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"Sarkozy, il faut lui marcher dessus. Pour deux raisons. Un, c'est la seule chose qu'il comprenne. Deux, ça porte chance." (Jacques Chirac)


(Jacques Chirac, par Kiro)

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Vendredi 25 avril 2008 5 25 /04 /2008 07:32
Un an après le premier tour de l'élection présidentielle, rien ne va plus pour Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, englué dans l'impopularité et la pagaille générale qui n'a guère tardé à s'emparer de son gouvernement et de sa majorité parlementaire. L'actuel chef de l'Etat s'efforce néanmoins désormais de donner l'impression qu'il a les épaules assez larges pour le costume de président de la République, et que le patron incontesté au sommet de l'Etat, c'est lui... mais sans vraiment convaincre, loin s'en faut...

Après une série de "couacs", Sarkozy recadre les ministres


Après une série de couacs qui ont mis à mal la cohésion gouvernementale, Nicolas Sarkozy a fermement recadré mercredi [16 avril] ses ministres en les rappelant à leur devoir de "solidarité" et confié leur communication à un spécialiste, Thierry Saussez, un de ses proches.
Tibet, OGM, carte "famille nombreuse": sur ces trois sujets sensibles, des ministres ont donné le sentiment de tirer chacun de leur côté au cours de la semaine écoulée.
Aussi M. Sarkozy a-t-il tenu mercredi, au terme du Conseil des ministres, à lancer une sévère mise en garde au gouvernement, même s'il n'a "cité aucun nom". "La prochaine fois, c'est la porte", a lancé le chef de l'Etat, dont les propos ont été rapportés à l'AFP par plusieurs ministres.
"Le président était très calme. Mais on sentait qu'il en avait discuté avec le Premier ministre" François Fillon et que pour eux, c'en était "fini d'être gentils", a expliqué l'un des participants.
"Il n'y aura pas de nouvel exemple" de couac "sans sanction" et "celui ou celle qui manque à la solidarité gouvernementale devra sortir", a ajouté le président, selon la même source.
"C'est la dernière fois que j'accepte cela. François et moi estimons que ça suffit ! Je ne supporte plus que certains se fassent leur cote au détriment de l'équipe. On accepte les arbitrages et si on n'est pas content, on quitte le gouvernement", a également affirmé le président, cité par un autre ministre.
Selon ces deux ministres, Nicolas Sarkozy a notamment visé Nathalie Kosciusko-Morizet, "même si elle n'était pas la seule".
Dans un entretien au Monde, la secrétaire d'Etat à l'Ecologie avait accusé il y a une semaine son ministre de tutelle Jean-Louis Borloo d'avoir ouvert "un concours de lâcheté et d'inélégance" avec Jean-François Copé, le chef des députés UMP, autour du texte sur les OGM.
A la demande du Premier ministre François Fillon, qui l'avait punie en l'empêchant de l'accompagner au Japon, Mme Kosciusko-Morizet avait présenté ses excuses à MM. Borloo et Copé. Sa nomination au poste de secrétaire générale adjointe de l'UMP avait néanmoins été confirmée à l'unanimité.
Deux autres incidents ont convaincu le chef de l'Etat de la nécessité de taper du poing sur la table : les hésitations autour de la carte famille nombreuse de la SNCF, dont la suppression a été évoquée avant d'être maintenue, et l'éventuel boycott de la cérémonie d'ouvertures des JO de Pékin.
La secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme Rama Yade avait déclaré, toujours au Monde, que M. Sarkozy mettait plusieurs "conditions" à sa participation à la cérémonie d'ouverture des JO le 8 août. Son ministre de tutelle Bernard Kouchner l'avait immédiatement démentie.
"Quand vous parlez au Monde, même en off, je ne peux pas croire que vous le fassiez sans vous en rendre en compte", a insisté le chef de l'Etat, sans s'adresser à quiconque en particulier, selon les mêmes sources.
Dans un langage plus édulcoré, Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, a affirmé devant la presse que M. Sarkozy avait "appelé tous les membres de son gouvernement à la loyauté, à la solidarité et à la nécessité d'avoir une équipe soudée autour de lui et du Premier ministre".
Pour tenter de mettre un terme à la "cacophonie" gouvernementale, un vocable employé jusque dans les rangs de la majorité, le couple exécutif a nommé mercredi comme délégué interministériel à la communication Thierry Saussez, un proche de M. Sarkozy, qui sera également responsable du Service d'information du gouvernement (SIG).


(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 16 avril 2008, 18h15)

"Une semaine terrible. La plus bordélique depuis mon élection" : c'est ainsi que Sarkozy de Nagy-Bocsa a qualifié la semaine du 7 au 13 avril dernier, devant ses conseillers, le lundi 14 avril (cf. Le Canard Enchaîné N°4564, 16 avril 2008). D'où le "recadrage" du mercredi suivant, lors du Conseil des ministres. Et en effet, depuis plusieurs semaines en fait, on ne peut que le constater : c'est la pagaille la plus complète, aussi bien au gouvernement qu'au sein de la majorité UMP au Parlement. Cette pagaille rend d'ailleurs d'autant plus illisibles les "réformes"  qui sont censées être faites, et le travail qui est censé être effectué, en général, par les ministres, les sous-ministres (secrétaires d'Etat), les députés et les sénateurs. Prenons un exemple : celui du projet de loi sur les OGM.


A la suite du fameux Grenelle de l'environnement, dont j'avais eu l'occasion de parler en octobre dernier (voir l'article intitulé "Grenelle de l'Environnement : beaucoup de bruit pour pas grand-chose ?"), ce projet de loi sur la culture des organismes génétiquement modifiés (OGM) était très attendu. Il s'agissait, en effet, rappelons-le, de proposer au Parlement, dès le début de cette année, une loi réglementant les OGM, censée trancher la question des essais en plein champ pour la recherche, et censée reprendre la proposition de création d'une Haute autorité indépendante, ainsi que le principe de responsabilité, de transparence - les communes et les départements devant être informés sur la présence d'OGM sur leur territoire - et de précaution. Aujourd'hui, je serais, personnellement, bien en peine de vous exposer clairement la situation dans laquelle se trouve ce projet, et, surtout, ce qu'il contient. Ce dernier a bien été présenté au Parlement, mais son examen s'est apparemment vite transformé en course de lenteur, dans une ambiance très tendue, tant le sujet est, encore aujourd'hui, extrêmement sensible. Les groupes de pression n'ont pas manqués de venir participer aux "réjouissances" parlementaires : les uns, opposés aux OGM, étaient présents dans les tribunes du public de l'Assemblée Nationale lors de la discution du projet de loi - ce fut notamment le cas de José Bové -, et les autres, favorables aux OGM et représentant les intérêts des fabriquants de semences - Monsanto, Limagrain, etc. -, faisaient tout ce qui leur était possible de faire, dans les coulisses, pour influencer les députés... Dans ce contexte, l'ambiance était, parait-il, particulièrement électrique. Entre "principes généraux" de l'utilisation des organismes génétiquement modifiés, création du "Haut conseil des biotechnologies", "transparence", "coexistence" des cultures et autre "délit de fauchage", les dispositions de ce projet de loi très controversé, ont été l'objet d'un débat, aussi agité que confus, entre parlementaires, lequel débat a, du reste, engendré une vive mésentente au sein de la majorité UMP et du gouvernement Fillon, ainsi que le Canard Enchaîné s'en est fait l'écho ce mois-ci :


"OGM : la grosse gêne de l'UMP

Le débat sur les OGM, qui devait s'achever, le 8 avril, à l'Assemblée, a offert un drôle de spectacle. Retour en trois actes sur un projet qui a fauché sur pied la bonne humeur de la famille UMP.

    ACTE I. Mardi 1er avril. En préambule à la discussion du projet de loi sur les OGM à l'Assemblée, Jean-François Le Grand, sénateur UMP de la Manche, tire à vue sur ses collègues : "Certains ont fait main basse sur l'UMP afin de défendre des intérêts mercantiles, ripolinés pour les rendre sympathiques (...). La force de frappe de Monsanto et des autres semenciers est phénoménale", dit-il dans une interview au "Monde". Se sentant agressé, Bernard Accoyer, le président du Palais-Bourbon, fait donner le lendemain le bureau de l'Assemblée pour "protester à l'unanimité" contre les propos du sénateur. La gauche, pourtant présente au bureau, s'est laissé piéger. L'après-midi, le socialiste Arnaud Montebourg explique que le sénateur a tenu "des propos d'une telle force que certaines personnes mises en cause ont cru bon d'utiliser les institutions dont elles disposent pour les faire condamner". Et pan sur Accoyer ! François Grosdidier, député UMP de la Moselle, confie au "Canard" : "Les pro-OGM sont tentés par la chasse aux sorcières, il y a une manoeuvre pour décrédibiliser ceux qui émettent des réserves contre le projet de loi. Je n'ai jamais vu un tel procès en sorcellerie dans ma famille politique."

    ACTE II. Le matin de l'ouverture du débat, Jean-Louis Borloo prévient qu'il "préfère le texte initial" plutôt que celui voté en première lecture par les sénateurs en février. Problème, les derniers arbitrages rendus, lundi 31 mars, à Matignon par le directeur de cabinet de Fillon lui ont donné tort : l'Assemblée est priée d'en rester au texte du Sénat. Une partie des députés discutent quand-même. Ainsi, Louis Giscard d'Estaing [fils de Valéry] défend un amendement, mercredi soir 2 avril, pour préserver des OGM les "écosystèmes régionaux". A l'heure du vote, Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM), la secrétaire d'Etat, s'en remet à la "sagesse" de l'Assemblée. Mais, après une suspension de séance à 23 h 20, Giscard, cédant à "l'invitation amicale" du rapporteur du texte, retire son amendement. "Chamalières vacille !", ironise Montebourg.
    La gauche saute alors sur l'amendement Chassaigne (du nom du député communiste du Puy-de-Dôme), qui substitue aux "écosytèmes régionaux" de Giscard des "écosystèmes locaux". L'amendement est adopté avec les voix de l'opposition et celles de 5 députés de droite, dont 3 UMP. Une gifle pour Matignon, pour les pro-OGM et pour le ministre de l'Agriculture, Michel Barnier.
    Patrick Ollier, le président de la commission des Affaires économiques, est furibard contre Kosciusko-Morizet, qui ne s'est pas opposée à l'amendement Chassaigne. Jean-Paul Faugère, le directeur de cabinet de Fillon, est aussi "fou de rage", selon un député. La tension est très forte. D'aucuns croient voir des larmes dans les yeux de la secrétaire d'Etat.



    ACTE III. Une réunion d'urgence est convoquée le lendemain matin à 9 h 30. Michel Barnier, Bernard Accoyer, le président de l'Assemblée, Jean-François Copé, le président du groupe UMP, et Patrick Ollier sont là pour instruire le procès des ministres de l'Ecologie. Kosciusko se voit (encore) reprocher sa bise [de janvier] à José Bové. "Ça fait partie des propos machistes que j'entends depuis que je suis entrée en politique", rétorque NKM.
    Les attaques contre la secrétaire d'Etat sont d'autant plus violentes que beaucoup ont besoin de faire oublier leurs propres turpitudes. Accoyer a évité de présider les séances, Copé ne tient pas toujours son groupe, Ollier a donné l'impression d'être à la solde des céréaliers, et Borloo a laissé faire le sale boulot à sa secrétaire d'Etat, se réfugiant à la buvette dès que ça tournait vinaigre. Lundi soir, Kosciusko a de nouveau dû subir un affront infligé par Patrick Ollier et son acolyte, Christian Jacob, ancien ministre de l'Agriculture chiraquien. Elle s'était dite "favorable" à un amendement de l'UMP Grosdidier visant à confier à son ministère et à celui de l'Agriculture la responsabilité de la fixation des distances de séparation entre cultures avec ou sans OGM. Elle a été mise en minorité par les députés de droite. Ambiance !
    Epilogue (provisoire). Borloo et sa secrétaire d'Etat ont un gros problème avec leur majorité, se supportent de moins en moins et sont de plus en plus inquiets pour l'avenir du projet de loi Grenelle. Les députés UMP ont la fibre très peu verte et, pour ne rien arranger, le calendrier parlementaire est déjà bourré jusqu'à l'été.
    Du côté de Monsanto, en revanche, tout baigne. Le bénéfice net de l'entreprise américaine a été rendu public, la semaine dernière : il atteint 1,129 milliard de dollars, en hausse de 107 % par rapport à l'exercice précédent."


(Le Canard Enchaîné N°4563, 9 avril 2008)

Le numéro suivant du Canard Enchaîné apporte une précision en ce qui concerne l'Acte II évoqué dans l'article du Canard du 9 avril, qui donne une idée de la valeur du pleutre Jean-Louis Borloo, désinvolte ministre de tutelle de Nathalie Kosciusko-Morizet :



    "Borloo solidaire
    Quelques minutes avant de s'en remettre à la "sagesse" de l'Assemblée sur l'amendement Giscard, NKM avait pris ses consignes auprès de Jean-Louis Borloo, son ministre de tutelle. Récit d'un conseiller, témoin de la scène dans l'hémicycle entre les deux ministres.
    "Que dit-on sur l'amendement Giscard ?
    - Tu dis sagesse, moi je vais pisser.
    - Mais tu viens d'y aller.
    - Je vais à la buvette prendre un verre de rosé.
    - Tu peux t'en faire servir dans une tasse de thé par un huissier."
    Pas convaincu, Borloo s'en est allé et n'est jamais revenu, ce soir-là, laissant NKM boire, seule, sa tasse (bio, évidemment)...


(Le Canard Enchaîné N°4564, 16 avril 2008)

Le feuilleton du projet de loi sur les OGM se poursuit dans ce numéro suivant du Canard, du 16 avril :


    "Borloo Janus
    Mercredi 9 avril. Après le Conseil des ministres se tient à l'Elysée une réunion des chefs de file de la majorité. C'est à ce moment-là que le ministre d'Etat et de l'Ecologie [Borloo] prend connaissance des propos de NKM reproduits par "Le Monde" : étrillée la veille, lors de la réunion hebdomadaire du groupe des députés UMP, elle riposte en dénonçant un "concours de lâcheté et d'inélégance" entre Jean-François Copé (président du groupe UMP) et Jean-Louis Borloo. Ni une ni deux, Borloo glisse une photocopie de l'article dans une enveloppe. Il y joint un mot manuscrit : "Tout cela n'est plus supportable. Il faut régler cette situation." L'enveloppe circule de main en main autour de la table. Elle est adressée à François Fillon. La réunion achevée, les deux hommes se concertent.
    Puis, devant témoins, le Premier ministre interpelle Sarko : "Kosciusko fout un bordel sans nom. C'est l'émeute au groupe. Si elle ne s'excuse pas publiquement, je ne peux pas la garder au gouvernement." Sarko répond qu'il le "comprend" et le "soutient".
    Fort de cet appui, Fillon passe un coup de fil incendiaire à la secrétaire d'Etat qui se termine par cette menace : "Que cela soit clair, tu présentes des excuses publiques ou tu gicles."
    NKM, qui ne veut pas démissionner, s'exécute un peu plus tard. Son communiqué d'excuses a été rédigé par Jean-Paul Faugère, le directeur de cabinet de Fillon, en personne. Pour une fois que le Premier ministre peut dicter sa loi...

    Fillon peu convaincant
    Mercredi 9, 14 h 30. Copé convoque exceptionnellement le groupe UMP, avant le vote solennel sur le projet de loi OGM. Fillon s'invite. La veille déjà, le Premier ministre a fait donner ses ministres devant les députés UMP, Michel Barnier, le ministre de l'Agriculture, a précisé que ce texte est "vital" pour l'avenir de nos campagnes ; Valérie Pécresse, ministre de la Recherche, a conclu : "Si on ne vote pas cette loi, la recherche agronomique française va s'effondrer."
    Fillon, ce mercredi 9, ajoute un argument massue : "Si vous ne votez pas pour le texte, votez pour le contexte, ne faites pas le jeu de la gauche."
    Résultat, près d'un élu UMP sur quatre n'a pas approuvé le projet de loi OGM. Dix députés ont voté contre et 31 se sont abstenus. C'est le texte "le plus mal voté" depuis 2002. Fillon aura, au moins, réussi ça.

    Borloo Janus (suite)
    Jeudi 10. Borloo refuse de dîner avec sa secrétaire d'Etat. Il se dit "trop meurtri" par sa tirade sur la lâcheté et l'inélégance.
    Samedi 12. Des sondages tombent, favorables à NKM. Borloo trouve urgent de se rabibocher. Après l'avoir harcelée par téléphone, il finit par rencontrer sa secrétaire d'Etat trois heures. Il cherche à obtenir de sa rivale qu'elle fasse savoir que seul Copé était visé par sa sortie sur la lâcheté. "Je ne veux pas être mêlé à tout cela".
    C'est réussi !

    Carton rouge pour Fillon
    Lundi 14. A propos de NKM, Sarko lance devant ses troupes : "Elle a eu tort de dire ce qu'elle a dit. Elle a raison de penser ce qu'elle pense."
    Il trouve que Fillon s'est trop acharné contre la secrétaire d'Etat à l'Ecologie. Le Premier ministre ne s'est pas contenté, on le sait, de la sommer de s'excuser, il l'a aussi privée de banc à l'Assemblée, interdite de voyage en sa compagnie au Japon, priée de ne plus aborder en public le projet sur les OGM et pressée de s'excuser une deuxième fois devant les caméras et devant le bureau politique de l'UMP, le 9 avril au soir.
    Résultat, Sarko a téléphoné à NKM un peu avant la réunion pour lui dire qu'il n'avait pas cédé à ceux qui demandaient sa tête. "Le Président ne souhaite pas qu'on l'affaiblisse", précisait l'un de ses conseillers. La réaction emphatique de Copé - "Mon coeur saigne", a-t-il dit publiquement - a irrité l'Elysée, ainsi que l'attitude de Borloo (Ecologie, mais aussi Transports) : "Il est complètement à l'ouest. Les deux problèmes de la semaine, les OGM et la carte famille nombreuse, sont venus de chez lui."
    Sans parler de l'élimination de la France en Coupe Davis de tennis, où il a sans doute quelque chose à se reprocher..."

(Le Canard Enchaîné N°4564, 16 avril 2008)

A propos des critiques de Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM) adressées au lamentable Borloo et au détestable Copé, on pourrait se poser, au passage, la question suivante : si NKM pense qu'elle est entouré de lâches et d'"inélégants" - terme poli pour dire "fumiers" -, que fait-elle au sein de cette majorité au pouvoir, et qu'y font les lâches et les "inélégants" en question ? Mais il est vrai que le flot médiatique est si puissant que l'on finit par oublier de répondre à cette interrogation, pourtant intéressante, par ailleurs, car elle renvoie, en fait, aux ambitions personnelles des protagonistes de cette histoire... Gageons que si personne n'a démissionné à la suite de cette affaire, c'est que chacun tient beaucoup à la position qu'il occupe en ce moment, tout en lorgnant vers des postes plus élevés, et qu'il est donc, bien évidemment, hors de question d'abandonner maintenant le terrain conquis...
En guise d'épilogue au feuilleton, le gouvernement Fillon et la majorité parlementaire UMP a eu droit à un ultime arbitrage de la part de l'actuel chef de l'Etat :


    "Sarko conformiste
    "Vote conforme", a tranché Sarko. Le Président a réuni, lundi après-midi [14 avril] et mardi matin [15 avril], à l'Elysée les ministres et parlementaires spécialistes du projet de loi OGM, à la veille de l'ouverture du débat en deuxième lecture au Sénat. Pas question, donc, a-t-il décidé, de revenir sur l'amendement Chassaigne, à l'origine de la grogne des députés UMP contre la secrétaire d'Etat à l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet [qui ne s'est pas opposé à son adoption]. Pour la galerie, un sous-amendement précisera la nature des produits sans OGM concernés. Ce qui ne changera pas grand-chose sur le fond.
    La décision présidentielle a ravi la sous-ministre mise au ban par Fillon, mais elle risque d'attiser encore les tensions au sein de la majorité. Tant le Premier ministre que le président du groupe UMP à l'Assemblée, Jean-François Copé, avaient expressément souhaité que l'amendement Chassaigne soit abandonné par le Sénat. Sarko les a désavoués et a donné raison à NKM, elle-même applaudie par 8 sondés sur 10, selon l'Ifop pour "Le Journal du dimanche".
    Entre Fillon et l'opinion, Sarko a vite choisi son camp !"

(Le Canard Enchaîné N°4564, 16 avril 2008)

Cet arbitrage, on le sait, n'a cependant pas empêché Sarkozy de réprimander publiquement, dans la foulée, Nathalie Kosciusko-Morizet, lors du Conseil des ministres du 16 avril :


       "La leçon faite à Nathalie
    Particulièrement visée par l'algarade présidentielle, au cours de ce Conseil des ministres [du 16 avril] : Nathalie Kosciusko-Morizet.
    "Ce n'est pas parce qu'un secrétaire d'Etat tape sur son ministre de tutelle que cela le fera devenir ministre" a lancé Sarkozy. Qui pour bien se faire comprendre a appuyé sa tirade d'un "hein, Jean-Louis ?", clin d'oeil appuyé à Jean-Louis Borloo, traité huit jours plus tôt de "lâche" et d'"inélégant" par NKM, sa secrétaire d'Etat.
    Laquelle NKM a baissé les yeux, et fait mine de continuer à écrire son courrier.
    Quand on est soutenu par 78 % des Français, on ne baisse pas les yeux !"

(Le Canard Enchaîné N°4565, 23 avril 2008)

Finalement, le Sénat a adopté en deuxième lecture avec un seul amendement, dans la nuit du mercredi 16 au jeudi 17 avril, le texte sur les OGM, la gauche socialiste et communiste ayant quitté l'hémicycle pour protester contre la volonté du gouvernement d'obtenir un vote conforme à celui des députés, sauf sur l'article 1er, faisant l'objet de l'amendement Chassaigne, lequel a été, en définitive, corrigé par les sénateurs - à l'initiative du rapporteur UMP Jean Bizet, soutenu par Borloo - et, semble-t-il, vidé de sa substance selon l'opposition. Avec le départ des sénateurs socialistes et communistes, tous les autres articles du texte ont été définitivement adoptés sans modification par le Parlement, et seul l'article 1er, ainsi corrigé, était censé, par la suite, revenir devant les députés pour une dernière lecture. Résultat de tout cela : un texte de loi qui, apparemment, semble bien loin, selon certains, de tenir les promesses du Grenelle de l'environnement au sujet de la règlementation des OGM, et un débat qui aura été, finalement, parfaitement inaudible et plus ou moins masqué par la cacophonie gouvernementale. Sur le fond, comprenne qui pourra...


A en croire Jean-Michel Thénard, dans le Canard de cette semaine (N°4565, 23 avril 2008), les députés UMP ont eu à coeur de reprendre "à leur compte certaines "propositions" des fabricants de semences. Mais sans l'avouer." Quant au Grenelle de l'environnement dans son ensemble, on commence, maintenant, à crier à l'anarque : mise à part, peut-être, la pastille verte pour l'achat d'un véhicule à faibles émissions polluantes, il est vrai que, pour le moment, aucune des propositions ne semble s'être concrétisée, et que celles qui sont peut-être sur le point d'aboutir semblent bien loin de l'être de façon satisfaisante, en particulier en ce qui concerne les OGM... Personnellement, je ne suis pas surpris, même si je manque d'éléments pour apprécier la situation en profondeur...

Mais à part cela, tout va très bien... car ce qui est le plus important, apparemment, c'est que Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa donne l'impression d'être maître du jeu, même si ce n'est pas le cas... On a encore eu l'occasion de vérifier cela lors de l'intervention télévisée de l'actuel chef de l'Etat, hier soir, jeudi 24 avril.


Malgré "déception" et "erreurs", Sarkozy veut tenir le cap de la "réforme"

Tout en reconnaissant la "déception" des Français et ses propres "erreurs", Nicolas Sarkozy a affiché sa volonté de tenir le cap de la "réforme", jeudi soir à la télévision, face à une majorité mécontente, des sondages en berne et une situation économique dégradée.

Un an après son élection, au cours de l'émission "En direct de l'Elysée" (TF1 et France 2), le chef de l'Etat a fait amende honorable sur plusieurs sujets: "erreur de communication totale" sur le paquet fiscal, "erreur" aussi sur la carte famille nombreuse, "erreur" encore de ne pas avoir sanctionné les "couacs" de ses ministres ("cela ne se reproduira pas"). Il a également admis "une part de responsabilité" dans l'exposition de sa vie privée.

"Qu'il y ait de la déception", "des attentes", "des problèmes", "des difficultés, non seulement je le sais, je l'entends, mais je m'y étais préparé", a-t-il assuré, assis derrière une table au design moderne, dans la salle des fêtes du palais présidentiel transformée en studio.

La vie des Français ne s'est "pas assez" améliorée en un an, a-t-il reconnu.

Toutefois, si le "choc de confiance" promis n'a pas été au rendez-vous, c'est que "la France a eu à faire face à un quadruple choc", a expliqué M. Sarkozy: renchérissement du pétrole, crise des "subprimes", flambée de l'euro et des matières premières.

Pour autant, pas question de ralentir. "On a un contexte international difficile, raison de plus pour accélérer les réformes", a-t-il martelé, réfutant les critiques, formulées jusque dans son camp, sur le rythme des chantiers engagés. "J'ai lancé 55 réformes, parce que tout se tient".

Sans annonce retentissante, il a défendu ses réformes, comme la défiscalisation des "heures sup". "
Ça marche !"

Pour le pouvoir d'achat, préoccupation majeure des Français, le président a regretté que les prix aient "davantage augmenté en France" que dans la plupart des autres pays d'Europe. Un texte destiné à les faire baisser dans les grandes surfaces sera présenté en juin.

En outre, François Fillon - "un bon Premier ministre" avec lequel il "travaille main dans la main" - déposera un texte "dans les 15 jours" sur l'intéressement.

Un salarié sera "obligé d'accepter un emploi représentant 95% de son salaire au bout de trois mois de chômage".

Quant au Revenu de solidarité active (RSA), il sera généralisé "l'année prochaine", mais "en en maîtrisant les coûts", pour "1 ou 1,5 milliard d'euros".

Le déficit public, qui inquiète la Commission européenne, sera "réduit" à l'horizon 2012, grâce au non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, a promis M. Sarkozy.

En pleine controverse sur les salariés sans papiers, il a exclu toute "régularisation globale", qui conduirait "à la catastrophe". Favorable "à titre intellectuel" au vote aux élections locales des non-Européens en France depuis 10 ans "sur la base de la réciprocité", il juge qu'il n'y a "pas de majorité" pour cette mesure.

Fermeté sur les retraites, avec la confirmation du passage à 41 ans de cotisations, et fermeté aussi sur l'école: "je maintiens les réformes qui permettront les réductions de postes", à l'origine de manifestations lycéennes, a-t-il dit sans s'engager sur les chiffres.

En matière de politique étrangère, le chef de l'Etat dit avoir été "choqué par ce qui s'est passé au Tibet". Mais Paris "essaie de créer les conditions d'un dialogue entre le dalaï lama et les autorités chinoises".

Pour M. Sarkozy, cette émission faisait figure d'oral de rattrapage, après trois mois de sondages calamiteux. A peine plus d'un Français sur quatre estime que son action va "plutôt dans le bon sens" (CSA).

"Le cap du changement est bien tenu", s'est aussitôt félicité François Fillon.

A l'inverse, Julien Dray (PS) a regretté que "l'inquiétude et la colère" des Français n'aient pas été "levées". "Inquiétudes confortées" aussi pour la CGT.


(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 24 avril 2008, 23h16)

Pas de surprise avec ce nouvel épisode télévisé du Sarko-show, qui a duré plus d'une heure et demi : des réponses convenues, à des questions convenues, posées par des journalistes convenus... Sur la forme, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa a fait son travail de communication, habilement, comme d'habitude, sans se laisser démonter par le petit jeu des cinq journalistes qui lui faisaient face, et qui s'amusaient, de temps en temps, à lui couper la parole. Sur le fond, Sarkozy a été égal à lui même... "Je suis là pour assumer avec un minimum de courage ce qui aurait dû être fait avant et qui n'a pas été fait", a-t-il affirmé aux journalistes, hier soir : toujours cette manie d'en faire trop en survalorisant son rôle... mais, que voulez-vous, on ne se refait pas. Comme l'évoque la dépêche de l'Agence France Presse que je viens de citer, beaucoup de sujets ont été abordés lors de cette intervention télévisée. "S'agissant de la culture OGM en plein champ, mon devoir est de prendre des précautions", "beaucoup de précautions", a-t-il notamment déclaré, répétant être "favorable à la recherche sur les OGM dont on a besoin", et estimant qu'en ce qui concerne la loi sur les cultures d'OGM, le texte présenté par le gouvernement était "équilibré".
Pour le reste, sur un plan plus général, on aura surtout remarqué que Nicolas Sarkozy a enfin reconnu publiquement avoir fait des "erreurs", et c'est heureux ! Mais de Sarkozy de Nagy-Bocsa, il sera encore bien assez question dans d'autres articles à venir. Aussi, pour le moment, m'arrêterai-je là.

Amicalement, :-)

Hyarion.


(Illustrations : Nicolas Sarkozy, le 8 avril 2008 à Cahors, photographie de l'Agence France Presse, ©Eric Feferberg/AFP/Archives ; Un champ de maïs transgénique, le 4 août 2007 à Paillet, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Jean-Pierre Muller ; L'Assemblée Nationale, le 31 juillet 2007, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Pierre Verdy ; La secrétaire d'Etat à l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet s'exprimant, le 3 avril 2008 à l'Assemblée Nationale à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©Francois Guillot/AFP/Archives ; Jean-Louis Borloo, ministre de l'Ecologie, et Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'Etat à l'Ecologie, au lancement de la deuxième phase du Grenelle de l'Environnement le 27 septembre 2007, photographie de l'agence de presse Reuters, ©Reuters/Benoit Tessier ; L'hémicycle du Sénat, le 11 octobre 2007 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Bertrand Guay ; "Le rêve des farouches partisans des OGM" : José Bové étranglé par un homme de main des semanciers, dans les tribunes du public de l'Assemblée Natonale, pendant la discussion du projet de loi sur la culture des OGM, caricature de Cabu, publiée in Le Canard Enchaîné N°4565, 23 avril 2008 ; Nicolas Sarkozy lors de son interview télévisée, le 24 avril 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©Eric Feferberg/AFP)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 2 (2008-2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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