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"Sarkozy, il faut lui marcher dessus. Pour deux raisons. Un, c'est la seule chose qu'il comprenne. Deux, ça porte chance." (Jacques Chirac)


(Jacques Chirac, par Kiro)

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Dimanche 28 décembre 2008 7 28 12 2008 19:25
Certains de mes lecteurs se souviennent peut-être d'un de mes précédents articles, daté du 4 avril dernier, dans lequel j'évoquai alors une exposition intitulée "La parade des animaux", qui était présentée à Toulouse, à la Médiathèque José Cabanis. Aujourd'hui, c'est une autre exposition toulousaine proposée au public à ladite Médiathèque José Cabanis que je me permets, à présent, d'évoquer succintement ici, après l'avoir visité, le 21 décembre dernier : il s'agit d'une exposition intitulée "Edmund Dulac, Illustrations féeriques  Toulouse 1882 - Londres 1953" et consacrée à l'oeuvre d'Edmond Dulac, dit Edmund Dulac, illustrateur français naturalisé britannique de la première moitié du XXe siècle, né à Toulouse, le 22 octobre 1882, rue Montaudran (aujourd'hui rue Alfred-Duméril). Très connu en Grande-Bretagne, mais beaucoup moins en France, Edmund Dulac a été en son temps un des grands artistes du livre illustré anglais. L'exposition de la Médiathèque José Cabanis, présentée du 12 novembre 2008 au 25 janvier 2009, propose notamment aux visiteurs de découvrir les premiers travaux toulousains de Dulac ainsi que la quasi-totalité de son oeuvre d'illustrateur. Je me permets de reproduire ci-après la présentation de l'exposition faite par Sophie Galinier, doctorante en histoire de l'Art, spécialisée dans le livre illustré et l'histoire de l'illustration :

"Edmond Dulac, né à Toulouse en 1882, est l'un des illustrateurs majeurs de l'histoire de l'illustration en Grande-Bretagne au début du XXe siècle.
Dès 1905, après des études à l'École des Beaux-Arts de Toulouse et un deuxième grand prix municipal de peinture obtenu en 1903, Edmond Dulac traverse la Manche pour faire carrière dans l'illustration ; il transforme alors l'orthographe de son nom en « Edmund ». Dès son arrivée sur le sol britannique, l'artiste est honoré d'un contrat avec l'une des plus grandes maisons d'édition, J. M. Dent, pour illustrer l'oeuvre des soeurs Brontë rééditée en 6 volumes. En 1906, ses illustrations pour les Les Mille et une nuits éditées chez Hodder & Stoughton le placent immédiatement dans le firmament des illustrateurs les plus respectés et lui permettent d'exposer les originaux de chacun de ses ouvrages à la Leicester Galerie de Londres.


Les années suivantes, il illustre magistralement 'Le Tempête' de William Shakespeare (1908), les Rubàiyiàt d'Omar Khayyam (1909), les Contes de Ma mère l'Oye de Charles Perrault (1910), et enfin les Contes d'Andersen (1911) pour la maison d'édition Hodder & Stoughton. Chaque nouvel ouvrage est publié également sous forme d'éditions limitées de luxe. Celles-ci sont signées de la main de l'auteur dont la renommée ne cesse de croître. Le style de l'artiste marqué par une période dite « bleue » foisonne de scènes nocturnes, poétiques où la nature sert d'écrin aux héros et aux personnages secondaires plein d'humour, le tout dans un ensemble harmonieux, élégant et précieux.


Ce style, hérité du symbolisme, de l'orientalisme et des peintres anglais préraphaélites, en fait un artiste à part, tout comme sa grande culture enrichie d'une curiosité quasi boulimique. En effet, esprit universel, Edmund Dulac aimait à se plonger dans des domaines aussi divers que les langues orientales, l'histoire, la poésie, l'occultisme ou encore la musique. Cet intérêt pour diverses disciplines artistiques et intellectuelles explique son amitié avec quelques uns des plus grands noms du XXe siècle : le poète et homme politique irlandais William Butler Yeats, le chef d'orchestre Sir Thomas Beecham, les artistes Charles Ricketts et Charles Shannon ou encore le poète Ezra Pound.


    Au fur et à mesure des années, l'oeuvre de Dulac laisse entrevoir une grande admiration pour les arts orientaux et notamment pour la miniature persane ou l'estampe japonaise. L'année 1912 constitue un tournant dans la vie et l'oeuvre d'Edmund Dulac et ce pour trois raisons : tout d'abord, l'artiste termine l'illustration des Cloches et autres poèmes d'Edgar Allan Poe sans conteste l'une des oeuvres majeures de ce peintre aquarelliste, ensuite, celui-ci devient citoyen britannique, ce qui explique sans doute sa renommée plus importante outre-Manche, enfin, Edmund Dulac effectue un voyage en Méditerranée qui influence son style de façon notable.


    Grâce à cette croisière, il redécouvre l'art grec archaïque et tombe sous le charme du Maghreb. Ces révélations esthétiques l'incitent à rendre ses figures plus hiératiques, figées, sans indication de profondeur ou de volume tandis que les couleurs de sa palette s'éloignent des nocturnes typiques de sa période dite « bleue ». Peu à peu la géométrisation gagne les silhouettes qui se détachent sur des décors stylisés. L'évolution de son style se constate dès son retour dans les ouvrages Princesse Badoura (1913) ou Sinbad le marin (1914). La participation d'Edmund Dulac à l'effort de guerre appartient elle aussi à ce nouveau style comme en témoignent les ouvrages Edmund Dulac's Picture Book for the French Red Cross (1915) et Contes et légendes des Nations Alliées (1917).


    Au sortir de la guerre, le monde du livre illustré et de l'illustration connaît une grande crise qui ralentit la carrière d'illustrateur d'Edmund Dulac qui tâche de pratiquer son art sur d'autres supports : caricatures, couvertures pour le magazine The American Weekly, huiles sur toiles, figures de cire, dessin de mobilier, décors, costumes, médailles, billets de banque et même musique. Au cours du deuxième conflit mondial, Edmund Dulac est sollicité par le Général de Gaulle pour réaliser les timbres de la France libre dont le gouvernement est alors à Londres. Aujourd'hui encore, son timbre de Marianne est son oeuvre la plus connue du public français.


L'après guerre apporte un léger renouveau par un contrat avec l'éditeur de livres de luxe américain le Limited Edition Club. Hélas, l'artiste décède le 25 mai 1953 à Londres d'un arrêt cardiaque.
Edmund Dulac est quasiment inconnu en France, de même que son oeuvre. Seuls quelques collectionneurs de timbres, amateurs de numismatique ou bibliophiles éclairés connaissent son nom. À l'inverse, la Grande-Bretagne lui a déjà consacré de nombreuses expositions dont une chez Hartnoll & Eyre en 1970 et l'autre plus récemment à la Dulwich Picture Gallery de Londres entre novembre 2007 et février 2008 sous le titre « The Age of Enchantment - Beadrsley, Dulac and their Contemporaries 1890-1930 ».
En effet, outre-Manche, Edmund Dulac est considéré comme l'un des artistes majeurs de l'âge d'or de l'illustration, voire comme l'égal d'illustrateurs tels Arthur Rackham ou les frères Robinson.


    Il était donc temps pour Edmund Dulac de voir son oeuvre restituée au public de la ville où il est né, a grandi et a fait ses études. Tel est le but de cette exposition à la Médiathèque José Cabanis qui tente également, avec une exposition annexe, de mettre en parallèle l'artiste franco-britannique avec d'autres illustrateurs de l'âge d'or de l'illustration au Royaume-Uni."

©Sophie Galinier

Cette exposition présentée à la Médiathèque José Cabanis (1, allée Jacques Chaban-Delmas ; près de la gare de Toulouse-Matabiau), jusqu'au 25 janvier prochain, est assurément une bonne occasion de découvrir ou redécouvrir l'oeuvre d'Edmund Dulac, illustrateur aussi talentueux que méconnu, et dont l'oeuvre n'est pas sans rappeler les créations de certains artistes postérieurs (notamment anglo-saxons), que les illustrations de Dulac ont pu inspirer, notamment dans le domaine de la fantasy.

N.B. : La Médiathèque José Cabanis sera fermée au public du mardi 23 décembre au soir au dimanche 11 janvier inclus (fermeture annuelle). La réouverture aura lieu le mardi 13 janvier 2009 au matin.

Cordialement, :-)

Hyarion.


(Illustrations : Tout autour d'elle était blanc..., aquarelle par Edmund Dulac, illustration pour The Dreamer of Dreams de Marie de Roumanie, 1915 ; Illustration par Edmund Dulac pour Stories from the Arabian Nights [Contes des Mille et une nuits], racontées par Laurence Housman, 1907 ; La Princesse au petit pois, aquarelle par Edmund Dulac, illustration pour les Contes d'Andersen, 1911 ; Fairy-Land, aquarelle par Edmund Dulac, illustration pour Les Cloches et autres poèmes d'Edgar Allan Poe, 1912 ; La Princesse Badourah [ou Badoura], aquarelle par Edmund Dulac, frontispice pour Princesse Badourah. Tale from the Arabian Nights, 1913 ; Illustration par Edmund Dulac pour Au royaume de la perle de Léonard Rosenthal, 1919 ; Timbre dessiné par Edmund Dulac pour la France libre, signé "Edmond Dulac" et représentant Marianne coiffée d'un bonnet phrygien, 1942 ; Le Rêve de l'entomologiste in Le Papillon rouge de Gérard d'Ouville, aquarelle par Edmund Dulac, L'Illustration, 1909)
Par Hyarion - Publié dans : Musées et expositions
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Lundi 22 décembre 2008 1 22 12 2008 23:56
La date fatidique du 25 décembre approche, et comme chaque année à la même époque, c'est le même cirque, chacun se devant de faire de grands sourires à autrui en disant "J'adore faire les achats de Noël, parce que Noël, c'est formidable". La réjouissance obligatoire à heure fixe, année après année, a quelque chose de fatiguant, surtout dans le contexte consumériste dans lequel évoluent nos sociétés occidentales. Certes, on peut toujours rappeler que Noël est, à la base, une fête chrétienne célébrant chaque année la naissance de Jésus de Nazareth, appelée Nativité. Sa célébration à la date du 25 décembre a été fixée assez tardivement, vers le milieu du IVe siècle, dans l'Empire romain d'Occident, principalement dans le but de substituer cette célébration chrétienne aux fêtes païennes qui étaient d'usage à l'époque, comme la fête de la renaissance du Soleil Invaincu (Sol Invictus) au moment du solstice d'hiver, ainsi que les Saturnales romaines qui avaient toutes deux lieu à la même époque au mois de décembre. Cependant, depuis cette époque, au fil des siècles, la célébration de Noël a beaucoup évolué, perdant peu à peu, dans une assez large mesure, son caractère religieux. Avec la mondialisation des échanges culturels et la laïcisation de la société en Occident, les festivités liées à Noël ont, de fait, pris progressivement un caractère profane et familial, le jour du 25 décembre devenant notamment, pour beaucoup de monde, la fête où les parents célèbrent leurs enfants en leur offrant des cadeaux (en général par l'intermédiaire symbolique du personnage du Père Noël, créé au XIXe siècle et inspiré du Saint Nicolas chrétien). Cette évolution n'est pas forcément une mauvaise chose en soi, mais le fait est néanmoins que, depuis la première moitié du XXe siècle, et chaque année un peu plus jusqu'à aujourd'hui, à l'heure de la société de consommation et du marketing permanent qui caractérisent tant notre époque, ce qui aurait pu simplement rester une fête familiale avec un fondement culturel lié à l'héritage religieux chrétien de l'Occident, est devenu sans doute, que l'on veuille ou non le reconnaître, la plus grande célébration consumériste annuelle que la Terre ait connu jusqu'à présent...


Dans un contexte pareil, que pourrai-je bien recommander comme achat de Noël, ou plus exactement comme anti-achat de Noël ? Quel serait le cadeau idéal pour prendre à rebrousse poil le fameux "esprit de Noël" tant célébré à cette époque de l'année ? A vrai dire, je recommanderai bien que l'on offre, par exemple, des paquets de neuf rouleaux de papier toilette Moltonel, papier toilette dont la douceur et la triple épaisseur sont devenues légendaires, mais je me demande si un tel anti-achat de Noël serait vraiment à la hauteur de l'enjeu, en dépit des apparences... En fait, en définitive, plus j'y pense et plus je me dis : pour un Noël congru, offrez un Cthulhu ! Oui, parfaitement, un Cthulhu ! Pour ceux, parmi mes lecteurs, qui auraient déjà oublié de quoi il s'agit, je rappelle que Cthulhu est une épouvantable créature créé par l'écrivain américain mysanthrope, maladif, raciste et asocial Howard Phillips Lovecraft (1890-1937). Cette créature est apparue pour la première fois dans une nouvelle fantastique de l'auteur, intitulée L'appel de Cthulhu (1926). Il s'agit, en fait, pour l'espèce humaine, d'une sorte de cauchemar absolu : Cthulhu est un monstre effroyable, de taille gigantesque, à l'aspect vaguement anthropoïde, à la peau squameuse, avec une tête de pieuvre, des griffes aux quatre membres et deux longues ailes sur le dos. Ce monstre est censé dormir au fond de l'océan Pacifique, dans la cité sous-marine de R'lyeh, en attendant l'heure de son terrifiant retour, à l'occasion duquel les êtres humains se rendront enfin compte, avec épouvante, à quel point ils ne sont que de petites choses insignifiantes dans un monde qu'il croyaient être le leur, et qui est en fait peuplé de créatures horribles dont l'humanité ignorait jusque-là l'existence...


Je profite de l'occasion, par ailleurs, pour signaler à ceux qui seraient curieux de connaître la première nouvelle de H. P. Lovecraft dans laquelle apparait Cthulhu, que ladite nouvelle peut être lu, traduite en français, dans un recueil de nouvelles de Lovecraft intitulé Dans l'abîme du temps, réédité chez Gallimard dans la collection "Folio SF", et qui contient les nouvelles lovecraftiennes suivantes : Dans l'abîme du temps (1934), La maison de la sorcière (1932), L'appel de Cthulhu (1926), et Les montagnes hallucinées (1931).


Saviez-vous que l'imagination de Lovecraft, d'où a jailli l'effroyable entité à tête de pieuvre appelée Cthulhu, a pu sembler par moments, bien après la mort de l'écrivain, coïncider avec une certaine réalité ? Ainsi, on sait, par exemple, que la cité sous-marine fictive de R'lyeh, où est censé se trouver Cthulhu, et que Lovecraft avait assez précisément situé dans le sud de l'océan Pacifique, à plus de 3000 km au nord des côtes de l'Antarctique - les coordonnées de latitude et de longitude du lieu étant évoquées dans la nouvelle L'appel de Cthulhu -, est censé se trouver, approximativement, dans une zone qui correspond en réalité au point Némo, le point de l'océan le plus éloigné de toute terre émergée. Or, une coïncidence veut que, durant l'été 1997, dans une zone également proche du point Némo, la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) américaine ait détecté, à plusieurs reprises, un mystérieux son d'ultra-basse fréquence, d'origine inconnue : le bloop. Bien qu'il soit censé recouper le profil audio d'une créature vivante, il n'existe aucun animal connu qui pourrait avoir produit ce son. Si c'était un animal, il serait énorme, plus grand que la baleine bleue, d'après des scientifiques qui ont étudié le phénomène. Aujourd'hui, même si l'hypothèse d'une créature marine gigantesque à l'origine du bloop n'est pas la seule hypothèse valide, le mystère demeure, le son n'ayant plus été entendu depuis 1997... Et voila qu'en 2008, autre coïncidence, un rapport du Recensement de la vie marine ("Census of Marine Life") révèle que, d'une part, les requins blancs se retrouvent toujours dans le même lieu mystérieux situé dans l'océan Pacifique où ils effectuent de nombreuses plongées en profondeur, et que, d'autre part, l'Antarctique serait le lieu d'origine de l'ancêtre... des pieuvres.

Les pieuvres viennent de l'Antarctique


L'ancêtre des pieuvres vivait dans l'Antarctique voilà 30 millions d'années et les requins blancs se retrouvent toujours dans le même lieu mystérieux du Pacifique, selon quelques-unes des découvertes citées dans le 4e rapport du Recensement de la vie marine publié dimanche [9 novembre 2008].

Ce projet international lancé en 2.000 appelé "Census of Marine Life" doit être achevé en 2010 et mobilise environ 2.000 chercheurs de 82 pays.

Le 4e rapport sera officiellement rendu public à la conférence mondiale sur le biodiversité marine devant se tenir à Valence en Espagne du 11 au 15 novembre.

"La publication du premier recensement de la vie marine en 2010 représentera une étape scientifique majeure (...) en synthétisant les connaissances de l'humanité concernant les océans", relève Ian Poiner, directeur de l'Institut australien de science marine et président du comité scientifique international du recensement marin.

Ce projet représente "le programme le plus étendu et le plus complexe jamais entrepris en biologie marine", ajoute-t-il.

Dans le cadre de leurs tâches consistant à évaluer et à expliquer la diversité et la distribution de la vie passée, présente et future dans les océans, des scientifiques ont découvert la première preuve moléculaire que nombre des espèces de pieuvres des grandes profondeurs descendent d'ancêtres communs existant encore dans l'océan Antarctique.

Les pieuvres ont commencé à migrer vers de nouveaux bassins océaniques il y a plus de 30 millions d'années quand l'Antarctique s'est refroidi et que la masse de glace formée s'est agrandie contribuant à former des courants riches en oxygène vers le nord, selon le "Marine Census".

Avec des habitats isolés et différents, de nombreuses espèces de poulpes se sont développées, certaines perdant par exemple leur sac à encre défensive, devenue inutile dans l'obscurité perpétuelle des grandes profondeurs marines.

Des observations satellitaires de requins blancs auxquels on a attaché de petites balises électroniques, ont révélé des comportements jusque-là inconnus de ces animaux. Ils nagent ainsi des milliers de kilomètres dans le Pacifique chaque hiver pour se trouver en un lieu mystérieux pendant des périodes allant jusqu'à six mois.


Dans ce lieu baptisé par ces scientifiques "le café des requins blancs" males et femelles effectuent de façon répétitive et fréquente des plongées à des profondeurs de 300 mètres qui, supputent ces biologistes, pourraient être importantes pour se nourrir ou se reproduire.

Parmi les autres découvertes mentionnées dans ce rapport, les biologistes citent de nouvelles formes de vie dont une énorme bactérie et des étoiles de mer géantes.

Ils mentionnent également une faune très riche dominée par les vers Polychète et les crevettes à 4.100 mètres de profondeur dans le champ de cheminées hydrothermales actives le plus profond connu près de la dorsale Atlantique.

Les biologistes estime qu'au-delà des 16.000 espèces de poissons déjà connues de la science, environ 4.000 autres espèces restent à découvrir dont une grande partie dans les tropiques.

Jusqu'à présent, l'"Ocean Biogeographic Information System" s'est accru pour inclure plus de 120.000 espèces marines, allant des poissons, aux crustacées en passant par les coraux et des micro-organismes.

L'expansion rapide du système de référence avec des code-barres a récemment permis de révéler un étiquetage inexacte de la composition de sushis vendus à New York et ailleurs.

Des images vidéo et des photos du 4e rapport du "Marine Census" sont accessibles à l'adresse internet suivante: www.coml.org/embargo/highlights2008

(Dépêche de l'Agence France Presse, 10 novembre 2008, 14h52)

Dans un registre plus "politique", ainsi que j'ai eu l'occasion de l'évoquer dans deux de mes précédents articles, l'un daté du 4 octobre dernier, et l'autre daté du 5 novembre, Cthulhu a été candidat à l'élection présidentielle de cette année aux Etats-Unis d'Amérique. Bien qu'étant à ses débuts prometteuse, sa candidature, on le sait, s'est finalement lamentablement crashée, quelque part au milieu de nulle part, en dépit de la vigoureuse propagande en faveur de ladite candidature qui n'a pourtant pas fait défaut sur Internet pendant la campagne électorale. Cependant, ainsi que j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire, cette candidature de Cthulhu à la présidence des Etats-Unis n'était pas la première, et ne sera sans doute pas la dernière. Cthulhu reviendra. En attendant, pourquoi ne pas choisir comme cadeau à offrir à Noël un témoignage original du bon souvenir laissé par cette campagne électorale mémorable ? Depuis longtemps, Cthulhu a suffisemment d'admirateurs pour susciter un certain engouement populaire qui a abouti à la commercialisation de produits culturels à l'effigie de la célèbre créature à tête de pieuvre imaginée par H. P. Lovecraft. Parmi ces produits culturels, le plus emblématique et le plus attirant est sans doute le Cthulhu en peluche ("Cthulhu Plush" en anglais).


A bien y regarder, le Cthulhu en peluche est incontournable à l'heure de Noël. Du reste, comment résister à la tentation de l'acquérir lorsqu'on le voit ? Il est si mignon ! Avec ses 30 cm de long, le Cthulhu en peluche (version "medium") est d'une taille parfaitement adéquate pour faire parti de l'univers personnel de n'importe quel être humain, qu'il vive dans un appartement au coeur d'une grande ville ou dans une maison rurale isolée. Il peut, en outre, accompagner assez aisément son propriétaire lorsque celui-ci part en voyage, et ne peut, finalement, que s'imposer comme étant le compagnon idéal pour tout être humain en attendant le retour du grand Cthulhu. Pour ceux qui douteraient qu'une peluche à l'effigie de la fameuse créature à tête de pieuvre représente un véritable intérêt pratique (vous ferez probablement moins les difficiles quand le vrai Cthulhu sera de retour !), il faut savoir qu'il existe une alternative en matière d'achat de Noël : les pantoufles Cthulhu.


Plus difficiles à trouver que le Cthulhu en peluche, les pantoufles Cthulhu combleront sans doute les attentes de ceux qui désirent offrir un produit alliant l'utile à l'agréable. A titre personnel, je me permets toutefois de recommander plutôt l'achat d'un simple Cthulhu en peluche, plus accessible, bien moins susceptible d'être exposé aux mauvaises odeurs de pieds... et, surtout, bien plus mignon !
Cela dit, offrir seulement un Cthulhu en peluche serait peut-être insuffisant pour faire du Noël de 2008 un évènement absolument exceptionnel. Mais, dès lors, que choisir en plus ? J'aurai pu, par exemple, recommander l'achat de bouteilles de boisson Coca-Cola, dans leur version originale en verre, pour rendre hommage aux illustrations publicitaires mettant en scène le Père Noël consommant ladite boisson Coca-Cola, illustrations peintes de 1931 à 1964 par l'artiste américain Haddon Sundblom (1899-1976), dont on fêtera l'année prochaine le 110e anniversaire de la naissance... Mais la référence est, malgré tout, un peu datée, même si les illustrations de Sundblom restent encore dans toutes les mémoires...


Il me faut donc proposer un autre choix. A l'adorable peluche à l'effigie de la créature à tête de pieuvre créé par Lovecraft, je me permets donc d'ajouter comme achat de Noël fortement recommandé, le café Nespresso, et plus précisément des capsules de café Nespresso avec la  machine à café Nespresso qui va avec... Pourquoi le café Nespresso ? Tout simplement pour remercier l'acteur américain George Clooney d'avoir si bien vanté les mérites de ce café dans les films publicitaires de Nespresso abondamment diffusés à la télévision ces derniers jours...


George Clooney avec Nespresso aujourd'hui, c'est un peu comme le Père Noël avec Coca-Cola autrefois : un gage de qualité pour une valeur sûre, ce qui doit être salué comme il se doit... en faisant chauffer la carte bleue malgré le climat glacial entretenu par la crise actuelle...


Cela me fait penser, par ailleurs, que j'ai vu au cinéma, jeudi dernier, 18 décembre, le film Burn After Reading réalisé par Ethan et Joel Coen, avec les acteurs Brad Pitt et George Clooney, et que cela m'a fait plaisir de revoir enfin ledit George Clooney dans un vrai film de cinéma - particulièrement hilarant, d'ailleurs -, après l'avoir vu et entendu si souvent, ces derniers temps, dans les films publicitaires pour le café Nespresso, dans lesquels on l'entend prononcer le fameux slogan "Nespresso. What else ?"...


Bon, maintenant, on récapitule. Pour un Noël idéal en 2008, deux cadeaux s'imposent : un Cthulhu en peluche et du café Nespresso avec la cafetière Nespresso qui va avec. C'est simple, c'est beau, ça coûte un peu cher au total (environ 20 € la peluche et... 179 € la cafetière quand même : c'est le prix de la qualité...), mais c'est très tendance... ou du moins cela devrait l'être... ;-)


Ah, oui, j'allais oublier... Pendant la nuit de Noël, il n'est pas interdit de penser à son prochain au-delà du cercle de la famille et des proches. Pensez, chers lecteurs, à l'avenir de l'espèce humaine, et songez bien que la France, en particulier, a besoin de l'effort de chacun pour donner au pays le plus de futurs contribuables possibles pour essayer de rembourser la dette nationale dans les prochaines décennies (voire les prochains siècles)... en attendant le retour de Cthulhu. Par conséquent, n'oubliez pas, si vous en avez la possibilité, d'apporter une contribution (petite ou grosse) à la perpétuation de l'espèce humaine : Noël doit assurément être la fête des enfants dans tous les sens du terme... Après tout, aujourd'hui, c'est sans doute aussi ça, "l'esprit de Noël"... ;op


Comment disent-ils déjà, chez Coca-Cola ? Ah oui, celà me revient à l'esprit, maintenant : "Enjoy"... ;op

Bon Noël à tous.

Cordialement, :-)

Hyarion.

(Illustrations : Un Cthulhu en peluche, version "medium", ©DR ; Le Père Noël [Santa Claus] avec un verre de boisson Coca-Cola, détail d'une illustration [1931] par Haddon Sundblom pour une publicité de la compagnie Coca-Cola, publiée dans The Saturday Evening Post, 1931 ; Cthulhu, dans une scène inspirée de la nouvelle L'appel de Cthulhu [1926] de Howard Phillips Lovecraft, illustration de Raymond Bayless [1920-2004] ; Couverture de Dans l'abîme du temps, de Howard Phillips Lovecraft, recueil de nouvelles réédité chez Gallimard dans la collection "Folio SF" ; Une pieuvre de l'Antarctique, en 2007, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Elaina Jorgensen ; Un grand requin blanc, photographie de Brian J. Skerry, ©2006 National Geographic Society ; Un Cthulhu en peluche, version "medium", ©DR ; Une paire de pantoufles Cthulhu, ©DR ; Le Père Noël avec une bouteille de boisson Coca-Cola, détail d'une illustration [1955] par Haddon Sundblom pour une publicité de la compagnie Coca-Cola, publiée dans un numéro du magazine américain Look Magazine de décembre 1955 ; Captures vidéo de l'acteur George Clooney, dans une version d'un film publicitaire pour le café Nespresso, 2008, ©Nestlé Nespresso S.A. ; Image publicitaire pour le café Nespresso, dans le cadre de la campagne "Nespresso. What else ?", avec la participation de l'acteur George Clooney, 2008, ©Nestlé Nespresso S.A. ; Les acteurs américains Brad Pitt [à gauche] et George Clooney au Lido de Venise, avant la projection du film Burn After Reading réalisé par Ethan et Joel Coen, à l'occasion du 65e Festival International du Film de Venise, le 27 août 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©Damien Meyer/AFP/Archives ; Un Cthulhu en peluche, version "medium", et une cafetière Nespresso, ©DR ; "Playboy Christmas Cover", illustration dans le style des publicités de Coca-Cola, représentant une pin-up girl blonde en costume de Père Noël [1972] par Haddon Sundblom pour la couverture d'un numéro du magazine masculin américain Playboy de décembre 1972)
Par Hyarion - Publié dans : Lectures et écritures
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Mercredi 17 décembre 2008 3 17 12 2008 22:13
Vous souvenez-vous de Gérard Schivardi, chers lecteurs ? Cet ancien candidat à l'élection présidentielle de 2007, soutenu par le Parti des Travailleurs (trotskiste), se définissait, l'année dernière, comme "l'un des derniers vrais socialistes" (?!?!). Entre nous, encore aujourd'hui, je ne sais pas si c'était vraiment le cas, mais, par contre, depuis le temps que je m'occupe du présent blog, à défaut d'avoir identifié le dernier vrai socialiste (bien que je sois moi-même adhérent du PS, la mission me parait un peu compliquée ;-)...), j'ai eu l'occasion d'entrer en contact, en tant que blogueur, avec l'homme qui est peut-être le dernier des vrais marxistes... En cette fin d'année 2008, j'aimerai donc évoquer, le temps d'un article, celui qui me parait être un des blogueurs les plus originaux dans son genre, très iconoclaste vis-à-vis de l'extrême-gauche française telle que nous la connaissons, et qui est le seul blogueur marxiste satiriste que je connaisse : Jean-Louis Roche, auteur du blog "Le Prolétariat Universel" (http://proletariatuniversel.blogspot.com/).
Le premier contact a eu lieu pendant la campagne présidentielle de 2007, après que Jean-Louis Roche ait laissé un commentaire au bas d'un de mes articles de l'époque, daté du 29 avril 2007 et intitulé "Sarkozy de Nagy-Bocsa, alias Talonnette Ier..." (l'article en question semble, par ailleurs, apparemment toujours susciter un certain intérêt aujourd'hui...). "Pas du même bord que vous mais vous pouvez lire aussi mon blog" m'écrivait-il à l'époque. Le fait que je me définisse comme anarcho-monarchiste avait peut-être pu lui faire penser que j'étais une sorte d'"anarchiste de droite" à la manière d'un Léon Bloy... ce qui n'est pas mon cas. De plus, bien que m'étant toujours positionné à gauche sur l'échiquier politique français, j'ai commis l'erreur d'adhérer au MoDem pendant quelques mois, par anti-sarkozysme (c'était mon premier véritable engagement politique : tout le monde peut se tromper, non ?)... ce qui n'a pas sans doute pas amélioré mon image aux yeux de Jean-Louis Roche. Depuis mars 2008, je suis adhérent du Parti Socialiste, et je reste, aujourd'hui plus que jamais, positionné à gauche, résolument anti-sarkozyste et forcément opposé à la droite au pouvoir. Mais pour le camarade Jean-Louis, je me doute que cela ne suffit pas pour que je sois du même bord que lui, puisque ce qui compte à ses yeux, ce n'est apparemment pas le clivage entre la gauche et la droite, mais bien plutôt le clivage entre le Prolétaire et le Bourgeois, et donc le combat à mort entre le capitalisme et le marxisme. Or, bien qu'étant positionné à gauche, je ne suis ni capitaliste, ni marxiste... d'où un problème persistant pour savoir de quel bord je me situe aux yeux de Jean-Louis, puisqu'il considère que le PS n'est qu'un parti bourgeois, au milieu d'autres partis bourgeois n'existant qu'à travers un système électoral qui est lui-même bourgeois.


Bien entendu, dire que, pour Jean-Louis Roche, le monde se divise en deux catégories, ceux qui incarnent le Bourgeois et ceux qui incarnent le Prolétaire, serait pour le moins caricatural, et on peut s'en rendre compte en lisant attentivement les articles de son blog, où l'humour satirique est, par ailleurs, souvent présent. Mais cela dit, la référence historique de l'engagement politique du camarade Jean-Louis est très claire : il se réclame du combat "du prolétariat" et de celui "du mouvement communiste de Babeuf à Lénine"... en passant par Marx, dont il est assurément un lecteur aussi fervent qu'attentif. Très critique cependant à l'égard des "héritiers du stalinisme et de son bâtard le trotskisme", Jean-Louis Roche n'hésite pas dénoncer l'escroquerie que représente, pour tout vrai marxiste, le parti trotskiste Lutte Ouvrière (LO) d'Arlette Laguiller et la mouvance trosko-guévariste LCR/NPA d'Alain Krivine et d'Olivier Besancenot, qu'il considèrent comme étant de pathétiques "groupes gauchistes institutionnels mis en vedette par les médias" et financés grâce au système électoral de l'"hypocrite démocratie bourgeoise". Jean-Louis, lui, ne croit pas aux élections, mais à la révolution, dont il énonce les conditions sur son blog :

"CONDITIONS DE LA FUTURE REVOLUTION

1. IL NE SUFFIT PAS QUE CEUX D'EN BAS NE VEUILLENT PLUS NI QUE CEUX D'EN HAUT NE PUISSENT PLUS, IL FAUT AUSSI QUE CEUX DU MILIEU NE SOIENT PLUS COMPLICES DE CEUX D'EN HAUT.

2. L'ETAT BOURGEOIS DOIT ETRE RENVERSE PAR UNE ACTION PARALYSANTE DU PROLETARIAT, EN UNE DUREE NON DETERMINEE, A LA SUITE DE GREVES MASSIVES ASPHYXIANT COMPLETEMENT L'ECONOMIE BOURGEOISE ET PAR LA PRISE D'ARMES (LA NOTION D'INSURRECTION A DES ALLURES DE WESTERN INADEQUAT AU BOULEVERSEMENT, ENCORE VIOLENT, NECESSAIREMENT PLUS VASTE ET ETENDU DANS LE TEMPS QU'UNE SIMPLE PRISE DU PALAIS D'HIVER).

3. LE DEMI-ETAT TEMPORAIRE , SIMPLE BUREAU DE STATISTIQUES, EST SOUS LE CONTROLE ARME DES CONSEILS OUVRIERS. DISSOLUTION DES CORPS ARMES MERCENAIRES DE L'ANCIEN REGIME. SYNDICATS ET PARTIS POLITIQUES BOURGEOIS SONT INTERDITS.

4. MESURES ECONOMIQUES D'AIDE AUX PLUS DEFAVORISES RAPIDEMENT MISES EN PLACE ET REPARTITION SELON LES BESOINS VITAUX ET HUMAINS POUR EVITER TOUTE GUERRE CIVILE.

5. SUPPRESSION DE TOUTES LES HIERARCHIES ET DES DIVERS SYSTEMES DE RECOMPENSE, QUI FAVORISENT LA COMPETITION MARCHANDE ET L'ARRIVISME.

6. LA PETITE BOURGEOISIE N'OCCUPE PAS LA PLACE DIRIGEANTE DE LA REVOLUTION, LES PROLETAIRES DOIVENT VEILLER A RESTER MAJORITAIRES DANS LES ORGANES DE DECISION.

7. AUCUN PARTI NE PEUT S'ARROGER DE DECIDER A LA PLACE DES ORGANISMES DE MASSE DU PROLETARIAT.

8. LA REVOLUTION EST UN APPEL PERMANENT A LA RESPONSABILITE DU PROLETARIAT DE TOUS LES PAYS, IL N'Y A DONC NI GUERRE DEFENSIVE NI SOIT DISANT "GUERRE REVOLUTIONNAIRE" A MENER.

9. LES DESACCORDS ENTRE FRACTIONS DU PROLETARIAT OU FACE AUX COUCHES MECONTENTES DES CLASSES MOYENNES NE PEUVENT EN AUCUN CAS SE REGLER PAR UNE VIOLENCE ETATIQUE OU MILITAIRE.

10. LE BUT PERMANENT DE LA PERIODE DE TRANSITION EST DE MODIFIER RADICALEMENT LE MODE DE PRODUCTION ET DE DISTRIBUTION AFIN DE PARVENIR A L'EMANCIPATION DE L'HUMANITE, DITE PHASE DEUX DU COMMUNISME."


Après avoir énoncé les conditions de la future Révolution, Jean-Louis Roche prend heureusement soin de préciser que "ce programme précis d'insurrection totale reste à analyser, discuter et préciser"... Mais le principe de base n'en semble pas moins être très clair : entre le capitalisme et le marxisme, il faut choisir ! Mais comment pourrai-je choisir alors que je ne suis ni capitaliste, ni marxiste ? Le 4 février dernier, après avoir hésité un moment, j'ai fini par laisser un commentaire relatif à cette question au bas d'un des articles du blog de Jean-Louis, et quelques jours plus tard, le 10 février, ledit Jean-Louis m'a rédigé une longue réponse, sous la forme d'un article, que je me permets de reproduire ici :


"NO LIMIT

Tous les commentaires sont les bienvenus sur ce blog. Hélas si on peut voir de nombreuses connections depuis quelques mois, peu se risquent à émettre leur avis ou restent cachés. C’est pas beau le voyeurisme idéologique ! La pensée consciente n’existe pourtant que dans le dialogue, la confrontation des points de vue et je n’ai pas vocation à prêcher dans le désert. Si cela devait perdurer, je finirai par conséquent par clore ce blog. Je remercie donc chaleureusement le bloggeur « démocrate anarcho-monarchiste » du courriel qu’il m’a fait parvenir :

« A parcourir votre blog - fort bien écrit par ailleurs -, après plusieurs mois d'absence, je me pose toujours la même question : pourquoi vouloir imposer aux gens de choisir entre capitalisme et marxisme ? S'agit-il donc de choisir entre le Bien et le Mal ? Je déteste, pour ma part, les approches désespérément systémiques que proposent ces deux "modèles". Avec les capitalistes, comme avec les marxistes, les gens ne sont que des pions, prisonniers de leur compte en banque ou de leur classe sociale. Ainsi, on les enferme dans des grilles de lecture qui ne sont pourtant que des créations de l'esprit humain. Pas d'alternative, donc, ni pour les uns, ni pour les autres. Les uns disent : "le pognon, c'est génial ! La Bourse, c'est formidable ! La spéculation, officiellement c'est pas bien, mais en réalité c'est merveilleux ! La loi de la jungle, ya que ça de vrai ! Premier arrivé, premier servi ! Et pas de pitié pour les perdants !". Les autres disent : "la lutte des classes explique TOUT ! Absolument TOUT ! Et tout doit être pensé à partir de cela ! Les "comités", les "cellules", les "partis prolétariens", y a que ça de vrai ! La Révolution ! La Révolution ! Et ceux qui ne sont pas avec nous sont forcément contre nous, car ils sont à la solde de la réaction !" Et il me semble que je caricature à peine...
Franchement, moi qui déteste le pognon tout autant que les dogmes, quand j'entends parler les uns et les autres, j'ai simplement envie de faire le choix... de ne pas choisir.
Je doute que vous puissiez arriver à me convaincre, mais je prendrais volontiers connaissance de vos arguments, si vous souhaitez me répondre...

Cordialement,

Hyarion, le démocrate anarcho-monarchiste.

PS : j’adore la blague de Toto étudiant. (4 février 2008)

Cher Hyarion,

Comme je vous l’ai déjà dit dans ma réponse immédiate et brève, je ne suis pas là pour vous convaincre. Je suis depuis longtemps vacciné contre le militantisme de caserne. Je ne suis pas un parti à moi tout seul, bien que parfois je donne l’impression de me prendre pour Mirabeau. Je m’efforce simplement de rester humain. Je ne puise pas ma conviction dans l’encre du révolté gauchiste et syndicaliste qui puise sa motivation dans la rage, la haine, l’envie et le ressentiment. Pas de pose rebelle ou arrogante de ma part, même si je me laisse parfois aller à l’insulte qui est l’arme du solitaire et de l’impuissant devant l’injustice du monde.

Venons-en à votre question : pourquoi vouloir imposer aux gens de choisir entre capitalisme et marxisme ?

D’emblée il me semble que vous faites fausse route, et j’ai envie de vous répliquer comme Marx que le problème est dans la question. Personne n’impose rien à personne en soi hormis dans les périodes électorales truquées de la bourgeoisie. Vous êtes libre (en Occident) de penser ce que vous voulez et cela ne dérange personne. A votre façon vous êtes néanmoins le produit humain d’une époque où il est légitime que les gens ne croient plus en rien et surtout ne se laissent plus abuser par les promesses de TOUS les partis et conciliabules politiques. Cependant ce rejet ou ce dégoût généralisé n’est pas signe à mon sens d’indifférence. Je ne sais si vous êtes étudiant, chômeur, ouvrier ou parasite quelconque, mais je puis vous dire que nous sommes tous impliqués, concernés et responsables de la situation sociale et économique dans laquelle nous nous trouvons. Immédiatement, à ce titre nous n’avons pas tous les mêmes motivations ni les mêmes besoins. Comme je l’affirme dans mon ouvrage « Dans quel ‘Etat’ est la révolution ? » - qui ne paraîtra certainement pas vu l’impéritie et la veulerie des éditeurs à qui je l’ai soumis – la société est partagée entre Etre et Avoir. Que vous le vouliez ou non, le monde capitaliste (c’est comme cela qu’il s’appelle) est dominé par la lutte pour le pouvoir, le paraître et l’AVOIR. Je peux comme vous dire, je ne veux pas choisir entre l’être et l’avoir. Or, indépendamment de nous, le monde actuel est dominé par le culte de l’avoir, et moi je ne veux pas avoir, je veux être. J’aime beaucoup la conclusion du dernier livre de Jean-Claude Michea : « Mais s’il advenait, malgré tout, que l’humanité perde son dernier combat et soit ainsi contrainte de céder la place aux machines post-humaines, dans le monde dévasté du libéralisme victorieux, il resterait encore une vérité ineffaçable. La richesse suprême, pour un être humain – et la clé de son bonheur – a toujours été l’accord avec soi-même. C’est un luxe que tous ceux qui consacrent leur bref passage sur terre à dominer et exploiter leurs semblables ne connaîtront jamais. Quand bien même l’avenir leur appartiendrait » (cf. L’empire du moindre mal, ed. Climats).

Le bourgeois (car il existe vous en convenez ?) n’est pas conscient, il veut jouir, jouir de son pouvoir, de ses esclaves, de ses biens, de ses distractions. Toujours plus ! Le prolétaire et le petit bourgeois sont eux-mêmes contaminés par temps morose par la même envie au rabais. On voit donc que le monde ne se divise pas entre le bien et le mal, le péché et l’abstinence. Le désir d’AVOIR règne sur ce monde dans toutes ses acceptions : vaincre, baiser, posséder, écraser l’autre, le tuer, etc.

Or, depuis les premiers chrétiens, nous savons que dans la misère (des éternels vaincus) il n’y a pas que la misère mais la conscience d’un autre monde possible. Si vous vous trouvez bien en ce monde, no problem, passez votre chemin et qu’un dieu vous garde. Si vous n’êtes pas aveugle à la misère du monde alors songez à ces premiers chrétiens qui enduraient mille humiliations et morts, dont les mains étaient enchaînés mais qui découvrirent que personne ne pouvait enchaîner leur esprit. Bien sûr cet éveil primaire se réfugia d’abord dans la croyance superstitieuse en un prophète ou en un au-delà du respect humain, mais les siècles qui nous séparent de cet éveil ont montré que le mal n’était pas naturel ni héréditaire mais était le fait de sociétés de classes ou des hommes dominaient d’autres hommes sans vergogne. Des révolutions successives ont révélé que la conscience d’une humanité perfectible était un projet humain possible. Permettez-moi de citer encore Michea, philosophe pourtant doux anarchiste, mais si lucide :

« Dès que l’on se refuse à prendre appui sur des vertus déjà (ou encore) présentes dans la vie des classes populaires, ce ne sont plus seulement les raisons de leurs révoltes qui deviennent incompréhensibles. Il faut également admettre que l’invitation à rester humain n’a aucun sens, que le capitalisme ne sera définitivement vaincu que par des hommes ‘qui n’existent pas encore’ et que seule une élite mystérieusement protégée contre les vices inhérents à la nature humaine (« des hommes taillés dans une autre étoffe », disait Staline) pourra diriger le processus de fabrication industrielle de « l’homme nouveau ». Tel est, en dernière instance, le fondement mystique invariable de toutes ces théories qui invitent à confier le destin des peuples à l’avant-garde éclairée du genre humain ».

Pour l’avenir de l’espèce humaine il n’est ni dieu, ni César, ni tribun. Cette maxime est celle qui émerge du mouvement de la classe ouvrière ancienne et moderne. Affirmation plus que jamais valable et qui n’intronise pas en soi cette classe ouvrière si méprisée. La classe ouvrière n’est pas toute l’humanité. Des millions d’humains ne peuvent être rangés dans cette catégorie, mais cela veut-il dire qu’ils sont désintéressés à la vie ou la survie du monde ? Cela veut-il dire qu’un grand chambardement n’entrainera pas toutes les couches intermédiaires, paupérisées ou quart-mondisées ?

Nous sommes dominés par de puissants organismes d’Etat. Nous ne sommes rien quand nous pouvons être tout. Si on en reste à votre simple question bipolaire le monde dans lequel nous vivons apparaît indicible. Vive la politique de l’autruche ? Je suis content de n’être considéré que comme un tube digestif, un con-sommateur ?
La majorité de la population dans tous les pays galère peu ou prou (c’est pire au Sahel et en Tchétchénie) mais cent millions de Chinois et moi et moi et moi… On vit une époque formidable, le danger « communiste » a été éradiqué, remplacé par le brouillard islamique. Google me surveille nuit et jour. Il faudrait un nouvel Engels pour décrire The condition (effroyable) of the working class… Des femmes étudiantes se prostituent pour ne pas être à la rue. L’Etat me protège contre les voyous et les assassins. L’Etat apprend à lire à mes enfants. L’Etat ne cesse d’inventer des réformes qui enchantent les sectes obscurantistes. En France, les foetus auront bientôt le droit de vote comme les morts puisqu’ils disposent désormais d’un état civil. Au Canada, après les écoles réservées aux enfants juifs, une école est ouverte pour les noirs exclusivement. En France encore, un prof qui donne une baffe parce qu’il s’est fait insulter par un élève va illico en taule. En Turquie, le port du voile est légalisé à l’université. Tous les jours des dizaines de personnes sautent en Irak, en Afghanistan et on torture allègrement avec le supplice de la baignoire dans tous les pays civilisés. Chaque jour apporte son lot de révélations d’ignominies, d’injustices, de suicides de pauvres gens… et moi et moi je ne veux pas choisir, je me bouche les oreilles, je ferme les yeux et je me tais… Pourtant je vis dans un système qui n’a plus de limites… dans l’aberration et le nihilisme…

Le marxisme n’est pas la seule théorie qui a théorisé que du capitalisme devait sortir le communisme. Il suffit d’examiner les siècles d’histoire pour considérer la succession de divers types de société. Quand une société succède à une autre - il n’existe pas plusieurs grilles de lecture d’un monde qui implose ni plusieurs choix - celle-ci succède à celle-là même si mon ego se refuse à choisir. Quand je traverse la chaussée, soit je me fais écraser, soit je passe sans encombre ; je ne reste pas indéfiniment sur le trottoir à me demander si un monsieur ou une dame va me prendre par la main pour passer de l’autre côté.

Fin d’allégorie. Vous me direz encore qu’il n’y a plus de parti crédible et que la classe ouvrière, missionnaire avachie bêle derrière des syndicats gouvernementaux. Je ne vous dirai pas le contraire, c’est pourquoi le problème était dans votre question, et qu’elle suppose une autre discussion.

Bien cordialement,

JLR

[...]

(Jean-Louis Roche, article du blog "LE PROLETARIAT UNIVERSEL" [http://proletariatuniversel.blogspot.com/], intitulé "NO LIMIT", 10 février 2008)

Jean-Louis Roche n'a rien du militant à la fois prosélyte et sectaire que l'on rencontre trop souvent dans ce grand bazar embrumé qu'est l'extrême-gauche française, et c'est heureux. Au delà de la grille de lecture systémique du marxisme à laquelle je n'adhère pas, les réflexions de Jean-Louis sont toujours intéressantes car elles renferment souvent une bonne part de pertinence, le tout étant fréquemment accompagné d'une bonne dose d'humour, ce qui est bien agréable... Après, évidemment, reste toujours, précisément, le problème récurrent de l'approche systémique, quelle soit ou non marxiste, du reste... Pour ma part, j'en suis toujours au même point : vis-à-vis du monde tout pourri qui est le nôtre, il ne s'agit évidemment pas de faire la politique de l'autruche, mais il ne s'agit pas non plus d'enfermer sa modeste cervelle dans un carcan idéologique... Moi aussi, je m'efforce de rester humain ! Moi aussi, cher Jean-Louis, dans l'absolu, je préfère être plutôt qu'avoir ! Tout être humain digne de ce nom devrait, par définition, préférer cela ! Mais qui détient la Solution par excellence pour aller vers cet idéal ? Et qui sommes-nous pour être pleins de certitudes sur le monde comme il va ? La vie, la mort, la faim, l'argent, les pauvres, les riches (ou les bourgeois, si vous préférez) : tout cela existe, assurément... Karl Marx, en son temps, a pensé que l'accès à une existence réelle pour les hommes passait nécessairement par la suppression de l'exploitation économique qui aliène ladite existence, et il avait fichtrement raison ! Mais le monde ne s'est pas arrêté de tourner en 1883, il change en permanence, et qui peut aujourd'hui, à coup sûr, être en mesure de m'expliquer le fin mot de l'histoire ? Personne. Parce que personne ne détient la Vérité, tout simplement. Et pour ce qui est de choisir entre le capitalisme et le marxisme, le contexte de l'actuelle crise financière et économique mondiale ne change rien au fait que l'on peut toujours, aujourd'hui, faire le choix du pied de nez facile, en rappelant la fameuse blague de l'ex-RDA : "Pourquoi le capitalisme est-il au bord du gouffre ? Pour voir le communisme qui est au fond"... ;-) Pour ma part, encore une fois, je ne suis pas capitaliste, et je déteste le polluant pognon, mais même si j'ai lu avec intérêt des oeuvres de Karl Marx, je ne peux pas me résigner à soumettre ma pensée à une grille de lecture systémique, quelle que soit, du reste, sa nature. Mais cela ne veut évidemment pas dire que l'on ne puisse pas continuer à discuter ensemble, et même à bien rigoler ! ;-)

Pour donner une idée de la verve satirique du camarade Jean-Louis, je me permets d'évoquer à présent un de ses articles récents, mis en ligne sur son blog le 4 décembre dernier, et qui est en fait un compte-rendu hilarant de l'émission télévisée "Droit d'inventaire", diffusée le 3 décembre dernier sur France 3, dont le titre thématique du jour était "Prêts à mourir pour la France ?", et qui était présentée par Marie Drucker (la nièce de l'indéboulonnable Michel Drucker), avec Max Gallo en éternel invité et "grand témoin"... Dans cet émission, on a beaucoup parlé de guerre, de patriotisme, de nationalisme, d'engagement militaire et de sacrifice suprême pour la nation, ce qui ne pouvait que susciter une critique satirique des plus virulentes de la part de Jean-Louis Roche. Ainsi, pour le camarade Jean-Louis, le "grand témoin" Max Gallo n'est rien moins qu'un "grand singe sarkozien", un "habile orang-outan [qui] va et vient du présent au passé" dans l'émission de Marie Drucker, un "courtisan" désormais "nouveau grand chant-bêlant sarkozien de FR3"... Et j'avoue que malgré l'outrance des qualificatifs simiesques employés, Jean-Louis, au fond, est dans le vrai : Max Gallo, cet historien défroqué devenu Michelet d'hypermarché, n'est pas autre chose qu'un courtisan aujourd'hui...


Savez-vous, par ailleurs, que j'ai eu l'occasion de croiser ce drôle de personnage lors d'un de mes séjours à Paris ? C'était le 25 juin 2007, rue du Faubourg Saint-Honoré, quelques semaines après le début du mandat présidentiel de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa. Alors que je venais de passer devant le portail d'entrée du Palais de l'Elysée, j'ai vu Gallo, sur le trottoir en face dudit Palais, un long manteau imperméable brun sur les épaules, un téléphone portable collé à l'oreille, en train de tourner en rond sur lui-même. On aurait dit qu'il attendait qu'on lui confirme qu'il était bien autorisé à entrer à l'Elysée par une porte dérobée... Bref, en quelques secondes, le temps de croiser le personnage sur le trottoir, en plein VIIIe arrondissement, j'ai eu droit à un petit résumé de ce qu'est devenu Gallo aujourd'hui... Le hasard réserve parfois ce genre de "rencontre" amusante...
Mais, à présent, laissons donc parler Jean-Louis, car il ne servirait à rien de le paraphraser... Je me permets de reproduire ici le début et la fin de son long article intitulé "Comment FR3 prépare la guerre"...


COMMENT FR3 PREPARE LA GUERRE…


MARIE DRUCKER EN MARRAINE DE GUERRE :

Après avoir été le bouffon de Mitterrand et de Chevènement, Max Gallo, le pseudo-historien s’est mis au service de Sarkozy and Co. En récompense il patronne la nouvelle émission de propagande de FR3 aux côtés de l’élégante brunette Marie Drucker. Dans cette émission militaire mensuelle, on ne cause pas, on ne débat pas, généraux, spécialistes ou témoins lambda doivent dire leur texte entrecoupé d’un montage d’images. Papy Gallo trône comme père fouettard et la brunette comme l’élève qui pose les bonnes questions.

Le mercredi 3 décembre le sujet de l’émission « Droit d’inventaire » est oecuménique : « A quoi sert la Marseillaise aujourd’hui ? ». A rien ! répondent en choeur les antimilitaristes convaincus, les nationalistes non français et les abrutis des stades de foot. Comme pour les élections prud’homales, plus de 75% des travailleurs n’en ont rien à foutre (sondage du Prolétariat Universel sans lien avec la Sofres). La chaîne du « service public » où sont infiltrés depuis longtemps des gentils staliniens intellectuels avait décidé de nous jouer l’air désuet de l’Union nationale. Max Gallo nous fait comprendre à chaque fois qu’il fait le beau devant la caméra que nous sommes tous des ignorants, tout juste s’il n’a pas voulu nous faire apprendre l’intégralité du chant nationaliste, qui est en réalité fort longuet. Ce chant bourgeois, militariste et déiste comporte 12 couplets.

On peut facilement décrypter le montage de propagande en défense de l’idéologie chauvine patronné par ce vendeur de livres de gare superficiels. Les séquences sont choisies sans chronologie et des flash-backs lamentables doivent servir à faire passer le message sarkozien : il faut défendre la patrie si elle est en danger. Le préposé Darcos a déjà obligé les enseignants à faire passer à nouveau Pétain pour le « héros de 14-18 », au point que nombre de professeurs font des commentaires hors programme (et en demandant aux élèves de le pas prendre de notes) pour rappeler l’ordure que fut Pétain qui envoya au massacre à Verdun et collabora en 1940 avec Hitler. Si la bourgeoisie opère à la continuité du bourrage de crâne patriotique, il ne nous est pas interdit d’en révéler les discontinuités troublantes pour les marchands de canons et de pétrole. On dira que le régime interne fait fi de toute loi en internant sous des prétextes spécieux de doux rigolos anarchistes, qu’il envoie sa meute policière avec des chiens renifler dans les salles de classe, qu’il fait croire que la France est le dernier pays à ne pas emprisonner les malfrats dès l’âge de dix ans… on s’en branle, cela ne nous impressionne pas. Disons que les menaces étatiques auront permis de doucher quelques naïfs qui courent les rues altermondialistes sur la bonté de l’Etat, et surtout renforcé les plans de l’Etat terroriste qui a besoin de futurs bien juteux attentats dans les supermarchés, les gares ou le métro, afin de justifier ses prochaines aventures militaires et de mettre sur le dos de ploum-ploum les actions de ses services spéciaux de l’ombre. En espérant que la population voudra bien consentir à se sacrifier « pour la patrie » et mon cul.

Héroïque service public télévisuel. Le scénario est cousu de fil sarkozien d’emblée : on ne commence pas par 1789, comme cela eût été logique, mais par l’évocation pleurnicharde du pauvre Guy Mocquet dont le grand historien Sarkozy avait rappelé la mémoire. A Chateaubriant (en allant à la mort) : « tous chantent la Marseillaise », déclare un quidam. Des mecs qui se sacrifient pour la patrie, doit comprendre le spectateur obligé, pas comme ces crétins de stade qui bouffent des frites et picolent en sifflant l’hymne sacré sans risque de se prendre un obus boche. Le ton est donné. L'historien de gouvernement sarkozien place la Marseillaise sous le parapluie de l’anti-fascisme, ce gros mensonge déconcertant. Ce n’est pas Gallo qui ira vous expliquer pourquoi Mocquet a été flingué, il faut rester ami avec la vieille mafia du PCF. Mocquet a été flingué à cause des attentats terroristes des abrutis de partisans du PCF, et le parti du pacte avec le nazisme s’en est servi pour faire oublier sa collusion à la queue de l’impérialisme russe. C’est cela l’union nationale intellectuelle, il faut ménager pour son passé débile cette faction stalinienne fossile qui a été si utile pour remettre les ouvriers au travail en 1945, et, en la consolidant pour ses mensonges historiques lui donner toute latitude pour aboyer à l’unisson de l’Etat si guerre il y a (afin, en particulier que, comme en 1914, les délégués CGT, ces petits bourgeois planqués, ne soient pas envoyés au front). La Marseillaise, à la Libération est un tube inégalé dès lors, ajoute, indifférent à notre oeil critique, un autre zozo.

INTERMEDE CONTESTATION :

Faut bien en parler parce que ça se sait, les années 1960 sont d’étranges années d’insubordination, où « rien n’est épargné », où la contestation érode tout. Ce charlot de Jimmy Hendrix détourne l’hymne national US en mangeant sa guitare. Les affreux Sex Pistols dénaturent God save the Queen. La France n’est pas épargnée, Gainsbourg transforme l’hymne sacré en reggae, mais il fait amende honorable en achetant à prix d’or l’original après avoir réussi à faire chanter avec lui les crânes rasés sous le béret vert qui étaient venus plomber son concert. Brave Gainsbourg patriote reggae.

TRAVERSEE DU DESERT :

La Marseillaise n’est plus ensuite qu’une vieille relique pour le FN ou pour « nos » sportifs en larmes chauvines scolaires lorsqu’ils décrochent l’or des stades. Yannick Noah tente une rermake flower power avec « Aux rêves citoyens ». Jusqu’où allait-on aller dans l’indécente décadence ?

L’EMBELLIE ELECTORALE :

Heureusement, main dans la main Ségo et Sarko sortirent de la tranchée boueuse des stades de foot et du découpage bourgeois des circonscriptions pour se saisir de l’étendard ensanglanté des mains fragiles de Le Pen et le lever à la gloire de la bourgeoisie française ininterrompue de Thiers à Pétain, de Mitterrand à Chirac. Le pouls du spectateur s’accélère lorsque la charmante présentatrice, d’une diction parfaite, annonce la venue de Philippe Seguin, haut personnage cramoisi de l’Etat. Vient-il le brave pour jouer son rôle de sermonneur politique contre les offenses au drapeau ? Non, comme un vulgaire invité, il vient témoigner que son père a bien été tué par des balles allemandes et qu’il frissonne encore de cet évènement capital dans la vie d’un enfant, la remise d’une médaille posthume en l’honneur de son papa. Très touchant, et combien cette prestation sincère nous donnait grande envie de mourir pour la patrie afin de laisser à nos enfants un souvenir pieux.

Le maître de cérémonie avance alors sa fraise : « La Marseillaise est un chant de marche de l’armée du Rhin. Je le dis pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire : « c’est un chant de marche… « marchons »… pas pour des types assis dans des stades… c’est un chant de résistance contre la tyrannie… ».

Du coup je me suis demandé s’il ne faudrait pas le chanter à chaque passage du cortège de Sarkozy , après avoir ôté sa casquette ? (Mon père, résistant auvergnat, a été giflé à Vichy pour ne pas avoir enlevé son galure au passage chantant du Maréchal).

Le nouveau grand chant-bêlant sarkozien de FR3 ne laisse pas cette idée s’incruster dans ma tête et fonce sabre au clair comme à Valmy : « La contestation détruit notre patrimoine. Il y a le risque qu’on ne défende pas la nation si elle est attaquée ! ».


La candide marraine de guerre se tourne ensuite vers l’honorable chèvre Seguin : « à quoi ça sert un hymne national ? »

Seguin, affable et l’air de se faire chier : « cela rappelle les valeurs qui ont fondées notre communauté nationale ». Il en rajoute avec son air penaud : « enfant je voulais dormir avec ma médaille ».

[...]

SEQUENCE ACTUALISATION-MOBILISATION

C’est la séquence la plus ridicule. Le sous-off qui apparaît sur le plateau a le visage lisse d’un jeune adulte, s’exprime difficilement comme la plupart des jeunes officiers. L’intention de Gallo implose d’elle-même. Ce n’est pas un appelé, livré au front révolver dans le dos par la bourgeoisie, c’est un de ces gars qui n’ont pour espoir de faire carrière et de gagner le niveau de vie des couches moyennes qu’en s’enrôlant volontairement au service de l’industrie d’armement. Ce n’est ni un héros ni un patriote, les mercenaires marchent au fric et leurs employeurs leur font dire ce qu’ils veulent. Candide Marie [Drucker] est la voix des généraux :

- montée d’adrénaline quand les balles sifflaient à vos oreilles sous le feu des Talibans en Afghanistan ? Vous ressentiez quoi ?

- vous savez on a pas le temps de réfléchir…

(Candide Marie en aparté à Max : putain il est con ou quoi on lui avait dit de dire qu’il pensait à la patrie !)

Candide Marie (insistante): vous combattez pour l’honneur de la France. Vous vous voyez comme un patriote n’est-ce pas ? Vous imaginez que vous allez mourir pour la France ?

- hum hum… il est plus honorable de mourir pour la France qu’écrasé par une voiture.


CONCLUSION AU GALOP

Max Gallo : oui çà a un sens… il y a la crise financière… il y a des solutions coordonnées nationales. Entre les nations il y a des rapports de force. Le XXI e siècle montrera que la guerre est une possibilité. Dès lors la question se pose de mourir pour la collectivité. La défense du sol peut se faire sur des territoires extérieurs ».

Edifiant chers lecteurs internautes ! Vous avez là le résumé de la théorie sarkozienne et le but recherché d’Union nationale par un minable traficotage de l’histoire. Le sergent recruteur Gallo et la petite marraine de FR3 se sont adressés aux prolétaires et au peuple comme ils n’osent pas le faire dans les médias pour intellectuels. Le langage chauvin et militariste apparaît indéniablement clair : la bourgeoisie aux abois va vouloir demander les mêmes sacrifices en vies humaines pour régler l’addition de sa monstrueuse crise. Mais c’est une autre histoire entre vouloir et pouvoir.

A suivre…

(Jean-Louis Roche, extraits d'un article du blog "LE PROLETARIAT UNIVERSEL" [http://proletariatuniversel.blogspot.com/], intitulé "COMMENT FR3 PREPARE LA GUERRE…", 4 décembre 2008)

Sacré camarade Jean-Louis... Il n'y en a pas deux comme lui... :-) Je ne suis pas toujours d'accord avec Jean-Louis Roche, loin s'en faut, mais avec lui, au moins, tout le monde en prend pour son grade... même l'extrême-gauche que nous connaissons, non seulement celle incarnée par un PCF à la dérive, mais aussi, et surtout, celle incarnée par LO et par la mouvance LCR/NPA, ces partis trotskistes dont je pense moi-même qu'ils sont une escroquerie... Mais à quel courant marxiste appartient Jean-Louis au juste ? A le lire, j'ai cru qu'il était rattaché à un certain CCI... et je me suis donc permis de lui poser une question à ce sujet sur son blog, le 8 novembre dernier, en m'amusant, en guise de clin d'oeil, à reprendre les expressions employés par Jean-Louis dans ses articles : « J'aimerai vous poser une question, forcément stupide puisque venant de la part d'un anarcho-monarchiste adhérent obscur d'un "parti de l’élite déconfite" [le PS] : qu'est-ce que le CCI ? Sans doute pas une Chambre de Commerce et d'Industrie (encore que, à vous lire, on en est peut-être pas si loin)... Vous savez, les hommes comme moi, derniers RMIstes de France perdus dans l'océan quasi-lovecraftien de la "bourgeoisie" capitaliste, à part le PCF "sur chaise roulante", à part "Mamie Arlette", et à part la mouvance LCR/NPA "si spongieuse" avec Besancenot, le "facteur de Neuilly" servant, entre autres fonctions, de "poubelle à LO", les hommes comme moi ne sont pas forcément au courant de l'existence, à l'extrême-gauche, de partis "vraiment révolutionnaires"... D'où ma question idiote : en bref, qu'est-ce que le CCI ? »
Environ un mois plus tard, Jean-Louis m'a répondu : "Réponse à la (vieille) question d’un correspondant : qu’est-ce que le CCI ?
- rien, une micro-secte d’intellectuels lâches qui veulent donner des ordres au prolétariat encore à plat-ventre ; ils sont aussi inexistants en réalité que l’hydre ultra gauche, notion reprise par tous les ploum-ploum (dixit comme en 68 « sommes tous des entragés")."

Me voila donc bien avancé, car, à présent, je vois mal Jean-Louis faire partie d'un CCI (Courant Communiste International) qu'il qualifie lui-même de "micro-secte" (même si je note néanmoins qu'un lien vers le site du CCI [http://fr.internationalism.org] figure sur son blog)... Jean-Louis est-il donc seul ? Jean-Louis est-il donc le dernier des vrais marxistes ? En tout cas, il ne fait pas que s'occuper d'un blog, puisqu'il écrit aussi des livres : le dernier en date, à ma connaissance, s'intitule Marx était-il dépressif ?, et a été publié cette année par... les Editions du Pavé ("What else ?", comme dirait George Clooney ;-)...).


On l'aura compris, j'aime bien le camarade Jean-Louis... Après tout, c'est un barbu, comme moi, et qui n'aime pas Sarkozy, comme moi... ;-) Et puis, peut-être parce que j'ai fait de longues études d'histoire, j'aime bien son côté "Mirabeau". Salvador Dalí disait qu'il était un paysan à l'intérieur duquel vivait un roi. Jean-Louis Roche me semble être, lui, un Mirabeau à l'intérieur duquel vivrait un Babeuf... qui aurait lu Marx : un révolutionnaire "French Touch", en somme, comme je sais les apprécier ! ;-) En tout cas, si vous ne l'avez pas déjà fait, allez donc jeter un oeil sur son blog, chers lecteurs : il vaut le détour...

Cordialement, :-)

Hyarion.

P.S. : J'allais oublier... Voici la blague de Toto étudiant, à laquelle il a été fait brièvement allusion plus haut, et que Jean-Louis Roche avait mis en ligne sur son blog, il y a quelques mois...
« TOTO ETUDIANT
Toto demande à Papa :
- "Papa c'est quoi la politique ?"
- "Eh bien fiston... L'Etat, c'est moi. La classe ouvrière, c'est ta maman. La bonne, c'est l'Université, et ta petite soeur, c'est la banlieue. Mais va donc te coucher maintenant."
Toto va se coucher. Au milieu de la nuit il est réveillé par les cris de sa petite soeur qui a fait dans ses couches Pampers. Il va à la chambre des parents mais là il ne voit que sa mère, endormie profondément.
Comme il entend des petits cris dans la chambre de bonne, il entrebaille la porte. Papa est en train de faire son affaire à la bonne. Il retourne se coucher.
Au petit matin, les yeux cernés, Toto s'avance dans la cuisine.
- "Tu as bien dormi ?" fait le père.
- "Mouais... mais j'ai compris ton explication politique."
- "Tu as compris quoi fiston ?"
- "J'ai compris que l'Etat laisse dormir la classe ouvrière, baise l'Université, et laisse la banlieue dans la merde !"
- "Tu feras un bon syndicaliste mon fils !" »

;o)


(Illustrations : Titre du blog "Le Prolétariat Universel" [http://proletariatuniversel.blogspot.com/], encadré par deux représentations du personnage "Marx the travelling communist" circulant sur Internet ; Portrait de Jean-Louis Roche, d'après photographie, sans date ; Détail de la page d'accueil du blog "Le Prolétariat Universel" [http://proletariatuniversel.blogspot.com/] de Jean-Louis Roche, 15 décembre 2008 ; Photographie d'un portrait de Gabriel-Honoré de Riquetti, comte de Mirabeau [1749-1791], peint par Boze, reproduite dans un Cours d'histoire (Histoire de France, deuxième année) de Malet-Isaac, 1936, ©Hachette ; Portrait photographique de Karl Marx [1818-1883], ©Roger-Viollet/Archives ; Max Gallo arrivant à l'Académie française à Paris pour prononcer un discours lors de sa cérémonie de réception à l'Académie, le 31 janvier 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Getty Images ; Montage photo des portraits de Marie Drucker et de Max Gallo, sans date, ©DR ; Nicolas Sarkozy passant les troupes en revue, le 28 août 2008 à Castres, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Claude Paris ; Nicolas Sarkozy préparant le 14-Juillet avec une casserolle en guise de casque, caricature de Kiro, publiée dans le Canard Enchaîné N°4575, 2 juillet 2008 ; Couverture de Marx était-il dépressif ?, de Jean-Louis Roche, ouvrage publié par les Editions du Pavé)
Par Hyarion - Publié dans : Lectures et écritures - Communauté : Communauté de l'opposition
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Lundi 15 décembre 2008 1 15 12 2008 21:56
Encore une année qui se termine bientôt... Sur les écrans de télévision, et dans les médias en général, c'est déjà le temps des retrospectives... Que retenir de l'année 2008 ? L'an dernier, j'avais qualifié l'année 2007 d'"année franchement pas terrible", et aujourd'hui, je n'ai pas de raisons particulières d'être forcément plus enthousiaste en ce qui concerne l'année 2008... Qu'en retenir donc, cependant ? Le mariage de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa avec Carla Bruni ? Le lancement par Jacques Chirac de sa fondation pour le développement durable et le dialogue des cultures ? La commercialisation de poupées vaudoues à l'effigie de Nicolas Sarkozy et de Ségolène Royal ? ;-)
Plus sérieusement, outre la réforme des institutions françaises de la Ve République dont j'ai déjà parlé dans un précédent article, on pourra retenir bien sûr la grande crise financière et économique mondiale dont on ne cesse de parler à tort et à travers depuis des mois, la guerre russo-géorgienne de l'été dernier, la présidence française de l'Union européenne (UE), et bien d'autres évènements. Mais s'il ne fallait cependant retenir qu'un seul fait important parmi tous ceux ayant marqué cette année 2008, ce serait certainement l'élection présidentielle aux Etats-Unis d'Amérique du mois dernier, et la victoire du démocrate Barack Obama qui en a découlé...


J'avais évoqué à l'époque l'évènement, dans un précédent article, sans afficher d'enthousiasme particulier. Aujourd'hui cependant, je n'en reste pas moins satisfait que la page désastreuse de la présidence du républicain  W. Bush soit enfin en train de se tourner. J'ai, du reste, appris avec plaisir, au début de ce mois-ci, que Barack Obama a annoncé, le 1er décembre dernier, avoir choisi son ex-rivale démocrate Hillary Clinton pour diriger la diplomatie de son administration. La nomination de l'épouse de l'ancien président Bill Clinton au poste de secrétaire d'Etat est un bon geste de la part d'Obama, à la fois habile politiquement et aussi juste et pertinent. Avant même l'annonce officielle de la nomination, l'idée que Hillary Clinton occupe le poste de secrétaire d'Etat a été bien accueillie dans le monde politique aux Etats-Unis, qui a évoqué le concept d'"équipe de rivaux" cher à Abraham Lincoln, un des modèles de Barack Obama. Bien entendu, nous ne sommes pas à l'abri de certaines déconvenues à l'avenir, mais pour l'heure, il convient de saluer cette décision, qui témoigne du bon départ pris par Obama, qui, rappelons-le, prendra ses fonctions à la Maison Blanche le 20 janvier prochain.


Pour en venir (ou revenir) maintenant à la France et à l'Europe, on peut bien sûr évoquer, en ces derniers jours de l'année 2008, la présidence française de l'Union européenne, qui se termine à la fin de ce mois-ci. Le dernier sommet européen sous cette présidence française s'est d'ailleurs terminé vendredi dernier, 12 décembre, avec des accords d'une part sur un plan européen contre le réchauffement climatique (plan répartissant les efforts à réaliser, par pays et par secteur économique, pour que l'Union européenne réduise ses émissions de CO2 de 20% d'ici 2020), et d'autre part sur un nouveau référendum en Irlande pour obtenir la ratification du traité de Lisbonne, rejeté par les électeurs irlandais lors d'un premier référendum en juin dernier.

Les dirigeants de l'UE arrachent un accord sur le plan climat


Les dirigeants de l'UE ont trouvé un accord vendredi [12 décembre] pour mettre en oeuvre leurs ambitieux objectifs de protection du climat, qui doit servir d'exemple pour les négociations internationales, permettant à la France d'achever sur un succès sa présidence de l'UE.

"Il n'y a pas un continent au monde qui se soit doté de règles aussi contraignantes", s'est félicité le président français Nicolas Sarkozy, lors d'une conférence de presse à l'issue du sommet.

"Nous avons réussi", "nous sommes dignes de notre rôle d'avant-garde", a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel.

Cet accord a été scellé malgré la crise économique, face à laquelle les dirigeants de l'UE ont approuvé vendredi un plan de relance d'un montant global chiffré à "environ 1,5% du PIB" de l'UE, soit environ 200 milliards d'euros.

Annoncé au dernier jour de la conférence internationale de Poznan (Pologne), cet accord devrait placer les Européens en position de force pour les négociations internationales sur le climat de Copenhague prévues en décembre 2009.

Le plan d'action adopté doit permettre à l'UE d'atteindre d'ici 2020 le triple objectif qu'elle s'était fixé en 2007: réduire de 20% les émissions de gaz à effet de serre par rapport à leurs niveaux de 1990, porter la part des énergies renouvelables à 20% de la consommation et réaliser 20% d'économies d'énergie.

L'Allemagne, l'Italie et la Pologne, les trois grands pays qui avaient brandi des menaces de veto au plan européen avant le sommet, ont finalement accepté le compromis.

Ils s'étaient particulièrement inquiétés des contraintes imposées par ce plan en pleine crise économique à leurs industriels, dont la plupart devront commencer en 2013 à acheter aux enchères des permis d'émissions de CO2 qu'ils recevaient jusqu'ici gratuitement.

Paris a en effet accédé à beaucoup de leurs demandes de limiter les efforts demandés à leurs industries.


Au final, avec toutes les exemptions obtenues par les uns et les autres, la proportion de permis à polluer que devront acheter les industriels restera encore très faible en 2013, même si elle augmentera graduellement d'ici 2020.


Les centrales électriques au charbon de Pologne et des autres pays de l'est n'auront elles à payer que 30% de leurs quotas d'émissions en 2013, pour arriver progressivement à 100% en 2019. Un résultat dont le Premier ministre polonais Donald Tusk s'est dit "satisfait".

Toutes les exemptions obtenues ont fait dire aux organisations de défense de l'environnement, dont Greenpeace, le WWF et Friends of the Earth Europe - avant même l'annonce de l'accord - qu'il constituait "un échec".

Elles ont appelé le Parlement européen à amender le texte lors du vote prévu en première lecture la semaine prochaine.

La Hongrie aura été vendredi matin le dernier obstacle à un accord, jugeant insuffisant le mécanisme de solidarité prévu pour aider les pays de l'Est, les plus pauvres de l'UE, à s'adapter aux contraintes imposées pour la "révolution verte" prônée par ce plan.

Un nouveau texte soumis aux dirigeants de l'UE en fin de matinée a finalement rallié Budapest.

Les dirigeants de l'UE ont aussi avalisé vendredi la solution trouvée pour surmonter le "non" irlandais en juin du traité de Lisbonne censé permettre à l'UE élargie de mieux fonctionner.

Dublin s'est en effet engagé, moyennant des garanties, à organiser un nouveau référendum avant novembre prochain, même si son gouvernement va devoir batailler contre un camp du "non" plus que jamais mobilisé.

Mais si M. Sarkozy peut se targuer d'avoir remporté un succès sur le plan climat et d'avoir "bousculé" la machine européenne pendant ses six mois de présidence marqués aussi par les crises géorgienne et financière, Paris n'a obtenu de ses partenaires qu'une avancée minime sur un de ses dossiers fétiches : la possibilité de baisser les taux de TVA sur la restauration.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 12 décembre 2008, 18h58)


Je n'attendait pas grand-chose de la présidence française de l'UE. Ainsi, on a eu droit aux gesticulations et au mouvementisme sans fin dont Sarkozy est coutumier, et comme cela était prévisible, le bilan de cette présidence française est pour le moins mitigé : Sarkozy a certes bien mené la barque des négociations diplomatiques engagées avec la Russie dans le cadre de la médiation de l'UE pour mettre fin à la guerre russo-géorgienne de cet été, mais le résultat de six mois de politique européenne dudit Sarkozy, c'est aussi une dégradation préoccupante des relations franco-allemandes, une incapacité des Européens à décider ensemble d'un véritable plan de relance économique coordonné face à la crise actuelle, et des dossiers européens importants dont on n'aura guère entendu parler durant ces six mois de présidence française, notamment en ce qui concerne la défense et l'immigration. Quant aux accords obtenus lors de ce dernier sommet européen de l'année, à Bruxelles, ce sont des accords au rabais : le fameux plan climat n'a pu être adopté qu'au prix de forts importantes concessions à plusieurs Etats membres restés longtemps réticents, et l'accord sur un nouveau référendum en Irlande pour obtenir la ratification du traité de Lisbonne n'est qu'un énième arrangement entre dirigeants, qui n'est bien évidemment pas de nature à favoriser, à terme, l'émergence d'une Europe politique, d'une Europe des peuples, c'est-à-dire de la seule Europe qui vaille, le traité de Lisbonne n'étant, rappelons-le, qu'une version réduite du projet mort-né de Constitution européenne, auquel les électeurs français et néerlandais s'étaient déjà opposés en 2005, et qui représentait une Europe dont la majorité des peuples européens ne veulent pas, ou plus... Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, avec tout l'orgueil qu'on lui connait, doit donc sans doute trouver absolument formidable son bilan de président de l'Europe, mais en réalité, à bien y regarder, il n'y a pas vraiment de quoi pavoiser...
En tout cas, c'est une page du mandat présidentiel de Sarkozy qui est à présent sur le point de se tourner, l'actuel chef de l'Etat s'apprêtant sans doute, dès le début de l'année prochaine, à revenir au premier plan sur la scène intérieure française, tandis qu'une redistribution progressive des cartes ministérielles semble déjà engagée en ce qui concerne le gouvernement Fillon, le très détestable Patrick Devedjian (secrétaire général de l'UMP depuis septembre 2007) ayant d'ors et déjà été nommé par Sarkozy, le 5 décembre, au poste de ministre chargé de la mise en oeuvre d'un plan de relance économique de 26 milliards d'euros, dévoilé la veille...


Le jeu des chaises musicales bat son plein au gouvernement

Le départ annoncé de plusieurs membres du gouvernement, dont celui du "poids lourd" politique Xavier Bertrand pour la direction de l'UMP, alimente les spéculations sur un prochain remaniement ministériel, présenté par l'Elysée comme un simple "ajustement".

C'est devenu un classique: il a suffi que le secrétaire d'Etat d'ouverture aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, annonce il y a deux semaines son arrivée à la présidence de l'Autorité des marchés financiers (AMF), pour que le "microcosme" politico-médiatique ne regoûte à l'une de ses activités favorites, celle des rumeurs et des pronostics.

Ce petit jeu s'est accéléré à l'entrée vendredi [5 décembre] du secrétaire général de l'UMP, Patrick Devedjian, dans l'équipe du Premier ministre, François Fillon. Et surtout avec son remplacement annoncé par le ministre du Travail, Xavier Bertrand.


L'Elysée a aussitôt tenu à le ralentir en assurant que Nicolas Sarkozy n'envisageait pas, pour le moment, de bouleverser son "casting" gouvernemental.

"Le président considère que la crise économique nécessite que les uns et les autres restent aux commandes", croit savoir un de ses proches, pariant plutôt pour un "simple ajustement technique en janvier".

"Pour le président de la République, un remaniement ça correspond à un nouveau temps politique", a abondé mercredi [10 décembre] le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel. Avant de rappeler que Nicolas Sarkozy avait lui-même fixé en juillet ce temps à mi-quinquennat, soit à la fin 2009.

Certains parient toutefois pour un changement avant le scrutin européen de juin. "Si la droite perd, le président ne voudra pas laisser penser qu'il remanie après une défaite", dit une source gouvernementale.

Le nom du remplaçant de Jean-Pierre Jouyet devrait être connu rapidement. Luc Chatel a fait savoir qu'il le serait "à l'issue du Conseil européen" de jeudi et vendredi à Bruxelles. "Probablement d'ici à janvier", tempère-t-on à l'Elysée.

Le plus cité pour le remplacer est le député UMP de l'Eure, Bruno Le Maire, ex-directeur de cabinet de Dominique de Villepin à Matignon. M. Jouyet lui a implicitement passé le témoin mercredi en lui lançant, devant les députés: "là où vous serez, la connaissance que vous avez de l'Allemagne et de sa langue seront déterminantes"...

La piste de l'actuelle secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme, Rama Yade, intéressée [par le poste de secrétaire d'Etat aux Affaires européennes], semble définitivement abandonnée. Selon l'Elysée, elle a "déçu" le chef de l'Etat en refusant de quitter le gouvernement pour prendre la tête d'une liste UMP aux prochaines élections européennes.


Autre poste très en vue, celui de Xavier Bertrand, qui lâchera fin janvier son portefeuille pour, selon la volonté du président, remettre de l'ordre à l'UMP. Ayant refusé de quitter son maroquin de l'Immigration pour cette mission, c'est Brice Hortefeux, le fidèle entre les fidèles de Nicolas Sarkozy, qui tient la corde pour prendre sa place rue de Grenelle.

"Ce grand ministère lui donnerait une dimension +sociale+ qu'il n'a pas et, surtout, lui permettrait d'entrer dans le club très fermé des +premiers ministrables+", fait valoir un proche du chef de l'Etat.

Hormis le départ possible au printemps de Michel Barnier, qui lorgne une candidature européenne, et de Valérie Létard, elle aussi pressentie pour ce scrutin selon le Nouveau Centre, le format du gouvernement Fillon 2 ne devrait donc guère évoluer avant l'été. Le sort de Michèle Alliot-Marie, Rachida Dati et Christine Boutin, citées comme les plus menacées, attendra.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 10 décembre 2008, 18h02)

Finalement, c'est bien le villepiniste Bruno Le Maire, germaniste distingué, qui est devenu, le 12 décembre, secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, avec pour mission de réchauffer les relations franco-allemandes. Le Maire a tenu à exprimer, le lendemain, samedi 13 décembre (avant-hier), sa loyauté envers Sarkozy et le gouvernement, tout en conservant son "amitié personnelle" pour l'ancien Premier ministre Dominique Galouzeau de Villepin. Ce dernier a dû cependant peu apprécier la nomination, par son rival Sarkozy, de son ancien directeur de cabinet à un poste de secrétaire d'Etat, alors que lui, Villepin, est aujourd'hui toujours enlisé dans la gadoue de l'affaire Clearstream. L'année dernière, dans un article daté du 7 août 2007, j'avais déjà évoqué cette affaire compliquée, avant d'en perdre peu à peu le fil, jusqu'à ce qu'une dépêche AFP, parue en octobre dernier, vienne me rappeler la chronologie approximative des évènements...

Les principales dates de l'affaire Clearstream


Voici les principales dates de l'affaire Clearstream :

-- 2004 :

mai-juin 2004 : un anonyme [(un corbeau)] envoie au juge Van Ruymbeke des listes de comptes illégaux de personnalités censés avoir été ouverts auprès de la société luxembourgeoise de compensation financière Clearstream et qui auraient pu recevoir des commissions occultes lors de la vente [en 1991] de frégates françaises à Taiwan. Le nom de Nicolas Sarkozy y figure.

3 sept : ouverture d'une instruction pour "dénonciation calomnieuse" [suite à la plainte d'un industriel de l'aéronautique, Philippe Delmas, cité dans les listes, et qui est le seul à avoir été placé en garde à vue par le juge van Ruymbeke avant que le magistrat ne prouve que les listings de Clearstream en question sont des faux].

-- 2006 :

[31 janvier 2006 : Sarkozy se constitue partie civile dans le dossier Clearstream, étant lui même cité dans les listes]

28 avr-4 mai 2006 : selon Le Monde, le général Philippe Rondot, de la DGSE, déclare avoir été chargé d'une enquête sur ces listes en janvier 2004 par le ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin, qui visait Sarkozy. [Le dossier Clearstream devient "affaire d'Etat".]

11 mai : Le Monde publie des notes de Rondot "impliquant directement" Chirac et Villepin. Ils nient.

2 juin : Jean-Louis Gergorin, vice-président d'EADS, reconnaît l'envoi des lettres anonymes.

27 juil : Rondot dit finalement ne pas avoir reçu l'ordre de "cibler" Sarkozy.

2 oct : Villepin nie avoir détruit en 2004, au ministère de l'Intérieur, un rapport de la DST désignant Gergorin comme corbeau.

-- 2007 :

22 mars 2007 : Gergorin dit que [l'informaticien] Lahoud lui a fourni les listes.

4 mai : Van Ruymbeke comparaît devant le Conseil supérieur de la magistrature pour avoir secrètement rencontré Gergorin en 2004, avant de recevoir les listes anonymes.

22 mai, 11, 22 et 26 juin : Rondot, témoin assisté, affirme que Villepin lui avait fait part en 2004 d'"instructions" de Chirac.

22 juin : Chirac refuse d'être entendu sur des "faits accomplis ou connus durant son mandat" et "dément catégoriquement avoir demandé la moindre enquête visant des personnalités politiques...".

4 juil : une expertise de l'ordinateur de Rondot désigne Villepin comme ayant eu l'idée de la rencontre secrète Gergorin-Van Ruymbeke de 2004.

19 juil : Gergorin confirme la mise en cause de Villepin mais précise qu'au moment où il a demandé à Rondot, sur ordre de Chirac, le 9 janvier 2004, d'enquêter sur ces listings, tous étaient convaincus de la véracité des listes.

27 juil : Villepin dément toute manoeuvre politique. Il dit n'avoir jamais demandé que des vérifications.

7 sept : Villepin écrit à Sarkozy qu'il n'a jamais cru à son implication.

-- 2008 :

22 fév : Fin de l'instruction.

3 juin : le parquet estime qu'il n'y a pas de preuves contre Villepin. Il requiert un supplément d'information sur les liens Villepin-Lahoud, ainsi que le renvoi devant le tribunal de Gergorin, Lahoud, Robert et Bourges. [Florian Bourges, ex-auditeur d'Arthur Andersen, et le journaliste Denis Robert auraient fourni les outils matériels de la machination, à savoir des listings comptables authentiques de Clearstream.]

3 juil : fin de l'enquête après un nouvel interrogatoire de Villepin.

7 oct : le parquet requiert le renvoi de Villepin en correctionnelle.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 7 octobre 2008, 16h06)


Depuis, j'ai à nouveau plus ou moins perdu le fil de cette affaire, devenue, avec le temps, à peu près incompréhensible par le commun des mortels tant elle est compliquée... Tout ce que j'ai appris de nouveau, jusqu'à présent, c'est que Villepin a bien été renvoyé le 17 novembre devant le tribunal correctionnel de Paris notamment pour "complicité de dénonciation calomnieuse" dans le cadre de cette affaire Clearstream, où Sarkozy est partie civile, et que dix jours plus tôt, ledit Villepin avait saisi le Conseil d'Etat contre un décret présidentiel prolongeant les fonctions de l'un des juges en charge du dossier. Dans un mémoire adressé le 24 novembre à la plus haute juridiction administrative, Villepin a justifié sa saisine en dénonçant un abus de pouvoir de Sarkozy sur cette procédure pénale dans le but de "satisfaire ses intérêts personnels", puisque ledit Sarkozy est partie civile dans l'affaire Clearstream. Le 1er décembre dernier, à la radio, Villepin a encore accusé Sarkozy d'être intervenu "ouvertement" dans l'instruction judiciaire de cette affaire, dont il estime jouer le rôle de "bouc émissaire", pour le mettre en cause et il a mis en garde contre le risque d'une "justice politique".
Depuis, on en est au même point...
On se souvient que, selon le journaliste Franz-Olivier Giesbert, Nicolas Sarkozy aurait déclaré un jour à Jacques Chirac, pendant l'été 2005 : "Un jour, je finirai par retrouver le salopard qui a monté cette affaire et il finira sur un crochet de boucher." Apparemment, aujourd'hui encore, Sarkozy veut la peau de Villepin, et Villepin, de son côté, aimerait bien que Sarkozy finisse par se casser les dents sur ce dossier épineux, tandis que lui (Villepin) réussirait à sauver sa peau. Le procès de l'affaire Clearstream, avec Dominique Galouzeau de Villepin en vedette, se tiendra en 2009. Y verra-t-on enfin clair dans cette lamentable histoire de machinations politiques fumeuses, de désinformations, d'espionnage du dimanche, d'institutions financières complexes, et de haine viscérale entre gens de droite ? Rien n'est moins sûr... En attendant, gageons que Villepin s'est sans doute procuré une poupée vaudoue à l'effigie de Nicolas Sarkozy, histoire de passer le temps... ;-)


Enfin, pour ce qui est de la gauche, il me faut bien évoquer le parti politique dont je suis toujours adhérent : le Parti Socialiste. Le 6 décembre dernier, le PS s'est doté d'une nouvelle direction autour de la nouvelle Première secrétaire Martine Aubry, lors d'une séance houleuse du Conseil national du parti, où la désunion avec les partisans de Ségolène Royal n'a pu qu'être confirmée, malgré la volonté affichée des uns et des autres de favoriser le rassemblement au sein du Parti Socialiste. Aubry a fait adopter une orientation politique (basée sur un texte d'orientation hybride, inconsistant, mal fagoté, et surtout négocié n'importe comment, mais censé néanmoins servir de feuille de route au PS d'ici son prochain Congrès en 2011), ainsi qu'une nouvelle direction de 38 membres, sans être parvenu à rallier l'équipe de son ex-rivale Ségolène Royal, comme cela était prévisible. Les conditions du rassemblement des socialistes n'ont pas été réunies à l'issue des "négociations" internes et le dogme du "Tout sauf Ségolène" (avec la ridicule et hypocrite agitation de l'épouvantail "MODEM" qui va avec) a réussi à plus ou moins s'imposer, Royal n'ayant pas reçu notamment de réponses positives à ses propositions en matière de répartition des postes au sein de la nouvelle direction du PS. Ainsi, on a finalement abouti à une mise à l'écart de Royal et de son équipe vis-à-vis du nouveau secrétariat national du PS. C'est injuste, mais, hélas, il va bien falloir faire avec. Les fabiusiens et les strauss-kahniens ont obtenu ce qu'il voulaient : une direction faible, pour un parti qui reste inaudible, en attendant le prochain combat en interne pour faire désigner leur champion respectif comme candidat du parti à l'élection présidentielle de 2012. Il aurait pourtant été dans l'intérêt du PS, et aussi dans l'intérêt de Martine Aubry, que celle-ci réussisse à rallier Ségolène Royal (pour laquelle la moitié des adhérents du parti a voté, le 21 novembre dernier) en lui donnant au moins quelques gages substanciels. Cela ne s'est pas passé ainsi, et c'est bien dommage. Maintenant, Martine Aubry réussira-t-elle à s'affirmer comme une véritable dirigeante du parti et donc à s'affranchir de la majorité hétéroclite du Conseil national du PS qui est censé la soutenir mais qui n'est unie que la volonté de contrer Royal ? Wait and see, mais, pour l'instant, rien n'est moins sûr.


Pour le moment cependant, l'heure est au "rassemblement" au service de la France, fut-il de façade, avec un parti censé être enfin engagé sur la voie de la rénovation, fut-elle, là aussi, de facade. Lors de ce Conseil national du PS du 6 décembre - que François Hollande a lui-même qualifié en privé de "mascarade", et auquel il n'a d'ailleurs pas voulu participer -, Aubry a affirmé : "Le secrétariat que j'ai composé est totalement paritaire: 19 femmes, 19 hommes, c'est la première fois que cela arrive dans notre parti". Elle a précisé que son équipe est aussi "aux couleurs de la France", "préférant" cette expression, à celle de "minorités visibles", soulignant que celles-là vont représenter 20% du nouveau secrétariat national. "Notre parti est aussi un parti de jeunes et de nouvelles générations", a-t-elle dit, annonçant que sa direction va désormais comporter "60% de nouveaux visages et 40% de moins de 40 ans", comme si la jeunesse signifiait à elle seule le changement... En ce qui concerne un éventuel accord ultérieur avec Ségolène Royal, Aubry a déclaré : "La porte reste ouverte et [le sera] tout au long de ces trois ans qui nous séparent de notre prochain Congrès"... Si un accord est enfin possible d'ici trois ans, souhaitons qu'il ait lieu, même si on en est loin pour l'instant. L'équipe de Royal reste, de son côté, disponible pour aider le PS à se rénover, mais, en attendant des jours meilleurs, il va falloir encore compter avec les représentants d'un vieux système, en dépit de l'arrivée de nouvelles têtes à la direction du parti.


Parce qu'il a été conseiller de Martine Aubry du temps où elle était ministre de Jospin, et parce qu'il s'est rallié sans surprise à Aubry à l'issue du premier tour de l'élection du Premier secrétaire du parti, le député européen Benoît Hamon est devenu porte-parole du Parti Socialiste, tandis que le député de Saône-et-Loire Arnaud Montebourg s'est vu attribuer, pour sa part, le secrétariat national chargé de la rénovation. La façade de la nouvelle direction du parti a l'air ainsi un peu plus jeune qu'auparavant, mais ce n'est qu'une apparence, car le vrai vainqueur de cette bataille interne au PS, ce n'est pas le renouvellement, ni même la "jeunesse", mais bien plutôt le carriérisme, celui des jeunes élus et des vieux élus, tradition fidèlement transmise de générations en générations dans tous les partis de gouvernement. Du reste, si le visage de la rénovation du PS est désormais celui du vaniteux et opportuniste Montebourg, alors on peut dire que le PS en rénovation n'est pas prêt de renoncer à la sale gueule qui est, hélas encore, aujourd'hui la sienne. Et je ne parle même pas de ceux qui ont également récupéré de bonnes places au sein de la direction du parti, et qui sont sans doute bien contents d'être là pour occuper le terrain, comme le strauss-kahnien Jean-Christophe Cambadélis, nouveau secrétaire national chargé de l'Europe et des relations internationales, ou comme le détestable fabiusien Claude Bartolone, nouveau secrétaire chargé des relations extérieures du PS... Ça n'est pas très joli-joli, tout cela, et le nouveau chapitre qui s'est ainsi ouvert pour le Parti socialiste n'incite donc guère à l'optimisme... Cela dit, après tout, en ce qui me concerne, ça ne fait rien : je reste adhérent du PS, ne serait-ce que pour enquiquiner ceux qui préfèreraient que les gens comme moi quittent le parti. Je reste donc, en espérant que le vent finira un jour enfin par tourner en faveur d'un véritable renouvellement du PS et de la gauche.


En attendant, même si la situation est stabilisée pour quelque temps, tout en restant bien entendu préoccupante, l'histoire continue... A l'occasion du Conseil national du 6 décembre qui a fait de lui le nouveau porte-parole du PS, Benoît Hamon, qui est pourtant quelqu'un d'intelligent, s'est laissé aller sottement à jouer les donneurs de leçons au camp de Royal. Soucieux de paraître comme étant un responsable socialiste pur et propre sur lui, uniquement préoccupé désormais par les problèmes des Français, Hamon s'est cru malin en déclarant publiquement, et stupidement, à la façon d'un George W. Bush, "Game is over". Hamon peut bien prendre toutes les postures qu'il veut, et donner toutes les pseudos-leçons de responsabilité qu'il veut, les choses n'en sont pas moins ce qu'elles sont : It's not a game ; it's not over. Ce n'est pas parce que le camp de Martine Aubry a remporté une "victoire" interne, que Ségolène Royal et son équipe doivent être marginalisés au sein du PS. Ce n'est donc pas la peine de tenir des propos péremptoires, même si on a "gagné", car lorsqu'on y regarde de plus prêt, on voit bien que rien n'est réglé, même si la situation est à présent stabilisée. En attendant, que chacun s'abstienne donc désormais de donner hypocritement des leçons à son voisin, et que chacun fasse ce qu'il peut pour aider le Parti Socialiste à se renouveller et à être à nouveau audible et crédible face à la droite sarkozyste dans les mois qui viennent : c'est là tout ce qu'il nous reste à faire, en attendant la suite...

Cordialement, :-)

Hyarion.

(Illustrations : Nicolas Sarkozy à Tbilissi, en Géorgie, le 8 septembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Mustafa Ozer ; La Maison Blanche, à Washington, le 29 octobre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Karen Bleier ; Barack Obama et Hillary Clinton le 1er décembre 2008 à Chicago, photographie de l'Agence France Presse, ©Jim Watson/AFP ; Nicolas Sarkozy entouré [de gauche à droite] de Lech Kaczynski, François Fillon et Demetris Christofias le 11 décembre 2008 à Bruxelles, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Dominique Faget ; Sommet européen sur la protection du climat à Bruxelles le 11 décembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Dominique Faget ; Le président français Nicolas Sarkozy à Bruxelles, le 12 décembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/John Thys ; Patrick Devedjian, ministre chargé de la mise en oeuvre du plan de relance économique, le 5 décembre 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Lionel Bonaventure ; Xavier Bertrand, ministre du Travail, le 24 octobre 2008 à Pérignat-lès-Sarliève, près de Clermont-Ferrand, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Thierry Zoccolan ; Rama Yade à une cérémonie du 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'Homme le 10 décembre 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Pierre Verdy ; Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin, le 24 avril 2007 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©Thomas Coex/AFP ; Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin, le 31 août 2006 à Troyes, photographie de l'Agence France Presse, ©Patrick Kovarik/AFP/Archives ; Dominique de Villepin et la poupée vaudoue à l'effigie de Nicolas Sarkozy, caricature de Kiro, publiée dans le Canard Enchaîné N°4597, 3 décembre 2008 ; Discours de la Première secrétaire du PS, Martine Aubry, présentant son équipe, le 6 décembre 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Boris Horvat ; Le socialiste Arnaud Montebourg au Congrès de Reims, le 15 novembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Francois Nascimbeni ; Benoît Hamon, nouveau porte-parole du PS tenant son premier point de presse hebdomadaire au siège du PS, le 8 décembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Bertrand Guay)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 2 (2008-2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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Mercredi 10 décembre 2008 3 10 12 2008 18:37
La dernière fois que j'ai évoqué la réforme des institutions, c'était dans un article du 24 juin dernier, c'est-à-dire avant que celle-ci, ou du moins le texte législatif qui en tient lieu, ne soit voté par le Parlement réuni en Congrès à Versailles, le 21 juillet dernier. Pourquoi revenir sur ce sujet aujourd'hui, plusieurs mois après les évènements, alors que l'année 2008 touche bientôt à sa fin ? Parce qu'il me semble qu'au milieu du flot incessant de faits dits d'actualité que les médias de masse relatent à longueur de journées tout le long de l'année, il y a toujours quelques faits qui ne seront pas complètement oubliés dans cinquante ans... A cet égard, alors que le cinquantième anniversaire de la Constitution de la Ve République a été célébrée cette année, l'adoption de la réforme des institutions de cette même Ve République, adoption qui a eu lieu l'été dernier, me parait être un des évènements de la vie politique française dont l'histoire devrait se souvenir, en dépit du fait que cette réforme fasse partie des sujets dont je suppose que beaucoup de gens se soucient autant que de leur première couche Pampers (il y a des sujets d'actualité tellement plus intéressants qu'une réforme des institutions, n'est-ce-pas ?)... Rappelons donc ce qui s'est passé en juillet dernier, avec quelques dépêches AFP de l'époque :

Le Congrès convoqué lundi 21 juillet pour réviser la Constitution


Le président de la République Nicolas Sarkozy a officiellement convoqué le Parlement en Congrès (Assemblée et Sénat) à Versailles lundi 21 juillet à 15H30 pour se prononcer sur le projet de réforme de la Constitution, a annoncé jeudi [17 juillet] en séance le vice-président de l'Assemblée Marc Laffineur.

Au total, 576 députés et 330 sénateurs (un élu manquant dans chaque assemblée), soit 906 parlementaires, sont convoqués pour un Congrès à l'issue plus qu'incertaine.

Une majorité des 3/5èmes des suffrages exprimés est nécessaire pour l'adoption définitive du projet voulu par le président de la République. Dans l'absolu, le seuil requis est donc de 544 voix, même s'il est théorique car seuls les votes pour et contre sont comptabilisés. Chaque parlementaire a le droit à une délégation de vote.

D'après un décompte de l'AFP, le Congrès pourrait, situation totalement inédite, se jouer à moins de cinq voix -d'un côté comme de l'autre- au vu de l'actuel rapport de forces entre les partisans de la réforme des institutions et ceux qui veulent voter contre ou s'abstenir.

L'exécutif est actuellement encore loin des 544 voix favorables au texte, qui le mettraient définitivement à l'abri d'un rejet de la réforme.

L'immense majorité des 476 parlementaires de l'UMP devraient voter oui, à l'exception d'une petite dizaine d'élus gaullistes et villepinistes pourtant dûment approchés par l'Elysée ces derniers jours.

Mais certains UMP pourraient choisir de s'abstenir ou même de ne pas venir.

Tous les socialistes -à l'exception de Jack Lang- devraient voter non.

Le Sénat a adopté, tard dans la nuit de mercredi [16 juillet] à jeudi [17 juillet], par 162 voix contre 125 (329 votants et 287 suffrages exprimés), le projet de loi constitutionnelle en seconde lecture dans les mêmes termes que l'Assemblée, ouvrant la voie à la réunion du parlement en Congrès à Versailles.

L'UMP a voté pour, les centristes se sont abstenus et l'opposition de gauche PS, PCF et Verts ont voté contre.

Les sénateurs socialistes ont "constaté" jeudi [17 juillet] dans un communiqué "qu'il a manqué 11 voix pour atteindre la majorité des 3/5ème", affirmant "sortir de ce débat confortés dans leur décision de voter non lundi au Congrès".

"La droite sénatoriale a émis une fin de non-recevoir à toutes formes d'avancées" et a accepté le texte de l'Assemblée nationale "sans en changer une virgule, en rejetant tous les amendements de l'opposition, même ceux qui correspondaient aux déclarations de Nicolas Sarkozy", déplorent les élus PS.

Pour faire aboutir sa réforme, Nicolas Sarkozy a fait mercredi, en vain, d'ultimes concessions à la gauche, notamment sur un droit de réponse de l'opposition lorsque le président de la République s'exprime sur les questions de politique intérieure.

C'est le Premier ministre François Fillon qui s'exprimera le premier pour défendre, durant 30 minutes, le texte. Neuf orateurs, un pour chaque groupe de l'Assemblée et du Sénat, prendront ensuite la parole (10 minutes chacun).

Jeudi matin, les présidents UMP des deux assemblées, Bernard Accoyer et Christian Poncelet, ont procédé au tirage au sort des orateurs: Bernard Frimat (PS, Sénat) sera le premier orateur suivi de Jean-Michel Baylet (PRG, Sénat), Henri de Raincourt (UMP, Sénat), Marie-George Buffet (PCF, Assemblée), Arnaud Montebourg (PS, Assemblée), François Sauvadet (NC, Assemblée), Michel Mercier (UC, Sénat), Guy Fischer (PCF, Sénat) et Jean-François Copé (UMP, Assemblée).

Le scrutin, par vote électronique validé par comptage manuel, devrait durer 45 minutes. Le résultat devrait être annoncé vers 19H00.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 17 juillet 2008, 14h15)


Institutions : le Parlement approuve de justesse la réforme de la Constitution


Le Parlement a approuvé lundi [21 juillet] avec une seule voix d'avance la 24e réforme de la Constitution, qui donne plus de pouvoirs au Parlement et aux citoyens et autorise le président de la République à s'exprimer devant les deux Chambres réunies.

C'est le scrutin le plus serré jamais enregistré sous la Ve République pour une réforme approuvée par voie parlementaire.

Le projet a réuni 539 voix, face à 357 contre, sur 896 votes exprimés: une voix de plus que la majorité des trois cinquièmes requise (538).

Deux votes ont donc été décisifs: celui du président de l'Assemblée Bernard Accoyer (UMP) qui, contrairement à l'usage, a participé au scrutin, glissant un bulletin "oui". Et celle de Jack Lang, seul PS à avoir voté pour.

Depuis Dublin, le président Nicolas Sarkozy, qui s'était démené jusqu'au bout pour sauver "sa" réforme, a exprimé sa "joie". "C'est la démocratie qui a gagné", a-t-il dit.

Le numéro un du PS, François Hollande, a jugé pour sa part que "le perdant, c'est Nicolas Sarkozy".

Edulcorée par rapport à l'ambition initiale du chef de l'Etat, la réforme lui offre une nouvelle prérogative: s'exprimer devant le congrès.

Elle donne des pouvoirs supplémentaires au Parlement en matière législative et de contrôle et accorde deux nouveaux droits, fortement encadrés, aux citoyens: référendum et contestation des lois.

Le suspense aura duré jusqu'au bout. Mais après un week-end de tractations, voire de pressions selon des intéressés, l'UMP a fait quasiment le plein de ses voix (310 députés et 159 sénateurs pour le oui).

Le clan de ses "irréductibles" s'est réduit à sept "non" et une abstention.

Faute de consensus avec le PS, l'Elysée et Matignon avaient misé sur la discipline de l'UMP, le soutien des centristes et le ralliement des Radicaux de gauche.

Après le vote, le Premier ministre François Fillon a assuré que l'élan réformateur" allait être "encore renforcé"

A l'exception du MoDem François Bayrou et de deux sénateurs, les centristes ont adhéré à la réforme: (54 parlementaires pour, 5 abstentions).

De même que la plupart des 18 Radicaux de gauche, suivant la consigne de leur patron, Jean-Michel Baylet.

La mauvaise surprise pour la majorité est venue des sénateurs radicaux de droite et de gauche (RDSE) dont 11 sur 17 seulement ont voté pour et des sénateurs non-inscrits (3 oui sur 13).

Le non a fait le plein des voix communistes et Verts (47 parlementaires) et socialistes (186 députés/95 sénateurs).

Seul le PS Lang a dit oui à une réforme renforçant à ses yeux les droits "du Parlement, des citoyens et de l'opposition". Il a assuré rester un "opposant déterminé".

Mais pour le patron des députés PS, Jean-Marc Ayrault, il a commis par ce oui une "faute politique".

24 demandes socialistes, selon la droite, avaient été intégrées à la réforme. Mais, parmi les conditions posées par le PS pour un soutien, seul un droit de réponse lorsque le président parle politique intérieure a été concédé par le chef de l'Etat. Trop tard et trop peu pour les socialistes.

Pour faire adopter l'un de ses projets majeurs, Nicolas Sarkozy aura dû également composer avec la cinquantaine d'opposants à une entrée d'Ankara dans l'UE, qui ont obtenu le maintien du verrou référendaire.

"Les grandes réformes de notre histoire ont parfois été adoptées à une voix", se consolaient des élus de la majorité. Allusion à l'amendement Wallon, fondateur de la IIIème République, passé en 1875 à une voix près.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 22 juillet 2008, 08h10)


Une victoire sur le fil pour Sarkozy sans bénéfice pour la gauche


L'exécutif a senti le vent du boulet sur la révision constitutionnelle, réforme-phare du quinquennat Sarkozy adoptée avec une seule voix d'avance, mais l'opposition, loin d'en tirer profit, voit ressurgir ses querelles internes.

François Fillon avait beau dire lundi soir que la "victoire" était "belle", les responsables de la majorité ont surtout poussé un "ouf" de soulagement à l'annonce du résultat et se sont gardés de tout triomphalisme. "Nous savions que ce serait très serré, mais pas à ce point-là", confiait le secrétaire général de l'UMP Patrick Devedjian, se refusant à jouer les "farauds" dans les couloirs de Versailles.

Roger Karoutchi, qui n'a pas ménagé sa peine pour convaincre les récalcitrants de son camp, était bien content de voir cet épisode derrière lui. "C'est une opération commando bien menée, bien réussie mais je ne ferai pas ça tous les jours", disait le secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement.

En réunissant en octobre dans la commission Balladur des personnalités de droite et de gauche, le président Nicolas Sarkozy espérait un large consensus. L'appel de 17 députés socialistes en mai à chercher un compromis lui offrait une perspective encourageante.

Mais le front du refus s'est finalement resoudé à gauche, encouragé par le détricotage du texte au Sénat en première lecture par une série d'amendements de l'UMP.

Jusqu'au dernier moment, le chef de l'Etat et François Fillon ont dû aller à la pêche aux voix. Au sein même de l'hémicycle du Congrès, les petits mots ont circulé pour tenter de convertir au oui ou à l'abstention les tenants du "non".

Au final, c'est une victoire ric-rac pour le président de la République, qui n'a pas réussi à faire le plein dans son camp, six députés et un sénateur UMP ayant voté contre.

L'opposition aurait pu espérer capitaliser sur ce score sans éclat. Il n'en est rien. Elle se retrouve face à de nouvelles secousses à quatre mois du Congrès de Reims.

Pour le politologue Dominique Reynié, "comme toujours, les demi-succès de Nicolas Sarkozy ne sont jamais des victoires pour l'opposition". Au contraire, ajoute-t-il, "à chaque fois", la gauche est secouée par une "nouvelle crise".

Jack Lang, seul député socialiste à avoir apporté son soutien à la réforme, est le premier à en faire les frais. Pas d'exclusion formelle, mais "il a franchi le Rubicon" et "s'est mis lui-même en dehors du groupe", a estimé le chef de file du PS à l'Assemblée Jean-Marc Ayrault.

François Hollande doit aussi faire face à la division des radicaux de gauche mais surtout à la fronde de certains députés qui ont dit non du bout des lèvres.

Christophe Caresche, Jean-Marie Le Guen, Gaëtan Gorce, et Manuel Valls fustigent une opposition "pavlovienne à tout projet émanant du président de la République".

"Cette ligne de conduite est dangereuse et fait le jeu de celui qu'elle prétend combattre. Elle nous éloigne des Français qui n'écoutent plus un parti réfugié dans une opposition caricaturale", estiment-ils dans une tribune du Monde invitant leur camp à changer radicalement de stratégie.

Quant à Nicolas Sarkozy, même s'il rêvait mieux qu'un score aussi étriqué, il n'entend pas pour autant bouder son plaisir. Celui qui avait l'habitude de dire pendant la campagne présidentielle qu'"une voix de plus" que 50% lui suffisait à être élu a invité les parlementaires UMP à sabler le champagne mercredi [23 juillet] à l'Elysée.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 22 juillet 2008, 12h41)


Ainsi, la réforme des institutions a donc finalement été adoptée, mais de justesse, ce qui est regrettable compte tenu de la nature de cette réforme. Néanmoins, elle a bien été adoptée. Comment Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa a-t-il fait pour faire finalement pencher la balance en sa faveur ? En magouillant, comme d'habitude dans ce genre de situation...

    "Les marchandages de Sarko

    « J'ai retourné personnellement 7 parlementaires », s'est vanté, lundi matin [21 juillet], le chef de l'Etat devant ses troupes. Rendez-vous en tête-à-tête avec une bonne dizaine de parlementaires, coups de fil encore plus nombreux jusqu'à la fin du week-end dernier depuis Marrakech [où Sarkozy a passé le week-end avec son épouse]. « J'ai fait le job, j'ai fait mon job », n'a cessé de dire Sarko à ses multiples interlocuteurs ces derniers jours.
    Face aux députés récalcitrants, il a surtout joué du violon, « de l'affect », laissant les menaces à peine voilées [concernant le redécoupage des circonscriptions électorales] à son secrétaire d'Etat aux Collectivités territoriales. Tirade préliminaire de Sarko :
    « Je me suis opposé à Chirac pendant cinq ans, j'ai été le trublion de la majorité chiraquienne, donc je ne vais pas vous demander de mettre vos doigts sur la couture du pantalon, mais le PS veut m'empêcher de faire la réforme, et il ne faut pas lui offrir cette victoire. »
    Argument central : « Un rejet de la réforme entraînerait le risque d'une crise politique grave alors que la situation économique est difficile, alors que je suis le président de l'Europe et que je viens de lancer l'Union pour la Méditerranée. Si le non l'emportait, ce serait un échec personnel et cela atteindrait ma crédibilité de président de la République. »
    Conclusion de Sarko : « Si la réforme passe, tout ce que j'ai fait, tout ce que nous avons fait depuis quinze mois sera mis en valeur. Dans le cas contraire, les journalistes regarderont toutes nos réformes d'un oeil critique. Ils diront que c'est un échec personnel pour le Président. Le pays, les Français verront alors tout en noir. Alors que si la réforme est votée, tout sera beaucoup plus brillant et les Français verront tout en rose. »
    Et leur pouvoir d'achat s'envolera !"

(Le Canard Enchaîné N°4578, 23 juillet 2008)


En outre, du côté de l'opposition, si Sarkozy de Nagy-Bocsa n'a pas réussi à amadouer le PS, il a réussi à rallier promptement la majorité des parlementaires du Parti Radical de Gauche (PRG), en promettant notamment au sénateur Jean-Michel Baylet (président du PRG) de ne pas toucher, dans le cadre de cette réforme des institutions, au mode de scrutin pour l'élection des sénateurs. Ainsi, dès le 17 juillet, Nicolas Sarkozy pouvait faire le malin à l'Elysée, en recevant (en bras de chemise et col ouvert) le futur ex-Premier secrétaire du PS François Hollande, auquel il s'est alors adressé en ces termes : "Salut, François. Tu vas bien ? Ça me fait plaisir de te voir. T'as vu, je t'ai bien niqué avec les radicaux de gauche..." (cité in Le Canard Enchaîné N°4578, 23 juillet 2008)
Cela dit, ce qui semble avoir alors le plus préoccupé les socialistes n'a pas été le ralliement de la plupart des parlementaires du PRG en faveur de la réforme, mais bien plutôt le vote "oui" pour ladite réforme par le député socialiste du Pas-de-Calais et ancien ministre Jack Lang, comme le rappelle la dépêche AFP et l'article du Canard Enchaîné qui suivent ::

Le PS tire à boulets rouges sur Lang mais fait face à d'autres voix dissonantes


Alors que Jack Lang a essuyé mardi [22 juillet] une volée de bois vert pour avoir voté la réforme des institutions, la belle unanimité du PS au Congrès de Versailles s'est brisée, quatre autres députés accusant la direction d'"antisarkozysme pavlovien".

"Jack Lang n'a plus sa place dans notre famille", a lancé Julien Dray, porte-parole du PS, au lendemain du vote quasi-décisif du député du Pas-de-Calais en faveur de la réforme, passée à une voix près.

"Il a franchi le Rubicon", s'est écrié le patron des députés PS Jean-Marc Ayrault. L'ancien ministre a été mis à l'index: "Il n'y a pas d'exclusion formelle. On a pris acte que Jack Lang s'est mis lui-même en dehors du groupe socialiste" à l'Assemblée, a annoncé le député-maire de Nantes.

De leur côté, les 11 députés et trois sénateurs socialistes du Pas-de-Calais se sont "clairement désolidarisés" de leur collègue.

En acceptant l'an dernier de participer, sans l'aval du PS, au Comité Balladur sur la réforme des institutions, l'ancien ministre avait déjà démissionné en juillet 2007 des instances dirigeantes du PS.

Le premier secrétaire François Hollande, qui avait été plutôt conciliant à son égard -son cas est "particulier" comme ex-membre du comité Balladur- l'a appelé mardi à "prendre conscience de ce qu'il a fait et en tirer toutes les conclusions sur le plan moral".

Aucune réunion de la direction n'étant prévue en cette fin juillet, une mesure de rétorsion immédiate n'est pas attendue, mais "je n'imagine pas que cela puisse rester sans conséquences", a souligné à l'AFP Bruno Le Roux. "En toute logique, il ne peut plus avoir le soutien du parti aux prochaines élections", a ajouté le secrétaire national PS aux élections.

Le député du Pas-de-Calais ne se laisse pas intimider: "il n'est au pouvoir de personne de me rayer de la carte du paysage politique français", a-t-il affirmé à l'AFP.

L'UMP a volé au secours du sauveur de la réforme, dénonçant une "chasse à l'homme". Le patron des députés UMP Jean-François Copé a eu "une pensée pour" lui. "On a maintenant la Constitution Jack Lang", a ironisé le député Jean-Pierre Grand (villepiniste), opposé à la réforme.

A l'affaire Lang s'ajoute, à quatre mois du Congrès de Reims, la fronde au sein du parti de quatre députés - parmi les 17 qui avaient plaidé fin mai pour un "compromis" avec le gouvernement sur la réforme- qui ont dénoncé la politique de la direction d'opposition "systématique" à Nicolas Sarkozy.

Après avoir voté "par discipline" contre le texte, les rénovateurs Manuel Valls et Gaëtan Gorce, Christophe Caresche (proche de Bertrand Delanoë) et le strauss-kahnien Jean-Marie Le Guen, ont dans une tribune au Monde, fustigé l'incapacité du PS à "s'abstraire d'une forme d'anti-sarkozysme pavlovien" qui "le conduit a s'opposer systématiquement à tout projet émanant du président de la République".

Dans les couloirs de l'Assemblée, Jean-Marie Le Guen a dénoncé un appareil PS qui "se rétrécit sur lui-même et ses certitudes et ne montre pas un esprit d'ouverture".

"Pavlov" c'est aussi le titre de l'éditorial de Libération mardi, qui accuse les socialistes d'avoir refusé de voter un projet qui "allait dans leur sens même timidement". La veille, Le Monde estimait aussi que la gauche avait "eu tort de transformer le vote en scrutin pour ou contre Nicolas Sarkozy".

(Dépêche de l'Agence France Presse, 22 juillet 2008, 15h43)


    "Lang fait de la lèche

    « Jack Lang est parti ailleurs. Je prends acte qu'il s'est mis de lui-même en dehors du groupe socialiste. » C'est ainsi que Jean-Marc Ayrault a ouvert la réunion du groupe socialiste, le 22 juillet à midi, au lendemain du Congrès. En privé, Ayrault ajoutait :  « Ça fait huit mois qu'il ne venait plus à nos réunions. On l'a revu il y a quinze jours pour voter contre moi et pour Montebourg [lors du vote interne pour désigner le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale (Ayrault ayant finalement été réélu)]. Je n'ai aucun cadeau à lui faire ! »
    Pourtant, la veille du Congrès, depuis l'île de Mykonos en Grèce, où il coulait des jours paisibles, Lang avait fait part de ses états d'âme au président du groupe socialiste : « Tu ne te rends pas compte de ma situation, Jean-Marc. C'est terrible ! J'ai la tentation de Mykonos, j'hésite à rentrer en France pour voter oui... »
    Quelques heures plus tard, la tentation de Mykonos s'était transformée en tentation de Versailles. En échange de quoi ? « De rien du tout ! » fulmine Djack. Pourtant, Lang, comme « Le Canard » l'avait raconté en novembre dernier, a insisté pour qu'un poste de « Défenseur des droits » soit créé et inscrit dans la Constitution. Une sorte de supermédiateur, désigné pour six ans par le président de la République et indépendant financièrement. L'Elysée lui propose toujours d'occuper le poste. Mais Lang espère peut-être encore mieux.
    En attendant, on lui souhaite bon courage pour aller expliquer son vote aux militants socialistes du Pas-de-Calais. Ce sera moins facile qu'à la télé."

(Le Canard Enchaîné N°4578, 23 juillet 2008)


Depuis le mois de juillet, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts... En tant que parlementaire élu dans le Pas-de-Calais, Jack Lang s'est opportunément et précocement rallié à Martine Aubry dans le cadre de la lutte interne pour le contrôle du PS, et aujourd'hui, de fait, on n'entend plus guère parler de son vote en faveur de la réforme des institutions. Ainsi, il y a eu beaucoup de bruit, sur le moment, pour pas grand-chose à l'arrivée, comme d'habitude, et cela d'autant plus que l'on ne peut guère blâmer Jack Lang d'avoir voté "oui" à la réforme des institutions, dans la mesure où il faisait partie des principaux membres de la commission Balladur à l'origine des propositions reprises dans le projet de réforme. De Jack Lang, je retiendrai, pour ma part, la loi Lang sur le prix unique du livre, juste loi qu'il a fait voter le 10 août 1981 alors qu'il était ministre socialiste de la Culture, au début du premier septennat de François Mitterrand. La loi Lang protège les libraires indépendants contre le risque de monopolisation du marché du livre par les grandes enseignes de distribution, et c'est donc une bonne loi. Pour le reste, soyons francs, il n'y a pas grand-chose à retenir de Jack Lang, si ce n'est l'histoire ordinaire de quelqu'un qui fait tout ce qu'il peut pour maintenir à flot le bâteau de sa carrière politique, comme tant d'autres avant lui, en même temps que lui, et sans doute après lui... Ni plus, ni moins.



Ce que l'histoire retiendra, c'est la réforme elle-même, dont l'ensemble du dispositif est censé entrer en application au cours de l'année prochaine. Ainsi que je l'avais déjà déclaré dans mon précédent article consacré au sujet, mon opinion sur cette réforme reste aujourd'hui très mitigée. Certes, un certain nombre de dispositions prévues dans la réforme vont dans le bon sens, et certains de mes souhaits sont même exaucés, au moins en partie, mais cela ne m'empêches pas de considérer que, pour reprendre à nouveau l'expression employée par certains socialistes, "le compte n'y est pas". La réforme des institutions adoptée cet été, qui vise théoriquement à rééquilibrer les pouvoirs, va probablement surtout profiter aux groupes majoritaires des deux chambres du Parlement, c'est-à-dire actuellement à l'UMP, et, par ailleurs, n'empêchera en rien le pouvoir exécutif de garder la haute main sur ledit Parlement. Ordre du jour partagé, examen en séance publique des textes de loi amendés par les commissions et contrôle de l'action du gouvernement : toutes ces avancées apportées par la réforme sont sans doute positives, mais il faut bien constater que, dans le même temps, certains verrous sont maintenus qui permettent à l'exécutif de reprendre la main. Ledit exécutif a, notamment, en effet, toujours les moyens de bouleverser l'ordre du jour à son profit. Concernant le travail parlementaire en commission, alors que celui-ci se fait aujourd'hui sans les ministres, ce qui offre une certaine liberté aux parlementaires (à l'origine d'"amendements d'appel", même s'il est vrai que ceux-ci font souvent long feu), désormais il faudra compter avec le fait que les textes n'arriveront pas en séance sans que les ministres aient dit ce qu'ils en pensaient en commission. En ce qui concerne l'initiative des lois, il est fort possible que la pratique actuelle ne change pas, la très grande majorité des textes étant aujourd'hui d'initiative gouvernementale, et pouvant fort bien le rester à l'avenir. Pour ce qui est des textes d'initiative parlementaires, même s'ils sont votés par une chambre, ils ne seront pas automatiquement inscrits (contrairement au souhait du Sénat) à l'ordre du jour de l'autre, condition indispensable pour une adoption définitive. Enfin, en ce qui concerne le fameux contrôle parlementaire de l'action du gouvernement, reste à savoir si la majorité s'en saisira pleinement alors qu'elle ne le fait pas aujourd'hui, tout en en ayant, pourtant, déjà les moyens ! Quant à tant d'autres questions non réglées par la réforme, telles que celles du cumul des mandats, de l'introduction de la proportionnelle, et de la réforme du mode de scrutin pour les sénateurs, il est bien évident qu'il n'est absolument pas normal qu'elles restent sans réponses dans le cadre d'une réforme des institutions censée être ambitieuse. La grande réforme de fond, dont les institutions de la Ve République ont besoin, attendra donc. Et c'est bien dommage, même si la réforme de 2008 restera, malgré tout, gravée dans le marbre, comme toutes les réformes de la Constitution...

Cordialement,

Hyarion.

(Illustrations : Le Congrès réuni à Versailles le 21 juillet 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Thomas Coex ; La réforme des institutions : état des forces en présence avant le Congrès, ©AFP/Infographie ; Résultats du vote du Congrès de Versailles sur la réforme des institutions, le 21 juillet 2008, ©AFP ; Nicolas Sarkozy le 16 juillet 2008 à l'Elysée à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Eric Feferberg ; Nicolas Sarkozy s'imaginant en Louis XIVà Versailles, avec Jack Lang [à gauche] et François Fillon [à droite] prosternés à ses pieds, caricature de Cabu, publiée dans le Canard Enchaîné N°4578, 23 juillet 2008 ; Nicolas Sarkozy le 24 novembre 2008 à l'Elysée, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Gérard Cerles ; Jack Lang à l'Assemblée nationale le 25 septembre 2006, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Jacques Demarthon ; Jack Lang le 22 juillet 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Thomas Coex ; Le député socialiste Jack Lang, le 25 juin 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©Bertrand Guay/AFP/Archives ; Un buste de Marianne devant un drapeau français, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Mychèle Daniau)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 2 (2008-2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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Mardi 2 décembre 2008 2 02 12 2008 00:01
Les gens pleins de certitudes m'ont toujours laissés perplexes. Je n'aime pas l'attitude de ceux qui se permettent de proférer sur un ton assuré et péremptoire des prétendues "vérités évidentes", et qui, souvent, ne sont même pas capables d'envisager une seconde ni que leur avis puisse être sérieusement mis en doute, ni que eux-mêmes puissent éventuellement changer d'avis (même si par la suite, cela peut arriver, quite à se réfugier désormais dans la mauvaise foi pour légitimer un nouvel avis...). Il y a ceux qui sont pleins de certitudes simplement parce qu'ils pensent que les modestes expériences de leurs modestes vies les autorisent à avoir un avis, le plus souvent subjectif, sur certains sujets universels : "c'est comme ça, parce que je le dis". Avec eux, la certitude est au coin de la rue. La bêtise aussi, souvent, mais cela, ils en sont sans doute moins conscients...
Mais, entre nous, il y a pire. Il y a ceux qui semblent être incapables d'appréhender le monde et autrui autrement qu'en collant des étiquettes toutes faites sur tout ce qu'ils voient... Ces gens-là, incapables d'accepter la complexité du monde, se complaisent dans cette solution de facilité qui consiste à tout catégoriser, notamment les personnes, et surtout les personnes qu'ils ne connaissent pas. Les étiquettes convenues, celles renvoyant aux "clichés" les plus éculés, ils adorent ça. C'est pathétique, bien entendu, mais il faut croire qu'ils sont heureux ainsi, même si, pour rien au monde, je ne voudrais être à leur place.
Et puis, par ailleurs, il y a encore pire. Il y a ceux qui sont incapables d'appréhender les sociétés humaines sans avoir recours en permanence à des grilles de lecture désespérément systémiques. Ceux sont, par exemple, les apologistes du capitalisme et les apologistes du marxisme, pour qui, au fond, les hommes ne sont que des pions tout juste bons à rentrer dans les cases de leurs grilles de lecture toutes faites. Les systèmes qui prétendent tout expliquer et qui ne peuvent absolument pas être remis en cause selon ceux qui s'en réclament, j'ai horreur de ça. Voila pourquoi je ne suis ni capitaliste, ni marxiste. Et je ne parle même pas de l'obscurantisme religieux et du fanatisme : j'ai horreur des dogmes, qui, au fond, ne sont que des certitudes gravées dans un marbre sacré et, malheureusement, dans l'esprit de bien des hommes, certitudes d'autant plus dangereuses qu'elles imposent, par principe, la croyance et l'irrationnel dans la démarche universelle d'appréhension du monde. D'un autre côté, je suis également très perplexe vis-à-vis de ceux qui se prétendent athées : leurs discours pleins de certitudes sur la non-existence d'une divinité au-dessus des hommes me laissent dubitatifs. J'ai plus de compréhension pour les agnostiques, qui, eux, revendiquent sagement le fait de ne pas savoir si Dieu existe ou pas.
Bref, quel que soit le bout par lequel je prend le problème, le constat est toujours le même : je n'aime pas les apologistes de la certitude. "La seule certitude, c'est que rien n'est certain" : cette formule attribuée à Pline l'Ancien résonne souvent dans mon esprit, et d'autant plus fortement que le discours des gens pleins de certitudes se fait péremptoire en bien des occasions. Certains peuvent bien essayer de me catégoriser, de me coller des étiquettes convenues : ces tentatives de me maîtriser dans leur esprit, en tant que personne autre, me paraissent bien vaines, vu que je ne suis moi-même pas certain de ce que je suis. Du reste, pour ma part, s'il m'arrive, comme tout le monde, de catégoriser et de qualifier des personnes, je ne le fais, en général, que par pure commodité de language, afin que mon propos soit bien compris. Cela ne signifie pas que je sois bardé de certitudes catégoriques vis-à-vis de ce dont je parle, car je n'ai pas de leçons à donner et que mon point de vue ne peut guère échapper à la subjectivité. On me reproche parfois d'être un incorrigible relativiste. En fait, il m'arrive bien d'avoir quelques certitudes, quelques repères moraux et éthiques qui ne changent pas, mais cela ne m'empêche pas d'avoir des doutes sur beaucoup de sujets, quand tant d'autres n'en ont jamais, ce qui me dépasse. Les critiques qui me sont parfois faites à titre personnel, sur fond d'anti-intellectualisme, me laissent au mieux perplexe, au pire indifférent. Au fond, du reste, qui suis-je pour prétendre, moi-même, être un "intellectuel" ? Et qui sont ces gens pour prétendre savoir qui je suis et ce que je suis ? Ils prétendent avoir des certitudes et ainsi me catégoriser, tout en cachant (mal) une certaine malignité derrière un prétendu humour. Or, en réalité, ils ne savent rien. Rien du tout. Comme tout le monde. En général, personne ne sait rien. On croit juste savoir, mais en fait, on ne sait rien. Si chacun avait l'humilité de reconnaître chaque jour qu'il n'est qu'un être humain, faillible et imparfait, il y aurait peut-être un peu moins de certitudes imbéciles dans l'esprit des hommes. Si se poser des questions, c'est être un intellectuel, alors je le suis sans doute, mais presque tout le monde l'est également, et sont assurément "bien mal barrés" ceux qui ne le sont pas (lorsqu'ils n'ont pas a priori de handicap mental sévère) ! Je me pose des questions, et, de fait, je fais fonctionner mon esprit : tout homme le fait, et il n'est nul besoin de porter des lunettes ou d'être une encyclopédie vivante pour être un homme ! Après, cela dit, pourquoi vouloir se justifier ? Pourquoi, surtout, se justifier d'être un homme, d'avoir un esprit, et de s'en servir ? On le voit bien : nous arrivons ici aux limites de l'absurdité. Mais les jugements de valeur pleins de certitudes ne sont-ils pas eux-mêmes absurdes, surtout s'ils sont faits avec un vrai fond de sérieux ? Faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux : telle est toujours l'une de mes devises. J'accepte donc la critique, mais à condition qu'elle soit faite sérieusement et que l'auteur de la critique ne se prenne pas au sérieux. Le reste, tout le reste, qu'il s'agisse d'attaques gratuites sur le coup de je-ne-sais quel ressentiment sorti de nulle part, ou qu'il s'agisse de commentaires prétendument "humoristiques" et en réalité volontairement irrespectueux envers les personnes, tout cela, au fond, je m'en moque, car si je devais tenir compte des problèmes de constipation des uns et des autres, et des préjugés imbéciles de certains, je ne serais pas sorti de l'auberge...



Les chiens aboient et la caravane passe... Reprenons donc la route, et continuons à essayer d'appréhender le monde comme il va, en se posant des questions, toujours des questions... Ici, précisément, il est très souvent question de politique, mais il est aussi parfois également question de culture... La relecture récente d'un petit livre découvert il y a plusieurs années, lorsque j'étais encore au lycée, à savoir Les Grandes interrogations esthétiques de Bertrand Vergely (collection "Les Essentiels Milan", Toulouse, Editions Milan, 1999), me donne aujourd'hui l'occasion d'évoquer ici quelques questionnements esthétiques, sans toutefois avoir la prétention, bien entendu, d'être un spécialiste du sujet. Pour moi qui est toujours eu une certaine réticence (voire une réticence certaine) à parler en détail des choses que j'apprécie en matière artistique, c'est là sans doute l'occasion d'aller au-delà de la question du goût personnel, qui dicte souvent ma conduite et me pousse à ne pas vouloir, en général, trop discuter des oeuvres d'art que j'aime avec d'autres personnes, surtout si celles-ci n'aiment pas ce que j'aime et sont selon moi trop démonstratives vis-à-vis de leurs propres goûts qui, eux, ne sont pas forcément les miens... Essayons donc à présent, si c'est possible, de dépasser tout cela, au moins le temps d'un article...
Dès l'introduction de son petit ouvrage d'une soixantaine de pages, le professeur de philosophie Bertrand Vergely présente ainsi les choses : "Dès lors qu'il est question d'art ou d'esthétique, il n'est pas rare d'entendre dire que l'art relèverait du luxe, luxe qui trouve sa place une fois que l'on possède le nécessaire. Ou, encore, que le beau serait une affaire de goût personnel, dont il est inutile de discuter, puisque jamais on ne parviendra à se mettre d'accord à son sujet. / Sans prétendre épuiser un débat aussi vaste, cet ouvrage voudrait pouvoir montrer que de tels jugements n'ont aucune raison d'être. / L'art n'est pas un luxe et ne renvoie pas à l'agréable que l'on surajoute à l'utile afin de faire, comme on dit, simplement « joli ». Car l'art est essentiel. / « Avoir l'art de faire quelque-chose », c'est avoir la manière dans ce que l'on fait, en élevant ainsi la vie au-dessus de la grossièreté et de la brutalité. Une autre vie est possible qu'une vie grossière et brutale. L'art est là pour nous l'apprendre. Quant au beau, il n'est pas sûr qu'il soit si relatif que cela. Il nous est arrivé à tous de communier en silence dans la beauté de la nature, d'un tableau ou d'un morceau de musique. Chacun, sans doute, a ressenti des choses différentes, mais tout le monde a ressenti en même temps quelque chose. Si bien qu'il est erroné de dire que le beau renvoie à un sentiment propre à chacun. Il est au contraire ce qui nous réunit et nous fait communiquer les uns avec les autres. [...]"
Les questions abordées dans le livre de Vergely sont nombreuses : Qu'est-ce qui est beau ? Qu'est-ce qui est laid ? Des goûts et des couleurs on ne discute pas ? Qu'est-ce qui nous autorise à dire : "C'est vulgaire" ? Peut-on vraiment réduire le sublime à la sublimation ? Le grotesque est-il forcément ridicule ? Le fantastique est-il toujours imaginaire ? La vie quotidienne est-elle vraiment banale ? L'art n'a-t-il vraiment rien à voir avec le sacré ? La vie est-elle un roman ? Peut-on parler d'un théâtre du monde ? Un coucher de soleil peut-il être poétique ? La musique adoucit-elle les moeurs ? Danse-t-on sa vie quand on danse ? Qui chante quand je chante ? La peinture est-elle une affaire de beauté ? Le sculpteur donne-t-il forme à la matière ? Que construit l'architecte quand il construit une maison ? Pourquoi le cinéma est-il un art ? À quoi sert l'art ? L'art imite-t-il la nature ? L'art est-il un langage ? Y a-t-il un progrès de l'art ? Est-il vrai que l'art est mort ? Est-ce le style qui fait l'homme ? Qu'est-ce que la modernité ? L'artiste est-il le philosophe de l'avenir ?
Evoquer ici en détail toutes ces questions serait évidemment trop long et ce n'est donc pas possible (on me reproche bien assez, du reste, la longueur de mes articles !). Je me contenterai donc d'évoquer ici brièvement certains éléments de réflexion, autour de quelques-unes des questions posées, en espérant que lesdits éléments susciteront quelque intérêt chez mes lecteurs...


Qu'est-ce qui est beau ? Première question posée par l'auteur, c'est sans doute la plus fondamentale des grandes interrogations esthétiques. Ainsi que l'écrit Vergely, "le beau s'éprouve plus qu'il ne se prouve." Cependant, ajoute l'auteur, "est-ce une raison pour le relativiser et le réduire ainsi à une simple impression subjective ?" Vergely insiste sur le fait qu'il ne faut pas confondre le beau et l'agréable : "Ainsi que l'a montré Kant (1724-1804), l'agréable est subjectif. Car il est une affaire de goût purement sensible. [...] Avec le beau, il en va autrement. Quand on dit : « C'est beau », on prononce un jugement. On ne se contente pas de sentir, on règle son rapport à quelque chose de senti, en reliant ce qui est ainsi senti à une pensée. On cherche, autrement dit, à souligner que ce qui est ainsi sensible n'est pas simplement sensible, mais porteur d'une pensée et d'un sens dépassant le sensible. [...] Un paysage, une musique, un poème nous laissent songeurs. Ils nous ont fait sentir qu'il y a quelque chose dans la vie de plus fort que le simple plaisir de vivre. La vie a une âme. Elle n'est pas que matière. Et cette âme est la profondeur de la vie. Voilà ce que le beau signifie. Il nous éveille à notre propre âme en nous révélant que nous pouvons être plus qu'un corps. En ce sens, le beau n'est pas une affaire de subjectivité au sens banal du terme. Témoin le fait que nous pouvons être plusieurs à le ressentir en même temps [par exemple lors d'un concert]." Ainsi, "le beau n'est pas relatif. Il est au contraire rapport à l'absolu sous la forme de l'esprit qui donne une âme et une vie à la réalité."


Des goûts et des couleurs on ne discute pas ? Selon l'auteur, la sensibilité est le "fait de vivre, d'éprouver d'une façon sensible et charnelle la réalité des choses. De cette passivité qu'est le sensible, la sensibilité a l'art de faire une activité." Or, nous avons tous une sensibilité différente, notamment en matière artistique. Par exemple, qu'est-ce qui fait que, personnellement, je suis plus attiré par la peinture que par la sculpture ? Qu'est-ce qui fait que je préfère lire des oeuvres de Jules Verne, de J.R.R. Tolkien et de Robert E. Howard, plutôt que des oeuvres d'écrivains contemporains à la mode ou célébrés par les jurys de prix littéraires ? Qu'est-ce qui fait que j'aime beaucoup les tableaux figuratifs de Jean Auguste Dominique Ingres et de Salvador Dalí, peintres géniaux à mes yeux, alors que par ailleurs les oeuvres de la plupart des peintres abstraits ne m'attirent pas et me laissent en général indifférent ? Qu'est-ce qui fait que je préfère les gravures de Gustave Doré aux illustrations faites à l'ordinateur de beaucoup d'illustrateurs d'aujourd'hui ? Qu'est-ce qui fait que j'aime la musique classique et la musique symphonique de cinéma, et que je n'aime pas du tout d'autres types de musiques censés être moins "élitistes" ? Qu'est-ce qui fait que je préfère la musique rock des années 1965-1980 à beaucoup de ce qui a suivi par la suite dans ce domaine ? Qu'est-ce qui fait que j'aime certains films de cinéma, et pas d'autres ? Tout cela est d'abord, sans doute, une question de goût personnel. On ne peut nier que, de façon générale, notre rapport à l'art est d'abord le fruit d'une rencontre personnelle et sensible. Ainsi, nous avons tous nos goûts, et donc notre originalité en matière d'appréciation artistique ou esthétique.
Mais on n'est pas obligé d'en rester là. Selon l'auteur, "par respect démocratique, on dit qu'il ne faut pas discuter les goûts de chacun. Mais de quoi parlerait-on si on cessait de discuter de nos goûts ? [...] On pense souvent que, chacun ayant une sensibilité différente, le goût ne se discute pas et que vouloir imposer ses goûts est le fait d'une attitude autoritaire. Ce qui est une double erreur. S'il y a quelque chose qui nous unit au lieu de nous séparer, c'est bien la sensibilité. [...] Si la sensibilité était si particulière à chacun que cela, il serait proprement inexplicable que nous puissions nous communiquer les uns aux autres ce qui captive nos sens et enchante nos âmes, et les artistes comme les artisans de notre bien-être quotidien ne prendraient pas la peine de créer comme ils le font. En outre, heureusement que l'on discute des goûts et des couleurs. N'est-ce pas parce qu'un jour quelqu'un de notre entourage nous a critiqués sur nos goûts que nous avons appris à affiner ceux-ci ? Et n'est-ce pas parce qu'il nous est arrivé de discuter avec quelqu'un qui savait goûter la musique ou la peinture, que nous avons changé notre regard sur telle oeuvre, en y découvrant quantité d'aspects cachés que nous ne soupçonnions pas ?" Vergely considère ainsi que "le goût consiste à mettre son originalité au service de l'harmonie afin de donner de la vie et de la saveur à la vie sociale et à son ordre." Cependant, si le goût est "création sous la forme d'une rencontre entre l'originalité personnelle et le language d'une société", l'auteur convient que "parfois, le goût est détourné de son sens. On veut se l'approprier et en faire étalage. On a alors du goût sans goût. Sans finesse et sans délicatesse. Ou bien, on utilise un goût régnant ou une mode, afin d'intimider son entourage et ainsi s'imposer. Un tel abus entraîne une guerre autour du goût avec ses excès. Un conformisme en chasse un autre, avec parfois un usage de la provocation. C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre un autre sens possible de la phrase : « Des goûts et des couleurs on ne discute pas. » Ceux qui la prononcent s'en servent pour se protéger et imposer leurs provocations. En fait, il nous manque d'avoir la sagesse des penseurs médiévaux, qui ne discutaient pas du goût parce que, ne cherchant jamais à provoquer, ils ne cherchaient pas à imposer quoi que ce soit."



Le fantastique est-il toujours imaginaire ? Parce qu'il semble contredire le réel, le fantastique fait l'objet d'une interrogation particulière. Chez Vergely, le terme de "fantastique" doit être compris dans un sens très large : "le fantastique fait penser au fantasque, à l'imagination délirante. Ou bien il renvoie à cette partie de la littérature et du cinéma, par exemple, qui mêle préhistoire et futur, hommes et créatures étranges venus d'autres temps ou d'autres planètes, évènements normaux et évènements paranormaux." L'auteur fait ainsi allusion, de façon générale, aux littératures de l'imaginaire, au genre fantastique proprement dit, mais aussi à la fantasy et à la science-fiction, tous ces genres littéraires ayant connu une transposition au cinéma. "Si l'on se laisse captiver par de telles histoires, on se dit intimement qu'on peut le faire sans risque, tant il nous semble aller de soi que ce monde n'a aucune réalité. Et si ce n'était pas le cas ? Et si le fantastique était plus réel qu'on ne le pense ?" Vergely considère le fantastique comme étant un "produit de l'imagination qui non seulement dépasse la réalité mais défie la réalité, en révélant parfois certains aspects étonnants et cachés de cette même réalité." Pour l'auteur, le fantastique se trouve représenté aussi bien par les littératures de l'imaginaire précédemment évoquées que par de grands mouvements artistiques tels que le baroque (auquel il rattache les tableaux d'Arcimboldo, bien que ce peintre soit en général considéré comme un représentant du maniérisme post-Renaissance de la deuxième moitié du XVIe siècle, qui précède le baroque), le romantisme et le surréalisme. "L'imaginaire, disait Bachelard (1884-1962), n'est pas la négation de la réalité, mais une façon de s'absenter du réel. Autrement dit, l'imaginaire est une autre façon d'être présent au monde sur le mode de l'absence, en révélant ainsi d'autres modes possibles de présence au monde. Il faut parfois sortir de l'homme et du monde afin d'y rentrer. C'est ce que signifie le fantastique qui permet de rendre l'homme étrange et de le faire ainsi communiquer avec l'infini. En ce sens, les baroques, les romantiques et les surréalistes sont les métaphysiciens du monde moderne. Ce sont les serviteurs modernes de l'infini." Ainsi, pour l'auteur, "le fantastique consiste à rendre l'homme étranger à lui-même afin de faire sortir de l'étrange la part d'infini qui s'y cache."


L'artiste est-il le philosophe de l'avenir ? Telle est l'ultime question posée par Vergely vers la fin de son livre. En son temps, Friedrich Nietzsche (1844-1900) a voulu faire du philosophe un artiste, d'où l'importance de l'art dans sa réflexion, l'art étant représenté par le dieu Dionysos, symbole de la sensibilité, par opposition à la science, représentée par le dieu Apollon, symbole de la raison. Il semble, aujourd'hui, qu'il y ait encore trop peu de place pour la sensibilité dans la réflexion philosophique du monde contemporain. Vergely fait cette remarque : "Face à une philosophie à qui il arrive d'oublier sa part de sensibilité, il convient de se demander si l'art n'est pas ce qui manque à la philosophie pour bien penser." Evoquant notamment les réflexions de Platon, de Kant et de Nietzsche, qui ont défendu la place du sensible et de l'art, l'auteur constate que, face au risque de voir la raison tomber dans une passion poussant à vouloir tout rationnaliser, la sensibilité a un côté régulateur, permettant de se garder de "bien des vertiges de la raison" et de redécouvrir "bien des étonnements" face au mystère de l'existence : "Nous vivons sous le règne d'une pensée avide de domination technique et politique qui nous fait honte de nos intuitions. Pourtant ce sont ces dernières qui contiennent notre génie." Si j'ai bien compris ce que l'auteur a voulu dire, pour bien penser, en prenant la vie au sérieux, nous avons besoin de la sensibilité, si caractéristique des artistes, l'art étant lié à la vie. Pour oser penser, il faut donc oser sentir, "vivre philosophiquement" se faisant toujours "en vivant avec art", qui est la seule façon de "vraiment vivre".


Je vous laisse méditer là-dessus, en espérant ne pas avoir été trop maladroit ou trop obscur dans mes propos. Pour aller plus loin, on pourra lire Le Banquet de Platon, La Poétique d'Aristote, Critique de la faculté de juger de Emmanuel Kant, La Naissance de la tragédie et Par-delà le bien et le mal de Friedrich Nietzsche. Mais la simple lecture du petit livre Les Grandes interrogations esthétiques de Bertrand Vergely a l'avantage d'être a priori nettement plus accessible au grand public que les grandes oeuvres philosophiques précédemment citées, auxquelles il peut, du reste, constituer une introduction.


Honnêtement, je ne sais pas si cet article vaut quelque-chose... Je n'ai jamais prétendu être un brillant "intellectuel". Mais bon, ça ne fait rien... Je l'ai tout de même mis en ligne. Après tout, j'ai passé l'âge de me prendre la tête pour si peu ! ;-)

Cordialement, :-)

Hyarion.

(Illustrations : Une odalisque, dite La Grande Odalisque, huile sur toile [1814] par Jean Auguste Dominique Ingres, Paris, Musée du Louvre ; La Source, huile sur toile [vers 1820-1856] par Jean Auguste Dominique Ingres, Paris, Musée d'Orsay ; Roger délivrant Angélique, huile sur toile [1819] par Jean Auguste Dominique Ingres, Paris, Musée du Louvre ; Apparition d'un visage et d'un compotier sur une plage, huile sur toile [1938] par Salvador Dalí, Hartford [Connecticut], The Wadsworth Atheneum ; Illustration des Aventures de Sindbad le marin, gravure de Gustave Doré [1832-1883] ; Le Bureaucrate moyen, huile sur toile [1930] par Salvador Dalí, St. Petersburg [Floride], The Salvador Dalí Museum ; Apparition du visage de l'Aphrodite de Cnide dans un paysage, huile sur toile [1981] par Salvador Dalí, Figueras, Teatre-Museu Dalí, Fundació Gala-Salvador Dalí ; Couverture de la première édition du livre Les Grandes interrogations esthétiques de Bertrand Vergely, publié aux Editions Milan en 1999)
Par Hyarion - Publié dans : Lectures et écritures
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Samedi 29 novembre 2008 6 29 11 2008 10:47

Au début du mois dernier, on pensait que la République des Blogs de Toulouse (RdB) était sur le point de mourir, certains même ayant déclaré que ladite République des Blogs de Toulouse était définitivement morte. Finalement, il n'en est rien ! La flamme de la RdB ne s'est pas éteinte, et, pour le moment, ne s'éteindra pas ! La septième édition de cette RdB toulousaine a donc eu lieu hier soir, vendredi 28 novembre, en début de soirée (de 18h30 à 22h30 environ), au Ferdillon, le restaurant et bar lounge de la place du Fer-à-Cheval où nous nous réunissons habituellement. Cette fois-ci, nous étions six. Il y avait la blogueuse "M.", toujours co-organisatrice de la RdB, qui s'occupe désormais d'un nouveau blog, intitulé "Le Rocrocodile kinépeuthe". Il y avait également Philippe David, nouveau co-organisateur, célèbre auteur du blog "Vu de droite", et à nouveau seul représentant de la droite lors de cette RdB. Etaient également présents la blogueuse Christie, qui s'occupe du blog "Alluvions", ainsi que Gabriel, ancien auteur du blog "Politikele" (aujourd'hui interrompu), et Dante, un des lecteurs réguliers du présent blog. Comme il se doit, nous avons longuement discuté des sujets les plus variés, dans la bonne humeur, tout en buvant beaucoup de boissons à base d'alcool fort et tout en fumant beaucoup de pétards au cannabis sans OGM... ;-)


Bon, évidemment, je plaisante : nous avons certes bu des boissons alcoolisées, mais avec modération, et accompagnés d'excellentes pizzas du restaurant, le tout sans avoir le moindre besoin de fumer des "cigarettes qui font rire", vu que nous n'avons eu aucune peine à rire spontanément, simplement en discutant de certains sujets... ;-)
Nous avons commencé par évoquer, avec Philippe David, les turpitudes de la vie politique locale à Toulouse, en particulier un blog de Jean-Luc Moudenc, l'ancien maire UMP de la Ville rose et chef du groupe d'opposition municipale "Toulouse pour tous". Ce blog est intitulé "Toulouse Avenir", mais, selon Philippe, il aurait pu aussi bien s'appeler "Toulouse Passé", voire même, comme je l'ai suggéré, "Désirs de Moudenc"... ;-) Mais très vite, la conversation s'est orientée vers les turpitudes de la vie politique nationale, et en particulier, forcément, sur les récentes péripéties du PS. "M." et moi sommes adhérents du Parti Socialiste, et nous avons soutenus la démarche de Ségolène Royal et de son équipe à l'occasion du congrès de Reims et des scrutins internes qui l'ont précédé et suivi. Nous continuons à être aujourd'hui favorables à la démarche de Royal. Gabriel m'a demandé de lui expliquer les raisons de mon choix, et je l'ai fait : ayant déjà longuement évoqué le sujet dans de précédents articles ce mois-ci, il est inutile d'y revenir ici. Pour ce qui est des critiques, bien entendu, elles n'ont pas manqués lors de la discussion, et nous avons tous convenus que le PS est dans une situation qui, pour le moment, est évidemment lamentable. Cela dit, comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, rien n'est encore joué, et personne ne sait quelle sera exactement la situation politique en France dans trois ou quatre ans, et notamment dans quel état sera le PS et la gauche... Si l'activisme isolé du sénateur Mélenchon - qui a quitté récemment (et bien tardivement) le PS pour fonder un nouveau parti nommé "Parti de Gauche" (P.G. ou P.D.G. ? ;o) ) - a fait rigoler tout le monde, "M." a dit qu'il fallait se méfier de ce qu'il va se passer du côté de Besancenot, et bien évidemment, son NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste), qui doit remplacer la LCR en janvier prochain, est un vrai problème pour le PS et pour la gauche.


Dans un entretien paru jeudi dernier dans le magazine l'Express, Besancenot a évoqué les relations et éventuelles alliances qu'il entendait avoir avec le reste de la gauche, et notamment avec Mélenchon, qui avait lancé l'idée d'un front commun de la gauche en vue des élections européennes de l'année prochaine. En fait, Besancenot a annoncé que des discussions étaient possibles et que "des campagnes" pourraient être menées en commun, mais il a écarté l'idée d'un parti avec Mélenchon, dont tout le monde peut dire qu'il aura vraiment attendu bien longtemps avant de divorcer du PS (il faut dire que la soupe est bonne, au Sénat). Par ailleurs, Besancenot a déclaré que le NPA serait un rassemblement se voulant un mélange de "socialisme du XXIe siècle, écosocialisme, autogestion libertaire, communisme démocratique", et qui garderait "le meilleur" du trotskisme, ce qui n'annonce vraiment rien de bon, tant ce NPA semble d'ors et déjà se présenter comme étant un parti fourre-tout (une "poubelle" même, selon certains, y compris à l'extrême-gauche) incapable d'offrir aux électeurs autre chose que le moyen d'un vote de protestation stérile, au détriment de la gauche de gouvernement...


Au delà du PS et de la gauche en eux-mêmes, nous avons parlé de certaines personnalités... Nous avons notamment évoqué le "French lover" socialiste Dominique Strauss-Kahn, dit DSK, directeur général du Fonds monétaire international (FMI) depuis l'année dernière à Washington, dont certains, au PS, souhaitent ardemment le retour, sans doute pour qu'il puisse jouer le rôle du sauveur de la gauche de gouvernement en 2012. On se souvient que DSK était visé, le mois dernier, par une enquête interne au FMI, sur les conditions de départ d'une collaboratrice hongroise avec laquelle ledit DSK a eu ce que l'on a appelé pudiquement "une aventure d'une nuit". L'enquête avait notamment établi que Dominique Strauss-Kahn et Piroska Nagy, dont le nom n'est cité nulle part mais dont l'identité avait été dévoilée à l'époque par le Wall Street Journal, ont tous deux "consenti et se sont activement engagés" dans leur liaison. La jeune femme, dont le mari avait découvert la liaison, a quitté le FMI l'été dernier pour prendre un poste à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd). On sait que cette affaire concernant la vie privée de DSK tombait particulièrement mal alors que le FMI multipliait, et multiplie encore, les interventions pour contenir les retombées de l'actuelle crise financière mondiale. Or, finalement, le 25 octobre dernier, Dominique Strauss-Kahn a été blanchi de toute accusation d'abus de pouvoir dans cette affaire de liaison extra-conjugale par un conseil d'administration du FMI décidé à garder DSK à son poste, et se contentant de pointer du doigt une "grave erreur de jugement". Les "faiblesses" de DSK sont bien connus du milieu politico-médiatique français, mais désormais, avec cette affaire "internationale", on constate que Strauss-Kahn a maintenant accédé médiatiquement au status d'un véritable nouveau Bill Clinton, voire d'un véritable nouveau John F. Kennedy, tant son comportement de "French lover" est devenue quasiment proverbial... ;-) De fil en aiguille, en évoquant à nouveau la délicate question des réserves stratégiques des Etats-Unis sous la présidence de Bill Clinton ;-), nous nous sommes rappelé d'une page Internet étonnante, relative à une improbable vente aux enchères en ligne, page Internet dont Philippe David nous avait révélé l'existence lors d'une précédente RdB en juin dernier, et dont la bienséance m'interdit de décrire ici le contenu... ;-) Le moins que l'on puisse dire, c'est que nous avons bien rigolé... ;-))


Dans un registre moins hilarant, on a également évoqué les propos ignobles que Lionel Jospin a tenu le soir du 20 novembre dernier à propos de Ségolène Royal, affirmant en l'occurence que "dans le socialisme, les néo, ceux qui étaient contre les vieux et pour le neuf, n'ont pas toujours laissé de bons souvenirs". J'avais déjà cité cette phrase dans un précédent article, en ajoutant qu'il vallait mieux ne pas trop s'interroger sur ce à quoi pensait exactement Lionel Jospin en prononçant cette phrase suspecte... mais en fait, chacun a pu comprendre que Jospin faisait probablement allusion à Marcel Déat, le politicien français de l'entre-deux guerres, socialiste puis néo-socialiste, qui fut ensuite collaborateur de l'occupant nazi. Quand on sait que Martine Aubry s'est opposé à Royal en balançant des vacheries du genre "La gauche, cela ne peut pas être Travail, Famille, Région" (cf. Le Canard Enchaîné N°4594, 12 novembre 2008), on en vient forcément à se demander si les adversaires de Ségolène Royal ne considèrent pas ladite Royal, son équipe, ses soutiens et ceux qui ont voté pour elle par volonté de changement, comme de dangereux pétainistes, voire d'abominables fascistes... Du reste, en parlant de ceux qui "n'ont pas toujours laissé de bons souvenirs", je ne sais pas si Lionel Jospin est forcément le mieux placé pour donner ce genre de "leçon" d'histoire, la sienne étant par ailleurs assez douteuse, pour ne pas dire nauséabonde... Jospin fait tout ce qu'il peut pour barrer la route à Royal : il faut croire que ce fameux soir du 20 novembre, il était vraiment à court d'arguments sérieux contre l'actuelle présidente de la région Poitou-Charentes, alors encore candidate au poste de Premier secrétaire du PS... A croire que Jospin ferait n'importe quoi pour exister politiquement et continuer ainsi à prétendre faire la pluie et le beau temps au PS... Or, le 21 avril 2002, à l'issue d'une campagne présidentielle calamiteuse menée avec un programme insipide, Jospin avait pourtant publiquement dit qu'il se retirerait de la vie politique après la réélection de Chirac, mais comme le dirait Philippe David, si Ségolène Royal a son association "Désirs d'avenir", Lionel Jospin devrait avoir son association "Désir de revenir"... Mon pauvre Lionel, si tu savais à quel point tu es pathétique... Je n'ai pas grand-chose à dire de plus sur toi, si ce n'est évoquer le poétique point de vue de l'alias Dante... Se définissant ironiquement comme "un incorrigible et éternel nostalgique de Lionel", Dante a, en effet, écrit en mars dernier, dans un commentaire au bas d'un de mes précédents articles, le message suivant à Lionel Jospin : "Oui, Lionel, si tu nous lis, tu peux continuer à bêcher les plates-bandes (au lieu de marcher à côté des notres) de ton pavillon à l'île de Ré (Y cultives-tu les rosiers en pensant à Tonton ?) et pêcher ce tendre coquillage auquel tu ressembles (Je demande pardon à l'avance aux bulots de cette île d'avoir esquissé ce rapprochement...), on continuera de penser très fort à toi. Ne t'inquiétes pas si tu ne trouves pas de belles cartes postales à nous envoyer... Nous avons changé d'adresse... :)-"


La discussion s'est ensuite orientée vers d'autres sujets, forts variés.  Basculant soudain sur le terrain de la littérature, nous avons parlé des vers suggestifs échangés au XIXe siècle entre les amants écrivains Georges Sand et Alfred de Musset, comme le montre notamment le poème qui suit (dont il faut lire un vers sur deux [ici, les vers apparaissant en italique] pour comprendre la proposition de George Sand à Alfred de Musset), poème que l'alias Dante avait reproduit, il y a quelques semaines, dans un de ses commentaires au bas d'un de mes précédents articles, intitulé "Choses Vues à Paris : Musées du Louvre et d'Orsay... érotiques !":

"Je suis toute émue de vous dire que j'ai
bien compris l'autre jour que vous aviez
toujours une envie folle de me faire
danser. Je garde le souvenir de votre
baiser et je voudrais bien que ce soit
une preuve que je puisse être aimée
par vous. Je suis prête à montrer mon
affection toute désintéressée et sans cal-
cul, et si vous voulez me voir ainsi
vous dévoiler, sans artifice, mon âme
toute nue, daignez me faire visite,
nous causerons et en amis franchement
je vous prouverai que je suis la femme
sincère, capable de vous offrir l'affection
la plus profonde, comme la plus étroite
amitié, en un mot : la meilleure épouse
dont vous puissiez rêver. Puisque votre
âme est libre, pensez que l'abandon où je
vis est bien long, bien dur et souvent bien
insupportable. Mon chagrin est trop
gros. Accourez bien vite et venez me le
faire oublier. À vous je veux me sou-
mettre entièrement."


Chaud bouillant, n'est-ce-pas ? ;-)
Dans un autre registre, nous avons parlé du fameux triangle infernal "pouvoir politique / opinion publique / médias" avec lequel il nous faut sans cesse compter dans notre monde comme il va... Nous avons également parlé du carriérisme en politique, qui, en France, se perpétue de générations en générations... Bien des jeunes élus d'aujourd'hui, dans la plupart des grands partis politiques, considèrent la politique exactement comme la considèrent leurs aînés, c'est-à-dire comme un métier. Ils considèrent leurs indemnités d'élus comme des salaires, et prétendent que parce qu'ils sont passionnés par la politique, ils ne voient pas pourquoi ils ne vivraient pas de cela, y compris en cumulant des mandats. Cette dérive carriériste est accentuée par la fameuse reproduction des élites entre-elles, qui fait que la naissance et l'origine sociale favorise de fait la dominance de certaines catégories de personnes dans le domaine de l'exercice de responsabilités politiques... Tout cela encourage une "professionnalisation" de la politique qui ne devrait pas, en principe, occuper tout l'espace comme elle le fait, en se perpétuant de générations en générations... Ce genre de carriérisme, on le trouve partout, dans tous les partis de gouvernement, et c'est quelque-chose d'autant plus désolant que l'on voit ses jeunes élus reproduire les mêmes comportements "professionnels" que leurs aînés, tout en prétendant représenter le renouvellement : au PS, par exemple, on a pu trouver ce genre de jeune élu carriériste du côté de Benoît Hamon, sous prétexte de s'afficher tactiquement comme étant "vraiment de gauche", de même qu'à l'UMP, les jeunes élus aiment bien s'afficher comme étant des modèles en matière de sarkozysme "réformateur", sans parler d'autres partis, comme le MoDem, qui compte peu d'élus pour l'instant, mais où la naissance et l'origine sociale favorisent aussi le carriérisme. Contrairement à ce qu'a prétendu Jacques Chirac, la politique n'est pas un métier. Les indemnités d'un élu ne sont pas un salaire. Il y a une vie avant la politique, et une vie après la politique. Du moins, c'est ainsi qu'idéalement, l'engagement politique devrait être conçu... Il ne faut pas s'étonner ensuite s'il existe un fossé entre le peuple et la classe politique, entre les citoyens actifs qui votent et les politiciens qui n'ont quasiment jamais exercé un vrai travail...
Nous avons également évoqué la grande crise actuelle, qui, bien sûr, se poursuit. Selon une nouvelle estimation de l'Insee, la France a finalement échappé de peu au troisième trimestre à la récession frappant ses voisins européens, notamment l'Allemagne et la Grande-Bretagne, qui subissent déjà de plein fouet l'impact de la crise financière, mais ce répit risque d'être de courte durée, l'année 2009 s'annonçant, de toute façon, très difficile. L'Institut national de la statistique a en effet annoncé, le 14 novembre dernier, une progression du PIB de 0,1% au troisième trimestre. Il tablait dans ses dernières prévisions sur un recul de 0,1%, après celui de 0,3% déjà enregistré au trimestre précédent.


Pour Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, l'explication du fait que la France échappe de peu à la récession en 2008 est, bien entendu, évidente : "Si la France au 3e trimestre n'a pas connu de récession comme l'Allemagne, l'Angleterre ou l'Espagne, c'est dû à l'impact direct des mesures votées en France sur les heures supplémentaires, la réforme des 35 heures, la déduction des intérêts d'emprunts", a-t-il affirmé, le 15 septembre dernier. La France a-t-elle vraiment été protégée de la récession grâce aux "réformes", comme le prétend Sarkozy ? J'ai posé la question à Philippe David, qui, en toute simplicité, m'a répondu "C'est du pipeau !", et s'est montré très inquiet quant au grand risque de récession pour l'année prochaine.
Enfin, nous avons évoqué le grande nouvelle du jour, concernant la fameuse poupée vaudou à l'effigie de Nicolas Sarkozy dont j'avais déjà parlé en conclusion d'un précédent article, le mois dernier :

Une poupée vaudou jugée attentatoire à Sarkozy mais pas interdite à la vente


Nicolas Sarkozy n'a pas obtenu gain de cause vendredi [28 novembre] dans son combat contre la poupée vaudou à son effigie, la cour d'appel de Paris décidant de ne pas en interdire la commercialisation, même si elle a jugé qu'elle portait atteinte à la dignité du chef de l'Etat.

"Grandement soulagée", la société Tear Prod a d'ores et déjà annoncé une nouvelle production de 20.000 exemplaires.

Le 29 octobre, le TGI [Tribunal de Grande Instance] de Paris, saisi d'une demande d'interdiction du "Manuel vaudou, Nicolas Sarkozy" - un coffret comprenant un ouvrage humoristique sur le chef de l'Etat, une poupée à son effigie et un lot de 12 aiguilles - avait débouté le président de la République.

Vendredi, la cour d'appel a estimé "que l'incitation du lecteur à piquer la poupée (...) action que sous-tend l'idée d'un mal physique, serait-il symbolique, constitu(ait) une atteinte à la dignité de la personne de M. Sarkozy".

Les magistrats ont toutefois considéré qu'il n'y avait "pas lieu d'interdire la poupée", cette mesure n'étant "pas proportionnée".

Ils ont donc enjoint à Tear Prod, éditeur du livret, "d'apposer au besoin par un bandeau, sur tout coffret mis en vente ou proposé à quelque titre que ce soit au public, la mention" de la condamnation.

L'éditeur, qui s'est engagé vendredi à "demander aux libraires de bien vouloir les appeler si, à titre exceptionnel, des exemplaires du premier tirage leur restaient en stock, afin de leur fournir immédiatement un bandeau à poser sur le coffret", devra verser au président un euro de dommages et intérêts.

L'avocat de M. Sarkozy, Me Thierry Herzog, devrait s'entretenir avec son client "des suites à donner à cette affaire". Il pourrait en effet décider d'engager une action au civil et réclamer des dommages et intérêts supplémentaires.

Vendredi, Me Herzog s'est déclaré "tout à fait satisfait" de cet arrêt "qui a permis que la loi soit rappelée".


En première instance, les magistrats avaient estimé que la poupée litigieuse ne constituait "ni une atteinte à la dignité humaine, ni une attaque personnelle", mais un gadget s'inscrivant "dans les limites autorisées de la liberté d'expression et du droit à l'humour".

Ils avaient surtout estimé que "nul ne p(ouvai)t prendre au sérieux ce procédé et croire qu'il prônerait un culte vaudou tel que pratiqué aux Antilles".

Alors qu'il n'avait même pas effleuré ce sujet en première instance, Me Herzog l'avait finalement abordé en appel. Il avait plaidé qu'inciter des gens à blesser Nicolas Sarkozy en criblant sa poupée d'aiguilles "dépass(ait) de loin le droit à la caricature" et constituait une véritable "incitation à la haine".

La cour lui a donné raison sur ce point.

"La caricature et la satire, même délibérément provocantes ou grossières, participent de la liberté d'expression", a-t-elle relevé, mais "il n'en demeure pas moins une limite, toute personne, quelles que soient ses fonctions, ayant droit à la protection des atteintes à la dignité de sa personne".

A ce titre, "le fait d'inciter le lecteur à avoir un rôle actif en agissant sur une poupée dont le visage est celui de l'intéressé et dont le corps porte mention d'expressions qui se rattachent à lui, avec des épingles, piquantes par nature, (...) outrepasse à l'évidence les limites admises et constitue une atteinte à la dignité de cette personne sans qu'il soit nullement besoin de se référer à quelque croyance que ce soit".

C'est la première fois que Nicolas Sarkozy poursuit un éditeur depuis son arrivée à l'Elysée, même s'il a déjà saisi à plusieurs reprises la justice sur des questions d'atteinte à son image.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 28 novembre 2008, 23h01)

Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, parce qu'il est actuellement président de la République, n'est pas un justiciable comme les autres, puisqu'il est doté d'un statut pénal qui le protège de poursuites intempestives, mais lui-même conserve sa liberté d'agir et faire tous les procès qu'il veut... C'est n'importe quoi. Certes, avant Sarkozy, en matière d'atteinte à l'image présidentielle, il y a bien eu deux précédents sous Pompidou et, surtout, sous Giscard : en 1976, le juge des référés parisien avait notamment condamné l'éditeur d'un jeu de 54 cartes à jouer, baptisé "le Giscarte", qui caricaturait Valéry Giscard d'Estaing sous les habits de différents personnages historiques (y compris les célèbres maîtresses royales Agnès Sorel et Diane de Poitiers, avec seins dénudés !) dessinés par Eddy Munerol. Mais François Mitterrand et Jacques Chirac, eux, n'ont pas eu la faiblesse (ou la bêtise) de faire ainsi des procès lorsqu'ils exerçaient la fonction de président de la République, et Sarkozy aurait été bien inspiré de faire de même, s'il n'était pas un chef d'Etat aussi médiocre et susceptible. Enfin, mieux vaut rire de tout cela, tant cette affaire de poupée vaudou est ridicule...


Pour ceux que cela intéresse, la poupée à l'effigie de Sarkozy n'a pas été la seule a être commercialisée, puisqu'il existe aussi une autre poupée vaudou, à l'effigie de Ségolène Royal, et produite par la même société. Amusée, Royal n'a pas voulu perdre son temps à poursuivre l'éditeur, elle. Qui sait ? Peut-être que cette poupée voudou représentant Ségolène Royal a beaucoup plu à Lionel Jospin, qui, si ça se trouve, en a déjà acheté un plein carton... ;-) Mais vu le rapport compliqué que Jospin entretient avec l'humour, j'avoue que j'ai des doutes sur les intentions qu'il pourrait avoir... ;op


Pour conclure, je dirais que nous avons tous passé une agréable soirée, dans une ambiance générale de franche rigolade. J'espère que les prochaines RdB de Toulouse ressembleront à celle d'hier soir. Le prochain rendez-vous sera probablement pour le début de l'année prochaine, au mois de janvier. A bientôt ! :-)

Cordialement, :-)

Hyarion.

PS : Philippe, j'aurai bien aimé évoquer ton livre politique, mais j'ai oublié le titre, et je ne trouve la référence nulle part ! Tu peux donner des informations en commentaire, si tu le souhaites... :-) Et pour ce qui est de l'adresse électronique de la fameuse page Internet relative à une improbable vente aux enchères en ligne, je laisse la liberté à mes lecteurs de la découvrir, et accessoirement de la révéler en commentaire... ;-)


(Illustrations : Personne allumant un joint [ou pétard] en 2006 en France, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Jeff Pachoud ; Une serveuse à Nantes, préparant un mètre de shooters, petits cocktails d'alcool fort, le 26 janvier 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Frank Perry ; Olivier Besancenot le 8 novembre 2008 à l'usine Renault de Sandouville, détail d'une photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Robert Francois ; Dominique Strauss-Kahn, le 12 octobre 2008 à Washington, photographie de l'Agence France Presse, ©Karen Bleier/AFP/Archives ; L'ancien Premier ministre Lionel Jospin, à La Rochelle le 29 août 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Pierre Andrieu ; L'ancien premier ministre socialiste, Lionel Jospin, le 14 janvier 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©Patrick Kovarik/AFP/Archives ; La croissance en France, infographie montrant que la France a échappé de peu au troisième trimestre à la récession en 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP ; Poupée vaudou à l'effigie de Nicolas Sarkozy, avec manuel d'utilisation, coffret et aiguilles, ©K&B ; Poupée vaudou à l'effigie du président français Nicolas Sarkozy, photographiée le 22 octobre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Franck Fife ; Couvertures des coffrets contenant des poupées vaudous à l'effigie de Nicolas Sarkozy et de Ségolène Royal, ©DR ; Poupée vaudou à l'effigie de Ségolène Royal, le 22 octobre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Franck Fife)


Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 2 (2008-2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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Jeudi 27 novembre 2008 4 27 11 2008 17:47

Alors que le mois de novembre, riche en actualité politique, va bientôt toucher à sa fin, et que le temps commence à nouveau à me manquer pour continuer à m'occuper régulièrement du présent blog, il était grand temps que le chapitre du Congrès de Reims se termine en ce qui concerne le Parti Socialiste. Certes, bien entendu, l'histoire elle-même n'est pas terminé, et nous aurons évidemment droit à d'autres péripéties d'ici 2012, mais cependant, il fallait bien qu'une solution soit trouvée, fut-elle plus ou moins transitoire et bien imparfaite...


Martine Aubry nouvelle Premier secrétaire du PS après un long psychodrame



Martine Aubry est devenue officiellement mardi [25 novembre] la première femme à diriger le Parti socialiste après quatre jours de psychodrame, avec seulement 102 voix d'avance sur sa rivale Ségolène Royal, mais elle prend un parti profondément divisé.

Devant le Conseil national, "parlement" du parti, réuni à la Mutualité, haut lieu de la gauche, ses premiers mots de première secrétaire ont été: "On va ensemble gagner pour les Français", et la maire de Lille a aussitôt tendu la main à sa rivale.

Ségolène Royal, qui s'était faite discrète toute la soirée, a appelé, après le Conseil, les militants socialistes à "l'unité" et au "rassemblement", tout en déclarant qu'elle voulait être "une force de transformation" au sein du parti, une façon d'organiser son opposition.

Le Conseil national a confirmé le résultat officiel élisant Martine Aubry à la succession de François Hollande, par 159 voix pour, 76 contre et deux abstentions. Les partisans de l'ex-candidate à l'Elysée ont voté contre, brandissant leurs cartons dans une ambiance tendue.

On décompte les cartons pour, les cartons contre. Les minutes s'écoulent, avant que le verdict tombe.

Il est 19H20 : "C'est donc Martine Aubry qui est élue première secrétaire du Parti socialiste". Ovation debout de la plupart des membres du Conseil.

Le Conseil entérine par ce vote les résultats de la "commission de récolement" chargée de trancher après les contestations ayant suivi le scrutin du 21 novembre opposant Martine Aubry à Ségolène Royal.



La commission donne Mme Aubry gagnante avec 67.451 voix contre 67.349 à Mme Royal, soit 102 voix de différence. Une première totalisation après le scrutin avait donné 42 voix d'avance à la maire de Lille.

Mme Aubry monte à la tribune et d'une voix émue, déclare: "Je dis à la droite, riez encore quelques jours car dès la semaine prochaine le parti socialiste est de retour dans la proposition".

Aubry tend immédiatement la main à sa rivale, déclarant: "Mon premier devoir, si elle accepte, est de rencontrer Ségolène et de lui dire moi, j'ai entendu comme toi ce que les militants veulent: (...) nous voulons retrouver la gauche". Elle assure Ségolène Royal que "ses amis auront toute leur place" dans l'équipe qu'elle mettra en place.

Après l'épreuve de force engagée ces derniers jours -ses partisans avaient menacé d'organiser une manifestation devant les grilles de Solférino, siège du parti- Mme Royal accepte la victoire de sa rivale, mais prévient: "Nous avons réussi à convaincre la moitié du parti, et peut être un peu plus de militants du PS".

"Toute notre énergie, nous allons la mettre à continuer à aider le PS à se transformer", dit-elle. Et elle relance son idée "essentielle" à ses yeux de faciliter l'adhésion au PS pour "un prix modique".

Autre ton chez certains de ses proches, qui continuent de maintenir leurs revendications pour un nouveau vote.

Le député Jean-Louis Bianco annonce qu'ils "maintiendront un recours en justice" si Martine Aubry "n'accepte pas un nouveau vote dans les "endroits où il y a un problème", tandis que Manuel Valls assure que des tribunaux seront "évidemment saisis" pour répondre au "déni de justice" que constitue selon lui l'élection de Mme Aubry.

A l'UMP, l'une des porte-parole, Chantal Brunel, a "pris acte" de la victoire "sans gloire" de Martine Aubry, "obtenue dans la division et la violence des affrontements".

(Dépêche de l'Agence France Presse, 25 novembre 2008, 22h45)


Royal appelle à "l'unité", se veut une "force de transformation" au PS



Ségolène Royal a appelé mardi soir [25 novembre] les militants socialistes à "l'unité" et au "rassemblement", tout en déclarant qu'elle voulait être "une force de transformation" au sein du parti, après l'élection de sa rivale Martine Aubry au poste de premier secrétaire.

"L'heure est à l'unité et au rassemblement", a-t-elle déclaré devant la presse, sans évoquer un éventuel recours en justice comme l'ont fait certains de ses proches après l'élection de Mme Aubry.

Elle n'a pas non plus reconnu explicitement la victoire du maire de Lille.

Elle a appelé les militants, notamment les jeunes des quartiers populaires, à "rester au PS", car "nous avons besoin de vous pour assurer sa transformation".

"Nous ferons en sorte d'être une force de transformation à l'intérieur du PS" et "nous allons continuer à nous investir dans le PS dont nous représentons la moitié des forces militantes", a-t-elle ajouté après avoir rendu hommage à son équipe, notamment François Rebsamen, Vincent Peillon, et Manuel Valls.

"Chaque fois que la nouvelle direction prendra des décisions qui vont dans le sens de ce que nous avons défendu nous la soutiendrons. Chaque fois qu'elle n'ira pas dans ce sens nous essaierons de la convaincre", a ajouté l'ex-candidate à la présidentielle.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 25 novembre 2008, 20h30)


Une chose est certaine, à présent : il n'y aura pas de sécession en ce qui concerne le PS. Ceux qui craignaient un tel désastre n'ont peut-être pas suffisemment tenu compte du système politique de la Ve République, qui est très dissuasif en ce qui concerne ce genre de divorce politique, comme l'ont prouvé, par le passé, les dissidences de Charles Pasqua, à droite, ou de Jean-Pierre Chevènement, à gauche, et les mésaventures électorales qui ont été les leurs, avant qu'ils ne deviennent tout deux sénateurs en accord avec les grandes formations politiques dont ils avaient prétendus s'émanciper à l'origine et devenir les concurrents (le RPR devenu UMP d'une part, et le PS d'autre part)... Ainsi donc, aujourd'hui, pas de scission au Parti Socialiste. Il était grand temps de stabiliser la situation. C'est maintenant chose faite. La période de "cohabitation" qui s'ouvre à présent au PS n'est certes pas la situation idéale, loin s'en faut, mais finalement, avec le recul, pouvait-il en être autrement ? Désormais, il va bien falloir se débrouiller avec deux pôles d'égale importance au sein du parti, en espérant que cette situation peu commode ne durera pas indéfiniment...

Après sa défaite au PS, Ségolène Royal repart en campagne en visant 2012



Ségolène Royal est repartie en campagne sitôt connu son échec dans la conquête du PS, traçant son propre chemin sans guère s'embarrasser de la nouvelle première secrétaire Martine Aubry et visant la présidentielle de 2012.

Après la tempête, le calme : Mme Royal, qui a perdu d'un cheveu - 102 voix d'avance pour sa rivale - la course à la direction du PS, a déjà tourné la page, s'adressant directement, dans un message internet, à ses partisans.

Finies les menaces de recours en justice contre un scrutin qui lui a "volé la victoire", ou de manifestation devant les grilles de Solférino. De quoi rassurer l'ex-patron, François Hollande, pour qui "cette belle rue de Solférino, une rue de bataille, doit être maintenant une rue d'armistice".

L'ex-candidate à la présidentielle se projette dans l'avenir, avec une stratégie très aboutie. Elle entend rassembler son camp avec un but proclamé: la présidentielle. "2012, c'est bientôt, 2012 c'est demain", lance-t-elle dans son message vidéo.

"Nous allons nous lancer dans des actions, dans des réflexions, dans des fêtes de la fraternité", allusion à sa prestation originale du Zénith, "nous continuons", ajoute-t-elle à l'adresse des militants socialistes et de ses "amis de Désirs d'avenir", association qu'elle a créée dans la foulée de sa candidature de 2007.

Pas une fois, Mme Royal ne cite le nom de la nouvelle première secrétaire. Entre-temps, Martine Aubry a multiplié les appels pour ressouder un parti coupé en deux: "ma première tâche politique" est de voir Ségolène Royal, dit-elle.

Une rencontre au sommet entre les deux a finalement eu lieu dans l'après-midi [du mercredi 26 novembre]. "J'ai rappelé à Martine que 50% des militants avaient exprimé une volonté très, très forte de transformation du parti", a affirmé Mme Royal à l'issue de l'entretien. "C'est très important qu'il y ait un accord politique de fond sur le changement en profondeur du PS et son ouverture vers les Français".

Le sujet a divisé les deux ex-rivales, Mme Royal souhaitant un parti de masse, alors que Mme Aubry en tient pour un parti de militants.

Forte de ses quasi-50% de voix, Mme Royal entend commencer la rénovation du PS en prenant appui sur les fédérations qui lui sont favorables, dans une sorte de cohabitation annoncée.

"La transformation, le changement, nous allons les faire là où nous sommes, là où nous sommes implantés et aussi grâce aux Désirs d'avenir", affirme-t-elle dans son mesage aux militants marquant sa volonté de réactiver ces réseaux extérieurs au PS.

Elle veut, "dans les fédérations qui partagent notre idéal, organiser des adhésions à 20 euros", pour "mettre en place une nouvelle forme de militantisme".

La fougue de Mme Royal - "Vous me connaissez, je ne reste jamais les bras ballants!" - rappelle ses propos passionnés au soir de sa défaite à la présidentielle, où elle avait promis à ses partisans de les amener à "d'autres victoires".

Mais, toute tentative de créer un parti dans le parti risque de buter sur l'appareil et les cadres locaux hostiles à une fragmentation du PS.

Le patron de la puissante fédération des Bouches-du-Rhône, Jean-Noël Guérini, un des "royalistes" éminents, prévenait mardi soir: "Je ne ferai rien pour empêcher la première secrétaire de travailler", je "ne veux pas de frontière dans le PS".

Le député Pierre Moscovici met en garde: "Que les présidentiables fassent leur travail, mais qu'ils laissent aussi le parti faire le sien. Le parti doit redevenir la maison commune".

(Dépêche de l'Agence France Presse, 26 novembre 2008, 17h23)


Après un entretien "constructif", Royal attend les propositions d'Aubry



Ségolène Royal a assuré mercredi [26 novembre], à l'issue d'un entretien d'une heure avec sa rivale victorieuse Martine Aubry au siège du PS qui s'est déroulé selon elle dans une "très bonne ambiance", qu'elle attendait "les propositions" de la nouvelle première secrétaire.

Les deux responsables doivent se revoir samedi, a indiqué Mme Royal à la presse.

Il faut se mettre "très rapidement au travail", a encore déclaré l'ex-candidate à la présidentielle en quittant la rue de Solférino.

"On a travaillé dans un très bon état d'esprit, très constructif", a poursuivi Mme Royal.

"J'ai rappelé à Martine que 50% des militants avaient exprimé une volonté très, très forte de transformation du parti".

A été évoquée, toujours selon Mme Royal, "l'organisation d'un grand parti politique de gauche que les Français attendent au combat et au travail", ce que la nouvelle patronne du PS "a accueilli de façon positive".

"J'attends ses propositions pour savoir sur quelle base nous allons travailler au service des Français", a observé Mme Royal. "C'est très important qu'il y ait un accord politique de fond sur le changement en profondeur du PS et son ouverture vers les Français".

"Sur cette base-là, nous déciderons la meilleure façon d'aider le PS à bien travailler", selon la présidente de Poitou-Charentes.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 26 novembre 2008, 18h30)


Martine Aubry prend les rênes du PS et rencontre sa rivale Ségolène Royal



Martine Aubry, victorieuse de la douloureuse compétition pour la tête du PS, a pris mercredi [26 novembre] les rênes d'un parti fourbu qu'il lui faut remettre en ordre et en marche, tandis que sa rivale vaincue Ségolène Royal a aussitôt réaffirmé ses ambitions intactes pour 2012.

Fait marquant de la journée, une rencontre au sommet entre les deux a eu lieu dans l'après-midi au siège du PS. L'entrevue s'est déroulée dans une "très bonne ambiance", selon l'ex-candidate à la présidentielle.

Proclamée officiellement première secrétaire mardi soir par le Conseil national (parlement) du PS, avec 102 voix d'avance sur Mme Royal, la maire de Lille, 58 ans, s'est mise immédiatement au travail en prenant ses marques à Solférino tandis que la présidente de Poitou-Charentes se rappelait au bon souvenir des militants dans un message internet en forme de contre-programme.

Ce qui dessine d'emblée les contours d'une cohabitation interne au PS, contre laquelle s'est élevé le député [fabiusien] Claude Bartolone, très actif dans la campagne de Mme Aubry. "Je ne souhaite pas qu'au sein du PS, on ait une espèce de cohabitation de deux lignes politiques qui donne l'impression, à la sortie, que plus personne ne dit rien", a averti le député de Seine-Saint-Denis.

La nouvelle patronne du PS a multiplié les appels pour ressouder le parti. Outre Ségolène Royal, Mme Aubry doit en effet composer avec les fabiusiens, les strauss-kahniens ("la carpe et le lapin", ironisent certains), et les partisans de Benoît Hamon qui l'ont accompagnée dans son succès.

"Je le dis depuis un an, ce parti crève de la présidentialisation prématurée. Que les présidentiables fassent leur travail mais qu'ils laissent aussi le parti faire le sien. Pour ça, ce parti doit redevenir la maison commune des socialistes", a commenté le strauss-kahnien Pierre Moscovici.

L'ex-ministre du travail s'est entretenue dans la matinée avec son prédécesseur, François Hollande.

Un des premiers actes, très symbolique, de cette élue désireuse de "rassurer" un parti morcelé, a été sa rencontre avec les élus locaux PS, en marge du Congrès des maires de France. "J'ai besoin que vous travailliez avec moi, j'ai besoin que vous m'appportiez vos idées".

En fin de journée, Martine Aubry a regagné son fief de Lille, ville qui a déjà donné un numéro un du PS: Pierre Mauroy, premier secrétaire de 1988 à 1992.

"De la vieille chenille, va sortir un nouveau papillon", a prophétisé le député Arnaud Montebourg, tout en estimant que le Parti socialiste "doit se reconstruire".

Dans cette reconstruction nécessaire et très compliquée, Mme Aubry sait déjà qu'elle a sur son chemin Ségolène Royal, à la détermination inchangée.

"Je continue plus que jamais", a en effet lancé l'ex-candidate à la présidentielle dans un message internet.

Son objectif, elle l'affiche clairement, c'est la prochaine présidentielle: "2012, c'est demain", a-t-elle dit. Elle a pris acte de la décision socialiste: "nous n'avons pas eu droit à un nouveau vote, c'est comme ça".

Déjà, elle lance un appel à projets, annonce "des actions", "des réflexions", "des fêtes de la fraternité" comme celle surprenante du Zénith, mettre en place "une nouvelle forme de militantisme".

Mme Aubry, quant à elle, compte réunir son premier conseil national le 6 décembre, avec la formation du "bureau national" ("gouvernement") du Parti.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 26 novembre 2008, 19h39)



J'entends déjà certains s'esclaffer bêtement rien qu'en lisant les mots "fêtes de la fraternité" (n'est-ce-pas, monsieur Sauron ? ;op ). Nous sommes tous l'imbécile de quelqu'un, et chacun s'amuse comme il peut... mais bon, si certains pouvaient arrêter d'être obsédés par le prestation de Royal au Zénith en septembre dernier, on pourrait peut-être avancer... Personnellement, j'ai d'autres préoccupations que cela, des préoccupations autrement plus importantes, en particulier en ce qui concerne les prochaines élections européennes de juin 2009, qui s'annoncent difficiles...

Le PS aux européennes : beaucoup d'écueils et quelques chances



Après son psychodrame, le PS va affronter, sous la houlette de Martine Aubry, une nouvelle échéance difficile avec les élections européennes, mais selon les experts, il pourrait aussi rebondir, en raison de la crise.

L'aggravation prévue du chômage peut conduire les socialistes à réaffirmer leur rôle d'opposants d'ici à juin 2009, s'ils parviennent à cesser leurs luttes intestines et à se mettre d'accord sur une vision de l'Europe.

Cependant, même dans la configuration la plus favorable pour lui, il ne sera pas possible au PS de rééditer ses succès des européennes de juin 2004, conviennent les spécialistes.

Le Parti avait alors réuni 28,9% des voix, son meilleur score depuis les premières européennes de 1979, et obtenu 31 élus sur 78 députés français.

"Il ne faut pas oublier qu'un électeur sur quatre continue, malgré tout ce qui s'est passé, à se dire proche des idées socialistes", souligne Gaël Sliman, directeur des enquêtes d'opinion chez le sondeur BVA.

"Il y a un socle solide", juge aussi Frédéric Dabi (Ifop), qui rappelle la victoire de la gauche aux municipales de mars, puis aux sénatoriales de septembre.

"Le résultat du PS dépendra surtout de Nicolas Sarkozy", affirme Gérard Grunberg. D'après cet expert du Cevipof, le centre de recherches de Sciences-Po, si le chef de l'Etat "continue d'apparaître en champion de l'anticapitalisme, et comme le plus capable de protéger les Français, les européennes seront difficiles pour le PS".

Les européennes, toutefois, sont traditionnellement mauvaises pour le parti au pouvoir, et favorisent les contestataires.

Sur ce terrain, le PS affrontera la rude concurrence, à sa gauche, des anticapitalistes d'Olivier Besancenot, et du MoDem de François Bayrou sur sa droite, sans compter les Verts dopés par Daniel Cohn-Bendit.

"Mais avec la crise, explique Frédéric Dabi, "le PS peut, lui aussi, récupérer des mécontents, à condition d'attaquer la majorité sur ses choix économiques et sociaux, et pas sur la personnalité de Sarkozy".

Parmi les atouts du PS, les experts comptent le fait qu'il se soit enfin donné un chef, même si cela a eu lieu dans la douleur.

D'autre part, explique Gaël Sliman, "le PS va avoir une ligne compréhensible pour les gens, pour la première fois depuis dix ans. Avec Martine Aubry, ce sera une ligne de gauche, mais cela aurait aussi pu être une ligne social-libérale. L'important, c'est qu'il ait choisi".

Dans ce contexte, poursuit-il, "il faudra aussi que Ségolène Royal arrive à ne pas trop tirer contre son camp".

Reste le risque, très élevé, que se rouvre au PS la fracture de 2005 sur le projet de Constitution européenne.

Interrogé sur le score possible du PS en 2009, Gérard Grunberg pense qu'avec "20%, les socialistes sauveraient la mise. Plus de 23% serait remarquable".

Les experts sont plus hésitants à pronostiquer l'issue pour le PS des régionales, prévues en principe en mars 2010.

En 2004, cette consultation avait été triomphale pour la gauche, qui l'avait emporté dans 20 des 22 régions métropolitaines.

Seule certitude à ce stade: rééditer ce score "sera très difficile, voire impossible" pour le PS, note M. Grunberg, "car le parti sera en position de défense, et non plus de conquête".

(Dépêche de l'Agence France Presse, 26 novembre 2008, 17h10)


La situation reste donc difficile pour la gauche de gouvernement, et assurément, nous ne sommes pas sorti de l'auberge. Néanmoins, il faut s'efforcer de rester optimiste, et, surtout, de voir un peu plus loin que le bout de son nez, fut-il de gauche. Pour cela, rien ne vaut une bonne déclaration directe et franche de Georges Frêche, le président de la région Languedoc-Roussillon et ancien maire socialiste de Montpellier que l'on ne présente plus, et dont j'ai déjà parlé dans mon précédent article... Voici donc que ce que Georges Frêche a déclaré lundi dernier, 24 novembre, lors d'un entretien improvisé à l'aéroport de Paris-Orly, avec le journaliste John-Paul Lepers, créateur de la chaîne de télévision en ligne LaTéléLibre.fr :



"Moi, je défends la gauche. [...] Regardez, il y a dix ans, la droite était désunie. Sarkozy était jeté aux orties par Chirac. Regardez comme les choses ont tourné... Sarkozy a pris le contrôle de l'UMP, ce qui était le B-A-BA, comme Mitterrand s'était fait élire président en prenant le contrôle du PS. Bon alors, demain, il faut changer le PS. Le PS, c'est un parti, j'y ai vécu trente-cinq ans, j'y ai plein d'amis, c'est mon parti, c'est ma famille. Mais c'est fini. Le parti de Jaurès et de Blum, qui date des années 1905-1930, c'est fini. Il faut aller vers un parti de supporters. Il faut oser le dire ! Alors ça va prendre 10 ans, parce que ce n'est pas du jour au lendemain que les choses vont se faire. Alors voyons les étapes... Ségolène, je pense qu'elle a gagné, moi. On lui a volé l'élection, mais qu'elle gagne ou qu'elle perde, de toute façon, elle perd de 53 voix et elle aurait gagné de 100 voix... Bon, donc ça n'amène à rien du tout, ça... d'autant plus qu'elle a besoin d'avoir tout le parti avec elle. [...] Il faut calmer le jeu actuellement. Il faut que Ségolène reste en embuscade avec ses 50%. Elle sera à l'abri de toutes [les] attaques. Martine Aubry, elle a quatre mois pénards devant elle, après, tous les candidats au PS vont se retourner contre elle : les Fabius, Strauss-Kahn - qui finira par revenir -, les Delanoë - qui va renaitre -, Moscovici, etc. Bon, donc... et Martine Aubry, il va lui pousser des ailes aussi ! Elle va se dire "pourquoi je mènerais la danse pour le compte de Delanoë, ou de Strauss-Kahn, ou de Fabius"... Donc, elle va se dire : "la meilleure façon de contrer une femme, c'est moi". Moi je suis sûr qu'avant six mois, Martine Aubry sera candidate à la présidence de la République. Donc le débat se fera entre deux femmes : Ségolène et elle. Je pense que [Ségolène Royal] est beaucoup plus médiatique. Ségolène, elle a un côté "vierge et martyr"... [...] Eh ben, oui, mais c'est ce qui passe à l'heure actuelle. Regardez Obama. Il avait un bon programme, mais il n'a pas fait campagne sur son programme. C'est Hillary Clinton qui a fait une campagne rationnelle, si j'ose dire. Obama, il a fait une campagne mythique. Il a rassemblé les Blancs, les syndicalistes de la côte Est, avec Hillary Clinton, mais en même temps, il a fait voter les Latinos américains qui votaient pas, la communauté noire : cinq ou six millions sont venus voter, qui votaient pas. Bon. Résultat : il a été élu. Ségolène, elle est dans la mouvance Obama... en beaucoup plus petit, bien sûr ; ne nous prenons pas pour les Etats-Unis. Mais moi, je crois que ce qu'il faut faire... il vaut mieux qu'elle [Ségolène Royal] reste dans l'opposition [au sein du PS]. C'est ce qui peut arriver de mieux. [...] Ça va se calmer dans huit jours [...]. Il faut qu'elle reste dans l'opposition, qu'elle devienne Première secrétaire dans deux ans, avec 60%. A ce moment-là, elle affrontera Sarkozy, avec de bonnes chances de gagner contrairement à tout ce qu'on raconte. Et puis après, si Bayrou arrive en tête, il faut voter pour Bayrou à la présidence de la République : il y a, à mon avis, une chance sur 5. Si Bayrou arrive derrière Ségolène, il faudra lui donner le poste de Premier ministre, et Ségolène présidente de la République. Et ensuite il faudra unifier le PS et le MoDem avant 10 ans, pour faire un parti démocrate."

(Georges Frêche, le 24 novembre 2008, lors d'un entretien improvisé à l'aéroport de Paris-Orly, avec le journaliste John-Paul Lepers, pour la chaîne de télévision en ligne LaTéléLibre.fr)

Je suis d'accord avec tout ce qu'a dit Georges Frêche, sauf, bien entendu, sur la nécessité de devoir voter pour Bayrou en cas de duel Bayrou/Sarkozy à l'élection présidentielle de 2012. Il est, pour moi, hors de question de voter pour le candidat Bayrou tel qu'il se présente aujourd'hui, à savoir comme quelqu'un qui ne représente que lui-même, qui prétend avoir le monopole de la référence à l'humanisme, qui nie le clivage gauche/droite, et, qui, surtout, est persuadé d'avoir un "destin national" par commandement divin. En avril-mai 2007, j'ai cru que Bayrou avait esquissé un début d'ouverture vers la gauche, mais j'ai pu constater par la suite combien je m'étais trompé, Bayrou ne pensant qu'à récupérer les déçus du PS pour son propre compte, sans jamais faire de véritables concessions sur sa position centriste niant le clivage gauche/droite. Souhaitons donc que, vis-à-vis du candidat Bayrou, le pronostic d'"une chance sur 5" de Georges Frêche se vérifie, et que ce soit bien finalement Ségolène Royal qui soit qualifiée au second tour face à Sarkozy de Nagy-Bocsa, comme l'envisage sérieusement Frêche. Cela dit, aujourd'hui, même si je suis maintenant adhérent du PS (et content de l'être), j'avoue ne pas avoir renoncé à un rapprochement futur entre le MoDem et le PS, à cette alliance sociale-démocrate auquel je pensais déjà l'année dernière, et dont j'ai déjà parlé ici. Aussi, je ne peux que partager le point de vue de Georges Frêche sur cette question. S'il devait y avoir un jour la possibilité d'une union entre le PS et le MoDem contre la droite, pourquoi ne pas la faire ? Mais bien entendu, comme Frêche le dit lui-même, cela ne peut pas se faire du jour au lendemain, chacun des deux partis devant être prêt à évoluer de façon significative dans le sens d'un rapprochement : il est bien évident que le MoDem ne doit pas espérer le moindre accord s'il ne modifie pas son positionnement actuel, car il est hors de question de courir après lui ! Du reste, au delà de la stratégie, il faudra bien, de toute façon, régler le problème du fond, des idées, du programme. Nous en sommes encore bien loin. Aussi faut-il, pour le moment, d'abord se concentrer sur le renouvellement du PS et sur les prochaines échéances électorales. C'est la priorité. Il faut faire en sorte que le PS limite la casse aux élections européennes et régionales de 2009 et 2010, et soit donc ensuite en position de force pour contrecarrer les plans de Bayrou et Besancenot et pour gagner l'élection présidentielle de 2012 face à Sarkozy, qui, on le sait, ne manquera probablement pas d'être candidat à sa propre succession. Personnellement, je respecte le résultat final obtenu par le scrutin interne du 21 novembre qui a abouti à l'élection de Martine Aubry au poste de Premier secrétaire du PS, mais cependant, je continue à être favorable à la démarche de Ségolène Royal et de son équipe en faveur d'un véritable renouvellement du PS et de la gauche. Quoiqu'il en soit, que chacun fasse donc son travail, avec pour objectif commun de rénover le PS et de le rendre à nouveau audible et crédible face à la droite sarkozyste : on verra bien à quoi on aboutira. Le peuple de gauche est sans doute plus ou moins uni par l'anti-sarkozysme, mais ce n'est évidemment pas suffisant. Comment lutter contre une idée, si ce n'est avec une autre idée ? Pour gagner les élections, pour faire gagner la gauche en 2012, il faut un candidat et un programme. Ainsi que Georges Frêche l'a déclaré lundi dernier sur la radio RMC, Ségolène Royal "peut pendant deux ans préparer tranquillement le programme du parti". Or, on l'a vu, Ségolène Royal n'envisage pas de préparer ce programme toute seule, et, de fait, pour gagner, il faudra bien que chacun prenne ses responsabilités et que le plus grand nombre possible de personnes participe, de près ou de loin, à l'élaboration d'un projet crédible, qui ne peut être que collectif. Avec le nécessaire processus de rénovation, et les prochaines échéances électorales qui approchent, le PS a beaucoup de pain sur la planche, mais la victoire finale est loin d'être impossible. Qui sait dans quelle situation nous serons dans trois ou quatre ans ? En attendant, le PS a un immense chantier devant lui. Retroussons-nous donc les manches et préparons l'avenir... Il est grand temps.

Cordialement, :-)

Hyarion.


(Illustrations : Vol de grues cendrées à l'aube du 20 novembre 2008 au-dessus de pâturages aux abords du Lac du Der-Chantecoq, sur la commune de Montier-en-Der [Marne], photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Francois Nascimbeni ; Martine Aubry, le 25 novembre 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Stéphane de Sakutin ; Le conseil national du PS, le 25 novembre 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Stéphane de Sakutin ; Ségolène Royal et son équipe, le 25 novembre 2008 à la Mutualité à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Jacques Demarthon ; L'ex-candidate socialiste à la présidentielle, Ségolène Royal, à Poitiers le 24 novembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Alain Jocard ; Ségolène Royal, à l'issue d'un entretien avec Martine Aubry, le 26 novembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Jacques Demarthon ; Martine Aubry et son prédécesseur à la tête du PS François Hollande, le 26 novembre 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Pierre Verdy ; Ségolène Royal le 16 novembre 2008 à Reims, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Francois Nascimbeni ; Vue générale de l'hémicycle du Parlement européen à Strasbourg, le 8 juillet 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Johanna Leguerre ; Captures vidéo de Georges Frêche, président du conseil régional de Languedoc-Roussillon, lors d'un entretien improvisé à l'aéroport de Paris-Orly, le 24 novembre 2008, ©LaTéléLibre.fr ; Logotype du Parti Socialiste français)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 2 (2008-2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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Samedi 22 novembre 2008 6 22 11 2008 23:14
Hier soir, après 22h30, après avoir pris connaissance des résultats du scrutin interne dans ma section socialiste (celle de Rodez) d'une part, et de l'ensemble du département où je vote (l'Aveyron) d'autre part, j'avais bien conscience que les résultats nationaux du duel électoral entre Martine Aubry et Ségolène Royal seraient très serrés : dans ma propre section, Aubry n'avait remporté la victoire qu'à une voix près (38 contre 37 sur 75 suffrages exprimés), et dans l'ensemble du département (soit 23 sections en tout), ladite Aubry n'avait remporté la partie qu'avec seulement quatre voix de plus que Royal (291 contre 287 sur 465 suffrages exprimés). Cela laissait augurer une nuit particulièrement longue et tendue pour tous les socialistes désireux d'être fixés sur l'issue finale de ce fameux second tour... Pendant plusieurs heures, des rumeurs et des déclarations contradictoires se sont ainsi succédées dans les médias. Je n'étais pas très optimiste, même si à un moment, j'ai tout de même eu l'espoir de voir Royal remporter la victoire, avant de finalement déchanter en apprenant la joie des partisans de Aubry et les protestations des partisans de Royal... Vers 3 heures du matin, je me suis résigné à suspendre mon écoute des journaux de la radio France Info, la direction du Parti socialiste ayant indiqué un peu plus tôt "ne pouvoir annoncer" de résultat du scrutin "extrêmement serré" au poste de Premier secrétaire... A mon réveil, quelques heures plus tard, les résultats - où ce qui en tient lieu - étaient connus, tout comme le désastre qu'ils sont censés signifier pour le PS... Je suis rentré chez moi, à Toulouse, par le train, et cet après-midi, souhaitant me changer les idées, je suis allé visiter la Cité de l'espace, le fameux parc à thème scientifique toulousain consacré à l'espace et à la conquête spatiale, qui a fêté ses 10 ans d'existence l'année dernière. A cet occasion, j'ai découvert L'Astralia, ouvert en 2005, qui propose toute la journée deux spectacles : d'une part un planétarium de 280 places, doté d'un écran hémisphérique de 600 m², qui montre les étoiles telles que les voyaient les anciens Egyptiens ainsi que les constellations visibles la nuit dans la région de Toulouse, et d'autre part une salle de cinéma IMAX de 300 places projettant ISS, Space Station 3D, film en relief tourné dans l'espace et relatant la construction de la Station spatiale internationale, qui, elle, vient de fêter ses 10 ans jeudi dernier. Ayant commencé par le film en relief projeté dans la salle IMAX, j'ai pu avoir, un moment, la sensation d'être dans la fameuse Station spatiale, loin de la planète Terre, loin de l'Europe, loin de la France, loin de la médiocrité sarkozyenne et des turpitudes du PS...


Ensuite, la séance de contemplation astronomique au planétarium a été particulièrement relaxante et intéressante. La dernière fois que j'avais assisté à ce genre de séance, c'était en 1999, aux Etats-Unis d'Amérique, dans un observatoire astronomique du Nevada, dans la région de Las Vegas, et j'ai pu constater aujourd'hui au planétarium toulousain de la Cité de l'espace combien a été importante, en l'espace de presque dix ans, la progression en matière de réalisme dans la représentation du ciel étoilé en planétarium : aujourd'hui, plus que jamais, on s'y croirait. Malheureusement, les bonnes choses ayant toujours une fin, il a bien fallu que je rentre en fin de journée, et que je retrouve les problèmes de tous les jours, y compris les problèmes politiques, et notamment bien entendu le foutoir galactique dans lequel se trouve actuellement le Parti Socialiste...
Revenons donc sur Terre, comme dirait Jacques Chirac, et récapitulons avec quelques dépêches de l'AFP ce qui s'est passé au PS depuis la nuit dernière...


PS : le camp Aubry revendique la victoire, les royalistes contestent


Le camp de Martine Aubry a revendiqué la victoire à l'élection pour la tête du PS, le député [fabiusien] Claude Bartolone assurant que la maire de Lille "ne peut plus être battue", alors que les proches de Ségolène Royal ont répliqué: "nous ne nous laisserons pas voler la victoire".

"A la minute où je parle, Martine Aubry est en tête, elle ne peut plus être battue", a déclaré dans la nuit de vendredi [21 novembre] à samedi [22] à l'AFP M. Bartolone, député de Seine-Saint-Denis, donnant 50,28% pour la maire de Lille, sur la base de résultats complets, hors département du Nord, acquis à Mme Aubry, et Guadeloupe, contre 49,72% à Ségolène Royal.

Les partisans de Mme Aubry, qui étaient réunis à l'Assemblée, se sont alors dirigés vers le siège du PS, situé à proximité.

"La victoire de Ségolène Royal" est "quelque chose d'inéluctable", a de son côté déclaré un de ses lieutenants, Manuel Valls.

Le député de l'Essonne a jugé également que les résultats "ne peuvent pas être proclamés" avant la fin des votes, notamment aux Antilles.

Après avoir réaffirmé, comme un peu plus tôt dans la nuit, que le camp Royal "ne se laissera pas voler la victoire", il a lancé, depuis le QG parisien improvisé de la candidate à deux pas du siège du PS: "il y a eu des votes, ils doivent être très vite acceptés et proclamés, c'est-à-dire ce que nous considérons nous comme quelque chose d'inéluctable pour le PS (...), c'est-à-dire la victoire de Ségolène Royal".

Ses propos ont été accueillis par un tonnerre d'applaudissements des partisans de Mme Royal qui ont scandé: "Ségolène, Ségolène".

"Ce qui est en train de se passer ce soir est scandaleux", a ajouté M. Valls en accusant: "comme les combinaisons d'appareil n'ont pas suffi, c'est dans les urnes, et de quelle manière, qu'on essaie" de faire barrage à Ségolène Royal.



Un haut responsable du PS indiquait de son côté vers 01H00 que le résultat était "de l'ordre de 300 voix d'écart", et ne pouvait être "considéré comme définitif".

Selon un autre responsable du PS, l'écart final "serait de 140 voix", et "il y a de la bagarre dans l'air".

Une source proche de la direction assurait de son côté que Martine Aubry a obtenu 50,51% des voix, contre 49,49% à Ségolène Royal.

D'après cette source, Mme Aubry a obtenu 67.076 voix contre 65.727 pour sa rivale Mme Royal.

Le taux de participation s'est établi à 58,74%, selon cette source, contre 59,7% au premier tour.

Ce résultat concerne la métropole et la Réunion, en attendant la Guadeloupe et la Martinique.

En Guadeloupe, lors du vote des militants le 6 novembre, la motion Delanoë atteignait 70%, tandis que la motion Royal recueillait 17% et celle de Martine Aubry 10,4%. En Martinique, le maire de Paris recueillait 37,5% des votes, l'ex-candidate à l'Elysée 47,1% et la maire de Lille 11,4%.

Razzy Hammadi, lieutenant de Benoît Hamon, représentant de l'aile gauche qui avait obtenu 22,6% au premier tour jeudi et appelé à voter pour Mme Aubry, a lui aussi revendiqué la victoire pour la maire de Lille. "C'est une bonne nouvelle pour le Parti socialiste. Martine Aubry est la première secrétaire du Parti socialiste reconnaissant qu'il y a des contestations, mais cela ne peut inverser le résultat".

(Dépêche de l'Agence France Presse, 22 novembre 2008, 01h17)


Victoire d'Aubry avec 50,02% contre 49,98% pour Royal



Martine Aubry a devancé Ségolène Royal de 42 voix, avec 50,02% contre 49,98%, au scrutin pour l'élection du premier secrétaire du Parti socialiste, selon une "totalisation des centralisations fédérales" publiée tôt samedi par la direction du PS.

Martine Aubry obtient 67.413 voix, tandis que Ségolène Royal en obtient 67.371, selon ces chiffres qui doivent être encore validés officiellement par les instances du PS. Au total 137.116 adhérents ont voté soit une participation de 58,87%.

François Hollande, patron sortant du PS, va convoquer un Conseil national (Parlement) du parti, a ajouté le parti dans un communiqué. Ce conseil, qui doit valider statutairement les résultats, pourrait avoir lieu mercredi, indique une source proche de la direction.

Ségolène Royal a demandé un nouveau vote des militants jeudi prochain pour élire le premier secrétaire du PS, en contestant le scrutin du deuxième tour, a annoncé son avocat Jean-Pierre Mignard. Martine Aubry a estimé en réponse qu'un nouveau scrutin pour la direction du Parti socialiste "n'a pas de raison d'être".

(Dépêche de l'Agence France Presse, 22 novembre 2008, 06h22)


Le PS s'enfonce dans la crise après l'élection sur le fil de Martine Aubry



Le PS s'enfonçait dans la crise samedi [22 novembre], au lendemain de l'élection sur le fil du rasoir de Martine Aubry à la tête du parti, rejetée par Ségolène Royal qui continuait de réclamer un nouveau vote.

Martine Aubry a déclaré en fin de journée vouloir être "le premier secrétaire de tous les militants socialistes", dès que les résultats la plaçant en tête auront été validés mardi par les instances du parti.

"C'est quand même très étrange de voir une candidate à une élection s'auto-proclamer élue, alors même qu'il y a actuellement un certain nombre de décomptes de voix qui sont en cours d'examen", a répliqué Ségolène Royal.

Au terme du vote des militants pour désigner leur nouveau premier secrétaire, la maire de Lille a devancé l'ex-candidate à la présidentielle de 42 voix, sur 134.784 suffrages exprimés, selon un décompte rendu public à l'aube par la direction du PS à l'issue d'une folle nuit de rumeurs, coups de gueule et d'intox.

Avant même cette annonce, Ségolène Royal faisait savoir qu'elle ne "se laisserait pas faire", exigeant un nouveau vote. Exigence réitérée en soirée sur TF1.

Au fil de la journée de samedi, des partisans des deux camps ont évoqué des tricheries ou des erreurs ayant selon eux faussé le scrutin.

L'entourage direct de Mme Royal a cité plusieurs cas précis où sa candidate aurait été défavorisée, notamment à Lille, le fief de Martine Aubry.

Les contestations lancent "une polémique destinée à entacher ce scrutin", a estimé de son côté Christophe Borgel, mandataire de la motion de Mme Aubry, en appelant à attendre la "commission nationale de récolement" du PS.

Cette instance constituée de membres de toutes les tendances doit examiner l'ensemble des recours lundi. Elle les transmettra au Conseil national, le parlement du parti -où les partisans de Mme Royal ne "pèsent" que 29%-, qui se réunit mardi soir 25 novembre et est censé trancher en dernière instance le résultat de l'élection.

Cette procédure est toutefois elle-même susceptible d'être contestée. Manuel Valls et Jean-Pierre Mignard, lieutenants de Ségolène Royal, ont ainsi évoqué le recours à une médiation interne au parti, voire à la justice.

François Hollande, à la tête du parti depuis 11 ans et souvent critiqué avant même cette crise pour son refus de trancher les conflits, a lancé un "appel à la responsabilité de chacun et au respect de nos procédures, du vote et de nos instances". Et d'assurer, comme une incantation, que "le risque n'est pas du tout de scission ou d'éclatement, (mais) de confusion".



Ségolène Royal a souligné samedi soir son intention de ne pas quitter le PS. Mais pour Dominique Reynié, directeur de la Fondation pour l'innovation politique, le PS va peut-être "entrer dans une crise dont il ne se relèvera pas". Pour l'analyste, le parti est en tout cas "devenu ingouvernable", divisé en deux parts égales.

D'un côté, une sorte de camp légitimiste incarné par la "dame des 35 heures", attaché à feue la "gauche plurielle" et où se retrouveraient selon M. Reynié "tous les +éléphants+".

De l'autre, des "royalistes" à la chef de file moderniste et déroutante, tournée vers son ambition présidentielle, promettant le "renouvellement" interne et dont les partisans auraient surtout envoyé comme message au "vieux parti" un "on ne veut plus de vous". "C'est un vote-sanction interne qui est inédit", estime le politologue.

La crise semble en tout cas devoir éloigner le PS du sursaut qu'il espérait tirer de la désignation d'un nouveau leader - pour la première fois une femme -, après trois échecs successifs à la présidentielle et une longue guerre des chefs qui l'a rendu quasi-inaudible face à un "hyper-président" Nicolas Sarkozy.

Une situation dont n'a pas manqué de se réjouir l'UMP, raillant la "démonstration d'un art consommé de la volonté de disparaître" de la part d'"un parti affaibli et coupé en deux, avec deux camps qui ne se respectent pas... pire, qui se haïssent!"

(Dépêche de l'Agence France Presse, 22 novembre 2008, 21h04)
Comment a-t-on pu en arriver là ? Pourquoi un tel foutoir galactique ? Beaucoup d'adhérents s'étaient mobilisés et le taux de participation au scrutin d'hier soir (58,87%) n'a pourtant pas été excessivement mauvais, me semble-t-il, pour ce genre de scrutin interne... Même le "French lover" Dominique Strauss-Kahn, patron du FMI, a pris le temps de venir voter dans sa section de Sarcelles, à l'occasion de son passage à Paris ! Les opérations électorales se sont déroulées tout-à-fait normalement dans ma section aveyronnaise de Rodez, mais je note qu'en d'autres endroits, dans d'autres départements, certains nouveaux adhérents n'ont pas été en mesure d'accomplir leur devoir électoral, faute d'avoir été simplement renseignés sur le lieu des bureaux de vote de certaines sections socialistes : à Toulouse, par exemple, c'est le cas de la blogueuse "M.", qui s'occupe à nouveau depuis quelque temps d'un nouveau blog, intitulé "Le Rocrocodile kinépeuthe". Par ailleurs, on sait que des erreurs d'attribution de suffrages ont pu être commises dans certaines sections, la fédération du PS de Moselle ayant notamment indiqué aujourd'hui avoir attribué par erreur 12 voix à Aubry alors qu'elles étaient en fait destinées à Royal. Cependant, au delà de tout cela, y a-t-il eu de vraies magouilles dans certaines fédérations importantes ? C'est fort possible, mais, au fond, ça ne change pas grand-chose au rapport de force qui existe désormais entre deux camps d'égale importance au sein du PS. L'affrontement entre ces deux camps ne date assurément pas d'hier, mais jusqu'à la nuit dernière, chacun, au PS, pouvait tout de même espérer que la menace d'un éclatement du PS serait écartée par un dernier scrutin aux résultats clairs, fussent-ils serrés... Au lieu de cela, on a droit à la "victoire" d'une Martine Aubry mal élue, et à la fameuse menace d'explosion du PS, tant redoutée... Décidément, je vous le dis, il n'est vraiment pas facile d'être socialiste par les temps qui courent...


J'entends déjà ceux qui disent que le PS est mort, qui disent que Ségolène Royal est finie, qui commencent subitement à s'intéresser au NPA de Besancenot, voire au MoDem de Bayrou, sous prétexte que l'un ou l'autre représenteraient désormais l'alternative à Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa et à la droite en général... Cela n'est pas sérieux. C'est ridicule. C'est idiot, même. Votre Besancenot, votre Bayrou, de toute façon, je n'en veux pas, à aucun prix, et vous pouvez vous les mettre là où je pense si vous n'êtes pas contents ! Si par malheur, lors de l'élection présidentielle de 2012, on avait droit à un calamiteux duel final entre Besancenot et Sarkozy, ou entre Bayrou et Sarkozy, soyez bien persuadés que, dans un cas comme dans l'autre, je ne voterai jamais pour aucun de ces trois escrocs : je préfèrerai glisser un bulletin "Jacques Chirac" dans l'urne, ce qui serait sans doute le meilleur doigt d'honneur électoral que je pourrais faire aux deux candidats en présence ! Je suis désolé, chers lecteurs, de me laisser ainsi aller à une certaine trivialité dans mon language, car cela ne me ressemble guère, mais compte tenu du contexte actuel, je trouve qu'il est plus honnête d'exprimer franchement ce que l'on pense sur ce sujet, que de se cacher derrière son petit doigt...
Tenez, à propos de franc-parler, j'en viens justement à évoquer les très intéressantes réflexions faites récemment, avant le fameux scrutin interne d'hier soir, par Georges Frêche, l'actuel président de la région Languedoc-Roussillon et ancien maire socialiste de Montpellier, exclu du PS l'année dernière, et dont j'ai déjà parlé ici, notamment dans mon article précédent. Voici le contenu d'un entretien accordé par Georges Frêche au début de cette semaine au journal régional l'Indépendant, publié par ledit journal mardi dernier, 18 novembre, et reproduite le même jour sur le site du journal en ligne Le Post (http://www.lepost.fr/) :
:

Georges Frêche : "Royal a gagné le Congrès en grande partie grâce au Languedoc-Roussillon"

Question : Que pensez-vous de la volte-face de Bertrand Delanoë qui vient d'appeler à voter Martine Aubry, après avoir annoncé au congrès de Reims qu'il ne donnerait pas de consigne de vote ?

Georges Frêche : Bertrand Delanoë, il est surfait, c'est une invention des journalistes. Qu'il s'occupe de Paris. Il n'a pas eu les Jeux Olympiques, il a fait faire du volley sur les berges de la Seine, c'est sympathique, mais ça ne va pas très loin. Qu'il fasse ses preuves comme maire de Paris, après on verra s'il peut être président de la République.

Question : On assiste pourtant à une fronde anti-Ségolène Royal...

Georges Frêche : Royal, elle a déjà gagné son congrès de Reims en grande partie grâce au Languedoc-Roussillon, d'ailleurs. On lui a donné les 4 % de plus qui lui ont permis de faire 29 % et de sortir du rang et c'est bien là l'essentiel. On a de nouveau affaire à "un tous contre Ségolène". On assiste à un changement de générations, exactement comme chez les démocrates aux Etats-Unis. Mais eux sont plus en avance. C'est pour ça qu'Obama a battu Clinton. Et qu'il a emporté la présidence.

Question : C'est-à-dire ?

Georges Frêche : Le passé, c'est le parti de militants. Moi, c'est mon histoire, trente ans de militantisme. Si j'avais écouté ma tendresse avec le passé, je serais avec Aubry et Delanoë. Moi, je n'y crois plus du tout. J'ai toujours regardé l'avenir. J'ai vingt ans dans ma tête. Le passé ne m'intéresse pas, sauf pour en tirer des leçons. Seul compte l'avenir. Ségolène Royal, elle, veut faire un parti de supporters ; c'est ce qu'il faut faire. Encore une fois, sur le modèle du parti démocrate américain.

Question : Vous la suivez donc lorsqu'elle propose de baisser le prix des cotisations au PS à 20 euros ?

Georges Frêche : Je pense que la prochaine fois il faudra faire inscrire des gens sur des listes pour qu'ils votent gratuitement, comme aux Etats-Unis. Si on veut donner un sacré coup de vieux à Sarkozy et gagner la présidentielle, il faut faire désigner le candidat du Parti socialiste à la prochaine présidentielle par un million de gens. Il faut que les gens puissent s'inscrire sur les listes PS sans donner un rond. Pour moi, c'est ça le parti de demain. L'alliance avec le Modem, c'est la première phase. Si on gouverne ensemble, dans dix ans, il faut créer un parti unifié entre le PS et le Modem.

Question : Quels sont vos pronostics quant au vote des militants jeudi ?

Georges Frêche : Au premier tour, il est impensable que quelqu'un soit élu. Elle va arriver en tête, en deuxième il y aura Aubry puis Hamon en troisième. Hamon il va perdre des voix. Certains de ses électeurs vont voter utile. Il fera 15 % alors que sa motion avait récolté 19 % des voix avant le congrès.
Au deuxième tour, il y a une chance sur trois que Ségolène Royal gagne à 51 %, si elle arrive à tirer les éléments nécessaires du côté Delanoë et deux chances sur trois qu'elle termine à 45 %.

Question : Que préféreriez-vous ?

Georges Frêche : Si je suis très futé, je préfère la deuxième solution. Parce que si elle est élue première secrétaire, elle va être le centre de la cible de tous les feux pendant deux ans. Tous les vieux crocodiles qu'elle a en face et qui n'ont rien compris vont s'acharner sur elle jusqu'à avoir sa peau avant la désignation du candidat pour la présidentielle. Aubry, si elle est élue première secrétaire, elle ne pourra rien faire, elle n'aura pas de majorité, elle va "merdoyer" pendant deux ans. Et alors, au moment de choisir un candidat pour la présidentielle, Ségolène fera une candidate sans obstacle. Voilà pourquoi, ça ne me gène pas qu'elle ne gagne pas les élections cette semaine. Elle a déjà gagné avec les 29 % de votes favorables avant le congrès.

Question : Votre soutien est donc indéfectible...




Georges Frêche : J'ai, sur elle, un oeil qui n'est pas le même qu'il y a trois mois. Avant, je la soutenais par défaut. Elle a évolué en bien. Elle tient des discours beaucoup plus solides et elle a préparé l'avenir. Je le répète, il faut que même les chômeurs puissent adhérer. Les autres défendent un parti élitiste avec des cartes chères pour que les pauvres ne puissent pas venir. Comment peut-on vouloir transformer le monde si on s'interdit d'être soutenu par les plus faibles ? La dernière fois, on l'a jetée dans la bataille de la présidentielle toute seule avec une partie du PS qui lui a savonné la planche et elle s'en est sortie magnifiquement, elle a fait 47 %. Mitterrand, la première fois qu'il s'est présenté, il a fait 41 %. Il a fallu attendre la troisième fois pour qu'il soit élu. J'en ai marre qu'on lui tape dessus parce que c'est une femme. Et pourtant, je ne suis pas féministe.

Question : Pour finir, quel regard portez-vous sur ce dernier congrès de Reims...

Georges Frêche : Le congrès, c'est le bal des faux culs. Les mecs ont tourné en rond pour dire non à Ségolène sans avoir l'air de le dire. Ils n'ont pas voulu apparaître comme des méchants. Avec Aubry et Delanoë, elle n'avait pas de différences notables. Sa chance, c'est d'avoir le parti dans deux ans, pour ne pas avoir à faire des circonvolutions pendant deux ans comme Aubry vient d'en faire. Elle me fait marrer. A Reims, elle a fait un discours contre l'alliance avec le Modem. C'est ce qu'elle a fait il y a huit mois pour remporter la mairie de Lille. C'est pas sérieux ! Ségolène Royal, elle est honnête !

Question : Comment le PS peut-il s'en sortir ?

Georges Frêche : Il faut rassembler la gauche avant le premier tour. Il faut récupérer les déçus du parti : un quart des électeurs de Besancenot et un quart de Bayrou. Sinon, le PS est dans l'opposition pour 50 ans... Ségolène Royal est à la tête d'une équipe et Vincent Peillon [son bras droit] est un grand monsieur...

(Propos recueillis par Estelle Devic)

Son idée selon laquelle une défaite relative de Ségolène Royal, lors de l'élection du Premier secrétaire, serait une chance pour elle dans la perspective de l'élection présidentielle de 2012, Georges Frêche l'a à nouveau rappelé hier, 21 novembre, quelques heures avant le scrutin :

Pour Frêche, la victoire probable d'Aubry constituera la "chance" de Royal



Le président DVG de la région Languedoc-Roussillon, Georges Frêche, a estimé vendredi [21 novembre] que Martine Aubry avait deux chances sur trois de l'emporter face à Ségolène Royal pour la direction du PS, mais que cela constituait une "chance" pour la présidente de la région Poitou-Charente.

"Si c'est Ségolène qui perd, c'est sa chance", a déclaré Georges Frêche, en marge de la pose de la première pierre d'un nouveau bâtiment au Parc des expositions [de Montpellier].

"Parce que si elle perd, a-t-il analysé, elle va perdre à 48% et elle va rester tapie pendant deux ans hors des coups et des flèches pour préparer l'avenir. Et les autres, qui ont cinq présidentiables dans leurs rangs, se battront comme des chiens pendant deux ans".

Alors Ségolène Royal "cueillera la poire dans deux ans toute mûre", en a conclu Georges Frêche, dont le nom a fait irruption, en début de semaine, dans le débat sur la direction du PS.

Mardi, Ségolène Royal avait estimé qu'il y avait eu "beaucoup d'injustice" contre Georges Frêche, exclu du PS en 2007 après des propos controversés sur des harkis, mais toujours très influent dans la fédération de l'Hérault.

Harlem Désir, proche de Bertrand Delanoë, avait critiqué son "obstination" à le défendre, tandis que le maire de Paris avait évoqué, visant Georges Frêche, les "fréquentations moins honorables" de Ségolène Royal.

Pour Georges Frêche, qui avait intitulé un livre d'entretiens paru en novembre +Il faut saborder le PS+ dans lequel il préconisait "l'alliance entre le PS et le Modem", le duel Aubry-Royal peut être comparé au duel Clinton-Obama lors des primaires aux Etats-Unis.

"Hillary Clinton, c'était le vieux Parti démocrate", a-t-il estimé. En revanche, "Obama, c'était le +new Democrat+ du XXIè siècle". Obama "a gagné de justesse" et "fait gagner les Démocrates".

"Le débat ici est le même", selon lui. "Martine Aubry représente le vieux parti, le parti créé par Jaurès et Jules Guesde (...)". Mais "le parti de Jaurès, il est fini. Les partis à l'ancienne, comme l'est le PS à l'heure actuelle, vivent leur derniers moments", a-t-il assuré.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 21 novembre 2008, 13h27)

Georges Frêche est décidément un sacré bonhomme, malgré les regrettables dérapages verbaux qu'on lui connait... Au point où nous en sommes, j'avoue être très réceptif à ses propos que je viens de citer... Si la stratégie politique qu'il préconise peut permettre à Ségolène Royal de neutraliser Bayrou et de déborder Besancenot pour ensuite faire dégager Sarkozy de l'Elysée, eh bien, c'est peut-être là, pour certains, un plan complètement dingue, mais si ça se concrétise, je veux bien suivre Frêche, malgré les risques et les difficultés!
Je ne suis pas un fanatique de Royal, mais il est clair que les résultats qu'elle a obtenu avant et après le Congrès de Reims, tant en ce qui concerne le vote sur les motions qu'en ce qui concerne l'élection du Premier secrétaire du PS, prouvent qu'il y a, derrière elle, une vraie volonté collective de procéder à un véritablement renouvellement du PS et de la gauche. Jusqu'à présent, j'ai encouragé, notamment par mes votes, la démarche de Ségolène Royal et de son équipe. Aujourd'hui, j'entends bien continuer dans ce sens... Et que, dans ce contexte, Georges Frêche fasse partie des soutiens de Royal ne me gêne aucunement, bien au contraire !
Ainsi, nous verrons bien comment les choses évolueront... Beaucoup de gens font preuve, en ce moment, de beaucoup d'insolence, sous prétexte d'avoir pris le "parti d'en rire"... A l'UMP, au MoDem, au NPA, on rit sans doute beaucoup, assurément... Riez, riez donc ! Rira bien qui rira le dernier... :-p

Cordialement, :-)

Hyarion.


(Illustrations : Images d'étoiles venant de naître obtenues le 12 février 2008 grâce au télescope spatial Spitzer de la Nasa, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Ho ; La Station spatiale internationale vue le 11 juin 2008 depuis la navette Discovery, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives ; La candidate au poste de Premier secrétaire Martine Aubry votant à Lille, le 21 novembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Philippe Huguen ; La candidate au poste de Premier secrétaire Ségolène Royal, le 21 novembre 2008 à Poitiers, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Alain Jocard ; Un bulletin de vote dans une section PS de Caen, le 21 novembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Mychèle Daniau ; Martine Aubry le 22 novembre 2008 à l'Assemblée nationale, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Guillaume Baptiste ; Ségolène Royal le 21 novembre 2008 après avoir voté à Melle, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Alain Jocard ; Ségolène Royal et son bras droit Vincent Peillon, le 6 novembre 2008 lors d'une réunion avec les militants à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives /Lionel Bonaventure ; Georges Frêche, photographie, sans date, ©DR ; Le président PS de la région Languedoc-Roussillon, Georges Frêche, en compagnie de Ségolène Royal, le 11 août 2006 à Montpellier, photographie, ©DR ; Le président divers gauche du conseil régional de Languedoc-Roussillon Georges Frêche, le 9 mars 2008 à Montpellier, détail d'une photographie de l'Agence France Presse, ©Pascal Guyot/AFP/Archives)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 2 (2008-2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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Vendredi 21 novembre 2008 5 21 11 2008 17:05
Comme prévu, et ainsi que l'ont révélé les résultats nationaux rendus publics dans la nuit d'hier à aujourd'hui, le dernier duel électoral pour l'obtention du poste de Premier secrétaire du Parti Socialiste sera un duel de femmes, et c'est une première dans l'histoire du principal parti d'opposition en France... Comme quoi, il n'y a pas qu'aux Etats-Unis d'Amérique qu'il se passe des choses inédites... Ainsi, aujourd'hui, vendredi 21 novembre, de 17h00 à 22h00, comme à l'accoutumée, un dernier vote des adhérents (233.000, en tenant compte de ceux qui ne sont pas à jour de cotisation), dans plus de 3000 sections du PS, départagera Ségolène Royal et Martine Aubry, les deux candidates restées dans la course.

Finale serrée entre Royal et Aubry pour la direction du PS


Les militants socialistes retournent aux urnes vendredi soir pour élire la première femme à la tête du PS, en départageant les deux finalistes, Ségolène Royal et Martine Aubry, qui s'opposent dans un dernier match serré.

Eliminé au premier tour de scrutin jeudi soir, Benoît Hamon a appelé à voter pour la maire de Lille au second tour.


"Arithmétiquement", Mme Aubry, 58 ans, devrait l'emporter mais "ça sera un ultime scrutin qui s'annonce serré", selon le jeune eurodéputé, qui a évoqué "une très grand lassitude des militants".

L'ex-candidate à la présidentielle, 55 ans, a obtenu 42,51% des voix jeudi soir, devançant de plus de 8 points Martine Aubry (34,70 %). M. Hamon, 41 ans, qui représente la gauche du PS, a réuni 22,79%. Manquent encore les résultats de Guadeloupe, Polynésie française, Saint-Pierre-et-Miquelon et Nouvelle-Calédonie.


S'exprimant depuis Poitiers, Ségolène Royal a tendu la main aux électeurs de Benoît Hamon. "Les militants ont déjà marqué profondément leur volonté de changement et de ce point de vue, beaucoup de celles et ceux qui ont voté pour Benoît aspirent aussi au changement des pratiques, à la transformation de notre parti et à l'ancrage à gauche des socialistes", a-t-elle dit.

"Je voudrais vous dire que nous sommes la garantie de ce changement, de cet ancrage à gauche, mais aussi de l'ouverture sur toute les idées neuves". Mme Royal a en outre assuré vouloir "s'ouvrir" aux autre
s camps en cas de victoire, demandant que les militants lui en fournissent la "légitimité".

La maire de Lille a assuré que "le renouvellement" aurait lieu au PS, quel que soit le résultat du vote, l'élection d'une femme étant en soit une "révolution". Son camp veut se persuader que le ralliement de M. Hamon, et le soutien réitéré dans la nuit du maire de Paris Bertrand Delanoë, qui avait rassemblé environ 25 % lors d'un premier vote militant sur les motions le 6 novembre, permettra à Martine Aubry de l'emporter.


Une seule certitude: le prochain Premier secrétaire socialiste sera une femme, une énarque, une ancienne ministre. Ce sont les points communs entre les deux finalistes. Pour le reste, beaucoup les oppose : le style, la conception du parti et des alliances qu'il doit nouer.

"A l'évidence, le Parti socialiste est aujourd'hui encore plus gravement coupé en deux, et cela quel que soit le nom de la première secrétaire élue", a déploré Michel Sapin, député de l'Indre qui avait soutenu au départ de la compétition Bertrand Delanoë. Contrairement, au maire de Paris, Michel Sapin s'est refusé à se prononcer en faveur de l'une ou l'autre des candidates.

L'état-major de Mme Aubry avait par ailleurs contesté une première série de chiffres communiqués dans la nuit par la direction du PS, qui donnaient à Mme Royal un score légèrement supérieur à 43%, avant de s'accorder sur les derniers chiffres officiels.

Comme jeudi, le second tour décisif est organisé de 17H00 à 22H00, dans les quelque 3.200 sections socialistes.


La tâche de la prochaine patronne du PS s'annonce ardue pour panser les plaies du congrès de Reims le week-end dernier, qui a été celui de la désunion et des déchirements. Elle devra aussi rendre le parti audible face à Nicolas Sarkozy. Avec en ligne de mire l'élection présidentielle de 2012.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 21 novembre 2008, 13h55)


Royal se dit "la garantie du changement" et promet de s'ouvrir aux autres équipes


Ségolène Royal, candidate au poste de Premier secrétaire du PS, s'est présentée vendredi comme "la garantie du changement" et a promis de s'ouvrir aux équipes de ses concurrents, si les militants la placent en tête du second tour avec une "légitimité" forte.

"Les militants ont déjà marqué profondément leur volonté de changement, et de ce point de vue beaucoup de celles et ceux qui ont voté pour Benoît (Hamon) aspirent aussi au changement des pratiques, à la transformation de notre parti et à l'ancrage à gauche des socialistes", a-t-elle dit dans une déclaration à Poitiers, siège du Conseil régional de Poitou-Charentes qu'elle préside.


"Je voudrais vous dire que nous sommes la garantie de ce changement, de cet ancrage à gauche, mais aussi de l'ouverture sur toutes les idées neuves", a-t-elle ajouté au lendemain du premier tour où elle est arrivée en tête devant Martine Aubry et Benoît Hamon.

Elle a promis que ses équipes "s'ouvriront bien évidemment, forte de la légitimité du vote des militants".

"Et je voudrais dire aux militants que plus ils me donneront cette légitimité de composer cette nouvelle équipe, plus nous pourrons nous ouvrir aux autres équipes", a-t-elle dit.


"Dans chacune de ces équipes, il y a des personnalités de premier plan que je veux intégrer demain à la direction du Parti socialiste", a-t-elle ajouté.

"Dans la préparation de cette élection et de ce congrès, j'ai tendu la main en permanence à mes partenaires (...) et dès demain, je recommencerai à rassembler tous les socialistes", a-t-elle encore déclaré.

Il a estimé que les socialistes doivent "repartir sur de nouvelles bases" et a estimé que les résultats du premier tour lui ont donné "la possibilité de l'emporter au second tour".

Selon des résultats quasi définitifs communiqués vendredi en fin de matinée par le PS, l'ex-candidate socialiste à la présidentielle a obtenu 42,51% des voix au premier tour, devant Martine Aubry à 34,70% et Benoît Hamon à 22,79%.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 21 novembre 2008, 14h22)


Le rapide ralliement de Benoît Hamon à Aubry était tout-à-fait prévisible. Il était même attendu, d'autant plus que l'on sait aujourd'hui que Hamon, ancien membre du cabinet de Martine Aubry au ministère des Affaires sociales (entre 1997 et 2000), a plusieurs fois hésité, ces derniers jours, à maintenir sa candidature vis-à-vis de la maire de Lille, comme l'a relaté le Canard Enchaîné de cette semaine :

    « Hamon hésite

    Le 12 novembre au soir, lors d'une réunion des dirigeants de son courant, Benoît Hamon a affirmé à la fois être déterminé à "aller jusqu'au bout" et "ne pas exclure de retirer sa candidature en cas d'accord avec Martine".
    Rebelote le 17 novembre vers midi. L'appel de Delanoë à voter Aubry l'a fait hésiter de nouveau : devait-il maintenir sa candidature au poste de premier secrétaire ? Une hésitation vite oubliée après qu'il a pris conseil auprès d'Henri Emmanuelli. Le député des Landes lui a recommandé d'aller jusqu'au bout par nécessité de "ratisser large" au premier tour afin de fixer les anti-Ségolène et d'élargir l'aile gauche du parti. Ce, avant d'appeler à voter Aubry au second tour pour obtenir des postes importants à la direction du parti.
    Ségolène ne lui a même pas proposé un chabichou ? »

(Le Canard Enchaîné N°4595, 19 novembre 2008)

Aujourd'hui, de fait, arithmétiquement parlant, comme l'a dit Hamon, le rapport de force semble être plutôt en faveur de Martine Aubry, mais, cela dit, je suis satisfait de voir que Ségolène Royal est arrivée largement en tête au premier tour et que les voix de Delanoë se ne sont finalement pas autant reportés vers Aubry qu'on aurait pu le croire : l'issue du second tour est donc incertaine, mais tout espoir de voir arriver un vrai changement au PS à l'issue de ce scrutin n'est pas perdu... Cela dit, quel que soit le résultat de l'ultime scrutin de ce soir,  celle qui deviendra Premier secrétaire aura beaucoup de pain sur la planche pour ce qui est d'apaiser les tensions du Congrès de Reims, et de refaire du Parti Socialiste un parti crédible et audible face à la droite au pouvoir, en vue l'élection présidentielle de 2012. L'ambiance de la campagne électorale interne, on l'a vu, aura été particulièrement tendu, et la rapide constitution d'une coalition hétéroclite de jospinistes, de strauss-kahniens, de fabiusiens et d'aubrystes, coalition destinée à empêcher à tout prix le succès de Ségolène Royal et de son équipe, a vite donné une idée du climat, décidément plus lourd que jamais en ce moment au PS.


Lundi dernier, 17 novembre, au lendemain du dernier jour du Congrès de Reims, Ségolène Royal avait affirmé sur France 3 que le PS avait "perdu le sens de l'honneur". Interrogée sur le maire de Paris Bertrand Delanoë qui a apporté son soutien à Martine Aubry dans la compétition pour la direction du parti, Royal avait répliqué: "le Parti socialiste a perdu le sens du code de l'honneur, et lorsque les dirigeants disent quelque chose et font le contraire, ça n'est pas conforme à l'idée que je me fais de la politique". "La politique a besoin de sincérité, de vérité, d'authenticité, et tout cela prouve que le Parti socialiste a besoin de changer et de mettre en avant une nouvelle équipe", avait-t-elle ajouté. A propos de ses rivaux au PS, elle avait, en outre, fort justement ironisé : "On voit l'éternel retour, là, à l'oeuvre. Avec Martine Aubry, il y a Laurent Fabius, avec Bertrand Delanoë, il y a Lionel Jospin, donc c'est le retour de ceux qui ne veulent pas passer la main à une nouvelle génération". Le lendemain, mardi, Royal avait également dénoncé la constitution d'un "front" dirigé contre elle au PS : "Je ne sais pas quelles sont les manoeuvres d'appareil qui sont derrière cette évolution", avait-t-elle dit notant que "ce n'est pas la première fois que le vote des militants n'est pas respecté". Pour en revenir plus précisément au ralliement de Delanoë, reconnaissons que si le PS a peut-être "perdu le sens de l'honneur", "l'honneur" en politique est, mine de rien, une chose assez rare, et en tout cas toute relative. Néanmoins, sur le fond, il était, somme toute, de bonne guerre de  la part de Royal de reprocher à Delanoë son attitude de volte-face entre le dernier jour du Congrès de Reims, où il a affirmé ne pas avoir de consigne de vote à donner, et le jour qui a suivi où il a finalement appelé les adhérents du PS à voter pour Martine Aubry... Pourtant, Bertrand Delanoë, apparemment piqué au vif, a tenu à répondre à Ségolène Royal... avec un argumentaire assez pathétique, puisqu'il n'a rien trouvé de mieux, mardi dernier, que de reprocher à Royal de fréquenter Georges Frêche, l'inénarrable président de la région Languedoc-Roussillon et ancien maire socialiste de Montpellier, exclu du PS en janvier 2007 comme on le sait...  Tout ça parce que Royal venait, le jour même, de défendre publiquement Frêche, lequel, il est vrai, fait partie de ses principaux soutiens régionaux...

Royal prend la défense de Georges Frêche


Ségolène Royal a estimé, mardi 18 novembre, qu'il y avait eu "beaucoup d'injustice" envers Georges Frêche, exclu du PS en 2007 après les dérapages à répétition de l'homme fort de Montpellier. Certes, il a fait "beaucoup de maladresses, mais s'il fallait exclure du Parti socialiste tous ceux qui ont fait des maladresses et qui ont dit des choses, notamment sur la candidate à l'élection présidentielle, bien plus répréhensibles (...), eh bien il y aurait beaucoup d'exclusions à prononcer", a poursuivi Mme Royal. Or "ma volonté ce n'est pas d'exclure, c'est de rassembler", a-t-elle dit.

Exclu du PS en 2007 après des propos sur la proportion de joueurs noirs en équipe de France de football, Georges Frêche est resté très influent dans la fédération de l'Hérault, l'une des plus importantes du PS, où la motion de l'ex-candidate à la présidentielle est arrivée largement en tête. Revenant sur les déboires judiciaires de Georges Frêche, Mme Royal n'a pas manqué de rappeler qu'il avait été relaxé par la cour d'appel de Montpellier, le 13 septembre 2007, après les poursuites engagées contre lui pour injure raciale, pour avoir traité des harkis de "sous-hommes".

"C'est un élu important, c'est un maire qui a transformé la ville de Montpellier, c'est un homme cultivé, c'est un homme intelligent", a-t-elle ajouté. Mais craignant une volonté d'"instrumentaliser" sa réponse, elle a toutefois refusé de se prononcer sur une éventuelle réintégration au PS du président de la région Languedoc-Roussillon.

(Article du site LeMonde.fr, site du journal Le Monde, d'après des informations de l'Agence France Presse, 18 novembre 2008, 18h27)


PS : Delanoë critique le soutien de Royal à Frêche


Le maire de Paris Bertrand Delanoë, qui a rallié lundi Martine Aubry, a évoqué mardi soir "certaines fréquentations qui (lui) paraissent moins honorables", à propos de Georges Frêche, exclu du PS et défendu par Ségolène Royal.

M. Delanoë était interrogé, avant une réunion de militants de la fédération PS de Paris à la Mutualité, sur une déclaration de Ségolène Royal assurant que le PS "a perdu le sens du code de l'honneur". L'ex-candidate à la présidentielle critiquait ainsi le soutien apporté par M. Delanoë à la maire de Lille, après avoir laissé entendre qu'il ne donnerait pas de consigne de vote.

"Je ne prends pas les choses sur un ton agressif", a commenté M. Delanoë. "Pour ce qui concerne le sens de l'honneur, je pense que j'ai prouvé que défendre ses convictions sincèrement, sans tenir compte de son interêt personnel (...) c'est le sens de l'honneur. Je préfère la manière dont je porte ce sens de l'honneur que certaines fréquentations qui me paraissent moins honorables comme celles de Georges Frêche".

Ségolène Royal avait estimé dans la journée qu'il y avait eu "beaucoup d'injustice" contre Georges Frêche, exclu du PS mais toujours très influent dans la fédération de l'Hérault qui a voté massivement pour sa motion.

Le vote des militants jeudi soir sera "un choix identitaire". "Ce n'est pas une question d'arithmétique, c'est une question de réflexion politique", a aussi souligné M. Delanoë. "La gravité de la situation doit nous amener à faire le choix de ce parti ancré à gauche, avec des alliances à gauche", a fait valoir le maire de Paris.

Soutien de Mme Royal, François Rebsamen, numéro deux sortant du PS, était présent à la Mutualité. Il a jugé que le vote des militants jeudi permettrait au parti de "sortir de la crise" dans laquelle il est plongé "depuis le Congrès de Reims".

(Dépêche de l'Agence France Presse, 18 novembre 2008, 21h16)

Delanoë, rallié à Aubry, a donc plus ou moins prétendu avoir des fréquentations plus "honorables" que celles de Ségolène Royal. Pfff... c'est n'importe quoi, mais en même temps, cela n'est pas étonnant. Jeter l'opprobe sur les autres tout en s'appliquant à se draper soi-même du manteau de la vertu : on reconnait bien là l'attitude, pleine de mauvaise foi, du parfait jospiniste. C'est assez minable... Franchement, je préfère une candidate socialiste soutenue par Georges Frêche à une candidate socialiste soutenue par Jospin et Fabius, surtout si lesdits Jospin et Fabius sont ensuite rejoints par Emmanuelli ! Le comportement de Delanoë est décidément encore plus décevant que l'on pouvait le craindre... Toutefois, en ce qui concerne ledit Delanoë et son ralliement du jour au lendemain à Aubry, on constate que l'attitude du maire de Paris est d'autant plus affligeante qu'elle apparait, au fond, comme un acte à la limite du masochisme, quand on sait quelles sont les relations entre Delanoë et Aubry...

    « Les manoeuvres de Martine

    Le maire de Paris avait été le premier à régler ses comptes avec Aubry après la commission des résolutions la nuit de samedi à dimanche [au Congrès de Reims].
    "Toute la nuit, a-t-il expliqué à ses troupes, elle nous a fait croire qu'elle avait un accord avec Benoît Hamon en défendant sa candidature. C'était faux et uniquement pour que je me retire. Ce sont des méthodes à la limite de l'honnêteté."
    Explication : si Aubry s'était alliée à Hamon, Delanoë aurait risqué d'arriver en troisième position le 20 au soir. Il n'a pas voulu courir le risque.
    Or il n'y avait pas d'accord Aubry-Hamon. Se découvrant berné, le dimanche matin, le maire de Paris a éructé : "Martine a fait preuve d'une grande brutalité, elle a joué avec le feu. Elle a cassé le parti. Si elle avait voulu, elle aurait pu se mettre avec nous dès le départ et on aurait eu la majorité. Elle a refusé. C'est la preuve qu'elle est méprisable et égoïste. Ce qu'elle a fait est totalement immoral."
    Et c'est pour cette charmante camarade que Delanoë s'est désisté ?

    Delanoë le slalomeur

    Il n'aura fallu que vingt-quatre heures à Bertrand Delanoë pour avaler son chapeau. Il avait annoncé, dimanche, au sortir du congrès, qu'il ne choisirait pas entre Ségolène Royal, Martine Aubry et Benoît Hamon, tous trois candidats au poste de premier secrétaire. Et, lundi matin, il appelle solennellement à voter Aubry le 20, jour de l'élection par les militants du premier secrétaire du PS. Avant de nuancer en catastrophe son soutien, mardi matin : il votera personnellement pour Aubry, mais il laisse la liberté de vote à ses anciens partisans.
    Que s'est-il passé entre-temps ? Premier objectif : sauver la fédération [socialiste] de Paris. Le maire de la capitale s'est démené afin que le candidat aubryste se désiste au profit du sien, par trouille de perdre le contrôle de sa fédération. Deuxième objectif : tenter de préserver l'unité de son courant. "Delanoë a bougé entre dimanche et lundi parce qu'il craignait que beaucoup d'entre nous partent vers Hamon", expliquait lundi l'un de ses principaux soutiens. Troisième objectif : faire plaisir à Jospin. L'ancien Premier ministre a passé son dimanche soir à tenter de convaincre Bertrand de se rallier à un "Tout sauf Ségolène" derrière Aubry. "Vous ne pouvez pas laisser passer Royal. Il faut l'empêcher à tout prix", a-t-il plaidé. Et comme Bertrand ne sait rien refuser à Lionel, il a fini par céder.
    Lundi après-midi, il se justifiait encore devant ses proches : "Ségolène n'est pas mon parti. Là où elle veut nous mener, ce n'est pas mon parti. Martine, elle, est archaïque, ringarde, c'est une salope. Elle m'a tué, mais c'est mon parti."
    Il reste, heureusement, le parti d'en rire. »

(Le Canard Enchaîné N°4595, 19 novembre 2008)


Heureusement que Lionel Jospin est là pour continuer à tirer les ficelles en coulisses, sinon on s'amuserait moins, au PS... Jospin, par ailleurs, n'avait pas pris part au vote sur les motions pour le congrès de Reims, le 6 novembre, mais hier soir, compte tenu de l'enjeu, il s'est déplacé pour voter dans sa section de la Chapelle-Goutte d'Or, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, rendant public à la sortie de l'isoloir son choix en faveur de Martine Aubry, tout en déclarant que "personnellement" il aurait "préféré voter pour Bertrand Delanoë", et en ajoutant, en faisant allusion à Ségolène Royal, que "dans le socialisme, les néo, ceux qui étaient contre les vieux et pour le neuf, n'ont pas toujours laissé de bons souvenirs"... Mieux vaut ne pas trop s'interroger sur ce à quoi pensait exactement Jospin en prononçant cette dernière phrase suspecte... Hier soir également, au même endroit, Bertrand Delanoë - qui, après avoir voté pour Aubry, a croisé son ami Jospin alors que celui-ci arrivait à leur section commune du XVIIIe arrondissement - a tenu à commenter, cette fois-ci publiquement, le contexte de son ralliement à Martine Aubry : "je ne me suis pas retiré, j'ai été éliminé". Mais la défaite finale de Royal, tant détestée par les jospinistes, valait sans doute bien une "élimination"... A ce propos, on notera l'élégance du député aubryste et ancien ministre Jack Lang, lequel a salué mardi sur la radio RTL "le geste de Bertrand Delanoë" qui a apporté son soutien à la maire de Lille, en faisant ainsi preuve d'"un esprit de sacrifice au service du parti". Quant à Martine Aubry elle-même, on aura bien compris, à la lecture du récit du Canard de cette semaine, que même si elle est manipulée par les fabiusiens et les strauss-kahniens, elle n'en est pas moins une femme qui sait obtenir ce qu'elle veut, la fin justifiant visiblement les moyens... et tant pis si, à l'arrivée, le parti est "cassé"...


Si je prends la peine d'évoquer toute cette pagaille et toutes ces petites anecdotes politiciennes, c'est pour que l'on puisse avoir au moins une idée générale de l'ambiance très lourde dans laquelle les adhérents doivent faire leurs choix concernant la nouvelle direction du parti... Oh, certes, le combat des chefs n'est assurément pas une nouveauté au PS, et les adhérents sont, au fond, plus ou moins habitués à cela, mais cependant, on aimerait bien tout de même parfois que, de temps en temps, les choses se passent aussi sereinement au sommet du parti qu'elles peuvent se passer, à la base, dans beaucoup de sections, comme la mienne, à Rodez, où les opérations électorales d'hier soir se sont déroulées sans tensions d'aucune sorte et dans la plus grande tranquilité. Cela dit, au delà du climat général de cette élection interne, et du fameux combat des chefs, on peut aussi prendre le temps d'évoquer à présent les programmes, en s'appuyant sur ce qui a été proposé dès le premier tour par les deux candidates encore en lice...


En ce qui concerne l'orientation générale, Aubry prône "un socialisme renouvelé, ancré dans la gauche efficace, crédible". "Face à une droite dure, il faut une gauche forte" a-t-elle notamment déclaré, tandis que Royal, pour sa part, veut bâtir "le socialisme du XXIe siècle". En ce qui concerne le Parti Socialiste, Aubry veut "un parti de militants", dont il faut "garantir l'unité", un "Parti socialiste profondément européen", "fermement ancré à gauche" et "décidé à se renouveler", "une nouvelle génération de militants aux couleurs de nos territoires et de toutes les cultures présentes en France". Royal, elle, veut un "grand Parti populaire", ouvert "à toutes les diversités", espérant accueillir "les jeunes des quartiers populaires et de toutes les couleurs", "mettre en valeur une nouvelle génération d'hommes et de femmes de toutes origines et de tous les territoires". En matière d'alliances, on le sait, Aubry veut "défendre les alliances avec les seuls partis de gauche", tandis que Royal prône "l'union de la gauche d'abord, la main tendue aux humanistes pour battre la droite ensuite". Sur la question du pouvoir d'achat, Aubry veut des revalorisations significatives du SMIC et un plafonnement des loyers trop élevés, Royal souhaitant, elle, réformer l'indice des prix de l'INSEE. En matière de fiscalité, Aubry veut différencier le taux de l'impôt sur les bénéfices selon qu'ils sont réinvestis ou non, et souhaite une prise en compte du revenu dans le calcul de la taxe d'habitation, tandis que Royal veut "supprimer l'essentiel des niches fiscales" et fusionner impôt sur le revenu et CSG (proposition également faite par Hamon). Concernant la question de l'emploi, Aubry souhaite "taxer les entreprises qui abusent des emplois précaires, décourager les licenciements boursiers en faisant payer aux entreprises qui en ont les moyens le reclassement des salariés", et Royal veut "récupérer les aides publiques lorsque les entreprises licencient ou délocalisent", les deux candidates souhaitant, en outre, "sécuriser les parcours professionnels". En matière d'écologie, Aubry souhaite un "nouveau modèle de développement économique, social et écologique" et une "contribution climat-énergie", tandis que Royal souhaite "d'urgence, l'excellence environnementale" et un "fonds après-pétrole". En ce qui concerne l'Europe, alors que les prochaines élections européennes auront lieu au mois de juin de l'année prochaine, Aubry (comme Hamon) veut "réorienter la construction européenne", tandis que Royal souhaite une "Europe des grands projets". Enfin, concernant la crise actuelle, les deux candidates veulent des mécanismes de régulation des marchés financiers, Aubry souhaitant une taxe mondiale pour ralentir les mouvements de capitaux et Royal une banque publique de soutien aux PME.
Toutes ces propositions sont intéressantes, et mise à part la fameuse question des alliances, il n'y a pas de grandes différences entre les deux candidates de ce point de vue, leurs propositions pouvant même être complémentaires, quand elles ne sont pas identiques. Dès lors, on en revient toujours au même point pour faire son choix : l'entourage et les soutiens respectifs des deux candidates, véritables éléments décisifs. Et encore une fois, de ce point de vue, la balance penche plutôt du côté de Ségolène Royal que de Martine Aubry... Dans une élection interne comme celle-ci, l'entourage et les soutiens des deux candidates sont particulièrement révélateurs de deux conceptions différentes du Parti Socialiste tel qu'il doit être désormais, qui s'affrontent.


D'un côté, il y a ceux qui sont derrière Martine Aubry, ceux qui incarnent le PS du passé, avec son vieux système qui ne marche plus, ceux qui ne se remettent jamais en question, même après tant d'échecs accumulés. De l'autre côté, il y a ceux qui sont derrière Ségolène Royal, ceux qui incarnent la possibilité d'un vrai changement, d'un vrai renouvellement du PS. Bien entendu, il y a des gens de qualité dans toutes les mouvances du Parti Socialiste - malgré son ralliement à Aubry, Benoît Hamon est quelqu'un d'intelligent, ainsi que j'ai déjà eu l'occasion de le dire, et il est sans doute une figure d'avenir au PS -, mais j'ai la faiblesse de penser que c'est du côté de Ségolène Royal que, aujourd'hui, se trouvent le plus grand nombre de gens de qualité, le plus grand nombre de personnes susceptibles d'incarner la relève et le renouvellement nécessaire du Parti Socialiste. Par conséquent, le vote en faveur de Ségolène Royal est, pour moi, le seul choix possible et raisonnable. J'ai voté pour Ségolène Royal hier soir, et je revoterai donc pour elle ce soir.


Il est 17h00 à ma montre. Les bureaux de vote des sections viennent d'ouvrir, et le moment de vérité approche. Maintenant, il faut en finir. Bien entendu, une large coalition s'est désormais formée contre Ségolène Royal, en agitant hypocritement "l'épouvantail" Bayrou (comme on agitait, à droite, l'épouvantail Le Pen, à une autre époque) et en invoquant ainsi la "bonne excuse" qu'est censée être la question des alliances, laquelle question étant pourtant de plus en plus apparu, ces derniers jours, pour ce qu'elle est : un faux débat. Bien sûr, à présent, avec le ralliement de Hamon à Aubry, la partie peut sembler, à certains égards, déjà jouée, et, de fait, je dois bien avouer que je ne suis pas forcément très optimiste quant à l'issue de ce second tour, mais abandonner maintenant, dans la dernière ligne droite, serait assurément faire preuve de lâcheté : il faut donc aller jusqu'au bout de la démarche et ne pas lâcher prise, car cela ferait, l'évidence, trop plaisir à certains... Pour parler franchement, cette guéguerre civile interne au PS me dégoûte, et j'en ai marre de cette ambiance pourrie sciemment entretenue par certains, mais au point où nous en sommes, il ne nous reste plus qu'à boire le calice jusqu'à la lie... même si les adhérents du Parti Socialiste n'ont pas mérité d'être aussi mal traités par l'appareil du parti, hélas plus ou moins verrouillé par des grands pontes incapables d'accepter un vraie renouvellement du PS et de renoncer, de fait, à leur misérable influence interne... Finissons-en donc avec ce lamentable règlement de comptes, pour mieux pouvoir ensuite essayer de passer à autre chose, le plus vite possible, car une opposition efficace à la droite sarkozyste au pouvoir est à ce prix... Ce soir, donc, un dernier vote à bulletin secret dans les sections, et on verra bien ce qui se passera... Après tout, il n'y a vraiment pas lieu de laisser tomber : s'il y a un moment dans la vie d'un parti politique démocratique où un simple adhérent doit pleinement jouer son rôle, c'est bien un moment tel que celui-là ! Alors en avant, et votons ! Qui sais si Ségolène Royal et son équipe ne l'emporteront pas, finalement ?

Cordialement, :-)

Hyarion.

(Illustrations : La candidate au poste de Premier secrétaire du Parti socialiste, Ségolène Royal, à Paris le 19 novembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Jacques Demarthon ; Ségolène Royal le 21 novembre 2008 à Poitiers, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Alain Jocard ; Résultats du premier tour du vote des militants socialistes pour la direction du PS, ©AFP ; Martine Aubry le 21 novembre 2008 à Lille ; AFP ; Philippe Huguen ; Ségolène Royal à Poitiers, le 21 novembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Alain Jocard ; Vincent Peillon, Ségolène Royal et Manuel Valls le 19 novembre 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives ; Jacques Demarthon ; Benoît Hamon et Martine Aubry le 16 octobre 2008 à Marseille, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives /Gérard Julien ; Ségolène Royal le 17 novembre 2008 invitée de France 3, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Boris Horvat ; Le président PS de la région Languedoc-Roussillon, Georges Frêche, en compagnie de Ségolène Royal, le 11 août 2006 à Montpellier, photographie, ©Gamma/Jean-Luc Luyssen ; La maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoë, à Reims le 15 novembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Denis Charlet ; Caricature de Lionel Jospin, par Kiro, publiée dans Manufacture française de candidats, Les dossiers du Canard Enchaîné N°83, avril 2002 ; La maire de Lille Martine Aubry, le 17 novembre 2008 sur France 3, photographie de l'Agence France Presse, ©Philippe Huguen/AFP ; Ségolène Royal, le 18 novembre 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Stephane de Sakutin ; Pierre Mauroy, Martine Aubry, Marylise Lebranchu et Laurent Fabius, le 23 septembre 2008 à la Mutualité à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Patrick Kovarik ; Ségolène Royal, Najat Belkacem, Jean-Noel Guérini et Aurélie Filipetti le 23 septembre 2008 à la Mutualité à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©François Guillot/AFP ; Ségolène Royal entourée de David Assouline, Julien Dray, Vincent Peillon et Manuel Valls le 19 novembre 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Jacques Demarthon)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 2 (2008-2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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