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"Sarkozy, il faut lui marcher dessus. Pour deux raisons. Un, c'est la seule chose qu'il comprenne. Deux, ça porte chance." (Jacques Chirac)


(Jacques Chirac, par Kiro)

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Vendredi 30 mars 2007 5 30 /03 /2007 16:57

"Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément."

(Article 3 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789)

Qu'est-ce que la nation ? Dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, votée par la première Assemblée nationale constituante française en 1789, la nation est une entité collective et indivisible, distincte des individus qui la composent et titulaire de la souveraineté. En France, la conception de la nation se fonde donc sur le droit. C'est ce qui fait sa spécificité. La nation, comme corps politique exprimant la volonté générale, résulte d'un contrat, d'une association volontaire de ses membres, unis par un intérêt général. Cette conception politique de la nation, Ernest Renan lui a donné ses lettres de noblesse en 1882, lors de sa célèbre conférence Qu'est-ce qu'une nation ?, prononcée à la Sorbonne, en affirmant notamment que la nation est "une âme, un principe spirituel","une grande solidarité".
Cependant, de façon plus générale, dans un sens plus large, on sait que la nation peut désigner également un ensemble d'êtres humains vivant dans un même territoire, ayant une communauté d'origine, d'histoire, de culture, de traditions, parfois de langue, et constituant une communauté politique. Ainsi la définition de la nation n'est-elle pas unique pour tout le monde, ce qui n'a pu manquer de susciter une certaine confusion en France, l'emploi de ce terme n'étant pas dépourvu d'une certaine ambiguïté, selon les opinions de ceux qui l'utilisent. De fait, lorsque les politiciens de droite et d'extrême-droite, en campagne électorale, s'emparent de ce thème, ils ne peuvent pas, le plus souvent, s'empêcher d'entretenir la confusion. Oubliant la conception essentiellement politique de la nation française, ils pratiquent une démagogie identitaire, en se montrant favorable à la définition d'une appartenance nationale sur des critères matériels et non spirituels, ce qui est bien évidemment contraire à la conception française de la nation, et encourage plus ou moins le développement des idées racistes et xénophobes...

Et naturellement, en cette année d'élection présidentielle, qui aura été à l'origine d'une nouvelle surenchère électorale sur le thème de la nation, et de l'agitation médiatique qui s'en est suivi ? Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, bien entendu...
Le 8 mars 2007, Talonnette Ier a annoncé, sur France 2, la création d'un "ministère de l'immigration et de l'identité française", s'il est élu à la présidence de la République. Cette proposition est absurde : l'État n'a pas à définir ce qu'est l'identité nationale, qui est, de toute façon, en constante évolution. Cette proposition est également dangereuse : ainsi que l'a écrit l'historien des idées et essayiste Tzvetan Todorov, "en proposant un ministère traitant ensemble de l'identité nationale et de l'immigration, le candidat à la présidentielle suggère un rapport négatif entre les deux : l'immigration est ce dont il faut protéger l'identité française. Ce faisant, il oublie que cette identité, comme celle de toutes les grandes nations, est le produit, aussi, des rencontres entre populations, depuis le temps des Gaulois, Francs et Romains jusqu'à aujourd'hui. L'impact qu'ont ces rencontres sur l'identité française est la preuve que celle-ci est toujours vivante" (Le Monde, 16 mars 2007). 

Sarkozy ayant, par sa proposition, persisté à vouloir jouer avec le feu vis-à-vis de Le Pen et de l'extrême-droite, la polémique n'a pas manqué d'éclater, et a été amplifiée lorsque la candidate socialiste Ségolène Royal a voulu, pour sa part, aborder à sa manière, et de façon légitime, le thème de la nation française et de ses symboles, provoquant de nombreuses réactions de la part de ses concurrents dans la course à l'Élysée...
La démarche de Ségolène Royal a été ainsi évoquée dans Le Monde :


"A chaque étape importante de sa campagne, la candidate socialiste accompagne sa démarche d'un registre solennel : c'était la nation pour l'annonce de sa candidature à Vitrolles [(Bouches-du-Rhône)], en septembre 2006. C'est aujourd'hui l'histoire et les symboles de la France, son identité. Jeudi soir [22 mars 2007], à Marseille, elle exhortait plus de 7000 personnes à entonner la Marseillaise. Vendredi, dans un petit village du Var, à Correns, elle a estimé que "tous les Français devraient avoir chez eux le drapeau tricolore" pour l'afficher "aux fenêtres, comme cela se fait dans d'autres pays, le jour de la fête nationale". "

 
(Isabelle Mandraud, "Mme Royal veut rassembler sous la bannière de « la France présidente »", Le Monde, 25-26 mars 2007)


Royal a également déclaré devant la presse :

"C'est très important d'avoir reconquis le droit de chanter la Marseillaise pour la gauche qui avait cru un moment devoir l'abandonner à l'extrême-droite."

(Ségolène Royal, devant la presse, citée par Isabelle Mandraud, in Le Monde, 25-26 mars 2007, op.cit.)


Le centriste François Bayrou, que l'on sait plus intéressé par le régionalisme et le fédéralisme que par la nation, à la tête de laquelle il prétend pourtant être élu, n'a évidemment pas pu s'empêcher de jouer le rôle de celui qui veut à tout prix se différencier de Sarkozy et de Royal, pour essayer de faire oublier qu'il appartient, lui aussi, à l'ancien système qu'il dénonce... A la proposition de la candidate socialiste Ségolène Royal que les Français aient chez eux le drapeau tricolore et l'exposent aux fenêtres le jour de la fête nationale, il s'est ainsi senti obligé de réagir en déclarant cette bêtise, lors d'un déplacement à La Réunion et à Mayotte, dans l'océan Indien, le samedi 24 mars :

"Cela ne ressemble pas à mon pays. Tout cela c'est la société américaine."

(François Bayrou, à propos du souhait de Ségolène Royal de voir les Français avoir chez eux un drapeau tricolore qu'ils pourraient exposer à leurs fenêtre le 14 juillet, 24 mars 2007, cité par Patrick Roger, in Le Monde, 25-26 mars 2007)


Cette bêtise de Bayrou ressemble à celle de José Bové qui, le même jour, a jugé que Ségolène Royal "se lançait dans une troublante surenchère nationale avec son souhait d'américaniser notre pays par l'exposition du drapeau français à toutes les fenêtres" (propos cités dans une dépêche de l'Agence France-Presse du 24 mars 2007).
Les deux candidats semblent oublier que la nation, aux États-Unis d'Amérique, a une dimension idéologique. Or, en France, la nation a une dimension politique, ce qui n'est pas la même chose. Mais avec Bayrou, comme avec Bové, visiblement, on n'est pas à une caricature près... J'aime beaucoup les caricatures, quand elles sont publiées dans la presse sous forme de dessins. Je les aime bien moins quand il s'agit de propos politiciens destinés à racoller l'électeur indécis...
Bayrou, pour sa part, a tenu à ajouter, à propos de Sarkozy et de Royal :

"Je crois que les deux candidats ont un problème avec cette obsession nationaliste. C'est comme si les thèmes de Jean-Marie Le Pen étaient en train d'envahir l'esprit de ces deux candidats-là. Eh bien, moi, ils n'envahissent pas le mien."

(François Bayrou, à propos de Sarkozy et de Ségolène Royal, 24 mars 2007, cité par Patrick Roger, in Le Monde, 25-26 mars 2007, op.cit.)


Nous y voila : le fameux épouvantail Le Pen... Il y avait longtemps que l'on ne l'avait pas brandi... Bayrou évoque ainsi une lepénisation de l'esprit des deux candidats, lepénisation qui, à l'en croire, l'épargnerait, lui, le très vertueux candidat de l'UDF... Mais lui-même n'a-t-il pas déjà l'esprit lepénisé, pour confondre ainsi l'opportunisme clientéliste de Sarkozy, forcément dangereux, et la démarche légitime de Ségolène Royal, certes imparfaite et surtout électoraliste, mais au fond bien moins excessive que celle de Talonnette Ier ? Invoquer le danger que représente Le Pen pour mieux récupérer des électeurs indécis ou désorientés, cela est sans doute facile. Mais si jamais l'augmentation relative de l'électorat, hétéroclite et volatile, de François Bayrou se met à affaiblir suffisemment les deux candidats de l'UMP et du PS, au point de permettre à Le Pen d'être présent au second tour, il ne faudra pas chercher bien loin le candidat centriste responsable, pour partie, de cette situation, qui serait désastreuse pour le pays, surtout si Sarkozy réussit à également passer le cap du premier tour...
Tiens, parlons de Sarkozy justement. Il s'est réjouit de ce que son idée absurde d'un ministère de l'immigration et de l'identité nationale a provoqué, selon lui. Le 25 mars, il a ainsi déclaré :

"Je m'aperçois que je suis dépassé dans tous les sens. Là, il faut des drapeaux français partout, l'identité nationale, tout le monde en veut. Je me réjouis."

(Sarkozy, 25 mars 2007, cité in Libération, 26 mars 2007)


Talonnette Ier se dit "heureux d'avoir montré le chemin" (Le Monde, 25-26 mars 2007), mais feint d'ignorer que Royal n'a pas attendu l'idée dangereuse d'un ministère de l'identité, pour évoquer dans sa campagne, le thème de la nation, de façon sensiblement plus ouverte sur le monde extérieur et l'immigration que ne l'a fait le candidat de l'UMP...

Mais, décidément, ce sont les réactions de l'extrême-gauche qui sont les plus hilarantes...

Cette tête à claques de Besancenot nous a fait le coup de la peur du gauchiste scandalisé, qui voit le fascisme partout :

"Ça me choque et ça me fait flipper. Il y a ça [La Marseillaise], plus l'identité nationale, plus les drapeaux [...], ça crée un petit climat."

(Besancenot, le 25 mars 2007, cité in Libération, 26 mars 2007)


Sûr que Besancenot préfèrerait un "petit climat" avec des drapeaux rouges et des révolutionnaires du dimanche, chantant l'Internationale...
Et, de son côté, José Bové en a encore rajouté, en faisant l'amalgame attendu entre la nation d'une part, et le chauvinisme et le nationalisme d'autre part :

"Je dirais à Mme Royal que le chauvinisme et le nationalisme n'ont jamais été des valeurs de gauche. Le fait de vanter le "sang impur qui abreuve nos sillons", c'est plutôt attiser les haines que préparer la paix."

(José Bové, le 25 mars 2007, cité in Libération, 26 mars 2007)


Rassurez-vous, gens d'extrême-gauche : moi non plus je n'aime pas la guerre. Et d'ailleurs, je remercie Chirac d'avoir supprimé le service militaire avant que ma génération n'y ait eu droit : j'aurai eu horreur d'être obligé d'obéir stupidement à des ordres, qui plus est en pleine période de paix... Je n'aime pas le militarisme, ni le nationalisme, ni le chauvisme, ni la bêtise et l'ignorance crasses qui vont avec... Mais, en ce qui me concerne, je n'oublie pas que la nation, à l'origine, en France, était une valeur de gauche, l'idée nationale étant liée à la Révolution française.

Je constate que Bové a semblé prendre cette affaire suffisemment au sérieux pour avoir besoin de ressortir le vieil argument du "sang impur qui abreuve nos sillons", ces mots très guerriers contenus dans l'hymne national français... Le fait est qu'ils font partie du texte original de ce chant de Rouget de Lisle. Et il est vrai que cela fait des années que des gens réclament une réécriture de la Marseillaise dans un sens plus "gentil", ou même carrément la mise au placard définitive de ce chant de la Révolution française... Et après ? Que voulez-vous que cela change ? Vous pensez que cela fera taire l'extrême-droite ? En se mettant des oeillères d'extrême-gauche, ou de Bayrou-istes, vous pensez que les problèmes seront résolus ? Vous espérez que les loups sont encore loin de votre troupeau, mais en fait, malheureux agneaux, les loups sont déjà parmi vous ! Et ce n'est donc pas en chicanant au sujet des symboles de la nation que vous sortirez ce pays d'affaire... Le Pen est là, et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'a pas dit son dernier mot...

La vérité, c'est que face à ce sinistre poison qu'est l'extrême-droite (qui elle seule est nationaliste), nous ne pouvons pas nous permettre de détourner le regard à chaque fois que l'on aborde des thèmes politiques comme celui de la nation. La lutte contre le racisme, la xénophobie, le repli identitaire et l'exclusion, est à ce prix... La nation française, définie selon une conception strictement politique, est - faut-il le rappeler ? - l'ensemble des adhérents à un contrat social, quelles que soient les origines géographiques, ethniques ou culturelles. C'est au sein de cette nation que s'exerce notre démocratie. Ne l'oublions pas.
Cela dit, il est bien évident que, pour moi, la nation française ne peut qu'évoluer, son destin étant, de toute façon, liée à l'Europe. Je souhaite que son avenir s'inscrive politiquement au sein d'une Union Européenne d'États-nations, en attendant que l'Europe, dans un avenir sans doute encore assez lointain - que les citoyens de ma génération ne connaitront peut-être pas - se dirige, éventuellement, vers un destin politique fédéral, qui ne se réalisera que si - et seulement si ! - une véritable conscience citoyenne européenne émerge dans les pays de l'Union... Pour l'heure, il me parait important de ne pas oublier ce que représente - véritablement - la nation française, et de ne pas mépriser celle-ci, même si le cadre politique national est sans doute appelé à être dépassé à plus ou moins long terme...

Pour en revenir à l'irruption du thème de la nation dans la campagne électorale, il n'y a pas à s'étonner, de toute façon, de la démarche de Royal, ainsi que l'a fort bien dit l'historien Jean-Jacques Becker :

"Tout cela tient à la nature de Ségolène Royal, qui ressemble en cela à François Mitterrand. C'est une femme de gauche avec une culture de droite. Je suppose que, pour elle, tout cela est très naturel. Elle y croit."

(Jean-Jacques Becker à propos de Ségolène Royal se réappropriant le drapeau français et la Marseillaise dans sa campagne, propos recueilli par Jean-Dominique Merchet, Libération, 26 mars 2007)


Du reste, le 25 mars, sur la chaîne LCI, Ségolène Royal a tenu à préciser sa pensée, s'il en était besoin :

"Je ne fais aucune confusion entre la nation, dont on doit être fier, et le nationalisme."

(Ségolène Royal, sur la chaîne LCI, le 25 mars 2007, citée in Libération, 26 mars 2007)


Que les choses soient claires, cependant : je ne suis pas dupe de la démarche de la candidate socialiste. Je sais bien que si elle agit ainsi, à ce moment de la campagne, ce n'est pas un hasard. Cette réappropriation du drapeau français et de la Marseillaise est une manœuvre électorale comme il y en eu, et comme il y en aura beaucoup d'autres... Cela fait partie du cirque électoral. Pour ceux qui en douteraient, il suffit de prendre connaissance des propos que Royal a tenu la semaine dernière, devant son équipe, pour justifier son recours à la Marseillaise et au drapeau tricolore :

"Il fallait répondre à Sarkozy qui a stoppé sa chute dans les sondages avec son ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale. [...] Dans l'électorat populaire, ça marche [...]. On ne peut pas défendre uniquement les sans-papiers. Je veux être capable de défendre à la fois l'identité nationale et la France métissée. [...] Celui qui a le plus réconcilié le socialisme et la République, c'est Jaurès [...]. Le patriotisme appartient à la France, pas à la droite. La gauche doit assumer l'identité nationale. [...] Je ne suis pas une adepte de la gauche naïve, soixante-huitarde et bien-pensante, de la mauvaise conscience qui culpabilise quand il s'agit de mettre en avant les valeurs républicaines de la France. Ce fut une erreur, pour toute une fraction de la gauche, d'abandonner cette thématique. D'ailleurs, Mitterrand parlait bien de la patrie et cela ne choquait personne." 

(Ségolène Royal, devant son équipe de campagne, dans la semaine du 19 au 25 mars 2007, citée dans Le Canard Enchaîné N°4509, 28 mars 2007)


Je ne fais confiance à personne dans cette campagne, ni à Royal, ni aux autres candidats... Aucun ne mérite de gagner cette course à l'Élysée. Mais, cela dit, j'estime qu'il est néanmoins ridicule de prétendre que la nation française et les symboles qui y sont associés ne peuvent pas être intégrés à une campagne électorale de gauche. Du reste, on peut être de gauche sans vouer un culte ni au drapeau rouge, ni à l'Internationale, ni à Trotski, ni à Marx, ni à Ernesto Che Guevara. Mais on n'est pas obligé non plus d'adorer le drapeau français et la Marseillaise. L'amour de la patrie ne se décrète pas, et, rappelons-le, l'État n'a pas à définir ce qu'est l'identité nationale, comme le voudrait Sarkozy, car cette identité évolue en permanence. Franchement, je ne pense pas que j'irai jusqu'à brandir un drapeau tricolore à ma fenêtre le 14 juillet : je serai plutôt du genre à brandir un grand étendard avec la consigne "Sarkozy à la poubelle" inscrit dessus... Mais s'il s'agissait d'avoir un drapeau français chez moi, comme objet historique et symbolique, même si ce serait dans un coin discret, personnellement, cela ne me dérangerait pas... Quant à la Marseillaise, je l'écoute avec respect lors des cérémonies officielles, mais je ne la chante pas : entendre la musique de l'hymne me suffit amplement. Il ne faut pas abuser de la symbolique nationale républicaine, mais il ne faut pas non plus la mépriser, ou l'abandonner à l'extrême-droite. Sur le fond, il n'y a donc pas lieu de condamner la démarche de la candidate socialiste, même si l'on sait bien qu'elle a été faite dans un but essentiellement électoraliste. Un point, c'est tout.

Allons, arrêtez-donc de "flipper", camarades... Cela ne sert à rien de dramatiser à l'excès toute cette histoire... Il faut faire sérieusement les choses, mais sans se prendre au sérieux... Et ne pas oublier ce que nous sommes, d'où nous venons, et où nous allons... 

Cordialement, :-)

Hyarion. 
 

Annexe :

Je ne résiste pas au plaisir de retranscrire ici un texte de l'écrivain Boris Vian, consacré justement à la Marseillaise, et qui m'a toujours fait rire de bon cœur :

« Note relative à la Marseillaise et qui démontre qu'il s'agit bien d'un chant révolutionnaire.
   On n'ignore pas que la royauté (mort aux tyrans) avait fait sien ce slogan d'Henri IV (ou de Sully) : « Labourage et Pâturage sont les deux mamelles de la France. »
   Outre que ceci définissait la France comme mammifère, alors que d'aucuns l'assimilent aujourd'hui au plus crétin des volatiles, le coq, il s'ensuivait que l'agriculture et l'élevage était à l'honneur.
   Or, observez la sournoiserie de la Marseillaise et notamment de ce vers fameux : 
            Q'un sang impur abreuve nos sillons
N'est-ce pas là une réaction violente contre l'agriculture ? Le sang - et surtout le sang impur - ne vaut rien pour la culture. On voit de suite en quoi ce chant révolutionnaire vient saper ici la perfide besogne des rois. En vérité, le sang, impur ou non, mais cuit, est excellent pour l'élevage des jeunes truites, mais ça ne vaut pas tripette pour le blé, et de plus, il pue lorsqu'il se corrompt.
   Vous me direz, le fumier ne sent pas bon non plus.
   Mais alors, pourquoi pas du fumier ?
   Tout ça, naturellement, si on tient à l'agriculture. Personnellement, je me lave les mains (dans l'eau) de ce qui peut arriver si on prend la Marseillaise au pied de la lettre. Vous verrez le pain dégueulasse que ça vous fera.
   Comme quoi certaines chansons sont plus dangereuses qu'elles n'en ont l'air. »
 

(Boris Vian, extrait de "Appendice et Pièces justificatives", 1958, in Textes et chansons, Julliard, 1966, rééd. Paris, Union Générale d'Éditions, coll. "10/18", 1969)



(Illustrations : Détail du tableau La Liberté guidant le peuple [28 juillet 1830], huile sur toile [1831] par Eugène Delacroix, Paris, Musée du Louvre ; détail du tableau La Rue Montorgueil, huile sur toile [1878] par Claude Monet, Paris, Musée d'Orsay)

Par Hyarion - Publié dans : Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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Mardi 27 mars 2007 2 27 /03 /2007 23:52

Depuis quelques jours, la campagne électorale présidentielle a tendance à me fatiguer sérieusement... Hier soir encore, 26 mars, j'écoutais un "journal de la campagne" sur la radio France Info, et j'étais écoeuré... Du côté de l'UMP, tandis que Sarkozy de Nagy-Bocsa se décidait à dégager -enfin ! - de la place Beauvau, on n'hésitait pas à déclarer, sans rire, que Talonnette Ier resterait le meilleur ministre de l'Intérieur qu'est connue la Ve République (!?!?!). A gauche, alors que depuis quelques jours Ségolène Royal s'efforce d'essayer d'intégrer le thème de la nation dans sa campagne - de façon légitime, me semble-t-il, même si je ne suis pas dupe de ce qui est, d'abord, une manœuvre électorale de Mme Royal -, l'extrême-gauche n'a pas pu s'empêcher, comme à son habitude, de dénoncer l'attitude de la candidate socialiste, et de pratiquer son habituel amalgame entre nation française et nationalisme guerrier... José Bové parlait déjà, samedi dernier, de "troublante surenchère nationale" à propos de Royal, et Besancenot n'a pas manqué, hier soir à la radio, d'évoquer un "climat malsain"... Et pendant ce temps, le FN, bien entendu, profitant de la polémique, se félicite que ce qu'il considère - faussement ! - comme étant son thème réservé, la nation, se soit imposé dans la campagne. Quant à Bayrou, en vrai faux-jeton, il se complait dans sa pusillanimité coutumière vis-à-vis de la nation, en essayant de se donner le beau rôle, celui du gentil centriste qui mettrait tout le monde d'accord à la fin, et qui se permet de donner des leçons aux autres, alors qu'il est mal placé pour le faire. Porté par un électorat hétéroclite et volatile, le candidat de l'UDF semble se prendre pour ce qu'il n'est pas, et ne se rend même pas compte qu'il sert lui aussi, comme Sarkozy, à sa façon, les intérêts de Le Pen...

 

Oui, vraiment, cette campagne électorale me fatigue. Plus le temps passe, et plus elle s'enfonce dans le Grand N'Importe Quoi... Les uns se cachent derrière leur petit doigt pour éviter les sujets qui fachent, les autres font de la surenchère pour prendre les suffrages du voisin, et tous ce présentent comme étant la seule alternative, alors qu'en réalité, aucun n'est à la hauteur du poste auquel ils prétendent... :-(

 

On parle beaucoup, dans cette campagne, de la volonté de changement qui serait en train de traverser le pays, mais en vérité, tout le monde, ou presque, reste prisonnier de ses vieux démons, enlisé dans ces préjugés, englué dans un conformisme protéiforme mais néanmoins permanent... Plus les choses changent, plus les choses paraissent changer, et plus elles restent les mêmes... :-(

 

Vivement que cette campagne se termine. Vivement le grand règlement de comptes final des 22 avril et 6 mai prochains... Je n'en peux plus de voir les gens afficher toute cette naïveté, toute cette hypocrisie, tous ces préjugés, tout ce nombrilisme, toute cette bêtise... Et pour ce qui est des candidats, je n'en peux plus de toute cette démagogie politicienne, de toute cette médiocrité, de tous ces non-dits, de tous ces mensonges, de tout ce populisme, de tout ce cirque...

 

Grosse fatigue devant le Grand N'Importe Quoi de cette campagne...

 

Reste le bulletin de vote comme cartouche, et un seul objectif : l'élimination de Sarkozy l'égocentrique, et de Le Pen, par la même occasion... Et, si possible, dès le premier tour ! Par ma barbe, en voila assez ! Assez de cette droite obsédée par le fric, et de cette extrême-droite obsédée par la race et la haine de l'étranger ! Cela fait bien trop longtemps qu'elles me cassent les pieds toutes les deux ! Dehors, le Polluant Pognon ! Dehors le racisme ! Et, dans la foulée, un grande rafale de mitrailleuse électorale spécialement dédiée aux trotskistes, qui croient avoir tout compris, mais qui, eux aussi, sont complètement à côté de la plaque, comme toujours ! Ils veulent une insurrection électorale, ils vont être servis : c'est l'urne toute entière qu'ils prendront en pleine figure ! Pour le reste, on avisera après... Mais le PS et l'UDF ne perdent rien pour attendre... Car eux aussi sont responsables de la situation désastreuse de la vie politique de ce pays ! A ce moment-là, de cartouche, le bulletin de vote se fera marteau : prendre l'un, pour taper sur l'autre ! Et après, quand tout sera terminé, et qu'il ne restera rien de tous ces arnaqueurs, peut-être que l'on pourra enfin se préoccuper du sort de notre pays, de ceux qui y vivent, et du monde comme il va...

 

Voila, c'était un de ces moments où l'anarcho-monarchisme cède la place à une sorte de nihilisme électoral... Ce n'est pas forcément très constructif, je le reconnais, mais en tout cas, sur le moment, ça soulage... ;op
Cependant le fond humaniste - car mon anarcho-monarchisme est un humanisme ! :-) -, finit toujours, heureusement, par reprendre le dessus... En dépit de ce petit moment de désespoir, l'engagement citoyen reste intact. Et, du reste, j'ai encore beaucoup de choses à dire sur Sarkozy, sur la nation française, et sur cette campagne électorale, à l'issue toujours aussi incertaine...

 

A bientôt, ;-)

 

Cordialement, :-)

 

Hyarion, l'anarcho-monarchiste résolument anti-sarkozyste.

 

(Illustration : "La Mitrailleuse électorale", caricature par Honoré Daumier, publiée dans le Charivari du 11 mai 1869)

Par Hyarion - Publié dans : Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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Vendredi 23 mars 2007 5 23 /03 /2007 23:54
Voila, nous y sommes. Lundi dernier, 19 mars, le Conseil constitutionnel a annoncé la liste des douze candidats officiels à l'élection présidentielle. Et, comme prévu, cette année encore, nous aurons droit au grand Festival de la Médiocrité politique. On aura bien assez l'occasion de le vérifier dans les prochaines semaines, puisque depuis mardi, 20 mars, chaque candidat bénéficie d'un temps de parole égal sur les radios et télévisions publiques et privées.
La course à l'Élysée est donc très officiellement lancée ! Et son issue s'annonce plus incertaine que jamais ! Qui gagnera ce marathon électoral ? Nul ne le sait encore. La compétition s'annonce acharnée. Qui réussira à tenir la distance, sans céder à la facilité ? Comme dirait le caricaturiste Jean Cabut, dit Cabu : attention au contrôle anti-dopage ! Car, n'en doutons pas, il y aura encore certainement des coups tordus concoctés par les uns contre les autres, des fautes, des maladresses que l'adversaire de manquera pas d'exploiter honteusement, et, à la fin, un seul véritable juge : le peuple, abusé ou éclairé, selon les citoyens qui le composent et leurs capacités respectives au raisonnement et à l'esprit critique...
Ils sont donc douze, soit quatre de moins qu'en 2002, ce qui restreint un peu le choix, même si l'offre reste tout de même assez large... surtout à l'extrême-gauche. Fait notable, il y a quatre femmes candidates, et l'une d'entre-elles, Ségolène Royal, a une chance de gagner l'élection, même si cela s'annonce difficile, face à Sarkozy de Nagy-Bocsa qui ne manque jamais une occasion d'évoquer la nullité de la candidate du PS. Ainsi, le mois dernier, alors que sa campagne connaissait un dérapage dont j'ai déjà parlé, suite à la révélation selon laquelle un certain nombre des promesses du candidat de l'UMP ne pourraient pas être tenus, faute de financement, Sarkozy déclarait :

"Heureusement que la Ségolène est nulle et que sa campagne ne prend pas, sinon c'est moi qui serais dans la merde aujourd'hui."

(Sarkozy, cité dans Le Canard Enchaîné N°4504, 21 février 2007)

Et tout récemment, le 19 mars, lors d'une réunion à huis clos des 300 cadres départementaux de l'UMP, à Paris, Talonnette Ier déclarait encore, à propos de Ségolène Royal, et à l'adresse des femmes présentes dans le public : 

"Franchement, vous les femmes vous méritez mieux qu'elle, mieux qu'une candidate aussi nulle."

(Sarkozy, lors d'une réunion à Paris, le 19 mars, cité dans Le Canard Enchaîné N°4508, 21 mars 2007)

Voila de quoi susciter rires et applaudissements dans la salle de la Mutualité, où se trouvait Sarkozy. Il a également, par ailleurs, évoqué sa propre campagne et les réunions publiques organisées autour de la candidature de sa petite personne :

[A propos de la campagne :] "On m'a dit au début qu'il fallait sourire, sourire, comme Ségolène... J'ai fait travailler mes zygomatiques. Maintenant, on me dit qu'il faut se balader sur un tracteur comme Bayrou. Cela, je ne le peux pas. Je me dis qu'il vaut mieux que je sois moi. C'est d'ailleurs ce que disent 50 sondages qui, depuis deux mois, me donnent vainqueur."

[A propos des réunions publiques :] "Quand Raffarin menait campagne aux régionales et pour le référendum européen, il réunissait 3 000 personnes, mais, à l'extérieur, il y en avait 6 000 qui manifestaient. Aujourd'hui, je fais des meetings qui réunissent 15 000 personnes et il n'y a pas trois crétins qui manifestent contre moi. Je suis vexé."


(Sarkozy, lors d'une réunion à Paris, le 19 mars, cité dans Le Canard Enchaîné N°4508, 21 mars 2007)

Commentaire fort pertinent du Canard : "S'il ne veut plus être « vexé », Sarko n'a qu'à aller dans les quartiers difficiles, à Argenteuil, par exemple, au contact de la  « racaille »" (Le Canard Enchaîné N°4508, 21 mars 2007, op.cit.). A coup sûr, Sarkozy serait fort bien reçu dans les banlieue défavorisées d'Île-de-France, où ses visites en 2005 et les propos "kärcherophiles" qu'il y a tenu sont restés dans les mémoires... Décidément, plus le temps passe, et plus je déteste ce type. Son attitude, pleine de morgue, est écœurante. La seule chose qu'il mérite, c'est une monumentale raclée électorale, à l'image de sa défaite aux élections européennes de 1999...

Mais revenons donc à la douzaine de candidats officiellement qualifiés pour participer à la course à l'Élysée... Ces douze candidats sont les rescapés de la course aux parrainages d'élus, puisqu'ils ont, en effet, tous obtenus ces indispensables 500 signatures nécessaires pour se présenter officiellement au premier tour de l'élection présidentielle. Il est clair que ce système des parrainages n'est pas exempt de défauts. Certains "petits" candidats, qui souhaitaient proposer aux citoyens un projet global et sérieux pour la France, auraient sans doute dû être présents dans la campagne officielle pour au moins essayer, jusqu'au bout, de se faire entendre... Mais ils n'ont pas obtenus suffisemment de signatures, dans un pays démocratique qui, pourtant, ne manquent pas d'élus susceptibles d'être parrains de candidats. Le fait est que les deux principaux partis de ce pays ont à ce point verrouillé le système qu'ils peuvent, plus ou moins, se payer le luxe de choisir leurs adversaires, l'UMP et le PS s'arrangeant pour que certains candidats soient présents au premier tour afin qu'ils embêtent le plus possible leur principal adversaire d'en face : ainsi, de façon générale, le PS ne se prononcera sans doute jamais pour l'interdiction du Front National, car il a besoin de lui pour enquiquiner la droite, et l'UMP a besoin des trotskistes et autres gauchistes pour réduire la marge de manoeuvre de la gauche de gouvernement... Naturellement, il peut y avoir des arrangements qui n'entrent pas dans cette configuration classique : Sarkozy a ainsi facilité l'obtention par Le Pen des signatures qui manquaient cruellement au président du FN, et le PS s'est arrangé pour que José Bové obtienne in extremis les ultimes parrainages nécessaires à la validation de sa candidature, sans étiquette mais au fort parfum d'extrême-gauche. Cela dit, mis à part ces petits arrangements ponctuels, le jeu politique traditionnel reste le même, dans les grandes lignes : les deux grands partis de gouvernement du pays ont toujours besoin des extrémistes pour entraver au maximum la progression de l'adversaire...
Quoiqu'il en soit, une question se pose : que faire pour améliorer le système des parrainages ? En tout cas, il ne s'agit pas de le supprimer, car celui-ci a été conçu pour éviter les candidatures fantaisistes, dont on sait qu'elles peuvent brouiller les repères vis-à-vis de l'électorat, et donner une fort mauvaise image de la politique et de ces enjeux, surtout à notre époque où règne la surmédiatisation de l'insignifiant. Que l'on regarde, par exemple, du côté des États-Unis d'Amérique, et que l'on se souvienne, à cet égard, de l'élection au poste de gouverneur de Californie du 7 octobre 2003. Elle fut remportée par l'ancien culturiste et acteur de cinéma millionnaire Arnold Schwarzenegger, candidat du parti républicain au poste de gouverneur, après le déclenchement - à l'initiative d'un parlementaire républicain - d'une procédure de destitution par rappel populaire ("recall") de Gray Davis, le gouverneur titulaire démocrate depuis 1999, et réélu en 2002. 135 candidats avaient alors rempli les conditions pour pouvoir postuler : rassembler seulement 65 signatures de soutien, et déposer un chèque de 3500 dollars. Comme cela était prévisible, la campagne fut confuse, marquée par une forte agitation médiatique, et essentiellement dominée par l'argent, le marketing, et la célébrité. Schwarzenegger a transformé le scrutin qui l'a porté au pouvoir en spectacle entièrement basé sur son statut de star du cinéma hollywoodien. La procédure du "recall" est, par ailleurs, apparue comme une manœuvre des républicains pour prendre le contrôle du poste de gouverneur d'un des États les plus importants de l'Union, dans la perspective de l'élection présidentielle fédérale de 2004. Une fois élu, Schwarzenegger s'est d'abord engagé dans une épreuve de force avec l'opposition démocrate, majoritaire au Parlement californien, mais après l'échec de son référendum sur son programme de réforme en 2005, il a finalement su habilement recentrer son image et lui donner un caractère plus consensuel, de nature à séduire la majeure partie de l'électorat de l'État de Californie, traditionnellement favorable au parti démocrate. Bien que républicain, il a donc été facilement réélu gouverneur de Californie le 7 novembre 2006, mais cette fois-ci de façon plus conventionnelle, face à seulement 5 autres candidats. Il n'en reste pas moins que Schwarzenegger est arrivé initialement au pouvoir, en 2003, dans des conditions pour le moins particulières, et dans le cadre d'une procédure de "recall" qui pourrait se résumer à l'expression "trop de démocratie tue la démocratie"... Evidemment, la vie politique française n'est pas encore tout-à-fait la même qu'aux États-Unis d'Amérique, mais imaginez, en France, une élection à la plus haute charge de l'État, où 135 candidats seraient proposés au choix des électeurs, et où l'argent, le marketing et la célébrité permettraient seuls de remporter la victoire... Entre nous, je doute que cela puisse être très profitable au bon déroulement du processus démocratique...
Le système français des parrainages ne devrait donc sans doute pas être remis en cause, en tant que tel, mais il faudrait cependant le réformer, car il est également bien évident que "pas assez de démocratie tue la démocratie"... Mais que faudrait-il faire alors, dans ce cas ? Supprimer la publicité des parrainages ? Instaurer un parrainage par un grand nombre de citoyens ? Ou inventer autre chose ? Je ne sais...

Quoiqu'il en soit, il va falloir désormais compter avec les douze candidats qui ont réussi à se qualifier pour le premier tour. Et le moins que l'on puisse, c'est qu'ils partagent un point commun évident : la médiocrité. Je ne critique pas les candidats en tant qu'individus : je ne connais pas leur vie personnelle, et me garderais bien de les juger là-dessus, d'autant plus que leurs vies privées ne m'intéressent pas, sauf si elles peuvent éventuellement révéler un manque de probité et de dignité. Ce qui m'intéresse, c'est leurs vies publiques, ce qu'il représente au sein de la société, leurs idées, les valeurs qu'ils affichent, leurs actes politiques et les comportements qui les caractérisent. Mes critiques visent les hommes publics, et dans ce contexte, j'estime que j'ai le droit, en tant que citoyen électeur, d'exprimer mon opinion vis-à-vis des candidats, même si celle-ci peut être sévère. Si j'étais candidat moi-même, il faudrait que j'accepte d'être critiqué, même si les attaques peuvent être dures. Personne n'a le droit qu'exprimer des jugements - souvent stupides, quand cela arrive - sur les hommes et les femmes politiques en tant que personnes privées, mais tout citoyen électeur a, en revanche, le droit et même le devoir d'être exigeant vis-à-vis des membres de la classe politique en tant que personnes publiques, élues par le peuple et responsables devant lui.

Examinons donc ces douze candidats, dans l'ordre alphabétique  :

François Bayrou
Candidat de l'Union pour la Démocratie Française
55 ans
Deuxième candidature

Si le personnage est plutôt sympathique, j'ai néanmoins un problème avec François Bayrou. Depuis le temps que je l'entends parler dans les médias, depuis des années, j'ai remarqué une tendance persistante dans son discours : Bayrou parle beaucoup des régions, beaucoup de l'Europe, mais assez peu de la France. Son programme de candidat centriste s'en ressent. Il est, par exemple, pour la fusion des conseils généraux et régionaux dans une seule institution, et pour la signature de la charte des langues régionales et minoritaires. Son programme européen est assez ambitieux. Il souhaite la rédaction d'une nouvelle proposition de Constitution européenne, plus lisible, et soumise à référendum. Il veut une politique européenne concertée sur l'immigration, une harmonisation de la fiscalité européenne - notamment écologique -, une intervention accrue de l'Union Européenne (UE) dans les crises au Proche-Orient, et la création d'une communauté euro-méditerranéenne d'entraide, sans adhésion de la Turquie à l'UE. Mais pour ce qui est de la France, il ne s'en est pas forcément beaucoup préoccupé jusqu'ici. Il est vrai qu'il n'a jamais caché ses penchants fédéralistes et régionalistes. Certes, il parle davantage de la nation française aujourd'hui. Il y est bien obligé, étant candidat à l'élection du chef de l'État. Mais j'ai la faiblesse de penser que la France n'est pas sa priorité absolue. Il faut respecter les régions et les cultures régionales, et notre destin commun au sein de l'Europe est une évidence, mais la France ne doit pas être considérée comme quelque-chose de dépassé. Nous vivons en France, nous parlons le français, nous avons un modèle français, et si notre pays n'est pas tout seul, la nation française doit conserver toute sa place dans notre façon d'appréhender le monde comme il va. Et cela n'est pas négociable. Du reste, je n'oublie pas, comme j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire, que Bayrou est un représentant de la droite, une droite à visage humain, mais qui reste la droite. Je persiste à penser, cependant, que sa proposition de Gouvernement d'Union Nationale n'est pas mauvaise en soi, car un tel gouvernement pourrait permettre, enfin, de faire bouger les lignes...

Olivier Besancenot
Candidat de la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR)
32 ans
Deuxième candidature

On s'amuse à le présenter comme étant un simple facteur, ce qu'il est effectivement sur le plan professionnel. Mais il ne faudrait pas oublier qu'il est avant tout le représentant d'un parti trotskiste, la Ligue Communiste Révolutionnaire. En 2003, ce parti a adopté de nouveaux statuts, qui, notamment, ne font plus référence à la notion traditionnelle de "dictature du prolétariat".  Mais l'idéologie trotkiste est toujours là, même si le programme du candidat se présente surtout comme un programme "100 % à gauche", en tout cas plus à gauche que celui de la candidate du PS. Besancenot préfère se définir comme un "communiste libertaire" plutôt que comme un trostskiste. En tout cas, les faits sont là : les trotskistes, fidèles à leur vrai nature, refusent toujours catégoriquement les responsabilités gouvernementales, au nom du refus du système en place. Concernant le Salaire minimum interprofessionnel de croissance, plus connu sous l'acronyme SMIC, Besancenot propose de le porter à 1.500 euros nets, et concernant les 35 heures de travail par semaine, il propose de passer carrément aux 32 heures sans perte de salaire. Tout cela est bien beau, mais à quoi bon proposer un programme quand on refuse de participer à l'action gouvernementale ? Cette candidature ne pourra qu'encourager les votes de protestation, nuire à la gauche de gouvernement, et donc favoriser les intérêts électoraux de la droite de Sarkozy.

José Bové
Candidat altermondialiste sans étiquette
53 ans
Première candidature


Celui-là, je le connais bien. Enfin, je le connais un peu... Depuis plus de trente ans, il vit et élève des brebis dans le département d'où je suis originaire, l'Aveyron. La première fois que j'ai entendu parler de lui, j'étais dans un avion d'Air France, parti de Los Angeles en Californie, et se dirigeant vers Paris. C'était en août 1999. Je venais de passer un séjour d'un mois dans le Sud-Ouest des États-Unis d'Amérique, où vit une partie de ma famille. J'avais visité la Californie, le Nevada, l'Utah et l'Arizona, et je n'avais eu que peu de nouvelles de la France durant ce séjour : la télévision et la presse américaines avaient seulement parlé de la première victoire du Texan Lance Armstrong au Tour de France cycliste - vraisemblablement grâce à un dopage à l'hormone EPO, mais on ne l'a su que bien plus tard -, et je me souviens aussi qu'il y avait eu, le 11 août, une éclipse totale de soleil, visible en France mais pas dans l'Ouest américain, à laquelle de facto je n'avais pas pu assister. La première reprise de contact avec l'actualités française eu lieu donc dans l'avion qui me ramenait en Europe, dans lequel le journal télévisée de la chaîne internationale francophone TV5 était diffusé sur des écrans. C'est en regardant ce journal télévisé que j'eus, de façon totalement inattendu, des nouvelles de l'Aveyron : j'appris, en effet, que durant la semaine précédent mon retour en France, le démontage d'un restaurant McDonald's en construction à Millau, dans le Sud-Aveyron, avait eu lieu, à l'appel du Syndicat des producteurs de lait de brebis (SPLB) et de la Confédération paysanne, syndicat agricole. La multinationale McDonald's, étant une chaîne de restauration rapide d'origine américaine, considérée comme le symbole de la mondialisation capitaliste et de la "malbouffe", il s'agissait de protester alors contre la décision de l'Organisation Mondiale du Commerce de valider les sanctions américaines - sous forme de taxation punitive de certaines importations d'origine européenne, dont le fromage de Roquefort -, en raison du refus de l'Union Européenne d'importer du bœuf aux hormones des États-Unis. Au moment où je rentrais en France, l'affaire commençait à prendre une ampleur nationale, un certains nombre de participants au démontage du McDonald's, dont José Bové, ayant été arrêtés et mis en examen.
Depuis cette époque, je ne suis quasiment plus jamais allé dans un restaurant de type McDonald's, et n'ai pratiquement plus jamais mangé le moindre hamburger...
Sorti de prison en septembre 1999, après trois semaines de détention, José Bové se rendit aux États-Unis en novembre, à la tête d'une petite délégation de Sud-Aveyronnais, pour participer au blocage de la cérémonie d'ouverture du sommet de l'Organisation Mondiale du Commerce organisé à Seattle, dans l'État de Washington. Le procès de l'affaire du McDonald's devant s'ouvrir à Millau le 30 juin 2000, un grand rassemblement de deux jours, citoyen et festif, fut préparé sur place pour soutenir les inculpés, et dénoncer la répression syndicale et la marchandisation de la vie, avec précisément pour slogan : "le monde n'est pas une marchandise". Dès la veille de l'ouverture du procès, je m'étais alors rendu, avec des amis, à Millau, rebaptisé "Seattle-sur-Tarn" pour l'occasion. Nous avions assisté à de nombreuses manifestations culturelles organisée sur place. C'est là que je me suis procuré mon premier livre de Pierre Bourdieu, qui avait d'ailleurs fait lui aussi le déplacement pour faire une conférence. Je me souviens qu'il y avait aussi le professeur Léon Schwartzenberg, cancérologue et éphémère ministre délégué à la Santé du premier gouvernement Rocard en 1988, qui, micro à la main, dénonçait, entre autres, le fait que l'on ait pu donner le nom de Picasso "à une bagnole". Il y avait aussi François Cavanna, Cabu, et Philippe Val, du journal satirique Charlie-Hebdo... Nous avons apporté une petite contribution financière pour aider à la défense des inculpés, et il y eu un grand concert de soutien non loin des berges de la rivière Tarn, présenté par Philippe Val, animateur d'un soir. Et bien sûr, il y avait José Bové, devenu le symbole de la lutte contre la "malbouffe" et la mondialisation ultra-libérale... Je me souviens que lorsqu'il est venu saluer le public venu nombreux assister au concert, au bout d'un moment, la foule impatiente ne criait plus "José ! José !" mais "Francis ! Francis !", car on réclamait, bien entendu, Francis Cabrel, qui vint sur scène juste après, avant l'arrivée du groupe Noir Désir, qui suscita un de ces mouvements de foule si impressionnants lors des concerts... surtout quand on est en plein dedans... ;-) Nous avons même eu droit à une photo de nos trombines de bacheliers dans la presse locale, au milieu de cette foule. Je garde un excellent souvenir de ce grand rassemblement citoyen, très festif, auquel beaucoup de monde a participé. Et, d'ailleurs, si cela était à refaire, je le referai...
Le combat de José Bové contre la marchandisation du monde m'avait alors fortement intéressé, car bien des problèmes qu'il dénonçait étaient des problème rééls, qui sont d'ailleurs toujours d'actualité aujourd'hui. Mais, par la suite, est venu le temps de la désillusion... Je me souviens assez clairement qu'à l'époque, Bové avait déclaré qu'il n'était pas question qu'il fasse de la politique. Or, j'ai été tout d'abord particulièrement déçu de le voir soutenir une liste des Verts aux élections européennes en 2004, et encore plus déçu de le voir devenir, après s'être fait un peu prier, un candidat sans étiquette, mais parfumé à la sauce extrême-gauche, à l'élection présidentielle de 2007... Certains diront qu'il ne faut jamais dire jamais, mais pour autant, une engagement est un engagement, et je persiste à penser qu'il aurait dû rester un syndicaliste paysan altermondialiste...
Pour ce qui est de son engagement anti-OGM, c'est une autre histoire... Étant particulièrement méfiant vis-à-vis des organismes génétiquement modifiés (OGM), je ne suis pas du tout hostile, sur le principe, au fait qu'il lutte activement contre l’implantation des OGM en France, bien au contraire. Mais je permets juste de m'interroger sur la pertinence des actions radicales que sont les fauchages volontaires que lui et ses partisans ont organisé dans des champs de cultures d'OGM... Les bien-pensants, les serviteurs des semanciers de l'agro-business, et même les scientifiques chercheurs, peuvent facilement, face à ce genre d'actions, faire passer les citoyens légitimement méfiants à l'égard des OGM pour d'affreux obscurantistes, ennemis du progrès, ce qui n'est évidemment pas le cas... La recherche sur les OGM devrait pouvoir avoir lieu sans que l'on courre le risque, par des expériences en pleins champs, à l'air libre, de contaminer les champs de cultures d'organismes non-génétiquement modifiées - même si le mal est sans doute déjà fait. Et il faudrait, en tout cas, que le peuple français soit associé à la décision concernant les choix scientifiques vis-à-vis de cette question des OGM, ainsi que le propose la candidate des Verts, Dominique Voynet...

Toujours est-il que la candidature de José Bové à la présidence de la République ne me parait pas pertinente, même s'il avait tout-à-fait le droit de se présenter, et que, sur le principe, il est toujours intéressant d'observer le parcours d'une candidature qui n'est pas soutenue par un appareil politique. C'est une candidature certes atypique, libre, mais dont la finalité politique concrète m'échappe. Du reste, lorsqu'il dit qu'il souhaite, par exemple, le désarmement de la France et la suppression de l'élection présidentielle, j'estime que c'est n'importe quoi. Je continue de trouver le personnage sympathique, et je pense qu'il sera toujours possible de débattre avec lui, mais il est bien trop engagé à l'extrême-gauche pour que je puisse envisager, ne serait-ce qu'un instant, de voter pour lui. Toujours est-il que Bové peut remercier le PS de lui avoir fourni les ultimes signatures d'élus qui lui manquaient pour rester dans la course : les socialistes ont sans doute voulu faire un geste en direction de celui qui a déclaré, sans ambiguïté, qu'il appelerait à voter pour le candidat de gauche le mieux placé au soir du premier tour de l'élection présidentielle, ce candidat ayant de bonnes chances d'être, en fait, une candidate du Parti Socialiste...

Marie-George Buffet
Candidate du Parti Communiste Français (PCF)
57 ans
Première candidature

La candidate communiste réussira-t-elle à faire mieux que son prédécesseur Robert Hue, qui n'avait obtenu que 3,37 % des suffrages au premier tour de l'élection présidentielle de 2002 ? On peut en douter, et, pour elle, la campagne semble bien mal parti. Lentement étouffé par le PS du temps de Mitterrand, le Parti Communiste Français est aujourd'hui bien fatigué, et ne survit que grâce aux quelques élus qui le représentent encore au Parlement. Dans le programme de Buffet, quelques propositions à retenir : dans le domaine du logement, par exemple, elle souhaite la stricte application de la loi n° 2000-1028 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbains, couramment appelée loi SRU, ainsi qu'une pénalisation des maires qui refusent d'avoir 20 % de logements sociaux dans leurs communes, comme l'exige la loi ; elle souhaite également la création d'une sécurité sociale universelle, allant vers le 100 %, mettant la santé à l'abri des appétits des assurances privées. Cependant, cette candidature ne fait évidemment pas le poids face à Sarkozy, et de toute façon, le communisme, en tant que tel, n'est pas ma tasse de thé...

Arlette Laguiller
Candidate du parti Lutte Ouvrière (LO)
67 ans
Sixième candidature

1974, 1981, 1988, 1995, 2002, 2007... Sixième candidature pour Arlette Laguiller ! Même Le Pen n'a pas fait mieux, puisqu'il n'avait pas pu obtenir ses 500 signatures pour participer à l'élection de 1981. Au bout de 36 ans de présence de la candidate aux élections présidentielles françaises, son programme - 100 % trotskiste - n'a pas changé : il s'agit toujours d'exproprier la "grande bourgeoisie" pour "mettre fin à la dictature des grands groupes capitalistes", de collectiviser les usines, les banques, les transports, et, bien entendu, de reconstruire une Internationale avec la mise en place, dans tous les pays du monde, de partis prolétariens, défendant le rôle historique du prolétariat.  Le reste du programme est de la même eau...
Il est bien évident que lorsque Jean-Pierre Chevènement affirme que le "logiciel d'Arlette" est un logiciel qui date des années 1920, il a entièrement raison  : quelle que soit la réalité des problèmes sociaux et économiques qu'elle dénonce, son programme n'est pas crédible. Tout vote pour elle ne peut être qu'un vote de protestation, comme en 2002. Il faudra qu'un jour, éventuellement, ceux qui votent pour Laguiller, sans être forcément des trotskistes eux-mêmes, m'expliquent en quoi leur vote pour la candidate de Lutte Ouvrière peut être considéré comme quelque-chose de construit et de vraiment sérieux... 

Jean-Marie Le Pen
Candidat du Front National (FN)
78 ans
Cinquième candidature

Faute d'avoir eu le courage soit de l'interdire, soit de l'accepter au Parlement - voire au gouvernement -, les responsables politiques issus des partis démocratiques vont devoir, cette année encore, compter avec le Front National et son tout-puissant président, Jean-Marie Le Pen.
Le projet du FN ? Depuis le temps que Le Pen se présente, son programme est bien connu, et n'a d'ailleurs pas changé : instauration de la préférence nationale - à l'emploi, au logement, aux aides sociales et familiales -, tolérance zéro en matière de sécurité, rétablissement de la peine de mort, abrogation du Pacte civil de solidarité, suppression des lois sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG), suppression de la double nationalité et de l'acquisition automatique de la nationalité française, suppression du regroupement familial des immigrés, rétablissement des frontières internes à l'Union Européenne, etc. Le candidat du FN veut demander une réforme de la Banque centrale européenne pour qu'elle encourage le plein emploi, et menace, en cas de blocage, d'abandonner l'euro et de rétablir le franc français. On notera que dans le domaine de l'éducation, Le Pen est partisan de la suppression des Instituts Universitaires de Formations des Maîtres (IUFM), « instruments de la révolution culturelle au service de la gauche », et de leur remplacement par des Centres Pédagogiques Régionaux dont on se demande à quoi ils pourraient bien ressembler. Sur le plan diplomatique, le président du FN se dit même prêt, s'il est élu, à défendre, au niveau international, l'organisation d'un "procès de Nuremberg" du communisme... 
Avec Le Pen, si la présentation peut, éventuellement, avoir légèrement évolué, le base idéologique reste inchangée... Immigration, chômage, insécurité, misère sociale, peur de l'avenir, haine de l'autre : le fond de commerce du FN est toujours le même. Xénophobie, racisme, chauvinisme, ignorance : voila ce qu'il y a dans la tête de l'électorat de Le Pen. Le programme du candidat du Front National est un non-programme. L'extrême-droite est l'Anti-France. Lorsque Jacques Chirac dit que l'extrémisme est un poison, et que "tout dans l'âme de la France dit non à l'extrémisme", comme il l'a fait le 11 mars dernier, il a entièrement raison. Il n'y a pas à discuter là dessus.

Frédéric Nihous
Candidat du parti Chasse, Pêche, Nature et Traditions (CPNT)
39 ans
Première candidature

La candidature de groupe de pression par excellence. Le candidat du lobby des chasseurs peut bien faire toutes les propositions généralistes qu'il veut, cela ne changera rien à l'affaire. Parmi celles qu'il présente, les seules propositions que l'on pourra considérer comme clairement représentatives de son parti sont les suivantes : reconnaissance des dates traditionnelles de chasse aux oiseaux migrateurs, moratoire sur l'interdiction du plomb dans les cartouches, obtention de la réduction du prix du permis de chasse, et rattachement de la chasse au ministère de l'Agriculture et non à celui de l'Ecologie.
Essentiellement dirigée contre les Verts, cette candidature, on l'aura compris, fait partie de ce que certains commentateurs appellent les candidatures "de témoignage". De fait, elle est totalement intempestive.

Ségolène Royal
Candidate du Parti Socialiste (PS)
53 ans
Première candidature
 
Aucun charisme, aucun sens de la communication, le tout associé une allure rigide de maîtresse d'école à l'ancienne: le moins que l'on puisse dire, c'est que Ségolène Royal est quelque peu transparente, face à cette pile électrique qu'est Sarkozy de Nagy-Bocsa. Depuis le début, je ne la sens pas... Et pourtant, elle est clairement la seule, à gauche, à pouvoir éventuellement remporter la victoire à l'élection présidentielle... J'ai déjà eu l'occasion d'écrire que je préférai la ménager, compte-tenu de la menace que représente Sarkozy. Son programme est évidemment loin d'être parfait, mais je note tout de même quelques propositions allant dans le bon sens, par exemple, en matière de logement : elle souhaite augmenter les allocations logement de manière à limiter à 25% le montant des dépenses de logement pour les ménages modestes, et construire 120 000 logements sociaux par an grâce à une incitation au livret A. Si elle est élue, elle affirme que l’Etat pourra se substituer aux maires qui n’appliquent pas la loi SRU. Elle entend créer un service public de la caution afin que celle-ci ne soit plus un frein à l’accès au logement, tout en sécurisant le propriétaire. Elle veut remettre à la location les logements vacants spéculatifs, et souhaite que les communes puissent également les acquérir par une procédure exceptionnelle. Elle entend encourager l’accès à la propriété par l’extension des prêts à taux zéro, et s'engage à faire en sorte que, dans le domaine du logement social, les locataires qui ont payé pendant 15 ans leur loyer puissent accéder à la propriété.
Par ailleurs, en matière d'éducation et de recherche, elle veut augmenter le budget des universités pour le porter en cinq ans au niveau de celui existant en moyenne dans les pays de l'OCDE, et également augmenter de 10 % par an le budget de la recherche, qui en a bien besoin.
Concernant l'Europe, elle souhaite la négociation d'un nouveau traité institutionnel qui serait soumis à référendum, le renforcement des coopérations dans les domaines de l'environnement, de la recherche, et de l'énergie, ainsi que la création d'un gouvernement de la zone euro, l'inscription dans les statuts de la Banque centrale européenne de l'objectif de croissance-emploi, et le lancement d'une initiative européenne pour une conférence de paix et de sécurité au Proche-Orient.

Tout cela est toujours bon à prendre...

Nicolas Sarkozy
Candidat de l'Union pour un Mouvement Populaire (UMP)
52 ans
Première candidature

Rappelons, pour ceux qui ne l'auraient pas remarqué, que ce blog est, depuis sa création, largement dirigé contre la candidature de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa. J'ai donc déjà eu, et j'aurai donc encore l'occasion, dans d'autres messages, de critiquer le candidat de l'UMP, son programme de droite et son égocentrisme insupportable. Je me contenterais de rappeler simplement ici que Sarkozy est essentiellement le candidat du Pognon et des riches, car je n'ai peut-être pas forcément été assez clair dans mes précédents messages, notamment dans celui intitulé justement "Sarkozy, le candidat du Polluant Pognon"...
Sarkozy, on le sait, n'a pas manqué de faire de belles promesses dès le début de sa campagne, notamment en matière de fiscalité, pour satisfaire ses clientèles, et en particulier sa clientèle fortunée, sans garantir toutefois qu'il puisse tenir ces engagements. Il a ainsi affirmé vouloir baisser le seuil du bouclier fiscal à 50%, c'est-à-dire de ne pouvoir prélever en impôts (impôts sur le revenu, taxes foncières et d'habitation, ISF, CSG et RDS) plus de 50% des revenus d'un foyer fiscal. Il faut bien préciser que, concrètement, cette mesure ne concernerait, si elle était appliquée, que moins de 20 000 foyers fiscaux - sur 34 millions de foyers -, parmi les plus aisés, et coûterait 2 milliards d'euros à l'Etat, soit près de la moitié des recettes de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Talonnette Ier a également proposé que les investissements au profit des petites et moyennes entreprises (PME) puissent être déduits de l’ISF, dans la limite de 50 000 euros. Sachant que moins de 500 000 foyers fiscaux sur 34 millions sont assujettis à l'impôt de solidarité sur la fortune, il serait nécessaire de disposer d'un patrimoine supérieur à 6 millions d'euros pour atteindre le plafond de 50.000 euros déductibles de l'impôt. Dans la mesure où 95% des foyers assujettis à l'ISF sont en dessous de ce seuil, ceux-ci seraient donc, de facto, exonérés de l'ISF. Il y a également sa promesse de baisser de 4 points les prélèvements obligatoires, mais on a déjà vu que celle-ci, comme d'autres, ne pourra pas être tenue, de toute façon... (Voir le message "Un peu de Prospective, dans ce monde électoraliste...")
Arrêtons-nous là. Avec ces exemples, j'espère avoir un peu précisé, s'il en était besoin, à quel point Sarkozy est, avant tout, le candidat de cet argent qui corrompt tout "jusqu'à la conscience des hommes", selon l'expression de François Mitterrand...
Comme on dit en Côte d'Ivoire, les gens n'aiment pas les gens, mais ils aiment l'argent des gens...

Gérard Schivardi
Candidat du Parti des Travailleurs (PT)
56 ans
Première candidature

Membre du Parti Socialiste de 1975 à 2003, maire de Mailhac, dans l'Aude, Schivardi a été officiellement investi candidat par le "Comité national pour la reconquête de la démocratie", et est soutenu dans sa campagne par le Parti des Travailleurs (trotskiste). Grand défenseur des services publics en milieu rural, il se définit comme "l'un des derniers vrais socialistes" (?!?!)... Le Parti des travailleurs a encore une fois réussi à présenter un candidat susceptible de faire concurrence aux autres partis trotskistes, à savoir Lutte Ouvrière avec Arlette Laguiller pour candidate inusable, et la Ligue Communiste Révolutionnaire avec Olivier Besancenot pour candidat censé avec rajeuni l'image du trotskisme depuis 2002... A mon avis, les citoyens perdent leur temps avec toutes ces candidatures d'extrême-gauche, qui ne peuvent que servir de défouloir à des électeurs n'ayant qu'un esprit de protestation, sans souci réel de l'intérêt général...

Philippe de Villiers
Candidat du Mouvement Pour la France (MPF)
58 ans
Deuxième candidature

Philippe Le Jolis de Villiers de Saintignon, plus connu sous le nom de Philippe de Villiers, est une sorte de Le Pen vendéen, les provocations antisémites en moins. Ancien secrétaire d'État auprès du ministre de la Culture et de la Communication François Léotard, entre 1986 et 1987, au sein du gouvernement Chirac de la première cohabitation, il est aujourd'hui président du conseil général de Vendée, député européen et président du Mouvement Pour la France, son parti d'extrême-droite. Il a créé, en 1977, le spectacle du Puy du Fou, sur le site du château du même nom, dans le bocage vendéen. Je me suis longtemps demandé qui était ce "Fou" associé au nom du lieu et à ce spectacle. En fait, c'est tout simple : c'est Philippe de Villiers qui est le véritable Fou de ce Puy... Ses gesticulations d'agité du bocage, obsédé par "l'islamisation de la France", n'auront, en tout cas, pas suffi pour lui permettre de s'imposer électoralement en dehors de la Vendée, puisqu'il est, maintenant, bel et bien coincé, à droite, entre les candidatures de Sarkozy et de Le Pen, bien plus imposantes que la sienne. Sans réel espace politique, il tout de même soigné son programme, en copiant plus ou moins celui du Front National. En matière d'éducation, il souhaite notamment, l'instauration, dans les établissements scolaires, du port obligatoire de la blouse - en primaire - et de l'uniforme - dans le secondaire - "afin d'effacer les différences sociales ". Il est favorable également, un peu comme Le Pen, au remplacement des Instituts Universitaires de Formation des Maîtres (IUFM) par des "instituts de formation", dont on se demande, là encore, à quoi ils ressembleraient... Concernant la société, De Villiers non seulement refuse catégoriquement l'union homosexuelle et l'adoption d'enfants par des couples du même sexe, mais réclame, en plus, l'inscription du mariage dans la Constitution comme étant l'alliance d'un homme et d'une femme dans le but de former une famille. Et, bien évidemment, en matière d'immigration, son programme, là comme ailleurs, est à peu près le même que celui de Le Pen : De Villiers veut "stopper les flux migratoires" et "mettre fin à l’islamisation de la France". Pour cela, il veut une politique d'immigration zéro, avec le rétablissement des contrôles aux frontières, la fin de l’acquisition automatique de la nationalité, la proscription de la double nationalité, une politique de "francisation des populations installées sur notre sol" (?), une lutte sans merci contre les clandestins et ceux qui les soutiennent ou les utilisent, etc.
Bref, une authentique candidature d'extrême-droite pour catholiques intégristes et extrémistes qui n'aiment pas la personne de Le Pen tout en adhérant aux idées du FN...

Dominique Voynet
Candidate du parti Les Verts
48 ans
Deuxième candidature

Un temps éclipsée par la médiatisation de la potentielle candidature de Nicolas Hulot - animateur de télévision sur TF1 et militant écologiste bien connu -, Dominique Voynet, ancienne ministre de l'Environnement du gouvernement Jospin, est aujourd'hui la seule candidate écologiste qui soit restée dans la course. Sa volonté de mettre l'écologie au cœur des politiques de l'énergie, des transports, de l'aménagement du territoire, de la protection de la nature, de la santé, et de l'agriculture, est tout à fait louable. Ses propositions en matière d'éducation sont intéressantes. Elle est favorable à un droit à l'acquisition de savoirs fondamentaux pour tous. Elle souhaite également offrir à l'ensemble des citoyens des possibilités d'éducation et de formation tout au long de la vie. Concernant les universités, elle veut définir un statut étudiant incluant un Revenu étudiant minimum, soutenir financièrement les étudiants partant en séjours longs à l'étranger, et mettre en place un plan de programmation de l'emploi universitaire pour augmenter l'encadrement ainsi qu'un plan d'investissement immobilier pour restaurer les locaux. Mais pour le reste, notamment sur le plan institutionnel, les Verts sont beaucoup trop régionalistes et fédéralistes à mon goût...


Voila, je crois que je n'ai oublié personne... Je ne considère pas qu'il y ait trop de candidats à l'élection présidentielle, mais je ne peux que constater le manque d'envergure des douze que l'on nous propose cette année. Aucun d'entre eux n'a vraiment la stature d'un homme d'État, et surtout pas Sarkozy, qui pourtant semble de plus en plus persuadé de sa victoire... Pourquoi sommes-nous aujourd'hui incapables, dans ce pays, de trouver enfin une personne susceptible d'être véritablement à la hauteur de la charge de président de la République française ? Je ne sais... Comme on dit souvent, nous avons les politiciens que nous méritons...


Toujours est-il qu'à l'arrivée, il va bien falloir se prononcer, dans le secret de l'isoloir...
 
Comment tout cela va-t-il finir ? Le mieux possible, j'espère... Une défaite monumentale de Sarkozy serait vraiment la bienvenue... ;-)

Cordialement, :-)

Hyarion.


(Illustrations : Caricature de Ségolène Royal, Sarkozy, Le Pen et Bayrou, par Cabu, publiée dans Le Canard Enchaîné N°4505, 28 février 2007 ; Photographie officielle du gouverneur de Californie Arnold Schwarzenegger, diffusée par le Bureau du Gouverneur, Sacramento, État de Californie, 2006 ; Logotype du rassemblement citoyen du 30 juin 2000 à Millau, en Aveyron, par Sansom, 2000 ; L'Entrée du Christ à Bruxelles en 1889, huile sur toile [1888] par James Ensor, Los Angeles, J. Paul Getty Museum)
Par Hyarion - Publié dans : Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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Dimanche 18 mars 2007 7 18 /03 /2007 21:44
Depuis mon enfance, c'est un fait, j'ai toujours eu des difficultés à me plier aux contraintes. J'aime la liberté, c'est plus fort que moi. Etre libre, sans être esclave de ses désirs, voila ce qui m'importe, avec la lutte contre l'ignorance, qui m'est chère également. En inaugurant ce blog, je me suis défini politiquement, sur le ton du délire surréaliste, comme un anarcho-monarchiste (contre tous les gouvernements... sauf si c'est moi le roi !), bien qu'en fait, j'ai toujours voté à gauche, et que cela devrait suffir à me situer sur le plan politique. Le terme "anarcho-monarchiste", sorte d'oxymore associant l'anarchisme et le monarchisme, options politiques radicalement opposées, est le meilleur que j'ai pu trouver pour illustrer le caractère toujours paradoxal de toute identité politique... En fait, de façon plus générale, mon anarcho-monarchisme, qui exprime d'abord un refus d'être étiqueté politiquement, est un humanisme, car je suis, avant tout, très attaché aux notions de liberté - ce que l'on appelle le "libre arbitre"-, de tolérance, d’indépendance, d’ouverture et de curiosité, et que je suis pour la vulgarisation de tous les savoirs. La responsabilité et l'autonomie, individuelle et collective, sont, pour moi, quelque-chose d'important. J'aime la démocratie. Je déteste l'oppression, le sectarisme, le dogmatisme, les fanatismes, le pouvoir de l'argent qui corrompt tout, l'injustice sociale, l'hypocrisie, la démagogie politicienne... Et je suis contre les gouvernements tels qu'ils sont aujourd'hui : des gouvernements par les partis, pour les partis, sans soucis de l'intérêt général. La médiocrité générale du personnel politique français me désespère, par ailleurs...
Les choses étant ce qu'elles sont, je ne suis pas prêt, en théorie, de quitter ma position, somme toute assez confortable, d'esprit indépendant se contentant de critiquer, dans son coin, le monde comme il va. Je suis cependant très attaché au droit de vote, car j'estime que c'est là le seul vrai pouvoir de décision que j'ai, en tant que citoyen. Mais à chaque élection, c'est toujours la même chose : il s'agir pour moi de voter pour le moins mauvais des candidats, non pour le meilleur, surtout contre le candidat qui me parrait être le plus dangereux. J'ai toujours voté à gauche, mais bien plus par détestation viscérale de la droite - qui est, pour moi, le parti de l'argent et de l'injustice sociale - que pour toute autre considération...
Cependant, je ne suis pas sectaire, et ma relative ouverture d'esprit m'a poussé à réfléchir à ce qui pourrait me pousser à adhérer à quelque-chose plutôt que toujours me positionner contre quelque-chose. C'est ainsi que l'idée de soutenir un Gouvernement d'Union Nationale a germée dans mon esprit.

Je suis pas le seul à avoir eu cette idée, bien entendu... Un sondage récent, réalisé par l'institut LH2 pour le journal gratuit 20 Minutes et la radio RMC, les 9 et 10 mars derniers par téléphone, sur un échantillon de 1000 personnes, censé être représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, et publié le 16 mars dans 20 Minutes, a ainsi révélé que plus de six Français sur dix sont favorables à un gouvernement d'union nationale. Pour résoudre les problèmes de la France, 65 % des Français interrogés préféreraient un gouvernement d'union composé de personnalités de bords politiques différents, et rassemblées autour d'un projet commun, alors que 34 % d'entre eux seulement préféreraient un gouvernement issu d'un même parti politique, avec des choix politiques bien différenciés, 1 % ne se prononçant pas. A noter que les sympathisants du Parti Socialiste sont plus séduits, à 68 %, par cette idée que les proches de l'UMP de Sarkozy, qui ne le sont qu'à 52 %.
Depuis plus de vingt ans, gauche et droite de gouvernement se sont succédées à la tête de l'Etat, en instaurant de fait un bipartisme, avec le RPR puis l'UMP d'un côté, et le PS de l'autre. Une bonne partie de l'opinion publique semble s'être lassé, aujourd'hui, de ce système d'alternances qui ne parait pas - ou plus - fonctionner... Si la gauche gestionnaire au pouvoir est, pour moi, toujours un moindre mal, bien plus préférable que celui d'être "enfermé" dans un pays de droite, je ne suis pas loin de penser comme tous ces citoyens lassés de la situation actuelle... Dans ces conditions, un gouvernement d'Union Nationale, un peu dans l'esprit du Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) de 1944-1946, le temps de faire des réformes essentielles (notamment institutionnelles) et, surtout, avec des jeunes (de moins de 50 ans, j'entends) : pourquoi pas ? L'idée d'un Gouvernement d'Union Nationale n'est pas absurde. Si un tel gouvernement pouvait permettre la réforme des institutions dont notre pays à besoin, et s'il pouvait permettre le renouvellement du personnel politique au profit des jeunes générations, je pourrai fort bien le soutenir...

Bien évidemment, un tel gouvernement, en dehors du principe d'"unanimité nationale", n'aurait pas grand-chose à voir avec le gouvernement provisoire constitué vers la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, dans un contexte historique exceptionnel. Le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) est né en juin 1944 à Alger, en succédant directement au Comité français de la Libération nationale (CFLN), organe dirigeant de la Résistance française. Présidé dès le début par le général Charles de Gaulle - chef de la France libre -, installé à Paris en août 1944, après la libération de la capitale, ce gouvernement fait l'objet d'un remaniement et d'un élargissement en septembre. Reconnu en octobre par les Etats-Unis d'Amérique, la Grande-Bretagne et l'URSS, le GPRF est alors un gouvernement d'"unanimité nationale", ayant pour but la poursuite de la Deuxième Guerre Mondiale aux côtés des Alliés jusqu'à la victoire commune, assurer à la France son rang, rétablir l'autorité de l'Etat républicain, donner à chacun l'assurance de survivre, et reconstruire le pays. Il est constitué de communistes, de socialistes, de démocrates-chrétiens, de radicaux, de "non inscrits", tous placés sous l'autorité de De Gaulle. Ce gouvernement va accomplir une œuvre considérable, en reprenant une grande partie du programme du Conseil national de la Résistance (CNR) et de la France libre. Il légifère par ordonnances, engage la reconstruction de la France et répond au besoin de changement qui traverse alors le pays, notamment en élargissant le droit de vote aux femmes, en créant la Sécurité sociale, en nationalisant partiellement l'énergie, les transports, le crédit, et certaines grandes entreprises (comme Renault par exemple), en créant l'École nationale d'administration (ENA) dans le but de démocratiser l'accès aux grands corps administratifs, etc.
Aujourd'hui, certains semblent être presque nostalgiques de cette période de renouveau, où la France était rassemblée autour d'un gouvernement d'union nationale. Il faut cependant se garder des illusions rétrospectives, et ne pas oublier que le "grand parti de la Résistance" n'a pas réussi à empêcher le retour de la politique politicienne avec l'établissement de la IVe République. La reconstruction politique de la France après la guerre s'est en fait révélé difficile. En octobre 1945, un référendum abrogeant la Constitution de la IIIe République et les élections législatives expriment un glissement à gauche et une volonté de changement. Trois partis dominent : le Parti Communiste (PC), le Mouvement Républicain Populaire (MRP) démocrate-chrétien, et la Section Française de l'Internationale Ouvrière (SFIO) socialiste. Le tripartisme se met en place mais l'esprit réformateur de 1944-1945 sera peu à peu abandonné. Le débat constitutionnel témoigne des divergences, avec le départ de De Gaulle en janvier 1946, le rejet d'un premier projet constitutionnel soutenu par le PC assurant la primauté au législatif, l'adoption à une faible majorité d'un compromis auquel De Gaulle s'oppose, notamment dans son discours de Bayeux de juin 1946, dans lequel il affirme être pour un pouvoir exécutif fort procédant directement du chef de l'État, soit tout le contraire de ce qui est finalement mis en place avec la IVe République, à savoir un pouvoir faible et instable. Il faudra attendre le retour de De Gaulle, premier président de la Ve République, en 1958, pour voir l'autorité de l'Etat réaffirmée, avec un pouvoir exécutif fort...

Le contexte politique de 2007 n'est évidemment pas le même que celui de 1944. Cela dit, un Gouvernement d'Union Nationale, aujourd'hui, pourrait très bien voir le jour, répondant sans doute alors à une profonde volonté de changement de la part des citoyens. Et je le répète : si ce gouvernement avait pour mission de réformer les institutions et permettait, en même temps, de rajeunir le personnel politique, tout en mettant fin au bipartisme obligatoire, alors, sans doute, je le soutiendrai...

Mais j'entends déjà s'élever la voix des gauchistes irresponsables de service, et celle des parangons du bipartisme : "l'Union Nationale, ça ne peut pas marcher ! Le clivage gauche/droite est indépassable ! Et d'ailleurs, cette idée de gouvernement d'Union Nationale fait partie du programme du candidat centriste François Bayrou ! Et Bayrou, c'est la droite, une droite molle certes, mais c'est quand même la droite ! Ce genre de projet d'Union Nationale ne peut venir que de la droite ! Et tous ceux qui le soutiennent sont forcément de droite ! Etc, etc."
D'abord, c'est vrai, il faut le reconnaître : il y a bien un projet d'Union Nationale dans le programme de Bayrou, candidat centriste de l'UDF, parti de centre droit. Celui-ci l'a déclaré récemment dans un entretien au journal Le Monde : il souhaite une "union nationale" et même la constitution d'"un grand parti démocrate".

« Depuis des années, j'ai observé la dégradation de la vie politique française et les signes multiples de l'affaiblissement de notre pays. J'en suis arrivé à la conclusion que son redressement passe par un électrochoc : il faut une union nationale pour donner à tous les Français la certitude qu'on va poser les vraies questions et y apporter des réponses non-partisanes.
C'est pourquoi, élu président de la République, investi d'un mandat clair par les Français, je formerai un gouvernement composé de femmes et d'hommes compétents, d'accord sur les grands choix, et représentatifs des grandes sensibilités démocratiques du pays.
Mais le PS et l'UMP ne sont pas prêts à s'engager dans cette démarche.
Mesurez ce que sera la force et l'écho de la décision des Français, dans notre pays et à l'extérieur, s'ils élisent un président porteur de cette idée… Si les appareils refusaient d'entendre ce message, ils seraient rejetés aux élections législatives.
En Allemagne, il y a quelques mois, la CDU [conservatrice] et le SPD [social-démocrate] disaient qu'ils n'accepteraient jamais de gouverner ensemble. Il se trouve que le peuple allemand leur a donné mandat, avec le vote aux législatives, de travailler ensemble. Et ils l'ont fait. [...] La nouveauté de la proposition politique qui est la mienne est qu'elle invite à voir ce qui rassemble et non ce qui sépare artificiellement.
Donc on va aux élections, au scrutin majoritaire, avec des candidats "majorité présidentielle"…
Elu président de la République, investi de la confiance des Français et porteur de ce mandat du peuple, je nomme un gouvernement de rassemblement. Ce gouvernement accordera un label dans chaque circonscription aux candidats qui le soutiendront. La nouvelle majorité présidentielle sera présente dans chaque circonscription du pays. Et les Français la choisiront.
[...] Pour porter ce nouvel espoir et cette grande responsabilité, l'UDF dans sa forme actuelle ne suffira pas. Il faudra un grand parti démocrate pour la France.
En 1988, après l'élection de François Mitterrand, les candidats de la majorité présidentielle avaient perdu plus d'un million de voix par rapport à ce qu'il avait obtenu au premier tour. La vague n'est pas automatique.
Vous verrez le contraire. La vague dépassera de beaucoup l'élection présidentielle. Les Français ont entre les mains une arme à plusieurs coups : un nouveau président, un nouveau gouvernement, une nouvelle majorité. En 1988, Mitterrand a manqué à son engagement : il se fait élire sur "la France unie" et, aussitôt après, il referme cet engagement en se contentant de quelques débauchages. Les Français n'ont pas aimé cette attitude, et je les comprends. Je suis contre les manœuvres, je suis pour les rassemblements assumés devant le pays. »

(François Bayrou, dans un entretien, Le Monde, 2 mars 2007)

En étant favorable à un Gouvernement d'Union Nationale, l'anarcho-monarchiste que je suis, qui a toujours voté à gauche, serait-il séduit par le centrisme de la mouvance bayrou-iste ? La réponse est non.
Que les choses soient bien claires : je suis tout à fait conscient que Bayrou vient de la droite, et n'a participé jusqu'ici qu'à des gouvernements de droite (ceux de Balladur et de Juppé, de 1993 à 1997). Pour moi, Bayrou, c'est le représentant d'une droite à visage humain, mais qui reste la droite... Je continuerai donc à voter à gauche, comme je l'ai toujours fait, et avec un objectif essentiel : combattre le plus efficacement possible la droite de Sarkozy.
Cela dit, il ne faut pas être hypocrite - j'ai horreur de l'hypocrisie -, et reconnaître que l'idée de Bayrou n'est pas mauvaise en soi, et qu'il est dommage que celle-ci n'est pas été jusqu'ici envisagé sérieusement par la gauche de gouvernement...

Simple citoyen électeur français, né l'année de la première élection de Mitterrand à la présidence de la République, je suis inquiet pour l'avenir de notre pays, engagé depuis des années sur une pente savonneuse. Je ne veux pas que mon pays soit dépouillé de son héritage et de ses spécificités, mais je veus aussi qu'il aille de l'avant ! Alors que faire ?
Ma priorité absolue est d'éliminer Sarkozy de Nagy-Bocsa de la course à l'Elysée : ses manoeuvres électoralistes vis-à-vis de Le Pen, sa conception égocentrique et guerrière de la politique, son refus du pluralisme médiatique, son ambition personnelle dévorante, en font un véritable danger public, et il n'y a pas, pour moi, à discuter sur la nécessité absolue de voter, d'abord, contre lui.
Ensuite, je pense que l'on pourra se poser sérieusement la question des réformes, notamment celle des institutions. Je ne veux pas, à aucun prix, d'un retour au régimes d'assemblée qu'étaient les IIIe et IVe Républiques. Mais il nous faut changer ce qui empêche la démocratie de fonctionner correctement avec le régime actuel, ce qui ne signifie pas qu'il soit forcément nécessaire de changer le nom dudit régime en "VIe République"... J'aurai sans doute l'occasion d'évoquer plus précisément, dans un prochain message, cette nécessaire réforme des institutions.
Seul, en tout cas, un consensus national pourrait, me semble-t-il, nous permettre de repartir véritablement sur de bonnes bases. J'y suis favorable, sur le principe, car je suis contre le bipartisme obligatoire et contre le régime des groupes de pression et des politiciens clientélistes. Mais j'avoue que ma priorité est, pour l'heure, la bataille contre Sarkozy, contre l'anarque médiatique qu'il représente, contre sa démagogie politicienne. La France n'a pas de temps à perdre avec ce genre d'individu... Je suis un citoyen électeur français avant tout, et, pour moi, seuls comptent l'intérêt du pays et de son peuple.

Dès lors, je ne considère pas la possibilité de la constitution d'un Gouvernement d'Union Nationale, sur les ruines du sarkozysme, comme quelque-chose d'absurde. Et je ne pense pas que c'est être de droite que de dire cela. Et si les gauchistes irresponsables ne sont pas contents, tant pis pour eux : leur extrémisme borné ne fait que servir les intérêts électoraux de Sarkozy, et je n'ai donc que faire de leurs leçons de morale, qui, en l'espèce, ne valent rien... Quant à ceux qui, notamment du côté du PS, ont tout intérêt à ce que le bipartisme persiste, je n'ai pas non plus de leçon à recevoir d'eux, car ils n'aspirent qu'à entretenir un statu quo au service d'un personnel politique médiocre, dont ils font partie ou qu'ils soutiennent...

Cela dit, de toute façon, l'issue de cette élection présidentielle reste très incertaine. Le danger réel que représente Sarkozy m'oblige à être vigilant et à ne pas considérer que le clivage UMP/PS puisse être si facilement écarté au profit de quelque-chose de plus grand et de plus essentiel. Le système en place est encore si puissant, l'opinion publique est si versatile... Que faire ? Il est encore trop tôt pour savoir comment les choses vont évoluer... Pour l'instant, je m'efforce de prendre patience, et, malgré mon inquiétude pour le sort de notre pays, j'espère, je veux croire qu'un changement significatif se produira, pour le bien de tous...

Comme d'habitude, je suppose que ma voix ne sera pas entendue. Le blog est un bon moyen de faire connaître ses idées, mais même avec la "magie" de l'Internet, ma voix reste une goutte d'eau dans l'océan médiatique. Reste mon bulletin de vote...
Cordialement, :-)

Hyarion.

(Illustrations : L'Arbre aux corbeaux, huile sur toile [1822] par Caspar David Friedrich, Paris, Musée du Louvre ; La Rue Montorgueil, huile sur toile [1878] par Claude Monet, Paris, Musée d'Orsay)
Par Hyarion - Publié dans : Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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Samedi 10 mars 2007 6 10 /03 /2007 18:38
A l'occasion de l'élection présidentielle de 2002, le Canard Enchaîné avait publié un numéro des Dossiers du Canard intitulé Manufacture française de candidats, dans lequel était présenté les nombreux candidats à l'élection à la façon du célèbre catalogue Manufrance, qui fut l'ancêtre de la vente par correspondance, avant l'apparition du catalogue de la Redoute. Dans l'article consacré à Jean-Marie Le Pen, on pouvait alors lire : « Solde avant fermeture. Le modèle exclusif est garanti "candidat à vie", mais il sera sans doute retiré de la vente en 2005. » Hélas, cinq ans après, le "menhir" raciste et xénophobe, aussi connu sous le nom de Le Pen, est toujours là.

Je me souviens de la première fois où j'ai découvert Le Pen à la télévision, lorsque j'étais enfant... En fait, je l'ai découvert par l'intermédiaire de sa marionnette de l'émission de satire politique "Le Bébête Show" sur TF1 : pour autant que je m'en souvienne, il y apparaissait habillé du costume traditionnel breton de Bécassine, pourvu de sortes de défenses de sanglier dans la bouche, et s'appellait "Pencassine"... Une fois, j'avais entendu la marionnette dire "Mais je ne suis pas raciste ! Moi, les Arrrabes, je les aiment tous !", et, naïvement, sans comprendre l'ironie du propos, j'avais alors demandé à ma grand-mère : "Dis Mamie, c'est vrai que Le Pen il aime bien les Arabes ?" C'est à ce moment-là que l'on m'a expliqué que Le Pen était un affreux personnage, raciste et xénophobe... A l'époque, j'étais à l'école primaire, et dans la cour de récréation, on plaisantait entre élèves à partir d'un jeu de mots, avec une question du genre "Tu préfères le pain ou Le Pen ?", et, bien entendu, on préférait toujours le pain, tellement bon à manger, plutôt que Le Pen... Nous étions des gosses, mais même si le temps était à l'insouciance et à l'inconscience des enjeux politiques, le préjugé négatif que j'ai pu avoir dès cette époque vis-à-vis de Le Pen n'a jamais été démenti par la suite, et je m'estime heureux, encore aujourd'hui, d'avoir grandi dans un milieu anti-lepéniste...

Né le 20 juin 1928 à La Trinité-sur-Mer (Morbihan), Le Pen aura 79 ans cette année. Élu député poujadiste de Paris en 1956, sous la IVe République - à vingt-sept ans, il était alors le plus jeune député de l'Assemblée nationale -, président tout-puissant du Front National (FN) depuis sa fondation, en 1972, il poursuit, encore aujourd'hui, une carrière politique décidément interminable. Et il n'a rien perdu de ses capacités de nuisance. Candidat perpétuel d'extrême-droite aux élections présidentielles de 1974, 1988, 1995 et 2002 - il n'a pas obtenu les 500 parrainages d'élus nécessaires pour se présenter à l'élection présidentielle de 1981 - Le Pen est une fois de plus engagé, cette année, dans la course à l'Élysée, continuant ainsi d'empoisonner la vie politique de ce pays, en se présentant toujours comme un candidat engagé contre le système établi. S'il a toujours représenté un problème de concurrence électorale pour la droite, force est de constater qu'il n'en est pas forcément de même pour la gauche de gouvernement. Le Front National a commencé à s'imposer peu à peu dans le paysage politique à partir de 1983 et 1984. Pour permettre au Parti socialiste (PS) de triompher de la droite crypto-gaulliste, représentée par Jacques Chirac et son parti, le RPR - ancêtre de l'UMP -, le président de la République François Mitterrand a probablement su alors habilement instrumentaliser l'extrême-droite lepéniste, en permettant notamment la médiatisation du discours de Le Pen - notamment sur les chaînes de télévisions publiques - et en obligeant la droite, ainsi mise en difficulté, à se positionner par rapport au FN, l'extrême-droite n'étant plus, désormais, intégrée dans les rangs de la droite comme c'était essentiellement le cas auparavant, depuis la fin des années 1960. Jacques Chirac n'ayant jamais caché le fait qu'il détestait Le Pen et ce qu'il représente - ce qui est tout à son honneur -, cette situation n'a pu que servir de facto les intérêts électoraux de Mitterrand et du PS, pendant des années... Chirac évoque ainsi son allergie à Le Pen :

« J'ai toujours été allergique au Front national, c'est quasiment physique, je ne peux supporter tout ce qui est racisme et xénophobie. C'est physique, je hais tout ce que cela représente !
Au mois d'août 1987, je passais quelques jours de vacances avec ma femme à Cannes, à l'hôtel du Cap. J'étais allé me baigner, je remonte le petit chemin qui relie la plage à l'hôtel, quand un type se précipite sur moi et me dit : "Bonjour, monsieur Chirac." Je tends la main, mais, au moment précis où je lève la tête, je m'aperçois que c'est Le Pen. Je retire ma main et lui tourne le dos, mais trop tard : j'ai été piégié par Le Pen qui a fait prendre une photo de cette rencontre montée par lui. Un peu plus tard, le patron de l'agence Sipa, Sipahioglu, m'appelle et demande à me voir. Je le vois. Il me montre la photo prise à Cannes. "On me propose ce cliché, me dit-il. Je suis très choqué, je suis contre ce genre de méthode. J'ai acheté cette photo."
Je lui propose alors de la lui racheter. "Il n'en est pas question. Je l'ai achetée parce que je considère que c'est de mon devoir, mais je refuse que vous me la rachetiez. Je vous en fais cadeau avec le négatif."
Il est peu de chose qui me choque, mais je ne supporte vraiment ni la xénophobie ni le racisme. Si je suis souvent sévère avec les Israéliens, c'est à cause de leur politique. Pour autant, je ne tolère pas le racisme, l'antisémitisme : c'est dans mes gènes, je suis né comme ça. [...]
Oui, même Édouard Balladur, avec qui j'étais très lié à l'époque [l'élection présidentielle de 1988], a essayé de me convaincre qu'il fallait moyenner avec Le Pen d'une façon ou d'une autre. Et je lui ai dit : "Cela, Édouard, jamais ! On perdra peut-être les élections, mais, si on les perd, ce ne sera pas pour cette raison-là." J'ai été l'objet d'une forte pression qui n'était pas dépourvue de sens sur le plan politique, même si elle était inacceptable sur le plan moral. Je pouvais comprendre que certains nourrissent cette idée-là. Dans la majorité - enfin, dans l'ex-majorité, autrement dit à droite -, c'était surtout Pasqua qui voulait me faire prendre contact avec Le Pen afin qu'on passe un accord avec lui. Et puis Balladur n'arrêtait pas de me rabâcher : "Jacques, on va perdre les élections si on ne trouve pas moyen de nous accorder avec l'extrême droite." Ce sont ces deux-là, Pasqua et Balladur, qui en faisaient le plus pour me convaincre, l'un s'y prenant avec plus de subtilité que l'autre, mais ils s'en trouvait pas mal d'autres pour être favorables à un tel pacte. J'étais alors beaucoup critiqué. J'estimais que c'était là un raisonnement que l'on pouvait soutenir politiquement, mais le problème était qu'il n'était pas moralement défendable. Quand on fait de la politique, il ne faut certes pas être trop bégueule, mais il y a des limites qu'on ne peut franchir sur le plan des principes. Or un accord, quel qu'il soit, avec le Front national était pour moi au-delà de la limite à ne pas franchir [...]. On m'a accusé de bien des choses, mais on ne saurait contester mon attitude à l'égard de l'extrême droite. [...] »

(Chirac, in Pierre Péan, L'Inconnu de l'Elysée, Fayard, 2007, cité in Marianne N°512 [du 10 au 16 février 2007])

Le 13 février dernier, Balladur a nié avoir essayé de convaincre Chirac qu'il fallait "moyenner" avec Le Pen, même si ce genre d'attitude lui ressemble assez bien...

« Il ment en m'accusant d'avoir voulu pactiser avec le Front national. C'est faux, archifaux. Ce type est vraiment un minable. Il essaie de se donner le beau rôle. »

(Édouard Balladur, à propos de Chirac, cité in Le Canard Enchaîné N°4503, 14 février 2007)

Pour sa part, le 22 février, Charles Pasqua a affirmé, sur la radio RTL, que Chirac avait rencontré Jean-Marie Le Pen entre les deux tours de l'élection présidentielle de 1988 :
 
« Je lui ai demandé [à Chirac] s'il souhaitait rencontrer Le Pen, il m'a dit oui, j'ai donc arrangé cette rencontre. [...] Je les ai présentés, ils se sont serré la main, je les ai laissés parler et ensuite j'ai raccompagné Le Pen jusqu'à la sortie. »

(Charles Pasqua, sur RTL, 22 février 2007)

Quoiqu'il en soit, je pense que l'anti-racisme de Chirac, ainsi que son allergie à Le Pen, sont réels. Et s'il est vrai que les deux hommes se sont rencontrés entre les deux tours de l'élection présidentielle de 1988, il est assez clair que Chirac n'a jamais pactisé avec Le Pen, et il a, du reste, toujours refusé de débattre avec le président du FN sur les plateaux de télévision. Mais qu'en est-il de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa ? On sait que Talonnette Ier a beaucoup moins de scrupules que Chirac pour ce qui est de rencontrer Le Pen et de discuter avec lui... mais depuis 2002, on a surtout vu l'empressement dont le ministre-candidat a fait preuve pour essayer de "rendre inutile" le Front National, en abordant à sa façon (la manipulation) des problèmes tels que celui de l'immigration. Avant-hier encore, le 8 mars 2007, il a annoncé, sur France 2, une nouvelle loi sur l'immigration, qu'il ferait voter dès juillet s'il était élu à l'Élysée, ainsi que la création d'un "ministère de l'immigration et de l'identité française". Nouvelle surenchère électorale... Comment en est-on arrivé là ? En fait, pour essayer de comprendre le comportement de Sarkozy vis-à-vis de Le Pen et de l'extrême-droite, il faut d'abord avoir conscience qu'il s'agit là d'une histoire déjà ancienne...

C'était il y a dix ans, en 1997. Sarkozy, qui paye encore alors, vis-à-vis de Chirac, sa trahison de 1993-1995 au profit de Balladur, a été mis à l'écart des responsabilités gouvernementales. Député RPR des Hauts-de-Seine, il n'est plus qu'un ancien ministre du Budget, au bilan plus que mitigé. Le 17 février 1997, il participe à une émission télévisée, sur France 2, intitulé "Franchement", dans laquelle il doit débattre avec Bruno Mégret représentant le Front National, et dont l'épouse, Catherine Mégret, vient d'être élue maire de Vitrolles (Bouches-du-Rhône). Pour Daniel Schneidermann, alors chroniqueur au journal Le Monde, ce fut un grand moment de télévision :
« On s'attendait à un K.-O. : Sarkozy, maire de Neuilly, incarnation honnie de la pensée unique balladurienne, face au vainqueur consort de Vitrolles ! Or ce fut bien un K.-O., mais point celui-là. Remonté, enthousiaste, pugnace, Sarkozy fit pleuvoir sur Mégret tétanisé la grêle de ses petits poings. "Je ne crois pas que le Front national propose de mauvaises solutions", glissa-t-il. Un temps de silence. "Je crois qu'il ne présente pas de solutions du tout." Les yeux au ciel, Mégret encaissait. Sarkozy : il parait que vous voulez supprimer l'impôt sur le revenu en cinq ans ? Mégret : oui, en baissant les charges de l'État. Sarkozy : combien d'économies comptez-vous réaliser par an ? Pas de réponse. Sarkozy : combien par an ? Pas de réponse. Sarkozy : ma question vous gêne ? Acculé, Mégret balbutia une parade à base de "taux différentiels", mais on ne l'écoutait plus. [...] Pour dévorer la "souffrance du peuple" et tenter de la faire vibrer dans sa voix, mieux vaut avoir l'estomac d'autruche d'un Le Pen qu'une tête bien pleine de polytechnicien [Mégret est diplômé de l’École polytechnique]. Cela ne retire rien au mérite de Sarkozy, qui mérita amplement sa victoire. On eut le sentiment que les recettes en étaient d'ailleurs assez simples : une petite dose de courage, une connaissance minimale des dossiers, et la fierté de ce que l'on est. (Daniel Schneidermann, in Le Monde, 24 février 1997) »
Sarkozy a tenu à montrer qu'il n'avait pas peur du FN, et que la droite pouvait lui tenir tête...
« Opposé à Bruno Mégret, délégué général du Front National, M. Sarkozy a déclaré qu'il n'est pas bon "que des courants de pensée puissent se sentir totalement exclus à jamais de la représentation parlementaire". En revanche, il s'est dit résolu à réfuter "point par point, programme contre programme" les propositions des amis de Jean-Marie Le Pen, qui n'offrent "aucune réponse crédible sur les vraies questions qui se posent aux Français". "Le Front national a une vision de la France qui s'apparente à la ligne Maginot", a-t-il affirmé. L'ancien ministre a dénoncé la "gestion pépère, sans ambition" des municipalités dirigées par l'extrême droite et leur volonté d'"aseptiser toute forme de création culturelle". "Vous êtes à la culture ce que la restauration rapide est à la gastronomie !", a-t-il lancé à M. Mégret. (Le Monde, 19 février 2007) »


Que Sarkozy puisse clouer le bec d'un type aussi détestable que Mégret, on ne s'en plaindra pas. Mais il y a tout de même un problème, que le caractère policée de l'émission et les questions convenues des journalistes n'ont pu dissimuler. Le dessinateur Bernar a réalisé, à l'époque, pour le journal satirique Charlie Hebdo, une représentation dessinée de cette émission, sans oublier, lui, d'en souligner le caractère malsain. Durant cet émission, en effet, Sarkozy dialogue de façon courtoise avec son contradicteur extrémiste, allant jusqu'à lui faire des concessions intempestives sur le thème de l'immigration, tandis que Mégret affiche ouvertement ses idées racistes - pour lesquelles il sera plus tard condamné par la justice - : 
- Mégret : "L'inégalité des races, mais c'est une évidence. Où est le problème ?"
- Sarkozy : "Bon... S'il s'agit de dire qu'un citoyen français a plus de droits civiques qu'un étranger, je peux être d'accord avec vous."
Aborder les thèmes de l'immigration ou du travail dans un débat politique, n'est pas un problème en soi, mais il est tout de même assez scandaleux de vouloir en discuter avec les représentants de l'extrême-droite, comme si le FN était un parti politique comme les autres, et ses réprésentants des gens respectables... Rappelons que Mégret est alors le Numéro 2 du Front National. Par la suite, il a tenté ce que Le Pen et ses partisans ont appelé par dérision un "pu-putsch" contre le président du FN, ce qui a finalement abouti à son exclusion du Front National en décembre 1998, Mégret créant son propre parti d'extrême-droite, le MNR, en 1999. Depuis, enlisé dans les difficultés financières et judiciaires, il a piteusement échoué dans sa tentative d'exister politiquement face à Le Pen, n'ayant obtenu que 2,34 % des suffrages au premier tour de l'élection présidentielle de 2002 - alors que Le Pen s'est qualifié pour le second tour, avec 16,86 % des voix. Sa campagne sur le thème de "l'islamisation de la France" - thème récupéré depuis par Philippe de Villiers - a été un échec complet. Condamné, avec sa femme Catherine Mégret, pour détournement de fonds publics, il s'est vu contraint de se rallier à la candidature de Le Pen pour l'élection présidentielle de 2007. Ces idées politiques, racistes et xénophobes, sont, aujourd'hui, toujours aussi nauséabondes... Schneidermann, un peu trop admiratif de la prestation de Sarkozy face à Mégret, a eu beau se réjouir qu'il suffisait d'être courageux, de connaître ses dossiers et d'être fier de ce que l'on est pour tenir tête au Front National, le problème n'est pas là : il s'agit bien plutôt de se demander pourquoi de tels "débats" avec des extrémistes sont considérés comme normaux, et pourquoi Le Pen et les autres représentants de l'extrême-droite semblent être considérés comme étant des gens respectables. Le vrai courage ne serait-il pas plutôt de se poser sérieusement la question de l'interdiction du Front National et du refus pur et simple de débattre avec des gens qui n'en valent pas la peine ? Force est de constater que Chirac a eu raison de dire, entre les deux tours de l'élection présidentielle de 2002, qu'il n'y a "pas de débat possible" avec l'extrême-droite... En voulant s'affirmer face au FN, Sarkozy a joué avec le feu, et bien entendu, il continue aujourd'hui... mais revenons encore dix ans en arrière...
L'année 1997 est, avant tout, pour la droite, l'année de la dissolution ratée de l'Assemblée Nationale, décidée par Jacques Chirac en avril, qui a abouti à la victoire de la gauche aux élections législatives et à la cohabitation du président Chirac avec le gouvernement du socialiste Lionel Jospin. La droite est donc désormais dans l'opposition. C'est précisément à cette époque que Sarkozy semble acquérir définitivement la conviction que la droite doit s'affirmer fortement face au FN, ne pas avoir honte d'afficher ses valeurs et d'aborder franchement des sujets tels que la sécurité ou l'immigration, jusque-là plutôt évoqués avec prudence pour ne pas risquer d'être incompris par l'opinion publique. Pour pouvoir reconquérir le pouvoir, la droite, selon lui, doit être clairement identifiable. Par ailleurs, le Front National ne doit plus être diabolisé : la droite doit montrer qu'elle ne le craint pas sur son propre terrain. L'objectif est, bien entendu, de récupérer l'électorat favorable à Le Pen. En décembre 1998, le conflit ouvert entre Le Pen et Mégret, qui aboutira à une scission du FN, semble favorable à la réalisation de cet objectif. Nicolas Sarkozy, devenu secrétaire général du RPR - Philippe Séguin étant président du parti -, déclare alors : 

"Il faut que l'opposition retrouve la confiance de ses électeurs. Pour cela nous devons tenir un discours décomplexé et sans outrance. Défendre nos idées sans nous préoccuper du "qu'en-dira-t-on socialisant". C'est ce que nous avons fait sur le Pacs, sur les faux emplois Aubry dans la fonction publique, sur l'hérésie des 35 heures. Le temps des discours fades, mous, inodores et sans saveur est derrière nous. [...] La meilleure façon de ne pas être caricatural, c'est de se battre pour ses convictions. Le vrai risque de ringardisation, c'est le discours faussement consensuel. Que la droite fasse son travail et elle récupérera ses électeurs. Qu'elle défende ses idées et l'extrême droite sera rangée au rayon des accessoires définitivement délaissés. [...] [La crise au Front national] est une bonne nouvelle pour l'opposition. Le comportement de Jean-Marie Le Pen et Bruno Mégret devrait convaincre tous ceux qui ne comprenaient pas pourquoi nous ne voulions pas d'accord avec ce parti. Sans parler des idées, le spectacle donné par la direction du FN, qui se dévore et s'assassine, condamne toute stratégie d'alliance. François Mitterrand et les socialistes ont honteusement exploité le Front national. Mais ayons le courage de reconnaître que le Front national est apparu parce que la droite avait pour partie renoncé idéologiquement. Le retour de la droite a diminué l'espace de l'extrême droite. Cet espace diminuant, ses dirigeants se sont entre-déchirés. Bien loin de nous exonérer de l'effort entrepris, la crise au Front national doit renforcer notre volonté de renouveler notre discours et de tenir nos engagements à l'endroit d'électeurs qui étaient les nôtres."

(Sarkozy dans un entretien, Le Figaro, 11 décembre 1998)

Aux questions "Envisagez-vous d'accueillir les militants, cadres et élus déçus du FN ? Y mettez-vous des conditions ?", Sarkozy répond :

"N'allons pas plus vite que la musique. Si des électeurs ou des militants du FN souhaitent se détourner de cette formation pour nous rejoindre, nous les accepterons. Je parle des militants et sympathisants. Pour le reste, nous verrons l'évolution des choses. L'opposition doit poursuivre son travail de reconquête, loin de ce qui se passe au FN, qui est une caricature de démocratie."

(Sarkozy, Le Figaro, 11 décembre 1998, op.cit.)

En 1999, Sarkozy, alors président du RPR par intérim - en remplacement de Philippe Séguin, démissionnaire -, connait avec ses alliés libéraux une sévère défaite aux élections européennes. Pour lui, c'est une nouvelle traversée du désert qui commence, mais en 2002, ayant soutenu la candidature de Chirac à sa propre succession à la présidence, il revient sur le devant de la scène en tant que ministre de l'Intérieur, de la Sécurité intérieure et des Libertés locales. Entre-temps, le FN a surmonté la crise née de la scission mégrétiste, et a repris du poil de la bête, au point que Le Pen a réussi à se qualifier pour le second tour de l'élection présidentielle. Une fois arrivé au ministère de la place Beauvau, Sarkozy va tout faire pour attirer à lui l'électorat lepéniste. Devenu ministre de l'Économie et des Finances à la fin du mois de mars 2004, puis président tout-puissant de l'UMP en novembre, en dehors du gouvernement, il reviendra en force au ministère de l'Intérieur en juin 2005, et reprendra alors ses manoeuvres dangereuses, dans la perspective de la prochaine élection présidentielle. L'agitation médiatique qu'a provoqué sciemment Talonnette Ier, par ses gesticulations sécuritaires pendant cinq ans et l'emploi opportuniste de certains mots prononcés à l'égard des banlieues, ont certes sans doute séduit pour partie l'électorat visé - celui de l'extrême-droite -, mais a surtout contribué à pourrir la situation du pays, à diviser la population, et à entretenir un climat de peur et d'incertitude qui fait, avant tout, le jeu du FN. Sans doute faut-il préciser ici, pour ceux qui en douteraient encore, que Sarkozy n'est pas un raciste ou un xénophobe, mais simplement un opportuniste clientéliste manipulant les thèmes de la sécurité, de l'immigration et du travail à des fins électoralistes.

« Je ne vise pas l'électorat du FN, je l'ai déjà. »

(Sarkozy lors d'un déplacement dans le Cantal, cité par Thomas Lebegue, Libération, 1er juillet 2005)

« Les voyous vont disparaître, je mettrai les effectifs qu'il faut, mais on nettoiera la Cité des 4000. »

(Sarkozy, à l'occasion de sa visite, le 20 juin 2005, dans une cité de La Courneuve [Seine-Saint-Denis], Le Monde, 21 juin 2005)

« Le terme "nettoyer au Kärcher" est le terme qui s'impose, parce qu'il faut nettoyer cela. »

(Sarkozy lors d'une nouvelle visite à La Courneuve, France 2, journal de 20 heures, 29 juin 2005)

« - : ...
- Sarkozy : Vous en avez assez, hein ?
- : ...
- Sarkozy : Vous en avez assez de cette bande de racailles ? Eh bien on va vous en débarasser... Bonne soirée ! »

(Sarkozy en visite, dans la nuit du 25 au 26 octobre 2005, dans un quartier défavorisé d'Argenteuil [Val-d'Oise], Journaux télévisés, 26 octobre 2005)

Ne perdons pas notre temps à suspecter Sarkozy d'être un "fasciste" ou un "raciste" parce qu'il a dit ceci ou cela. Le stigmatiser de la sorte n'a pas de sens, d'autant que les termes de "fasciste" et de "raciste" font partie, depuis longtemps, de cette catégorie de mots si galvaudés qu'ils ont été vidés de leur substance, de leur signification originelle (elle-même, à la base, protéiforme et pas toujours satisfaisante)...  A quoi bon traiter Sarkozy de "fasciste" ou de "raciste" quand, d'une part, ces mots n'ont plus de sens, et quand, d'autre part, ils ne correspondent même pas à la réalité par rapport à leur sens initial ? Sarkozy n'était pas né, au temps du fascisme, celui des origines, celui qu'a connu l'Italie de Mussolini de 1922 à 1945. Alors, bien entendu, il n'a pas échappé à grand-monde que le livre politique de Sarkozy Témoignage, a été traduit en italien pour le compte des éditions Nuove Idee et préfacé, à cette occasion, par Gianfranco Fini, qui dirige l’"Alleanza nazionale", parti politique italien de droite, héritier du "Movimento sociale italiano" (MSI) d'extrême-droite néo-fasciste, lui même issu du Parti national fasciste créé par Benito Mussolini en 1921... Cela suffit-il pour qualifier Sarkozy de "fasciste" ? J'en doute. Gianfranco Fini n'est certes pas une personne fréquentable, mais il en faudrait tout de même un peu plus pour désigner Sarkozy comme étant un "fasciste"...
Et pour ce qui est du "racisme" supposé de Talonnette Ier, je pense que ce qualificatif n'est pas, lui non plus, justifié.
Et les mots "nettoyer", "racailles" et "Kärcher", prononcés par le ministre-candidat lors de ses visites dans les banlieues d'Île-de-France, en 2005, que signifient-ils alors, dans ce cas ? Là encore, en soi, pas grand-chose, en vérité... Ce sont, avant tout, des instruments utilisés de façon opportuniste par Sarkozy, sous l'oeil des caméras, pour, d'une part, satisfaire les préjugés racistes et xénophobes de la part de la population téléspectatrice la plus proche électoralement de la droite traditionnelle et de l'extrême-droite, et d'autre part pour brouiller les cartes sur le plan médiatique afin de masquer, par l'agitation ainsi provoquée, la mauvaise situation de la France sur le plan de l'insécurité, alors que Sarkozy est pourtant censé avoir été un ministre de l'Intérieur particulièrement actif et efficace entre 2002 et 2004... Souvenons-nous, en effet, du contexte de l'époque : Sarkozy a effectué sa tristement célèbre visite dans la cité des 4000 à La Courneuve (Seine-Saint-Denis) le 20 juin 2005, au lendemain du meurtre d'un enfant de 11 ans victime de balles perdues... Il a eu à coeur d'afficher la mobilisation des autorités publiques suite à ce drame... Il reviendra une dizaine de jours plus tard, pour proposer des solutions aux problèmes de la cité, mais en employant néanmoins le terme "nettoyer au Kärcher" pour désigner l'action de débarasser les banlieues de la délinquance... C'est donc à ce moment-là, alors qu'il vient de revenir au ministère de l'Intérieur après quelques mois d'absence, que Sarkozy a semble-t-il découvert les vertus d'un appareil de nettoyage propulsant de l'eau à haute pression, et généralement désigné sous le nom de Kärcher...  En fait, selon les opportunités, Sarkozy marque les esprits en voulant afficher par une attitude volontariste et énergique de son retour à la place Beauvau. Il veut ainsi donner une image de fermeté et de sécurité... Il reprendra spontanément, plus tard, le terme de "racailles", employé par une habitante d'un quartier défavorisé d'Argenteuil qui l'a interpellé depuis une fenêtre d'immeuble, pendant sa visite nocturne dudit quartier, le 26 octobre 2005... Bien qu'il puisse y avoir une part d'imprévu selon les circonstances, les mots "nettoyer", "Kärcher", "racailles" ne sont pas en soi des dérapages. Les vives polémiques qu'ils ont déclenché et l'hostilité qu'ils ont suscité auprès d'une partie de la population des banlieues, et notamment auprès de personnes, issues ou non de l'immigration, vivants dans les quartiers difficiles, peuvent cependant aujourd'hui constituer un problème pour Sarkozy en tant que candidat cherchant à "rassembler"... Vis à vis des habitants des banlieues issus de l'immigration d'Afrique du Nord et d'Afrique sub-saharienne, il n'y a pas à proprement parler de racisme - au sens "biologique" classique du terme - dans cette attitude de Sarkozy, mais simplement une forme de provocation opportuniste plutôt destinée à un autre public (celui favorable à Le Pen), car, par ailleurs, Talonnette Ier a aussi cherché à séduire l'électorat de ces banlieues, sans toutefois avoir pu, jusqu'ici, y faire des visites dans le cadre de sa campagne électorale. Ses propos provocateurs de 2005, cependant, n'ont pas été de nature à garantir la concorde civile, et à apaiser le malaise social... Coïncidence facheuse pour Sarkozy, le 27 octobre 2005, le lendemain de la diffusion des images du passage du ministre de l'Intérieur à Argenteuil, deux adolescents de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) poursuivis par la police meurent électrocutés dans un transformateur électrique : cet évènement sera à l'origine de 18 jours d'émeutes dans plusieurs villes de France... A part celà, depuis 2002, selon Le Monde du 13 janvier dernier, les violences commises contre les personnes ont augmenté de 13,9 %. Beau bilan que celui de Sarkozy à l'Intérieur, en matière de lutte contre l'insécurité et la délinquance... S'il a pu, par ses provocations et manipulations médiatiques, éventuellement séduire l'électorat de l'extrême-droite, il n'aura pas réussi à masquer le bilan calamiteux des gouvernements Raffarin et Galouzeau de Villepin en matière de politique sociale, et surtout son propre bilan sécuritaire, plus que mitigé, au ministère de l'Intérieur...


A quoi tout cela aura abouti, en définitive ? A une banalisation accrue du Front National et du discours de Le Pen. Certes, l'affaire n'est pas nouvelle. Depuis les années 1980, Le Pen et ses partisans sont reçus tout à fait cordialement dans les médias, et des politiciens comme Sarkozy leur font même l'honneur de débattre avec eux, comme si l'extrême-droite était une mouvance politique comme une autre, ce qui n'est évidemment pas normal. Le 19 septembre 1995, par exemple, Jean-Marie Le Pen était reçu tranquillement à l'émission LMI : le magazine info de Guillaume Durand, sur TF1. Il a affirmé, à cette occasion, alors que la France était confrontée à des attentats islamistes, que "ni le problème du terrorisme ni celui de l'insécurité ne sont en voie d'être résolus" car, selon lui, ils auraient dû l'être "en amont, en empêchant d'abord cette formidable vague d'immigration" qu'il passe son temps à dénoncer. Pire encore, environ sept mois après le meurtre d'un jeune Français d’origine comorienne assassiné à Marseille d'une balle dans le dos, le 21 février 1995, par des colleurs d’affiches du Front national, et moins de cinq mois après un autre meurtre, celui d'un jeune Marocain, jeté et noyé dans la Seine le 1er mai 1995, en marge d’un défilé du FN à Paris, auquel participaient les meurtriers, entre les deux tours de l'élection présidentielle, Le Pen a également eu le culot de déclarer qu'"avant chaque grand rendez-vous du FN avec la France", lui et ses partisans étaient "victimes d'un évènement souvent sanglant", tandis que Guillaume Durand ne cessait de faire de la publicité pour la fête nationaliste Bleu-Blanc-Rouge (B.-B.-R.) du Front National prévue quelques jours plus tard, au bois de Vincennes à Paris, sur la pelouse de Reuilly... Le Pen, une victime ? Quelle comédie ! Avec toute la médiatisation dont il bénéficie depuis des années, il y a franchement de quoi rire jaune... Le dessinateur Bernar a également représenté des images de cette émission, propos à l'appui, pour Charlie Hebdo, à l'époque. Le Front National est un parti de haine, et le traiter avec déférence comme le font les journalistes et certains politiciens est tout simplement scandaleux.

 
Tout récemment, Le Pen a semble-t-il cherché à adoucir son image. Oubliant les dérapages verbaux racistes et antisémites des années passées, le 8 février dernier, sur France 2, il est ainsi apparu calme et serein, essayant de se donner une image consensuelle et évitant les dérapages. Le lendemain, les Guignols de l'Info, sur Canal+, se sont moqués de ce "nouveau Le Pen", en afflublant la marionnette du président du FN d'une tenue, d'un language, et de gestes, censés être ceux d'un jeune de banlieue d'aujourd'hui, avec survêtement de sport, casquette, skateboard, language en verlan, et doigts d'honneur pour dire "fuck au système". Si mes souvenirs sont bons - je cite de mémoire -, le Le Pen des Guignols, parodiant Sarkozy, a dit "J'ai changé". Il a évoqué un "FN cool, hype", pratiquant désormais un "racisme branché sur Second Life, jeune, 3D, ADSL ", "un racisme bio, Danacol, qui favorise le transit intestinal". Car attention : la forme est nouvelle, mais le fond reste le même. "FN un jour, FN toujours, man"  a affirmé le Le Pen des Guignols, car, au FN, on reste "French Touch"... Le FN serait-il devenu à ce point respectable, "cool", "hype", "fun" ? Le niveau des Guignols n'est, souvent, pas forcément très élevé, mais ils ont eu raison de souligner que le Front National reste un parti nauséabond. Peu importe les formes sous lesquelles il se présente.
Du reste, le 3 mars dernier, dans une réunion publique à Marseille, Le Pen a montré qu'il était bel et bien resté le même en matière d'immigration, en promettant une "chasse aux faux touristes" et le "rétablissement de la préférence nationale" dans tous les domaines. Il n'a pas épargné Sarkozy, dénonçant le "promoteur de la discrimination positive" et de "l'immigration positive, gigantesque système de préférence étrangère", celui qui a "institutionnalisé l'islam de France" et aidé à la "construction des mosquées" en France : "Certains de nos compatriotes ont l'air de croire que le ministre de l'Intérieur a pris le taureau par les cornes. A la vérité, les seules cornes prises sont celles de l'UMP" a-t-il affirmé, déclarant également qu'"aucun des hommes politiques qui se présentent aujourd'hui au suffrage des Français n'a pris la mesure du phénomène migratoire dans le monde contemporain", aucun à part lui, Le Pen, bien entendu.

Et puis il y a toujours cette histoire des 500 parrainages d'élus, nécessaires à tout candidat pour se présenter officiellement pour la course à l'Élysée. Chaque année d'élection présidentielle, Le Pen nous fait le coup des 500 signatures difficiles à obtenir. Et, pour des raisons stratégiques évidentes, Sarkozy s'en inquiète !

"L'absence de Le Pen du premier tour de l'élection présidentielle [...] serait dramatique pour ma candidature. Pour des histoires de signatures, 14 à 18 % de l'électorat se verrait dépossédé de son droit de vote [...]. Et dans ce cas, Le Pen et ses électeurs me le feraient payer. Et la conséquence directe serait donc un vote-sanction contre moi."

(Sarkozy, en privé, dans la semaine du 19 au 25 février, cité dans Le Canard Enchaîné N°4505, 28 février 2007)

Pour donner un coup de pouce à Le Pen, l'UMP a donc lancé un appel au parrainage aux maires sans étiquette, et Talonnette Ier s'est même senti obligé d'intervenir à la télévision, le 5 mars dernier, sur France 3, pour affirmer qu'il "se battrait" pour que ses concurrents à la présidentielle comme Olivier Besancenot ou Jean-Marie Le Pen obtiennent leur parrainages et puissent se présenter.

"Besancenot, on ne peut pas dire qu'il soit proche de moi, il représente l'extrême-gauche. Je trouve qu'il serait dommage qu'un homme comme Besancenot ne puisse pas participer à la compétition présidentielle."

(Sarkozy, France 3, journal télévisé, 5 mars 2007)

Cette évocation hypocrite de la candidature du trotskiste Besancenot ne trompe personne : seul le sort de la candidature de Le Pen inquiète vraiment le ministre-candidat. Si Sarkozy a peut-être réussi à triompher de Mégret sur un plateau de télévision il y a dix ans, le fait qu'il puisse se préoccuper aujourd'hui à ce point des 500 signatures de Le Pen est un aveu de faiblesse de sa part, vis-à-vis de l'extrême-droite...

"Je crois qu'il [Sarkozy] laboure mon terrain, mais c'est moi qui sèmerait et qui récolterait [...] car les gens préfèreront toujours l'original à la copie."

(Jean-Marie Le Pen, France 3, journal télévisé du soir, 7 février 2007)

De fait, la situation politique de notre pays est préoccupante. Aujourd'hui, le discours extrémiste de Le Pen est banalisé. Parmi les principaux participants à la course à l'Élysée, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa est le seul candidat qui, non seulement, cherche plus ou moins ouvertement - avec beaucoup de démagogie - à récupérer l'électorat favorable à Le Pen, mais qui, en plus, semble (ou a semblé) y parvenir pour partie - contrairement, par exemple, à l'autre candidat de l'extrême-droite, le vendéen Philippe de Villiers, dont la campagne s'enlise. Compte tenu de ce fait, Sarkozy est un des principaux responsables de cette situation, même s'il n'est pas le seul. Talonnette Ier, en jouant avec le feu au nom de son ambition personnelle, n'a fait que contribuer à pourrir un peu plus la vie politique de ce pays, en favorisant notamment ce que Robert Badinter a appelé la "lepénisation des esprits".

Il est absolument hors de question de cautionner les manoeuvres électoralistes et politiciennes de Sarkozy vis-à-vis de l'extrême-droite. Voila pourquoi je ne voterai jamais pour Sarkozy, même si celui-ci était opposé à Le Pen au second tour de l'élection présidentielle - puissions-nous échapper à ce cauchemar absolu ! Il serait immoral, indigne, de se rabaisser à voter Sarkozy, même dans ce cas de figure. Je me suis résigné à voter pour Jacques Chirac au second tour de l'élection de 2002, parce que j'estimais que celui-ci - tout escroc qu'il est - ayant déjà été président pendant sept ans, cela ne pourrait pas être pire pour les cinq années suivantes. Entre la stagnation chiraquienne et le grand bond en arrière lepéniste, j'ai préféré la stagnation... Mais cette fois-ci, je serai intraitable : Sarkozy est bien plus malfaisant que Chirac, et il est hors de question pour moi de le cautionner, même face à Le Pen...  Et que l'on ne vienne pas me dire que le vote blanc ou nul serait irresponsable dans ce cas de figure : si la responsabilité consiste à agir en conscience, alors je ne voterai jamais pour Sarkozy. Et peu importera le résultat, dans ce cas-là : la France se sera déjà humiliée, dès le premier tour, aux yeux du monde, en qualifiant Sarkozy et Le Pen pour le duel présidentiel final. Ce jour-là sera, d'ors et déjà, celui d'une véritable catastrophe politique pour notre pays... Mais, heureusement, pour le moment, nous n'en sommes pas là...

Cordialement, :-)

Hyarion.

(Illustrations : Caricature de Le Pen, par Kiro, publiée dans Manufacture française de candidats, Les dossiers du Canard Enchaîné N°83, avril 2002, et caricature de Sarkozy, par Kiro, sans date [vers 2005] ; Photographie volée d'une rencontre "fortuite" entre Le Pen et Jacques Chirac à Cannes [rencontre montée par Le Pen], 1987 ; Débat Sarkozy-Mégret, France 2, février 1997, dessins de Bernar, publiés dans Vu à la Télé, Charlie Hebdo hors-série N°8, janvier 1999 ; Caricature de Sarkozy, par Kiro, publiée dans Le Canard Enchaîné N°4417, 22 juin 2005 ; Le Pen dans une émission de Guillaume Durand, TF1, septembre 1995, dessins de Bernar,  publiés dans Vu à la Télé, Charlie Hebdo hors-série N°8, janvier 1999, op.cit. ; Photos de la marionnette de Le Pen, extraites d'une émission télévisée des "Guignols de l'Info", sur Canal+, diffusée le 9 février 2007)
Par Hyarion - Publié dans : Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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Mercredi 28 février 2007 3 28 /02 /2007 03:47
Le niveau de la campagne électorale continue, décidément, à se situer à un niveau très "élevée"... Peu après que Ségolène Royal se soit décidée à présenter son programme de candidate à l'élection présidentielle, le 11 février dernier, une inévitable polémique n'a pas manqué de faire rage : celle du financement des mesures promises par les deux principaux concurrents engagés dans la course à l'Élysée (Sarkozy et Royal)... Ainsi que l'a écrit Erik Emptaz dans le Canard Enchaîné, "C'est un vrai grand luxe que les campagnes électorales pour les candidats :  ils peuvent s'envoyer à la figure les milliards qu'il n'ont pas. (Le Canard Enchaîné N°4503, 14 février 2007)"
Bien évidemment, on a continué à taper sur Ségolène Royal, les médias ne manquant pas d'informer le public sur les conflits internes au sein de l'équipe de campagne de la candidate socialiste, autour de la question du coût des mesures annoncées dans le "pacte présidentiel" de Royal. Et, bien évidemment, on a fait assez peu de cas, pendant ce temps, des couacs de campagne que connait également Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, précisément sur la question du financement de son propre programme, dont j'ai déjà eu l'occasion de souligner le caractère démagogique, clientéliste, inapplicable et inacceptable. Heureusement, il y a encore quelques journalistes qui continuent, malgré tout, de faire leur métier, puisque le journal Le Monde a tout de même révélé, aux alentours du 16 février, et comme cela était prévisible, la révision à la baisse du "pacte républicain" de Sarkozy en raison de son coût jugé excessif.
C'est Pierre Méhaignerie, président sarkozyste de la commission des Finances à l'Assemblée Nationale, et numéro 3 de l'UMP, qui est à l'origine de l'affaire. Le 14 février, devant des journalistes, il admet que la promesse des 4 points de baisse des prélèvements obligatoires d'ici à 2012 ne pourra pas être tenue par Sarkozy durant son quinquennat présidentiel, s'il est élu. Le lendemain, avec deux autres sous-fifres sarkozystes - dont Alain Lambert, ancien ministre du Budget - Méhaignerie demande à François Fillon, responsable du projet présidentiel de Talonnette Ier, de limiter les dépenses nouvelles à 30 milliards d'euros sur cinq ans, Sarkozy étant dès lors obligé de supprimer de son programme ses belles promesses concernant notamment le bouclier fiscal et l'exonération des droits de succession. Le problème est que la réunion avec Fillon aurait dû rester confidentielle... Mais celle-ci ayant fait l'objet d'un article dans le journal Le Monde, Sarkozy n'a pas pu s'empêcher de s'énerver, et de dévoiler ainsi le fond de sa pensée :

"Je suis entouré d'une bande de connards ! [...] Méhaignerie aurait dû se taire. Ce centriste mou parle trop ! [...] C'est vrai que ça va être difficile, et même quasi impossible, de tout faire, mais il ne fallait pas le dire. C'est toujours comme ça, une campagne : on promet pour être élu, et après on déçoit. Mais, en dopant la croissance, on peut arriver à tout financer."

(Sarkozy, en déplacement dans l'île de la Réunion, le 16 février 2007, cité dans le Canard Enchaîné N°4504, 21 février 2007)

"Entouré d'une bande de connards" : on ne le lui fait pas dire... Pourtant, lors de ce voyage à la Réunion, Sarkozy a, par ailleurs, notamment déclaré :

"Cette élection, je commence à ne pas trop mal la sentir."

(Sarkozy, en déplacement dans l'île de la Réunion, le 16 février 2007, cité dans le Canard Enchaîné N°4504, 21 février 2007)

Sans doute soucieux de mettre les points sur les "i" concernant son ambition personnelle, il a également avoué la raison profonde de sa candidature à l'élection présidentielle :

"Parce que ma vie et l'histoire de ma vie, c'est de partir tout en bas pour aller tout en haut ! Il ne me reste qu'une marche..."

(Sarkozy, lors d'une réunion publique... à la Réunion, le 16 février 2007, cité dans le Canard Enchaîné N°4504, 21 février 2007)

Talonnette Ier peut bien afficher en public une volonté et une confiance à toute épreuve, toujours est-il que Ségolène Royal n'est pas la seule à rencontrer des difficultés dans cette campagne, et que Sarkozy, lui aussi, est confronté à des dérapages, malheureusement peu ébruités dans les médias... La course à l'Élysée est, de toute façon, loin d'être terminée...

Les sondages d'opinion - qui valent ce qu'ils valent - étant devenus, récemment, un petit peu moins favorable au ministre-candidat, le Premier ministre Dominique Galouzeau de Villepin croit y avoir la confirmation de ses prévisions :

"Je l'avais bien dit, [...] Sarkozy commence à dégringoler dans les sondages, et nous n'en sommes qu'à la fin-février. C'est la preuve qu'il y avait un espace pour un troisième homme. Avec sa campagne, il est en train d'ouvrir un boulevard à Bayrou. Le problème, c'est que Sarko va s'en apercevoir trop tard, et qu'il ne pourra plus changer de stratégie."

(Dominique de Villepin, devant quelques députés chiraquiens, cité dans le Canard Enchaîné N°4505, 28 février 2007)

Quant à Jacques Chirac, fort de son expérience en matière de campagnes électorales présidentielles, il a ainsi expliqué l'évolution des sondages, devant des proches, le 26 février :

"Cette campagne est partie trop tôt, beaucoup trop tôt [...]. Sarkozy a fait une erreur en croyant qu'il pouvait gagner tout seul. Il n'a personne de costaud auprès de lui. Moi, en 1995, j'avais Juppé, Séguin, Madelin, des gens qui pouvaient rassurer. Il n'a aucun grand intervenant, à part lui. Il ne dispose que de gens qui n'ont pas de dimension, comme Hortefeux, ou de personnalités qui sont devenues muettes, comme Juppé, Alliot-Marie et Raffarin. Il lui reste Borloo, mais son soutien va coûter cher. [...] Au moment où Ségolène Royal récupère des gens comme Jospin, Fabius ou Strauss-Kahn, Sarkozy apparaît comme isolé. Si, avec ça, il fait 25 % au premier tour, ce sera bien. Mais il risque de ne même pas les atteindre."

(Jacques Chirac, le 26 février 2007, cité dans le Canard Enchaîné N°4505, 28 février 2007)

Si seulement Sarkozy pouvait se prendre une volée de bois vert dès le premier tour... Cela serait fort bien, et lui apprendrait à ne plus prendre les électeurs pour des imbéciles en leur faisant des promesses intenables et démagogiques. Mais il est vrai qu'avec nos politiciens, c'est toujours la même chose : pour se faire élire, ils seraient prêts à promettre n'importe-quoi, et de préférence sur le court terme... Il faut dire que même en dehors des périodes électorales, ils ont toujours eu du mal à réfléchir à un futur allant au-delà... des élections suivantes. Pourtant, si la plupart des citoyens sont forcément préoccupés par leur avenir proche, ils sont aussi nombreux à s'interroger, plus largement, sur le monde comme il va, et sur ce qui nous attend, non pas seulement dans les toutes prochaines années, mais également dans les prochaines décennies...
Les citoyens ont, à mon avis, besoin de savoir où ils en sont pour aborder l'avenir avec confiance... On en revient toujours aux questions philosophiques fondamentales, que le peintre Paul Gauguin a traduit en peinture avec son célèbre tableau D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?... Les hommes et les femmes ont besoin de connaître leur passé, savoir qui ils sont, et également essayer de concevoir où ils vont... Les sciences humaines et les sciences de la nature peuvent leur apporter des éléments de réponse pour savoir d'où ils viennent et ce qu'ils sont, mais pour essayer de savoir où ils vont, ils peuvent aussi avoir besoin d'un peu de prospective (étude des avenirs possibles), pour servir de base à une réflexion proprement politique (au sens premier du terme)...


La plupart des citoyens électeurs français qui voteront cette année ne seront probablement plus là pour voir ce que le monde sera devenu dans 100 ans, mais est-ce pour autant une raison pour refuser d'envisager l'évolution du monde au delà de nos misérables existences ? Il y a quelques années, Thierry Gaudin, ingénieur général des Mines et président de "Prospective 2100", association ayant pour but de contribuer à la promotion de la prospective auprès des décideurs, a essayé d'imaginer à quoi ressemblerait notre planète à la fin du XXIe siècle. Il a ainsi présenté sa démarche :

"A vrai dire, il est tout à fait nécessaire de réfléchir avec une perspective de cent ans. La plupart des grandes décisions dans l'urbanisme, l'agriculture, l'environnement, l'aménagement du territoire, l'éducation, les télécommunications, l'espace, auront des effets dans plus d'un siècle. [...] Je ne prétends pas détenir une vérité absolue, mais j'aurais atteint mon but si d'autres se mettent à voir l'avenir à leur manière, avec la même passion. [...] Bien que l'on ne puisse prévoir les ciconstances détaillées, il est possible de décrire un scénario vraisemblable, par analogie avec l'Europe du milieu du 19ème siècle. A l'époque, le prolétariat urbain s'étant multiplié jusqu'à devenir menaçant, la classe dirigeante structure les villes en rasant les quartiers insalubres ; elle structure aussi les esprits, apprend à lire, écrire, compter et inculque la morale bourgeoise aux masses illettrées.
De même, d'ici à 2020, les tendances actuelles s'inversent. De grands programmes d'enseignement et d'urbanisme sont mis en place, mobilisant toutes les ressources de la technique moderne. Ils se déploient là où la classe dirigeante se sent en danger. Pour les besoins collectifs, seul l'argent de la peur ne manque pas."

(Thierry Gaudin, in GAUDIN [Thierry], dir., 2100, récit du prochain siècle, Editions Payot, 1990 / Editions Payot & Rivages, 1999)

Thierry Gaudin, s'inspirant donc de l'évolution des sociétés européennes du XIXe siècle, a également pris pour point de départ les tendances dont nous sommes témoins depuis les années 1980 : l'ouverture d'un espace mondial de télécommunation ; l'urbanisation des sociétés humaines ; la lente uniformisation de la vie concrète des populations de la planète au delà des différences de langues, de cultures et de croyances ; le libéralisme triomphant, source d'efficacité économique, d'une normalisation des comportements, d'acquisitions d'une richesse extérieure au prix, bien souvent, d'un appauvrissement intérieur ; la concurrence généralisée, source d'exclusions et de modes de vie souvent prédateurs ; une économie de marché planétaire qui ne règle en rien les problèmes de protection de l'environnement et de respect des droits de l'homme. Le scénario qu'il imagine pour notre siècle est fort intéressant, même s'il ne s'agit que d'un scénario possible parmi bien d'autres :

"Prise dans son ensemble, l'évolution de notre monde d'ici 2100 peut être sudivisée en trois périodes de 40 ans :

1980-2020. Les médias règnent :

on cherche par tous les moyens à capter l'attention fugitive du public, l'information ouvre largement la conscience sur le monde, mais elle est elle-même conditionnée par le besoin de persuader. Chassées de leurs terres par la concurrence des agricultures industrialisées, d'énormes masses humaines viennent silencieusement grossir les banlieues des grandes villes de tous les pays.


2020-2060. La société d'enseignements :

par peur, et en réaction contre l'insouciance de la période précédente, on cherche à mettre fin à l'illettrisme, à la drogue et aux sectarismes en éduquant les déshérités. Le besoin d'ordre se manifeste partout simultanément. De grands programmes mondiaux d'aménagement, d'urbanisme et de reforestation sont lancés. On construit des villes marines et on se prépare à envoyer dans l'espace des planètes creuses artificielles. L'assiette de la fiscalité est changée pour mettre aussi de l'ordre dans l'environnement. A chacun de payer selon les dégâts qu'il crée ou suscite.


2060-2100. La société de libération :

en réaction contre le caractère normatif et presque étouffant de la période précédente, les individus cherchent à libérer leur potentiel créateur. Le développement des grands projets s'est déployé sur toute la planète, le principe de plaisir est le moteur des plus grandes réalisations, le respect et l'épanouissement de la vie sous toutes ses formes sont la préoccupation majeure. La conscience est élargie. Les humains se sentent responsables de la biosphère Gaïa, de la Terre mère considérée scientifiquement comme un être vivant.


L'ampleur de ces perspectives réactualise les grands débats philosophiques. Aux trois questions fondamentales de la métaphysique (Qui sommes-nous ? D'où venons-nous ? Où allons-nous ?), le philosophe Allan Watts ajoutait une quatrième : qui va faire la vaisselle ? Question à la fois pertinente et impertinente, et plus profonde qu'il n'y paraît. L'évolution future peut en effet être comprise comme le mouvement d'une relation entre un monde intérieur plus ou moins ordonné, et un monde extérieur lui aussi plus ou moins ordonné. Bien faire le ménage et la vaisselle manifeste au dehors l'ordre intérieur de celui qui le fait. C'est la preuve concrète de la dignité à laquelle l'individu prétend, la démonstration qu'il ne se paye pas de mots. [...] Nous somme parvenus au dernier stade de l'Homo Faber, celui de d'Homo Faber Coca-colensis. L'enjeu du 21ème siècle est de devenir enfin Homo Sapiens Ludens, espèce régulée par sa sagesse et sa prévoyance dans tous ses comportements essentiels : reproduction, santé, harmonie avec la Nature, respect de la vie, connaissance de soi et du monde.


Plus tôt la conscience s'élargira, et mieux seront assumées les inévitables transitions vers une société plus éduquée, équilibrée et sobre. On ne s'oriente bien que par rapport au futur."


(Thierry Gaudin, in GAUDIN [Thierry], dir., 2100, récit du prochain siècle, Editions Payot, 1990 / Editions Payot & Rivages, 1999, op.cit.)

Une seule période dont on peut vérifier l'exactitude est la première, qui fait partiellement déjà partie de l'histoire... Pour le reste, qui sait ?
En France, selon les dernières données de l'INSEE pour 2006, l'espérance de vie à la naissance est d'environ 84 ans pour les femmes et d'environ 77 ans pour les hommes. La plupart des enfants nés en France l'année dernière connaitront donc, peut-être, dans leur vieillesse, cette société de libération dont parle Thierry Gaudin... Pour ma part, étant né en 1981, je ne verrai, dans le meilleur des cas, que la première moitié du XXIe siècle et peut-être, éventuellement, si Dieu me prête encore vie, une toute petite partie de la seconde moitié de ce siècle... J'espère que nous n'étoufferons pas trop dans l'ère normative et ordonnée que Thierry Gaudin imagine pour la période des années 2020-2060. A ce moment-là, les capacités excessives d'influence des médias tout-puissants sur les populations se seront peut-être effectivement enfin atténuées, mais d'ici là, ceux qui manipulent aujourd'hui ces médias, et qui en sont en même temps les esclaves, comme Sarkozy en France, conservent une forte capacité de nuisance - c'est le moins que l'on puisse dire -, et doivent, à ce titre, être fermement combattus, car il est clair que nous n'avons pas de temps à perdre avec ces gens-là...

Pour ceux que cela intéresse, le site de Prospective 2100
(en français et en anglais) est accessible à l'adresse suivante :

http://www.2100.org/ind_fr.html


Cordialement, :-)

Hyarion.


(Illustrations : Vue imaginaire de la Grande Galerie du Louvre en ruines, huile sur toile [1796] par Hubert Robert, Paris, Musée du Louvre ; D'où venons nous? Que sommes nous? Où allons nous?, huile sur toile [1897-1898] par Paul Gauguin, Boston, Museum of Fine Arts)
Par Hyarion - Publié dans : Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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Dimanche 18 février 2007 7 18 /02 /2007 07:58
« Le jour où je n'aurai plus de responsabilités de cette nature, eh bien  j'essaierai de servir la France, les Français d'une autre manière. [...] Il y a sans doute une vie après la politique ; jusqu'à la mort. »

(Jacques Chirac évoquant l'après-présidence, lors d'un entretien télévisé, France 2, 11 février 2007)

Il est
fort probable que notre président sortant, Jacques Chirac, ne se représentera pas pour un troisième mandat à la tête de l'État. A la vérité, il n'a pas dit grand-chose lors de cet entretien du 11 février dernier, à l'occasion de l'émission-brosse-à-reluire du dimanche de Michel Drucker ("Vivement Dimanche", France 2)... En fait, Chirac se donne le temps de la réflexion jusqu'à la fin du 1er trimestre de l'année pour prendre une décision définitive, soit jusqu'au mois de mars, au moment où les candidats doivent déposer leurs parrainages pour participer officiellement à la course à l'Élysée. Mais au bout de 12 ans de pouvoir, il n'a plus guère de crédit dans l'opinion, et Sarkozy a tout fait pour s'imposer comme son successeur, en prenant le contrôle de son parti unique, l'UMP, et en ralliant à lui la grande majorité de la clique politicienne que constitue la droite française.
 
Pourtant, les choses ne peuvent pas se terminer ainsi. Chirac n'a pas encore dit son dernier mot. Il dit ne pas être rancunier, mais dans le fond, il ne désespère sûrement pas de voir échouer le traitre Sarkozy dans sa quête de la confiscation du pouvoir. Face à la faiblesse de l'opposition des Bisounours du PS, Sarkozy prends de plus de plus de confiance. Il commence à croire que la victoire sera bel et bien pour lui. Chirac est peut-être notre dernier espoir. Un dernier petit meurtre politique avant d'aller en taule ? Pourquoi pas ? Car, plus qu'un grand magouilleur, Chirac est, avant tout, un redoutable tueur politique, notamment lors des élections présidentielles. Ainsi, il a tué Chaban-Delmas en 1974 au profit de Valéry Giscard d'Estaing ; ensuite, l'orgueilleux Giscard d'Estaing l'ayant un peu trop humilié lorsqu'il était son Premier ministre entre 1974 et 1976, il a tué Giscard, en 1981, au profit de François Mitterrand (lequel lui a renvoyé l'ascenseur en 1995 en faisant de lui son successeur à l'Élysée) ; il a tué Raymond Barre en 1988, et, bien évidemment, il a tué Edouard Balladur en 1995, lui faisant ainsi payer sa trahison. On pourrait ajouter au tableau de chasse Philippe Séguin, semble-t-il acculé à une sorte de suicide politique en 2001, lors des dernières élections municipales à Paris, qui furent un désastre pour la droite... Dans une certaine mesure, il a aussi saigné ses Premiers ministres successifs, Alain Juppé, Lionel Jospin, Jean-Pierre Raffarin, Dominique Galouzeau de Villepin... Et tant d'autres politiciens...
Chirac pourrait très bien tuer Sarkozy... Mais le veut-il seulement ? Il faut l'espérer...

Chirac raconte ainsi, à Pierre Péan, la trahison de l'ambitieux Sarkozy et du vaniteux Balladur, dans la perspective de l'élection présidentielle de 1995 :

Trahison de Sarkozy :

« Le président [Chirac] en vient au lâchage de Sarkozy, le 24 novembre 1993, à l'issue d'un bureau politique du RPR réuni à Paris, rue de Lille.
"On clôt la réunion, tout le monde s'en va... J'étais le dernier, je m'apprête à m'en aller. Je passe un coup de téléphone quand Sarkozy réapparait et me dit "il faut que je vous parle." On s'est rassis tous les deux au milieu des 30 chaises vides.
"Je vais déclarer mon soutien à Balladur.
– Ecoute, c'est bien, mais pourquoi viens-tu me dire cela ?
– Moi, je suis un politique, je fais de la politique, et il est évident que Balladur sera élu. Donc je soutiens Balladur."
Je lui réponds : "C'est très bien : tu fais ce que tu veux."
C'était tout à fait étonnant : ce garçon qui m'a toujours soutenu vient me dire qu'il va soutenir Balladur parce qu'il est un politique ! [...]" »

Trahison de Balladur :

« Après un tête-à-tête à Matignon [Balladur est alors Premier ministre de cohabitation] - je crois que c'était le dernier -, le Premier ministre me raccompagne jusque sur le perron. Je lui dis au revoir, je descends deux marches et il me dis alors : "Jacques, je veux que vous sachiez maintenant que je ne serai jamais votre Premier ministre." Il n'était pas encore candidat. Pour moi, il devait y avoir continuité, c'est-à-dire qu'il devait être mon Premier ministre si je gagnais les élections. C'était en réalité une manière de me dire qu'il allait se présenter contre moi... Cette manière de le dire sur les marches, au moment où je partais, alors qu'il me tournait déjà le dos, c'est comme ça que j'ai appris qu'il serait candidat.
Ça m'a fait de la peine.
Nous avons été intimes, et je n'avais jamais imaginé qu'il pourrait tirer un avantage quelconque de notre relation. »

(Chirac, in Pierre Péan, L'Inconnu de l'Elysée, Fayard, 2007, cité in Marianne N°512 [du 10 au 16 février 2007])

Balladur a ainsi commenté, en petit comité, le 13 février dernier, les propos de Chirac reproduits dans le livre de Pierre Péan :

"Ce type est un menteur. Il ment sur tout. [...] Il ment en disant qu'il n'est pas rancunier. Cela fait douze ans qu'il réserve sa rancune aux balladuriens et à Nicolas Sarkozy. Sans parler de celle qu'il a vouée à Giscard. [...] Ce type est vraiment un minable. Il essaie de se donner le beau rôle. Il m'accuse d'être vaniteux. Je le suis peut-être, mais sans doute moins que lui. Car lui n'aime que les titres et les hautes fonctions. Qui plus est, cela ne fait pas quarante ans que je me vautre comme lui dans les honneurs, les prébendes et les palais nationaux. Et cela ne fait pas quarante ans que je vis aux frais du contribuable. Moi, j'ai toujours habité chez moi."

(Edouard Balladur, à propos de Chirac, cité in Le Canard Enchaîné N°4503, 14 février 2007)

Décidément, ces gens-là seront toujours à couteaux tirés... mais, franchement, s'ils ne passaient pas leur temps à s'entretuer, je crois que l'on finirait par s'ennuyer... ;-)

Dieu sait si j'ai détesté Chirac et ses magouilles, jusqu'à ce que je sois contraint de voter pour lui, et contre Le Pen, au second tour de l'élection présidentielle de 2002 : jusque-là, j'ai tant espéré qu'il soit jugé et emprisonné pour toutes les affaires auxquelles il a été mêlé, du temps où il était maire de Paris (de 1977 à 1995) et président du RPR (de 1976 à 1994)... Pour toutes ces affaires, celles des emplois fictifs de la Mairie de Paris, du financement occulte du RPR (et de la fameuse Cassette Méry qui va avec), des HLM de Paris, des frais de bouche exorbitants du couple Chirac à la Mairie de Paris, des voyages sous des faux noms et payés en liquide entre 1992 et 1995, je pense désormais que Chirac ne sera jamais vraiment inquiété. La plupart de ces affaires ont été jugées, ou classés sans suite. Je crois que l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris est encore en cours, et que les poursuites contre Chirac pourront reprendre lorsqu'il ne sera plus le président en exercice, mais quelque-chose me dit qu'il réussira encore à échapper à la justice... Dans le meilleur des cas, ce sont des seconds couteaux qui auront payés à sa place...

Chirac, cette tête à claques, ce chef de clan politicien, devenu aujourd'hui grand défenseur de l'environnement et chantre de la préservation de la planète, va donc probablement s'en tirer... En tant que citoyen, je lui sait gré d'avoir fermement refusé, au nom de la France, en 2003, de participer à la désastreuse guerre d'Irak. C'est, avec le discours du Vel'd'Hiv de 1995 reconnaissant la responsabilité collective de la France dans les déportations sous l'Occupation, et avec la suppression du service militaire en 1997, le côté positif de son action de président de la République. Mais, pour le reste, le bilan de Chirac n'est guère brillant, c'est le moins que l'on puisse dire... Il ne lui reste plus, maintenant, qu'à ne pas rater sa sortie, en rendant ce grand service à la France que représenterait l'élimination politique de Sarkozy... Personne mieux que Chirac pourrait réussir cela...
L'espoir fait vivre...
Nous verrons bien...

Cordialement, :-)

Hyarion.


Annexes :
Je ne résiste pas au plaisir de retranscrire ici les propos savoureux que Chirac a tenu en 2000 et 2001 à propos de la Cassette Méry et des voyages payés en liquide du temps où il était maire de Paris... C'était l'époque, pas si lointaine, des petites formules soigneusement choisies, celles des "abracadabrantesque" et autres "pschitt"...
Décidément, en voila encore un qui nous aura bien roulé dans la farine...
J'ai mis en évidence les mots qui m'ont paru les plus caractéristiques du "Chirac des affaires", y compris un verbe "avoir" employé à l'époque au présent par Chirac, mais qui a été curieusement mis au conditionnel dans la retranscription officielle figurant sur le site de l'
Élysée (le vrai "ont" est ainsi devenu un "auraient")...

Jacques Chirac, Président de la République, à Angoulême (Charente), lors d'un entretien télévisé avec la journaliste Élise Lucet, France 3, Jeudi 21 septembre 2000 :

« ÉLISE LUCET - Monsieur le Président, nous reviendrons dans un instant, si vous le voulez bien, sur le référendum sur le quinquennat qui est le but de votre visite, ici, à Angoulême. Mais, d'abord, dans son édition d'aujourd'hui, donc, Le Monde publie une interview posthume de Jean-Claude MÉRY que nous avons entendue, où vous êtes personnellement mis en cause. Il affirme avoir remis une valise de cinq millions de Francs à Michel ROUSSIN, en votre présence, et cela pour le financement occulte du RPR.

J'ai envie de vous demander quelle est votre réaction à la fois sur la forme et sur le fond ?

LE PRÉSIDENT - Ma réaction : je suis indigné. Indigné par le procédé. Indigné par le mensonge. Indigné par l'outrance. Mme LUCET, il doit y avoir des limites à la calomnie. Hier, on faisait circulait une rumeur fantaisiste sur une grave maladie qui m'aurait atteinte -sous-entendu je ne serais plus capable d'assumer mes fonctions-. Aujourd'hui, on rapporte une histoire abracadabrantesque. On fait parler un homme mort il y a plus d'un an. On disserte sur des faits invraisemblables qui ont eu lieu il y a plus de quatorze ans. On exhume un enregistrement fait il y a plus de quatre ans et dont le journal lui-même, qui publie ces propos, les qualifie "d'invérifiables" et de "sans valeur juridique".

Tout cela, comme par hasard, trois jours avant un référendum visant à améliorer le fonctionnement de notre démocratie.

Alors, je vous le dis, ces allégations sont indignes et mensongères. Voilà, pourquoi, je demande que ces éléments soient transmis à la justice afin que la vérité balaie la calomnie.

ÉLISE LUCET - Monsieur le Président, sur le fond, sur le système de financement occulte des partis et donc du RPR décrit par Jean-Claude MÉRY, ce système extrêmement organisé, extrêmement précis, je veux dire, quelle est votre réaction ? Est-ce que vous avez eu des contacts avec Jean-Claude MÉRY ? Est-ce que vous le connaissiez ? Comment réagissez-vous sur le fond ?

LE PRÉSIDENT - Je vous dis que : "tout ce qui est dans ce pseudo-message, est pour moi sans fondement, mensonge, calomnie. Et pour tout dire, manipulation". Et je n'ai pas d'autre chose à dire.

ÉLISE LUCET - Avez-vous le sentiment que la campagne électorale pour l'élection présidentielle est lancée ?

LE PRÉSIDENT - J'espère que ce n'est pas le moyen choisi par certains pour la lancer. »

Jacques Chirac, Président de la République, au Palais de l'Elysée (Paris), lors d'un entretien télévisé, à l'occasion de la fête nationale, avec les journalistes Patrick Poivre d'Arvor, Béatrice Schönberg et Élise Lucet, TF1, France 2 et France 3, Samedi 14 juillet 2001 :

« QUESTION - Monsieur le Président, on va largement y revenir dans le cours de cet entretien. Je voudrais qu'on aborde le deuxième gros titre, si je puis dire, de cette heure que nous allons passer ensemble. Une immense polémique est venue autour du financement de vos voyages privés, lorsque vous étiez maire de Paris entre 1992 et 1995. D'où viennent ces sommes, question très concrète, est-ce que les 2,4 millions que les juges estiment être à peu près la réalité correspondent à la réalité ?

LE PRÉSIDENT - Je voudrais dire que les Français aspirent à plus de vérité, à plus de transparence et à plus de justice. C'est non seulement normal mais souhaitable pour notre démocratie et cela s'impose à chacun d'entre nous. Mais que cette aspiration soit dévoyée, par le soupçon, par la rumeur, par la manipulation, par la présomption de culpabilité érigée en système, alors c'est une autre chose, car cela a pour conséquence, non seulement d'occulter la vérité, mais aussi d'occulter le débat démocratique, et ce à la veille de grandes échéances électorales, sur les problèmes qui se posent aux Français. Ce n'est pas innocent, naturellement,...

QUESTION - ...Mais qui les développe ?

LE PRÉSIDENT - Si vous permettez que je termine, j'en ai pour une seconde. Ce n'est pas innocent, mais cela ne sert ni la démocratie, ni les Français, ni l'image et donc la capacité d'action de la France à l'étranger.

QUESTION - Monsieur le Président, dans ce cas, est-ce qu'il ne vaudrait mieux pas, tout simplement vous expliquer ou parler, et cela désamorcerait toute l'affaire.

LE PRÉSIDENT - C'est une excellente occasion pour moi de le faire...

QUESTION - Alors, parlons... et sur la provenance de ces fonds ?

LE PRÉSIDENT - C'est une excellente occasion pour moi de le faire, et je ne vous cache pas que je suis heureux de pouvoir le faire aujourd'hui. Parler aux Français, c'est toujours une joie, c'est un honneur, mais dans la circonstance actuelle, pour moi, c'est nécessaire et j'attendais, je ne vous le cache pas, ce moment avec un peu d'impatience.

Alors, venons au fait. Il s'agit de quoi ? De mes voyages. Alors, j'ai regardé ce dont il s'agissait, je suis même revenu dans mes agendas pour vérifier des choses et qu'est-ce que je vois ? Vous me permettrez de faire quatre réflexions. D'abord, dans ces voyages, qu'est-ce qu'il y a ?

QUESTION - Privés ou publics ?

LE PRÉSIDENT - Il y a des voyages professionnels, il y a des voyages privés, il y a des voyages, d'ailleurs courts, qu'il m'est arrivé d'offrir à tel ou tel de mes collaborateurs proches, pour les remercier du travail fourni. Et puis alors, là où j'ai été stupéfait, c'est quand je me suis aperçu du chiffre exorbitant que l'on m'imputait au titre de ces voyages et, cherchant à vérifier, quand je me suis aperçu qu'il y avait dans ces voyages, certains que ni moi, ni ma famille, ni aucun de mes amis n'avaient jamais fait, on pourrait prendre des exemples, mais peu importe. Qu'il y avait des voyages qui avaient été faits par certains de mes collaborateurs qui les avaient eux-mêmes, certes par mon agence de voyages, commandés et payés, et que l'on m'imputait. Et qu'il y avait surtout toute une série de voyages à des noms de gens dont je n'ai jamais entendu parler.

QUESTION - Donc, pour vous, les sommes se dégonflent ?

LE PRÉSIDENT - Ce n'est pas qu'elles se dégonflent, c'est qu'elles font "pschitt", si vous me permettez cette expression.

QUESTION - Et vous arrivez à les chiffrer ?

LE PRÉSIDENT - Je ne l'ai pas fait, mais cela, je peux vous le dire n'a strictement ...

QUESTION - ...On a parlé de la moitié de la somme ?

LE PRÉSIDENT - Cela n'a strictement, je peux vous le dire, aucun rapport avec la somme qui est aujourd'hui jetée en pâture à l'opinion publique, sans que personne ne se soit préoccupé de savoir si elle était ou non justifiée, parce que : calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose !

QUESTION - Deux choses, Monsieur le Président, la question vient de leur provenance, non pas des voyages ?

LE PRÉSIDENT - Vous permettez, j'y viens. Ma deuxième réflexion, c'est que ces règlements ont été faits de manière parfaitement légale, et je vais répondre à votre question, puisque vous l'avez déjà posée. Ils ont tous été faits sur facture. Si j'avais voulu les dissimuler, je n'aurais pas fait faire de factures. Ils ont tous été faits sur facture, c'est d'ailleurs comme cela qu'on les retrouve, sinon on ne les retrouverait pas. Et deuxièmement, ils ont été, nous y reviendrons peut-être tout à l'heure, payés avec mes indemnités personnelles.

Troisièmement vous pourriez me dire, et vous allez me dire, j'en suis sûr, "mais ils ont été payés en espèces..."

QUESTION - Absolument...

LE PRÉSIDENT - Oui, ils ont été, pour un certain nombre d'entre eux payés en espèces. Pourquoi ? Tout simplement pour des raisons de discrétion et de sécurité. Un ancien Premier ministre est tenu à un certain nombre de dispositions de sécurité. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle l'État met à son service des officiers de police. J'ai moi-même été, vous le savez, l'objet d'un attentat dans le Capitole, que je n'ai pas pris à la dernière minute, je ne me souviens plus pourquoi. Cet attentat, hélas, a fait une victime. Il y a une sécurité et une discrétion nécessaires.

QUESTION - Et là, il y avait des menaces particulières.

LE PRÉSIDENT - Non, il n'y avait pas de menaces particulières. Mais il y a une précaution nécessaire qui implique une certaine sécurité, une certaine discrétion. C'est ce qui explique...

QUESTION - C'est pourquoi il y a faux noms,...

LE PRÉSIDENT - Exactement, c'est ce qui explique que mon agence de voyages ait souvent mis des noms qui n'étaient pas le mien. Les vrais noms étaient donnés à la compagnie aérienne, en particulier, à la dernière minute, au moment où j'allais monter. Je voudrais juste terminer, j'ai un quatrième point et après je répondrais à toutes vos questions. J'ai un quatrième point : l'essentiel de ce qui reste de ces sommes tient naturellement au prix des billets d'avion. Je vais vous dire une chose : Je suis ancien Premier ministre depuis 1976. Il y a un usage, je ne crois pas que ce soit un droit, mais en tous les cas c'est un usage, qui a été rappelé par un certain nombre de présidents d'Air France, qui veut que les anciens Premiers ministres et les anciens ministres des Transports peuvent bénéficier, s'ils le demandent, de billets gratuits sur Air-France et sur les compagnies associées. Je vais vous dire une chose, je n'ai jamais, jamais, pas une seule fois, demandé et a fortiori bénéficié d'un voyage ou d'un billet gratuit ou même à taux réduit sur Air France. J'ai toujours commandé mes billets à mon agent de voyages. Je les ai toujours payés à taux plein. Je me demande parfois si j'ai eu raison, parce que si j'avais fait autrement, le chiffre finirait de s'effondrer. Peu importe, mais ce que je tiens à dire, c'est que moi, je n'ai jamais demandé et a fortiori obtenu, le moindre billet gratuit ou à tarif réduit de la part d'Air France. Voilà.
»


(Illustrations : Caricature de Chirac, par Pétillon, publiée dans Le Canard Enchaînée N°4463, 10 mai 2006 ; Portrait officiel de Jacques Chirac, président de la République, photographie par Bettina Rheims, 1995 ; Caricature de Chirac et Sarkozy, par Kiro, publiée dans Le Canard Enchaîné N°4502, 7 février 2007 ; Caricature de Jacques Chirac, par Kiro, publiée dans Manufacture française de candidats, Les dossiers du Canard Enchaîné N°83, avril 2002)
Par Hyarion - Publié dans : Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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Jeudi 15 février 2007 4 15 /02 /2007 23:52
Au début de l'année 2006, les Français, d'après un sondage, considéraient que la président de la République idéal pour notre temps devait être un homme ou une femme de 50 ans : ça tombe bien, Sarkozy et Royal ont précisemment la cinquantaine... Tout le monde semble se féliciter du fait qu'avec ces gens-là on assiste à un "rajeunissement"du personnel politique français, mais Sarkozy et Royal n'ont pas beaucoup de mérite quand ils prétendent remplacer des "dinosaures" politiques comme Chirac, entré pour la première fois dans un gouvernement en... 1967.
En réalité, on est encore loin d'assister à un véritable passage de relais entre les générations, mais pourquoi s'en étonner ? C'est un fait bien français : dans ce pays, les "vieux" font tout ce qu'il peuvent pour rester en place, et les "jeunes" font tout ce qu'il peuvent pour essayer de les remplacer, sans qu'il y ait véritablement d'échanges, de transmissions d'expériences entre les "vieux" et les "jeunes"... Dès lors, les citoyens électeurs ayant entre 18 et 30 ans, qui commencent à voir émerger seulement maintenant la génération de leurs parents dans la vie politique, ont de quoi s'interroger sur la lenteur avec laquelle s'effectue dans ce pays le renouvellement des générations chargées de diriger la France...


Quoiqu'il en soit, cette fois-ci, nous y sommes : dimanche dernier, 11 février, la candidate du PS s'est enfin décidée à présenter son programme. Ce sera donc le "pacte présidentiel" de Royal contre le "pacte républicain" de Sarkozy...
L'heure du choix n'est pas encore venue, et de toute façon je me prononcerai de façon définitive qu'après avoir lu les professions de foi des différents candidats que l'on m'aura envoyé par la poste. C'est ce moment-là qui sera décisif, celui où tous les candidats officiels vont à la rencontre de chaque citoyen électeur pour lui demander, par écrit, son suffrage.

Passons donc sur le programme de Ségolène Royal, qui est loin d'être excellent, même s'il contient quelques idées allant dans le bon sens... Comme à l'accoutumée, je voterai à gauche, mais je ne sais pas encore pour qui, le choix étant, par ailleurs, un peu plus restreint qu'en 2002 (sachant que certains candidats ne récolteront peut-être pas assez de parrainages d'élus pour se présenter officiellement). Je n'ai évidemment pas confiance en Royal, mais face au danger sarkozyste, je préfère la ménager. Plus tard, nous aviserons...

La priorité, c'est de combattre Sarkozy et son programme de droite, dont voici les grandes lignes :

PROGRAMME de SARKOZY

En matière d'économie :


- Le principe des 35 heures de travail par semaine ne serait pas remis en cause mais Nicolas Sarkozy défend un droit de "travailler plus pour gagner plus". Le président de l'UMP veut donc permettre aux salariés et aux chefs d'entreprise de s'exonérer du régime des 35 heures.

- Un service minimum dans les transports publics appliqué dès le mois de juillet 2007.

- L'instauration d'une concurrence accrue dans la grande distribution, dans le but de faire baisser les prix.

- Le vote d'une loi obligeant, dans le cadre d'un conflit social, un vote à bulletin secret au bout de huit jours de grève.

- Suppression des droits de succession pour les petits et moyens patrimoines.

- Fiscalité : poursuite de la simplification d'un impôt à trois tranches au lieu de cinq et un plafonnement à 50% (CSG comprise) du bouclier fiscalBaisse de quatre points du taux de prélèvement obligatoire (45,3% du PIB) afin de rendre 68 milliards aux Français, et leur permettre de consommer davantage. En contrepartie : non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, remise à plat de la formation professionnelle, suppression des minima sociaux sans contrepartie d’activité et des préretraites. Le président de l’UMP reste opposé à la suppression de l'impôt sur la fortune (ISF). Il propose néanmoins que les investissements au profit des PME puissent être déduits de l’impôt de solidarité sur la fortune, dans la limite de 50.000 euros.

En matière d'éducation :

- Suppression du système de la carte scolaire pour que "chaque établissement ait la liberté de recruter des enfants en dehors de son secteur".

- Permission donnée aux parents d'élèves de participer beaucoup plus sur les décisions concernant l'organisation de la vie scolaire (construction d'une cantine, d'une salle de sport) et le règlement intérieur.

- Permission donnée à 5% des meilleurs élèves des établissements de rejoindre une classe préparatoire aux grandes écoles.

- Création d'internats de réussite éducative en ville et d'écoles de la deuxième chance pour les victimes du système d'éducation prioritaire.

- Liberté pédagogique des enseignants mais en contrepartie ils devront être évalués.

- Collège unique : "Sortir de cette impasse par l'individualisation des parcours".

- Augmentation du salaire du professeur qui aide en dehors des cours des élèves en difficulté.

En matière de société :

- Nicolas Sarkozy s'oppose au mariage homosexuel, tout comme à l'adoption par les couples de même sexe. Mais il propose la création « d'un système qui, sur le plan fiscal, patrimonial et successoral, garantisse l'égalité entre couple hétérosexuel et couple homosexuel ».

- Logement : favoriser l'acquisition d'un bien immobilier par le crédit hypothécaire avec la caution de l'Etat.

- Service civil obligatoire fractionné ou non de 6 mois au total destiné aux jeunes âgés de 18 à 30 ans.

- Internet : protection des jeunes contre les jeux violents et lutte contre la pédophilie.

En matière d'écologie :

- Création d'un "grand ministère" du Développement durable chargé de l'environnement, de l'eau, des transports et de l'énergie.

- Création d'une « redevance » pour les camions poids-lourd étrangers qui entrent sur notre territoire.

 - Doubler d'ici 2012 le "poids de la fiscalité écologique" compensée par une réduction des charges pesant sur le travail. Et mise en place d'un "crédit d'impôt écologique" pour que "l'investissement écologique soit plus intéressant que l'investissement polluant".

En matière de politique étrangère :

- Nicolas Sarkozy s'oppose fermement à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne.

-
Remettre les droits de l'homme au coeur des relations avec un certain nombre de pays comme la Russie ou la Chine ; défense des droits internationaux de l'environnement, du travail, de la culture, de l'éducation et de la santé.

Voila. Bien évidemment, la grande majorité du contenu de ce programme est démagogique, clientéliste, inapplicable et inacceptable. Le fait est que
, au nom du "rassemblement de tous les Français", le ministre-candidat a voulu rendre son programme plus consensuel, en le soupoudrant de mesures moins "droitières" et davantage "centristes", mais qui ne trompent personne. Cela ne change rien à l'affaire. Inacceptable, donc, mais il est vrai que la candidature de Sarkozy, en elle-même, était déjà inacceptable...

Travail, Famille, Propriété, Pognon... Quel beau programme que celui de Talonnette Ier ! Et que de belles intentions pour le peuple français ! Opposé à la suppression de l'ISF, mais seulement pour les moins riches. Favorable à des baisses d'impôts, mais qui ne bénéficieront qu'aux plus riches. Bref, un beau programme... pour les riches, et au mépris de la nécessité, de la part de chacun de ceux qui le peuvent, de contribuer à la vie du pays en réinvestissant une partie de leurs gains, dans une juste proportion. Oui, assurément, un beau programme pour ceux qui aiment l'argent... Il est vrai que le Polluant Pognon, qui corrompt tout, a toujours été quelque-chose de très important pour la droite... Les intérêts des plus riches ne peuvent qu'être les mêmes que ceux de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa.  C'est là quelque-chose de normal, quand on est président du Conseil Général des Hauts-de-Seine, en plus d'être ministre de l'Intérieur et président de l'UMP... Les Hauts-de-Seine sont, rappelons-le pour mémoire, un des départements français les plus riches économiquement, et les plus pourris politiquement...
 

"[Sarkozy est] un homme qui veut le pouvoir pour son clan, qu'il l'a montré depuis qu'il est en politique. Il est issu de cette culture que j'appelle des Hauts-de-Seine, qui est le contraire d'une démocratie ouverte dans laquelle chacun est respecté pour ses idées."

(François Bayrou, candidat centriste à l'élection présidentielle, Canal+, 11 février 2007)

Pour ce qui est de la culture de clan, avec Charles Pasqua et Jacques Chirac comme parrains, Sarkozy a été à bonne école... mais j'aurai peut-être l'occasion d'y revenir plus tard...

Pour ceux que cela intéresse, on trouvera une explication de la fiscalité selon Sarkozy à l'adresse suivante :

http://sarkononmerci.fr/files/Sarkozy%20Monde%20Fiscalite%20Impots.html



Mes idées politiques :

Contester des idées sans en avoir soi-même n'aurait pas beaucoup de sens... Peut-être serait-il juste que je ne fasse pas que critiquer Qui-vous-savez, et que j'essaye de présenter rapidement quelques-unes de mes idées politiques. C'est le moins que je puisse faire. En voici donc quelques-unes, évoquées ici très succintement...

L'Etat, les services publics, l'économie, la mondialisation, la francophonie, l'Europe :

En matière d'économie, je suis loin d'être un expert, mais, à vue de nez, il me semble que les syndicats et les patrons ne sont pas les plus mal placés pour négocier les modes de fonctionnement les mieux adaptés à chaque type d'entreprise, l'Etat devant toutefois assurer, au minimum, un rôle de médiateur... Dans tous les cas, les droits de chacun doivent être respectés, et tout doit se passer strictement dans le cadre de la loi.

Il faut donner à l'Etat les moyens de financer les services publics. Dans cette perspective, il ne me parait pas scandaleux de s'efforcer, lorsque les circonstances le permettent, et dans les limites du raisonnable, de baisser les impôts qui pèsent sur les personnes les moins riches, et les augmenter sur les personnes ou les entreprises les plus riches pour faire jouer un minimum de solidarité. Du reste, l'Etat doit, de toute façon, faire en sorte que chacun reçoive de quoi vivre décemment (santé, nourriture, logement), et ne pas se cacher derrière les associations. La lutte contre la pauvreté devrait être une vraie priorité de l'Etat. En ce qui concerne la gestion des services publics, il ne me parait pas excessif d'envisager l'augmentation du nombre d'emplois publics là où en a besoin, et consacrer plus d'argent aux services publics afin que chaque usager, quels que soient ses moyens, ait accès à des services publics de qualité (pour la santé, l'éducation, la culture, l'eau, l'énergie, les communications, les transports collectifs...). Les services publics ayant une mission sociale, ils ne doivent pas chercher à être rentables.

Le libéralisme économique, tel qu'il existe aujourd'hui, n'est pas du tout ma tasse de thé, car je déteste beaucoup trop le polluant pognon pour y trouver mon compte, mais le fait est que nous vivons dans un monde globalisé dans lequel le libéralisme est tout-puissant. Il ne sert à rien d'être pour ou contre la mondialisation, car ce phénomène est incontournable. En attendant qu'une alternative crédible puisse voir le jour, ce qu'il faut essayer de voir, c'est la partie pleine du verre, c'est à dire les éléments positifs que peuvent nous apporter la mondialisation... Je ne suis pas économiste, et je me trompe peut-être, mais, en attendant des jours meilleurs, il me semble que ladite mondialisation permet, au moins sur le principe, aux entreprises de trouver de nouveaux marchés, et que les emplois perdus à cause des délocalisations peuvent être compensés par ceux qui l'on peut créer ici, mais qui doivent être des emplois plus qualifiés, plus spécialisés, pour faire face efficacement à la concurrence mondiale, et qui peuvent peut-être faire progresser le niveau de vie. C'est en tout cas vers cette voie qu'il faut sans doute se tourner, pour  le moment. Cela dit, comprenons-nous bien : je ne cautionne pas ce système où le capitalisme est tout puissant, mais il est bien évident que si j'étais au pouvoir, je ne pense pas que j'aurai les moyens d'imposer, à moi tout seul, un nouveau système mondial plus juste, et qu'il me faudrait, pour atteindre cet objectif, faire preuve à la fois de pragmatisme, de patience, et aussi d'initiative, en étant prêt à saisir les opportunités de changement qui se présenteraient, mais sachant que tout cela peut prendre beaucoup de temps avant d'aboutir à quelque-chose... De toute façon, la politique doit avoir son mot à dire dans cette histoire, et il faut que les gouvernements soient en mesure d'aider leurs populations à trouver leur place dans le monde globalisé.

Sur le plan culturel, dans ce contexte de globalisation, la francophonie doit être défendue énergiquement, avec nos frères de langue de Belgique, du Québec, d'Afrique, du monde entier... mais cette défense de la langue française et des cultures francophones ne doit pas se faire à coup de discours incantatoires, d'épiphénomènes médiatiques et de voeux pieux. Cela doit se faire de façon plus diffuse, plus en prise avec notre époque, celle d'Internet, et favoriser les projets communs concrets, ambitieux - mais sans fatuité mal placée -, transnationaux, entre artistes et gens de lettres par exemple, au service de notre patrimoine culturel commun, la langue française qui, pour moi, a valeur d'identité plus que tout autre chose. Le fait de parler et d'écrire en français constitue, en effet, à mes yeux, une part essentielle de notre identité, en tout cas de la mienne, qui est française mais aussi européenne et francophone. La défense de la francophonie ne doit surtout pas être une démarche cocardière et chauviniste : elle est tout à fait compatible avec l'apprentissage et la défense des langues étrangères, et avec l'ouverture sur les autres cultures du monde, car nous avons beaucoup à apprendre d'elles, et qu'un des enjeux essentiels du monde d'aujourd'hui est d'éviter une uniformisation linguistique et culturelle.


Je n'oublie pas l'Europe. Elle doit être forte, et exister politiquement aux côtés des Etats-Unis d'Amérique, de la Chine, de l'Inde, du Brésil, dans ce monde globalisé. Je suis pour une Europe politique constituée en Union d'Etats-nations, sans fédéralisme ou régionalismes de nature à dissoudre ou démenteler les nations européennes... De la même manière que l'on ne peut pas faire de l'histoire contrefactuelle, on ne peut pas faire une Europe qui ne tiendrait pas compte de son histoire, et donc des identités nationales... S'il doit y avoir une évolution supplémentaire, elle se fera peut-être plus tard, avec les générations futures qui auront grandi dans cette Union européenne d'Etats-nations... qui n'existe pas encore sur le plan politique. Chaque chose en son temps...


La religion, les moeurs, la société, l'écologie :

Chacun doit pouvoir pratiquer une religion s'il le souhaite, mais la laïcité ne doit jamais être remise en cause, car il n'est rien de pire que de confondre la politique avec la religion... Je ne comprends pas l'athéisme, mais, avant tout,  je déteste le fanatisme d'où qu'il vienne... Le fait est que la morale laïque occidentale, plus spécifiquement française, est une morale dont les valeurs, même laïcisées, quoi que l'on en dise, ont pour origine le Décalogue de la Bible. Mais le seul danger vient du fanatisme et du dogmatisme aveugle, et ce sont les excès dictés par les dogmes et les interprétations erronés des messages religieux qu'il faut combattre avec vigueur. La défense, nécessaire, de droits tels que, par exemple, celui des femmes à avorter librement et gratuitement, est à ce prix. La défense de la liberté d'expression l'est également.

Pas d'opposition de principe au mariage et à l'adoption d'enfants par les couples homosexuels car ils doivent pouvoir vivre le plus normalement possible. Je m'inquiète simplement du fait que les enfants adoptés par ces couples n'auront pas forcément les mêmes repères que s'ils sont élevés par des parents hétérosexuels. N'auront-ils pas un manque, d'une manière ou d'une autre ? Quelles conséquences cela pourrait-il avoir ? Je ne sais...

Toute drogue est un poison, qu'il s'agisse du tabac, de l'alcool ou de toute autre drogue... La légalisation des drogues douces est nécessaire pour permettre d'atténuer la douleur d'un certain nombre de personnes malades, mais dans ce cas-là seulement.

La délinquance se développe souvent sur fond de misère sociale, dans des contextes difficiles (économiques, sociaux, familiaux...), mais cela n'explique pas tout. Au delà des problèmes de chômage et d'intégration, qui doivent faire l'objet de traitements spécifiques, notamment de la part de l'Etat (mais pas seulement), la lutte contre la délinquance ne peut tendre vers l'efficacité que s'il y a un juste équilibre entre prévention et sanctions dissuasives.

Tous les étrangers, d'où qu'ils viennent, qui sont installés depuis longtemps en France (10 ans par exemple), qui sont intégrés, qui parlent français, doivent pouvoir voter aux élections locales. En fonction de ces critères, on doit leur faciliter l'acquisition de la nationalité française.
Toute forme de discrimination à l'égard des immigrés doit être condamnée et combattue. L'intégration est réussie quand les immigrés sentent qu'ils ont à la fois les mêmes droits et les mêmes devoirs que les autres citoyens du pays.

La défense de l'environnement est une nécessité dont je suis conscient depuis mon enfance. Tout gouvernement devrait se préoccuper sérieusement de la préservation de la planète et de la biodiversité, et je regrette que les politiciens, après tant d'années de négligeance et d'indifférence, fassent aujourd'hui semblant de découvrir les vertus d'une politique écologique responsable...

Voila. Je préfère m'arrêter là pour l'instant. Je n'ai pas parlé des institutions, mais j'y reviendrai peut-être plus tard. J'ai un peu l'impression d'avoir écrit une profession de foi de candidat ! ;-) J'espère que toutes ces idées ne paraissent pas trop naïves : jouer les politiciens hypocrites, faiseurs de "miracles" et surtout de promesses, ce n'est pas mon métier... Mais quoiqu'il en soit, je ne perds pas de vue mon objectif : la défaite de Sarkozy, candidat du Polluant Pognon !

Cordialement, :-)

Hyarion.

(Illustrations : Caricature de Sarkozy, par Kiro, publiée dans Le Canard Enchaîné N°4449, 1er février 2006 ; "Clio, muse de l'histoire, Euterpe, muse de la musique, et Thalie, muse de la comédie", détail de l'huile sur panneau Clio, Euterpe et Thalie [vers 1652-1655], par Eustache Le Sueur, Paris, Musée du Louvre)
Par Hyarion - Publié dans : Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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Samedi 10 février 2007 6 10 /02 /2007 07:06
Même s'il n'y a pas vraiment lieu de s'en étonner, il faut reconnaître que nous avons tout de même affaire à une drôle de campagne électorale... Le 7 février dernier, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, alias Talonnette Ier, après avoir racollé l'électorat centriste et de gauche, en allant jusqu'à citer Jaurès, s'est retourné à nouveau vers les électeurs du Front National, à l'occasion d'une réunion publique à Toulon, dans le Var, où le parti de Le Pen a engrangé 28% des suffrages en 2002 : dans cette région, rien ne vaut un bon discours droitier plein de fermeté en ce qui concerne les questions d'immigration pour se faire ovationner par 10 000 militants de l'UMP... Dès lors, Jean-Marie Le Pen a eu beau jeu de dire, le soir même, à la télévision, que les manoeuvres de Sarkozy ne peuvent que servir ses intérêts...

"Je crois qu'il [Sarkozy] laboure mon terrain, mais c'est moi qui sèmerait et qui récolterait [...] car les gens préfèreront toujours l'original à la copie."

(Jean-Marie Le Pen, France 3, journal télévisé du soir, 7 février 2007)

Oui, vraiment, quelle drôle de campagne... Qu'elle soit de mauvaise qualité est toujours regrettable, mais qu'elle soit également si confuse ne risque pas d'arranger les affaires des citoyens électeurs français responsables. Et force est de constater que cette confusion est notamment entretenue par un certain mélange des genres, pratiqué par Qui-vous-savez, puisqu'il est à la fois candidat de l'UMP à l'élection présidentielle et ministre de l'Intérieur du gouvernement Galouzeau de Villepin chargé d'organiser les élections...
Lundi soir, 5 février, lors de sa prestation de plus de deux heures sur Télé-Bouygues (TF1), devant plus de 8 millions de téléspectateurs, Sarkozy a assuré que personne ne pourrait dire qu'il a laissé tomber les Français en quittant dès le début de l'année le ministère de l'Intérieur pour servir ses seules ambitions de candidat. Sarkozy a ainsi réaffirmé qu'il quittera ses fonctions au sein du gouvernement "un peu plus d'un mois" avant l'élection présidentielle, car il dit vouloir faire son travail de ministre "le plus longtemps possible", tout en déclarant n'ignorer "rien des risques" que représente pour lui un départ tardif du ministère. Tel est la raison qu'il a invoqué pour expliquer le fait qu'il restera à son poste de la place Beauvau jusqu'au mois de mars : être jusqu'au bout au service des Français... Mais quand on examine les évènements de ces dernières semaines, il y a tout de même de quoi se poser des questions...

D'abord cette affaire de scooter du fils de Sarkozy, sans grand intérêt en soi, mais néanmoins assez révélatrice de la façon dont Talonnette Ier gère l'image de son ministère... Le fiston du patron de la place Beauvau se fait voler son scooter à Neuilly (Hauts-de-Seine), le 7 janvier dernier. Dix jours plus tard, les flics le récupère à Bobigny (Seine-Saint-Denis) après que l'engin volé leur ait été signalé sur un parking. Les voleurs sont rapidement identifiés, interpellés et mis en examen, les policiers ayant effectués non seulement un relevé d'empreintes digitales mais, aussi, pas moins de deux prélèvements d'ADN sur le scooter du fiston. Constatation du Canard Enchaîné : "Sachant qu'un tel prélèvement [d'ADN] coûte à la justice quelque 500 euros, heureusement qu'ils n'en ont pas fait un troisième, l'Etat aurait déboursé plus cher que le prix du scooter ! Bah, c'était pour la bonne cause [...]. Et hop ! une affaire de plus dans les statistiques, au crédit des délits élucidés par papa... Elles en avaient bien besoin : l'an dernier, seulement 6 908 affaires de deux-roues volés sur 85 167 ont été résolues. (Le Canard Enchaîné, N°4501, 31 janvier 2007)" Effectivement, si toutes les enquêtes sur les vols de ce genre pouvaient être résolus en bénéficiant de moyens aussi importants que ceux mobilisés pour cette affaire concernant le "scooter sarkozyste", ce serait un vrai miracle... Que voulez-vous, citoyens : à défaut d'avoir sauvé la France de la délinquance, il fallait bien que Sarkozy, au début d'une année électorale si importante, soit au moins en mesure de retrouver le bien volé de son propre fils... Enfin, passons...

Venons-en à la fameuse polémique des Renseigenements Généraux (RG) et de leurs petites fiches...
Le 24 janvier 2007, le Canard Enchaîné, toujours bien informé, révèle que les RG, qui ne sont plus censés faire du renseignement politique depuis 1994, ont reçu du cabinet ministériel de Sarkozy l'ordre d'enquêter sur Bruno Rebelle, ancien directeur de Greenpeace France, alors que celui-ci vient tout juste de se rallier à l'équipe de la candidate socialiste Ségolène Royal. Six policiers des RG ont ainsi été détachés sur cette affaire pendant trois jours pour examiner les conditions du divorce de Bruno Rebelle et celles d'un litige commercial remontant à 1990. Le jour même, Sarkozy dément les affirmations du Canard, qualifiant l'accusation de surveillance politique de "parfaitement ridicule". Le lendemain, pourtant, son sous-fifre, Brice Hortefeux, est obligé de reconnaitre que les RG ont établi une fiche sur Rebelle, tout en affirmant qu'il ne s'agit que d'une actualisation d'une ancienne fiche sur l'ex-responsable français de Greenpeace, organisation écologiste bien connue pour ses actions militantes plutôt énergiques. Officiellement, cela n'a absolument aucun lien avec l'élection présidentielle, et notamment avec le fait que Rebelle soit devenu tout récemment un conseiller de Royal. Le même jour, la direction des RG affirme qu'il s'agit seulement d'une "fiche actualisée automatiquement et sans ordre". Le mercredi suivant, en évoquant les dessous de cette affaire, le Canard Enchaîné fait part à ses lecteurs d'interrogations toutes simples : "s'il n'y a pas eu de demande de Sarko, quelle mouche a piqué soudain ce service [des RG] pour réactualiser la fiche d'un type qui n'est même plus adhérent de Greenpeace ? [...] pourquoi une fiche "actualisée" en janvier 2007 ne comporte-t-elle aucune date, aucun fait, aucune référence postérieurs à 2004 ? Pourquoi ne pas mentionner cet événement de taille, à savoir son ralliement à Ségolène ? / Sarko a raison, tout ça est "parfaitement ridicule". (Le Canard Enchaîné, N°4501, 31 janvier 2007)" Le Canard évoque également le fait que, dès novembre 2006, les RG ont enquêté sur le patrimoine de Ségolène Royal, les renseignements récoltés ayant été opportunément utilisés deux mois plus tard pour une campagne minable de déstabilisation de la candidate socialiste et de son compagnon François Hollande, Premier secrétaire du PS... Bien évidemment, Sarkozy a démenti, le jour-même (31 janvier), sur la radio Europe 1, toutes les accusations, reprochant aux socialistes de "faire diversion  parce que la candidate socialiste se trouve mal [...] et qu'il faut faire un rideau de fumée". Le fait que Royal n'ait pas encore dévoilé son programme est une chose, mais le fait que Sarkozy soit à la fois ministre de l'Intérieur - dont dépendent les Renseignements Généraux - et candidat UMP à l'élection présidentielle en est une autre, sensiblement plus dérangeante...
Et ce n'est pas l'explication donnée par Talonnette Ier, devant ses proches, concernant la note des RG sur Bruno Rebelle, qui va nous rassurer :

"C'est le zèle de mon cabinet. Moi, je ne m'occupe plus de ce genre de choses au ministère. C'est Hortefeux et Estrosi qui s'occupent des affaires courantes. Pour moi, ce qui compte aujourd'hui, ce sont les déplacements et les discours."

(Sarkozy, cité in Le Canard Enchaîné N°4501, 31 janvier 2007)

Hortefeux et Estrosi chargés des "affaires courantes" au ministère de l'Intérieur, à la place de Sarkozy ? Si cela est vrai, alors c'est encore pire ! Sarkozy a le don pour s'entourer des pires raclures politiciennes de droite de ce pays... Ses sous-fifres ont encore moins de scrupules que lui...

Jacques Chirac, le meilleur ennemi de Sarkozy à droite, n'a pas manqué de commenter, de son côté, cette affaire de fiche devant son cabinet, la semaine dernière :

"Des incidents comme celui de la fiche des RG, il va y en avoir jusqu'au bout. Pour l'instant, cela ne semble pas prendre, mais à la longue cela peut marquer l'inconscient des électeurs. Cette histoire de RG est bien la preuve que Sarkozy n'est pas à l'abri d'une grosse connerie, d'un pétage de plombs ou d'une bavure policière qui peuvent lui coûter cher. Il reste trois mois de campagne. Et il peut s'en passer des choses en trois mois !"

(Jacques Chirac, cité in Le Canard Enchaîné, N°4502, 7 février 2007)

Sarkozy, qui, jusqu'ici, n'a pas reçu le soutien officiel du chef de l'Etat vis-à-vis de sa candidature, a notamment, de ce fait, reproché à Chirac de ne pas aller dans le "sens de l'Histoire" (rien de moins !)... Or, apparemment, Chirac, même s'il dit ne pas être rancunier, ne désespère pas de voir tomber celui qui l'a trahi en 1993-1995... Moi non plus, je ne désespère pas, car tout peut arriver... L'espoir fait vivre...

Pour sa part, le Premier ministre en fin de course, Dominique Galouzeau de Villepin, a ainsi commenté l'affaire devant son propre cabinet :

"On va découvrir pourquoi il a voulu rester à Beauvau. Et maintenant, il va le payer. Il va tout prendre en pleine figure. Tout ce qu'il a fait depuis qu'il est à l'Intérieur, tous ses sales coups remontent à la surface. [...] Tout cela est révélateur des pratiques de Sarkozy : des enquêtes sur tout le monde, ministres, Premier ministre, journalistes... L'Etat Sarkozy, c'est l'Etat des fiches."

(Dominique de Villepin, cité in Le Canard Enchaîné, N°4502, 7 février 2007)

Nul besoin de faire parler l'opposition de gauche : tout est déjà dit par les quelques ennemis que Sarkozy compte encore dans son propre camp...

En attendant, avec la complicité de ses amis des médias, Talonnette Ier ne manque pas de présenter l'affaire de la fiche des RG comme étant le fruit de manoeuvres du PS :

"Quand je vois que ces malheureux socialistes français en sont à me faire le procès d'une note qui a été rédigée pour la première fois le 2 décembre 1997, à l'époque même où c'étaient leurs amis qui étaient au pouvoir, où M. Hollande venait prendre ses petits déjeuners avec Lionel Jospin, où Mme Royal était la collaboratrice de François Mitterrand, alors président de la République, je trouve qu'il y a un peu de culot à s'arroger une vertu qu'ils n'ont pas."

(Sarkozy, sur Europe 1, 31 janvier 2007, cité in Le Canard Enchaîné, N°4502, 7 février 2007)

Sarkozy prend un malin plaisir à citer Jean Jaurès ou Léon Blum pour mieux donner des leçons historiques à la gauche, mais, apparemment, il ne semble pas très bien maîtriser la chronologie récente de l'histoire de la gauche française, dans la mesure où, en décembre 1997, François Mitterrand était mort depuis près de deux ans (depuis janvier 1996). Il pourrait tout de même s'en rappeller, vu qu'il a été ministre du gouvernement Balladur, pendant la deuxième cohabitation (1993-1995),... précisemment sous François Mitterrand. A moins que Sarkozy ait voulu faire un amalgame anachronique pour mieux attaquer Ségolène Royal et la mettre en cause, ce qui, à ce moment-là, signifierait qu'il prend les citoyens français pour des imbéciles...

Alors, finalement, que penser de tout cela ?
Ce que je constate, c'est que, d'une part, ces derniers temps, on a beaucoup tapé sur la candidate du PS, et que, d'autre part, personne ne semble particulièrement se soucier du cas du ministre-candidat Sarkozy, de son instrumentalisation des RG, et par exemple, du fait que des réunions de campagne sarkozystes ont lieu au Ministère de l'Intérieur, loin des caméras et des journalistes, et là où elles ne devraient pas être organisées : tout le monde semble trouver cette situation normale, et pis encore, les intentions de votes en faveur de Sarkozy seraient en train d'augmenter à en croire les derniers sondages - qui valent ce qu'ils valent. Comprenne qui pourra...

"Si certains veulent tirer la campagne vers le caniveau, je ne les suivrai pas."

(Sarkozy lors d'une réunion publique au Futuroscope de Poitiers [Vienne], le 26 janvier 2007)

Non à ceux qui veulent tirer la campagne électorale vers le caniveau ? Mais qui, jusqu'ici, s'est le plus appliqué à tirer cette campagne vers les bas-fonds, par des méthodes abjectes, dignes du détestable Parti Républicain des Etats-Unis ? Qui, sinon Nicolas Sarkozy et ses sous-fifres, les Estrosi, les Hortefeux, les Devedjian, et autres Nadine Morano ? Après Talonnette Ier, Caniveau Ier ?

Alors, effectivement, non à ceux qui veulent tirer la campagne vers le caniveau !

Et, par conséquent : Non à Sarkozy !

Cordialement, :-)

Hyarion.

(Illustration : Caricature de Sarkozy, par Kiro, publiée dans Le Canard Enchaîné N°4457, 29 mars 2006)
Par Hyarion - Publié dans : Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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Mardi 6 février 2007 2 06 /02 /2007 17:40
Avant d'évoquer plus directement l'actualité de la campagne électorale présidentielle - si tant est que l'on puisse parler de "campagne électorale", compte-tenu du niveau auquel se situe actuellement le débat, et l'odeur nauséabonde qui se dégage de l'ensemble -, j'aimerai revenir un instant sur ce qui m'a poussé à éviter les discussions politiques sur mon forum habituel, celui du site JRRVF. Un jour de mai 2006, j'ai éprouvé le besoin d'exprimer le relatif pessimisme que m'inspirait la situation de la France, à environ un an de l'élection présidentielle, ayant alors appris que le taux de popularité des idées de l'extrême-droite dans le pays était, à ce moment-là, au moins aussi élevé qu'il y a cinq ans, avant la précédente élection dont on sait quels furent les résultats. Bien que ne craignant pas les extrémistes en tant que tels, car ils ne peuvent emporter la victoire, je me demandais - et me demande encore, à vrai dire - si, malheureusement, le racisme et la xénophobie ambiants - fruits empoisonnés du malaise social - n'allaient pas, en définitive, faciliter un peu trop la réussite électorale d'un politicien de droite très ambitieux - Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, alias Talonnette Ier - qui semblait alors faire tout ce qu'il pouvait pour récupérer l'électorat lepéniste, avant de ce mettre à racoller au centre et même à gauche, comme il le fait aujourd'hui. Par ailleurs, tant lors du conflit du C.P.E., qui venait alors de se terminer, qu'à l'occasion du déballage de la lamentable affaire Clearstream, les manoeuvres forts maladroites de l'adversaire de Sarkozy, le Premier ministre Dominique Galouzeau de Villepin - cet apprenti-Lamartine qui s'est pris pour Fouché - m'étaient apparus, comme autant d'éléments de nature à servir, en définitive, les intérêts de la candidature alors annoncée du ministre de l'Intérieur à l'élection présidentielle de 2007, même s'il est toujours possible - espoir suprême - que Sarkozy soit, cette année, emporté avec toute la droite, dans le déluge d'un vote-sanction. Concernant l'affaire Clearstream proprement dite, j'avais alors constaté, au passage, que Sarkozy, tout en se présentant comme étant la victime d'une campagne de déstabilisation (ce qui n'est pas forcément faux en soit), n'hésitait pas à instrumentaliser toute cette histoire à son profit, avec, comme à l'accoutumée, la complicité des médias. Il continue de le faire encore aujourd'hui, se faisant passer toujours pour la victime d'un corbeau et d'un juge, alors qu'il n'est plus aujourd'hui qu'un manipulateur de plus, sinon désormais le seul : quelle comédie ! Tout cela est scandaleux... Comment cela va-t-il finir ? A l'époque, avec cette guerre politicienne Chirac-Villepin-Sarkozy, et la médiocrité générale de la classe politique, l'avenir politique de la France me paraissait bien incertain... Et je crains que les choses n'aient guère changé aujourd'hui... Enfin, gardons espoir...

Ainsi donc, c'est dans ce contexte politique d'alors, marqué tout particulièrement par la sempiternelle omniprésence de Sarkozy dans les médias - rien n'a évidemment changé aujourd'hui, de ce point de vue -, que je me suis rappelé d'une histoire... La « merveilleuse » histoire de Sarkozy-Gollum, qui a toute sa place dans le Légendaire de l'anti-sarkozysme.
Sans doute avez-vous au moins entendu parler du personnage littéraire de Gollum, l'anti-héros des romans de fantasy de J.R.R. Tolkien, The Hobbit (Bilbo le Hobbit ; 1937) et The Lord of the Rings (Le Seigneur des Anneaux ; 1954-1955), ce dernier ayant fait l'objet d'une adaptation cinématographique particulièrement remarquée, réalisée par le Néo-Zélandais Peter Jackson, et sortie sur les écrans entre 2001 et 2003... Gollum, anciennement connu sous le nom de Sméagol, est, rappelons-le tout de même, un petit être sombre et schizophrène, obsédé par l'Anneau Unique, le Maître Anneau, l'anneau de pouvoir que Bilbo lui a pris dans les grottes des Monts Brumeux, et qu'il ne cesse depuis de rechercher, à travers la Terre du Milieu, étant près à tout pour le récupérer, jusqu'à ce que son "précieux" anneau soit finalement anéanti, avec lui, dans la lave du volcan Orodruin...
Pensant alors, peut-être un peu naïvement, que l'Espace Libre de discussion de mon forum littéraire habituel n'était pas forcément le plus mal indiqué pour évoquer cette histoire de Sarkozy-Gollum, créature désirant le pouvoir de façon aussi obsessionnelle que le Gollum original désire son Anneau, sachant qu'elle était déjà connue de plusieurs amis membres du forum, je me suis décidé à franchir le pas, même si je sais qu'il est toujours un peu délicat d'aborder le domaine politique dans les forums sur Internet qui n'y sont pas à priori consacrés. Cela, en tout cas, ne partait pas d'une mauvaise intention, ou de la moindre volonté de provoquer quiquonque. Pourtant, mon initiative a suscité des contestations, à mes yeux faussement apolitiques, et une prise de becs d'autant plus désagréable qu'elle a eu pour cause des réactions que j'estime encore aujourd'hui quelque peu excessives... Précisons tout de suite que l'idée d'associer Sarkozy et Gollum n'est pas de moi. Cette histoire est, en effet, librement inspirée d'une séquence des « Guignols de l'Info », diffusée sur Canal+ en septembre 2004. Il s'agissait peut-être alors d'une rediffusion, ladite séquence ayant apparemment été réalisée à une époque où il était encore de bon ton de parodier l'adaptation cinématographique du Lord of the Rings par Peter Jackson - la troisième et dernière partie de cette adaptation étant mondialement sortie en salles en décembre 2003. Depuis quelques années, et notamment depuis les changements intervenus dans l'équipe d'auteurs entre 1996 et 1999, le niveau des « Guignols de l'Info » a quelque peu baissé, et leur humour est devenu, par moments, d'une lourdeur, d'une nullité, d'un mauvais goût, d'une méchanceté, et d'une démagogie certains, mais cette fois-là, j'avoue avoir trouvé très amusante cette séquence parodique, présentée sur fond de musique composée par Howard Shore pour les films de Jackson. Librement inspirée donc de cette séquence télévisée, retranscrite à ma façon, cette histoire n'aurait pas dû susciter de remous outre mesure... Je la republie donc, cette fois-ci dans un blog tout à fait approprié, et dans une version revue et corrigée suite à la redécouverte de la séquence originale diffusée sous forme de vidéos en ligne.

La « merveilleuse » histoire de Sarkozy-Gollum

Il était une fois... un Président de la République française qui s'appelait Jacques Chirac, élu en 1995 sur fond de « fracture sociale », et facilement réélu, en 2002, face à un « menhir » raciste et xénophobe aussi connu sous le nom de Le Pen... Ce Président de droite, que certains surnommaient « Jacques Chirouette » de manière à résumer au mieux son action politique, avait été trahi pendant la campagne électorale présidentielle de 1994-1995, par un certain nombre de ses amis politiques, au profit de son concurrent, un « ami de trente ans », le Premier ministre de l'époque, Edouard Balladur dit « Doudou ». La trahison la plus remarquée (et la plus mal digérée, si tant est qu'elle l'ai jamais été) fut alors celle du jeune maire de Neuilly et ministre du Budget, jusque-là bien en cour chez les Chirac, qui s'appelait Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa (actuellement, pour l'heure, ambitieux ministre d'Etat et ministre de l'Intérieur, en attendant mieux [pour lui sans doute, mais pas pour le pays], et considéré depuis cette époque, par le vieux Président, comme étant une sorte d'affreux petit nabot désirant ardemment lui prendre sa place, par tous les moyens)...


Une nuit, tandis qu'un orage menaçait, Chirac dormait tout habillé sur son canapé, dans ses appartements de l'Elysée, en faisant, comme à son habitude, de beaux rêves pleins d'escargots et de têtes de veau, arrosés de champagne et de bière, lorsque soudain, dans un coin de la pièce plongée dans l'obscurité, à la faveur de cet assoupissement présidentiel dont le chef de l'Etat était coutumier, une porte s'entrouvrit et une forme rampante et mystérieuse entra silencieusement...

Comment décrire cet être ? Disons qu'il s'agissait d'une «créature petite et visqueuse» aux membres longs et minces, se déplaçant comme un chat, un être «aussi ténébreux que les ténèbres, à l'exception de deux grands yeux pâles et ronds [...] semblables à des lampes». On pouvait, en étant attentif, observer cette créature, déambulant la nuit dans Paris, non loin de sa tanière de la place Beauvau, en train d'attraper, avec ses longs doigts, les petits animaux qui s'aventuraient un peu trop prêt de son domicile. En général toutefois, les observateurs n'affirmaient voir, à chaque fois, qu' «une petite forme noire» se mouvant sur le pavé parisien, certains réussissant parfois à entr'apercevoir, au sommet de cette forme, « deux petites lueurs pâles, ses yeux qui clignaient un instant vers la Lune et se cachaient vite de nouveau derrière les paupières.»


Fait singulier, son visage ressemblait fortement à celui d'un ministre de l'Intérieur (ou d'un ministre de l'Economie et des Finances), et pour cause : il s'agissait de l'infâme Sarkozy (ministre de l'Intérieur en 2002, puis ministre de l'Economie et des Finances en 2004, puis brièvement ex-ministre, et enfin, à nouveau ministre de l'Intérieur en 2005 [vous suivez, j'espère ?]). L'ambitieuse petite créature était ainsi venue jusque dans le repaire de son ennemi, à la recherche de son « précieux », le costume officiel du Président, avec le fameux grand collier de l'ordre de la Légion d'honneur, attribut d'un pouvoir suprême si ardemment désiré... Quelque peu schizophrène, Sarkozy était habité par deux personnalités un peu différentes, bien que pénétrées de la même ambition : le Sarko-Sméagol, esprit craintif et prudent, et le Sarko-Gollum, esprit haineux et téméraire, ce dernier ayant souvent tendance à dominer le premier... Souple et rapide, la créature rampait sur le sol, sans faire de bruit, fouinant partout dans la pièce, en chuchotant...

Sarkozy : « Où est-il ? Où est-il ? Où est mon prrrrécieux ? Nous le voulons ! Il est à nous ! »

Soudain, comme il passait devant le canapé où Chirac, dans son sommeil, marmonnait des morceaux de phrases à peu près incompréhensibles, son regard scrutateur tomba sur une grand placard aux grandes portes vernies, qui apparaissait dans un coin, tout près de là. Il était entrouvert. La créature rampa en silence vers ledit placard, s'accroupit devant, et écartant avec précaution les portes, sans faire grincer leurs gonds, constata qu'il s'agissait d'une penderie : tous les costumes du Président, semblait-il, y étaient rangés. Sarkozy touchait au but ! Au milieu des vestes, des chemises, des pantalons, se trouvait, bien en évidence, le costume officiel du chef de l'Etat avec le grand collier étincelant. Les yeux avides de la créature brillèrent d'un feu ardent...


Sarkozy (chuchotant): « Mon prrrrrrrécieux ! Nous l'avons trouvé ! Nous avons trouvé le prrrécieux ! Maintenant il est à nous ! A nous ! Prends-le ! »

Mais comme il tendait, en tremblant, sa main droite vers le costume, son esprit fut tout à coup tiraillé, ainsi que cela lui arrivait souvent, par ses deux personnalités...

Sarko-Sméagol (chuchotant): « Non ! non-non-non... non-non-non... »

Sarko-Gollum (chuchotant plus fort) : « Si ! Il est à nous ! Nous l'avons attendu depuis trop longtemps ! »

Sarko-Sméagol : « Non, non ! Il ne faut pas ! Il ne faut pas ! Attendons 2007 ! »


Sarko-Gollum :  « Le précieux... Oooh, mon précieux... »

Sarko-Sméagol :  « Non, non-non ! Il ne faut pas ! Il nous fait confiance ! Il nous soutient ! Il suffit d'attendre ! Trois petites années, et le précieux sera à nous ! »

Sarko-Gollum :  « Non ! Non ! Prends le précieux maintenant ! Le prrrécieux est à nous ! Le vieux nous l'a volé ! C'est un méchant ! Il faut l'éliminer ! Pour avoir le précieux maintenant ! »


Sarko-Sméagol :  « Non, non... attendre ! Tout le monde est derrière nous ! Patienter... Faire croire à l'Union... et le précieux viendra tout seul ! »

Sarko-Gollum :  « Non ! Non ! Prends-le maintenant ! Nous le méritons ! Le pouvoir, c'est maintenant ! Il est à nous ! Nous n'allons pas attendre trois ans de plus ! Non ! A nous ! Il est à nous ! Mon prrrrrrrécieux ! »


Ce monologue fut interrompu subitement par le bruit sec d'une flèche venue se planter dans le lourd costume présidentiel, après avoir frôlé la tête de la créature. Celle-ci se retourna vivement, soudainement envahie par la terreur : un Chirac métamorphosé - sauf pour le visage - en archer elfe, aux oreilles pointues et aux longs cheveux clairs retombants sur les épaules, éclairé d'une lumière irréelle, venait de lui envoyer un des fins projectiles de son carquois, et s'apprêtait à effectuer un nouveau tir avec son grand arc. Sarkozy, fou de peur, s'enfuit de la pièce à toute allure, en émettant des sons qui tenaient à la fois du halètement et du couinement, tandis que Chirac, ayant aussitôt retrouvé son aspect normal - costume avec cravate, oreilles sans pointes, cheveux courts et rares sur le devant - tout en gardant, prêt à s'en servir, son arc et une flèche entre ses mains, s'exclama, s'adressant à lui-même :

Chirac : « Celui-là, il faudra le surveiller : il est plus rapide que Balladur ! »


Ainsi se termine l'histoire de Sarkozy-Gollum... Mais est-ce vraiment la fin de l'épopée ? Compte tenu de l'ambition dévorante de la créature, gageons hélas qu'il n'en est rien... Que nous réserve l'élection présidentielle de 2007 ? Comme dirait l'autre, entre un dangereux Sarkozy-Gollum à droite, les Bisounours à gauche, et, en embuscade, un « menhir » xénophobe qui n'en finit pas de pourrir la vie politique de ce pays (comme tous les extrêmes), je sens nous allons encore bien nous amuser lors des prochaines semaines, dans notre chère démocratie où nous sommes tous censés être à la fois libres, égaux, et frères...

Sans doute est-ce faire un peu trop d'honneur à Sarkozy que de l'associer, même le temps d'une histoire amusante, à un personnage littéraire aussi tourmenté et complexe que celui de Gollum. Certains sont toutefois allé plus loin, en associant étroitement, dans une image animée le visage de Sarkozy et celui de Gollum tel qu'il apparaît dans les films de Peter Jackson. Honnêtement, on dirait un film d'horreur...


Ceux qui détestent à la fois Sarkozy et les films de Jackson seront sans doute ravis. Pour ma part, ne détestant que Sarkozy, et trouvant que l'adaptation cinématographique du Lord of the Rings de Tolkien, par Peter Jackson, est plutôt réussie (bien que non dépourvue de défauts par certains côtés), je n'ai évoqué cette image animée qu'à titre indicatif... De toute façon, toute comparaison de Sarkozy avec des personnages historiques ou littéraires ne peut, à mon avis, que nuire à l'image de ces derniers. Cela dit, on a bien le droit de s'amuser de temps en temps, non ?

Pour ceux que cela intéresse, la séquence originale des "Guignols de l'Info" est visible sous forme de vidéos en ligne, sur YouTube, aux adresses suivantes :

- http://www.youtube.com/watch?v=ev8ov-xG5vg&NR

- http://www.youtube.com/watch?v=gIwZgyMSFP0

Cordialement, :-)

Hyarion.

P.S.: petite mise à contribution de J.R.R. Tolkien à l’histoire de Sarkozy-Gollum racontée plus haut, les citations, qui apparaissent en italique dans le récit, sont extraites du chapitre V (« Enigmes dans l’obscurité ») de Bilbo le hobbit (The Hobbit), et du livre IV (chapitre premier) de la deuxième partie (« Les Deux Tours ») du Seigneur des Anneaux (The Lord of the Rings).

(Illustrations : photos extraites d'une émission télévisée des "Guignols de l'Info", sur Canal+, diffusée en septembre 2004 ; image animée diffusée par Sarkophage sur son blog  Sarkostique [le blog officiel satirique de Nicolas Sarkozy], en octobre 2006)

Par Hyarion - Publié dans : Campagne présidentielle (janvier - mai 2007)
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