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"Sarkozy, il faut lui marcher dessus. Pour deux raisons. Un, c'est la seule chose qu'il comprenne. Deux, ça porte chance." (Jacques Chirac)


(Jacques Chirac, par Kiro)

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Dimanche 29 avril 2007
Dans un de mes précédents messages, intitulé "Sarkozy, Le Pen et l'extrême-droite : une longue histoire...", j'avais déjà signalé combien pour moi le fait de qualifier Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa de "fasciste" ou de "raciste" n'avait pas de sens, et était une perte de temps. La tentation, récurrente chez tant de personnes, de comparer le très ambitieux Sarkozy à Napoléon Ier, ou à Napoléon III, me parait tout aussi intempestive et, pour tout dire, assez ridicule...
Pour critiquer le candidat de l'UMP sur un ton satirique, je préfère le surnommer, par dérision, Talonnette Ier plutôt que Sarkoléon... et je me refuse à intégrer cette comparaison un peu trop facile, et trop attendue, de Sarkozy avec Napoléon dans le "Légendaire" anti-sarkozyste... Comme je l'ai déjà écrit en réponse à un commentaire envoyé sur ce blog,  le fait est que la dénonciation, quelque-peu anachronique, faite par certains journalistes et commentateurs divers, du "césarisme", ou du "bonapartisme", de Sarkozy me laisse dubitatif... Nicolas Sarkozy n'est certainement pas l'héritier de Jules César, ou d'Octave Auguste, ou de Napoléon Bonaparte, ou même de De Gaulle : il n'est simplement que Sarkozy, un misérable ambitieux, complexé et paranoïaque, nerveux et agressif, prisonnier de ses désirs, incapable d'avoir la volonté de vaincre ses propres démons, et qui n'a pas du tout la stature d'un homme d'État.
Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa n'a pas le génie militaire, ni le génie réformateur, de Napoléon Ier. Piquer une mairie à Pasqua - celle de Neuilly-sur-Seine, en 1983 - et un parti unique à Chirac - l'UMP, en 2004 -, cela ne fait pas de vous, loin s'en faut, un digne successeur de Napoléon Bonaparte, le vainqueur d'Austerlitz (2 décembre 1805) qui a promulgué le Code Civil (21 mars 1804). Sans parler des petits arrangements entre amis dont ont bénéficiés les affaires immobilières de Sarkozy dans sa bonne ville de Neuilly-sur-Seine, petits arrangements qui n'ont rien de glorieux : pour la filiation avec les grands bâtisseurs royaux et impériaux de Paris, il faudra repasser...
Et pourtant, les fantasmes collectifs ont la vie dure...
Le 28 novembre 2004, au congrès de l'UMP du Bourget, qui avait coûté entre 4,2 et 4,5 millions d'euros, Sarkozy de Nagy-Bocsa fut proclamé tout-puissant président du grand parti de la droite. Ce congrès ayant eu lieu quelques jours avant le bicentaire du sacre de Napoléon Ier à Paris (2 décembre 1804), les commentateurs ne purent s'empêcher de parler de "sacre" à propos dudit congrès du Bourget et même de "plébiscite" puisque Sarkozy a été élu par les militants de l'UMP avec 85,1 % des voix. Il était alors de bon ton de comparer ouvertement Sarkozy à Napoléon...
En ce qui me concerne, étant né un 2 décembre, j'ai des raisons personnelles pour ne pas avoir apprécié ce genre de comparaison... On ne mélange pas les torchons et les serviettes.
Le 14 janvier 2007, un autre congrès de l'UMP a eu lieu à Paris, cette fois-ci pour l'investiture du ministre Sarkozy de Nagy-Bocsa comme candidat à l'élection présidentielle, congrès devant avoir un coût supérieur à 3,5 millions d'euros, soit le quart du coût total de la campagne du parti. Sarkozy ayant été investi suite à un vote en sa faveur de 98,1 % des votants et un taux de participation de 69 % des adhérents, alors qu'il était le seul candidat à la candidature, on a parlé à nouveau de "sacre" et de "plébiscite".

"Sacre", "plébiscite"... Dans ce cas de figure, comme dans celui des mots "raciste", "fasciste" ou "dictateur", les gens passent leur temps à employer, de façon intempestive, des termes dont ils semblent ignorer la signification. Prendre le temps de leur expliquer, et de corriger ce qui devrait l'être, semble vain, tant les commentateurs sont coutumiers des abus de language, et ne paraissent être guère désireux de changer leurs mauvaises habitudes.
Les numéros de cirque de l'UMP n'ont rien à voir avec le sacre de Napoléon Ier. Quant au plébiscite, utilisé, il est vrai, par Napoléon Ier comme par Napoléon III, il n'est jamais que l'autre nom du référendum, et l'on pourra noter qu'en dehors des parodies de consultations internes de l'UMP, Sarkozy n'est pas forcément très favorable à la consultation référendaire dès lors que celle-ci concernerait véritablement le pays tout entier et déciderait d'une réforme, notamment institutionnelle. Sarkozy a ainsi déclaré vouloir négocier un nouveau traité constitutionnel européen, traité qu'il ferait ensuite adopter par la voie parlementaire et non par référendum. Ségolène Royal et François Bayrou ont chacun pour leur part bien précisé que s'ils souhaitaient eux-aussi la négociation d'un nouveau traité, ils s'engageaient à ce que ledit traité soit adopté par la voie référendaire. 54,68% des électeurs - dont j'ai fait partie - ont voté "non" au référendum du 29 mai 2005 sur le traité établissant une Constitution pour l'Europe. Ce traité était confus, presque illisible, et contenait des ambiguïtés potentiellement dangereuses, notamment en matière d'économie, de services publics, de laïcité et de diversité culturelle. Le fait qu'un nouveau traité constitutionnel européen de cette importance puisse être, même en étant amélioré par rapport au précédent, adopté par un vote du Parlement et non par référendum révèle le rapport à la fois lâche et méprisant qu'a Nicolas Sarkozy vis-à-vis de la souveraineté populaire : dans l'absolu, il ferait un piètre bonapartiste...

Et puis il y a aussi la comparaison de Sarkozy avec Napoléon III, et plus exactement avec le Napoléon III déformé et trainé dans la boue par l'écrivain Victor Hugo. Une fois de plus, on estime pertinent, dans ce cas-là, l'association d'un fantasme, ici politico-littéraire, à un politicien bien réel, dont le caractère dangereux est pourtant suffisemment spécifique pour être éloigné de toute référence historique de ce genre... Dans son blog François-Mitterrand-2007, celui qui se fait passer pour le défunt président socialiste a ainsi qualifié Sarkozy, dans un message du 27 avril, de "nouveau Napoléon le petit", en référence au pamphlet de Hugo consacré au président de la République Louis-Napoléon Bonaparte (1808-1873), neveu de Napoléon Ier, devenu empereur des Français sous le nom de Napoléon III. Il est toujours de bon ton, pour beaucoup trop de personnes bien-pensantes, de se présenter comme de gentils et vertueux républicains en se réclamant des pamphlets Napoléon le petit, Histoire d'un crime, du recueil de poèmes les Châtiments, de tous ces écrits haineux et outranciers que Victor Hugo a consacré à  son ennemi Napoléon III , qu'il a pourtant d'abord soutenu. Il est vrai que Napoléon III a eu le malheur, lorsqu’il était président de la République, en 1849, de refuser à l’écrivain un portefeuille ministériel. Pourtant, ainsi que l'a écrit Emile Zola, l’auteur de la série de romans des Rougon-Macquart, en 1895 : "le Napoléon III des Châtiments, c’est un croquemitaine sorti tout botté et tout éperonné de l’imagination de Victor Hugo. Rien n’est moins ressemblant que ce portrait, sorte de statue de bronze et de boue, élevée par le poète, pour servir de cible à ses traits acérés, disons le mot, à ses crachats." Victor Hugo a passé sa vie a édifier son propre piédestal. Il lui fallait un contre-modèle à son génie : il cru l'avoir trouvé en Napoléon III. Si celui-ci l'avait nommé ministre de l'Instruction Publique, il en eu sans doute été tout autrement, et le poète aurait probablement continué à faire partie des invités des dîners présidentiels de l'Élysée, puis peut-être des dîners impériaux des Tuileries. De toute façon, même en considérant le personnage historique de Napoléon III tel qu'il était en réalité, il n'y a pas de comparaison pertinente à faire de lui avec Sarkozy : l'itinéraire de leurs vies, leurs caractères, leurs époques respectives font qu'ils ne se ressemblent en rien...
Le fait de surnommer Sarkozy "Talonnette Ier" pourrait faire dire à certains que, de fait, que je le veuille ou non, je marche dans les pas du Victor Hugo des Châtiments et de Napoléon le petit. Il y a pourtant, de toute façon, une différence entre lui et moi : Victor Hugo était un déçu du bonapartisme, alors que je ne suis pas, et ne serai jamais, un déçu du sarkozysme, dans la mesure où je l'ai toujours combattu...

Mais venons-en au fait : pourquoi ai-je choisi de surnommer Sarkozy "Talonnette Ier" ? Cela remonte en fait à l'affaire du cliché de la Maison Blanche, l'année dernière...

Du 9 au 12 septembre 2006, Sarkozy se rend à Washington pour faire allégeance à l'un des plus mauvais présidents que les États-Unis d'Amérique aient jamais connu : le républicain George W. ("Dobeliou") Bush. Reçu à la Maison Blanche le 12 septembre, Talonnette Ier se fait photographier avec "Dobeliou", et bien qu'étant ministre d'Etat, se met à critiquer, sur le sol américain, la politique étrangère du gouvernement français, dont il fait pourtant partie. Plus de trois ans après la crise diplomatique franco-américaine au cours de laquelle la France s'était opposée, fermement mais sagement, à la guerre menée par les États-Unis en Irak, il dénonce ainsi, devant un public américain, ce même 12 septembre, la "grandiloquence stérile" d'"une France arrogante et pas assez présente", affirmant également qu'"il n’est pas convenable de chercher à mettre ses alliés dans l’embarras, ou de donner l’impression de se réjouir de leurs difficultés." Par ailleurs, au lieu d'évoquer l'indispensable indépendance de la France vis-à-vis de l'hyper-puissance américaine, Sarkozy préfère parler, pour son pays, de la simple nécessité d'"une position autonome vis à vis des États-Unis".
L'autonomie plutôt que l'indépendance, donc. Pour Sarkozy, on le sait, "les mots ont un sens"... Alors que les Français rejettent toute politique étrangère atlantiste dans laquelle la France serait le caniche des États-Unis, alors que le peuple a approuvé, à une très large majorité, la position de Chirac refusant de cautionner la désastreuse guerre d'Irak provoquée par Bush en 2003, l'attitude de révérence de Sarkozy à l'égard de "Dobeliou" fait évidemment scandale...
Devant des proches, Jacques Chirac commente alors ainsi la faute politique que représente l'attitude, qualifiée par lui de "lamentable", qu'a été celle de Sarkozy aux États-Unis :

"Nicolas, décidément, ne sera jamais fini. Pour se prouver qu'il compte, une force intérieure le pousse à briser ce qui fait consensus, par exemple la politique étrangère. C'est électoralement absurde."

(Jacques Chirac, à propos de Sarkozy, cité in Marianne N°492 [du 23 au 29 septembre 2006])

De ce voyage controversé à Washington reste la photographie de Sarkozy serrant la main de Bush à La Maison Blanche, le 12 septembre 2006, celle que l'on a qualifiée alors de "photo dont tout le monde parle", mais que l'on déjà quelque peu oublié aujourd'hui. Sur ce cliché, Sarkozy, à gauche, serre donc la main du président Bush, à droite. Jusque là, rien de bien surprenant... sauf que cette photo comporte tout de même une énigme : la tête de Sarkozy, qui mesure 1,68 m, semble à peu près à la même hauteur que celle de "Dobeliou", qui mesure 1,83 m. Comment est-ce possible ? Serait-ce un miracle ? Sarkozy aurait-t-il grandi ? Ce serait alors un cas de croissance spectaculaire, dans la mesure où le Canard Enchaîné a reproduit dans son numéro du 20 septembre, en comparaison avec le cliché de Washington, une photographie datant de 2004, représentant Sarkozy au côté de son ami acteur américain et scientologue Tom Cruise, qui, bien que mesurant 1,68 m, semble plus grand que l'actuel candidat de l'UMP !
La photo officielle diffusée par les services de la Maison Blanche a fait malheureusement l'objet d'un recadrage, mais la photographie entière, telle qu'elle a également été diffusée dans la presse, laisse apparaitre, sur la droite, l'ambassadeur de France aux États-Unis, qui était présent dans la pièce où Bush et Sarkozy se sont rencontrés, et qui a donc lui aussi été immortalisé par le photographe. Le journaliste Philippe Cohen, dans le journal Marianne (N°492 [du 23 au 29 septembre 2006]), n'a pas manqué de commenter cette photographie originale non tronquée, sur laquelle "on voit que le regard de l'ambassadeur est rivé au "miracle" qui, manifestement, se situe au niveau des pieds de Nicolas Sarkozy. A chacun de deviner ce qui l'étonne : tabouret ou lévitation ? "
Et s'il s'agissait, finalement d'une histoire de talonnettes ? Pour le Canard Enchaîné, l'affaire est entendue : "Seule explication raisonnable aux yeux du "Canard", il s'agit d'un des secrets les mieux gardés de la République : Sarko a grandi ! Oui, le premier flic du pays a gagné quelque 20 centimètres en deux ans, un vrai miracle de la nature... Et un peu, aussi, de son cordonnier : une autre photo publiée quelques semaines plus tard par "Libé[ration]" (31/10) montrera que les chaussures sur mesure de Sarko possèdent des talonnettes impressionnantes. On le savait déjà, mais l'homme a des talons cachés." (Les Dossiers du Canard Enchaîné N°102, 2006 : le grand bêtisier de l'actualité, décembre 2006)
Rappelons que, dans le sens qui nous intéresse, la talonnette est une "lamelle placée à l'intérieur de la chaussure, sous le talon du pied, dans un but orthopédique ou esthétique" (définition du Petit Larousse).
Des talonnettes "impressionnantes" auraient donc, en effet, été ajoutés aux chaussures de Sarkozy... Ajoutées à des talons vraisemblablement déjà conséquents quant à leur hauteur, ces lamelles pourraient en effet expliquer l'anomalie de la fameuse photographie de la Maison Blanche... S'il est déjà assez rare de pouvoir vérifier la hauteur des talons des chaussures de Sarkozy sous l'objectif des caméras, il est évidemment impossible de voir ces fameuses talonnettes, par définition cachées dans la chaussure, même si l'on peut toutefois percevoir l'effet qu'elles produisent... 
Etre complexé par sa petite taille au point d'essayer de se grandir avec des talonnettes : Sarkozy n'est-il donc pas en mesure d'assumer ce qu'il est ? Manipulateur des médias, Talonnette Ier en est bel et bien aussi l'esclave quand il se donne autant de mal pour paraitre ce qu'il n'est pas...
Dès lors, on peut bien se moquer de lui de façon caustique, vu que, par son comportement plutôt ridicule pour quelqu'un qui aspire à se voir confier la plus haute charge de l'État, il ne peut que s'exposer lui-même à la critique satirique sur son complexe de taille... Quand on cherche le bâton pour se faire battre, il ne faut pas s'étonner des conséquences... Et pourtant, Dieu sait si je ne suis pas du genre à me moquer de la taille des gens...

Voila donc pourquoi j'ai choisi de surnommer Sarkozy "Talonnette Ier"... Ce surnom me parait infiniment plus personnalisé que je ne sais quelle comparaison fumeuse avec Napoléon...
Le roi de France Louis XIV n'avait pas honte, lui, de se faire représenter avec des chaussures à talons hauts. C'est notamment le cas dans son célèbre portrait en costume de sacre, peint par Hyacinthe Rigaud en 1701. On y voit notamment que les chaussures royales étaient en effet dotés de talons rouges de taille importantes et particulièrement mis en valeur par rapport à la blancheur de la partie supérieures des chaussures - elle-même mise en valeur par une sorte de noeud rouge... Pourquoi Sarkozy fait-il tout ce qu'il peut pour paraitre plus grand qu'il ne l'est sans ce que cela puisse se voir en principe ? Homme soumis aux contraintes des médias qu'il utilise, il doit apparaitre sous son meilleur jour, en toute circonstance, en s'efforcant de brider sa nature nerveuse lorsque cela s'impose, et, surtout, en présentant une image de lui la plus parfaite possible, y compris, semble-t-il, au niveau de la taille... L'idéal physique de la mode d'aujourd'hui tend plus que jamais vers la recherche de la perfection... C'est là tout le problème... Si Sarkozy veut jouer à ce jeu-là, grand bien lui fasse, mais la forme se saurait masquer le fond en permanence, et, assurément, Talonnette Ier ferait mieux de s'assumer véritablement tel qu'il est...

Mais, honnêtement, si ce n'était que cela, ce ne serait vraiment pas grave... Lorsque je regarde cette photo de Sarkozy serrant la main de Bush, je constate, plus sérieusement, sur le fond, combien ce candidat ex-ministre est un danger public pour les Français, pour la France, et pour la place de notre pays dans le monde... Je ne suis heureusement pas le seul à faire cette constatation...

"Je considère que Nicolas Sarkozy est un danger public. Cet homme incarne la vraie droite. Intellectuellement, il est dans la philosophie de l'optimum des marchés et de la disparition de la régulation étatique. [...] J'ai trois raisons de me méfier de lui. D'abord, ce ministre de l'Intérieur aime, électoralement, que la police se voie. Or la police ne travaille bien que quand on ne la regarde pas ! C'est quand on ne la regarde pas qu'elle peut être flexible, dire à un délinquant: «Ne recommence pas, on t'a repéré…»  Simplement, ce discours n'est pas présentable à une opinion répressive: la police que les gens aiment voir, c'est celle qui tape. C'est parce qu'il est fait de cette manière que Nicolas Sarkozy a involontairement mis le feu à la banlieue. Je pense que cela se reproduira et qu'il nous mettra le feu partout… La deuxième raison tient à l'influence diplomatique de la France. Qu'est-ce que le monde d'aujourd'hui ? Quelques géants, les États-Unis, la Chine, l'Inde, le Japon, la Russie… La France émerge en influence principalement à cause des amitiés que nous avons gardées dans toute l'Afrique et dans le Moyen-Orient. Or, après le ralliement obséquieux de Nicolas Sarkozy à George Bush, il suffirait qu'il soit élu pour détériorer d'un coup toutes ces relations ! L'idée même de son élection fait horreur à la plupart des dirigeants africains et à tous ceux du Moyen-Orient. Sarkozy est un luxe que la France ne pourra pas se permettre, il coûtera trop cher. Enfin, je ne peux pas supporter un homme qui a tenté de s'opposer au gel du corps électoral de la Nouvelle-Calédonie pour des raisons électoralistes. C'était une parole de la France, engagée depuis plus de quinze ans. Que la France puisse se déshonorer une fois de plus, alors que ce conflit s'est ouvert sur un manquement à la parole donnée... Voilà pourquoi je suis inquiet devant le risque, important, que Nicolas Sarkozy soit élu, et je mets en garde les Français : cet homme est un danger public. "

(Michel Rocard, ancien Premier ministre socialiste, propos recueillis par Elise Karlin et Eric Mandonnet, L'Express, 21 février 2007)

Je n'ignore pas que Michel Rocard aurait sans doute préféré que la candidate socialiste Ségolène Royal se désiste en sa faveur. Je n'ignore pas non plus son pessimisme, voire son défaitisme, quant à l'issue de cette élection. Pour autant, ses propos tenus devant les journalistes de l'Express sont justes, bien qu'un peu trop mesurés à mon goût...

Et puis, il y a les fameux propos aberrants concernant la génétique que Sarkozy a tenu devant Michel Onfray, et dont j'ai déjà eu l'occasion de parler (voir le message "Campagne présidentielle : Arnaque et Déraison Générales ?")... Le Canard Enchaîné y a consacré un article assez savoureux :

« Les gènes de Sarko ont parlé !

Le candidat de l'UMP a donc tranché : la pédophilie, les tendances suicidaires, c'est dans les gènes ("Philosophie Magazine", avril 2007) : "On nait pédophile et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions pas soigner cette pathologie (...). Il y a 1 000 ou 1 300 jeunes qui se suicident en France chaque année... génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable." Parole de Sarko ! Généticiens, biologistes et psychologues sont donc priés de suivre la vérité d'un ex-ministre de l'Intérieur. Et l'archevêque de Paris, qui a osé critiquer Sarkozy au nom de la "liberté humaine", est prié de s'occuper de ses ouailles. Ce n'est pas parce qu'il s'appelle Mgr André Vingt-Trois - comme les vingt-trois paires de chromosomes - qu'il doit causer génétique !
Quant à nous, sans attendre les conclusions du débat entre l'inné et l'acquis [...], et pour satisfaire la curiosité des électeurs [...], nous avons fait analyser dans le laboratoire spécial du "Canard" le code génétique de Sarkozy. Les résultats sont édifiants et, disons-le en toute objectivité, en faveur du candidat UMP : non, Sarkozy n'est pour rien dans son comportement bizarroïde ! C'est la faute à ses chromosomes, c'est écrit dans son ADN.
 Ainsi avons-nous pu isoler le gène mal connu de la traîtrise (XYT) qui explique clairement sa carrière politique depuis sa conquête de la mairie de Neuilly, dans le dos de son parrain Pasqua. Depuis, il a essayé de guérir sa traîtrophilie, mais en vain. Il récidive en 1995, trahissant son protecteur Chirac pour rejoindre Balladur. Comme il le dit lui-même : "C'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions pas guérir cette pathologie." Dure leçon de déterminisme ? Pas tant que ça, car, malgré ses gènes gênants, il assure aujourd'hui : "J'ai changé." Traduit en language scientifique, cela veut dire "J'ai muté." Voila qui relance le débat : sous l'effet de quel rayonnement Sarkozy s'est-il fait lifter sa double hélice ? La vérité est bouleversante. Quel que soit son inné, quels que soient ses acquis - mobiliers et immobiliers -, le chef de l'UMP est un véritable OGM : un olibrius génétiquement modifié. »


(F.P., in Le Canard Enchaîné N°4511, 11 avril 2007)

Que l'on ne me parle pas, avec tout cela, de comparaison fumeuse avec Napoléon... Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa n'est ni César, ni Napoléon Ier, ni Napoléon III, ni De Gaulle, ni un dieu, ... ni même le diable incarné : ce serait encore lui faire trop d'honneur...

Cordialement, :-)

Hyarion, citoyen résolument anti-sarkozyste.

(Illustrations : Caricature de Sarkozy en Napoléon, par Kiro, sans date [vers 2005-2006] ; Détail du tableau le Sacre de l'empereur Napoléon Ier et le couronnement de l'impératrice Joséphine dans la cathédrale Notre-Dame de Paris le 2 décembre 1804, huile sur toile [1805-1807] par Jacques-Louis David, Paris, Musée du Louvre ; Caricature de Cécilia et Nicolas Sarkozy, par Cabu, publiée dans le Canard Enchaîné N°4387, 24 novembre 2004 ; Napoléon III, huile sur toile [1857] par Franz-Xaver Winterhalter, Compiègne, Musée du Second Empire, château de Compiègne ; Sarkozy et George W. Bush, photographie des services de La Maison Blanche, Washington DC, septembre 2006 ; Louis XIV, roi de France, portrait en pied en costume royal, huile sur toile [1701] par Hyacinthe Rigaud, Paris, Musée du Louvre ; Caricature de Sarkozy par Plantu, publiée dans le Monde du 13 avril 2007)
Par Hyarion - Publié dans : Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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Mercredi 25 avril 2007
Depuis trois jours, suite aux résultats du premier tour de l'élection présidentielle, tous les regards sont fixés sur François Bayrou et les quelques 6 820 882 électeurs (soit plus de 18,5 % des suffrages) qui ont voté pour lui. Ce sont eux, en effet, qui décideront du résultat final de la course à l'Élysée. Ils détiennent la clé du second tour, et les deux candidats finalistes le savent bien. Tandis que Ségolène Royal cherche à séduire les électeurs centristes et à se rapprocher de Bayrou - en lui proposant notamment un débat public, lundi dernier -, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, selon sa méthode habituelle du chantage à la réélection, s'efforce de rallier à lui, sans trop de difficultés du reste, le plus possible de parlementaires de l'UDF au sein de son grand "rassemblement" UMP. Si l'on sait, d'ors et déjà, que les électeurs de Bayrou vont probablement se diviser en trois blocs au second tour, ainsi que le prévoient les instituts de sondages - un tiers pour Royal, un tiers pour Sarkozy, un tiers d'abstentionnistes -, la déclaration de l'ex-candidat et président de l'UDF vis-à-vis du second tour n'en était pas moins très attendue. Elle a été faite lors d'une conférence de presse à Paris, cet après-midi :

«  Mesdames, Messieurs,
 
Je n'ai à cet instant que deux sujets à l'esprit. Le premier sujet, c'est la France, que j'ai scrutée pendant ces mois de campagne électorale, que j'ai rencontrée en milliers de visages différents, la France qui s'inquiète, qui souffre, qui est déchirée, bien plus qu'elle ne l'a jamais été, et en même temps, la France riche de potentiel, riche de promesses, la France qui voudrait y croire.
 
Et j'ai à l'esprit aussi, et plus que tout, les quelque sept millions de Français qui m'ont donné leur confiance, qui ont mis leur espoir dans cette démarche nouvelle, faisant surgir d’un coup la troisième force politique française, la seule force nouvelle de notre pays. Les sept millions de Français et tous ceux qui ont eu à un moment ou à un autre l'envie de se joindre à eux, et parfois qui le regrettent. Cela fait un immense espoir.
 
Il y a désormais dans notre pays trois forces politiques, une à droite, une à gauche, et une au centre. Et c'est le centre qui est la force nouvelle.
 
Je veux vous parler de l'avenir.
 
La France a trois problèmes : nous sommes un pays à la démocratie malade ; nous sommes un pays au tissu social déchiré ; nous sommes un pays en manque de croissance.

Notre démocratie est malade de la confiscation du pouvoir, de l'incapacité à faire vivre le pluralisme, des difficultés de la presse, de l'absence de séparation des pouvoirs, y compris du pouvoir économique, de la connivence entre les mondes des affaires, médiatique et politique, de la crise de la justice. Le citoyen n'a pas l'impression d'y trouver sa place. La société civile y est méprisée.

Nous avons à reconstruire, depuis les fondations, notre démocratie.

Le tissu social est déchiré. Partout on croise de lourdes misères, personnes âgées aux ressources très faibles, travailleurs pauvres, difficultés de logement, partout la couleur de la peau, la consonance du nom, la religion, dressent les Français les uns contre les autres, partout le quartier où l'on vit, l'adresse postale, forment ghetto. Entre les policiers et les jeunes, entre les différents quartiers, entre personnes au travail et personnes au chômage ou aux minima sociaux, on se regarde du coin de l'oeil, on s'épie, et on est prêts à s'affronter. L'école elle-même, le lieu même de l'égalité des chances, est en situation de doute et d'échec.

Nous avons à retisser notre société.

Nous sommes en panne de croissance. À ce sujet, on prend souvent l'effet pour la cause. Nombre de nos compatriotes par exemple considèrent que le chômage et la faiblesse du pouvoir d'achat sont des maux de notre pays. Ces maux sont des symptômes. Le mal c'est l'absence de croissance. Si nous avions de la croissance, nous aurions des emplois (beaucoup sont à libérer) et nous aurions du pouvoir d'achat à répartir. Beaucoup de nos compatriotes considèrent que l'immigration est la cause de nos maux. La situation de l'immigration est une conséquence. Un pays qui va bien sait intégrer, faire vivre ensemble. C’est l'emploi qui intègre. J'ai rencontré des milliers de jeunes Français d'ascendance immigrée. Ils m'ont tous dit une seule chose : donnez nous du travail et tout le reste s'arrangera ! Donnez nous du taf !

Ma conviction est celle-là : les trois maux de la France, ils doivent être soignés et réparés ensemble !

Or, parlons franchement : Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, dans le face à face sempiternel de la droite sempiternelle et de la gauche sempiternelle, vont non pas réparer mais aggraver l'un ou l'autre de ces maux.

Nicolas Sarkozy, par sa proximité avec les milieux d'affaires et les puissances médiatiques, par son goût de l'intimidation et de la menace, va concentrer les pouvoirs comme jamais ils ne l’ont été. Par son tempérament, et les thèmes qu’il a choisis d'attiser, il risque d'aggraver les déchirures du tissu social, notamment en conduisant une politique d'avantage au plus riche.

Ségolène Royal paraît mieux intentionnée en matière de démocratie, encore que le parti socialiste n'ait rien fait quand il était au pouvoir pour corriger ces maux, plus attentive à l'égard du tissu social, mais son programme, multipliant les interventions de l'État, perpétuant l'illusion que c’est à l'État de s’occuper de tout, et qu'il peut s'occuper de tout, créant je ne sais combien de services publics, va exactement à l'encontre, en sens contraire, des orientations nécessaires pour rendre à notre pays et à son économie leur créativité et leur équilibre.

Les deux candidats ont de surcroît promis une augmentation absolument délirante des dépenses publiques, de l'ordre de 60 milliards d’euros chacun, dans un pays endetté comme le nôtre, l'un des deux ajoutant une baisse totalement improbable des prélèvements obligatoires dans une proportion que ni Reagan ni Mme Thatcher n’ont jamais approchée même en rêve.

Notre pays a un problème de démocratie, un problème de fracture sociale, un problème d’économie, un problème de dette. Nicolas Sarkozy va aggraver les problèmes de la démocratie et la fracture du tissu social, Ségolène Royal, par son programme, va aggraver durablement les problèmes de l'économie et l'un comme l'autre vont déséquilibrer le déficit et la dette.

De surcroît, par leur choix de l'affrontement camp contre camp, ils affaiblissent durablement la France.

Dans les deux cas, sauf correction forte que je n'aperçois pas, et dont je tiendrai compte si elles intervenaient, ce qui se prépare, après les belles promesses, c'est une nouvelle déception du pays, une impuissance, une paralysie.

Dans cette situation, je ne donnerai pas de consigne de vote. J'estime que les Français qui ont voté pour moi sont en conscience des citoyens libres de leur choix.

Je ne reviendrai pas en arrière sur notre chemin de liberté. Je ne cherche ni n'accepterai aucune soumission ou ralliement à l'un des deux camps.

Je veux au contraire garantir aux Français que quel que soit le vainqueur, ils trouveront pour les représenter une force de contre-pouvoir, libre, capable de dire oui si l’action va dans le bon sens et non si elle va dans le mauvais sens. Capable, autrement dit, de faire sortir la politique des réflexes du toujours pour et du toujours contre, pour défendre l'intérêt général.

Je serai le garant de cette indépendance et de la défense de l'intérêt général du peuple français.

Je suis un homme d'ouverture, ouvert à toute discussion de bonne foi. Ségolène Royal a proposé d'avoir avec moi un débat "public et ouvert". J'accepte ce débat, sans arrière-pensées, par exemple à la télévision.

Nicolas Sarkozy n'a pas proposé le même débat, mais s'il le faisait je l'accepterais aussi.

Je n'ai aucun intérêt à défendre, mais si je peux servir l'intérêt des Français, et clarifier leur choix, je le ferai.

D'ors et déjà, pour changer définitivement la politique française, j'annonce la création d’un nouveau parti politique, le parti démocrate, qui présentera des candidats à toutes les élections à venir, et d'abord aux élections législatives, pour représenter les Français qui veulent une politique nouvelle, indépendante, libre de son expression et décidée à les défendre sans se laisser intimider par les menaces ou les tentations diverses liées au pouvoir.

Le parti démocrate proposera de refonder nos institutions pour que le mot démocratie trouve son sens en France. En particulier il saisira toutes les occasions d'imposer la séparation des pouvoirs, un vrai parlement, élu selon la justice, le réforme et l'impartialité de l'état, la création d’une démocratie sociale pour le XXI° siècle.

Il proposera de reformer le tissu social de notre pays, en pensant à tous ceux qui n'ont pas de voix pour les défendre. Il imposera l'égalité de traitement de tous les citoyens devant la loi. Il combattra la société de castes et défendra la mobilité sociale.

Il proposera de libérer les forces de création, éducation, recherche, entreprise, culture, et la croissance dans notre pays.

Il proposera de réconcilier les Français avec l’Europe et l'Europe avec la France. Cette réconciliation est nécessaire pour que s'édifie, au milieu des plus graves dangers, un monde de paix et de développement, fondé sur l'équilibre des droits et des devoirs entre les puissances de la planète. Le parti démocrate défendra l’idée que la responsabilité de la France et de l'Europe doit s’exercer en particulier dans le domaine de la lutte contre le réchauffement de la planète, de la défense de la biodiversité, et du développement du tiers-monde, particulièrement de l'Afrique.

Ce nouveau parti défendra la démocratie, comme portant des valeurs et un idéal, considérant que ce sont ces valeurs qui donnent leur sens à la vie des hommes et à la société qu'ils forment.

La France a un immense besoin de renouveau. La France a un immense besoin de changement positif, de changement équilibré. La France a besoin de trouver un nouvel équilibre, non pas l'équilibre de celui qui reste sur place, mais l'équilibre du marcheur qui progresse d’un pas sûr. C’est cet équilibre, cette recherche d'un avenir meilleur, qui nous rassemblera et qui nous ressemblera.

Nous avons devant nous un grand chemin parce que nous portons une grande espérance.  »

(François Bayrou, déclaration dans une conférence de presse à Paris, diffusée sur les
chaînes de télévision LCI, iTélévision, BFM TV, LCP-AN et France 24, mercredi 25 avril 2007)

J'ai suivi la conférence de presse de François Bayrou en direct, sur Internet. Je note que s'il n'a pas, assez logiquement, voulu prendre parti pour le deuxième tour, il a tout-de-même rejeté bien plus fermement Nicolas Sarkozy, candidat trop proche des milieux d'affaires, ennemi du pluralisme médiatique et vrai danger pour la démocratie, que Ségolène Royal, dont il n'a critiqué que le programme. Après avoir prononcé sa déclaration, il a répondu aux questions des journalistes présents, et a notamment précisé que la création du Parti Démocrate aurait lieu avant le mois de juin, que ce nouveau parti, tout à fait indépendant de la droite UMP sarkozyste, serait libre, central, et ouvert notamment au centre-gauche. Il a confirmé les propos qu'il avait tenu en février au sujet de Sarkozy et de sa "manière de gouverner des Hauts-de-Seine", fort peu rassurante pour la démocratie. Je partage évidemment son point de vue vis-à-vis de Sarkozy de Nagy-Bocsa : le candidat de l'UMP, si par malheur il est élu, gèrera la France comme Pasqua et lui ont géré les Hauts-de-Seine, selon cette culture politique de clan si caractéristique de la droite de ce département d'Ile-de-France.
Je suis satisfait que Bayrou accepte de débattre publiquement avec Royal : c'est un gage d'ouverture.
L'UDF, parti de centre-droit, fortement lié au souvenir de Valéry Giscard d'Estaing, appartient à la droite. Voter pour le candidat de ce parti au premier tour ne me paraissait pas concevable de ce point de vue : c'est pourquoi j'ai voté pour Ségolène Royal, en dépit du peu de confiance que j'ai en la candidate socialiste. Désormais, le Parti Démocrate que propose Bayrou, parti nouveau, libre, central, ouvert au centre-gauche, et aussi, surtout, je l'espère, à la jeunesse qui veut prendre en main son destin et celui du pays, me parait être une alternative très intéressante face au cauchemar sarkozyste d'une part, et à l'impasse idéologique du PS d'autre part, ledit PS étant incapable, encore aujourd'hui, d'abandonner sa réthorique crypto-internationaliste et de devenir un véritable parti de gauche social-démocrate.
Bien évidemment, il faut tenir compte de la personnalité de Bayrou et de son ambition présidentielle. Le Parti Démocrate qu'il propose ne doit pas devenir une simple rampe de lancement pour la prochaine course à l'Élysée de 2012, comme l'a été, en son temps, le RPR crée par Jacques Chirac, dont je note que Bayrou a repris, dans sa déclaration, son expression de "fracture sociale"... Affaire à suivre...
Mais, de toute façon, l'essentiel est ailleurs : il y a peut-être, enfin, une possibilité d'ouverture politique pour la jeunesse de ce pays, avec une véritable alternative libérée des carcans idéologiques, et opposée à la confiscation du pouvoir par Sarkozy de Nagy-Bocsa. L'espoir fait vivre. Face à l'ambition dévorante de Talonnette Ier, il me parait bien difficile de se contenter de rester un simple spectateur ou de passer son temps à jouer les contestataires sans projet crédible. Il faut être prêt à agir, car le danger est là... Or, aujourd'hui, pour la première fois depuis des années, avec ce nouveau Parti Démocrate, il semble qu'il y ait enfin quelque raison d'espérer à nouveau... et de passer à l'action !

Cordialement, :-)

Hyarion, citoyen électeur résolument anti-sarkozyste.

(Illustrations : Caricature de François Bayrou, par Kiro, publiée dans Manufacture française de candidats, Les dossiers du Canard Enchaîné N°83, avril 2002 ; Caricature de Sarkozy servi par les médias, par Cabu, publiée dans Le Canard Enchaîné N°4510, 4 avril 2007 ; Femme devant le soleil du matin, huile sur toile [1818] par Caspar David Friedrich, Essen, Museum Folwgang)
Par Hyarion - Publié dans : Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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Lundi 23 avril 2007
Tremblez, citoyens démocrates et humanistes ! Du haut de ses 31,11% de suffrages qu'il a obtenu au premier tour de l'élection présidentielle, Talonnette Ier vous regarde... Animé par son insatiable appétit de pouvoir, Sarkozy de Nagy-Bocsa est en passe de devenir, pour la plus grande honte de la France contemporaine, le prochain président de la République. Pendant cinq ans - voire plus ! -, notre pays va être déshonorée par la seule présence de Sarkozy à la tête de l'Etat. Il faut croire qu'une bonne part des électeurs français a souhaité, en votant pour le candidat de l'UMP, voter pour le parti de l'argent, de l'injustice sociale, de la loi de la jungle, de l'anarque médiatique, et clouer le bec aux anti-sarkozystes, qui ne sont sans doute, à ses yeux, que des fainéants et des parasites. Ces électeurs sont soit simplement bêtes, soit bassement égoïstes. Et ils pourront glapir, vénérer leur idole, sautiller comme des cabris, cela ne changera rien à l'affaire : quelle que soit l'issue de cette misérable campagne, la masse abrutissante sarkozyste n'obtiendra pas ma soumission, ni celle, d'ailleurs, de nombreux autres citoyens de ce pays...

Le premier tour de l'élection présidentielle était censé réserver des surprises. Finalement, la seule chose qui m'a surpris c'est le score très faible de Le Pen par rapport à 2002 - seulement un peu plus de 10% des suffrages contre 16,86% il y a cinq ans -, et les écarts de chiffres électoraux assez importants entre les quatre principaux candidats : Sarkozy a obtenu 31,11% des suffrages, Ségolène Royal 25,83%, Bayrou 18,55%, et le Pen 10,51% des voix. Je pensais que les résultats seraient bien plus serrés. Prime à la surenchère et à la démagogie : Sarkozy a habilement manoeuvré vis-à-vis de l'électorat de Le Pen. Cela pour le meilleur et pour le pire, en attendant une éventuelle alliance UMP-FN... Sarkozy semble réussir à faire avec le FN ce que Mitterrand a fait avec le PC en son temps : il y a là la même stratégie d'étouffement... Outre les régions de l'Ile-de-France (33,8% des suffrages) et de Corse (37%), Talonnette Ier a notamment réussi à conquérir électoralement les régions traditionnellement lepénistes de Provence-Alpes-Côte-d'Azur (37% des voix), et d'Alsace (36,2%), en y récoltant plus du tiers des suffrages.
Les scores des autres candidats sont tous inférieurs à 5%. Quelqu'est pu être l'impact du fameux vote de gauche "utile" en faveur de Ségolène Royal, compte-tenu de l'abstention très faible, les chapelles de l'extrême-gauche laissent apparaitre ce qu'elles représentent dans le pays : pas grand-chose...
La participation à ce premier tour de l'élection était annoncée comme devant être forte : avec finalement 84,60% de votants, cette participation se révèle être la plus élevée, pour un premier tour, depuis l'élection présidentielle de 1965. C'est une bonne nouvelle pour la démocratie, surtout lorsque l'on songe à la faible participation au premier tour de l'élection de 2002 (71,60%).

Hier soir, après l'annonce de sa victoire, Sarkozy a annoncé vouloir "rassembler le peuple français autour d'un nouveau rêve français" : le "rêve" sera évidemment un cauchemar. Qui pourrait bien durer une longue décennie, selon la logique du quinquennat qui est, en fait, rappelons-le, un septennat de dix ans. "La France dont je rêve ne laissera tomber personne", a également déclaré Sarkozy hier soir : quelle blague ! Une fois élu, son système, destiné à avantager les plus riches, ne pourra que favoriser les inégalités et l'exclusion. Un très mauvais chapitre semble bientôt devoir s'ouvrir pour l'histoire de notre pays. Qu'a fait la France pour mériter une tel châtiment ? Plongée dans une sorte de coma depuis 2002, elle s'est simplement laissée aller à favoriser l'ambition personnelle dégoûtante d'un homme égocentrique, arrogant, paranoïaque et dangereux. Face à lui, Ségolène Royal fait évidemment pâle figure : désespérément guindée, sans charisme, sans soutien sérieux de la part du PS, portée seulement par la volonté des anti-sarkozystes de faire barrage au candidat de l'UMP, elle n'inspire guère confiance. La gauche est faible : avec moins de 37 % des voix au premier tour, elle réalise son plus mauvais score depuis 1974. Le ralliement à Sarkozy de la majeure partie des électeurs du centriste Bayrou ne fait guère de doute... Les Français, pour une large part d'entre-eux, veulent rester enfermés dans un pays de droite. Apparemment, la droite, c'est très "tendance" en ce moment... Dès lors, l'issue du second tour de l'élection ne laisse augurer rien de bon... Assurément, il y a des jours, comme ça, où l'on n'éprouve guère d'estime pour son pays, tout particulièrement lorsqu'il se trahit lui-même...


Cependant, la messe n'est pas dite : le second tour aura lieu le 6 mai prochain. Qui sais ce qui se passera d'ici-là ?
 
Cordialement, :-)
 
Hyarion, l'anarcho-monarchiste résolument anti-sarkozyste.

(Illustrations : Sarkozy en contre-plongée, photographie © agence R.E.A, publiée dans Élysée-moi !, Les Dossiers du Canard Enchaînée N°103, avril 2007 ; Résultats nationaux du premier tour de l'élection présidentielle du 22 avril 2007, infographie publiée sur le site du journal Le Monde [http://www.lemonde.fr], 22-23 avril 2007)
Par Hyarion - Publié dans : Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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Samedi 21 avril 2007
Nous y sommes enfin ! L'heure du choix est venue. Comme j'en ai l'habitude, j'ai lu les professions de foi des différents candidats que l'on m'a envoyé, par la poste, la semaine dernière. C'est pour moi une sorte de rituel, que je considère comme très important. C'est un moment décisif, celui où tous les candidats officiels vont à la rencontre de chaque citoyen électeur pour lui demander, par écrit, son suffrage. J'ai donc reçu chez moi les candidats, par l'intermédiaire de leurs professions de foi. Et après avoir lu ces messages écrits, j'ai fait mon choix pour le premier tour de cette élection présidentielle.

Demain, 22 avril, pour exercer mon droit, et surtout mon devoir, de citoyen électeur, et bien qu'habitant à Toulouse, je me rendrais en Aveyron, puisque c'est là-haut que je suis inscrit sur les listes électorales, depuis que je suis en âge de voter. Vous me direz que ma situation ressemble à peu à celle de Jacques Chirac, qui va voter en Corrèze, alors qu'il habite à Paris : la différence, c'est que je ne suis pas propriétaire d'un château à Bity (dans la commune corrézienne de Sarran), et que je suis né en Aveyron, et non à Paris comme le président sortant... ;-)

Cela pourra paraître désuet à certains, mais le vote conserve encore pour moi quelque-chose de sacré. Par le vote démocratique, le citoyen agit et s'inscrit pleinement dans l'histoire politique de son pays, et, à ce titre, ne doit pas agir à la légère : il faut, par la suite, qu'il puisse se regarder dans une glace en passant au bulletin qu'il a glissé dans l'urne... Personnellement je n'ai jamais regretté les votes que j'ai pu faire depuis ma majorité. Qu'est-ce qui fait la valeur, la dignité du citoyen électeur ? D'avoir conscience, profondément conscience qu'il y a, dans la vie de tout homme digne de ce nom, des choses qui le dépassent, des choses plus grandes que lui, pour lesquelles, s'il n'est pas un lâche ou un égoiste, il peut être appelé à s'engager fermement, sans penser à sa misérable existence. Le véritable citoyen électeur responsable doit oublier sa petite personne, et ne penser qu'à l'intérêt de son peuple, l'intérêt de son pays, l'intérêt du monde dans lequel il vit. Les élections démocratiques ne sont pas un jeu, ni une farce. Voter est un droit mais c'est aussi un devoir. Voter est un engagement. Les turpitudes de la vie politique, il faut en rire, et les critiquer sur un ton satirique, car c'est, à mon sens, le seul moyen de supporter la médiocrité générale qui s'en dégage. Mais, pour autant, il n'en faut pas moins avoir conscience de ses devoirs de citoyen. Lire, à l'occasion, par exemple, le Canard Enchaîné m'amuse beaucoup, mais par ailleurs les informations qu'il contient n'en sont pas moins éclairantes et complémentaires de celles données, sur un ton en général bien moins satirique, par le reste de la presse et les autres médias. L'essentiel est que toute information, d'où qu'elle vienne, soit appréhendée en faisant preuvre d'esprit critique. On peut avoir un certain sens des responsabilités et néanmoins avoir de l'humour. L'important est de faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux. Alors, demain, citoyens électeurs, prenez donc tous vos responsabilités, et allez votez !

Pour ma part, et cela n'étonnera personne, l'objectif principal de cette élection est et reste la défaite de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa. Non à l'anarque médiatique et à la démagogie politicienne ! Non à l'égocentrisme exacerbé et à la toute-puissance de l'argent ! Non à l'ambition personnelle démesurée et à l'aggressivité récurrente porteuse de divisions ! Pour éliminer le candidat de l'UMP, une seule cartouche : le bulletin de vote...

Sarkozy de Nagy-Bocsa a déclaré, le 14 janvier dernier : "J'ai changé." Depuis, il n'a cessé de ratisser large, de promettre tout et n'importe quoi, de dire tout et n'importe quoi... Non, il n'a pas changé. Son objectif, depuis de nombreuses années, est toujours le même : devenir président de la République pour satisfaire son égocentrisme. Talonnette Ier a lui-même avoué la raison profonde de sa candidature à l'élection présidentielle :

"Parce que ma vie et l'histoire de ma vie, c'est de partir tout en bas pour aller tout en haut ! Il ne me reste qu'une marche..."

(Sarkozy, lors d'une réunion publique dans l'île de la... Réunion, le 16 février 2007, cité dans le Canard Enchaîné N°4504, 21 février 2007)

Une telle obsession de réussite personnelle ne peut pas faire de lui un candidat ayant la stature d'un homme d'Etat... Cela devrait être une évidence admise par tout le monde. Pour Sarkozy, la présidence de la République n'est qu'une étape de plus à inscrire sur son curriculum vitae. La France perdrait beaucoup de temps avec lui, si par malheur il était élu. Votez en conséquence...

Citoyens électeurs, si vous êtes convaincus, comme moi, du danger que représente la candidature de Sarkozy, sachez utiliser votre bulletin de vote de la façon la plus efficace pour lutter contre le candidat de l'UMP ! Je n'ai pas de consignes de vote à donner, sauf évidemment celle de voter contre Qui-vous-savez. Tout au plus, puis-je me permettre quelques suggestions. Si vous êtes plutôt de gauche, et que, par conséquent vous détestez forcément Sarkozy, soyez consciencieux, faites preuve de responsabilité, et de détermination anti-sarkozyste : votez pour Ségolène Royal. Si vous êtes plutôt de droite, et qu'il reste encore, au fond de vous, un peu de responsabilité citoyenne, faites le choix le moins déraisonnable, compte-tenu de vos idées : votez pour François Bayrou. Si vous ne voulez ni de Royal, ni de Bayrou, mesurez bien les conséquences que votre vote pourrait avoir vis-à-vis de Sarkozy, et agissez au mieux... Je ne saurai trop vous recommander vivement de ne surtout pas voter pour Le Pen, qui représente l'Anti-France. Ne cédez pas à la tentation du vote protestataire, qui n'est pas constructif, et qui risque fort, d'une manière ou d'une autre, de servir les intérêts électoraux de Sarkozy. Dans tous les cas, agissez en conscience, et choisissez un candidat soucieux des intérêts du pays et du peuple, dont le programme vous parait cohérent et non nuisible à l'intérêt général : Sarkozy et Le Pen n'entrent évidemment pas dans ce cas de figure. Pour le reste, faites comme il vous plaira... Mais, surtout, n'oubliez pas d'aller voter !


Cordialement, :-)

Hyarion, l'anarcho-monarchiste résolument anti-sarkozyste.

 
(Illustrations : "V'là ma cartouche", caricature par Honoré Daumier, publiée dans le Charivari du 20 novembre 1869 ; Caricature de Sarkozy, par Kiro, publiée dans Le Canard Enchaîné N°4510, 4 avril 2007)
Par Hyarion - Publié dans : Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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Jeudi 19 avril 2007
Qui sauvera la France du sarkozysme ? Assurément pas un homme ou une femme providentiel. Du reste, celui ou celle susceptible d'avoir la stature exceptionnelle d'un véritable chef d'Etat, comme Charles de Gaulle en son temps, n'est peut-être pas encore né, et, en tout cas, nous ne pouvons que l'attendre... Pour l'heure, et c'est bien juste de le dire, seul le peuple français est en mesure de tirer la France d'affaire, en ayant la volonté d'épargner au pays, par un vote hélas par défaut, la perte de temps et la régression générale qu'engendreraient une victoire de Sarkozy de Nagy-Bocsa à l'élection présidentielle. Encore faut-il que le peuple souverain soit suffisemment éclairé pour agir avec sagesse. Or, la médiocrité générale tant de la campagne électorale que des candidatures, les diverses manipulations médiatiques, l'omniprésence de sondages d'opinion à la représentattivité discutable, l'absence de confrontation directe de tous les candidats dans un véritable débat, tout cela n'aide pas à y voir clair pour un grand nombre de citoyens indécis, qui sans doute attendrons le tout dernier moment pour choisir le bulletin qu'ils glisseront dans l'urne. Il faudra bien finalement prendre une décision, sachant qu'un vote en faveur de Sarkozy, ou de Le Pen, serait évidemment le pire choix à faire vis-à-vis des intérêts de la France et de son peuple.

Rien ne va plus, précisemment, semble-t-il, entre Jean-Marie Le Pen et Nicolas Sarkozy. Pendant un moment, Le Pen s'était contenté de laisser Talonnette Ier faire de la surenchère électoraliste sur les thèmes de l'immigration, de l'insécurité et de l'identité nationale, et se montrait finalement assez serein, sûr qu'il était de tirer profit, en tout point de vue, de cette surenchère sans même avoir besoin de beaucoup s'exprimer lui-même :

"Je crois qu'il [Sarkozy] laboure mon terrain, mais c'est moi qui sèmerait et qui récolterait [...] car les gens préfèreront toujours l'original à la copie."

(Jean-Marie Le Pen, France 3, journal télévisé du soir, 7 février 2007)

Ayant donné un petit coup de main au président du FN pour que celui-ci obtienne les 500 signatures d'élus nécessaires pour se présenter au premier tour de l'élection, Sarkozy, suivant une stratégie ambiguë et opportuniste, s'est ensuite senti obligé de prendre une longueur d'avance conséquente sur Le Pen, au point que ce dernier s'est semble-t-il décidé à ne plus ménager le candidat de l'UMP, qui fait décidément tout ce qu'il peut pour attirer à lui l'électorat traditionnellement favorable à l'extrême-droite.

« "Vous n'avez pas perçu la formidable colère des Français, pillés, ruinés, désespérés contre la racaille politicienne, dont vous êtes l'un des chefs et l'un des emblèmes", a déclaré M. Le Pen à l'adresse de M. Sarkozy, devant près de 5.000 sympathisants rassemblés au Palais des Sports de Paris. »

(Extrait d'une dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 15 avril 2007, 18h36)

Ainsi, le dimanche 15 avril dernier, Le Pen a-t-il qualifié Sarkozy de "chef de la racaille politicienne", oubliant de s'inclure lui-même dans le lot de ladite "racaille", lui qui vit tout autant que les autres du système qu'il prétend dénoncer, et qui a été épinglé plusieurs fois pour fraude fiscale. Il a tout de même enfoncé le clou dans un tout récent entretien accordé, dans sa maison du parc de Montretout, à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), au journal gratuit Metro et publié dans le numéro dudit journal daté d'aujourd'hui, 19 avril :

" Question : - Vous avez parlé à son sujet [à propos de Sarkozy] de racaille politicienne. C'est un dérapage verbal ?
Le Pen : - Non, je suis modéré dans mes propos : les affaires de la mairie de Paris, des lycées d'Ile-de-France, le Crédit Lyonnais, etc., pour lesquelles des ministres et même un Premier ministre, tous des UMP d'ailleurs, sont passés en correctionnelle, ce n'est pas de la racaille, ça ? Nicolas Sarkozy est emblématique de la corruption morale des milieux dirigeants français."


(Extrait d'un entretien de Jean-Marie Le Pen accordé au journal Metro, 19 avril 2007)

Apparemment on est toujours la "racaille", ou le "connard", de quelqu'un, toutes ces expressions fleuries figurant, comme on le sait, parmi les préférées de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, qui, du reste, porte une responsabilité dans la dégradation du débat public par le vocabulaire qu'il emploie, que ce soit devant les caméras ou pas.
 
Comme pour donner raison à Le Pen, Sarkozy a récemment confirmé, devant quelques intimes, la révélation du Canard Enchaîné du 11 avril dernier, selon laquelle il aurait promis à Chirac "de passer au karcher ses dossiers judiciaires", une fois élu président, grâce à une amnistie déguisée (voir le message "De la réforme des Institutions et de l'État") :

« Au détour d'une phrase, [...] j'ai dit à Chirac : "Vos problèmes d'après, je m'en charge." Il m'a répondu : "Cela va de soi." [...] Entre présidents, on s'aide [...]. C'est la règle. Le président sortant est protégé par son successeur. Mais il faudra que ça aille le plus vite possible. Dès le mois de juillet. Il y aura sans doute une polémique. Mais on passera vite à autre chose. [...] Ce qui me dérange [...], ce n'est pas que Chirac soit entendu par les juges, c'est qu'il soit poursuivi. »

(Sarkozy, cité in Le Canard Enchaîné N°4512, 18 avril 2007)

Pour sa part, depuis l'Élysée, Jacques Chirac a ainsi fait part, la semaine passée, de ses impressions à ses visiteurs sur la campagne électorale du premier tour, dont il est le spectateur perplexe :

"Avec près de 40 % de gens qui ne savent pas pour qui voter [...], cela donne aux sondages une valeur très relative. Tout est possible. Les élections présidentielles ont toujours réservé des surprises, celle-là risque d'en réserver encore plus que les autres. [...] Sarkozy n'est pas à l'abri d'une surprise. Royal peut très bien être devant lui. Bayrou ne sera pas au second tour, et il ne se prononcera ni pour Sarkozy ni pour Royal. Dans un cas, son combat n'aurait plus de sens. Dans l'autre, ses députés seraient dans la merde. [...] Bayrou va se draper dans le ni droite ni gauche et se dire que la prochaine fois, en 2012, ce sera pour lui."

(Jacques Chirac, à ses visiteurs, cité in Le Canard Enchaîné N°4512, 18 avril 2007)

L'issue de l'élection présidentielle reste toujours aussi incertaine... Prudence et patience sont de rigueur. En attendant ce fameux 22 avril, jour du premier tour, penchons-nous, après les institutions, sur un autre question de fond qui me tient à coeur : la culture.

C'est là un sujet qui n'aura été, à l'évidence, que fort peu évoqué dans cette campagne. Le magazine Télérama, dans son numéro de la semaine du 24 février au 2 mars, a tout de même publiée une intéressante enquête consacré à la culture comme enjeu politique, basée sur des entretiens réalisés avec six candidats : François Bayrou, Marie-George Buffet, Jean-Marie Le Pen, Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy et Dominique Voynet.
Allons à l'essentiel, et évoquons les projets des trois candidats susceptibles d'accéder à la plus haute charge de l'État : Sarkozy, Royal et Bayrou.

Sarkozy :

« Le rôle de l'État en matière de culture est triple : d'abord, l'entretien et la mise en valeur du patrimoine - savez-vous qu'avec 4 milliards d'euros, en dix ans, on pourrait rendre sa splendeur à l'ensemble de notre patrimoine monumental, dont 490 monuments majeurs, en France ? C'est un défi qui vaut la peine, aussi parce que ces monuments génèrent un flux de touristes considérable. Deuxième rôle, l'enseignement artistique, et à travers lui la démocratisation culturelle. Et enfin, la création. Je considère légitime de la soutenir. Sans l'
État, il n'y aurait pas le cinéma français tel qu'on le connaît aujourd'hui. Le poids politique du ministère de la Culture doit être élargi, pour que les arbitrages en matière d'éducation ne soient pas rendus au détriment de la culture. Je veux faire de l'enseignement artistique la clé de la démocratisation de la culture. Mais je suis pour la liberté pédagogique. Et dans un pays où il y a un million d'enseignants, je ne veux plus qu'on dise : l'éducation artistique, ce sera comme cela et pas autrement !
La démocratisation culturelle a échoué. 10 à 20 % seulement de la population française est destinataire de l'essentiel de la politique culturelle. Je souhaite que l'on donne à tous les enfants accès aux grandes oeuvres de l'esprit. Mais attention, quand un enseignant demande à un enfant d'imaginer une autre fin au Cid, c'est dire à l'enfant qu'il peut se prendre pour Corneille, c'est le contraire d'une école de l'excellence. Peut-être est-ce un point de désaccord entre nous, mais selon moi l'idéologie de Mai 68 était organisée sur un concept : tout se vaut et chacun est l'égal de l'autre. Eh bien, non, pour moi, toutes les oeuvres ne se valent pas. On n'a jamais eu autant de chaînes publiques et aussi peu de culture à l'écran. Lorsque j'étais enfant, il y avait Au théâtre ce soir. Y a-t-il du théâtre aujourd'hui sur nos grandes chaînes publiques ? Des concerts ? De vraies émissions littéraires ? On a des talk-shows sympathiques, mais des émissions sur la littérature ? Et si l'on parle d'Arte, j'aime bien Jérôme Clément, mais est-ce que c'est le rôle d'Arte de diffuser, à 20h50, Le Dernier Empereur ? Si vous mettez ce film sur Arte, qu'est-ce que vous mettez sur France 2 ? Pour moi, le service public, y compris France 2, doit viser à une politique éducative de l'excellence. Ne pas hésiter à faire de la contre-programmation, présenter des spectacles, des films qui ne sont pas sur les autres chaînes. Mais je ne suis pas pour l'augmentation de la redevance. Le problème de la politique culturelle dans notre pays, c'est la question des financements. Je suis favorable à des financements hybrides, avec des partenariats, du mécénat. »

(Sarkozy, dans un entretien accordé au magazine Télérama, le 3 février 2007, Télérama n° 2980, semaine du 24 février au 2 mars 2007)

Ségolène Royal :

« La culture est un droit fondamental de la personne humaine, autant qu'un facteur puissant de cohésion nationale. Démocratiser la culture reste ainsi la priorité, quelle qu'en soit la difficulté. C'est en élargissant l'accès à la culture que l'on peut lutter contre le repli sur soi, le racisme, les violences et la désespérance des cités, l'échec scolaire. Pour moi, tout se joue à l'école par l'éducation artistique. Je l'ai expérimenté dans ma Région [Royal est présidente de la région Poitou-Charentes] - où nous avons doublé le budget des actions culturelles - en créant un poste d'animateur culturel dans chaque lycée, en y aménageant des salles de spectacle, en y invitant des musiciens, des troupes de théâtre. En commençant par les lycées professionnels, avec des artistes en résidence. C'est à l'école que l'on forme les futurs amateurs du spectacle vivant : franchir le seuil d'une salle de concert, d'une église romane, n'est pas évident...
L'accès à la culture, c'est aussi un problème de prix. Les festivals de ma Région sont gratuits pour permettre au public populaire d'en profiter. De la même façon, les musées doivent être accessibles aux personnes les plus défavorisées. Regardez le succès du MAC/VAL, ce musée d'art contemporain en banlieue parisienne. Les gens sont venus parce que c'est près de chez eux et parce que c'est gratuit pour les plus jeunes et les plus démunis. C'est à l'État d'assumer ces grandes fonctions d?éducation à la culture, de développement du spectacle vivant, de protection du patrimoine. Il définit le cadre, les règles, assure le financement. Les Régions, quant à elles, doivent aider à l'émergence des talents et permettre que le public ne soit pas obligé de monter à Paris pour écouter un bon concert ou assister à un bon spectacle de théâtre.
La question des intermittents du spectacle n'est pas réglée. Les socialistes se sont engagés à remettre à plat la législation. Le paradoxe, c'est qu'il y a à la fois trop d'intermittents et un déficit de l'accès à la culture. Peut-être pourrait-on définir des missions complémentaires des intermittents dans les établissements scolaires, les entreprises... La culture, on ne le sait pas assez, est un enjeu de développement économique. Elle crée des emplois, de la valeur ajoutée, du lien social. On l'a vu pendant les grèves des festivals : c'est toute l'économie d'une ville - les commerçants, les restaurants, les hôtels - qui était en difficulté. »


(Ségolène Royal, dans un entretien accordé au magazine Télérama, le 2 février 2007, Télérama n° 2980, semaine du 24 février au 2 mars 2007)

Bayrou :

 « Premièrement, le ministère de la Culture doit promouvoir une culture de peuple, je dis bien une culture de peuple et pas une culture de masse. Deuxièmement, il doit soutenir et rendre viable la création contemporaine. Quel est notre problème aujourd'hui ? C'est que la culture parle trop souvent exclusivement aux « cultureux ». D'une certaine manière, nous avons manqué le grand idéal tel qu'il avait été défini dans la seconde moitié du XXe siècle, lorsque la culture est devenue un objectif politique majeur pour la nation. Je crains que tout cela ne soit devenu une affaire d'initiés. Il nous faut repasser le contrat entre le monde culturel et la nation. Concrètement, ça mérite qu'on se repose les questions fondamentales, qu'on réfléchisse ensemble à l'articulation privé-public. Le mécénat d'État est très utile, mais il tend à devenir affaire de professionnels, et donc de réseaux. Ce sont toujours les mêmes qui décident, ce sont les mêmes liens, les mêmes solidarités. Au fond, c'est précisément l'un des aspects de la crise démocratique que je dénonce. Je serais très heureux, président de la République, d'inviter à s'asseoir autour de ma table le monde de la culture pour qu'on remette à plat le contrat, les obligations réciproques, le but qu'on cherche à atteindre. Cette séparation entre le monde culturel et la nation témoigne d'une crise de la société française. Ce dont nous avons besoin, ce n'est pas tant d'éducation pédagogique que d'éducation populaire.
Il y a, dans la vie, des choses qui ne sont pas marchandes. Il y a, dans les grands piliers qui forment la vie d'un peuple, du non-marchand. C'est pourquoi, par exemple, j'ai tellement soutenu le logiciel libre. Grosso modo, je pense que sur Internet, la logique marchande, nécessaire si l'on veut que les droits d'auteur soient respectés, et la logique d'une certaine gratuité, vont durablement coexister. Vous aurez des plates-formes de téléchargement payant moins chères qu'aujourd'hui - car aujourd'hui, il apparaît comme cher. Et vous aurez une logique plus coopérative, avec des gens qui consentiront à donner une contribution générique pour être dans l'univers des échanges. Si les petits cochons ne le mangent pas, Internet préfigure un nouveau modèle de développement pour l'humanité. »


(François Bayrou, dans un entretien accordé au magazine Télérama, le 6 février 2007, Télérama n° 2980, semaine du 24 février au 2 mars 2007)

Comme dirait l'autre, c'est beau comme l'antique. Ainsi que l'écrit le journaliste de Télérama Daniel Conrod, analysant ces entretiens, les candidats se sont tous engagés sur le maintien de l'engagement de l'État, la démocratisation de la culture, le soutien à la création, la rémunération des auteurs, l'éducation artistique à l'école... Conrod va même jusqu'à considérer les moyens fournis au ministère de la Culture comme n'étant plus un problème, car, parait-il, il "n'en manque pas"...
Comment se fait-il, dès lors, que moi, pauvre pouilleux de Midi-Pyrénées, lorsque je me rends à Paris, comme je le fais régulièrement, visiter, par exemple, le Musée du Louvre, je sois obligé de tenir compte systématiquement du fait que l'ensemble des salles d'exposition dudit Musée du Louvre ne peuvent pas être ouvertes au public en même temps, les mêmes jours, aux mêmes heures, par manque de personnel de surveillance et donc faute de moyens suffisants ?
Comment se fait-il que des salles et des galleries entières du Musée national du Château de Versailles soient fermées au grand public, là encore faute de moyens ? Elles sont pourtant riches de nombreuses oeuvres d'art, peintures et sculptures, que l'on ne connait le plus souvent que par des reproductions, sans jamais avoir pu les voir directement sur place, les portes ne s'ouvrant que ponctuellement, pour quelques privilégiés, dont j'ai fait partie.
En 2004, on a décidé de créer une sorte de "Louvre bis", dont l'ouverture est prévue pour 2009, dans l'ancienne cité minière de Lens (Pas-de-Calais), nouveau musée dont les collections sont censées être fournies à partir des oeuvres jusqu'ici conservées dans les réserves du Louvre. Créer une antenne du Louvre au nord de Paris, c'est bien joli, mais encore une fois tout se passe comme si la France se limitait à sa partie située eu nord d'une ligne Genève-La Rochelle.
Pour les habitants du Sud de la France, il n'est déjà par forcément facile de monter à Paris, alors pourquoi les obliger à monter encore plus haut ? Pourquoi ne pas délocaliser carrément l'ensemble des Musées Nationaux dans le nord du
pays, voire à Amsterdam ou à Londres pendant que l'on y est ? Je ne critique pas l'action culturelle de l'État en matière de gestion de patrimoine en tant que telle, mais je critique clairement le manque de pertinence de la politique menée ces dernières années, bien plus soumise à tel ou tel groupe d'influence qu'à une réelle logique globale. Et je critique surtout la négligeance de l'État en matière de gestion des moyens : s'ils ne sont pas insuffisants, comme on le dit, alors c'est qu'ils sont, à l'évidence, mal distribués.

Pour le reste, je ne sais trop quoi penser du visage qu'offre le monde de la culture en France, aujourd'hui. Sur le fond, il y a de bonnes choses, mais sur la forme, l'image véhiculée par les médias de masse est peu reluisante. Il est vrai que même au niveau politique, on aura pu remarquer que le ministère de la Culture, devenu une sorte de ministère de relations publiques vis-à-vis du monde artistique, est depuis longtemps associé, dans les gouvernements, avec le ministère de la Communication... On notera, par ailleurs, au passage, que l'actuel ministre de la Culture et de la Communication, Renaud Donnedieu de Vabres, membre de l'UMP, a été nommé à ce poste en mars 2004, quelques semaines après avoir été condamné pour blanchiment d'argent par le tribunal correctionnel de Paris dans le cadre l'affaire du financement occulte de l'ex-Parti républicain : bel exemple de la manière dont on gère l'attribution des responsabilités ministérielles dans ce pays... Ce qui compte, c'est l'apparence, le paraitre...

Le fait est que, dans ce monde soumis à la tyrannie de l'urgence, dans cette société de consommation de masse où toute vraie individualité est plus ou moins écrasée, le mélange général des genres entre culture, commerce, et communication semble être devenu aujourd'hui une sorte de norme, favorisant, de facto, une acculturation des masses et de ceux qui sont plus ou moins privés d'un accès non seulement à la culture mais plus largement au savoir, à la connaissance, dans un contexte, à l'évidence, peu favorable au développement de l'esprit critique et de la pensée raisonnante. A la crise de la culture s'ajoute la crise de l'éducation. Que nous réserve l'avenir dans ces conditions ? Je pense souvent à ses propos que George Steiner, écrivain, philosophe et professeur émérite de littérature comparée à l'Université de Genève, qui se définit comme "anarchiste platonicien", a tenu lors d'un entretien, à Cambridge, il y a une quinzaine d'années, avec le philosophe iranien vivant en France Ramin Jahanbegloo :

"Si je situe mes propos au niveau le plus bas qui soit, si je parle comme tout un chacun, aucun étudiant, aucun bourgeois, aucun privilégié ne comprend une allusion à un classique ou à la Bible. Ils n'ont rien lu. Tout doit être expliqué. On pourrait inventer un exercice passablement amusant qui consisterait à afficher sur un mur une vingtaine d'éditions de l'oeuvre de Shakespeare, éditions qui seraient parues entre 1850 et 1992. A chaque réédition, les notes liminaires deviennent de plus en plus longues et de plus en plus élémentaires. Il y a vingt ans, la dernière édition d'un livre de poche notait qu'Aphrodite était une vénus, païenne, déesse de l'Amour. Au fur et à mesure que les notes liminaires se multiplient, le texte devient de plus en plus mince et de plus en plus lointain ; il s'éclipse dans un océan de commentaires élémentaires et il se noie, à une autre échelle, dans une mer d'érudition. La crise est telle qu'il faut tout expliquer de A à Z, car il est aujourd'hui impossible de lire les classiques et les grands textes sans donner aux étudiants des exercices d'écoliers de bas étage pour leur en faciliter l'accès. Cela implique une éventualité redoutable : de très grands textes seront réservés à d'heureux moines qui sauront les lire et les apprécier entre eux, dans des maisons de lecture ou des séminaires de clercs à l'instar de ce qui s'est passé entre le VIe siècle et la Renaissance où seuls de grands maîtres suisses lisaient Horace, Cicéron, Tite-Live, Plaute. Ce ne serait certes pas une catastrophe. Nous avons connu une trop longue période depuis le début du XIXe siècle où chacun croyait être capable de tout lire, dans l'euphorie de la facilité et du factice. Eh bien non, décidément non. Des maisons de lecture surgiront ; on pourra y apprendre à lire autre chose qu'un message télévisuel ou un journal. Les universités continueront de diffuser la culture scientifique, mais le sort des Lettres et des Humanités est plus douteux."

(George Steiner, Entretiens, Editions du Félin, 1992, rééd. 10/18, 2000, troisième entretien "Le Language et le Monde", "La crise de l'éducation")

Pour en revenir au monde culturel de la France d'aujourd'hui, si l'on se limite à se que nous en montre les médias de masse, le moins que l'on puisse dire c'est la production artistique française ne semble plus être ce qu'elle était... Certes, il existe, aujourd'hui comme hier, des oeuvres et des artistes de qualité, mais pour quelques rares vrais découvertes, combien de phénomènes médiatiques creux et éphémères ? L'écrivaine turque Mine Kirikkanat évoque ainsi, justement, la situation de la littérature française actuelle :

"Dans le paysage littéraire français d'aujourd'hui, on recense une grande variété d'auteurs, mais on chercherait en vain parmi eux un génie. Depuis l'époque de Sartre et de Malraux, il y a un demi-siècle, le niveau d'engagement des romanciers français n'a pas cessé de baisser. Tout se passe comme si ces écrivains refusaient désormais de prendre des risques ou de changer l'ordre des choses. Ce qu'ils veulent, c'est uniquement l'orgasme verbal. D'où l'insincérité de leur position. Qui peut sérieusement accorder du crédit à Houellebecq quand il dénonce les méfaits du néolibéralisme ? Le seul problème d'une telle démarche, c'est que l'auteur des Particules élémentaires fait lui-même partie de la "bulle" qu'il vitupère. Comme d'autres, il y patauge et il y jouit. On touche là aux limites du fonctionnement d'une génération d'écrivains qui, au fond, ne croient en rien. Todorov a raison de voir dans ce nombrilisme et ce nihilisme le résultat de décennies pendant lesquelles on n'a cessé de réduire la littérature à des structures narratives et à des jeux de language. Les romanciers américains, eux, n'ont quasiment pas été happés par ce mouvement. Ils ont su résister. Ce n'est pas un hasard si, aux États-Unis, on ne trouve pas un personnage comme Frédéric Beigbeder, qui est le pur produit d'un système "autoréférencé". La vocation de la littérature, c'est de donner de l'oxygène. Pour que cet oxygène soit libéré, pour qu'il s'impose contre l'air du temps, il faut des plumes assez puissantes, des auteurs suffisamment signifiants et profonds. La France manque actuellement de romanciers de cette trempe. [...] Heureusement, il lui reste des essayistes."

(Mine Kirikkanat, in Marianne N°509 [du 20 au 26 janvier 2007])

Ce n'est évidemment pas à l'État de résoudre le problème de la médiocrité de la création artistique : la créativité et le talent ne se décrètent pas. L'État ne peut que continuer à favoriser l'éducation artistique et l'accès de tous à la culture dès le plus jeune âge : c'est là sa principale mission, sa mission essentielle avec la gestion du patrimoine historique national. Le temps du contrôle public de la création artistique par la censure est, par ailleurs, révolu depuis longtemps. Mais on pourrait se demander si, finalement, l'absence de censure ne reflète pas , quelque part, le conformisme général, propre au système de production artistique plus ou moins verrouillé en amont, par des réseaux favorisant la médiocrité consensuelle qui ne dérange personne, et un certain formatage de l'oeuvre artistique si caractéristique de la consommation culturelle de masse. Pour finir, on évoquera, à ce sujet, les propos énergiques tenus par le cinéaste Jean-Jacques Beineix, à la fin d'une émission télévisée culturelle de dernière partie de soirée, face notamment à un jeune écrivain à la mode se félicitant de la disparition de la censure :

"Bizarrement la censure a disparu. Pour une simple raison : tout est promotionnel. Tout est fait pour que circule le flux des oeuvres, sans entraves, de la manière la plus simple possible. C'est les autoroutes de l'information. Le star-system, c'est idéal. C'est des gens reconnaissables, immédiatement, par le plus grand nombre. L'argent va à l'argent. On marie les gens beaux avec les gens beaux. Et on s'appauvrit de plus en plus, à tel point qu'on n'a plus besoin de metteurs en scène. Qu'est-ce qu'on va s'emmerder avec ces gars-là ? On n'a plus besoin d'auteurs, on n'a plus besoin de rien, c'est magnifique ! Et tout ça, ça coule, ça glisse, et on n'a même plus besoin de censure puisque, de toute manière, les auteurs aujourd'hui, qu'est-ce qu'ils viennent foutre dans ce monde-là ? Moi je me sens totalement décalé, je ne sais pas où je suis, ce soir. Puisqu'il n'y a plus de censure [s'adressant au jeune écrivain Florian Zeller, qui s'est exprimé plus tôt sur le sujet] - bravo, jeune homme ! - tout va bien, c'est merveilleux, et on est dans le monde des gens beaux, du star-system, voilà. Il faut de l'argent. La promo, en effet : il faut saturer. Plus il va y avoir d'affiches, plus on a de chances d'être perçu. En deçà d'un certain nombre, il n'y a plus rien, plus rien n'existe. Donc on est en train petit à petit de s'appauvrir. On arrache tout avec des filets. On attrape tout avec des grosses mailles, et alors tout ce qui fait le défaut d'aspect, tout ce qui fait le baroque, tout ce qui n'est pas rond, tout ça, ça n'existe plus, et moi je suis effondré quand je vois [il montre F. Zeller] un beau jeune homme comme ça, blond, qui me dit : "Il n'y a plus de censure". C'est merveilleux ! On vit dans un monde merveilleux. J'ai l'impression que c'est "Alice au pays des merveilles" ! [s'ensuit un bref échange avec Zeller] Je pense que vous avez réussi à vous conformer à cet univers qui a été rêvé par le pire des hommes de marketing. C'est-à-dire qu'on n'adapte plus maintenant le produit idéal pour le plus grand nombre. Vous êtes formatés, tous, pour coïncider à ce monde dans lequel on vous fait rentrer dans des grilles, dans des boîtes... Et vous ne vous révoltez même plus ? Mais c'est génial ! Et on est obligés d'aller passer devant des commissions pour faire des films. Il y a quatre gardes-barrière qui décident de toute la production française, au théâtre c'est un peu la même chose, dans la littérature les gens n'écrivent plus leurs livres, et bientôt il n'y aura plus de chefs d'orchestre : c'est totalement inutile, un chef d'orchestre ! Mais qu'est-ce qu'ils veulent nous faire chier à lire l'oeuvre ? C'est ça, ce que vous êtes en train de dire, ce que j'entends de tout ça, moi, ce soir. Et je suis fou de rage."

(Jean-Jacques Beineix, sur le plateau de "Ce soir ou jamais", France 3, 20 décembre 2006) 

Il arrive parfois qu'un moment de vérité fasse irruption à la télévision...

Cordialement, :-)

Hyarion, l'anarcho-monarchiste résolument anti-sarkozyste.


(Illustrations : Persée secourant Andromède, huile sur toile [1611] par Joachim Wtewael, Paris, Musée du Louvre ; Chirac à table vers 1990, photo extraite d'une archive de l'INA, reprise dans le film documentaire Dans la peau de Jacques Chirac de Karl Zéro et Michel Royer, © Rezo Films, 2006 ; Détail du tableau Vue du château et des jardins de Versailles, huile sur toile [1668] par Pierre Patel, Versailles, Musée national des Châteaux de Versailles et de Trianon ; Un philosophe occupé de sa lecture, dit aussi Chimiste dans son laboratoire, ou Le souffleur, huile sur toile [1734] par Jean-Siméon Chardin, Paris, Musée du Louvre)
Par Hyarion - Publié dans : Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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Vendredi 13 avril 2007
Le Canard Enchaîné a tout récemment révélé que Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa et Jacques Chirac auraient passé un accord, il y a quelques semaines. Talonnette Ier aurait promis au président sortant "de passer au karcher ses dossiers judiciaires", pour reprendre l'expression du journal satirique, en échange du soutien de Jacques Chirac à sa candidature. Un énième projet de loi sur la lutte contre la délinquance, annoncé par Sarkozy pour le mois de juillet prochain, s'il est élu, comportera un article qui imposera aux juges de clore leurs dossiers au plus tard une dizaine d'années après les faits, pour les simples délits, ce qui reviendra à annuler toute poursuite judiciaire à l'encontre de Chirac, encore impliqué dans trois affaires politico-financières en tant qu'ancien président du RPR et ancien maire de Paris. "Trois affaires, qui remontent à plus de dix ans et qui collent aux basques du Président, pourraient ainsi finir aux oubliettes. A savoir : le dossier de l'emploi fictif d'une secrétaire du défunt RPR, les investigations de la juge parisienne Xavière Simeoni, qui enquête sur des dizaines d'autres salariés fantômes payés par la Mairie de Paris à la demande de Chirac, et l'instruction de son collègue Jean-Marie d'Huy sur les fausses factures de l'imprimerie municipale Sempap." (Hervé Liffran, Le Canard Enchaîné N°4511, 11 avril 2007)
Voila donc ce qui se cachait derrière le soutien de façade de Chirac au candidat Sarkozy, au-delà de la nécessité de sauver les apparences vis-à-vis du vote d'investiture sarkozyste des membres de l'UMP : la promesse d'une amnistie déguisée concernant les dernières affaires judiciaires de Chirac non encore enterrées... Il n'y a là rien d'étonnant. La consigne de Chirac, qui sert de devise à ce blog ("Sarkozy, il faut lui marcher dessus..."), reste d'actualité en ce qui me concerne (voir le message "Jacques Chirac : sa véritable consigne pour l'élection présidentielle"). Il est, de toute façon, bien évident qu'aucun accord de circonstance ne peut effacer la profonde méfiance que le président sortant et le candidat de l'UMP entretiennent l'un pour l'autre. Chirac est tout-à-fait conscient que Sarkozy pourrait fort bien oublier sa promesse une fois élu : "Comme deux précautions valent mieux qu'une, l'
Élysée a multiplié, ces derniers mois, les nominations de magistrats bien sous tout rapports pour verrouiller les postes clés de la magistrature. Notamment à Paris et dans les juridictions environnantes." (Hervé Liffran, Le Canard Enchaîné N°4511, 11 avril 2007) Quant à Sarkozy, qui a reçu récemment le soutien public de Bernadette Chirac, épouse de Jacques, il ne semble pas être dupe de la sincérité du propre appui de Chirac à sa candidature :

"Chirac m'appelle régulièrement au téléphone pour me dire que je fais une bonne campagne et que je serai élu. Je vais vous dire, c'est extrêmement gentil de sa part, voire même trop. Je fais plus confiance à Bernadette qu'à lui. Et je sais pertinemment que Claude Chirac regarde favorablement la campagne de Bayrou. [...] Si Bayrou pouvait faire le coup du siècle en me battant, je suis persuadé que Chirac ne pleurerait pas à chaudes larmes."

(Sarkozy, devant son équipe de campagne, le 5 avril 2007, cité in Le Canard Enchaîné N°4511, 11 avril 2007)

Le fait est que Claude Chirac, la fille cadette et conseillère en communication du président sortant, n'a peut-être pas tout-à-fait digéré, elle non plus, la trahison passée de Sarkozy à l'égard du clan Chirac. Talonnette Ier, pour sa part  se voit déjà président... Et pourtant, rien n'est encore joué... Je m'attend à quelque surprise, au soir du premier tour de l'élection présidentielle... Sera-t-elle bonne ou mauvaise ? L'avenir nous le dira...

Laissons un moment de côté les péripéties et turpitudes de la campagne électorale - chaque jour apportant son lot de démagogie, de fantasmes et de mensonges -, et penchons-nous un instant sur une question de fond : celle de la réforme des institutions et de l'État.

En France, on a trop souvent tendance à rendre les institutions responsables des problèmes du pays... Vieille tradition remontant à la Révolution française... D'où les propositions de suppression de la Ve République, qui serait remplacé par un nouveau régime, celui d'une "VIe République", laquelle ne manquerait pas, selon ceux qui souhaitent ce changement de régime, de résoudre tous les problèmes que connait la vie politique de notre pays. Les choses ne sont pourtant pas aussi simples... 
Depuis 1958, la France de la Ve République a connu 17 réformes constitutionnelles : si  le conservatisme institutionnel était responsable de la "crise", il n'y aurait pas eu autant de réformes en presque cinquante ans de régime.
L'idée du passage à une "VIe République" n'est pas nouvelle : il en était déjà question dans les années 1990. En 1997, Claude Lanzmann voyait déjà ce changement de régime s'incarner en la personne de... Lionel Jospin :

"La Ve République a vécu. Lionel Jospin devrait, dans un laps de temps pas très éloigné, devenir le président d'une nouvelle République qu'on appellera peut-être la VIe."

(Claude Lanzmann, Les Temps modernes, juin-juillet 1997, cité par Stéphane Baumont, in De la Ve à la VIe République ?, Editions Milan, 1998)

Une des idées porteuses de ce changement de régime était alors le passage du septennat au quinquennat, en ce qui concernait la durée du mandat du président de la République. Cette idée du quinquennat progressa suffisemment pour aboutir à la mise en place de ce mandat de cinq ans dont Jacques Chirac a essuyé les plâtres de 2002 à 2007. Une fois n'est pas coutume, cette réforme constitutionnelle fut soumise à référendum, le 24 septembre 2000. A cette occasion, la première pour moi de voter, j'ai refusé l'adoption de cette réforme, le référendum ayant été finalement un succès relatif pour le tandem Chirac/Jospin, avec un peu plus de 73 % de "oui", environ 26,8 % de "non", et surtout plus de 69 % d'abstention.
Pourquoi ai-je voté "non" à ce référendum sur le quinquennat ? Les mauvaises langues pourraient dire que ce n'est pas là un vote très "de gauche", mais pour moi il est clair que les clivages partisans n'avaient pas vraiment d'importance concernant cette question, jugée finalement assez technique... Pour expliquer mon vote d'alors, il convient de se souvenir du contexte de l'époque. C'est à l'initiative de l'ancien président de la République Valéry Giscard d'Estaing, alors député du Puy-de-Dôme, et sans doute soucieux d'enquiquiner Chirac - jusque-là opposé au quinquennat -, que cette réforme a été mise à l'ordre du jour, en mai 2000, par une proposition de loi à l'Assemblée nationale. Adoptée par ladite Assemblée le 15 juin 2000 et par le Sénat le 29 juin de la même année, cette réforme du quinquennat fut la première révision constitutionnelle a avoir été soumise au référendum en application de l'article 89 de la Constitution. Au début, j'étais plutôt favorable à cette réforme : je l'avais d'ailleurs dit à l'occasion d'un sondage d'opinion par téléphone, le seul auquel j'ai participé depuis que je suis en âge de voter...
Et puis je me suis rendu compte que la question posée ne résolvait guère les problèmes institutionnels, et surtout que cette réforme était en fait un aménagement politicien, un arrangement entre acteurs politiques : Jacques Chirac, après avoir longtemps été opposé au quinquennat, s'y était finalement rallié dans la perspective de sa réélection en 2002 - plus envisageable avec un mandat plus court -, tandis que son Premier ministre de cohabitation, Lionel Jospin, souhaitait montrer qu'il appliquait ainsi son programme, tout en lorgnant lui aussi vers l'élection présidentielle. Du reste, lors de la campagne électorale référendaire, le quinquennat fut simplement présenté comme étant quelque-chose de "moderne". C'était d'ailleurs assez ridicule : je me souviens, par exemple, d'une affiche du RPR sur laquelle on pouvait lire "Le quinquennat, ça vous requinque une république"... L'intelligence des électeurs m'avait alors paru - déjà à l'époque ! - bien sous-estimée par les hommes politiques. Par ailleurs, on remarquera que le quinquennat, par sa moindre durée, ne peut que faciliter une réélection : deux fois cinq ans, soit un septennat de dix ans, avec cet avantage que le président peut toujours s'appuyer sur une majorité docile à l'Assemblée, élue elle-aussi pour cinq ans. Car, bien entendu, le but affiché de cette réforme était de supprimer toute possibilité de cohabitation, en faisant coïncider le mandat présidentiel avec le mandat des députés. Or, on sait que la question de la cohabitation n'a pas été réglé par la mise en place du quinquennat : en cas de démission ou de décès du président de la République, ou bien en cas de dissolution de l’Assemblée nationale, ladite cohabitation peut toujours s'imposer selon les résultats des élections... Ainsi, pour toutes ces raisons, et notamment parce qu'il s'agissait, avant tout, d'une réforme de convenance personnelle pour Chirac et Jospin, dans la perspective de l'élection présidentielle de 2002, j'ai donc voté "non" au référendum sur le quinquennat en septembre 2000, et ne le regrette pas.

Cela dit, en politique, il faut être relativement réaliste, tenir compte des changements effectués et de la situation telle qu'elle est. Le quinquennat a été adopté, il n'y a pas à y revenir. Mais s'est-on avisé des conséquences dudit quiquennat ? Ne serait-il pas temps d'aller au bout de la nécessaire réforme des institutions, notamment en ce qui concerne le Parlement ? Assurément, cela doit être fait, sans forcément se sentir obligé de changer de régime en tant que tel. On peut fort bien réformer l'actuelle Ve République sans passer à une VIe...

Présidence de la République et pouvoir exécutif :

Il me parait clair que contester l'institution présidentielle, au nom de je ne sais quelle conception crypto-bolchévique, ou pseudo-néo-trotskiste, de l'exercice du pouvoir, n'est pas quelque-chose de très sérieux. L’élection du président de la République au suffrage universel direct, ainsi que le quinquennat, sont irréversibles, qu’on le veuille ou non. C'est un fait : parce que le pouvoir tend toujours vers la personnalisation, et que l'exécutif est personnalisé, le système politique français, comme d'autres systèmes démocratiques occidentaux, privilégie le pouvoir exécutif, et une certaine personnification du pouvoir. Cela n'est pas près de changer, compte-tenu du monde dans lequel nous vivons :

"Que, partout, le monde contemporain privilégie le pouvoir exécutif est une évidence. Médias et communication mettent en scène des personnalités, plus facilement que des institutions. Les idées, les propos et, plus prosaïquement encore, le caractère d'une personne ressortent nettement plus clairement que les idées, propos et caractères d'un groupe, plus ou moins indistincts. L'exécutif est composé de personnalités, dominé, ou brigué, par l'une d'elles, tandis que le législatif ne peut prétendre à incarner aussi simplement une orientation, une politique, éventuellement une responsabilité.
[...]
Le phénomène est encore accentué par le fait que ce sont des personnalités, au moins autant que des idées et sans doute plus que des partis, qui gagnent les élections, qui capitalisent une légitimité concentrée sur un(e) seul(e), tandis que la légitimité parlementaire va à l'institution elle-même, plus qu'à chacun de ceux qui la composent et qui, de ce fait ne peuvent, ni individuellement ni en groupe, se poser en rivaux de celui que le peuple a nominativement investi de sa confiance."


(Guy Carcassonne, Introduction à La Constitution, Editions du Seuil, Points, 1996, 1999)

Le quinquennat ayant été adopté, l'élection du président de la République au suffrage universel direct étant incontestable, il me parait nécessaire d'aller au bout de la logique, en instaurant un régime présidentiel à la française, dans lequel le gouvernement procède du président de la République, et non du Parlement, car il doit y avoir un lieu de responsabilité dans l'Etat. Le président de la République doit être responsable de l'exécutif, et il n'y a pas lieu de s'en offusquer pour peu que le Parlement contrôle ledit exécutif, la loi de finances - et son exécution -, la loi de financement de la sécurité sociale, etc.
 

Parlement :

Il est absolument hors de question que l'on revienne au parlementarisme des IIIe et IVe Républiques, à ce régime d'assemblée dans lequel l'instabilité gouvernementale régnait et dans lequel les présidents de la République n'avaient aucun pouvoir face à un Parlement trop puissant. Je me souviens de ce que le général Charles de Gaulle a écrit à propos d'Albert Lebrun, dernier président de la IIIe République de 1932 et la débâcle de 1940 : "Comme chef d'
État, deux choses lui avaient manqué : qu'il fût un chef et qu'il y eût un État."
Cela dit, dans le cadre d'un régime présidentiel, la force et l’indépendance du Parlement par rapport à l’exécutif doit être évidemment affermi.
- Le Parlement français est peut-être celui où les commissions parlementaires sont les moins nombreuses. La limitation à six du nombre des commissions permanentes (article 43 de la Constitution) doit être modifié. Ces commissions ont des compétences trop variées et trop disparates, ce qui les empêchent d'exercer pleinement leurs fonctions, et en particulier leurs fonctions de contrôle. Il faudrait donc davantage de commissions, peut-être le double du nombre d'aujourd'hui, et dont la moitié serait désormais présidée par des parlementaires de l'opposition, sans que cela menace l'équilibre des institutions.
- Il faut en finir avec le cumul des mandats pour les parlementaires, qui doit être interdit. La suppression de la possibilité de voter par procuration pour les députés, et un salaire des parlementaires indexé sur leur présence à l'Assemblée, me paraissent également nécessaire pour assurer le bon fonctionnement de l'institution parlementaire, et pour redorer quelque peu l'image du Parlement et de ses membres.
- Le système de la Ve République, conçu pour compenser l'absence du fait majoritaire, ne s'est pas adapté à la naissance de celui-ci. A l'époque où le président François Mitterrand et les socialistes au pouvoir avait mis en place la proportionnelle, de façon éphémère et circonstancié, en 1985-1986, on avait alors déjà souligné l'injustice et le risque de clientélisme liés au scrutin majoritaire. La représentation des citoyens au Parlement doit être la plus juste possible. Or, l'évolution vers un régime présidentiel rend désormais possible l’usage de la proportionnelle, en totalité ou en partie, pour l’élection des députés, puisque la stabilité gouvernementale ne peut pas être mise en cause. Dans ce contexte, l'introduction d'une part de proportionnelle (20 %, par exemple) pour l'élection des députés est tout à fait envisageable, et même souhaitable. 
- L'abolition de l'article 49.3 de la Constitution et du vote bloqué peut être envisagé en ce qui concerne les lois ordinaires. Rappelons que l'article 49.3, dit d' « engagement de responsabilité », permet au gouvernement de faire passer le texte qu'il présente, sans vote, sous couvert du rejet de la motion de censure que l'opposition se doit de déposer pour la forme, avec peu d'espoir de réussite, et que le vote bloqué ou vote unique, procédure inscrite à l'article 44.3 de la Constitution, permet au Gouvernement de demander à l'une ou l'autre assemblée de se prononcer par un seul vote sur tout ou partie du texte en discussion, en ne retenant que les amendements proposés ou acceptés par lui.
- L'Assemblée Nationale ne sert à rien pendant la campagne électorale. Il faut modifier son statut : soit l'Assemblée siège et vote des lois pendant la campagne, soit elle n'existe plus jusqu'à la prochaine législature.
- Enfin, on ne pourra pas faire l'économie d'une sérieuse réforme du Sénat, qui représente une sorte de "plan de fin de carrière" pour un certain nombre de politiciens, et qui est une institution toujours fermée aux changements politiques, contrairement à l’Assemblée. La durée du mandat de sénateur étant progressivement réduite de 9 à 6 ans, depuis 2004, on doit aller plus loin, en réformant le mode de scrutin des élections sénatoriales et en supprimant le veto du Sénat en matière constitutionnelle.
 
Conseil constitutionnel :

- Le Conseil Constitutionnel doit pouvoir s'auto-saisir lorsqu'une loi lui paraît non-conforme à la Constitution. En l'absence d'une saisine parlementaire, par absence de volonté politique, une loi contraire à la Constitution peut entrer en vigueur, avec les dérives que cela peut permettre. Une saisine du Conseil indépendante du pouvoir législatif et exécutif doit donc pouvoir être possible.

Élections :

- Tous les étrangers, d'où qu'ils viennent, résidant en France depuis plus de dix ans, voire cinq ans, qui sont intégrés, qui parlent français, doivent pouvoir voter aux élections locales. En fonction de ces critères, on doit, par ailleurs, pouvoir leur faciliter l'acquisition de la nationalité française.

- La prise en compte des votes blancs dans la détermination des suffrages exprimés, devrait pouvoir permettre de ne pas les assimiler à des votes nuls.

- Hors de question de cautionner les machines à voter électroniques, qui sont anti-démocratiques. Le vote sur papier doit être maintenu, ou rétabli, partout.

Réforme de l'État :

- Pas question d'un non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, comme le souhaite Sarkozy de Nagy-Bocsa. Si le peuple souhaite des services publics de qualité, il ne faut pas lésiner sur les moyens, notamment humains. Rappelons que les services publics ont une mission sociale, et qu'ils ne doivent pas chercher à être rentables. Du reste, on ne pourra pas faire l'économie d'un renouvellement significatif des effectifs de la fonction publique, lors des départs massifs de fonctionnaires à la retraite, prévus pour les prochaines années...

- La modernisation des services de l'État passe par le développement des services publics sur Internet, et la généralisation des logiciels libres dans l'administration.

- L'École Nationale d'Administration (É.N.A.), crée en 1945 pour démocratiser l'accès aux grands corps administratifs, chargée d'assurer la formation initiale et continue des hauts fonctionnaires, doit être réformée.
L’affectation des énarques devrait prendre en compte les compétences de chacun - ainsi que les choix de carrière, de façon plus accessoire - et non pas le seul rang de sortie desdits énarques. Il faut en finir avec ces dérives que connaissent les hauts fonctionnaires, celle du "pantouflage" - abandon du service de l'État pour celui d'une entreprise privée -, et celle de la politisation. Les énarques devraient avoir l'obligation de travailler dans l’administration et ne pas aller rapidement "pantoufler" dans le secteur privé, comme ils le font trop souvent, et ils devraient tous se contenter de faire ce pourquoi ils ont été formé, c'est-à-dire administrer - ce qu'ils font très bien, en principe - et non pas monopoliser les responsabilités politiques au dépends de la société civile, car la politique n'est évidemment pas un métier, contrairement à ce qu'a pu dire Jacques Chirac, ancien élève de l'É.N.A. devenu président de la République...
De façon générale, le fait de voir que la plupart des représentants des élites dirigeantes sont issus de l'É.N.A., de l'Institut d'études politiques (IEP) de Paris, de grandes écoles, ou d'autres grands établissements au recrutement très sélectifs, est devenu problématique, dans la mesure où le système de production desdites élites ne permet plus guère à celles-ci d'être en mesure de moderniser et d'éclairer la société, tant le décalage avec cette dernière semble aujourd'hui important. Il faudrait que le monde scolaire et universitaire soit sans doute davantage en mesure de répondre aux exigences de la méritocratie républicaine, pour donner la possibilité à un plus grand nombre de citoyens de participer fortement à la gestion de l'avenir du pays, sans l'abandonner à une élite trop souvent coupée d'un certain nombre de réalités...

Voila. Je crois que j'ai à peu près fait le tour des principales réformes des institutions et de l'État qui me paraissent importantes. Un certain nombre de ces réformes ont été proposés, à des degrés divers, par la candidate socialiste Ségolène Royal et/ou le candidat centriste François Bayrou. Il est fort regrettable que tous les deux se soient senti obligé d'inscrire leurs propositions dans le cadre d'une "VIe République", dont je ne vois pas la nécessité, car le régime actuel de la Ve République a seulement besoin d'être réformé, et non remplacé...  Si Sarkozy de Nagy-Bocsa était élu, il fort probable que tout cela, de toute façon, ne serait pas mis en place, sauf peut-être la proportionnelle, dans la perspective d'un rapprochement éventuel de l'UMP avec le FN... Mais nous n'en sommes pas là pour l'instant... Assurément, rien n'est encore joué...

Cordialement, :-)

Hyarion, l'anarcho-monarchiste résolument anti-sarkozyste.

(Illustrations : Chirac en 1988, Sarkozy fumant un cigare, photos extraites des archives de l'INA, reprises dans le film documentaire Dans la peau de Jacques Chirac de Karl Zéro et Michel Royer, © Rezo Films, 2006 ; La Bastille dans les premiers jours de sa démolition, huile sur toile (1789) par Hubert Robert, Paris, Musée Carnavalet ; le palais présidentiel de l'Élysée de nuit, photo extraite d'une archive de l'INA, reprise dans le film documentaire Dans la peau de Jacques Chirac de Karl Zéro et Michel Royer, © Rezo Films, 2006 ; L'Incendie du Parlement de Londres, 16 oct. 1834, huile sur toile (1835) par Joseph Mallord William Turner, Philadelphie, Philadelphia Museum of Art ; Caricature de Mitterrand en statue du commandeur, par Plantu, publiée dans Le Petit Mitterrand illustré, Le Seuil, 1995 ; Caricature d'énarques, par Plantu, sans date [avant 1998])
Par Hyarion - Publié dans : Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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Dimanche 8 avril 2007
La campagne électorale persiste à ne pas voler bien haut... Et cela, tout le monde peut le constater, y compris nos voisins européens... En Belgique, par exemple, ladite campagne ne semble pas faire meilleure impression qu'en France :

"Dans le genre « musée des horreurs », impossible de faire mieux. L'actuelle campagne présidentielle française ne ressemble à aucune autre. Et elle n'est pas belle à voir. Encore moins jolie que la campagne de 2002, ce qui n'est pas peu dire. La plupart des « grands » candidats semblent s'être donné le mot pour contourner, ignorer, piétiner, les questions qui, à juste titre, préoccupent les citoyens. Pire qu'un oubli : un incroyable mépris. La droite fait dans le poujadisme light. La gauche, dans le cocorico soft. Le centre se contente d'ânonner que la droite et la gauche devraient s'accoupler. Et la kyrielle de candidats de la « petite » gauche se marchent sur les pieds et peinent à faire entendre leur voix. Les démocrates français sont-ils devenus fous ? La République est-elle tombée sur la tête ?"

(Claude Demelenne, "La campagne électorale tourne à la mauvaise farce", publié sur le site du Journal du Mardi [belge], http://www.journaldumardi.be, 2 avril 2007)

Le fait le plus irrationnel de cette drôle de campagne est certainement l'influence très excessive qu'exercent les sondages d'opinion sur les intentions de vote, et sur le discours des candidats. Sondages manipulés, instrumentalisés, tant par les partis politiques que par les médias de masse... Sondages dont les résultats "bruts" sont "redressés", "pondérés" par les instituts, en utilisant d'obscurs "coefficients de pondération" et autres "redressements socio-démographiques", le tout sans véritable contrôle, et avec une représentativité fort discutable, ainsi que l'on peut le constater à la lecture de cet article paru dans Le Canard Enchaîné du mercredi 14 mars 2007 :

« Sondage exclusif : 31% des Français sont insondables...

Ce sont les sondeurs eux-mêmes qui l'affirment : près d'un tiers des français ne peuvent être joints par leurs enquêteurs ! Pourquoi ? La faute au téléphone portable, qui se répand de plus en plus. Or les instituts n'interrogent que des cobayes pourvus de lignes fixes. Leurs échantillons sont en effet constitués à partir de noms inscrits dans les annuaires téléphoniques.
Selon une enquête - jusque là inédite - de la Sofres et une autre du bureau d'études Credoc, 17 % des foyers français ne disposaient pas d'une ligne fixe en 2005. Tandis que 14 % des foyers équipés, eux, d'un téléphone "à fil" s'en servaient uniquement pour internet. Autrement dit, eux non plus ne peuvent être contactés par les sondeurs.
31 % des Français exclus des enquêtes, c'est beaucoup. Et cela complique le travail. Car dans cette population insondable, la proportion des jeunes de 18 à 34 ans, toujours selon l'enquête Sofres, est très supérieure à ce qu'elle est dans l'hexagone. Idem pour (dixit le Credoc) les ouvriers et les personnes à faible revenus.
Conclusion : les jeunes et les catégories modestes sont plus difficiles à atteindre que les autres, et la fiabilité des échantillons représentatifs risque, là aussi, d'en souffrir. Comme si cela ne suffisait pas, les sondeurs se heurtent à un refus de réponse dans plus de 30 % des appels. Enfin ils négligent complètement les DOM-TOM, qui représentent tout de même 2,3 millions d'habitants.
Les affres des sondeurs ne s'arrêtent pas là puisque, de leur propre aveu, 40 à 50 % (suivant les instituts) des sondés qui consentent à répondre se disent indécis et capables de changer d'intention de vote au dernier moment !
Dire que c'est sur cet effectif rogné de partout et flageolant, que tourne, aujourd'hui, toute la vie politique. En attendant le sondage grandeur nature du 22 avril. » 

(Le Canard Enchaîné, N°4507, 14 mars 2007)
 
On peut noter que, du côté des candidats, le plus gros consommateur d'enquêtes d'opinion est - quelle surprise ! - Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, qui, pourtant déclarait au soir du premier tour de l'élection de 1995, juste après la défaite de son champion Balladur, pourtant longtemps donné gagnant au vu des sondages :

"La première victime, ce soir, ce sont les instituts de sondages, qui ont été balayés dans leurs prévisions. Ça ne peut pas continuer comme ça. On ne peut pas confisquer ainsi la campagne ni le résultat dans un pays où le sufrage universel est libre."

(Sarkozy, au soir du premier tour de l'élection présidentielle de 1995, 23 avril 1995, cité in Le Canard Enchaîné N°4509, 28 mars 2007)

Talonnette Ier n'aime pas que les enquêtes d'opinions - qui lui sont, du reste, souvent favorables, pour ce que l'on en sait officiellement - : il aime aussi "innover" en matière électorale... Ainsi a t-il signé, en novembre 2003, en tant que ministre de l'Intérieur, un décret autorisant l'utilisation, dans les bureaux de vote, de machines à voter censées remplacer le traditionnel vote sur papier. Cette décision est particulièrement scandaleuse, d'autant plus qu'elle a été prise de la façon la plus discrète qui soit, sans publicité...

Jean-Luc Porquet, dans Le Canard Enchaîné du 28 mars dernier, a consacré un article à cette importante affaire :

« Un vote machinal

C'est une informaticienne bardée de diplômes, enseignante-chercheuse au CNRS et à l'université de Nantes. Un jour, au bureau de vote où Chantal Enguehard donne un coup de main les soirs d'élection, on lui dit : "Bientôt on n'aura plus besoin de toi : tu seras remplacée par une machine à voter." Elle se renseigne. Tombe sur un décret du décret du ministère de l'Intérieur. Il a été publié voilà quatre ans, le 17 novembre 2003, sous Sarkozy. Il est passé complètement inaperçu. Elle le lit et grimpe aux rideaux.
Ce décret prévoit que les communes peuvent s'équiper en "machines à voter", lesquelles sont en fait des ordinateurs, avec mémoires électroniques, processeur et programme de 20 000 lignes de code. Apparemment, rien de plus simple que ce nouveau "vote électronique" : l'électeur sélectionne le nom de l'élu sur un écran et appuie sur un bouton.
Mais l'informaticienne comprend illico que cela ouvre grand la porte à tous les truquages et les fraudes. Ces ordinateurs de vote peuvent être victimes de pirates. Leurs résultats peuvent être faussés par des bugs, comme en connait tout ordinateur qui se respecte. Et le pire est qu'ils ont été conçus par des boîtes privées qui, sous prétexte de "secret industriel", les mettent sous scellés et refusent d'en livrer le code-source, c'est-à-dire la boîte noire qui régit leur fonctionnement. "C'est comme si, dit Chantal Enguehard, vous aviez confié la soirée électorale à un prestataire privé. Une fois que tout le monde a voté, il prie le président et ses assesseurs de sortir du bureau de vote, s'y enferme, procède seul au dépouillement, sort du bureau et proclame les résultats officiels."
Certes, en cas de litige, le ministère de l'Intérieur a confié au Bureau Veritas (un organisme de certification privé appartenant au baron Seillière) le soin de procéder à 114 vérifications. Mais celles-ci, afirme Chantal Enguehard, ne suffisent aucunement à garantir l'absence de fraude...
Le bureau de vote est l'un des derniers lieux où les simples citoyens ont la possibilité de participer au processus démocratique. Ce sont eux qui font signer l'électeur sur la liste d'émargement, vérifient que le bulletin est bien tombé dans l'urne, procèdent au dépouillement, signent le procès-verbal. Un système à la fois simple comme bonjour, transparent et fiable. Scandaleux, n'est-ce pas ? Prétextant que les ordinateurs sont nettement plus modernes et rapides, Sarkozy et son spécialiste maison, le préfet Daniel Canepa, ont commencé à en éjecter les simples citoyens. Place aux experts ! Grâce auxquels le vote devient un processus opaque, vulnérable, invérifiable, et objet de tous les soupçons. N'est-ce pas en trichant grâce au vote électronique que Bush a été élu [président des États-Unis d'Amérique en 2000] ? La Floride n'a-t-elle pas, en novembre dernier, renoncé au vote électronque à cause de 18 000 bulletins litigieux ?
Chantal Enguehard n'est plus seule à sonner l'alerte. Les Verts, le PC, Bayrou, Corinne Lepage, Roger-Gérard Schwartzenberg (qui a interpellé sans succès Sarkozy à ce sujet) réclament l'interdiction de ces ordinateurs qui équipent déjà 1600 bureaux de vote dans une cinquantaine de villes, et vont collecter lors de la présidentielle environ 1,4 million de suffrages. D'autres informaticiens, comme Pierre Muller, viennent de lancer sur Internet une pétition pour le maintien du vote papier [sur le site http://www.ordinateurs-de-vote.org ou http://www.recul-democratique.org/]. En 2002, rappellent-ils, Le Pen a éliminé Jospin avec 194 000 voix d'avance... »

(Jean-Luc Porquet, Le Canard Enchaîné, 28 mars 2007)

Pour avoir participé à des opérations de dépouillement des bulletins de vote - à l'occasion des élections régionales de 2004 -, je suis convaincu que le vote sur papier est infiniment plus sûr et transparant que ne le sera jamais un vote avec un ordinateur. La mise en place, en catimini, de ces machines à voter anti-démocratiques est un véritable scandale, et le fait que ce soit Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa qui ait autorisé cette mise en place n'a évidemment rien d'étonnant...
Seule explication possible à cette manoeuvre : les électeurs sont considérés comme des imbéciles... Les vrais dindons d'une misérable et sinistre farce...

Concernant les villes équipées en ordinateurs de vote, ou ayant expérimenté diverses formes de vote électronique, 49 départements sont concernés, à des degrés variables : les Alpes-Maritimes, les Ardennes, les Bouches-du-Rhône, le Calvados, la Charente-Maritime, le Cher, les Côtes-d'Armor, le Doubs, le Drôme, le Finistère, le Haute-Garonne, la Gironde, le Hérault, l'Ille-et-Vilaine, l'Indre, l'Indre-et-Loire, l'Isère, les Landes, la Loire, la Loire-Atlantique, le Loiret, la Marne, la Meurthe-et-Moselle, le Morbihan, la Nièvre, le Nord, l'Oise, l'Orne, le Bas-Rhin, le Haut-Rhin, le Rhône, la Sarthe, la Haute-Savoie, la Seine (Paris), la Seine-Maritime, la Seine-et-Marne, les Yvelines, la Somme, le Var, le Vaucluse, la Vendée, les Vosges, l'Yonne, le Territoire de Belfort, l'Essonne, la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne, le Val-d'Oise, et, bien entendu, le très sarkozyste département des Hauts-de-Seine.
Le département où je vote, l'Aveyron, n'est heureusement pas concerné : pour beaucoup de choses, il est toujours en retard sur les autres, et pour une fois, on ne s'en plaindra pas, au contraire ! Par contre, dans la ville où je vis, à Toulouse (Haute-Garonne), les machines à voter ont été expérimentées en 2004, bien qu'un projet de nouvelle expérimentation, prévu pour quelques bureaux de vote en 2007, ait été apparemment abandonné... Le problème est grave, et doit faire l'objet de toute l'attention des citoyens électeurs. Les machines à voter, anti-démocratiques, ne doivent pas être en mesure de fausser les résultats des élections. Le vote sur papier doit donc être maintenu, partout. Les autorités des communes concernées seraient bien avisées de suspendre sans délai l'utilisation des ordinateurs de vote.

Pour ceux que cela intéresse, la liste des villes concernées par ces machines de vote anti-démocratiques est accessible à cette adresse :

http://www.recul-democratique.org/Toutes-les-villes.html
 
Pourquoi manque-t-on à ce point de respect aux citoyens électeurs ? Pourquoi les prends-t-on tous pour des abrutis ? Et pourquoi, par ailleurs, tant de gens persistent-ils à croire aveuglément à tout ce que disent les politiciens, sans le moindre esprit critique ? Où est passé la citoyenneté ? Où est la démocratie ? Où est le Sens ? Les périodes électorales sont, de toute évidences, forcément propices aux arnaques, aux magouilles, aux coups fourrées, aux mensonges, à la bêtise...  Pas de place pour la dignité, la raison, la sagesse, la réflexion...

Dans ce contexte électoral assez sidérant, le témoignage de l'hédoniste athée Michel Onfray, docteur en philosophie, ancien professeur de lycée technique, et fondateur de l'Université populaire de Caen, est des plus intéressants.

Les idées philosophiques de Michel Onfray, et en particulier son athéisme sans concession, ne sont pas ma tasse de thé. Du reste, je n'ai jamais eu besoin d'intellectuels plus ou moins médiatiques comme lui pour m'intéresser à Socrate, à Platon, à Aristote, à Marc Aurèle, à Descartes, à Kant, à Kierkegaard, à Schopenhauer, à Marx, à Nietzsche, à Freud, et aux autres grandes figures de la philosophie occidentale. La pensée d'Onfray ne m'intéresse guère, son attitude quelque peu désinvolte vis-à-vis de la réalité historique ayant tendance à révéler chez lui, semble-t-il, une certaine forme de malhonnêteté intellectuelle : ainsi, laisser entendre, comme il l'a fait, de façon douteuse, que le nazisme serait directement issu du christianisme, et n'aurait aucun lien avec le paganisme - ce qui est faux -, est assez révélateur de la démarche "philosophique" d'Onfray, qui semble avant tout soucieux de légitimer, à tout prix, ses propres convictions d'athée hédoniste et anti-chrétien, au mépris de toute rigueur intellectuelle et de toute vérité historique. Mais passons là-dessus. Ce qui m'intéresse chez Onfray, ce n'est pas le "philosophe", mais le témoin de son temps. Le 9 février dernier, il a crée un blog consacré à l'élection présidentielle, à l'adresse http://michelonfray.blogs.nouvelobs.com. Il y expose son regard d'intellectuel hédoniste athée sur le monde politique comme il va, et ne cache pas sa préférence électorale pour des candidats d'extrême-gauche tels que José Bové et Olivier Besancenot. Le contenu des messages paraissant sur ce blog, moins polémique que l'on pourrait le croire, est à considérer, évidemment, avec un sérieux esprit critique, et aussi un bon zeste d'humour. Et, parfois, son témoignage se révèle donc fort intéressant. Récemment, par exemple, Onfray a fait une sorte de compte rendu de sa rencontre avec Nicolas Sarkozy, organisée le 20 février dernier, par la revue Philosophie magazine.  Quelques jours plus tôt, le 11 février, Onfray avait mis en ligne, sur son blog, un message intitulé "Les habits de grand-mère Sarkozy", dans lequel il dénonce l'hypocrisie et la démagogie de Sarkozy, qui se veut alors rassembleur des Français et se permets notamment de citer Jaurès et Blum dans ses discours, alors qu'il est fondamentalement de droite, contrairement aux grandes figures du socialisme français auxquelles il fait référence. Le message se termine ainsi :

"Si l'on veut désormais que les mots puissent encore signifier, alors recadrons les choses et destinons lui [à Sarkozy] celui de démagogue, de candidat de la démagogie, de roi de la démagogie, de chef de la démagogie, de président de la démagogie. Trente années de politique , de la mairie au ministère en passant par les instances départementales et régionales, témoignent de la nature véritable de cet homme de droite qui revêt aujourd'hui des habits de la gauche. C'est un loup déguisé dans les vielles nippes d'une grand-mère. On connaît l'histoire... Je crains que les habits nouveaux séduisent les amateurs d'histoire, de fable, de romans, de films, de fictions. Le soir du deuxième tour, la grand-mère pourrait bien apparaître à la fenêtre de l'Élysée, les habits du travestissement abandonnés à même le sol , démaquillée, avec le visage qu'on lui connaît depuis trois décennies : celui d'un prédateur. Ce soir là, il sera trop tard pour tous les chaperons - rouges ou non..."

(Michel Onfray, "Les habits de grand-mère Sarkozy", sur son blog http://michelonfray.blogs.nouvelobs.com [crée le 9 février dernier, et consacré à l'élection présidentielle], 11 février 2007)
 
Neuf jours plus tard, la rencontre a donc lieu, au Ministère de l'Intérieur, place Beauvau, entre Sarkozy et Onfray. Voici ce qu'en dit ce dernier :

"Arrivée du Ministre de l'intérieur avec un quart d'heure d'avance, il est 17h00 ce mardi 20 février. Début houleux. Agressivité de sa part. Il tourne dans la cage, regarde, jauge, juge, apprécie la situation. Grand fauve blessé, il a lu mes pages de blog et me toise - bien qu'assis dans un fauteuil près de la cheminée. Il a les jambes croisées, l'une d'entre elles est animée d'un incessant mouvement de nervosité, le pied n'arrête pas de bouger. Il tient un cigare fin et long, étrange module assez féminin. Chemise ouverte, pas de cravate, bijoux en or, bracelet d'adolescent au poignet, cadeau de son fils probablement. Plus il en rajoute dans la nervosité, plus j'exhibe mon calme.
Premier coup de patte, toutes griffes dehors, puis deuxième, troisième, il n'arrête plus, se lâche, agresse, tape, cogne, parle tout seul, débit impossible à contenir ou à canaliser. Une, deux, dix, vingt phrases autistes. Le directeur de cabinet et le porte-plume regardent et écoutent, impassibles. On les imagine capables d'assister à un interrogatoire musclé arborant le même masque, celui des gens de pouvoir qui observent comment on meurt en direct et ne bronchent pas. Le spectacle des combats de gladiateurs.
Je sens l'air glacial que transportent avec eux ceux qui, d'un geste du pouce, tuent ou épargnent. Poursuite du monologue. Logorrhée interminable. Vacheries lancées comme le jet de fiel d'une bile malade ou comme un venin pulsé par le projet du meurtre. Hâbleur, provocateur, sûr de lui en excitant l'adversaire à se battre, il affirme en substance  : « Alors, on vient voir le grand démagogue alors qu'on n'est rien du tout et, en plus, on vient se jeter dans la gueule du loup... » !
Je fais une phrase. Elle est pulvérisée, détruite, cassée, interdite, morcelée : encore du cynisme sans élégance, toujours des phrases dont on sent qu'il les souhaiterait plus dangereuses, plus mortelles sans parvenir à trouver le coup fatal. La haine ne trouve pas d'autre chemin que dans cette série d'aveux de blessure. J'avance une autre phrase. Même traitement, flots de verbes, flux de mots, jets d'acides. Une troisième. Idem. Je commence à trouver la crise un peu longue. De toute façon démesurée, disproportionnée.
Si l'on veut être Président de la République, si l'on s'y prépare depuis le berceau, si l'on souhaite présider les destinées d'un pays deux fois millénaires et jouer dans la cour des grands fauves de la planète, si l'on se prépare à disposer du feu nucléaire, si l'on s'expose depuis des années en s'invitant tous les jours dans les informations de toutes les presses, écrites, parlées, photographiées, numérisées, si l'on mène sa vie publique comme une vie privée, et vice versa, si l'on aspire à devenir le chef des armées, si l'on doit un jour garantir l'État, la Nation, la République, la Constitution, si, si, si, alors comment peut on réagir comme un animal blessé à mort, comme une bête souffrante, alors qu'on a juste à reprocher à son interlocuteur un blog confidentiel peu amène , certes, mais inoffensif ?
Car je n'ai contre moi, pour justifier ce traitement disproportionné , que d?avoir signalé dans une poignée de feuillets sur un blog , que le candidat aux présidentielles me semblait très récemment et fort fraîchement converti à De Gaulle, au gaullisme, à la Nation, à la République, que ses citations de Jaurès et Blum apparaissaient fort opportunément dans un trajet d'une trentaine d?années au cours desquelles ces grands noms étaient introuvables dans ses interventions, questions qui, au demeurant, rendaient possible un débat, et que c'était d'ailleurs pour ces raisons que nous étions là [...]...
[...]
Sur de Gaulle et le gaullisme récent, sur la Nation et la République en vedettes américaines - disons le comme ça... - de son discours d'investiture , sur la confiscation des grands noms de gauche, sur l'Atlantisme ancien du candidat et son incompatibilité avec la doctrine gaullienne, le débat ne prend pas plus . Il m'interpelle : « quelle est ma légitimité pour poser de pareilles questions ? Quels sont mes brevets de gaullisme à moi qui parle de la sorte ? Quelle arrogance me permet de croire que Guy Môcquet appartient plus à la gauche qu'à la France ? ». Donc à lui...
Pas d'échanges, mais une machine performante à récuser les questions pour éviter la franche confrontation. Cet homme prend toute opposition de doctrine pour une récusation de sa personne. Je pressens que, de fait, la clé du personnage pourrait bien être dans l'affirmation d'autant plus massive de sa subjectivité qu'elle est fragile, incertaine, à conquérir encore. La force affichée masque mal la faiblesse viscérale et vécue. Aux sommets de la République, autrement dit dans la cage des grands fauves politiques, on ne trouve semble-t-il qu'impuissants sur eux-mêmes et qui, pour cette même raison, aspirent à la puissance sur les autres. Je me sens soudain Sénèque assis dans le salon de Néron...
[...] De fait, l'ensemble de cette première demi-heure se réduisait à la théâtralisation hystérique d'un être perdu corps et âme dans une danse de mort autour d'une victime émissaire qui assiste à la scène pendant que, de part et d'autre des deux camps, deux fois deux hommes assistent, impuissants, à cette scène primitive du chef de horde possédé par les esprits de la guerre. Grand moment de transe chamanique dans le bureau d'un Ministre de l'intérieur aspirant aux fonctions suprêmes de la République ! Odeurs de sang et de remugles primitifs, traces de bile et de fiel, le sol ressemble à la terre battue jonchées d'immondices après une cérémonie vaudoue...
Tout bascule quand nous entamons une discussion sur la responsabilité, donc la liberté, donc la culpabilité, donc les fondements de la logique disciplinaire : la sienne. Nicolas Sarkozy parle d'une visite faite à la prison des femmes de Rennes. Nous avons laissé la politique derrière nous. Dès lors, il ne sera plus le même homme. Devenant homme, justement, autrement dit débarrassé des oripeaux de son métier, il fait le geste d?un poing serré porté à son côté droit du ventre et parle du mal comme d'une chose visible, dans le corps, dans la chair, dans les viscères de l'être.
Je crois comprendre qu'il pense que le mal existe comme une entité séparée, claire, métaphysique, objectivable, à la manière d'une tumeur, sans aucune relation avec le social, la société, la politique, les conditions historiques. Je le questionne pour vérifier mon intuition : de fait, il pense que nous naissons bons ou mauvais et que, quoi qu'il arrive, quoi qu?on fasse, tout est déjà réglé par la nature.
A ce moment, je perçois là la métaphysique de droite, la pensée de droite, l'ontologie de droite : l'existence d'idées pures sans relations avec le monde. Le Mal, le Bien, les Bons, les Méchants, et l'on peut ainsi continuer : les Courageux, les Fainéants, les Travailleurs, les Assistés, un genre de théâtre sur lequel chacun joue son rôle, écrit bien en amont par un Destin qui organise tout. Un Destin ou Dieu si l'on veut. Ainsi le Gendarme, le Policier, le Juge, le Soldat, le Militaire et, en face, le Criminel, le Délinquant, le Contrevenant, l'Ennemi. Logique de guerre qui interdit toute paix possible un jour.
Dès lors, ne cherchons pas plus loin, chacun doit faire ce pour quoi il a été destiné : le Ministre de l'Intérieur effectue son travail, le Violeur le sien, et il en va d'une répartition providentielle (au sens théologique du terme) de ces rôles. Où l'on voit comment la pensée de droite s'articule à merveille avec l'outillage métaphysique chrétien : la faute, la pureté, le péché, la grâce, la culpabilité, la moralité, les bons, les méchants, le bien, le mal, la punition, la réparation, la damnation, la rédemption, l?enfer, le paradis, la prison, la légion d'honneur, etc.
J'avance l'idée inverse : on ne choisit pas, d'ailleurs on a peu le choix, car les déterminismes sont puissants, divers, multiples. On ne naît pas ce que l'on est, on le devient. Il rechigne et refuse. Et les déterminismes biologiques, psychiques, politiques, économiques, historiques, géographiques ? Rien n'y fait. Il affirme : «  J'inclinerais pour ma part à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie-là. Il y a 1200 ou 1300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n'est pas parce que leurs parents s'en sont mal occupés ! Mais parce que génétiquement ils avaient une fragilité, une douleur préalable. Prenez les fumeurs : certains développent un cancer, d'autres non. Les premiers ont une faiblesse physiologique héréditaire. Les circonstances ne font pas tout, la part de l'inné est immense ». « Génétiquement » :  une position intellectuelle tellement répandue outre-Atlantique  !
La génétique, l'inné, contre le social et l'acquis ! Les vieilles lignes de partage entre l'individu responsable de tout, la société de rien qui caractérise la droite, ou la société coupable de tout, l'individu de rien, qui constitue la scie musicale de la gauche... Laissons de côté la théorie. Je passe à l'exemple pour mieux tâcher de montrer que le tout génétique est une impasse autant que le tout social. Face à cet aveu de lieu commun intellectuel, je retrouve naturellement les techniques socratiques du lycée pour interpeller, inquiéter et arrêter l'esprit, capter l'attention de mon interlocuteur qui, de fait, semble réellement désireux d'avancer sur ce sujet.
J'argumente : Lui dont chacun sait l'hétérosexualité - elle fut amplement montrée sur papier couché, sinon couchée sur papier montré... -, a-t-il eu le choix un jour entre son mode de sexualité et un autre ? Se souvient-il du moment où il a essayé l'homosexualité, la pédophilie, la zoophilie, la nécrophilie afin de décider ce qui lui convenait le mieux  et d'opter, finalement, et en connaissance de cause, pour l'hétérosexualité ? Non bien sûr. Car la forme prise par sa sexualité est affaire non pas de choix ou de génétique, mais de genèse existentielle. Si nous avions le choix, aucun pédophile ne choisirait de l'être...
L'argument le stoppe. Il me semble qu'à partir de ce moment, le candidat aux présidentielles, le ministre de l'intérieur, l'animal politique haut de gamme laisse le pas à l'homme, fragile, inquiet, ostensiblement hâbleur devant les intellectuels, écartant d'un geste qui peut être méprisant le propos qui en appelle aux choses de l'esprit, à la philosophie, mais finalement trop fragile pour s'accorder le luxe d'une introspection ou se mettre à la tâche socratique sans craindre de trouver dans cette boîte noire l'effroyable cadavre de son enfance.
Dans la conversation, il confie qu'il n'a jamais rien entendu d'aussi absurde que la phrase de Socrate « Connais-toi toi-même ». Cet aveu me glace - pour lui. Et pour ce qu'il dit ainsi de lui en affirmant pareille chose. Cet homme tient donc pour vain, nul, impossible la connaissance de soi ? Autrement dit, cet aspirant à la conduite des destinées de la nation française croit qu'un savoir sur soi est une entreprise vaine ? Je tremble à l'idée que, de fait, les fragilités psychiques au plus haut sommet de l'État, puissent gouverner celui qui règne !
Lors de sa parution, j'avais lu Le pouvoir et la vie de Valéry Giscard d'Estaing qui racontait ses crises d'angoisse, ses inhibitions le paralysant dans son véhicule militaire de parade le 14 juillet sur les Champs Élysées, ses prétextes pour quitter le conseil des ministres afin de subir une injection de calmant, son désir de se faire psychanalyser (par Lacan !) pendant son septennat, etc. Je me souvenais de confidences faites par tel ami bien informé sur l'état psychique fort peu reluisant de Jacques Chirac après la dissolution et sur le type de traitement psy qu'il suivait à cette époque. Je me rappelais la fin d'un François Mitterrand , entre voyantes et reliques de sainte Thérèse, invocations des forces de l'esprit, croyance en l'au-delà et abandon aux médecines de perlimpinpin.
Et je voyais là, dans le regard devenu calme du fauve épuisé par sa violence, un vide d'homme perdu qui, hors politique, se défie des questions car il redoute les réponses, et qui, dès qu'il sort de son savoir faire politicien, craint les interrogations existentielles et philosophiques car il appréhende ce qu'elles pourraient lui découvrir de lui qui court tout le temps pour n'avoir pas à s'arrêter sur lui-même.
Les soixante minutes techniquement consenties s'étaient allongées d'une trentaine d'autres. [...]
Dans l'entrebâillement de la porte de son bureau, la tension est tombée. Qui prend l'initiative de dire que la rencontre se termine mieux qu'elle n'a commencé ? Je ne sais plus. Il commente : «  Normal, on est deux bêtes chacun dans notre genre, non ? Il faut que ça se renifle des bêtes comme ça... ». Je suis sidéré du registre : l'animalité, l'olfaction, l'odorat. Le degré zéro de l'humanité donc. Je le plains plus encore. Je conçois que Socrate le plongerait dans des abîmes dont il ne reviendrait pas... Du moins : dont l'homme politique ne reviendrait pas. Ou, disons le autrement : dont l'homme politique reviendrait, certes, mais en ayant laissé derrière lui sa défroque politique pour devenir enfin un homme.
Alors que ses cerbères le prennent presque par la manche, il manifeste le désir de continuer cette conversation, pour le plaisir du débat et de l'échange, afin d'aller plus loin. [...] Dernier mot de Nicolas Sarkozy en forme de lapsus, il est mouvement vers la sortie : «  Je suis quand même un drôle de type, non ? Je dois convaincre soixante-cinq millions de Français, et je vous dis, là, que je voudrais continuer la conversation ! Hein ? Non ? Il n'y a pas autre chose à faire ? Quand même... ». Soixante-cinq millions c'est le nombre des Français à convaincre d'amour, pas celui des électeurs à convaincre de voter..."

(Michel Onfray, "Le cerveau d'un homme de droite. Portrait de Nicolas Sarkozy, acte 1.", sur son blog http://michelonfray.blogs.nouvelobs.com, 3 avril 2007) 

Que l'on vienne pas me dire, après avoir lu cela, que Sarkozy de Nagy-Bocsa est un homme de droite - ou un homme de pouvoir - comme un autre... Comment peut-on penser, comme le candidat de l'UMP, que la perversion pédophile et les tendances suicidaires puissent être inscrites dans les gènes des individus ? C'est tout simplement aberrant... Quant à cette susceptibilité, cette aggressivité défensive, cet orgueil, cette obsession du pouvoir, viscérale chez Sarkozy, on les trouverait volontiers simplement comiques, s'ils n'apportaient pas, en même temps, un éclairage sinistre sur les temps à venir... Sarkozy est un politicien dangereux, n'importe qui ayant un minimum de réflexion ne peut que le constater. Pourtant, celui-ci continue à être considéré comme le futur gagnant de l'élection présidentielle. Ce sont les sondages d'opinion qui le disent, mais on sait bien ce que valent les sondages... Rien n'est donc encore définitif. Cependant, l'électorat sarkozyste existe bel et bien. Dès lors une question ne peut manquer de se poser : comment peut-on vouloir confier la plus haute charge de l'État à cet individu ? Sans doute faudrait-il que les électeurs favorables à Qui-vous-savez se décident, enfin, à utiliser ce que, visiblement, ils négligent depuis trop longtemps : leur cerveau. Est-ce si difficile ? Soyons franc : pour vouloir voter pour Sarkozy, il faut être soit un naïf aveuglé par le cirque médiatique du candidat en question, soit un égoïste très préoccupé du destin de son petit nombril et de son portefeuille...

Michel Onfray a rencontré à nouveau Sarkozy, le matin du 1er mars dernier, pour un petit-déjeuner, toujours au Ministère de l'Intérieur, qui, rappelons-le, se trouve en face du palais de l'Élysée. Ce second entretien a eu lieu dans une ambiance beaucoup plus calme que le précédent. Laissant de côté les "sujets qui fâchent - politique, gaullisme, libéralisme, religion, présidentielles, ministère de l'Intérieur -", les deux hommes ont surtout parlé de littérature, "de Cohen et Rabelais, de Céline et Schopenhauer, de Sénèque et Shakespeare", et cela de façon "inattendu", à en croire le libertaire docteur en philosophie. Onfray a alors eu l'opportunité de cerner davantage la personnalité tourmentée de son interlocuteur ministre et candidat :

"Il avoue ne pas aimer attendre, être pressé, il apprécie les passions fortes, les sensations et les émotions denses, il veut mille vies dans une, la sienne. Je comprends cette façon de voir les choses, car je suis dans le même état d'esprit. Mais lui dans l'inquiétude dispersée, moi dans la quiétude concentrée. Lui, intranquille éparpillé dans les fragments, moi tranquille dans le grand tout. Lui nerveux sans cesse, moi serein tout le temps. Lui n'aimant pas l'introspection, la philosophie, Socrate, moi ayant construit ma vie sur cette discipline, et avec elle, comme une ascèse, depuis des années, puis acquis mon équilibre de haute lutte tant mon départ dans la vie fut contemporain de cauchemars qui rendaient très improbable une vie heureuse."

(Michel Onfray, "L'hémisphère gauche d'un cerveau de droite. Portrait de Nicolas Sarkozy. Acte 2.", sur son blog http://michelonfray.blogs.nouvelobs.com, 6 avril 2007)

Onfray est ensuite sidéré par ce candidat, ministre de l'Intérieur, qui, en lui faisant soudain l'éloge de la transgression, révèle ce trait caractéristique des hommes de pouvoir : "le mépris des lois, l'envie d'occuper un poste, le plus important possible, qui rende possible ce mépris au quotidien, et pour longtemps, car il n'y a au pouvoir que gens sans foi ni loi. Ou du moins pour qui il n'existe qu'une foi et qu'une loi : Soi."

"Voici ses propos : « Je pense que l'on se construit en transgressant, qu'on crée en transgressant. Moi-même j'ai créé mon personnage en transgressant certaines règles de la pensée unique. Je crois en la transgression. Mais ce qui me différence des libertaires (dont j'avais pris soin de lui dire que c'était ma famille), c'est que pour transgresser il faut qu'il y ait des règles ! Il faut qu'il y ait de l'autorité, il faut qu'il y ait des lois. L'intérêt de la règle, de la limite, de la norme, c'est justement qu'elles permettent la transgression. Sans règles, pas de transgression. Donc pas de liberté. Car la liberté, c'est transgresser ». Sidérant : la saillie mérite une note sur sa fiche aux renseignements généraux...
[...]
Nous allions vers la fin de notre entretien. J'étais le libertaire qui défend la loi, il était le disciplinaire qui célébrait la transgression ! Le ministre de l'Intérieur ne trouvait aux règles qu'une bonne raison d'exister : la possibilité de les ignorer ; le philosophe nietzschéen parlait pour peu d'interdits, mais pour des interdits majeurs, fondateurs de communautés qui, sinon, deviennent impossibles. Et le premier n'excluait pas de partir en vacances avec le second - qui, lui, n'envisageait pas la chose... Le monde à l'envers !
Les sabliers vinrent rappeler au candidat qu'il avait autre chose à faire que discuter et tirer des plans sur la comète philosophique. [...] Dans l'embrasure de la porte, il me confie le plaisir qu'il a eu à ces conversations. Sans sourciller, le plus sérieusement du monde, il ajoute : « vous viendrez me voir quand je serai en face »... Nouvelle sidération !
[...]
J'ai de la compassion - de la « tendresse de pitié » écrirait Albert Cohen - pour un être qui se détourne autant de lui-même, qui déteste son enfance, qui rit du projet de Socrate, qui veut toujours être dans un temps qui n'existe pas et qui, pour ce faire, piétine son présent avec la même ardeur qu'il foule son passé lointain ; j'ai de la compassion pour cet individu qui voudrait tellement être aimé et, maladroit, se fait tant détester ; j'ai de la compassion pour cet homme blessé qui croit pouvoir panser ses plaies avec les fétiches de la puissance ; j'ai de la compassion pour cet homme fragile qui sur-joue tellement la force ; j'ai de la compassion pour cet homme qui n'échappera pas à lui-même : qu'il soit un jour Président de la République, ou qu'il ne le soit pas. L'air était frais, la lumière rasante, le soleil cru, les ombres humides. Je n'aurais pas échangé une seconde de sa vie pour une seconde de la mienne..."

(Michel Onfray, "L'hémisphère gauche d'un cerveau de droite. Portrait de Nicolas Sarkozy. Acte 2.", sur son blog http://michelonfray.blogs.nouvelobs.com, 6 avril 2007) 

J'avoue que j'aimerai bien retrouver le chemin de cette "quiétude concentrée" dont parle Onfray, cet état de sérénité si propice à la réflexion, à la méditation, duquel le rouleau compresseur médiatique de Sarkozy et de ses sous-fifres m'a arraché, pour me précipiter dans un état d'inquiétude et de haine de plus en plus insupportable... Sarkozy aurait-il réussi à me transformer en son propre reflet ? J'ai longtemps voulu ne nourrir à son égard qu'une détestation toute politique, mais aujourd'hui, il est clair que je hais cet homme, lui et tout ce qu'il représente, au delà du combat strictement politique... Désormais, je ne vois de porte de sortie acceptable que dans la défaite de Sarkozy. Encore 14 jours d'attente, interminables, pour enfin, peut-être, sortir de ce cauchemar, reprendre une vie normale et retrouver - enfin ! - un peu de paix et de sérénité... La considération de la situation sous un angle satirique est la seule chose qui m'aide à supporter ce mauvais numéro de cirque qu'est l'actuelle campagne électorale...

La même question revient toujours, sans cesse : comment tout cela va-t-il finir ? J'aimerai bien le savoir, tant l'incertitude est grande... Personne ne semble être en mesure d'exercer le moindre contrôle sur cette situation aberrante, si favorable à l'élection de Talonnette Ier. Si cela ne tenait qu'à moi, il y a longtemps que la carrière politique de Sarkozy serait terminée... Je continue d'espérer que les citoyens électeurs agiront sagement, dans les prochaines semaines...
 
Il fut un temps où un empereur, Marc Aurèle, philosophe stoïcien, gouvernait l'Empire romain, qui couvrait alors, au IIe siècle de notre ère, tout le pourtour méditerranéen. C'était il y a bien longtemps, dans un contexte bien différent de celui du monde d'aujourd'hui. Il faut croire que l'utopie de la cité gouvernée par un "roi-philosophe", imaginée par Platon, n'est vraiment pas pour notre époque. Au fond, ce que je souhaiterai, c'est de n'être ni gouverné par les autres, ni de gouverner moi-même les autres, mais que ce soit la raison et la sagesse qui gouvernent tout le monde. Or, comme on peut le constater, nous en sommes bien loin : il n'y a qu'à observer Sarkozy et les électeurs qui disent vouloir voter pour lui...
 
Cordialement, :-)
 
Hyarion, l'anarcho-monarchiste résolument anti-sarkozyste.

(Illustration : La Nef des fous, huile sur bois [v. 1510-1515], par Jérôme Bosch, Paris, Musée du Louvre ; Les Dindons, huile sur toile [1877], par Claude Monet, Paris, Musée d'Orsay ; Détail du tableau Surpris !, huile sur toile [1891], par Henri Rousseau, dit le Douanier Rousseau, Londres, National Gallery ; Caricature de Sarkozy en "Youki Beauvau", par Lefred-Thouron, publiée dans Élysée-moi !, Les Dossiers du Canard Enchaînée N°103, avril 2007)
Par Hyarion - Publié dans : Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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Jeudi 5 avril 2007
 
"Mes chers compatriotes de métropole, d'outre-mer, de l'étranger,
Ce soir, c'est avec au cœur l'amour et la fierté de la France que je me présente devant vous.
La France est une Nation ardente et indépendante. La France, c'est une Nation engagée pour la justice et pour la paix. C'est une voix qui s'élève au-dessus des intérêts particuliers. La France, mes chers compatriotes, je l'aime passionnément. J'ai mis tout mon cœur, toute mon énergie, toute ma force, à son service, à votre service. Servir la France, servir la paix, c'est l'engagement de toute ma vie.
[...]
Mes chers compatriotes, au terme du mandat que vous m'avez confié, le moment sera venu pour moi de vous servir autrement. Je ne solliciterai pas vos suffrages pour un nouveau mandat. D'une manière différente, mais avec un enthousiasme intact et la même passion d'agir pour vous, je continuerai à mener les combats qui sont les nôtres, les combats de toute ma vie, pour la justice, pour le progrès, pour la paix, pour la grandeur de la France.
S'agissant des échéances électorales, j'aurai l'occasion d'exprimer mes choix personnels.
[...]
Mes chers compatriotes, vous l'imaginez, c'est avec beaucoup d'émotion que je m'adresse à vous ce soir. Pas un instant, vous n'avez cessé d'habiter mon cœur et mon esprit. Pas une minute, je n'ai cessé d'agir pour servir cette France magnifique. Cette France que j'aime autant que je vous aime. Cette France riche de sa jeunesse, forte de son histoire, de sa diversité, assoiffée de justice et d'envie d'agir. Cette France qui, croyez-moi, n'a pas fini d'étonner le monde.
Vive la République ! Vive la France ! "

(Jacques Chirac, allocution radio-télévisée, palais de l'Élysée, 11 mars 2007)


Dans mon précédent message consacré au président de la République sortant, intitulé "Jacques Chirac : un dernier petit meurtre politique avant d'aller en taule ?", il m'avait semblé fort probable que le chef de l'État ne se représenterait pas comme candidat à sa propre succession. C'est donc sans surprise que l'on a pu assister, le soir du dimanche 11 mars, à une allocution radio-télévisée au cours de laquelle Jacques Chirac a annoncé qu'il ne "solliciterai[t] pas [n]os suffrages pour un nouveau mandat". L'émotion était palpable dans les propos de Chirac, lors de cette allocution : après avoir passé douze années à l'Élysée, il fut sans doute difficile pour lui d'annoncer son départ, au mois de mai prochain... Pour un peu, on finirait par oublier que le président de la République a commencé sa carrière politique il y a 40 ans, et qu'il a ainsi vécu - et bien vécu ! -, jusqu'ici, aux "frais de la princesse", autrement dit aux frais de l'État, et donc des contribuables... Assurément, il était temps que cela s'arrête...

Chirac a attendu dix jours avant de finir par annoncer officiellement, toujours à l'Élysée, son soutien au candidat de son choix à l'élection présidentielle.
 
"Avec le Premier ministre, j'ai reçu ce matin le ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur. M. Nicolas Sarkozy nous a fait part de son souhait de quitter le gouvernement lundi prochain et ceci pour se consacrer pleinement à la campagne électorale. Je l'ai accepté. Et cet entretien a été pour nous, pour le Premier ministre et pour moi, l'occasion de saluer son travail, son engagement, ses résultats au  ministère de l'Intérieur.
S'agissant de mes choix personnels, les choses sont simples. Il y a cinq  ans, j'ai voulu la création de l'UMP et ceci pour permettre à la France de  conduire une politique rigoureuse de modernisation, dans la durée. Dans sa diversité, cette formation politique a choisi de soutenir la  candidature de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle et ceci en raison de ses qualités. C'est donc tout naturellement que je lui apporterai mon vote et mon soutien".

(Jacques Chirac, déclaration télévisée enregistrée à l'Élysée, diffusée notamment sur la chaîne I-Télé, 21 mars 2007)


Chirac soutenant la candidature de Sarkozy de Nagy-Bocsa ? On a bien du mal à y croire...
Le jour de son allocution du 11 mars, peu avant l'enregistrement de celle-ci, le président sortant ne se privait de critiquer encore le candidat de l'UMP. Évoquant le énième changement de stratégie électorale de Sarkozy, qui, après avoir joué les humanistes et cité Jaurès et Blum pour tenter de séduire le centre et la gauche, s'est de nouveau remis à racoller l'électorat de Le Pen, à coups de discours populistes, Chirac a ainsi déclaré, à propos de la campagne de Talonnette Ier :
 
"Ça prend l'eau [...]. Sa campagne est en train de prendre une mauvaise tournure. Il va, il vient, il fait une campagne en zig-zag. Tout cela n'est pas bon."

(Jacques Chirac, à propos de Sarkozy et de sa campagne, le 11 mars 2007, cité dans Le Canard Enchaîné N°4507, 14 mars 2007)
 
La proposition absurde faite par Sarkozy, le 8 mars dernier, de créer un "ministère de l'immigration et de l'identité française" s'il est élu, a été, comme cela était prévisible, désapprouvé par Chirac, au point que celui-ci a tenu à remanier son discours du 11 mars à la radio et à la télévision, pour insister sur la nécessité de refuser toute concession à l'égard de l'extrême-droite :

"Mes chers compatriotes, [...] ne composez jamais avec l'extrémisme, le racisme, l'antisémitisme ou le rejet de l'autre. Dans notre histoire, l'extrémisme a déjà failli nous conduire à l'abîme. C'est un poison. Il divise. Il pervertit, il détruit. Tout dans l'âme de la France dit non à l'extrémisme. Le vrai combat de la France, le beau combat de la France, c'est celui de l'unité, c'est celui de la cohésion. Oui, nos valeurs ont un sens ! Oui, la France est riche de sa diversité ! Oui, l'honneur de la politique, c'est d'agir d'abord pour l'égalité des chances ! C'est de permettre à chacun, à chaque jeune, d'avoir sa chance. Ce combat, malgré tous les obstacles, et même si je mesure le chemin qui reste à parcourir, il est désormais bien engagé. Il doit nous unir dans la durée. C'est l'une des clés de notre avenir."

(Jacques Chirac, allocution radio-télévisée, palais de l'Élysée, 11 mars 2007, op.cit.)
 
En petit comité, la critique de Chirac s'est faite plus précise, vis-à-vis de Talonnette Ier :
 
"Mêler, comme l'a fait Sarkozy, immigration et identité nationale, c'est le pire des choix qu'il pouvait faire, parce que ce n'est pas dans la tradition française. [...] Plus Sarkozy droitisera son discours, plus les choses se compliqueront pour lui au second tour. Ce n'est pas comme ça qu'il rassemblera et qu'il gagnera."

(Jacques Chirac, à propos de Sarkozy, cité dans Le Canard Enchaîné N°4507, 14 mars 2007)
 
Cela n'a tout de même pas empêché le président sortant d'affirmer officiellement son soutien au candidat de l'UMP. Mais le moins que l'on puisse dire, c'est que ce soutien apparaît assez peu enthousiaste, à en juger par sa déclaration du 21 mars. Chirac a ainsi expliqué la sobriété de sa déclaration :

"Je ne pouvais pas en faire plus [...]. Cela aurait paru hypocrite. J'avais toujours dit que, si c'était Sarkozy, je le soutiendrais. Je l'ai donc fait sans excès : d'ailleurs il souhaitait un soutien mesuré."

(Jacques Chirac, à propos de sa déclaration de soutien à Sarkozy, cité dans Le Canard Enchaîné N°4509, 28 mars 2007)
 
Et Talonnette Ier, pour sa part, n'a pas été étonné de la façon dont le président a annoncé son soutien :
 
"Je ne m'attendais pas à ce que Chirac en fasse plus. S'il en avait trop fait, cela m'aurait plombé ; s'il n'en avait pas fait assez, cela serait passé pour un désaveu."

(Sarkozy, à propos de la déclaration de soutien de Jacques Chirac à sa candidature, cité dans Le Canard Enchaîné N°4509, 28 mars 2007)
 
Les deux hommes seraient-ils donc réconciliés ? Lorsque l'on songe aux relations qu'ils ont entretenu ces quinze dernières années, on peut franchement en douter...

Petit rappel des faits : remarqué pour la première fois par Chirac en 1975, alors qu'il était encore un jeune militant de l'UDR (ancêtre du RPR), Nicolas Sarkozy a contribué au meeting de lancement du RPR le 5 décembre 1976, avant de se retrouver plus tard à la tête du comité de soutien des jeunes à la candidature de Jacques Chirac en 1980. Après avoir soutenu le futur président aux élections pésidentielle de 1981 et 1988, Talonnette Ier, maire de Neuilly-sur-Seine depuis 1983, a cherché à se rapprocher de la famille Chirac en courtisant la fille cadette, Claude. En 1992, il est d'ailleurs devenu suffisemment proche d'elle pour que celle-ci le choisisse comme témoin à son mariage avec un politilogue. "L'ami de Claude" est alors un intime du clan Chirac, qui règne alors sur la mairie de Paris. Lorsqu'en 1993, Sarkozy se met au service d'Edouard Balladur, dans la perspective de la victoire de la droite aux élections législatives, il le fait en ayant la confiance de Chirac. Celui-ci, en attendant d'accéder à la présidence de la République à la prochaine élection de 1995, préfère laisser en effet le poste de Premier ministre à Balladur. Toujours soucieux de favoriser l'avancement de sa carrière politique, Sarkozy, devenu ministre du Budget et porte-parole du gouvernement de la seconde cohabitation, côtoit très souvent ledit Balladur. Dans la mesure où le nouveau Premier ministre s'estime intellectuellement supérieur à Chirac, Talonnette Ier commence alors à jouer un double jeu : il ménage Chirac tout en encourageant Balladur à songer à se lancer dans la course à l'Élysée, malgré la promesse que ledit Balladur a fait à Chirac de ne pas se présenter contre lui. La trahison de Sarkozy intervient à l'automne 1993, ainsi que Chirac l'a lui-même relaté dans un livre de Pierre Péan paru assez récemment (voir le message intitulé "Jacques Chirac : un dernier petit meurtre politique avant d'aller en taule ?"). A partir de se moment-là, Sarkozy, qui a choisit de servir Balladur, va tout faire pour isoler Chirac, pourtant président du RPR, et pour le décrédibiliser au sein de la droite. Il fait tout ce qu'il peut pour assurer le soutien des ministres du gouvernement à la candidature de Balladur et pour rallier les élus de droite à sa cause, en promettant des portefeuilles ministériels, en pratiquant le chantage à la subvention, ou en menaçant les députés de ne pas les soutenir pour leur réélection s'ils restent chiraquiens. Au bout de quelques mois, la situation devient dramatique pour Jacques Chirac : maire de Paris et président du RPR, il n'est plus soutenu que par une poignée de fidèles dans son camp, au point que Sarkozy, croyant certaine la victoire de Balladur, se laisse aller à un excès d'arrogance :

"L'électro-encéphalogramme chiraquien est plat. Ce n'est plus l'Hôtel de Ville [de Paris], c'est l'antichambre de la morgue."

(Sarkozy, à propos de Jacques Chirac, vers 1994, cité in "Sarkozy, l'homme (trop) pressé",  Les dossiers du Canard Enchaîné N°89, octobre 2003)


"Chirac est mort, il manque juste les trois dernières pelletées de terre."


(Sarkozy, à propos de Jacques Chirac, vers 1994, cité par Nicolas Domenach et Maurice Szafran, in Le roman d'un président, Plon, 2000, repris in "Sarkozy, l'homme (trop) pressé",  Les dossiers du Canard Enchaîné N°89, octobre 2003)
 
Talonnette Ier est tellement sûr de son coup qu'il finit par en faire trop, en multipliant les phrases assassines dans la presse et en encourageant le zèle de l'administration fiscale vis-à-vis de ce qui reste du camp chiraquien. Le journal Le Monde publie même des informations concernant la vente au Port autonome de Paris de terrains appartenant à la famille de Bernadette Chirac, épouse de Jacques, laquelle aurait réalisé à cette occasion une intéressante plus-value. Le clan Chirac suspecte fortement Sarkozy, ministre du Budget, d'être à l'origine de l'affaire. Or, voila que le vent finit par tourner, à partir de février 1995. Après avoir été pendant longtemps le symbole de la popularité de Balladur, les sondages d'opinion deviennent, peu à peu, de plus en plus favorables à Chirac. Dans le camp balladurien, c'est alors le début de la débâcle. Les ralliements à Chirac se multiplient, et celui-ci finit par être élu président de la République, en mai 1995, Balladur ayant dû s'incliner dès le soir du premier tour de l'élection. Après avoir tué Chaban-Delmas en 1974, tué Giscard d'Estaing en 1981, tué Barre en 1988, Chirac peut alors ajouter Balladur à son tableau de chasse... Pour Sarkozy, c'est la descente aux enfers : Chirac va lui faire chèrement payer sa trahison et son arrogance. Talonnette Ier est écarté de toute fonction gouvernementale après la victoire chiraquienne. En 1997, après la dissolution chiraquienne râtée de l'Assemblée, Philippe Séguin prend le contrôle du RPR et Sarkozy devient secrétaire général du parti crypto-gaulliste : Chirac se méfie de ce tandem et le surnomme "Laurel et Hardy". En avril 1999, Séguin ayant abandonné la présidence du RPR en rase campagne juste avant les élections européennes, Sarkozy le remplace au pied levé, et fonce tout droit vers la défaite électorale en juin. Talonnette Ier voudrait bien cependant être élu président du parti par les militants en décembre 1999, mais Chirac s'arrange pour l'en empêcher. La traversée du désert continue. Il faudra attendre 2002, l'année de la réélection du président Chirac, pour que Sarkozy obtienne enfin à nouveau des responsabilités gouvernementales, en l'occurence celles de Ministre de l'Intérieur. La suite, on la connaît : en 2004, Qui-vous-savez devient le tout-puissant président de l'UMP, le parti unique de la droite voulu par Chirac en 2002. Désigné candidat à l'élection présidentielle de 2007 par les militants dudit parti, Sarkozy s'est donc arrangé pour finalement revenir dans la course...

Dans ce contexte, comment ne pas penser que Chirac, en affirmant soutenir celui qui l'a trahi en 1993-1995, n'a fait que sauver les apparences ? Il s'est incliné devant la décision, légèrement téléphonée, des militants de l'UMP de désigner Sarkozy comme candidat à sa succession à la magistrature suprême. Le fait est qu'après les défaites de la droite aux élections régionales et européennes en 2004, puis l'échec personnel du président en 2005, avec la victoire du "non" au référendum sur le traité constitutionnel européen, Chirac n'avait plus d'espace politique pour tenter l'aventure d'une deuxième réélection à la présidence de la République. Par ailleurs, son actuel Premier ministre en fin de course, le très chiraquien Dominique Galouzeau de Villepin, a été, pour sa part, incapable de s'imposer politiquement à droite, et donc de constituer une véritable alternative face à Talonnette Ier. Jacques Chirac, malgré tous ces efforts, n'a donc pas réussi à empêcher l'ascension de Sarkozy, "le petit salaud" de Neuilly-sur-Seine. Mais il est bien évident que si les circonstances avaient été plus favorables, il ne se serait sûrement pas incliné face à Talonnette Ier, et on peur remarquer qu'il a d'ailleurs attendu presque le dernier moment pour annoncer qu'il renonçait à briguer un troisième mandat...

En admettant qu'il ait pu passer l'éponge sur la trahison des années Balladur, ce qui est fort peu probable, Chirac ne partage pas les mêmes idées politiques que Sarkozy sur de nombreux sujets. On sait, par exemple, que si Sarkozy avait été à la place de Chirac en 2003, il aurait très certainement voulu suivre le président des États-Unis d'Amérique, George W. Bush, dans sa désastreuse expédition guerrière en Irak, alors que Chirac s'est heureusement, au contraire, résolument opposé à cette guerre absurde, faite sans le soutien de l'Organisation des Nations Unies, au mépris du droit international, et qui n'a fait que contribuer à déstabiliser encore davantage la situation géopolitique, déjà difficile, du Moyen-Orient. Sarkozy est un atlantiste, adepte d'un certain suivisme vis-à-vis de l'hyper-puissance des États-Unis. Chirac est davantage partisan d'un monde multipolaire, soucieux de l'indépendance de la France, et du respect du droit international.
Il se trouve que, par quelque extraordinaire coïncidance, alors que Chirac venait d'apporter son soutien à la candidature de Sarkozy, le journal le Monde a évoqué la publication de deux ouvrages signés du chef de l’Etat parus aux éditions Odile Jacob. Ces deux livres, intitulés explicitement "Mon combat pour la France" et "Mon combat pour la paix", sont des recueils des principales interventions de Chirac depuis le début de son premier mandat, en 1995. Pour chacun de ces livres, le président sortant a écrit un avant-propos, dont le Monde a publié des extraits, et dans lesquels Chirac expose ses convictions, en ayant très probablement la volonté de peser dans la campagne électorale, à défaut d'être candidat à sa propre succession. "De mon éducation et de ma formation républicaines, j'ai retiré la conviction que la France doit être gouvernée avec mesure. Cette mesure n'est ni de droite, ni de gauche, ni d'ailleurs du centre", écrit-il  (Le Monde, 22 mars 2007). Dans le domaine des affaires étrangères, il affirme, contre l'atlantisme de Sarkozy, son attachement à la "voie propre" de la France, dans une tradition gaullienne qu'il revendique, et souligne qu'"à la veille de choix qui engageront notre avenir, nous devons être pleinement conscients de l'importance des enjeux internationaux" (Le Monde, 22 mars 2007). Concernant la politique économique et sociale de la France, là encore vis-à-vis de Nicolas Sarkozy, qui, on le sait, est partisan d'un libéralisme économique forcené et d'une forme de discrimination "positive" des Français issus de l'immigration, Chirac ne manque pas de critiquer directement ceux qui "pensent que le salut de la France passe par une brutale saignée libérale et par le démantèlement de notre modèle social", ainsi que "le concept pernicieux de la discrimination même positive" (Le Monde, 22 mars 2007).
Le président sortant a ainsi commenté, devant des fidèles, les convictions qu'il a choisi d'affirmer dans ses deux livres :
 
"C'est toujours ce que j'ai pensé [...]. Ce sont les raisons qui me poussent à ne pas porter Sarkozy dans mon cœur. Nous ne voyons pas la France de la même façon. Lui a un côté communautariste, atlantiste et libéral. Et moi je suis attaché au modèle français."

(Jacques Chirac, à propos de ses divergences politiques avec Sarkozy, cité dans Le Canard Enchaîné N°4509, 28 mars 2007)
 
Voila des propos qui donnent une idée de la nature du soutien de Chirac à Sarkozy : il s'agit essentiellement de ne pas désavouer la décision des membres de l'UMP, mais en aucun cas de cautionner les idées du candidat choisi par le parti. Et, du reste, qui peut affirmer que Chirac a pardonné à Talonnette Ier sa trahison ? Le soutien du chef de l'État ressemble à celui que François Mitterrand avait accordé, du bout des lèvres, au candidat socialiste Lionel Jospin en 1995, voire à celui, sans doute encore plus mesuré, que Jacques Chirac avait lui-même accordé "personnellement", et visiblement à contre-coeur, entre les deux tours de l'élection présidentielle de 1981, au président sortant Valéry Giscard d'Estaing, candidat de l'UDF : Chirac, après avoir été le Premier ministre de Giscard de 1974 à 1976, avait rompu avec lui, n'ayant pas apprécié d'être maintenu dans un rôle subalterne par le président de l'époque, et on sait qu'il est fort probable que les responsables du RPR, en 1981, ont tout fait pour favoriser la victoire de Mitterrand face à Giscard... Le soutien de Chirac accordé à Sarkozy est, assurément, comme pour Giscard en 1981, un soutien de façade...

Le président sortant, à l'évidence, ne verrait pas d'un mauvais oeil la défaite électorale de Talonnette Ier. Chirac est un tueur politique. S'il n'est peut-être pas en mesure, aujourd'hui, d'éliminer lui-même Qui-vous-savez, il peut cependant être de bon conseil concernant l'attitude à adopter face au candidat Sarkozy.

Vers 1995, Chirac a prononcé une formule concernant Sarkozy, dont il existe plusieurs versions.
La plus récente est celle donné par Patrick Rotman, dans son documentaire "Chirac", diffusée sur France 2 en octobre 2006 :
 
"[Sarkozy,] il faut lui marcher dessus, et du pied gauche, car cela porte bonheur."

(Jacques Chirac en 1995, cité par Patrick Rotman, dans le documentaire "Chirac", France 2, 2006)
 
Personnellement, je préfère une version plus ancienne de cette formule chiraquienne, citée par la journaliste Ghislaine Ottenheimer dans un de ses livres politiques, intitulé Le Fiasco (1996), et consacré aux premiers mois du premier mandat présidentiel de Chirac :
 
"Sarkozy, il faut lui marcher dessus. Pour deux raisons. Un, c'est la seule chose qu'il comprenne. Deux, ça porte chance."

(Jacques Chirac, cité par Ghislaine Ottenheimer, in Le Fiasco, Albin Michel, 1996)
 
Voila la véritable consigne de Chirac pour la prochaine élection ! Cette formule chiraquienne, tout à fait pertinente, est, bien évidemment, la devise de ce blog !

Ainsi, l'objectif est clair. Français, citoyens anti-sarkozystes, votez avec vos pieds ! Allez donc accomplir votre devoir civique le jour de l'élection, et, bien entendu, votez résolument contre Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa !
Les intérêts supérieurs de la France et du peuple sont en jeu !
 
Cordialement, :-)
 
Hyarion, l'anarcho-monarchiste résolument anti-sarkozyste.
 
 
Annexe :
Je ne peux résister au plaisir d'évoquer ici un "tube" des années 1980 comme on n'en fait plus : "Jacques Chirac maintenant". Dans le domaine de la chanson politique, c'est un véritable chef d'oeuvre ! ;-)
Chanson de campagne présidentielle de 1981 pour certains, ou de 1988 pour d'autres, elle apparaît dans un film pro-RPR de 1986, "La nuit du risque" de Sergio Gobbi, et a servi pour au moins une des deux campagnes électorales présidentielles que Jacques Chirac a mené dans les années 1980. Plus récemment, en 2006, elle a été réutilisée dans le film documentaire Dans la peau de Jacques Chirac, de Michel Royer et Marc Tellenne (ce dernier étant plus connu sous le pseudonyme de Karl Zéro). Depuis le temps que cette chanson circule sur Internet, tout le monde devrait la connaître... En tout cas, pour ma part, je ne m'en lasse pas... ;-)
Assurément, lorsqu'il aura quitté l'Élysée, Jacques Chirac va nous manquer... ;-)
 
 

Chanson de campagne "Jacques Chirac Maintenant"

 
(Auteur : P. Stive ; source : http://www.fluctuat.net/influx/politique/Chanson-de-Campagne-chirac-rpr-1981.mp3)
 
" On a dans notre pays
Le pouvoir de changer de vie
Demain si nous le voulons
Tous ensemble nous réussirons
La France a besoin d'un homme de courage, de résolution
Votons Jacques Chirac
En avant toute la nation

Pour tous Jacques Chirac
Maintenant Président
Ensemble maintenant
Jacques Chirac Président

Pour tous Jacques Chirac
Maintenant Président
La France doit montrer le chemin de la liberté
Liberté de travailler, de mieux vivre dans chaque foyer
Votons Jacques Chirac
En avant toute la nation

Pour tous Jacques Chirac
Maintenant Président
Ensemble maintenant
Jacques Chirac Président

On a dans notre pays
Le pouvoir de changer de vie
Pour tous Jacques Chirac
Maintenant Président

La France a besoin d'un homme de courage, de résolution
Pour tous Jacques Chirac
Maintenant président

Ensemble maintenant
Jacques Chirac Président "
 
 
(Illustrations : Caricature de Chirac quittant l'Élysée, par Pétillon, publiée dans Le Canard Enchaîné N°4498, 10 janvier 2007 ; Balladur et Sarkozy vers 1993-1995, Giscard d'Estaing et Chirac en 1976, photos extraites des archives de l'INA, reprises dans le film documentaire Dans la peau de Jacques Chirac de Karl Zéro et Michel Royer, © Rezo Films, 2006 ; Caricature de Chirac et Galouzeau de Villepin, par Kiro, publiée dans Le Canard Enchaîné N°4509, 28 mars 2007 ; Chirac vers 1995, photo extraite d'une archive de l'INA, reprise dans le film documentaire Dans la peau de Jacques Chirac de Karl Zéro et Michel Royer, © Rezo Films, 2006 ; Caricature de Bernadette et Jacques Chirac, par Lefred-Thouron, publiée dans Le Canard Enchaîné N°4509, 28 mars 2007)
 
Par Hyarion - Publié dans : Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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