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"Sarkozy, il faut lui marcher dessus. Pour deux raisons. Un, c'est la seule chose qu'il comprenne. Deux, ça porte chance." (Jacques Chirac)


(Jacques Chirac, par Kiro)

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Jeudi 12 juin 2008 4 12 /06 /2008 22:43
La mise en sommeil du présent blog approchant, en raison de diverses contraintes, il est sans doute temps d'écrire quelques mots au sujet du Parti Socialiste. Depuis mon adhésion à ce parti, évoqué dans un précédent article du mois de mars dernier, je n'en ai pas beaucoup parlé ici, d'abord parce que le temps me manquait pour cela, et, surtout, parce qu'il n'y avait, pour être franc, pas grand-chose à dire sur le PS. Depuis le paiement de ma première cotisation, le 19 mars dernier, je n'ai pas reçu beaucoup de nouvelles particulières en provenance du parti, en dehors de celles, généralistes, contenus dans l'Hebdo des Socialistes que je reçois régulièrement depuis mon adhésion, et celles, habituelles, qui me parviennent par le biais des médias traditionnels. Ma carte d'adhérent, par ailleurs, se fait toujours attendre, mais on m'a assuré qu'il était normal que celle-ci ne me parvienne pas avant quelques mois, dans la mesure où, en fait, elle ne sert pas à grand-chose sur le plan pratique. L'important, parait-il, c'est d'être inscrit sur le fichier national des adhérents. Or, il semblerait que je sois bien inscrit sur ce fichier, puisque j'ai reçu, vers la fin du mois dernier, un courrier personnel contenant, d'une part, un certain nombre d'informations internes concernant les prochaines élections sénatoriales, informations destinées aux adhérents socialistes de la fédération de l'Aveyron - à laquelle j'ai choisi d'être rattaché, bien qu'habitant toujours à Toulouse pour le moment -, et d'autre part, une invitation du premier secrétaire fédéral Ludovic Mouly, adressée "à tous les militants aveyronnais" du PS, invitation à assister à une soirée conviviale organisée par la Fédération du Parti Socialiste de l'Aveyron pour célébrer les victoires de la gauche dans le département aux dernières élections municipales et cantonales du mois de mars. La soirée a eu lieu vendredi dernier, 6 juin, à la salle polyvalente de la commune d'Olemps, limitrophe de celle de Rodez, en présence de Martin Malvy, président socialiste de la Région Midi-Pyrénées, et de Bertrand Delanoë, maire socialiste de Paris. Comme il s'agissait de la première réunion publique du PS à laquelle j'étais convié depuis mon adhésion, je m'y suis naturellement rendu. Mais avant de livrer succintement mes impressions, quelques dépêches de l'Agence France Presse s'imposent sans doute, pour planter le décor politique, tout entier caractérisé par le combat des chefs, commencé depuis quelques semaines, pour prendre le contrôle du PS à l'occasion du prochain Congrès du parti en novembre, lequel Congrès, finalement, n'aura pas lieu à Toulouse mais à Reims, ce qui, par ailleurs, géographiquement parlant, ne m'arrange pas du tout...

Direction du PS : le duel Royal-Delanoë lancé, avec le "libéralisme" en hors d'oeuvre


Le duel pour la direction du PS est lancé entre Ségolène Royal et Bertrand Delanoë, qui ont déclenché les hostilités sur le "libéralisme", mis en avant par le maire de Paris, et la "démocratie participative", thème cher à l'ex-candidate à la présidentielle.

Les deux principaux prétendants à la succession de François Hollande -même si M. Delanoë n'est toujours pas, officiellement, candidat- ont manifestement décidé de se rendre coup pour coup dans la perspective du Congrès de Reims, en novembre.

Dans son livre, "De l'audace !", publié [le 22 mai] juste après l'entrée en lice surprise de Mme Royal, le maire de Paris a le premier ciblé son adversaire en raillant le concept de démocratie participative, au coeur de sa campagne présidentielle.

"On ne peut pas se contenter de recueillir les avis, il faut donner le sien. Ce sont les limites de la formule « votre projet sera le mien »", écrit-il.

Surtout, il a jeté un pavé dans la mare au sein du PS en se proclamant "socialiste et libéral" et en estimant que "le libéralisme est d'abord une philosophie politique de la liberté".

Mme Royal lui a répondu dès samedi [24 mai], à peine achevée la réunion des partisans du maire de Paris à La Mutualité. Le mariage entre libéralisme et socialisme? "Totalement incompatible!", a-t-elle assené.

Elle a développé son propos dimanche [25 mai] sur Canal+, en lançant, tout en se défendant de vouloir "caricaturer" M. Delanoë : "je ne pourrais jamais dire comme a dit Bertrand Delanoë « je suis libéral ». Le mot libéralisme est le mot de nos adversaires politiques et je crois que le socialisme a déjà intégré tout l'héritage des libertés individuelles".

"Les socialistes ne sont pas pour le social contre l'économique, ils pensent que l'un ne va pas sans l'autre. (Mais) réhabiliter ce mot de libéralisme, non ! (...) En France, il est tellement chargé et tellement synonyme de capitalisme débridé et de dégâts", a-t-elle ajouté, citant trois fois Jean Jaurès, avant de lâcher : M. Delanoë "peut peut-être évoluer, se rendre compte aussi" de ça.


La présidente de Poitou-Charentes a regretté aussi que son adversaire "tourne en dérision" son concept de démocratie participative, mais elle "ne renonce pas à convaincre tous ceux qui n'ont pas encore compris jusqu'où on pouvait aller pour améliorer l'efficacité de notre système grâce à la démocratie, notamment participative".

"Ségolène dit que c'est incompatible, je respecte son point de vue, ce n'est pas le mien. C'est un débat d'idées. Je croyais dire quelque chose d'évident : je suis libéral et socialiste", a répliqué dimanche [25 mai] M. Delanoë sur Europe 1, avant d'affirmer: "Mitterrand était libéral et socialiste, c'est une évidence".

"Le libéralisme politique, c'est se battre pour élargir les libertés. Ca m'agace que les socialistes français qui ont été les grands bâtisseurs de libertés dans ce pays ne le revendiquent pas", a-t-il dit, citant l'abolition de la peine de mort, les radios locales, le pacs et la parité.

Sur la démocratie participative, le maire de Paris a assuré y être favorable et que "cela fait 15 ans qu'(il) en fait". Mais "la démocratie participative, ce n'est pas le marketing électoral, ce n'est pas organiser une réunion et dire « tiens qu'est-ce qu'on va se dire ? »", a-t-il asséné.

L'UMP a fait ses choux gras de ces querelles sémantiques en estimant dimanche que "ce débat montre juste une chose : l'incapacité du parti socialiste de s'extraire des débats idéologiques".

(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 26 mai 2008, 12h04)

Congrès du PS : Hollande fait irruption dans le débat préempté par Royal et Delanoë


Patron du PS, François Hollande est entré de plain-pied, jeudi [29 mai], dans la préparation du congrès en tentant de rétablir l'ordre dans un débat jusqu'ici biaisé par les querelles personnelles et qu'il entend maîtriser jusqu'à son départ au mois de novembre.

Dans une tribune publiée dans Le Monde daté de vendredi, le premier secrétaire s'exprime pour la première fois longuement sur l'enjeu du congrès de Reims auquel, dit-il, il reviendra de placer le parti "en situation de vaincre en 2012" en se mettant enfin au clair sur "le projet, la stratégie, les rôles respectifs du parti et du candidat".


Sa sortie du bois en forme de mise au point survient alors que Ségolène Royal, la première à l'offensive, et Bertrand Delanoë, parti en contre, n'ont pas encore pris l'avantage l'un sur l'autre et que le débat engagé entre eux sur le libéralisme est apparu "surréaliste" aux autres camps. Le moment est donc opportun.

Voyant dans cette querelle "une bataille de mots", François Hollande appelle les socialistes à engager "une offensive idéologique" et passe en revue les "dix questions" auxquelles ils doivent trouver des réponses adaptées pour gagner lors des échéances décisives, et pas seulement aux élections locales: mondialisation, répartition des richesses, vieillissement, etc.

Une contribution, avec tous ses soutiens cette fois, devrait suivre d'ici la fin juin. "S'il avait voulu faire aujourd'hui un texte avec des signatures, il en aurait plus que Ségolène et Bertrand réunis", assure le député Bruno Le Roux.


L'entrée en lice de M. Hollande "le met plus que jamais au centre du jeu. C'est la moindre des choses, pour un premier secrétaire sortant", commente le député et secrétaire national André Vallini.

M. Hollande a préparé son intervention avec son état-major : son "bras droit" Stéphane Le Foll, le député et ex-ministre Michel Sapin - sans compter MM. Vallini et Le Roux -, les présidents des groupes parlementaires, Jean-Marc Ayrault et Jean-Pierre Bel, selon des sources concordantes. Tous se sont éloignés de Mme Royal, dont ils étaient d'ardents soutiens pendant la campagne présidentielle, sauf M. Le Foll.

Le premier secrétaire a à coeur d'éviter une bataille prématurée entre présidentiables: la question du leadership, si elle est "légitime", ne doit être posée qu'"au terme d'un débat et non à son commencement", morigène-t-il.


M. Hollande entend visiblement être la tour de contrôle de ce processus. "Bien entendu", il entend peser sur le choix de son successeur, confirme M. Le Roux. D'ici là, c'est du fond qu'il faut parler. "Il définit une méthode", ajoute le député de Seine-Saint-Denis.


Au contraire, Mme Royal a annoncé la couleur en se portant candidate ce mois-ci. Bertrand Delanoë ne paraît pas pressé de se déclarer, mais il amasse les signatures derrière son nom.

Le patron du PS les verrait volontiers réunis à Reims derrière le même projet politique, avec lui. "Ils ont vocation" à faire partie de la majorité du PS, confirme M. Le Roux.


M. Hollande prône dans sa tribune une unité "sur la base d'une ligne politique cohérente présentée par une majorité regroupant, autour d'un contrat, ceux qui pensent tout simplement la même chose". A ce stade, il n'en délimite pas les contours, n'excluant quasiment personne du rassemblement.

Stéphane Le Foll insiste sur ce "contrat de majorité", capable d'amortir les inévitables turbulences de la compétition pour la présidentielle. Les proches du premier secrétaire souhaitent que le congrès adopte "un programme de travail de deux-trois ans".

(Dépêche de l'Agence France Presse, 29 mai 2008, 17h44)

Congrès du PS : incertitude et inquiétude dans le parti


A cinq mois du congrès du PS, ni Ségolène Royal, ni Bertrand Delanoë, ni la troisième force qui tente de se constituer autour de Martine Aubry, n'ont réussi à prendre l'avantage, alimentant l'incertitude et même l'inquiétude dans le parti.

"Dans ma fédération, ce qui émerge, c'est la crainte que tout cela ne soit pas maîtrisé et conduise au pugilat", affirme le député du Finistère Jean-Jacques Urvoas (strauss-kahnien).

Longtemps intouchable, Ségolène Royal ne l'est plus. Ses soutiens dans l'appareil se sont effilochés: le maire de Lyon Gérard Collomb ou encore le député et ancien ministre Michel Sapin ont pris leurs distances.

Sa cote a baissé dans les sondages, mais pas chez les militants, notamment les nouveaux adhérents. "Sa force, c'est qu'il y a toujours des gens qui sont prêts à tuer père et mère pour elle", rapporte David Lebon, ex-président des jeunes socialistes, qui n'est pas spécialement "ségoléniste".

Mais, ajoute-t-il, "son gros point faible est que, sur son nom, elle ne peut pas rassembler le parti".

Ses critiques acérées contre le libéralisme, porté par Bertrand Delanoë, risquent de lui aliéner des soutiens comme celui de Manuel Valls.

Aucun mouvement massif ne s'est non plus porté vers Bertrand Delanoë. Il est symptomatique que pour désigner la personnalité qui serait le "meilleur leader de la gauche pour les années qui viennent", les sympathisants socialistes songent d'abord à... Dominique Strauss-Kahn, provisoirement à l'écart de la politique française, selon le dernier sondage LH2/Nouvel Obs.com.

Le maire de Paris a amassé quelques centaines de signatures, mais peu parmi les parlementaires ou dirigeants de fédérations départementales.

"Ségolène Royal, ça ne prend pas, Bertrand Delanoë a déçu" par sa revendication du libéralisme économique, "c'est pour cela que Martine Aubry devient un autre choix possible", juge sous couvert d'anonymat un responsable des "reconstructeurs", regroupement informel des amis de DSK, Fabius, Montebourg et Aubry.

A l'inverse de la présidente du Poitou-Charentes, ni M. Delanoë ni Mme Aubry n'ont encore décidé d'être candidat à la succession de François Hollande.

Chez les cadres et "grands élus", l'attentisme prédomine. "Ils sont au spectacle, ils évaluent", commente M. Urvoas. Mêmes réticences chez les militants. "Ils ne veulent pas d'un affrontement entre Ségolène Royal et Bertrand Delanoë.

Pour eux, le congrès de novembre à Reims ne doit pas servir à désigner le candidat à la présidentielle de 2012", rapporte le premier fédéral du Nord, Gilles Pargneaux.

Selon M. Moscovici, "le jeu est formidablement ouvert", vu "la fragmentation indéniable" du PS. L'ancien ministre pronostique "une assez large synthèse" qui pourrait toutefois ne pas inclure tel ou telle dirigeant de "la majorité réformiste", et dont il se verrait bien prendre la tête.

Pour M. Urvoas, "s'il n'y avait pas la perspective présidentielle, la majorité serait celle que François Hollande souhaite" et comprendrait, selon la formule du premier secrétaire, "tous ceux qui pensent la même chose". Le député breton y inclut à la fois Aubry, Delanoë et Royal.

Ces jours-ci, Mme Aubry marque en tout cas des points, déplorant toutefois que son discours devant les "reconstructeurs" [réunis à la Mutualité, à Paris, le 1er juin] ait été perçu comme une attaque contre M. Delanoë, qu'elle apprécie personnellement.

Selon M. Pargneaux, elle devrait défendre une contribution rassemblant ses partisans mais aussi les principaux dirigeants du PS dans le Nord-Pas-de-Calais, en délicatesse avec elle il y a quelques mois à peine.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 02 juin 2008, 18h40)

Si l'émergence de Royal et celle de Delanoë dans la compétition pour la prise de contrôle du PS ne surprennent pas, la réapparition "triomphale" de Martine Aubry, maire de Lille, ancienne ministre du Travail du gouvernement Jospin, qui a usuellement donné son nom à la législation fixant la durée hebdomadaire du travail à 35 heures, législation adoptée il y a déjà dix ans, est plus étonnante. Le succès populaire récent, au cinéma, du film comique français Bienvenue chez les Ch'tis, sorti en salles le 27 février dernier, aurait-il servi de prétexte aux adversaires de Royal et de Delanoë au sein du PS pour remettre Aubry sur le devant de la scène, elle qui, jusqu'à présent, et depuis des années, paraissait plus ou moins maintenu au placard, dans sa mairie lilloise ? Rien que d'y penser, j'en frémirai presque... ;-)


    "Allô, Bertrand ?

     Juste après son triomphe du 1er juin à la réunion des "reconstructeurs", Martine Aubry a rejoint ses pénates lillois. En arrivant chez elle, elle s'est rendu compte qu'elle y était allée un peu fort avec "son ami Bertrand" Delanoë. Et [...]elle a décroché son téléphone pour s'en expliquer. Devant les reconstructeurs socialistes, la maire de Lille avait brocardé "ceux qui ont honte de dire qu'ils sont socialistes. Ils n'ont rien à faire dans notre parti". Les militants fabiusiens et strauss-kahniens présents avaient vu une charge contre "le libéralisme" de Delanoë. Pas du tout, a expliqué Martine à Bertrand : sa charge ne visait que Manuel Valls, qui plaide pour débaptiser le PS.
    Valls sait donc à quoi s'attendre si Aubry devient premier secrétaire du PS."

(Le Canard Enchaîné N°4571, 4 juin 2008)

Toujours est-il que, pour sa part, Bertrand Delanoë, en tournée à travers la France pour la promotion de son livre, a suivi son petit bonhomme de chemin dans les jours qui ont suivi, se déplaçant ainsi à Strasbourg, en Alsace, puis, plus au sud, dans le département de l'Aveyron, où il a passé une partie de sa jeunesse...

Delanoë se revendique bien libéral, mais sans oublier "la justice sociale"


Le maire socialiste de Paris Bertrand Delanoë s'est à nouveau réclamé mercredi [4 juin] à Strasbourg du libéralisme politique, tout en estimant qu'il fallait aussi, en matière économique, "créer un rapport de force en faveur de la justice sociale".

"Dans l'économie de marché, nous devons créer un rapport de force en faveur de la justice sociale", a souligné le maire de Paris, lors d'une rencontre organisée par le Club de la presse de Strasbourg à l'occasion de la présentation de son dernier livre, "De l'audace".

"Ce qui me frappe dans les réactions de mes amis socialistes, c'est qu'ils me disent tous : « tu as raison sur le fond, mais il ne faut pas employer le mot »", a précisé M. Delanoë.

Rappelant que c'étaient les socialistes qui avaient aboli la peine de mort, créé les radios libres, instauré le Pacs ou la parité, M. Delanoë a enfoncé le clou : "il faut que j'expie une faute: j'ai employé le mot. Pourquoi seraient libéraux ceux qui récusent la liberté et non ceux qui l'étendent ?".

Appelant les socialistes à avoir "le courage d'être honnêtes", M. Delanoë a émis l'espoir que le congrès de novembre à Reims "ne soit pas le bal des hypocrites".

Commentant le rassemblement autour de Martine Aubry de "reconstructeurs" du PS, M. Delanoë a souligné qu'elle lui avait assuré partager "sur le fond" les idées exprimées dans son livre. "Et moi aussi je suis d'accord avec les idées de Martine", a-t-il précisé.

M. Delanoë était accompagné lors de son déplacement strasbourgeois du socialiste Roland Ries, qui a repris à la droite la mairie de Strasbourg aux dernières municipales.

Auparavant, Bertrand Delanoë, interrogé sur France Inter sur son éventuelle candidature à la succession de François Hollande, avait estimé avoir "lancé une dynamique" au sein du Parti socialiste, tout en se refusant une nouvelle fois à dire s'il en briguait la direction.

"Je suis candidat à apporter des convictions, de l'énergie", a-t-il déclaré. "J'y apporterai ce que je dois y apporter, y compris si je dois y prendre des responsabilités", a-t-il ajouté.

"J'ai lancé une dynamique qui est en train vraiment de toucher le parti profond, c'est-à-dire les militants, les secrétaires de sections, les élus de petites villes (...) laissons ce mouvement se développer", a dit M. Delanoë.

"Bien entendu, si dans ce mouvement-là je dois apporter quelque chose aussi dans l'animation, à une fonction ou à une autre, je le ferai. Mais j'ai quand même démontré que j'aimais le travail d'équipe, l'action collective et donc ça ne peut pas être pour moi une décision personnelle, narcissique ou égotiste", a-t-il conclu.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 04 juin 2008, 14h11)

Delanoë fait un bref retour dans l'Aveyron de son adolescence


Le maire PS de Paris, Bertrand Delanoë, a effectué vendredi [6 juin] un bref retour au pays de sa jeunesse, l'Aveyron, où il a dédicacé son ouvrage "De l'audace!" à Millau et Rodez, deux villes passées à gauche aux dernières municipales.

Le maire, favori des sondages pour prendre la tête du parti mais qui n'a pas déclaré sa candidature, est resté, à son arrivée de Bizerte (Tunisie), dix ans à Rodez, de 1964 à 1974.

Il y a rencontré, dit-il, "pas nécessairement la spontanéité que vous trouvez au bord de la Méditerranée, mais des amitiés sincères, profondes et durables". "Tous mes amis d'Aveyron d'il y a plus de quarante ans, sont toujours mes amis".

Dans la cité ruthénoise, il a fait ses premières armes au PS : adhésion en 1972, secrétaire fédéral de l'Aveyron en 1973.

La chaleur locale ne l'a cependant pas poussé à se déclarer plus avant sur ses intentions pour le Congrès socialiste de novembre. Interrogé par la presse, M. Delanoë a répondu : "J'ai fait des choix, de m'engager dans le combat d'idées, pas pour servir une personne, une ambition individuelle".

"Nous devons changer notre manière de faire de la politique. Il y a trop d'individualismes et d'égoïsmes parfois", a-t-il dit, avant de saluer les militants aveyronnais "sincères" et "fraternels".

"Je suis prêt à prendre ma part de travail. Je ne sais pas laquelle. Le moment venu, si c'est vraiment pour une orientation politique, pour rassembler", a-t-il assuré.

A Millau, que la droite détenait depuis 13 ans, au côté du maire PS Guy Durand, ce défenseur critiqué du "libéralisme" a souhaité que le Parti socialiste soit "non seulement" le "parti des libertés" mais "un vrai parti écologiste".

"Ecologie, culture, ruralité, solidarité internationales, ce sont des sujets que nous devons penser ensemble", a-t-il martelé.

M. Delanoë a arpenté le marché, gouté fouace et cerises, parmi asperges, saucisse fraîche et cabecous, saluant les chalands qui le remerciaient d'être "descendu de Paris".

Puis, séquence émotion à Rodez. Avec le maire Christian Teyssèdre qui a fait basculer une ville à droite depuis 56 ans, il a visité son ancien collège, l'Institution Sainte-Marie devenue lycée François d'Estaing.


Là, il est tombé dans les bras de son ancien professeur de gym. D'origine hongroise, haut en couleurs, Laslo Horvath, 86 ans, a bon pied bon oeil. Pour M. Horvath, "Bertrand était un très bon élève". Ils se sont alors remémoré les professeurs de l'époque, et leurs surnoms "Toto" et "Pipette".

Au Café Broussy, son QG de jeunesse, M. Delanoë a évoqué sa "bande de joyeux drilles", avec "des cheveux longs". Avant de rencontrer l'abbé Ginesty avec qui il fit du scoutisme. "Notre local de scouts, c'était notre boîte de nuit", a confié le maire de Paris.

Enfin, séance de dédicace à la Maison du Livre où il travaillait l'été et où une longue file l'attend : beaucoup de connaissances et des "témoins de mon adolescence un peu turbulente", selon son aveu.

Le maire va poursuivre son tour de France pour promouvoir son livre. Il sera à Brest samedi [7 juin], avant de filer notamment à Bordeaux, Lille, Rennes, Marseille et Nancy.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 06 juin 2008, 20h32)

C'est donc dans ce contexte qu'a eu lieu, le soir du vendredi 6 juin, à Olemps, près de Rodez, la réunion publique que j'ai évoqué plus haut. Commencée vers 20h15, la soirée, qui avait lieu dans la salle polyvalente de la commune, qui semble prioritairement servir de salle de sport, s'est terminée avant minuit. Ne sachant pas, à l'origine, si j'allais trouver ma place dans ce genre de réunion, j'ai été finalement content de retrouver sur place, dès le début et un peu par hasard, des anciens camarades de lycée, tous adhérents ou sympathisants du PS. Mes années de lycéen à Rodez (ville où, du reste, j'ai passé toute mon enfance) sont bien éloignés maintenant, et revoir des personnes que l'on a connu il y a déjà une dizaine d'années a quelque-chose de spécial. Nous avons eu droit à un très bon buffet froid en deuxième partie de soirée, mais auparavant il y eu les discours. Etaient notamment présents Sylvie Lopez, la maire d'Olemps, Christian Teyssèdre, le nouveau maire socialiste de Rodez (qui est un ami de Delanoë), Guy Durand, le nouveau maire socialiste de Millau, Ludovic Mouly, le jeune secrétaire de la Fédération du Parti Socialiste de l'Aveyron et président de la communauté d'agglomération du Grand Rodez, Marie-Lou Marcel, la député socialiste de la 2eme circonscription de l'Aveyron, et bien entendu, Martin Malvy, président de la Région Midi-Pyrénées, ainsi que Bertrand Delanoë, maire de Paris. Ludovic Mouly a prononcé un petit discours d'introduction, en évoquant notamment les victoires récentes de la gauche en Aveyron, département de Midi-Pyrénées longtemps resté très majoritairement à droite pendant des décennies. Malvy a prononcé quelques mots ensuite, saluant lui-aussi les victoires de la gauche, mais aussi attaquant les réformes du gouvernement Sarkozy-Fillon, en particulier la "réforme" de la Justice imposée par l'actuelle Garde des Sceaux, Rachida Dati, ainsi que le dévoiement gouvernemental de la politique de décentralisation du territoire.
Puis ce fut au tour de Delanoë, dont le discours était évidemment très attendu. Il fut un peu long, car le maire de Paris avait à coeur, d'une part, d'évoquer son passé aveyronnais, lui qui a adhéré au PS en 1972 à Rodez, après avoir été collégien puis lycéen dans cette ville, et d'autre part, de s'expliquer au sujet de la polémique créé autour de ces récentes déclarations sur le libéralisme (notion considérée par l'extrême-gauche comme une sorte de satanisme, comme chacun sait). Sur ce dernier point, Bertrand Delanoë, reprenant l'argumentation qui a été la sienne les jours précédents, a tenu à tordre le coup aux accusations portées contre lui, qu'elles viennent de Ségolène Royal ou d'autres. Cette polémique d'ordre sémantique a, il est vrai, un aspect assez ridicule, surtout quand on sait que les opinions politiques de Royal, sur le fond, sont plus ou moins les mêmes que celles de Delanoë. Du reste, je m'étonne que Hollande n'ai pas encore eu l'idée de proposer une de ces "synthèses" dont il a le secret, afin que tout le monde se mette d'accord, par exemple, autour de l'idée d'un "libéralisme participatif", ou que sais-je encore... ;o) Socialisme, libéralisme : chacun sait, ou devrait savoir, que ces notions sont historiquement marqués du sceau de la signification complexe et multiple, laquelle est forcément source de contradictions. La question de savoir où se situe le Bien ou le Mal dans cette querelle sémantique, à dire vrai, me parait sans objet, car, de toute façon, c'est un faux problème... Enfin, passons... Concernant son ambition politique en tant qu'éventuel candidat au poste de Secrétaire National du PS, voire en tant qu'éventuel candidat à l'élection présidentielle de 2012, Bertrand Delanoë a dit qu'il n'avait "pas besoin de projet personnel" pour participer à un "projet collectif". Il a insisté sur la nécessité de faire en sorte que le prochain Congrès représente une étape utile dans la préparation, durant les prochaines années, d'une solution alternative crédible face à la droite au pouvoir, indispensable à une victoire de la gauche aux prochaines élections. Malheureusement, par ailleurs, il n'a pas pu s'empêcher de qualifier le sarkozysme de "bonapartisme" : ceux qui me connaissent savent qu'il est toujours, pour moi, fortement agaçant d'entendre ce genre de "comparaison" facile, un brin démagogique, toujours destinée à satisfaire la bonne conscience "républicaine de gauche" de l'assistance. D'autres sujets ont été évoqués, mais je ne peux tout retranscrire ici. Delanoë est un bon orateur, très expérimenté, et même si un certain nombre de personnes dans la salle ont pû laisser discrètement apparaître, après coup, le fait qu'ils n'étaient pas forcément convaincus par tout ce qu'avait dit le maire de Paris, ce dernier n'en a pas moins été très applaudi par l'assistance (nous étions peut-être 200 personnes...).
Après le dîner, et les discussions qui vont avec, chacun est reparti de son côté. Avant de quitter la salle, j'ai entendu, en aparté, certaines critiques, plus ou moins voilées, contre Bertrand Delanoë et son approche politique jugée trop sociétale et pas assez sociale, contre Ségolène Royal et sa volonté affichée de se rapprocher stratégiquement de Bayrou, bref des critiques destinés aux indécis et visant plus ou moins à leur faire prendre conscience de la "nécessité" de choisir une motion censée être "vraiment de gauche" au prochain Congrès, certains allant jusqu'à citer clairement le nom de Martine Aubry comme seul choix "vraiment socialiste". Comprenne qui pourra. Pas de surprise, en tout cas. Applaudissements nourris, consensus de façade le temps d'une réunion, puis reprise des manoeuvres dans les coulisses : d'après ce que j'ai compris, ça se passe toujours comme ça, au PS. Pour ma part, étant anarcho-monarchiste, ni capitaliste, ni marxiste, je suis un adhérent assez inclassable, en dehors de tous les courants au sein du PS, et j'avoue donc, bien volontiers, que ces rivalités entre chapelles ne m'intéressent guère. ;-) Pour le moment, même si Delanoë, par son passé aveyronnais, peut éventuellement susciter a priori, plus que d'autres, et malgré ses défauts, une forme de sympathie, aucune personnalité du PS, sur le fond, n'a ma préférence. On verra bien par la suite... En tout cas, ce qui m'intéresse avant tout, c'est un projet alternatif crédible pour virer Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa de l'Elysée, à la première occasion. Or, évidemment, on en est encore loin, et quatre années ne seront sans doute pas de trop pour aboutir à quelque-chose de solide... La soirée du 6 juin à Olemps n'en a pas moins été très intéressante, d'autant plus que ce genre de réunion est finalement quelque chose de peu fréquent au PS. Je suis content d'y être allé, et des rencontres que j'ai pu y faire, d'autant plus que je n'aurai pas l'occasion de me rendre à l'Université d'été du PS à La Rochelle en août prochain, et encore moins au grand rendez-vous de Reims en novembre : c'est beaucoup trop loin... et un peu trop cher. Politiquement, pour ce qui est de la suite des évènements internes au PS, nous verrons bien ce à quoi cela aboutira au prochain Congrès, et au-delà... En tout cas, j'essaierai de prendre part aux votes prévus au sein du parti, dans la mesure du possible... et je ne désespère pas de recevoir, un jour prochain, ma carte d'adhérent ! ;-)

Cordialement, :-)

Hyarion.


Annexe : Pour mémoire, je reproduis ici le calendrier de travail du PS, tel qu'il a été modifié le mois dernier, suite à un changement de date du Congrès de novembre...

1.    Calendrier de la Convention nationale portant sur la déclaration de principe et les modifications statutaires préconisées par la commission nationale de la rénovation :

•    Jeudi 29 mai 2008 : Vote dans les sections sur la déclaration de principe et les propositions de modifications statutaires (date limite de présentation en section pour pouvoir voter : 31/12/2007)
•    Jeudi 5 juin au samedi 7 juin 2008 : Conventions fédérales
•    Samedi 14 juin 2008 : Convention nationale

1.    Calendrier du Congrès ordinaire du Parti :

•    Du 16 juin au 27 juin : validation du corps électoral du congrès par le Bureau National des Adhésions
 
•    A partir du 15 juin : début du dépôt des contributions générales et thématiques
•    Mercredi 2 juillet 2008 : Conseil national d'enregistrement des contributions générales et thématiques, de convocation du congrès et de validation des candidat(e)s pour les élections sénatoriales.
•    Courant juillet 2008 : arrivée des contributions chez les militants et débat.

Vendredi 29 août, samedi 30 août et dimanche 31 août 2008 : Université d'été du PS à La Rochelle

•    Samedi 20 septembre 2008 : Conseil national de synthèse
•    Fin septembre 2008 : Arrivée des motions chez les militants
•    Jeudi 6 novembre 2008 : Vote dans les sections sur les motions (date limite de présentation en section pour pouvoir voter : 31/03/2008)
•    Du vendredi 7 novembre au dimanche 9 novembre: congrès fédéraux
•    Du jeudi 13 novembre au Dimanche 16 novembre : Congrès national à Reims

•    Jeudi 20 novembre : Vote pour désigner le 1er secrétaire
•    Vendredi 21 novembre : second tour éventuel
o    Samedi 22 novembre : Conseil national - désignation du Bureau national et du Secrétariat national du PS.


(Illustrations : Caricature de Ségolène Royal [assise à droite], candidate au poste de Secrétaire national du PS, par Lefred-Thouron, publiée dans le Canard Enchaîné N°4569, 21 mai 2008 ; Bertrand Delanoë et Ségolène Royal le 6 février 2007 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Eric Feferberg ; Bertrand Delanoë et Ségolène Royal face à face sur un ring de boxe, caricature de Cabu, publiée dans le Canard Enchaîné N°4570, 28 mai 2008 ; François Hollande le 10 janvier 2008 lors d'une conférence de presse à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©Patrick Kovarik/AFP/Archives ; Ségolène Royal, le 23 mai 2008 à La Rochelle, photographie de l'Agence France Presse, ©Xavier Leoty/AFP/archives ; Martine Aubry, lors de son arrivée au rassemblement national du "pôle des reconstructeurs" socialistes, le 1er juin 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Jean Ayissi ; Caricature de Martine Aubry, par Delambre, publiée dans le Canard Enchaîné N°4571, 4 juin 2008 ; Le maire de Paris Bertrand Delanoë, le 4 juin 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Bertrand Langlois ; Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, dédicaçant son livre De l'audace dans une librairie de Rodez, le 6 juin 2008, photographie de la Dépêche du Midi, ©DDM ; Le maire de Paris Bertrand Delanoë saluant son ancien professeur de gymnastique, Lazlo Horvat, le 6 juin à Rodez, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Eric Cabanis)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 2 (2008-2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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Mardi 3 juin 2008 2 03 /06 /2008 22:26
Avec une connection Internet persistant à être défaillante, et d'autres contraintes de tous ordres, il n'a pas été aisé de proposer rapidement un compte-rendu de la troisième édition de la République des Blogs de Toulouse, qui a eu lieu vendredi dernier, 30 mai, au Ferdillon, comme lors de la précédente édition. Voici enfin, tout-de-même, résumé en quelques lignes, ce que j'ai retenu de cette rencontre...

Nous étions pas, cette fois-ci encore, particulièrement nombreux, mais j'ai néanmoins pu rencontrer, ou retrouver, à l'occasion de ce nouveau rendez-vous, quelques blogueurs forts sympathiques : Chouka, alias "lum", alias "RJ", un collègue adhérent toulousain du PS, au pseudonyme changeant, et responsable du blog "Jardins Politiques" (http://lebavost.wordpress.com/) ; Monsieur Poireau, aussi connu comme étant Monsieur Filaplomb éditeur, déjà rencontré lors de l'édition précédente (http://monsieurpoireau.blogspot.com/) ; Christie, nouvelle venue et responsable du blog "Alluvions" (http://alluvions-mc.blogspot.com/) ; Philippe David, nouveau venu, seul représentant de la droite lors de cette rencontre, responsable du blog "Vu de droite" (http://www.vudedroite.com/) ; Gabriel, blogueur déjà rencontré lors de la précédente édition de la République des Blogs, et s'occupant toujours aujourd'hui du blog "Politikele" (http://politikele.hautetfort.com/) ; et enfin, Fanette, l'organisatrice du rendez-vous, qui a repris sa carte au PS depuis les dernières élections, et qui, jusqu'à aujourd'hui, était responsable du blog "Fanette dans la valeur absolue" (http://fanette316.blogspot.com/), qu'elle vient tout juste de fermer (?!?!).
Un absent a été remarqué : l'ancien blogueur démocrate Petit Grognard, aujourd'hui redevenu simple lecteur de blogs. Il n'a pas voulu venir, semble-t-il, parce que la République des Blogs, à Toulouse, aurait un peu trop tendance à devenir un "club de gauchistes"... Dommage ! Il est vrai que les blogueurs de droite sont singulièrement peu nombreux à faire le déplacement. Mais le rendez-vous de la République des Blogs n'en reste pas moins ouvert à tous, il me semble ! En tout cas, moi, je n'ai pas oublié le blog du Petit Grognard, bien que seul son souvenir reste... ;-)


Allez, Grognard, arrêtes de faire la gueule et viens donc boire un petit coup avec nous la prochaine fois ! Si jamais tu t'ennuie, je pourrais toujours te raconter plein d'histoires chiraquiennes... ;-)

L'invité de cette troisième édition de la République des Blogs était François Briançon, adjoint du nouveau maire de Toulouse Pierre Cohen, chargé des Sports, et également blogueur (http://www.francoisbriancon.com/). Cela a été l'occasion d'apprendre quelques nouvelles en provenance de la mairie de Toulouse, qui a basculé à gauche lors des dernières élections municipales... Il parait que l'ancienne majorité a laissé des coffres forts fermés au moment de son départ du Capitole, sans en donner la combinaison, et que ladite majorité a également effacé tout le contenu des ordinateurs municipaux, en oubliant de nettoyer complètement les disques durs desdits ordinateurs : les changements de majorité, pour ça, c'est toujours très amusant... Dans le domaine plus spécifique des sports, étant à la recherche de sous pour financer la remise en état des équipements dans certains quartiers de la Ville Rose, la nouvelle majorité municipale a réussi à récupérer 100 000 € de subventions jusque-là perçue par la Fédération française de football, ce qui est toujours ça de pris pour se donner les moyens d'encourager localement la pratique sportive. Pour ce qui est du très grande stade dont une ville comme Toulouse aurait bien besoin pour accueillir de grandes manifestations sportives, il faudra sans doute attendre un peu, la priorité de la nouvelle municipalité socialiste étant, bien entendu, le règlement du problème des transports, largement évoqué lors de la première édition de la République des Blogs.

J'aurai bien du mal à évoquer en détails tout ce qui a été dit lors de cette rencontre. Il y a eu des discussions sérieuses, et d'autres qui l'étaient moins. Pour ma part, comme la dernière fois, je me suis bien amusé. Peut-être même en ai-je trop fait en matière de critique satirique, d'humour à froid, et de citations de Jacques Chirac : mais que voulez-vous, on ne se refait pas ! ;-)

Il y a eu des échanges de vues sur les Etats-Unis d'Amérique. Philippe David a parfois un peu trop tendance à généraliser à l'ensemble de la population des Etats-Unis les défauts - notamment l'inculture - qu'ils a pu observer chez les républicains qu'il a cotoyé dans le Montana il y a une vingtaine d'années. Ayant de la famille dans le Nevada et en Californie, je peux l'affirmer : tous les Américains ne sont pas des idiots ! Mais il est vrai que ceux que je connais, et qui me sont proches, votent démocrate... ;-)

Avec Chouka (qui a été un commentateur du présent blog sous les pseudonymes de "lum" puis de "chouka") et avec Gabriel, nous avons ensuite évoqué la situation actuelle du PS, dont Chouka et moi sommes adhérents. Il a notamment été question de la concurrence de plus en plus menaçante de l'extrême-gauche, et notamment de la LCR, vis-à-vis du PS. J'en ai profité pour dire ce que je pensais de la montée en grâce, électorale et médiatique, du "gentil" Olivier Besancenot et du rôle très utile pour Sarkozy de Nagy-Bocsa que joue, à mon avis, l'extrême-gauche en France.

 
En France, on le sait bien, il ne peut y avoir d'élection présidentielle sans plusieurs candidatures soutenues par divers partis d'extrême-gauche. L'année dernière, mis à part le cas de José Bové, nous avons eu droit, comme en 2002, à trois candidats issus de trois partis trotskistes, dont deux désormais bien connus : Arlette Laguiller, pour le parti Lutte Ouvrière (LO), et Olivier Besancenot, pour la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR), tout deux déjà présents en 2002 dans la course à l'Elysée. Au premier tour du 22 avril 2007, Laguiller a obtenu environ 1,34 % des suffrages, et Besancenot environ 4,11 % des voix : des scores pour le moins faibles, qui pouvaient justifier une volonté, de la part de la LCR et de LO, de se rattraper lors des scrutins suivants, et tout particulièrement lors des élections locales...
Or, il parait qu'aux dernières élections municipales, en mars de cette année, la Ligue Communiste Révolutionnaire a réalisée une "percée historique". Elle aurait ainsi réalisé au premier tour desdites élections municipales "le meilleur résultat de son histoire" : sur 200 listes présentées par la LCR sous sa bannière ou en alliance avec d'autres courants d'extrême gauche, 109 ont franchi le seuil de 5% des voix - notamment à Toulouse, Lyon, Marseille, Tours, Poitiers, Limoges, Montpellier, Nancy et Amiens -, et sur ces 109 listes, 29 ont dépassé les 10%, 69 candidats ayant été élus dès le premier tour, soit plus du double de la mandature précédente. "Il s'agit d'un résultat historique, sans précédent pour la LCR" commentait alors un dirigeant de ce parti, qui estimait que ce score validait la stratégie basée sur "l'indépendance" vis-a-vis du Parti Socialiste. Fidèle à elle-même, la LCR n'a d'ailleurs proposé au PS qu'une "fusion technique" au second tour des élections, fusion qui, bien évidemment, "écart[ait] toute perspective d'accords de gestion, de vote du budget, de participation à la majorité municipale", les élus de la LCR se réservant toutefois le droit de voter éventuellement "les mesures qui leur paraîtr[aient] aller dans le bon sens". Et la LCR de dénoncer ensuite le refus du PS d'accepter, dans ces conditions, une fusion avec ses listes dans des villes où ladite LCR a obtenu plus de 5% des suffrages. Comme s'il y avait lieu de s'étonner, et de surjouer ainsi cet habituel numéro de la "vraie gauche" victime des "oukases du PS"... De son côté, le parti de Laguiller, Lutte Ouvrière, en s'alliant avec le PS dans 69 villes, semble avoir effectué une bonne opération. Dès le premier tour des élections municipales, LO a obtenu plus d'élus qu'en 2001, soit 36 contre 33 : autant de futures signatures acquises pour parrainer une nouveau candidat du parti à l'élection présidentielle de 2012... Du reste, c'est tout-de-même formidable, les élections : lorsque vous êtes trotskistes, vous pouvez toujours dire que, ces élections, c'est un "piège à cons", mais en même temps, vous pouvez vous présenter comme candidats, et même devenir des élus, comme les autres, et aller ainsi à la soupe au financement public pour votre parti, comme les autres, mais tout en vous considérant comme étant des "purs parmis les purs", puisque vous seuls, en tant que trotskistes, êtes, soit-disant, "vraiment de gauche"...

Pour ce qui est de la LCR - qui apparait aujourd'hui comme étant le plus important parti d'extrême-gauche en France - le relatif succès électoral qu'elle a remporté lors des dernières élections municipales l'a soudainement rendu plus visible médiatiquement. Passant pour être une soit-disant alternative au pouvoir sarkozyste, Olivier Besancenot apparait à présent comme un concurrent sérieux du PS à gauche, et comme la médiatisation suppose une personnalisaton, ledit Besancenot a eu récemment "l'honneur" d'être invité dans l'émission télévisée dominicale "Vivement dimanche" le mois dernier, sur France 2. En militant politique chevronné qu'il est, Besancenot a déjoué, parait-il, le piège du vedettariat dans l'émission de Michel Drucker, qui été diffusée le 11 mai, sans toutefois réussir à sortir de la novlangue révolutionnaire. Du reste, avec lui, on a toujours droit au même discours binaire, au même manichéisme insupportable, à la même démagogie dénonçant "la minorité d'exploiteurs" écrasant "la majorité d'exploités", à la même obsession du souvenir de la Commune de Paris ou de l'ancien ministre castriste Ernesto "Che" Guevara, à la même obstination à vouloir imposer une grille de lecture désespéremment systémique, celle du marxisme. Tout cela n'est pas de nature à me convaincre que Besancenot est une alternative crédible à Sarkozy, ou même au système capitaliste que ledit Besancenot prétend combattre avant toute chose. J'ai des amis qui sont séduits par le discours utopique de l'extrême-gauche, et je peux comprendre qu'ils apprécient le caractère singulier de ce discours, indépendemment du sectarisme idéologique dont ledit discours est imprégné. Je peux même fort bien comprendre qu'ils adhèrent aux idées d'extrême-gauche par détestation du capitalisme. Moi-même, je ne suis pas capitaliste. Le problème, c'est que je ne suis pas non plus marxiste. Je ne crois pas au dogme de la grille de lecture marxiste du monde. J'ai conscience que les sociétés humaines sont marquées par les inégalités, les injustices. Mais je crois pas au combat manichéen du méchant "Bourgeois" contre le gentil "Prolétaire". Le monde est beaucoup trop complexe pour être appréhendé d'une manière aussi simpliste. Il y a peut-être, pour l'humanité future, une voie autre que celles du capitalisme, du totalitarisme, ou du dogmatisme quel qu'il soit. Mais cette voie, si elle existe, nous ne l'avons pas encore trouvé. Cette voie, en tout cas, ce n'est pas celle de Besancenot et du "Nouveau Parti Anti-capitaliste" que lui et ses collègues trostskistes souhaitent fonder d'ici la fin de cette année, pour élargir un peu la sphère électorale de la LCR. Pour dire les choses franchement, je pense que si l'influence de l'extrême-gauche continue de progresser dans l'opinion, alors Olivier Besancenot sera bientôt en passe de pouvoir jouer le rôle nuisible, à gauche, que Le Pen a joué à droite à l'époque de Mitterrand et de Chirac... Ce rôle, à vrai dire, il le joue peut-être déjà. Conclusion logique : Besancenot est, aujourd'hui, le meilleur allié de Sarkozy de Nagy-Bocsa. Et toute critique du PS ne changera rien à ce fait, même si le PS est encore loin, pour l'heure, de pouvoir proposer un projet alternatif solide face au sarkozysme. Pour finir, sans prétendre détenir de solution-miracle, je dirais que Besancenot représente, à mes yeux, une énorme perte de temps pour les gens de gauche, tout comme Sarkozy représente une énorme perte de temps pour la France... Enfin, cela dit, dans un sens ou dans l'autre, comme l'a écrit Chirac : "Les Français peuvent voter bien ou mal, et stupidement s'ils veulent, c'est leur droit." :-)

La Troisième République des Blogs a aussi été l'occasion d'avoir des échanges de vue sur la blogosphère, de l'éventualité de l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne (personnellement, je trouve qu'il y a à peu près autant de raisons d'y être favorable que d'y être opposé), sur les élections européennes qui, depuis les premiers scrutins de ce genre en 1979, n'ont été que des rendez-vous politiques aux enjeux trop exclusivement nationaux (tout particulièrement en France, où le scrutin de 1979, par exemple, a surtout été un match Giscard/Chirac) et sur d'autres sujets, sérieux ou légers : un des plus singuliers étant sans doute le grave problème du cannabis OGM dans les campagnes du département de l'Ariège... ;-) Rendez-vous compte ! Les traditionnelles plantations de cannabis ariégeoises seraient menacées par l'introduction de nouvelles cultures à base d'OGM ! Quid du droit de fumer un bon petit pétard sans OGM à base de bon cannabis cultivé avec amour dans notre Sud-Ouest ? Comme dirait Jacques Chirac, "c'est inadmissible et inacceptable" ! A quand la création de brigades internationales de faucheurs volontaires pour débarasser les champs du cannabis transgénique qui menace de contaminer le bon cannabis bien de chez nous ? NON AU CANNABIS OGM ! Vive le pétard LIBRE ! ;op


Bref, pour conclure, j'ai été heureux d'assister à cette nouvelle rencontre, et je salue amicalement les camarades blogueurs (ou ex-blogueurs) avec qui j'ai passé cette agréable soirée (de 18h30 à 22h30 environ) !

La prochaine République des Blogs aura lieu le jeudi 26 juin 2008, toujours au Ferdillon, à partir de 18h30, sur le thème de la Culture à Toulouse et plus précisément sur les Assises de la culture
, qui se dérouleront dans la Ville Rose du 6 au 7 juin 2008. Venez nombreux ! S'il vous plait ! :-)

Cordialement, :-)

Hyarion.

(Illustrations : En-tête du blog de la République des Blogs de Toulouse [http://republogtoulouse.blogspot.com/] ; Ancien en-tête [ou bannière] du blog démocrate toulousain du Petit Grognard, actif de mai 2007 à avril 2008 ; Caricature d'Olivier Besancenot, par Kiro, publiée dans Manufacture française de candidats, Les dossiers du Canard Enchaîné N°83, avril 2002, et caricature de Nicolas Sarkozy, par Kiro, sans date [vers 2005] ; Logotype de la LCR biffé à l'encre, tel qu'on pouvait le voir sur une affiche placardé sur le campus de l'Université de Toulouse II-Le Mirail en février 2008 ; Un plant de cannabis, photographie de l'Agence France Presse, ©Leon Neal/AFP)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 2 (2008-2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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Jeudi 29 mai 2008 4 29 /05 /2008 20:26
[Suite de l'article commencé dans le message précédent]

[...]


C'était toute une époque... Faut-il la regretter ? Non, bien entendu. Mais cependant, au delà des affaires politico-financières et de la probité publique, je ne crois pas du tout que nous ayons gagné au change en remplaçant Jacques Chirac par Nicolas Sarkozy. Chirac faisait des promesses et racontait des histoires, certes, et mêmes de sacrées énormités, mais il n'était pas idiot au point de croire lui-même à ses balivernes. Sarkozy, lui, est pire que Chirac. Sarkozy fuit le réel. Il n'assume pas le fait qu'il raconte n'importe quoi. L'année dernière, pour se faire élire, il a fait des tonnes de promesses, bien plus que Chirac avant lui, et le tout en affirmant très fort, la bouche en coeur, que, lui, Sarkozy, contrairement à tous les autres, disait la vérité et tiendrait ses fameuses promesses. Dans le fond, me direz-vous, rien de nouveau sous le soleil de la surenchère électoraliste. Rien de nouveau, sauf qu'avec Sarkozy, c'est encore plus minable que cela pouvait l'être avant. Sarkozy veut, encore aujourd'hui, que les électeurs pensent qu'il n'a pas menti pendant la campagne. Sarkozy veut réussir à convaincre les électeurs qu'il tient un discours vrai. "Je n'ai pas l'intention de mentir" disait-il en août dernier, pendant ses vacances sur la côte est des Etats-Unis d'Amérique. "Pendant la campagne, j'ai pas menti, moi" a-t-il encore déclaré le 20 septembre dernier, dans un entretien télévisé. Et il continue encore aujourd'hui à prétendre la même chose... C'est ridicule. Chirac, tout menteur et magouilleur qu'il fut en son temps, n'en a jamais fait autant. Sarkozy ment, comme tous les autres, mais, lui, n'assume pas ce fait. Il ne veut pas l'assumer. Peut-être croit-il lui-même à ses belles paroles ? Dans ce cas-là, c'est non seulement minable mais aussi complètement pathétique. Difficile cependant d'envisager que Sarkozy puisse croire à tout ce qu'il dit... Si toutefois c'est le cas, alors on peut bien le dire : nous avons vraiment touché le fond ! Une majorité d'électeurs français a élu à la plus haute charge de l'Etat quelqu'un qui croit à ce qu'il dit ! Quel mélange improbable, monstrueux, aberrant, d'hypocrisie non assumée et de sincérité égocentrée ! Quel magnifique arnaque ! C'est minable. MINABLE.



Et on voudrait me faire croire que Sarkozy vaut mieux que ses prédécesseurs ? Que Sarkozy vaut même mieux que Chirac ? Quelle blague ! Tous les politiciens mentent. Tous. Je dis bien TOUS (y compris, bien entendu, les "gentils" rentiers de la contestation que sont les réprésentants de l'extrême-gauche). Les politiciens mentent. Ils ne peuvent pas ne pas mentir. Et Sarkozy ment. Il ment comme tous les autres. Mais, lui, n'assume pas le fait qu'il mente. Contrairement aux autres, il n'assume pas le fait de tourner la page de la campagne électorale, d'en finir avec le temps, certes pas si lointain, où il était sans doute le meilleur bonimenteur parmis tous les candidats engagés dans la course à l'Elysée. Et on en revient toujours au même constat : éternel candidat, Sarkozy est incapable d'adopter la stature d'un homme d'Etat. De ce point de vue, il est complètement nul. Mais, cela dit, le pire, c'est sans doute le fait que, même après un an d'exercice du pouvoir, Sarkozy veut encore faire croire - y compris peut-être à lui-même ! - qu'il va tenir ses promesses irréalistes ! C'est n'importe quoi. A ce faux volontarisme, à ce pseudo-réformisme, à ce mouvementisme égocentré, à tous ces mensonges qui ne sont même pas assumés en tant que tels, je préfère encore l'immobilisme et les salades parfaitement assumées de Jacques Chirac. Eh oui ! Quel exploit ! Sarkozy a finalement réussi un seul tour de force : celui de me faire regretter Chirac ! Bravo !

"C'est moi que les Français veulent. Ils attendent que je m'engage, que je m'expose. Les gens m'ont élu moi pour que je fasse des réformes."

(Sarkozy de Nagy-Bocsa à des journalistes de Marianne lors d'un entretien à l'Elysée, le 19 mai 2008, cité par Nicolas Domenach et Maurice Szafran dans le journal Marianne N°579, semaine du 24 au 30 mai 2008)

Même si Sarkozy de Nagy-Bocsa peut avoir son utilité pour faire le sale boulot dans un certain nombre de domaines durant son mandat - ce que je reconnais, cyniquement, bien volontiers -, je n'attends RIEN de cette énergumène et de ses pseudo-réformes. Rien, sinon des emmerdements supplémentaires par rapport à ceux que j'ai déjà, comme tant d'autres, du reste... Je ne sais pas au juste ce que pensent aujourd'hui du personnage tous les électeurs ayant voté pour Sarkozy l'année dernière, et je ne sais pas s'ils veulent toujours que ce soit lui qui gouverne, mais quelle importance, après tout ? En matière de promesses, les gens peuvent bien croire ce qu'ils veulent : s'ils n'ont pas envie de faire preuve d'esprit critique, après tout, cela les regarde ! Mais qu'ils ne viennent pas pleurer après ! Et que Sarkozy ne vienne pas me dire, en plus, que ses salades à lui tiennent du parler vrai !

Vous allez peut-être me dire qu'en matière de politique, je suis un incorrigible relativiste doublé d'un indécrottable cynique. Eh bien, en ce qui me concerne, j'assume parfaitement le fait de faire la part des choses entre le réalité et la fiction, et le fait d'éviter autant que possible de faire preuve de naïveté en matière de politique. Parce qu'en politique, "la naïveté n'est pas une excuse, et même, en l'occurence, c'est une faute." Ce n'est pas de moi, c'est de Chirac... et, pour le coup, cela ne s'invente pas ! ;op

Aujourd'hui, l'actualité chiraquienne se limite à peu près à la création par l'ancien président de la République de sa fondation, la fondation Chirac, qui doit oeuvrer pour la diversité des cultures et le développement durable, et qui sera créée le 9 juin prochain à Paris, au musée du quai Branly. Le feuilleton judiciaire continue également, mais avec une relative discrétion...

Jacques Chirac entendu comme témoin dans l'enquête judiciaire sur la Sempap


L'ancien président Jacques Chirac a été entendu fin avril en tant que témoin dans l'enquête sur la Sempap, ancienne imprimerie de la ville de Paris soupçonnée d'avoir participé au financement du RPR, a-t-on appris vendredi [16 mai] de source proche du dossier.

M. Chirac a été auditionné le 30 avril par le juge d'instruction financier Jean-Marie d'Huy, auquel il a expliqué tout ignorer de ce dossier, a-t-on précisé de même source confirmant une information du Monde daté de samedi.

"En 1985-1986 (Jacques Chirac à Matignon en mars 1986, ndlr), j'avais d'autres préoccupations que celles de savoir ce que devenait cette Sempap dont j'ignorais l'existence", a notamment expliqué au juge l'ancien maire de Paris, selon le Monde.

Toujours selon le quotidien, interrogé sur une convention entre la ville et la Sempap semblant établir sa connaissance de l'imprimerie, M. Chirac a expliqué: "Je signais des montagnes de parapheurs tous les soirs, je ne lisais pas tout ce que je signais".

La Société d'économie mixte parisienne de prestation (Sempap), dissoute en 1996, est soupçonnée d'avoir favorisé des entreprises dans la passation de marchés publics, d'avoir financé le RPR via le cabinet de la mairie de Paris et d'avoir imprimé gracieusement des documents personnels pour Bernadette Chirac.

Créée en 1986 en remplacement de l'imprimerie municipale, elle était dirigée par Jacques Brats, aujourd'hui décédé, qui était considéré par les enquêteurs comme le principal bénéficiaire d'un système qui aurait coûté entre 99 et 110 millions de francs (15 à 16 millions d'euros) à la ville de Paris.

Dix personnes ont été mises en examen dans ce dossier. Certaines d'entre elles, dont l'épouse de M. Brats, ont évoqué des remises d'argent en espèces au préjudice de la mairie de Paris.

Trois proches de M. Chirac ont été entendus comme témoins en 2003 et 2004 par le juge Armand Riberolles alors chargé du dossier visant des faits de "favoritisme, détournement de fonds publics et prise illégale d'intérêts".

Michel Roussin, ancien directeur de cabinet de M. Chirac, a réfuté toute remise d'argent au sein du cabinet.

Jean Tibéri, ancien maire de Paris, a nié avoir été informé de ces "dysfonctionnements" et affirmé que seul le maire, Jacques Chirac, avait été destinataire de rapports de l'inspection générale de la ville de Paris qui les dénonçaient.

Bernard Bled, ex-secrétaire général de la ville, a affirmé n'avoir jamais donné d'instructions pour faire disparaître un des rapports, comme le suggérait une pièce du dossier.

En avril et mai 1992, deux rapports de l'Inspection générale de la ville de Paris dénonçaient l'existence d'un "système sciemment mis en place qui prive la Sempap de toute marge de manoeuvre avec ses fournisseurs et qui peut, à tout moment, provoquer un scandale politico-financier qui ne manquera pas d'éclabousser la ville et le maire de Paris lui-même".

(Dépêche de l'Agence France Presse, 16 mai 2008, 19h25)

Et pendant ce temps, le Sarko-show continue, bien entendu... Laissons donc parler l'Agence France Presse à ce propos...

Nicolas et Carla Sarkozy à Rungis aux côtés "de la France qui se lève tôt"


Nicolas Sarkozy et son épouse, Carla Bruni-Sarkozy, se sont rendus mardi aux aurores au Marché de Rungis, dont ils arpenté les allées main dans la main, auprès de "la France qui se lève tôt", chère au président de la République.
 
Il est un peu plus de 5h00. Devant le pavillon des viandes du MIN (Marché d'intérêt national), élus, employés et journalistes sont nombreux à attendre le chef de l'Etat.

A quelques mètres, une cinquantaine de manifestants sont là aussi, sous une grande banderole rouge de la CGT, pour réclamer la régularisation de sans-papiers, employés à Rungis "depuis de nombreuses années, jusqu'à dix ans et qui paient leurs impôts et la sécurité sociale", affirme leur délégué syndical. Ils sont refoulés avant l'arrivée du président.

La présence de Carla, non annoncée, créé
l'événement. C'est d'ailleurs la première fois qu'elle accompagne le président lors d'une sortie officielle en France. M. et Mme Sarkozy, main dans la main, visitent les pavillons des viandes, des fromages puis des fleurs. En revanche, ils ne visitent pas le pavillon de la marée, un secteur marqué par la colère de pêcheurs contre la hausse du gazole.

"Ah, enfin! On a une présidente", s'exclame une dame en lançant des regards admiratifs à Carla. "Elle est un peu pâlotte", remarque un jeune homme. On se bouscule, on s'interpelle dans une joyeuse pagaille, chacun veut apercevoir le président et son épouse, tente de les prendre en photo à l'aide de téléphones portables.

Sobre dans un trench-coat marron foncé, Carla Bruni-Sarkozy, peu maquillée et très souriante, est attentive aux dialogues entre son mari et les commerçants.

"C'est la passion qui nous fait lever le matin. Le challenge, on aime ça", lance un jeune homme. Bingo! C'est le genre de déclaration qu'affectionne M. Sarkozy. Un peu plus tard, il dir
a aux quelques dizaines d'employés rassemblées autour de lui au marché aux fleurs que "la France a besoin de femmes et d'hommes qui sont passionnés, qui aiment leur travail". Un jeune homme se précipite pour lui serrer la main. "Quel fayot, celui-là", réagit une de ses collègues. "Mais non, il est gentil", lui rétorque M. Sarkozy.

Au pavillon des fromages, le président s'inquiète auprès d'un commerçant de l'augmentation du prix du lait. "Et en plus, on a des quotas", regrette son interlocuteur. "Ah, mais les quotas, on va les faire sauter", s'exclame M. Sarkozy, alors que la France doit prendre la présidence de l'Union européenne, le 1er juillet.

"Qu'est-ce qu'il est accessible!", s'exclame une employée. Un autre offre un petit morceau de camembert au lait cru au couple présidentiel. M. Sarkozy taquine sa femme: "alors toi, t'attaques au fromage à 6h du matin!"

Juste avant de s'engouffrer dans sa voiture, direction RTL pour une heure d'interview, le président lance aux commerçants: "ce matin, à 4 heures et quart, lorsqu'on est partis de la maison et quand Carla m'a dit
« je viens avec toi », c'était quand même une journée qui commençait bien!".

(Dépêche de l'Agence France Presse, 27 mai 2008, 12h49)

A Rungis puis sur RTL, Sarkozy veut amortir la hausse des prix du pétrole


Un mois après sa dernière plaidoirie télévisée, Nicolas Sarkozy a une nouvelle fois défendu mardi ses réformes économiques et sociales, cette fois à une heure de grande écoute sur RTL, et suggéré quelques pistes pour amortir la hausse des prix du carburant.

Sitôt rentré d'une promenade matinale dans les allées du marché aux halles de Rungis (Val-de-Marne) en compagnie de son épouse Carla Bruni-Sarkozy, le chef de l'Etat a fait escale dans les studios parisiens de la radio la plus écoutée de France pour une séance de pédagogie qu'il voulait concentrée sur "la vie quotidienne" des Français.

Sur leur principale préoccupation de l'heure, Nicolas Sarkozy a convenu qu'il fallait "le courage de dire aux Français" que la hausse vertigineuse des prix du pétrole allait se poursuivre et proposé, en conséquence, une série de mesures destinées à en amoindrir les effets.

Parmi elles, la création d'un fonds sur lequel seraient versés les recettes supplémentaires de TVA générées par la hausse des prix du brut, qu'il a estimées de "150 à 170 millions d'euros par trimestre". Ce fonds pourrait servir à faire passer la prime à la cuve de 150 à 200 euros ou à l'instauration d'un tarif social du gaz, a-t-il lancé.

Un mois avant de prendre les rênes de l'Union européenne (UE), Nicolas Sarkozy a également posé à ses partenaires européens la question d'une éventuelle suspension, à partir d'un certain niveau de prix, de la TVA sur le pétrole. "Pour décider, il faut l'unanimité, donc il n'est pas question de le promettre", a-t-il toutefois prévenu.

Les derniers chiffres de la croissance et de l'emploi à l'appui, le président a profité de son passage sur RTL pour vanter à nouveau les effets bénéfiques de ses réformes sur les heures supplémentaires, la concurrence et la participation ou l'intéressement.

Selon le dernier sondage BVA publié mardi dans Les Echos, les deux tiers des Français (67%) sont mécontents de cette politique économique de M. Sarkozy.

Malgré le blâme que Bruxelles s'apprête à infliger à la France pour le dérapage de ses déficits publics, il a rejeté par avance toute mesure de rigueur. "Il n'y aura pas de politique de rigueur non pas pour des raisons idéologiques, mais parce que cela échoue", a-t-il assuré.

Sur les questions sociales, le président a également exclu "définitivement" la suppression de la durée hebdomadaire du travail, pourtant réclamée dans les rangs de l'UMP, et a balayé d'un même revers de main la suggestion du Medef de report de l'âge légal du départ à la retraite à 63 ans et demi.

"Il ne faut pas trop demander à un pays", a-t-il estimé, rappelant qu'il devait "tenir compte" aussi de l'allongement à 41 années de la durée de cotisation pour obtenir une retraite pleine.

Interrogé sur les médias, le président a écarté la piste d'une hausse de la redevance pour compenser la suppression de la publicité dans l'audiovisuel public, avancée par la commission Copé.

A trois semaines de la présentation annoncée du Livre blanc sur la défense, le président a aussi confirmé la mise au régime sec des armées, évoquant notamment la fermeture d'une quinzaine de bases aériennes.

Evoquant enfin ses relations avec François Fillon, il a assuré que "tout se passe bien" avec son Premier ministre. "Vous n'arriverez pas à mettre un coin entre M. Fillon et moi", a-t-il assuré en parlant de "tandem".

Avant ces trois quarts d'heure d'entretien sur RTL, Nicolas Sarkozy s'est rendu à l'aube, accompagné de son épouse Carla Bruni-Sarkozy et d'une nuée de photographes et journalistes, au marché de gros de Rungis pour saluer "la France qui travaille et qui se lève tôt".

(Dépêche de l'Agence France Presse, mardi 27 mai 2008, 13h33)


S'il fallait sauver quelque-chose de la présidence sarkozyenne, me direz-vous, ce serait la nouvelle Première Dame de France a laquelle nous avons droit depuis février dernier...
Et, ma foi, vous aurez raison.


Assurément, je le reconnais, c'est un argument fort : par tous les dieux de l'Olympe, je ne suis pas de bois ! ;-) Les bottes de Carla Bruni-Sarkozy, c'est tout-de-même autre chose que le sac à main de Bernadette Chirac, ou les bretelles de Jean-Claude Méry ! S'il fallait garder une chose du cirque sarkozyste, ce serait donc, bien entendu, Carla Bruni... mais ce serait bien là, j'insiste là-dessus, la seule chose à conserver, si cela ne tenait qu'à moi...


Pour finir, voici ce que j'ai lu aujourd'hui dans le nouveau numéro du Canard, paru ce matin :

"Sarko ébranle les statues des commandeurs

« Non, ce n'est pas vrai, je n'ai jamais critiqué Jacques Chirac. » Mardi matin, sur RTL, Sarkozy a donc démenti s'être essuyé les pieds sur l'ancien président. C'est évidemment un gros mensonge comme peuvent en attester 262 témoins.
    Ce sont les 262 députés UMP qui ont été reçus, le 7 mai, à l'Elysée et qui ont entendu le chef de l'Etat déclarer : « Chirac n'a fait qu'une réforme et demie. Son premier septennat s'est arrêté en décembre 1995 avec un recul sur la réforme des régimes spéciaux. » Quelques autres amabilités de moindre importance ont suivi.
    Se payer les prédécesseurs devient d'ailleurs une habitude chez Sarkozy. Le 24 mai, à peine revenu d'Angola, « débraillé et mal rasé » (au dire d'un participant), il a refait son numéro, cette fois devant les élus UMP de Paris :
    « Mitterrand aussi avait promis de réduire les inégalités, et il a fait le tournant de la rigueur. Chirac avait promis qu'il réduirait la fracture sociale, et il n'a rien fait. »
    Mais - l'effet de la fatigue peut-être - cette fois, c'est de Gaulle lui-même qui en a pris pour son grade. Sarko l'avait déjà égratigné, le 7 mai, devant les députés (« Le Canard », 14/5). Le 24, il l'a carrément habillé pour l'hiver.
    « Moi, je ne fais pas du De Gaulle, a-t-il lancé à des élus médusés, je ne suis pas sur son registre. De Gaulle a dit : "Je vous ai compris", et il a trahi l'Algérie française. Moi, je fais ce que j'ai dit, je fais ce que j'ai promis. »
    Exact. Tous les ans, Sarko fait déposer une gerbe sur la tombe du Général."

(Le Canard Enchaîné N°4570, 28 mai 2008)

Sarkozy, toujours aussi insupportable, et toujours aussi minable... Et il faut que je supporte ça pendant encore quatre ans ? Un an et treize jours de sarkozysme appliqué, ça suffit ! Rendez-nous Chirac ! En attendant mieux...



Cordialement, :-)

Hyarion.

(Illustrations : Jacques Chirac au Salon de l'Automobile en 2000, caricature, par Luz, publiée dans Charlie-Hebdo N°432, 27 septembre 2000 ; Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac, le 4 septembre 2007 lors des obsèques de Pierre Messmer à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©Michael Sawyer/AFP/pool/Archives ; Jacques Chirac interrogé dans l'affaire de la Sem[p]ap, caricature de Pétillon, publiée dans Le Canard Enchaîné N°4569, 21 mai 2008 ; Nicolas et Carla Sarkozy, le 27 mai 2008 à Rungis, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Jacques Brinon ; Nicolas Sarkozy le 27 mai 2008 à Rungis entouré de Luc Chatel, et de son épouse Carla Bruni-Sarkozy, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Jacques Brinon ; Nicolas Sarkozy et Carla Bruni-Sarkozy, le 27 mai 2008 à Rungis, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Jacques Brinon ; Carla Bruni, été 2007, photographie [à l'endroit, cette fois-ci] de Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin pour un numéro de l'édition française du magazine Vogue d'août 2007 ; Affiche électorale de Jacques Chirac, candidat à l'élection présidentielle de 1981)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 2 (2008-2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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Jeudi 29 mai 2008 4 29 /05 /2008 20:25
Ainsi que je l'ai écrit dans un prédécent message, peu de temps et peu de moyens sont, depuis quelque temps, à ma disposition pour réagir à l'actualité politique du moment : des contrariétés personnelles et une connection Internet défaillante depuis la fin du mois dernier ne sont pas de nature à favoriser la mise en ligne de nouveaux articles sur le présent blog. Au terme d'une préparation laborieuse, en voici tout-de-même un, que je me suis finalement résigné - la nuit portant conseil - à diviser en deux parties, compte tenu des contraintes techniques de la plate-forme qui héberge le présent blog. Cet article est destiné surtout à répondre à l'impérieuse nécessité qui est la mienne de taper régulièrement sur Sarkozy de Nagy-Bocsa. Pourquoi une telle nécéssité, me direz-vous ? Parce qu'il le vaut bien, comme dirait l'autre... Et tant pis pour ceux qui voudraient que je leur parle d'autre chose, sous prétexte que cela serait plus intéressant pour eux : personnellement, j'évite d'écrire "sur commande", car, en général, de toute façon, cela ne me réussit pas, ayant toujours eu des difficultés à me plier aux contraintes, quelles qu'elles soient...


Il y a un an et treize jours, le 16 mai 2007, Jacques Chirac, après douze ans de présidence, quittait le palais de l'Elysée, laissant ainsi sa place à Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, pour le meilleur et, surtout, pour le pire. Sarkozy a voulu, dès le début, incarner une "rupture" avec le passé, mais cette "rupture" s'est révélé être, avant tout, de pure forme, se limitant même, pour ainsi dire, à un style "présidentiel" essentiellement basé sur une affirmation, aussi outrancière que vaine, de l'insupportable egocentrisme dudit Sarkozy. Or, un an après son élection, l'actuel président de la République, malgré les déconvenues qui se sont accumulées pour lui, persiste encore aujourd'hui à prétendre incarner sa "rupture", et même à s'affirmer comme étant, tout simplement, "le meilleur", y compris vis-à-vis de ses prédécesseurs à l'Elysée, et notamment Jacques Chirac, dont il a pourtant longtemps léché les bottes, pendant des années, avant de le trahir...

Recevant les députés UMP à l'Elysée, Sarkozy s'en prend à Chirac et à la presse


Recevant mercredi [7 mai] les députés UMP pour son premier anniversaire à l'Elysée, Nicolas Sarkozy les a appelés à "soutenir" ses réformes et à être "plus pugnaces" face à l'opposition tout en lançant une charge contre son prédécesseur Jacques Chirac et contre la presse.

De l'avis quasi général, le chef de l'Etat, qui a très longuement pris la parole, voulait avant tout recadrer sa majorité, jugée trop rétive à appuyer les réformes, notamment sur les institutions.

Selon l'Elysée, 262 députés de l'UMP, sur quelque 320, avaient répondu présents à cette cérémonie dans la salle des fêtes, suivie d'un buffet dans le jardin d'hiver et le parc. "Le message était très clair: je ferai la réforme, toute la réforme, tout de suite et en même temps. Pas question de changer de stratégie. J'ai besoin de votre plein soutien et de votre pugnacité face au PS", a résumé le député Benoist Apparu.

"On s'est pris une rincée. Il nous a reproché de ne pas être assez « pêchus »", a commenté un autre. "N'ayez pas peur d'être de droite! L'opinion est avec nous", a-t-il aussi lancé à Valérie Boyer qui regrettait que, sur des questions comme celle des sans-papiers, l'UMP "passe systématiquement pour les méchants".

Certains ont évoqué plus sobrement "un exercice de pédagogie". "C'était du bon Sarko. On en est à une soixantaine de réformes. Ca peut perturber, y compris dans nos propres rangs", est convenu Philippe Gosselin.

Beaucoup d'élus ont toutefois été étonnés, voire déconcertés, par la charge du chef de l'Etat contre son prédécesseur. Selon plusieurs participants, il a lâché pêle-mêle: "Chirac a mis 21 ans à se faire élire. Moi, je l'ai été du premier coup". "Il a fait une réforme et demie, son premier septennat s'est arrêté en décembre 1995 sur un recul sur la réforme des régimes spéciaux". "Moi, je n'ai pas l'obsession de durer et je mène tout de front", a lâché le chef de l'Etat en évoquant longuement sa prise du pouvoir en 2007 et en revenant sur l'affaire Clearstream.

Quant au général de Gaulle, "il n'a eu qu'une voix de majorité en 1967", a relevé M. Sarkozy.

Des attaques que certains ont minimisées: "tout le monde sait qu'il est comme ça", ont lancé des députés en souriant. "C'est Sarko. Tout le monde parle d'une annus horribilis pour lui. Il a voulu remettre ça en perspective dans l'Histoire", analyse Jean Leonetti.

D'autres ont peu goûté ces "piques". "Je l'ai trouvé plutôt bon sur le fond. Mais je vais lui offrir le bouquin de Finkielkraut "L'Ingratitude". Il faut assumer notre héritage! Il a beaucoup d'atouts, il n'est pas obligé de dire du mal des autres", a jugé Hervé Mariton. "Il a été assez agressif", pour l'ancienne ministre Catherine Vautrin. "On ne va pas se raconter le film des élections pendant 15 ans! Ce qui importe, c'est ce qu'on fait maintenant!"

Le chef de l'Etat a accusé la presse de ne pas avoir suffisamment relayé la condamnation de Ségolène Royal dans l'affaire de ses ex-collaboratrices. Il a cité L'Express, Marianne, Le Parisien, l'AFP et le Journal du Dimanche, selon des participants.

"Il a fait une charge très importante contre la presse en disant que dans un pays où il n'y a plus d'opposition, la presse s'attribue la fonction d'opposition", a relaté l'ex-ministre Marie-Anne Montchamp. "Son message, c'était en gros: « je ne suis pas aidé par la presse ». C'est classique en période de difficultés", selon un autre participant.

"Chirac et la presse en ont pris plein la gueule", résume le villepiniste Jean-Pierre Grand.

(Dépêche de l'Agence France-Presse, 08 mai 2008, 8h00)


Décidément, on en revient toujours au même point, avec Sarkozy lorsqu'il "pique sa crise" : toujours la même aggressivité défensive, toujours le même mépris pour les autres, toujours les mêmes fanfaronnades au service de son génial nombril présidentiel... Avec son énième gueulante contre les députés UMP, qui ressemblait apparemment bien plus à un discours de campagne électorale qu'à des propos de chef d'Etat, l'actuel président de la République fait, une fois de plus, la démonstration d'un constat récurrent, à savoir celui que Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa est vraiment un minable. Il parle de Chirac, de son élection, de la presse, de l'opposition, mais finalement, je ne vois aucun problème dans tout cela : le seul problème dans cette histoire, c'est Sarkozy, et le fait qu'il soit au pouvoir. C'est cela, en définitive, le seul vrai problème. Mais Sarkozy, lui, visiblement, ne le sait pas... Pour lui, forcément, il est bien plus facile, et, du reste, tellement évident, d'affirmer stupidement son narcissisme, en s'attribuant toutes les qualités, et en rejettant tous les défauts sur les autres, et notamment sur Chirac...


Pour y voir plus clair dans cette énième manifestation de la suffisance sarkozyenne, comme d'habitude, la lecture d'un journal satirique paraissant le mercredi s'est révélé indispensable, une fois de plus :

"Aldo Maccione à l'Elysée

Les 262 députés UMP (sur 320) qui ont répondu à l'invitation de Nicolas Sarkozy, le 7 mai, sont sortis de l'Elysée avec des sentiments pour le moins partagés. Dans l'ensemble, ils ont apprécié sa détermination intacte et, particulièrement, cette tirade, qui les a revigorés :
    « Je suis un homme politique par tous les pores de ma peau. Je sens les choses. Toutes les réformes doivent se faire, et en même temps. Il ne faut pas s'arrêter aux mécontentements. »
    Pas même, donc, aux mécontentements des députés UMP. Mais, pour le reste, les attaques appuyées de Sarko contre ses prédécesseurs (lire plus loin) ont proprement estomaqué l'assistance. Questions entendues à l'issue du show présidentiel :
    « Pourquoi s'être attaqué à Chirac avec cette violence ? Pourquoi vouloir toujours paraître le plus fort du monde ? Pourquoi jouer les modestes à la télé et en privé les Aldo Maccione (l'acteur italien [des années 1970] qui roule des mécaniques) ? »
    La réponse à ces questions pourrait faire l'objet d'un amusant manuel de psychiatrie. Avec la participation, évidemment, d'Aldo Maccione.

    Sus à l'Elysée !

    Dès le début de sa péroraison devant les députés, Sarkozy a tiré sur Chirac au bazooka : « Chirac a fait un très mauvais score au premier tour de ses élections présidentielles, et il a mis vingt et un ans à se faire élire, a-t-il affirmé en bombant le torse. Moi, j'ai fait beaucoup mieux, j'ai été élu du premier coup. Et au premier tour, j'ai fait 31 %. D'ailleurs, a-t-il poursuivi, s'il y avait des élections aujourd'hui, les sondeurs disent que je ferais 33. Les sondages, celui-ci comme les autres, il faut en avoir une lecture politique ! »
    Nouveau tir contre Chirac : « Il n'a fait qu'une réforme et demie, a tranché son successeur. Son mandat s'est achevé six mois après son élection, avec les manifs contre la réforme des retraites de mon ami Alain. Après, il n'a plus rien fait. » Dommage que l'« ami » Juppé ne soit plus parlementaire pour entendre ça...
    « De même n'a-t-il plus rien fait pendant son second mandat, après la déculottée aux élections régionales de 2004 », a poursuivi Sarko. Qui est remonté plus loin dans l'histoire :
    « Dès qu'on recule, on s'arrête de réformer. Mitterrand l'a montré avec le tournant de la rigueur en 1983 : après, il n'a plus rien fait. Chirac, c'est pareil. En 1986, quand il était à Matignon, après l'affaire Malik Oussekine (étudiant tué après une intervention de la police), il a reculé sur la réforme de l'Education et, ensuite, il n'a plus rien fait. »
    Sarkozy avait un jour comparé Chirac à Louis XVI en train de réparer ses serrures. Pourvu qu'il ne l'envoie pas à l'échafaud !
   
    Crime de lèse-Général

    Même de Gaulle n'a pas été épargné. Sarkozy, qui rendait hommage le lendemain à Mongénéral, s'est permis, le 7 mai, de l'égratigner en rappelant qu'il avait dû quitter le pouvoir un an après Mai-68. Et qu'aux législatives de 1967 il n'avait eu qu'« une voix de majorité, alors que nous, nous avons une majorité large ». C'est bien Sarko le meilleur. D'ailleurs, il n'a aucune responsabilité dans l'échec des municipales :
    « Toutes les élections intermédiaires de tous les chefs d'Etat ont toujours été mauvaises. Gordon Brown a perdu les municipales en Grande-Bretagne de 20 points ; nous de 2,5 seulement. »
    Le chef de l'Etat en a profité pour engueuler ceux qui ont perdu des villes de droite, comme Reims ou Metz, à cause de leurs divisions : « Ce n'est quand même pas ma faute ! », s'est-il exclamé.
    Quant aux autres villes perdues, c'est sans doute la faute à Chirac. Ou à de Gaulle."

(Le Canard Enchaîné N°4568, 14 mai 2008)

A en croire le numéro suivant du Canard, Sarkozy était également très en forme, dans son genre, la veille de sa réunion avec les députés UMP du 7 mai dernier...

"L'âme de Chirac

    « Parce que vous comprenez Chirac, vous ? Il nous a quand même foutus dans une belle merde avec son histoire de référendum sur la Turquie, votre Chirac. Enfin paix à son âme... Enfin, son âme politique... Enfin, s'il en a une... » La trentaine de députés invités, le 6 mai, par le chef de l'Etat pour évoquer, à leur demande, l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne n'en sont toujours pas revenus.
    « Sarkozy était surexcité, raconte l'un d'entre-eux. Il nous a reçus sans cravate, nous apostrophant sans cesse, parlant de ses couilles... Je n'ai jamais vu cela. »
    Les députés présents - parmi lesquels Frédéric Lefebvre, Françoise Hostalier, Alain Lamassoure - ont cependant obtenu ce qu'ils voulaient. La commission des Lois de l'Assemblée a en effet adopté, le 15 mai - avec la bénédiction de l'Elysée, pourtant très réservé initialement -, un amendement rendant obligatoire un référendum pour l'entrée dans l'Europe de tout pays dont le nombre d'habitants équivaut à 5 % de la population de l'UE.
    Ceux qui ne sont pas contents iront se faire voir chez les Turcs. Foi de Sarko !"

(Le Canard Enchaîné N°4569, 21 mai 2008)

Sarkozy "parlant de ses couilles" : rien de moins étonnant chez l'actuel président de la République, qui est coutumier du fait. On se souvient, en effet, de ses fameux propos de l'hiver dernier, cité à l'époque sur le présent blog :

"Je vis ma vie et je me fous des commentaires des uns et des autres. Ils ont eu l'habitude d'avoir à l'Elysée, depuis douze ans, Papi et Mamie. Moi, j'ai un nouveau style. Il va falloir que tout le monde s'adapte. Maintenant, les Français ont un vrai mec, à l'Elysée, qui en a et qui s'en sert."

(Sarkozy à un de ses amis par téléphone, cité in Le Canard Enchaîné N°4549, 2 janvier 2008)

Alain Juppé, à l'égard de qui Sarkozy avait employé l'expression "ce connard de Juppé" au soir du deuxième tour des élections municipales de mars dernier (cf. Le Canard Enchaîné N°4560, 19 mars 2008), a été apparemment assez énervé par les propos de l'actuel chef de l'Etat critiquant l'inaction de ses prédécesseurs, à en croire le journal Libération du 17 mai dernier, dans lequel on pouvait lire cette déclaration : "Quand j'entends dire que rien n'a été fait [avant 2007], je ne suis pas le seul à qui ça donne des boutons." Et Jacques Chirac ? Quand pense-t-il de tout cela, lui ?


"Les boules !

    « Ça m'en touche une sans faire bouger l'autre. » C'est par une de ses tirades préférées que Jacques Chirac a accueilli, selon ses proches, les attaques portées par Sarkozy contre lui, le 7 mai, devant les députés UMP. L'ancien chef de l'Etat, accusé, on le sait, de n'avoir fait qu'« une réforme et demie », a, par ailleurs, fait les comptes.
    « Sur les 37 ministres, sans compter Fillon et Sarkozy, 14 ont été membres de mes gouvernements ou conseillers à l'Elysée. »
    Bah ! il y en a même qui ont été ministres de Mitterrand (Kouchner et Bockel) !"

(Le Canard Enchaîné N°4569, 21 mai 2008)

Bref, pour la "rupture" avec Chirac, il faudra repasser, n'en déplaise à Sarkozy. Ce dernier, du reste, a beau se considérer comme étant meilleur que les autres, il n'en reste pas moins minable. Se prétendre meilleur que De Gaulle s'était déjà ridicule, mais se croire même meilleur que Chirac, c'est simplement grotesque. Car, dans bien des domaines, même Jacques Chirac vaut mieux que Nicolas Sarkozy, bien que ce dernier ait beaucoup appris de son prédécessur.

Moi, je n'ai pas oublié Jacques Chirac...
Chirac, ce sont d'abord des paroles, des promesses, des gaffes... bref, des citations immortelles, forcément supérieures aux vulgarités "testiculaires" et autres propos karchérophiles de Sarkozy. On se souvient, par exemple de l'échange télévisée, tout en finesse, que Chirac eu, en janvier 1995, en pleine campagne électorale présidentielle, avec Michel Field, dans une émission sur Canal+, dont le dessinateur Bernar avait réalisé, à l'époque, pour le journal satirique Charlie-Hebdo, une représentation dessinée :

"- JACQUES CHIRAC : Réfléchissez deux minutes... si ce n'est pas excessif...

- MICHEL FIELD : Merci ! [...] Deux minutes, c'est à peu près le temps qu'il m'a fallu pour lire votre livre, alors s'il vous plait !

- JACQUES CHIRAC : Oui... Je sais bien... Malheureusement, [...] dans celui que vous ai envoyé, je n'ai pas mis les images à colorier... Je suis désolé !"


Mais Jacques Chirac, ce n'est pas que cela, bien évidemment, et de citations historiques chiraquiennes historiques, en vérité, nous ne manquons pas :



"Je lis Le Monde tous les jours aux cabinets."

(Jacques Chirac, en 1966, cité par Pierre Lelong dans La Famille Chirac, Les Dossiers du Canard Enchaîné, octobre 1993)

"Personne ne devrait gagner plus de 10 000 francs par mois."

(Jacques Chirac, dans le magazine Le Point, 13 août 1973)

"D'abord éliminer le chômage. [...] J'affirme que, puisque nous le pouvons, nous le devons !"

(Jacques Chirac, lors d'un discours à Lille, 11 juin 1977)

"On rapporte qu'un ministre des Finances, et non des moindres, sous la IVe République, venu reprendre contact avec sa circonscription, y fut vivement interpellé par ses électeurs. Ceux-ci lui firent lire un arrêté plus abracadabrant, sans doute, que de coutume. «Ah ! dit le ministre, quelle bande de...
- Mais, monsieur le Président, c'est signé de vous.
- Justement, mes amis : voyez ce qu'ils me font faire !»"

(Jacques Chirac, au congrès des maires RPR, à Paris, 10 septembre 1977)

"Les Français peuvent voter bien ou mal, et stupidement s'ils le veulent, c'est leur droit."

(Jacques Chirac, in La Lueur de l'espérance, éditions de La Table Ronde, 1978)

"Un bouc se caractérise par quatre pattes, des sabots, des cornes, et quelques autres éléments dont je constate qu'ils sont réunis, avec de fortes dimensions..."

(Jacques Chirac, ibid., 1978)

"Le poisson pourrit par la tête, le présent par l'avenir."

(Jacques Chirac,
ibid., 1978)

"On fait les cadeaux avant les élections et on décide les impôts tout de suite après."

(Jacques Chirac, lors d'une conférence de presse, le 26 mai 1981)

"Dommage pour les socialistes et les communistes, il n'y a pas de scandales à la mairie de Paris !"

(Jacques Chirac, dans Le Figaro Magazine, 5 mars 1983)


"Comme le disait ma grand-mère, il faut mépriser les hauts et il faut repriser les bas."

(Jacques Chirac, lors d'une réunion publique à Saint-Etienne, le 15 janvier 1986)

"Je n'ai pas d'états d'âme : ça aide !"

(Jacques Chirac, dans le magazine Le Point, 24 mars 1986)

"Tous les Français sont favorables, les sondages le disent, à l'anonymat sur l'or, car ils ont tous une petite bourse avec quelques lingots d'or."

(Jacques Chirac, à l'émission "L'Heure de vérité", sur Antenne 2, le 23 avril 1986)

"Rayez ce mot "opéra" de votre vocabulaire. Il n'y aura pas d'opéra à la Bastille."

(Jacques Chirac, cité par l'Agence France-Presse, 21 juillet 1986)

"Plus la ficelle est grosse, plus la machine fonctionne."

(Jacques Chirac, cité par J.-M. Colombani et J.-Y. Lhomeau, in Le Mariage blanc, Grasset, 1986)

"La langue de bois est une de mes spécialités..."

(Jacques Chirac, in "Jacques Chirac : autoportrait", sur T.F.1., 21 janvier 1987)

"Quand on va chasser dans les grands fonds, on n'y va pas en maillot de bain."

(Jacques Chirac, cité par Franz-Olivier Giesbert, in Jacques Chirac, Le Seuil, 1987)

"Si je me laisse aller à vous parler, je vais dire des choses qu'évidemment je ne reconnaîtrai pas, si je les vois écrites. Et, si vous écrivez : Monsieur Chirac est un partisan d'un régime libéral simplifié, on dira "Monsieur Chirac est un con." Bon, vous comprenez pourquoi je me méfie énormément."

(Jacques Chirac, cité par P. Jouve et A. Magoudi, in Jacques Chirac : portrait total, éditions Carrère, 1987)

"J'ai beaucoup d'estime pour les journalistes, mais l'idée qu'ils viennent mettre leurs caméras dans mes placards pour voir la couleur de mes caleçons, non ! Alors, là, non !"

(Jacques Chirac, cité par P. Jouve et A. Magoudi, ibid., 1987)

"Je suis quelqu'un de très lent le matin. Quand je me lève, j'ai horreur de me bousculer. [...] Je traîne un peu. Je lis des choses. Et si je ne dispose pas de ce laps de temps, je ne suis pas content, je ne suis pas dans mon assiette."

(Jacques Chirac, cité par P. Jouve et A. Magoudi,
ibid., 1987)

"Je n'ai pas la prétention d'avoir une intelligence exceptionnelle, tout en n'étant pas un imbécile, bien entendu."

(Jacques Chirac, cité par P. Jouve et A. Magoudi,
ibid., 1987)

"Mais qu'est-ce qu'elle me veut de plus, cette ménagère ? Mes couilles sur un plateau ?"

(Jacques Chirac, parlant de Margaret Thatcher, au sommet européen de Bruxelles, en février 1988, cité par le journal Libération, 9 mai 1995)

"Les promesses n'engagent que ceux qui les reçoivent."

(Jacques Chirac, dans le journal Le Monde, 22 février 1988)

"Je n'ai pas Canal Plus ! On m'a envoyé un des premiers décodeurs, mais je l'ai retourné car il ne fonctionnait pas et faisait une bosse inesthétique sur mon téléviseur !"

(Jacques Chirac, dans le magazine Paris-Match, 15 avril 1988)

"Je vous donne rendez-vous dans trois mois pour traverser avec moi la Seine à la nage. A ce moment-là, (...) l'eau sera pure à 100 %."

(Jacques Chirac, dans Le Journal du Dimanche, 5 mars 1989)

"Comment voulez-vous que le travailleur français, qui habite à la Goutte-d'Or où je me promenais avec Alain Juppé la semaine dernière, il y a trois ou quatre jours, et qui travaille avec sa femme, et qui, ensemble, gagnent environ 15 000 francs, et qui voit, sur le palier à côté, dans son HLM, entassée, une famille, avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler ! Si vous ajoutez à cela... le bruit et l'odeur, eh bien le travailleur français sur le palier, il devient fou. Il devient fou ! C'est comme ça ! Et il faut le comprendre ! Si vous y étiez, vous auriez la même réaction. Et ce n'est pas être raciste que de dire cela."

(Jacques Chirac, le 19 juin 1991, au cours d'un dîner-débat du RPR à Orléans)

"Je tâche de m'inspirer du message évangélique : mais ça ne regarde que ma conscience."

(Jacques Chirac, in La France pour tous, Nil éditions, 1994)

"Autant j'aime le dialogue avec les gens, autant il m'est difficile de dialoguer avec une lentille."

(Jacques Chirac, dans le magazine Le Nouvel Observateur, 12 janvier 1995)

"Il est temps de renoncer au renoncement."

(Jacques Chirac, lors d'un discours à la porte de Versailles, à Paris, le 17 février 1995)


"[Quand j'ai arrêté de fumer], j'ai demandé à l'huissier qui, auparavant, vidait mes cendriers toutes les deux heures, de ne pas en parler. Au bout d'une semaine, quand même, j'ai dit à ma femme, à ma fille : "Vous n'avez rien remarqué ?" Et elles m'ont répondu : « Ah oui, tu es allé chez le coiffeur ! » Vous voyez, personne ne fait attention à moi..."

(Jacques Chirac, dans le journal Libération, 17 février 1995)

"Il faut toujours annoncer aux autres ce qu'on va faire. Ils ne vous croient jamais. C'est le meilleur moyen de leur faire en toute loyauté les pires abominations !"

(Jacques Chirac, cité par Thierry Desjardins, L'Homme qui n'aime pas les dîners en ville, Edition°1, 1995)

"Moi, la politique, vous savez, par moments, j'en ai ma claque. J'ai beaucoup donné !"

(Jacques Chirac, cité par Thierry Desjardins, ibid., 1995)

"Connaissez-vous la mésaventure d'Arrighi de Casanova ?... Ce type s'était présenté à Montpellier dans les années soixante. C'était sa première élection et il avait pris conseil auprès de quelques amis. « L'usage veut que tu ailles saluer chaque président de bureau de vote », lui avait-on assuré. « Avec ma femme ? » « Oui, oui, avec ta femme, ce sera très bien. » Arrighi avait donc consciencieusement passé sa journée à serrer des mains dans les bureaux de vote, en compagnie de son épouse. Au point d'en oublier d'aller lui-même voter. Le soir, il fut battu. D'une voix. La sienne..."

(Jacques Chirac, cité par R. Bacqué et D. Saverot, Chirac président, les coulisses d'une victoire, éditions Le Rocher/DBW, 1995)

"Comme tous les veaux, naturellement, ne peuvent pas devenir des boeufs, alors il faut bien aussi les manger. D'où l'importance de sauvegarder la tête de veau."

(Jacques Chirac, lors d'un voyage à Londres, le 17 mai 1996)

"Quand je suis avec Bill Clinton, je lui parle d'Ariane ou d'Airbus. Quand je suis avec des Français, je leur parle de tomates."

(Jacques Chirac, lors d'un déjeuner avec la presse accréditée à l'Elysée, le 6 juin 1996)

"J'ai demandé à l'Etat non seulement d'ouvrir les yeux, mais de prendre des lunettes si nécessaire."

(Jacques Chirac, lors d'un entretien télévisé, le 14 juillet 1996)

Ne vous occupez pas de ma vie, j'irais droit au ciel !"

(Jacques Chirac au chef de la sécurité, lors de son voyage à Jérusalem, le 22 octobre 1996)

"On ne peut pas promettre un nouveau truc tous les jours. Qu'est-ce que vous vouliez ? Que je leur montre mon cul ?"

(Jacques Chirac, cité par Le Canard Enchaîné, 18 décembre 1996)

"J'ai changé de bière. Je suis passé de la Corona à la Kronenbourg 1664."

(Jacques Chirac répondant à la question "Avez-vous le sentiment d'avoir changé depuis votre élection ?", cité par Ghislaine Ottenheimer, in Le Fiasco, Albin Michel, 1996)


"Sarkozy, il faut lui marcher dessus. Pour deux raisons. Un, c'est la seule chose qu'il comprenne. Deux, ça porte chance."

(Jacques Chirac, cité par Ghislaine Ottenheimer, in Le Fiasco, Albin Michel, 1996)

"Mes Chers Compatriotes,
Après consultation du Premier ministre, du Président du Sénat et du Président de l'Assemblée nationale, j'ai décidé de dissoudre l'Assemblée nationale."

(Jacques Chirac, lors d'une allocution radio-télévisée, au Palais de l'Elysée, le 21 avril 1997 à 20h00)

"Ma femme est une catholique pratiquante. J'espère qu'elle participe au salut de mon âme, qui en a bien besoin !"

(Jacques Chirac, dans le magazine Paris-Match, 15 avril 1998)

"En tant que président du RPR, je ne me suis jamais occupé, ce n'était pas ma fonction, pas plus que ce n'était celle, j'imagine, des autres responsables d'un grand parti politique, des problèmes de financement."

(Jacques Chirac, lors d'un entretien télévisé avec Patrick Poivre d'Arvor, au Palais de l'Elysée, le soir du 14 décembre 2000)

"Je vais vous dire très franchement une chose, je ne peux pas y croire. Je ne peux pas y croire. Qu'il y ait eu des ententes avec une entreprise par-ci, une entreprise par-là, cela c'est tout à fait probable. Cela faisait partie de ces dérives que je dénonçais tout à l'heure, et qui doivent être recherchées et, le cas échéant, condamnées. Mais qu'il y ait eu un système, où les partis politiques de la majorité, de l'opposition se seraient mis ensemble pour se partager je ne sais quel gâteau ? Si c'est démontré, je serai le premier à le condamner. Mais honnêtement, honnêtement, je n'y crois pas beaucoup."

(Jacques Chirac, à propos du financement occulte des partis politiques par le biais de marchés publics truqués, lors d'un entretien télévisé avec Patrick Poivre d'Arvor, au Palais de l'Elysée, le soir du 14 décembre 2000)

"Ce n'est pas qu'elles se dégonflent, c'est qu'elles font « pschitt », si vous me permettez cette expression. [...] Cela n'a strictement, je peux vous le dire, aucun rapport avec la somme qui est aujourd'hui jetée en pâture à l'opinion publique, sans que personne ne se soit préoccupé de savoir si elle était ou non justifiée, parce que : calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose !"

(Jacques Chirac, à propos des sommes d'argent qu'on lui a reproché d'avoir utilisé pour payer en liquide des voyages privés lorsqu'il était maire de Paris, lors d'un entretien télévisé, à l'occasion de la fête nationale, au Palais de l'Elysée, avec les journalistes Patrick Poivre d'Arvor, Béatrice Schönberg et Élise Lucet, le 14 juillet 2001)

Et puis, forcément, commes les dernières citations le montre, Jacques Chirac, c'est aussi, bien entendu, des affaires politico-financières particulièrement croustillantes, à côtés desquelles la minable petite affaire de cet appartement de Sarkozy dans l'île de la Jatte, à Neuilly-sur-Seine, révélée l'année dernière mais, du reste, déjà enterré aujourd'hui, ne pèse pas lourd... Sarkozy a bénéficié d'un rabais d'au moins 300.000 euros de la part du promoteur immobilier Lasserre sur l'achat en 1997 de son appartement de Neuilly, construit sur un terrain fourni par la mairie alors qu'il en était le maire, et revendu en 2006 : c'est bien, mais c'est peu. On aurait franchement préféré être confronté à davantage de compromissions et de magouilles politico-financières de la part de Sarkozy de Nagy-Bocsa. Cela m'aurait bien fait plaisir, car, pour le moment, on est bien loin des spectaculaires affaires, chiraquiennes ou assimilées, des HML de Paris, de Didier Schuller et des HML des Hauts-de-Seine, des emplois fictifs payés par la Mairie de Paris du temps où Chirac en était maire, des voyages dudit Chirac avec billets d'avion payés en liquide via la trésorerie occulte du RPR, du financement occulte des partis politiques par le biais de marchés publics truqués, concernant notamment les lycées d'Ile-de-France, de la participation de l'imprimerie municipale parisienne Sempap au financement du RPR, etc. Je me souviens que Chirac n'était jamais aussi bon à la télévision que lorsqu'il devait évoquer ces affaires : comment oublier, par exemple, l'évènement désormais légendaire de la fameuse cassette Méry balancée aux médias il y a bientôt huit ans maintenant ? Le 21 septembre 2000, fut publié dans le journal Le Monde, comme chacun sait, une confession posthume de Jean-Claude Méry (décédé d'un cancer en juin 1999), confession enregistrée sur une cassette vidéo le 24 mai 1996. Faux-facturier du RPR, Jean-Claude Méry, dans la fameuse cassette, vêtu d'une chemise avec cravate et d'un pantalon à bretelles, accusait Jacques Chirac d'avoir été au coeur d'un système de financement occulte, du temps où il était président du RPR et maire de Paris, et affirmait notamment avoir déposé lui-même, à l'époque, une valise contenant 5 millions de Francs en liquide "sur le bureau de Michel Roussin, en présence de Monsieur Chirac". Le RPR - tout comme l'UDF, le PS et le PC - était accusé d'avoir alimenté son budget à l'aide de commissions versées par des entreprises du bâtiment auxquelles la région Île-de-France avait confié en contrepartie d'importants travaux publics notamment concernant des lycées. Pour la France entière, ce fut le choc, et on ne trouva guère, à l'époque, que l'nénarrable Jean Tiberi pour défendre son prédécesseur à la mairie de Paris...


Cependant, face au déballage public de cette affaire, la réaction de Chirac fut, on le sait, remarquable :

"ÉLISE LUCET - "Monsieur le Président, nous reviendrons dans un instant, si vous le voulez bien, sur le référendum sur le quinquennat qui est le but de votre visite, ici, à Angoulême. Mais, d'abord, dans son édition d'aujourd'hui, donc, Le Monde publie une interview posthume de Jean-Claude MÉRY que nous avons entendue, où vous êtes personnellement mis en cause. Il affirme avoir remis une valise de cinq millions de Francs à Michel ROUSSIN, en votre présence, et cela pour le financement occulte du RPR.

J'ai envie de vous demander quelle est votre réaction à la fois sur la forme et sur le fond ?

JACQUES CHIRAC - Ma réaction : je suis indigné. Indigné par le procédé. Indigné par le mensonge. Indigné par l'outrance. Mme LUCET, il doit y avoir des limites à la calomnie. Hier, on faisait circulait une rumeur fantaisiste sur une grave maladie qui m'aurait atteinte -sous-entendu je ne serais plus capable d'assumer mes fonctions-. Aujourd'hui, on rapporte une histoire abracadabrantesque. On fait parler un homme mort il y a plus d'un an. On disserte sur des faits invraisemblables qui ont eu lieu il y a plus de quatorze ans. On exhume un enregistrement fait il y a plus de quatre ans et dont le journal lui-même, qui publie ces propos, les qualifie " d'invérifiables " et de " sans valeur juridique ".

Tout cela, comme par hasard, trois jours avant un référendum visant à améliorer le fonctionnement de notre démocratie.

Alors, je vous le dis, ces allégations sont indignes et mensongères. Voilà, pourquoi, je demande que ces éléments soient transmis à la justice afin que la vérité balaie la calomnie.

(Jacques Chirac, Président de la République, à Angoulême [Charente], lors d'un entretien télévisé avec la journaliste Élise Lucet, France 3, Jeudi 21 septembre 2000)

Que de souvenirs avec Jacques Chirac président... Chirac, politiquement, c'est toute ma jeunesse, tout comme Mitterrand, d'ailleurs... ;-) Et je m'en souviens comme si c'était hier... ;-)

[...]

[Suite de l'article dans le
message suivant]

(Illustrations : Caricature de Jacques et Bernadette Chirac, par Kiro, publiée dans Les Jeux de l'actu et de l'été, Les dossiers du Canard Enchaîné N°104, juillet 2007 ; Jacques Chirac quittant l'Elysée en voiture après avoir passé le pouvoir à Nicolas Sarkozy, le 16 mai 2007, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Eric Feferberg ; Nicolas Sarkozy lors d'un discours le 6 mai 2008 à Les Angles, près d'Avignon, photographie de l'Agence France Presse, ©Claude Paris/AFP/Archives ; Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac, le 17 mars 2008, dans la cour des Invalides à Paris lors d'un hommage au dernier poilu de 1914-1918, photographie de l'Agence France Presse, ©Eric Feferberg/AFP/Archives ; Caricature de Jacques Chirac, par Kiro, publiée dans Manufacture française de candidats, Les dossiers du Canard Enchaîné N°83, avril 2002, et caricature de Nicolas Sarkozy, par Kiro, sans date [vers 2005] ; Entretien de Jacques Chirac avec Michel Field, Canal+, janvier 1995, dessins de Bernar, publiés dans Vu à la Télé, Charlie Hebdo hors-série N°8, janvier 1999 ; Jacques Chirac, quatre photos extraites des archives de l'INA, reprises dans le film documentaire Dans la peau de Jacques Chirac de Karl Zéro et Michel Royer, © Rezo Films, 2006 ; "Les Morts accusent Chirac", dessins de Luz, publiés dans Charlie-Hebdo N°432, 27 septembre 2000)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 2 (2008-2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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Mercredi 28 mai 2008 3 28 /05 /2008 22:19
Peu de temps et peu de moyens sont, depuis quelque temps, à ma disposition pour réagir à l'actualité politique du moment : des contrariétés personnelles et une connection Internet défaillante depuis la fin du mois dernier ne sont pas de nature à favoriser la mise en ligne de nouveaux articles sur le présent blog. Au terme d'une préparation fort laborieuse, j'étais tout-de-même parvenu à en rédiger un, mais la plate-forme de blogs qui héberge le Blog de l'Anarcho-Monarchiste m'empêche maintenant de le publier parce que l'article en question contient trop de caractères HTML...

Après avoir passé un (trop) long moment à pratiquer des aménagements et des coupes, je préfère jeter l'éponge. Si mes articles ne peuvent pas être publiés tels quels, c'est-à-dire avec TOUS les mots et TOUTES les illustrations qui les constituent - tous soigneusement choisis -, eh bien tant pis, je n'insiste pas.

Pas de publication en plusieurs morceaux, pas d'auto-censure : j'en ai marre. Au point où j'en suis, c'est TOUT ou c'est RIEN.

Pfff... Raz-le-bol de toutes ces contraintes !

Cordialement,

Hyarion.
Par Hyarion
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Mardi 6 mai 2008 2 06 /05 /2008 20:23
Pour moi, ce n'est pas véritablement un anniversaire, mais le fait est là. C'était il y a un an. Le 6 mai 2007, une majorité de citoyens électeurs français choisissait d'élire Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa à la plus haute charge de l'Etat, avec 53 % des voix face à Ségolène Royal. Aujourd'hui, certains, notamment au journal Marianne, se demandent s'il était seulement possible d'imaginer qu'un an après, la situation de la France soit plus mauvaise qu'elle ne l'était à l'issue de la dernière élection présidentielle. Singulière naïveté ! Non seulement il était tout-à-fait possible d'envisager cette situation il y a un an - je crois l'avoir fait moi-même à l'époque, sur le présent blog -, mais de plus, on voit mal comment, avec le recul, il aurait pu en être autrement. Il y a des fois où l'on aimerait bien se tromper, mais, décidément, les faits sont là : le pays, aujourd'hui plus divisé que jamais, est dirigé par un homme qui n'a pas la stature d'un homme d'Etat, et dont les seuls "faits d'armes" que l'on serait tentés de retenir pour l'instant, après une première année de mandat, sont l'adoption d'un "paquet fiscal" ne bénéficiant qu'à une minorité de la population, et, surtout, un grand cirque médiatique autour de la vie privée de l'actuel chef de l'Etat, qu'il s'agisse de son divorce entre lui et Cécilia Ciganer-Albéniz, en octobre 2007, ou de son prompt remariage avec Carla Bruni, en février dernier... Bilan plutôt mince, pour l'instant, donc.


Il y a un an se terminait donc un campagne électorale présidentielle dont la conclusion a été l'accession de Sarkozy au pouvoir suprême. On peut dire que ledit Sarkozy n'avait pas alors ménagé sa peine pour parvenir à ce but ultime. On en sait aujourd'hui quelque-chose grâce à l'examen des comptes de campagne électorale effectué, pour la première fois cette année, non pas par le Conseil constitutionnel, mais par une commission de contrôle des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), qui s'est livré au difficile exercice d'examiner toutes les factures et tous les reçus présentés par les douze candidats à l'élection présidentielle. Un document de synthèse sera disponible, parait-il, le mois prochain, mais la CNCCFP a déjà livré la plupart des résultats en janvier dernier, comme l'atteste ces deux dépêches de l'Agence France Presse, publiées à ce moment-là :

Présidentielle : les comptes des douze candidats validés


Les comptes des douze candidats à l'élection présidentielle de 2007 ont été validés, a annoncé mercredi la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP).

"Aucun compte d'un candidat à la présidentielle n'a été rejeté", a déclaré le président de la commission François Logerot lors de ses voeux à la presse, rappelant que "pour la première fois en 2007, la commission a contrôlé les comptes de campagne" des prétendants à l'Elysée.

En 2002, le Conseil constitutionnel, alors en charge de cette tâche, avait rejeté les comptes de Bruno Mégret (MNR), considérant qu'il avait bénéficié du "concours du personnel communal" de Vitrolles, la ville dont sa femme était la maire.

Les dépenses globales des candidats ont atteint en 2007 "environ 76 millions d'euros", "un peu moins qu'en 2002" où 16 candidats concouraient. "Le remboursement décidé par la commission s'élève à environ 45 millions d'euros", contre "53 millions en 2002", a indiqué M. Logerot.

Le candidat le moins dépensier a été Gérard Schivardi (près de 713.000 euros), suivi de Frédéric Nihous (quelque 840.000 euros). Nicolas Sarkozy a dépensé au final davantage que Ségolène Royal (20,962 millions d'euros contre 20,615 millions).

Le plafond des dépenses électorales pour la présidentielle était de l'ordre de 16 millions d'euros pour chaque candidat au premier tour, et d'environ 20 millions pour les deux accédant au second tour.

En 2007, quatre candidats seulement (Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, François Bayrou et Jean-Marie Le Pen) ont dépassé les 5% de suffrages qui leur donnent droit au remboursement maximal, contre sept candidats en 2002.

Le seul compte "approuvé purement et simplement" par la commission est celui d'Olivier Besancenot, les autres comptes de campagne ayant dû subir des "réformations", c'est-à-dire des corrections.

Les "réformations", dont le montant global atteint "environ 900.000 euros", étaient dues en particulier aux dépenses jugées "non électorales", la commission ne prenant en compte que celles effectuées "en vue de l'obtention du suffrage des électeurs".

Interrogé par la presse, M. Logerot a reconnu à ce sujet un "problème épineux": distinguer les dépenses d'un candidat et celles qui sont liées à son mandat. Les deux finalistes du second tour sont notamment concernés, Nicolas Sarkozy étant resté ministre pendant une partie de la campagne, et Ségolène Royal occupant le poste de présidente de la région Poitou-Charentes.

La commission doit rendre son rapport d'activité sur la présidentielle "entre mars et mai 2008", mais les décisions concernant chaque candidat ont été publiées au Journal officiel le 10 janvier.

Concernant les législatives de juin 2007, la commission examine actuellement les comptes des 7.640 candidats qui se sont présentés, et doit boucler son travail le 15 février.
 
(Dépêche de l'Agence France Presse, 17 janvier 2008, 19h33)

Présidentielle : les dépenses des candidats passées au peigne fin


Pour valider les comptes des douze candidats à l'élection présidentielle de 2007, la Commission nationale des financements politiques a passé au peigne fin leurs dépenses, parfois sans lien évident avec le scrutin comme les frais faramineux de coiffure ou de maquillage de Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy.

La commission a ainsi jugé "manifestement excessifs" les 34.445 euros de frais de maquillage figurant au compte de campagne de M. Sarkozy, considérant qu'il s'agit de "dépenses habituellement de nature personnelle", selon un document publié au Journal officiel le 10 janvier.

Résultat, il n'a accepté de les prendre en compte dans le remboursement accordé au candidat que pour le tiers de leur valeur, soit 11.482 euros.

Même constat et même punition pour les 51.659 euros de maquillage et de coiffure figurant dans le compte de campagne de Mme Royal, eux aussi jugés excessifs", et ramenés à 17.220 euros dans les dépenses donnant lieu à remboursement.

Si ces sommes représentent des gouttes d'eau dans les dépenses totales engagées par les deux finalistes - respectivement 20,962 millions d'euros contre 20,615 millions - la Commission s'est ainsi attachée à débusquer et parfois retoquer toutes celles qui lui paraissaient non conformes ou exagérées.

Ainsi des 53.581 euros dépensés par Mme Royal pour équiper son QG du boulevard Saint-Germain d'appareils de détection pour parer d'éventuelles écoutes, dépense jugée "non spécifiquement destinée à obtenir des suffrages".

Ou encore les 50.073 euros de repas servis au siège de campagne de M. Sarkozy ou pris à proximité dont "le caractère électoral n'a pas pu être démontré".

Les deux finalistes de la présidentielle n'ont pas été les seuls à voir certaines de leurs dépenses non prises an compte par la Commission.

Elle a ainsi rejeté du compte de Jean-Marie Le Pen 157.110 euros dépensés pour une réception en l'honneur de militants ayant participé à sa campagne. Idem pour les 48.642 euros versés aux six personnes ayant cherché pour lui des parrainages, mais pour lesquels le leader du FN n'avait pu fournir de contrat de travail ni convention de prestation.

Dominique Voynet quant à elle ne percevra pas de remboursement pour les 787 euros d'amendes SNCF qu'elle à fait figurer à ses comptes de campagne.

Pas plus que José Bové ne se verra restituer les 2.912 euros "correspondant au prix des abonnements des téléphones portables personnels des membres de son équipe de campagne" qui, selon la commission, les auraient de toute façon payé en l'absence de toute campagne électorale.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 18 janvier 2008, 14h44)

50.073 euros de frais de repas au siège de campagne, et 34.445 euros de frais de maquillage pour le candidat Sarkozy : il faut croire que la conquête de l'Elysée valait bien de telles dépenses... qui ne seront finalement pas remboursées. On aura également remarqué les autres sommes d'argent déclarées par les autres candidats sur leurs comptes de campagne, et qui, elles non plus, ne seront pas remboursées : il fallait bien tenter le coup auprès de la commission de contrôle ! ;-) C'est si cher, une campagne électorale... Mais il faut bien se donner les moyens de séduire les Français. En tout cas, en ce qui concerne Sarkozy de Nagy-Bocsa, de toute évidence, le jeu en valait la chandelle...

Souvenez-vous, chers lecteurs... Il y a un an, la majorité de l'électorat français se félicitait d'avoir voté pour un homme tel que Nicolas Sarkozy. "Avec lui, au moins, ça bouge", disait-on. Pendant la campagne électorale, le peuple était très content d'entendre de la bouche du candidat de l'UMP des promesses certes fort démagogiques, mais néanmoins si agréable à écouter... Et puis, il faut dire que les braves électeurs français, dans leur majorité, en avait marre de cette mauvaise "France qui ne travaille pas", de tous ses "parasites" qui empêchent la bonne "France qui travaille" d'accéder au bonheur consumériste auquel tout citoyen de ce pays a droit. Le dimanche 6 mai 2007, ces électeurs sont donc allé voter pour Sarkozy, avec dans le coeur, sans doute, une farouche volonté de faire triompher le véritable esprit français...


C'était il y a un an. Dans notre société, soumise à la tyrannie de l'urgence et des apparences, ce qu'il s'est passé il y a douze mois, c'est déjà loin. Aujourd'hui, les électeurs de Sarkozy ont quelque peu oublié leur satisfaction d'alors. Aujourd'hui, ils ne se souviennent plus de la grande fête sarkozyste de la place de la Concorde, à Paris, le soir du second tour de l'élection. Aujourd'hui, seules comptent le déplorable style affiché par l'actuel chef de l'Etat durant sa première années de mandat, et surtout, surtout, les belles promesses du candidat Sarkozy, promesses forcément non tenues par ledit candidat Sarkozy un fois celui-ci au pouvoir. L'intéressé avait pourtant prévenu, dès le mois de février 2007...

"C'est toujours comme ça, une campagne : on promet pour être élu, et après on déçoit. Mais, en dopant la croissance, on peut arriver à tout financer."

(Sarkozy, en déplacement dans l'île de la Réunion, le 16 février 2007, cité dans le Canard Enchaîné N°4504, 21 février 2007)

Las, aujourd'hui, la croissance est loin d'être dopée. Elle est même si molle que la seule chose à laquelle en sont réduits Sarkozy, Fillon et le gouvernement, c'est de resserrer les cordons de la bourse, avec un plan de rigueur qui ne dit pas son nom. La seule petite marge financière disponible l'année dernière a été perdue avec l'adoption d'un "paquet fiscal" dont le coût, dans le meilleur des cas, sera à peine compensé par des économies de bouts de chandelle qui, elles, ne sauraient remplacer les nécessaires réformes de structure dont le pays a besoin. Il est certes encore un peu tôt pour dresser un bilan définitif du fameux "paquet fiscal", mais il apparait d'ors et déjà que Sarkozy a, semble-t-il, été bien mal inspiré de ne pas tenir suffisemment compte des estimations qui étaient faites l'année dernière concernant la médiocrité de la croissance, qui s'est révélée finalement être maintenant à peu près aussi molle que prévue à l'époque... On peut se demander, par ailleurs, à l'époque où nous vivons, si cela vaut encore la peine de placer systématiquement tous les espoirs des pays occidentaux dans une fort hypothétique grande reprise d'une sacro-sainte croissance économique. N'étant toutefois pas économiste, je me garderai d'aller plus avant sur ce sujet. Toujours est-il qu'aujourd'hui, celui qui voulait être le "président du pouvoir d'achat" doit faire face à la déception de ses électeurs, au mécontentement de l'opinion publique en général, et, par conséquent, à une forte baisse de sa popularité depuis le début de cette année, baisse confirmée récemment par un énième sondage...

Plus de 70% des Français mécontents de l'action de Sarkozy un an après son élection


72% des Français se disent mécontents du bilan de Nicolas Sarkozy, contre 28% qui s'affirment satisfaits, un an après son élection à la présidence de la République le 6 mai 2007, selon un sondage Ifop-Fiducial pour Paris-Match à paraître jeudi [24 avril].

Le chef de l'Etat fait beaucoup moins bien que son prédécesseur à l'Elysée Jacques Chirac qui, en avril 2003, un an après sa réélection, recueillait 58% de jugements positifs sur son action.

Les Français ne sont en outre que 35% à considérer que Nicolas Sarkozy a tenu, durant l'année écoulée, les engagements qu'il avait pris durant sa campagne présidentielle, 65% étant d'un avis inverse.

La façon de présider du chef de l'Etat n'est jugée meilleure que celle de ses prédécesseurs que par 17% de Français (et seulement 42% des sympathisants UMP), 35% la trouvant "moins bonne" et 48% "ni meilleure ni moins bonne".

Quant à son projet pour la France, s'il est jugé "ambitieux" par 62%, 50% l'estiment "peu crédible", tandis que 40% pensent qu'il "va dans la bonne direction" et qu'il est "clair".

Ce jugement sévère se double d'un fort pessimisme pour l'avenir, notamment sur le plan économique. 6% seulement pensent que la situation économique s'est plutôt améliorée durant la première année de mandat de Nicolas Sarkozy, contre 48% qui considèrent qu'elle s'est détériorée et 46% qu'elle n'a pas changé.

En outre, la mise en place d'un plan de rigueur est jugée inéluctable par 80% des personnes interrogées, contre 19% d'un avis opposé.

Un an après son élection, 58% des Français disent ne pas faire confiance au président pour "mettre en place les réformes nécessaires" contre 42% qui lui font toujours confiance.

En matière de lutte contre l'inflation ou de pouvoir d'achat, la politique de M. Sarkozy n'est jugée positivement que par respectivement 10 et 15% de Français. Pour 53%, les mesures mises en place depuis un an ont "plutôt détérioré" leur pouvoir d'achat. 3% pensent qu'elles l'ont "plutôt amélioré" et 44% qu'elles n'ont rien changé.

Interrogés sur 11 mesures prises depuis un an, les sondés ont pourtant un avis positif sur 10 d'entre elles comme la baisse des cautions locatives, le service minimum dans les transports publics, la défiscalisation des heures supplémentaires, le traité simplifié sur l'Europe ou même le bouclier fiscal. Seule la réforme de la carte judiciaire suscite un jugement négatif majoritaire.

De même, la politique internationale de la France est jugée plutôt positivement, à l'exception de l'engagement supplémentaire de la France en Afghanistan, clairement rejeté à 81%.

Enfin si 80% estiment qu'il a "trop parlé" de sa vie privée au cours des premiers mois de son quinquennat, 64% considèrent que ce n'est plus le cas aujourd'hui.

Sondage réalisé par téléphone les 17 et 18 avril auprès d'un échantillon national de 956 personnes représentatif de la population âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas). Notice détaillée à la Commission des sondages.

(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 22 avril 2008, 17h27)

Aujourd'hui, Sarkozy a changé de style. Il veut donner davantage l'image d'un véritable président de la République. Y réussira-t-il ? Peut-être, après tout. Mais ce n'est pas certain. Aucun chef de l'Etat de la Ve République, avant lui, n'a autant dévalorisée la fonction présidentielle par son attitude. Il faut dire qu'apparemment, il y a eu, semble-t-il, un malentendu entre l'idée que ce faisait Sarkozy de la fonction qui est actuellement la sienne, et celle que s'en fait l'opinion publique en général.
Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, en affichant ostensiblement aussi bien sa vie privée que ses goûts de nouveau riche, a prétendu, dès le début, avoir "droit au bonheur", lui-aussi. Ce faisant, il a sans doute oublié l'idée que l'on se fait habituellement de l'exercice du pouvoir présidentiel, qui est loin d'être une partie de plaisir, et qui a conservé, encore aujourd'hui, un certain aspect tragique remontant à une époque reculée. Charles de Gaulle avait, en son temps, parfaitement conscience de cet aspect tragique, voire sacrificiel, de l'exercice du pouvoir, et ce d'autant plus aisément que cet aspect correspondait fort bien avec son propre caractère. Ces successeurs, à des degrés divers, ont su, plus ou moins, endosser le lourd costume de chef d'Etat que De Gaulle avait porté avant eux. Valéry Giscard d'Estaing, au début de son unique mandat, avait eu, il est vrai, la volonté d'être un président de la République d'un nouveau genre, mais assez rapidement, il était revenu à un style plus traditionnel. Après les deux mandats de François Mitterrand, son successeur, Jacques Chirac, avait affirmé, en 1995, vouloir renoncer à la pratique plus ou moins "monarchique" du pouvoir telle qu'elle existait jusque-là, mais, par la suite, cette affirmation avait été plus ou moins démenti par les faits, en dépit d'une réelle aisance de Chirac pour serrer des mains lors de ces bains de foule qu'il appréciait tant, comme De Gaulle avant lui, du reste, bien que le style soit différent dans les deux cas. Toujours est-il que durant toutes ces années, la fonction présidentielle a conservée une certaine aura, suscitant, au minimum, un certain respect. Même s'il est toujours difficile de distinguer l'ambition personnelle du chef d'Etat de sa volonté de servir une cause plus grande que lui, l'exercice du pouvoir présidentiel, de l'avis général, suppose, en tout cas, un certain sens du sacrifice, et donc de mettre entre parenthèses son "bonheur" personnel. C'est sans doute là, pour partie, qu'il faut chercher la fameuse "rupture" que Sarkozy de Nagy-Bocsa a voulu incarner en devenant président de la République. Mais en voulant se distinguer à tout prix, bien plus que Giscard d'Estaing en son temps, Sarkozy est allé trop loin. Passionné, émotif, nerveux, impatient, impulsif même, il n'a visiblement pas su se montrer digne de la fonction. Pendant la campagne électorale, on s'en souvient, il avait su habilement gommer ces micro-expressions de mépris, d'aggressivité défensive, de tristesse, d'anxiété, de menace, qui apparaissaient si souvent sur son visage jusque-là, faisant ainsi illusion. S'efforçant de paraître calme et posé, il disait alors avoir "changé". On a bien vu, par la suite, une fois qu'il fut élu, qu'il n'en était rien. Chassez le naturel, il revient au galop. Aujourd'hui, Sarkozy prétend avoir vraiment changé. Il aurait, en l'entendre, retenu la leçon, après ses premiers mois d'exercice du pouvoir. Il a encore quatre ans pour prouver qu'il est capable d'exercer correctement sa fonction. Mais il aura fort à faire, s'il veut effacer les tâches accumulées sur le costume du chef de l'Etat depuis un an...

Plus humble mais toujours déterminé, Sarkozy veut ouvrir une nouvelle page


Face à une opinion hostile, le président Nicolas Sarkozy a voulu tourner la page de sa première année de mandat en adoptant à la télévision [jeudi 24 avril] un ton plus humble, qui confirme un changement de style, mais sans rien céder sur le fond et la nécessité de réformer la France.

La prestation du chef de l'Etat jeudi soir a été suivie par près de 11,7 millions de Français, une audience nettement moins importante que lors de sa précédente intervention télévisée à la même heure de grande écoute, en novembre dernier.

Sans surprise, cette intervention a été saluée par le camp présidentiel, qui a souligné la "détermination" et la "pédagogie" du chef de l'Etat, tandis que l'opposition de gauche fustigeait son "impuissance", voire sa "malhonnêteté".

Pendant plus d'une heure et demie, interrogé par cinq journalistes au palais de l'Elysée, Nicolas Sarkozy s'est livré à une explication de sa politique, reconnaissant des "erreurs" à plusieurs reprises, tout en promettant d'accélérer les réformes.

Attendu sur le thème du pouvoir d'achat, préoccupation première des Français, le chef de l'Etat a reconnu que la vie de ses concitoyens s'était pas "assez améliorée", mais a surtout mis en cause un environnement économique mondial dégradé.

S'il n'a fait aucune annonce retentissante dans le domaine social, Nicolas Sarkozy a toutefois assuré de la mise en place l'année prochaine du revenu de solidarité active (RSA), allocation destinée à encourager le retour à l'emploi, et prévu des mesures pour faire baisser les prix dans les grandes surfaces et sur l'intéressement des entreprises.

L'ex-candidate socialiste à la présidentielle Ségolène Royal a estimé que Nicolas Sarkozy avait fait preuve de "malhonnêteté" en imputant les difficultés de la France "à des chocs extérieurs", et qu'il n'avait "pas répondu sur les préoccupations des Français".

Tandis que le maire socialiste de Paris Bertrand Delanoë, considéré comme le principal rival de Mme Royal au sein de son parti, a vu dans l'intervention du chef de l'Etat une tentative "d'expliquer sa propre impuissance".

Nicolas Sarkozy a martelé la nécessité de réformes tous azimuts et repris l'une de ses vieilles antiennes en regrettant qu'"on ne travaille pas assez" en France.

Pas de changement de cap, soulignait vendredi la presse, en constatant de façon unanime une évolution dans le style Sarkozy, plus "calme" et plus "humble", mais également plus "président".

"C'est une émission où il s'est posé en président. Les Français savent que le chapitre bling bling est tourné", estime l'éditorialiste politique Christophe Barbier.

Le président français, qui s'impose plus de discrétion après avoir été critiqué pour son style de vie jugé trop tapageur, a refusé d'évoquer sa vie privée avec Carla Bruni, assurant que "tout était rentré dans l'ordre".

Pour le quotidien conservateur Le Figaro, Nicolas Sarkozy a adopté "une posture enfin véritablement présidentielle".

Il a aussi réaffirmé son autorité sur ses troupes, en promettant que les "couacs" au sein du gouvernement ne seraient plus tolérés.

Mais, pour la plupart des observateurs, cette émission ne devrait pas suffire à faire remonter rapidement la popularité du chef de l'Etat, confronté au mécontentement de 72% des Français selon les derniers sondages.

"Les sondages remonteront quand il y aura des résultats", estime Christophe Barbier. "Il est probable qu'il faudra du temps à Nicolas Sarkozy pour réinvestir le coeur des Français", juge également Le Figaro.

"Mon rendez-vous, c'est la fin de mon quinquennat", en 2012, a redit le président jeudi soir.

(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 25 avril 2008, 21h12)

Plus que le style, on l'a dit, ce sont surtout les promesses non tenues de Sarkozy qui ont provoquées le mécontentement de l'opinion. Il en est toutefois une pour laquelle les sondés ne semblent lui tenir rigueur plus que cela : celle faite durant la campagne électorale à propos de la politique étrangère de la France. Rappelons qu'à l'époque, le candidat Sarkozy avait promis de "remettre les droits de l'homme au coeur des relations avec un certain nombre de pays comme la Russie ou la Chine". Quand on sait avec quelle réserve il a évoqué la question des droits de l'homme lors de ses rencontres avec les chefs d'Etat russe et chinois - sans parler de ses échanges avec le dictateur libyen Khadafi -, on se demande pourquoi il a pris la peine de faire cette promesse en sachant pertinemment qu'il ne pouvait s'agir que d'un voeu pieux. Mais après tout, peut-être y croyait-il lui-même, sur le moment, à cette promesse ? Il est vrai que Sarkozy a la particularité d'affirmer vouloir tenir un language de vérité et de sincérité qui est censé le distinguer des "menteurs". Le problème est qu'apparemment, pour lui, la vérité est l'affaire d'un moment. La vérité d'un jour peut céder la place à une autre vérité un autre jour. Ainsi, en toute circonstance, Sarkozy est-il peut-être persuadé d'être sincère et vrai. Une telle attitude est censée le distinguer de son prédécesseur... du moins le croit-il, d'après les propos qu'il a tenu lors d'un petit déjeuner pris avec des ministres et secrétaires d'Etat sarkozystes, le 7 avril dernier, à propos de la visite que lui a fait, à l'Elysée, John McCain, le candidat républicain à la présidence des Etats-Unis d'Amérique :

"Il [Chirac] m'avait déconseillé de voir John McCain. Je l'ai rencontré. Ce n'est pas du tout le fou qu'il m'avait décrit. C'est quelqu'un de bien. Mais pour estimer ce genre d'individu, il faut apprécier les hommes droits, directs, et pas les menteurs..."

(Sarkozy, le 7 avril 2008, cité in Le Canard Enchaîné N°4563, 9 avril 2008)

Toujours est-il qu'une fois arrivé au pouvoir, il a bien fallu que Sarkozy mette un bémol à sa volonté affichée, pendant la campagne, de "remettre les droits de l'homme" au coeur de la diplomatie française. Après la répression qu'a déclanché, en mars dernier, le gouvernement chinois dans la province du Tibet, à la suite d'un mouvement de protestation anti-chinois, Sarkozy de Nagy-Bocsa n'a pas tardé à se retrouver en porte-à-faux entre les principes affichés pendant sa campagne électorale et les difficultés de la réalité diplomatique. Face à la demande de boycott de la cérémonie d'ouverture des prochains Jeux Olympiques de Beijing (Pékin) en août prochain - voire de boycott des JO dans leur ensemble par la France -, demande faite par divers groupes de pression en faveur de la liberté au Tibet et en Chine de façon générale, Sarkozy, qui doit exercer pour six mois, à partir du 1er juillet prochain, la présidence tournante de l'Union Européenne, est bien ennuyé par la situation dans laquelle il se trouve. N'ayant pas exclu de ne pas assister à la cérémonie d'ouverture des JO si les circonstances l'exigeaient, il devra prendre une décision d'ici le mois d'août, après consultation des pays membres de l'U.E., et après avoir jugé que le climat de tension entre le Tibet et la Chine se soit suffisemment apaisé au moment de l'ouverture des JO. Il a toutefois mis beaucoup d'eau dans son vin en matière de discussion avec la Chine au sujet des droits de l'homme, comme il l'a montré par les propos qu'il a tenu le 7 avril dernier, après que, ce jour-là, le passage à Paris de la flamme olympique, durant sa traditionnelle tournée mondiale d'avant les Jeux, ait été très perturbé par des manifestations hostiles à l'autoritarisme du régime de la République Populaire de Chine et à la répression chinoise au Tibet...

"Aucun pays ne peut se permettre de jouer les matamores vis-à-vis de la Chine. La Chine va finir par s'ouvrir, mais il faut laisser les choses évoluer. Sans brusquer les Chinois. [...] C'est là-bas que se joue une partie de notre croissance. C'est là-bas que se joue, entre autres, le dossier iranien. Il ne faudrait pas pousser les Chinois et les Russes à se mettre d'accord sur notre dos. [...] La vérité, c'est qu'au fond les Chinois se fichent bien de nos réactions. Ils savent qu'un jour ou l'autre on finira par aller chez eux pour les supplier d'acheter nos centrales nucléaires et nos avions. Ils seront bientôt les seuls à pouvoir se les payer."

(Sarkozy, le 7 avril 2007, cité in Le Canard Enchaîné N°4563, 9 avril 2008)

La forte perturbation du passage à Paris de la flamme olympique - passage organisé par les autorités chinoises - ayant provoqué, peu de temps après, des manifestations anti-françaises en Chine, l'actuel chef de l'Etat français a dû dépêcher sur place, en guise d'ambassadeurs extraordinaires, le président du Sénat - Christian Poncelet - et l'inénarrable Jean-Pierre Raffarin, pour une petite séance de calinothérapie avec les dirigeants chinois, afin de calmer le jeu. Pauvre Sarkozy... Il serait bien passé de toutes ces complications. Mais comme je l'ai écris plus haut, l'exercice du pouvoir présidentiel est loin d'être une partie de plaisir. Et Sarkozy le sait bien, du reste.


Un nouveau bémol en matière de droits de l'homme a été, semble-t-il, nécessaire la semaine dernière, lors d'une visite d'Etat de Sarkozy de Nagy-Bocsa en Tunisie, si l'on en croit une des dépêches de l'Agence France-Presse publiée lors de cette visite :

A Tunis, Sarkozy défend l'Union pour la Méditerranée avant les droits de l'Homme


Le président français Nicolas Sarkozy a défendu mardi [29 avril], au deuxième jour de sa visite d'Etat en Tunisie, son Union pour la Méditerranée entre l'Europe et les pays du Sud, alors que sa bonne note décernée au régime tunisien sur les droits de l'Homme suscite la polémique.

S'exprimant devant 500 patrons français et tunisiens, M. Sarkozy a défendu son projet de nouveau partenariat entre les deux rives de la Méditerranée, qui doit être officiellement lancé le 13 juillet, assurant qu'il doit permettre la création d'un "pôle gagnant-gagnant qui concurrencera l'Asie".

"Il n'y a pas un bon avenir pour l'Europe si l'Afrique en général, et l'Afrique du Nord en particulier, ne connaît pas le développement (...), nous pouvons créer un modèle qui triomphera dans le monde entier", a-t-il estimé. "En Asie, ils ont su, entre les pays riverains, s'intégrer et se compléter. Et le drame de la Méditerranée, il est dans un chemin inverse où l'on s'oppose et on s'exclut", a-t-il ajouté.

"Vous avez une main d'oeuvre qui ne demande qu'à être formée, nous avons beaucoup d'intelligence et beaucoup de formation (...), ce n'est pas les uns contre les autres, c'est les uns avec les autres. C'est ça le partenariat", a insisté le président français sous les applaudissements.

A titre d'exemple, Nicolas Sarkozy a cité l'accord conclu dans la nuit de lundi à mardi entre la compagnie nationale Tunisair et Airbus qui prévoit, outre la livraison de 19 avions (10 A320, 3 A330 et 3 A350, ainsi que 2 A320 et 1 A350 en options) l'installation en Tunisie d'une usine aéronautique qui emploiera à terme, selon lui, "près de 2.000 personnes".

Rejetant "des polémiques qui m'importent bien peu", le président français a ainsi une nouvelle fois justifié la signature lundi d'un accord de coopération en matière d'énergie nucléaire civile.

"L'énergie nucléaire, c'est l'énergie du futur (...) la France vous dit que sa technologie, qui est une des plus sûres du monde, une des meilleures du monde, elle est décidée à la mettre au service du développement de vos économies (...), l'Europe ne connaîtra pas la stabilité si vous ne connaissez pas le développement, voilà pourquoi il faut s'unir", a-t-il plaidé. Le texte paraphé par Paris et Tunis, identique à d'autres déjà signés avec le Maroc, l'Algérie ou la Libye, suscite les critiques des ONG écologistes et de plusieurs partenaires européens de la France, qui estiment qu'il augmente les risques de prolifération nucléaire militaire.

Plus encore que l'accord sur le nucléaire civil, c'est le satisfecit attribué lundi soir par Nicolas Sarkozy au président tunisien Zine El Abidine Ben Ali sur le terrain des droits de l'Homme qui a suscité la polémique, aussi bien en France qu'en Tunisie.

"L'espace des libertés progresse" en Tunisie, avait-il jugé devant son hôte, assurant ne pas vouloir s'ériger "en donneur de leçons".

"Il ne s'agit pas de donner des leçons mais de reconnaître la réalité. Je vois que le président Sarkozy ne s'intéresse pas à la réalité de ce pays", a déclaré à l'AFP Khadija Cherif, militante des droits de l'Homme et présidente d'une ONG féministe. "Sa priorité c'est le commerce, mais il devrait savoir que le développement ne peut pas être qu'économique", a-t-elle ajouté.

"Malheureusement sur le terrain, nous n'avons pas remarqué de progrès notables, c'est peut-être même le contraire", a regretté le président de la Ligue tunisienne des droits de l'Homme, Me Mokhtar Trifi.

La secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme Rama Yade, qui accompagnait M. Sarkozy, a reçu dans l'après-midi Me Trifi, mais a annulé un rendez-vous prévu avec l'Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), [et] sa présidente Mme Cherif.

La France a signé mardi avec Tunis quatre conventions de crédits d'un montant de 138 millions d'euros pour l'agriculture, l'habitat et l'énergie.


Nicolas Sarkozy devait rencontrer mardi soir la communauté française.

Son épouse, Carla, a visité de son côté, mardi après-midi, un centre d'enfants orphelins à Gammarth, dans la banlieue chic de Tunis.

(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 30 avril 2008, 9h11)

S'il toujours regrettable moralement de devoir ménager des régimes autoritaires ou dictatoriaux au nom des intérêts de la France, on ne peut pas blâmer Sarkozy de devoir mettre de l'eau dans son vin diplomatique en matière de droits de l'homme. Après tout, que ferions-nous d'autre si nous étions à sa place ? Quel que soit mon opposition à Sarkozy, je me garderai bien, sur cette question précise, de ne pas faire preuve d'un minimum d'humilité, même si je suis conscient de la situation lamentable des droits de l'homme dans bien des endroits dans le monde...


Pour en revenir à cette première année de sarkozysme au pouvoir en France, que conclure sinon que nous ne sommes sans doute pas - loin s'en faut - au bout de nos peines ? Lors de sa dernière intervention télévisée, le 24 avril dernier, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa a déclaré : "Je vois très bien les mécontentements mais je sais où je vais, je suis persuadé qu'il n'y a pas d'autre stratégie et je sais que mon rendez-vous, c'est la fin de mon quinquennat." Il a également affirmé aux journalistes présents que l'idée de son éventuelle réélection en 2012 était "très éloignée" de ses préoccupations actuelles. "J'ai tellement de travail à faire, il y a tellement d'impatience, il y a tellement d'attentes, il y a tellement de souffrance aussi [...] Alors, vous pensez, s'imaginer en prendre pour cinq ans après, ce n'est vraiment pas mon sujet." Il nous reste donc environ quatre ans à attendre, avant de savoir à quoi ressemblera la France au terme d'un quinquennat de Sarkozy dont j'espère bien qu'il sera à la fois le premier et le dernier...

C'est long, quatre ans, mine de rien... Tiendrai-je jusque-là ? ;-)

Cordialement, :-)

Hyarion.

(Illustrations : Nicolas Sarkozy habitant sa fonction, caricature par Kiro, publiée dans Le Canard Enchaîné N°4515, 9 mai 2007 ; Nicolas Sarkozy au soir de son élection à la président de la république, le 6 mai 2007 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Thomas Coex ; Nicolas Sarkozy raccompagnant Ségolène Royal à la sortie de l'Elysée, le 21 juin 2007, photographie de l'agence de presse Reuters, ©Reuters ; Nicolas Sarkozy [à droite] et ses frais de talonnettes, caricature par Lefred-Thouron, publiée dans Le président Fric-Frime, Les dossiers du Canard Enchaîné N°107, avril 2008 ; Placard sarkozyste affiché par un boulanger dans la vitrine de son magasin de Charlieu [Loire], en avril-mai 2007, photographie divisée en deux parties, ©DR ; Evolution de la cote de confiance de Nicolas Sarkozy depuis son élection le 6 mai 2007, Infographie, 23 février 2008, ©AFP ; Carla Bruni-Sarkozy portant Nicolas Sarkozy, caricature par Cabu, publiée dans Le Canard Enchaîné 4565, 23 avril 2008 ; Montage de photos de Nicolas Sarkozy prises durant son intervention télévisée le 24 avril 2008 au palais de l'Elysée à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©Olivier Laban-Mattei/AFP ; Nicolas Sarkozy en chanteur, accompagnée à la guitare par Carla Bruni-Sarkozy, caricature par Kiro, publiée dans Le Canard Enchaîné 4565, 23 avril 2008 ; Nicolas Sarkozy, le 29 avril 2008 à Tunis, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Fethi Belaid ; Sarkozy et son homologue tunisien Ben Ali, caricature par Kiro, publiée dans Le Canard Enchaîné 4566, 30 avril 2008 ; Nicolas Sarkozy lors de son intervention télévisée, le 24 avril 2008 à l'Elysée à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©Eric Feferberg/AFP)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 2 (2008-2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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Vendredi 2 mai 2008 5 02 /05 /2008 16:22
Les évènements survenus en mai 1968 en France fêtent ce mois-ci leur quarantième année d'ancienneté. Depuis le début de cette année 2008, au moins depuis le mois de mars, on nous bassine avec cet anniversaire. Il faut croire que c'est là quelque-chose d'essentiel pour certains. Moi, cela m'agace. Une fois de plus, au nom d'une certaine bien-pensance, on assiste au grand cirque de la commémoration surmédiatisée, avec son lot de "grands témoins" de l'Histoire tout joyeux de se sentir exister, même après toutes ces années, par l'intermédiaire de publications opportunistes et autres interventions désespérantes dans le "débat public". Les uns, pleins de nostalgie à la guimauve, ventent les mérites des acteurs des évènements de Mai 68, les autres, pleins de mépris et de malice, dénoncent les turpitudes desdits acteurs ; les uns chantent les louanges d'une "révolution" qui n'a pas eu lieu, les autres hurlent que Mai 68 serait la cause principale du fameux "déclin français" dont on nous rebat les oreilles depuis tant d'années. Personnellement, je n'ai que faire de tous ces faux débats sur je-ne-sais quel bilan positif ou négatif de Mai 68. Mais s'il ne s'agissait que de ce genre de foutaises, cela aurait encore été acceptable, au nom d'un certain laissez-fairisme conçu comme le stade suprême du je-m'en-foutisme, positionnement qui est souvent le mien lorsque je suis confronté des cirques médiatiques de ce genre. ;-) Malheureusement, lorsque j'ai constaté que cette commémoration de Mai 68 était également caractérisée par des distribution de pavés en mousse et des ventes de pavés en chocolat, là, devant tant de bêtise, j'avoue que j'ai vraiment eu envie de m'énerver. Toutefois, je me suis efforcé de garder mon calme, car j'ai bien vite réussi à trouver un responsable acceptable à cette situation stupide. Le responsable que j'ai choisi, vous l'aurez deviné, c'est évidemment Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa. Pourquoi ? D'abord, parce que ça me plaisir. ;-p Et ensuite, parce qu'il a effectivement une part de responsabilité. Comment, en effet, ne pas penser qu'il aurait pu en être autrement, en matière de commémoration de Mai 68, si l'actuel chef de l'Etat n'avait pas tout fait pour favoriser, dès l'année dernière, l'essor des faux débats sans intérêts sur le bilan dudit Mai 68 ?

Souvenez-vous : c'était en 2007, pendant la dernière campagne électorale présidentielle. Nicolas Sarkozy, candidat de l'UMP à la plus haute charge de l'Etat, pensait que pour gagner l'élection, il fallait tirer à gros boulets, lors de ses interventions publiques, sur l'héritage de Mai 68. Et il n'a pas manqué de le faire, usant et abusant de ce thème pour mieux réveiller de vieux préjugés et de vieux clivages, pourtant hors de propos. Dès le mois de janvier 2007, en bon candidat voulant devenir "le Président de la valeur travail", il met "l'idéologie de mai 68" sur la table, par exemple en l'évoquant, d'abord en passant, au fil d'un entretien accordé au journal Le Figaro :

"Question : Vous parliez des valeurs de la droite. Quelles sont-elles ? 

Nicolas Sarkozy : Au premier rang, je mettrai la valeur travail dont l'oubli résume à mes yeux toute la crise morale française. Le travail a été délaissé par la droite et trahi par la gauche. Les socialistes ne parlent plus des travailleurs, c'est un signe. Je veux être le candidat du travail. C'est ma cohérence et le ciment de mon projet. La deuxième valeur, c'est le respect. L'erreur de mai 68, c'est d'avoir pensé faire le bonheur de l'élève en le considérant comme l'égal du maître. Or, si l'élève a vocation à dépasser le maître, il doit respecter son autorité. Enfin, il y a la valeur de responsabilité. Je considère qu'il n'existe pas de droit sans devoir en contrepartie. Je demande que nul ne puisse refuser plus de deux offres d'emploi qui correspondent à sa qualification. Je demande aussi qu'il n'y ait pas de minimum social sans une obligation d'activité en contrepartie."

(Extrait d'un entretien avec Nicolas Sarkozy, publié dans le journal Le Figaro, 31 janvier 2007)

Le candidat Sarkozy aura, par la suite, l'occasion de passer à la vitesse supérieure, en faisant de l'héritage de Mai 68 une sorte d'anti-modèle de société, régulièrement dénoncé. Le 29 avril 2007, lors de son dernier grand meeting de campagne, entre les deux tours de l'élection présidentielle, lors duquel il réunira plus de 20 000 personnes dans le Palais omnisports de Paris-Bercy et autour, Sarkozy fustigera encore cet héritage, parlant même de la nécessité de "liquider mai 68". Le 3 mai 2007, trois jours avant son élection à la présidence de la République, lors d'un déplacement à Montpellier, il déclarera également vouloir "dire adieu" à Mai 68. Bref, du grand n'importe-quoi... mais il est vrai qu'avec Sarkozy, depuis le temps, on est habitué.
De tout ce battage médiatique autour de ce fameux Mai 68, apparemment aussi essentiel à ses dénonciateurs qu'à ses apologistes, je me serais déjà bien passé à l'époque. Aujourd'hui, je m'en passerai bien également. Et pourtant, cela continue. On a pu le constater, par exemple, lorsque, le mois dernier, Sarkozy de Nagy-Bocsa a accueilli à l'Elysée l'ancien "leader révolutionnaire" des étudiants parisiens en mai 1968, l'inénarrable Daniel Cohn-Bendit...


Cohn-Bendit reçu pour la première fois à l'Elysée


Quarante ans après les événements de 68, Dany le Rouge, devenu Vert, a foulé pour la première fois mercredi [16 avril] le sol de l'Elysée pour rencontrer Nicolas Sarkozy et parler de l'Europe.
Co-président du groupe Verts au Parlement européen, Daniel Cohn-Bendit a été reçu dans le cadre des rendez-vous du chef de l'Etat avec les chefs de file des différents partis du Parlement européen en vue de la présidence française de l'Union européenne qui débutera le 1er juillet.
A l'issue de cet entretien de plus d'une demi-heure, qu'il a qualifié de "décontracté", chemise bleue foncée et tee-shirt blanc, sans cravate, Daniel Cohn-Bendit a rencontré la presse dans la cour de l'Elysée.
Cohn-Bendit avait apporté au président son livre sur les événements de mai, "Forget 68", avec cette dédicace légèrement provocante: "Pour Nicolas. L'imagination au pouvoir, c'est pour quand ? Salut. Dany". Le président Sarkozy "a ri et a dit « je vais le lire ». On a pris rendez-vous après, pour en parler", a-t-il assuré.
Cohn-Bendit lui "a vendu une idée: toute présidence ne fonctionne que s'il y a une idée de fond qui résonne en France et en Europe". Pour l'écologiste, la présidence française devrait dire "l'Europe doit maintenant s'attaquer à réguler socialement et écologiquement la mondialisation".
Le président a également parlé de l'Europe de la Défense. Les écologistes - Cohn-Bendit était accompagné de l'autre vice-présidente du groupe Verts, Monica Frassoni - ont répondu "Europe de la défense et de la prévention des conflits". "Il a dit d'accord. On va voir ce qu'il met dedans. Il a compris qu'on ne pouvait parler simplement de militaires si on ne parle pas d'une structure de prévention des conflits qui est dans le Traité de Lisbonne".
Vous a-t-il répété qu'il voulait "liquider mai 68", a demandé une journaliste, allusion à une phrase du candidat Sarkozy lors de son dernier meeting [de campagne électorale] en avril 2007.
"Non", a répondu Daniel Cohn-Bendit. "Mais il va lire mon bouquin. Il va m'appeler et dire « je me suis trompé. Pardon... Je vais pas liquider 68. Au contraire. C'est très bien. Ça me permet d'être président »", a-t-il plaisanté.
Relancé par la presse, le député européen a ajouté: "écoutez, on va pas parler sur le perron de l'Elysée de mai 68", avant de reprendre: "68, c'était formidable... Ça a commencé par une transformation formidable de la société française. La preuve, c'est qu'un homme deux fois divorcé est président de la République!" s'est-il exclamé, réjouissant la galerie des journalistes.
"Allez chercher il y a 40 ans, Mme de Gaulle, Tante Yvonne, elle se retourne dans sa tombe!" a-t-il conclu, avant de filer pour Canal+.
Daniel Cohn-Bendit a quitté "ni anxieux, ni rassuré" l'Elysée et son occupant qu'il avait récemment qualifié de "jouisseur sans entrave". Ils sont convenus de se retrouver à la finale du championnat d'Europe de foot à Vienne, fin juin.

(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 16 avril 2008, 19h38)

Je n'ai pas grand-chose à dire sur Mai 68. On peut interpréter les évènements de cette époque comme étant le signe que la société française des années 1960 acceptait de plus en plus difficilement un style d'autorité nostalgique d'une grandeur passée, parce que celle-ci parraissait fort éloignée des préoccupations d'une société souhaitant plus de liberté individuelle, de consommation et de loisirs. Ni plus, ni moins. La seule conséquence concrète, et immédiate, de la crise de mai 1968 fut la signature des accords de Grenelle, qui ont essentiellement abouti à une augmentation de 25 % du salaire horaire minimum et de 10 % en moyenne des salaires réels, ainsi qu'à une réduction du temps de travail (40 heures par semaine) et à la création de la section syndicale d'entreprise, actée dans la loi du 27 décembre 1968. Pour le reste, et surtout pour tout ce qui concerne l'évolution des moeurs, on pourra dire tout ce que l'on voudra, mais personnellement, il me semble qu'avec le recul, Mai 68 a sans doute davantage été une conséquence de l'évolution de la société plutôt qu'une cause de ladite évolution. Cela dit, ce n'est que mon avis. Je ne suis pas un spécialiste de la question, et du reste, je ne pense pas que l'on y verra bien clair dans tout cela avant plusieurs décennies, comme pour tout évènement appartenant à ce que l'on appelle l'histoire immédiate, la plus proche de notre présent. Gageons qu'en 2068, la vision des évènements de mai 1968 sera sans doute sensiblement différente de ce qu'elle est en 2008...

On l'aura compris, participer au cirque médiatique autour de Mai 68 ne m'intéresse pas. Brandir des portraits de Karl Marx, de Mao Zedong, ou d'Ernesto "Che" Guevara, et reprendre joyeusement des slogans tels que ceux relevés sur les murs à l'époque ("Il est interdit d'interdire", "CRS = SS", et autres conneries du même genre), le tout en ayant la main sur le coeur, très peu pour moi. Et ne comptez pas non plus sur moi pour diaboliser stupidement Mai 68 comme l'ont fait Sarkozy et les sarkozystes et comme ils continuent de le faire : c'est également hors de question. Entre deux attitudes stupides, je refuse de choisir. Ces attitudes sont, du reste, d'autant plus stupides que tous ces adorateurs et détracteurs de Mai 68 se prennent assurément beaucoup trop au sérieux, quoiqu'en disent certains d'entre-eux. Toutefois, au cas où certains d'entre vous auraient envie de commémorer cet épisode historique de l'histoire de France, je vous propose, chers lecteurs, une chronologie succinte des faits de l'époque, afin que vous puissiez apprécier pleinement, jour après jour, ce quarantième anniversaire à chaque date précise des évènements, durant les mois de mai et juin de cette année...

***

Chronologie de la crise de Mai 68 en France :

(Prologue, le 22 mars 1968 : les étudiants de Nanterre occupent les locaux administratifs de la Faculté ; création du "Mouvement du 22 mars" derrière Daniel Cohn-Bendit. Le président de la République, Charles de Gaulle, considère alors ces premières manifestations comme un simple chahut.)

3 mai 1968 : Première importante manifestation étudiante parisienne au Quartier latin ; heurts avec la police. Fermeture de la Sorbonne.

6-9 mai 1968 : Les grèves prennent de l'ampleur.

10-11 mai 1968 : Nuit des barricades au Quartier latin ; violences policières. Le Premier ministre Georges Pompidou, revenu d'un voyage officiel en Afghanistan, décide d'apaiser le climat en annonçant la réouverture de la Sorbonne.


13 mai 1968 : Grève générale des étudiants et travailleurs ; série de manifestations à Paris et en province, occupation de la Sorbonne.

14-15 mai 1968 : Premières occupations d'usines (Sud-Aviation, Renault-Cléon).



19 mai 1968 : Le président de la République, Charles de Gaulle, déclare : "La réforme, oui, la chienlit, non."

20 mai 1968 : La grève se généralise dans les universités, les lycées et les entreprises. Le pays est paralysé.

22 mai 1968 : Daniel Cohn-Bendit quitte la France pour faire une "tournée révolutionnaire". Le ministre de l'Intérieur annonce qu'il est désormais interdit de séjour en France.



24 mai 1968 : Manifestations après l'expulsion de Daniel Cohn-Bendit (deux morts : un commissaire de police à Lyon et un manifestant à Paris). Allocution radio-télévisée de Charles De Gaulle à Paris, la première depuis le début des événements de mai, lors de laquelle le chef de l'État annonce que l'ordre sera maintenu et qu'il sera procédé à un référendum sur la participation dans l'Université et les entreprises "industrielles et agricoles dans le cadre de nos régions". Son discours est sans effet.


25 mai 1968 : Ouverture des négociations sociales de Grenelle entre le gouvernement de Georges Pompidou, le patronat et les syndicats (Jacques Chirac, alors jeune secrétaire d'État aux Affaires Sociales, fait partie des négociateurs). Grève à l'ORTF (Office de Radiodiffusion-Télévision Française).


27 mai 1968 : Signature des accords de Grenelle. Les ouvriers décident néanmoins de poursuivre la grève. Meeting au stade Charléty, à Paris.

28 mai 1968 : Candidature de François Mitterrand, qui a été le principal concurrent de De Gaulle lors de l'élection présidentielle de 1965.

30 mai 1968 : Après sa disparition provisoire le 29 mai, retour de Charles de Gaulle à Paris, et discours présidentiel annonçant le maintien au pouvoir du chef de l'État ("Je ne me retirerai pas"), la dissolution de l'Assemblée nationale et des élections législatives. Grande manifestation gaulliste sur les Champs-Élysées (Charles Pasqua est un des organisateurs de cette manifestation de soutien à De Gaulle).

5-7 juin 1968 : Reprise du travail dans les transports.

10-11 juin 1968 : Persistance de la grève dans la métallurgie ; violences devant les usines de Renault-Flins et de Peugeot-Sochaux (trois morts : un lycéen et deux ouvriers).

16 juin 1968 : Évacuation de la Sorbonne par la police.

23 et 30 juin 1968 : Élections législatives ; victoire de la majorité présidentielle (raz-de-marée gaulliste).

26 juin 1968 : Reprise du travail.

(Épilogue politique, le 10 juillet 1968 : à la suite des élections législatives, Charles de Gaulle accepte la démission du gouvernement de Georges Pompidou, et nomme Maurice Couve de Murville Premier ministre.)

***

Voila, j'espère que cela pourra vous aider à organiser votre commémoration personnelle... ;-)

Pour finir, je souhaiterai que l'on cesse d'en faire de tonnes avec la signification de Mai 68. Les révolutions de 1789, 1830, 1848 étaient de vraies révolutions. La Commune de Paris de 1871 fut une tentative sérieuse de révolution. Mai 68 ne saurait arriver à la cheville de ces évènements. Je souhaiterai donc que l'on arrête de vénérer ou de diaboliser cet épisode de l'histoire, et surtout que l'on arrête de lui donner autant d'importance, en bien ou en mal. Je ne sais pas si mon souhait sera réalisé avant longtemps, mais en attendant, je vous propose, en guise de conclusion, un extrait d'un entretien que Tony Judt a accordé l'automne dernier au Nouvel Observateur. Tony Judt, historien britannique né à Londres en 1948, spécialiste de l'Europe et de la vie intellectuelle française, directeur de l'Institut Erich-Maria-Remarque à l'Université de New York, est l'auteur de Après-guerre. Une histoire de l'Europe depuis 1945, publié, en France, chez Armand Colin. On remarquera que l'entretien date d'une époque légèrement antérieure à celle, tout récente, où le magazine Le Nouvel Observateur a décidé de s'intéresser à des sujets aussi essentiels que
les fesses de Castor ou que l'histoire bouleversante d'un certain SMS sarkozyste... ;op

"Nouvel Observateur. – Vous écrivez que «les événements de Mai en France eurent un impact sans commune mesure avec leur véritable signification». Pourquoi?

Tony Judt. – Parce qu'il s'agit d’une coïncidence. Les grèves et le début du ralentissement économique des années 1967-1969 ont donné aux mouvements estudiantins plus de visibilité qu'ils n'en auraient eue quelques années plus tôt. En outre, le poids symbolique de Paris en 1968 était encore grand. Les gens un peu partout faisaient référence à la Commune de Paris, au Front populaire, ou même à la Révolution, si bien que l'agitation de la rue à Paris a eu un retentissement international quasi mystique qu'il n'a plus à l'heure actuelle. Qui aujourd'hui chez les moins de 40 ans se souvient du mur des Fédérés et sait où il est ? Naturellement, la coïncidence de mouvements d'étudiants dans d'autres pays a fait briller un Paris – comme en 1848 – considéré comme la capitale du grand changement international. Les jeunes ont voyagé à Paris en mai 1968 pour être au cœur de l'action, comme ils allaient à Barcelone en 1937.

N. O. – Récemment, Nicolas Sarkozy expliquait qu'il fallait en finir avec Mai-68. Comment expliquez-vous que Mai-68 soit toujours une question de débat dans la politique française?

T. Judt. – Sarkozy est un démagogue. En effet, pour justifier son parcours personnel, il se sert de la génération des années 1960 – ma génération – sans laquelle il n'aurait pas un objet commode – un bouc émissaire – à condamner. Que veut-il dire fondamentalement ? Veut-il dire: il faut en finir avec des soulèvements populaires ? Bonne chance. Veut-il dire: il faut en finir avec la gauche activiste ? Mais cette gauche-là s'est anéantie elle-même. Veut-il dire: il faut en finir avec des illusions sociales-démocrates, des lendemains qui chantent, etc. ? Mais là c'est l'affaire de l’histoire, pas celle de Sarkozy."

(Extrait d'un entretien avec Tony Judt [propos recueillis par Laurent Lemire], publié dans Le Nouvel Observateur du 25 octobre 2007)

Judt remet les évènements de Mai 68 en France à leur juste place et tord le coup, au passage, à Sarkozy de Nagy-Bocsa, et à sa minable obsession de Mai 68. Très bien ! Après cela, je n'ai plus rien à ajouter. :-)

Cordialement, :-)

Hyarion.

(Illustrations : Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa en CRS de Mai 68, caricature par Kiro [d'après une affiche contestataire de mai 1968], publiée dans Le Canard Enchaîné N°4514, 2 mai 2007 ; Daniel Cohn-Bendit le 16 avril 2008 à l'Elysée, photographie de l'Agence France Presse, ©Eric Feferberg/AFP ; Vue générale du grand défilé des étudiants et des salariés entre la République et la place Denfert Rochereau, à Paris, le 13 mai 1968, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/archives ; La cour intérieure de la Sorbonne occupée le 15 mai 1968 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP ; Le Premier ministre Georges Pompidou [au centre] et le secrétaire d'Etat Jacques Chirac [à droite] lors des accords de Grenelle en mai 1968, photographie, ©La Documentation française ; Georges Pompidou (au centre), Premier ministre d'alors, lisant, assis devant les journalistes, le 27 mai 1968 à Paris, le protocole des accords de Grenelle [Jacques Chirac, secrétaire d'Etat aux Affaires Sociales d'alors, est présent, à droite], photographie de l'Agence France Presse, ©AFP)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 2 (2008-2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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Samedi 26 avril 2008 6 26 /04 /2008 09:02
Voici un court message impromptu, rédigé entre deux éclats de rire sarcastiques, en réaction à une actualité décidément plus bouleversante que jamais... ;op

Il faut croire que c'est plus fort que lui. Il ne peut pas s'en empêcher. Depuis des années, il se retenait. Mais là, il n'en pouvait plus. Il fallait que ça sorte. Incorrigible Jean-Marie Le Pen ! Depuis mon dernier article consacré au personnage, rédigé il y a plus d'un an - voir le message intitulé "Sarkozy, Le Pen et l'extrême-droite : une longue histoire..." -, je ne pensais avoir à reparler de lui de sitôt, tant l'effrondrement électoral du Front National avait réussi, l'année dernière, à faire taire quelque peu les craintes qui étaient les miennes de voir Le Pen  revenir en force en 2007, cinq ans après sa qualification pour le second tour de la précédente élection présidentielle, en 2002. Le Front National est aujourd'hui dans une situation fort difficile : sa déroute aux dernières élections nationales - présidentielle et législatives - l'a plongé dans d'importantes difficultés financières, obligeant même son président perpétuel, Jean-Marie Le Pen, a décider de mettre en vente les imposants locaux du siège du parti, à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), surnommé "Le Paquebot", et à déménager prochainement ledit siège du parti ailleurs dans la région parisienne, probablement à Nanterre, dans des locaux plus petits. On ne pleurera pas sur le sort politique du chef d'un parti d'extrême-droite qui a pourri la vie politique française pendant tant d'années. Cela ne doit toutefois pas faire oublier que les idées d'extrême-droite sont loin d'avoir disparues, et que si Le Pen est à ce point dans les choux aujourd'hui, c'est essentiellement parce que Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa a réussi, très habilement, à siphoner l'électorat traditionnel du Front National lors de l'élection présidentielle de l'année dernière, impulsant ainsi une forte dynamique en faveur de l'UMP pour les élections législatives, dynamique face laquelle le FN n'a pas fait le poids...
Lorsque l'on y réfléchit, il en est toujours ainsi avec les partis extrémistes : lorsque les partis de gouvernement se portent mal, les extrémistes prospèrent, mais dès que lesdits partis de gouvernement reprennent du poil de la bête, les partis extrêmes reculent électoralement. Aujourd'hui, du reste, Nicolas Sarkozy est soucieux de conserver le territoire électoral conquis et donc de continuer à plaire à l'électorat de l'extrême-droite, comme on a pu le vérifier avant-hier soir, 24 avril, lors de son intervention télévisée : alors qu'on l'interrogeait sur la régularisation des sans-papiers travailleurs, Sarkozy a répondu en précisant qu'on ne "devient pas français" si facilement, confondant ainsi la naturalisation et la régularisation. Le Pen lui-même, soucieux de démontrer que les électeurs  traditionnels du FN ont été "victimes d'une illusion" en votant pour Sarkozy, n'a pas d'ailleurs manqué de souligner la manoeuvre de l'actuel chef de l'Etat pour plaire à l'électorat traditionnel de la droite de la droite, en déclarant : "On aura remarqué quelques beaux morceaux d'hypocrisie, comme sur les clandestins, avec la confusion volontaire entre régularisation et naturalisation". Il en faudrait toutefois plus pour reprendre du terrain face à un Sarkozy qui, jusqu'à présent, s'est toujours montré habile pour séduire le public traditionnellement favorable à l'extrême-droite...



Toujours est-il que Le Pen, devenu aujourd'hui quasiment inexistant médiatiquement, depuis que Sarkozy a récupéré son électorat, ne pouvait revenir, pontuellement, sur le devant de la scène, qu'en réutilisant la méthode qui a tant contribué au développement de sa notoriété, dans les années 1980 et 1990, à savoir la méthode de la provocation verbale à connotation raciste, antisémite ou négationniste. Souvenez-vous, chers lecteurs. C'était en septembre 1987, lors d'un mémorable entretien du président du Front National avec des journalistes, dans les studios de la radio RTL. Le Pen avait alors déclaré que les chambres à gaz utilisées par les nazis n'étaient qu'"un point de détail de l'histoire de la Deuxième Guerre Mondiale". L'emploi de cette expression avait eu alors un fort retentissement, suscitée des poursuites judiciaires, et quelques années plus tard, en mars 1991, la cour d’appel de Versailles avait finalement condamné Le Pen à verser à neuf associations, qui s'étaient portées parties civiles, 100.000 francs (15.000 euros) de dommages et intérêts pour "banalisation de crimes contre l'humanité" et "consentement à l'horrible" pour avoir ainsi assimilé les chambres à gaz à "un point de détail de l'histoire". Après cette affaire, le mot "détail" est d'ailleurs devenu à ce point connoté dans le monde politique, que lorsque le Premier ministre actuel, François Fillon, en octobre dernier, a parlé - stupidement - de "détail" à propos du recours aux tests ADN pour les candidats au regroupement familial, cela a suscité une vive polémique, démontrant ainsi que l'affaire du "point de détail" de 1987 reste encore bien présente aujourd'hui dans les mémoires. Or, ce mois-ci, précisemment, 17 ans après sa condamnation, Jean-Marie Le Pen, visiblement toujours soucieux d'entretenir une certaine mémoire des mots "historiques", a encore frappé ! Et avec la même formule qui a fait son succès : le fameux "détail de l'histoire"...

Le Pen crée un tollé en appelant à nouveau "détail" les chambres à gaz


Jean-Marie Le Pen, président du Front national, a suscité un tollé et s'est attiré des menaces de poursuites judiciaires en qualifiant à nouveau les chambres à gaz de "détail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale", dans un entretien au magazine "Bretons" publié vendredi [25 avril].

Le parquet a annoncé qu'il étudiait la possibilité de poursuivre l'ex-candidat à la présidentielle.

"J'ai dit que les chambres à gaz étaient un détail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale: ça me paraît tellement évident", déclare M. Le Pen dans le mensuel généraliste, diffusé en Bretagne et en région parisienne.

Le leader frontiste, dont la fille Marine a souligné qu'elle ne partageait pas les vues de son père sur ce point, avait été condamné à 1,2 million de francs (183.200 euros) d'amende pour de premières déclarations sur le "détail", en 1987 sur RTL.

Alors que "Bretons" lui fait remarquer que l'on a "déporté des gens pour les amener dans des camps juste pour les faire tuer", M. Le Pen répond: "Mais ça, c'est parce que vous croyez à ça. Je ne me sens pas obligé d'adhérer à cette vision-là. Je constate qu'à Auschwitz, il y avait l'usine IG Farben, qu'il y avait 80 000 ouvriers qui y travaillaient. A ma connaissance, ceux-là n'ont pas été gazés en tout cas. Ni brûlés."

M. Le Pen a affirmé dans un bref communiqué vendredi avoir "interdit expressément par lettre recommandée il y a déjà 15 jours" à "Bretons" de publier cet entretien.

Ses propos ont immédiatement été condamnés par politiques et associations, qui ont pointé du "négationnisme".

L'Union des étudiants juifs de France a annoncé avoir "décidé d'engager des poursuites judiciaires" et SOS Racisme dit avoir décidé de se constituer partie civile.

La Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme veut en faire autant après consultation de sa commission juridique.

Pour le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), l'ex-candidat à l'Elysée, "en pleine perdition politique", s'avance "encore plus sur la voie du négationnisme" pour "faire parler de lui".

Le MRAP a dénoncé une "volonté de contestation de crimes contre l'humanité d'une part et d'incitation à la haine".

Le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA) a exprimé "son indignation et sa colère".

Le Mouvement des Jeunes socialistes a dénoncé un "révisionnisme clairement assumé".

Pour Julien Dray, porte-parole de ce parti, c'est "à la justice d'agir pour que de telles paroles, qui prennent sciemment le risque de générer haine et division dans notre pays, ne restent pas impunies".

Même tonalité chez le député (app-communiste) Jean-Pierre Brard. Il a aussi demandé à la vice-présidente du FN Marine Le Pen, "qui prétend vouloir donner une nouvelle image au parti", de "condamner sans réserves" ces déclarations et de "présenter les excuses de son parti".

"Je dis ce que j'ai toujours dit: je ne partage pas sur ces événements la même vision que mon père", a fait valoir Mme Le Pen sur BFM TV.

"Je crois que Jean-Marie Le Pen ne voulait pas créer cette polémique, puisqu'il a interdit au journal la publication de cette interview", a-t-elle ajouté. "Le journal est passé outre, du coup il ne voulait pas cette polémique mais elle existe."

(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 25 avril 2008, 21h00)

Précisons que, selon le magazine Bretons, Jean-Marie Le Pen avait interdit de publier son entretien avec ledit magazine, non pas pour éviter la polémique, mais parce qu'il était en désaccord avec "les conditions de parution" de l'entretien... autrement dit, parce qu'il souhaitait faire la "une" du magazine, ce qui n'a finalement pas été le cas. Avec cette déconvenue, et surtout les poursuites judiciaires qui s'annoncent, Le Pen est à nouveau servi en matière d'emmerdements - si vous me passez l'expression -, vu que, cette fois-ci encore, il aura tout fait pour en avoir. Cela dit, tant pis pour lui. Il n'est pas à plaindre.

Soyons francs : toute cette histoire me fait bien rire ! Bien entendu, sur le fond, tout cela sent très mauvais. Mais sur la forme, il y a franchement de quoi s'esclaffer, qu'il s'agisse de la pathétique recyclage du fameux mot "détail" par Le Pen ou de la posture convenue de tous ceux qui se sont fait aussitôt un devoir de condamner, avec ostentation, cette énième provocation, qui ne méritait pourtant pas d'être ainsi médiatisée à ce point. A chaque fois, c'est le même cirque. La bêtise humaine est bien une des choses les mieux partagées au monde... Si Le Pen est à nouveau condamné, il n'aura, bien sûr, que ce qu'il mérite, mais la bonne conscience affichée publiquement par certains, qui ont eu beau jeu d'adopter une posture vertueuse, est franchement risible. Qu'est-ce que l'on ne ferait pas, en politique, pour se donner le beau rôle... Quelle misérable farce...


Alors oui, bien sûr, le négationnisme, l'antisémitisme, le racisme, ça pue, c'est dégoûtant. Mais, par ailleurs, les postures médiatiques convenues, au nom de l'anti-racisme et de l'anti-négationnisme, c'est tout simplement grotesque. On pourrait en pleurer, tant tout cela peut paraître désolant. Pour ma part, je préfère en rire, sur un ton sarcastique. Même si ce n'est pas politiquement correct, cela vaut toujours mieux que d'être hypocrite, ou d'afficher une bonne conscience qui sonne faux...

Amicalement, et sarcastiquement, ;-)

Hyarion.


(Illustrations : Caricature de Jean-Marie Le Pen, par Kiro, publiée dans Manufacture française de candidats, Les dossiers du Canard Enchaîné N°83, avril 2002 ; Jean-Marie Le Pen dans la région Nord-Pas-de-Calais, le 4 mars 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Denis Charlet ; Le président du FN Jean-Marie Le Pen sur un plateau de télévision de TF1, le 16 mars 2008 à Boulogne-Billancourt, photographie de l'Agence France Presse, ©François Guillot/AFP/Archives)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 2 (2008-2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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Vendredi 25 avril 2008 5 25 /04 /2008 07:32
Un an après le premier tour de l'élection présidentielle, rien ne va plus pour Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, englué dans l'impopularité et la pagaille générale qui n'a guère tardé à s'emparer de son gouvernement et de sa majorité parlementaire. L'actuel chef de l'Etat s'efforce néanmoins désormais de donner l'impression qu'il a les épaules assez larges pour le costume de président de la République, et que le patron incontesté au sommet de l'Etat, c'est lui... mais sans vraiment convaincre, loin s'en faut...

Après une série de "couacs", Sarkozy recadre les ministres


Après une série de couacs qui ont mis à mal la cohésion gouvernementale, Nicolas Sarkozy a fermement recadré mercredi [16 avril] ses ministres en les rappelant à leur devoir de "solidarité" et confié leur communication à un spécialiste, Thierry Saussez, un de ses proches.
Tibet, OGM, carte "famille nombreuse": sur ces trois sujets sensibles, des ministres ont donné le sentiment de tirer chacun de leur côté au cours de la semaine écoulée.
Aussi M. Sarkozy a-t-il tenu mercredi, au terme du Conseil des ministres, à lancer une sévère mise en garde au gouvernement, même s'il n'a "cité aucun nom". "La prochaine fois, c'est la porte", a lancé le chef de l'Etat, dont les propos ont été rapportés à l'AFP par plusieurs ministres.
"Le président était très calme. Mais on sentait qu'il en avait discuté avec le Premier ministre" François Fillon et que pour eux, c'en était "fini d'être gentils", a expliqué l'un des participants.
"Il n'y aura pas de nouvel exemple" de couac "sans sanction" et "celui ou celle qui manque à la solidarité gouvernementale devra sortir", a ajouté le président, selon la même source.
"C'est la dernière fois que j'accepte cela. François et moi estimons que ça suffit ! Je ne supporte plus que certains se fassent leur cote au détriment de l'équipe. On accepte les arbitrages et si on n'est pas content, on quitte le gouvernement", a également affirmé le président, cité par un autre ministre.
Selon ces deux ministres, Nicolas Sarkozy a notamment visé Nathalie Kosciusko-Morizet, "même si elle n'était pas la seule".
Dans un entretien au Monde, la secrétaire d'Etat à l'Ecologie avait accusé il y a une semaine son ministre de tutelle Jean-Louis Borloo d'avoir ouvert "un concours de lâcheté et d'inélégance" avec Jean-François Copé, le chef des députés UMP, autour du texte sur les OGM.
A la demande du Premier ministre François Fillon, qui l'avait punie en l'empêchant de l'accompagner au Japon, Mme Kosciusko-Morizet avait présenté ses excuses à MM. Borloo et Copé. Sa nomination au poste de secrétaire générale adjointe de l'UMP avait néanmoins été confirmée à l'unanimité.
Deux autres incidents ont convaincu le chef de l'Etat de la nécessité de taper du poing sur la table : les hésitations autour de la carte famille nombreuse de la SNCF, dont la suppression a été évoquée avant d'être maintenue, et l'éventuel boycott de la cérémonie d'ouvertures des JO de Pékin.
La secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme Rama Yade avait déclaré, toujours au Monde, que M. Sarkozy mettait plusieurs "conditions" à sa participation à la cérémonie d'ouverture des JO le 8 août. Son ministre de tutelle Bernard Kouchner l'avait immédiatement démentie.
"Quand vous parlez au Monde, même en off, je ne peux pas croire que vous le fassiez sans vous en rendre en compte", a insisté le chef de l'Etat, sans s'adresser à quiconque en particulier, selon les mêmes sources.
Dans un langage plus édulcoré, Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, a affirmé devant la presse que M. Sarkozy avait "appelé tous les membres de son gouvernement à la loyauté, à la solidarité et à la nécessité d'avoir une équipe soudée autour de lui et du Premier ministre".
Pour tenter de mettre un terme à la "cacophonie" gouvernementale, un vocable employé jusque dans les rangs de la majorité, le couple exécutif a nommé mercredi comme délégué interministériel à la communication Thierry Saussez, un proche de M. Sarkozy, qui sera également responsable du Service d'information du gouvernement (SIG).


(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 16 avril 2008, 18h15)

"Une semaine terrible. La plus bordélique depuis mon élection" : c'est ainsi que Sarkozy de Nagy-Bocsa a qualifié la semaine du 7 au 13 avril dernier, devant ses conseillers, le lundi 14 avril (cf. Le Canard Enchaîné N°4564, 16 avril 2008). D'où le "recadrage" du mercredi suivant, lors du Conseil des ministres. Et en effet, depuis plusieurs semaines en fait, on ne peut que le constater : c'est la pagaille la plus complète, aussi bien au gouvernement qu'au sein de la majorité UMP au Parlement. Cette pagaille rend d'ailleurs d'autant plus illisibles les "réformes"  qui sont censées être faites, et le travail qui est censé être effectué, en général, par les ministres, les sous-ministres (secrétaires d'Etat), les députés et les sénateurs. Prenons un exemple : celui du projet de loi sur les OGM.


A la suite du fameux Grenelle de l'environnement, dont j'avais eu l'occasion de parler en octobre dernier (voir l'article intitulé "Grenelle de l'Environnement : beaucoup de bruit pour pas grand-chose ?"), ce projet de loi sur la culture des organismes génétiquement modifiés (OGM) était très attendu. Il s'agissait, en effet, rappelons-le, de proposer au Parlement, dès le début de cette année, une loi réglementant les OGM, censée trancher la question des essais en plein champ pour la recherche, et censée reprendre la proposition de création d'une Haute autorité indépendante, ainsi que le principe de responsabilité, de transparence - les communes et les départements devant être informés sur la présence d'OGM sur leur territoire - et de précaution. Aujourd'hui, je serais, personnellement, bien en peine de vous exposer clairement la situation dans laquelle se trouve ce projet, et, surtout, ce qu'il contient. Ce dernier a bien été présenté au Parlement, mais son examen s'est apparemment vite transformé en course de lenteur, dans une ambiance très tendue, tant le sujet est, encore aujourd'hui, extrêmement sensible. Les groupes de pression n'ont pas manqués de venir participer aux "réjouissances" parlementaires : les uns, opposés aux OGM, étaient présents dans les tribunes du public de l'Assemblée Nationale lors de la discution du projet de loi - ce fut notamment le cas de José Bové -, et les autres, favorables aux OGM et représentant les intérêts des fabriquants de semences - Monsanto, Limagrain, etc. -, faisaient tout ce qui leur était possible de faire, dans les coulisses, pour influencer les députés... Dans ce contexte, l'ambiance était, parait-il, particulièrement électrique. Entre "principes généraux" de l'utilisation des organismes génétiquement modifiés, création du "Haut conseil des biotechnologies", "transparence", "coexistence" des cultures et autre "délit de fauchage", les dispositions de ce projet de loi très controversé, ont été l'objet d'un débat, aussi agité que confus, entre parlementaires, lequel débat a, du reste, engendré une vive mésentente au sein de la majorité UMP et du gouvernement Fillon, ainsi que le Canard Enchaîné s'en est fait l'écho ce mois-ci :


"OGM : la grosse gêne de l'UMP

Le débat sur les OGM, qui devait s'achever, le 8 avril, à l'Assemblée, a offert un drôle de spectacle. Retour en trois actes sur un projet qui a fauché sur pied la bonne humeur de la famille UMP.

    ACTE I. Mardi 1er avril. En préambule à la discussion du projet de loi sur les OGM à l'Assemblée, Jean-François Le Grand, sénateur UMP de la Manche, tire à vue sur ses collègues : "Certains ont fait main basse sur l'UMP afin de défendre des intérêts mercantiles, ripolinés pour les rendre sympathiques (...). La force de frappe de Monsanto et des autres semenciers est phénoménale", dit-il dans une interview au "Monde". Se sentant agressé, Bernard Accoyer, le président du Palais-Bourbon, fait donner le lendemain le bureau de l'Assemblée pour "protester à l'unanimité" contre les propos du sénateur. La gauche, pourtant présente au bureau, s'est laissé piéger. L'après-midi, le socialiste Arnaud Montebourg explique que le sénateur a tenu "des propos d'une telle force que certaines personnes mises en cause ont cru bon d'utiliser les institutions dont elles disposent pour les faire condamner". Et pan sur Accoyer ! François Grosdidier, député UMP de la Moselle, confie au "Canard" : "Les pro-OGM sont tentés par la chasse aux sorcières, il y a une manoeuvre pour décrédibiliser ceux qui émettent des réserves contre le projet de loi. Je n'ai jamais vu un tel procès en sorcellerie dans ma famille politique."

    ACTE II. Le matin de l'ouverture du débat, Jean-Louis Borloo prévient qu'il "préfère le texte initial" plutôt que celui voté en première lecture par les sénateurs en février. Problème, les derniers arbitrages rendus, lundi 31 mars, à Matignon par le directeur de cabinet de Fillon lui ont donné tort : l'Assemblée est priée d'en rester au texte du Sénat. Une partie des députés discutent quand-même. Ainsi, Louis Giscard d'Estaing [fils de Valéry] défend un amendement, mercredi soir 2 avril, pour préserver des OGM les "écosystèmes régionaux". A l'heure du vote, Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM), la secrétaire d'Etat, s'en remet à la "sagesse" de l'Assemblée. Mais, après une suspension de séance à 23 h 20, Giscard, cédant à "l'invitation amicale" du rapporteur du texte, retire son amendement. "Chamalières vacille !", ironise Montebourg.
    La gauche saute alors sur l'amendement Chassaigne (du nom du député communiste du Puy-de-Dôme), qui substitue aux "écosytèmes régionaux" de Giscard des "écosystèmes locaux". L'amendement est adopté avec les voix de l'opposition et celles de 5 députés de droite, dont 3 UMP. Une gifle pour Matignon, pour les pro-OGM et pour le ministre de l'Agriculture, Michel Barnier.
    Patrick Ollier, le président de la commission des Affaires économiques, est furibard contre Kosciusko-Morizet, qui ne s'est pas opposée à l'amendement Chassaigne. Jean-Paul Faugère, le directeur de cabinet de Fillon, est aussi "fou de rage", selon un député. La tension est très forte. D'aucuns croient voir des larmes dans les yeux de la secrétaire d'Etat.



    ACTE III. Une réunion d'urgence est convoquée le lendemain matin à 9 h 30. Michel Barnier, Bernard Accoyer, le président de l'Assemblée, Jean-François Copé, le président du groupe UMP, et Patrick Ollier sont là pour instruire le procès des ministres de l'Ecologie. Kosciusko se voit (encore) reprocher sa bise [de janvier] à José Bové. "Ça fait partie des propos machistes que j'entends depuis que je suis entrée en politique", rétorque NKM.
    Les attaques contre la secrétaire d'Etat sont d'autant plus violentes que beaucoup ont besoin de faire oublier leurs propres turpitudes. Accoyer a évité de présider les séances, Copé ne tient pas toujours son groupe, Ollier a donné l'impression d'être à la solde des céréaliers, et Borloo a laissé faire le sale boulot à sa secrétaire d'Etat, se réfugiant à la buvette dès que ça tournait vinaigre. Lundi soir, Kosciusko a de nouveau dû subir un affront infligé par Patrick Ollier et son acolyte, Christian Jacob, ancien ministre de l'Agriculture chiraquien. Elle s'était dite "favorable" à un amendement de l'UMP Grosdidier visant à confier à son ministère et à celui de l'Agriculture la responsabilité de la fixation des distances de séparation entre cultures avec ou sans OGM. Elle a été mise en minorité par les députés de droite. Ambiance !
    Epilogue (provisoire). Borloo et sa secrétaire d'Etat ont un gros problème avec leur majorité, se supportent de moins en moins et sont de plus en plus inquiets pour l'avenir du projet de loi Grenelle. Les députés UMP ont la fibre très peu verte et, pour ne rien arranger, le calendrier parlementaire est déjà bourré jusqu'à l'été.
    Du côté de Monsanto, en revanche, tout baigne. Le bénéfice net de l'entreprise américaine a été rendu public, la semaine dernière : il atteint 1,129 milliard de dollars, en hausse de 107 % par rapport à l'exercice précédent."


(Le Canard Enchaîné N°4563, 9 avril 2008)

Le numéro suivant du Canard Enchaîné apporte une précision en ce qui concerne l'Acte II évoqué dans l'article du Canard du 9 avril, qui donne une idée de la valeur du pleutre Jean-Louis Borloo, désinvolte ministre de tutelle de Nathalie Kosciusko-Morizet :



    "Borloo solidaire
    Quelques minutes avant de s'en remettre à la "sagesse" de l'Assemblée sur l'amendement Giscard, NKM avait pris ses consignes auprès de Jean-Louis Borloo, son ministre de tutelle. Récit d'un conseiller, témoin de la scène dans l'hémicycle entre les deux ministres.
    "Que dit-on sur l'amendement Giscard ?
    - Tu dis sagesse, moi je vais pisser.
    - Mais tu viens d'y aller.
    - Je vais à la buvette prendre un verre de rosé.
    - Tu peux t'en faire servir dans une tasse de thé par un huissier."
    Pas convaincu, Borloo s'en est allé et n'est jamais revenu, ce soir-là, laissant NKM boire, seule, sa tasse (bio, évidemment)...


(Le Canard Enchaîné N°4564, 16 avril 2008)

Le feuilleton du projet de loi sur les OGM se poursuit dans ce numéro suivant du Canard, du 16 avril :


    "Borloo Janus
    Mercredi 9 avril. Après le Conseil des ministres se tient à l'Elysée une réunion des chefs de file de la majorité. C'est à ce moment-là que le ministre d'Etat et de l'Ecologie [Borloo] prend connaissance des propos de NKM reproduits par "Le Monde" : étrillée la veille, lors de la réunion hebdomadaire du groupe des députés UMP, elle riposte en dénonçant un "concours de lâcheté et d'inélégance" entre Jean-François Copé (président du groupe UMP) et Jean-Louis Borloo. Ni une ni deux, Borloo glisse une photocopie de l'article dans une enveloppe. Il y joint un mot manuscrit : "Tout cela n'est plus supportable. Il faut régler cette situation." L'enveloppe circule de main en main autour de la table. Elle est adressée à François Fillon. La réunion achevée, les deux hommes se concertent.
    Puis, devant témoins, le Premier ministre interpelle Sarko : "Kosciusko fout un bordel sans nom. C'est l'émeute au groupe. Si elle ne s'excuse pas publiquement, je ne peux pas la garder au gouvernement." Sarko répond qu'il le "comprend" et le "soutient".
    Fort de cet appui, Fillon passe un coup de fil incendiaire à la secrétaire d'Etat qui se termine par cette menace : "Que cela soit clair, tu présentes des excuses publiques ou tu gicles."
    NKM, qui ne veut pas démissionner, s'exécute un peu plus tard. Son communiqué d'excuses a été rédigé par Jean-Paul Faugère, le directeur de cabinet de Fillon, en personne. Pour une fois que le Premier ministre peut dicter sa loi...

    Fillon peu convaincant
    Mercredi 9, 14 h 30. Copé convoque exceptionnellement le groupe UMP, avant le vote solennel sur le projet de loi OGM. Fillon s'invite. La veille déjà, le Premier ministre a fait donner ses ministres devant les députés UMP, Michel Barnier, le ministre de l'Agriculture, a précisé que ce texte est "vital" pour l'avenir de nos campagnes ; Valérie Pécresse, ministre de la Recherche, a conclu : "Si on ne vote pas cette loi, la recherche agronomique française va s'effondrer."
    Fillon, ce mercredi 9, ajoute un argument massue : "Si vous ne votez pas pour le texte, votez pour le contexte, ne faites pas le jeu de la gauche."
    Résultat, près d'un élu UMP sur quatre n'a pas approuvé le projet de loi OGM. Dix députés ont voté contre et 31 se sont abstenus. C'est le texte "le plus mal voté" depuis 2002. Fillon aura, au moins, réussi ça.

    Borloo Janus (suite)
    Jeudi 10. Borloo refuse de dîner avec sa secrétaire d'Etat. Il se dit "trop meurtri" par sa tirade sur la lâcheté et l'inélégance.
    Samedi 12. Des sondages tombent, favorables à NKM. Borloo trouve urgent de se rabibocher. Après l'avoir harcelée par téléphone, il finit par rencontrer sa secrétaire d'Etat trois heures. Il cherche à obtenir de sa rivale qu'elle fasse savoir que seul Copé était visé par sa sortie sur la lâcheté. "Je ne veux pas être mêlé à tout cela".
    C'est réussi !

    Carton rouge pour Fillon
    Lundi 14. A propos de NKM, Sarko lance devant ses troupes : "Elle a eu tort de dire ce qu'elle a dit. Elle a raison de penser ce qu'elle pense."
    Il trouve que Fillon s'est trop acharné contre la secrétaire d'Etat à l'Ecologie. Le Premier ministre ne s'est pas contenté, on le sait, de la sommer de s'excuser, il l'a aussi privée de banc à l'Assemblée, interdite de voyage en sa compagnie au Japon, priée de ne plus aborder en public le projet sur les OGM et pressée de s'excuser une deuxième fois devant les caméras et devant le bureau politique de l'UMP, le 9 avril au soir.
    Résultat, Sarko a téléphoné à NKM un peu avant la réunion pour lui dire qu'il n'avait pas cédé à ceux qui demandaient sa tête. "Le Président ne souhaite pas qu'on l'affaiblisse", précisait l'un de ses conseillers. La réaction emphatique de Copé - "Mon coeur saigne", a-t-il dit publiquement - a irrité l'Elysée, ainsi que l'attitude de Borloo (Ecologie, mais aussi Transports) : "Il est complètement à l'ouest. Les deux problèmes de la semaine, les OGM et la carte famille nombreuse, sont venus de chez lui."
    Sans parler de l'élimination de la France en Coupe Davis de tennis, où il a sans doute quelque chose à se reprocher..."

(Le Canard Enchaîné N°4564, 16 avril 2008)

A propos des critiques de Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM) adressées au lamentable Borloo et au détestable Copé, on pourrait se poser, au passage, la question suivante : si NKM pense qu'elle est entouré de lâches et d'"inélégants" - terme poli pour dire "fumiers" -, que fait-elle au sein de cette majorité au pouvoir, et qu'y font les lâches et les "inélégants" en question ? Mais il est vrai que le flot médiatique est si puissant que l'on finit par oublier de répondre à cette interrogation, pourtant intéressante, par ailleurs, car elle renvoie, en fait, aux ambitions personnelles des protagonistes de cette histoire... Gageons que si personne n'a démissionné à la suite de cette affaire, c'est que chacun tient beaucoup à la position qu'il occupe en ce moment, tout en lorgnant vers des postes plus élevés, et qu'il est donc, bien évidemment, hors de question d'abandonner maintenant le terrain conquis...
En guise d'épilogue au feuilleton, le gouvernement Fillon et la majorité parlementaire UMP a eu droit à un ultime arbitrage de la part de l'actuel chef de l'Etat :


    "Sarko conformiste
    "Vote conforme", a tranché Sarko. Le Président a réuni, lundi après-midi [14 avril] et mardi matin [15 avril], à l'Elysée les ministres et parlementaires spécialistes du projet de loi OGM, à la veille de l'ouverture du débat en deuxième lecture au Sénat. Pas question, donc, a-t-il décidé, de revenir sur l'amendement Chassaigne, à l'origine de la grogne des députés UMP contre la secrétaire d'Etat à l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet [qui ne s'est pas opposé à son adoption]. Pour la galerie, un sous-amendement précisera la nature des produits sans OGM concernés. Ce qui ne changera pas grand-chose sur le fond.
    La décision présidentielle a ravi la sous-ministre mise au ban par Fillon, mais elle risque d'attiser encore les tensions au sein de la majorité. Tant le Premier ministre que le président du groupe UMP à l'Assemblée, Jean-François Copé, avaient expressément souhaité que l'amendement Chassaigne soit abandonné par le Sénat. Sarko les a désavoués et a donné raison à NKM, elle-même applaudie par 8 sondés sur 10, selon l'Ifop pour "Le Journal du dimanche".
    Entre Fillon et l'opinion, Sarko a vite choisi son camp !"

(Le Canard Enchaîné N°4564, 16 avril 2008)

Cet arbitrage, on le sait, n'a cependant pas empêché Sarkozy de réprimander publiquement, dans la foulée, Nathalie Kosciusko-Morizet, lors du Conseil des ministres du 16 avril :


       "La leçon faite à Nathalie
    Particulièrement visée par l'algarade présidentielle, au cours de ce Conseil des ministres [du 16 avril] : Nathalie Kosciusko-Morizet.
    "Ce n'est pas parce qu'un secrétaire d'Etat tape sur son ministre de tutelle que cela le fera devenir ministre" a lancé Sarkozy. Qui pour bien se faire comprendre a appuyé sa tirade d'un "hein, Jean-Louis ?", clin d'oeil appuyé à Jean-Louis Borloo, traité huit jours plus tôt de "lâche" et d'"inélégant" par NKM, sa secrétaire d'Etat.
    Laquelle NKM a baissé les yeux, et fait mine de continuer à écrire son courrier.
    Quand on est soutenu par 78 % des Français, on ne baisse pas les yeux !"

(Le Canard Enchaîné N°4565, 23 avril 2008)

Finalement, le Sénat a adopté en deuxième lecture avec un seul amendement, dans la nuit du mercredi 16 au jeudi 17 avril, le texte sur les OGM, la gauche socialiste et communiste ayant quitté l'hémicycle pour protester contre la volonté du gouvernement d'obtenir un vote conforme à celui des députés, sauf sur l'article 1er, faisant l'objet de l'amendement Chassaigne, lequel a été, en définitive, corrigé par les sénateurs - à l'initiative du rapporteur UMP Jean Bizet, soutenu par Borloo - et, semble-t-il, vidé de sa substance selon l'opposition. Avec le départ des sénateurs socialistes et communistes, tous les autres articles du texte ont été définitivement adoptés sans modification par le Parlement, et seul l'article 1er, ainsi corrigé, était censé, par la suite, revenir devant les députés pour une dernière lecture. Résultat de tout cela : un texte de loi qui, apparemment, semble bien loin, selon certains, de tenir les promesses du Grenelle de l'environnement au sujet de la règlementation des OGM, et un débat qui aura été, finalement, parfaitement inaudible et plus ou moins masqué par la cacophonie gouvernementale. Sur le fond, comprenne qui pourra...


A en croire Jean-Michel Thénard, dans le Canard de cette semaine (N°4565, 23 avril 2008), les députés UMP ont eu à coeur de reprendre "à leur compte certaines "propositions" des fabricants de semences. Mais sans l'avouer." Quant au Grenelle de l'environnement dans son ensemble, on commence, maintenant, à crier à l'anarque : mise à part, peut-être, la pastille verte pour l'achat d'un véhicule à faibles émissions polluantes, il est vrai que, pour le moment, aucune des propositions ne semble s'être concrétisée, et que celles qui sont peut-être sur le point d'aboutir semblent bien loin de l'être de façon satisfaisante, en particulier en ce qui concerne les OGM... Personnellement, je ne suis pas surpris, même si je manque d'éléments pour apprécier la situation en profondeur...

Mais à part cela, tout va très bien... car ce qui est le plus important, apparemment, c'est que Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa donne l'impression d'être maître du jeu, même si ce n'est pas le cas... On a encore eu l'occasion de vérifier cela lors de l'intervention télévisée de l'actuel chef de l'Etat, hier soir, jeudi 24 avril.


Malgré "déception" et "erreurs", Sarkozy veut tenir le cap de la "réforme"

Tout en reconnaissant la "déception" des Français et ses propres "erreurs", Nicolas Sarkozy a affiché sa volonté de tenir le cap de la "réforme", jeudi soir à la télévision, face à une majorité mécontente, des sondages en berne et une situation économique dégradée.

Un an après son élection, au cours de l'émission "En direct de l'Elysée" (TF1 et France 2), le chef de l'Etat a fait amende honorable sur plusieurs sujets: "erreur de communication totale" sur le paquet fiscal, "erreur" aussi sur la carte famille nombreuse, "erreur" encore de ne pas avoir sanctionné les "couacs" de ses ministres ("cela ne se reproduira pas"). Il a également admis "une part de responsabilité" dans l'exposition de sa vie privée.

"Qu'il y ait de la déception", "des attentes", "des problèmes", "des difficultés, non seulement je le sais, je l'entends, mais je m'y étais préparé", a-t-il assuré, assis derrière une table au design moderne, dans la salle des fêtes du palais présidentiel transformée en studio.

La vie des Français ne s'est "pas assez" améliorée en un an, a-t-il reconnu.

Toutefois, si le "choc de confiance" promis n'a pas été au rendez-vous, c'est que "la France a eu à faire face à un quadruple choc", a expliqué M. Sarkozy: renchérissement du pétrole, crise des "subprimes", flambée de l'euro et des matières premières.

Pour autant, pas question de ralentir. "On a un contexte international difficile, raison de plus pour accélérer les réformes", a-t-il martelé, réfutant les critiques, formulées jusque dans son camp, sur le rythme des chantiers engagés. "J'ai lancé 55 réformes, parce que tout se tient".

Sans annonce retentissante, il a défendu ses réformes, comme la défiscalisation des "heures sup". "
Ça marche !"

Pour le pouvoir d'achat, préoccupation majeure des Français, le président a regretté que les prix aient "davantage augmenté en France" que dans la plupart des autres pays d'Europe. Un texte destiné à les faire baisser dans les grandes surfaces sera présenté en juin.

En outre, François Fillon - "un bon Premier ministre" avec lequel il "travaille main dans la main" - déposera un texte "dans les 15 jours" sur l'intéressement.

Un salarié sera "obligé d'accepter un emploi représentant 95% de son salaire au bout de trois mois de chômage".

Quant au Revenu de solidarité active (RSA), il sera généralisé "l'année prochaine", mais "en en maîtrisant les coûts", pour "1 ou 1,5 milliard d'euros".

Le déficit public, qui inquiète la Commission européenne, sera "réduit" à l'horizon 2012, grâce au non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, a promis M. Sarkozy.

En pleine controverse sur les salariés sans papiers, il a exclu toute "régularisation globale", qui conduirait "à la catastrophe". Favorable "à titre intellectuel" au vote aux élections locales des non-Européens en France depuis 10 ans "sur la base de la réciprocité", il juge qu'il n'y a "pas de majorité" pour cette mesure.

Fermeté sur les retraites, avec la confirmation du passage à 41 ans de cotisations, et fermeté aussi sur l'école: "je maintiens les réformes qui permettront les réductions de postes", à l'origine de manifestations lycéennes, a-t-il dit sans s'engager sur les chiffres.

En matière de politique étrangère, le chef de l'Etat dit avoir été "choqué par ce qui s'est passé au Tibet". Mais Paris "essaie de créer les conditions d'un dialogue entre le dalaï lama et les autorités chinoises".

Pour M. Sarkozy, cette émission faisait figure d'oral de rattrapage, après trois mois de sondages calamiteux. A peine plus d'un Français sur quatre estime que son action va "plutôt dans le bon sens" (CSA).

"Le cap du changement est bien tenu", s'est aussitôt félicité François Fillon.

A l'inverse, Julien Dray (PS) a regretté que "l'inquiétude et la colère" des Français n'aient pas été "levées". "Inquiétudes confortées" aussi pour la CGT.


(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 24 avril 2008, 23h16)

Pas de surprise avec ce nouvel épisode télévisé du Sarko-show, qui a duré plus d'une heure et demi : des réponses convenues, à des questions convenues, posées par des journalistes convenus... Sur la forme, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa a fait son travail de communication, habilement, comme d'habitude, sans se laisser démonter par le petit jeu des cinq journalistes qui lui faisaient face, et qui s'amusaient, de temps en temps, à lui couper la parole. Sur le fond, Sarkozy a été égal à lui même... "Je suis là pour assumer avec un minimum de courage ce qui aurait dû être fait avant et qui n'a pas été fait", a-t-il affirmé aux journalistes, hier soir : toujours cette manie d'en faire trop en survalorisant son rôle... mais, que voulez-vous, on ne se refait pas. Comme l'évoque la dépêche de l'Agence France Presse que je viens de citer, beaucoup de sujets ont été abordés lors de cette intervention télévisée. "S'agissant de la culture OGM en plein champ, mon devoir est de prendre des précautions", "beaucoup de précautions", a-t-il notamment déclaré, répétant être "favorable à la recherche sur les OGM dont on a besoin", et estimant qu'en ce qui concerne la loi sur les cultures d'OGM, le texte présenté par le gouvernement était "équilibré".
Pour le reste, sur un plan plus général, on aura surtout remarqué que Nicolas Sarkozy a enfin reconnu publiquement avoir fait des "erreurs", et c'est heureux ! Mais de Sarkozy de Nagy-Bocsa, il sera encore bien assez question dans d'autres articles à venir. Aussi, pour le moment, m'arrêterai-je là.

Amicalement, :-)

Hyarion.


(Illustrations : Nicolas Sarkozy, le 8 avril 2008 à Cahors, photographie de l'Agence France Presse, ©Eric Feferberg/AFP/Archives ; Un champ de maïs transgénique, le 4 août 2007 à Paillet, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Jean-Pierre Muller ; L'Assemblée Nationale, le 31 juillet 2007, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Pierre Verdy ; La secrétaire d'Etat à l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet s'exprimant, le 3 avril 2008 à l'Assemblée Nationale à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©Francois Guillot/AFP/Archives ; Jean-Louis Borloo, ministre de l'Ecologie, et Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'Etat à l'Ecologie, au lancement de la deuxième phase du Grenelle de l'Environnement le 27 septembre 2007, photographie de l'agence de presse Reuters, ©Reuters/Benoit Tessier ; L'hémicycle du Sénat, le 11 octobre 2007 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Bertrand Guay ; "Le rêve des farouches partisans des OGM" : José Bové étranglé par un homme de main des semanciers, dans les tribunes du public de l'Assemblée Natonale, pendant la discussion du projet de loi sur la culture des OGM, caricature de Cabu, publiée in Le Canard Enchaîné N°4565, 23 avril 2008 ; Nicolas Sarkozy lors de son interview télévisée, le 24 avril 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©Eric Feferberg/AFP)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 2 (2008-2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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Dimanche 20 avril 2008 7 20 /04 /2008 01:01
Il y a 200 ans, le 20 avril 1808, au coeur de la nuit, à Paris, 8 rue Cerruti - aujourd'hui, 17 rue Laffitte -, naissait le troisième fils d'Hortense et de Louis Bonaparte : Louis-Napoléon Bonaparte, futur premier président de la République française (de 1848 à 1852), et futur Empereur des Français sous le nom de Napoléon III (de 1852 à 1870).
De ce personnage historique, que j'ai beaucoup étudié durant mes études supérieures, j'ai déjà eu plusieurs fois l'occasion de parler, sur le présent blog. Au coeur de la nuit, j'y reviens une nouvelle fois - ce sera sans doute la dernière -, puisque le bicentenaire de la naissance du dernier Empereur des Français tombe aujourd'hui...
Ainsi que j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire, j'ai consacré, durant mes années de Licence et de Master, mes travaux de recherche universitaires à la vie politique française sous le Second Empire de Napoléon III, travaux de recherche qui ont été motivés, à l'origine, par la lecture - fort indigeste - des Châtiments de Victor Hugo, qui me fut imposée en terminale, il y a presque dix ans de celà (le recueil des Châtiments de Victor Hugo ayant fait partie dans les lycées du programme de première pour l'épreuve anticipée du baccalauréat de français en 1998-1999). Travailler à partir des sources avec le plus d'honnêteté et de sérieux possible, loin des propagandes et des préjugés de tous ordres : c'est ce que je me suis efforcé alors de faire, dans le cadre de ses recherches, qui ont d'abord été motivées par une volonté d'écarter d'un revers de main toute la propagande des adorateurs de Victor Hugo et la grille de lecture systémique des adorateurs de Karl Marx, pour essayer, comme bien d'autres avant moi, d'approcher la vérité historique au plus près, avec tout le recul critique nécessaire. En cela, j'espère avoir apporté une modeste petite pierre à l'édifice de la recherche sur l'histoire politique française du XIXe siècle.
Je ne suis pas un fanatique de Napoléon III, mais simplement un adepte de la recherche historique, la vraie, celle qui s'effectue honnêtement, avec une certaine distance critique et une étude attentive de l'ensemble des sources. Mais même dans ce contexte, il n'est pas facile d'être à ma place, sur le plan politique, étant un homme ayant majoritairement des idées de gauche, mais sans pour autant vénérer ni Hugo, ni Marx... Après avoir été au Mouvement Démocrate pendant quelques mois, je suis à présent au Parti Socialiste, et dans ces deux partis, comme je le craignais, je n'ai pas manqué de trouver des adorateurs de Victor Hugo, tout heureux de citer le "grand homme" à toutes les sauces, et de comparer Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa au Napoléon III caricatural grimé dans les Châtiments et les autres écrits haineux et outranciers que Hugo à consacré au neveu de Napoléon Ier... Cette situation est toujours relativement pénible pour moi, même si, aujourd'hui, je préfère ne pas y accorder autant d'importance que par le passé. Je constate, en ces temps peu glorieux, tout le poids que la propagande bien-pensante, héritée de la IIIe République et d'une certaine tradition marxiste, occupe encore dans ce pays, tandis qu'en face, se dresse une droite sarkozyste non hostile à une récupération du personnage de Napoléon III, bien qu'une telle récupération, à mes yeux, ne puisse être qu'une souillure infligée au dernier empereur et souverain de France, mort en exil en Angleterre, en 1873... A ce propos, en décembre dernier, le président du conseil général des Alpes-Maritimes, le très sarkozyste Christian Estrosi, alors qu'il était encore secrétaire d'Etat à l'Outre-mer (poste gouvernemental dont il a démissionné le mois dernier, après avoir été élu maire de Nice), a voulu demander aux autorités britanniques le retour en France des cendres de Napoléon III, ce dernier étant inhumé dans une abbaye anglaise, à Farnborough. Estrosi voudrait que ce retour des cendres s'effectue lors de l'anniversaire, en 2010, du rattachement du comté de Nice à la France, réalisé sous Napoléon III, en 1860. J'espère, de tout coeur, que ce projet échouera. Que les cendres de Napoléon III reviennent en France, comme ce fut le cas pour celles de son oncle, Napoléon Ier, en 1840, je ne vois rien là que de très légitime dans l'absolu, mais il est absolument hors de question que cela s'apparente, de près ou de loin, à une récupération sarkozyste : ce serait une honte, aux yeux de l'histoire, et, du reste, cela ferait bien trop plaisir aux bien-pensants adorateurs de Victor Hugo, qui ne manqueraient pas de trouver dans l'évènement la justification de leurs fantasmes... Si les seuls à vouloir organiser le retour des cendres de Napoléon III sont des sarkozystes, je préfère encore que lesdites cendres restent en Angleterre...
Certains, depuis l'année dernière, persuadés que Nicolas Sarkozy est, ni plus ni moins, un nouveau Louis-Napoléon Bonaparte, travaillent actuellement à le démontrer. Je leur souhaite bien du courage pour arriver au bout de leur entreprise aussi veine que stupide. Ils s'inquiètent de savoir, s'il s'avère qu'on leur donne raison, s'il existera aussi un nouveau Victor Hugo... Par ma barbe, pour faire quoi ? S'autoproclamer à nouveau "conscience universelle de l'humanité", comme Hugo l'a fait en son temps dans son pamphlet Napoléon le Petit ? Pour donner ainsi bonne conscience aux vertueux bien-pensants adorateurs de Hugo ? Pour donner de la valeur à leur combat pathétique, qu'ils s'imaginent mener comme si nous vivions il y a 150 ans ? Quelle naïveté... et quelle vanité, surtout... Heureusement que la plupart des gens s'en moquent... et l'indifférence plus ou moins générale, pour une fois, me parait bien utile pour contrecarrer les combats d'arrière-garde de cette bien-pensance dans laquelle je ne me reconnaitrait jamais... n'en déplaise à certains, qui continuent à réciter bêtement, à l'adresse des sarkozystes, des vers des Châtiments en ce croyant malins, ou pire, vertueux... Mais laissons donc tout cela de côté... Je suis si fatigué de dénoncer tous ces excès partisans, après toutes ces années... De toute façon, il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre... Que les historiens continuent leur travail : les chiens aboient, la caravane passe, comme on dit... Du reste, tout en écrivant cet article, j'écoute la musique de Vangelis composée pour le film Blade Runner, de Ridley Scott (1982) : cela aide à prendre singulièrement du recul vis-à-vis de toutes ces histoires triviales de mélanges entre politique, histoire, mémoire et propagande...

Pour ce bicentenaire de la naissance de Napoléon III, je vous propose des extraits d'un des quelques livres parus sur Napoléon III à l'occasion de l'évènement : il s'agit de Napoléon III. Un Saint Simon à cheval de Éric Anceau, paru tout récemment, le mois dernier, aux éditions Tallandier. Éric Anceau, enseignant à l'université Paris-Sorbonne et à l'IEP de Paris, a mené, pour ce livre de 750 pages, quinze années de recherches dans des milliers d'ouvrages et d'archives inédites. Sur la quatrième de couverture de l'ouvrage, on peut lire ceci : "Fils de roi, neveu d'empereur, comploteur, prisonnier, proscrit, premier président de la République, dernier souverain régnant de notre histoire. Figure majeure du XIXe siècle, il en incarne l'esprit, la diversité, les contradictions : homme de réflexion et d'action, romantique et réaliste, autocrate et démocrate, autoritaire et libéral, réactionnaire et progressiste, fils de l'Église et de la Révolution, apôtre de la paix et fauteur de guerre. Complexe, il a longtemps été incompris, il suscite toujours passions et jugements contradictoires. Hugo le surnomma "Napoléon le Petit" le dépeignit comme un "nain immonde", alors que Pasteur considérait son règne comme l'un des plus glorieux de tous les temps. Qui était réellement Napoléon III ?"
Voici, à présent les extraits, tirés dans la dernière partie du livre, intitulée "En guise d'épilogue" :


    "Homme du passé et du présent, Napoléon III fut aussi un homme de l'avenir. "La tête de l'empereur Napoléon ressemble à une garenne, lança un jour lord Palmerston [Premier ministre britannique de l'époque] sur le mode de la raillerie ; les idées s'y reproduisent continuellement, comme des lapins." Indéniablement, l'empereur eut beaucoup d'idées dont toutes ne furent pas bonnes, mais dont certaines firent de lui un précurseur. Il sut mieux que les autres décrypter un monde complexe, prophétiser son évolution et chercher à en maîtriser le cours. Une grande partie du fossé qui le séparait des élites s'expliquait par le fait qu'il voyait souvent trop grand, trop loin et surtout trop vite pour elles. Ses détracteurs le présentaient comme un utopiste, alors qu'il était davantage qu'eux dans le sens de l'histoire. [...]
    N
apoléon III subit tant d'influences diverses et conduisit des actions dans des domaines si variés qu'il a toujours été facile de façonner de lui une image complaisante aux besoins d'une cause, à partir d'un choix orienté de ses propos et de ses actes. Ainsi, les totalitarismes du XXe siècle ont souvent été comparés au bonapartisme. Même recours au chef charismatique, même quête d'un lien direct et personnel d'ordre affectif entre celui-ci et les masses, même sacralisation du peuple souverain, même rejet du parlementarisme, même recherche de l'unité nationale, même souci de moderniser l'économie et d'améliorer le sort des plus pauvres, tout en respectant les hiérarchies en place, même praxis privilégiant le fait sur la doctrine, même culte de la patrie... Mais nous voyons aussi dans le bonapartisme du troisième Napoléon et dans sa pratique du pouvoir tout autant de différences avec ces mêmes totalitarismes : le rappel constant aux principes de 1789, le refus du parti unique, l'absence de tout État policier, ne serait-ce que par le défaut des moyens et par la subversion précoce du régime par les notables, la libéralisation progressive de ce même régime, une profonde xénophilie et une sympathie réelle pour le genre humain. Des parallèles audacieux furent pourtant esquissés entre le souverain français et le Duce, voire le Führer ou le Petit Père des peuples. Au moment précis où certains peignaient Napoléon III en empereur noir, brun ou rouge, d'autres faisaient de lui le père de la sécurité collective, de la relance de la consommation, de l'État providence, ou encore de l'Europe communautaire ! Briand, Keynes, Beveridge et Monnet ! Sous le prétexte que les expériences populistes de l'Amérique latine présentèrent, plus encore que les fascismes, de réelles analogies avec le bonapartisme, au point d'être qualifiées de "néo-bonapartistes" par des politilogues et des journalistes à leurs suites, certains se permirent de voir en l'Argentin Juan Domingo Perón ou dans le Brésilien Getúlio Vargas de "nouveaux Napoléon III". Dans les familles de la droite française, le gaullisme put être présenté, avec plus de raison, comme l'héritier du bonapartisme. De fait, les convergences sont indéniables entre le bonapartisme du troisième Napoléon et le gaullisme de De Gaulle. Il est en revanche plus hasardeux de risquer un parallèle entre les vies des deux chefs d'État et le "grand" Charles ne professa jamais une admiration immodérée pour son prédécesseur.
    Au jeu des comparaisons faciles, l'actuel président de la République Nicolas Sarkozy devient le nouveau Napoléon III. On relèvera certes comme l'historien britannique Sudhir Hazareesingh qu'"il est piquant de voir à quel point le discours du nouvel hôte de l'Élysée rappelle celui de Louis-Napoléon à l'aube du second Empire : on retrouve la même exaltation du thème bonapartiste du maintien de l'ordre, le même pragmatisme, accompagné du désir de dépasser les clivages politiques traditionnels, la même célébration du culte de la volonté, la même fascination pour la modernité, et surtout la même insistance sur la nécessaire reconquête d'un sentiment de fierté nationale". On ajoutera même, en vrac, une croyance en sa bonne étoile, une relation particulière au peuple français, une forme d'hyperactivité, une passion de la réforme, une volonté d'absorber tout l'exécutif au détriment des ministres, un rapport identique à la puissance dominante du moment, là l'Angleterre, ici les États-Unis, mélange de fascination, de sympathie et de volonté de dépassement, un sens certain de la formule... Tout est toujours dans tout et il n'est pas étonnant de trouver certaines similitudes à des pouvoirs forts et chez des personnalités affirmées. Là doivent s'arrêter les comparaisons. Napoléon III fut et demeure un être singulier. C'est bien par sa vie et par son oeuvre et non par des ressemblances plus ou moins pertinentes qu'il doit rester dans la mémoire collective de la nation française."

(Éric Anceau, Napoléon III. Un Saint Simon à cheval, Paris, Editions Tallandier, 2008, "En guise d'épilogue", Modernité et postérité, p.563-568)
 
Pour en savoir plus, lisez ce livre... A coup sûr, il vous changera de la relecture biblique des écrits de Victor Hugo et de Karl Marx, qu'il s'agisse des Châtiments, de Napoléon le petit, ou du 18 Brumaire de Louis Bonaparte...


Voila. J'en ai terminé sur ce sujet. A cette heure avancée de la nuit, il est grand-temps d'aller dormir... avec de la musique de Vangelis plein la tête... :-) Vous devriez essayer... Survoler musicalement les lumières de Los Angeles en 2019, cela vous change les idées... Détente assurée... ;-)

Amicalement, :-)

Hyarion.
 
(Illustrations : Portrait équestre de Napoléon III, huile sur toile [1858] par Alfred de Dreux, Paris, Musée de l'Armée ; Napoléon III, huile sur toile [1857] par Franz-Xaver Winterhalter, Compiègne, Musée du Second Empire, château de Compiègne ; Couverture de l'ouvrage de Éric Anceau, Napoléon III. Un Saint Simon à cheval, publié aux Editions Tallandier)
Par Hyarion - Publié dans : Lectures et écritures
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