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"Sarkozy, il faut lui marcher dessus. Pour deux raisons. Un, c'est la seule chose qu'il comprenne. Deux, ça porte chance." (Jacques Chirac)


(Jacques Chirac, par Kiro)

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Lundi 17 novembre 2008 1 17 11 2008 19:37
Le 75e Congrès du Parti Socialiste s'est terminé hier, dimanche 16 novembre. L'optimisme n'était pas vraiment de mise avant, il ne l'est pas vraiment non plus après. Ce Congrès, en effet, n'a finalement pas servi à grand-chose puisqu'il n'a pas permis de doter le parti d'une ligne politique et d'une majorité pour diriger le parti. Le bilan est donc bien amer, et bien entendu, à l'extérieur du PS, on s'en donne à coeur joie dans la raillerie, la leçon de morale, voire l'oraison funèbre, vu que les trois "vainqueurs" du Congrès sont Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, Olivier Besancenot et François Bayrou... ce qui est, bien sûr, désespérant ! Hier soir, à la télévision, on a pu voir défiler les réactions - plus minables les unes que les autres - de Devedjian, de Karoutchi, de Bayrou, de Mélenchon, etc. Ces gens-là n'ont pourtant aucune leçon à donner en matière de politique : ils sont si médiocres... Bayrou et Besancenot peuvent bien, chacun de leur côté, se frotter les mains en se disant que décidément le temps travaille pour eux : j'espère que l'histoire leur donnera tort, à eux et à leurs misérables ambitions... C'est tellement facile, en ce moment, de critiquer le PS, surtout quand on a pour objectif de le démolir...
Pour l'heure, au PS, nous sommes évidemment bien ennuyés. Durant le Congrès de Reims, beaucoup avait à l'esprit le souvenir désagréable du Congrès de Rennes (15-18 mars 1990), qui s'était caractérisé par l'affrontement des héritiers de François Mitterrand, le "fils préféré" Laurent Fabius et "le fils rebelle" Lionel Jospin, avec Michel Rocard en embuscade. Cette fois-là, Pierre Mauroy avait finalement conservé son poste de Premier secrétaire, mais les rivalités et les jeux d'appareil l'avaient emporté sur le débat de fond et avaient discrédité le PS, jusque-là formation politique préférée des Français... Cette année, à Reims, certains ont peut-être eu une sensation de déjà-vu... Heureusement, à la différence du Congrès de Rennes, il reste une issue, une seule, le Congrès de Reims s'étant en effet terminé en laissant un ultime moyen au parti de sortir enfin de l'impasse : le vote des militants. Jeudi prochain, 20 novembre - et peut-être également vendredi prochain, 21 novembre, si jamais un second tour de scrutin est nécessaire -, les adhérents du parti vont devoir trancher, en se prononçant, à bulletin secret, pour le candidat de leur choix au poste de Premier secrétaire.

Vers un match Royal-Aubry pour trouver le chef d'un PS "sérieusement malade"


Incapables de convenir en congrès ce week-end d'une orientation et d'un leader, les ténors d'un PS "sérieusement malade" ont laissé aux militants le soin d'arbitrer par un vote un match qui opposera Ségolène Royal à Martine Aubry, avec Benoît Hamon en troisième postulant.


A l'issue d'un congrès de Reims largement centré sur Ségolène Royal, Bertrand Delanoë a résumé dimanche [16 novembre] le sentiment général, après trois jours de déchirements et un constat de total désaccord : le Parti socialiste est "sérieusement malade".

"Nous n'ajouterons pas de la division à la division", a dit le maire de Paris, qui menait une des principales motions au congrès, mais a décidé de ne pas briguer le poste de Premier secrétaire et de ne pas donner de consigne pour le vote militant.

Son état-major a immédiatement ouvert le feu sur Martine Aubry qui venait, elle, d'annoncer son entrée en piste.

Les partisans de Mme Aubry "prennent la responsabilité historique de livrer le parti à Ségolène Royal, dont ils se comportent comme des alliés objectifs", a-t-on accusé dans l'entourage du maire.


M. Delanoë, qui était en tête des sondages, est le grand perdant de ce congrès.

Le maire de Lille a affirmé vouloir un "parti ancré à gauche". Mme Aubry s'est adressée ainsi à Mme Royal : "A partir de ce soir", "soyons dans notre rôle de militants", défendons "ce en quoi nous croyons".

Benoît Hamon a sollicité "l'honneur d'être en première ligne" pour "faire naître une espérance" dans les couches populaires.

Mme Aubry, MM. Delanoë et Hamon ont tenté durant le congrès de constituer un rassemblement face à l'ex-candidate à l'Elysée dont ils rejettent la stratégie d'alliance possible avec François Bayrou.

Mais la présidente de la région Poitou-Charentes, dont la motion était arrivée en tête d'un premier vote militant le 6 novembre (29%), face à Mme Aubry (24,3), M. Delanoë (25,2) et Benoît Hamon (18,5%), les a pris de vitesse.

Mme Royal part favorite pour le vote de jeudi [20 novembre], de l'aveu même de ses opposants, qui relèvent qu'elle est toujours gagnante lorsqu'il s'agit de donner la parole aux militants plus qu'à l'appareil.

Elle avait provoqué la surprise en annonçant dès le début du congrès sa candidature à la succession de François Hollande, qui après onze ans, laisse un parti balkanisé.

Le lendemain, nouveau "coup": elle propose de consulter les militants directement "sur la question des alliances" avec le centre.

"Cette question ne pourra plus servir de prétexte au refus du rassemblement autour de la motion arrivée en tête" (la sienne), a plaidé Mme Royal.

Cette ouverture au MoDem et son désir d'un parti de masse sont deux pommes de discorde avec ses rivaux qui s'en tiennent à un parti "de militants" et aux alliances historiques.

Entre applaudissements et sifflets, Mme Royal a puisé une nouvelle fois dans le registre moral voire religieux. "Il faut nous soigner de toutes ces petites et grandes blessures que nous nous sommes infligées", a-t-elle déclaré, à la tribune samedi [15 novembre].


Dans la nuit de samedi à dimanche, elle a claqué la porte de la "Commission des résolutions" qui s'échinait sur une synthèse des motions.

"Tout le monde devra se ranger derrière celui qui sera désigné par le vote souverain des militants", a-t-elle prévenu plus tard. Si elle est élue, "l'effort de rassemblement se poursuivra". Sa rivale Martine Aubry a assuré de même que le PS "restera uni" après ce vote.

Raillant un congrès de "soustraction et division" (Alliot-Marie), l'UMP a posé la question d'une "disparition" ou "dissolution" du principal parti d'opposition.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 16 novembre 2008, 18h03)


Des militants socialistes inquiets mais toujours "le PS chevillé au coeur"


"A nouveau il y a le risque d'être inaudible face à la droite": ce délégué est inquiet à l'issue du 75e Congrès du PS à Reims, où les militants dimanche démontaient les tribunes, roulaient les affiches frappées du poing et la rose, sans savoir qui serait leur prochain leader.

Il se déclare "extrêmement gêné": "Je vais revenir dans la Sarthe et leur dire qu'on n'a pas été capables de se mettre d'accord. A nouveau, il y a le risque d'être inaudible par rapport à la droite".

Des lueurs d'espoirs ont été allumées dans le ciel socialiste, se console-t-il cependant après trois jours de discours, "d'assemblée de motions" et l'échec de la "commission des résolutions" dans la nuit de samedi à dimanche: "J'ai vu que nous étions de gauche et que nous avions tous envie de préserver un certain niveau social et de liberté".

Reims n'a pas été Rennes de sinistre mémoire, mais quand même: "Je trouve cela triste de repartir sans ligne politique, ni véritable stratégie", se désole Quentin Lopes, 26 ans.

"Est-ce qu'il faut aller plus à gauche ou plus au centre?", s'interroge cet ingénieur du Nord qui a voté Benoît Hamon.

La personnalité et le style de Ségolène Royal, ainsi que la question des alliances avec le MoDem, agitent le landerneau socialiste. Jacqueline Dahlem, de Reims, "regrette que la motion arrivée en tête -celle de Royal- soit à nouveau remise en question par les autres motions, avec un procès sur la personne, en oubliant qu'il y a derrière la rénovation du PS".

Venu aussi en voisin à Reims, Rémi Laporte s'en prend au contraire, avec la fougue de la jeunesse, à l'ex-candidate et "son côté vierge effarouchée qui cherche le martyre".

"Samedi, elle a cherché pendant les quinze premières minutes de son discours à se faire huer, ce qui participe de sa logique: je ne suis pas aimée du parti -ce qui est vrai-, aimez-moi contre tous ces méchants", ajoute ce jeune diplômé d'allemand, qui a voté pour la motion F (Utopia, très marginale).

Mais ces querelles sont dans l'ADN du PS, estime Chantal Bourscheidt, 58 ans: "il vaut mieux que cela soit animé plutôt que les gens restent comme des béni-oui-oui devant Sarkozy comme à l'UMP".


A la buvette du hall des expositions, Mathieu Bourgasser, 36 ans, trinque au champagne avec un autre militant "pour fêter notre amitié. C'est un congrès délicat".

"Le PS pourrait vivre une rupture, je le sens avec le maintien de Benoît Hamon, qui dit qu'il est prêt à aller jusqu'au bout... ça veut dire: on est prêt à tout", s'inquiète cet aubryste venu du Lot.

Peur d'une implosion ? Non, répond Jérôme Mikal de Reims car "tout le monde a tellement le PS chevillé au corps".

Pascal Josephe, 44 ans, élu parisien, lui s'enflamme: "Reims, c'est le congrès d'Epinay. C'est la renaissance. L'accouchement va être plus long".

"Aujourd'hui le PS ne sert plus qu'à délivrer des investitures... C'est un cartel électoral", dénonce-t-il.

A Reims, les militants se disent "au revoir, à jeudi !". Dans les urnes, pour trancher entre Aubry, Hamon et Royal.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 16 novembre 2008, 16h00)

Comment tout celà va-t-il finir ? Je ne sais pas. Personne ne le sait vraiment... Il faudra bien, pourtant, qu'une solution soit trouvée. Pour le moment, je me sens fatigué. Fatigué et agacé, notamment par ces conflits de personnes si récurrents au PS, conflits que chacun faint de dissimiler derrière des supposées divergences d'opinion en matière de programme politique, de ligne politique, d'alliances politiques. Tenez, la fameuse question des alliances, parlons-en, justement ! Il y a beaucoup d'hypocrisie et d'ambiguïté derrière les positions de tous les acteurs en présence. On suspecte beaucoup Ségolène Royal de vouloir à tout prix s'allier avec Bayrou, mais les choses sont plus compliquées que cela. D'abord, on remarquera qu'il est tout-de-même curieux que Martine Aubry reproche à Royal une volonté de rapprochement avec le MoDem alors que Aubry elle-même, en tant que maire de Lille, alors qu'elle n'en avait pas forcément besoin, s'est allié avec le MoDem pour remporter les élections municipales de mars dernier. Et on remarquera également qu'il est aussi que l'on trouve parmi les partisans de Benoît Hamon et de Bertrand Delanoë - tout deux également réfractaires à toute idée d'alliance avec le centre - des cas similaires de gens ayant fait alliance avec le MoDem au moment des élections municipales. Ensuite, on peut prendre le temps de s'attarder, ne serait-ce qu'un moment, sur ce que Ségolène Royal a dit sur le sujet. Dans son discours de samedi dernier au Congrès, Royal a posé cette question à l'assistance : "S'il faut aller chercher les électeurs qui disent ne se situer ni à gauche ni à droite - respectons-les, cela doit être près d'un électeur sur trois -, faut-il nous en priver pour mettre en échec des projets qui portent atteinte à la République elle-même" et qui "méritent un combat de tous les républicains ?" La question est loin d'être idiote, me semble-t-il. Mais surtout, à la veille du Congrès de Reims, Ségolène Royal a précisé, dans une lettre adressée à Benoît Hamon, n'avoir "jamais prôné un renversement d'alliance", mais qu'il fallait d'abord "rassembler la gauche, toute la gauche, autour d'un contrat de gouvernement" et "nous adresser ensuite à toutes les forces politiques susceptibles de se reconnaître en notre projet". Quelle est la part de sincérité et de tactique dans tout cela chez Royal ? Je n'en sais rien. Mais ce qui est plus certain, c'est que les choses sont, à l'évidence, plus complexes que ce que prétendent certains.


En juin 2007, à l'époque où j'étais au MoDem, j'avais, on s'en souvient peut-être, ma petite idée en ce qui concernait la question des alliances possibles entre PS et MoDem, et pour avoir osé l'évoquer à l'époque, j'avais suscité d'ailleurs des critiques de la part de membres du MoDem apparemment très attachés à la notion de "centrisme"... Il faut dire qu'à l'époque, déjà, ma position n'était pas très orthodoxe au sein de ce nouveau parti qu'était le MoDem, et, avec le recul, on peut se demander ce que je pouvais bien y faire, m'étant quasiment toujours conduit, en 2007 et 2008, avant et pendant mon adhésion à ce parti, comme un électeur socialiste et un homme de gauche, soit comme ce que je n'avais, au fond, jamais cessé d'être. En effet, je n'ai jamais voté pour François Bayrou, ni au premier tour de l'élection présidentielle de 2007, ni au second : à chacun de ces deux tours, j'ai voté pour Ségolène Royal. Le seul vote que j'ai fait en faveur du MoDem aura été celui en faveur d'une candidate de ce parti, que je n'appréciai pourtant pas du tout, au premier tour des élections législatives de l'année dernière : je l'avais fait par pure loyauté pour le parti auquel je venais alors d'adhérer, et après l'élimination de la candidate en question au soir du premier tour, je m'étais d'ailleurs empressé de voter pour le candidat socialiste encore en lice lors du second tour desdites élections législatives. Finalement, à l'occasion des magouilles politiciennes survenues entre les deux tours des élections municipales de mars dernier, je me suis décidé à démissionner du MoDem, et à adhérer dans les jours qui ont suivi au Parti Socialiste, où, en tant qu'homme de gauche, je me suis senti bien plus à ma place, ce qui est toujours le cas aujourd'hui. Mais de cela, j'ai déjà eu longuement l'occasion de parler à l'époque et il est inutile d'en reparler davantage... Pour en revenir à mon idée initiale au sujet des alliances, émise en juin 2007, j'avais alors estimé que l'avenir du MoDem n'était pas du côté de la droite, mais de la gauche de gouvernement, et que tôt ou tard, il allait falloir choisir. Pour moi, les dirigeants du nouveau parti - François Bayrou en tête - devaient tenir compte de cette situation, et ne pas refuser d'envisager, à plus ou moins long terme, une stratégie d'alliance avec un PS sérieusement rénové. Voulant à tout prix justifier mon positionnement d'alors - signe sans doute que, déjà, le fait d'être dans un parti du centre, fut-il ouvert au centre-gauche, ne me satisfaisait pas au fond de moi -, j'avais souhaité que "le MoDem se renforce électoralement et s'impose politiquement dans les prochaines années face au bipartisme de l'UMP et du PS, pour obliger ses deux partis prépondérants à respecter ledit MoDem et pour rendre éventuellement possible une alliance équilibrée du Mouvement Démocrate avec un PS enfin rénové, seule option possible - à mes yeux - pour un véritable changement dans le pays et une accession au pouvoir des démocrates de progrès." Ce souhait d'une sorte d'alliance sociale-démocrate, où le MoDem pèserait autant que le PS, j'en suis un peu revenu depuis. D'abord parce qu'au fil des mois, j'ai fini par voir plus clair en ce qui concerne les objectifs de Bayrou et le positionnement du MoDem, et c'est d'ailleurs cela qui m'a définitivement décidé à quitter sans regret ce parti. François Bayrou n'a, au fond, qu'un seul objectif : devenir président de la République parce que Dieu lui a dit qu'il le deviendrait. Bayrou a été ministre des gouvernement Balladur et Juppé, et à ce titre, il a eu pour collègues Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, Charles Pasqua, Alain Madelin et quelques autres politiciens du même acabit. Bayrou vient de la droite, et ne renoncera jamais, au fond de lui-même, à se situer au moins au centre-droit de l'échiquier politique. Cependant, comme il n'aspirait pas (ou plus) à jouer l'éternel supplétif de la droite crypto-gaulliste, et qu'il est persuadé d'avoir un "destin national", Bayrou a voulu se positionner politiquement au centre, se considérant dès lors comme étant l'Alternative, et dénonçant le système politique plus ou moins bipartiste bénéficiant à l'UMP et au PS. Dans ce contexte, le fond de commerce de Bayrou, et celui de son parti, c'est la négation du clivage gauche/droite, clivage qui, pourtant, structure la vie politique française depuis 1789. A y regarder de plus près, on constate que Bayrou voudrait, en fait, que le MoDem incarne une alternative centriste "entre le capitalisme et le socialisme", confondant sans doute, de façon abusive, le socialisme avec le marxisme (Bayrou est hostile à tout ce qui touche de près ou de loin au communisme). Ainsi, l'objectif dudit Bayrou apparait finalement assez clairement : pour lui, le MoDem doit prendre la place du PS dans le rôle du principal parti d'opposition pour pouvoir lui permettre d'accéder à la plus haute charge de l'Etat en 2012. Se réjouissant beaucoup de la crise qui frappe le PS, Bayrou s'estime conforté dans sa stratégie personnelle et espère plus que jamais être le pivot d'un rassemblement susceptible de battre Nicolas Sarkozy en 2012. Aujourd'hui, comme hier, malgré toute la détestation que j'éprouve à l'égard de Sarkozy, je pense que si Bayrou parvenait à ses fins, cela ne serait pas forcément une bonne chose pour la France, loin s'en faut. Je n'ai absolument pas envie de cautionner les misérables ambitions de Bayrou, "l'élu de Dieu" qui aspire à prospérer sur les ruines de la gauche de gouvernement et, surtout, à remplacer Sarkozy dans son rôle de borgne qui règne sur les aveugles. Une stratégie personnelle dictée par je-ne-sais quel commandement divin et, surtout, basée sur la négation du clivage gauche/droite, me parait, en vérité, parfaitement absurde. Il me parait bien évident aujourd'hui que le PS ne doit surtout pas servir l'ambition présidentielle personnelle de Bayrou. Du reste, avant tout, si une alliance entre MoDem et PS devait être sérieusement envisagée, elle ne devrait pas se faire avant que le MoDem ne se soit décidé à reconnaître le clivage gauche/droite et la nécessité de se positionner clairement par rapport à ce clivage, autrement que par un positionnement centriste pour le plaisir d'être centriste. Car c'est un fait : la démocratie, depuis Tocqueville, s'exprime dans les Etats-Nations et s'articule autour d'une bipolarisation. Aux Etats-Unis d'Amérique, ce sont les démocrates et les républicains. En France, c'est la gauche et la droite. C'est comme ça, et pas autrement. Certes, aujourd'hui la bipolarisation peut sembler devenir illisible, en raison notamment de l'effacement relatif du politique par rapport à l'économie, mais le clivage gauche/droite me parait tout-de-même subsister, au moins sur certaines questions importantes, sociales et culturelles notamment... Dans la perspective de battre la droite sarkozyste aux élections nationales, prétendre nier le clivage gauche/droite, même au nom d'un humanisme démocrate universel ne me parait donc pas sérieux, aujourd'hui plus encore qu'hier. Aussi, je dois reconnaître que l'un des soutiens de Ségolène Royal, le député socialiste Manuel Valls - dont je ne partage pourtant pas toutes les idées, loin s'en faut - a eu assez raison de juger "artificiel" le débat au PS sur la question des alliances : "De toutes façons, la question de l'alliance avec le MoDem n'est pas à l'ordre du jour", a-t-il notamment déclaré, vendredi dernier, en ajoutant "c'est au MoDem de choisir s'il est de droite ou de gauche, a priori je crois qu'il n'a pas fait ce choix aujourd'hui".


Quant à Benoît Hamon, qui prétend être le seul candidat au Premier secrétaire du PS a tenir un discours sans ambiguïté sur la question des alliances, parce qu'il refuse catégoriquement toute alliance avec le MoDem, on constatera que dans la motion qu'il présenté il n'est fait aucune allusion au NPA de Besancenot et aux relations que le PS devrait entretenir avec lui. Dans le texte de la motion de Hamon, on peut lire qu'en tant que socialistes, "nous n'avons pas d'ennemi à gauche." A ce titre, les partenaires traditionnels du PS, issus de l'ex-gauche plurielle (PCF, PRG, MRC, Verts), sont évoqués. Mais pas un mot sur le NPA, dont on sait pourtant qu'il prétend s'affirmer à l'extrême-gauche contre la gauche de gouvernement, et tout particulièrement contre le PS. Dommage. Il y a quelques semaines, Hamon a déclaré : "qu'on ne me demande pas d'éteindre le feu Besancenot, ce qui m'intéresse, c'est d'éteindre le feu Sarkozy". Il serait pourtant bon de se rendre compte que Besancenot est, de facto, le meilleur allié de Sarkozy, et que les deux problèmes sont donc liés. Mais il est vrai que pour Emmanuelli, l'un des principaux soutiens de Hamon, ce qui compte, avant tout, c'est de tout faire pour écraser Ségolène Royal, en manipulant dans un seul sens la question des alliances, comme l'ont également fait, de leur côté, Aubry et son allié Fabius...
Que les choses soient claires (si elles peuvent l'être) : l'objectif n'est pas de savoir si on a un nombril qui est "vraiment de gauche", l'objectif est de gagner les élections, contre Sarkozy. Pour gagner les élections, il faut deux choses, d'égale importance pour un parti renouvelé : un leader crédible et un programme crédible, pouvant attirer un large éventail d'électeurs par delà les divisions entre classes sociales. Pour cela, il faut une équipe unie derrière le leader, et un rassemblement faisant bloc autour de l'objectif final, à savoir, je le répète, gagner les élections. Le rassemblement, dans le cas qui nous occupe, suppose d'abord une union de la gauche la plus large possible, afin qu'aucun suffrage de gauche ne manque à l'appel au moment décisif. Ensuite, et seulement ensuite, peut se poser la question d'élarger encore le rassemblement, en se tournant vers tous ceux qui ne sont pas favorables à la politique de la droite sarkozyste, et en leur proposant de rejoindre ledit rassemblement sur la base du programme crédible proposé depuis le début (en l'occurence ici, bien sûr, un programme crédible de gauche, qui refuse notamment la fatalité d'une société de marché imposée par le monde de l'économie de marché). Voila. Le reste, me semble-t-il, n'est que littérature...

En attendant, les manoeuvres continuent, et Bertrand Delanoë, qui aura payé cher sa fidélité à Lionel Jospin et son alliance avec François Hollande, a finalement décidé, ainsi qu'on l'a appris aujourd'hui, de se rallier à Martine Aubry, au nom du seul point d'accord qu'ont les jospinistes, les strauss-kahniens, les aubrystes et les fabiusiens : leur haine envers Ségolène Royal.

PS : rude partie pour Royal avec le ralliement de Delanoë à Aubry


Ségolène Royal risque d'avoir la partie rude jeudi [20 novembre] lors du vote des militants dans la bataille pour la direction du Parti socialiste, après le ralliement lundi [17 novembre] de Bertrand Delanoë à sa rivale Martine Aubry.

"Notre responsabilité est immense", a déclaré le maire de Paris dans une lettre ouverte aux militants appelant à voter pour la maire de Lille car il y va de "l'identité même du Parti socialiste".

Alors que le rideau était à peine tombé sur un "Congrès pour rien" à Reims, qui a renvoyé aux adhérents la mission de départager trois candidats à la direction socialiste - Aubry, Royal et l'eurodéputé Benoît Hamon -, cet appel a bousculé le jeu.

Le député François Lamy, bras droit de la maire de Lille, a salué un "geste fort" tandis que le député "aubryste" Jean-Christophe Cambadélis qualifiait cet appel de "déterminant pour l'unité du Parti socialiste".

Lors de la consultation des militants du 6 novembre sur les motions, les textes de Mme Aubry (24,3%) et M. Delanoë (25,2%) avaient recueilli la moitié des suffrages à eux deux, celui de Ségolène Royal, 29%.

Benoît Hamon, 41 ans, avait rassemblé 18,5% des suffrages.

Le maire de Paris n'avait pu s'entendre avec Mme Aubry lors du Congrès. Il avait renoncé à briguer la succession de François Hollande, sans donner de consigne de vote.

Il crée la surprise d'autant qu'un de ses partisans, le député Michel Sapin, avait annoncé en plein Congrès de Reims que Bertrand Delanoë avait décidé de ne soutenir ni Benoît Hamon, ni Martine Aubry comme candidat.

Plus méchamment, un cadre socialiste juge ce ralliement "logique": "il a l'air utile. Sinon il n'est plus au Frigidaire, il est au tombeau !"


Le maire de Paris, en tête des sondages courant novembre, est le grand perdant de cette course à la direction du PS, avec en ligne de mire l'élection présidentielle de 2012.

Principal lieutenant de Mme Royal, promis au rôle de "premier secrétaire délégué" en cas de victoire, Vincent Peillon a battu le rappel des militants: "Il faut absolument que nous soyons dès le premier tour élus, de telle sorte que nous puissions dès le lendemain rassembler" et "donner au parti la possibilité de cesser de faire ricaner la droite".

Mme Royal table - elle l'a dit dimanche - sur les abstentionnistes du 6 novembre (la participation avait été d'un peu plus de 56%), mais aussi sur une partie des pro-Delanoë.

Atout de la présidente de Poitou-Charentes: elle est en meilleure posture lorsqu'elle s'adresse directement aux militants.

Incapables de se doter d'une orientation et d'un dirigeant au Congrès, faute d'un accord entre eux, les dirigeants socialistes ont confié aux militants le soin de le faire, en espérant, tel le premier secrétaire sortant François Hollande, que "le Parti socialiste aura une majorité" après ce vote.


La maire de Lille et l'eurodéputé, hostiles à l'orientation politique de Ségolène Royal, refusent d'ici au 1er tour de se placer dans cette hypothèse.

Benoît Hamon a affirmé lundi qu'il pensait se qualifier pour le second tour. "Je pense que j'y serai", a affirmé l'eurodéputé sur France Inter.

Il fait campagne sur le changement à gauche et "le renouvellement". "Celles et ceux qui ont été acteurs des querelles depuis 20 ans ne sont plus les mieux placés pour permettre au PS de se reconstruire", a-t-il dit.


(Dépêche de l'Agence France Presse, 17 novembre 2008, 18h17)

Jeudi prochain, 20 novembre, comme le 6 novembre dernier, je remonterai donc depuis Toulouse jusqu'à ma section de Rodez, dans l'Aveyron, pour participer, en tant qu'adhérent du PS, au vote devant désigner le Premier secrétaire du parti. Entre les trois candidats déclarés au poste, qui ont chacun leurs qualités et leurs défauts, il faudra bien faire un choix.


Benoît Hamon, 41 ans, est l'incarnation à la fois de l'ancrage à gauche et du renouvellement du PS, car il est le seul des "jeunes" quadragénaires du PS à avoir opéré une percée dans le parti. Il est intelligent, et son opposition résolue à Sarkozy de Nagy-Bocsa me plait, mais il a le très gros défaut, à mes yeux, d'être soutenu par Henri Emmanuelli et, localement, par certains jeunes élus aussi carriéristes que peuvent l'être les anciens. Il est vraiment regrettable qu'il n'est pas voulu sortir de l'ambiguïté vis-à-vis des relations que le PS devrait avoir avec la mouvance LCR-NPA de Besancenot. Martine Aubry, 58 ans, présentée comme une experte en questions sociales et comme la "mère des 35 heures", apparait comme la candidate du "old party", soutenue par une coalition hétéroclite de personnes surtout très désireuses de maintenir leur vieille influence dans le parti. De fait, elle a le très gros défaut, à mes yeux, d'être soutenu, entre autres, par Laurent Fabius. Enfin, Ségolène Royal, 55 ans, est une candidate qui a le mérite d'avoir su rassembler autour de sa motion beaucoup de personnes, notamment de jeunes parlementaires, pouvant incarner la relève au sein du parti. De ce point de vue, sa candidature incarne, elle aussi, le renouvellement du PS. Cela dit, je n'aime pas la manie qu'a Royal de puiser, lors de ses discours, dans le registre moral, voire religieux, par exemple en évoquant le pardon des offenses et la résurrection des morts, face à la désunion et aux déchirements des socialistes, comme elle l'a fait samedi dernier au Congrès de Reims. Le mélange des genres qu'elle a tendance à pratiquer depuis quelque temps, entre politique et spectacle, ne m'a pas convaincu jusqu'ici. Cependant, elle a montré qu'elle était capable de faire preuve d'audace, ce qui peut être une grande qualité en politique. Détestée par Jospin, par Fabius, par Aubry, par Emmanuelli, par Rocard, par Strauss-Kahn, et par bien d'autres grands pontes du parti, elle joue la carte des militants contre l'appareil, tout en s'assurant habilement du soutien de quelques fédérations importantes comme celle des Bouches-du-Rhône, dirigée par Jean-Noël Guérini, et celle de l'Hérault, dans la région Languedoc-Roussillon présidée par Georges Frêche, exclu du PS en janvier 2007 mais qui reste néanmoins influent, et favorable à Royal. Les soutiens dont bénéficie Royal ne sont pas tous à mon goût, loin s'en faut, mais le fait qu'elle soit tant détestée par les jospinistes, les fabiusiens, les strauss-kahniens et les emmanuellistes, donne d'elle l'impression qu'elle est "celle qui ne fait pas partie du club" des caciques, ce qui l'a rend plutôt sympathique. Du reste, malgré l'hostilité qu'elle a pu susciter au PS - elle a même fait l'objet de sifflets pendant le Congrès - Royal a su s'entourer, au sein du parti, d'un certain nombre de personnes, intelligentes et relativement jeunes, qui, me semble-t-il, malgré leurs défauts, peuvent permettre le renouvellement du PS. Ségolène Royal, ce n'est bien évidemment pas le choix idéal, mais c'est le choix le moins mauvais à mes yeux. Ni le fait que l'on puisse trouver illogique qu'une candidate perdante à une élection présidentielle puisse revenir en force aujourd'hui (on oublie bien vite dans ce cas-là combien les caciques du PS ont fait tout ce qu'ils ont pu pour plomber la candidature de Royal en 2007, ce qui relativise en partie sa défaite), ni le fait que l'on ait pu trouver parfaitement ridicule son étrange "show" du Zénith de Paris, en septembre dernier, ne me paraissent des raisons pertinentes pour considérer que la candidature de Royal au poste de Premier secrétaire du PS représente un danger de "catastrophe" pour la gauche, comme l'a déclaré Michel Onfray. Encore une fois, ce n'est pas le choix idéal, mais c'est le moins mauvais, me semble-t-il, même si, par ailleurs, Benoît Hamon incarne sans doute, de son côté, et à juste titre, une partie de l'avenir du PS.
De toute façon, il faut bien comprendre que quel que soit le vainqueur du scrutin de jeudi (ou vendredi) prochain, le successeur de François Hollande devra composer avec les représentants des différentes motions au sein du parti (aucune majorité n'ayant pu être constituée à l'issue du Congrès), et ne pourra certainement pas faire tout ce qu'il veut, tant sa marge de manoeuvre risque d'être bien étroite... Bref, quoiqu'il arrive, nous ne sommes pas au bout de nos peines... :-/
Cependant, il faut bien garder espoir
, si l'on ne veut pas se résigner à laisser le champ libre à nos adversaires et à abandonner le pays à son triste sort. Ainsi que l'a fort justement écrit aujourd'hui sur son blog (http://gorce.typepad.fr/blog/) le député socialiste Gaëtan Gorce, qui soutient toujours Royal : "Nous avons besoin, Ségolène Royal a raison, de retrouver de la fraternité, de la générosité, le goût des idées et modifier dans ce sens nos comportements. Le Parti socialiste est arrivé à un point critique de son histoire, notamment parce que celles et ceux qui en ont la responsabilité n'en ont pas pris conscience. Lorsque l'on perd ainsi de vue ses intérêts vitaux, on se met en danger de disparaître. C’est bien là ce qui pourrait arriver, si un sursaut n’intervenait pas ce jeudi. Il est temps de nous remettre au travail, dans un esprit de rassemblement et avec le souci de procéder au renouvellement indispensable des équipes, des méthodes et des idées, sans lequel la Gauche demeurera figée dans ses contradictions et ses oppositions internes."

Cordialement,

Hyarion.

(Illustrations : Affiche du 75e Congrès du Parti Socialiste à Reims, 2008 ; La maire de Lille Martine Aubry, le 16 novembre 2008 lors du Congrès du PS à Reims, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/François Guillot ; Le maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoë à Reims le 15 novembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Denis Charlet ; Ségolène Royal, le 16 novembre 2008 au Congrès du PS à Reims, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/François Guillot ; Tribune du 75e Congrès du Parti Socialiste au Parc des expositions de Reims à la veille du début du Congrès, le 13 novembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP ; Retransmission de l'intervention de Bertrand Delanoë le 15 novembre 2008 lors du congrès du PS à Reims, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Francois Nascimbeni ; Benoît Hamon embrassant Ségolène Royal, le 16 novembre 2008 au Congrès du PS à Reims, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Denis Charlet ; Caricature de François Bayrou, par Kiro, publiée dans Manufacture française de candidats, Les dossiers du Canard Enchaîné N°83, avril 2002 ; Ségolène Royal et Manuel Valls, le 6 novembre 2008 lors d'un meeting à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Lionel Bonaventure ; L'ex-candidate socialiste à la présidentielle et candidate au poste de Premier secrétaire du PS, Ségolène Royal [au centre] et le député socialiste et maire d'Evry, Manuel Valls [à droite], à Reims le 16 novembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Denis Charlet ; Martine Aubry et Bertrand Delanoë le 15 novembre 2008 à Reims, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Denis Charlet ; L'eurodéputé Benoît Hamon, à Reims le 16 novembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Denis Charlet ; Présentation des trois candidats officiels au poste de Premier secrétaire, ©AFP/Infographie)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 2 (2008-2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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Jeudi 13 novembre 2008 4 13 11 2008 21:13
Ce n'est assurément pas une révélation que de le dire, et ce n'est assurément pas non plus un propos surprenant venant de ma part, mais cela vaut toujours là peine d'être dit : la présidence de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa est médiocre, pour ne pas dire insignifiante. Or, par les temps qui courent, il est souvent de bon ton de relativiser cette médiocrité et cette insignifiance sarkozyennes pour pouvoir exprimer au mieux tout le mal et surtout tout le mépris que l'on a pour le principal parti politique d'opposition, à savoir, bien entendu, le Parti Socialiste. Personnellement, on le sait, je n'ai jamais prétendu, bien qu'étant adhérent du PS, défendre contre tous un parti qui a tant déçu par le passé, qui continue encore d'exaspérer beaucoup de monde à juste titre, et qui est encore bien loin aujourd'hui d'être en mesure de proposer aux citoyens un projet alternatif crédible face à Sarkozy... Mais cependant, ces jours-ci, face aux sarcasmes des gens de droite et d'extrême-gauche, qui en ce moment se plaisent à couvrir le PS de crachats, aussi faciles - et haineux - que révélateurs des certitudes imbéciles peuplant les cerveaux de beaucoup de ces gens, je n'ai pas envie d'en rajouter en matière de critiques : il sera toujours tant d'en faire dans quelques jours, à l'issue du Congrès du PS, qui, rappelons-le, aura lieu à Reims du vendredi 14 au dimanche 16 novembre prochains et sera l'aboutissement d'un long processus qui se poursuivra même au-delà, avec le vote des adhérents pour désigner le prochain Premier secrétaire du parti, le jeudi 20 novembre. A l'heure où j'écris, personne n'est en mesure de dire avec certitude ce à quoi va aboutir ce 75e Congrès du PS, même si l'on sait que le parti est aujourd'hui entré pleinement dans une période de grandes turbulences internes, turbulences dont on ne peut qu'espérer qu'elles n'aboutiront pas à un remake du Congrès de Rennes (mars 1990), de sinistre mémoire. La seule chose qui soit certaine, en fait, c'est la fin annoncée (et, à mon avis, trop longtemps retardée) de la direction sortante du PS, incarnée par le Premier secrétaire François Hollande, lequel laisse un bilan de chef de parti ni complètement négatif, ni complètement positif... soit un bilan à son image, finalement.

François Hollande quitte la direction du PS avec un bilan en demi-teinte


Au congrès de Reims, François Hollande quittera, au bout de onze ans de règne, la direction d'un Parti socialiste qu'il laisse éclaté en courants et clans, impuissant à gagner des élections nationales, mais doté de pouvoirs locaux que la droite lui envie.

Elu par 90% des militants le 27 novembre 1997, après le congrès de Brest, pour succéder à Lionel Jospin arrivé à Matignon, le député de Tulle, 54 ans, présente un bilan en demi-teinte.

L'échec de la motion qu'il défendait - celle du maire de Paris Bertrand Delanoë - témoigne de la perte d'audience d'un premier secrétaire qui croyait il y a six mois encore qu'"aucune majorité ne peut se faire" sans lui au PS.

Après avoir sauvé de la dérive un parti déboussolé par la défaite de Lionel Jospin le 21 avril 2002, M. Hollande a présidé à des victoires éclatantes aux élections locales et intermédiaires : 2004, le PS remporte 20 régions sur 22, aux européennes de 2004 sa liste arrive en tête (29%), aux municipales de mars 2008, il prend la tête de la plupart des grandes villes.

Mais le pouvoir central lui échappe : deux défaites successives aux présidentielles et législatives de 2002 et 2007, installent le PS dans le fauteuil d'éternel opposant.

"Autant pour 2002 la responsabilité n'est pas imputable à François Hollande mais à la campagne menée par l'ancien Premier ministre, autant la défaite de Ségolène Royal est mise, dans l'opinion, au compte du PS et donc de son chef", souligne Frédéric Dabi de I'IFOP. François Miquet-Marty, analyste à Viavoice, tempère: "ce sont les rivalités internes entre les personnes et les divergences idéologiques très fortes au PS" qui expliquent l'échec de 2007.

Dans la course à l'Elysée qui oppose de nombreux présidentiables, Hollande, le socialiste "le plus brillant de sa génération", comme on l'a qualifié, ne parvient pas à imposer sa candidature, se contentant de gérer les ambitions des autres. C'est suite au raz-de-marée socialiste aux régionales de 2004 que le député de Tulle avait connu son heure de gloire : cote de popularité au zénith, classement parmi les présidentiables.

Mais le référendum européen de 2005 casse le rêve: "c'est l'acte lourd, son autorité est bafouée en interne par Laurent Fabius, et par la base et les électeurs qui votent non" à un traité que le PS approuvait, rappelle M. Dabi.


Fin tacticien, pragmatique, maniant humour et ironie, François Hollande a une obsession au congrès du Mans de novembre 2005 : empêcher l'explosion du parti auquel il est viscéralement attaché. Il échafaude une synthèse qui lui sera reprochée, souvent par ceux-là mêmes qui l'avaient signée.

"Le PS est sorti du Mans dans l'impossibilité totale d'afficher des opinions claires", accuse sans ménagement l'ancien Premier ministre Michel Rocard. "Depuis trois ans, le PS ne produit que de l'eau de bidet!" "Aujourd'hui encore la synthèse est nécessaire pour faire une majorité sur une ligne cohérente", rétorque M. Hollande, qui a de lui-même décidé de ne pas briguer un cinquième mandat à ce congrès où l'avenir du PS est en jeu.

Les Français semblent indulgents : selon Viavoice, ils estiment à 50% qu'il a été "un bon premier secrétaire" (67% chez les sympathisants PS).

"Les Français lui reconnaissent la capacité d'avoir su contenir et faire vivre ensemble au PS des sensibilités politiques très différentes, voire antagonistes", relève François Miquet-Marty. "François Hollande a limité les dégâts. Un autre premier secrétaire aurait-il fait mieux ? La réponse n'est pas évidente", estime-t-il.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 11 novembre 2008, 10h47)


Il est bien évident que face à Nicolas Sarkozy, François Hollande n'a jamais vraiment fait le poids dans la perspective de la conquête du pouvoir central, trop occupé qu'il fut, en permanence, à vouloir réussir à tout prix l'improbable "synthèse" des différents courants d'un parti où l'on aime plus souvent se battre à coups de poissons pourris (à la façon des Gaulois dans les aventures d'Astérix) plutôt que de prendre ses responsabilités dans la perspective de gagner les élections nationales. Résultat : un Parti Socialiste qui, certes, a évité jusqu'ici la scission, mais qui n'a pas été en mesure, depuis six ans, de provoquer l'alternance à l'Elysée et au Parlement. Le successeur de Hollande au poste de Premier secrétaire, qui sera désigné par les adhérents du parti, quatre jours après le Congrès de Reims, devra assurément faire mieux, notamment en matière de leadership, pour permettre au PS de retrouver le chemin de la victoire électorale au plus haut niveau, l'échéance de 2012 étant, à cet égard, capitale, tant pour le parti que pour l'ensemble de la gauche...


En attendant, il serait souhaitable de ne pas oublier ce qui se passe du côté de la droite sarkozyste au pouvoir, et de bien mesurer combien la présidence de Sarkozy de Nagy-Bocsa (française depuis 18 mois et aussi européenne depuis le 1er juillet dernier et jusqu'au 31 décembre prochain) est la parfaite illustration d'un célèbre dicton : "au royaume des aveugles, les borgnes sont les rois." De fait, en raison des insuffisances d'une opposition inconsistante à l'intérieur, et en raison de l'existence d'une période politique transitoire à l'extérieur - période de quasi-vide politique mondial qui coïncide avec la présidence française de l'Union Européenne -, Sarkozy est bien un roi borgne régnant sur des aveugles et profitant du vide politique existant en face de lui, tant en France qu'à l'échelle internationale, pour surjouer, plus que jamais, son éternel rôle de politicien volontariste et beau parleur, avec l'opportunisme pour seule véritable ligne politique directrice, lorsqu'on y regarde de plus près...
Certes, bien entendu, on ne peut pas reprocher à l'actuel chef de l'Etat de "faire le job", comme il dit, et ce n'est pas un problème pour moi de reconnaître la réussite de telle ou telle de ses actions, fut-elle relative. Tenez, prenons un exemple concret : la guerre russo-géorgienne du mois d'août dernier, survenu alors que le monde entier avait les yeux tournés vers la Chine et les Jeux Olympiques de Pékin (à l'inauguration desquels Nicolas Sarkozy a d'ailleurs finalement assisté, le 8 août dernier).


Rappelons brièvement les faits : le conflit russo-géorgien a été déclenché par une offensive militaire mené, dans le Caucase, par les autorités géorgiennes dans la nuit du 7 au 8 août contre les séparatistes pro-russes de la région de l'Ossétie du Sud. Les forces russes ont contre-attaqué, repoussant l'armée géorgienne pour finalement prendre position en Géorgie. En tentant de reprendre le contrôle de l'Ossétie du Sud, le président géorgien Mikheïl Saakachvili, pro-occidental, espérait avoir le soutien concret de l'OTAN, dont la Géorgie n'est pourtant pas membre pour l'instant, mais le gouvernement des Etats-Unis, qui jusque-là donnait l'impression d'entretenir une relation privilégiée avec la Géorgie face à la Russie, est alors subitement apparu bien impuissant face à la démonstration de force de l'armée russe. De fait, l'administration Bush, passablement usée, lourdement engagée militairement en Irak et en Afghanistan, n'a pu qu'adopter apparemment une position de simple dénonciation de la Russie et de simple soutien plus ou moins verbal à la république géorgienne, n'ayant guère les moyens de faire autre chose, si tant est qu'elle l'eut voulu. Dès lors, les Etats-Unis n'étant pas en position de force pour négocier avec les Russes - Bush ne souhaitant sans doute même pas négocier de toute façon -, le champ diplomatique s'est révélé libre de facto pour l'Union Européenne, dont la France assure la présidence tournante durant le second semestre de 2008 : le 12 août, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, accompagné du président de la Commission européenne José Manuel Barroso, est donc allé négocier à Moscou et Tbilissi un plan de paix en six points, prévoyant le retrait des troupes russes du territoire géorgien, plan finalement adopté par les deux parties.


Cependant, la Russie, peu pressée de respecter l'accord signé, s'est efforcé d'avancer ses pions au maximum, allant jusqu'à faire savoir qu'elle pourrait reconnaître l'indépendance des régions géorgiennes séparatistes pro-russes d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie, ce qu'elle a finalement fait, le 26 août, cette reconnaissance ayant logiquement été immédiatement condamnée par les Etats-Unis et l'Union Européenne, dans une tension rappelant certains épisodes de l'ancienne "guerre froide" entre l'Est et l'Ouest.


Le 8 septembre, quelques jours après un sommet extraordinaire à Bruxelles des pays de l'U.E. pour analyser les conséquences du conflit russo-géorgien (le 1er septembre), Nicolas Sarkozy, de retour à Moscou, a négocié avec le président russe Dmitri Medvedev (le successeur de Vladimir Poutine, que ce dernier a lui-même choisi avant de devenir pour sa part Premier ministre de la Russie) un calendrier de retrait des troupes russes de Géorgie, hors Abkhazie et Ossétie du Sud, d'ici le 10 octobre. C'est sans doute à ce moment-là que l'on a véritablement commencé à parler d'une supposée "stature internationale" pour l'actuel chef de l'Etat français...

Nicolas Sarkozy glisse sur la vague des succès diplomatiques européens


Propulsé sur le devant de la scène diplomatique internationale à la faveur de la crise entre la Russie et la Géorgie, Nicolas Sarkozy profite à plein de son passage à la tête de l'Union européenne (UE) pour redorer son blason de chef de l'Etat.

Dans l'avion qui l'emmenait lundi soir [8 septembre] de Moscou à Tbilissi, le président savourait sans retenue sa satisfaction d'avoir arraché à son homologue Dmitri Medvedev un calendrier précis de retrait des troupes russes du territoire géorgien, hors Abkhazie et Ossétie du Sud.

"On est content parce que, honnêtement, c'était pas gagné", a soufflé Nicolas Sarkozy devant une poignée de journalistes. "Notre priorité absolue, c'était le départ sans condition des soldats avec un calendrier (...) on a un départ et une date. C'est fait. Et c'est incontestable", a-t-il ajouté, "et je mets au défi quiconque d'avoir obtenu mieux".

Que ce soit dans les jardins du manoir de campagne de Dmitri Medvedev ou plus tard dans la cour du palais en réfection du Géorgien Mikheïl Saakachvili, le chef de l'Etat n'a pas manqué de célébrer publiquement son succès. En prenant bien soin de le parer des couleurs européennes.

"Si tout se passe comme indiqué (...) en un peu plus d'un mois, un conflit dont les conséquences auraient pu être beaucoup plus graves serait arrêté (...) c'est l'Union européenne qui a obtenu ce résultat", a-t-il insisté.

Et pour bien montrer que le président en exercice de l'UE, critiqué par les plus fermes des 27 après la signature de l'accord du cessez-le-feu du 12 août, n'avait rien cédé aux exigences de Moscou, l'Elysée a opportunément laissé filtrer les détails d'un incident survenu lundi.

Selon ce récit, Nicolas Sarkozy a menacé de "rentrer à Paris" lorsque les Russes ont souhaité supprimer, avant de l'accepter, une partie de l'accord signé plus tard stipulant que ses troupes devaient se retirer "sur leurs positions antérieures au début des hostilités". "Il n'y avait pas de plan B, nous n'aurions vraiment pas hésité à rentrer", a-t-on indiqué.


La détermination du locataire de l'Elysée a aussi été saluée dans le camp européen. "Les Russes ont reculé grâce à la fermeté de Nicolas Sarkozy, c'était remarquable", a loué un haut responsable de Bruxelles qui était du voyage.

Au-delà du conflit russo-géorgien, le président a voulu voir dans la visite de la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice au colonel libyen Mouamar Kadhafi la justification de sa politique de la "main tendue" à la Libye ou à la Syrie, très critiquée. "Après Tripoli, nous attendons son voyage à Damas", relève-t-on avec ironie à l'Elysée.

Depuis quelques semaines, la posture internationale de Nicolas Sarkozy semble se concrétiser dans les sondages qui, après l'avoir plongé dans les abysses, ont amorcé un net rebond à la hausse, même si sa cote reste globalement négative.

Lundi, un baromètre LH2-nouvelObs.com faisait même progresser sa cote de satisfaction de 11 points en septembre par rapport à juin, atteignant à 45% son meilleur niveau depuis janvier.

Plus que ces enquêtes, la présidence considère le bon score du candidat UMP (47%) dimanche au premier tour de la législative partielle de Chartres (Eure-et-Loir) comme un meilleur étalon de la confiance de l'opinion.

"Les sondages ne sont que l'écume", assure-t-on à l'Elysée en rappelant que le chef de l'Etat souhaitait inscrire son action "dans la durée". "Le président n'est pas là pour le quotidien", dit-on, "il est là pour le livre".

(Dépêche de l'Agence France Presse, 9 septembre 2008, 14h46)

Malgré sa volonté de tirer son épingle du jeu, la Russie s'est, en vérité, retrouvé assez vite isolée diplomatiquement, seul le Nicaragua ayant reconnu, à sa suite, l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie. Aussi a-t-on pu constater, le 8 octobre, que les forces russes avaient finalement achevé leur retrait de Géorgie, excepté les régions séparatistes, deux jours avant la date butoir prévu par l'accord conclu un mois plus tôt par Medvedev et Sarkozy. On peut reconnaître que Sarkozy de Nagy-Bocsa a plutôt bien mené la barque des négociations engagées avec la Russie dans le cadre de la médiation de l'Union Européenne, de l'été dernier et qu'il est bien probable que d'autres personnes n'auraient pas obtenu de meilleurs résultats si elles avaient été à sa place. Mais pour ce qui est de la "stature internationale" qu'est censé avoir récemment acquis, notamment selon les médias de masse, l'actuel chef de l'Etat français, il y a tout de même de quoi être perplexe quand on pense au fait que Sarkozy agit sur le devant de la scène internationale alors que les Etats-Unis d'Amérique sont en pleine période de transition politique à La Maison Blanche (le successeur de W. Bush n'étant même pas encore connu au moment des négociations de l'U.E. avec les Russes), alors que la Grande Bretagne semble pour le moment assez peu disposée à prendre des initiatives fortes, alors que la Russie, malgré ses démonstrations de force et sa volonté d'affirmer son influence régionale dans les anciens territoires soviétiques, reste un géant aux pieds d'argile, et alors que la Chine persiste à avoir surtout à coeur, jusqu'à présent, de s'occuper de ses propres affaires en ne s'exposant pas trop. Dans un tel contexte de quasi-vide politique sur le plan international, un politicien opportuniste comme Nicolas Sarkozy, roi borgne régnant sur des aveugles dans son propre pays, et président semestriel de l'Europe par le hasard du calendrier, n'a aucun mal à se voir attribuer une "stature internationale".


Sarkozy, en fait, ressemble un peu à un petit mammifère préhistorique occupant une niche écologique laissé par des dinosaures disparus, mais ce n'est qu'une impression, une apparence : ainsi, dès que Barack Obama, le nouveau président élu des Etats-Unis, entrera en fonction en janvier prochain, alors que Sarkozy aura dû céder peu de temps auparavant sa place de président de l'U.E., ce sera déjà une autre chanson qui s'imposera, même s'il est probable que ledit Sarkozy ne voudra sûrement pas disparaître subitement de la scène internationale... Du reste, on l'a vu, après la crise du Caucase, l'actuel président de la République française, encore président de l'U.E., a voulu s'emparer, à bras le corps, du volumineux et complexe dossier de la crise financière internationale, qui a éclaté aux Etats-Unis en septembre et qui touche depuis la planète entière. Les sommets internationaux, les conférences de presse de chefs d'Etat et de gouvernements, avec Sarkozy au milieu à chaque fois, se sont ainsi multiplés ces dernières semaines, et bien sûr, nous avons eu droit à beaucoup de discours, plus volontaristes les uns que les autres...


Ainsi, dès le 25 septembre dernier, dans son désormais fameux discours économique de Toulon, Sarkozy a tenu à faire l'évènement - c'est-à-dire, en fait, à faire du Sarkozy -, en dénonçant notamment les défaillances d'un "capitalisme financier qui avait imposé sa logique à toute l'économie et avait contribué à la pervertir", et souhaitant que le sommet international qu'il a proposé à ses pairs en novembre soit l'occasion d'une "remise à plat" complète du système, "comme on le fit à Bretton-Woods après la Seconde Guerre Mondiale". Bigre ! Un nouveau Bretton-Woods ! Il fallait y penser ! Toujours est-il qu'à présent, Sarkozy voit son taux de popularité repartir à la hausse dans certains sondages, lesquels, bien entendu, valent ce qu'ils valent... :

Embellie de popularité pour Sarkozy sur fond de crise économico-financière


Sur fond de crise économico-financière, Nicolas Sarkozy connaît une embellie de popularité avec des bonds de 7 à 8 points relevés par plusieurs instituts de sondages.

La cote de confiance du président de la République progresse de 8 points dans le baromètre Ipsos-Le Point rendu public lundi
[10 novembre], M. Sarkozy atteignant son meilleur score depuis janvier avec 49% d'opinions favorables.

C'est le troisième sondage d'affilée, après ceux de ViaVoice-Libération, également publié lundi (+ 8 points à 48%), et de CSA-leParisien-Aujourd'hui en France-i-télé de vendredi dernier (+ 7 à 47%), qui montre une nette remontée du chef de l'Etat dans l'opinion publique.

Selon trois politologues interrogés lundi, plusieurs facteurs expliquent cette embellie : l'attitude "volontariste" de M. Sarkozy face à la crise financière et à celle du Caucase, la stature internationale que lui a conférée la présidence de l'Union européenne, une opposition socialiste empêtrée dans la préparation difficile de son congrès...

"La remontée de Nicolas Sarkozy dans les sondages était assez prévisible", car "son énergie inlassable" face aux crises "a impressionné les observateurs étrangers, ainsi que quelques indéniables succès diplomatiques, comme l'Union pour la Méditerranée [lancée en grande pompe, à Paris, le 13 juillet dernier]", analyse Philippe Braud, professeur à Sciences Po et spécialiste en psychologie politique.

"Après plusieurs mois de décrochage dans son rapport aux Français - en raison du délitement de son projet présidentiel (baisse du pouvoir d'achat), et d'atteinte à la fonction présidentielle (vie privée et côté bling-bling), sa réaction vis-à-vis de la crise économique lui permet de renouer le lien" avec le pays, juge Stéphane Rozès (CSA).

M. Rozès constate d'ailleurs que "c'est parmi les catégories populaires que M. Sarkozy remonte le plus". Ce qu'il met sur le compte du discours de Réthel, lorsque le chef de l'Etat a annoncé, le 28 octobre, dans les Ardennes, plusieurs mesures en faveur de l'emploi, notamment les contrats aidés, et sur ses critiques envers l'attitude de certains banquiers.


Pour son collègue Dominique Reynié, professeur à Science-po, "la crise est toujours une malchance. Ce qui a été une chance pour le président et qui lui a permis de remonter dans les sondages, c'est la manière dont il a traité cette crise", affirme-t-il.

A mettre également à l'actif du chef de l'Etat, selon M. Reynié : "son style, sa façon de faire de la politique à chaque instant. Les Français ont le sentiment qu'ils ne sont pas seuls face à la crise. Dans un contexte anxiogène, ils se sentent relativement rassurés".

Les trois spécialistes se veulent toutefois prudents.

"L'exigence à présent", "c'est que Nicolas Sarkozy n'apparaisse pas comme celui qui se contente de pointer les responsabilités mais parvienne à mettre en place des mesures", relève M. Rozès.

"Le passage de la crise financière à la crise économique pourrait être plus compliqué à gérer", pronostique M. Reynié. Sans compter qu'avec l'arrivée du président américain Barack Obama et la fin de la présidence française de l'UE (fin décembre), "M. Sarkozy ne sera plus la principale figure du pouvoir occidental", ajoute-t-il.

Enfin, analyse M. Braud, "la sarkophobie demeure, sinon, sa cote de popularité dépasserait celle du Premier ministre" François Fillon.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 10 novembre 2008, 19h10)


W. Bush avait fait la promesse à Nicolas Sarkozy et au président de la Commission européenne Barroso, venus tout deux lui rendre visite à Camp David, dans le Maryland, le 18 octobre dernier, de consentir à une série de sommets consacrés à la résolution de la crise et d'accueillir le premier aux Etats-Unis. Or, samedi prochain, 15 novembre, dans la région de Washington, aura bien lieu un sommet, inédit, des dirigeants des pays industrialisés et des grandes économies émergentes pour tenter de parer le risque d'une récession mondiale causée par la crise financière (on peut toujours essayer, même si la récession est déjà là...). Premier d'une série, c'est en effet un sommet inédit puisque ce sera la première fois que sera convoqué au niveau des dirigeants le G20, créé en 1999 après la crise asiatique (la dernière grande crise financière en date) et la débâcle de la dette russe pour mettre face-à-face les puissances établies et émergentes. Le G20 comprend les membres du G8 (Allemagne, Canada, Etats-Unis d'Amérique, France, Italie, Japon, Royaume-Uni, Russie) auxquels il faut ajouter l'Afrique du Sud, l'Arabie saoudite, l'Argentine, l'Australie, le Brésil, la Chine, la Corée du Sud, l'Inde, l'Indonésie, le Mexique et la Turquie. Le 20ème membre est l'Union Européenne, représentée par le pays qui en assure la présidence tournante, donc la France actuellement. Sarkozy aura donc une double raison d'être là-bas, et on peut imaginer à quel point il doit se sentir important en ce moment, persuadé, peut-être, de pouvoir, quasiment à lui seul, impulser une "rupture" salvatrice, nécessaire à la "remise à plat" tant souhaitée du système économique et financier international. Cependant, à bien y regarder, l'essentiel, pour Sarkozy, est probablement ailleurs, si l'on en croit un article du Canard Enchaîné de la semaine dernière :

"Le coup du 15 novembre

Malgré la sinistrose ambiante, Nicolas [Sarkozy] a trouvé un immense sujet de satisfaction.
    « J'ai réussi le coup du siècle, j'ai réussi le coup du siècle », s'écrie-t-il, depuis le 22 octobre, devant ses visiteurs, ministres et parlementaires.
    Le 22 octobre, c'est le jour de la confirmation par la Maison-Blanche que le sommet mondial sur la crise financière se tiendra, le 15 novembre, à Washington. Et c'est cette dernière date qui transporte de joie Sarko, car il prétend l'avoir personnellement choisie.
    Son « coup du siècle », c'est d'avoir obtenu que le sommet du G20 se tienne le 15 novembre, en même temps que le Congrès socialiste à Reims !
    « La veille, le jour même et les jours suivants, jubile Sarko, on ne parlera aux 20 heures (les jités) que du sommet de Washington, de mes propositions et initiatives. Sans parler du sommet Euro-[Russie], qui se tient à Nice le 14 novembre et où je discuterai avec Poutine. A côté, le congrès du PS sera un non-évènement. »
    Conclusion : « Les socialistes étaient déjà à la ramasse à cause de l'ouverture et de leurs divisions, là, je leur porte un nouveau coup. »
    C'est à ce genre de « coup du siècle » qu'on mesure l'élévation d'esprit d'un chef de l'Etat."

(Le Canard Enchaîné N°4593, 5 novembre 2008)


C'est vraiment minable... et cela ne m'étonne vraiment pas de lui... Quand je pense que Nicolas Sarkozy a reçu, aujourd'hui, 13 novembre, au palais de l'Elysée, l'édition 2008 du "prix du courage politique" (décerné par la revue Politique internationale), profitant de l'occasion pour vanter publiquement sa politique étrangère, qu'il juge géniale, je me dis que toutes les récompenses et prouesses diplomatiques du monde ne changeront rien à la détestable personnalité de l'actuel chef de l'Etat français, si imbu de lui-même, si insupportable, et, au fond, si pathétique...
En vérité, Sarkozy de Nagy-Bocsa peut bien faire ce qu'il veut et penser ce qu'il veut, et on peut lui attribuer toutes les "statures internationales" que l'on veut  : sa médiocrité, l'insignifiance de sa présidence n'en reste pas moins évidente à mes yeux, aujourd'hui comme hier, et ce n'est pas, du reste, l'attitude apparemment volontariste de l'actuel chef de l'Etat français qui va me rassurer sur l'avenir du pays à court terme...
Alors évidemment, après, on peut toujours critiquer le PS, et on peut même aussi se dire que les Français ont le chef d'Etat qu'ils méritent, mais en ce qui me concerne je ne peux pas me résigner à la médiocrité de Sarkozy au pouvoir, au fait que la France et l'Europe soit représentées par un pauvre politicien tel que lui, et au fait qu'un misérable borgne malin règne ainsi sur de pauvres aveugles qui gagneraient beaucoup à ouvrir leurs deux yeux, s'ils savaient qu'en fait ils en ont... Pour ma part, quoiqu'il arrive, jusqu'en 2012, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa restera dans mon collimateur...


Cordialement, :-)

Hyarion.
 
(Illustrations : Nicolas Sarkozy le 10 octobre 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Gerard Cerles ; François Hollande, premier secrétaire du Parti Socialiste, le 14 octobre 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Stéphane de Sakutin ; Le numéro un du Parti Socialiste François Hollande, à La Rochelle le 31 août 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©Pierre Andrieu/AFP ;  Le premier secrétaire du Parti Socialiste François Hollande à l'université d'été du PS à La Rochelle, le 30 août 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Pierre Andrieu ; Nicolas Sarkozy à Argonay, en Haute-Savoie, le 23 octobre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Fred Dufour ; Carte de la Géorgie et de ses régions séparatistes en 2008, ©AFP ; Nicolas Sarkozy reçu par son homologue russe Dmitri Medvedev le 12 août 2008 à Moscou, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Mikhael Klimentyev ; De droite à gauche : Nicolas Sarkozy, le conseiller Jean-David Levitte et le ministre Bernard Kouchner au sommet extraordinaire de l'Union Européenne, le 1er septembre 2008, à Bruxelles, photographie de l'Agence France Presse, ©Gerard Cerles/AFP ; Conférence de presse de Nicolas Sarkozy et Dmitri Medvedev, le 12 août 2008 à Moscou, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Yuri Kadobnov ; Sarkozy présentant l'accord de règlement du conflit russo-géorgien entre Barroso et Medvedev le 8 septembre 2008 à Moscou, photographie de l'Agence France Presse, ©Eric Feferberg/AFP ; De gauche à droite : Jean-Claude Juncker [président de l'Eurogroupe], Silvio Berlusconi [président du Conseil italien], Angela Merkel [chancelière d'Allemagne], Nicolas Sarkozy [président de la République française], Gordon Brown [Premier ministre du Royaume-Uni], José Manuel Barroso [président de la Commission européenne] et Jean-Claude Trichet [président de la Banque Centrale Européenne] au sommet des membres européens du G8 à Paris, au palais de l'Elysée, le 4 octobre 2008, photographie de la Présidence de la République, ©Service photo Elysée / L. Blevennec ; Le président Nicolas Sarkozy lors de son discours économique à Toulon, dans le Var, le 25 septembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©Eric Feferberg/AFP ;  Nicolas Sarkozy [2e à gauche], son épouse Carla Bruni-Sarkozy, le Prince Charles [dernier à droite] et son épouse Camilla, devant l'Elysée à Paris le 10 novembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Gerard Cerles ; Nicolas Sarkozy s'exprimant à Rethel, dans les Ardennes, le 28 octobre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Gerard Cerles ; George W. Bush, Nicolas Sarkozy et José Manuel Barroso lors d'une conférence de presse à Camp David [Maryland], aux Etats-Unis d'Amérique, le 18 octobre 2008, photographie de la Présidence de la République, ©Service photo Elysée / D. Noizet ; Le président en exercice de l'Union Européenne Nicolas Sarkozy souriant, lors de la deuxième et dernière journée du sommet Asie-Europe à Pékin, le 25 octobre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP ; Nicolas Sarkozy le 11 octobre 2008 à Colombey-les-Deux-Églises, dans la Haute-Marne, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Jeff Pachoud)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 2 (2008-2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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Vendredi 7 novembre 2008 5 07 11 2008 22:58
Le député socialiste Gaëtan Gorce aura été de bon conseil : en suivant son avis, et en votant hier soir, jeudi 6 novembre, pour la motion d'orientation présentée par Ségolène Royal dans le cadre de la préparation du 75e Congrès du PS, je ne pense pas avoir fait un mauvais choix, d'autant plus que je n'ai pas, finalement, été le seul à le faire, loin s'en faut... J'avoue, toutefois, avoir été assez surpris des résultats nationaux de ce vote des adhérents du Parti Socialiste sur les motions, résultats dont j'ai pris connaissance la nuit dernière, à la radio France Info, à 3h du matin, alors qu'ils venaient d'être rendus publics après que l'ensemble des votes effectués dans toutes les sections du PS disséminées sur le territoire français ait été comptabilisé (hier soir, entre 17h00 et 22h00, sur les quelque 233 000 adhérents du parti, entre 130 000 et 140 000 votants se sont exprimés à bulletin secret dans plus de 3000 sections). Ainsi que je l'avais laissé entendre dans mon précédent article sur le sujet, j'étais sans illusions quant à l'issue de ce vote, bien qu'ayant décidé de voter personnellement pour la motion E présentée par l'ancienne candidate socialiste à l'élection présidentielle de 2007, puisque ladite motion paraissait être celle qui était, en définitive, la plus convainquante en matière de volonté de changement au sein du PS, et puisque Ségolène Royal, ainsi que la déclaré le député Gorce, "est la seule qui s'exprime d'une manière claire et nette" dans un contexte général fait de manoeuvres permanentes et de petits arrangements entre grands pontes du parti. Finalement, je constate que le choix que j'ai fait, en faveur de la motion de Royal, a été le même que bon nombre d'adhérents du PS, probablement pour les mêmes raisons que celles que je viens d'évoquer. Une petite lueur d'espoir serait-elle soudainement apparue au milieu des ténèbres dans lesquelles le Parti Socialiste français est plongé depuis bien trop longtemps ?

PS : misant sur le renouveau et le virage à gauche, Royal a forcé la victoire


Donnée perdante dans le combat en vue du Congrès de Reims, Ségolène Royal a inversé les pronostics en jouant sur le renouveau, sur le soutien de barons locaux et une rhétorique sociale de gauche qui a fait mouche en pleine tempête financière, selon des experts.

Avec quelque 29% des voix socialistes, la motion défendue par l'ex-candidate à la présidentielle est arrivée en tête, devant celles de Bertrand Delanoë et de Martine Aubry (quelque 25% chacune)

Son score a démenti des sondages auprès de sympathisants et les pointages réalisés au sein du PS, qui prévoyaient une répartition en trois tiers avec avantage au maire de Paris.

"Au cours des dernières semaines, on a assisté à une remontée très forte de Ségolène Royal" qui a pu "troubler le jeu", relève Gaël Sliman, directeur de l'institut BVA.

Mme Royal "avait complétement foiré son come-back au Zénith" fin septembre, son "nouveau style a été un bide terrible", assure-t-il.

Mais, "elle a travaillé, a tenu un discours social fort, très ancré dans l'économique", souligne cet expert, "sous l'impulsion de son conseiller, l'économiste Thomas Piketty, elle a formulé des critiques intelligentes et fortes de la politique de Nicolas Sarkozy", proposant en pleine crise, l'entrée de l'Etat dans le capital des banques.

Pour les mêmes raisons, Benoît Hamon, de l'aile gauche du parti, "a fait un carton avec 19%", relève-t-il.

"Or au même moment, Bertrand Delanoë se plante complétement avec sa posture très +économie de marché+ au pire moment, alors que face à la crise, même Sarkozy fait intervenir l'Etat très fortement!", relève-t-il.


Pour Stéphane Rozès, directeur général de l'institut CSA, par temps de tempête, ce sont les "personnalités d'incarnation", comme "Ségolène Royal qui bénéficient d'une image structurée et forte" qui sortent victorieuses, plutôt que les "personnalités de résolution des dossiers", comme est perçu le maire de Paris.

Dans son virage à gauche, la présidente de Poitou-Charentes se montre dans les luttes, comme elle l'a fait en participant, avec les salariés de la Camif, à une manifestation devant Bercy.

Elle axe la fin de sa campagne sur la reconstruction du PS qu'elle veut ouvrir, rajeunir, en réduisant les cotisations.

Tout en parvenant à donner une image du renouveau, Mme Royal (55 ans) a profité du soutien de barons comme Jean-Noël Guérini, patron de la puissante fédération des Bouches-du-Rhône - où elle a recueilli plus de 70% des voix - ou Georges Frêche, l'influent président de Languedoc-Roussillon, pourtant exclu du PS.

"Elle a réussi à bien jouer avec l'appareil et les fédérations, alors qu'elle jouait hors parti jusqu'à présent", relève M. Sliman.

Mais les analystes relativisent son succès : "a-t-on vu un candidat à l'Elysée diviser par deux son score en deux ans ?", demande M. Sliman en rappelant que Mme Royal avait recueilli 60% lors de la primaire PS en vue de la présidentielle.

"Je n'ai jamais vu un candidat à la présidence de la République faire moins de 30% au congrès suivant", tonne le député PS Henri Emmanuelli.

"Son score s'est réduit en peau de chagrin parce que les nouveaux adhérents, très royalistes, gagnés pendant la présidentelle, se sont retirés du PS", explique M. Rozès qui ajoute qu'à la différence de la présidentielle, les militants votaient cette fois pour un "collectif".

Le pari - et le parti - sont loin d'être gagnés par Mme Royal : "le +tout sauf Ségolène+ reste très fort" au PS, "l'immense majorité des 70% des adhérents qui n'ont pas voté pour elle ne voudront pas se rallier à son leadership", selon M. Sliman.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 7 novembre 2008, 16h05)

Avec le Parti Socialiste, il faut toujours être sur ses gardes. Aussi, passé le premier moment de surprise au milieu de la nuit, moment finalement assez agréable - car la surprise liée au succès inattendu de la motion de Ségolène Royal était, pour moi, une bonne surprise -, il a bien fallu, dans les heures qui ont suivies prendre à nouveau toute la mesure des difficultés auxquelles il va falloir désormais faire face...

Le rassemblement autour de Royal s'annonce compliqué, malgré sa victoire


Portée en tête par les militants du PS dans le scrutin précédant le congrès de Reims, Ségolène Royal s'est dite vendredi confiante dans sa capacité à rassembler autour d'elle une majorité, tâche ardue dans un parti socialiste divisé.

"Je me suis sans tarder attelée à la constitution de l'unité du parti socialiste", a déclaré vendredi soir à France 2 l'ex-candidate à la présidentielle, au lendemain de la victoire de sa motion, avec 29% des voix des adhérents, devant Bertrand Delanoë, Martine Aubry et Benoît Hamon.

Elle a salué "le sens des responsabilités" de ses interlocuteurs avec qui elle a engagé le dialogue, et souligné la nécessité d'un "ancrage" du parti à gauche, façon d'amadouer ses rivaux qui ont marqué leur refus d'une alliance avec les centristes.

C'est le cas de Benoît Hamon, chef de la gauche du parti. Avec un score inattendu de 19%, ce candidat déclaré au poste de premier secrétaire, s'est dit vendredi "plus légitime que jamais" pour s'installer dans le fauteuil laissé vacant par François Hollande.

L'émiettement du vote des militants, que M. Hollande a vainement tenté de conjurer en multipliant les appels pro-Delanoë avant le scrutin, complique singulièrement la donne à une semaine du congrès de Reims (14-16 novembre).

Mme Royal a d'ailleurs admis que ses quatre points d'avance ne lui donnaient "aucun droit" mais "uniquement des devoirs".

Son score n'atteint en effet pas le tiers des votants (quelque 130.000, une participation de 55%) et elle est loin de l'objectif qu'elle s'assignait encore en mars d'être "majoritaire" au PS, deux ans après sa désignation à plus de 60% comme candidate à la présidentielle 2007.

Bertrand Delanoë et Martine Aubry pèsent chacun un quart du parti.

Le député Pierre Moscovici (pro-Delanoë) a jugé "inquiétante" cette "logique de fragmentation". Jean-Marc Ayrault, chef de file des députés PS, a constaté avec appréhension "une certaine division".


François Hollande, pour qui le résultat sonne comme un désaveu, a appelé les quatre principales motions à "chercher ensemble les voies d'un rassemblement", relevant que le score son ex-compagne "ne lui permet pas d'être majoritaire".

Il a ensuite corrigé le tir, soulignant qu'il appartient "à la motion arrivée en tête" de "faire la démonstration qu'elle peut trouver une majorité".

"Il va falloir que le vote soit respecté", avait averti le matin la présidente de Poitou-Charentes. Les militants, a-t-elle redit le soir, n'"accepteraient pas" une recomposition ne marquant pas sa suprématie.

Si son résultat lui donne "une légitimité", elle ne fait pas pour l'instant "acte de candidature" pour diriger le PS. Ce n'est pas "un préalable", a-t-elle souligné.

Le premier secrétaire sera élu par les militants le 20 novembre, après le congrès.

M. Delanoë a pour sa part amorcé une mise en retrait de sa candidature. "Je ne veux pas être un problème", a-t-il dit. Il a toutefois écarté la possibilité de rejoindre un bloc qui s'accommoderait d'une alliance avec un parti "qui ne s'assumerait pas clairement de gauche", sous-entendu le MoDem.

Refus partagé par Mme Aubry, dont un proche, François Lamy, a affirmé qu'il appartenait à Ségolène Royal de faire "des propositions claires".

Estimant que ses idées "ont pollénisé le débat" interne, Benoît Hamon a déclaré à l'AFP qu'il allait "prendre des initiatives".

Deux de ses soutiens, le sénateur Jean-Luc Mélenchon et le député Marc Dolez ont claqué la porte du parti, récusant par avance les "arrangements au congrès de Reims", qualifié d'"immense complot à ciel ouvert".

(Dépêche de l'Agence France Presse, 7 novembre 2008, 20h37)


Assurément, on ne se plaindra pas du départ du sénateur Mélenchon, plus insupportable que jamais. Mais on sait que le député Henri Emmanuelli  - qui, comme Mélenchon, soutenait la motion C de Benoît Hamon - n'a pas tardé à déclarer publiquement, aujourd'hui, avec la malignité qu'on lui connait, qu'il fallait à tout prix que Delanoë, Aubry et Hamon s'unissent pour prendre le contrôle du parti en excluant Ségolène Royal de la direction du PS. Quant à l'ancien Premier ministre Lionel Jospin, qui a prétendu en 2002 se retirer de la vie politique mais qui n'en finit pas de vouloir rester influent au PS, et qui a soutenu la motion A de Delanoë, il a certainement dû s'étrangler de rage en apprenant le succès de la motion E, défendue par Ségolène Royal, qu'il déteste. Jospin ne va sans doute pas manquer à présent de faire tout ce qu'il peut pour nuire à l'ancienne candidate socialiste à l'élection présidentielle de 2007, qu'il a violemment critiqué après la défaite face à Sarkozy, alors que lui-même n'a même pas été fichu d'assumer l'incrédibilité de sa propre campagne présidentielle de 2002. Et ne parlons même pas des strauss-kahniens et des fabiusiens, qui sont également autant d'adversaires pour Ségolène Royal...
Un tel acharnement de la part de tous ces pauvres politiciens socialistes à vouloir à tout prix la perte de Ségolène Royal est évidemment extrêmement agaçant, mais, cela dit, tout cela n'est pas étonnant : en mars dernier, lorsque j'ai quitté (sans regret !) le MoDem pour le Parti Socialiste, je savais très bien que je sortais d'une secte pour me retrouver dans un panier de crabes, et, d'ailleurs, j'assume le fait d'avoir choisi de devenir adhérent d'un parti comme le PS, aussi tiraillé par de perpétuelles luttes internes, car je m'y sens, de toute façon, bien plus à ma place que dans n'importe quel autre parti.  Car, en vérité, sur ce sujet, les choses sont finalement assez simples. En raison de mon opposition résolue à Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, et parce que je ne nie pas le clivage gauche/droite en me situant personnellement à gauche, ce que je veux, clairement, c'est une victoire de la gauche aux élections présidentielle et législatives de 2012. La seule gauche capable de gagner ses élections, et donc d'accéder au pouvoir, est la gauche de gouvernement. Or, dans ce contexte, le Parti Socialiste est incontournable. Sans un PS en état de marche, sans un PS doté d'un projet alternatif crédible, Nicolas Sarkozy restera au pouvoir pour 10 ans, quels que puissent être les fantasmes idiots et les ambitions illusoires de Besancenot, de Bayrou, ou des écolo-altermondialistes ! On peut critiquer le PS tant et plus, mais cela ne changera RIEN au fait que ce parti est indispensable pour assurer une vraie victoire à la gauche, ainsi qu'une vraie défaite à Sarkozy et à toute sa clique. Si Ségolène Royal et ses partisans peuvent permettre, au sein du PS, de faire en sorte que la gauche retrouve le chemin du succès, à l'échelle nationale et européenne, il n'y a pas à s'y opposer, mais au contraire à y adhérer, car bientôt, il sera trop tard. Par tous les dieux de l'Olympe, que chacun prenne donc ses responsabilités !

Cordialement,

Hyarion.


(Illustrations : Rayon de soleil sur une forêt en Bulgarie, photographie de l'Agence France Presse publiée le 2 novembre 2008, ©AFP ; La présidente de la région Poitou-Charentes Ségolène Royal, le 6 novembre 2008 à Melle, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Alain Jocard ; Résultats provisoires du vote des militants socialistes sur les motions du congrès PS de Reims, 7 novembre 2008, ©AFP/Infographie ; La présidente socialiste de la région Poitou-Charentes, Ségolène Royal, parlant avec des militants après avoir voté le 06 novembre 2008 à Melle, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Alain Jocard ; François Hollande le 21 octobre 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Alix Guigon ; L'ancien Premier ministre français Lionel Jospin à La Rochelle le 29 août 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©Pierre Andrieu/AFP/Archives)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 2 (2008-2009)
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Mercredi 5 novembre 2008 3 05 11 2008 20:05
Hier, mardi 4 novembre, a eu lieu la 56e élection présidentielle des Etats-Unis d'Amérique. A l'issue de cet interminable grand concours ultra-médiatique, quasi-hollywoodien, où, pour gagner, il vaut mieux séduire par son image que convaincre par ses idées, c'est finalement Barack Obama, sénateur démocrate de l'Illinois, qui a gagné... Premier candidat métis (fils d'un noir africain né au Kenya et d'une blanche américaine née au Kansas) à accéder à la plus haute charge de l'Etat fédéral américain, Obama sera donc le prochain président des Etats-Unis d'Amérique, le 44e, élu pour quatre ans. S'agit-il d'une élection historique ? Oui, assurément. S'agit-il d'une révolution en soi ? A mon avis, non. Mais puisque la majorité du peuple est plongée dans l'allégresse et que les médias sont contents, tous parlant d'une "campagne exaltante" et d'un résultat final "extraordinaire", à la limite du "miracle", je suppose qu'il est inutile d'essayer de tout faire pour relativiser les choses : on ne peut pas arrêter la mer avec ses mains... Cela dit, que l'on ne s'y trompe pas : dans ce genre d'élection, la victoire était destinée au meilleur fabricant de rêves pour électeurs, et c'est bien ce qui est arrivé... ni plus, ni moins.


Depuis plusieurs jours, compte tenu de l'évolution assez régulière des sondages d'opinion nationaux en faveur du candidat démocrate, la victoire finale de Barack Obama dans la course à La Maison Blanche était attendue, même si les sondages, bien entendu, valent ce qu'ils valent, aux Etats-Unis comme ailleurs. Certains ont cru qu'un éventuel atavisme raciste chez une partie de l'électorat américain allait peut-être produire un "effet Bradley", du nom de Tom Bradley, l'ancien maire noir de Los Angeles qui perdit à la surprise générale l'élection au poste de gouverneur de Californie en 1982 en raison de la couleur de sa peau. Finalement, il n'en a rien été. Comme quoi, les mentalités ont changé : ce fait est peut-être en partie le produit d'un conditionnement sociétal, comme en témoignent, par exemple, certains films de cinéma et certaines séries télévisées diffusés aux Etats-Unis depuis une dizaine d'années... Un autre facteur, plus important, aurait pu tempérer les pronostics des sondages : la complexité du mode de scrutin américain. En effet, pour ceux qui l'ignorerait, rappelons qu'aux Etats-Unis, l'élection présidentielle se joue moins au niveau national que dans chacun des 50 Etats, un candidat pouvant gagner le vote populaire et perdre la Maison Blanche parce que son adversaire, en gagnant, même de justesse, dans une poignée d'Etats clefs, a pu faire la différence en remportant tous les grands électeurs de ces Etats : c'est ainsi que le démocrate Al Gore a perdu l'élection présidentielle de 2000 face à George W. Bush, bien qu'il ait rassemblé plus de suffrages que son adversaire républicain. Il y a au total 538 grands électeurs et il en faut au moins 270 pour être élu président. Comme on a pu le constater, avec plus de 340 grands électeurs dont le soutien lui est aujourd'hui acquis, Barack Obama (qui a, par ailleurs, remporté 52% des voix au niveau national contre 46% pour son adversaire républicain John McCain) a finalement largement obtenu le nombre suffisant de grands électeurs pour être assuré d'être le prochain président de la République des Etats-Unis d'Amérique.


Victoire écrasante de Barack Obama, premier président noir des Etats-Unis


Le démocrate Barack Obama a remporté mardi une victoire historique et écrasante sur son adversaire républicain John McCain, devenant, à seulement 47 ans, le premier Noir élu président des Etats-Unis.


 "Il a fallu longtemps. Mais ce soir, grâce à ce que nous avons fait aujourd'hui et pendant cette élection, en ce moment historique, le changement est arrivé en Amérique", a affirmé M. Obama, à l'occasion de son premier discours de président élu, devant une foule oscillant entre joie et émotion, dans l'immense jardin public Grant Park, cerné de gratte-ciels illuminés au bord du lac Michigan à Chicago.

"Si jamais quelqu'un doute encore que l'Amérique est un endroit où tout est possible, qui se demande si le rêve de nos pères fondateurs est toujours vivant, qui doute encore du pouvoir de notre démocratie, ce soir est la réponse", a-t-il fait valoir.

 "C'est votre victoire", a-t-il assuré à ses partisans. Il a salué son adversaire républicain John McCain qui "a enduré des sacrifices pour l'Amérique que la plupart d'entre nous ne peuvent même pas commencer à imaginer". "Je le félicite" pour sa campagne, a-t-il dit. M. Obama a également rendu hommage à sa femme Michelle et à ses deux filles, Malia et Sasha, 10 et 7 ans, qui l'accompagnaient à la tribune. Après son discours il a été rejoint par son colistier Joe Biden et sa famille.

Dès l'annonce de la victoire d'Obama, des scènes de liesse ont éclaté dans plusieurs villes américaines. Les quelque 240.000 personnes rassemblées à Grant Park ont laissé éclater leur joie et leur émotion, brandissant des drapeaux américains et des pancartes frappées du slogan "Yes we can" (oui nous le pouvons), du sénateur de l'Illinois.

Le président George W. Bush a appelé celui qui doit lui succéder le 20 janvier pour le féliciter de sa victoire à l'issue d'une "superbe" soirée électorale, a indiqué la porte-parole de la Maison Blanche, Dana Perino. Des milliers de personnes se sont massées devant les grilles de la présidence, en scandant "Obama, Obama".


L'adversaire républicain de M. Obama, John McCain, a reconnu sa défaite, indiquant à ses partisans, rassemblés à Phoenix (Arizona, sud-ouest) qu'il avait félicité M. Obama. Des sifflets ont accueilli ces paroles. "Cet échec est le mien, pas le vôtre. J'aurais souhaité que le résultat soit différent", a dit le sénateur de l'Arizona, accompagné de sa femme Cindy et de sa colistière Sarah Palin. "C'est une élection historique", a-t-il poursuivi. "Je reconnais la signification particulière qu'elle a pour les Noirs américains, la fierté qui doit être la leur ce soir".

Le président élu va hériter d'une situation économique extrêmement difficile. Les Etats-Unis, et le monde dans leur sillage, traversent la plus grave crise financière depuis celle de 1929. Le pays est engagé dans deux guerres, en Irak et en Afghanistan.

M. Obama a promis de baisser les impôts pour 95% des salariés, d'engager une politique de grands travaux et de garantir une couverture santé pour tous. Sur le plan international, il a promis de retirer les soldats américains d'Irak "de façon responsable" dans un délai de 16 mois et de concentrer les efforts à la lutte contre Al-Qaïda et les talibans. Sa tâche pourrait être cependant facilitée par un Congrès qui demeure à majorité démocrate.


Les Américains étaient aussi appelés à renouveler un tiers du Sénat et la totalité de la Chambre des représentants et, selon des résultats partiels, les démocrates avaient ravi cinq sièges aux républicains au Sénat américain, ce qui leur permettrait d'avoir 56 sièges sur 100. Les démocrates ont également conforté leur majorité à la Chambre des représentants.

Les Américains se sont massivement mobilisés pour choisir le successeur de l'impopulaire George W. Bush. Le taux de participation a atteint le chiffre record de 66%, du jamais vu depuis 1908.

Aussitôt après l'annonce de la victoire de M. Obama, les marchés d'Asie-Pacifique s'affichaient en forte hausse, portés par un sentiment d'optimisme. L'élection de M. Obama a été saluée à travers le monde, dans des messages où revenaient souvent les termes de "changement" et d'"espoir", les mots clés de la campagne du candidat démocrate.

Le président français Nicolas Sarkozy a déclaré que la "victoire brillante" de M. Obama soulevait "un immense espoir", adressant dans une lettre au président élu américain ses "félicitations les plus chaleureuses".

Le chef de la diplomatie irakienne, Hoshyar Zebari, a réagi avec réserve. "Nous respectons le choix des Américains", a-t-il déclaré à l'AFP. "Nous ne pensons pas qu'il y aura un brusque changement politique, et il n'y aura pas un désengagement rapide américain d'Irak, car une affaire importante se joue ici", a-t-il dit.

En Afghanistan, le président Hamid Karzai a estimé que l'élection de M. Obama avait "fait entrer le peuple américain, et avec lui le reste du monde, dans une ère nouvelle".

Au Kenya, pays dont le père du président élu américain était originaire, le président Mwai Kibaki a décrété jeudi journée fériée "afin de permettre aux Kényans de célébrer l'exploit historique" de Barack Obama.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 5 novembre 2008, 9h59)

Une question, non abordée par les médias de masse, se pose à présent...


Que s'est-il passé en ce qui concerne la candidature, fort originale, de Cthulhu à la Maison Blanche ? Eh bien, cette candidature de la légendaire et terrifiante créature fictive crée par l'écrivain H. P. Lovecraft (candidature dont j'avais déjà parlé dans un précédent article, en octobre dernier) s'est finalement lamentablement crashée, quelque part au milieu de nulle part (peut-être à R'lyeh, dans le Sud de l'océan Pacifique)... La propagande en faveur de Cthulhu n'a pourtant pas fait défaut sur Internet, notamment sur des sites tels que http://www.cthulhu.org/, http://meatees.myshopify.com/ (The Elder Party.com) et http://www.cthulhu.com/. Mais la victoire n'a cependant pas été au rendez-vous. Cela dit, cette candidature à la présidence des Etats-Unis n'était pas la première, et ne sera sans doute pas la dernière... Qui sait, en tout cas, si Cthulhu n'aurait pas réussi à s'emparer de la Maison Blanche s'il avait choisi Jacques Chirac comme colistier, ainsi que je l'avais suggéré ? Toujours est-il qu'il est bien dommage que le système électoral américain, et le bipartisme qui va avec, ait, une fois de plus, eu raison d'une candidature atypique comme celle de Cthulhu, candidat pourtant issu de la diversité... ;o)


Ainsi que j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire, j'aurai préféré que ce soit Hillary Rodham Clinton, sénatrice de New York, qui soit la candidate du Parti démocrate à l'élection présidentielle des Etats-Unis. Mais ne soyons pas mesquins cependant : comme je l'ai toujours dit, un président démocrate (quel qu'il soit) à La Maison Blanche, à partir de janvier prochain, vaut forcément mieux qu'un président républicain à la même place, surtout après les deux mandats calamiteux de George W. ("Dobeliou") Bush, "l'improbable président", pour reprendre le sous-titre du film W. du cinéaste Oliver Stone, film consacré justement au personnage et sorti dans les salles de cinéma françaises le 29 octobre dernier... De fait, je reconnais que la victoire du camp démocrate à l'issue de cette élection présidentielle est, de mon point de vue, tout de même, une bonne chose en soi. Cela dit, on peut quand même s'étonner du fait que les électeurs américains (ou états-uniens, comme il vous plaira) aient eu envie de sanctionner l'administration républicaine de Bush seulement maintenant : c'est en 2004, lors de la précédente élection présidentielle qu'il aurait fallu le faire. Aujourd'hui, c'est un peu tard, car les dégâts du gouvernement républicain sortant sont à présent immenses, au bout de huit ans de pouvoir... mais mieux vaut tard que jamais. Il était grand temps que la page W. Bush se tourne : ce sera enfin chose faite au début de l'année prochaine.


Le grand perdant de cette élection, c'est évidemment le candidat républicain John McCain, sénateur de l'Arizona. Ce dernier n'aura pourtant pas ménagé sa peine pour mener sa campagne électorale de la façon la plus énergique possible... Mais au-delà de son programme, au-delà des grosses maladresses que sa colistière Sarah Palin a accumulé pendant la campagne (maladresses largement relayées dans les médias), McCain a payé cher le mécontentement général des électeurs à l'égard de W. Bush, président républicain sortant, dont McCain n'a pourtant jamais été proche, loin s'en faut, même au sein du parti républicain. Barack Obama a eu beau jeu de marteler sans cesse, quasiment comme seul argument électoral, que McCain était du même camp que Bush, et que si le candidat républicain était élu à La Maison Blanche, il continuerait la politique de son prédécesseur, politique que la majorité de la population désapprouve aujourd'hui. Compte tenu du contexte général qui lui était plutôt défavorable, compte tenu du fait qu'il ne se reconnaissait pas, en tant que républicain modéré, dans une bonne partie de l'électorat républicain (celle comprenant notamment les créationistes et les chrétiens protestants ultra-religieux en général), on peut dire que John McCain s'est plutôt bien battu. Jusqu'au dernier moment, McCain a parcouru le territoire des Etats-Unis pour tenter de convaincre les électeurs, notamment dans les fameux Etats clefs susceptibles de lui permettre de gagner. On a ainsi pu le voir, par exemple, le 31 octobre dernier, dans l'Etat stratégique de l'Ohio, où le gouverneur républicain de Californie, Arnold Schwarzenegger, est venu le soutenir, lors d'une réunion publique, en prononçant un discours inimitable, comme en témoigne une dépêche de l'AFP publiée lundi dernier :

Schwarzenegger trouve qu'Obama et son programme ne sont pas assez musclés


Le gouverneur républicain de Californie et ancien acteur body-buildé Arnold Schwarzenegger a conseillé vendredi [31 octobre] à Barack Obama de muscler sa politique et de prendre lui-même du muscle, lors d'un meeting de soutien à John McCain dans l'Ohio (nord).


M. Schwarzenegger a fait les délices d'une foule de plusieurs milliers de personnes venue encourager le candidat républicain à la Maison Blanche en tournant en ridicule à la fois le programme et le physique du candidat démocrate.

L'ancien acteur d'origine autrichienne, qui organise chaque année un tournoi de body-building à Columbus, dans l'Ohio, a commencé son discours en invitant M. Obama à s'y présenter. "Je veux inviter le sénateur Obama, parce qu'il doit faire quelque chose pour ses jambes maigrichonnes. Je lui ferai faire quelques flexions", a-t-il dit.

"Et ensuite, nous lui ferons faire quelques exercices pour ses biceps, pour muscler ses petits bras décharnés. Et il pourrait aussi mettre un peu de chair autour de ses idées", a-t-il poursuivi.

John McCain, au contraire, "est bâti comme un roc. Son caractère et ses idées sont solides", a ajouté M. Schwarzenegger, qui a reçu plus d'applaudissements et de cris d'enthousiasme de la foule que le candidat qu'il était venu soutenir.

M. McCain doit absolument l'emporter dans l'Ohio, où les sondages donnent quelques points d'avance à son adversaire, s'il veut gagner la présidentielle du 4 novembre.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 3 novembre 2008, 7h28)


Incorrigible Schwarzenegger... Il a toujours le sens de la formule... ;-) Son discours  de soutien à McCain n'aura finalement pas servi à grand-chose, puisque l'Etat de l'Ohio fait finalement partie (avec notamment la Floride et la Pennsylvanie) des Etats clefs emportés par Barack Obama le jour de l'élection...  Sale temps pour les républicains, mais, entre nous, on ne s'en plaindra pas, même si le démocrate Obama hérite, de toute façon, d'un pays plongé dans une situation économique et sociale très difficile, et qu'il aura donc beaucoup de pain sur la planche...


Une partie de ma famille est franco-américaine et habite aux Etats-Unis d'Amérique, plus précisemment dans le Sud des Etats du Nevada et de la Californie. Aussi me suis-je naturellement intéressé aux résultats de l'élection dans ces deux Etats de l'Ouest, tous les deux ayant été finalement emportés par Obama, qui y a obtenu le soutien des grands électeurs (5 pour le Nevada et 55 pour la Californie). Lors des primaires du Parti démocrate, durant le premier semestre de l'année 2008, Hillary Clinton avait obtenu le plus grand nombre de voix dans la primaire du Nevada avec 50,77% des voix contre 45,12% à Barack Obama, et, plus tard, elle avait gagné la primaire de la Californie contre Obama, à l'occasion des élections du Super Tuesday du 5 février. Il semble que les voix démocrates, à l'origine majoritairement acquises par Hillary Clinton lors des primaires, se soient assez facilement reportées sur le candidat démocrate finalement désigné pour représenter le parti dans la course à la Maison Blanche, à savoir Barack Obama. Le ralliement de la sénatrice Hillary Clinton à la candidature d'Obama, ralliement officiellement annoncé le 7 juin dernier, le soutien loyal et sans ambiguïté qu'elle a apporté à son ancien adversaire des primaires démocrates par la suite, et ses appels faits à ses partisans de soutenir Obama avec elle, ne sont sans doute pas étrangers à ce bon report des voix démocrates dans les Etats où la sénatrice Clinton était arrivé en tête lors des primaires.


Du point de vue de l'élection présidentielle proprement dite, en ce qui concerne la Californie, point de surprise de toute façon : les Californiens sont, dans leur majorité, un électorat depuis longtemps fidèle au camp démocrate. Certes, Arnold Schwarzenegger, le gouverneur républicain de Californie, est toujours là, lui qui a réussi se faire réélire à son poste le 6 novembre 2006, alors que, le même jour, sur le plan national, le Parti républicain subissait pourtant une très grande défaite face au Parti démocrate, tant aux élections parlementaires nationales (visant à renouveler l'ensemble des sièges de la Chambre des représentants et un tiers du Sénat) qu'aux élections de gouverneurs alors organisées dans 36 Etats. Mais depuis sa réélection, Schwarzenegger connait une baisse de popularité assez importante dans son Etat, lequel doit cette année faire face à de grandes difficultés économiques et financières (la Californie souffre en 2008 d'un déficit budgétaire de plus de 15 milliards de dollars). De fait, Schwarzenegger a beau avoir annoncé son soutien au sénateur McCain dès le 31 janvier dernier (pendant les primaires républicaines), le poids de son soutien, aujourd'hui, pèse moins sur le plan politique, semble-t-il, même si l'ancien acteur de films d'action reste tout de même apprécié dans les milieux républicains modérés. Et puis, du reste, quand on sait que la propre épouse d'Arnold Schwarzenegger, Maria Shriver, qui est une nièce du défunt président démocrate John Fitzgerald Kennedy, a apporté son soutien à Barack Obama dès l'époque des primaires démocrates, on se dit qu'il était tout de même difficile d'envisager que le gouverneur de Californie soit d'un très grand secours à McCain pour gagner en Californie, Etat où la majorité des électeurs avaient déjà donné leurs suffrages au candidat démocrate John Kerry lors de l'élection présidentielle de 2004, alors que Schwarzenegger était déjà gouverneur de l'Etat et que le scrutin, sur le plan national, a finalement abouti à la réélection du républicain W. Bush... ;-)


En ce qui concerne le Nevada, Etat voisin de la Californie, il n'y a pas vraiment eu de surprise, car la victoire d'Obama dans cet Etat était annoncée comme possible, mais la victoire du candidat démocrate dans ledit Etat n'en est pas moins assez symbolique, quand on sait que le dernier candidat démocrate à avoir ainsi emporté le Nevada est Bill Clinton, lors de sa réélection à la Maison Blanche, en 1996. De fait, le Nevada est un Etat traditionnellement dominé politiquement par le Parti républicain, à l'exception notable de la région de Las Vegas, dans le Sud de l'Etat, qui, elle, est favorable au Parti démocrate (la ville de Las Vegas, proche de la Californie, est située à environ 430 km de Los Angeles) : ainsi, Jim Gibbons, le gouverneur républicain de l'Etat, a été élu en novembre 2006 en rapportant tous les comtés du Nevada à l'exception de celui de Clark, où se trouve Las Vegas et où son adversaire démocrate l'a devancé. Cette année, dans le cadre d'une élection cette fois-ci nationale, le candidat démocrate Barack Obama a remporté le vote populaire dans le Nevada, obtenant ainsi l'appui de tous les grands électeurs de cet Etat : ce n'était pas évident au départ, mais pas impossible non plus, puisque Clinton l'avait déjà réussi à le faire par le passé. En tout cas, maintenant c'est fait, et ce n'est pas une mauvaise chose. Dans cet Etat comme dans d'autres, notamment la Virginie et la Floride, Obama a probablement su gagner des voix bien au-delà de son camp... Ainsi soit-il.


Barack Obama s'est sans doute fort bien entouré pour gagner, et il a su, mieux que personne, fabriquer des rêves pour électeurs. Il a bénéficié du soutien loyal (à défaut d'être vraiment amical, tant la bataille des primaires démocrates a été dure) de la sénatrice Hillary Clinton et de l'époux de cette dernière, l'ancien président démocrate Bill Clinton (dont je persiste à garder un bon souvenir, quoi qu'en disent certains). Il a su incarner, au bon moment, aux yeux de millions d'électeurs, le renouveau du fameux "rêve américain". Il a su, habilement, transcender le clivage démocrate/républicain pour mieux incarner le "changement" tant espéré par tant de personnes. Très bien.


Mais j'aimerai que l'on garde tout de même à l'esprit ce qui se cache derrière la belle façade médiatique, derrière le décor hollywoodien et la musique spectaculaire qui va avec, derrière les belles images et les beaux discours d'union nationale. J'aimerai que l'on n'oublie pas comment les choses fonctionnent, comment elles ont toujours fonctionné aux Etats-Unis... On connait les travers quasi-ancestraux du système électoral sur lequel s'appuit la vie politique américaine, système figé depuis des décennies, dans un pays où les cas de fraudes électorales (parfois dignes de ceux que connaissait, par exemple, la France au XIXe siècle) sont nombreux. Mais de façon générale, au-delà de toutes les habituelles magouilles que l'on peut observer ici ou là, le principal fait à retenir est que les élections politiques aux Etats-Unis d'Amérique se déroulent toujours de la même façon : là-bas, c'est l'argent qui parle. Sans prétendre remonter au-delà de la décennie qui est encore actuellement la nôtre, celle des années 2000, on avait déjà pu constater ce fait, par exemple, au moment de la première élection, si particulière, du républicain Arnold Schwarzenegger au poste de gouverneur de Californie en 2003, mais il est clair aujourd'hui que l'élection du président des Etats-Unis de 2008 est encore plus exemplaire de ce point de vue que tous les autres grands scrutins politiques américains de ces dernières années : pour le dire de façon un peu crû, grâce à un gros tas de pognon, constitué de beaux dollars (600 millions !), accumulé avant et durant la campagne électorale, et pour partie venu d'on-ne-sait-où, Barack Obama a pu se payer un des plus formidables matraquages médiatiques, en faveur de sa candidature, que l'on ai pu voir depuis longtemps. Et cela s'est révélé payant. Le candidat démocrate ne pouvait espérer le concours d'une meilleure machine à gagner que celle dont il a bénéficié durant la campagne électorale. S'il a pu susciter de l'espoir chez des millions de gens, c'est que Barack Obama a en eu les moyens, quels que soient, par ailleurs, ses talents d'orateur et son habileté politique. Chacun le sait : en politique, l'argent est le nerf de la guerre, et pas seulement aux Etats-Unis bien entendu. Mais il n'y a qu'aux Etats-Unis d'Amérique, censée être la plus grande démocratie du monde, que l'on peut constater toute l'importance de ce nerf, tout le caractère décisif que l'argent a dans une campagne électorale, qui plus est lorsque cette campagne se déroule dans une fédération de 50 Etats s'étendant sur plus de 9 millions de km2 et peuplée de quelques 300 millions d'habitants. Là-bas, c'est l'argent qui parle : point de compréhension possible de la vie politique américaine sans tenir compte de ce fait. Le reste, au fond, n'est que littérature, même si l'idéologie, l'histoire du pays, les "mythes fondateurs", le "rêve américain", et bien entendu la religion, ont leur importance...



De fait, bien entendu, je pourrai me joindre au choeur médiatique qui, en ce moment, célèbre le lien historique entre la victoire d'Obama et la gigantesque marche pour les droits civiques menée il y a plus de quarante ans par le pasteur baptiste noir Martin Luther King jusqu'à Washington, en 1963. Je pourrai vous parler du parallèle, martelé par les médias de masse, entre le célèbre discours contre la ségrégation raciale de Martin Luther King, commençant par la célèbre formule "I have a dream" (discours prononcé le 28 août 1963 et dont j'ai d'ailleurs un exemplaire imprimé chez moi), et l'arrivée prochaine de Barack Obama à la Maison Blanche, considérée par beaucoup de personnes aux Etats-Unis comme l'aboutissement du fameux "rêve américain". Je pourrai, ainsi, jouer les historiens du dimanche et me joindre à la liesse générale de tous les bien-pensants de l'Occident... mais je n'en ai pas envie, car tout le cirque politico-médiatique autour du résultat de l'élection présidentielle américaine de cette année ne suscite chez moi guère autre chose que de la perplexité, compte tenu notamment de la qualité tout de même peu élevée de la campagne électorale (mais pouvait-il en être autrement ?)... Du reste, il est beaucoup trop tôt, même pour les historiens du temps présent, pour tirer des conclusions définitivement enthousiastes sur ce qui vient de ce passer...


Dans la nuit du 21 au 22 octobre derniers, le cinéaste américain Oliver Stone, que j'ai déjà évoqué plus haut, a déclaré, à la télévision française (il était alors l'invité d'une émission culturelle nocturne sur France 3 - "Ce soir ou jamais" -, aux côtés du réalisateur de documentaires William Karel et de l'historien Philippe Roger), qu'à son avis, Barack Obama, s'il était élu, devrait agir très vite, s'il voulait vraiment apporter le changement. Oliver Stone lui donne 100 jours, comme pour Franklin Delano Roosevelt en son temps, pour changer les choses de façon significatives, car au delà, Obama se retrouvera noyé dans le système, et toute réforme sérieuse deviendra impossible. Je partage ce point de vue : de façon générale, il ne faut surtout pas surestimer les marges de manoeuvre du prochain président des Etats-Unis d'Amérique, et la seule chose que l'on puisse éventuellement espérer c'est, en effet, que des changements significatifs surviennent peu de temps après l'arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche, au début de l'année prochaine, le nouveau président des Etats-Unis devant prêter serment le 20 janvier 2009. Aussi, nous verrons bien comment les choses tourneront, mais ce qui est certain, c'est que Obama n'est évidemment pas le Messie, contrairement à ce que semblent penser certains de ses partisans. En vérité, d'une manière ou d'une autre, Obama fera forcément des déçus, car, dans ce monde pourri, on ne peut pas ne pas décevoir après avoir suscité autant de rêves dans la tête d'autant de personnes... So wait and see...

Cordialement, :-)

Hyarion.

(Illustrations : La Maison Blanche à Washington, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Karen Bleier ; Courbe d'évolution des sondages nationaux aux Etats-Unis sur les intentions de vote pour les candidats à l'élection présidentielle Barack Obama et John McCain, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Infographie ; Barack Obama s'adresse à ses partisans le 4 novembre 2008 à Chicago, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Stan Honda ; Résultats par Etat en nombre de Grands électeurs pour chacun des deux candidats Barack Obama et John McCain [totalisation des résultats de l'élection présidentielle américaine à partir des estimations diffusées par les télévisions], 5 novembre 2008, ©AFP ; Le Capitole à Washington, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Saul Loeb ; Bannière fantaisiste "Cthulhu for President 2008" du site Internet http://www.cthulhu.com/ ; "CTHULHU FOR PRESIDENT", placard fantaisiste circulant sur Internet, 2008 ; Le président George W. Bush exprime son soutien au candidat républicain à la Maison Blanche John McCain via une liaison vidéo par satellite avec la convention républicaine de St Paul [Minnesota], photographie de l'Agence France Presse publiée le 2 septembre 2008, ©AFP ; Le gouverneur républicain de Californie Arnold Schwarzenegger et le candidat républicain John McCain [à droite] lors d'un meeting républicain à Colombus, dans l'Ohio (centre-est), le 31 octobre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Getty/Chip Somodevilla ; Le candidat républicain John McCain [à gauche] et le gouverneur républicain de Californie Arnold Schwarzenegger, à Colombus, Ohio (centre-est), le 31 octobre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Robyn Beck ; Hillary Clinton et Barack Obama le 20 octobre 2008 à Orlando en Floride, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Getty Images/Joe Raedle ; Panneau d'entrée à Las Vegas, dans le Nevada, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Gabriel Bouys ; Barack Obama et Bill Clinton le 29 octobre 2008 à Kissimmee en Floride, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Emmanuel Dunand ; Des billets de 100 dollars américains, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Bay Ismoyo ; Martin Luther King le 28 août 1963 à Washington, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives ; Barack Obama, le 20 octobre 2008 à Chicago, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Getty Images/Joe Raedle)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 2 (2008-2009)
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Lundi 3 novembre 2008 1 03 11 2008 13:43
Le 75e Congrès du Parti Socialiste français, on le sait, aura lieu à Reims les 14, 15 et 16 novembre prochains. Son issue semble s'annoncer, pour le moment, comme étant au mieux des plus incertaines, au pire des plus catastrophiques. A part cela, en tant qu'adhérent du PS, j'avoue ne pas avoir, a priori, grand-chose de plus à dire sur la question... Essayons néanmoins d'aller ici à l'essentiel...
Depuis le 23 septembre dernier, les socialistes sont entrés de plein pied dans la bataille du Congrès de Reims, d'où doit sortir une nouvelle direction à la tête du parti et une nouvelle orientation pour ce dernier. Plusieurs camps s'affrontent, avec six textes d'orientation (ou motions) sur la table, mais aucun de ces camps n'a réussi à former d'emblée une coalition majoritaire, contrairement aux congrès précédents. La compétition est donc très ouverte, pour le meilleur et pour le pire. Alors que le débat sur les motions d'orientations arrive bientôt à son terme, puisque les adhérents du PS devront, le 6 novembre prochain, se rendre dans leurs sections pour voter en faveur de la motion de leur choix, je souhaiterai revenir un peu sur l'étape qui a précédé celle desdites motions, à savoir celle des contributions générales. Le 2 juillet dernier, en effet, 21 contributions générales ont été déposées lors d'un Conseil national du PS destiné à enregistrer ces textes, écrits et défendus par des responsables socialistes en vue du Congrès de Reims, et censés constituer les premiers éléments de débat au sein du parti, fournissant en fait un tour d'horizon des proximités de programmes et de personnes, dans la perspective de la formation de rassemblements susceptibles de se réaliser, par la suite, autour de futures motions soumises au vote des adhérents en novembre. Parmi les nombreuses contributions générales ainsi déposées, et réunies dans un recueil imprimé envoyé à tous les adhérents du PS au début de l'été, il en est une qui m'a particulièrement intéressé : il s'agit de la contribution "Aux militants" de Gaëtan Gorce, cosignée avec Louis Gautier. Dans un précédent article, daté du 25 mars dernier, j'ai déjà eu l'occasion d'évoquer les très pertinentes réflexions de Gaëtan Gorce, député socialiste de la 2ème circonscription de la Nièvre. Aujourd'hui, je me permets de reproduire ici le texte de sa contribution, dont j'approuve, dans son ensemble, le contenu...

*******

« Aux militants

Cher(e) s camarades,

Le monde bouge ; notre société change : pourquoi pas la gauche ?
Là se trouve la clef de nos trois défaites consécutives à l'élection présidentielle !
Là se trouve la clef de notre difficulté à convaincre les Français !

Depuis trop longtemps, les querelles de personnes, les ambitions de présidentiables, ont supplanté la réflexion collective et le débat d'idées.
Depuis trop longtemps, le Parti est géré par cooptation à travers des arrangements conclus entre des chefs de courant et de grandes baronnies locales, au détriment de la clarté et du courage politique.

La façon dont se prépare ce Congrès ne peut que conforter nos craintes. Au lieu de provoquer un renouvellement rapide des équipes, comme des idées,  la direction a choisi, comme toujours, de temporiser. Or, les mêmes méthodes ne pourront produire que les mêmes résultats !

Pourtant, les Français attendent de nous un changement radical qui nous permette de retrouver un élan et d'offrir une alternative. Pour cela, il nous faut sortir de la confusion. C'est ce à quoi nous vous proposons de travailler. Nous ne sommes soutenus par aucune grande fédération ; aucune liste de signataires médiatiques. Nous ne voulons compter que sur notre force de conviction. Nous ne voulons compter que sur votre appui, parce que nous savons qu'au fond de vous-même, vous en avez assez de cette situation qui réduit chaque militant, au mieux, au rôle de supporter, au pire, à celui de spectateur.

Cette contribution vous appelle à vous mobiliser, pour porter, par le vote militant, les changements dont la gauche a besoin !

D'abord, nous doter d'un véritable leadership

Rien ne sera possible sans une transformation radicale des modes de fonctionnement de notre parti. C'est à une rupture avec le système en place, ceux qui l'incarnent et la manière dont ils le dirigent qu'il faut procéder. Le parti ne travaille plus, ne pense plus. Il ne faut pas s'étonner qu'il ne gagne plus. La raison en est simple : le pouvoir au parti socialiste ne se renouvelle plus et l'esprit collectif s'est perdu.
 
Notre parti, qui rêve d'une VIe  République, a succombé depuis longtemps aux délices de la IVe. Et si la direction reste stable, c'est au prix d'une totale inertie et d'une composition pléthorique. Ses structures, pourtant, sont encore solides : un réseau militant qui couvre tout le territoire et que l'espoir peut rassembler comme l'a montré le succès de la campagne des nouvelles adhésions en 2006 ; un nombre considérable d'élus locaux dotés d'une légitimité et d'une expertise incontestables ; une position électorale, stratégique, centrale, forte, décisive, que les échecs répétés aux élections nationales n'ont en réalité pas entamé.

Il existe donc un potentiel ! Encore faut-il le valoriser, le renforcer, l'élargir. L'enjeu est clair. C'est la reconquête et la mobilisation de ses milliers de militants, ses centaines de milliers d’électeurs en provenance du PS mais aussi du reste de la gauche et pour partie du centre, aujourd'hui en déshérence. C'est d'eux que viendra la régénération de notre parti.

L'organisation à construire devra donc être avant et par-dessus tout attractive et démocratique, c'est-à-dire le contraire d'un appareil coopté malthusien. La formule des adhérents à 20 euros a ouvert la voie : l'adhésion peut et doit prendre plusieurs formes comme la citoyenneté moderne qui en est le fondement. A motivation différente, réponse adaptée. Une telle évolution devra s'accompagner de la création de sections thématiques, en plus des sections territoriales, pour permettre, à celles et ceux qui le souhaitent, d'apporter leur compétence, leur expérience et leur contribution à l'approfondissement de la réflexion collective. Une telle démarche supposera aussi une véritable formation de nos cadres dont un réseau devra pouvoir organiser, animer les réunions. Se dessinera alors un parti moderne, citoyen, bouillonnant à la base, offrant à ses membres une vraie capacité de mobilisation et d’expression.

Cette modernisation devra s'accompagner, comme un pendant naturel, d'une vraie démocratisation, c'est-à-dire de la mise en place de mécanismes de vote individuel, garantissant la primauté des choix des membres sur ceux des dirigeants. A la méthode surannée des motions, supposée couvrir tous les sujets, devra succéder un vote par thème, garant de la clarté des orientations politiques et de l'adhésion des membres. D'où l'idée de transformer l'Université de La Rochelle, en conférence nationale annuelle, lieu de travail et de débat, où le poids des adhérents serait garanti par un principe simple : un représentant élu par section constituerait cette assemblée appelée à se prononcer  sur la position que prendra le parti sur l'ensemble des dossiers d'actualité ou à venir. Cette démocratie semi-directe sera la meilleure manière de garantir la participation de tous et la sincérité des votes, tout en dépassant l'influence et la captation de pouvoir par les anciens courants et leurs dirigeants. Pour que le parti légal corresponde, enfin, au parti réel.

Cette rénovation, seul un leadership fort permettra de l'enclencher ; il est vain d'attendre des écuries qu'elles se réforment d'elles-mêmes. Il faut changer de logique et se doter d'un Premier secrétaire élu avant le congrès pour que sa légitimité ne doive rien aux courants, et tout aux militants qui l'auront choisi sur un contrat clair de rénovation. Mandat qu'il devra remettre à la disposition des militants après chaque élection nationale, afin de ne plus transiger avec le principe de responsabilité. En bref, le contraire de ce qui nous est aujourd'hui proposé.

Enfin, cette dynamique nouvelle devra se traduire, dès le congrès passé, par le lancement d'Assises de l'Alternative, destinées non à des états-majors à bout de souffle, mais à toutes celles et tous ceux qui, militants politiques, associatifs ou syndicaux, ou simples citoyens, veulent contribuer à rénover et à réorganiser la gauche. L'extrême gauche, ou le centre, ne peuvent constituer une menace que si le Parti socialiste renonce, par ses divisions, sa frilosité, à assumer, par un projet dynamique et une organisation novatrice, ses responsabilités.

Les solutions que nous préconisons supposent une rupture. Rupture avec les habitudes d'un parti ankylosé par ses courants, rupture par conséquent avec une règle, la proportionnelle qui ne sert plus que de prétexte à la préservations d'intérêts acquis. Cela ne signifie pas la disparition des sensibilités. Dotées d'un véritable statut, représentées dans les commissions nationales, elles contribueraient au contraire à nourrir notre réflexion. Mais leur rôle ne devra plus être étendu à la sélection des candidats, à la direction ou aux fonctions électives qui devront répondre au contraire à des critères politiques partagés : promouvoir les femmes, la diversité, en somme, le renouvellement indispensable à la vitalité d'une grande organisation.

Ensuite, dire la vérité pour agir en sincérité

Changeons le parti : mais aussi notre manière de faire de la politique !
À la démagogie sarkozyste, la gauche doit opposer un discours du bien commun et de l'intérêt général. Nos concitoyens sont plongés dans un profond désarroi. La défiance civique est à son comble et explique, pour une large part, l'inquiétude que suscite toute perspective de changement économique et social, pourtant rendu indispensable par la situation dans laquelle se trouve le pays.

Notre premier devoir est de rétablir la confiance des Français dans l'action politique.
Le déficit de nos comptes publics et d'abord sociaux jette un doute sur l'avenir de notre système de solidarité. Le poids de notre endettement laisse craindre aux plus modestes d'être les premières victimes des ajustements à venir. Face aux décisions à prendre, le PS a depuis des années choisi de ne pas choisir. Cette frilosité est devenue insupportable. La gauche doit au contraire se fixer pour priorité de dire la vérité et d'agir en sincérité. Elle y gagnera sa crédibilité.

Nos concitoyens sont suffisamment au fait des réalités et des difficultés du pays pour ne plus prendre pour argent comptant les promesses trop faciles ou plutôt, pour faire la part de ce qui relève de la surenchère électorale et du vrai courage politique. Prisonnière de ses clientèles, la droite s'en est éloignée. Libérée de la foi dans le rôle messianique de la classe ouvrière, la gauche est ainsi seule à même de retrouver la logique de l'intérêt général. Entre des nécessités contradictoires mais toutes aussi légitimes (comment assurer à la fois l'avenir des retraites, un niveau convenable de pension et la limitation des prélèvements publics qui pénalisent le pouvoir d'achat ; comment concilier  l'enjeu d'une croissance plus dynamique et celui d'un développement durable ; comment arbitrer entre les besoins du court et du long terme), il n'existe plus aujourd’hui de solutions toutes faites. Ce ne sont ni les préjugés idéologiques, ni une vision binaire de la société qui devront nous guider, mais le sens de l'intérêt général par opposition à toutes les formes de lobbying, de corporatisme ou de démagogie.

C'est enfin le moyen de revivifier notre démocratie. Dans une société moderne l'émergence de l'intérêt commun ne pourra être que le résultat d'un débat organisé à multiples facettes, articulant les dimensions de la démocratie sociale, de l'intervention citoyenne et de la délibération parlementaire. Il doit être une construction, pas un principe, ni une affirmation. Conçu comme le produit d'un processus dans lequel doivent pouvoir intervenir toutes les forces concernées et les arguments recevables, au terme duquel le politique, en transparence et en sincérité, assume la responsabilité de la décision, l'intérêt général n'a plus grand-chose à voir avec la vieille formule légitimant l'intervention de la puissance publique inventée au début de la République. Il ne se confond plus avec la prérogative de l'État et se veut au contraire l'expression de la volonté collective d'une société riche de sa diversité et de ses questionnements. Il prend acte de la complexité des enjeux qu'il intègre ; il refuse de céder à la dictature du marché comme de l'actualité ; il vise à exprimer simplement la vérité d'une démocratie moderne.

En somme, c'est à une approche mendésiste que nous en appelons, fondée sur la pédagogie, le réalisme, le respect des citoyens et l'attachement aux valeurs morales qui sont au cœur de l'engagement politique.

Enfin, changer de visions

La gauche en arrive aujourd'hui à une nouvelle étape de son histoire. D'abord républicaine, tout au long du XIXe  siècle, puis radicale et enfin socialiste, elle entre désormais dans une nouvelle ère qui suppose, comme à chaque étape, le dépassement de son identité précédente.

À chaque mutation du capitalisme, elle a su apporter une réponse appropriée à l'exigence de démocratie et de justice sociale. Au socialisme économique du XIXe siècle a succédé la sociale démocratie, que ses différentes tentatives de réformes, à travers notamment la 3ème voie, n'ont pas réussi à préserver d'un incontestable essoufflement. C'est par conséquent une voie nouvelle qu'il faut aujourd'hui inventer.

Pour y parvenir, il nous faudra d'abord changer notre vision de la mondialisation.
Celle-ci reste trop souvent perçue comme une défaite symbolique. Elle constitue en réalité un formidable défi : la redistribution des cartes qui s'opère à l'échelle mondiale nous oblige à nous poser la question de la place que notre pays occupera demain. Or, la France n'est plus qu'au 12ème rang du revenu par tête de l'Union européenne. La part de ses exportations dans le commerce mondial ne cesse de régresser. Ses universités n'apparaissent plus dans le top 50 de l'intelligence mondiale. Il ne s'agit pas là d'entonner le refrain du déclin, mais de prendre conscience de la réalité. Nous ne pourrons atteindre aucun de nos objectifs de solidarité et de justice à l'intérieur, d'influence, de paix et de régulation des marchés à l'extérieur, si nous ne pesons plus d'un poids suffisant dans le rapport des forces mondiales.

C'est cette ambition que la gauche doit assumer. Sa réponse aux changements du monde ne peut être ni la résignation, ni le repli nationaliste mais la construction d'un projet offensif qui mette au coeur l'innovation, le changement,  le projet européen et l'ouverture sur le monde. Internationalistes hier, nous devons être mondialistes aujourd'hui, ce qui implique aussi de reconnaître que l'État-Nation, aujourd’hui encore seul cadre d'expression démocratique et seul garant du contrat social, a un rôle majeur à jouer en interne, c'est une évidence, mais aussi sur la scène internationale face aux violences et aux dérégulations.

C'est dans ce contexte que nous devons aussi changer notre vision de l'Europe. La construction européenne est à la fois en panne et en crise. On ne peut sortir de cette impasse en tournant le dos aux sentiments du citoyen-électeur, qui exprime sa réticence à l'égard des orientations prises par l'Union.
Les dirigeants politiques de l'Europe sont en grande partie responsables de cette désaffection. Ils n'ont pas su accompagner par des efforts d'explication et d'encadrement l'impact des derniers élargissements, quand ils ne se sont pas défaussés de leurs responsabilités sur le dos de la technocratie bruxelloise. On ne pourra relancer l'Europe en s'obstinant sur la seule réforme des institutions, au demeurant peu intelligible et secondaire pour les électeurs, ni en minant par des conflits récurrents, notamment franco-allemand, le coeur de la construction européenne. Il faut relancer l'Europe par des projets politiques, sur l'immigration, la politique agricole, l'énergie, la défense. En privilégiant des solutions de coopération, limitées si nécessaire aux seuls États volontaires, non dans une logique de noyau dur, mais de groupes pionniers permettant une intégration politique plus forte des États qui le souhaitent.
L'Europe a un rôle central à jouer dans la garantie de la sécurité internationale. À cet égard, le PS a manqué le rendez-vous de la sécurité intérieure dans les années 1990, il ne peut rater celui de la sécurité internationale quand les enjeux s'interpénètrent aujourd'hui. Cela veut dire qu'il doit mettre au premier plan son engagement au sein du PSE [Parti Socialiste Européen], promesse toujours renouvelée et jamais concrétisée !

Il nous faut enfin changer notre vision de la société et cesser de voir dans la montée de l'individualisme, l'adversaire de la solidarité. La gauche ne doit être prisonnière d'aucun système, ni d'aucune institution, mais garder toujours comme priorité le respect de l'individu et la justice sociale. Cette demande n'a jamais été aussi forte. Elle ne peut être satisfaite par la seule augmentation de l'impôt et de la dépense publique. Elle appelle au contraire une vraie réforme de l'État, de notre service public et de notre système de protection sociale pour garantir leur efficacité, c'est-à-dire que les objectifs d'égalité des chances de redistribution et de solidarité qui leur sont fixés constituent toujours le coeur de leur organisation et de leur fonctionnement. Nous devons avoir conscience que notre société s'est bloquée, figée, et que nos concitoyens ont la conviction que leur destin est écrit une fois pour toute, brisant la promesse républicaine de l'égalité des chances. L'enjeu est donc de remettre notre société en mouvement et de revoir nos politiques autour de cette ambition. Notre stratégie ne peut se limiter à défendre notre système social. Nous devons au contraire nous faire les artisans de sa réforme. C'est la meilleure garantie de son avenir.

Cette vision de la société doit nous conduire à prendre en compte les nouveaux visages de la France dans sa diversité ; à reconsidérer l'enjeu des libertés face à l'apparition de nouveaux systèmes de surveillance. La fermeté à l'égard de toutes formes de menace, de la lutte contre la délinquance à la prévention du terrorisme doit s'accompagner d'une vigilance et d'un contrôle démocratique accru. Libertés et sécurité sont indissociables. C'est la citoyenneté, dans toutes ses composantes, mélange de droits et de devoirs, de responsabilités et de sûreté, qu'il faut réveiller.

Telles sont les raisons qui nous ont conduit à vous présenter cette contribution. Nous le faisons en toute liberté, affiliés à aucune chapelle, ne dépendant d'aucun leader. C'est cette liberté qui nous conduit à revendiquer pour notre parti et pour la gauche du courage et de la clarté. Renoncer aux préjugés, aux visions toute faites, ne plus céder aux seules préoccupations de pouvoir pour entamer une rénovation en profondeur de notre projet politique et une réorganisation radicale de notre organisation : voilà la seule ambition qui nous porte et à laquelle nous vous invitons à vous associer.


Gaëtan Gorce député de la Nièvre, membre du Bureau national et Louis Gautier délégué national du PS aux questions stratégiques. »

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Dommage que le député Gorce n'ai finalement pas pu proposer une motion dans la continuité de sa contribution générale, car j'aurai peut-être voté pour ladite motion, même si, à titre personnel, je ne suis pas particulièrement attiré par le mendésisme (sans doute suis-je devenu bien trop cynique aujourd'hui pour prétendre adhérer sans arrière-pensées à ce genre de tendance, trop idéaliste pour moi : tel est le prix intellectuel à payer lorsque l'on a perdu toutes ses illusions en politique, comme c'est mon cas)... De toute façon, à présent, la page des contributions est tournée, et l'heure du choix de l'orientation du parti approche... Aujourd'hui, rappelons-le, on sait que les adhérents du parti devront se prononcer, dans quelques jours, sur six textes principaux (soit six motions) placés, pour quatre d'entre-eux, sous la bannière de grands pontes dudit parti. Il faudra ainsi que chacun des adhérents choisissent une motion parmi les suivantes : la motion A du maire de Paris Bertrand Delanoë (soutenu notamment par le Premier secrétaire sortant François Hollande, les anciens Premiers ministres Lionel Jospin et Michel Rocard, l'ancienne ministre Elisabeth Guigou, le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale Jean-Marc Ayrault, et des strauss-kahniens, dont le député Pierre Moscovici), la motion B du "pôle écologique", courant né en janvier 2008 et représenté notamment par le député Christophe Caresche, la motion C du député européen Benoît Hamon (représentant l'aile gauche du parti réunifiée pour l'occasion, soutenu par le député Henri Emmanuelli et le sénateur Jean-Luc Mélenchon), la motion D de Martine Aubry, maire de Lille (soutenue par les anciens Premiers ministres Laurent Fabius et Pierre Mauroy, l'ancien ministre Jack Lang, les députés Arnaud Montebourg et Jean-Christophe Cambadélis, les fabiusiens, des strauss-kahniens, et la majorité des socialistes de la région Nord-Pas-de-Calais), la motion E de Ségolène Royal, présidente de la région Poitou-Charentes (soutenue, entre autres, par les députés Julien Dray, Manuel Valls et Aurélie Filipetti, par l'ancienne Premier ministre Edith Cresson, par le sénateur et président du Conseil général des Bouches-du-Rhône Jean-Noël Guérini, et par le sénateur-maire de Lyon Gérard Collomb), et enfin la motion F du courant "Utopia", présentée par Franck Pupunat, membre titulaire du Conseil National du PS.


En septembre dernier, Gaëtan Gorce, resté silencieux jusqu'alors, a rejoint la motion de Ségolène Royal, en déclarant notamment, lors d'un entretien sur le site LCI.fr : "Ma préférence aurait été d'aller jusqu'au bout d'une démarche que notre contribution avait formalisé. Malheureusement, beaucoup de ceux qui souhaitent la rénovation du parti n'ont pas réussi à s'entendre directement et ont choisi de suivre d'autres chemins. Donc je rejoins la motion qui est la plus proche des convictions que je défends depuis 18 mois, c'est-à-dire la motion de Ségolène Royal, de Gérard Collomb, de Manuel Valls et de Vincent Peillon. [...] J'ai beaucoup d'estime et de sympathie pour Bertrand Delanoë. Il aurait été d'ailleurs souhaitable que lui et Ségolène Royal s'entendent car leur ligne politique est assez proche. Si l'un et l'autre reportaient à plus tard le choix du candidat à la présidentielle, ce serait une base de compromis futur possible. Mais si je n'ai pas rejoint la motion de Bertrand Delanoë, c'est que je ne peux pas me retrouver sur la même motion que la direction actuelle du PS dont je combats la stratégie depuis 18 mois car elle empêche la rénovation. [...] L'idéal aurait été qu'autour de Pierre Moscovici puisse se fédérer tous ceux qui incarnent la relève. Cela n'a pas été possible. Donc je crois que la plupart d'entre eux sont plutôt maintenant du côté de Ségolène Royal. On y retrouve de nombreux jeunes parlementaires et d'autres qui peuvent présenter une relève car ils n'ont pas occupé de poste de responsabilité jusque là. Ségolène Royal veut incarner une démarche politique plutôt qu'une démarche de soutien à telle ou telle personnalité. Quand je vois les arrangements qui s'opèrent ici et là, je continue à penser qu'aujourd'hui, elle est la seule qui s'exprime d'une manière claire et nette. Elle le fait sans concession donc elle reste une valeur forte pour le PS."

Voila. Je n'ai plus grand-chose à ajouter, sinon qu'il me semble que le député Gorce est plutôt dans le vrai... Malgré un contexte politique peu propice à la sérénité, et bien que je ne me fasse, au fond, absolument aucune illusion en ce qui concerne l'issue du Congrès de Reims, je sais, pour ma part, ce qu'il me reste à faire le 6 novembre prochain, suivant toujours en cela cette fameuse devise française figurant en épigramme du Grand Dictionnaire universel du XIXème siècle de Pierre Larousse : "fais ce que dois, advienne que pourra".

Cordialement, :-)

Hyarion.

P.S. (1) : Je profite de l'occasion pour informer mes lecteurs qu'à partir de la prochaine fois, bien qu'étant toujours engagé contre l'hypocrisie sarkozyste et berlusconiste, mes articles ne seront désormais plus forcément systématiquement accompagnés d'une illustration représentant un nu féminin. L'expérience m'a appris qu'il ne faut pas abuser des bonnes choses... ;-)

P.S. (2) : Votez Cthulhu.

(Illustrations : Etude pour Angélique, huile sur toile [1819] par Jean Auguste Dominique Ingres, Cambridge [Massachusetts], Université de Harvard, Fogg Art Museum, Collection Grenville L. Winthrop ; Couverture du recueil imprimé des contributions générales au Congrès du PS des 14, 15 et 16 novembre 2008 à Reims, été 2008 ; Logotype du Parti Socialiste français ; Les six chefs de file de motion du PS : [de gauche à droite] Christophe Caresche ["pôle écologique"], Martine Aubry, Benoît Hamon, Ségolène Royal, Bertrand Delanoë, Frank Pupunat ["Utopia"], photographies de l'Agence France Presse, ©AFP/archives)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 2 (2008-2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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Dimanche 26 octobre 2008 7 26 10 2008 13:48

Voici maintenant la deuxième et dernière partie du compte-rendu de Dante concernant le Festival international de photojournalisme Visa pour l'Image de Perpignan, qui, rappelons-le, s'est déroulée cette année du 30 août au 14 septembre derniers.

Bonne lecture.

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Pascal MAITRE –

Une sainte dans l’enfer des Grands Lacs

 

 

     Au cœur de la région des Grands Lacs, au milieu du chaos qui dévasta le Rwanda, le Burundi et l'est du Congo, où des centaines de milliers de personnes furent tuées par la violence, où des centaines de milliers d'autres ont dû fuir pour essayer de survivre dans les plus grands camps de réfugiés d'Afrique, où des dizaines de milliers de personnes remplirent les prisons, où des centaines de milliers de vies furent détruites par la misère et le sida, dans ces ténèbres qu'on craignait sans fin, une femme burundaise, Marguerite Barankitse, dite Maggy, a apporté une lumière d'espoir : en créant un avenir pour des milliers d'orphelins de la guerre et du sida.

     La singularité du reportage de Pascal Maitre mérite d’être saluée. Si les photographies montrent certes la misère matérielle, c’est avant tout pour montrer que la dureté de cette situation peut-être dépassée par l’ « agir ». Ici, Pascal Maitre témoigne d’un regard et d’une action à travers le personnage de Maggy. Au milieu du chaos qui dévasta le Rwanda, le Burundi et l’Est du Congo, Marguerite Barankitse, dite Maggy, a ouvert un orphelinat pour les enfants de toutes les ethnies afin de les faire vivre ensemble.

     Maggy a notamment impulsé la construction de 550 maisons pour accueillir et abriter les familles, créant aussi un hôpital, une salle de cinéma et des fermes. Selon l’UNHCR (United Nation High Commissioner for Refugees), 400 000 Hutus ont fui le Rwanda avec leur bétail, unique richesse, et de véritables drames humains drainent ce parcours. Les photographies montrent notamment des corps flottant dans la rivière de l’Akagéra, surnommée la « rivière rouge ». La route reliant Mombassa à Bujumbura a été, quant à elle, baptisée « route du Sida ».

     Face à cette détresse humaine, le combat de Maggy prend toute sa force. Dans le centre Mère et enfants à Ruyigi (Burundi), les paysannes séropositives viennent chercher de l’aide, des soins et des informations. Maggy a également réussi à convaincre l’armée Belge de construire ce centre avec des psychologues, des infirmières, des nutritionnistes. La Maison Shalom est un orphelinat qu’elle a créé depuis peu ainsi qu’un complexe hospitalier à Ruyigi. Aujourd’hui, Maggy ne cesse d’interpeller les autorités internationales. Sans grande réponse.

 

Nina BERMAN – Homeland U.S.A

 

 

[ Photo : Un couple américain essaie un refuge anti-radioactif ]

 

     Ces images font partie d'un sujet commencé le 11 septembre 2001. En explorant la vie des Américains, ces photos cherchent à définir le sens du militarisme, de la sécurité et de l'identité. Après avoir passé les dernières années à photographier les coûts humains et la réalité de la guerre, il lui semblait utile de montrer les fantasmes et le marketing qu'elle génère ainsi que l'empreinte de l'esprit militariste chez les Américains.

 

     La démarche de Nina Berman est singulière et fort intéressante pour qui veut appréhender les USA hors de tout anti-américanisme primaire. Bien que critique, ce photoreportage réalisé pour le Sunday Times Magazine cherche avant tout à comprendre et à explorer les valeurs sur lesquelles se base la vie quotidienne des américains.

     En parcourant différents Etats américains, Nina Berman a rapporté des photographies couleur sur une Amérique angoissée qui procède à des exercices de simulations d’attaques terroristes ou nucléaires. Des milliers de participants deviennent acteurs de diverses mises en scènes de guerre qui coûtent plusieurs millions de dollars. Il existe même un camp, depuis le 11 septembre 2001, pour jeunes délinquants qui apprennent à réagir face à une attaque terroriste.

     Nina Berman explique sa démarche : « Certaines de ces manifestations ont l’air d’une performance, d’une représentation théâtrale subventionnée par l’Etat, où le théâtre remplace le réalisme, inculquant aux participants une forte conscience de leur identité et de leurs valeurs par le biais de cette expérience à caractère militaire (…). Ce qui m’intéresse par-dessus tout, c’est cette identité, cette ambivalence située entre le réel et le fictif, si emblématique des discours politique depuis le 11 septembre 2001 ».

     Les images montrent par exemple un grand panneau, planté au milieu d’un champ ou encore au bord de la route, et comportant l’échelle de risque quotidienne. En 2003, une simulation d’attaque terroriste s’est déroulée à l’aéroport de Midway dans le cadre de l’opération intitulée « Topoff 2 ». Elle a coûté 16 millions de $. Dans certaines zones, les autorités organisent de vastes distributions de pilules à base d’iodure de potassium afin de protéger la thyroïde en cas d’attaque ou d’accident nucléaire.

     D’autres images présentent en détail les « exercices » effectués à travers les visages de garçons d’une dizaine d’années, recouverts de peinture de camouflage, qui apprennent à manier des armes pour tirer sur des cibles vivantes qui feront semblant de mourir pour effectuer la simulation, ou encore celles de chiens en armure avec des gilets pare-balle. Dans les villes se développent un vaste « homeland security » notamment basé sur la présence d’écrans géants dévoilant dans les rues des images sur la guerre contre le terrorisme.

     Les images traduisent aussi des faits plus souterrains comme l’essor des Unités d’élite de la Police Américaine (SWAT) jusque dans les petites villes. Début 2008, on compte que 90% des villes américaines de plus de 50 000 habitants disposent de ces unités. Les civils sont les premiers promoteurs de cette dynamique à travers des associations ou des groupes. En témoigne un citoyen, Glen Spencer. Il a fondé l’American Border Patrol dont l’objectif affiché est de surveiller la frontière entre l’Arizona et le Mexique. Pour stopper l’ « invasion mexicaine », il a construit 4 drones de surveillance et dépensé 800 000 $ de sa poche en matériel de surveillance et équipement vidéo. Vissé sur sa chaise et dans sa salopette, le fusil à la main, il offre l’image d’un citoyen déterminé dans son angoisse. Prêt à lutter contre tous les dangers, il offre à lui seul le panorama d’une Amérique qui s’érige une défense ultra sécuritaire pour anticiper les attaques futures d’où qu’elles viennent. Comment dès lors ne pas comprendre la portée douloureuse d’un jour de septembre où l’Amérique découvrit sa fragilité ? Nous restons d’ailleurs dans cette même Amérique pour le reportage suivant...

 

Yuri KOZYREV – Inside Iraq

 

 

     Après cinq années de guerre - qui ont coûté la vie à quatre mille personnes du côté américain et à un million du côté irakien, fait des dizaines de milliers de blessés, provoqué la fuite de cinq millions ou plus de personnes et sonné le glas de la nation irakienne - la situation en Irak est loin d'être résolue. Il faudra visiblement attendre encore longtemps avant que les prémisses d'un retour à la paix ne se profilent à l'horizon.

     L’originalité de ce reportage réside dans le regard d’un Russe sur la présence américaine en Iraq. Etablissant tout d’abord un bilan fait de 4 000 morts américains, 1 million coté Irakien et de 5 millions de personnes déplacées ou en fuite, Yuri Kozyrev s’intéresse à la gestion actuelle de Bagdad, aujourd’hui coupée par des kilomètres de mur blindé. Si la liberté de circulation s’est améliorée dans la capitale Irakienne, il n’en reste pas moins que, dans ce dédale surpeuplé, l’harmonie semble chose impossible. Les murs ne font que maintenir les terroristes hors de la ville et séparent profondément ceux qui vivent au sein de la ville. 700 kms de murs de 3,7 mètres de haut balisent Bagdad et ses environs.

     Dans la province d’Anbar, bastion d’Al-Qaïda de l’ouest de l’Irak, l’organisation terroriste perd progressivement du terrain ainsi que son soutien populaire (application trop stricte de la Charia, exécutions). La population irakienne, incitée à intégrer des groupes de citoyens de surveillance de proximité (CLC) pour la surveillance des quartiers, tient aujourd’hui à distance les terroristes. Le CLC bénéficie d’argent, d’équipement et du soutien des USA, leur permettant de choisir la voie de l’autoprotection. Ce « réveil » prive les insurgés de leur base et fournit des renseignements précieux sur les activités d’Al-Qaïda en Irak.

     Néanmoins, le conflit semble s’être déplacé aux frontières du pays sans pour autant s’estomper. Les nouveaux bastions d’Al-Qaïda se situent désormais au Nord autour de Mossoul, Ninive et Diala. Si les violences sont en baisse, du fait d’une trêve demandée par Moqtadar Al Sadr, chef Chiite, la situation reste dans incertaine. Pour peu que la trêve prennent fin, les Chiites se retourneront contre les Sunnites, et les forces américaines, accusées de parti pris, deviendront à nouveau des cibles.

     De photographies présentant des foules d’irakiens venues assister aux funérailles d’hommes Sunnites aux visages des prisonniers de Falloujah, en passant par des visions d’horreurs suite à des attentats à Koubba, ce photoreportage nous offre un regard complémentaire et intéressant sur la situation actuelle en Iraq.

 

Kadir VAN LOHUIZEN –

L’Après-Katrina, Une crise humanitaire invisible

« Ceux qui sont passés à travers »

 

 

     Le 29 août 2005, le cyclone Katrina a frappé les côtes de la Louisiane et du Mississippi. Selon les médias, le premier jour, La Nouvelle-Orléans avait échappé à la catastrophe : l'œil de la tempête était passé au sud de la ville. Mais les jours suivants, les images ont prouvé le contraire. Le cyclone avait rompu les digues, inondant 80% de la ville, alors que de nombreux résidents s'y trouvaient encore. Certains ont pu atteindre le « Superdôme », d'autres ont campé sur des toits en attendant les secours, et des milliers sont morts noyés. Le chiffre exact n'a jamais été établi. Presque trois ans plus tard, certains résidents se sont réinstallés, mais pour la plupart d'entre eux, la vie est toujours très difficile.

     Le sujet de ce photoreportage intervient dans un contexte où la question controversée de la race fait de nouveau la Une aux Etats-Unis. Socialement, le cyclone a révélé la misère en Louisiane et dans tout le Mississippi, notamment en matière de logement. Les sans-abris montent des tentes sous les ponts de l’autoroute tandis que la criminalité augmente. A la Nouvelle-Orléans, tous les logements sociaux ont été démolis et 70 000 rescapés du cyclone vivent à Houston. De nouveaux complexes résidentiels, comme le Royal Daks, se sont érigés à Houston. A cela s’ajoute que d’anciens refuges, comme le parc de mobil-homes de Mary Ann, sont à présent fermés.

     Kadir Van Lohuizen présente ici des photographies en noir et blanc où cette crise prend toute sa lumière et ses colorations à travers un échantillon de thèmes et de personnages multiples.


Christian POVEDA – La vida loca

 

 

     On les appelle les Maras. Construits sur le modèle des gangs de Los Angeles, ces groupes de jeunes sèment la terreur dans toute l'Amérique Centrale. Plongée dans les banlieues de San Salvador, dans le quotidien des membres d'une armée invisible, nouveau fléau mondial qui détruit par la violence aveugle les principes démocratiques et condamne à mort une jeunesse privée de tout espoir d'avenir.

     Ce photoreportage, réalisé par Christian Poveda, lui-même assisté par Alain Mingam (Consultant), est saisissant. La photographie en noir et blanc extrait le moindre contraste d’un sujet difficile. A l’image des marabundas, fourmis d’Amazonie qui dévorent tout sur leur passage, des mareros, jeunes tatoués de la tête aux pieds et voués au trafic d’armes et de drogue, colonisent peu à peu toute l’Amérique Centrale. On compte à l’heure actuelle environ 70 000 maras dont 36 000 en Honduras, 14 000 au Guatemala et 17 500 à El Salvador.

     A Los Angeles, deux gangs rivaux s’affrontent : les Maras Salvatrucha (MS) et la M18. Ils ont chacun une langue codée, des rites et des symboles. A El Salvador, la consommation de drogue et la prostitution sont considérables et s’accroissent avec une libéralisation à marche forcée de l’économie qui contribue ici à déstabiliser l’ensemble du tissu social. A El Salvador, 4 000 homicides sont dénombrés chaque année, ce qui en proportion de la population représente près de 11 morts/jour.

     A propos du phénomène, Christian Poveda note : « La geste des maras, c’est encore l’histoire des villes mégapoles, ces banlieues-monde, ces mégacities, invraisemblables bricolages de villes et de campagne, illustration parfaite du pire des mondes possibles. Ainsi, ces banlieues de San Salvador sont-elles comparables à un clone de bidonvilles et de programmes sociaux en bordure du « get rien » qui sépare la capitale de sa chaîne de volcans. Un no man’s land, topographie idéale pour une violence caractérisée. Nous sommes à l’extrémité du quartier de Soyapango. Deux ruelles en précipice, la Campanera et San Ramon, forment un cul-de-sac de l’espérance pour des habitants pris au piège de la survie ».

     Sur les pratiques proprement dite, Christian Poveda les met en scène dans une lumière tamisée. Les tatouages permettent de se reconnaître. Ils déclinent en effet le nom du gang, dévoilent sa mythologie et rendent hommage à une mère, même quand elle les a abandonnés à la rue. Bien que nous soyons dans l’univers d’un crime organisé ultra hiérarchisé, un modèle inconscient d’existence familiale traditionnel réunit les anciens enfants des rues, des filles battues et de jeunes délinquants. Certains gangs assurent leur unité quasi-familiale par des slogans tel que celui-ci : « Mata para vivir. Vivir para matar » (Tue pour vivre. Vivre pour tuer). L’amulette épidermique des gangs apporte, quant à elle, une note ironique dans la partie sans issue qui se joue chaque jour. Enfin, un rite d’initiation sous forme de tabasse est prévu pour entrer dans la « famille » de chaque gang.

     Christian Poveda nous livre enfin quelques portraits de membres, comme El Payaso (le Clown), El Oso (l’Ours de la Clica de l’Amatepec), El Bodoque (Le Déchet), La Liro, El Bambam. Entre rivaux, pourtant, aucun différend idéologique ou religieux n’existe. La raison des conflits s’est perdue dans les bas-fonds des barrios hispaniques de Los Angeles, oubliée de tous. La misère est aujourd’hui ce qui les rassemble et les oppose. Quinze ans après une révolution qui saccagea la nation, une nouvelle guerre civile entre pauvres se déroule aujourd’hui à El Salvador et dans l’Amérique Centrale.

     Balisé de commentaires résolument engagés, ce photoreportage de Christian Poveda, en plus de son incroyable qualité esthétique, traite un sujet impressionnant et difficile. Du très grand photoreportage et indispensable.

 

Marie DORIGNY – Si loin de Gandhi

 

 

     En 1917, à son retour d'Afrique du Sud, Gandhi organisait la lutte des paysans du Bihar, contre les grands propriétaires britanniques. C'était là son tout premier combat, en faveur des déshérités, sur sa terre natale. Aujourd'hui, dans cet état rural du nord-est de l'Inde, l'un des plus pauvres du pays, peu de choses ont changé. Les Intouchables et les aborigènes subissent encore l'oppression des puissants : réduits à l'état de quasi servage par les hautes castes, ils sont également chassés de leurs terres par des multinationales en pleine expansion. Qu'ils se réclament de Gandhi ou de Mao, les militants locaux peinent à secourir ces oubliés de la fameuse croissance à 9%. Misère, illettrisme et violence : voici la longue litanie de « l'Inde d'en bas ».

     Ce photoreportage est celui d’un portrait de l’Inde à part entière. Marie Dorigny s’est notamment rendue dans la région de Champaran, près de la ville de Ram-Nagar où survivent les Musahars (« mangeurs de rats »), les plus pauvres des Intouchables. La société civile s’est cependant organisée pour faire face aux questions de misère. L’association Ekta Parishad, par exemple, regroupe des Sans-terre qui revendique des droits pour les oubliés de la réforme agraire. Le mouvement des Sans-terre du Bihar est par ailleurs actuellement le plus dynamique qui existe, combattant notamment les grands prêtres hindous de Bodh-Gaya. En 1972, les Sans-terre ont gagné la reconnaissance de ces derniers. Cependant beaucoup continue de vivre sous l’autorité d’un Zamindar local, une sorte de chef féodal.

     Marie Dorigny nous immerge, dans un univers photographique en noir et blanc, au cœur des difficultés héritées et actuelles de l’Inde rurale. Les traces de la guérilla naxalite (conflit entre les maoïstes et le gouvernement indien) y sont visibles et les Dalits (Intouchables) représentent aujourd’hui la moitié des paysans pauvres du Bihar.

 

Patrick ROBERT – La liberté et le combat en exil

 

 

     Plus radicaux, mieux organisés que leurs aînés, la nouvelle génération de Tibétains en exil a entamé un nouveau chapitre de la lutte pour un Tibet libre. Rencontre, à Dharamsala, siège du gouvernement en exil du Dalaï Lama, en Inde avec ces nouveaux activistes, « branchés », qui écoutent du rock et de l'Opéra tibétain traditionnel, surfent sur Internet, manifestent sans relâche contre les violences de l'Armée d'occupation chinoise et sont les garants, aujourd'hui, d'une identité et d'une culture que la Chine musèle et tente d'éradiquer depuis plus d'un demi-siècle. Qu'ils soient nés en exil de parents réfugiés ou nouveaux arrivants qui ont fui clandestinement leur pays occupé en traversant l'Himalaya, ces nouveaux résistants se sont juré de lutter pour que le Tibet, le plus vite possible, et son peuple, retrouvent la liberté.

     Les émeutes de mars 2008 au Tibet et la répression qui s’en est suivi ont fait surgir sur le devant de la scène une nouvelle génération de Tibétains qui remettent en cause la politique de non-violence prônée par le gouvernement en exil. Les photographies de Patrick Robert présentent la répression à Lhassa en mars 2008 suivie d’une procession pour les victimes et de prières collectives. Mais les modalités des réactions se sont diversifiées. Des grêves de la faim tournantes s’organisent demandant à des personnes de jeûner 24 heures à tour de rôle.

     Le photoreportage se poursuit avec des portraits, comme celui de Tenzin Dolkat Phuntsock, activiste féministe, qui organise des cercles de réflexions et d’informations. Le portrait des personnages s’attarde ensuite sur des institutions, comme le « Tibetan Children Village » qui comprend un centre de formation pour les nouveaux arrivants du Tibet. Le centre Norbulingka, fondé par Kim Keshi, une franco-américaine marié à un dignitaire tibétain, cherche quant à lui à préserver et développer l’artisanat et les arts ancestraux, comme les mandalas (peintures religieuses).

     En Inde, une autre ville, Macleod Ganj s’est créée pour accueillir les exilés tibétains. A la point de la modernité, comportant entre autre de multiples « internet-café », la ville a pris le surnom de « petite Lhassa indienne » dans laquelle chaque Tibétain peut recevoir des informations, un accueil et des conditions de vie proches de celle du pays qu’ils ont du quitter.

     Photoreportage initialement commandé par le magazine Elle, et finalement repoussé dans sa diffusion, La liberté et le combat en exil traduit la prise d’initiatives, de risques, et l’acte de résistance dont fait aujourd’hui preuve le peuple tibétain.

 

 

Noël QUIDU –

Népal : Entre Vishnu et Mao, vive la république !

 

 

     En avril 2008, après dix ans de terreur et 13.000 morts, les rebelles maoïstes, soutenus par une population miséreuse et affamée, prennent la capitale par les urnes, sans tirer un coup de feu, mais sous la sombre menace d'un retour à la guérilla. Les photos de Quidu racontent la mutation insidieuse qui s'opère au cœur d'un pays coincé entre l'Inde démocratique, la Chine au capitalisme totalitaire et le Tibet meurtri.

     Depuis l’instauration de la monarchie absolue, Gyarrendra, monté sur le trône après le régicide shakespearien de 2001, puis le soulèvement populaire d’avril 2006, savait que la transformation de l’ultime royaume hindouiste de la planète en république maoïste risquait de se faire dans la douleur. En avril 2008, les choses s’accélèrent et les rebelles maoïstes prennent le pouvoir.

     A propos de ces photographies, Noël Quidu écrit qu’elles « révèlent cette réalité embarrassante et politiquement incorrecte que le monde ne veut pas voir, l’empreinte d’une idéologie directement inspirée du grand Timonier, penché comme une ombre paternelle ». En 2008, le Népal compte 60 % d’illettrés et 40 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

     Le 10 avril 2008, le Parti Communiste Népalais remporte une majorité sur un programme qui oppose la politique économique à toute politique de paix. Lorsque les Maoïstes sortent grand vainqueur des élections, Noël Quidu écrit : « Cette victoire, à la joie glaciale et à la violence sourde annonce une révolution qui ne dit pas son nom ». Le leader maoïste, Prachanda, est nommé 1er ministre du Népal le 15 avril 2008.

     Depuis les élections, et chaque jour, des réfugiés tibétains organisent des manifestations pacifiques violemment réprimées par la police népalaise. Les photographies de Quidu présentent notamment la répression d’opposant tibétains qui s’est déroulée à Katmandou sous la pression du régime de Pékin. Le 28 avril 2008, les maoïstes ont abolis la monarchie et les forces de l’ordre ont changé de nom. La police du royaume du Népal est devenue la Police de la République. Une République cependant bien loin de toute perspective humaniste et républicaine.

 

 

Michael NICHOLS – Les racines du ciel

 

 

     L'une des plus grandes joies de Michaël Nichols a été de pouvoir côtoyer les éléphants d'Afrique, de les observer au travers de son objectif. Dans la réserve de Zakouma, les éléphants sont protégés pendant sept à huit mois de l'année, mais les dernières statistiques en date sont effarantes : moins de 1 000 éléphants dans le parc de Zakouma. Les braconniers se déplacent rapidement. Les revenus de l'ivoire permettent d'assurer le financement et l'armement des guérillas ou de renflouer les caisses personnelles de certains. Quand les humains comprendront-ils enfin que sans la faune qui l'habite - sans les baleines, les tigres, les gorilles et les éléphants - il n'y aura plus de plénitude pour notre planète ? 

     Le titre de ce photoreportage est emprunté à celui d’un roman de Romain Gary, publié en 1956, et racontant l’histoire d’un écologiste, Morel, qui se rend au Tchad pour sauver des éléphants. Résolument militant, ce photoreportage est une ode et un hommage à la grâce des éléphants, photographiés dans des postures aussi insolites qu’attachantes.

 

World Press Photo

 

 

     Le concours de référence du photojournalisme mondial trouve à Perpignan son lieu d'exposition privilégié.

      Composé de multiples reportages (28 environ) dont seulement 3 ou 4 photos sont présentées pour chacun, l’exposition du World Press Photo rend à la fois compte de la richesse et de la diversité du photojournalisme. Un photojournalisme pourtant en crise et menacé aujourd’hui. Parmi quelques reportages sur l’actualité, signalons celui de Tim Hetherington sur l’Afghanistan, et plus précisément sur la vallée de Korengal ; celui de Philippe Dudouit sur le conflit entre les autorités turques et les combattants du Parti des Travailleurs du Kurdistan indépendant (PKK) qui dure depuis des décennies et a déjà causé la mort de 30 000 personnes ; celui de John Moore portant sur l’assassinat de Benazir Bhutto, ancienne leader pakistanais d’opposition ; celui de Jean Révillard présentant la situation des migrants autour de Sangatte cinq après sa fermeture.

     A noter également quelques reportages autour du contexte conflictuel Israël-Palestine. Yonathan Weitzman présente les traces des migrations visibles sur la frontière israélo-égyptienne tandis que Christopher Anderson plonge au cœur des affrontements.

    Certains photoreportages sont plus thématiques, comme celui de Olivier Culman intitulé « La Télévision dans le monde » ; celui de Massimo Siragusa présentant l’aspect de plus en plus commercial des loisirs en Italie ; celui de Francisco Zizola révélant la violence endémique qui se développe en Colombie, et notamment envers les femmes ; celui de Oded Bality sur la situation de Nankin, 70 ans après le massacre de 1937.

     Enfin, certains photoreportages explorent les arcanes de la faune et de la flore. David Liittschwager travaille à l’échelle microscopique pour révéler la micro-faune sous-marine et Paul Nicklen sur la glace de l’Arctique en compagnie des narvals.

 

QUELQUES MOTS POUR FINIR…

 

     Il serait impossible de résumer ici toutes les expositions de l’édition 2008 de Visa pour l’Image ou d’en esquisser une synthèse. C’est pour cela que ces quelques mots pour finir ne seront en rien une conclusion. 19 expositions principales, une 20éme scindée en plusieurs expositions, constituent un modeste parcours du festival international de photojournalisme. Il ne peut déboucher sur aucune certitude si ce n’est celle que le photojournalisme doit, plus que jamais, pouvoir poursuivre son travail, ses objectifs et explorer toutes les dimensions de l’information à de multiples échelles.

     Peut-être serait-il plus intéressant de parler du sentiment qui se dégage au sortir du festival. Le sentiment de vivre dans un monde qui offre toutes les promesses et les piétine sans discontinuer. On se rappellera, au sortir du festival, du poème de Jacques Prévert, Chanson dans le sang qui se termine par ces quelques vers : « la terre qui tourne avec les mariages / les enterrements / les coquillages / les régiments / la terre qui tourne et qui tourne / avec ses grands ruisseaux de sang ».

     Il est difficile, au sortir des regards exposés sur le papier argentique, de garder sereine sa vision de l’homme. Cette sérénité est pourtant nécessaire. Non pour continuer à marteler les crédos naïfs de ceux voient le monde autrement qu’il n’est, mais bien pour envisager la possibilité de l’action et la nécessité du regard sur « cette honte qui ne dépend pas de soi » mais qui est l’affaire de tous.

 « Les larmes du monde sont immuables. Pour chacun qui se met à pleurer, quelque part, un autre s’arrête. Il en va de même du rire. Ne disons donc pas de mal de notre époque, elle n’est pas plus malheureuse que les précédentes. N’en disons pas de bien non plus[1] ». Cette phrase prononcée par le personnage de Pozzo dans la pièce En Attendant Godot de Samuel Beckett résonne d’une cruelle actualité. Elle permet cependant de dépasser sa neutralité apparente pour donner la place à la continuité de la prospective. Et nous en avons grandement besoin.

 

Dante.



[1] BECKETT Samuel, En attendant Godot, Paris, Minuit, p.44-45



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Ici se termine le riche compte-rendu de Dante. Puisse-t-il, chers lecteurs, vous avoir donné envie de vous intéresser au photojournalisme et à son festival international perpignanais !


Cordialement, :-)


Hyarion.


P.S. : Votez Cthulhu.


(Illustrations : Détail de l'oeuvre Le jugement de Pâris, de la série Mythologies, gravure [1963-1964] par Salvador Dalí, Figueras, Teatre-Museu Dalí, Fundació Gala-Salvador Dalí ; Photographies illustrant le compte-rendu de Dante : ©DR)

Par Hyarion - Publié dans : Musées et expositions
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Samedi 25 octobre 2008 6 25 10 2008 13:09

Ma foi, il faut bien que je m'y fasse à présent : non seulement je n'ai plus le temps ni les moyens d'alimenter régulièrement et substantiellement mon blog, mais il semble bien, également, à présent, que le coeur n'y soit plus vraiment... Du reste, une série d'articles, cela ne s'improvise pas. Compte tenu de ce contexte, l'évocation de l'ensemble des choses que j'ai vu à Paris et aux alentours en septembre dernier est donc reportée sine die. J'avais écrit, le mois dernier, que j'essaierai au moins d'évoquer mes visites du palais de l'Elysée et de l'Assemblée Nationale que j'ai pu effectuer à Paris, les 20 et 21 septembre derniers, à l'occasion des Journées du Patrimoine, mais finalement je préfère y renoncer, au moins pour le moment, car je ne veux pas faire du mauvais travail. C'est un peu dommage sans doute, mais c'est ainsi. La vérité, c'est que j'en ai marre. Marre d'écrire pour rien, ou si peu. Marre de passer autant de temps à la rédaction d'articles aussi vite oubliés qu'ils ont été lus. Marre de dépenser autant de pognon en connections Internet finalement stériles, vu le caractère vain de ce que je produit. J'en ai vraiment marre. La sociabilité a ses côtés positifs, mais elle a aussi ses contraintes, parfois difficiles à supporter. Même chose pour le fil de l'actualité : je commence à en avoir vraiment assez de lui courir après... Après avoir parlé de mes visites à l'Elysée et à l'Assemblée Nationale, il faudrait que je parle des nouvelles conneries dites et/ou faites par Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, du Congrès du PS à Reims (en tant qu'adhérent du PS, bien obligé non ?), de l'élection présidentielle aux Etats-Unis d'Amérique (qui se terminera vraisemblablement par la victoire d'Obama, la défaite de McCain, et surtout - hélas ! - par la défaite de Cthulhu), de l'affaire DSK, des poupées vaudoues à l'effigie de Sarkozy, de la présidence française de l'Union Européenne, des conférences internationales pour sauver le monde de la crise financière avec Sarkozy dans le rôle du pseudo-sauveur, et de je-ne-sais-quoi d'autre... En vérité, ça n'a peut-être l'air de rien, comme ça, un article, mais en réalité, cela représente beaucoup de travail, quoique l'on en dise... Et aujourd'hui j'en ai marre. En juillet dernier, j'avais été contraint de mettre mon blog en hibernation. Quelque-chose me dit qu'il peut-être mieux valu qu'il le reste... Par ailleurs, non seulement j'en ai marre, mais en plus, j'ai de plus en plus vraiment envie de faire autre chose. J'avais déjà évoqué succintement en juillet dernier les autres projets dont je souhaitais m'occuper, mais dont je n'ai pas eu l'occasion de suffisement me consacrer. Il faudra bien, un de ces jours, que je me fasse violence, et que je me décide à réellement franchir le cap, et à arrêter de m'occuper autant d'un blog devenu, de toute façon, bien difficile à maintenir réveillé... En attendant, je n'oublie pas ma promesse de mettre en ligne, sur le présent blog, le compte-rendu de Dante sur ses visites des expositions de photographies organisées dans le cadre du Festival international de photojournalisme Visa pour l'Image, qui s'est déroulée cette année du 30 août au 14 septembre derniers, dans la ville que le génial peintre surréaliste Salvador Dalí considérait comme étant le centre de l'univers, à savoir Perpignan. Je reproduit donc ici ce compte-rendu in extenso, en le partageant en deux parties, en raison des contraintes techniques d'espace imposées par la plate-forme de blogs qui héberge le présent blog.

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« Monde…vaste monde…si tu t’appelais Raymonde »

(Extrait de la chanson Raymonde de Maxime Le Forestier)

 par Dante

 

     Le festival international de photojournalisme de Perpignan, Visa pour l’Image, fête ses 20 ans. L’édition 2008 s’est déroulée du 30 août au 14 septembre. N’ayant pu m’y rendre que pour un week-end, ce compte-rendu portera sur les expositions visualisées dans 5 lieux différents de la ville : Au Castillet, A la Poudrière, A la Caserne Gallieni, au couvent des Dominicains et au couvent des Minimes.

 

     « Elevés dans le calme et la retraite et le repos / On nous jette tout à coup dans le monde / Cent mille vagues nous baignent / Tout nous sollicite, bien des choses nous plaisent / Bien d’autres nous chagrinent, et d’heure en heure / Un peu troublée, notre âme chancelle / Nous éprouvons des sensations et ce que nous avons senti / Le tourbillon varié du monde l’emporte loin de nous dans ses flots[1] ». Ces vers de Goethe résument l’impression que procure le parcours de l’édition 2008 de Visa pour l’Image. Des images fortes s’entrechoquent, en noir et blanc ou en couleur, sans misérabilisme, redonnant au contraire sa pleine dignité aux êtres qui y sont représentés. A travers des reportages qui nous immergent dans notre actualité, le monde se devine, le monde interroge, le monde se dérobe, le monde se perd et se trouve à la fois. Dans l’instantané le plus cru et le plus dur se révèlent les dérives, l’impuissance, la misère qui ne dit pas son nom, l’innocence assassinée, la cruauté perpétuée, la fragilité de l’espoir pourtant présent. A travers chaque photo se devine la nécessité de montrer, de dire, de crier, afin de transformer le regard en action.

     Le présent compte-rendu s’attachera à résumer en quelques lignes le sujet de chaque reportage en agrémentant chacun d’un commentaire plus détaillé. Afin de centrer le compte-rendu sur l’examen des reportages, je reprendrais en matière de présentation de chaque sujet le résumé qui en a été établi sur la plaquette du festival et que l’on peut retrouver sur le site de Visa pour l’Image : http://www.visapourlimage.com/festival.do . A présent, entrons plus avant dans le cœur du festival…

AFP : retour sur 20 ans d’actualité (1989-2008)

 

     Le pouvoir évocateur et émotionnel de la photo de presse n'en fait pas un document comme les autres. D'où ces dernières années, le refus de toute "esthétique", de tout affectif, chez nombre de photojournalistes, entendant résolument s'éloigner de "l'humanisme" des années d'après-guerre. Mais même dans le plus strict "style documentaire", le photographe se doit de construire son sujet. Sans la construction par l'œil du photographe, on "rapporterait" sans donner à comprendre. Et parfois, sans cette « esthétique », certaines réalités trop brutales ne pourraient être montrées. Le photojournaliste, qu'il touche à la détresse du RMIste, l'absurdité de la guerre ou la brutalité de l'enfance, se retrouve frontalement face à l'événement. Il doit tout à la fois être au plus près et s'effacer. Donner à voir et disparaître. Donner à toucher et garder ses distances. Veiller à ne pas se faire happer. Les images restent sur la rétine. Les histoires dans le cœur et le cerveau. Personne n'en sort indemne.

 

     Cette rétrospective de 20 ans d’actualité à travers quelques instantanés de l’AFP est saisissante. La photographie y traverse deux décennies d’un passé intensément présent et nous rend cet hier immédiat et tragique. Immédiat dans le sens où l’instantanée capte le surgissement de l’événement. Tragique dans la perspective où l’émotion s’y cache et s’y révèle en même temps.

 

Axelle DE RUSSE - Chine, le retour des concubines

 

 

[ Photo : Scène d’attente d’une concubine tombée dans la prostitution ]

 

     Longtemps, en Chine, le statut d'un homme s'est mesuré au nombre de ses femmes : épouses et concubines. En 1949, les communistes ont condamné la pratique, signe pour eux de décadence bourgeoise. Mais aujourd'hui, après deux décennies d'ouverture économique, on assiste à un retour des concubines. En chinois, elles sont appelées "ernai", ce qui signifie "deuxième femme". Axelle de Russé raconte, dans la Chine du troisième millénaire, l'histoire intime et taboue de ces jeunes filles prisonnières de leur cage dorée.

 

     Axelle de Russé a été lauréate en 2007 du Prix Canon de la Femme Photojournaliste décerné par l’AFJ et soutenu par le Figaro Magazine. Et ce photoreportage ne trahit pas le mérite de ce prix.

     Axelle de Russé suit dans ce reportage la vie de trois femmes chinoises, chacune entretenues par un homme riche déjà marié. La pratique a été interdite par les communistes mais avec le boom économique de ces dernières années, la pratique est redevenue réelle bien que toujours illégale. Les concubines, interdites en 1949 après l’arrivée au pouvoir de Mao Zedong sont réapparues à la faveur de l’ouverture économique. Pour un homme d’affaire de la nouvelle Chine, avoir une concubine est un signe de réussite tout autant que de posséder une belle voiture. Les trois femmes suivent pourtant des trajectoires différentes qui oscillent entre l’émancipation, la réussite sociale et la prison dorée.

    Axelle de Russé met aussi en avant la nouvelle géographie qui se dessine sous l’impulsion et l’ampleur du phénomène. Des villages de concubines naissent en province tandis que les villes connaissent des quartiers de concubines. Certains espaces urbains, comme Shenzhen, sont réputées pour être des « villes à concubines ».

     Les photos traitent aussi des problèmes collatéraux au phénomène. La multiplication de nombreux enfants illégitimes, non reconnus par leurs pères et ne possédant par conséquent ni papier ni identité, est préoccupante. La population civile s’est organisée à travers des associations. Ainsi sont nées l’Alliance Contre les Concubines de la République Populaire de Chine (ACCRPC) qui regroupe les épouses trompées, et une organisation clandestine qui tient des  réunions d’informations sur les droits des femmes. Les épouses trompées viennent rapidement gonfler l’effectif des détectives privés qui s’est considérablement accru. Certaines détectives sont surnommés Ernaï Shashou (tueuse de concubines). Bien souvent, ces enquêtes échouent pour demander le divorce : Une épouse ne peut rien contre un mari juge ou un membre du Parti Communiste Chinois.

     A travers un sujet méconnu et des photographies remarquables tant sur la forme que dans leurs structures, Axelle de Russé dresse le portrait de femmes confrontées à des structures dont elles subissent les rouages et les jeux de hiérarchie. Certaines tirent leurs épingles du jeu grâce à la fortune d’un hasard. D’autres se résignent à la prostitution après l’échec d’une tentative d’émancipation. Axelle de Russé livre ici bien plus qu’un reportage. Véritable témoignage des permanences et des violences quotidiennes de la Chine actuelle, ce photoreportage explore une coulisse d’une puissance contemporaine majeure. Explorons à présent une autre coulisse avec ces récits des bords du fleuve jaune…

 

Philip BLENKINSOP –

Récits des bords du fleuve jaune (Juin 2008)

 

 

[ Photo : Prise de vue de Linfen depuis un train ]

 

     Philip Blenkinsop a pris le train qui roule vers le nord en partance de la ville minière de Linfen, dans la province de Shanxi, en Chine. S'il a choisi pour destination les localités meurtries par l'industrie, aux abords du fleuve, ce n'est pas pour les condamner, mais pour témoigner de la force de caractère des populations qui y vivent.
Ce carnet de route le conduit ensuite à Lanzhou, sur le Fleuve Jaune, pour le remonter vers le nord en traversant
la Ningxia Huizu Zizhiqu
et parvenir en Mongolie intérieure.
Un voyage très personnel, sans contraintes journalistiques.

     Philip Blenkinsop a reçu cette année le Visa d’Or catégorie « News » pour son reportage sur le séisme en chine en mai 2008.

 

     Le reportage de Philip Blenkinsop met en scène la chine contemporaine qui s’industrialise intensément. Autour de grandes villes de la province de Shanxi, de véritables ceintures industrielles se développent avec les conséquences environnementales que cela impliquent. Si la nécessité industrielle se fait sentir dans une puissance en développement et dans un contexte de mondialisation accrue, certaines villes ont dû cesser leurs activités industrielles le temps des J.O, tant elles produisaient de gaz à effet de serre. Les photographies en noir et blanc insistent aussi bien sur cette nécessité que sur son impact environnemental, montrant ainsi l’ambigüité d’un développement.

     Philip Blenkinsop présente des photographies sur les phénomènes d’intoxication néfaste pour la consommation d’eau. Les puits pollués prolifèrent et dégradent considérablement les conditions de vie. Chaque pan de la vie quotidienne est passé au crible de ce renouveau et de cette dégradation. Une photographie révèle des ouvriers transportant le charbon d’une mine située prés du barrage de Sanmenxia tandis qu’une autre présente le parcours des tolajis (taxis à 3 roues) dans les rues de Xiang Ling. D’autres photographies, encore, détaillent le recyclage rudimentaire des déchets à Alashan ou la construction d’un port flottant sur le fleuve jaune. Philip Blenkinsop donne ainsi une image contrastée, dynamique et tragique, d’un espace en mutation où chaque pas vers le développement comprend de multiples implications.

 

Jan GRARUP –

Le Génocide étouffé du Darfour et du Tchad

 

 

[ Photo : Arrivées de réfugiés dans un camps ]

 

     A quoi ressemble le massacre d'une population entière? Comment justifier, dans les camps de réfugiés du Darfour, face au traumatisme des femmes soudanaises aux enfants mal nourris, la nuance entre « actes de génocide » et génocide à proprement parler ?
Depuis 2003, le conflit au Darfour et au Tchad a fait plus de 200 000 morts (selon certaines sources) et provoqué le départ de quelque 2,5 millions de personnes fuyant les raids meurtriers des janjaweed, milices arabes du Soudan qui opèrent de part et d'autre de la frontière.

 

     Jan Grarup donne dès les premières images et les premiers commentaires la parole à Wangari Maathai, écologiste kenyan et lauréat du Prix Nobel de la Paix : « C’est, de la lorgnette d’un observateur extérieur, une simple guerre tribale, mais, de fait, il s’agit d’une lutte pour la maîtrise d’un environnement qui n’est plus en mesure de répondre aux besoins de ceux qui y vivent ». Replaçant ainsi le conflit dans toutes ses dimensions, le photoreportage livre des images en noir et blanc d’une rare puissance où folie et détresse réciproques mènent le jeu. Qu’elles montrent des enfants victimes de choléra et de malnutrition ou encore des camps de réfugiés, les photos de Jan Grarup s’attardent sur chaque élément du conflit, rappelant que ce dernier, comme au Rwanda en 1994, trouve ses origines dans les clivages ethniques qui ont déclenché la violence. La raison de ce clivage est aussi géographique puisque le Soudan se trouve à califourchon sur la frontière ethnique qui sépare les tribus de nomades arabes de l’Afrique du Nord des tribus noires de l’Afrique subsaharienne, tel que le peuple Four. Etymologiquement, le Darfour désigne la « terre des Fours ». Une autre cause des tensions repose sur les nouvelles exploitations pétrolières dont les bénéfices vont aux arabes de Khartoum, dépossédant ainsi les populations proches de cette ressource.

     Mais les photos de Jan Grarup sont avant tout celles de paysages. Paysages désolés ou habités dans lesquels la présence des hommes écrit un panorama singulier. L’assèchement du cours d’eau Wadi explique aussi bien le conflit que la vision de réfugiés soudanais attendant une distribution de nourriture. L’image apparemment immobile du camp d’Iridimi ou de Kouroikoum traduit en réalité les déplacements massifs des populations sur les routes de Kerfi. Les villages sont en effet régulièrement attaqués par les milices Janjaweed. Ainsi, plus de 10 000 personnes sont déplacées à l’intérieur de leur propre pays. Sur la route, les réfugiés courent aussi sous les balles des patrouilles tchadiennes à la recherche de miliciens Janjaweed soudanais et de rebelles tchadiens. Les réfugiés affluant des différents villages rasés et brûlés par les milices Janjaweed ne sont pas enregistrés par les agences humanitaires et ne reçoivent donc aucune aide, en dépit de l’adoption d’un Programme Alimentaire Mondial (PAM). Selon l’UNHCR, plus de 15 000 personnes souffrent de la faim mais les combats dans la zone empêchent les ONG de leur porter secours.

     Les camps de réfugiés sont donc transformés en lieux de vie et de mort. On y attend une livraison d’eau, des soins devant le dispensaire de fortune et on y pratique un marché de bric et de broc où les objets sont souvent issus d’attaques et de raids. On y croise aussi des témoins comme Adulaye Idriss qui a essayé de sauver sa famille et son village prés de Koloy et qui s’est retrouvé captif des miliciens qui lui ont crevé les yeux. Mais sans doute l’image phare de ce photoreportage réside-t-elle dans cet instantané qui enveloppe de noir et de blanc une femme couchée dans un sol composé de terre, d’urine et de sang et qui, le regard vide comme presque éteint, allaite son enfant. L’instinct reste le seul guide de la survie quand chaque pas tâtonne dans l’incertitude. L’horizon ne peut devenir plus grand qu’un simple regard pour trouver refuge. La photographie de Jan Grarup nous parle de cette urgence. Urgence du regard mais aussi de l’action.

 

David Douglas DUNCAN – This is war !

 

 

[ Photo : Déploiement d’une troupe américaine ]

     Il y a 20 ans, Duncan avait été l'un des premiers photographes que nous avions contactés pour exposer son travail remarquable sur la guerre de Corée... Pour les 20 ans de Visa pour l'Image, le grand DDD a enfin accepté notre invitation. Une immense leçon de photographie et de journalisme. Exposition réalisée grâce à l'aide du Harry Ransom Center - The University of Texas at Austin.

     Dans la préface de son livre, This is war, David Douglas Duncan, qui a suivit ses camarades soldats, écrit : « Sans vous, sans les innombrables fragments de souvenirs, d’expériences et de peurs qui font de vous un être unique – et pourtant dans le même temps, vous rendent très semblable à tous les hommes et les femmes que vous côtoyez au quotidien – sans vous ce livre ne pourrait pas exister. Car vous êtes profondément impliqué dans cette histoire. Vous en êtes le protagoniste. Vous êtes l’homme qui a survécu et qui attend, debout devant son poste de secours rudimentaire dressé dans la vallée, d’apprendre si ses camarades sont encore en vie…ou s’ils sont morts ».

     La démarche du reportage se révèle au fur et mesure des photos pour dépasser le champ du regard et traduire l’émotion. Peu à peu, le photoreportage sur la guerre de Corée tisse des similitudes avec le film Full Metal Jacket dans lequel Stanley Kubrick avait cherché à faire méditer sur une émotion et sur le processus même de la guerre. Il en résulte un corpus photographique en noir et blanc saisissant de vérité et imprégné d’un besoin de témoignage.

 

Göksin SIPAHIOGLU –

Les événements de Mai 68 à Paris

 

 

[ Photo : Des étudiants et des militants syndicaux occupent une salle de la Sorbonne ]

 

     Avant d'avoir été le grand patron-fondateur de l'agence Sipa Press, Göksin Sipahioglu était photographe. L'intérêt particulier de ses images sur les événements de mai 68 réside dans la fraîcheur de son regard. Regard d'un journaliste étranger au microcosme parisien.

 

     Le regard de Göksin Sipahioglu est riche de par la diversité des images qu’il a rapporté des événements de Mai 68 à Paris et de par les thèmes abordés. Les barricades sont certes présentes mais des photographies de la manifestation pro-gaullienne (qui avait rassemblé près de 1 million de personnes) également.

      Le noir et blanc donne ici toute la couleur de cet événement. Des réunions d’étudiants à des affrontements de rue avec les policiers (remarquable photographie d’un policier seul face à des manifestants), chaque instant semble s’être immobilisé pour témoigner.

 

Pierre GONORD – A l’épreuve du portrait

 

     Pierre Gonnord a débuté la photographie en autodidacte à l'adolescence en raison de sa fascination pour les grands maîtres du portrait en peinture et en photographie.
Depuis 2001 il a concentré sa recherche sur des personnages qui conservent une relation très forte avec le monde de l'apparence et plus récemment il s'est intéressé aux portraits de modèles issus de l'immigration ou de métissage des cultures. Après avoir mené un travail remarquable sur les gitans sévillans, il a reçu une commande du Ministère de la Culture et de la Communication pour rendre compte de la personnalité de la communauté gitane de Perpignan.

     Tout comme les expositions centrées sur l’esthétique et l’art photographique, l’exposition de Pierre Gonord rend compte de la diversité du travail photo-journalistique. Ce regard permet de saisir les multiples possibilités de traiter une autre forme d’actualité et de saisir des tendances qui suscitent l’intérêt. Les communautés marginales sont aujourd’hui au cœur d’une réflexion autour de l’intégration et de l’identité culturelle : Comment cette distinction est aussi une affirmation de la singularité ? La mondialisation, loin d’être un moule de standardisation, semble offrir une nouvelle possibilité à l’affirmation identitaire de chaque habitant du monde. Cette identification se fait certes sur des codes largement diffusés mais elle traduit aussi un espace de réaffirmation communautaire. Les portraits de Pierre Gonord saisissent cette identité qui pratique pleinement son existence et cultive sa différence.


Brent STIRTON – Parc National Virunga (Congo)

 

[ Photo : Les habitants du parc Virunga pleurent la mort du chef gorille et ramènent sa dépouille au village pour lui rendre hommage ]

 

     Le parc national des Virunga est le plus ancien du continent africain. Il abrite le gorille de montagne, espèce en voie de disparition. Dans cette région déchirée par la guerre, le parc des Virunga est la seule source de bois de feuillu susceptible de donner un charbon de bois de bonne qualité. Les producteurs de charbon de bois profitent de l'occupation rebelle pour mener leur commerce illégal en toute discrétion. La situation est d'autant plus compliquée que le parc est occupé par deux grandes factions rebelles : la CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple) du rebelle congolais, le général Laurent Nkunda, et leurs ennemis jurés, le FDLR (Forces Démocratiques de Libération du Rwanda) Interhamwe, génocidaires Hutu qui résident dans les forêts des Virunga depuis leur expulsion après le génocide du Rwanda. Brent Stirton a reçu le Visa d’Or 2008 dans la rubrique « Magazine » pour ce photoreportage pour Newsweek et National Geographic.

 

     Le 23 juillet 2007 s’est déroulé le plus important massacre de primates en voie de disparition depuis plus de 40 ans. Le chef gorille Senkekwe (photo ci-dessus), mâle de 240 kilos, a fait parti des victimes en voulant protéger son groupe. Ce massacre n’est pas anodin car il s’inscrit en lien avec l’industrie illégale de production de charbon de bois. La pègre locale a affirmé son pouvoir sur la zone à travers ce massacre. Les photos explorent différents espaces comme la zone de Bukima, le quartier général Rumangabo. La zone autour du volcan Nyiragongo, ancienne principale attraction touristique devenue aujourd’hui une poudrière abrite des fours pour cuire du charbon illégal. Le reportage aborde aussi le camp de réfugiés de Kibumba, dans la région de Goma, car le secteur du parc des gorilles est occupé par la faction rebelle du CNDP dirigé par le général congolais Laurent Nkunda et la faction FDLR. Les photos montrant les patrouilles de gardes forestiers au bord du lac Edouard mettent en perspective l’hostilité ambiante qui règne.

     Saisissant ce massacre de primates dans un univers de chaos où chaque pas conduit vers toujours plus d’incertitude (comme le montre la photo de cette femme, de dos, qui part chercher du charbon illégalement et qui a 90% de chance d’être abattu à tout moment), Brent Stirton traduit en fait l’instabilité complète et terrifiante qui se déroule actuellement en République Démocratique du Congo. Réalisé en juillet 2007, ce photoreportage montre avec acuité les conséquences d’un désordre où l’existence y est réduite à l’état de survie. Ce que nous indique aussi le reportage suivant…

 

Cédric GERBEYAHE – Congo in Limbo

 

 

[ Photo : Le chef rebelle congolais Laurent Nkunda ]

     En République Démocratique du Congo (RDC), une décennie de conflits armés a laissé un pays exsangue. Aujourd'hui encore, la population continue de souffrir au quotidien des conséquences du conflit, des maladies, de malnutrition et du sous-développement, mais aussi du fait des violences meurtrières qui se poursuivent. Le nombre total des déplacés est estimé aujourd'hui à plus de 800 000 personnes. Les accords de paix de janvier 2008 n'ont rien changé. Les civils sont toujours les premières victimes et les groupes armés ainsi que les militaires congolais continuent à exploiter illégalement les ressources naturelles et à se servir des profits engrangés pour alimenter le conflit.

     Avec ce photoreportage de Cédric Gerbehaye, nous poursuivons l’exploration de la situation actuelle en République Démocratique du Congo. La photo ci-dessus représente Laurent Nkunda, chef rebelle congolais à la tête du CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple), dans son fief, les collines du Masisi. Les instantanés qu’a rapportés Cédric Gerbehaye traduisent une véritable ambiance chaotique. Les photos montrent par exemple des déplacés trouvant refuge, par exemple, au couvent de Fataki en Ituri. Leurs maisons ont en effet été brûlés suite aux combats entre le FNI (Front des Nations Intégrationnistes) et le FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) dont les membres sont peu ou non payé et fonctionnent donc sur une économie de pillages. 80% des exactions commises sont le fait des militaires.

     En 2007, 437 000 personnes ont dû fuir leurs villages à cause des combats, des viols, de l’enrôlement forcé d’enfants et d’exactions. A ce titre, les enfants-soldats qui sont désarmés et démobilisés perdent un statut et une identité. Dans ce chaos se déroule aussi les tensions hiérarchiques, la reconnaissance sociale et la perte instantanée de toute maîtrise sur son propre destin. Ainsi, des camps de fortune, comme celui de Bulengo près de Goma, servent de refuge. A cela s’ajoute le développement de ferveurs sectaires qui ont consacré la main mise de l’église adventiste. Quelques photographies de prière de masse du pasteur Sony Kafuta Rockman de l’Eglise de l’Armée de l’Eternel, au stade des martyrs à Kinshasa, traduisent la recherche de repères de tout un peuple qui opére chaque jour la tentative de la survie.


Enrico DAGNINO –

Violence post-électorale au Kenya

 

 

     La violence des affrontements au Kenya oppose les partisans de Raïla Odinga, malheureux candidat de l'ethnie Luo à la présidentielle, à ceux du président réélu, Mwai Kibaki, accusé d'avoir « volé » un scrutin controversé et surtout des terres au profit des membres de sa tribu, celle des Kikuyus. Cette révolution n'avançait pas en brandissant des fleurs ou des écharpes, mais frayait sa route à coups de machette et de casse-tête. Les politiciens qui ont joué des vieilles rancœurs ethniques pour gagner leurs voix ont évidemment trouvé le moyen de se partager le gâteau. Les touristes reviennent et leurs tours operators ont retrouvé sans peine les chemins contournant la mer des taudis.

     Ce reportage présente avant tout les origines de ces violences post-électorales. La misère de Nairobi, entourée des plus grands bidonvilles d’Afrique de l’Est, n’est pas étrangère à ces violences. A ce propos, Enrico Dagnino écrit : « Pas la moindre trace de goudrons, ni des 6% de croissance affichés en 2006 par l’Etat Kenyan sur ces murs vérolés, dans ces rues boueuses où s’agglutinent des millions de personnes qui survivent avec moins d’1 $/jour ». Les photographies mettent ainsi en scène les attaques et les incendies de biens Kikuyus par les Luos. Ces types de violences, qui se sont déroulés en réaction à l’élection présidentielle la plus contestée de l’histoire du Kenya, sont partis des bidonvilles de Nairobi.

     Sans doute faut-il regretter, dans cette exposition au sujet intéressant, la présence d’une photographie numérique couleur qui ne donne aucune profondeur de champ ni aucune épaisseur. L’urgence du témoignage, fort utile, a peut-être primé.




[1] Extrait d’un poème de Goethe cité par ZWEIG Stefan, Le Monde d’hier, Bermann-Fischer, Verlag AB, Stockholm, 1944 (Edition utilisée : Paris, Belfond, 1993), p.15



*******


Nous interrompons ici le compte-rendu de Dante. La dernière partie de celui-ci fera l'objet d'un prochain article, très prochainement (probablement demain, en fait).


Cordialement, :-)


Hyarion.

P.S. : Votez Cthulhu (quand même).

 
(Illustrations : Détail du tableau Gala nue regardant la mer qui, à une distance de dix-huit [ou vingt] mètres, se transforme en portrait d'Abraham Lincoln (Hommage à Rothko) [Première version], huile sur papier photographique [1975-1976] par Salvador Dalí, Figueras, Teatre-Museu Dalí, Fundació Gala-Salvador Dalí ; Photographies illustrant le compte-rendu de Dante : ©DR)

Par Hyarion - Publié dans : Musées et expositions
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Jeudi 23 octobre 2008 4 23 10 2008 20:49
Ce nouvel article n'était pas prévu au programme, mais une discussion sur Internet avec l'alias Sauron hier, 22 octobre, en aura finalement provoqué la rédaction. N'ayant, depuis un bon moment maintenant, plus guère le temps de réagir ici à tous les faits d'actualité qui se présentent, je n'ai, de facto, pas eu beaucoup l'occasion d'évoquer la politique gouvernementale en matière d'environnement à la suite du fameux "Grenelle de l'Environnement", ces Etats généraux destinés à engager la France dans une "révolution verte", "Grenelle" qui a eu lieu il y a un an environ maintenant et dont il avait été question ici, à l'époque, sur le présent blog, dans un précédent article, daté du 26 octobre 2007 et intitulé "Grenelle de l'Environnement : beaucoup de bruit pour pas grand-chose ?". Aussi, lorsque Sauron - dont on connait bien maintenant l'aversion prononcée pour tout ce qui touche à l'écologie politique - m'a déclaré hier soir que le Grenelle de l'Environnement était un "Grenelle de la connerie", je me suis dit que c'était peut-être l'occasion d'évoquer ici le sujet une nouvelle fois, fusse de façon forcément très succinte, vu que j'ai d'autres projets d'articles sur le feu depuis longtemps, et même depuis trop longtemps maintenant...

Rappelons brièvement donc les évènements...
Le 7 octobre dernier, le projet de loi d'orientation du Grenelle de l'Environnement est arrivé à l'Assemblée Nationale, près d'un an après le "Grenelle" proprement dit. A cette date, le moins que l'on puisse dire, c'est que le bilan concret dudit "Grenelle" n'était pas des plus riches, comme en témoignait la dépêche de l'AFP qui suit :

Grenelle An 1 : les bons points et les autres


Sur les 268 engagements du Grenelle de l'environnement, une poignée a été mise en oeuvre, d'autres sont au point mort, mais la plupart sont suspendus à l'adoption des lois Grenelle dont la première est désormais entre les mains des députés.

Voici l'état d'avancement des principales mesures:

* MESURES DEJA ENGAGEES :

- OGM: la France a suspendu en février 2008 la seule culture commerciale génétiquement modifiée, le maïs MON810 et obtenu en juin l'accord de ses partenaires européens pour une révision des procédures d'homologation des OGM en faveur de l'environnement.

En mai, le Parlement a adopté la loi qui reconnaît le "droit de produire avec ou sans OGM". Mais le Haut Conseil sur les biotechnologies n'est toujours pas en place.

- BONUS-MALUS automobile: en vigueur depuis le 1er janvier, il a permis de favoriser l'achat de voitures faiblement émettrices de CO2 (moins de 130 g/km) et de freiner celui des plus polluantes. La mesure a été efficace mais a coûté cher au budget de l'Etat, conduisant le gouvernement à différer son extension à d'autres produits.

- BIODIVERSITE : le projet minier de la montagne de Kaw en Guyane, dont les associations avaient dénoncé l'impact dévastateur sur l'environnement, a été officiellement arrêté en janvier.


* EN SUSPENS : beaucoup de dispositions restent suspendues à l'adoption de la loi Grenelle 1 dont l'examen parlementaire commence cette semaine, et plus encore à la loi Grenelle 2, qui en détaillera la mise en oeuvre :

- BATIMENT: la loi Grenelle 1 vise une réduction de la consommation énergétique du bâti existant de 38% d'ici 2020: dans le neuf, la norme "basse consommation" (moins de 50 kWh/an/m2) serait imposée dès 2012. Mais un amendement parlementaire risque de torpiller cette ambition.

Le projet de loi de finances prévoit un écoprêt à taux zéro et des crédits d'impôts (y compris sur la main d'oeuvre) pour encourager la rénovation thermique.

- TRANSPORTS : engagement à réaliser 2.000 km de lignes à grande vitesse (LGV) nouvelles d'ici 2020 et 2.500 km supplémentaires à "long terme", de renforcer les transports urbains et de développer le fret ferroviaire.


Le projet de loi de finances prévoit une "taxe poids-lourd" appliquée sur le réseau non-autoroutier.

- AGRICULTURE : l'objectif de porter la part du bio à 6% des surfaces cultivées en 2013 (contre 2% actuellement) et à 20% en 2020, bénéficie du doublement du crédit d'impôt octroyé aux exploitations bio dans le projet de loi de finances. Mais c'est la seule mesure concrète à ce jour.

Le gouvernement a présenté son plan pour diviser par deux "si possible" l'usage des pesticides en dix ans.

- BIODIVERSITE : le projet de "trame verte/bleue" d'ici 2012 permettant la circulation des espèces animales et végétales sur le territoire est à l'étude grandeur nature en Alsace ; mais le projet de loi n'enjoint les documents d'urbanisme qu'à "tenir compte" de ces corridors.


* EN PANNE :

- La "Contribution climat-énergie" (ou taxe carbone) a été renvoyée à un groupe de travail jamais réuni à ce jour ; le débat sur la fiscalité écologique ciblant les produits polluants et énergivores a tourné court.

- Les bilans carbone de l'Etat et des administrations ont été à peine lancés dans les ministères.

- En dépit du gel des grands projets autoroutiers et aéroportuaires, le projet d'A65 Pau-Langon (en Gironde) a été confirmé ainsi que celui de l'aéroport du Grand-Ouest à Notre-Dame-des-Landes (Loire atlantique).

(Dépêche de l'Agence France Presse, 7 octobre 2008, 16h28)

En ce qui concerne la loi sur les OGM, adoptée au printemps dernier, j'avais eu l'occasion d'en parler dans un précédent article, daté du 25 avril 2008 et intitulé "Sarko-show : suite du feuilleton...", mais en avouant alors manquer d'éléments pour apprécier la situation en profondeur... Des OGM , il pourrait sans doute encore en être question dans le présent article, tant le sujet reste l'objet de débats sans fin, comme mes lecteurs ont pu le constater en lisant les échanges - parfois vifs - des commentateurs du présent blog au bas de certains de mes articles... Mais de toute façon, le temps me manque en ce moment... Aussi, me contenterai-je, à présent, d'évoquer, par l'intermédiaire de deux dépêches de l'AFP, l'évènement de ces derniers jours, à savoir l'adoption, mardi dernier, 21 octobre, de la loi d'orientation du Grenelle de l'Environnement par une écrasante majorité des députés, qu'ils soient de droite ou de gauche...

Le Grenelle voté à l'Assemblée grâce au soutien inédit des députés PS


Le projet de loi sur le Grenelle de l'environnement a été voté mardi [21 octobre] en première lecture à l'Assemblée dans une quasi "union nationale" grâce au soutien - inédit depuis le début du quinquennat Sarkozy - des députés PS.


"Plus de 520 votes, c'est historique!", s'est félicité le ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo à l'issue du vote de ce texte à une écrasante majorité (526 oui, 4 non, tous d'élus communistes).

"Aujourd'hui, on peut dire que la magie du Grenelle continue à opérer", a-t-il estimé, en évoquant "un grand texte nécessaire en Europe, à un moment où l'Europe et certaines parties du monde hésitent sur la voie à suivre".

"Il ne résout pas tout. Ce n'est que la feuille de route, mais je rappelle qu'elle a été conçue par les industriels, les syndicats, les ONG, les villes, l'Etat, elle a été conçue par tout le monde", a-t-il souligné.

Loi d'orientation, le "Grenelle 1" rappelle des objectifs à long terme, tels que la division par 4 des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050 (par rapport à 1990), et définit des objectifs à moyen terme sur les secteurs-clés que sont le logement, les transports ou encore l'énergie.

Remanié après l'adoption de quelques 350 amendements, le texte couvre un vaste champ, allant de mesures concrètes telles que le retrait de la vente à compter de 2010 des ampoules à incandescence, à certains principes généraux, tels que renversement de la charge de la preuve en matière d'environnement ou protection de la biodiversité.

Lundi soir, Nicolas Hulot avait appelé les députés à "un vote unanime" sur ce texte qui constitue, selon lui, une étape importante pour "amorcer la mutation écologique de la France".

Le défenseur de l'environnement aura été presque entendu: les socialistes ont dit oui au texte à la quasi-unanimité, même si on compte également 21 abstentions (17 députés PCF, un socialiste, deux PRG et un MoDem).

"Nous vous disons chiche ! Dans un contexte où la crise écologique est occultée par la crise financière, il faut envoyer un signal fort à nos concitoyens", a déclaré le député PS, Philippe Tourtelier, pour justifier le vote de son groupe.

"Les questions environnementales demeurent incontournables, nous voterons donc ce texte en première lecture aujourd'hui, mais comptez sur notre vigilance, nous prenons date et nous jugerons sur pièces", a-t-il néanmoins prévenu.

"Nous ne mégoterons, ni ne négocierons notre soutien à un texte d'une telle importance (...) car nous soutenons son objectif stratégique qui est de désengager la France le plus rapidement possible de la dépendance au tout-pétrole", a lancé Jean Dionis du Séjour (Nouveau Centre).

"Ce texte aurait pu être une bonne loi", a ironisé Yves Cochet (Verts), tout en incitant le gouvernement a réaliser "encore un effort pour être écolo".

Le "Grenelle 1" doit être décliné concrètement par le "Grenelle 2", en cours de finalisation, qui devrait être transmis dans les semaines qui viennent au Conseil d'Etat.

Début septembre, de nombreuses fuites sur son contenu ont contribué à alimenter une vive polémique sur le coût réel du Grenelle dans un contexte de marasme économique.

Les arbitrages sont par conséquent attendus avec impatience par les différents acteurs du Grenelle.

Petit bémol mardi: en plein vote sur le Grenelle 1, la commission des Finances a adopté un amendement UMP visant à réduire le malus automobile pour les familles de trois enfants et plus. Elle a toutefois aussi décidé l'instauration d'une taxe sur les sacs plastiques.

Les Verts ont estimé mardi que le projet de loi voté mardi en première lecture, était un "souriceau" qui n'était "guère plus qu'une politesse faite à l'environnement".

Le Grenelle de l'environnement a été "sans conteste le plus gros travail de co-élaboration lancé ces dernières années en matière environnementale", mais "la loi Grenelle 1 qui sort de l'Assemblée nationale aujourd'hui en est un reflet bien faible face aux enjeux écologiques", précisent les Verts dans un communiqué.

Concédant "quelques « plus »" comme "la disparition d'ici 2010 des lampes à incandescence, quelques milliers de kilomètres de TGV promis ou un début de paiement au poids de déchets produits", les Verts considèrent cette loi comme "un épiphénomène déjà loin des soi-disant « révolutions » ou même « mutations » promises" par le ministre de l'Environnement Jean-Louis Borloo.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 21 octobre 2008, 20h11)


Les principaux points du Grenelle de l'environnement

[Voici les] principaux points du projet de loi Grenelle 1 voté mardi [21 octobre] en première lecture à l'Assemblée nationale.
Loi d'orientation, elle fixe une série de grands objectifs qui seront déclinés en particulier dans le "Grenelle 2", en cours de finalisation.

- Climat :

La lutte contre le changement climatique est inscrite comme un objectif central du texte, avec la confirmation de l'engagement de diviser par quatre les émissions françaises de gaz à effet de serre entre 1990 et 2050

- Biodiversité :


Elaboration d'une "trame verte", sorte de corridor écologique, dont l'objectif est de faciliter la circulation des espèces - plantes et animaux - afin de protéger la diversité du vivant. Elle devra être "prise en compte" dans les documents d'urbanisme et les schémas d'infrastructure.

Le principe de "compensation" de biodiversité est retenu, visant à "rétablir les effectifs des espèces ou variétés menacées et les superficies des milieux auxquels il a été porté atteinte"

- Impact environnemental des infrastructures :

Le renversement de la charge de la preuve est retenu. Pour les décisions publiques susceptibles d'avoir une incidence "significative" sur l'environnement, les procédures de décision seront révisées pour privilégier les solutions respectueuses de l'environnement, "en apportant la preuve qu'une décision plus favorable à l'environnement est impossible à un coût raisonnable"

- Bâtiments :

A partir de 2012, toutes les constructions neuves devront présenter une consommation d'énergie primaire inférieure au seuil de 50 kwh par mètre carré et par an. Ce seuil pourra être "modulé" pour les énergies qui présentent "un bilan avantageux" en termes d'émissions de gaz à effet de serre, c'est-à-dire l'électricité, essentiellement d'origine nucléaire en France

- Transport :


Construction de 2.000 km de lignes ferroviaires nouvelles à grande vitesse d'ici 2020.

Mise en place d'une taxe poids-lourds, ou "éco-redevance" à compter de 2011 sur le réseau national.

- Energie :


La part des énergies renouvelables dans la consommation d'énergie finale devra atteindre 23% en 2020.

Les ampoules à incandescence seront retirées de la vente à compter de 2010.

- Déchets :


Réduction de la production d'ordures ménagères de 5kg par personne et par an pendant 5 ans. Diminution de 15% d'ici 2012 de la quantité de déchets résiduels à incinérer ou stocker.

- Agriculture :

La surface agricole utile en agriculture biologique devra atteindre 20% en 2020 (6% en 2012). Le crédit d'impôt en faveur de l'agriculture biologique sera doublé dès 2009.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 21 octobre 2008, 17h41)


L'adoption de la loi d'orientation du Grenelle de l'Environnement à l'Assemblée Nationale en première lecture est assurément un succès pour Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa et pour le gouvernement. C'est surtout, à mon avis, un succès personnel pour Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie, qui a apparemment porté à bout de bras ce fameux "Grenelle", malgré la désinvolture proverbiale de son ministre de tutelle, l'opportuniste Jean-Louis Borloo. Après les difficultés qu'elle a rencontré au moment du passage du projet de loi sur les OGM devant les députés au printemps dernier, difficultés que j'avais évoqué dans un précédent article déjà cité, la jeune secrétaire d'Etat, qui est également un des trois secrétaires généraux adjoints de l'UMP, se retrouve à présent en assez bonne position au sein du gouvernement. A mon avis, même si je peux toujours me tromper, il y a fort à parier que lors du prochain remaniement gouvernemental, au début de l'année 2009, Nathalie Kosciusko-Morizet obtiendra un bon portefeuille ministériel, forcément plus important que le poste de sous-ministre qu'elle occupe pour l'instant. Ainsi va la vie des gouvernements... Nous verrons bien, en tout cas...



Pour le reste, rien de bien transcendant à signaler... On peut comprendre ceux qui considèrent que le projet de loi du "Grenelle" adopté mardi dernier n'aille pas assez loin en matière de politique environnementale. On peut aussi comprendre que le fait que la majorité des députés socialistes se soit ralliée à ce projet, après s'être systématiquement opposée par voie parlementaire à presque toutes les réformes du gouvernement en place, puisse laisser certains perplexes. Peut-on parler dès lors de "Grenelle de la connerie", comme l'a fait Sauron ? Peut-être, mais à vrai dire, mes sentiments sur ce point sont partagés... D'un côté, il y a quelque chose qui m'agace profondément dans l'époque que nous vivons : le fait de s'extasier à propos des progrès faits en matière de politiques environnementales dans le monde, alors que lesdits progrès correspondent à des actions qui auraient déjà dû être réalisées il y a dix, quinze ou vingt ans, voire plus ! Personnellement, je n'ai pas attendu que les politiciens et les médias de masse s'intéressent soudain à l'écologie pour être sensibilisé aux problèmes environnementaux, et notamment, par exemple, à l'importante question de la biodiversité et de la protection des espèces animales et végétales menacées d'extinction. On ne se plaindra pas que les préoccupations environnementales occupent désormais davantage de place dans nos sociétés consuméristes obsédées par le pognon et les apparences, et cependant, je ne peux pas m'empêcher de penser qu'un tel phénomène - ne fut-il peut-être, pour l'instant, qu'un phénomène de mode - arrive bien tard... D'un autre côté, s'il est vrai que loi d'orientation du Grenelle de l'Environnement ne va sans doute pas assez loin dans bien des domaines, on peut néanmoins considérer qu'au fond, c'est toujours ça de pris, même si la route reste encore bien longue en matière de politique environnementale. Quant à l'attitude des députés socialistes, elle n'est sans doute pas contestable en soi, mais elle pose la question de l'attitude la plus efficace à adopter face à un gouvernement en place lorsque l'on représente l'opposition. La gauche de gouvernement traverse en ce moment une période de transition des plus turbulentes. Le changement de direction du Parti Socialiste devra se décider au prochain Congrès du PS, à Reims, le mois prochain, et de fait, pour le moment, il ne faut pas s'étonner que l'attitude de l'opposition, majoritairement représenté au Parlement par les socialistes, ne paraisse pas animée par un grand sens de la stratégie. Je ne crois pas que les députés socialistes avaient particulièrement intérêt à voter contre, ou même seulement à s'abstenir, vis-à-vis du projet de loi du "Grenelle" adopté mardi : si le fait d'avoir voté à une large majorité ce projet de loi permets d'être en mesure, par la suite, de mettre un peu en veilleuse les critiques de la droite au pouvoir dénonçant l'opposition stérile et systématique à tout ce que fait le gouvernement, eh bien, ma foi, ce n'est pas forcément complètement idiot, même si ce n'est évidemment pas cela qui pourra donner la crédibilité nécessaire à l'opposition pour incarner une véritable alternative au sarkozysme triomphant, ce régime où, depuis le début, les borgnes règnent sur les aveugles...


Au moment de terminer la rédaction de cet article, une nouvelle explosive vient de me parvenir. Elle concerne une poupée vaudoue à l'effigie de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, poupée vaudou dont le peuple de France, très ému, a récemment découvert l'existence dans le commerce. En vérité, quoi de mieux pour conclure ? ;-)

Sarkozy assigne en justice une société qui vend des poupées vaudoues à son effigie


Après une action contre Ryanair et des plaintes dont la dernière contre Yves Bertrand, ex-patron des RG, Nicolas Sarkozy a saisi jeudi la justice pour cette fois faire retirer de la vente une poupée vaudoue à son effigie.


Cette action intervient au moment où un Mayennais comparaissait jeudi [23 octobre] pour "offense au chef de l'Etat" devant le tribunal correctionnel de Laval, pour avoir brandi une affichette "Casse toi, pauv'con" au passage du président en août.

L'objet du litige devant le TGI de Paris est une petite poupée bleue de 20 centimètres de hauteur et l'affaire sera plaidée vendredi [24 octobre] à 15H00.

Depuis le 9 octobre, la maison d'édition K&B commercialise un coffret contenant cette poupée, un lot de 12 aiguilles, ainsi qu'un ouvrage de 56 pages intitulé "Nicolas Sarkozy, le manuel vaudou".

Outre une biographie humoristique de M. Sarkozy, le manuel propose "un grand nombre de sortilèges magiques" et invite le lecteur à planter des aiguilles sur la poupée à son effigie.

Au coffret bleu Nicolas Sarkozy, tiré à 20.000 exemplaires et vendu 12,95 euros, répond un coffret rouge Ségolène Royal, tiré à 12.000 exemplaires.

Sur les poupées représentant M. Sarkozy figurent des inscriptions faisant référence à des épisodes ou des formules controversés de son parcours politique, comme le mot "racaille" dont M. Sarkozy avait qualifié des jeunes de banlieues défavorisées, ou encore le "Casse-toi pauv'con" lancé au salon de l'Agriculture à un homme qui avait refusé de lui serrer la main.

Sur celles de Mme Royal sont inscrits "Vive le Québec libre" ou "Justice chinoise", allusions à des déclarations controversées de la socialiste sur la "souveraineté" de la province canadienne ou sur la "rapidité" de la justice chinoise.

Plutôt amusée, l'ex-candidate PS à la présidentielle n'a pas jugé bon de poursuivre l'éditeur. "Ca reste ludique, et je pense qu'il faut quand même garder le sens de l'humour", a-t-elle déclaré mardi [21 octobre] sur RTL, voyant dans ce commerce "la rançon de la notoriété".

"Ségolène Royal a bien ri et donc le mauvais sort est conjuré!", a renchéri jeudi son avocat, Me Jean-Pierre Mignard, confirmant ne pas vouloir saisir la justice.

Nicolas Sarkozy lui a pris l'affaire au sérieux. Dès le 16 octobre, son avocat, Me Thierry Herzog, a adressé un courrier à la société Tear Prod, dont dépendent les éditions K&B, réclamant le retrait de ces poupées.

Face au silence de l'entreprise, le chef de l'Etat l'a assignée pour "violation du droit à l'image". Il réclame le retrait de la poupée et demande à Tear Prod, en redressement judiciaire depuis mars, un euro symbolique.


Jeudi, les éditions K&B relativisaient la chose. Dans un communiqué, elles évoquaient la réaction mesurée de Mme Royal et estimaient les demandes de M. Sarkozy "totalement disproportionnées compte tenu de l'aspect ludique et humoristique du Manuel".

Nicolas Sarkozy est le premier chef de l'Etat français à aller en justice pour des atteintes à son image et à sa vie privée.

La première remonte à février. Il avait alors gagné un procès contre la compagnie aérienne Ryanair qui avait publié, à des fins publicitaires, sans autorisation, une photo de son couple.

Le même mois, il avait déposé une plainte contre le Nouvel Observateur pour l'évocation d'un SMS prétendument adressé à son ex-épouse Cecilia. La plainte a été retirée après des excuses du journaliste.

Dernier affaire en date: une plainte pour "dénonciation calomnieuse" contre Yves Bertrand, ex-patron des RG, après la publication d'extraits de ses "carnets" dans la presse.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 23 octobre 2008, 16h23)

La France, comme dirait Jacques Chirac, c'est un beau pays, un merveilleux pays... ;-)


Cordialement, :-)

Hyarion.

P.S. : Votez Cthulhu !

(Illustrations : Etude. Torse, effet de soleil, huile sur toile [1875-1876] par Pierre Auguste Renoir, Paris, Musée d'Orsay ; Nathalie Kosciusko-Morizet et Jean-Louis Borloo le 13 mai 2008 à l'Assemblée nationale à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©Stéphane de Sakutin/AFP ; Des TGV à la gare de Montparnasse à Paris, en novembre 2007, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Stephane de Sakutin ; La secrétaire d'Etat à l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet [à droite] et son ministre de tutelle Jean-Louis Borloo, le 21 octobre 2008 à l'Assemblée Nationale à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Patrick Kovarik ; Une grenouille en Normandie, en mai 2007, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/PUY/Archives/Christian Puygrenier ; Un train à grande vitesse -TGV- du réseau Rhône-Alpes, le 26 avril 2006, photographie de l'Agence France Presse, ©Martin Bureau/AFP/archives ; Des panneaux solaires à Bitterfeld-Wolfen, en Allemagne, en juillet 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Barbara Sax ; Des poubelles débordant d'ordures début 2006 à Lyon, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Jean-Philippe Ksiazek ; La secrétaire d'Etat à l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet [à gauche] face au ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo, le 15 octobre 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Stephane de Sakutin ; Un champ d'éoliennes, photographie de l'Agence France Presse, ©DDP/AFP/Michael Urban ; Une poupée vaudoue à l'effigie de Nicolas Sarkozy, livrée avec son manuel d'instructions, photographie de l'Agence France Presse, 22 octobre 2008, ©AFP ; Poupée vaudoue à l'effigie du président français Nicolas Sarkozy, photographiée le 22 octobre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Franck Fife)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 2 (2008-2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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Mardi 21 octobre 2008 2 21 10 2008 16:42
Quel monde merveilleux que celui dans lequel nous vivons ! Si absurde, si bête, si minable, et pourtant si passionnant ! Tyrannie de l'urgence, tyrannie des apparences : tel est le régime auquel ce monde reste aujourd'hui condamné... C'est beau. C'est magnifique. Les mots me manquent... ;op
Ce mois-ci, dans certaines rues de Toulouse, comme ailleurs en Occident depuis quelques semaines, on peut voir de grandes affiches publicitaires sur lesquelles l'actrice américaine Eva Mendes pose nue, vendant ainsi sa beauté, comme tant d'autres avant elle, pour inciter la masse des consommateurs à se procurer un produit dont elle n'a pas besoin, en l'occurence ici un parfum très cher, trop cher sans doute, évidemment, mais qui ne peut être que désirable, je suppose, puisqu'il est associé à un nom de marque prestigieux, celui de Calvin Klein. Au fond, la seule chose qui soit désirable dans ces affiches publicitaires, c'est le corps voluptueux d'Eva Mendes, et rien de plus, du moins est-ce mon opinion... Que voulez-vous, je suis un assez mauvais client en matière de publicité : je suis capable de mémoriser parfaitement les slogans et les images des pubs, mais sans pour autant avoir quasiment jamais l'envie d'acheter les produits dont lesdites pubs ventent les mérites... Avec moi, la pub rate assez souvent son effet, car elle suscite assez rarement chez moi le désir d'acheter... Du nouveau parfum "Secret Obsession" de Calvin Klein, je n'ai que faire, bien entendu, mais je mettrais volontiers la belle Eva Mendes dans mon lit si l'occasion se présentait : la pub a ainsi su susciter mon attention, mais sans me donner envie d'acheter son parfum pour autant, quand bien même il s'agirait de l'offrir à quelqu'un, vu qu'il s'agit d'un parfum pour femme... Bien sûr, parfois, en ce qui me concerne, les publicités fonctionnent : il m'est ainsi arrivé, par exemple, d'être sensible aux publicités ventant les mérites de l'épaisseur triple du papier toilette Moltonel... mais sans pour autant que cela m'incite à acheter exclusivement du papier toilette Moltonel, vu qu'il existe des marques de papier toilette qui sont moins chères à l'achat, sans forcément être moins méritantes que Moltonel quant à la qualité de l'épaisseur du papier... Bref, les effets de la pub sont assez variables sur moi, mais je constate que depuis quelque temps maintenant ces effets se font de moins en moins sentir... Notre époque, faite de crise du capitalisme financier, et faite surtout de chômage en expansion, explique peut-être cela... Comprenne qui pourra, en tout cas...


Mais avec de telles considérations sur le paradis consumériste qui est le nôtre, j'en
viendrais presque à oublier l'objet du présent message... En vérité, on me presse d'évoquer ici l'actualité de ses derniers jours sur le présent blog, alors que je suis enlisé, depuis quelques semaines, dans la rédaction de ma série d'articles sur les choses que j'ai vu à Paris et aux alentours en septembre dernier. En attendant d'être éventuellement en mesure de vous proposer quelque-chose d'un peu consistant sur mes récents souvenirs de visites parisiennes, je propose à mes lecteurs les dépêches de l'AFP contenant les nouvelles les plus bouleversantes auxquelles j'ai dû faire face ces derniers jours... L'actualité est si riche en évènements, en ce moment, que le choix de ces dépêches, vous vous en doutez, chers lecteurs, a été des plus difficiles... mais j'ai néanmoins réussi à faire une sélection : j'espère que vous apprécierez ces nouvelles exceptionnelles à leur juste valeur... ;-)

Commençons par une nouvelle qui a sans doute dû intéresser le grand couturier Paco Rabanne, s'il a été mis au courant de cette histoire... aboslument extraordinaire, comme dirait l'autre...


La crise financière mondiale était inscrite dans les astres


Pour l'astrologue-financier indien Raj Kumar Sharma, la déconfiture financière mondiale était inscrite dans les astres. C'est même le combat entre Saturne et le Lion qui a précipité la faillite de la banque américaine Lehman Brothers.

Depuis Bombay, la capitale économique de l'Inde, M. Sharma s'est bâti une jolie réputation en prédisant les évolutions des indices boursiers de New York, Londres ou Tokyo en fonction de l'alignement des planètes.

Et n'allez pas chercher d'explications rationnelles à la crise bancaire internationale, assène le devin de 48 ans: "Le Lion est le signe zodiacal du Soleil et le Soleil symbolise le père dans l'astrologie indienne", explique doctement M. Sharma.

"Mais le fils du Soleil, Saturne, ne s'entend pas avec son père. Dès qu'ils sont en contact, ils se chamaillent et mettent les marchés en péril", poursuit-il.

A la fin avril, Saturne est rejoint dans la constellation du Lion par Ketu, une "planète fantôme" de la mythologie hindoue représentant l'échec et le manque de richesses. Saturne et Ketu s'affrontent alors comme des "dragons" et M. Sharma voit poindre la bourrasque financière. Fin juin, l'arrivée de "Mars en Lion", selon l'expression des astrologues, attise les flammes de la déroute qui s'annonce sur les marchés financiers.

Mais la première grande victime bancaire tombe en septembre lorsque Saturne retrouve le Lion."C'est pour cela que Lehman Brothers a dégringolé", assure M. Sharma, à propos de la banque d'affaires américaine qui a fait faillite il y a un mois.


L'astrologie védique sert à presque tout en Inde: du choix du prénom d'un nouveau-né aux
décisions de déménager ou d'ouvrir un bureau.

"Nous, les astrologues indiens, pensons que tout est influencé par l'énergie cosmique et les étoiles", rappelle M. Sharma, qui fournit depuis 16 ans des horoscopes aux opérateurs boursiers de Bombay. "Vous ne pouvez pas échapper au froid de la Lune ou à la chaleur du Soleil. Vous ne pouvez donc pas échapper à l'influence de Jupiter, Saturne, Mercure ou Vénus", avance-t-il.

Christopher Kevill, rédacteur d'une chronique sur l'astrologie financière dans le journal indien Daily News and Analysis croit aussi aux liens très forts entre le positionnement des planètes et les aléas des Bourses.

"Les gens ont des horoscopes. Les entreprises et les actions boursières aussi", a-t-il répondu par courriel depuis Toronto au Canada.

Et la tourmente boursière actuelle se lisait dans les astres, confirme-t-il.


"Par exemple, lorsque Saturne est à 150 degrés d'une autre planète, nous sommes dans un état d'incertitude voire de crainte", dit-il.

Les deux astro-financiers sont bien pessimistes pour l'avenir.

"Le rebond des Bourses va faire long feu et les marchés vont replonger", pronostique M. Kevill. "La crise va continuer pendant deux ou trois ans", prédit même M. Sharma. "D'ici à 2010, je vois les marchés 50% plus bas que leurs niveaux actuels", renchérit son confrère.

(Dépêche de l'Agence France-Presse, 15 octobre 2008, 10h58)

Comme quoi, finalement, tout s'explique... Mais la nouvelle suivante est assurément encore
plus bouleversante...


Le Capital de Karl Marx se vend bien en ces temps de crise financière


Les ventes du Capital, l'ouvrage majeur de Karl Marx, sont en "claire augmentation" en ces
temps de crise financière, a dit Jörn Schütrumpf de la maison d'édition Karl-Dietz-Verlag dans une interview mercredi [15 octobre].

"Marx est de nouveau à la mode", "la demande pour ses oeuvres est en claire hausse", a dit M. Schütrumpf au quotidien Neue Ruhr Neue Rheinzeitung.

La maison d'édition berlinoise a vendu le premier tome du livre Le Capital cette année à 1.500 exemplaires, contre par exemple 500 en 2005. "Les ventes vont continuer à augmenter davantage encore" d'ici la fin de l'année, a assuré l'éditeur.

Les lecteurs sont issus d'"une jeune génération d'érudits qui a dû reconnaître que les promesses néo-libérales ne se sont pas réalisées", a-t-il souligné.

Le ministre allemand des Finances Peer Steinbrück en personne avait fait référence à Marx fin septembre dans le cadre de la crise financière.

"Certaines parties de la théorie de Marx ne sont pas si fausses" comme celle que le capitalisme finit par s'auto-détruire à force d'avidité, avait-il dit dans une interview à l'hebdomadaire Der Spiegel.

Karl Marx, né en 1818 à Trèves en Allemagne, était un philosophe célèbre pour sa critique du capitalisme et sa vision de l'histoire comme résultat de la lutte des classes, à l'origine du marxisme.

En 1867, il a publié le premier tome de son ouvrage majeur Le Capital, dans lequel il entendait démontrer les contradictions du capitalisme. Il a laissé des brouillons des deux tomes suivants avant de mourir en 1883 à Londres.

(Dépêche de l'Agence France-Presse, 15 octobre 2008, 09h42)


Sur fond de crise, les livres de Marx ne se sont jamais si bien vendus



Effet de mode ou quête de sens face à la crise économique ? Les livres de Marx ne se sont en
tout cas jamais si bien vendus, affirme Jörn Schütrumpf, éditeur allemand spécialisé dans la littérature communiste.

"Depuis 2005, mon chiffre d'affaires ne cesse d'augmenter", affirme cet homme tout de noir vêtu à la barbe soignée, directeur des éditions berlinoises Karl Dietz Verlag, dans son stand de la Foire du Livre de Francfort qui se tient jusqu'à dimanche [19 octobre].

Derrière lui, son "bestseller": une édition très soignée à la couverture bleu sombre du "Capital", la "bible" du marxisme, rédigée par Karl Marx et Friedrich Engels, dont la première partie est parue en 1867.

"En 2005, j'en ai vendu 500 exemplaires, puis 800 en 2006, et 1.300 en 2007. Sur les neuf premiers mois de l'année 2008, j'en suis déjà à 1.500. Les chiffres en valeur absolue ne sont pas impressionnants, mais la progression, si", déclare à l'AFP cet éditeur engagé, en proposant des petits gâteaux russes.

"Bien sûr, il y a un effet de mode, surtout beaucoup de jeunes qui achètent le livre mais ne le liront jamais vraiment, car c'est une lecture extrêmement ardue et exigeante", affirme-t-il, alors que derrière lui s'affichent de grands portraits du philosophe allemand ou de la figure emblématique du socialisme allemand Rosa Luxembourg.

"Mais je discerne aussi un vrai mouvement de retour à la lecture de Marx", se réjouit Jörn Schütrumpf.

Alors que le monde est au bord de la récession, il affirme: "une société qui ressent à nouveau le besoin de lire Karl Marx, c'est une société qui se sent mal."

(Dépêche de l'Agence France-Presse, 17 octobre 2008, 11h53)

L'oeuvre de Karl Marx est bien entendu fort intéressante, et mérite que l'on s'y intéresse... à condition que l'on ne considère pas tout ce qu'il a écrit comme parole d'Evangile. Personnellement, je le répète encore une fois, je ne suis pas capitaliste, mais je ne suis pas non plus marxiste : les approches désespéremment systémiques du monde comme il va, ça n'est vraiment pas ma tasse de thé... Marx doit être lu, mais pas plus ni moins que les autres grands philosophes occidentaux. Le phénomène de mode autour de l'oeuvre de Marx a, en tout cas, assurément quelque chose d'artificiel : est-il possible qu'il puisse y avoir un jour autant d'engouement de la part du public pour les oeuvres de Platon, Aristote, Marc Aurèle, Descartes, Kant, Kierkegaard, Schopenhauer, Nietzsche ? Je n'en suis pas du tout certain... Encore une fois, comprenne qui pourra...

Terminons cet article par une nouvelle plus politique, à la limite du "politico-people"
pourrait-on dire, mais qui n'en est pas moins, elle aussi, absolument bouleversante, vu qu'elle concerne un ancien ministre socialiste de l'Economie (du gouvernement Jospin), Dominique Strauss-Kahn, surnommé "DSK" en France, qui a été, rappelons-le, nommé en septembre 2007 à la tête du Fond Monétaire International (FMI) siégeant à Washington, sur proposition du président (de droite) Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa.

Affaire DSK : les socialistes circonspects, les strauss-kahniens méfiants


Les socialistes ont commenté avec circonspection la mésaventure survenue à l'un de leurs
ténors, Dominique Strauss-Kahn, au coeur d'une enquête sur un épisode de sa vie privée, dont le calendrier de révélation trouble ses proches, en pleine tempête financière.

Très présent et actif dans cette crise, prospérant dans les sondages en France, l'ex-ministre est visé par une enquête interne au FMI qu'il dirige, sur les conditions de départ d'une collaboratrice avec laquelle il a eu une aventure d'une nuit, selon ses proches.

L'entourage de DSK s'attache à déminer : le directeur général n'a rien changé à son rythme de travail, multipliant réunions et consultations; l'enquête était de mise pour dissiper des rumeurs enflant dans les couloirs du Fonds; il attend avec sérénité le rapport commandé par le comité d'éthique du FMI à un cabinet d'avocats.

"Pas de plainte, pas de plaignante, pas de préjudice", résume-t-on.

Au PS, la prudence est de mise. On rappelle que mis en cause dans l'affaire MNEF qui l'avait contraint à quitter Bercy [en 2000], DSK avait été totalement disculpé un peu plus tard.

Les plus neutres ont été deux chefs de file, Martine Aubry ("No comment sur une affaire que je ne connais pas et qui paraît relever de la vie privée") et Bertrand Delanoë ("Lorsque les faits ne sont pas établis, je ne veux pas que l'on jette l'opprobre").

L'ex-Premier ministre PS Michel Rocard a "complètement exclu" lundi [20 octobre] que Dominique Strauss-Kahn ait pu commettre un abus de pouvoir, et affirmé que "personne ne songe à poser une morale islamique ou « chariatesque » sur les fonctionnaires" du FMI.

"J'espère que cette enquête sera rapide", a-t-il ajouté, affirmant avoir "la plus grande confiance" en Dominique Strauss-Kahn.

"Si l'enquête sort en disant qu'il n'a pas commis d'abus de pouvoir, rien ne se passe, tout est normal et personne ne songe à poser une morale islamique ou « chariatesque » sur les fonctionnaires du Fonds monétaire international", a-t-il dit.

"S'il a commis un abus de pouvoir, il sera obligé de démissionner, je présume, mais ça me paraît complètement exclu, c'est un homme très expérimenté et qui sait ce qu'il fait", a ajouté le député européen.

Plus chaleureux, François Hollande, Premier secrétaire sortant, a rendu hommage à l'homme de Washington : "tout le monde reconnaît que c'est un bon directeur de FMI". De même, l'ex-ministre Jack Lang a salué "une personnalité reconnue" à qui il fait "confiance".

Mais l'hommage le plus vibrant est venu...du gouvernement et de son porte-parole UMP, Luc Chatel, pour qui DSK s'est montré "à la hauteur" dans la crise fiancière.

Candidat à la tête du PS, Benoît Hamon a simplement observé qu'il s'agissait "d'une affaire de vie privée, les Etats-Unis ne sont pas la France".

Ségolène Royal a été - en creux - plus incisive : "j'espère qu'il sera blanchi dans cette histoire, parce que sinon, pour la réputation du sérieux et de la compétence de la France, ce serait très embêtant"...


Les strauss-kahniens s'étonnent que l'affaire éclate aujourd'hui, alors que les conclusions de l'enquête qui, ils en sont persuadés, disculpera leur champion, devraient être connus sous peu.

Marie-Pierre de La Gontrie, première vice-présidente de la région IDF, se demande "pourquoi une histoire qui n'en est vraisemblement pas une, éclate à un moment ou le FMI en général et Dominique en particulier, jouent un rôle majeur".

"Qui ça dérange, la régulation ?", demande la députée parisienne Sandrine Mazetier, à propos du rôle accru que DSK veut voir jouer au FMI.

"Dans le chaudron de la finance internationale, l'idée d'avoir Dominique Strauss-Kahn, homme compétent et qui a idées précises sur la nécessité de régulation du monde financier, peut justifier le fait qu'il n'a pas que des amis", glisse le député Jean-Marie le Guen.

Bien que proche de Ségolène Royal, le porte-parole du PS Julien Dray partage l'analyse : "on n'est pas loin d'une petite manip"...

DSK n'a-t-il pas prêté le flanc à la critique par cette aventure extra-conjuguale ? "Un : j'en sais rien. Deux : je m'en fous. Trois, il ne serait pas le seul", tranche une strauss-kahnienne.

Le directeur du FMI a pu en tout cas compter sur le soutien de son épouse. Très "Hillary" dans la tempête "Monica", Anne Sinclair a gravé sur son blog: "nous nous aimons comme au premier jour".

(Dépêche de l'Agence France-Presse, 20 octobre 2008, 15h12)

Une crise financière inscrite dans les astres, un philosophe allemand théoricien de la lutte des classes qui, 125 ans après sa mort, continue de vendre des livres, et un Dominique Strauss-Kahn qui s'est apparemment pris pour Bill Clinton, une fois installé à Washington, dans le cadre d'une affaire privée qui ne regarde que lui (comme c'était aussi le cas pour Clinton en son temps) : voila ce que j'appelle une actualité particulièrement... émouvante... ;o)

Cordialement, :-)

Hyarion.


P.S. : Votez Cthulhu.


(Illustrations : Affiche publicitaire pour le parfum "Secret Obsession" de Calvin Klein, avec l'actrice Eva Mendes posant nue, 2008, ©DR ; Quatre paquets de neuf rouleaux de papier toilette Moltonel, sans date, ©DR ; Collision entre deux galaxies, saisie par les télescopes spatiaux Hubble et Chandra X-Ray, le 27 août 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP ; La bourse de New York le 14 octobre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Stan Honda ; Portrait photographique du philosophe et théoricien Karl Marx [1818-1883], ©Roger-Viollet/Archives ; Couverture d'une édition en allemand du Capital de Karl Marx, Hambourg, 1872, ©Roger-Viollet/AFP ; Le directeur du FMI Dominique Strauss-Kahn à Paris le 6 octobre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Franck Fife ; Le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, le 9 octobre 2008 au siège du FMI, à Washington, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Getty Images/Alex Wong)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 2 (2008-2009)
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Samedi 4 octobre 2008 6 04 10 2008 21:05
Avant d'éventuellement poursuivre ma série d'articles sur les choses que j'ai vu le mois dernier à Paris et aux alentours (j'ai peu de temps pour cela en ce moment), je propose ici un compte-rendu de la sixième République des Blogs (RdB) de Toulouse, qui a eu lieu hier, vendredi 3 octobre, tant bien que mal. Arrivé peu après 18h30 au bar Le Ferdillon, lieu habituel de la RdB, j'ai constaté que ledit bar était fermé, contre toute attente. Rejoint sur place quelques minutes plus tard par un de mes lecteurs, Dante, nous avons attendu quelque temps devant le bar, en nous demandant si nous allions être les seuls présents ce soir... Heureusement, peu après 19h00, un troisième participant est arrivé : l'un des co-organisateurs de la RdB, Monsieur Poireau (http://monsieurpoireau.blogspot.com/), aussi connu comme étant Monsieur Filaplomb éditeur (http://filaplomb.blog.20minutes.fr/). Ensemble, après avoir attendu encore un peu devant le bar, dans le froid et dans le vent, nous nous sommes finalement réfugiés à l'intérieur du bar du Fer-à-Cheval, situé de l'autre côté de la place toulousaine du même nom, nous installant à une table d'où nous pouvions voir arriver d'éventuels autres participants. Personne, hélas, ne nous a rejoint. Nous n'étions donc que trois. Pour Monsieur Poireau, dont s'était la dernière RdB à Toulouse, car il part ce mois-ci s'installer à Bruxelles pour y poursuivre l'aventure de sa maison d'édition - les éditions Filaplomb -, un constat s'est vite imposé : la sixième RdB de Toulouse sera probablement la dernière pour tout le monde. D'abord parce que Monsieur Poireau s'en va, et ensuite parce la blogueuse "M.", l'autre co-organisatrice, absente hier soir et qui a d'ailleurs récemment mis fin à son dernier blog en date ("Toulouse by blogs"), doit vraisemblablement faire face à trop d'occupations de son côté pour pouvoir continuer à s'occuper, seule, d'organiser les rendez-vous. Moi-même, je ne peux pas prendre la responsabilité de les organiser, ayant à faire face, moi aussi, à trop d'occupations de mon côté pour me le permettre... L'aventure semble donc bel et bien se terminer, un peu plus de huit mois après la première édition de la République des Blogs de Toulouse, le 26 janvier dernier. C'est un peu triste, mais c'est comme ça. Qui sait, peut-être que les réunions de blogueurs politiques toulousains reprendront un jour, sous une autre forme...
Cette probable dernière RdB aura tout de même été l'occasion, pour les trois participants présents, de discuter à bâtons rompus sur les sujets les plus divers. L'actualité du moment, c'est, bien entendu, la crise du capitalisme financier, et tout particulièrement la crise boursière et bancaire, d'abord survenue aux Etats-Unis d'Amérique avant de toucher également l'Europe et le monde entier, et dont il ne se passe pas un jour, depuis au moins deux ou trois semaines, sans que les médias n'en parlent. Tout ce merdier financier, tout droit sortie d'une Bourse de Wall Street dépourvue de sens, d'un système bancaire américain aberrant, et, de façon plus générale, d'une "logique" du capitalisme financier mondial plus inexistante que jamais, ne pouvaient qu'avoir des conséquences pénibles pour tout le monde, y compris pour la France. Notre pays, en effet, selon les prévisions de l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) publiées hier, 3 octobre, subira cette année de plein fouet l'impact de la crise internationale, avec une récession au second semestre réduisant la croissance à seulement 0,9% en 2008, ainsi qu'un pouvoir d'achat rongé par l'inflation et la faiblesse du marché du travail (41300 chômeurs supplémentaires se sont inscrits à l'ANPE au mois d'août dernier), sans oublier la crise immobilière. Assurément, l'actuel chef de l'Etat français, auto-proclamé "président de la valeur travail", et également prétenduement qualifié "président du pouvoir d'achat", a du souci à se faire...


Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa a d'ailleurs eu beau prononcer, le 25 septembre dernier, un grand discours économique à Toulon, devant un public tout acquis à sa personne, discours à l'occasion duquel il a dénoncé les dérives du capitalisme financier et reconnu la gravité d'une crise qui suscite "la peur" tout en s'engageant à protéger les Français de ses effets et à continuer les réformes, les faits sont là : la France s'enfonce cet automne dans la récession - la deuxième en seize ans -, sur fond de crise financière mondiale et après l'annonce de nombreuses suppressions d'emplois par les grands groupes industriels. Gageons que l'opportuniste Sarkozy, au nom de la valeur "élection", ne tardera plus guère à mettre définitivement aux oubliettes ses promesses en matière de pouvoir d'achat et de "valeur travail", pour vite passer à autre chose, et essayer de détourner l'attention des électeurs vers d'autres sujets, par l'intermédiaire d'autres beaux discours, plus creux les uns que les autres... comme d'habitude.


En tout cas, l'actuelle crise financière, si elle paraissait être un sujet incontournable, n'a pas occupé l'essentiel de nos discussions lors de cette sixième RdB, loin s'en faut. Nous avons parlé, en effet, de beaucoup d'autres choses... et notamment de la situation de la gauche en France, et en particulier, bien entendu, de la situation du Parti Socialiste. Le 6 novembre prochain, les adhérents du PS (dont je fais partie) sont censés devoir se prononcer sur différentes motions d'orientation, contenant chacune une proposition de ligne politique à adopter au prochain congrès du parti, qui se tiendra à Reims du 13 au 16 novembre et qui précèdera la désignation d'un nouveau premier secrétaire du PS quelques jours plus tard. Aujourd'hui, on sait que les adhérents du parti devront se prononcer sur quatre textes principaux (soit quatre motions) placés sous la bannière de grands pontes dudit parti : le maire de Lille Martine Aubry (avec les fabiusiens, des strauss-kahniens et le Nord-Pas-de-Calais), le maire de Paris Bertrand Delanoë (soutenu notamment par le premier secrétaire sortant François Hollande et le strauss-kahnien Pierre Moscovici), la présidente de la région Poitou-Charentes Ségolène Royal (associée à des "barons" socialistes locaux, de Lyon et des Bouches-du-Rhône notamment), et enfin le député européen Benoît Hamon (représentant l'aile gauche du parti réunifiée pour l'occasion, soutenu par Henri Emmanuelli et Jean-Luc Mélanchon). Pour être complet, signalons qu'il existe aussi deux autres motions, également en lice: celle du "pôle écologique", né en janvier 2008, et celle d'"Utopia". A en croire le blogueur socialiste Chouka, qui en avait parlé sur son blog "Jardins Politiques", le courant "Utopia", défini comme étant un groupe "dadaïste" se présentant comme étant "contre la valeur travail", me paraissait a priori sympathique, et je n'excluai pas de pencher de leur côté à l'heure du choix. Mais lorsque j'ai appris que "Utopia" était "pour la régularisation de tous les sans-papiers", je me suis dit que ce groupe ne valait pas mieux que les autres courants du PS. En vérité, il n'a rien de dadaïste : son positionnement tend à se rapprocher d'un gauchisme particulièrement convenu. Un vrai groupe dadaïste n'aurait pas stupidement - et démagogiquement - réclamé la "régularisation de tous les sans-papiers", il aurait bien plutôt exigé la suppression de tous les papiers d'identité, quels qu'ils soient ! Et ça, cela aurait vraiment été de nature à séduire l'anarcho-monarchiste que je suis ! ;-) Du reste, moi et les deux autres participants de la RdB avons volontiers convenu que des vrais dadaïstes ne se seraient pas arrêtés en si bon chemin et auraient également exigé la dissolution de la police ! ;-))) Toujours est-il qu'aujourd'hui, en tant qu'adhérent au PS, je suis bien embêté : aucune motion n'a a priori ma faveur. En tant qu'anarcho-monarchiste, ni capitaliste, ni marxiste, il faut dire que je suis un peu pris entre deux feux : entre un capitalisme complaisamment cautionné par certains socialistes se disant "réalistes", et un marxisme plus ou moins revendiqué à demi-mots par certains autres socialistes se disant "vraiment de gauche"... Monsieur Poireau, qui n'est pas membre du PS, penche d'office pour la tendance Hamon/Emmanuelli, mais moi, je n'ai pas encore choisi... et je ne sais pas si je réussirai un jour à choisir ! Nous verrons bien...
Moi, Dante et Monsieur Poireau avons également parlé de la dernière prestation scénique de Ségolène Royal, le samedi 27 septembre dernier, au Zénith de Paris, prestation qui a été diversement apprécié au PS, et surtout beaucoup critiqué par tous ceux qui n'aiment pas Royal au sein dudit PS... Il est vrai qu'après les accusations qu'elle avait elle-même porté, au début du mois de juillet, contre le pouvoir gouvernemental en place à la suite d'un mystérieux cambriolage de son domicile, près de Paris, le 27 juin dernier, Royal a traversé une sorte de période d'éclipse médiatique, laissant derrière elle l'image peu flateuse d'une personne accusée de paranoïa par ses adversaires suite à cette affaire de cambriolage, un porte-parole de l'UMP, le très détestable Frédéric Lefebvre, ayant notamment publiquement déclaré, début juillet, que Ségolène Royal avait "pété un câble". Aussi fallait-il que Royal revienne sur le devant de la scène avec une nouvelle image, sans oublier qu'on l'attendait au tournant à l'approche du Congrès de Reims... Voici ce qui a été retenu de sa prestation du 27 septembre dans la dépêche AFP qui suit:

Ségolène Royal au Zénith pour son "rassemblement de la Fraternité"


"Je suis là aujourd'hui, je serai là demain. Rien ne me fera reculer": l'ex-candidate socialiste à l'élection présidentielle Ségolène Royal s'est posée samedi [27 septembre] en Mère Courage, apôtre des sans-grade, lors d'un "rassemblement de la fraternité" au Zénith de Paris.

 Dans la grande salle où quelque 4.000 personnes avaient pris place, entre deux prestations d'artistes venus se produire bénévolement, la présidente de Poitou-Charentes a fustigé le "système financier en folie qui s'auto-détruit sous nos yeux", "un monde sans règles".

Elle a délivré un message d'espoir: "non au cynisme, non à la résignation", et appelé à "relever la tête".


Dans un discours de 45 minutes, souvent interrompu par des salves d'applaudissements et des "Ségolène... Ségolène....", elle a appelé la gauche à "se ressaisir". Pour elle, "la gauche doit être là malgré ses imperfections, la gauche doit être là pour faire émerger cette nouvelle France qui attend qu'on la réveille".

"Nous avons en commun de vouloir un autre monde", a-t-elle lancé, faisant scander le mot "fraternité" par ses partisans. "On commence à comprendre qu'il faut radicalement changer le système", a-t-elle dit, sans jamais citer le nom du président Nicolas Sarkozy.

 Défenseur des luttes sociales, elle s'est interrogée: "A quand l'interdiction de délocaliser et de licencier avec obligation de rembourser les aides publiques si l'entreprise fait des bénéfices ?".

Arpentant la scène, à la manière d'une actrice, avec une gestuelle affirmée, souriant, riant parfois, elle s'était délestée de certains attitudes figées de sa campagne.


"Elle a trouvé cette liberté de ton et d'allure qu'elle a cherchée pendant la campagne", résumait le député Jean-Louis Bianco.

Le registre était également personnel. Elle s'est posée en victime du pouvoir mais aussi de certains de ses camarades du parti, évoquant "la « riante » primaire, la « courtoise » présidentielle, les « gentils » coups bas, les « tendres » attaques, les « doux » cambriolages, les « amicales » pressions et les charmantes épreuves personnelles". Allusion à peine voilée à sa séparation d'avec François Hollande.

A propos du cambriolage de son appartement, elle a stigmatisé "les porte-flingues de l'Elysée".

En tunique de soie bleue, sur un jeans, cheveux nouvellement ondulés, elle est apparue radieuse, assortie au bleu du mot "fraternité" qui s'affichait derrière elle.

La présidente de Poitou-Charentes souhaitait organiser ce grand rassemblement "au service de la gauche" pour remercier ses soutiens dès le lendemain de son échec, mais il a finalement lieu alors que s'engage la bataille pour la conquête du Parti socialiste.

Mme Royal avait invité tout l'état-major du PS, mais seuls ses plus proches comme Jean-Jack Queyranne, président de la région Rhône-Alpes, l'eurodéputé Vincent Peillon, étaient de la fête, tout comme l'homme d'affaires Pierre Bergé qui finance ses activités.

Avec drapeaux tricolores, calicots, les militants venus de toute la France avaient parfois ressorti les tee-shirts de la campagne de 2007 ("La France présidente").

Durant quatre heures, les artistes se sont succédé sur scène: Trust, Benjamin Biolay, Hervé Vilard, Da Silva, Cali... De courts sketches notamment du Théâtre du Soleil d'Ariane Mnouchkine, de petits films rythmaient la soirée. Le chanteur Yannick Noah a adressé un message de soutien, depuis les Etats-Unis.

Un lâcher de confettis devait clore en couleurs ce show politique d'un type nouveau.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 27 septembre 2008, 23h40)

A vrai dire, je ne me suis pas vraiment intéressé à cet "évènement majeur" jusqu'à ce que l'un de mes lecteurs, Sauron, ne vienne me titiller sur le sujet dans un commentaire laissé au bas d'un précédent article du présent blog... A la RdB, j'ai répété ce que j'avais répondu à Sauron : Ségolène Royal m'a paru, à première vue, physiquement bizarrement transformée, et politiquement complètement à côté des clous (ou de la plaque, si vous préférez). Sa tunique, ses cheveux ondulées, sa gestuelle théâtrale, et l'ambiance apparemment un peu mystique de sa réunion publique au Zénith de Paris, m'ont, je l'avoue, fait penser au personnage de la magicienne Médée, qui, trahie par le héros grec Jason, tua les enfants qu'elle avait eu avec lui... Après tout, n'a-t-on pas prétendu, fort malicieusement, que Ségolène Royal aurait déclaré, à l'occasion de la dernière campagne présidentielle française, à son futur ex-compagnon François Hollande, "si tu vas chercher Jospin pour me faire barrage, tu ne reverras jamais tes enfants" ? ;o) Cela dit, comme je l'ai précisé à Sauron dans ma réponse à son commentaire, n'est pas la Médée furieuse de Delacroix qui veut ! ;-)


Monsieur Poireau, pour sa part, nous a tout de suite déclaré que la présentation physique et la prestation formelle de Ségolène Royal ce jour-là, "on s'en fout !" Et c'est vrai que, au delà de l'anecdote, tout cela n'a pas grande importance, même si a priori le surprenant numéro scénique de Royal m'a, au début, à la fois inquiété et laissé perplexe, tout en suscitant chez moi une forme d'ironie (pour ce qui est du reprochement avec Médée). Monsieur Poireau s'est dit statisfait, sur le fond, qu'elle se soit montré offensive face à ses adversaires, et sur la forme, constaté qu'elle avait fait un effort certain pour casser son image un peu guindée qui avait été la sienne durant sa campagne de candidate à la présidence de la République l'année dernière. Il est vrai que, sur le principe, cet effort de Royal pour faire évoluer son image est parfaitement louable, même si sa prestation, en général, ne m'a pas convaincu... Nous verrons bien, en tout cas, comment l'ancienne candidate socialiste à l'élection présidentielle de 2007 évoluera par la suite, tant sur la forme que sur le fond...

Dans un tout autre registre, nous avons parlé du Festival international de photojournalisme de Perpignan, "Visa pour l'Image", qui s'est déroulée cette année du 30 août au 14 septembre derniers, et qui proposait plusieurs expositions de photographies au public, expositions que Dante a visité entre le 12 et le 14 septembre, d'où son absence à la cinquième RdB de Toulouse. Signalons que ledit Dante a réalisé un riche compte-rendu de ses visites lors de ce Festival perpignanais, compte-rendu qui sera publié in extenso sur le présent blog, prochainement.

Nous avons également parlé de la prochaine élection présidentielle aux Etats-Unis d'Amérique. Le 4 novembre prochain, les électeurs américains voteront pour des délégués chargés d'élire le futur président de la première puissance mondiale. Deux "tickets", on le sait, sont en lice, chaque "ticket" comprenant un candidat à la présidence et un co-listier candidat à la vice-présidence : d'un côté, il y a le démocrate Barack Obama, avec Joseph Biden (dit Joe Biden) comme colistier, et d'un autre côté, il y a le républicain John McCain, avec Sarah Palin comme colistière. Pour le moment, la compétition a l'air assez indécise, même si Obama semble avoir un avantage pour l'instant sur McCain d'après les sondages, qui, bien entendu, valent ce qu'ils valent...


Personnellement, si Hillary Clinton, la sénatrice de New York et épouse de l'ancien président Bill Clinton (au pouvoir de 1993 à 2001), avait remporté, il y a quelques mois, les primaires démocrates face à Obama, j'aurai appelé à voter pour elle, car je garde un souvenir plutôt bon de la présidence Clinton. Aujourd'hui, pour qui afficher sa préférence ? Obama me parait bénéficier d'une adhésion un peu irrationnelle, qui n'est pas sans rappeler, toutes proportions gardées, celle dont a bénéficié Ségolène Royal en France quelques mois avant l'élection présidentielle de 2007... qu'elle a finalement perdue. Nous verrons bien ce qu'il arrivera, mais entre un "ticket" démocrate Obama/Biden au destin encore incertain et un "ticket" républicain McCain/Palin de toute façon dangereux, bien malin est celui qui peut prévoir à coup sûr qui va gagner... Soyons clairs, toutefois, sur un point essentiel : un démocrate à la Maison Blanche vaudra toujours mieux qu'un républicain à la même place, surtout après deux mandats d'un président aussi aberrant que George W. Bush (2001-2009). Néanmoins, pour ceux que le débat entre démocrates et républicains ennuie, il reste toujours une alternative : voter Cthulhu ! ;-)


Comment ? Vous ne connaissez pas Cthulhu ? Cthulhu est une créature épouvantable créé par l'écrivain américain mysanthrope, maladif, raciste et asocial Howard Phillips Lovecraft (1890-1937). Elle est apparue pour la première fois dans une nouvelle fantastique de l'auteur, intitulée L'appel de Cthulhu (1926). Qui est au juste Cthulhu ? Ou plutôt, qu'est-ce que c'est ? Pour l'espèce humaine, c'est, en fait, une sorte de cauchemar absolu, un monstre effroyable, gigantesque, vaguement anthropoïde, à la peau squameuse, avec une tête de pieuvre, des griffes aux quatre membres et deux longues ailes sur le dos. Ce monstre est censé dormir au fond de l'océan Pacifique, dans la cité sous-marine de R'lyeh, en attendant l'heure de son retour. Comme l'a écrit le blogueur cthulhuphile Lady Ada (alias le commentateur Sauron) sur son blog "Europeana", le 20 septembre dernier, Cthulhu est "le Grand Ancien créé par Howard Phillips Lovecraft pour montrer à l'homme blanc à quel point sa petitesse rend ridicules ses prétentions. Adoré par des hommes dégénérés, Cthulhu reprendra sa place en instaurant un règne de terreur."


Aujourd'hui, plus de soixante-dix ans après la mort de Lovecraft, la créature à tête de pieuvre imaginée par l'écrivain bénéficie d'une certaine popularité. Cthulhu a ses admirateurs, ses fanatiques, notamment sur Internet. Et certains vont même jusqu'à soutenir la candidature de Cthulhu à l'élection présidentielle des Etats-Unis d'Amérique, comme en témoignent, par exemple, à l'heure où j'écris, les sites http://www.cthulhu.org/ et http://meatees.myshopify.com/ (The Elder Party.com). Le grand argument des partisans de Cthulhu est très simple : pourquoi voter pour un candidat qui incarne un moindre mal, quand on peut voter pour le candidat qui incarne le cauchemar absolu ? Si vous votez aux Etats-Unis et que la candidature d'une épouvantable créature lovecraftienne vous semble être un alternative intéressante au traditionnel combat entre démocrates et républicains, alors n'hésitez pas : votez Cthulhu ! Après tout, il s'est bien trouvé un illustrateur pour considérer Cthulhu comme un dirigeant d'entreprise tout à fait crédible ! ;-) Alors, dans ses conditions, pourquoi ne pas envoyer carrément Cthulhu à la Maison Blanche ? ;o)


La sixième (et probablement dernière) RdB de Toulouse s'est terminée vers 21h00, à l'heure de la fermeture du bar de substitution où nous nous étions réfugiés. Nous avons encore discuté quelques minutes sur le trottoir, non loin du Ferdillon, toujours fermé. Nous avons parlé notamment de littérature, de poésie, de romans, de pièces de théâtre, de l'écriture et de l'édition en général, et bien sûr de nouvelles, puisque, rappelons-le, Monsieur Poireau est aussi Monsieur Filaplomb, responsable des éditions Filaplomb, spécialisées dans la nouvelle et le texte court, qui publient de petits-livres de 24 pages et de format réduit (10 x 15 cm) à commander en ligne pour une réception à domicile. Et puis, enfin, est venu le moment de se dire, tout simplement, "au revoir", et d'entonner, avant de se séparer, la célèbre chanson de campagne "Jacques Chirac Maintenant", véritable "tube" des années 1980, et dont les paroles sont inoubliables :

"[...]
Pour tous Jacques Chirac
Maintenant Président
La France doit montrer le chemin de la liberté
Liberté de travailler, de mieux vivre dans chaque foyer
Votons Jacques Chirac
En avant toute la nation
Pour tous Jacques Chirac
Maintenant Président
Ensemble maintenant
Jacques Chirac Président
[...]"



Maintenant que j'y pense, une suggestion me vient à l'esprit : un "ticket" Cthulhu/Chirac pour la Maison Blanche, à Washington, ça ne serait pas une bonne idée ? En tout cas, ça aurait de l'allure ! ;o)

Non, mon cher Sauron, inutile de me suspecter de faire preuve d'anti-américanisme : ayant une partie de ma famille qui est américaine et qui vit aux Etats-Unis, une telle suspicion, évidemment, ne peut qu'être sans fondement... ;-)

Bon, eh bien voila : la République des Blogs de Toulouse, c'est fini, semble-t-il. Monsieur Poireau et moi avons été les seuls blogueurs a être venu à toutes les éditions de la RdB depuis le mois de janvier dernier, tandis que Dante, simple lecteur et commentateur régulier de blogs, sera venu trois fois. Il y avait assurément beaucoup d'absents cette fois-ci, pour des raisons vis-à-vis desquelles je n'ai pas de jugement à porter : chacun fait comme il veut, et surtout comme il peut. La RdB de Toulouse a été, mine de rien, une aventure certes agréable, mais néanmoins difficile, un évènement que les organisateurs, "M." et Monsieur Poireau, ont porté à bout de bras pendant quelque temps, sans vrai réseau, ni grande visibilité médiatique, jusqu'à ce que les marges de manoeuvre se fassent trop étroites pour que la sixième RdB ne soit, finalement, pas autre chose que ce qu'elle a été : la réunion de trois personnes dans un bar autre que celui prévu, bar où nous avons bien bu, bien parlé et bien ri, à l'abri du froid et du vent, mais où nous avons vraiment eu le sentiment que, cette fois-ci, c'était vraiment la dernière... Pour terminer, en attendant que la fin de la RdB de Toulouse soit officiellement confirmée (ou pas ?), qu'il me soit permis de dire que ce fut, en tout cas, et en ce qui me concerne, une expérience intéressante, avec des rencontres qui l'ont été tout autant.

A bientôt, peut-être,

Amicalement, :-)

Hyarion.

(Illustrations : Détail du tableau La Garonne et l'Ariège dévalant les Pyrénées courent arroser Toulouse, huile sur toile [1906] par Edouard Debat-Ponsan [1847-1913], Toulouse, Capitole, salle du Conseil Municipal ; Le président français Nicolas Sarkozy le 2 octobre 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Philippe Wojazer ; Taux de croissance du PIB de la France par trimestre, depuis 1992, ©AFP ; Ségolène Royal lors de son meeting au Zénith de Paris, le 27 septembre 2008, quatre photographies de l'Agence France Presse, ©AFP/Miguel Medina ; Médée furieuse, huile sur toile [1862] par Eugène Delacroix, Paris, Musée du Louvre ; Le candidat démocrate à La Maison Blanche Barack Obama et son colistier Joe Biden [à gauche] le 27 août 2008 lors de la convention démocrate à Denver dans le Colorado, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Getty Images/Justin Sullivan ; Le candidat républicain à La Maison Blanche John McCain et sa colistière Sarah Palin le 4 septembre 2008 à St Paul [Minnesota], photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Getty Images/Justin Sullivan ; "Cthulhu for President 2008", placard électoral fantaisiste, diffusé sur le site The Elder Party.com ; "Spawn of Cthulhu", illustration par Michael Komarck, ©2004 fantasy flight games ; Cthulhu au bureau, par Michael Dashow, illustration, 2005, ©Michael Dashow ; Portrait officiel de Jacques Chirac, président de la République française de 1995 à 2007, photographie par Bettina Rheims, 1995)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 2 (2008-2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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