Jeudi 13 mars 2008
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Hier, 12 mars 2008, j'ai envoyé au siège du MoDem à Paris, un lettre informant que j'étais, à
compter de ce jour, démissionnaire de la qualité d’adhérent du Mouvement Démocrate qui était la mienne depuis le 31 mai 2007 au sein de ce parti. J'ai renvoyé ma carte d'adhérent à cette
occasion. Dans la foulée, j'ai également démissionné de ma qualité de membre de l'association des Jeunes Démocrates - le mouvement des jeunes adhérents du MoDem... âgés de moins de 32 ans... J'ai
également pris la peine de démissionner aussi de ma qualité de membre du Conseil National des Jeunes Démocrates issu du mouvement fédéral départemental des Jeunes Démocrates de Haute-Garonne,
qualité qui était la mienne depuis le 25 janvier 2008, et que le nouveau président des Jeunes Démocrates de Haute-Garonne, Alexandre Labarthe, dit "Lex", avait eu la
gentillesse de me proposer à l'occasion de l'Assemblée générale des jeunes de la fédération haute-garonnaise qui, ce jour-là, à Toulouse, l'avait élu à son poste de président.
Cette décision de démisionner du MoDem, qui n'a pas forcément été très facile à prendre, a été motivé par plusieurs raisons, que je vais
essayer de développer ici...
Le 25 avril 2007, dans une conférence de presse tenue entre les deux tours de l'élection présidentielle, François Bayrou avait annoncé la
création d'un Parti Démocrate - il ne s'appelait pas encore Mouvement Démocrate alors - avant le mois de juin, et que ce nouveau parti, tout à fait indépendant de la droite UMP sarkozyste, serait
libre, central, et ouvert notamment au centre-gauche. Le 8 mai, après l'élection de Sarkozy de Nagy-Bocsa à la plus haute charge de l'Etat, j'ai pré-adhéré à ce nouveau parti du centre, en
espérant avoir affaire à un parti central, et non centriste, représentant, enfin, une possibilité d'ouverture politique pour la jeunesse de ce pays, et une véritable alternative politique,
libérée des carcans idéologiques, opposée à la confiscation du pouvoir par Sarkozy de Nagy-Bocsa, et oeuvrant pour le changement des pratiques politiques en France. Le 31 mai, j'ai confirmé mon
adhésion au Mouvement Démocrate. Ce n'était pas une adhésion à l'UDF, parti de centre-droit, fortement lié au souvenir de Valéry Giscard d'Estaing, et qui, pour moi, appartient à la droite. J'ai
d'ailleurs bien précisé, à l'occasion de mon adhésion au MoDem, les motivations de mon engagement, à savoir que je n'abandonnerai pas le terrain de la politique tant que Nicolas Sarkozy de
Nagy-Bocsa resterait au pouvoir, et je resterai toujours opposé à la droite qui le soutient et qu'il représente. C'était alors un engagement ferme de ma part, et cela l'est d'ailleurs toujours
aujourd'hui. En septembre 2007 a eu lieu un Forum des Démocrates, sorte d'université d'été du nouveau parti - c'est à cette époque-là que j'ai reçu ma carte d'adhérent -, puis, au début du mois
de décembre dernier, a eu lieu le Congrès de Villepinte, à l'occasion duquel le Mouvement Démocrate a été fondé, ses statuts adoptés et son président, François Bayrou, officiellement élu. J'ai
assisté à ces évènements. Après la clôture du Congrès fondateur, j'avais écrit : "on verra bien de quoi l'avenir sera fait pour le MoDem... Pour ma part, je suivrai le pari politique
qu'il représente, aussi longtemps qu'il le méritera." Aujourd'hui, environ trois mois après, force est de constater que les conditions ne sont plus réunis pour que mon engagement politique
soit lié au MoDem, si tant est qu'elles aient jamais été réunis...
Durant les mois qui ont suivis mon adhésion au MoDem, je n'ai cessé de ressentir un malaise de plus en plus important vis-à-vis de mes
convictions politiques. Je n'ai jamais voté pour François Bayrou, et pourtant je ne voyais partout que des gens faisant référence à la "dynamique" né avec la candidature dudit Bayrou à
l'élection présidentielle et à son score du premier tour, le 22 avril dernier. Lors du premier tour des élections législatives de juin 2007, voulant soutenir la démarche d'indépendance du nouveau
parti auquel je venais d'adhérer, je me suis résigné à voter, dans la première circonscription de l'Aveyron, pour une candidate qui, certes, savait fort bien réciter son catéchisme démocrate - en
prétendant se situer au delà des clivages traditionnels -, mais que je savais néanmoins être de droite et viscéralement hostile aux "idées de la gauche" qui, selon elle, ne seraient, de
toute façon, plus "dans l'air du temps". Bien vite, alors que cette candidate, éliminé dès le premier tour, espérait officieusement un report de ses voix vers la droite, j'ai tout
naturellement voté socialiste au deuxième tour, sans hésiter une seule seconde. Déjà, à l'époque, je me rendais bien compte que l'entente entre les membres du MoDem risquait d'être difficile à
long terme, face aux rendez-vous politiques décisifs que sont les élections, tant la stratégie politique choisie par Bayrou dès l'origine - celle d'un engagement aléatoire entre la gauche et la
droite -, ne pouvait satisfaire tout le monde...
Rappelons un fait essentiel, en ce qui me concerne : en tant que citoyen électeur - ce n'est pas un secret - je viens de la gauche. En dehors
du cas particulier des référendums, et de ce premier tour des dernières législatives, j'ai toujours voté à gauche. C'est, d'ailleurs, toujours le cas aujourd'hui, à l'occasion des élections
municipales et cantonales, sur lesquelles j'aurais l'occasion de consacrer un article après le second tour de dimanche prochain, 16 mars. Or, depuis mon adhésion au MoDem, j'ai toujours eu
l'impression de ne représenter qu'une infime minorité venue de la gauche, au sein d'un parti qui semble être finalement resté un parti de centre-droit. Le fait est que ce parti est mené par un
homme - François Bayrou - incapable de penser à autre chose qu'à la mission qui lui aurait été confié (par Dieu ?) de devenir un jour président de la République, et surtout, incapable de renoncer
aux liens politiques qui ont toujours été les siens avec la droite. En fait, pour être tout-à-fait franc, il me semble que, en venant à la rencontre des démocrates, j'ai fait des efforts pour
faire preuve d'ouverture d'esprit et pour aller au-delà des clivages idéologiques, mais que, finalement, j'ai toujours eu l'impression que la démarche se faisait à sens unique : j'ai été bien
accueilli, certes, mais je n'ai trouvé finalement, au MoDem, que des personnes essentiellement orienté dans un seul sens, celui d'une négation - souvent hypocrite - du clivage gauche-droite, d'un
attachement assez exclusif aux idées du seul centre-droit, et d'une activité politique se résumant à donner plus ou moins raison, de facto, à Bayrou et à son aventure personnelle. Au sein du
Mouvement Démocrate, j'ai trouvé, bien entendu, de nombreux adhérents qui, de façon sincère et exemplaire, ont pris en main, du mieux qu'ils ont pû, le destin de leur parti en s'efforçant de
faire vivre la démocratie en son sein dès le début et en s'efforçant de contribuer à doter leur Mouvement de bases solides. Mais cela n'a pas été suffisant, à mes yeux, pour compenser les défauts
de ce parti, en particulier son positionnement et sa stratégie électorale, tout deux finalement très ambiguës, et surtout, de facto, beaucoup trop opportunistes à mon goût, voire, in
fine, beaucoup trop orientés à droite...
J'aurais l'occasion de revenir plus tard, de façon générale, sur les élections municipales et cantonales qui se termineront dimanche prochain,
mais j'aimerai tout-de-même dire quelques mots ici au sujet de la position du MoDem, dont l'attitude lors de ces élections constitue la goûte d'eau qui a fait déborder le vase, et qui m'a
définitivement poussé à la démission. Le MoDem, ces jours derniers, entre les deux tours des élections, a été, comme c'était prévisible, courtisé aussi bien par la droite que la gauche, se
trouvant ainsi souvent au centre des négociations. Cela a été une occasion pour François Bayrou de réaffirmer sa stratégie désormais bien connue : pas d'alliance avec quiconque au niveau
national, mais des accords au cas par cas au nom de l'"affirmation d'une indépendance". Dès lors, le MoDem n'a pu que proposer le spectacle tragi-comique d'un parti-girouette qui, sous
prétexte d'avoir affaire à des scrutins aux enjeux purement locaux - ce qui n'est pas faux, mais qui n'est entièrement vrai non plus -, a conclu des alliances, selon les circonstances, tantôt à
gauche, tantôt à droite, et trop souvent à droite à mon goût, que ce soit avec le maire UMP sortant Jean-Luc Moudenc à Toulouse - mis en ballotage au premier tour -, ou avec le maire UMP sortant
Alain Juppé à Bordeaux - réélu dès le premier tour avec le soutien personnel de Bayrou -, pour ne prendre que des exemples dans le Sud de la France... A Toulouse, j'ai constaté que le ralliement
du Mouvement Démocrate local à Moudenc a suscité, au sein du parti, une profonde division : une partie de la liste MoDem - menée par Jean-Luc Forget, tête de liste au premier tour - ayant choisi
de rejoindre le maire UMP sortant, tandis que 17 colistiers (sur 68) de ladite liste MoDem ont choisi, eux, d'exprimer très clairement "leur total désaccord pour tout rapprochement avec la
liste de Jean-Luc Moudenc", certains membres du MoDem ayant même appelé à voter pour le candidat de gauche Pierre Cohen - adversaire de Moudenc au second tour -, qui, pour sa part, a refusé
toute alliance, que ce soit avec la liste du MoDem ou avec les autres listes de gauche, éliminées au premier tour. Ce déchirement du MoDem toulousain illustre, hélas, assez bien la mésentente
désormais clairement affichée, au sein du parti, à laquelle je m'attendais depuis le mois de juin dernier...
Bien sûr, ailleurs, comme il y a eu des accords locaux avec la droite, il y a eu aussi des accords locaux entre le MoDem et la gauche de
gouvernement, comme par exemple à Marseille, où le chef de file local des démocrates, Jean-Luc Bennahmias (ex-Verts), a accepté la fusion de ses listes avec celles du socialiste Jean-Noël Guérini
pour tenter d'arracher la ville à l'UMP Jean-Claude Gaudin, mais apparemment, dans ce cas précis, François Bayrou s'est dit "fort mécontent" de cette alliance ainsi conclue entre les
démocrates et les socialistes marseillais :
"Plutôt que Guérini, j'aurais préféré qu'on se rallie à Gaudin en souvenir d'une vieille tendresse [sic]."
(François Bayrou, le 11 mars 2008, cité par Didier Hassoux et Jean-Michel Thénard, in Le Canard Enchaîné N°4559,
12 mars 2008)
Si c'est cela, "changer définitivement la politique française", comme l'avais annoncé Bayrou le 25 avril dernier, je crains de ne pas
être d'accord du tout. Plus les choses paraissent changer, et plus elles restent les mêmes. Cette "stratégie à géométrie politique variable" du MoDem, pour reprendre l'expression
qu'Alain Juppé a lui-même employé et qui a été reprise dans le journal Le Monde daté du 12 mars, je ne pouvais pas la cautionner, et dans la mesure où elle ne faisait que se rajouter au
malaise que je ressentais de plus en plus fortement ces dernières semaines en restant adhérent de ce parti - en marge d'autres problèmes plus personnels -, je n'avais pas d'autre choix que de
quitter le MoDem, et de donner ma démission, comme le prévoit l'article 4 des statuts du Mouvement démocrate (alinéas 5 à 7) : "L'appartenance au Mouvement Démocrate est exclusive de toute
adhésion à une autre formation politique au sens de l'Article 4 de la Constitution et de l'article 1 des présents statuts. Tout manquement à la présente disposition entraîne la radiation
automatique. / La qualité d’adhérent se perd par la démission, la radiation ou l'exclusion prononcées par le Comité de conciliation et de contrôle. / La radiation intervient pour tout
adhérent n’ayant pas renouvelé sa cotisation pendant au moins deux années consécutives. Elle devient effective si dans un délai de six mois, après notification à l'intéressé, celui-ci n’a pas
régularisé sa situation." J'aurais pu attendre de ne plus être à jour de cotisation, à partir du 31 mai prochain, mais attendre deux ans avant d'être radié ne me paraissait pas être très
honnête, et j'ai donc préféré en finir le plus rapidement possible en démissionnant, afin que l'on ne puisse pas me reprocher de ne pas avoir agit dans les formes, et avec le plus de franchise
possible.
Voila, c'est donc terminé. Pour moi, l'épisode MoDem aura duré moins de 10 mois, assez cependant pour que je constate que mes idées sont
toujours, majoritairement et avant tout, des idées de gauche, et que ma place n'est donc pas dans un parti qui prône le centre pour le plaisir d'être au centre. Le clivage gauche-droite structure
la vie politique française depuis 1789, et s'il peut sans doute être dépassé pendant une courte période, dans le cadre d'une Union Nationale pour effectuer les réformes dont le pays a besoin, il
ne peut pas être nié systématiquement, même au nom du changement des pratiques politiques. Les valeurs de la droite sarkozyste ne sont pas les miennes. Elle ne peuvent pas l'être. Si cela ne pose
aucun problème pour certains démocrates de venter les mérites d'Alain Juppé, de Jean-Luc Moudenc, ou de Jean-Claude Gaudin, c'est sans doute très bien pour eux, mais pour moi, cela pose un
problème, un vrai, même dans le cadre d'élections locales. Malgré toute ma volonté d'ouverture, et mon rejet de tout sectarisme, je persiste à penser que gauche et droite ne sont pas la même
chose. C'est ainsi.
Je remercie les camarades bloggeurs démocrates de m'avoir accueillis, sans préjugés, dans le même esprit avec lequel j'ai accepté d'aller à
leur rencontre. Aujourd'hui, nos routes se séparent, mais je ne regrette pas d'avoir ainsi rencontré des jeunes gens fort sympathiques, et que j'aime bien, mais sans que cela soit toutefois
suffisant, hélas, pour que je reste dans le même parti qu'eux. Je leur souhaite bonne chance, en particulier à Quitterie
Delmas et à Virginie Votier, qui sont des jeunes femmes courageuses, sincères, animées d'une profonde volonté de changement, et qui
auront fort à faire pour réduire l'influence, écrasante, d'une certaine conseillère sortante de Paris, éminence grise de Bayrou, au sein du MoDem parisien. Quitterie Delmas, je n'en doute pas,
fera parler d'elle dans les mois et les années qui viennent, et elle ira loin, j'en suis convaincu. J'ai été enchanté de la connaitre, de même que tous les camarades démocrates bloggeurs que j'ai
rencontrés, qui sont venus laisser des commentaires ici, et qui pourront, bien entendu continuer à le faire, s'ils le souhaitent... :-)
Pour ma part, je reprends ma route de barbu errant... Vais-je, à présent, succomber à la tentation du nihilisme cosmique, ou bien adhérer à un
autre parti ? La réponse à cette question viendra dans un prochain article...
Cordialement, :-)
Hyarion.
(Illustrations : Caricature de François Bayrou, par Kiro, publiée dans Les Jeux de l'actu et de l'été, Les dossiers du Canard Enchaîné N°104,
juillet 2007 ; Caricature de François Bayrou en Vache qui rit, par Kiro, publiée dans Le Canard Enchaîné N°4559, 12 mars 2008 ; Caricature de François Bayrou en girouette et de
François Fillon, par Cabu, publiée dans Le Canard Enchaîné N°4559, 12 mars 2008)
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