Ceux qui ont été
tentés, à un moment ou à un autre, depuis l'année dernière, de comparer sérieusement la France de Sarkozy avec la Russie de Poutine étaient vraiment à côté de la plaque. La meilleure preuve en
est le résultat des dernières élections. En France, nous avons de la chance : ici, contrairement à ce qui se passe en Russie, les résultats des scrutins ne sont pas connus six mois à l'avance,
et, par ailleurs, je serais bien étonné de voir, en 2012, François Fillon devenir président de la République pour nommer, dans la foulée, le président sortant Sarkozy de Nagy-Bocsa au poste de
Premier ministre, comme cela sera le cas avec le président russe Vladimir Poutine, qui deviendra officiellement le Premier ministre du nouveau président (fantoche) russe, Dmitri Medvedev, en mai
prochain.
Les Français sont des gens assez capricieux, brûlant un jour ce qu'ils adoraient encore la veille, et Sarkozy, aujourd'hui, est en difficulté, à la suite d'une baisse spectaculaire de popularité
depuis le début de l'année, si l'on en croit les sondages, et, surtout, après la dérouillée électorale que lui et ses amis de droite viennent de subir ce mois-ci, dérouillée à relativiser
toutefois, il est vrai, compte-tenu du fort taux d'abstention. Face à toutes ces facheuses déconvenues, l'actuel chef de l'Etat a donc décidé de changer un peu la donne, et de modifier
sensiblement, et sans tarder, son Sarko-show, sans pour autant l'interrompre, bien entendu...
"On ne va pas passer quinze jours à faire des analyses. Je ne suis pas très
audible en ce moment. Il faut restaurer l'image présidentielle de façon classique. Plus de gravité, soit. Cela passera par l'international."
(Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa devant ses conseillers, le 17 mars 2008, cité in Le Canard Enchaîné N°4560, 19 mars 2008)
Priorité à la médiatisation autour de la politique internationale, donc : cela fait davantage "présidentiel", assurément.
On peut, dès lors, comprendre tout l'intérêt qu'a pu représenter, dès la semaine dernière, pour l'actuel président de la République française, en plein milieu de la campagne des élections
minicipales et cantonales, l'opportune visite d'Etat de Shimon Peres, président de l'Etat d'Israel, en l'honneur duquel Sarkozy a organisé, lundi 10 mars, un dîner d'Etat au palais de l'Elysée,
dîner sur lequel nous aurons l'occasion de revenir brièvement, à la fin du présent article...
Mais jouer la carte de l'international ne suffit pas. Pour se doter d'une image désormais plus "présidentielle", Nicolas Sarkozy n'a rien trouvé de mieux que d'essayer d'imiter François
Mitterrand, en faisant notamment du plateau des Glières - haut lieu de la Résistance -, situé près d'Annecy, sa Roche de Solutré... Il avait visité ce lieu l'année dernière, juste avant son
élection à la plus haute charge de l'Etat, et entend désormais y faire un pèlerinage chaque année...
Malgré la "claque" des municipales, Nicolas Sarkozy persiste et
signe
Deux jours à peine après la sévère défaite de son camp aux municipales, Nicolas Sarkozy a répété mardi [18 mars] à ceux
qui lui intimaient d'en tirer les leçons qu'il ne dévierait pas de sa route et qu'il poursuivrait les réformes "nécessaires au pays".
Entre un hommage national aux poilus de la Grande Guerre lundi [17 mars] et une visite à la Marine nationale à Cherbourg vendredi [21 mars], le chef de l'Etat a tenu à garder mardi, lors d'une
nouvelle visite au plateau des Glières, haut-lieu de la Résistance française, le ton "régalien" et la solennité qu'il a désormais adoptés.
Ce n'est donc que très allusivement qu'il a évoqué la situation politique née des scrutins des 9 et 16 mars. Mais en se gardant bien de faire le moindre commentaire sur leur résultat.
"Ce n'est pas le lieu de faire un discours politique", a jugé Nicolas Sarkozy lors d'une courte allocution au Petit Bornand devant des élus locaux. "Il y a tant d'agitation, il faut beaucoup de
calme à la place qui est la mienne, il faut beaucoup de sang-froid", a-t-il ajouté.
"Ce qui est sûr, c'est que je serai amené à prendre un certain nombre d'initiatives pour continuer les changements qui sont nécessaires à notre pays", a poursuivi le président, alors qu'un léger
remaniement du gouvernement était attendu avant le Conseil des ministres de mercredi.
"Ce n'est pas une question d'idéologie. Ce n'est pas une question de politique. Ce n'est même pas une question de gauche et de droite, c'est une question de bon sens", a-t-il lancé à ceux qui, à
gauche comme dans son propre camp, lui conseillent depuis dimanche soir de changer de cap.
Evoquant "un contexte qui est difficile avec l'augmentation des prix des matières premières, avec la flambée de l'euro, avec le prix du baril de pétrole et avec la crise financière", Nicolas
Sarkozy a estimé que "tous ces problèmes, ça devrait nous encourager à faire des changements au lieu de nous encourager à nous recroqueviller".
"J'ai été élu pour conduire cette politique et c'est celle que je mènerai", a martelé le chef de l'Etat.
Pour le reste, entre une cérémonie à la nécropole de la Morette, où sont enterrés 105 des 129 résistants français tombés lors des combats de mars 1944 contre la Wehrmacht, et un moment de
recueillement devant le mémorial enneigé des Glières, Nicolas Sarkozy ne s'est pas écarté de sa posture présidentielle.
Exaltation du "devoir de mémoire" et hommage aux maquisards dans les pas de son dernier déplacement de la campagne présidentielle de 2007, dont il a répété son souhait de faire un pèlerinage
annuel.
"C'est un lieu où j'avais dit que je reviendrais chaque année pour en faire un lieu symbolique de l'identité nationale de la France. Nous nous sommes construits grâce à ces événements", a-t-il
déclaré.
"C'est un lieu très symbolique parce que ceux qui ont combattu ici venaient de tous les horizons (...) ils se sont rassemblés sans considération des opinions politiques", a relevé le chef de
l'Etat.
Entre Marseillaise et sonneries aux morts, Nicolas Sarkozy s'est offert un long aparté avec la veuve du chef du maquis des Glières, son "héros de jeunesse" Tom Morel tué en 1944. A l'exception
d'un accrochage avec une poignée d'enseignants en colère, il a également profité d'un accueil chaleureux, bien venu en ces temps de chute dans les sondages et de revers électoraux.
"Je voudrais dire à tous ceux qui ont bien voulu tout au long de cette journée me soutenir, me broyer la main (...) que c'est bien sympathique, que pour moi c'est important et qu'à chaque fois
que je viens dans votre département, je rentre avec une énergie renouvelée", a-t-il lâché.
(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 18 mars 2008, 20h32)
Il a longtemps été question d'un remaniement ministériel, d'abord annoncé pour le mois de janvier dernier, puis repoussé au lendemain des élections
municipales et cantonales. Sarkozy, lundi dernier, avait finalement pris sa décision :
"Fillon va mener la charge sur les réformes et des sujets bien clivants (sic).
J'ai déjà réorganisé mon équipe [à l'Elysée]. C'est vrai, c'était le bordel. En revanche, remanier le gouvernement en profondeur n'est pas une réponse appropriée au verdict des urnes. Le
remaniement est une cartouche qu'il ne faut pas gâcher. Tant pis s'il faut encore se trimbaler quelques bourrins."
(Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa devant ses conseillers, le 17 mars 2008, cité in Le Canard Enchaîné N°4560, 19 mars 2008)
Seuls quelques "ajustements" au sein du gouvernement avaient donc été prévu, mais ils ont été finalement un peu plus que des
"ajustements"...
Sarkozy étoffe son équipe après la défaite des
municipales
Deux jours après la défaite de la majorité aux municipales, l'Elysée a annoncé mardi [18 mars] un remaniement de gouvernement plus
important que prévu, avec l'arrivée de six nouveaux secrétaires d'Etat et l'élargissement ou la modification des attributions de 12 ministres.
Annoncé peu avant 20H00, cet aménagement de l'équipe dirigée par François Fillon intervient deux jours après le second tour des municipales et cantonales aux résultats très sévères pour la
droite.
Le président Nicolas Sarkozy avait par avance indiqué qu'il ne voulait pas chambouler totalement son équipe de ministres dans la foulée de ces scrutins dont il "tiendrait compte".
Avec ce remaniement sont récompensés deux des vainqueurs du premier tour des municipales, Luc Chatel, qui devient porte-parole à la place de Laurent Wauquiez, et ce dernier, promu à l'emploi.
Les deux porte-parole de l'UMP, Yves Jégo et Nadine Morano, entrent au gouvernement, le premier à l'Outre-mer, où il remplace Christian Estrosi, démissionnaire pour s'occuper de la mairie de
Nice, où il vient d'être élu, et la seconde, à la famille.
MM. Jégo et Chatel, bien que simples secrétaires d'Etat pourront assister à tous les conseils des ministres.
Le sénateur-maire de Toulon, Hubert Falco, un des seuls candidats UMP à avoir remporté dès le premier tour une ville de plus de 100.000 habitants, est nommé secrétaire d'Etat à l'aménagement du
territoire.
La "société civile" fait également son entrée au gouvernement avec Anne-Marie Idrac, ancienne présidente de la SNCF, secrétaire d'Etat au Commerce extérieur, et Christian Blanc, ancien PDG de la
RATP et d'Air France, nommé mardi secrétaire d'Etat chargé du développement de la "Région Capitale".
Cette dernière nomination est une pierre dans le jardin du maire de Paris Bertrand Delanoë, qu'une polémique a opposé à M. Sarkozy sur le thème du "Grand Paris".
Alain Marleix, 62 ans, spécialiste des questions électorales à l'UMP, passe des Anciens combattants au secrétariat d'Etat à l'Intérieur et aux collectivités territoriales, où il devrait notamment
piloter le prochain redécoupage électoral législatif, attendu depuis des années.
Il est remplacé aux Anciens combattants par Jean-Marie Bockel, un des ministres "d'ouverture", ex-socialiste [lui-même remplacé à la Coopération et à la Francophonie par le député UMP Alain
Joyandet].
Le portefeuille de l'"économie numérique", très attendu par la profession, est confié à un autre ministre d'ouverture, Eric Besson, qui conserve la "prospective et l'évaluation des politiques
publiques".
Plusieurs ministres voient leurs attributions modifiées ou élargies.
Ainsi la ministre de l'Economie Christine Lagarde, jusque là chargée des finances et de l'emploi se retrouve avec l'industrie et l'emploi.
Le ministre de l'Ecologie Jean-Louis Boorlo, se voit adjoindre le secteur stratégique de l'énergie, "une façon de souligner l'importance et la cohérence de ces sujets", selon son entourage.
Xavier Bertrand, ministre du Travail, se voit adjoindre la famille, et Bernard Laporte (Sports) la vie associative.
Hervé Novelli perd le Commerce extérieur mais récupère l'Artisanat et le Tourisme.
Les ministres battus aux municipales conservent comme annoncé leurs postes, notamment Xavier
Darcos (Education), battu à Périgueux.
"La réponse est bizarre, voire stupéfiante. C'est à la fois une sorte de tableau d'honneur et de récompense pour certains, et un lot de consolation pour d'autres", a déclaré à l'AFP le
porte-parole du PS Julien Dray.
(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 18 mars 2008, 22h17)
Décidément, les choses ne s'arrangent pas : les deux nouveaux secrétaires d'Etat ultra-sarkozystes Yves Jégo et Nadine Morano sont aussi détestables que
le non moins ultra-sarkozyste Christian Estrosi, qui, lui, heureusement, est parti. Le gouvernement Fillon II remanié s'est réuni hier, mercredi 19 mars, à l'occasion d'un premier Conseil des
ministres post-électoral, au terme duquel le nouveau secrétaire d'Etat chargé de la Coopération et de la Francophonie, Alain Joyandet, a commis, sous le coup de l'émotion, un lapsus assez
amusant...
Nicolas Sarkozy fixe la feuille de route de son gouvernement
remanié
Nicolas Sarkozy a réuni mercredi son nouveau gouvernement étoffé pour lancer une
nouvelle phase politique, dont il a juré qu'elle ne comporterait "ni ralentissement des réformes, ni plan de rigueur", après la sévère défaite de son camp aux municipales et cantonales.
Au lendemain de leur nomination, les six petits nouveaux de l'équipe gouvernementale, qui compte désormais 38 membres, Premier ministre compris, ont à peine eu le temps de profiter de leur
promotion.
A peine avaient-ils passé le mur de photographes et cameramen érigé pour l'occasion dans la cour de l'Elysée et trouvé leur siège dans le salon vert, que le chef de l'Etat les a plongés dans le
vif du sujet en détaillant leurs objectifs pour les prochains mois.
Si les enjeux des scrutins des 9 et 16 mars "étaient d'abord locaux", a attaqué Nicolas Sarkozy, ils ont aussi "au plan national" exprimé "une attente, une impatience, une interrogation sur la
possibilité que les engagements de la campagne présidentielle puissent être tenus dans une conjoncture que chacun perçoit comme plus difficile".
"La plus mauvaise réponse serait de ralentir le changement", a immédiatement répondu le président. "Depuis 1958, aucun gouvernement n'a autant agi, autant réformé. Il faut continuer. C'est la
seule façon de tenir nos engagements, c'est la seule façon de répondre aux difficultés du moment", a-t-il ajouté.
Comme mardi en Haute-Savoie, Nicolas Sarkozy a insisté sur le "contexte difficile du moment", marqué par la crise financière, la flambée de l'euro et du pétrole ou le renchérissement des matières
premières.
Mais à tous ceux, à gauche comme à droite, qui lui ont suggéré d'en tirer la leçon en changeant de politique, Nicolas Sarkozy a répondu que "dans la tempête économique mondiale,
il faut fermement tenir le cap". "Il n'y aura ni
ralentissement des réformes, ni plan de rigueur", a-t-il assuré.
Peu après, la nouvelle voix du gouvernement, Luc Chatel, a renchéri en déclarant qu'un plan de rigueur serait "absurde".
"Au moment où, justement, on a besoin de libérer la croissance, on a besoin de libérer le travail, où on voit que les dispositions prises cet été permettent de positionner la France plutôt mieux
par rapport à ses voisins (...), il serait absurde d'anesthésier l'économie française", a jugé le porte-parole, en rendant compte pour la première fois des travaux du Conseil.
Après ce plaidoyer pour la réforme, Nicolas Sarkozy a détaillé ses futures déclinaisons en fixant à son gouvernement quatre grands objectifs.
D'abord "remettre le travail au coeur de nos politiques publiques, au service de la croissance et du pouvoir d'achat", puis "renforcer la compétitivité de notre économie", avec le dépôt dès avril
du projet de loi pour la modernisation de l'économie.
Il s'agira ensuite de "continuer à gérer avec sérieux les finances du pays et moderniser l'Etat", puis de "concilier solidarité et responsabilité en matière de retraites", notamment par le biais
du projet de loi attendu au printemps.
Au terme de deux heures de réunion, les nouveaux secrétaires d'Etat ont tous affiché leur détermination à appliquer la feuille de route présidentielle.
Chargée de la famille, Nadine Morano a confié "l'émotion mais surtout l'honneur de servir son pays". Son collègue à la Francophonie, Alain Joyandet, en a même perdu son latin: "c'était un
communiste, un parti, excusez-moi je suis très, très ému, c'était un conseil des ministres très dense", a-t-il bredouillé.
"Ils ont vécu une matinée inoubliable", l'a excusé Luc Chatel.
(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 19 mars 2008, 16h34)
Ce gouvernement remanié a été diversement apprécié. Ce que je note pour ma part c'est que la promesse de Sarkozy de
travailler avec un gouvernement resserré est à classer, comme d'autres, dans la catégorie des promesses non tenues. Je note également l'absence de l'innénarable Claude Allègre dans cette équipe
gouvernementale élargie : celui-ci, ex-socialiste (il avait annoncé l'année dernière ne pas vouloir renouveller sa carte d'adhérent au PS) avait été, jusqu'à récemment, pressenti pour devenir un
nouveau ministre du gouvernement Fillon, après l'avoir été dans le gouvernement Jospin, entre 1997 et 2000. Le fait qu'il est été ainsi écarté finalement est un peu dommage : je suis sûr que
Sarkozy et Fillon et les autres ministres et sous-ministres l'auraient certainement beaucoup apprécié... C'est bien connu : Claude Allègre est tellement facile à vivre, tellement ouvert aux
opinions des autres, et tellement fiable... ;o) Ségolène Royal en sait quelque-chose, elle qui fut une ministre déléguée sous sa tutelle au sein du gouvernement Jospin, et que Allègre a fortement
"soutenu" pendant la dernière campagne présidentielle, au point d'aller "affronter" François Fillon jusque dans le siège de campagne parisien de Sarkozy, où des journalistes l'ont ainsi surpris
en flagrant délit de "pré-ouverture", comme l'a relaté, à l'époque, le Canard Enchaîné dans un article que j'avais reproduit dans un précédent message, sur le présent blog, en mai
2007... ;-)
Entre efficacité et droitisation, un remaniement diversement
analysé
Ajustement "technique" pour une meilleure efficacité selon la droite, "fin de
l'ouverture", "repli sur le clan UMP" et "droitisation" pour la gauche: le remaniement de l'équipe gouvernementale, plus ample qu'attendu, est diversement analysé.
"C'est un remaniement plutôt technique, de bonne qualité", a estimé mercredi Jean-François Copé, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, "très heureux" que "l'architecture
gouvernementale" n'ait pas été modifiée "en profondeur".
Au contraire, le numéro 2 du PS François Rebsamen estime que ce remaniement met "fin à l'ouverture" et signe un "repli sur le clan".
Il a parlé encore de "retour à une forme de sarkozysme historique", formule qu'un membre du gouvernement ne conteste pas: c'est effectivement un "retour à la +Sarkozie+ historique", mais qui
s'explique par "le besoin" du président, en ces temps "difficiles" (baisse de popularité, défaite électorale), "d'avoir une phalange autour de lui pour le protéger".
Autre preuve du retour en grâce des sarkozystes, aux yeux de ce ministre: "on voit de plus en plus, lors des conseils des ministres, le président discuter avec son plus ancien ami, Brice
Hortefeux" (Intégration et identité nationale).
"L'ouverture" à la gauche et au Nouveau centre pratiquée par M. Sarkozy avait été mal perçue par certains de ses amis, Patrick Devedjian ironisant même à l'époque sur une ouverture qu'il aurait
aimé voir "aller jusqu'aux sarkozystes".
Le secrétaire général de l'UMP a été entendu: sur les six nouveaux secrétaires d'Etat, quatre sont des très proches du président: les deux porte-parole du parti majoritaire Nadine Morano
(Famille) et Yves Jégo (Outre-mer), ainsi qu'Hubert Falco (Aménagement du territoire) et Alain Joyandet (Coopération et francophonie).
Plusieurs autres ministres ont eu une promotion, notamment Luc Chatel, nouveau porte-parole du gouvernement qui garde la consommation et reçoit l'industrie.
Pour lui, c'est presque un retour aux sources: pendant la campagne électorale de M. Sarkozy, à laquelle il avait activement participé, il était porte-parole de l'UMP.
Le chef de l'Etat était pourtant enclin, il y a encore deux ou trois semaines, à "poursuivre l'ouverture" vers la gauche, songeant notamment à l'ancien ministre socialiste Claude Allègre.
Mécontent, Copé avait alors affirmé qu'Allègre, c'est "le nom en trop".
"On en a tellement fait sur l'ouverture que ça n'a plus grande utilité, de toute façon l'image de l'ouverture, elle est déjà gagnée", a renchéri mercredi un élu de la région parisienne, en
allusion aux ministres ex-socialistes (Bernard Kouchner, Eric Besson, Jean-Pierre Jouyet, Jean-Marie Bockel) ou proches: Fadela Amara et Martin Hirsch.
"J'ai dit au président que s'il continuait sur cette voie, cela allait énerver à l'UMP", a ajouté cet élu. Alors que le président est décidé à "accélérer" les réformes, "il était essentiel pour
lui de donner un signal positif à ses amis", explique le même.
En remaniant le gouvernement, Nicolas Sarkozy a aussi voulu lancer "un message clair", assure un autre ministre. "Le pouvoir de nomination, c'est lui et personne d'autre".
"Quels que soient les sondages ou le résultats des élections, personne ne peut lui dicter quoi faire. La preuve: il a fait entrer Nadine Morano, largement battue aux municipales, et a rendu un
hommage appuyé en conseil des ministres à Xavier Darcos, autre battu", ajoute ce ministre.
(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 19 mars 2008, 19h30)
Claude Allègre devra attendre le prochain train gouvernemental... Il semble que Sarkozy
n'est pas prévu d'utiliser sa cartouche du grand remaniement ministériel avant le début de l'année 2009, soit après la présidence française de l'Union Européenne...
Le Sarko-show est donc apparemment entré dans une nouvelle phase, plus "sérieuse". Il était donc temps d'en finir avec les restes de l'ancienne formule. D'où le merveilleux dénouement, survenu
hier, 19 mars, en ce concerne cette minable affaire de SMS, que j'avais déjà évoqué dans un précédent article, le mois dernier.
SMS : Sarkozy retire sa plainte mais le journaliste maintient sa
version
Nicolas Sarkozy a retiré sa plainte contre le Nouvel Observateur dans l'affaire du SMS présumé, ouvrant la voie à un classement du dossier, mais le journaliste maintenait mercredi "l'authenticité" de son
information.
Le chef de l'Etat avait déposé le 7 février une plainte pour "faux, usage de faux et recel" contre le site internet du Nouvel Observateur
(nouvelobs.com), selon lequel il aurait envoyé à son ex-épouse Cécilia, huit jours avant son mariage avec Carla Bruni le 2 février, le SMS suivant: "si tu reviens, j'annule
tout".
Cette plainte, la première déposée contre un média par un président de la Ve
République en exercice, a entraîné le lendemain l'ouverture d'une enquête préliminaire sous la houlette du parquet de Paris.
L'affaire avait suscité un vif débat sur le traitement par la presse de la vie privée des personnalités, en particulier s'agissant de Nicolas Sarkozy, dépeint par certains en "président
people".
"Désormais, l'affaire du SMS est close, mon mari vient de retirer sa plainte contre le Nouvel Observateur après la lettre d'excuse qu'Airy Routier
m'a adressée", annonce Carla Bruni-Sarkozy dans une tribune publiée dans Le Monde daté de jeudi, intitulée "Halte à la calomnie!".
Le parquet de Paris a confirmé avoir reçu mercredi un courrier de l'avocat du chef de l'Etat, dans lequel il indique que M. Sarkozy "n'entend plus maintenir sa plainte". Une démarche qui devrait
entraîner "un classement sans suite", selon une source judiciaire.
Confirmant s'être excusé "à titre personnel" auprès de la nouvelle épouse du
président, le journaliste du Nouvel Observateur a cependant de nouveau défendu "l'authenticité" de son information.
"Je n'ai jamais mis en cause l'authenticité du SMS. Je maintiens totalement ma position là-dessus", a expliqué Airy Routier à l'AFP, en assurant que la "plainte d'intimidation" du chef de l'Etat
"ne tient pas debout devant la justice".
M. Routier, entendu par les policiers fin février comme témoin, avait indiqué avoir écrit son article sur la foi d'informations "verbales fiables", admettant ainsi qu'il n'avait pas eu entre les
mains le SMS controversé.
Au cours de l'enquête, l'ex-"première dame" Cécilia Ciganer-Albeniz, restée silencieuse depuis le début de l'affaire, a affirmé de son côté, devant les policiers début mars, ne pas avoir reçu ce
message de Nicolas Sarkozy.
Dans un court article publié mercredi sur son site internet, la direction du Nouvel Observateur "prend acte" du démenti de l'ex-épouse du président de la République et reconnaît une nouvelle fois
que l'article concernant le SMS "n'aurait jamais dû être publié sur (son) site".
Mais la direction de l'hebdomadaire souligne qu'"à (ses) yeux", la "bonne foi de (son) journaliste reste entière".
Un point de vue vigoureusement réfuté par Carla Bruni-Sarkozy qui, dans
Le Monde, attaque Airy Routier et le magazine.
"Ce qui est malhonnête et inquiétant dans cet épisode, c'est qu'à aucun moment l'"information" n'a été vérifiée, recoupée, validée", s'indigne la chanteuse, en épinglant les "ragots" et les
"quelqu'un m'a dit" (titre d'un de ses morceaux).
"Est-ce l'avenir des contre-pouvoirs que de cracher en l'air avant d'être rappelés à l'exigence élémentaire de probité?", assène-t-elle encore.
La nouvelle "première dame" défend à cette occasion l'attitude de son mari dans ce dossier. Il "ne s'en prend pas à la liberté de la presse" mais "protège" la "liberté de chacun",
affirme-t-elle.
(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 19 mars 2008, 17h33)
Dans le même registre, je suppose que la plupart de mes lecteurs se souviennent de la fameuse visite de Nicolas Sarkozy
de Nagy-Bocsa au Salon de l'agriculture de Paris, le 23 février dernier, au matin, et du fait qu'elle a été marquée par un échange d'insultes entre un visiteur pas très malin et l'actuel chef de
l'Etat. Cet échange d'insultes avait fait l'objet d'une séquence filmée qui avait été diffusée, dans la soirée suivant "l'évènement", sur le site du journal Le Parisien (leparisien.fr),
et qui montrait notamment Sarkozy de Nagy-Bocsa répondant au visiteur : "Casse-toi alors, pauvre con". Contrairement à ce qui a pu se passer ailleurs dans la blogosphère, la nouvelle n'a
pas fait l'objet de tout ou partie d'un article sur le présent blog : tout au plus a-t-il fait l'objet de quelques commentaires au bas d'un article, le mois dernier. Néanmoins, il faut croire que
l'effervescence - le "buzz" - que "l'évènement" avait alors suscité sur Internet a eu une conséquence, dont beaucoup de blogueurs ont parlé, au point de faire l'objet d'une dépêche de l'Agence
France Presse...
Le "Monsieur internet" de l'Elysée provoque des remous dans la
blogosphère
La blogosphère est en ébullition depuis la nomination à l'Elysée d'un chargé de
mission sur internet, qui fait l'objet d'un véritable "buzz", de nombreux internautes craignant une volonté de "surveiller" tout ce qui circule sur le web concernant Nicolas
Sarkozy.
Nicolas Princen, jeune militant UMP de 24 ans, a été nommé lundi [17 mars] "chargé de mission au service internet", auprès de Franck Louvrier, conseiller pour la presse et la communication,
indique-t-on à l'Elysée.
Il sera "en charge de la veille de ce qui circule sur la toile au sujet du président de la République: blogs, sites d'information, vidéos... Comme on peut faire pour une revue de presse des
médias traditionnels", explique-t-on.
Diplômé d'HEC et de l'Ecole normale supérieure, Nicolas Princen avait travaillé pour le site internet de la campagne du candidat Sarkozy. Depuis son élection, il avait intégré le porte-parolat de
l'Elysée.
Si la présidence de la République se défend de vouloir surveiller le web, l'arrivée de ce "Monsieur internet" a aussitôt crée un "buzz" sur la toile, où elle fait beaucoup parler, plutôt en
négatif.
"Ironie du sort, Nicolas Princen est chargé de surveiller les 'buzz' autour de Sarkozy et il se retrouve lui-même au centre du buzz", relève Olivier Monnot, responsable éditorial de
blogonautes.fr, qui traite de l'actualité de la blogosphère.
"L'oeil de Sarkozy sur le net", "KGB Web", "le petit flic de Sarkozy", "Big
Brother": sur les blogs, le site de socialisation Facebook, dans des vidéos de parodie mises en ligne sur Dailymotion, les termes employés sont très virulents.
Pour M. Monnot, "ce ton un peu excessif est lié à l'image de premier flic de France que traîne Sarkozy".
"Le bruit médiatique est important mais reste concentré dans des sphères de spécialistes globalement en opposition à Sarkozy, qui se sentent subitement observées", analyse de son côté Nicolas
Vanbremeersch, initiateur du réseau de blogeurs politiques "La République des blogs".
"Tu dois savoir qu'il existe plusieurs milliers de blogs sur lesquels tu trouveras des choses désagréables sur Nicolas Sarkozy", écrit ainsi Luc Mandret, blogueur régulièrement cité par la
presse, en s'adressant au nouveau venu à qui il souhaite "bien du courage".
Selon M. Vanbremeersch, pas moins de 10.000 billets sur le chef de l'Etat sont en
effet postés chaque jour sur les blogs francophones, "dont 80% sont critiques".
La nomination de M. Princen suscite d'autant plus de grincements qu'elle intervient après plusieurs polémiques liées à la mise en ligne d'informations (affaire du SMS) ou de vidéos (Sarkozy au
Salon de l'agriculture, etc.).
"Après une campagne très active sur internet, l'Elysée avait un peu déserté cet espace... C'est comme s'ils avaient pris tardivement conscience que le web était devenu un poil à gratter dans la
communication présidentielle", souligne M. Vanbremeersch.
Pour autant, le fait de créer une veille n'est "pas choquant en soi", nuance M. Monnot.
"S'il elle sert de base pour intimider les blogeurs et museler la liberté
d'expression, c'est problématique. En revanche s'il s'agit faire comme de nombreuses entreprises ou partis politiques une revue du web, c'est intéressant car c'est une forme de reconnaissance",
estime-t-il.
Pour le journaliste Pierre Haski, du site d'information Rue 89, "la nomination de ce surdiplômé marque d'abord la reconnaissance par l'Elysée que ce qui se dit sur internet importe plus qu'on ne
l'avait cru". Et d'ajouter: "il appartiendra à l'intéressé de dissiper par sa pratique" les soupçons dont il fait l'objet.
(Dépêche de l'Agence France Presse [AFP], 20 mars 2008, 19h06)
Le barbu errant que je suis n'accorde pas beaucoup d'importance au "buzz" de l'Internet, ce qui explique sans doute
pourquoi je réagis souvent avec du retard à l'actualité qui enflamme la blogosphère... lorsque celle-ci m'intéresse, ce qui n'est pas très souvent la cas, il faut bien le reconnaitre... J'espère
que le "Monsieur internet" de l'Elysée, qui est plus jeune que moi, appréciera le contenu du présent blog,
si jamais il
tombe dessus par hasard : pour ma part, je continue ma route...
Vous prendrez bien une petite anecdote pour finir, chers lecteurs ? J'avais promis de revenir brièvement sur le dîner d'Etat en l'honneur de Shimon Peres, président de l'Etat d'Israel, dîner
offert par Sarkozy, lundi dernier, 10 mars, au palais de l'Elysée, et auquel assistait l'épouse de l'actuel président de la République, Carla Bruni-Sarkozy. Voici donc, pour terminer, une petite
anecdocte liée à ce dîner, et rapportée par le Canard Enchaîné de cette semaine :
"Sexy Carla
Lundi 10 mars : dîner d'Etat offert en l'honneur de Shimon Pérès à l'Elysée. Le couple Sarkozy accueille en compagnie du président israélien les invités au dîner, dans un salon donnant sur la
salle des fêtes de l'Elysée. Présentations puis photo officielle. Carla se penche vers Pérès et murmure : "Quand on me prend en photo, pour sourire, je ne dis pas "Cheese", mais "Sexe"."
C'est quand même plus agréable que le language diplomatique."
(Le Canard Enchaîné N°4560, 19 mars 2008)
En voila, une bonne idée ! Il faudra que j'essais d'employer ce mot magique, la prochaine fois que je me ferais
photographier... ;o)
Aaah... Sarko-show, quand tu nous tiens... ;op
Cordialement, :-)
Hyarion.
(Illustrations : Caricature de Nicolas Sarkozy et François Fillon, par Kiro, publiée dans le Canard Enchaîné
N°4558, 5 mars 2008 ; Nicolas Sarkozy lors d'une visite au plateau des Glières, le 18 mars 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©Eric Feferberg/AFP ; Eric Besson et Nadine Morano le 19
mars 2008 à la sortie du Conseil des ministres à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©Eric Feferberg/AFP ; Hubert Falco, Jean-Louis Borloo, Dominique Bussereau et Christian Blanc à
leur arrivée au Conseil des ministres le 19 mars 2008 à l'Elysée, photographie de l'Agence France Presse, ©Eric Feferberg/AFP ; Sortie du Conseil des ministres de Michèle Alliot-Marie, Yves Jego,
Hervé Novelli et Christine Lagarde, Fadela Amara, Christine Albanel et Anne-Marie Idrac, le 19 mars 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©Eric Feferberg/AFP ; Nicolas Sarkozy et son
épouse le 23 février 2008 à l'Elysée, photographie de l'Agence France Presse, ©Eric Feferberg/AFP/Archives ; Captures vidéo de Nicolas Sarkozy et du visiteur avec lequel il a eu une altercation,
le 23 février 2008 au Salon de l'Agriculture, à Paris, ©AFP/Le Parisien.fr ; Carla Bruni-Sarkozy, Shimon Peres et Nicolas Sarkozy, lors d'un dîner d'Etat en l'honneur du président de l'Etat
d'Israel, le 10 mars 2008, photographie du service photo de la présidence de la République française, ©Service photo Elysée/M.Klein)
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