Mercredi 5 novembre 2008
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Hier, mardi 4 novembre,
a eu lieu la 56e élection présidentielle des Etats-Unis d'Amérique. A l'issue de cet interminable grand concours ultra-médiatique, quasi-hollywoodien, où, pour gagner, il vaut mieux séduire par
son image que convaincre par ses idées, c'est finalement Barack Obama, sénateur démocrate de l'Illinois, qui a gagné... Premier candidat métis (fils d'un noir africain né au Kenya et d'une
blanche américaine née au Kansas) à accéder à la plus haute charge de l'Etat fédéral américain, Obama sera donc le prochain président des Etats-Unis d'Amérique, le 44e, élu pour quatre ans.
S'agit-il d'une élection historique ? Oui, assurément. S'agit-il d'une révolution en soi ? A mon avis, non. Mais puisque la majorité du peuple est plongée dans l'allégresse et que les médias sont
contents, tous parlant d'une "campagne exaltante" et d'un résultat final "extraordinaire", à la limite du "miracle", je suppose qu'il est inutile d'essayer de tout
faire pour relativiser les choses : on ne peut pas arrêter la mer avec ses mains... Cela dit, que l'on ne s'y trompe pas : dans ce genre d'élection, la victoire était destinée au meilleur
fabricant de rêves pour électeurs, et c'est bien ce qui est arrivé... ni plus, ni moins.
Depuis plusieurs jours, compte tenu de l'évolution assez régulière des sondages d'opinion nationaux en faveur du candidat démocrate, la victoire finale de Barack Obama dans la course à La Maison
Blanche était attendue, même si les sondages, bien entendu, valent ce qu'ils valent, aux Etats-Unis comme ailleurs. Certains ont cru qu'un éventuel atavisme raciste chez une partie de l'électorat
américain allait peut-être produire un "effet Bradley", du nom de Tom Bradley, l'ancien maire noir de Los Angeles qui perdit à la surprise générale l'élection au poste de gouverneur de Californie
en 1982 en raison de la couleur de sa peau. Finalement, il n'en a rien été. Comme quoi, les mentalités ont changé : ce fait est peut-être en partie le produit d'un conditionnement sociétal, comme
en témoignent, par exemple, certains films de cinéma et certaines séries télévisées diffusés aux Etats-Unis depuis une dizaine d'années... Un autre facteur, plus important, aurait pu tempérer les
pronostics des sondages : la complexité du mode de scrutin américain. En effet, pour ceux qui l'ignorerait, rappelons qu'aux Etats-Unis, l'élection présidentielle se joue moins au niveau national
que dans chacun des 50 Etats, un candidat pouvant gagner le vote populaire et perdre la Maison Blanche parce que son adversaire, en gagnant, même de justesse, dans une poignée d'Etats clefs, a pu
faire la différence en remportant tous les grands électeurs de ces Etats : c'est ainsi que le démocrate Al Gore a perdu l'élection présidentielle de 2000 face à George W. Bush, bien qu'il ait
rassemblé plus de suffrages que son adversaire républicain. Il y a au total 538 grands électeurs et il en faut au moins 270 pour être élu président. Comme on a pu le constater, avec plus de 340
grands électeurs dont le soutien lui est aujourd'hui acquis, Barack Obama (qui a, par ailleurs, remporté 52% des voix au niveau national contre 46% pour son adversaire républicain John McCain) a
finalement largement obtenu le nombre suffisant de grands électeurs pour être assuré d'être le prochain président de la République des Etats-Unis d'Amérique.
Victoire écrasante de Barack Obama, premier président noir des Etats-Unis
Le démocrate Barack Obama a remporté mardi une victoire historique et écrasante sur son adversaire républicain John McCain, devenant, à seulement 47 ans, le premier Noir élu président des
Etats-Unis.
"Il a fallu longtemps. Mais ce soir, grâce à ce que nous avons fait aujourd'hui et pendant cette élection, en ce
moment historique, le changement est arrivé en Amérique", a affirmé M. Obama, à l'occasion de son premier discours de président élu, devant une foule oscillant entre joie et émotion, dans
l'immense jardin public Grant Park, cerné de gratte-ciels illuminés au bord du lac Michigan à Chicago.
"Si jamais quelqu'un doute encore que l'Amérique est un endroit où tout est possible, qui se demande si le rêve de nos
pères fondateurs est toujours vivant, qui doute encore du pouvoir de notre démocratie, ce soir est la réponse", a-t-il fait valoir.
"C'est votre victoire", a-t-il assuré à ses partisans. Il a salué son adversaire républicain John McCain qui "a
enduré des sacrifices pour l'Amérique que la plupart d'entre nous ne peuvent même pas commencer à imaginer". "Je le félicite" pour sa campagne, a-t-il dit. M. Obama a également rendu hommage à
sa femme Michelle et à ses deux filles, Malia et Sasha, 10 et 7 ans, qui l'accompagnaient à la tribune. Après son discours il a été rejoint par son colistier Joe Biden et sa
famille.
Dès l'annonce de la victoire d'Obama, des scènes de liesse ont éclaté dans plusieurs villes américaines. Les quelque
240.000 personnes rassemblées à Grant Park ont laissé éclater leur joie et leur émotion, brandissant des drapeaux américains et des pancartes frappées du slogan "Yes we can" (oui nous le
pouvons), du sénateur de l'Illinois.
Le président George W. Bush a appelé celui qui doit lui succéder le 20 janvier pour le féliciter de sa victoire à
l'issue d'une "superbe" soirée électorale, a indiqué la porte-parole de la Maison Blanche, Dana Perino. Des milliers de personnes se sont massées devant les grilles de la présidence, en
scandant "Obama, Obama".
L'adversaire républicain de M. Obama, John McCain, a reconnu sa défaite, indiquant à ses partisans, rassemblés à
Phoenix (Arizona, sud-ouest) qu'il avait félicité M. Obama. Des sifflets ont accueilli ces paroles. "Cet échec est le mien, pas le vôtre. J'aurais souhaité que le résultat soit différent", a
dit le sénateur de l'Arizona, accompagné de sa femme Cindy et de sa colistière Sarah Palin. "C'est une élection historique", a-t-il poursuivi. "Je reconnais la signification particulière
qu'elle a pour les Noirs américains, la fierté qui doit être la leur ce soir".
Le président élu va hériter d'une situation économique extrêmement difficile. Les Etats-Unis, et le monde dans leur
sillage, traversent la plus grave crise financière depuis celle de 1929. Le pays est engagé dans deux guerres, en Irak et en Afghanistan.
M. Obama a promis de baisser les impôts pour 95% des salariés, d'engager une politique de grands travaux et de garantir
une couverture santé pour tous. Sur le plan international, il a promis de retirer les soldats américains d'Irak "de façon responsable" dans un délai de 16 mois et de concentrer les efforts à la
lutte contre Al-Qaïda et les talibans. Sa tâche pourrait être cependant facilitée par un Congrès qui demeure à majorité démocrate.
Les Américains étaient aussi appelés à renouveler un tiers du Sénat et la totalité de la Chambre des représentants et,
selon des résultats partiels, les démocrates avaient ravi cinq sièges aux républicains au Sénat américain, ce qui leur permettrait d'avoir 56 sièges sur 100. Les démocrates ont également
conforté leur majorité à la Chambre des représentants.
Les Américains se sont massivement mobilisés pour choisir le successeur de l'impopulaire George W. Bush. Le taux de
participation a atteint le chiffre record de 66%, du jamais vu depuis 1908.
Aussitôt après l'annonce de la victoire de M. Obama, les marchés d'Asie-Pacifique s'affichaient en forte hausse, portés
par un sentiment d'optimisme. L'élection de M. Obama a été saluée à travers le monde, dans des messages où revenaient souvent les termes de "changement" et d'"espoir", les mots clés de la
campagne du candidat démocrate.
Le président français Nicolas Sarkozy a déclaré que la "victoire brillante" de M. Obama soulevait "un immense espoir",
adressant dans une lettre au président élu américain ses "félicitations les plus chaleureuses".
Le chef de la diplomatie irakienne, Hoshyar Zebari, a réagi avec réserve. "Nous respectons le choix des Américains",
a-t-il déclaré à l'AFP. "Nous ne pensons pas qu'il y aura un brusque changement politique, et il n'y aura pas un désengagement rapide américain d'Irak, car une affaire importante se joue ici",
a-t-il dit.
En Afghanistan, le président Hamid Karzai a estimé que l'élection de M. Obama avait "fait entrer le peuple américain,
et avec lui le reste du monde, dans une ère nouvelle".
Au Kenya, pays dont le père du président élu américain était originaire, le président Mwai Kibaki a décrété jeudi
journée fériée "afin de permettre aux Kényans de célébrer l'exploit historique" de Barack Obama.
(Dépêche de l'Agence France Presse, 5 novembre 2008, 9h59)
Une question, non abordée par les médias de masse, se pose à présent...
Que s'est-il passé en ce qui concerne la candidature, fort originale, de Cthulhu à la Maison Blanche ? Eh bien, cette
candidature de la légendaire et terrifiante créature fictive crée par l'écrivain H. P. Lovecraft (candidature dont j'avais déjà parlé dans un précédent article, en octobre dernier) s'est finalement lamentablement crashée, quelque part au milieu de nulle
part (peut-être à R'lyeh, dans le Sud de l'océan Pacifique)... La propagande en faveur de Cthulhu n'a pourtant pas fait défaut sur Internet, notamment sur des sites tels que http://www.cthulhu.org/, http://meatees.myshopify.com/ (The Elder Party.com) et http://www.cthulhu.com/. Mais la victoire n'a cependant pas été au rendez-vous. Cela dit, cette candidature à la présidence des Etats-Unis n'était pas
la première, et ne sera sans doute pas la dernière... Qui sait, en tout cas, si Cthulhu n'aurait pas réussi à s'emparer de la Maison Blanche s'il avait choisi Jacques Chirac comme colistier,
ainsi que je l'avais suggéré ? Toujours est-il qu'il est bien dommage que le système électoral américain, et le bipartisme qui va avec, ait, une fois de plus, eu raison d'une candidature atypique
comme celle de Cthulhu, candidat pourtant issu de la diversité... ;o)
Ainsi que j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire, j'aurai préféré que ce soit Hillary Rodham Clinton, sénatrice de New York,
qui soit la candidate du Parti démocrate à l'élection présidentielle des Etats-Unis. Mais ne soyons pas mesquins cependant : comme je l'ai toujours dit, un président démocrate (quel qu'il soit) à
La Maison Blanche, à partir de janvier prochain, vaut forcément mieux qu'un président républicain à la même place, surtout après les deux mandats calamiteux de George W. ("Dobeliou") Bush,
"l'improbable président", pour reprendre le sous-titre du film W. du cinéaste Oliver Stone, film consacré justement au personnage et sorti dans les salles de cinéma françaises
le 29 octobre dernier... De fait, je reconnais que la victoire du camp démocrate à l'issue de cette élection présidentielle est, de mon point de vue, tout de même, une bonne chose en soi. Cela
dit, on peut quand même s'étonner du fait que les électeurs américains (ou états-uniens, comme il vous plaira) aient eu envie de sanctionner l'administration républicaine de Bush seulement
maintenant : c'est en 2004, lors de la précédente élection présidentielle qu'il aurait fallu le faire. Aujourd'hui, c'est un peu tard, car les dégâts du gouvernement républicain sortant sont à
présent immenses, au bout de huit ans de pouvoir... mais mieux vaut tard que jamais. Il était grand temps que la page W. Bush se tourne : ce sera enfin chose faite au début de l'année
prochaine.
Le grand perdant de cette élection, c'est évidemment le candidat républicain John McCain, sénateur de l'Arizona. Ce
dernier n'aura pourtant pas ménagé sa peine pour mener sa campagne électorale de la façon la plus énergique possible... Mais au-delà de son programme, au-delà des grosses maladresses que sa
colistière Sarah Palin a accumulé pendant la campagne (maladresses largement relayées dans les médias), McCain a payé cher le mécontentement général des électeurs à l'égard de W. Bush, président
républicain sortant, dont McCain n'a pourtant jamais été proche, loin s'en faut, même au sein du parti républicain. Barack Obama a eu beau jeu de marteler sans cesse, quasiment comme seul
argument électoral, que McCain était du même camp que Bush, et que si le candidat républicain était élu à La Maison Blanche, il continuerait la politique de son prédécesseur, politique que la
majorité de la population désapprouve aujourd'hui. Compte tenu du contexte général qui lui était plutôt défavorable, compte tenu du fait qu'il ne se reconnaissait pas, en tant que républicain
modéré, dans une bonne partie de l'électorat républicain (celle comprenant notamment les créationistes et les chrétiens protestants ultra-religieux en général), on peut dire que John McCain s'est
plutôt bien battu. Jusqu'au dernier moment, McCain a parcouru le territoire des Etats-Unis pour tenter de convaincre les électeurs, notamment dans les fameux Etats clefs susceptibles de lui
permettre de gagner. On a ainsi pu le voir, par exemple, le 31 octobre dernier, dans l'Etat stratégique de l'Ohio, où le gouverneur républicain de Californie, Arnold Schwarzenegger, est venu le
soutenir, lors d'une réunion publique, en prononçant un discours inimitable, comme en témoigne une dépêche de l'AFP publiée lundi dernier :
Schwarzenegger trouve qu'Obama et son programme ne sont pas assez musclés
Le gouverneur républicain de Californie et ancien acteur body-buildé Arnold Schwarzenegger a conseillé vendredi [31 octobre] à Barack Obama de muscler sa politique et de prendre lui-même du
muscle, lors d'un meeting de soutien à John McCain dans l'Ohio (nord).
M. Schwarzenegger a fait les délices d'une foule de plusieurs milliers de personnes venue encourager le candidat
républicain à la Maison Blanche en tournant en ridicule à la fois le programme et le physique du candidat démocrate.
L'ancien acteur d'origine autrichienne, qui organise chaque année un tournoi de body-building à Columbus, dans l'Ohio,
a commencé son discours en invitant M. Obama à s'y présenter. "Je veux inviter le sénateur Obama, parce qu'il doit faire quelque chose pour ses jambes maigrichonnes. Je lui ferai faire quelques
flexions", a-t-il dit.
"Et ensuite, nous lui ferons faire quelques exercices pour ses biceps, pour muscler ses petits bras décharnés. Et il
pourrait aussi mettre un peu de chair autour de ses idées", a-t-il poursuivi.
John McCain, au contraire, "est bâti comme un roc. Son caractère et ses idées sont solides", a ajouté M.
Schwarzenegger, qui a reçu plus d'applaudissements et de cris d'enthousiasme de la foule que le candidat qu'il était venu soutenir.
M. McCain doit absolument l'emporter dans l'Ohio, où les sondages donnent quelques points d'avance à son adversaire,
s'il veut gagner la présidentielle du 4 novembre.
(Dépêche de l'Agence France Presse, 3 novembre 2008, 7h28)
Incorrigible Schwarzenegger... Il a toujours le sens de la formule... ;-) Son discours de soutien à McCain n'aura
finalement pas servi à grand-chose, puisque l'Etat de l'Ohio fait finalement partie (avec notamment la Floride et la Pennsylvanie) des Etats clefs emportés par Barack Obama le jour de
l'élection... Sale temps pour les républicains, mais, entre nous, on ne s'en plaindra pas, même si le démocrate Obama hérite, de toute façon, d'un pays plongé dans une situation économique
et sociale très difficile, et qu'il aura donc beaucoup de pain sur la planche...
Une partie de ma famille est franco-américaine et habite aux Etats-Unis d'Amérique, plus précisemment dans le Sud des
Etats du Nevada et de la Californie. Aussi me suis-je naturellement intéressé aux résultats de l'élection dans ces deux Etats de l'Ouest, tous les deux ayant été finalement emportés par Obama,
qui y a obtenu le soutien des grands électeurs (5 pour le Nevada et 55 pour la Californie). Lors des primaires du Parti démocrate, durant le premier semestre de l'année 2008, Hillary Clinton
avait obtenu le plus grand nombre de voix dans la primaire du Nevada avec 50,77% des voix contre 45,12% à Barack Obama, et, plus tard, elle avait gagné la primaire de la Californie contre Obama,
à l'occasion des élections du Super Tuesday du 5 février. Il semble que les voix démocrates, à l'origine majoritairement acquises par Hillary Clinton lors des primaires, se soient assez
facilement reportées sur le candidat démocrate finalement désigné pour représenter le parti dans la course à la Maison Blanche, à savoir Barack Obama. Le ralliement de la sénatrice Hillary
Clinton à la candidature d'Obama, ralliement officiellement annoncé le 7 juin dernier, le soutien loyal et sans ambiguïté qu'elle a apporté à son ancien adversaire des primaires démocrates par la
suite, et ses appels faits à ses partisans de soutenir Obama avec elle, ne sont sans doute pas étrangers à ce bon report des voix démocrates dans les Etats où la sénatrice Clinton était arrivé en
tête lors des primaires.
Du point de vue de l'élection présidentielle proprement dite, en ce qui concerne la Californie, point de surprise de
toute façon : les Californiens sont, dans leur majorité, un électorat depuis longtemps fidèle au camp démocrate. Certes, Arnold Schwarzenegger, le gouverneur républicain de Californie, est
toujours là, lui qui a réussi se faire réélire à son poste le 6 novembre 2006, alors que, le même jour, sur le plan national, le Parti républicain subissait pourtant une très grande défaite face
au Parti démocrate, tant aux élections parlementaires nationales (visant à renouveler l'ensemble des sièges de la Chambre des représentants et un tiers du Sénat) qu'aux élections de gouverneurs
alors organisées dans 36 Etats. Mais depuis sa réélection, Schwarzenegger connait une baisse de popularité assez importante dans son Etat, lequel doit cette année faire face à de grandes
difficultés économiques et financières (la Californie souffre en 2008 d'un déficit budgétaire de plus de 15
milliards de dollars). De fait, Schwarzenegger a beau avoir annoncé son soutien au sénateur McCain dès le 31 janvier dernier (pendant les primaires républicaines), le poids de son
soutien, aujourd'hui, pèse moins sur le plan politique, semble-t-il, même si l'ancien acteur de films d'action reste tout de même apprécié dans les milieux républicains modérés. Et puis, du
reste, quand on sait que la propre épouse d'Arnold Schwarzenegger, Maria Shriver, qui est une nièce du défunt président démocrate John Fitzgerald Kennedy, a apporté son soutien à Barack Obama dès
l'époque des primaires démocrates, on se dit qu'il était tout de même difficile d'envisager que le gouverneur de Californie soit d'un très grand secours à McCain pour gagner en Californie, Etat
où la majorité des électeurs avaient déjà donné leurs suffrages au candidat démocrate John Kerry lors de l'élection présidentielle de 2004, alors que Schwarzenegger était déjà gouverneur de
l'Etat et que le scrutin, sur le plan national, a finalement abouti à la réélection du républicain W. Bush... ;-)
En ce qui concerne le Nevada, Etat voisin de la Californie, il n'y a pas vraiment eu de surprise, car la victoire d'Obama
dans cet Etat était annoncée comme possible, mais la victoire du candidat démocrate dans ledit Etat n'en est pas moins assez symbolique, quand on sait que le dernier candidat démocrate à avoir
ainsi emporté le Nevada est Bill Clinton, lors de sa réélection à la Maison Blanche, en 1996. De fait, le Nevada est un Etat traditionnellement dominé politiquement par le Parti républicain, à
l'exception notable de la région de Las Vegas, dans le Sud de l'Etat, qui, elle, est favorable au Parti démocrate (la ville de Las Vegas, proche de la Californie, est située à environ 430 km de
Los Angeles) : ainsi, Jim Gibbons, le gouverneur républicain de l'Etat, a été élu en novembre 2006 en rapportant tous les comtés du Nevada à l'exception de celui de Clark, où se trouve Las Vegas
et où son adversaire démocrate l'a devancé. Cette année, dans le cadre d'une élection cette fois-ci
nationale, le candidat démocrate Barack Obama a remporté le vote populaire dans le Nevada, obtenant ainsi l'appui de tous les grands électeurs de cet Etat : ce n'était pas évident au départ, mais
pas impossible non plus, puisque Clinton l'avait déjà réussi à le faire par le passé. En tout cas, maintenant c'est fait, et ce n'est pas une mauvaise chose. Dans cet Etat comme dans d'autres,
notamment la Virginie et la Floride, Obama a probablement su gagner des voix bien au-delà de son camp... Ainsi soit-il.
Barack Obama s'est sans doute fort bien entouré pour gagner, et il a su, mieux que personne, fabriquer des rêves pour
électeurs. Il a bénéficié du soutien loyal (à défaut d'être vraiment amical, tant la bataille des primaires démocrates a été dure) de la sénatrice Hillary Clinton et de l'époux de cette dernière,
l'ancien président démocrate Bill Clinton (dont je persiste à garder un bon souvenir, quoi qu'en disent certains). Il a su incarner, au bon moment, aux yeux de millions d'électeurs, le renouveau
du fameux "rêve américain". Il a su, habilement, transcender le clivage démocrate/républicain pour mieux incarner le "changement" tant espéré par tant de personnes. Très
bien.
Mais j'aimerai que l'on garde tout de même à l'esprit ce qui se cache derrière la belle façade médiatique, derrière le décor hollywoodien et la musique spectaculaire qui va avec, derrière les
belles images et les beaux discours d'union nationale. J'aimerai que l'on n'oublie pas comment les choses fonctionnent, comment elles ont toujours fonctionné aux Etats-Unis... On connait les
travers quasi-ancestraux du système électoral sur lequel s'appuit la vie politique américaine, système figé depuis des décennies, dans un pays où les cas de fraudes électorales (parfois dignes de
ceux que connaissait, par exemple, la France au XIXe siècle) sont nombreux. Mais de façon générale, au-delà de toutes les habituelles magouilles que l'on peut observer ici ou là, le principal
fait à retenir est que les élections politiques aux Etats-Unis d'Amérique se déroulent toujours de la même façon : là-bas, c'est l'argent qui parle. Sans prétendre remonter au-delà de la décennie
qui est encore actuellement la nôtre, celle des années 2000, on avait déjà pu constater ce fait, par exemple, au moment de la première élection, si particulière, du républicain Arnold
Schwarzenegger au poste de gouverneur de Californie en 2003, mais il est clair aujourd'hui que l'élection du président des Etats-Unis de 2008 est encore plus exemplaire de ce point de vue que
tous les autres grands scrutins politiques américains de ces dernières années : pour le dire de façon un peu crû, grâce à un gros tas de pognon, constitué de beaux dollars (600 millions !),
accumulé avant et durant la campagne électorale, et pour partie venu d'on-ne-sait-où, Barack Obama a pu se payer un des plus formidables matraquages médiatiques, en faveur de sa candidature, que
l'on ai pu voir depuis longtemps. Et cela s'est révélé payant. Le candidat démocrate ne pouvait espérer le concours d'une meilleure machine à gagner que celle dont il a bénéficié durant la
campagne électorale. S'il a pu susciter de l'espoir chez des millions de gens, c'est que Barack Obama a en eu les moyens, quels que soient, par ailleurs, ses talents d'orateur et son habileté
politique. Chacun le sait : en politique, l'argent est le nerf de la guerre, et pas seulement aux Etats-Unis bien entendu. Mais il n'y a qu'aux Etats-Unis d'Amérique, censée être la plus grande
démocratie du monde, que l'on peut constater toute l'importance de ce nerf, tout le caractère décisif que l'argent a dans une campagne électorale, qui plus est lorsque cette campagne se déroule
dans une fédération de 50 Etats s'étendant sur plus de 9 millions de km2 et peuplée de quelques 300 millions d'habitants. Là-bas, c'est l'argent qui parle : point de compréhension possible
de la vie politique américaine sans tenir compte de ce fait. Le reste, au fond, n'est que littérature, même si l'idéologie, l'histoire du pays, les "mythes fondateurs", le "rêve
américain", et bien entendu la religion, ont leur importance...
De fait, bien entendu, je pourrai me joindre au choeur médiatique qui, en ce moment, célèbre le lien historique entre la
victoire d'Obama et la gigantesque marche pour les droits civiques menée il y a plus de quarante ans par le pasteur baptiste noir Martin Luther King jusqu'à Washington, en 1963. Je pourrai vous
parler du parallèle, martelé par les médias de masse, entre le célèbre discours contre la ségrégation raciale de Martin Luther King, commençant par la célèbre formule "I have a dream"
(discours prononcé le 28 août 1963 et dont j'ai d'ailleurs un exemplaire imprimé chez moi), et l'arrivée prochaine de Barack Obama à la Maison Blanche, considérée par beaucoup de personnes aux
Etats-Unis comme l'aboutissement du fameux "rêve américain". Je pourrai, ainsi, jouer les historiens du dimanche et me joindre à la liesse générale de tous les bien-pensants de
l'Occident... mais je n'en ai pas envie, car tout le cirque politico-médiatique autour du résultat de l'élection présidentielle américaine de cette année ne suscite chez moi guère autre chose que
de la perplexité, compte tenu notamment de la qualité tout de même peu élevée de la campagne électorale (mais pouvait-il en être autrement ?)... Du reste, il est beaucoup trop tôt, même pour les
historiens du temps présent, pour tirer des conclusions définitivement enthousiastes sur ce qui vient de ce passer...
Dans la nuit du 21 au 22 octobre derniers, le cinéaste américain Oliver Stone, que j'ai déjà évoqué plus haut, a déclaré,
à la télévision française (il était alors l'invité d'une émission culturelle nocturne sur France 3 - "Ce soir ou jamais" -, aux côtés du réalisateur de documentaires William Karel et de
l'historien Philippe Roger), qu'à son avis, Barack Obama, s'il était élu, devrait agir très vite, s'il voulait vraiment apporter le changement. Oliver Stone lui donne 100 jours, comme pour
Franklin Delano Roosevelt en son temps, pour changer les choses de façon significatives, car au delà, Obama se retrouvera noyé dans le système, et toute réforme sérieuse deviendra impossible. Je
partage ce point de vue : de façon générale, il ne faut surtout pas surestimer les marges de manoeuvre du prochain président des Etats-Unis d'Amérique, et la seule chose que l'on puisse
éventuellement espérer c'est, en effet, que des changements significatifs surviennent peu de temps après l'arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche, au début de l'année prochaine, le nouveau
président des Etats-Unis devant prêter serment le 20 janvier 2009. Aussi, nous verrons bien comment les choses tourneront, mais ce qui est certain, c'est que Obama n'est évidemment pas le Messie,
contrairement à ce que semblent penser certains de ses partisans. En vérité, d'une manière ou d'une autre, Obama fera forcément des déçus, car, dans ce monde pourri, on ne peut pas ne pas
décevoir après avoir suscité autant de rêves dans la tête d'autant de personnes... So wait and see...
Cordialement, :-)
Hyarion.
(Illustrations : La Maison Blanche à Washington, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Karen Bleier ;
Courbe d'évolution des sondages nationaux aux Etats-Unis sur les intentions de vote pour les candidats à l'élection présidentielle Barack Obama et John McCain, photographie de l'Agence France
Presse, ©AFP/Infographie ; Barack Obama s'adresse à ses partisans le 4 novembre 2008 à Chicago, photographie
de l'Agence France Presse, ©AFP/Stan Honda ; Résultats par Etat en nombre de Grands électeurs pour chacun
des deux candidats Barack Obama et John McCain [totalisation des résultats de l'élection présidentielle américaine à partir des estimations diffusées par les
télévisions], 5 novembre 2008, ©AFP ; Le Capitole à Washington, photographie de l'Agence France Presse,
©AFP/Saul Loeb ; Bannière fantaisiste "Cthulhu for President 2008" du site Internet http://www.cthulhu.com/
; "CTHULHU FOR PRESIDENT", placard fantaisiste circulant sur Internet, 2008 ; Le président George W. Bush exprime son soutien au candidat républicain à la Maison Blanche John McCain via une
liaison vidéo par satellite avec la convention républicaine de St Paul [Minnesota], photographie de l'Agence France Presse publiée le 2 septembre 2008, ©AFP ; Le gouverneur républicain de
Californie Arnold Schwarzenegger et le candidat républicain John McCain [à droite] lors d'un meeting républicain à Colombus, dans l'Ohio (centre-est), le 31 octobre 2008, photographie de l'Agence
France Presse, ©AFP/Getty/Chip Somodevilla ; Le candidat républicain John McCain [à gauche] et le gouverneur républicain de Californie Arnold Schwarzenegger, à Colombus, Ohio (centre-est), le 31
octobre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Robyn Beck ; Hillary Clinton et Barack Obama le 20 octobre 2008 à Orlando en Floride, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Getty
Images/Joe Raedle ; Panneau d'entrée à Las Vegas, dans le Nevada, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Gabriel Bouys ; Barack Obama et Bill Clinton le 29 octobre 2008 à Kissimmee
en Floride, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Emmanuel Dunand ; Des billets de 100 dollars américains, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Bay Ismoyo ; Martin Luther King le
28 août 1963 à Washington, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives ; Barack Obama, le 20 octobre 2008 à Chicago, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Getty Images/Joe
Raedle)
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