Jeudi 3 mai 2007
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Avant d'aborder les relations Sarkozy/Pasqua, évoquons ce fameux débat entre les
deux finalistes de l'élection présidentielle qui a eu lieu hier soir. "Le face-à-face télévisé entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal mercredi soir sur TF1 et
France 2 a réuni plus de 20 millions de téléspectateurs, une audience supérieure au débat Jacques Chirac/Lionel Jospin en 1995 (16 millions), selon les chiffres de Médiamétrie communiqués jeudi
par les chaînes", ainsi que l'indique une dépêche de l'Agence France Presse (03/05/2007, 12h26).J'ai regardé le débat Royal/Sarkozy jusqu'au bout : il aura duré près de 2h40... J'ai l'ai trouvé relativement équilibré. Ségolène Royal a fait preuve de pugnacité, et elle a tenu bon face à Sarkozy de Nagy-Bocsa. Royal a réussi à mettre enfin sur la table la question du bilan - plus que mitigé - de l'ex-ministre de l'Intérieur Sarkozy, auquel elle a pu envoyer, par ailleurs, une petite pique sur l'opinion, désormais bien connue, du candidat de l'UMP concernant la génétique. Royal n'a pas pu échapper aux inévitables attaques sur les 35 heures de travail hebdomadaire - qui sont décidément une véritable tunique de Nessus pour la gauche -, mais elle a été, en revanche, offensive et juste sur les questions de réforme des institutions, de services publics, de recherche, d'éducation, voire de culture, qui me tiennent à coeur. Elle a aussi parlé de la jeunesse et de l'Europe. Royal ne m'avait pas jusqu'ici guère inspiré de confiance, mais elle m'a finalement plutôt rassuré lors de ce débat : c'est une femme au caractère bien trempé, qui, en dépit de certaines maladresses, a révélé un charisme politique qui n'apparaissait pas jusque-là dans les réunions publiques de sa campagne. Je la soutiens, plus que jamais, car si elle a pu être flou sur certains sujets, notamment économiques, elle n'en a pas moins montré qu'elle a suffisemment de tempérament et d'indépendance d'esprit vis-à-vis des dogmes du PS pour être à la hauteur de la fonction de Président de la République. Depuis le début, j'étais résolu à voter pour elle au second tour, même par défaut : je le suis tout autant aujourd'hui.
Quelques mots sur l'accrochage des candidats à la suite des propos habilement compassionnels de Sarkozy concernant la scolarisation des enfants handicapés, propos qualifiés d'immoraux par Ségolène Royal, parce que jugés hypocrites : face à la protestation de la candidate socialiste, Sarkozy a fait preuve d'un sacré culot en voulant faire passer Royal pour quelqu'un qui perd ses nerfs alors que l'on sait bien que c'est lui, et lui seul, Sarkozy, qui est coutumier du fait. Talonnette Ier a tout fait hier soir pour brider sa nature nerveuse. C'est d'ailleurs ce qu'il s'efforce de faire depuis le début de sa campagne, laissant toutefois éclater ses colères habituelles et ses crises de nerfs récurrentes dès lors qu'il n'est pas sous l'oeil d'une caméra ou à proximité d'un micro.
Sarkozy a beau vouloir faire croire qu'il a changé pour laisser penser qu'il
est digne de la fonction qu'il occupe, il redeviendra celui qu'il n'a jamais cessé d'être : un personnage nerveux, susceptible, colérique, et très imbu de lui-même. Il n'y a qu'à le regarder tel
qu'il est toujours apparu à la télévision, jusqu'en janvier dernier... Réflet de son égocentrisme, de sa paranoïa, de son obsession maladive de la réussite et du pouvoir, le visage de Sarkozy a
toujours été, jusque-là, animé en permanence par des micro-expressions de mépris, d'aggressivité défensive, de tristesse, d'anxiété, de menace. Le soulèvement en coin de sa lèvre supérieure,
découvrant les dents de la partie droite de sa machoire supérieure, si caractéristique du personnage, est une de ces micro-expressions particulièrement révélatrices des sentiments de mépris et
d'aggressivité avec lesquels il peut s'exprimer physiquement, bien qu'à distance, face à son interlocuteur. Il n'a pas totalement réussi à dissimuler une telle attitude lors du débat d'hier avec
Ségolène Royal, cette micro-expression de la lèvre étant tout de même légèrement apparu sur le visage du candidat de l'UMP, notamment lorsqu'il a interpellé Royal sur les 35 heures... Ne vous
inquiétez pas, citoyens : Sarkozy se retient, mais il aura l'occasion de redevenir pleinement lui-même après le 6 mai...La questions des enfants handicapés fut le seul accroc majeur, avec peut-être aussi la question de la fonction publique, et également la question du nucléaire où, là encore, Ségolène Royal a tenu tête à son adversaire qui s'est quelque peu emmêlé les pinceaux au sujet du réacteur EPR, réacteur nucléaire de troisième génération, et non de quatrième génération comme l'a prétendu le candidat de l'UMP. On notera que Sarkozy n'a pas pu s'empêcher de se féliciter indirectement de son triomphe apparent sur l'aventureux Bayrou, en disant : "Dans la majorité, nos amis de l'UDF ont toute leur place". "J'observe avec beaucoup de plaisir que la quasi totalité des députés UDF me rallie" a-t-il ajouté, non sans avoir dénoncé auparavant "la tragi-comédie du vrai-faux débat entre M. Bayrou et Mme Royal" de samedi dernier. Pour le reste, le débat a plutôt été de bonne tenue. Les amateurs d'empoignades stériles, à la manière des anciens "débats" entre Le Pen et Bernard Tapie, en auront été pour leurs frais...
Je doute que ce débat Royal/Sarkozy, même s'il était très attendu, puisse être de nature à modifier les intentions de vote de façon significative, mais j'ai tout de même pu noter que des centristes résignés à voter pour Ségolène Royal, par anti-sarkozysme, ont été, semble-t-il, agréablement surpris par la prestation de la candidate socialiste, ce qui les a convaincu de maintenir leur choix de voter pour elle... Le débat aura au moins servi à cela, électoralement parlant...
Cordialement, :-)
Hyarion, résolument anti-sarkozyste.
P.S. : Conséquence attendu du duel Royal/Sarkozy, François Bayrou a annoncé qu'il ne votera pas pour le candidat de l'UMP. "Je ne voterai pas pour Sarkozy", a en effet déclaré l'ex-candidat centriste, après avoir regardé le débat, ainsi que l'a révélé aujourd'hui Le Monde. Bayrou n'a pas précisé s'il optera pour Ségolène Royal ou un vote blanc, mais il a estimé que la candidate socialiste "s'en est plutôt bien sortie" face à Sarkozy... Chacun interprêtera cela comme il lui plaira... ;-)
(Illustrations : Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, lors du débat télévisé de l'entre deux-tours le 2 mai 2007, à Boulogne Billancourt, photos © AFP France 2 ; Sarkozy lors d'un débat télévisé
diffusé sur France 2 en novembre 2003, photo extraite d'une archive de l'INA, reprise dans le film documentaire Coupez le son ! Le charisme politique, de
Thierry Berrod, © MONA LISA Production / Ina, 2007)
Par Hyarion
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Publié dans : Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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C
Pas de chance :
ils ont misés sur le mauvais cheval, et après la victoire de Chirac, ils se retrouvent exclus des responsabilités gouvernementales. Les deux hommes s'affrontent politiquement au niveau national à
l'occasion des élections européennes de 1999 : Pasqua ayant quitté le RPR, et s'étant associé à Philippe de Villiers au sein d'un RPF (Rassemblement Pour la France) aujourd'hui disparu, il
présente une liste concurrente face à celle du RPR conduite par Sarkozy, président par intérim dudit RPR, suite à la démission soudaine de Philippe Séguin. C'est un échec sévère pour Sarkozy : la
liste RPR qu'il conduit arrive en troisième position avec seulement 12,8 % des suffrages (contre 25,58 % pour l'union RPR-UDF, conduite par Dominique Baudis et arrivé en première place en 1994 et
16,4 % pour l'UMP en 2004), derrière celle de Charles Pasqua et Philippe de Villiers (13,1%). Mais cet affrontement ne dure pas : après la réélection de Chirac en 2002, Pasqua et Sarkozy
continuent de rester alliés dans les Hauts-de-Seine. En 2004, Pasqua perd son siège de député européen, et après des années de diplomatie occulte, notamment en Afrique, et d'affairisme, il est
dans le colimateur de la Justice, avec plusieurs mises en examen : qu'à cela ne tienne, Pasqua ayant cédé à Sarkozy la présidence du conseil général des Hauts-de-Seine en mars 2004, Talonnette
Ier, devenu entre-temps ministre de l'Economie et des Finances, renvoit l'ascenseur en facilitant, avec Chirac, la réélection de Pasqua au poste de sénateur des Hauts-de-Seine en septembre de la
même année, bien que ledit Pasqua n'appartienne pas officiellement à l'UMP crée en 2002. Echange de bons procédés, au nom de la loi du clan... En dépit des démentis officiels tant de Chirac que
de Sarkozy concernant leur appui à Pasqua lors des lections sénatoriales, Jean-François Probst, co-fondateur du RPR, et ancien conseiller de Jacques Chirac et de Charles Pasqua en était alors
convaincu :
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