, c'est de tout faire pour écraser Ségolène Royal, en manipulant dans un seul sens la question des alliances, comme l'ont également fait, de leur côté, Aubry et son allié Fabius...
Que les choses soient claires (si elles peuvent l'être) : l'objectif n'est pas de savoir si on a un nombril qui est "vraiment de gauche", l'objectif est de gagner les élections, contre Sarkozy. Pour gagner les élections, il faut deux choses, d'égale importance pour un parti renouvelé : un leader crédible et un programme crédible, pouvant attirer un large éventail d'électeurs par delà les divisions entre classes sociales. Pour cela, il faut une équipe unie derrière le leader, et un rassemblement faisant bloc autour de l'objectif final, à savoir, je le répète, gagner les élections. Le rassemblement, dans le cas qui nous occupe, suppose d'abord une union de la gauche la plus large possible, afin qu'aucun suffrage de gauche ne manque à l'appel au moment décisif. Ensuite, et seulement ensuite, peut se poser la question d'élarger encore le rassemblement, en se tournant vers tous ceux qui ne sont pas favorables à la politique de la droite sarkozyste, et en leur proposant de rejoindre ledit rassemblement sur la base du programme crédible proposé depuis le début (en l'occurence ici, bien sûr, un programme crédible de gauche, qui refuse notamment la fatalité d'une société de marché imposée par le monde de l'économie de marché). Voila. Le reste, me semble-t-il, n'est que littérature...

En attendant, les manoeuvres continuent, et Bertrand Delanoë, qui aura payé cher sa fidélité à Lionel Jospin et son alliance avec François Hollande, a finalement décidé, ainsi qu'on l'a appris aujourd'hui, de se rallier à Martine Aubry, au nom du seul point d'accord qu'ont les jospinistes, les strauss-kahniens, les aubrystes et les fabiusiens : leur haine envers Ségolène Royal.

PS : rude partie pour Royal avec le ralliement de Delanoë à Aubry


Ségolène Royal risque d'avoir la partie rude jeudi [20 novembre] lors du vote des militants dans la bataille pour la direction du Parti socialiste, après le ralliement lundi [17 novembre] de Bertrand Delanoë à sa rivale Martine Aubry.

"Notre responsabilité est immense", a déclaré le maire de Paris dans une lettre ouverte aux militants appelant à voter pour la maire de Lille car il y va de "l'identité même du Parti socialiste".

Alors que le rideau était à peine tombé sur un "Congrès pour rien" à Reims, qui a renvoyé aux adhérents la mission de départager trois candidats à la direction socialiste - Aubry, Royal et l'eurodéputé Benoît Hamon -, cet appel a bousculé le jeu.

Le député François Lamy, bras droit de la maire de Lille, a salué un "geste fort" tandis que le député "aubryste" Jean-Christophe Cambadélis qualifiait cet appel de "déterminant pour l'unité du Parti socialiste".

Lors de la consultation des militants du 6 novembre sur les motions, les textes de Mme Aubry (24,3%) et M. Delanoë (25,2%) avaient recueilli la moitié des suffrages à eux deux, celui de Ségolène Royal, 29%.

Benoît Hamon, 41 ans, avait rassemblé 18,5% des suffrages.

Le maire de Paris n'avait pu s'entendre avec Mme Aubry lors du Congrès. Il avait renoncé à briguer la succession de François Hollande, sans donner de consigne de vote.

Il crée la surprise d'autant qu'un de ses partisans, le député Michel Sapin, avait annoncé en plein Congrès de Reims que Bertrand Delanoë avait décidé de ne soutenir ni Benoît Hamon, ni Martine Aubry comme candidat.

Plus méchamment, un cadre socialiste juge ce ralliement "logique": "il a l'air utile. Sinon il n'est plus au Frigidaire, il est au tombeau !"


Le maire de Paris, en tête des sondages courant novembre, est le grand perdant de cette course à la direction du PS, avec en ligne de mire l'élection présidentielle de 2012.

Principal lieutenant de Mme Royal, promis au rôle de "premier secrétaire délégué" en cas de victoire, Vincent Peillon a battu le rappel des militants: "Il faut absolument que nous soyons dès le premier tour élus, de telle sorte que nous puissions dès le lendemain rassembler" et "donner au parti la possibilité de cesser de faire ricaner la droite".

Mme Royal table - elle l'a dit dimanche - sur les abstentionnistes du 6 novembre (la participation avait été d'un peu plus de 56%), mais aussi sur une partie des pro-Delanoë.

Atout de la présidente de Poitou-Charentes: elle est en meilleure posture lorsqu'elle s'adresse directement aux militants.

Incapables de se doter d'une orientation et d'un dirigeant au Congrès, faute d'un accord entre eux, les dirigeants socialistes ont confié aux militants le soin de le faire, en espérant, tel le premier secrétaire sortant François Hollande, que "le Parti socialiste aura une majorité" après ce vote.


La maire de Lille et l'eurodéputé, hostiles à l'orientation politique de Ségolène Royal, refusent d'ici au 1er tour de se placer dans cette hypothèse.

Benoît Hamon a affirmé lundi qu'il pensait se qualifier pour le second tour. "Je pense que j'y serai", a affirmé l'eurodéputé sur France Inter.

Il fait campagne sur le changement à gauche et "le renouvellement". "Celles et ceux qui ont été acteurs des querelles depuis 20 ans ne sont plus les mieux placés pour permettre au PS de se reconstruire", a-t-il dit.


(Dépêche de l'Agence France Presse, 17 novembre 2008, 18h17)

Jeudi prochain, 20 novembre, comme le 6 novembre dernier, je remonterai donc depuis Toulouse jusqu'à ma section de Rodez, dans l'Aveyron, pour participer, en tant qu'adhérent du PS, au vote devant désigner le Premier secrétaire du parti. Entre les trois candidats déclarés au poste, qui ont chacun leurs qualités et leurs défauts, il faudra bien faire un choix.


Benoît Hamon, 41 ans, est l'incarnation à la fois de l'ancrage à gauche et du renouvellement du PS, car il est le seul des "jeunes" quadragénaires du PS à avoir opéré une percée dans le parti. Il est intelligent, et son opposition résolue à Sarkozy de Nagy-Bocsa me plait, mais il a le très gros défaut, à mes yeux, d'être soutenu par Henri Emmanuelli et, localement, par certains jeunes élus aussi carriéristes que peuvent l'être les anciens. Il est vraiment regrettable qu'il n'est pas voulu sortir de l'ambiguïté vis-à-vis des relations que le PS devrait avoir avec la mouvance LCR-NPA de Besancenot. Martine Aubry, 58 ans, présentée comme une experte en questions sociales et comme la "mère des 35 heures", apparait comme la candidate du "old party", soutenue par une coalition hétéroclite de personnes surtout très désireuses de maintenir leur vieille influence dans le parti. De fait, elle a le très gros défaut, à mes yeux, d'être soutenu, entre autres, par Laurent Fabius. Enfin, Ségolène Royal, 55 ans, est une candidate qui a le mérite d'avoir su rassembler autour de sa motion beaucoup de personnes, notamment de jeunes parlementaires, pouvant incarner la relève au sein du parti. De ce point de vue, sa candidature incarne, elle aussi, le renouvellement du PS. Cela dit, je n'aime pas la manie qu'a Royal de puiser, lors de ses discours, dans le registre moral, voire religieux, par exemple en évoquant le pardon des offenses et la résurrection des morts, face à la désunion et aux déchirements des socialistes, comme elle l'a fait samedi dernier au Congrès de Reims. Le mélange des genres qu'elle a tendance à pratiquer depuis quelque temps, entre politique et spectacle, ne m'a pas convaincu jusqu'ici. Cependant, elle a montré qu'elle était capable de faire preuve d'audace, ce qui peut être une grande qualité en politique. Détestée par Jospin, par Fabius, par Aubry, par Emmanuelli, par Rocard, par Strauss-Kahn, et par bien d'autres grands pontes du parti, elle joue la carte des militants contre l'appareil, tout en s'assurant habilement du soutien de quelques fédérations importantes comme celle des Bouches-du-Rhône, dirigée par Jean-Noël Guérini, et celle de l'Hérault, dans la région Languedoc-Roussillon présidée par Georges Frêche, exclu du PS en janvier 2007 mais qui reste néanmoins influent, et favorable à Royal. Les soutiens dont bénéficie Royal ne sont pas tous à mon goût, loin s'en faut, mais le fait qu'elle soit tant détestée par les jospinistes, les fabiusiens, les strauss-kahniens et les emmanuellistes, donne d'elle l'impression qu'elle est "celle qui ne fait pas partie du club" des caciques, ce qui l'a rend plutôt sympathique. Du reste, malgré l'hostilité qu'elle a pu susciter au PS - elle a même fait l'objet de sifflets pendant le Congrès - Royal a su s'entourer, au sein du parti, d'un certain nombre de personnes, intelligentes et relativement jeunes, qui, me semble-t-il, malgré leurs défauts, peuvent permettre le renouvellement du PS. Ségolène Royal, ce n'est bien évidemment pas le choix idéal, mais c'est le choix le moins mauvais à mes yeux. Ni le fait que l'on puisse trouver illogique qu'une candidate perdante à une élection présidentielle puisse revenir en force aujourd'hui (on oublie bien vite dans ce cas-là combien les caciques du PS ont fait tout ce qu'ils ont pu pour plomber la candidature de Royal en 2007, ce qui relativise en partie sa défaite), ni le fait que l'on ait pu trouver parfaitement ridicule son étrange "show" du Zénith de Paris, en septembre dernier, ne me paraissent des raisons pertinentes pour considérer que la candidature de Royal au poste de Premier secrétaire du PS représente un danger de "catastrophe" pour la gauche, comme l'a déclaré Michel Onfray. Encore une fois, ce n'est pas le choix idéal, mais c'est le moins mauvais, me semble-t-il, même si, par ailleurs, Benoît Hamon incarne sans doute, de son côté, et à juste titre, une partie de l'avenir du PS.
De toute façon, il faut bien comprendre que quel que soit le vainqueur du scrutin de jeudi (ou vendredi) prochain, le successeur de François Hollande devra composer avec les représentants des différentes motions au sein du parti (aucune majorité n'ayant pu être constituée à l'issue du Congrès), et ne pourra certainement pas faire tout ce qu'il veut, tant sa marge de manoeuvre risque d'être bien étroite... Bref, quoiqu'il arrive, nous ne sommes pas au bout de nos peines... :-/
Cependant, il faut bien garder espoir
, si l'on ne veut pas se résigner à laisser le champ libre à nos adversaires et à abandonner le pays à son triste sort. Ainsi que l'a fort justement écrit aujourd'hui sur son blog (http://gorce.typepad.fr/blog/) le député socialiste Gaëtan Gorce, qui soutient toujours Royal : "Nous avons besoin, Ségolène Royal a raison, de retrouver de la fraternité, de la générosité, le goût des idées et modifier dans ce sens nos comportements. Le Parti socialiste est arrivé à un point critique de son histoire, notamment parce que celles et ceux qui en ont la responsabilité n'en ont pas pris conscience. Lorsque l'on perd ainsi de vue ses intérêts vitaux, on se met en danger de disparaître. C’est bien là ce qui pourrait arriver, si un sursaut n’intervenait pas ce jeudi. Il est temps de nous remettre au travail, dans un esprit de rassemblement et avec le souci de procéder au renouvellement indispensable des équipes, des méthodes et des idées, sans lequel la Gauche demeurera figée dans ses contradictions et ses oppositions internes."

Cordialement,

Hyarion.

(Illustrations : Affiche du 75e Congrès du Parti Socialiste à Reims, 2008 ; La maire de Lille Martine Aubry, le 16 novembre 2008 lors du Congrès du PS à Reims, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/François Guillot ; Le maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoë à Reims le 15 novembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Denis Charlet ; Ségolène Royal, le 16 novembre 2008 au Congrès du PS à Reims, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/François Guillot ; Tribune du 75e Congrès du Parti Socialiste au Parc des expositions de Reims à la veille du début du Congrès, le 13 novembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP ; Retransmission de l'intervention de Bertrand Delanoë le 15 novembre 2008 lors du congrès du PS à Reims, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Francois Nascimbeni ; Benoît Hamon embrassant Ségolène Royal, le 16 novembre 2008 au Congrès du PS à Reims, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Denis Charlet ; Caricature de François Bayrou, par Kiro, publiée dans Manufacture française de candidats, Les dossiers du Canard Enchaîné N°83, avril 2002 ; Ségolène Royal et Manuel Valls, le 6 novembre 2008 lors d'un meeting à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Lionel Bonaventure ; L'ex-candidate socialiste à la présidentielle et candidate au poste de Premier secrétaire du PS, Ségolène Royal [au centre] et le député socialiste et maire d'Evry, Manuel Valls [à droite], à Reims le 16 novembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Denis Charlet ; Martine Aubry et Bertrand Delanoë le 15 novembre 2008 à Reims, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Denis Charlet ; L'eurodéputé Benoît Hamon, à Reims le 16 novembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Denis Charlet ; Présentation des trois candidats officiels au poste de Premier secrétaire, ©AFP/Infographie)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 2 (2008-2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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