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"Sarkozy, il faut lui marcher dessus. Pour deux raisons. Un, c'est la seule chose qu'il comprenne. Deux, ça porte chance." (Jacques Chirac)


(Jacques Chirac, par Kiro)

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Dimanche 10 mai 2009 7 10 05 2009 07:05
En 2012, dans trois ans, j'aimerai bien que Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa dégage définitivement de la scène politique française. Contrairement à une idée reçue, malheureusement persistante chez certains de mes lecteurs, je ne suis pas "fasciné" par Sarkozy. A chaque fois que je le vois dans ma télé, il me donne simplement envie de gerber. J'aimerai donc qu'il dégage le plancher au plus vite, ne serait-ce que pour me permettre de me sentir mieux à l'avenir, notamment vis-à-vis de mon estomac, lequel ayant encore le droit de faire son travail chaque fois que j'ai pris soin de le lester à l'occasion d'un repas. Le seul parti de gouvernement susceptible de permettre la chute du sarkozysme actuellement au pouvoir, c'est le PS. Eh oui, le PS... ce parti "bourgeois", "social-traitre", incarnant la "gauche caviar", que tout le monde aime détester au nom de je-ne-sais quelle bien-pensance à la con... Je suis adhérent du PS, et je n'en ai pas honte, mais j'ai déjà eu l'occasion d'expliquer ici que je ne suis pas un militant prosélyte, que je n'aspire nullement à convaincre quiconque de la pertinence de mon engagement personnel, et que le fait que je paye une cotisation annuelle pour rester membre du Parti Socialiste ne fait pas forcément de moi un crétin à la solde d'apparatchiks carriéristes et cumulards, avec lesquels il me faut bien compter mais que, pour autant, je n'estime pas... Les choses sont claires : je veux que Sarkozy dégage en 2012, et je soutiens donc le seul parti susceptible de prendre un jour le pouvoir à sa place. Je suis ce que l'on appelle un sceptique : les petites certitudes des uns et des autres m'ont toujours emmerdé et m'emmerderont toujours. Néanmoins, comme il me reste encore quelques convictions, en dépit de toutes les désillusions qui ont été les miennes depuis que je m'intéresse à la politique, et qu'il s'agit de convictions qui, a priori, sont des convictions de gauche, je n'ai pas trouvé mieux que le PS pour donner un peu de cohérence à mon engagement anti-sarkozyste. La droite incarnée par Sarkozy et ses sous-fifres me donne envie de vomir, et me dégoûtera toujours. Ce n'est pas avec elle que la liberté et la justice sociale peuvent exister conjointement dans ce pays. Je soutiens donc la gauche, sans être moi-même, rappelons-le, ni capitaliste, ni marxiste. L'alliance de la justice sociale et de la liberté : la gauche est censée l'incarner, légitimement, et sans être entravée idéologiquement par une prétendue "vérité" doctrinaire et une grille de lecture désespérement systémique, celles du marxisme. Voila donc où j'en suis, en étant membre d'un parti "bourgeois" comme le PS - probablement jusqu'en 2012, mais sans doute pas au-delà -, et continuant d'espérer la défaite électorale de Nicolas Sarkozy, à la prochaine élection présidentielle, au profit de la seule force politique qui vaut la peine d'être soutenu dans ce contexte précis, à savoir la gauche de gouvernement. C'est peut-être là une fort médiocre "ambition" politique, c'est peut-être idiot, c'est peut-être imbécile, c'est peut-être ridicule par rapport aux grands enjeux de lutte des classes, de mondialisation post-moderne ou de construction européenne, mais, encore une fois, comme dirait Jacques Chirac, "c'est comme ça ! Et il faut le comprendre !" ;-p
Sur le site de mon collègue blogueur marxiste Jean-Louis Roche, auquel j'ai consacré un article il y a quelques mois, j'ai pu lire récemment ceci : "Pour rigoler allez donc faire un tour sur le site d'Hyarion : http://anarcho-monarchiste.over-blog.org/article-25905013-6.html mais pour les belles photos, malheureusement Hyarion son auteur baigne dans la fascination pour Blaireau Ier [Sarkozy], bave d'amour pour les congrès du principal parti de la cause caviar [le PS], à chacun son plaisir "socialiste" solitaire... La politique pipole fait bien des ravages Madame Bouzigues!"
Assurément, la critique est rude, même si elle est amicale, et les certitudes concernant ma supposée "fascination" pour l'énergumène Sarkozy ont décidément la vie dure... Par tous les dieux de l'Olympe ! Il ne faut pourtant pas se fier aux apparences !




"La politique pipole fait bien des ravages" ? Certes, mais pensez-vous donc, cher Jean-Louis, que je passe mon temps à lire la presse consacrée aux célébrités, politiciennes ou non, pour savoir, par exemple, où Sarkozy est allé passer ses vacances de beauf "nouveau riche" avec sa femme ? Je vous rassure tout de suite, j'ai autre chose à faire que de perdre mon temps à cela. Je préfère lire des livres, notamment des livres d'histoire (certes, pas des livres consacrés à l'histoire du mouvement ouvrier en ce moment, mais vous savez bien que l'histoire de l'humanité ne se limite pas à l'histoire du mouvement ouvrier...), des livres consacrés à la littérature fantastique ou de fantasy (eh oui, c'est ainsi !), des livres consacrés à l'art, et notamment à la peinture, etc. Même dans la salle d'attente du cabinet du médecin, je préfère lire les magazines consacrés au cinéma ou à la santé plutôt que la presse consacrée à l'actualité des "gens" ("people") connus et pleins de fric. Voila. Point de lectures liées à la "politique pipole", donc : lorsque je veux parler de Sarkozy et de politique-spectacle, il me suffit, en général, de me balader sur Internet, où l'on peut trouver tout ce qu'il faut pour évoquer l'actualité brûlante du Sarko-show... ce genre de recherches ponctuelles étant complété par la lecture du Canard enchaîné paraissant chaque mercredi...
Est-ce que je "bave d'amour pour les congrès du principal parti de la cause caviar [le PS]" ? Ma foi, pour être franc, s'il m'arrive de baver, c'est peut-être parfois pendant mon sommeil, sur un coin de ma bouche, comme cela arrive de temps en temps à beaucoup de personnes... Mais non, je ne "bave" pas "d'amour" pour les réunions socialistes, que je fréquente très peu, même s'il est vrai que j'y consacre parfois des articles, comme cela a récemment été le cas. Cher Jean-Louis, vous qui avez été membre du CCI (Courant Communiste International), vous qui évoquez très souvent, sur votre blog, l'actualité des micro-sectes d'inspiration marxiste (dont le CCI) situées en marge de l'extrême-gauche "institutionnelle" et médiatique d'aujourd'hui (LO et le NPA), vous n'allez tout de même pas me reprocher de parler, de temps en temps (et, qui plus est, avec une certaine retenue, me semble-t-il), de l'actualité du parti dont je suis adhérent, fut-il un parti "bourgeois" à vos yeux ? Je sens bien que vous regrettez que je perde mon temps à rester dans un tel parti, et que cela peut paraître d'autant plus aberrant que je ne suis pas un bourgeois (loin s'en faut !), que je me qualifie, à titre personnel, de citoyen "anarcho-monarchiste", et que je ne suis pas prosélyte. Mais si cela peut vous rassurer, sachez que je n'ai pas renoncé à mon esprit critique, que je ne dis pas forcément tout ce que je pense sur les divers sujets abordés sur mon blog (y compris sur le PS et le système des élections), et que s'il m'arrive parfois d'évoquer une actualité "politique" jugée frivole, c'est toujours avec la volonté de ne pas me prendre au sérieux, contrairement à d'autres...
"A chacun son plaisir "socialiste" solitaire" ? Me voila piqué au vif. Croyez-vous donc que je sois dupe de ce qui se passe au PS, comme dans les autres partis politiques engagés dans l'éternelle course aux élections ? Croyez-vous que je sois assez _imbécile_ pour ne pas conserver mon esprit critique en matière de politique, surtout en étant membre d'un parti comme le PS comme je le suis ? Figurez-vous, cher Jean-Louis, qu'en vérité, je préfèrerai que le Parti Socialiste s'appelle le Parti du Sexe : philosophiquement parlant, j'y trouverai sans doute davantage mon compte ! ;op
D'ailleurs vous avez gagné : voici un article entièrement consacré au cul, sujet tant excrécré par cette extrême-gauche trotskiste imbécile, celle des médiatiques Besancenot, Krivine et Laguiller, que vous critiquez vous aussi à juste titre, cette extrême-gauche télévisée qui n'a que les mots "grève générale" à la bouche, et pour laquelle le sexe sera toujours un sujet tabou...
Pourquoi un article entièrement consacré au cul ? Tout simplement parce que ça me fait plaisir. Et si certains ne sont pas contents parce qu'ils préfèreraient que je leur parle d'autre chose... eh bien tant pis pour eux ! ;op Du reste, c'est pour moi l'occasion d'évoquer des dépêches de l'Agence France Presse consacrées au sujet et toujours très instructives, bien qu'elles ne dispensent pas de lire autre chose en matière de sexualité par ailleurs... Le sexe est une valeur sûre du journalisme occidental, notamment français, et il m'arrive ainsi régulièrement de trouver quelque dépêche de l'AFP pour illustrer ce fait. Tenez, par exemple, en voici une datant du mois d'août dernier, qui aborde le sujet fort sérieux de la pilule contraceptive utilisée par les femmes :

La pilule contraceptive influencerait le choix du partenaire



La pilule contraceptive, que prennent des millions de femmes dans le monde, pourrait altérer leur capacité innée à sentir le partenaire génétiquement compatible, selon une nouvelle étude britannique.

Instinctivement, les femmes seraient attirées par le biais de l'odorat vers des hommes génétiquement différents afin d'assurer la diversité biologique favorable à l'espèce, expliquent les chercheurs de l'Université de Liverpool dont les travaux sont publiés mercredi [13 août 2008] dans les comptes rendus de la Société Royale britannique (Proceedings of The Royal Society B: Biological Sciences).

Or, selon les résultats de cette nouvelle étude, "les préférences de celles qui commencent à utiliser la pilule contraceptive vont vers les hommes dont les odeurs sont génétiquement similaires", selon le principal auteur, Craig Roberts.

L'équipe de Craig Roberts a conduit cette expérimentation auprès d'une centaine de femmes auxquelles il a été demandé d'indiquer leurs préférences concernant des échantillons d'odeurs mâles provenant de 97 volontaires, avant et après avoir commencé d'utiliser la pilule.

Tous les parfums de la vie quotidienne (lessives parfumées, déodorants, eau de toilette, etc.) ainsi que la fumée de cigarette ont été évités afin de ne pas perturber le bon déroulé de l'expérience.

Ainsi préservées de tout parfum pouvant interférer, les femmes étaient plus à même de sentir leurs partenaires : les gènes du complexe majeur d'histocompatibilité (CMH/MHC), impliqué dans les réactions immunitaires, jouent en effet également un rôle dans les odeurs dégagées par l'homme, par l'intermédiaire des bactéries de la peau.

Le fait que les femmes utilisant la pilule aillent plutôt vers des hommes génétiquement similaires pose deux problèmes, avance le chercheur : "Non seulement la similitude génétique (sur le plan du CMH/MCH) des couples pourrait conduire à des problèmes de fertilité", mais cela pourrait aboutir également à la rupture de la relation chez les femmes qui cessent d'utiliser la pilule, étant donné le rôle significatif de l'odorat dans le maintien de l'attraction entre partenaires.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 13 août 2008, 17h19)

Un peu dans le même registre, voici à présent une dépêche plus récente, relative au sujet délicat du baiser. Une fois de plus, voila le sexe quelque peu ramené à son statut originel de simple phénomène biologique :

Le baiser, une façon d'évaluer son partenaire pour la reproduction


Embrasser non seulement détend et rend plus attachant mais serait aussi un moyen important d'évaluer des partenaires en vue de se reproduire en déclenchant des processus chimiques et biologiques clé dans le cerveau, selon des travaux présentés aux Etats-Unis.

Le fait de s'embrasser libère des substances chimiques qui abaissent le niveau des hormones liées au stress et au désir de former un couple, a expliqué Wendy Hill, professeur de neurosciences au Lafayette College à Easton en Pennsylvanie (est).

Elle a analysé la salive et le sang de couples d'étudiants hétérosexuels après qu'ils se soient embrassés pendant quinze minutes tout en écoutant de la musique.

L'analyse a montré d'importants changements dans les niveaux d'ocytocine, une hormone maternelle qui agit sur la formation des couples, ainsi que dans la teneur de cortisol, une hormone liée au stress, par rapport aux moments précédant les baisers, a souligné Wendy Hill. Elle présentait ses travaux à la conférence annuelle de l'Association américaine pour la promotion de la science (AAAS) qui se tient depuis jeudi [12 février] à Chicago (Illinois, nord) [et jusqu'au 16 février].

Pour Helen Fisher, professeur d'anthropologie à l'Université Rutger (New Jersey, est) l'acte d'embrasser a probablement évolué afin de stimuler les trois systèmes cérébraux jouant un rôle majeur dans l'accouplement et la reproduction de l'homo sapiens.

Le premier de ces systèmes est le désir sexuel alimenté par les testostérones, une hormone mâle, chez l'homme comme chez la femme, qui pousse à la recherche de partenaires multiples.

Le second régit l'amour passion ou obsessionnel concentré sur une personne et paraît être lié à une activité élevée de la dopamine, un stimulant naturel.

Enfin, le troisième système qui contrôle l'attachement et permet à un couple de rester ensemble suffisamment longtemps pour élever des enfants, est associé à un niveau accru d'ocytocine, l'hormone maternelle, a expliqué Mme Fisher.

"Nous avons de nombreux indices montrant que la salive contient des testostérones et le fait que les hommes préférent embrasser avec une bouche très ouverte laisse penser qu'ils essaient inconsciemment de transférer cette hormone mâle à la femme pour déclencher son désir sexuel", a relevé Mme Fisher, une des grandes spécialistes aux Etats-Unis en biologie de l'amour et de l'attraction.

"Les hommes tendent à voir l'acte d'embrasser comme un prélude à la copulation", a-t-elle ajouté. Selon Mme Fisher "embrasser est aussi un mécanisme d'évaluation d'un partenaire".

Citant des recherches en cours elle a jugé que le fait d'embrasser "allait probablement révéler toute une mécanique (biologique et culturelle) agissant dans la recherche d'un partenaire idéal".

Elle a noté que plus de 90% de l'humanité pratiquait l'acte d'embrasser tout comme d'autres mammifères tels les chimpanzés ou les renards qui se lèchent le museau.

Le naturaliste britannique Charles Darwin pensait que s'embrasser était un instinct naturel, poursuit Helen Fisher. Cet acte, ajoute-t-elle, a évolué en un mécanisme biologique capable de stimuler les trois systèmes cérébraux responsables de l'accouplement et de la reproduction.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 14 février 2009, 15h45)

Ainsi, en matière de compréhension des mécanismes naturels structurant la sexualité, on en apprend tous les jours, mais au delà de l'aspect physique, biologique, du comportement sexuel humain, on saurait, bien entendu, négliger les aspects psychologiques et sociaux dudit comportement sexuel. En matière de cul, règles sociales et réflexion occupent en effet chez l'homme une part prédominante par rapport à la part purement instinctive des êtres humains concernant le sexe, et du reste, aujourd'hui, dans nos sociétés post-modernes, le cul est comme la publicité : il est partout, et quoi que l'on puisse dire ou faire, on finit toujours par y revenir... Le cul est d'ailleurs d'autant plus présent au sein des sociétés consuméristes occidentales qu'il est un sujet précisément fréquemment utilisé par la publicité. Le cul est donc partout, et tout peut y être ramené, aujourd'hui comme hier... Le sujet est, du reste, suffisemment important pour avoir toujours fait l'objet d'un encadrement et d'un contrôle, d'où le fait que diverses dispositions légales et normes sociales régissent la sexualité. C'est que le cul est un domaine d'enjeux sociaux pour le moins essentiels : la procréation, la santé, l'amour, le plaisir, les lois, les tabous, etc. Et dès lors on peut s'étonner que ledit cul n'ait jamais eu l'honneur d'être officiellement élevé au rang de grande cause nationale dans notre beau pays, la France. Mais qu'à cela ne tienne, il se pourrait qu'avec un peu de chance, la situation évolue favorablement en ce sens... ;-)
Voici ce que l'on peut lire dans le Canard Enchaîné de cette semaine :


"Grippe cochonne au gouvernement

Mercredi 29 avril à l'Assemblée, quelques minutes avant le début de la séance des questions au gouvernement. Roselyne Bachelot, la ministre de la Santé, lance à sa collègue Nadine Morano :
 « Qu'est-ce que j'en ai marre de ces Grenelle qui ne servent à rien. »
 Une allusion au dernier Grenelle, intitulé le Grenelle des ondes et mis en place, précisément, par Bachelot, le 24 avril, pour répondre aux inquiétudes de la population quant à l'impact des ondes sur la santé.
 Et Bachelot d'ajouter gaiement : « On devrait plutôt faire un Grenelle du cul. »
 Martin Hirsch, présent lui aussi sur le banc des ministres, paraît médusé alors que des députés socialistes qui ont entendu la ministre de la Santé se bidonnent.
 Morano acquiesce : « Dans ce cas-là, il faudrait prendre Christine (Boutin) comme marraine. »
 La dite Christine renchérit : « Oh, tu sais, Nadine, il faut se méfier de l'eau qui dort ! »
 « T'inquiète pas, répond Morano, je n'ai jamais eu aucun doute te concernant. »
 Comme quoi ces dames du gouvernement peuvent avoir des conversations aussi grivoises que leurs collègues masculins. Après deux ans de Sarkozy, la parité progresse..."

(Le Canard Enchaîné N°4619, 6 mai 2009)


Un "Grenelle du cul" ? En voila une bonne idée ! Cela nous changerait un peu de tous ces "Grenelles" plus ou moins médiatiques - et devenus aujourd'hui bien convenus -, de ces grands débats publics réunissant des représentants du gouvernement et d'associations professionnelles et/ou d'organisations non-gouvernementales, portant sur un thème spécifique, visant en principe à légiférer ou à prendre position, et dont on est jamais certain qu'ils aboutissent, à l'arrivée, à de véritables engagements concrets de la part des pouvoirs publics. Après le fameux Grenelle de l'environnement - évoqué ici, en son temps, dans deux précédents articles -, un Grenelle de l'insertion, un Grenelle de la mer, et maintenant un Grenelle des ondes, il serait intéressant que l'actuel gouvernement sarkozyste se décide à organiser un "Grenelle du cul", car, dans ce cas-là, il y aurait, soyez-en bien certains, chers lecteurs, matière à discussion !



Prenez, par exemple, la question de la prostitution : c'est un vrai sujet, et il a d'ailleurs fait irruption récemment dans l'actuelle campagne pour les élections européennes, comme en témoigne l'article qui suit, publié sur le site du journal Libération, à la fin du mois dernier...

"Les travailleuses du sexe s'engagent dans les européennes

Le Strass, premier syndicat français de «sexworkers», milite pour la reconnaissance de leur activité.

Le tapin s'invite dans la campagne des élections européennes de juin. Le jeune Syndicat du travail sexuel (Strass) adresse aujourd'hui à chaque liste candidate un communiqué les enjoignant de se prononcer sur le manifeste et la déclaration des travailleuses du sexe en Europe, une de ses premières actions d'envergure.

Le Strass est le premier syndicat du genre en France. Il défend, selon ses statuts, «les intérêts de toute personne exerçant une activité commerciale en rapport avec la sexualité». Fondé le 20 mars à l'occasion des Assises européennes de la prostitution qui se sont tenues au théâtre de l'Odéon à Paris, il compte plus de 200 membres, répartis en cinq fédérations. Ce syndicat se prévaut d'être représentatif du trottoir français, fort du soutien d'une grosse majorité des associations oeuvrant dans le milieu. L'objectif du «manifeste des sexworkers» est d'aboutir à une reconnaissance professionnelle des «femmes galantes» de France et d'Europe et d'obtenir une position claire des organisations politiques. Il s'agit également de montrer sans angélisme que ces prostituées militantes ont une réflexion sur leur statut politique et leur rôle social. Le manifeste a été élaboré en octobre 2005 à Bruxelles par des prostituées et des représentants d'associations venus de 30 pays.

Clandestinité. Rétribuer un service sexuel n'est pas interdit dans l'Hexagone. Cependant, la loi de sécurité intérieure (LSI, Art. 50) de 2003 pénalise «le racolage passif», passible de 3 750 euros d'amende et de deux mois de prison. Les prostituées doivent déclarer leurs revenus en bénéfices non commerciaux et payer des impôts. Elles ne peuvent pourtant pas bénéficier de protection sociale, ni d'une retraite. La définition légale du souteneur rend très complexe la gestion de leur vie privée. Toute personne bénéficiant des revenus d'une passe peut être poursuivie : un concubin, un bailleur, un loueur de véhicules ou de places de parking... Les mères tapineuses risquent de perdre la garde de leurs enfants. Depuis l'entrée en vigueur de la LSI, la police a procédé à 12 900 arrestations pour racolage en Ile-de-France. On dénombre la petite vertu à la contravention. «Les filles ne peuvent plus se regrouper, elles s’exilent dans les bois de banlieue. Elles y sont à la merci des maquereaux qui peuvent leur soutirer 200 à 300 euros par jour», explique Cadyne, secrétaire générale du Strass nouvellement élue. Cette clandestinité accrue multiplie les tensions entre «les traditionnelles», plutôt françaises, et leurs homologues étrangères, moins chères et sans papiers [...]. Le dumping menace, et les tarifs chutent. «Dans les forêts de l'Essonne, on a vu la fellation tomber à 20 euros, 40 pour la passe», témoigne Suzy, Nigériane de 34 ans.

Education. Le Strass admet l'existence de l’esclavage sexuel ou des passes à la chaîne dans les maisons closes. Il refuse cependant la condescendance qui «victimise les sexworkers», selon le manifeste. Le credo du syndicat : les pouvoirs publics et les personnels de santé doivent s'associer aux prostituées s'ils veulent définir des conditions d'exercice viables. L’organisation avance un modèle de profession libérale, du sexe dans des cabinets indépendants, similaires à ceux des avocats, sans proxénètes ni patron. Le prochain chantier du Strass portera sur la mesure de l'impact du travail des prostituées en matière d'éducation sexuelle et de santé publique. Une grande enquête européenne est en préparation en ce qui concerne «l'aide sexuelle directe aux handicapés», reconnue et remboursée en Allemagne, en Suisse ou encore aux Pays-Bas.

Pour donner le ton de l'action du Strass, l'une des fondatrices, Nikita, expliquait en conclusion du discours inaugural qu'«un syndicat, c'est être solidaire, c'est apprendre les unes des autres, échanger et communiquer, guider les plus jeunes et celles qui démarrent, nous apporter entraide et support. C'est donner ce que nous savons faire de mieux : l'amour»."

(Marc de Boni, article publié sur le site du journal Libération [liberation.fr], 27 avril 2009, 06h51)

Ailleurs qu'en France, la question générale du cul peut prendre également des proportions importantes, voire nettement singulières... En Russie, par exemple, certains ne peuvent s'empêcher de céder à la tentation de l'extrémisme crétin : à Saint-Pétersbourg, le 1er avril dernier, une statue de Lénine a ainsi vu ses fesses arrachées par un engin explosif placé là par de mystérieux assaillants, dont on peut se demander s'il ne s'agississait pas de membres d'un lamentable groupuscule d'anti-léninistes particulièrement frustrés sur le plan sexuel... ;op


Dans un registre plus modéré et plus intelligent, le Canada connait, lui, depuis quelques semaines, un évènement également insolite, bien qu'étant sans doute sensiblement moins spectaculaire que l'arrachage, par un bombe, du postérieur d'une statue du père de la révolution bolchévique : je veux parler de la présentation de candidats du "Parti du Sexe" aux élections législatives de la province canadienne de Colombie-Britannique, présentation de candidats à laquelle l'Agence France Presse a consacré, assez récemment, une dépêche...

Canada : le "Parti du Sexe" s'introduit dans le débat politique


Une formation politique marginale veut décoincer le débat politique dans l'Ouest canadien en faisant campagne sur le thème "le sexe est bon, rendons-le meilleur!".

Le Parti du Sexe ne se fait guère d'illusions sur ses chances d'accéder au pouvoir aux élections législatives du 12 mai dans la province de Colombie-Britannique. Il profite plutôt de la campagne électorale pour défendre sur la place publique ses idées un peu particulières sur la sexualité, qui ne sont pas abordées par les principales formations.

"Nous ne faisons pas campagne pour être élus. C'est impossible dans un système de scrutin uninominal à un tour qui défavorise les petits partis", dit John Ince, un propriétaire de sex-shop qui préside cette formation atypique.

Le programme du parti repose sur les bienfaits d'une sexualité saine pour l'épanouissement des individus et de la société.

L'application de ce principe commence à l'école, où le parti veut instaurer un programme initiant progressivement les élèves à l'importance de la sexualité. Les adolescents apprendraient ainsi à établir des relations de confiance avec leurs partenaires avant tout contact physique. Les massages érotiques individuels et l'apprentissage de la tolérance envers les homosexuels feraient aussi partie du cursus.

Le parti veut en outre réserver un coin nudiste dans tous les parcs publics et sur les plages de plus d'un hectare afin "de normaliser la perception du corps humain et de ne plus stigmatiser les organes sexuels".

Il promet de faciliter les relations sexuelles dans les foyers pour personnes âgées, notamment par la formation "d'infirmières spécialisées dans les soins sexuels".

"Les autres partis ne veulent pas aborder ce genre de problèmes. Cela leur fait trop peur," déclare Scarlett Lake. Cette ancienne stripteaseuse, reconvertie en tenancière d'une agence d'escorte, est l'un des trois candidats du Parti du Sexe.


Le parti propose que la Fête de la Reine, célébrée chaque année au Canada en l'honneur de Victoria, monarque britannique connue pour sa pruderie, devienne la "Fête d'Eros", la divinité de l'amour selon la mythologie grecque, et que la Saint-Valentin soit déclarée jour férié.

Le parti, qui n'a obtenu que 305 voix au dernier scrutin en 2005, n'est pas le seul à défendre des idées marginales. Trente-deux formations politiques sont reconnues officiellement en Colombie-Britannique, dont le Work Less Party (le parti pour la réduction du travail), qui veut instaurer une semaine de 32 heures, et le Marijuana Party.

Cette prolifération s'explique par la souplesse de la loi électorale de la province. "Cela reflète la culture populaire de la Colombie-Britannique où n'importe qui peut laisser sa marque en politique. La procédure n'est pas réservée aux élites," explique Norman Ruff, politologue à l'Université de Victoria.

"On exerce tous un autre métier dans la vie de tous les jours. Nous sommes des politiciens amateurs et nous n'avons pas beaucoup de temps pour faire campagne," dit John Ince, qui se présente dans la même circonscription que Gordon Campbell, le Premier ministre libéral de la Colombie-Britannique.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 2 mai 2009, 10h59)

En France, en attendant l'irruption d'un Parti du Sexe dans la vie politique hexagonale (sur le plan du discours sociétal, ce serait bien que le Parti Socialiste joue le rôle d'un Parti du Sexe, rien que pour emmerder le doctrinaire Besancenot et le bigot Bayrou, mais bon, il ne faut pas trop rêver à ce sujet...), il faudrait, pour le moment, se contenter d'un "Grenelle du cul" tel que l'a suggéré la ministre Roselyne Bachelot-Narquin, dite Roselyne Bachelot, fusse sur le ton de la plaisanterie grivoise... Eh bien, faisons-le donc, ce "Grenelle du cul" ! Ce sera toujours ça de pris, en attendant une mobilisation plus générale... car l'enjeu est énorme et les problèmes réels : en vérité, on le sait bien, si les choses allaient pour le mieux dans le domaine du sexe dans ce pays, tout irait mieux... même si, parait-il, en France, les choses ne vont pas trop mal en matière de cul, en dépit du contexte de crise que nous connaissons...
Le mois dernier, l'institut de sondages TNS Sofres a réalisé pour le magazine Le Nouvel Observateur et la radio RTL une enquête sur le rapport à la sexualité des Français. Selon cette enquête, réalisée les 8 et 9 avril derniers auprès d'un échantillon représentatif de mille personnes et publiée dans la semaine du 23 avril, les Français estiment à 74% que le sexe est important dans leur vie, et considèrent à 63% leur vie sexuelle satisfaisante. 77% de l'échantillon interrogé considère que la fidélité conditionne la réussite d’un couple et 56% des sondés estiment qu’ils ne pourraient pas avoir de rapports sexuels avec quelqu'un sans l'aimer. En ce qui concerne les pratiques sexuelles, ainsi que l'avaient illustrées de précédentes enquêtes, la masturbation, la fellation et le cunnilingus sont pratiqués par une majorités de sondés, tandis que la pénétration anale et l'échangisme restent largement minoritaires. Le désir homosexuel est revendiqué par 9% de l'échantillon, et le passage à l'acte par 6%. Quoi qu’il en soit, 55% des personnes interrogées disent qu'il faut chercher à réaliser ses fantasmes sexuels. D'autre part, contrairement à une idée reçue qui voudrait qu'un contexte de crise stimule les appétits sexuels, censés conjurer la sinistrose, l'étude semble révélatrice de la morosité ambiante dans le sens où si les Français disent dans leur majorité (49%) qu'ils font autant l'amour que d'habitude, on constate tout de même qu'un quart d'entre eux (25%) disent le faire moins souvent dans ce contexte de crise actuelle, ce qui est d'autant plus vrai dans les foyers modestes et ouvriers.
Comme dirait l'autre, 63% des Français estimant leur vie sexuelle satisfaisante, c'est bien... mais pas suffisant ! Même constat avec les 7% des Français qui disent faire plus souvent l'amour que d'habitude dans le contexte de crise actuelle et les 49% des Français qui disent faire autant l'amour que d'habitude dans ledit contexte de crise : là encore, c'est bien... mais pas suffisant ! Il y a encore des progrès à faire, et assurément, face à l'énormité des enjeux dans le contexte actuel, un Grenelle s'impose... Osons donc prendre au mot la ministre Bachelot ! Oui à un "Grenelle du cul" !!! Tout de suite !!! ;o)


Oh bien sûr, il se trouvera peut-être bien quelques marxistes grognons, authentiques ou non, pour se plaindre que cela n'a aucun rapport avec la lutte des classes, mais on sait bien que, dans le monde comme il va - un monde de commerciaux écolos obsédés par le pouvoir d'achat et le développement durable -, les marxistes seront toujours d'éternels insatisfaits... même si je ne doute pas que certains savent de temps en temps s'amuser... ;op


Sur ce, je vous laisse... j'ai un bulletin météo pour public "bourgeois branchouille" qui m'attend sur Internet... ;op


L'un de mes lecteurs réguliers, l'alias Sauron, est passionné par la météo... mais il déteste les sujets sociétaux, comme celui du sexe auquel est consacré le présent article : il va donc probablement être insatisfait, lui aussi... Chers lecteurs, pourquoi n'êtes-vous donc jamais contents ? Faites donc comme moi : amusez-vous un peu... ça vous changera ! ;op

Satiriquement, ;-)

Hyarion.

P.S. : On excusera le registre familier, voire un peu grossier, apparaissant dans le présent article... Un tel registre est plutôt inhabituel ici, et il le restera, mais on comprendra qu'il traduit, d'une certaine manière, le caractère quelque peu épidermique de ce qui se veut une réaction à certaines critiques parfois quelque peu excessives... ;-)

(Illustrations : Le Baiser, sculpture de marbre [1888-1889] par Auguste Rodin, Paris, Musée Rodin, photographie, ©E. & P. Hesmerg ; Nicolas Sarkozy vu à travers l'objectif oculaire d'une caméra de télévision alors qu'il prononce un discours au Palais de l'Elysée, le 4 mai 2009, détail d'une photographie de l'agence de presse Reuters, ©Reuters ; Plaquette de pillule contraceptive posée au chevet d'un lit, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Mychele Daniau ; Détail de l'oeuvre Le Baiser, sculpture de marbre [1888-1889] par Auguste Rodin, Paris, Musée Rodin, photographie, ©DR ; Roselyne Bachelot-Narquin [à droite], ministre de la Santé et des Sports, et Patrick Devedjian, ministre chargé de la mise en oeuvre du plan de relance, attendant les questions au gouvernement à l'Assemblée Nationale à Paris, le 11 février 2009, photographie de l'agence de presse Reuters, ©Reuters ; Roselyne Bachelot-Narquin [au centre], ministre de la Santé et des Sports, Nathalie Kosciusko-Morizet [à gauche], secrétaire d'État chargée de la Prospective et du Développement de l'économie numérique, et Chantal Jouanno, secrétaire d'État chargée de l'Écologie, lors d'une conférence de presse sur les ondes des téléphones mobiles à Paris, le 23 avril 2009, photographie de l'agence de presse Reuters, ©Reuters ; Le Salon de la Rue des Moulins, huile sur toile [1894] par Henri de Toulouse-Lautrec, Albi, Musée Toulouse-Lautrec ; Des experts examinant les dégâts faits par une bombe sur une statue de Lénine, à Saint-Pétersbourg, en Russie, le 1er avril 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Elena Palm ; Deux candidats du Parti du Sexe canadien, Dietrich Pajonk [à gauche] et Scarlett Lake, le 21 mars 2009 à Vancouver, au Canada, , photographie de l'Agence France Presse, ©Philippe Moulier/AFP/Archives ; Le fondateur du Parti du Sexe John Ince [à droite] discutant avec Silke Wong, le 21 mars 2009 à Vancouver, au Canada, , photographie de l'Agence France Presse, ©Philippe Moulier/AFP/Archives ; Le Verrou, huile sur toile [vers 1777] par Jean-Honoré Fragonard, Paris, Musée du Louvre ; Photographie anonyme et sans date, d'inspiration à la fois burlesque et bolchévique, reproduite sur le blog "Le Prolétariat Universel" [http://proletariatuniversel.blogspot.com/] de Jean-Louis Roche, en mai 2009 ; Captures vidéo de deux éditions de la "grave météo du jour" [celle du 28 avril 2009 en haut et celle du 30 avril 2009 en bas], présentée par Nina Linss, et diffusées sur le site Internet humoristique "Les Graves infos" [www.lesgravesinfos.fr/])
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 3 (2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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Dimanche 3 mai 2009 7 03 05 2009 12:59
Je suis terriblement en retard, chers lecteurs, et j'en suis désolé : j'avais prévu de mettre en ligne le présent article il y a une semaine, mais j'ai été fort occupé ces derniers jours, mon agenda étant à nouveau devenu un peu plus chargé depuis quelque temps... Voici donc, plus d'une semaine après l'évènement, un compte-rendu dont on excusera, je l'espère, le ton parfois vif à l'occasion de propos destinés à certaines personnes : je suis un peu fatigué par certaines critiques stériles, et, après tout, quand on me cherche... on finit par me trouver... ;op
Vendredi 24 avril, il y a plus d'une semaine donc, à Toulouse, a eu lieu la grande réunion publique de lancement de la campagne des socialistes européens à l'occasion des élections européennes du 7 juin prochain. Cette réunion a eu lieu à la Halle aux Grains, place Dupuy, célèbre salle de concert toulousaine ayant accueilli François Mitterrand par le passé, et qui, après vingt-cinq ans consacrés à la musique, vient récemment de renouer ponctuellement avec les réunions politiques. Le 8 avril dernier, la salle a ainsi été l'endroit où le rassemblement Europe-Ecologie - de Daniel Cohn-Bendit et José Bové - a dévoilé son projet, lors de sa première grande réunion publique, à tout juste deux mois des élections européennes. Le 24 avril, il y a quelques jours, c'était donc au tour des socialistes d'occuper ladite salle, à l'occasion d'un rassemblement réunissant notamment Martine Aubry, première secrétaire du Parti Socialiste français, Kader Arif, député européen et tête de liste socialiste dans la région Sud-Ouest, Poul Nyrup Rasmussen, Président du Parti Socialiste Européen (auquel est rattaché le PS français à l'échelle européenne) et les têtes de liste socialistes des 27 pays de l'Union Européenne.
En tant qu'adhérent du PS, j'avais d'emblée l'intention de me rendre à cette réunion, qui avait l'avantage, une fois n'est pas coutume, de se tenir dans un lieu proche de chez moi (j'ai eu plusieurs fois l'occasion, du reste, de fréquenter la Halle aux Grains ces dernières années, à l'occasion de concerts de musique classique proposés par l'Orchestre National du Capitole de Toulouse). Finalement, cependant, ayant été invité formellement à assister à la réunion en tant que blogueur politique, je me suis rendu au rendez-vous sous une double identité d'adhérent du PS et de blogueur indépendant. Accédant discrètement à l'intérieur de la salle par une porte de côté située en face de la rue des Potiers, à l'écart de l'entrée principale ouverte au grand public, je me suis retrouvé installé, au deuxième étage (si je me souviens bien), dans un des fauteuils-strapontins d'une des galeries-balcons de la salle, censée être réservée à la presse, d'où l'on pouvait assez bien voir la tribune des orateurs située en bas, sur la scène, dans un décor blanc et rouge, devant le parterre semble-t-il réservé aux personnalités. La réunion, qui a commencée un peu après 19h00, pour se terminer entre 21h30 et 22h00, a fait l'objet de la dépêche de l'Agence France Presse qui suit :

Les socialistes européens unis, veulent changer le cours de l'Europe


La grande famille socialiste européenne a lancé vendredi a Toulouse sa campagne pour les élections du 7 juin en invoquant avec ferveur son unité pour "gagner la majorité" au parlement européen et "changer le cours de l'Europe".

"Les socialistes européens seront au rendez vous de l'histoire, pour changer le cours de l'Europe", a lancé la première secrétaire du PS Martine Aubry devant 1.600 personnes réunies à la Halle aux grains.

"Nous allons nous battre ensemble pour une autre Europe, sociale", "une Europe moins sauvage" a poursuivi la numéro un socialiste en se référant à Jean Jaurès.

Dans une ambiance chaleureuse, les représentants des 27 partis socialistes et sociaux démocrates européens, réunis pour la première fois en campagne, se sont succédé à la tribune pour affirmer que "seuls les socialistes peuvent faire sortir l'Europe de la crise", reprenant en français ou en anglais le slogan de campagne: "citoyens d'abord, people first".

La référence à "l'internationalisme" a soulevé l'enthousiasme ainsi que le volontarisme. Un cri a jailli de la salle "yes we can !".

Martin Schulz président du groupe socialiste au Parlement européen a été ovationné debout par l'assistance lorsque le député allemand a rappelé avec émotion les massacres de la deuxième guerre mondiale pour lancer: "avec la justice sociale, cela ne se répètera pas".

M. Schultz a dénoncé "une Commission qui a mené l'Europe au désastre". "Nous avons encore 45 jours pour bouger l'Europe à gauche", a-t-il lancé.

Dans un message audiovisuel, le premier ministre espagnol José Luis Zapatero a apporté "son appui à tous les socialistes européens pour construire une Europe plus unie, qui préserve une politique sociale (...) et soit un acteur fondamental de la paix". "Nous devons choisir la voie du progrès".

Poul Nyrup Rasmussen, président du parti socialiste européen, a énuméré le en clôturant le meeting les sept premières mesures qu'une majorité socialiste européenne prendrait dans les 100 jours suivant sa victoire. Il a notamment mis l'accent sur "un véritable plan de relance donnant la priorité à l'emploi et à une croissance verte", une "régulation efficace des marchés financiers et une "solidarité nouvelle entre tous les pays de l'UE".

"Si en Europe, on ne fait rien de plus, au printemps 2010, il y aura 27 millions de chômeurs" a estimé le leader du PSE. "Notre ambition de prendre la majorité est réaliste, nous en sommes très proches" a-t-il poursuivi, alors que la droite est majoritaire au parlement de Strasbourg sortant.

Evoquant le scrutin en France Mme Aubry avait déclaré: "La colère monte partout (...) nous devons agir" face à "la politique inefficace et injuste de Nicolas Sarkozy".


"Le 7 juin, beaucoup ont envie de dire non à Sarkozy (...) nous ne serons pas les derniers à dénoncer, mais nous, avec le PSE, nous sommes une force politique pour trouver un débouché politique", a-t-elle dit dans une critique de l'extrême-gauche.

Quant à François Bayrou, "sa voix n'a pas souvent manqué à la droite au Parlement européen", a-t-elle dénoncé.

M. Bayrou a également été visé par M. Schulz: "A la maison, il parle comme Karl Marx en exil, mais à Bruxelles, il est avec de sauvages néolibéraux".

Dans l'après-midi, Mme Aubry et M. Rasmussen avaient rencontré des syndicalistes d'EADS et ceux de l'équipementier automobile Molex, devenus emblèmes de la résistance aux "licenciements boursiers".

(Dépêche de l'Agence France Presse, le 24 avril 2009, 21h58)

J'ai appris, après coup, que la réunion publique de lancement de la campagne européenne socialiste, prévu initialement à Lille, avait été délocalisé à Toulouse pour assurer l'ambiance après que le PS se fut aperçu que le Nord était encore en vacances scolaires de Pâques, en cette fin de mois d'avril. Sage décision s'il s'agissait de favoriser la venue d'un maximum de personnes à cette réunion. De fait, la salle toulousaine de la Halle aux Grains m'a paru plutôt bien rempli - 1.600 ou 1.700 personnes étaient présentes selon certains, 2.700 militants étant présents selon d'autres sources - et ce fut assurément un moment particulier que de voir ainsi réunis, le temps d'une soirée, autant d'élus et de candidats socialistes ou socio-démocrates venus d'Allemagne, d'Autriche, de Belgique, du Danemark, d'Espagne, de France, d'Italie, des Pays-Bas, de Grande-Bretagne, de Grèce, de Hongrie, de Lettonie, de Lituanie, de Malte, de Pologne, du Portugal, de République tchèque, de Roumanie... et j'en oublie, forcément...


Que retenir de cette réunion publique, à titre personnel ? Beaucoup de choses, assurément, que je ne peux évoquer en détail ici, car le temps me manque. Essayons d'aller à l'essentiel. La réunion d'hier soir a été l'occasion d'assister au lancement d'une campagne électorale des socialistes européens ayant un caractère inédit puisqu'il s'agit d'une campagne commune sur un programme commun  - le "Manifesto", adopté cet hiver et signé par les 27 partis - pour les élections européennes du 7 juin. En ce qui concerne les orateurs, l'assistance a d'abord pu entendre le discours inaugural de Pierre Cohen, maire socialiste de Toulouse, puis le discours du député Kader Arif, candidat tête de liste de la région Sud-Ouest. Tout deux n'ont pas manqué d'évoquer Jean Jaurès, figure politique historique du socialisme français et de la région toulousaine, qui fut en son temps l'un des principaux artisans de la fusion des différentes sensibilités de gauche au sein de la SFIO (Section française de l'Internationale ouvrière) dont le PS est l'héritier, et qui fut assassiné par un nationaliste, en 1914, alors qu'il cherchait à empêcher le déclenchement de la Première Guerre Mondiale en réclamant notamment, à l'époque, dans un de ses derniers article de presse publié dans La Dépêche, "une Europe un peu moins sauvage".



Une évocation du souvenir de Jean Jaurès et de son héritage politique fait toujours consensus auprès d'un public de gauche, et je ne peux moi-même qu'en être satisfait. Moins consensuel, à mon sens, a cependant été le fait que Kader Arif, après avoir parlé de Jaurès, se soit senti obligé d'invoquer les manes du "petit père Combes", c'est-à-dire Émile Combes, natif du Tarn comme Jaurès, mais figure politique de gauche nettement plus controversé : républicain radical, chef du gouvernement français de 1902 à 1905, Combes mena une politique excessivement anticléricale, voire antireligieuse, avec une intransigeance à la limite de l'intolérance, ce qui apparait d'ailleurs comme étant assez paradoxal compte tenu du fait que ledit Combes a d'abord été séminariste et docteur en théologie catholique avant de devenir un homme politique. On peut, bien entendu, toujours évoquer superficiellement Émile Combes comme un symbole de la laïcité associée à l'idée de république, mais pour ma part, Emile Combes est et reste non seulement l'archétype de l'anticléricalisme dans ce qu'il a de plus stérile et de plus borné, mais aussi et surtout le politicien qui dirigea un gouvernement connu pour avoir été directement impliqué, en 1904, dans le scandale de la fameuse affaire des Fiches, qui révéla l'existence d'une opération de fichage politique et religieux menée dans l'armée française par le général André, ministre de la Guerre du gouvernement de Combes, avec la complicité avérée de membres de loges maçonniques du Grand Orient de France. Combes et son gouvernement n'ont heureusement pas survécu politiquement plus de quelques semaines à la révélation de ce scandale, révélateur d'un "flicage" assez minable, décidé en haut lieu, et témoignant d'une volonté gouvernementale de surveiller, à des fins politiques, voire antireligieuses, de simples individus, fussent-ils des militaires, y compris dans leur vie privée, au nom de l'intérêt supérieur de l'Etat. Bien entendu, la surveillance politique des individus de la part des gouvernements ne date pas d'hier, et elle existait en France bien avant Combes comme elle existe toujours aujourd'hui, mais cependant, lorsque j'entend un politicien en ce début du XXIe siècle, en l'occurence ici Kader Arif, invoquer les manes de Combes au nom du combat pour la laïcité, je ne peux m'empêcher d'être gêné, compte tenu de ce que je sais de ce personnage politique de la IIIe République. Personnellement, je suis très attaché à la laïcité, notamment en matière d'enseignement, et je déteste trop les dogmes religieux pour pouvoir être complaisant avec l'attitude insupportable des adeptes religieux d'un prosélytisme sectaire et de tout ceux qui passent leur temps à mélanger la politique avec la religion, mais en même temps, je suis suffisemment conscient des excès, tout aussi insupportables, des partisans d'un athéisme fanatique et d'un anticléricalisme obsessionnel, pour ne pas avoir forcément envie de voir figurer le "petit père Combes" au panthéon des grandes figures politiques de la gauche. Les mauvaises langues pourront toujours me répliquer que François Mitterrand ne valait pas mieux que Combes, notamment en matière de surveillance, en rappellant la scandaleuse affaire des écoutes téléphoniques de l'Elysée, mais peu importe : de même qu'il n'y a pas lieu de se référer systématiquement à Mitterrand quand on est de gauche, il n'y a pas lieu non plus, je pense, de se référer systématiquement non plus à Combes, fusse au nom de la juste cause de la laïcité.


Quel est mon avis sur l'orateur en question, Kader Arif ? J'en ai bien un, et il déplaira sûrement au militant socialiste discipliné qui lira peut-être ces lignes, mais comme je n'ai rien à cacher sur ce point, autant écrire franchement ce que je pense à ce sujet. Kader Arif, proche de Jospin, de Delanoë et de Pierre Cohen, conseiller municipal de Toulouse, député européen français depuis 2004, et tête de liste désignée dans le Sud-Ouest pour le prochain scrutin européen depuis le 28 février dernier, fait partie de ceux que l'on peut appeler les "apparatchiks" du PS, ces membres indéboulonnables de l'appareil du parti obtenant régulièrement des investitures et des mandats électoraux. A titre personnel, même si j'ai voté pour la liste socialiste à la tête de laquelle se trouvait Kader Arif lors des élections européennes de 2004, j'aurai assurément préféré que ce ne soit pas un "apparatchik" tel que lui qui soit à nouveau investi comme tête de liste cette année. Je n'aime pas le carriérisme, en politique comme ailleurs, et j'ai donc peu d'estime pour ceux qui le pratique, comme c'est le cas notamment avec Kader Arif, et sachant du reste que ledit Arif est évidemment loin d'être le seul dans ce cas. Cependant, en tant qu'adhérent du PS comme en tant que citoyen électeur, il me faut bien faire avec la liste socialiste qui m'est proposée, sachant que sa composition aurait pu, à vrai dire, être pire que ce qu'elle est.
Pas de quoi se réjouir donc, mais pas de quoi avoir envie de vomir non plus, contrairement à ce que me laisse souvent entendre un de mes lecteurs réguliers, l'alias Dante, qui aime bien me rappeler régulièrement - pour une raison que j'ignore - à quel point il n'aime pas Kader Arif... ;-)


La réunion publique s'est poursuivie avec un discours de la première secrétaire du Parti Socialiste Martine Aubry, laquelle n'a pas caché, avec raison sans doute, son enthousiasme en affirmant : "Nous lançons le même jour, au même endroit, la campagne pour les élections européennes avec des têtes de liste des 27 partis frères socialistes et sociaux-démocrates". "Nous serons au rendez-vous de l'histoire. 27 partis pour lancer les bases d'un nouveau modèle, retrouver l'idéal européen", a-t-elle poursuivi, en ajoutant également : "Nous sommes une force égale à nulle autre, qui veut donner un nouveau sens à l'Europe ; les citoyens d'abord, n'oublions pas pourquoi l'Europe est faite". La première secrétaire du PS a aussi, bien entendu, évoqué la "politique inefficace et injuste" de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, et fait quelque allusions aux mouvements politiques d'opposition concurrents des socialistes. "Le 7 juin, beaucoup ont envie de dire non à Sarkozy, il va y avoir de la dénonciation, nous ne serons pas les derniers à dénoncer, mais nous, avec le PSE, nous sommes une force politique pour trouver un débouché politique", a-t-elle notamment dit dans une critique plus ou moins voilée de l'extrême-gauche incarnée, notamment, par Besancenot. En ce qui concerne Bayrou, Aubry a ironisé sur son positionnement politique à géométrie variable et relevé que "sa voix n'a pas souvent manqué à la droite au Parlement européen", sa critique du gourou du MoDem étant finalement assez modérée, alors que des sifflets et des huées se sont aussitôt fait entendre dans le public dès que la première secrétaire du PS a prononcé le nom dudit Bayrou. Pour cette "première" d'une campagne électorale commune des socialistes européens - à l'occasion de laquelle sont prévus quatre journées thématiques organisées en même temps avant le 7 juin -, Martine Aubry, tout en concédant que "quand on parle de l'Europe, les Français ont souvent l'impression que c'est flou", a promis une campagne "concrète". Sans surprise, je n'ai pas entendu un seul mot concernant le traité de Lisbonne. Tout au plus a t-il été fait allusion à la division des socialistes français au moment du référendum sur le Traité Constitutionnel Européen (TCE) en 2005. Se réjouissant de l'unité desdits socialistes français sur le thème de campagne choisi et résumé dans le slogan "Citoyens d'abord : un nouveau sens pour l'Europe" ("People First : A New Direction for Europe", en version anglaise), Martine Aubry a dit : "Nous n'aurions jamais dû nous diviser sur l'Europe, nous sommes heureux d'être tous là pour défendre la même Europe". Sans doute est-il en effet heureux que les socialistes français soient tous d'accord pour faire campagne sur le thème de l'Europe considérée à une échelle humaine et donnant la priorité aux intérêts des citoyens et des peuples. Mais, cela dit, je crains, hélas, que cette unité relative des socialistes ne dissimule qu'assez mal les cicatrices des blessures nées de la division du PS sur la question du TCE, vis-à-vis de laquelle on peut rappeler que le contenu dudit TCE a été repris à peu près tel quel dans le traité de Lisbonne actuellement en cours d'adoption dans les pays de l'Union Européenne. En ce qui me concerne, rappelons-le, j'ai voté "Non" au référendum sur le TCE en 2005, et j'aurai très probablement voté également "Non" au traité modificatif de Lisbonne si j'en avais eu l'occasion l'année dernière, comme ce fut le cas pour les Irlandais...


A la suite de la première secrétaire du Parti Socialiste français, ce sont succédés à la tribune de nombreux candidats socialistes européens, s'adressant au public soit en français, soit en anglais, soit dans les deux langues. Il serait trop long d'évoquer les interventions de chacun d'entre-eux, et je me contente ici d'évoquer succinctement celles qui m'ont le plus interpellé. Parmi tous ces orateurs venus de tant de pays européens, certains se sont particulièrement fait remarquer par leurs interventions énergiques et enthousiastes : je pense en particulier à la députée européenne néérlandaise Emine Bozkurt, brandissant vigoureusement un placard sur lequel figurait le slogan de campagne "Citoyens d'abord", et qui, si je me souviens bien, a notamment plaidé, en anglais, pour une direction européenne "qui prend des décisions pas seulement quand le soleil brille mais aussi pendant les tempêtes". A la suite de cette représentante des Pays-Bas visiblement très entousiaste, le chef du Parti Socialiste maltais, Joseph Muscat, a déclenché les rires de l'assistance, pendant son discours (en français), en évoquant ironiquement les premiers jours du quinquennat présidentiel de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, premiers jours passés, comme chacun le sait, à bord du Paloma - un yacht de luxe appartenant au milliardaire sarkophile Vincent Bolloré -, au large de l'île de Malte : "Je connais un gentleman [...] qui a pris un yacht pour venir passer ses vacances dans mon pays. Je lui dis « revenez en vacances et laissez nous le leadership européen »". Cette petite pique de J. Muscat, d'autant plus piquante qu'elle venait d'un socialiste maltais, m'a bien fait rire, je l'avoue, et je me suis même mis à rêver, l'espace d'un instant, que Sarkozy parte définitivement en vacances à Malte, sur le yacht de son ami Bolloré, en se retirant, une bonne fois pour toutes, de la politique française, européenne, mondiale... et même galactique. Cela nous ferait, à nous tous, aussi, des vacances !


Parmi les autres orateurs européens intervenus durant cette soirée, il y a eu Juan Fernando Lopez Aguilar, candidat socialiste aux élections européennes en Espagne, s'exprimant en français, très applaudi par les militants présents - qui étaient majoritairement des Français mais qui comptaient parmi eux, semble-t-il, de nombreux Espagnols -, et qui a notamment rendu hommage, non sans une certaine émotion, à Toulouse et à sa région qui ont accueilli, durant les années 1940, de nombreux réfugiés républicains espagnols (dont le père de Juan Fernando Lopez Aguilar) ayant fui la dictature de Franco.


Il y a aussi eu la très enthousiaste Zita Gurmaï, députée européenne hongroise élue en 2004 sous les couleurs du Magyar Szocialista Párt (Parti Socialiste hongrois), présidente du PSE Femmes (au sein du Parti Socialiste Européen) depuis 2004, et secrétaire nationale du Parti Socialiste français aux Droits des femmes depuis l'année dernière. A un autre moment de la soirée, on a pu également remarquer le représentant lituanien, qui, dans son discours, a dénoncé les "banksters" - contraction en anglais des mots "banquiers" et "gangsters" - ayant déclenché la crise financière mondiale. Puis ce fut le moment, très attendu du public semble-t-il, du discours de Martin Schulz, député européen social-démocrate allemand et président du groupe du PSE au Parlement européen. On se souvient que le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi avait un jour, en juillet 2003, proposé à Martin Schulz de tenir un rôle de "kapo" dans un film sur les camps de concentration nazis, en raison de la nationalité de Schulz : cette insulte aux relents particulièrement douteux avait été prononcée par ledit Berlusconi en réaction au fait que ledit Schulz avait simplement osé critiquer le détestable chef du gouvernement italien en sa présence, lors d'une session au Parlement européen. Evoquant le prochain soixante-dixième anniversaire du déclenchement de la Deuxième Guerre Mondiale suite à l'invasion de la Pologne par Hitler (en septembre 1939), Martin Schulz s'est félicité, en français, d'être à la tête d'un groupe de 208 députés socialistes et socio-démocrates venus de pays "que l'armée de [son] pays a envahi il y a soixante[-dix] ans", et également a mis en garde les socialistes européens contre la résurgence de l'antisémitisme en Europe, en citant plusieurs exemples, notamment en Hongrie, et en évoquant aussi la énième affaire de "détail de l'Histoire" autour de Jean-Marie Le Pen, affaire dont Schulz a été l'un des protagonistes et dont j'ai eu l'occasion d'écrire ce que j'en pensais dans un précédent article...



Evoquant plus directement la campagne électorale, avant de s'adresser aux jeunes de la salle avec une référence au "discours à la jeunesse" de Jean Jaurès, le député social-démocrate allemand a également - ainsi que l'on a pu déjà le lire dans la dépêche de l'AFP citée plus haut - lâché cette pertinente pique à l'intention de François Bayrou : "A la maison, il parle comme Karl Marx en exil, mais, à Bruxelles, il est avec des sauvages néolibéraux." Au delà de l'effet de tribune, forcément réussi, Martin Schulz est évidemment dans le vrai : Bayrou n'hésite pas aujourd'hui à tenir un discours contestataire et démagogique, semblable à celui de l'extrême-gauche, sur la scène politique nationale française, alors que lui (Bayrou) et ses amis sont membres, au niveau européen, du PDE (Parti démocrate européen), parti qui se veut centriste mais qui est surtout majoritairement constitué de politiciens de centre-droit ayant quitté à regret, en 2004, le PPE (Parti Populaire Européen, rassemblant les droites conservatrices européennes, et devenu trop ouvert aux souverainistes selon ces politiciens de centre-droit), le PDE siégeant, au Parlement européen, au sein du groupe de l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (ADLE) qui ne ressemble en rien à un groupe contestaire vis-à-vis de la droite et du système économique en place, loin s'en faut. Bayrou est un escroc : cela fait longtemps qu'on le sait, mais ça ne coûte rien de le rappeler...


Après le discours de M. Schulz, suivi d'une intervention de Georges Papandréou, ancien ministre des Affaires étrangères de Grèce, actuel président de l'Internationale socialiste et secrétaire général du PASOK (Panellínio Sosialistikó Kínima, en français Mouvement Socialiste Panhellénique), est venu le moment de conclure, avec un dernier discours, prononcé par Poul Nyrup Rasmussen, député européen social-démocrate danois, ancien Ministre d'Etat (chef du gouvernement) du Danemark et actuel Président du Parti Socialiste Européen (PSE). Candidat potentiel au remplacement de l'actuel président conservateur de la Commission européenne José Manuel Barroso, si le Parlement européen bascule à gauche, Rasmussen a réclamé un "leadership courageux" à la Commission ne se résumant pas à passer des "coups de téléphone à Berlin, Paris et Londres pour demander : « qu'est-ce que je peux faire ? »", le député social-démocrate danois ne manquant pas d'évoquer, avec une certaine ironie, le fait que les députés socialistes européens ont dû supporter pendant plusieurs années la médiocrité de la gouvernance de Barroso à la tête de la Commission : "c'était dur, je vous assure, c'était très dur..." a-t-il notamment déclaré. Rasmussen a également exposé le contenu du programme commun, le "Manifesto", soit sept grandes mesures pour les cent premiers jours d'un Parlement européen de gauche (avec un nouveau président de la Commission), un plan de relance économique européen et de nouvelles règles de régulation financière figurant en tête des objectifs. Un "nouveau véritable plan de relance avec des investissements donnant la priorité à l'emploi et à une croissance verte", un "pacte européenn pour l'emploi pour plus d'emplois de qualité, plus de droits des travailleurs et plus d'égalité", une "charte pour les droits des femmes en Europe", un "pacte de progrès social pour contrer les conséquences de la crise et prévenir la pauvreté, l'exclusion et les inégalités", une "régulation efficace des marchés financiers pour éviter de nouvelles bulles spéculatives", une "solidarité nouvelle entre les pays membres de l'Union Européenne, du Nord et du Sud, de l'Est et de l'Ouest", et un "plan européen pour un nouvel accord mondial au G20 d'ici à la fin de 2010" : telles sont les sept grandes mesures qui ont été présenté, en français, par le président du PSE. "Dans la tête des travailleurs, dans la tête des gens partout en Europe, il y a un nouvel esprit, il y a un nouvel espoir, il y a une nouvelle ouverture pour nos idées, et il y a une nouvelle chance" a ensuite déclaré Poul Nyrup Rasmussen, avant d'ajouter : "Nous sommes des forces progressistes et nous voulons donner une direction progressiste à l'Europe pour les citoyens d'abord". Il a été très applaudi, et c'est ainsi que s'est terminé la soirée...


Quelles impressions ont été les miennes lors de cette réunion publique ? J'ai eu une impression, fugitive mais réelle, de me sentir Européen au moment des discours de tous ces candidats des pays de l'Union Européenne, impression vite remise en cause dans mon esprit par la pensée que l'identité européenne reste à construire et que beaucoup de citoyens de l'U.E. ne se sentent pas Européens, et en tout cas pas du tout favorables (sans doute avec quelque raison !) à l'Europe telle qu'elle se construit aujourd'hui... Mais surtout, j'ai eu l'impression d'être politiquement plutôt à ma place dans cette réunion, en dépit de ce que je pense de la vie politique française, voire européenne, et en dépit de ce que bien des commentateurs conformistes pensent du PS...
Au sein du clivage gauche/droite - clivage qui, n'en déplaise à certains, continue d'exister, et pas seulement dans la tête de quelques citoyens ou les paroles de quelques politiciens -, je me situe simplement à gauche, sans être capitaliste ou marxiste. C'est ainsi, et ce n'est pas autrement. Les considérations dogmatiques avec grilles de lecture systémiques, les débats ridicules sur le sexe des anges à gauche - avec cet escroc sans programme qu'est Besancenot et cet histrion donneur de leçons qu'est Mélenchon, lesquels prétendant tout deux incarner "la vraie gauche" -, tout cela ne m'intéresse pas. Face à la droite, je me situe à gauche, un point c'est tout. Cependant, n'étant pas d'un naturel prosélyte, je ne crie jamais mes convictions sur tous les toits, et le fait que je me définisse ici comme anarcho-monarchiste signifie d'ailleurs que j'entend bien ne pas me laisser enfermer dans telle ou telle catégorie toute faite, même si par ailleurs, je n'ai pas peur de prendre partie au sein de l'échiquier politique, fusse d'une façon apparaissant comme étant toute personnelle... Et tant pis si le Parti Socialiste n'a pas bonne presse : en soutenant le PS, à mon modeste niveau et sachant que mon engagement dans ce parti n'ira probablement pas au-delà de 2012, je fais ce que je crois être juste, ni plus, ni moins. Si quelqu'un veut me persuader que je suis dans l'erreur, il peut toujours essayer de le faire, mais à condition d'avoir des arguments vraiment convaincants. Or, des arguments convaincants, je n'en entend jamais, et pour cause : personne n'en a, parce que personne parmi les gens qui critiquent les socialistes n'est capable de dire un mot sans tenir compte de ses misérables petites certitudes d'énergumène soit-disant "vraiment de gauche" ou de donneur de leçon ne prenant jamais de risque en matière d'engagement politique.


Les affirmations péremptoires de certains, qui passent leur temps à répéter stupidement toujours la même chose, à savoir que "le PS est obsolète", que "le PS ne vaut rien" ou que "le PS est mort", sont, à mes yeux, pathétiques, et le resteront, car, au-delà de la pauvreté qu'elles incarnent en matière d'argumentation, ces affirmations sont évidemment aussi fausses que ridicules : si le PS ne valait rien, si le PS était si obsolète qu'on le dit, si le PS était vraiment mort, en parlerait-on autant, à droite comme à l'extrême-gauche ? Le PS n'est assurément pas mort, et il me parait bien vivant, au contraire, puisque Besancenot, Bayrou et Mélenchon en sont encore à souhaiter sa disparition malgré tous leurs efforts pour servir les intérêts de la droite, laquelle, n'en déplaisent à certains, n'est assurément pas plus défendable que la gauche de gouvernement que tout le monde adore critiquer aujourd'hui...
Sachez-le, toutefois, chers lecteurs : dans la plupart des discours prononcés lors de la réunion publique de vendredi dernier, j'ai pu trouver des choses avec lesquelles je suis d'accord, et d'autres vis-à-vis desquelles mes sentiments sont partagés, voire très réservés. Mais que l'on attende pas de moi cependant que je fasse je-ne-sais quel grand écart en critiquant tant et plus, tout en cherchant à convaincre mes lecteurs de voter socialiste aux élections européennes comme moi je le ferai. Contrairement à d'autres, je n'ai pas la prétention, vis-à-vis de mon engagement personnel au PS - fut-il fort modeste -, d'écrire pour convaincre qui que ce soit en particulier de quoi que ce soit, ni de me payer le luxe de critiquer les socialistes autant que certains de mes lecteurs aimeraient peut-être que je le fasse pour qu'ils puissent d'autant mieux pointer les contradictions qui sont sans doute les miennes mais qui pourtant ne valent sans doute pas mieux que les leurs...
Maintenant cela dit, on peut toujours me reprocher de ne pas beaucoup parler du fond, et on peut prétexter cela - ou autre chose - pour critiquer continuellement le PS. Ces temps-ci, il se passe rarement une semaine sans que j'entende une critique quelconque dirigée contre le PS et ceux qui osent encore déclarer faire partie des adhérents dudit PS. En ce qui me concerne, on en vient même parfois, d'une certaine manière, à me demander des comptes, comme si j'étais responsable de tout ce qui se dit et se fait au Parti Socialiste. Je ne suis pourtant qu'un modeste adhérent du PS en free lance, mais il est vrai que le simple fait d'être membre du parti en payant une cotisation annuelle et en assistant à quelques réunions publiques du parti n'est pas anodin. Je ne suis pas un militant au sens où on l'entend généralement, et il est vrai que, a priori, mon attitude ressemble plus à celle d'un simple sympathisant qu'à celle d'un véritable militant. Cependant je paye une cotisation, ce qui fait de moi un adhérent du parti, c'est à dire quelqu'un de sans doute moins impliqué a priori dans la vie du PS que les militants actifs dans les sections socialistes, mais aussi quelqu'un de plus engagé qu'un simple sympathisant. Il y a donc un engagement spécifique de ma part. Je fais partie du PS, et je l'assume pleinement, même si le fait que je ne sois pas du tout un militant prosélyte fait que j'ai parfois tout de même du mal à supporter les critiques pleines d'ignorance, de bêtise et de mauvaise foi que l'on se permet parfois de me jeter à la figure sous prétexte que je suis adhérent du Parti Socialiste. J'estime que dans la situation dans laquelle se trouve la France aujourd'hui, être formellement engagé dans un parti politique - et en l'occurence ici dans un parti destiné à incarner un jour l'alternance face au sarkozysme - vaut mieux que de rester un simple spectateur se permettant de critiquer tout le monde ou se permettant de jouer les contestataires du dimanche sans avoir rien à proposer et en crachant sur ceux qui, qu'on le veuille ou non, font des propositions, quelles qu'elles soient.
C'est bien beau de critiquer les approches des partis politiques ou des associations, et de ne s'investir dans aucun d'entre-eux ! On peut toujours choisir ainsi la voie de la facilité. L'un de mes lecteurs réguliers, l'alias Dante, m'a dit récemment, de manière très juste : "C'est toujours facile de regarder avec son recul les actes des autres. Mais donner un sens à ce que l'on fait est, me semble-t-il, plus important encore. Les acteurs prennent toujours plus de risques que les spectateurs." Et c'est vrai que dans le cadre de la vie politique de ce pays, je prend un risque - certes tout relatif, car nous ne sommes tout de même pas en dictature -, celui d'être engagé formellement dans un parti politique, un parti qui vaut ce qu'il vaut, un parti vis-à-vis duquel j'ai le droit et le devoir d'avoir un regard critique, un parti au sein duquel je garde mon identité propre et mon indépendance d'esprit et de jugement, mais aussi un parti dont j'estime qu'il est nécessaire de le soutenir de la manière que je crois être la plus juste de mon point de vue, compte tenu des quelques idées politiques qu'il me reste et de ma volonté de prendre formellement position en tant que citoyen au sein de l'échiquier politique de ce pays. Dans la perspective de mettre fin un jour au pouvoir sarkozyste, mon engagement me parait avoir un sens. Aussi, libres sont ceux qui n'aiment pas le PS et les socialistes de les critiquer, mais que l'on ne vienne pas me donner des leçons, car je n'en ai à recevoir de personne, et surtout pas de ceux qui ne s'engagent jamais de façon significative, de façon responsable, et qui n'ont rien d'autre à proposer que la contestation la plus stérile ou l'utopie la plus naïve. En ce qui me concerne, en politique comme ailleurs, je m'efforce de suivre l'une de mes devises : faire les choses sérieusement, sans me prendre au sérieux. Cela vaut ce que cela vaut. Toujours est-il que je suis content d'avoir pu assister, le vendredi 24 avril dernier, à cette réunion publique de la Halle aux Grains, à Toulouse, à l'occasion du lancement de la campagne des socialistes européens pour les élections du 7 juin prochain. Compte tenu de mon modeste engagement au sein du PS, c'était bien là le minimum que je pusse faire... et je ne regrette pas de l'avoir fait.

Cordialement,

Hyarion.

Post-scriptum 1 : je profite de l'occasion qui m'est donné avec la publication en ligne du présent article, pour informer mes lecteurs que la dixième République des Blogs (RdB) de Toulouse aura lieu le 15 mai prochain, avec rendez-vous fixé devant le Tchin Bar (22, Rue St-Bernard, près de la station de métro Jeanne d'Arc) à partir de 18h30. Cette dixième RdB sera logiquement consacrée aux prochaines élections européennes.

Post-scriptum 2 : que l'on me pardonne pour la qualité médiocre de mes photographies personnelles proposées ici et prises durant la soirée du 24 avril ; il semble que le plate-forme d'Over-Blog qui héberge le présent blog ait du mal à digérer mes volumineux fichiers... Bien entendu, l'hypothèse d'un filtrage sarkozyste n'est pas écartée... ;-)

(Illustrations : Photographie de l'auteur du présent blog prise lors de la réunion publique de lancement de la campagne des socialistes européens pour les élections européennes, le 24 avril 2009 à Toulouse ; La première secrétaire du PS Martine Aubry, le 24 avril 2009 à Toulouse, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Pascal Pavani ; Martine Aubry entourée de leaders socialistes européens, le 24 avril 2009 à Toulouse, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Pascal Pavani ; La première secrétaire du PS Martine Aubry prononçant un discours lors de la réunion publique de lancement de la campagne des socialistes européens pour les élections européennes, le 24 avril 2009 à Toulouse, photographie de l'agence de presse Reuters, ©Reuters ; Portrait du socialiste Jean Jaurès [1859-1914], photographie, sans date ; Trois photographies de l'auteur du présent blog prises lors de la réunion publique de lancement de la campagne des socialistes européens pour les élections européennes, le 24 avril 2009 à Toulouse ; Nicolas Sarkozy [au centre] téléphonant à côté de son fils Louis [à droite] sur un yacht du milliardaire Vincent Bolloré, le 8 mai 2007, près de Malte, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Ben Borg Cardona ; Trois photographies de l'auteur du présent blog prises lors de la réunion publique de lancement de la campagne des socialistes européens pour les élections européennes, le 24 avril 2009 à Toulouse ; Poul Nyrup Rasmussen, président du Parti Socialiste Européen, le 24 avril 2009 à Toulouse, photographie de l'agence de presse Reuters, ©Reuters ; Photographie de l'auteur du présent blog prise lors de la réunion publique de lancement de la campagne des socialistes européens pour les élections européennes, le 24 avril 2009 à Toulouse)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 3 (2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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Samedi 18 avril 2009 6 18 04 2009 13:04
Voici un nouvel article, lié à la lecture, et destiné à atténuer un peu l'impression de léthargie touchant le présent blog, la plume persistant à se faire bien lourde ces temps-ci, bien que ma santé ce soit sensiblement améliorée depuis la fin du mois dernier...
Aujourd'hui, je me permets d'évoquer un livre qui compte parmi les ouvrages historiques les plus intéressants que j'ai pu découvrir, lorsque j'étais plus jeune. Il s'agit de l'Introduction à l'histoire des relations internationales, écrite par deux grands historiens français du XXe siècle, à savoir Pierre Renouvin (1893-1974) et Jean-Baptiste Duroselle (1917-1994). Ouvrage publié pour la première fois dans les années 1960, il a fait l'objet de plusieurs rééditions, la quatrième et dernière édition ayant été publiée par Armand Colin Éditeur en 1991, et se contentant de reproduire les précédentes (mis à part l'ajout d'un supplément bibliographique, à la suite de la bibliographie déjà existante) : comme le précise Jean-Baptiste Duroselle dans son avant-propos à cette quatrième édition, "ce livre a marqué un « moment » dans la recherche historique française et il nous a paru utile de garder, pour le lecteur, cette impression."
Compte tenu de l'époque de sa première publication, des références bibliographiques plus ou moins datées qui apparaissent dans cet ouvrage, des faits historiques qui y sont évoqués et qui, sur un plan chronologique, ne vont guère au-delà de la Deuxième Guerre Mondiale, le livre (réédité en format de poche chez Pocket) peut donc être considéré comme ancien, mais, cela dit, sa lecture n'en reste pas moins aujourd'hui très stimulante, bien qu'elle soit aussi assez exigeante vis-à-vis du lecteur néophyte et qu'elle nécessite tout de même une bonne culture générale, notamment historique.
Le sujet dudit livre, on l'aura compris, est l'étude des relations internationales, laquelle "s'attache surtout à analyser et à expliquer les relations entre les communautés politiques organisées dans le cadre d'un territoire, c'est-à-dire entre les États", ainsi que l'écrivent les auteurs en préambule, lesquels se fixent pour but d'indiquer un cadre de recherche, en dépassant les limites de l'histoire diplomatique traditionnelle, et de poser des questions, afin de suggérer de nouveaux travaux de recherche historique.
La quatrième de couverture de l'exemplaire de cet ouvrage que j'ai sous la main a le mérite de présenter le contenu du livre mieux que je ne pourrai le faire en paraphrasant : "Pour Pierre Renouvin, l'histoire des relations internationales ne pouvait plus se réduire à l'étude des ministères des Affaires étrangères mais devait prendre en compte des "forces profondes", indissociables du comportement des États. Ces "forces" que sont les conditions géographiques, la démographie, les intérêts économiques et financiers, la mentalité collective, les courants sentimentaux, forment le cadre dont les hommes politiques subissent l'influence. Le tempérament de l'homme peut, après, modifier le jeu de ces "forces et les utiliser en fonction de sa notion de l'intérêt national. / La première partie de l'ouvrage [écrite par Pierre Renouvin] étudie comment l'influence des "forces profondes" s'est manifestée dans les relations internationales depuis près d'un siècle [soit alors plus ou moins depuis les dernières décennies du XIXe siècle] ; la seconde, confiée à Jean-Baptiste Duroselle, s'attache aux personnalités des chefs d'État et montre comment les "forces profondes" exercent leur impulsion sur l'homme d'État et réciproquement."


Je vais essayer ici, en restant au plus près du texte original, et en paraphrasant le moins possible, de proposer un aperçu très succinct du contenu du livre, en évoquant notamment une partie dudit livre, rédigée par Duroselle et concacrée à la question de la personnalité de l'homme d'État, qui m'a beaucoup intéressé dès ma première lecture de cette Introduction à l'histoire des relations internationales.
Le chapitre 9, intitulé "La Personnalité de l'homme d'État" et qui ouvre la deuxième partie de l'ouvrage, commence ainsi :


  "Nul plus que l'historien n'est conscient de l'infinie diversité des personnalités humaines. Chaque cas est singulier et tout homme est complexe et ambigu. S'agit-il d'un homme politique ayant des responsabilités importantes ? Même pour ceux qui le connaissent bien, il reste dans son attitude des éléments inexplicables et imprévisibles. La prédiction certaine est impossible. L'historien a donc tendance à se pencher sur chaque cas, sur chaque moment. Une fois résolu, dans la mesure du possible, le problème des forces qui ont agi sur l'homme d'État, certains aspects des décisions paraissent s'expliquer par le « tempérament » du responsable. On cherchera donc à connaître le mieux possible ce tempérament par l'étude des textes, des témoignages, du comportement.

 Cependant, même lorsqu'il accomplit cette tâche, qui suppose l'« esprit de finesse » bien plus que l'« esprit de géométrie », l'historien est amené à faire des comparaisons. Il compare le héros avec ses prédécesseurs ou successeurs, avec son ou ses adversaires, ou même le héros à une certaine date avec le même personnage à une autre date. Ces comparaisons, qui impliquent cette fois l'usage de l'« esprit de géométrie » ne se ramènent pas à un vain exercice de rhétorique, à la façon des « Vies parallèles » de Plutarque, ou des confrontations classiques entre Aristide et Thémistocle, Gladstone et Disraeli, Briand et Poincaré. Elles sont un moyen de mieux comprendre les rôles des personnalités au sein d'un complexe politique. L'intelligence humaine ne peut éviter les classifications, la découverte de grands « types », même s'il s'agit de réalités aussi insondables que les personnes humaines, douées de conscience et de volonté. L'historien a donc tendance à se référer, avec prudence, à des « typologies »."

(Renouvin [Pierre] et Duroselle [Jean-Baptiste], Introduction à l'histoire des relations internationales, Paris, Armand Colin, 1964, 4e édition 1991, rééd. Pocket, coll. "Agora", 1997, Chapitre 9, p. 284-285)

L'auteur, soucieux de tenir compte des recherches effectuées dans les diverses branches des sciences humaines autres que l'histoire, évoque ensuite, dans une première partie du chapitre, les principales typologies de la personnalité, proposées notamment par les psychophysiologues, les psychiatres, les psychanalystes et les caractérologues. Après avoir rappelé les deux difficultés fondamentales auxquelles se heurtent toutes les tentatives de classification des êtres humains, à savoir "l'ambiguïté même de l'homme" et la difficulté "à discerner ce qui est inné de ce qui est acquis", Duroselle parle des classifications psychophysiologiques, puis des classifications psychologiques, en évoquant en particulier les travaux du politicologue américain Harold Lasswell, qui "a tenté, avec vigueur, la synthèse entre science politique et psychalalyse freudienne" pour "aboutir à une typologie des hommes d'État". Laswell estime notamment que "les hommes politiques - comme les autres - agissent beaucoup moins rationnellement qu'ils ne le croient." :

  "Dans son livre Psychopathology and Politics [publié en 1930], il [Lasswell] élabore la classification suivante des politiciens : les agitateurs, les administrateurs, les théoriciens. « La caractéristique essentielle de l'agitateur est la haute valeur qu'il accorde à la réaction émotionnelle du public. Il idéalise l'ampleur des changements sociaux souhaitables. L'agitateur conclut aisément que celui qui est en désaccord avec lui est en communion avec le démon, et que ses adversaires sont de mauvaise foi ou pusillanimes ». L'administrateur « est le coordinateur des efforts dans une activité qui se poursuit ». Le théoricien, lui aussi, fait dériver ses convictions de motifs privés inconscients. « Les préjugés politiques, les préférences et les croyances, sont souvent formulées de façon tout à fait rationnelle, mais ils se sont développés de façon tout à fait irrationnelle ». Bien entendu, il y a toutes sortes de combinaisons possibles entre les trois termes."

(Introduction à l'histoire des relations internationales, Paris, Armand Colin, 1964, 4e édition 1991, rééd. Pocket, coll. "Agora", 1997, Chapitre 9, p. 288-289)

Duroselle évoque ensuite la classification caractérologique, l'apport des caractérologues représentant "un effort de synthèse plus vaste" que ceux des spécialistes de la psychophysiologie et de la psychiatrie. Nous reproduisons ici un large extrait de cette partie du chapitre, consacré à l'évocation de cette classification :

***

La classification caractérologique

 La plupart des auteurs que nous avons cités jusqu'à présent étaient des médecins ou appliquaient à la classification des types humains les résultats de l'expérience médicale. La caractérologie occupe une place à part en ce sens qu'elle dérive de l'effort de psychologues et de philosophes et que son point de vue est tout à fait différent.

 Au lieu de sélectionner certains éléments, physiologiques ou psychiques, et de voir en eux seuls les facteurs de différenciation, la caractérologie se place au centre même de l'être humain. Par une longue série d'observations et d'enquêtes, elle détermine les « propriétés constitutives de l'être humain ». Les différentes combinaisons de ces propriétés aboutissent à découvrir un certain nombre de types. Puis, ces types sont différenciés par l'utilisation de « propriétés supplémentaires » qui « permettront de multiplier en droit indéfiniment, les variétés caractérologiques » (1).

 La caractérologie entend donc être une science objective. Elle analyse l'esprit humain et par conséquent ses procédés sont différents de ceux des sciences de la nature. Elle entend aussi être une science globale, c'est-à-dire, pour chaque individu, retrouver tous les éléments constitutifs de son caractère, et non certains d'entre eux.

 « La longue et belle suite des moralistes français, de Montaigne par la Bruyère à Vauvenargues, montre les dispositions de l'esprit français pour l'analyse des caractères », écrit Le Senne (2). Mais l'origine de la caractérologie scientifique se situe dans les ouvrages de deux professeurs de l'université de Groningue, le psychologue Gérard Heymans et le psychiatre E. Wiersma (début du XXe siècle). Elle a été introduite et largement systématisée en France par René Le Senne, dont les deux grands ouvrages, Le Mensonge et le Caractère et surtout Traité de Caractérologie ont été publiés respectivement en 1930 et en 1945.

 Le principal disciple de Le Senne a été Gaston Berger auquel on doit notamment un Traité pratique d'analyse du caractère (3), un Questionnaire caractérologique pour l'analyse d'un caractère individuel (4) et l'ouvrage Caractère et personnalité (5). Enfin, Roger Mucchielli dans son ouvrage La Caractérologie à l'âge scientifique a développé cette science en y introduisant de nouvelles données psychologiques.

 Née aux Pays-Bas, développée en France où existe même une revue, la Caractérologie (6), cette science a pris une certaine extension dans les pays latins. Elle est par contre curieusement ignorée dans les pays anglo-saxons (7). Peut-être cela s'explique-t-il par la répulsion qu'éprouvent les psychosociologues américains, fortement influencés par Freud, « à toute prise en considération des facteurs constitutionnels du caractère » (8). Ils ont tendance à rejeter ce qui est inné et à assimiler l'ensemble de la personnalité au « développement des habitudes que nous contractons » (9) (Watson).

 Selon la méthode que nous avons suivie précédemment, nous examinerons les résultats auxquels prétend aboutir la caractérologie, sans décrire en détail les processus qu'elle a suivis.


 Les « propriétés constituantes de l'être humain » sont, selon les caractérologues l'émotivité, l'activité, et le « retentissement ». Si, en étudiant un grand nombre d'individus, on détermine une émotivité moyenne, on distinguera des émotifs pour qui tout évènement provoque dans la vie psychologique et physiologique un ébranlement plus grand que pour la moyenne et des non-émotifs, pour qui cet ébranlement est inférieur à la moyenne. De même, « est un actif l'homme pour lequel l'émergence d'un obstacle renforce l'action dépensée par lui dans la direction que l'obstacle vient de couper ; est un inactif celui que l'obstacle décourage » (10). Plus inhabituelle est la notion de retentissement. Toute représentation s'imposant à l'attention d'un homme a un retentissement immédiat, mais aussi un retentissement ultérieur, posthume. « Quand les effets d'une donnée mentale présente à la conscience refoulent ceux des données passées, la fonction primaire ou primarité prévaut sur la fonction secondaire ou secondarité et l'homme chez qui cette alternative est habituellement vérifiée doit être dit primaire. Si au contraire l'influence persistante des expériences passées prévaut sur celle du présent, la masque, la refoule, se la subordonne, l'homme doit être dit secondaire » (11). L'homme primaire est donc celui qui vit dans le présent, l'homme secondaire celui qui vit dans le passé et l'avenir.

 Chaque homme est donc :

       Émotif   
ou                      }
       Non émotif


       Actif
ou                      }
       Non actif


       Primaire
ou                      }
       Secondaire.

 La combinaison de ces caractéristiques permet de distinguer huit grands types :

 1.     Émotifs - Actifs - Secondaires, ou passionnés  (ex. Napoléon, Richelieu, Hitler).
 2.     Émotifs - Actifs - Primaires, ou colériques  (ex. Danton, Gambetta, Jaurès).
 3.     Émotifs - Non actifs - Secondaires, ou sentimentaux  (ex. Robespierre).
 4.     Émotifs - Non actifs - Primaires, ou nerveux  (ex. Chateaubriand, d'Annunzio).
 5.     Non émotifs - Actifs - Secondaires, ou flegmatiques  (ex. Franklin, Washington, Joffre).
 6.     Non émotifs - Actifs - Primaires, ou sanguins  (ex. Henri IV, Louis XVIII, Talleyrand).
 7.     Non émotifs - Non actifs - Secondaires, ou apathiques  (ex. Louis XV).
 8.     Non émotifs - Non actifs - Primaires, ou amorphes  (ex. Louis XVI).

 On notera que les « passionnés » sont, comme le dit Le Senne, « le caractère le plus intense ». C'est là que nous trouvons le plus grand nombre d'hommes politiques. Ils forment « à l'intérieur de l'humanité cosmique une plus petite, mais éminente humanité microcosmique ». D'où les subdivisions des caractérologues. Les « tourmentés » sont ceux chez qui l'émotivité est plus intense que l'activité et qui sont presque aussi primaires que secondaires. Les « mélancoliques » ceux qui, très émotifs et très secondaires, sont relativement peu actifs. Les « impérieux » ceux où l'émotion et l'action dominent. Les « sévères » ceux qui sont très secondaires. Les « circonspects » sont un peu moins émotifs. Les « laborieux » ont une secondarité atténuée. Les « méthodiques » sont très actifs et très secondaires.

 Inversement, les hommes des dernières catégories, amorphes et apathiques sont « les moins entreprenants qu'il y ait dans l'ensemble de l'humanité ». Aussi y trouve-t-on peu d'exemples de grands hommes et si certains sont connus, c'est par suite de circonstances telles que l'hérédité du pouvoir.


 Une fois reconnu ces huit types fondamentaux, la caractérologie admet que l'on puisse spécifier, et diversifier à l'infini, non seulement en distinguant tous les degrés possibles pour chacun des principes de base, mais encore en ouvrant d'autres alternatives.

 La connaissance du caractère ne suffit pas à l'historien. Comme nous l'avons déjà dit, la personnalité, composée des facteurs innés et de l'acquis, l'intéresse davantage. Mais là, on se heurte à une difficulté considérable. La psychologie moderne utilise en effet, tout comme l'historien, le concept de « situation ». On appelle situation « une certaine constellation de rapports entre, d'une part, un sujet (ou un groupe) et, d'autre part, des objets, des évènements, des données « extérieures » ou d'autres personnes ». Autrement dit, la situation, c'est la « constellation de forces » où se trouve impliqué, à chaque moment, tout individu (12).

 C'est la série de situations successives qu'il a affrontées qui modèle la personnalité de l'individu. Le caractère, noyau structurel et inné, ne fournit qu'une « prédisposition » à affronter les situations de telle ou telle façon. De la sorte, le problème essentiel pour connaître un homme d'État, à savoir : « Que peut-on prédire que sera sa réaction à une situation donnée ? », est insoluble. Sa réaction dérive en effet et de la situation, et de son caractère. Dans certains cas limites, la situation est déterminante (par exemple la maladie qui terrasse l'homme énergique peut l'empêcher absolument de réagir comme il l'aurait normalement fait). Dans d'autres cas, l'individu réagit et « restructure la situation » (13). Le caractère joue un rôle constant, car c'est en fonction de sa nature que l'individu perçoit la situation (l'émotif voit un drame là où le non-émotif reste indifférent). La personnalité s'exprime donc par une réponse à la situation, c'est-à-dire, par une attitude, par un comportement.


 Que peut donc tirer l'historien des théories que nous avons succinctement mentionnées ? A la fois peu et beaucoup. Peu, en ce sens qu'il ne suffit pas d'avoir déterminé, à propos d'un personnage, quelle place il occupe dans une classification encore incertaine, pour expliquer ses réactions. L'historien a le devoir d'entrer plus profondément que cela dans la connaissance de l'homme, et la complexité, la contradiction que chacun de ses héros porte en lui-même, ne peut pas être réduite à des formules. Mais, inversement, un chercheur aurait tort de négliger les explications que lui fournissent des sciences en plein essor. Il se peut fort bien que la distinction entre « introverti » et « extraverti », par exemple, lui permette soudain de comprendre certaines décisions qui paraîtraient autrement aberrantes. Les propositions de Lasswell, quant à la répartition des hommes d'État entre « agitateurs », « administrateurs » et « théoriciens » sont très suggestives, et nous y reviendrons dans la suite de ce chapitre. Enfin, la caractérologie nous aide, elle aussi, à comprendre certains personnages. Notons, par exemple, qu'elle permet à Berger de distinguer ce qu'il appelle les « Martiens » - comme le dieu Mars, lutteurs par tempérament, avides de combattre et de remporter la victoire - et les « Vénusiens » - comme Vénus, conciliateurs et aptes aux concessions et aux compromis, n'acceptant la bataille que lorsque toutes les autres solutions ont été inefficaces.


 Dans l'étude empirique qui va suivre et qui se place à un niveau plus humble, les efforts des théoriciens et des spécialistes contribuent à consolider notre recherche.

[...]

(1) - Le Senne, op. cit. p. 59 [René Le Senne, Traité de caractérologie, Paris, 1946].
(2) - Op. cit., p. 47.
(3) - Paris, 1950, XX-250 p. (avec un avant-propos de René Le Senne).
(4) - Paris, 1950, 16 p.
(5) - Paris, 1954, 110 p.
(6) - Éditée par les P.U.F. cf. E. Forti, « La caractérologie en Italie », dans La Caractérologie n° 4, 1961.
(7) - Aucune mention de Le Senne, ni de Berger, non plus que de Heymans ou Wiersma dans Harold D. Lasswell, The Analysis of Political Behaviour, New York, 1949, X-314 p. ou dans H.-J. Eysenck, The psychology of Politics, London, 1954, XVI-317 p.
(8) - Cf. les observations de Mucchielli, op. cit., p. 38 [Roger Mucchielli, La Caractérologie à l'âge scientifique, Paris, Neuchâtel, 1961, 245 p.].
(9) - Cité par Mucchielli, Ibid.
(10) - Le Senne, op. cit., p. 77.
(11) - Le Senne, op. cit., p. 89.
(12) - Mucchielli, op. cit., pp. 14-15.
(13) - Mucchielli, op. cit., p. 19.

(Introduction à l'histoire des relations internationales, Paris, Armand Colin, 1964, 4e édition 1991, rééd. Pocket, coll. "Agora", 1997, Chapitre 9, p. 289-293)

***

Dans une deuxième partie du chapitre, consacré à la relation entre la personnalité des hommes d'État et les attitudes historiques de ceux-ci, Duroselle propose une classification empirique, ne dérivant d'aucun ouvrage publié jusqu'alors.

"Il nous semble que la meilleure méthode pour arriver à distinguer les attitudes essentielles consiste à chercher, dans les sources - documents diplomatiques, mémoires, discours en particulier - les questions que les hommes d'État ou les ambassadeurs se posent le plus fréquemment au sujet des hommes d'État étrangers à qui ils sont confrontés. On peut de la sorte énumérer de façon tout à fait empirique, une série de dilemmes. Cette série n'est évidemment pas limitative." L'auteur propose ainsi une série de tempéraments de dirigeants politiques, tempéraments opposés deux par deux : le doctrinaire et l'opportuniste, le lutteur et le conciliateur, l'idéaliste et le cynique, le rigide et l'imaginatif, le joueur et le prudent.
Concernant le doctrinaire et l'opportuniste, l'auteur rappelle que "les doctrinaires - pour Lasswell, les « théoriciens » - sont ceux qui se sont fixé un système de pensée cohérent et qui essaient le plus souvent possible d'harmoniser leurs décisions à ce système", tandis que "les opportunistes ou empiristes ne s'attachent à aucun système précis et règlent leur conduite sur les circonstances". Parmi les doctrinaires, Duroselle classe ainsi, par exemple, le Comte de Chambord (petit-fils du dernier roi de France Charles X, qui fit échouer la restauration monarchique en 1873 pour des raisons purement idéologiques) et le président des États-Unis d'Amérique Woodrow Wilson (au pouvoir de 1913 à 1921, doctrinaire modéré, adepte d'une "nouvelle diplomatie" à la fin de la Première Guerre Mondiale), sachant toutefois qu'aux yeux de l'auteur, c'est du côté des dirigeants des régimes autoritaires et totalitaires du XXe siècle que l'on trouve les cas les plus extrêmes de doctrinaires. Ainsi, selon Duroselle, "un des meilleurs exemples de doctrinaires est Hitler" : "Il est clair que les hommes d'État occidentaux n'ont guère compris avant 1939 l'attachement forcené d'Hitler à sa doctrine. Sans quoi, la lecture de Mein Kampf les eût davantage impressionnés."
Dans la foulée, l'auteur évoque également Lénine, "autre exemple de doctrinaire quoique avec plus de flexibilité et une extraordinaire faculté d'adaptation", ainsi que Staline, qui a suivi la ligne de Lénine en matière d'intransigeance doctrinaire.


"A ces esprits essentiellement doctrinaires", Duroselle oppose des opportunistes tels que le Premier ministre britannique Lloyd George (au pouvoir de 1916 à 1922) et des chefs de gouvernement français tels que Aristide Briand et Pierre Laval, soit trois "personnages pourtant bien différents par la valeur politique et le niveau moral", mais qui néanmoins ont un point commun, à savoir que ces trois personnages politiques "ne sont pas des hommes de principe". A la catégorie des opportunistes, l'auteur ajoute également le président des États-Unis Franklin D. Roosevelt (au pouvoir de 1933 à 1945, et dont le tempérament, notamment en matière de diplomatie, contraste avec celui de son prédécesseur W. Wilson évoqué plus haut), ainsi que le chancelier allemand Otto von Bismarck, qui "paraît être un autre grand exemple d'opportuniste", selon Duroselle, lequel ajoute  : "Comme on lui cite en 1874 des paroles qu'il a prononcées en 1849, il [Bismarck] répond qu'en politique, est absurde celui qui ne change pas : « Il ne s'agit pas ici de savoir ce que chacun a dit il y a vingt-cinq ans ; il s'agit de savoir ce qui est utile et nécessaire pour l'État »."


Concernant le lutteur et le conciliateur, on retrouve là "la distinction que Berger appelle « polarité »", avec "des  tempéraments « martiens » et d'autres « vénusiens »". Tandis que Aristide Briand apparaît comme un "bon exemple" de conciliateur selon l'auteur, du côté des lutteurs, dans la lignée du roi de France Louis XIV (plus enclin au combat qu'à la conciliation), on trouve des personnalités telles que le chef du gouvernement français Georges Clémenceau, le chancelier Bismarck et le président W. Wilson, personnalités qui sont pourtant, par ailleurs, différentes sous bien d'autres rapports. A propos de Clémenceau et de Bismarck, dirigeants de deux pays rivaux (la France et l'Allemagne) mais à des époques différentes (Clémenceau fut chef du gouvernement français de 1906 à 1909 et de 1917 à 1920, tandis que Bismarck fut chef du gouvernement prussien de 1862 à 1890 et chancelier allemand de 1871 à 1890), Duroselle écrit ceci : "Si l'on songe à leur commun goût pour la lutte, l'expression de Keynes serait vraie qui fait de Clemenceau « le Bismarck français »."


Evoquant ensuite les cas de l'idéaliste et du cynique, l'auteur conserve les exemples de Clémenceau, Bismarck et Wilson. "Tempéraments de lutteurs l'un et l'autre, Wilson et Bismarck diffèrent totalement si l'on adopte un autre champ de vision, celui de l'idéalisme que l'on doit opposer non au réalisme pratique (on peut être idéaliste et excellent tacticien [c'est le cas de Wilson]), mais au cynisme."


 "L'idéaliste est celui qui justifie son attitude au nom de valeurs universelles, et qui le fait sincèrement - autant qu'on puisse le savoir. Le cynique est celui qui se réclame de l'« égoïsme sacré », de la « raison d'État » [c'est le cas de Bismarck]. Le premier veut assimiler les vrais intérêts de son pays aux intérêts de l'humanité entière. Le second se déclare peu intéressé par les intérêts de l'humanité et affirme hautement ceux de son pays. Toutes les nuances sont possibles entre ces deux termes. Par exemple, Clemenceau n'est pas seulement « le Bismarck français », décrit par Keynes, c'est-à-dire, le cynique prêt à sacrifier la morale internationale à la sécurité de la France. Il est aussi l'homme de la « paix du droit », le vieux radical épris de liberté. Il se situe entre Wilson et Bismarck."

(Introduction à l'histoire des relations internationales, Paris, Armand Colin, 1964, 4e édition 1991, rééd. Pocket, coll. "Agora", 1997, Chapitre 9, pp. 300-301)

Concernant les cas du rigide et de l'imaginatif, Duroselle précise qu'il ne faut pas confondre le rigide et le doctrinaire, car ce dernier "se fixe des objectifs d'ensemble, mais sa souplesse dans l'exécution peut être infinie - comme ce fut le cas pour Hitler." Le rigide est différent en ce sens qu'il est "celui qui s'en tient étroitement à certaines méthodes. Éventuellement bon administrateur, l'imprévu l'embarrasse, et il ne sait imaginer des solutions neuves. Il est l'homme du « précédent » et non le créateur. Inversement l'imaginatif est celui qui sait inventer, et qu'aucune circonstance nouvelle ne déconcerte." Dans ce contexte, l'auteur propose, à titre d'exemples, l'opposition qui peut être faite, d'une part, entre le président des États-Unis Herbert Hoover (au pouvoir de 1929 à 1933, administrateur désemparé face à la grande crise économique du moment) et son successeur direct F. D. Roosevelt (l'homme du "New Deal", très inventif), et d'autre part, entre les chefs de gouvernement français Raymond Poincaré (président de la République de 1913 à 1920, plusieurs fois chef de gouvernement entre 1912 et 1929, homme à structure d'esprit "administrative") et Aristide Briand (plusieurs fois chef de gouvernement entre 1909 et 1929, homme peu pourvu en talents d'administrateur mais toujours soucieux de s'adapter aux circonstances sans parti pris), soit deux cas de deux dirigeants politiques contemporains l'un de l'autre et représentatifs du contraste apparaissant entre un rigide (Hoover, Poincaré) et un imaginatif (Roosevelt, Briand) au pouvoir.


Enfin, l'auteur évoque le joueur et le prudent : "Certains hommes d'États ont le goût du risque. D'autres en ont horreur et pratiquent la prudence. En général, les premiers sont prompts dans leurs décisions. Les seconds sont lents, préfèrent attendre." Du côté des joueurs, Duroselle distingue les joueurs par gloriole, "nombreux dans l'histoire et dangereux pour la paix", et les joueurs calculateurs, "d'une autre stature", qui incarnent "le type du vrai joueur, c'est-à-dire de l'homme audacieux, résolu, aux décisions promptes et hardies, ne prenant des risques qu'après les avoir calculés." Dans la catégorie des joueurs par gloriole, l'auteur classe des hommes du XIXe siècle tels que Jacques Laffitte (chef du gouvernement français sous Louis-Philippe Ier, de 1830 à 1831) et le duc Agénor de Gramont (ministre français des Affaires étrangères sous Napoléon III, en 1870), ainsi qu'un dirigeant du XXe siècle caractéristique de ladite catégorie, à savoir le dictateur fasciste italien Mussolini. Parmi les joueurs calculateurs, qui sont d'une autre trempe, Duroselle mentionne Casimir Pierre Perier dit Casimir Perier  (chef du gouvernement français sous Louis-Philippe Ier, de 1831 à 1832) et des personnages historiques plus connus tels que Napoléon Ier, Bismarck et Hitler : "Selon que la politique générale est défensive, semi-offensive ou offensive, on passe de Casimir Perier à Bismarck, et de Bismarck à Hitler. Mais dans tous les cas, le calcul est froidement poussé à ses extrêmes. Seule l'ivresse des succès obtenus grâce à ces calculs peut pousser l'homme politique à se lancer dans l'aventure, comme Hitler le 22 juin 1941 lorsqu'il attaqua l'U.R.S.S. L'homme d'État par excellence est celui qui, comme Bismarck, sait s'arrêter, c'est-à-dire passer d'une stratégie offensive à une stratégie défensive lorsqu'il sait que ses buts sont atteints."
Du côté des prudents, l'auteur évoque le roi des Français Louis-Philippe Ier (régnant de 1830 à 1848, adepte d'une politique étrangère faite de modération) et le Premier ministre britannique Neville Chamberlain (au pouvoir de 1937 à 1940), ce dernier représentant un cas extrême où la prudence prend la forme du renoncement, vis-à-vis de la politique expansionniste menée par Hitler : "Face à un joueur extrêmement audacieux, l'extrême prudence peut devenir imprudente."
"Entre les joueurs et les prudents", Duroselle, en outre, n'oublie pas d'évoquer "des personnages bien difficiles à classer, tels Napoléon III" qui "mêle à un certain goût du risque dans les décisions une extrême irrésolution dans l'exécution de ces décisions." Enfin, passant du plan politique à celui de la stratégie, l'auteur constate que l'on retrouve "la même opposition entre les joueurs et les prudents", et que du côté des joueurs, on peut tout autant distinguer des joueurs frivoles comme le général français Nivelle (pendant la Première Guerre Mondiale) et de grands joueurs calculateurs tels que le général allemand Ludendorff (également pendant la Première Guerre Mondiale) et l'Empereur des Français Napoléon Ier, vainqueur à Austerlitz (1805).



  "On peut, naturellement, ajouter à l'infini d'autres variations sur les hommes d'État. Celles qui précèdent nous paraissent à la fois les plus fréquemment utilisées dans les textes et les plus aisées à discerner. On aurait beaucoup plus de peine à distinguer par exemple l'intelligent du non-intelligent, car il y a sur ce point une vaste part d'appréciation subjective. De même pour l'émotionnel et le calculateur froid. Car la décision peut être prise sous l'inspiration d'une passion profonde, et sa réalisation être savamment et cyniquement calculée. De même encore pour l'ambitieux et le satisfait, car il est impossible d'imaginer un homme d'État, hormis le cas de l'hérédité monarchique, qui serait venu au pouvoir sans ambition. « La politique, a écrit Louis Barthou (1), c'est l'art, la volonté, la passion de gouverner. Ceux qui ne l'aiment pas en prennent difficilement l'habitude ; ceux qui l'aiment y renoncent plus difficilement encore ». D'ailleurs, les limites sont souvent bien confuses entre l'ambition personnelle et la politique ambitieuse sous prétexte d'intérêt national.

 Mieux vaut donc choisir pour les analyses historiques des alternatives plus nettes et plus claires."

(1) - Dans Le politique, Paris, 1923, 128 p., p. 16.

(Introduction à l'histoire des relations internationales, Paris, Armand Colin, 1964, 4e édition 1991, rééd. Pocket, coll. "Agora", 1997, Chapitre 9, p. 309)

Interrompons là mes citations, en espérant qu'elles vous auront donné envie d'en savoir plus... J'ai évoqué cette partie du livre comme si cela avait été fait de façon orale, sans souci de plan précis ou d'exposé méthodique. Aussi ne puis-je à présent qu'inviter vivement mes lecteurs à lire l'ensemble de l'ouvrage de Renouvin et Duroselle, lequel est considéré de nos jours, à juste titre, comme un classique de l'historiographie contemporaine, dont la lecture reste très instructive en ce début du XXIe siècle. J'ai, pour ma part, acquis mon exemplaire de cette Introduction à l'histoire des relations internationales en juillet 1998, lorsque j'étais lycéen, et aujourd'hui, plus de dix ans après, je continue de parcourir, de temps à autre, ce livre avec intérêt, afin de me rappeler son précieux contenu, toujours utile à la réflexion historique... et politique.

Cordialement, :-)

Hyarion.

 
(De gauche à droite et de haut en bas : Détail du tableau Louis XV [portrait de Louis XV en buste], pastel sur papier bleu, le visage rapporté sur un empiècement, par Maurice-Quentin Delatour [1704-1788], Paris, Musée du Louvre ; Gravure d'un portrait de Benjamin Franklin, d'après un tableau peint par Joseph-Siffred Duplessis [1725-1802], reproduite sur un billet de 100 dollars des Etats-Unis d'Amérique, Détail du tableau Portrait de Maximilien de Robespierre, huile sur toile [fin du XVIIIe siècle] par un peintre anonyme de l'école française, Paris, Musée Carnavalet, Détail du tableau inachevé Le général Bonaparte [futur Napoléon Ier], huile sur toile [1797-1798] par Jacques Louis David, Paris, Musée du Louvre ; Couverture du livre Introduction à l'histoire des relations internationales de Pierre Renouvin et Jean-Baptiste Duroselle, réédité en format de poche chez Pocket en 1997 ; Le cardinal de Richelieu, huile sur toile [vers 1639] par Philippe de Champaigne, Paris, Musée du Louvre ; Louis XVI, roi de France [portrait équestre en roi citoyen], huile sur toile [1791] par Jean-Baptiste-François Carteaux, Versailles, Musée national des Châteaux de Versailles et de Trianon ; Détail du tableau Napoléon Ier à la bataille de Wagram, 6 juillet 1809, huile sur toile [vers 1835] par Horace Vernet, Versailles, Musée national des Châteaux de Versailles et de Trianon ; Mars et Vénus, huile sur toile [vers 1720-1725] par Giambattista Pittoni, Paris, Musée du Louvre ; De gauche à droite : Joseph [Iossif] Vissarionovitch Djougachvili dit Joseph Staline, Vladimir Ilitch Oulianov dit Lénine, et Mikhaïl Ivanovitch Kalinine au VIIIe Congrès du Parti communiste [bolchevique] de Russie, en mars 1919, photographie ; "The pilot leaves the ship" ["Le pilote quitte le navire"], caricature de Sir John Tenniel, publiée dans le journal satirique britannique Punch, en mars 1890, et montrant l'Empereur allemand Guillaume II [en haut] regardant partir le chancelier allemand Otto von Bismarck, contraint d'abandonner le pouvoir par volonté de l'Empereur ; De gauche à droite, les "Quatre grands" ["Big four"] représentants les principaux pays vainqueurs à l'issue de la Première Guerre Mondiale [1914-1918] : le Premier ministre britannique David Lloyd George, le chef du gouvernement italien Vittorio Orlando, le chef du gouvernement français [Président du Conseil] Georges Clémenceau et le Président des États-Unis d'Amérique Woodrow Wilson, lors de la conférence de la paix de Paris, le 27 mai 1919, photographie par Edward N. Jackson ; Photographie non datée de Franklin Delano Roosevelt [président des États-Unis d'Amérique de 1933 à 1945], derrière un micro, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives ; Détail du tableau Bataille d'Austerlitz, 2 décembre 1805, huile sur toile [1810] par le baron François Gérard, Versailles, Musée national des Châteaux de Versailles et de Trianon)
Par Hyarion - Publié dans : Lectures et écritures
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Mercredi 1 avril 2009 3 01 04 2009 20:17
Jusqu'où ira la connerie politique en 2009 ? Au delà des traditionnelles manifestations de préjugés imbéciles et de l'habituelle bêtise ordinaire, qui traversent les années et les siècles, la question reste posée. La connerie politique en cette "Annus horribilis" semble, en effet, prête à se révéler d'une exceptionnelle "qualité". Aussi la question "Jusqu'où ira la connerie politique en 2009 ?" reste-t-elle donc une grande question d'actualité, surtout lorsque l'on considère la situation pathétique dans laquelle nous sommes, avec une crise mondiale à laquelle personne n'a de solution mais dont tout le monde adore parler même quand il n'y a rien à dire, avec des élections européennes prévues en juin prochain qui n'intéressent presque personne en France (comme tout ce qui concerne l'Europe, du reste), et, surtout, des politiciens et autres personnages publics qui passent leur temps à raconter n'importe quoi par l'intermédiaire des médias de masse. De fait, en ce qui concerne ce dernier point, nous vivons, politiquement parlant, une époque particulière, dans laquelle nous pouvons d'une part reconnaître des éléments hérités du passé qui ne changent guère, et d'autre part avoir une impression de dégradation vis-à-vis de ce qui a été présenté, à l'origine, comme quelque-chose de nouveau, incarnant le changement, la fameuse "rupture"... Les éléments hérités du passé que nous connaissons, et qui ne changent guère, ce sont les mots et expressions convenus et galvaudés que les politiciens passent leur temps à utiliser en les manipulant sans cesse et en abusant de leur emploi dans un but électoraliste, démagogique, ou bêtement provocateur. Nous y reviendrons plus loin. Pour ce qui est de l'impression de dégradation vis-à-vis de la "rupture", je veux évidemment parler de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, et plus précisément de ses discours et de sa façon de parler officiellement en public.


De sa phrase historique "Pendant la campagne, j'ai pas menti, moi" du 20 septembre 2007, déjà évoquée à l'époque dans un précédent article, à cette autre phrase historique "Moi, j'ai pas été élu pour augmenter les impôts, moi", prononcée telle quelle par l'actuel chef de l'Etat lors d'un lamentable déplacement présidentiel dans le Doubs, le 17 mars dernier, on a pu observer une certaine continuité en ce qui concerne la médiocrité du language public de Nicolas Sarkozy, médiocrité du language qui tranche singulièrement avec la langue de bois "classique" d'un Jacques Chirac ou d'un Alain Juppé, politiciens "à l'ancienne" nettement plus attachés, pour leur part, à une certaine qualité de la langue lors de leurs prises de parole en public. Je me souviens notamment très bien que Jacques Chirac, lorsqu'il était à l'Elysée, prenait toujours la peine de s'exprimer dans un français correct et de façon appliquée, lors de ses interventions publiques, même si c'était pour ne rien dire sur le fond. Or, aujourd'hui, en vérité, avec Nicolas Sarkozy, la parole présidentielle semble désormais se résumer plus ou moins, sur le fond mais aussi désormais sur la forme, à des discours médiocres de président "beauf" adressés à un public de "beaufs"... De fait, si "rupture" il y a eu, avec l'élection de Sarkozy à la plus haute charge de l'Etat, en matière de language officiel, on conviendra aisément que ladite "rupture" s'est accompagnée d'une désagréable impression de dégénérescence de la parole publique au plus haut niveau, impression qui se révèle aujourd'hui correspondre à une réalité claire, réalité à laquelle l'alias Dante, lecteur régulier du présent blog, a consacré récemment un article intéressant que je reproduis ci-après :


SARKOZY DANS LE TEXTE : UN ENTERREMENT A ORNANS

(Ou comment j’ai appris à dissiper mes « Doubs [1]  » sur les fautes de français de Nicolas Sarkozy)



     « Qu’est-ce que je m’aperçois ? », « Faut pas renoncer. On a choisit une stratégie économique, il faut la tenir et pas faire comme d’habitude en France changer tous les 6 mois de stratégies tellement ils croient peu dans leurs convictions », « si y’en a que ça les démange d’augmenter les impôts », « On se demande c’est à quoi ça leur a servi », « Il m’a fallu 1h30 pour rentrer dans l’entreprise. Ben, ils étaient colère les gens (sic) ». Cet échantillon n’est pas issu d’une élection d’un délégué collégien mais du discours de Nicolas Sarkozy aux ouvriers d’Alstom, à Ornans, le 17 mars 2009. On pourrait pardonner aisément ces fautes au nom du droit à l’erreur qui caractérise notre nature humaine et imparfaite. On pourrait presque en rire… si le Président de la République ne réactivait pas en même temps des formes d’anti-intellectualisme auxquels même la droite républicaine semblait avoir renoncé.

 


Une désinvolture contre une certaine exigence de l’homme d’Etat

 

     Lors de son allocution sur la réforme hospitalière à Rambouillet, le 13 mars 2009, Nicolas Sarkozy disait : « La tranquillité pour moi, ça aurait pas été de m’en occuper de ça. Parce que y’a des trucs difficiles, mais ça, c’est vraiment difficile ». Quel terrible aveu de la part de l’omni-président qui veut s’occuper de tout ! Et quelle belle construction syntaxique ! C’est dire si l’enterrement de la langue française à Ornans a été soigneusement préparé et concocté avec désinvolture depuis bien longtemps. Les fautes de français de Nicolas Sarkozy ne sont pas nouvelles et l’art de la rhétorique devrait assurément venir en supplément des Pensées de Marc Aurèle.

     Notons que l’approximation syntaxique de l’actuel chef de l’Etat est celle-là même qui l’a fait élire. Même lorsque les expressions étaient correctes, elles révélaient une attitude face au pouvoir. L’usage de la double négation de son slogan : « Je ne vous mentirai pas, je ne vous trahirai pas » affichait dés le départ une dénégation et non l’affirmation d’un programme.

     Car Nicolas Sarkozy n’est pas uniquement l’homme d’un contexte mais bel et bien l’homme d’une structure et d’une vision du pouvoir. Une de ses stratégies se fonde en partie sur des formes d’anti-intellectualisme. En témoigne ses propos vis-à-vis des historiens qui ont mis en cause ses propos sur l’identité nationale, les qualifiant de « petite intelligentsia » coupée du peuple (discours de Vesoul, 13 mars 2007). Alors candidat de l’UMP, Nicolas Sarkozy « a cherché à discréditer la fonction critique pourtant inhérente au métier d’historien » comme le souligne Gérard Noiriel dans son livre A quoi sert « l’Identité nationale [2] ». Cette tendance se retrouve dans les « ringardisations » à répétition d’éléments culturels (comme La Princesse de Clèves sur laquelle nous reviendrons) ou dans le discours sur la recherche du 22 janvier 2009. Il est temps que Nicolas Sarkozy comprenne que la diversité de la culture fait la richesse de ce pays, et que l’antienne permanente qu’il consacre à dévaloriser une certaine tradition intellectuelle ne pourra que se retourner contre lui.

 


Un « JE » face au « il » ou au « on »…mais jamais de « nous »

 

     Un autre aspect de la rhétorique de Nicolas Sarkozy se caractérise par une prépondérance de la 1ére personne du singulier. Il s’agit toujours de LUI, mais jamais d’une inclusion avec son AUDITOIRE. Il y a le « JE » mais jamais le « NOUS ».

     Cette manière de s’exprimer est intéressante car le contenu coïncide ici avec la forme. Ne pas avoir conscience de parler si mal à ceux qui vous écoutent révèle un rapport singulier à l’autre. On trouve implicitement, derrière ses fautes de français, l’affichage d’un mépris perpétuel que pratique Nicolas Sarkozy à l’égard de ses interlocuteurs. J’avais eu l’occasion de souligner ce point dans l’analyse d’une réponse que le chef de l’Etat avait formulé à l’égard d’une journaliste de Libération qui l’interrogeait sur la place de l’intégrité territoriale de la Géorgie au moment du conflit avec la Russie. Nicolas Sarkozy pourrait ne pas avoir conscience de la médiocrité de son expression orale. Mais il semble tellement habité par son grand « JE », qu’il n’a pas envie d’en avoir conscience. La formule « Mais moi, pendant la campagne, j’ai pas menti, moi » illustre cet égo trop hypertrophié pour considérer sereinement la parole de l’autre.

     Autre point, Nicolas Sarkozy semble s’adresser en permanence à des adversaires et non à des citoyens. Lorsqu’il agite le spectre de « l’identité nationale », ses contradicteurs sont accusés de « ne pas aimer la France ». En inversant la relation dominant/dominé, il s’est présenté lui-même comme une victime mais aussi comme un héros, réactivant ainsi à son profit la vieille recette de Maurice Barrès. Le discours de Besançon [prononcé le 13 mars 2007] est limpide à cet égard : « Parler de l’identité nationale ne me fait pas peur. J’ai bien compris que pour certains c’était un gros mot (…). J’ai bien compris que c’était un sujet tabou, qu’il était dangereux de s’aventurer sur ce terrain qu’un homme politique soucieux de sa carrière devait éviter ce sujet. Mais je ne crois pas à la politique qui ne dit rien (…). Je veux dire la vérité aux Français, je veux être honnête (…). C’est ma conception de la politique. C’est l’idée que je me fais de la dignité de la fonction présidentielle. C’est la ligne de conduite que je me suis fixée depuis le début de la campagne. Je n’en changerai pas. Rien ni personne m’en fera changer ».

      Ici, l’intérêt du texte ne réside pas dans la syntaxe (quoique…) mais bien dans le contenu des paroles prononcées. Cette posture de victime, alimentée par les formules incantatoires du type « Pourquoi tant de haine ? » (Discours de Dijon, 23 avril [2007]) va d’ailleurs permettre au candidat de l’UMP de lancer, entre les 2 tours, le thème de la « diabolisation ». Mais, plus intéressant : Nicolas Sarkozy se place ici sur le terrain moral alors qu’il prétend entrer dans un système guidé par des affaires d’intérêts. En gros : « pas de mensonges ! ». Quel homme politique peut prétendre se fixer un tel objectif ? C’est nier l’ensemble de la réflexion sur la politique menée depuis l’Antiquité, dans laquelle notamment le philosophe Protagoras disait : « Ceux qui ne font pas semblant d’être justes sont des fous », reconnaissant la nécessité d’une certaine hypocrisie pour la conduite des affaires de la Cité, cet hommage du vice à la vertu qui consiste à montrer comment il faudrait être même si tel n’est pas le cas en vérité. Il n’y a qu’à voir l’effet de cette négation : l’opposition et la défiance s’installent dès le premier mensonge venu.

 


Injure et contre-vérités : le Discours sur la stratégie nationale de la recherche du 22 janvier 2009

 

     Le discours du 22 janvier 2009 de Nicolas Sarkozy est probablement celui qui fera date dans son mandat. L’avantage de ce discours est qu’il est clair, compréhensible par tous, et que la provocation permanente qu’il contient a le mérite de susciter le débat. Mais hormis les avantages qu’il contient, le Discours sur la stratégie nationale de la recherche est fondamentalement mauvais, autant dans sa forme que son fond. Sur la forme, les approximations rhétoriques fleurissent. Sur le fond, c’est une parole de dénigrement et un discours excluant.

     Dénonçant un système « infantilisant et moyenâgeux » de la recherche, le chef de l’Etat déclarait notamment ceci : « Nous ne sommes pas dans le peloton de tête des pays industrialisés pour la recherche et l’innovation. Y’a une raison à cela. C’est parce que bien souvent, on a reculé (…) Nulle part dans les autres pays, sauf chez nous, on observe que les organismes de recherches sont à la fois opérateur et agence de moyens à la fois, acteur et évaluateur de leur propre action. Je vois que ça peut être confortable. Je peux en tirer quelques conclusions pour moi-même. C’est un système assez génial, d’ailleurs. Celui qui agit est en même temps celui qui s’évalue ! Qui peut penser que c’est raisonnable ? Non, mais, ça peut provoquer un certain confort, un confort illusoire, du moment (…) Et pardon, je veux pas être désagréable, mais à budget comparable un chercheur français publie de 30 à 50% en moins qu’un chercheur britannique dans certains secteurs. Ecoutez, évidemment, si on veut pas voir ça, on vous remercie d’être venu, y’a de la lumière, c’est chauffé, on peut faire, on peut dire, m’enfin, c’est une réalité ». Voilà un discours à la fois injurieux (jouant sur la provocation) mais surtout truffé de contre-vérités. Que le monde de la recherche se réforme est une idée largement partagée et le moins que l’on puisse dire est que le CNRS n’est pas un modèle de réforme. Mais analysons quelques une de ses contre-vérités :

     1.  L’une d’entre elles concerne le fait que les chercheurs français publieraient moins. Cela n’a aucun sens. Dans certains secteurs, peut-être, par exemple dans les secteurs où l’on écrit le français car le facteur H (Nombre d’articles publiés dans des revues classées et pondérées par le nombre de citations qui ont été faîtes des articles) mesure le biais anglophone des revues répertoriées avant tout [3]. Ce genre de système est d’une complexe absurdité car des philosophes, par exemple, qui ne publient qu’en français, ne sont pas comptabilisés officiellement dans les publications. Il faut donc considérer l’ensemble des revues françaises ou des collaborations entre la France et d’autres pays où l’anglais ne sert pas d’unique référence. Le vrai problème porte sur cette interrogation : Faut-il publier à foison ou publier quelque chose de déterminant ? Ce vrai problème n’est pas posé.

     2.  Sur les auto-évaluations, là aussi, Nicolas Sarkozy ne sait absolument pas de quoi il parle. L’évaluation dans le champ universitaire a été introduite dès 1985, avec la mise en place progressive d’un contrôle du champ scientifique. Des commissions d’évaluation existent et si elles sont rattachées aux laboratoires (par qui d’autres que les pairs ses évaluations sont-elles possibles ?), elles publient des rapports qui se basent sur différents critères pour évaluer les chercheurs. Des modifications sont intervenues depuis. La récente loi LRU (Loi Relative aux libertés et responsabilités des Universités) transforme les « Commissions de spécialistes » en « Comité de sélection » (composé d’au moins une moitié d’experts : donc, pas totalement). Deuxième grande transformation : la Commission de spécialistes était élue. Maintenant, le Comité de sélection est nommé. La nomination par le pouvoir politique a abouti, en sociologie, a privilégié une branche plutôt qu’une autre. Ainsi, des moyens de pression s’exercent, définissant le type de recherche qui rentre dans les cadres.

     L’ensemble de ce discours est truffé de contre-vérités qui, combinées à un mode injurieux, a suscité de légitimes réactions et critiques de la part de la communauté scientifique.

 


Une nouvelle forme de contestation : la lecture publique de La Princesse de Clèves !

 

     Lorsque Nicolas Sarkozy a été élu le 6 mai 2007, je pensais déjà, probablement par sadisme postélectoral, aux formes de contestations qui pourraient être envisagées envers la politique de Nicolas Sarkozy. Mais qui eût dit que des lectures publiques de La Princesse de Clèves, par exemple devant le Panthéon à Paris, deviendraient une de ces formes de contestation ?

     Nous entrons là dans une sphère intéressante du « système » Sarkozy : la mobilisation de « figure ». Toute parole ou acte politique cherche une référence, un symbole, pour incarner son bien-fondé. C’est le cas du Président de la République qui utilise des « figures » pour introduire des changements. La Princesse de Clèves est une de ces « figures », qui aurait pu avoir sa pertinence si Nicolas Sarkozy lui avait conféré une cohérence, c’est-à-dire un statut argumentatif pour illustrer une idée politique.

     Lors du discours du 24 juillet 2008, « Table ronde sur l’éducation et la jeunesse », Nicolas Sarkozy défendait l’idée que 15 ans d’engagement associatif ou autre valait autant qu’une bonne analyse de La Princesse de Clèves et qu’il fallait valoriser le travail et l’expérience de terrain autant que l’analyse. Ce qui aurait pu être une bonne idée de départ (éviter la discrimination aux concours administratifs), à savoir introduire plus de justice dans le mode de recrutement des membres de la fonction publique, en concevant que tout le monde ne peut pas être un « héritier » (au sens Bourdieusien du terme, c’est-à-dire que tout le monde n’a pas le même bagage culturel et n’hérite pas des mêmes chances en la matière) mais peut davantage être un acteur cohérent sur le réel, se transforme, sous de nombreuses répétitions à visées différentes, en sketch minable. Un jour, l’analyse de La Princesse de Clèves est opposé à l’action, et un autre jour, il est un simple élément ringard d’une culture française en mal de rayonnement. Si Nicolas Sarkozy avait poursuivit l’idée d’une plus grand égalité dans les concours de l’administration en admettant que le critère de terrain et celui de l’analyse sont équivalents, l’usage de sa « figure » se justifiait. Mais il n’a pas de cohérence dans son usage, discrédite ainsi l’emploi même de son symbole et agite un épouvantail qui finit par cristalliser une contestation envers sa parole et son idée politique. Nicolas Sarkozy a donc modifié un outil de légitimité en simple instrument de dissociation.

     Cette analyse en recoupe donc une autre : Il est très dérangeant de voir un Président de la République exclure des catégories de patrimoine et donc des pans entiers de ce qui constitue aussi le vivre ensemble.

 


Au-delà des mots

 

     Nicolas Sarkozy n’a donc pas seulement porté atteinte à la langue en tant qu’outil de communication mais aussi aux codes de la politique. Ce qu’il enterre est donc à la fois un art du dialogue entre le représentant et les citoyens et à la fois un art de la politique où la figure illustre une conviction. Incapable de se montrer digne de la charge qu’il a convoitée et obtenue, n’opérant aucune réforme digne de ce nom et dont le pays aurait besoin, Nicolas Sarkozy est une perte de temps. Il est devenu la « figure », le M. Carnaval que beaucoup veulent brûler et en récolte aujourd’hui le fiel. Dans Le meilleur des mondes, Aldous Huxley écrit : « l’expérience n’est pas ce qui arrive à un homme mais ce qu’un homme fait avec ce qui lui arrive ». Il nous importe donc, aujourd’hui, de transformer cette expérience en horizon de prospectives pour défendre l’idée que nous nous faisons d’une société plus juste et plus soucieuse de ses membres.

 

Dante, mars 2009.

 

[ 1 ] Ornans se trouve en effet dans le Département du Doubs.

[ 2 ] NOIRIEL Gérard, A quoi sert «l’Identité nationale », Paris, Agone, Comité de Vigilance face aux Usages publics de l’Histoire [C.V.U.H], 2007.

[ 3 ] Le système du facteur H s’explique ainsi : Plus vous publiez, (et donc plus cela est comptabilisé), et plus vous montez. Cela signifie que la qualité devient une propriété émergente de la quantité.


Après la médiocrité du language de Sarkozy, si caractéristique de la médiocrité de notre époque en matière de politique, venons-en à ces mots et expressions convenus et galvaudés évoqués plus haut et que les politiciens passent leur temps à utiliser en les manipulant constamment et en abusant de leur emploi dans un but électoraliste, démagogique ou provocateur. Traditionnels révélateurs de la connerie politique, ces mots et expressions sont déjà nombreux en ce premier semestre de l'année, alors que 2009 est encore loin d'être terminée, mais il est vrai que les prochaines élections européennes offrent un terrain particulièrement favorable à la manifestation de ladite connerie politique, comme le révèle la dépêche de l'Agence France Presse qui suit et qui m'a fait rire jaune lorsque j'en ai pris connaissance le 21 mars dernier :

Dieudonné se déclare candidat "anti-sioniste" aux européennes


L'humoriste controversé Dieudonné a annoncé samedi [21 mars] qu'il serait candidat "anti-sioniste" aux élections européennes du 7 juin, appelant tous les "infréquentables" à rejoindre sa liste en Ile-de-France.
 
Il a résumé son positionnement, lors d'une conférence de presse dans son théâtre parisien de la Main d'Or, par "l'anti-communautarisme et l'anti-sionisme".
 
"Les électeurs auront le choix d'un vote anti-sioniste clairement affirmé, qui ne se cache pas", a-t-il ajouté, disant s'adresser à "tous les esclaves".
 
"Il faut se battre contre le système béké. On l'appelle comme ça en Guadeloupe. En France c'est le système sioniste, c'est exactement la même chose. Ce sont les esclavagistes et on est des esclaves. Il faut qu'on se libère!", a-t-il lancé, affirmant que "le sionisme gangrène la France, c'est un danger".
 
Selon lui, il faut également se battre "contre ce repli communautaire. Il faut que la République retrouve son sens et que nous chassions toutes les organisations mafieuses du type le Crif, de la République".
 
Il a expliqué sa décision de se présenter par une "guerre culturelle" que lui auraient déclaré "le Parti socialiste et l'UMP", après une "saillie drôlatique" qui lui a valu l'annulation "de tout un tas de spectacles".
 
"Aujourd'hui, on m'interdit de travailler, de nourrir mes cinq enfants, je n'ai pas d'autre choix que d'aller me battre sur le terrain" politique, a affirmé Dieudonné, qui avait déclenché un tollé en décembre en invitant sur scène le négationniste Robert Faurisson.
 
"Robert Faurisson ne fera pas partie de la liste a priori, quoique... il y a peut-être des surprises", a-t-il lancé, invitant "tous les insoumis de ce système", "tous les infréquentables", à le rejoindre dans sa lutte pour "une liberté d'expression".
 
Se défendant d'incarner "une candidature antisémite", Dieudonné a affirmé que sa liste regrouperait des "juifs anti-sionistes" et des gens "de tous bords". "De toutes façons, l'extrême droite est à l'Elysée", a-t-il lancé.
 
"J'appelle tous ceux qui veulent me rejoindre", a-t-il dit, citant notamment l'écrivain Alain Soral (issu du PCF et ex-FN), le fondateur du groupuscule noir ultra-radical dissous Tribu Ka, et Thierry Messan, auteur de "L'effroyable imposture", qui conteste la version officielle des attentats du 11 septembre 2001.
 
Il en a également appelé à l'ancien judoka Djamel Bouras et à l'humoriste Jean-Marie Bigard. "Tous ceux qui se sont heurtés à un moment à la pensée unique sont les bienvenus", a-t-il dit, affirmant que l'association religieuse Zahra "devrait se joindre à notre belle dynamique".
 
Disant son admiration pour le leader du mouvement social [de l'hiver dernier] en Guadeloupe Eli Domota, il a jugé "intéressante" l'idée "de faire des manifestations dans les centres commerciaux".
 
Dieudonné, condamné à plusieurs reprises pour des propos sur la Shoah et les juifs et qui s'est rapproché de Jean-Marie Le Pen, s'était déjà présenté aux européennes de 2004, sur la liste Europalestine qui avait fait un score de 1,83% en Ile-de-France. Elle avait dépassé les 5% dans 12 villes de Seine-Saint-Denis et obtenu 10,75% à Garges-lès-Gonesse (Val-d'Oise).
 
(Dépêche de l'Agence France Presse, 21 mars 2009, 18h24)

Personnellement, outre les habituelles ambiguïtés en matière de communautarisme noir et d'antisémitisme qui restent attachées à "l'humoriste controversé" en question, je ne vois guère d'autre motivation à la candidature "anti-sioniste" de Dieudonné M'Bala M'Bala, dit Dieudonné (ou Dieudo, pour les intimes), que celle de vouloir plus ou moins importer (stupidement) le conflit israélo-palestinien en France, comme cela avait déjà été le cas en 2004. Cela dit, j'ai déjà eu l'occasion d'écrire dans un précédent article, en janvier dernier, ce que je pensais de ce conflit, et je n'y reviendrai pas, tant le sujet est à la fois sensible et profondément ennuyeux. Pour le reste, en matière de connerie politique, les éléments contenus dans la dépêche parlent d'eux-mêmes... Mais dans la rubrique "le poids des mots, le choc des zéros", il y a encore d'autres évènements politiques récents particulièrement bouleversants, qui, là encore, m'ont fait rire jaune, et qui ont fait l'objet d'autres dépêches de l'AFP, peu de temps après l'annonce de la candidature de Dieudo aux élections européennes :

Parlement européen : des députés refusent la présidence temporaire de Le Pen


Le chef de file de l'extrême droite française Jean-Marie Le Pen est au centre d'une controverse au Parlement européen, où ses détracteurs se mobilisent pour l'empêcher de présider, en tant que doyen, la session inaugurale de l'institution après les élections.

Le règlement interne du Parlement prévoit que le doyen des élus préside la session inaugurale de la nouvelle assemblée. En l'état actuel, c'est à M. Le Pen, 80 ans, que ce rôle a de bonnes chances d'échoir après le scrutin européen du 7 juin.

Du coup, les socialistes et les Verts ont demandé mardi [24 mars] un changement des règles de l'Assemblée pour lui barrer la route.

"Je suis préoccupé par le fait qu'un négationniste de l'Holocauste puisse présider la session inaugurale du Parlement européen" en juillet après les élections européennes de juin, a déclaré le social-démocrate allemand Martin Schulz, président du groupe socialiste.

Il est "inacceptable, inadmissible" qu'un "négationniste pour qui Auschwitz est un détail de l'Histoire", un "vieux fasciste" comme M. Le Pen, puisse le faire, a estimé M. Schulz devant la presse.

Il a reçu le soutien du co-président des Verts, Daniel Cohn-Bendit, qui a précisé que son groupe avait "toujours été pour changer le règlement, parce que le fait que le doyen préside (la session inaugurale) est ringard".

"Nous sommes pour que ce soit la députée la plus jeune qui ouvre la session, non pas à cause de Le Pen, mais parce que c'est un signe pour l'avenir. Allons jusqu'au fond du symbolisme: on ne veut pas des croulants", a martelé l'ancien leader de Mai 1968.

Prendre une telle décision ne sera néanmoins "pas facile", a pronostiqué M. Cohn-Bendit.

Elle n'a par exemple pas l'assentiment du chef du groupe libéral, Graham Watson, qui a estimé qu'il n'y avait "aucune raison de traiter M. Le Pen différemment d'autres, même si je déteste sa politique". S'il devient doyen, "ce sera en ayant respecté les règles" et ce sera "aussitôt oublié", a jugé M. Watson.

Quant à Joseph Daul, chef du principal groupe politique au Parlement, le groupe conservateur, il a assuré qu'il allait "analyser" cette proposition, tout en émettant le souhait que M. Le Pen, en bon nationaliste, ne participe pas à la session inaugurale du Parlement européen qui a été fixée au... 14 juillet, jour de la fête nationale française.

Jean-Marie Le Pen, qui fêtera ses 81 ans le 20 juin prochain, siège depuis 1984 au Parlement européen. Il se représentera encore cette année, en tant que tête de liste du Front national (FN), dans la circonscription du sud-est de la France, et pourrait à ce titre devenir doyen d'âge du Parlement.

Dénonçant les "odieuses calomnies" de ses collègues, le leader frontiste a estimé que le Parlement européen se ferait "la risée des assemblées démocratiques" s'il venait à modifier son règlement dans le seul but de l'empêcher de présider la séance inaugurale.

Quant à la coïncidence avec la fête nationale française, elle "est une raison de plus de faire entendre la voix de la France indépendante et souveraine dans l'hémicycle de l'euromondialisme", a-t-il ajouté dans un communiqué.

En juillet 1989, l'ex-cinéaste français Claude Autant-Lara avait déjà provoqué un scandale au Parlement européen. Elu sur une liste du FN, il avait eu l'occasion de prononcer un discours à l'occasion duquel une grande partie de l'hémicycle s'était vidée, en signe de protestation.

Entre-temps, le règlement intérieur a été modifié et le doyen n'a plus le droit de prononcer un discours: il se contente de superviser l'élection du président du Parlement.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 24 mars 2009, 17h38)


Chambres à gaz : Le Pen fait scandale au Parlement européen


Le chef de file de l'extrême droite française Jean-Marie Le Pen s'est exposé mercredi [25 mars] à de nouvelles poursuites judiciaires ainsi qu'à des sanctions du Parlement européen en qualifiant à nouveau de "détail" les chambres à gaz nazies.

Ce nouvel éclat a été déclenché par une altercation entre le fondateur du Front national, qui est un élu du Parlement européen, et le chef de file des socialistes, l'Allemand Martin Schulz.

Estimant avoir été victime "d'accusations diffamatoires" de M. Schulz qui l'avait qualifié la veille de "vieux fasciste" et de "négationniste de l'Holocauste", M. Le Pen a défendu son point de vue devant la plénière à Strasbourg.

"Je me suis borné à dire que les chambres à gaz étaient un détail de l'Histoire de la guerre mondiale, ce qui est une évidence", a-t-il expliqué sous les huées d'une grande majorité des élus réunis en séance plénière.

Ce n'est pas la première fois que le chef de file historique de l'extrême droite française réitère de telles déclarations.

Jean-Marie Le Pen les avait tenues la première fois sur une station de radio française en septembre 1987, ce qui lui avait valu une condamnation à 1,2 million de francs (183.200 euros) d'amende. Puis de nouveau en 2008 dans le magazine "Bretons".

La Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme, présidée par l'eurodéputé conservateur Patrick Gaubert, a aussitôt annoncé mercredi examiner la possibilité de poursuites, et a réclamé la levée de l'immunité parlementaire de M. Le Pen.

Plusieurs eurodéputés, dont le socialiste Harlem Désir, ont aussi estimé que M. Le Pen était passible des sanctions prévues au réglement intérieur du Parlement. Elles prévoient des suspensions de participation aux débats et des suppressions partielles d'indemnités pour les députés qui portent atteinte aux "valeurs des traités fondamentaux de l'UE" et à la dignité du Parlement.

Mais cette sortie a également été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase, convainquant le président du plus important groupe politique du Parlement, le conservateur Joseph Daul, de se rallier à une proposition des socialistes et des écologistes visant à modifier le règlement interne de l'institution. Afin que le doyen ne préside plus les sessions inaugurales.

Le fondateur du Front national, qui à 80 ans se représente aux élections européennes dans le sud-est, aurait en effet de fortes chances, en tant que doyen d'âge, de présider la session inaugurale du Parlement suivant les élections du 4 au 7 juin, le 14 juillet.

"Les propos négationnistes de M. Le Pen, réitérés dans l'enceinte du Parlement européen, le disqualifient pour présider, ne serait-ce qu'une seconde, notre institution à l'ouverture des travaux de la prochaine législature", a estimé M. Daul.

Les socialistes vont proposer que la session inaugurale soit présidée "soit par le président sortant s'il est réélu, soit par l'un des vice-présidents sortants, soit par le député européen qui aurait la plus grande ancienneté", a précisé Martin Schulz.

Quant aux Verts, dont le co-président Daniel Cohn-Bendit avait indiqué mardi qu'ils avaient "toujours" été pour mettre un terme à la coutume "ringarde" du recours au doyen, ils préconisent de confier la présidence du Parlement "au plus jeune" des eurodéputés. La question sera discutée jeudi [26 mars].

Le règlement intérieur avait déjà été modifié sur la question du doyen après le scandale causé par le discours d'un autre doyen frontiste, l'ex-cinéaste français Claude Autant-Lara, en juillet 1989. Depuis, le doyen n'a plus le droit de prononcer un discours et se contente de superviser l'élection du président de la nouvelle assemblée.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 25 mars 2009, 19h34)

Finalement, les groupes politiques du Parlement européen ont donné, jeudi dernier, 26 mars, leur feu vert à une modification de leur règlement interne, afin d'éviter que Le Pen puisse présider la prochaine session inaugurale en tant que doyen d'âge. Cette modification du règlement pourrait être votée en séance plénière ce mois-ci, en avril... Formidable, n'est-ce-pas ? Quelle magnifique réaction à la hauteur de l'évènement ! Tout cela à cause d'une énième provocation de Le Pen avec son "détail de l'histoire", provocation déjà faite par le passé, et notamment encore l'année dernière, comme en témoigne un de mes précédents articles alors consacré au sujet, en avril 2008... Une fois de plus, beaucoup de bruit pour rien... L'extermination des Juifs d'Europe par les nazis, avec utilisation de chambres à gaz, n'est évidemment pas un "détail de l'histoire de la Deuxième Guerre Mondiale". Chacun le sait ou devrait le savoir. Il est inutile, par conséquent, de passer son temps à prendre des postures convenues vis-à-vis des propos minables de Le Pen, tout simplement parce que ce dernier n'en vaut évidemment pas la peine...


Combien de fois va-t-il cependant falloir encore se sentir obligé de réagir publiquement avec force indignation aux provocations de Le Pen et de ses congénaires extrémistes sur ce sujet ? Qualifier Le Pen de "fasciste" est-il forcément plus intelligent que les conneries de Le Pen avec son "détail de l'histoire" à propos des chambres à gaz ? Accorder une telle importance aux provocations recuites de Le Pen à une échelle européenne, et donc internationale, était-il vraiment nécessaire ? Le résultat, en tout cas, est évident : Le Pen et ses partisans ne pouvaient pas espérer mieux pour profiter d'une exposition médiatique à la hauteur de la campagne européenne nationaliste et xénophobe qu'ils entendent mener au nom du Front National... Du reste, pour ceux qui en redemanderaient, sachez qu'à la suite d'une énième provocation lepéniste au sein même du Parlement européen, le FN a également opté pour une provocation à une échelle plus "locale", et plus précisément dans la circonscription du Sud-Ouest où je suis appelé à voter lors des élections européennes en juin prochain :


Un élu FN met Jean Jaurès sur ses affiches de campagne aux européennes


Un portrait de Jean Jaurès orne les affiches de campagne d'un candidat du Front National aux élections européennes de juin, placardées à Carmaux (Tarn), fief du fondateur du Parti socialiste (à l'époque SFIO) en 1905, révèle jeudi [26 mars] le quotidien régional L'Indépendant.

Le portrait de Jaurès, orné d'une citation "A celui qui n'a plus rien, la Patrie est son seul bien !", est imprimé sur les affiches de campagne de Louis Aliot, avec un bandeau affirmant "Jaurès aurait voté Front National".

Conseiller municipal à Perpignan et conseiller régional Midi-Pyrénées, Louis Aliot est également secrétaire général du FN.

Il avait recueilli 10,42% des suffrages au second tour de l'élection municipale à Perpignan, annulée par la suite pour cause de "fraude à la chaussette" par le tribunal administratif de Montpellier.

La liste du maire UMP Jean-Paul Alduy avait obtenu 45,48% des suffrages exprimés, contre 44,11% pour la socialiste Jacqueline Amiel-Donat.

"Au moment où nombre de nos compatriotes commémorent cette année le cent cinquantenaire de la naissance de Jean Jaurès (1859-1914), voilà une manière de rappeler qu'aujourd'hui, la seule formation politique en France à défendre les valeurs de justice sociale et d'humanisme est le Front National", affirme Louis Aliot sur son site internet.

Cette affiche n'est pas encore apposée sur tous les murs de la circonscription dans laquelle Louis Aliot est candidat, mais seulement à Carmaux où Jean-Luc Mélenchon, fondateur du Parti de gauche et tête de liste dans le Sud-Ouest, y a tenu un meeting la semaine dernière.

"Jean Jaurès est au Panthéon. C'est un personnage public qui appartient à la France et à tous ces citoyens", a estimé M. Aliot, cité par L'lndépendant, ajoutant que "Bruno Gollnisch dans l'Est et Marine Le Pen dans le Nord vont reprendre" la même affiche.

Le député-maire de Toulouse (PS) Pierre Cohen a dénoncé, mercredi dans un communiqué, une "nouvelle provocation" du Front National, soulignant que l'engagement pacifiste de Jean Jaurès "lui a valu les insultes et la haine des nationalistes, la famille politique de Louis Aliot".

"Cette campagne haineuse a armé la main de Villain qui l'a assassiné le 31 juillet 1914 à Paris", a ajouté M. Cohen.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 26 mars 2009, 00h02)

Pfff... Encore du grand n'importe-quoi avec une énième provocation du Front National... C'est pathétique... Tout cela parce que Jaurès a eu le "malheur" de prononcer le mot "Patrie" au moins une fois dans sa vie ! Du reste, comme l'a déclaré François Briançon, adjoint au maire de Toulouse et président du Groupe Socialiste Radical et Républicain au conseil municipal toulousain, "avant d'utiliser l'image et de détourner la pensée de Jean Jaurès, Louis Aliot aurait mieux fait de méditer cette phrase de Romain Gary : « Le patriotisme c'est l'amour des siens, le nationalisme c'est la haine des autres »". Cela dit, cette fois-ci encore, inutile d'en rajouter...
Le printemps commence à peine et l'année 2009 est loin d'être terminée, mais la connerie politique atteint déjà, on le voit bien, un niveau particulièrement élevé, bientôt comparable à une tour de Babel. Après l'extrême-droite, je ne doute pas que l'extrême-gauche ne manquera pas d'apporter sa contribution au glorieux édifice de ladite connerie politique, de même que beaucoup d'autres participants à cette pitoyable farce qu'est, hélas, devenue la vie politique française en ces temps de crise, et à l'approche des élections européennes. Avec ce prochain scrutin, qui sera forcément parasité par le grand cirque folklorique habituel en matière de candidats, nous ne sommes pas sortis de l'auberge, car, de toute façon, les politiciens ne vont pas manquer de continuer à raconter n'importe quoi, à commencer par le premier d'entre-eux, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, qui continuera à parler, parler, parler, encore et encore, avec sa médiocrité habituelle... "Les mots ont un sens" se plaisait à dire Sarkozy avant son élection à la plus haute charge de l'Etat, mais avec de tels énergumènes, politiciens ou assimilés, il est forcément permis d'en douter... et ce n'est pas nouveau...


Bref... tout cela est assurément parfaitement idiot, mais il faut bien faire avec... en attendant la suite.

Cordialement,

Hyarion.

P.S.: Ne cherchez pas, chers lecteurs... aucun "poisson d'avril" ne s'est glissé dans le présent article, fusse-t-il consacré à la connerie politique... ;op


(Illustrations : "L'Europe vue par les beaufs de France", carte satirique sans date [vers 2004-2005 ?] ; Nicolas Sarkozy le 17 mars 2009 à Ornans dans le Doubs, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Remy de la Mauviniere ; Un enterrement à Ornans, huile sur toile [1849-1850] par Gustave Courbet, Paris, Musée d'Orsay ; Nicolas Sarkozy lors du 91e congrès des maires de France à Paris, le 27 novembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP ; Nicolas Sarkozy, le 9 décembre 2008 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Eric Feferberg ; Nicolas Sarkozy lors d'un discours à Vesoul, le 15 janvier 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Gérard Cerles ; Nicolas Sarkozy le 13 janvier 2009 à Nîmes, photographie de l'Agence France Presse, ©Jean-Paul Pelissier/AFP/Pool ; Nicolas Sarkozy devant les salariés d'une usine proche de Châteauroux, le 27 janvier 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Eric Feferberg ; L'humoriste controversé Dieudonné, le 24 avril 2008,devant le tribunal correctionnel d'Aurillac, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Thierry Zoccolan ; Le président du Front national Jean-Marie Le Pen, le 24 octobre 2007 au Parlement européen à Strasbourg, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Dominique Faget ; Le chef de l'extrême droite française Jean-Marie Le Pen au Parlement européen à Strasbourg le 25 mars 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Frederick Florin ; Une chambre à gaz et l'entrée d'un four crématoire le 17 juillet 1999 au camp de la mort d'Auschwitz, en Pologne, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Jack Guez ; Affiche électorale d'un candidat du Front National pour les élections européennes de 2009, avec récupération de l'image du socialiste Jean Jaurès [1859-1914] et manipulation d'une citation de ce dernier, mars 2009 ; Nicolas Sarkozy à Châtelleraut le 31 mars 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Jacques Brinon)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 3 (2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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Mardi 24 mars 2009 2 24 03 2009 20:12
Chaque année, à la même époque, vers février-mars, c'est décidément presque toujours la même chose : je connais un passage à vide. Après plus d'un mois de silence, on me demande ce que je deviens...
Ces dernières semaines, j'ai été malade, et assez dépressif... C'est ainsi, et je peux bien le dire ici, même si je n'ai pas l'intention de me plaindre de mon sort outre mesure, car cela n'est pas mon genre, surtout par écrit, et que, de toute façon, même si je suis encore malade à l'heure où j'écris, je vais un petit peu mieux à présent... Le fait est, en tout cas, que je traverse une période de ma vie assez peu enthousiasmante... Le chômage, l'ennui, l'absence de perspective, la fameuse crise servie tous les jours sur un plateau par les médias de masse, etc. Il n'y a pas beaucoup de place pour l'espoir dans mon esprit, ces temps-ci... Bien entendu, nous avons la chance de vivre dans un pays riche avec des minima sociaux, et bien évidemment, je ne suis "pas tout seul" puisque "tout le monde a des problèmes", mais ce n'est pas en me disant cela que ma situation me paraitra forcément plus supportable... Néanmoins, quel que soit la laideur du contexte actuel, il faut bien faire avec... et essayer de s'occuper en attendant des jours meilleurs... Cela n'est pas facile, mais cela vaut sans doute mieux que de se laisser aller et de se ramollir chaque jour un peu plus, ce qui est aujourd'hui, pour moi comme pour d'autres, une tentation permanente, et très sérieuse : lorsque la résignation et le désespoir prennent peu à peu le dessus, on prend fatalement de mauvaises habitudes, et on finit par devenir tout mou, avec une vie qui ne ressemble plus à rien, ou presque...


Ceci dit, à présent, pour essayer d'aller de l'avant malgré tout, une question se pose, peut-être : Quid novi ? (Quoi de nouveau ?)
Quoi de neuf, docteur ? Pas grand-chose, assurément... Nous continuons tous notre route vers la mort, la vie étant une maladie sexuellement transmissible et à coup sûr mortelle... Ainsi s'écoulent les heures de nos misérables existences : vulnerant omnes, ultima necat (Toutes blessent, la dernière tue.)... Dès lors, que faire du temps qui nous est imparti, en attendant la fin ? Telle est sans doute la seule vraie question...
En dépit d'un contexte général fort morose, lequel n'incite guère à être très actif, la neuvième République des Blogs de Toulouse, qui a eu lieu vendredi dernier, 20 mars 2009, est sans doute une occasion de réveiller quelque peu le présent blog. Il aurait été probablement préférable que je rende compte au plus tôt de ce neuvième rendez-vous des blogueurs politiques toulousains, dans un article qu'il aurait fallu que je publie dès le lendemain ou le surlendemain dudit rendez-vous... mais j'ai eu besoin de laisser passer quelques jours avant de parvenir à mener à bien la rédaction d'un article à peu près acceptable, à présent enfin proposé ici...


La neuvième République des Blogs de Toulouse (RdB) a donc eu lieu le 20 mars dernier, entre 18h30 et 22h30 environ, au Fairfield Café, nouvelle enseigne du Ferdillon, bar lounge musical de la place du Fer-à-Cheval qui a réouvert depuis environ un mois, après une période de travaux... dont nous avons pu constater qu'elle n'était pas forcément terminée, compte tenu des coups de marteau entendus sur place ce soir-là, notamment vers 21h00... ;-)
Cette fois-ci, nous étions quatre : outre votre serviteur, il y avait, bien entendu, la blogueuse "M.", toujours co-organisatrice de la RdB, qui s'occupe toujours du blog intitulé "Le Rocrocodile kinépeuthe", la blogueuse Christie, qui s'occupe toujours du blog "Alluvions", ainsi que Dante, un des lecteurs réguliers du présent blog, qui nous a rejoint à 20h00.
Philippe David, co-organisateur de la RdB et auteur du blog "Vu de droite", a été, ce vendredi-là, retenu à Saint-Etienne pour des raisons professionnelles et n'a donc pas pu être présent. Nous avons néanmoins réussi à le joindre par téléphone, vers 19h00-19h30. Il nous a répondu alors qu'il se trouvait sur le chemin du retour, quelque-part entre Saint-Etienne et Montauban, et plus précisément aux confins de l'Auvergne et du Limousin. Philippe m'annonçant qu'il vient d'entrer en Limousin, non loin de la Corrèze chère à Jacques Chirac, nous plaisantons en nous disant qu'il serait possible que Philippe aille faire un petit détour du côté du château de Bity, propriété corrézienne de Jacques et Bernadette Chirac, ne serait-ce que pour saluer le fait que Nicolas Sarkozy, le 18 mars dernier, à Paris, a décoré de la Légion d'honneur ladite Bernadette Chirac, ce qui est "une honte", comme le dit Philippe. Pauvre France : elle est bien mal lotie en ce moment... et avec des élites pareilles, elle n'est pas sortie de l'auberge...


Je demande à Philippe de répondre à la grande question d'actualité "Jusqu'où ira la connerie politique en 2009 ?". Il me dit : "Je te réponds en anglais : NO LIMIT". Et il est vrai qu'avec Olivier Besancenot, Nicolas Sarkozy, François Bayrou, Jean-Luc Mélenchon, Christine Boutin, les "antifascistes radicaux", Jacques Séguéla, et tous les autres, on voit mal jusqu'où exactement pourrait bien aller la connerie politique en 2009, tant le développement de la ladite connerie politique semble, effectivement, ne pas avoir de limites : toujours plus loin, toujours plus profond... sur le chemin de la connerie politique, les champions ne manquent pas et leurs performances sont toujours en progression...
Nous devisons encore un moment, puis, Philippe devant terminer son voyage de retour, nous finissons par interrompre la conversation téléphonique, en espérant qu'il pourra être à nouveau des notres lors de la prochaine République des Blogs de Toulouse, et nous poursuivons donc notre rendez-vous présent, en évoquant divers sujets d'actualité.
Au moment de déguster nos boissons, nous trinquons notamment à la seule bonne nouvelle survenue depuis le début de l'"Annus Horribilis" 2009 : l'ouverture du procès des électeurs fantômes du couple Tiberi dans le Ve arrondissement de Paris. L'heureux évènement a fait l'objet d'un article intéressant dans Le Canard Enchaîné au début du mois dernier. Je le reproduis ici :


"Les électeurs fantômes des Tiberi hantent enfin le tribunal


Douze ans après les révélations du « Canard », le procès des faux électeurs du couple Tiberi a commencé, le 2 février, devant le tribunal correctionnel de Paris. La justice fait des progrès : une autre affaire d'électeurs fantômes (celle du IIIe arrondissement de Paris) a été jugée en 2006, dix-sept ans après l'ouverture de l'information judiciaire...
    En 1997, il n'avait fallu que trois mois d'enquête au « Canard » pour mettre au jour les pratiques frauduleuses du Ve arrondissement, fief de Jean Tiberi et de son épouse, l'inénarrable Xavière. Une simple copie des listes électorales (document public), une longue tournée des boîtes aux lettres et des centaines de coups de téléphone de contrôle avaient permis de découvrir un flot de votes illégaux, estimé entre 3 000 et 4 000.
    Sur 41 437 électeurs inscrits, « Le Canard » a alors vérifié, un par un, 7 927 noms. Résultat : une pêche miraculeuse. Alors que le taux de personnes ne résidant pas à l'adresse indiquée ne dépassait guère la barre des 10 % dans les bâtiments « ordinaires », il grimpait à 40 %, voire à plus de 60 % dans les immeubles municipaux ou appartenant à des proches des Tiberi.

Les cousins de Xavière

    Cet afflux de bons citoyens a assuré, durant des années, la réélection triomphale de Tiberi dès le premier tour aux municipales et aux législatives. Mais aussi celle d'un certain Jacques Chirac, élu du Ve arrondissement de 1977 à 1995.
    Le record : 92 % d'absents dans une bâtisse de la rue Claude-Bernard. La plupart de ces faux locataires avaient été recrutés parmi les éboueurs municipaux contre la promesse d'obtenir un (vrai) logement ou une promotion. Mieux : le proprio qui avait signé les attestations de domicile avait été désigné par le maire Tiberi pour siéger à... la commission de révision des listes électorales de l'arrondissement.
    D'autres membres du clan entassaient les électeurs fantômes dans leur propre appartement. Anne-Marie Affret, alors première adjointe au maire du Ve et qui figure aujourd'hui parmi les 9 prévenus, « hébergeait » ainsi 15 personnes dans son HLM de la rue Saint-Médard. Des cousins de Xavière étaient domiciliés, tout aussi fictivement, dans un immeuble social de la rue Galande. L'équipe Tiberi avait même réquisitionné la loge de la concierge de la mairie d'arrondissement et mobilisé des lycées et la caserne locale de la garde républicaine pour accueillir des bataillons d'électeurs fictifs...
    « Le Canard » a retrouvé en 1997 (grâce à un simple Minitel) la véritable adresse d'une partie des tricheurs. La plupart étaient logés dans des HLM municipaux d'autres arrondissements de Paris, et même en banlieue.

Tout fier de frauder

    Certains assumaient carrément la fraude, comme ce brave militant qui fanfaronnait : « Je n'ai jamais habité dans le Ve, j'y vote, c'est comme ça et ça continuera ! »
    D'autres racontaient comment le clan Tiberi les avait inscrits d'office sur les listes du Ve, alors même qu'ils n'avaient jamais résidé dans cet arrondissement. Une dame habitant dans le XIIe s'extasiait de la gentillesse de ses bienfaiteurs qui envoyaient, à chaque scrutin, une voiture pour l'emmener voter dans le Ve...
    De leur côté, les juges qui ont instruit les plaintes déposées par les socialistes et les Verts n'ont guère chômé. Mais ils n'ont disposé, pour les épauler, que d'une minuscule équipe de gendarmes qui ont été priés par leur hiérarchie d'arrêter leurs investigations durant les campagnes électorales de 2001, 2002, 2004... Au nom de la « tradition républicaine ».
    Résultat : après avoir détecté 6 000 électeurs suspects, ils n'ont pu en interroger qu'un échantillon d'environ 200 personnes. Les magistrats instructeurs ont dû aussi batailler contre le parquet de Paris, qui, dernière manoeuvre, a retardé durant deux ans la clôture du dossier.
    Heureusement, les fantômes, ça ne meurt jamais.

Hervé Liffran"

(Le Canard Enchaîné N°4606, 4 février 2009)

Un mois après l'ouverture du procès, le 2 mars 2009, considérant que le député-maire UMP Jean Tiberi était bien "l'instigateur" de la fraude électorale commise à la mairie du Ve arrondissement de Paris, le procureur a requis à son encontre une peine de cinq ans d'inéligibilité, à la hauteur de "la gifle" infligée aux électeurs. Plus précisément, ledit procureur a requis, d'une part, un an de prison avec sursis, 10.000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité à l'encontre de Jean Tiberi et, d'autre part, dix mois avec sursis, 5.000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité pour son épouse Xavière. Une peine quasi-identique a été demandée contre la première adjointe Anne-Marie Affret, avec une amende toutefois réduite à 3.000 euros, ladite Anne-Marie Affret ayant fait des aveux et ayant laissé entendre, sans jamais accuser directement les Tiberi, que les instructions venaient d'eux. Au début du procès, la condamnation de Jean Tiberi, qui fut le successeur de Jacques Chirac à la Mairie de Paris de 1995 à 2001, et qui est toujours aujourd'hui le député-maire du Ve arrondissement, semblait bien improbable, mais finalement, tout espoir ne semble pas perdu, et on ne peut que s'en réjouir, même si le chemin judiciaire est encore long avant que les Tiberi soient définitivement condamnés comme ils le méritent...


Après les Tiberi, nous évoquons Jacques Séguéla, l'inénarrable publicitaire de 75 ans, ancien conseiller en communication des candidats à l'Elysée François Mitterrand et Lionel Jospin, converti au sarkozysme entre les deux tours de l'élection présidentielle de 2007, et qui désormais aussi connu pour avoir organisé chez lui, à l'automne 2007, le dîner au cours duquel Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, fraîchement divorcé de sa deuxième épouse, rencontra la chanteuse et ancienne mannequin Carla Bruni. Le 13 février dernier, lors d'un entretien sur le plateau de l'émission télévisée "Les 4 vérités" - dont l'alias Dante considère qu'elle devrait parfois plutôt s'appeler "Les 4 mensonges" -, au journaliste qui évoquait le côté ostentatoire, dit "bling bling", de Sarkozy qui lui a été reproché au début de son mandat présidentiel, et notamment son goût affiché pour les montres de luxe, et qui demandait à Jacques Séguéla s'il s'agissait là d'une erreur de communication présidentielle, ledit Séguéla a déclaré :


"C'est une erreur journalistique. Comment peut-on reprocher à un président d'avoir une Rolex ? Une Rolex... Enfin... tout le monde a une Rolex. Si à cinquante ans, on n'a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie !"

(Jacques Séguéla, lors d'un entretien sur le plateau de "Télématin", émission "Les 4 vérités", France 2, 13 février 2009)

D'après sa nouvelle épouse Carla Bruni-Sarkozy, il parait que Nicolas Sarkozy s'est récemment mis à lire les Pensées de l'empereur romain stoïcien Marc Aurèle (121-180 après J.-C.), oeuvre majeure de la philosophie antique que j'ai eu l'occasion de citer ici dans un de mes précédents articles, en octobre 2007. Bouleversante révélation. Et voila donc où était le problème : à 50 ans, en 2005, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa avait probablement bien une montre de marque Rolex, comme l'exigeait son âge (selon Séguéla), mais, par contre, il n'avait pas encore lu les Pensées de Marc Aurèle... Et c'était vraisemblablement toujours le cas lors de son élection à la plus haute charge de l'Etat en 2007... D'où les malheurs de la France aujourd'hui, sans doute. Sarkozy serait-il cependant sur le point d'être touché par la grâce ? Ce serait bien étonnant... Il n'est certes jamais trop tard pour découvrir les grandes oeuvres de la philosophie, mais je doute fort, malheureusement, que le fait que Sarkozy ait subitement découvert l'existence des Pensées de Marc Aurèle change quoi que ce soit à la médiocrité qui caractérise depuis toujours ce politicien égocentrique, opportuniste et superficiel qu'est ledit Sarkozy... Saluons tout de même les efforts de Carla Bruni-Sarkozy pour essayer de mettre un peu de culture dans la tête de son mari, en le faisant notamment lire, même superficiellement, quelques livres... L'actuelle Première Dame de France sert au moins à cela, en plus du fait qu'elle accompagne son mari lors de certains de ces voyages à l'étranger...


Il est 20H00 : l'alias Dante vient nous rejoindre... Ce soir, il est un peu notre "grand témoin", comme Max Gallo dans l'émission télévisée "Droit d'inventaire" présentée par Marie Drucker sur France 3 (ne le prends pas mal, cher Dante : je plaisante ! ;o) ). Nous parlons, d'abord, de l'ouverture du procès de la catastrophe d'AZF à Toulouse, catastrophe, qui, rappelons-le avait fait une trentaine de morts et des milliers de blessés le 21 septembre 2001. Le procès en correctionnelle de l'explosion de l'usine AZote Fertilisant (AZF), appartenant à la SA Grande Paroisse, filiale du groupe Total, s'est en effet ouvert le 23 février dernier à Toulouse, pour tenter de déterminer les responsabilités dans cette explosion et, si cela est possible, de faire la lumière sur la plus grande catastrophe industrielle survenue en France depuis la Deuxième Guerre mondiale.


Dante a fait partie des victimes de cette catastrophe, son domicile se trouvant non loin du lieu de l'explosion. Il évoque son expérience personnelle lors de l'évènement, le traumatisme engendré par le choc de l'explosion, une couverture médiatique dudit évènement pas toujours faite sérieusement (c'est le moins que l'on puisse dire) par certains journalistes ou assimilés, et même le fait que l'alias Dante, blessé à la tête à la suite de l'explosion, a été recousu par un médecin gynécologue, alors mobilisé pour soigner les blessés légers... Concernant le procès lui-même, qui a finalement lieu alors que l'on a longtemps cru qu'il ne s'ouvrirait jamais, il n'y a pas forcément grand-chose à en dire. Les experts, après l'instruction close en 2006, ont retenu la piste d'un accident chimique, rejetant notamment les hypothèses d'un attentat. Le groupe Total, qui a déjà versé 2 milliards d'euros d'indemnisations, conteste de son côté les conclusions de l'instruction, estimant que toutes les pistes, dont l'hypothèse terroriste, n'ont pas été suffisamment exploitées. Le 19 mars dernier, la défense du directeur de l'usine AZF, et de Grande Paroisse (filiale de Total) a critiqué au procès les débuts de l'enquête, notamment la rapidité avec laquelle l'hypothèse d'un accident a prévalu sur celle d'un attentat dès le jour de la catastrophe, ladite défense ayant notamment suggéré une précipitation des pouvoirs publics à utiliser le terme d'accident "pour des raisons d'ordre public", l'explosion de l'usine AZF ayant eu lieu, on s'en souvient, peu de temps après les attentats islamistes du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis d'Amérique. Interrogé par des avocats de la défense sur ce sujet, le préfet de Haute-Garonne de l'époque a "catégoriquement" démenti que ce fameux 21 septembre les représentants de l'Etat, dont Jacques Chirac (alors président de la République) et Lionel Jospin (alors Premier ministre), présents à Toulouse, aient décidé "d'avancer l'hypothèse accidentelle pour éviter les débordements". Chirac, pour sa part, a refusé de venir au procès dès l'ouverture de celui-ci, le 23 février, invoquant son statut constitutionnel d'ancien chef de l'Etat, comme à son habitude. Jospin, lui, qui était cité comme témoin, a refusé de venir le 19 mars, indiquant dans une lettre qu'il ne disposait "d'aucune information particulière". Bravo, Lionel : cette fois-ci, au moins, tu auras été à la hauteur de la situation...
Dante estime que le procès de la catastrophe d'AZF n'aboutira à rien, car le groupe Total est trop puissant financièrement pour être sérieusement inquiété vis-à-vis de ses responsabilités. Toujours est-il que ce procès est filmé et enregistré, ce qui est une première en France en correctionnelle, et que le délibéré devrait être rendu en novembre...


Nous en venons ensuite à parler des manifestations de jeudi dernier, 19 mars. Dante, cette fois-ci encore, est notre "grand témoin" ;-), puisqu'il a participé aux journées de mobilisation sociale des 29 janvier et 19 mars. Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, le 18 février dernier, avait annoncé, sans satisfaire les syndicats, une série de mesures destinées aux Français touchés par la crise, chiffrées à 2,6 milliards d'euros, à l'issue d'un sommet social organisé à l'Elysée. L'enveloppe mise sur la table avait beau être supérieure à la somme de 1,4 milliard évoquée le 5 février par l'actuel chef de l'Etat, elle restait en-deçà des attentes des syndicats qui l'avait jugée "insuffisante". Déçus notamment de l'absence de mesures sur les salaires, lesdits syndicats s'étaient montrés décidés, en sortant de la réunion du 18 février, à "maintenir la pression" sur le gouvernement, notamment par une deuxième journée d'action prévue pour le mois suivant. C'est ainsi que, le 19 mars, cette deuxième journée de mobilisation destinée à arracher de nouvelles mesures au gouvernement en faveur des salariés a finalement fait descendre dans la rue plus de manifestants que le 29 janvier, soit 1,2 million (selon la police) à 3 millions (selon la CGT) de personnes sur l'ensemble du territoire national. Bien entendu, comme cela était évidemment prévisible, Sarkozy et son gouvernement sont restés inflexibles au lendemain du succès de la journée de manifestations, écartant tout nouveau plan de relance, réclamé par les syndicats... Pas de surprise, donc, même si la mobilisation lors de cette journée du 19 mars a été apparemment très forte... A Toulouse, 41.000 à 110.000 personnes ont défilé l'après-midi de ce jour-là (elles étaient 56.000 à 90.000 le 29 janvier) au cri de "Augmenter les salaires, arrêter les licenciements" ou avec des pancartes sur lesquelles on pouvait lire "Bientôt 50 ans et toujours pas de Rolex" ou "Proxénétisme du Medef, prostitution du gouvernement(eur)". L'alias Dante, qui a participé à la manifestation toulousaine, évoque avec nous la grande foule qui a défilé cette après-midi-là dans les rues de la Ville Rose, et le fait qu'il a aperçu, à cette occasion, au milieu de ladite foule, Jean-Luc Mélenchon, sénateur ex-socialiste bien connu désormais pour avoir claqué (bien tardivement) la porte du PS, il y a quelques mois, pour fonder son curieux "Parti de Gauche" (P.G. ou P.D.G. ? On hésite encore sur le juste acronyme... ;o) ). Sénateur de l'Essonne, et heureux de l'être jusqu'ici, Mélenchon est à présent candidat auto-parachuté dans le Sud-Ouest à l'occasion des prochaines élections européennes. Sa présence dans la manifestation toulousaine du 19 mars ne devait donc rien au hasard, et montre, en tout cas, que Besancenot n'est visiblement pas le seul à vouloir récupérer et politiser le mécontentement de la population française.


De Besancenot, de son NPA, et du rôle qu'ils jouent en faveur de Sarkozy de Nagy-Bocsa, il en est justement question à plusieurs reprises dans nos discussions entre blogueurs, même si, je l'avoue, c'est surtout moi qui évoque le sujet... J'ai déjà eu plusieurs fois l'occasion d'en parler, mais puisque le Nouveau Parti Anticapitaliste a désormais officiellement remplacé la LCR, laquelle s'est finalement autodissoute le 5 février dernier, et puisqu'il parait que Besancenot caracole en haut des sondages parmi les personnalités les plus populaires, et qu'il est, dit-on, devenu à gauche "celui dont on pense qu'il peut changer les choses" (quelle blague !), j'y reviens à nouveau ici, pour rappeler quelques vérités.


C'est une évidence, aujourd'hui plus encore qu'hier : Besancenot est le meilleur allié de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa. L'année dernière, le 7 juin 2008, l'actuel chef de l'Etat avait déjà eu l'occasion de le dire à François Hollande, à l'époque encore Premier secrétaire du PS, alors que tout deux se trouvaient dans un avion présidentiel revenant de Beyrouth à la suite d'un voyage officiel au Liban :


"Vous nous avez bien emmerdés avec Le Pen pendant des années, maintenant on va vous niquer avec Besancenot."

(Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa s'adressant à François Hollande, alors Premier secrétaire du PS, dans un avion présidentiel revenant de Beyrouth, le 7 juin 2008, cité in Le Canard Enchaîné N°4573, 18 juin 2008)

Plus récemment, dans le contexte de crise et de mécontentement populaire que nous connaissons, Sarkozy s'est montré plus explicite encore, dans la semaine du 9 au 15 mars derniers, en répétant ce message à ses conseillers :

"Il faut attiser le feu à gauche en valorisant Besancenot. Le PS aura tendance à s'aligner sur les positions de l'extrême-gauche et passera ainsi pour archaïque."

(Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa s'adressant à ses conseillers, avant le week-end de la semaine du 9 au 15 mars 2009, cité in Le Canard Enchaîné N°4612, 18 mars 2009)

Sarkozy affirme même désormais "apprécier" Besancenot, à titre personnel (cf. Le Canard Enchaîné N°4612, 18 mars 2009, op.cit.). Par ma barbe ! Il peut assurément se permettre de l'"apprécier", tant ledit Besancenot sert fort bien aujourd'hui les intérêts de l'actuel chef de l'Etat, que cela plaise ou non aux militants du NPA... En ces temps de gouvernance particulièrement difficile pour le pouvoir sarkozyste, quoi de mieux que de "gentils" démagogues spécialistes de la dénonciation sans perspectives pour empêcher la gauche de gouvernement, et tout particulièrement le PS, de reprendre du poil de la bête ? La solution est excellente pour Sarkozy, s'il veut gagner du temps en attendant des jours meilleurs et se ménager le plus de chances possible de remporter des succès électoraux pour lui et son camp d'ici 2012... En outre, le contexte dans lequel évolue encore actuellement la gauche de gouvernement ne peut que servir la stratégie sarkozyste, puisqu'il faut sans doute reconnaître que si Besancenot est assurément le meilleur allié de Sarkozy, ceux qui favorisent ledit Besancenot n'en sont pas moins aussi, involontairement, les socialistes...
L'enjeu pour le PS, on le sait, n'est plus seulement aujourd'hui d'être audible face à la droite au pouvoir, mais aussi d'être une alternative crédible, forcément plus crédible qu'un misérable NPA. Or, on le voit bien, la route est encore longue, et les problèmes nombreux...
Ceci dit, et j'insiste là-dessus, le fait est que le Parti Socialiste, principal parti d'opposition en France, sans qui aucune défaite de Sarkozy et des sarkozystes aux élections nationales n'est possible, est confronté à deux problèmes particuliers, parmi d'autres : Besancenot et Bayrou. Ces deux futurs candidats (sauf accident) à l'élection présidentielle de 2012 font, chacun de leur côté, tout ce qu'ils peuvent pour donner l'illusion d'une crédibilité d'action derrière leurs discours de dénonciation, dirigé en partie contre Sarkozy mais aussi contre le PS. Je n'exonère pas le Parti Socialiste de ses fautes, et en tant qu'adhérent du PS en free lance (mais à jour de cotisation), je n'entend pas passer mon temps à chanter jour après jours les louanges de ce parti. Si Besancenot et Bayrou font les malins dans les médias aujourd'hui, il est bien évidemment que cela est d'abord dû au fait que, pendant des années, le PS n'a pas fait son boulot. Jusqu'ici, c'est un fait, le PS n'a pas réussi à créer un récit structuré pour ramasser tous les mécontentements et les transformer en un projet positif, et c'est pour cela que s'agitent médiatiquement aujourd'hui des démagogues de tout poil, qu'ils se réclament de "l'anticapitalisme" ou d'un prétendu "humanisme"... Tout cela, nous le savons. Mais les fautes du PS, aussi importantes soient-elles, ne doivent pas pour autant servir d'excuse pour passer sous silence ce que sont réellement ceux qui, à l'extrême-gauche ou au centre-droit, veulent le démolir !
Olivier Besancenot et François Bayrou sont des escrocs. Des escrocs ! Escrocs : E, S, C, R, O, C, S. C'est clair, non ? Combien de fois devrais-je le répéter ? Besancenot, avec son NPA, prétend incarner l'anticapitalisme, mais il n'est en réalité qu'un énième démagogue que Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa prend plaisir à manipuler tel un pantin pour affaiblir le PS. Quant à Bayrou, cet autre démagogue, il peut bien continuer à jouer hypocritement les innocents vertueux en prétendant proposer un projet "pas étatiste, pas capitaliste, pas socialiste, simplement et pleinement humaniste" (cf. Marianne N°621, 14-20 mars 2009), cela ne devrait tromper personne, car, en réalité, le programme de Bayrou tient en une seule phrase : "Je veux être Président". Ni plus, ni moins. Et que l'on ne me dise pas que Besancenot et Bayrou sont "dans leur rôle". Ce sont des escrocs, pas des alternatives éventuelles. Le NPA de Besancenot et Krivine est une arnaque aussi bien pour ceux qui aspirent à une véritable révolution d'inspiration marxiste que pour ceux qui souhaitent continuer à jouer le jeu des élections dans le cadre d'institutions démocratiques. Le MoDem de Bayrou, lui, est une coquille vide, qui n'existe que pour servir la candidature personnelle de Bayrou à la plus haute charge de l'Etat. Ce n'est pas parce que Besancenot et Bayrou se font voir et entendre dans les médias de masse qu'ils ont quelque-chose d'intéressant à proposer : leurs "programmes" ne sont pas des alternatives, mais simplement du vent. Et ce n'est pas la peine de continuer, des mois après le congrès socialiste de Reims, à donner des leçons en passant son temps à critiquer le PS sous prétexte que lui non plus n'a pas de programme crédible. Détracteurs fanatiques du PS, sachez-le, une bonne fois pour toutes : votre disque est rayé. Martine Aubry elle-même a eu la franchise de déclarer, lors du bureau national du PS du 17 mars dernier : "On n'est là que depuis trois mois, alors, on ne va pas inventer en trois semaines le projet du PS qui n'a pas été écrit en dix ans !" (cf. Le Canard Enchaîné N°4612, 18 mars 2009, op.cit.) Et c'est vrai ! On ne construit pas une alternative crédible au pouvoir en place en cinq minutes et en claquant des doigts ! Comme dirait Jacques Chirac, "c'est comme ça ! Et il faut le comprendre !" ;op


Malgré des contrariétés de toutes sortes, Martine Aubry a plus ou moins réussi, après le congrès calamiteux de Reims, à rassembler le Parti Socialiste, au moins formellement, en intégrant notamment à la direction du PS les partisans de Ségolène Royal, le 24 février dernier. Après, bien entendu, on peut toujours critiquer sur le fond. Mais les choses ne sont pas simples, pas aussi simples qu'une manifestation-défouloir avec des slogans convenus... Construire un projet politique crédible demande du temps, et cela est incompatible avec la tyrannie de l'urgence et la tyrannie des apparences qui ont tendance à s'imposer partout aujourd'hui. Alors, que doivent faire les électeurs déboussolés de la gauche ? Dans le meilleur des cas, prendre leur mal en patience et ne pas céder à la tentation imbécile de voter pour le NPA ou pour le MoDem, car il n'y a rien à attendre ni de Besancenot, ni de Bayrou, si l'on souhaite mettre fin un jour aux méfaits du sarkozysme actuellement au pouvoir. Cela dit, chacun fait comme il l'entend, et, encore une fois, comme l'a fort justement écrit Jacques Chirac, "les Français peuvent voter bien ou mal, et stupidement s'ils le veulent, c'est leur droit".


Mais revenons à notre compte-rendu de la neuvième République des Blogs de Toulouse... Beaucoup d'autres sujets d'actualité sont évoqués. Nous parlons notamment du pape Benoît XVI, de Christine Boutin, des conservateurs religieux et de leurs certitudes dogmatiques. Dans un registre plus léger, nous trouvons même encore le moyen de parler à nouveau du "French lover" socialiste Dominique Strauss-Kahn, dit DSK, actuel directeur général du FMI, et de ses "faiblesses" de type clintonien désormais bien connues... ;-) Nous parlons finalement peu des élections européennes du mois de juin prochain, les campagnes des différents partis politiques pour cette échéance commençant alors à peine... De ces élections, il en sera sans doute davantage question lors du prochain rendez-vous, au mois de mai.
L'ambiance de l'établissement qui nous accueille n'est pas, il faut bien l'avouer, à la hauteur de ce que nous espérions : musique trop forte du début à la fin et nous empêchant parfois de facto de nous entendre parler, coups de marteaux sur les murs (de la cave ?) en pleine soirée, amuses-gueules assez chichement distribués en accompagnement de nos boissons, éclairages rendus volontairement défaillants vers la fin de notre rendez-vous pour nous pousser "gentiment" vers la sortie, etc. Assurément, nous sommes plutôt déçus par notre lieu d'accueil : le Fairfield n'est plus le Ferdillon que nous avons connu lors de précédentes éditions de la République des Blogs de Toulouse...
Du coup, la RdB se termine sur le trottoir, place du Fer-à-Cheval. Dans le froid nocturne à présent survenu au terme d'une journée jusque-là agréable sur le plan climatique, nous pensons au monde de ce début du XXIe siècle qui nous tend les bras : un monde merveilleux de "commerciaux écolos", dans lequel le bonheur des peuples se mesure désormais exclusivement à l'aune du pouvoir d'achat et du développement durable... Et de fil en aiguille, la RdB se termine sur cet horrible constat : l'homme est un loup pour l'homme, les hommes aiment se manger entre eux, et nous sommes condamnés à nous bouffer les uns les autres... A quand un jambon d'immigré, une entrecôte de raciste, un steack de patron ou un salarié à la broche servis dans les restaurants avec une T.V.A. à 5,5 % ? "Beurk", dites-vous ? Comment ça, "beurk" ? Allons, ne faites pas la fine bouche, chers lecteurs : l'homme est un être si stupide qu'il n'a rien trouvé de mieux que de rajouter à la loi de la jungle des origines une loi de la jungle supplémentaire au sein de la civilisation qu'il a crée. Manger, ou être mangé. Avoir une Rolex en ayant bouffé ses congénaires humains, ou rater sa vie en se faisant bouffer par ces mêmes congénaires... Et tant pis pour ceux qui n'arrivent pas à bouffer les autres pour survivre au sein de la "civilisation". Comme dirait l'autre, "je sais, c'est injuste, mais la vie est injuste". Espérons tout de même que l'arrivée du printemps, très attendu cette année, nous aidera à laisser un peu de côté toutes ces pensées négatives entretenues par le sinistre contexte actuel...


Heureusement, cette neuvième République des Blogs de Toulouse s'est conclu de façon positive par une blague que nous a proposé l'alias Dante : "Qu'est-ce que ne peux plus faire un trader lorsqu'il a à nouveau les bourses pleines ? Ben... Krach-krach !!!" Assurément, en ces temps de crise, l'esprit de DSK ne nous quitte pas... ;o)
Du reste, à propos de crise, au moment de mettre le point final à cet article, voila qu'une dépêche hilarante de l'Agence France Presse vient d'être publiée. La voici :


Sarkozy : face à la crise, chacun a une "responsabilité morale"


Nicolas Sarkozy a estimé mardi [24 mars] que face à la crise, chacun a "une responsabilité morale", lors d'une réunion publique à Saint-Quentin (Aisne).

"Dans une crise de cette nature, face aux risques qu'elle recèle, on ne peut pas se contenter d'être responsable que de son parti, de son entreprise ou de son syndicat", a déclaré le chef de l'Etat, dans un discours sur sa politique économique.

"Dans une crise aussi profonde, aussi grave, chacun d'entre nous, quelle que soit la place qu'il occupe dans la société, a une responsabilité morale", a-t-il dit. "Chacun d'entre nous doit s'interroger sur les conséquences de ce qu'il dit et de ce qu'il fait".

"Chacun d'entre nous doit s'efforcer de ne pas céder à la démagogie, car comme toujours la démagogie enfantera le populisme", a ajouté M. Sarkozy.

"Chacun d'entre nous doit se demander tout le temps si ce qu'il décide est juste car la crise, avec les sacrifices qu'elle impose, rend l'injustice encore plus insupportable".

(Dépêche de l'Agence France Presse, 24 mars 2009, 19h39)

Ainsi, selon Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, "chacun d'entre nous doit s'efforcer de ne pas céder à la démagogie, car comme toujours la démagogie enfantera le populisme"... Ha ! Ha ! Ha ! Parole de spécialiste ! ;op

A plus tard,

Cordialement, :-)

Hyarion.
 

(Illustrations : La bonne fortune, huile sur toile [1945] par René Magritte, Bruxelles, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique ; Autoportrait mou avec du lard grillé ["Soft self portrait"], huile sur toile [1941] par Salvador Dalí, Figueras, Teatre-Museu Dalí, Fundació Gala-Salvador Dalí ; Ancien en-tête du blog de la République des Blogs de Toulouse [http://republogtoulouse.blogspot.com/] ; Nicolas Sarkozy remettant la Légion d'honneur à Bernadette Chirac le 18 mars 2009 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Jacques Brinon ; Logotype fantaisiste associant une caricature de Jean Tiberi [2008] par Kiro avec le logotype du film S.O.S. Fantômes [Ghostbusters ; 1984] d'Ivan Reitman ; Jean Tiberi arrivant avec son épouse Xavière, le 2 mars 2009 au Palais de Justice de Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Jacques Demarthon ; Nicolas Sarkozy et son épouse Carla visitant des pyramides de Teotihuacan, près de Mexico, le 8 mars 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Alfredo Estrella ; Plan de Toulouse et de l'usine AZF où 300 tonnes de nitrate d'ammonium ont explosé le 21 septembre 2001, ©AFP/Infographie ; La manifestation toulousaine lors de la journée nationale de mobilisation sociale, le 19 mars 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Eric Cabanis ; Le sénateur de l'Essonne Jean-Luc Mélenchon lors d'une conférence de presse, le 12 novembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Lionel Bonaventure ; Montage photo de deux alliés objectifs : à gauche, Olivier Besancenot, prononçant un discours à l'occasion de la création du Nouveau Parti Anticapitaliste [NPA] à Saint-Denis, près de Paris, le 6 février 2009, photographie de l'agence de presse Reuters, ©Reuters, et à droite, Nicolas Sarkozy le 25 octobre 2008 au sommet Asie-Europe à Pékin, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Ng Han Guan ; Martine Aubry, Première secrétaire du Parti socialiste, le 11 mars 2009 au siège du parti à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Olivier Laban-Mattei ; Jacques Chirac au dernier Salon de l'Agriculture le 24 février 2009 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Patrick Kovarik ; Le directeur général du Fonds monétaire international [FMI] Dominique Strauss-Kahn s'exprimant devant le conseil d'administration de l'Organisation internationale du travail à Genève, le 23 mars 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP ; Nicolas Sarkozy prononçant un discours, le 24 mars 2009 à Saint-Quentin, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Gérard Cerles)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 3 (2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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Vendredi 6 février 2009 5 06 02 2009 19:58
Oui, oui, je sais, je sais : je suis terriblement en retard, encore une fois ! Il y a quelques jours déjà, presque une semaine, le samedi 31 janvier 2009, le Blog de l'Anarcho-Monarchiste a discrètement célébré son deuxième anniversaire. J'avais prévu de consacrer, dès le lendemain ou le surlendemain, un article à cet évènement interplanétaire, mais le temps m'a vraiment manqué pour le faire jusqu'à aujourd'hui, et j'avoue, en outre, que j'ai eu l'esprit occupé par bien des soucis ces jours derniers, ce qui m'a souvent empêché de me concentrer sur la rédaction de cet article finalement ici proposé... Je suis donc très en retard, mais comme dirait Jacques Chirac : "C'est comme ça ! Et il faut le comprendre !" ;-)
Le Blog de l'Anarcho-Monarchiste a donc aujourd'hui plus de deux ans d'existence. Après une parenthèse de quelques mois, entre mai 2007 et mars 2008, parenthèse durant laquelle il avait été rebaptisé "Blog démocrate de l'Anarcho-Monarchiste", et où il avait été naïvement barbouillé de couleur orange (couleur qui a progressivement disparu du site entre décembre 2007 et mars 2008), le présent blog a aujourd'hui, et depuis longtemps maintenant, retrouvé sa véritable identité, son nom simple des premiers jours et ses sobres couleurs d'origine, avec des tons bleus et une touche de rouge... Blog politique et culturel, écrit par un citoyen français, ni capitaliste, ni marxiste, mais juste arnarcho-monarchiste, et résolument anti-sarkozyste, le Blog de l'Anarcho-Monarchiste s'efforce toujours de proposer à ses visiteurs un menu fait de réflexions, de lectures, d'écriture, de discussions, le tout avec un zeste d'humour satirique.
Selon les données comptabilisées au 1er février, au bout de deux années d'activité, le présent blog représente 290 974 pages vues au total et 145 677 visiteurs uniques depuis sa création. Durant la deuxième année d'existence du site, une journée record de consultation du blog a été constaté le 20 mars 2008, avec 1 352 pages vues par 483 visiteurs, le mois record de consultation et de fréquentation ayant été celui de septembre 2008 avec 29 443 pages vues et 15 434 visiteurs (le Blog de l'Anarcho-Monarchiste a alors atteint son plus haut taux de fréquentation en accueillant en moyenne, pendant ce mois-là, plus de 500 visiteurs par jour)...


Depuis l'automne dernier, le niveau de fréquentation du présent blog a substantiellement baissé, au point que le mois dernier, en janvier de cette année, le nombre de visiteurs mensuels est passé en dessous du niveau atteint l'année précédente à la même époque, avec 2703 visiteurs uniques en janvier 2009 contre 3711 en janvier 2008. Cette baisse est en partie due à une modification par la plate-forme Over-Blog, qui héberge le présent blog, des critères d'enregistrements des statistiques de fréquentation, depuis le 1er octobre 2008. Les visites qui sont comptabilisées depuis cette date, de façon plus affinée, sont censées appartenir aujourd'hui à un flux de visiteurs à caractère désormais plus qualitatif que quantitatif, ce qui me fait supposer que la fréquentation de mon blog sera désormais a priori moins élevée que lors de l'année 2008. Cela n'est pas un problème pour moi. Au contraire, même. Mieux vaut avoir un nombre modeste de visiteurs qui prennent vraiment le temps de visiter le blog et éventuellement d'y revenir, plutôt qu'une masse énorme de visites superficielles et sans lendemain...
A l'occasion du deuxième anniversaire du Blog de l'Anarcho-Monarchiste, j'ai relu beaucoup de textes constitutifs de cette aventure : mes propres articles, les commentaires laissés au bas desdits articles par mes lecteurs, ainsi que les courriels privés qui m'ont été adressés par certains de ces mêmes lecteurs, réguliers ou occasionnels. Cette relecture m'a permis de me représenter, en quelque sorte, l'évolution du présent blog et de son public, ainsi que ce qu'a suscité ce blog comme échanges, intérêts divers, interrogations, voire malentendus. En deux ans, mine de rien, que de chemin parcouru ! Quand je pense qu'à la naissance de ce blog, j'étais encore étudiant, engagé dans une voie sans issue, et qu'aujourd'hui, je suis chômeur et membre du club très fermé des derniers RMIstes de France, et donc engagé dans une autre voie également sans issue (du moins pour le moment), avec un blog qui me sert plus ou moins de dérivatif... Beau parcours, n'est-ce pas ? ;-| Allons, rassurez-vous, chers lecteurs : il n'est pas question de parler ici de mes petits soucis personnels, mais seulement du présent blog et du regard que peuvent avoir sur lui aussi bien son auteur que ses lecteurs...
Essayons d'aller à l'essentiel, car le temps me manque... L'aventure que réprésente le Blog de l'Anarcho-Monarchiste, pour fort intéressante et fort amusante qu'elle fut, a tout-de-même suscité des interrogations chez certains de mes visiteurs, qui me l'ont fait savoir, d'une manière ou d'une autre, durant la deuxième année d'existence du présent blog... Ainsi, à la suite de la relecture de certains commentaires et courriels, je me permets à présent de répondre rapidement ici à quelques-unes des questions les plus récurrentes et aussi les plus agaçantes qui ont, à un moment ou à un autre, brûlées les lèvres de certains de mes lecteurs...


Question : "Pourquoi une telle obsession pour Nicolas Sarkozy ?"

Depuis la fondation du présent blog, le 31 janvier 2007, il est vrai que Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa a été un sujet particulièrement privilégié, mais on ne peut pas me le reprocher, dans la mesure où j'avais annoncé la couleur dès le début : le sous-titre exact du Blog de l'Anarcho-Monarchiste était, à l'origine "Blog politique et culturel (résolument anti-sarkozyste)", la mention "(résolument anti-sarkozyste)" ayant finalement disparu du sous-titre depuis le 8 mars 2008, tandis que la fameuse citation anti-sarkozyste de Jacques Chirac ("Sarkozy, il faut lui marcher dessus..."), présentée en ouverture du blog depuis l'origine, est, elle, toujours restée en place, et le restera... car j'y tiens ! Les choses ont sans doute bien évolué en deux ans, mais il est vrai que même après les élections présidentielle et législatives, j'ai continué à parler souvent, trop souvent peut-être, de Sarkozy, jusqu'à aujourd'hui... au point d'avoir pu, par moments, donner l'impression d'être obsédé par ce personnage, pourtant si insignifiant en lui-même quand on y regarde de plus prêt... Ai-je donc été excessif ? Suis-je donc allé trop loin ? Ce qui est assez amusant, c'est que ceux qui me reprochent de trop parler de Sarkozy ne se gênent pourtant pas, dès qu'ils en éprouvent le besoin, de remettre le sujet sur le tapis, même quand pour ma part j'ai choisi de parler d'autre chose ! ;op Le problème est donc plus complexe qu'il n'y parait... Si vous prétendez parler des turpitudes actuelles de la vie politique française sur un blog, Sarkozy est relativement incontournable, qu'on le veuille ou non... Peut-on, en ce qui me concerne, parler d'"obsession" ou même de "fascination" pour Sarkozy, comme l'on affirmé certains de mes lecteurs ? Il ne saurait, en vérité, être question de "fascination", car l'actuel chef de l'Etat n'a évidemment absolument rien de fascinant ! Quant à l'obsession pour ce détestable personnage, elle a peut-être existé, sous une forme ou sous une autre, sous l'influence de la campagne présidentielle et de l'omniprésence plus qu'excessive de Sarkozy dans les médias de masse avant, pendant et plus encore après son élection à la plus haute charge de l'Etat. Mais aujourd'hui, en tout cas, c'est terminé. Il n'y a plus de fixation, si jamais il y en a une. En 2007, pendant la campagne électorale, j'ai haï Nicolas Sarkozy, mais aujourd'hui, comme j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire, je n'éprouve plus pour le personnage qu'un mélange de mépris, de détestation et de pitié. Du reste, il y a longtemps maintenant que mon blog ne propose plus exclusivement des articles politiques, et Sarkozy est bien loin aujourd'hui, me semble-t-il, d'être le seul sujet abordé dans mes articles.
Aujourd'hui, dans le contexte difficile que l'on connait, marqué par une forte augmentation du chômage, l'entrée du pays dans la récession et une nouvelle baisse de la popularité de Sarkozy dans les sondages d'opinion, il semble qu'il soit redevenu de bon ton de pratiquer l'anti-sarkozysme le plus convenu, sous prétexte que la France est aujourd'hui plongée dans la crise et que, de l'avis général à présent, Sarkozy n'est décidément pas - quelle surprise ! ;-p - à la hauteur des attentes qu'il a suscité... Je pourrai me féliciter de ce nouvel état d'esprit, sans doute, moi qui souhaite tant que Sarkozy soit contraint le plus tôt possible, par la volonté du peuple, d'évacuer le plancher de l'Elysée, mais, que voulez-vous, il me faut bien avouer que hurler avec les loups n'est pas ma tasse de thé...


Le 29 janvier dernier a été, dans tout le pays, une journée de grèves et de manifestations à l'appel de nombreux syndicats, avec une mobilisation interprofessionnelle massive qui a rassemblé des centaines de milliers de personnes pour la défense de l'emploi, du service public, des salaires, du pouvoir d'achat, et contre la mauvaise politique de Nicolas Sarkozy. Je n'ai pas participé à cette mobilisation. Il y a longtemps que les manifestations dans la rue ne m'intéressent plus, si tant est qu'elles m'aient jamais vraiment intéressées... Là encore, cela n'est pas ma tasse de thé, et, du reste, je ne trouve guère d'utilité aux "manifs" d'aujourd'hui, qui ont seulement pour avantage de servir, sur la forme, de dérivatif à un peuple certes malheureux mais qui est constitué, sur le fond, de différents groupes sociaux et professionnels qui n'ont pas les mêmes intérêts ni les mêmes revendications... Alors, bien entendu, il faut bien constater que cette journée de grèves et de manifestations a sans doute au moins permis de bien se rendre compte - s'il en était besoin ! - de l'inquiétude de l'opinion publique face à la crise économique et financière et de la colère de plus en plus émergente chez beaucoup de personnes qui reprochent au pouvoir en place de ne pas être à la hauteur de la situation... Alors oui, bien entendu, dans un tel contexte actuel, la situation ne donne, sans doute, guère envie de rigoler... Et pourtant... Quand je pense à tous ces gens qui se disent forts mécontents de la politique de Sarkozy et de son gouvernement Fillon, et qui semblent ainsi redécouvrir, périodiquement, que Sarkozy n'est pas forcément là où il est pour agir en faveur de leurs petits intérêts, j'avoue que cela me fait tout de même un peu sourire. Et quand je pense que certains ont pu croire aux belles promesses de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, et qu'à présent ils se plaignent du fait que Sarkozy ait fait preuve de "trahison" en manquant finalement à sa parole sur certains sujets, j'en rirai presque, si la situation actuelle n'avait pas un goût aussi amer... Pourquoi Sarkozy respecterait-il toutes ses promesses ? Il n'a pas voulu être élu pour cela. Vous n'êtes pas contents, citoyens ? Eh bien ! Il ne fallait pas voter pour cet énergumène, ni même lui faire confiance une fois élu ! A présent que l'on est devant le fait accompli, il est un peu tard pour protester... Cela dit, pour ma part, je continue, bien entendu, à ne souhaiter politiquement qu'une chose : que Sarkozy soit au plus vite contraint de quitter l'Elysée et la vie politique française, le tout de façon définitive. Même si ça ne résoudrait évidemment pas les problèmes de la France en crise, cela serait tout de même un sacré soulagement, au moins sur le plan symbolique...


Hier soir, jeudi 5 février, une semaine après la journée de mobilisation syndicale massive du 29 janvier, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa a voulu expliquer sa politique économique à la télévision et à la radio, en répondant aux questions de quatre journalistes lors d'une émission "exceptionnelle" d'une heure et demie, intitulée "Face à la crise", et diffusée à partir de 20H15 en direct sur TF1, France 2, M6 et RTL. Chers lecteurs qui me croyez obsédé ou "fasciné" par Sarkozy, vous allez peut-être être déçus... Car disons-le tout de suite : cette fois-ci, je n'ai même pas pris la peine de regarder cette nouvelle intervention radio-télévisée de l'actuel chef de l'Etat. Au moment où ladite intervention a été diffusée, je n'étais même pas chez moi, et je n'ai donc pu prendre partiellement connaissance de son contenu que plus tard dans la soirée... Et cela ne me pose, bien entendu, aucun problème... Ainsi, si obsession il y a, on pourra reconnaître, j'espère, qu'elle n'est pas aujourd'hui très prononcée... si jamais elle existe encore chez moi ! ;-p


Crise : Sarkozy promet un geste social et moins de taxes sur les entreprises


Le président français Nicolas Sarkozy a promis jeudi [5 février] des gestes en faveur des Français les plus faibles et des allègements fiscaux de 8 milliards d'euros pour les entreprises, pour faire face à "la crise du siècle".

Nicolas Sarkozy a choisi de consacrer jeudi soir une émission d'une durée exceptionnelle de 90 minutes, sur trois chaînes de télévision, à l'explication de ses réformes et mesures anti-crise dans l'espoir d'apaiser la grogne des Français.

Il a évoqué la possibilité de baisser les impôts pour les ménages les moins riches, les "classes moyennes", ou d'augmenter les allocations sociales. Il a également dit qu'il envisageait des règles pour une meilleure répartition des bénéfices des entreprises entre salariés et actionnaires.

Mais il n'a fait aucune annonce dans ce domaine, estimant que syndicats et patronats devaient d'abord en discuter. Ils se retrouveront autour de lui le 18 février.

Cette intervention télévisée intitulée "Face à la crise" a été décidée après la journée de grève et de mobilisation massive qui a rassemblé le 29 janvier entre un million et 2,5 millions de personnes réclamant une inflexion de la politique de M. Sarkozy, la défense de l'emploi, du service public et du pouvoir d'achat.

Face aux difficultés économiques croissantes et à la hausse continue du chômage ces derniers mois, le président français a réservé aux entreprises la mesure la plus spectaculaire. Dès 2010, elles bénéficieront d'allègements fiscaux d'un total de 8 milliards d'euros, grâce à la suppression d'une taxe locale.

"On supprimera la taxe professionnelle en 2010, je veux qu'on garde des usines en France", a-t-il déclaré.

Il a expliqué qu'à l'intérieur même de l'Union européenne, les coûts de production étaient très variés et que la France était pénalisée par rapport aux pays d'Europe de l'Est, en particulier dans l'automobile.

Il s'agit d'éviter les délocalisations. Nicolas Sarkozy, qui annoncera dans les prochains jours un plan de soutien à l'automobile, a prévenu qu'en contrepartie, il n'accepterait pas de délocalisations par les constructeurs français.

"Si on donne de l'argent aux industries automobiles pour se restructurer, ce n'est pas pour apprendre qu'une nouvelle usine va partir en Tchéquie ou ailleurs", a-t-il insisté. Un dixième des emplois salariés en France sont concentrés dans le secteur automobile.

Onze organisations de gauche, parmi lesquelles le Parti socialiste, avaient publié mercredi un texte commun exigeant un "changement de cap". L'opposition de gauche demande une relance de la demande, avec un soutien au pouvoir d'achat des Français.

Le chef de l'Etat français avait présenté en décembre un plan de relance économique de 26 milliards d'euros, faisant la part belle à l'investissement mais contenant peu de mesures de soutien à la consommation.

Dans son intervention, le président français a également assuré qu'il continuerait le programme de réforme, de "rupture", pour lequel il avait été élu en mai 2007.

"Naturellement, on va continuer à réformer le pays, c'est le mandat que j'ai reçu, c'est mon devoir", a-t-il déclaré lors d'une émission télévisée spécialement consacrée à la crise, une semaine après des manifestations massives contre sa politique.

"C'est la crise du siècle, elle est sans précédent", a dit M. Sarkozy. "Je dois en tenir compte et faire en sorte que la France rentre le plus tard possible dans la crise et sorte le plus tôt de la crise", a-t-il ajouté.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 5 février 2009, 22h20)

Apparemment, d'après certains commentateurs, parce que Sarkozy s'est montré hier soir enfin favorable à une ébauche de relance du dialogue social et donc à un début de concertation avec les syndicats et le patronat - qui doivent se réunir autour de lui le 18 février prochain (la date choisie parait bien tardive !) pour discuter des mesures anti-crise qu'il propose -, l'actuel chef de l'Etat aurait fait, hier soir, un gros effort sur lui-même, en laissant notamment entendre, pour la première fois, qu'il n'est - bien évidemment ! - pas capable de s'occuper tout seul de tout et de résoudre à lui tout seul tous les problèmes des Français, après l'avoir longtemps prétendu avec force gesticulations médiatiques... Pour ma part, pour ce que j'en ai vu après coup, Sarkozy de Nagy-Bocsa est resté, au fond, le misérable politicien "mouvementiste" et démagogue qu'il a toujours été... Avec la présidence médiocre de Sarkozy, si prompt dans son discours à enfoncer des portes ouvertes sous prétexte de faire preuve de "pédagogie", plus les choses paraissent changer... et plus elles restent les mêmes... Toujours la même tyrannie de l'urgence, la même tyrannie des apparences, qui dominent le discours politique sarkozyste, et le rendent plus creux encore qu'il ne l'est déjà par lui-même... Rien de nouveau sous le soleil, donc...
Le clou du spectacle a sans doute été - pour ce que j'en sais, n'ayant pas regardé l'émission lors de sa diffusion en direct hier soir - les propos qu'a tenu Sarkozy lorsqu'on l'a interrogé sur son éventuelle candidature à sa propre succession lors de l'élection présidentielle de 2012 :


Candidat en 2012 ? Sarkozy dit avoir des doutes


Nicolas Sarkozy a affirmé jeudi avoir des doutes sur sa candidature en 2012 pour un deuxième mandat à l'Elysée.

Comme on lui demandait lors de l'émission radio-télévisée "Face à la crise" s'il lui restait "des doutes" quant à se représenter, le chef de l'Etat a répondu: "Oh que oui !"

Pourquoi ? "Parce que mon métier est très difficile, il faut beaucoup d'énergie, beaucoup de force pour le faire et je consacre toutes mes forces à le faire le mieux possible", a-t-il argumenté.

"Il y a encore trois ans et demi", a observé le président. "Aucun engagement, ni dans un sens ni dans un autre", a-t-il lancé.

"On fait un deuxième mandat parce qu'on a la force de porter un nouveau rêve et que les gens nous font confiance", selon lui.

"Ce serait extrêmement choquant que j'aie pu (prendre) une décision aussi importante alors même que je ne suis même pas à la moitié de mon premier mandat", selon M. Sarkozy.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 5 février 2009, 22h13)

Ha ! Ha ! Ha ! Il faudrait que Sarkozy soit bien idiot pour se déclarer publiquement aujourd'hui candidat à sa propre succession à la plus haute charge de l'Etat... surtout dans le contexte actuel ! Cela, bien évidemment, ne veut toutefois pas dire que Sarkozy ne pense pas à son éventuel deuxième mandat à partir de 2012... Pourquoi n'y penserait-t-il pas ? Au fond, malgré tous ses efforts pour se distinguer, il n'est qu'un politicien carriériste comme les autres, qui considère que la politique est un métier, et qui n'a pour limites que son ambition personnelle... qui reste démesurée. Puisque Sarkozy se considère même - quelle prétention ! - comme un "homme d'Etat" (sic), ainsi qu'il l'a publiquement déclaré lors d'un voyage officiel en Irlande en juillet dernier, gageons qu'il aura, d'ici "trois ans et demi", moins de scrupules qu'aujourd'hui à afficher clairement sa volonté de logiquement se représenter à la prochaine élection présidentielle, en 2012... Du reste, qui sait si, dans ce cas là, il ne sera pas finalement réélu, pour notre plus grand malheur ? Compte tenu de la légendaire versatilité de l'opinion publique, au delà de l'"annus horribilis" 2009, le pire est donc peut-être encore à venir, notamment en matière de connerie politique, car, après tout, ainsi que l'a écrit Jacques Chirac, "les Français peuvent voter bien ou mal, et stupidement s'ils le veulent, c'est leur droit."
Mais arrêtons donc là, pour cette fois-ci, de parler de Sarkozy, puisque le bonhomme en question ne saurait être aujourd'hui une obsession en ce qui me concerne, et, sans véritable transition, venons-en à présent à une autre question à propos d'une autre "obsession" supposée...


Question : "Etes-vous un obsédé sexuel corrupteur de la jeunesse ?"

Rien n'est plus ridicule que de me suspecter de dépravation, ou de je-ne-sais quel outrage aux bonnes moeurs, à la lecture du présent blog. Pourtant, il est arrivé que l'on me reproche d'avoir illustré certains de mes articles avec des nus féminins, peints, dessinés ou photographiés. Je trouve cela évidemment assez risible et même pathétique, quand je pense à toutes les véritables saloperies - passez-moi l'expression - que l'on peut trouver très facilement ailleurs sur Internet... Du reste, qu'on se le tienne pour dit : je me moque bien que mes choix en matière d'illustrations puissent choquer certaines personnes à la pudibonderie mal placée. J'ai ma conscience pour moi, et, surtout, j'ai la faiblesse de penser que, de façon générale, les illustrations que je choisis pour accompagner chacun de mes articles n'ont assurément rien de choquant, quand bien même certaines représentent des corps de femme nues...


Bien entendu, mes choix en matière d'illustrations sont le reflet de mes goûts artistiques, de mes préférences esthétiques, et bien évidemment, en ce qui concerne les nus féminins, ils sont aussi le reflet de ma subjectivité d'homme hétérosexuel amateur de jolies femmes. Ni plus, ni moins. Où est le mal dans tout cela ? Nulle part, me semble-t-il. Du reste, je ne crois pas avoir fait preuve d'abus : les représentations de nus féminins ne sont apparus que fort progressivement dans les articles de mon blog, et sans jamais que leur nature ou leur nombre ne deviennent excessifs. Après, cela dit, si certains ne sont pas contents, je ne peux rien pour eux, car je ne vais tout de même pas m'excuser d'avoir des goûts et des préférences, esthétiques ou autres, qui ne sont pas les leurs...


Quant à la suspicion grotesque, et fort hypocrite, que je puisse, avec de modestes illustrations à caractère artistique, avoir une mauvaise influence sur de jeunes visiteurs mineurs qui pourraient s'aventurer sur le présent blog, mieux vaut sans doute en rire que de s'en indigner... Même si les représentations de femmes nues, qu'elles soient sous forme de peinture, de dessin ou de photographie, ont forcément une connotation érotique, faut-il donc forcément crier au vice et à la corruption de la jeunesse ? Bien sûr que non, et heureusement ! En vérité, je vous le dis : n'en déplaisent à certains, il faut savoir apprécier la beauté partout où elle est, car il n'y a aucun mal à cela... du moins est-ce mon avis !


Ainsi, chers lecteurs, s'ils se trouvent encore aujourd'hui parmi vous des personnes promptes à donner des leçons de morale puritaine et à réclamer une sorte d'auto-censure de ma part en matière de choix d'illustrations représentant des nus féminins, sachez bien que, s'agissant de ce domaine, premièrement, j'estime n'avoir rien à me reprocher en terme de bienséance, et que, deuxièmement, si la perversité malsaine n'a évidemment pas sa place ici, la tartufferie non plus ! Avec moi, pas d'auto-censure donc, mais toujours des choix rigoureux et, je l'espère, judicieux... ;-)


Question : "Anarcho-monarchiste : qu'est-ce que cela veut dire ?"

C'est LA question qui revient le plus souvent... allez savoir pourquoi. Que de malentendus autour du terme "anarcho-monarchiste" ! Certains s'imaginent que je fais partie de la mouvance anarchiste, d'autres croient comprendre que je suis proche de la mouvance monarchiste royaliste et m'ont parfois fait des appels du pied en ce sens... Tous se trompent pourtant, car il est bien évident qu'aucune de ces mouvances ne m'intéresse en elles-mêmes, ni celle brandissant le drapeau noir, ni celle brandissant le drapeau blanc à fleurs de lys ou quelque-chose d'approchant... Si bien que l'on en revient toujours à cette question récurrente, peut-être la plus récurrente de toutes : "Anarcho-monarchiste : qu'est-ce que cela veut dire ?" Même s'il n'y a assurément pas de grand mystère derrière le terme "anarcho-monarchiste", je suppose que je dois mettre à présent les points sur les "i", puisque beaucoup de mes lecteurs semblent avoir besoin d'une explication simple, même au bout de deux ans d'existence du présent blog... Allons donc à l'essentiel, en espérant être compris une bonne fois pour toutes...


Ainsi donc, en 2007, dès l'inauguration de ce blog, je me suis défini politiquement, sur le ton du délire surréaliste, comme un anarcho-monarchiste (parce qu'étant contre tous les gouvernements... sauf si c'est moi le roi ! ;-)... ). En fait, ainsi que j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire par le passé, le terme "anarcho-monarchiste", sorte d'oxymore associant l'anarchisme et le monarchisme, options politiques radicalement opposées, est le meilleur que j'ai pu trouver pour illustrer le caractère toujours paradoxal de toute identité politique... De façon plus générale, mon anarcho-monarchisme exprime d'abord un refus d'être étiqueté politiquement, même si le fait que je sois adhérent du PS depuis mars 2008 peut suffire peut-être à certains pour me situer sur le plan politique... En vérité, parce que j'ai horreur de me voir attribuer par d'autres des étiquettes politiques convenues, et que je n'aime pas non plus me faire enfermer, toujours par d'autres, dans telle ou telle classe sociale ou catégorie socio-économique toute faite, mon anarcho-monarchisme doit être compris comme étant une sorte de doigt d'honneur idéologique.


A qui est destiné ce doigt d'honneur idéologique ? A certains nombre de gens, et en particulier à tous ceux qui, remplis de certitudes imbéciles, prétendent détenir la Vérité alors qu'ils ne savent rien, et qui souvent aspirent, par connerie politique, idéologique ou religieuse, à enfermer à tout prix les individus dans des cases convenues et des catégories toutes faites, sans jamais faire preuve de la moindre nuance... Ce doigt d'honneur idéologique est également destiné à ceux qui prétendent m'obliger à choisir entre deux options catégoriques qui ne m'intéressent pas, ni l'une, ni l'autre. Fanatisme religieux ou athéisme borné ? Capitalisme débridé ou marxisme sclérosé ? Droite décomplexée ou "Vraie gauche" décérébrée ? "Alternative" de l'escroc Bayrou ou "Alternative" de l'escroc Besancenot ? Voter pour l'Europe de Bruxelles ou voter contre l'Europe ? Antisémitisme d'extrême-droite ou antisémitisme d'extrême-gauche ? Islamistes fanatiques cinglés ou sionistes religieux tarés ? Connerie n°1 ou Connerie n°2 ? Peste ou Choléra ? Etc. Dans tous les cas, en ce qui me concerne, face au choix imbécile qui est proposé, un doigt d'honneur idéologique s'impose. Voila, grosso modo, pourquoi je suis aujourd'hui anarcho-monarchiste... Vous ne comprenez toujours pas ? C'est pourtant simple. Je suis un incorrigible sceptique, et je n'aime donc pas les choix simplistes et les certitudes imbéciles, qui sont pour moi la source première de la bêtise la plus crasse... Je préfère la nuance à l'affirmation catégorique. Je préfèrerai toujours faire les choses sérieusement sans me prendre au sérieux plutôt que de me prendre au sérieux et ne pas faire de facto le moindre travail sérieux... Défini par le passé comme une sorte d'humanisme, mon anarcho-monarchisme est devenu davantage aujourd'hui un scepticisme parfois mêlé d'un peu de cynisme, mais cela dit, rassurez-vous chers lecteurs, je ne désespère pas encore complètement de l'espèce humaine, car je continue de beaucoup respecter la créativité humaine et même de croire profondément en la capacité de création de l'homme, notamment sur le plan artistique...
Maintenant, si vous n'avez toujours pas compris et que vous continuez à vous interroger sur la signification du terme "anarcho-monarchiste", libre à vous de continuer à présent à le faire... Pour ma part, je n'ai plus rien à ajouter...


Voila. J'en ai fini pour aujourd'hui. Cet article sera a priori le dernier pour un certain temps, mais rassurez-vous... comme dirait le philosophe et homme d'Etat californien Arnold Schwarzenegger : I'll be back... (je reviendrai) ;-)
En attendant, chers lecteurs, en guise de célébration de l'entrée du présent blog dans sa troisième année d'existence, l'espace des commentaires au bas du présent article vous est ouvert pour plusieurs jours : vous pouvez y écrire librement ce que vous voulez, à propos de ce blog, de son contenu et de son auteur ! Et si jamais vous n'avez rien à dire, vous pouvez même vous permettre de m'insulter (cela c'est déjà vu ici, et encore assez récemment) : comme je le dis toujours, s'insulter, c'est déjà se parler... et puis, de toute façon, je me réserve toujours la possibilité de gentiement vous censurer si, par hasard, vous deviez allez trop loin... ;op  Oui, je sais, c'est injuste, me direz-vous... Mais la vie est injuste, comme dirait l'autre... Et puis, après tout, la liberté a tout de même besoin d'un peu d'ordre pour véritablement s'épanouir... Par tous les dieux de l'Olympe et par ma barbe, il y a tout de même un patron ici ! Un patron anarcho-monarchiste ! "What else ?", comme dirait George Clooney... ;-)


A plus tard, chers lecteurs... et, bien entendu, merci à tous... ;-)

Cordialement, :-)

Hyarion, l'anarcho-monarchiste.


P.S. : Que l'on me pardonne si le contenu du présent article donne parfois l'impression de partir dans tous les sens... j'en ai terminé la rédaction à la suite d'une nuit d'insomnie et donc dans un état de fatigue générale pour le moins prononcé... Par ma barbe, il est grand temps, à présent, d'aller dormir un peu !

(Illustrations : "Platon et Aristote", détail de la fresque l'Ecole d'Athènes [1510-1511] par Raffaello Sanzio dit Raphaël, Rome, Palais du Vatican, Salle des Signatures ; Tableau présentant le nombre de visiteurs uniques par mois durant un an [2008-2009] du Blog de l'Anarcho-Monarchiste ; Tableau présentant les moyennes mensuelles du nombre de visiteurs uniques par jour durant un an [2008-2009] du Blog de l'Anarcho-Monarchiste ; Nicolas Sarkozy prononçant un discours à l'occasion de la création du Conseil de la création artistique, au palais de l'Elysée à Paris, le 2 février 2009, photographie de l'agence de presse Reuters, ©Reuters ; Manifestant à l'effigie de Nicolas Sarkozy le 29 janvier 2009 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Joël Saget ; Capture d'écran le 5 février 2009 du président français Nicolas Sarkozy à l'Elysée, ©AFP ; Le président français Nicolas Sarkozy le 5 février 2009 à l'Elysée, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Gérard Cerles ; Le président français Nicolas Sarkozy le 5 février 2009 à l'Elysée, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP ; Nymphe et Satyre, huile sur toile [vers 1715-1716] par Jean Antoine Watteau, Paris, Musée du Louvre ; Pause de deux modèles pendant une séance de dessin, à Paris, photographie réalisée en 1989 par Henri Cartier-Bresson et reproduite dans Photo N°349, mai 1998 ; Détail du tableau Femme nue dormant, étude pour La Dormeuse de Naples, huile sur toile [vers 1820 ?] par Jean Auguste Dominique Ingres, Londres, Victoria and Albert Museum ; Laetitia Casta, photographie réalisée en 1998 par Patrick Demarchelier et reproduite dans Photo N°362, septembre 1999 ; Laetitia Casta, détail d'une photographie réalisée en 1998 par Patrick Demarchelier et reproduite dans Photo N°362, septembre 1999 ; L'Automne, huile sur toile [1573], par Giuseppe Arcimboldo, Paris, Musée du Louvre ; Détail de L'Automne, huile sur toile [1573], par Giuseppe Arcimboldo, Paris, Musée du Louvre ; Laetitia Casta, photographie réalisée en 1998 par Patrick Demarchelier et reproduite dans Photo N°362, septembre 1999 ; Angle du bâtiment du BHV [Bazar de l'Hôtel de Ville], à Paris, orné d'une affiche publicitaire pour le café Nespresso, réalisée dans le cadre de la campagne "Nespresso. What else ?", avec la participation de l'acteur George Clooney, le 1er janvier 2009, détail d'une photographie de l'auteur du présent blog)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 3 (2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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Mercredi 28 janvier 2009 3 28 01 2009 23:24
Une fois de plus, je suis en retard... Voila déjà, en effet, quelques jours que le compte-rendu de la huitième République des Blogs (RdB) de Toulouse aurait dû être mis en ligne sur le présent blog, puisque la RdB en question a eu lieu vendredi dernier, 23 janvier. Des perturbations dues à la tempête qui a frappé le Sud-Ouest de la France samedi dernier, ainsi qu'une "discussion" houleuse au sujet du conflit israélo-palestinien sous forme de commentaires au bas de mon article précédent, m'ont obligé à reporter sans cesse la publication du compte-rendu... jusqu'à ce soir. Que l'on m'excuse par avance du caractère sans doute visiblement un peu hâtif de la rédaction du présent article : le temps me manque...
Ainsi, donc, vendredi dernier, une poignée de blogueurs et de lecteurs de blogs toulousains se sont réunis, en début de soirée, pour une nouvelle édition de la République des Blogs de Toulouse, qui a fêté son premier anniversaire lundi dernier, 26 janvier. Cette fois-ci, nous étions cinq participants, tous des habitués du rendez-vous. Il y avait bien sûr la blogueuse "M.", toujours co-organisatrice de la RdB et toujours responsable du blog intitulé
"Le Rocrocodile kinépeuthe". Il y avait également Philippe David, lui-aussi co-organisateur et toujours auteur du blog "Vu de droite", la blogueuse Christie, qui s'occupe toujours du blog "Alluvions", ainsi que Dante, toujours lecteur régulier du présent blog. Le lieu habituel des RdB toulousaines - à savoir le bar lounge de la place du Fer-à-Cheval jusqu'ici appelé le Ferdillon - étant finalement fermé pour travaux, nous nous étions donnés rendez-vous, ce soir-là, à 18h30, place du Capitole, en face du café-restaurant Le Bibent. Constatant les légendaires tarifs prohibitifs du café-restaurant en question, et après avoir renoncé à squatter la Salle des Illustres du Capitole en songeant que les responsables de la Mairie de Toulouse ne nous réserveraient pas forcément un bon accueil au delà de 19h00 - bien que le maire actuel, Pierre Cohen, ait, il y a un an, participé à la première édition de la RdB -, nous nous sommes engagés, "M.", Christie, Philippe et moi, dans la rue Saint-Rome, puis dans la rue des Changes, à la recherche d'un café où improviser notre RdB. Arrivés devant la Place d'Esquirol, nous avons finalement décidés de nous installer au café-restaurant Le Père Léon, où nous nous sommes mis à parler tout d'abord du dernier livre politique de Philippe, intitulé Journal intime d'une année de rupture, publié en décembre dernier aux éditions de l'Ixcéa. Le contenu de ce livre est constitué pour partie d'articles du blog "Vu de droite" et pour partie de textes inédits de l'auteur, qui, dans cet ouvrage, exprime, souvent avec beaucoup d'humour, son point de vue sur les turpitudes de la vie politique française, du premier tour de l'élection présidentielle de 2007 au discours prononcé à Toulon par Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa en septembre dernier. Philippe nous a appris que son livre avait la chance de bénéficier désormais d'une bonne diffusion, puisque les lecteurs peuvent aujourd'hui se procurer des exemplaires dudit livre aussi bien chez l'éditeur Ixcéa, que sur des sites de vente en ligne tels que Amazon ou Fnac.com, le Journal intime d'une année de rupture étant aussi directement disponible à la Fnac de Labège et à la Fnac de Toulouse Wilson...


Tout en buvant des boissons chaudes ou froides, et en attendant l'arrivée de Dante, nous avons ensuite évoqué les grands sujets d'actualité : la crise économique et financière, les milliards des banquiers, les chômeurs par millions, le conflit israélo-palestinien, et, bien entendu, l'arrivée du "Messie" à La Maison Blanche, le 20 janvier dernier...


Barack Obama devient le premier président noir des Etats-Unis


Barack Obama est devenu mardi le premier président noir des Etats-Unis après avoir prêté serment lors de la traditionnelle cérémonie d'investiture à Washington sous les yeux émus d'une foule immense évaluée à plus de deux millions de personnes.

Sous les acclamations de ses partisans rassemblés à l'extérieur du Capitole à Washington, le 44e président a prêté serment de respecter la Constitution.

"Moi, Barack Hussein Obama, je jure solennellement de remplir fidèlement les fonctions de président des États-Unis, et, dans toute la mesure de mes moyens, de sauvegarder, protéger et défendre la Constitution des Etats-Unis", a-t-il déclaré.


Dans son discours d'investiture qu'il a prononcé immédiatement après, M. Obama a estimé que ses concitoyens avaient choisi "l'espoir plutôt que la peur" en le choisissant comme président.

L'Amérique est "prête à diriger" à nouveau les affaires du monde, a-t-il affirmé, sous les yeux de ses prédécesseurs, parmi lesquels le sortant George W. Bush dont le mandat de huit ans venait de prendre fin à midi (17H00 GMT).

Face à la menace du terrorisme, Barack Obama, a prévenu les extrémistes du monde entier qu'ils ne réussiraient pas à affaiblir les Etats-Unis qui "les vaincront".

Il a promis que les Etats-unis allaient "commencer à quitter l'Irak de façon responsable", près de cinq ans après l'invasion de ce pays sur ordre de M. Bush.

Il a proposé au monde musulman "une nouvelle approche, fondée sur l'intérêt et le respect mutuels".


A propos de la récession dans laquelle se débattent les Etats-Unis, M. Obama a estimé que l'économie américaine, "gravement affaiblie", avait été victime de "la cupidité et l'irresponsabilité de certains".

"Un pays ne peut prospérer longtemps en ne favorisant que les plus prospères", a-t-il lancé.

Prenant le contre-pied de la politique de l'administration sortante, il a assuré que les Etats-Unis travailleraient "sans relâche pour faire reculer le spectre du réchauffement de la planète".

Dès son investiture, M. Obama a reçu les félicitations des dirigeants du monde entier.

Le président français Nicolas Sarkozy lui a adressé ses "voeux de plein succès" et s'est déclaré "résolu à travailler main dans la main" avec les Etats-Unis pour "relever ensemble les immenses défis" du monde.

Le Premier ministre britannique Gordon Brown a salué "un nouveau chapitre dans l'histoire américaine comme dans l'histoire du monde".

(Dépêche de l'Agence France Presse, 20 janvier 2009, 17h37)

Bien entendu, Barack Obama n'est pas le Messie, contrairement à ce que certains ont semblé croire, ce 20 janvier dernier, à Washington et ailleurs... Certes, on ne peut que se réjouir du fait que la désastreuse page de l'administration Bush soit enfin définitivement tournée, mais il n'en est pas moins évident que Obama, maintenant qu'il est devenu président, fera forcément des déçus, compte tenu des folles espérances qu'il a suscité durant sa campagne électorale... Pour le reste, je l'ai déjà dit juste après son élection en novembre, et Philippe l'a répété pendant notre discussion : Wait and see... Nous verrons bien, d'ici 2012, en effet, si le nouveau président des Etats-Unis est vraiment à la hauteur de sa fonction, quel que soit l'espoir qu'il a pu représenter jusqu'ici pour une majorité des citoyens des Etats-Unis d'Amérique...


Vers 19h50, Dante nous a enfin rejoint au Père Léon, mais à peine s'était-il installé à notre table que nous avons tous été prié de quitter l'établissement, sous prétexte que le café-restaurant Le Père Léon ferme maintenant à 20h00, même un vendredi soir (comme dirait Michel Colucci, dit Coluche, "c'est nouveau, ça vient de sortir"). Contraints de chercher un autre établissement où continuer à improviser notre RdB, nous nous sommes mis à déambuler dans le froid hivernal, sur les trottoirs de la rue de Metz, en direction du Pont Neuf... Nous sommes d'abord entrés dans le bar Le Chat d'Oc, dont l'ambiance et la décoration gothiques nous ont paru assez originaux. Cependant, hélas, nous n'avons pas tardé à constater, avant même de nous asseoir à une table, que l'endroit était envahi par une insupportable odeur d'urine... Fuyant aussitôt cette atmosphère que Dante a qualifié d'"ambiance litière" - Le Chat d'Oc ayant apparemment, toujours selon Dante, "oublié de pomper dans sa fosse sceptique" -, nous nous sommes finalement réfugiés dans un autre bar, nommé Le Filochard, et situé à l'angle de la rue de Metz et du Quai de Tounis, juste en face du Pont Neuf passant au dessus de la Garonne alors en crue. Au Filochard, ouvert jusqu'à 2h00 du matin, où il n'y avait point d'odeur suspecte, et où régnait une bonne ambiance, nous nous sommes installés autour d'une table dans la petite salle du fond, dont les murs étaient couverts d'affiches diverses, dont une a particulièrement attiré notre attention, dès notre arrivée. Il s'agissait d'une affiche imprimée par une certaine "Union Antifasciste Toulousaine" (UAT), dont on peut également voir des exemplaires placardés sur les murs de l'Université du Mirail, où lesdits exemplaires cohabitent aisément avec d'autres affiches de propagande politique sans queue ni tête, notamment les habituelles affiches de la mouvance LCR/NPA de Besancenot et Krivine qui envahissent régulièrement, et jusqu'à l'écoeurement, les malheureux murs de la fac du Mirail... L'affiche de l'UAT, elle, nous a particulièrement interpellé par la question qu'elle posait : "Quel antifascisme radical en 2009 ?"


Relisons le propos de l'affiche, appellant à un débat public à Toulouse demain, 29 janvier : "Depuis le hold up de Sarkozy en 2007 sur les électeurs du FN, l'extrême droite est-elle encore vivante, diluée dans une démocratie sécuritaire ou en pleine recomposition ? Pourquoi nous pensons que la menace persiste ? En quoi les fascistes & co [sic] sont-ils les alliés objectifs des patrons et les rejetons du capitalisme ? Voilà toutes les questions auxquelles nous essayons de répondre..." On ne peut que féliciter les auteurs de ce texte pour leur aptitude particulièrement prononcée à pratiquer les amalgames imbéciles sur fond de manichéisme puéril, en essayant ainsi de mélanger un "antifascisme" de bazar avec un anticapitalisme d'opérette qui sent bon le Besancenot réchauffé... En tout cas, nous avons bien rigolé, ce soir-là, en songeant à cette improbable "Union Antifasciste Toulousaine" et à la grande question qui lui tient tant à coeur : "Quel antifascisme radical en 2009 ?" Personnellement, il me semble que la véritable grande question à débattre devrait être plutôt "jusqu'où ira la connerie politique en 2009 ?", ou quelque chose d'approchant, mais ce n'est là que mon point de vue... En tout cas, si vous avez la réponse à la question que se pose l'UAT, chers lecteurs, communiquez-la sous forme de commentaire... Sinon, comprenne qui pourra... ;-)
La soirée s'est donc, en tout cas, poursuivie au Filochard, mais je ne sais plus jusqu'à quelle heure (22h00 ou 23h00 ?)... Tant en consommant quelques boissons alcoolisées, nous avons parlé des sujets les plus divers, et notamment des problèmes de logement de ces couples de Français qui n'arrivent pas à obtenir la location de l'appartement de leurs rêves sous prétexte qu'ils n'apportent jamais assez de garanties au propriétaire de l'appartement, malgré tous leurs efforts ("C'est bon... mais pas suffisant !"), ainsi que l'avait éloquemment montré, il y a quelque temps déjà, en 2007, un reportage de l'émission télévisée satirique Groland, sur Canal+... ;-)
Dante nous a également montré un exemplaire du livre consacré au quartier toulousain du Mirail, intitulé Le Mirail, Mémoire d'une ville, et publié l'année dernière sous la direction de Stéphane Gruet et Rémi Papillault. Nous avons pu y voir notamment la reproduction d'une insolite coupure de presse de 2001, dans laquelle on signalait que le nouveau maire de Toulouse de l'époque, Philippe Douste-Blazy, avait l'intention de raser une partie du Mirail, sachant que la coupure de presse en question est en fait un article de la Dépêche du Midi, publié le... 11 septembre 2001, soit non seulement le jour des attentats de New-York et de Washington, mais aussi, et surtout, quelques jours avant l'explosion de l'usine AZF de Toulouse, le 21 septembre 2001, qui a durement touché les environs, et notamment le quartier du Mirail... Décidément, il n'a pas eu de chance, ce pauvre Douste : dès le début, avec son "11 septembre personnalisé" - dixit Dante -, il était mal parti... ;op


La soirée, plus ou moins itinérante, et finalement très amusante, s'est bien terminée. Ce fut une République des Blogs originale, sans lieu de rendez-vous fixe, et caractérisée, une fois de plus, par la bonne humeur des participants. La RdB de Toulouse a maintenant un an d'existence, et d'autres éditions de l'évènement viendront sans doute, durant les prochaines mois... Espérons simplement que nous serons plus nombreux à l'avenir, et que nous aurons bientôt à nouveau droit à un lieu de rencontre bien défini, histoire d'éviter les déconvenues du genre "Ici, on ferme à 20h00, désolé" ou "Désolé, je crois que j'ai oublié de changer la litière du chat"... A suivre... ;-)


Je profite de l'occasion que représente la publication du présent article pour signaler à mes lecteurs que j'ai pris bonne note de l'immense intérêt qu'ils éprouvent vis-à-vis de certains des sujets évoqués sur le présent blog, et tout particulièrement vis-à-vis de ce grand sujet qu'est celui des actrices de cinéma... ;-) Je ne vous promets pas de toujours forcément évoquer, à l'avenir, lesdites actrices de cinéma dans tous mes articles, mais sachez néanmoins, que j'ai bien compris quelles sont vos attentes par rapport à ce sujet, qui sera sans doute à nouveau évoqué dans de futurs articles... ;-) On me dit, par ailleurs, que cela serait bien que je publie ici des clichés d'actrices - ou de belles femmes ayant un physique d'actrice - que j'aurai photographié moi-même... Entre nous, je ne sais pas si j'aurai l'occasion de le faire un jour, mais c'est une bonne idée, et là encore, j'en prends bonne note... ;-)


Pour finir, je réponds à une question qui m'a été posée par courriel privé, et qui concerne la fameuse citation de Jacques Chirac qui apparait en ouverture de mon blog depuis sa création, et que vous connaissez tous, depuis le temps qu'elle est là : "Sarkozy, il faut lui marcher dessus. Pour deux raisons. Un, c'est la seule chose qu'il comprenne. Deux, ça porte chance."


On me demande d'où vient cette citation. J'ai déjà eu l'occasion de le préciser par le passé, mais je peux fort bien rappeler ici l'origine de ce propos, qui est historique. Vers 1995, Jacques Chirac a effectivement prononcé cette belle formule concernant Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, même s'il existe, en vérité, plusieurs versions de ladite formule.
La plus récente est celle qui a été donnée par Patrick Rotman, dans son documentaire Chirac, diffusée sur France 2 en 2006 :


"[Sarkozy,] il faut lui marcher dessus, et du pied gauche, car cela porte bonheur."

(Jacques Chirac en 1995, cité par Patrick Rotman, dans le documentaire Chirac, France 2, octobre 2006)

En ce qui me concerne, j'ai toujours préféré une version plus ancienne de cette formule chiraquienne, à savoir celle qui est citée par la journaliste Ghislaine Ottenheimer dans un de ses livres politiques, intitulé Le Fiasco (1996) et consacré aux premiers mois du premier mandat présidentiel de Chirac :

"Sarkozy, il faut lui marcher dessus. Pour deux raisons. Un, c'est la seule chose qu'il comprenne. Deux, ça porte chance."

(Jacques Chirac, cité par Ghislaine Ottenheimer, in Le Fiasco, Albin Michel, 1996)

C'est donc cette version citée par Ottenheimer que j'ai choisi pour servir de citation d'ouverture au présent blog. Je la trouve toujours très pertinente, aujourd'hui comme hier... ;-)

Voila. C'est tout pour ce soir. A plus tard...

Cordialement, :-)

Hyarion.


(Illustrations : Le Capitole de nuit, à Toulouse, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Pascal Pavani ; Couverture du Journal intime d'une année de rupture, de Philippe David, ouvrage publié par les éditions de l'Ixcéa ; Barack Obama prêtant serment lors de la traditionnelle cérémonie d'investiture à Washington le 20 janvier 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Timothy A. Clary ; Des centaines de milliers de personnes réunies devant le Capitole de Washington pour la prestation de serment de Barack Obama, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Stan Honda ; Barack Obama prononçant son discours d'investiture après avoir prêté serment à Washington, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Timothy A. Clary ; Le président des Etats-Unis Barack Obama prononçant son premier discours en tant que président en exercice, le 20 janvier 2009 à Washington, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Getty Images/Alex Wong ; Affiche de l'"Union Antifasciste Toulousaine" [UAT], janvier 2009 ; Détail d'une page de l'ouvrage Le Mirail, Mémoire d'une ville, où l'on voit le début d'un article de la Dépêche du Midi du 11 septembre 2001 [référence entourée et surlignée par l'alias Dante] relatant la décision du maire de Toulouse de l'époque, Philippe Douste-Blazy, de raser une partie du quartier du Mirail ; Montage photo des portraits de deux actrices de cinéma : à gauche, l'actrice Kate Winslet posant lors de la première du film Les Noces rebelles [Revolutionary Road] réalisé par Sam Mendes, à Westwood [Californie], le 15 décembre 2008, photographie de l'agence de presse Reuters, ©Reuters, et à droite, l'actrice Kirsten Dunst posant lors d'un gala, à Los Angeles, le 10 janvier 2009, photographie, ©AP/Dan Steinberg ; L'actrice Kate Winslet aperçue lors de la première du film Les Noces rebelles [Revolutionary Road], à Westwood [Californie], le 15 décembre 2008, photographie de l'agence de presse Reuters, ©Reuters ; Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac, le 17 mars 2008 dans la cour des Invalides à Paris, lors de la cérémonie en hommage à Lazare Ponticelli, le dernier "poilu" de la Première Guerre Mondiale, décédé à 110 ans, photographie de l'agence de presse Reuters, ©Reuters)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 2 (2008-2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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Samedi 17 janvier 2009 6 17 01 2009 22:15
Alors que le présent blog politique et culturel va bientôt fêter ses deux ans d'existence, et que je me retrouve à présent à la croisée des chemins, je prends conscience du fait qu'il y a énormément de sujets que je n'ai pas suffisemment évoqué sur ce Blog de l'Anarcho-Monarchiste, notamment des sujets qui vous intéressent beaucoup, VOUS, chers lecteurs. Si j'en crois certaines allusions dans certains commentaires et certaines remarques faites dans certaines conversations privées, ces sujets sont aussi nombreux que variés... ;-) Et je le reconnais bien volontiers : je n'ai pas assez parlé de sujets qui vous sont essentiels. Par exemple, je n'ai pas suffisemment parlé des actrices de cinéma, et notamment des jeunes actrices qui, en ce moment, sont régulièrement à l'affiche de nombreux films et régulièrement photographiés par les fournisseurs d'images des agences de presse. C'est une négligeance coupable, car je pourrais, bien sûr, vous en parler, de ces belles actrices. J'ai eu, en effet, l'occasion de voir quelques-unes d'entre-elles dans plusieurs films projetés dans les salles de cinéma durant les douze derniers mois. J'ai vu, par exemple, Natalie Portman et Scarlett Johansson dans Deux soeurs pour un roi (The Other Boleyn Girl, réalisé par Justin Chadwick), Keira Knightley dans The Duchess (réalisé par Saul Dibb), et Gwyneth Paltrow dans Two Lovers (réalisé par James Gray). Les films sont assurément intéressants... et les actrices aussi, bien évidemment... ;-)


Mais, après tout, pourquoi en parler ? Ne vaut-il pas mieux, tout simplement, aller au cinéma ? Cela me parait être, à mon avis, la meilleure chose à faire... même si je n'ignore pas l'intérêt, bien naturel, que certains de mes lecteurs éprouvent pour un sujet tel que celui des actrices, éternel prétexte à la publication de photos représentant lesdites actrices défilant devant la meute de photographes et toujours habillées de façon remarquable, dans tous les sens du terme, sachant que, dans ce genre de situation, rien n'est, en général, laissé au hasard... Il faut dire que dans ce monde dominée par la tyrannie des apparences, chaque détail compte... comme, par exemple, la couleur des vêtements portés par les femmes, dont on sait aujourd'hui qu'elle peut avoir une importance toute particulière, comme l'a relatée une dépêche de l'AFP l'année dernière, qui évoquait alors l'attirance instinctive qui serait celle des hommes à l'égard des femmes habillées en rouge...


Les hommes préfèrent les femmes en rouge, selon une étude


Les hommes sont davantage attirés sexuellement par des femmes portant du rouge tout comme d'autres primates mâles tels les chimpanzés et les babouins, selon des travaux publiés mardi [28 octobre 2008].

Sans nier que les effets aphrodisiaques du rouge soient en partie le produit d'un conditionnement sociétal, cette étude révèle que la réponse sexuelle des hommes au rouge s'explique probablement davantage par une réaction ayant des racines biologiques profondes.

Les femelles babouins et chimpanzés rougissent par exemple de manière très évidente quand elles ovulent, lançant un message sexuel très clair pour attirer les mâles.

"Notre recherche établit un parallèle dans la manière dont les primates mâles humains et non-humains réagissent au rouge", écrivent ces chercheurs de l'Université de Rochester (New York, est) dont l'étude paraît dans le Journal of Personality and Social Psychology du 28 octobre.

Elle "confirme en fait ce que de nombreuses femmes soupçonnent et clament depuis longtemps à savoir que les hommes agissent comme d'autres primates dans le domaine sexuel", ajoutent-ils.

"Autant les hommes aiment à penser qu'ils réagissent aux charmes féminins de manière attentionnée et raffinée, il semble au moins dans une certaines mesure, que leurs préférences et prédilections sont, en un mot, primitives", poursuivent ces chercheurs.

Pour mesurer l'influence du rouge sur l'attirance sexuelle, l'équipe de psychologues a effectué cinq expériences en montrant à des hommes âgés en moyenne de 20 ans, des photographies de femmes d'un attrait ordinaire dont les cadres étaient soit de couleur rouge, soit blanc.

Les chercheurs ont évalué les réactions des sujets aux différentes photographies en leur posant des questions telles que: "Pensez-vous que cette personne est jolie?".

D'autres expériences ont testé des contrastes de couleurs entre le rouge, le gris, le vert et le bleu. Toutes les couleurs avaient le même degré d'intensité lumineuse.

Dans la dernière expérience, le t-shirt de la femme figurant sur les différentes photographies a été numériquement coloré en rouge ou en bleu. Les participants ont été alors interrogés sur le fait de savoir combien d'argent ils étaient disposés à dépenser pour une sortie avec cette femme en sachant qu'ils disposaient de cent dollars.

Dans toutes les circonstances envisagées dans ces tests, auxquels ont participé au total une centaine de sujets, les femmes montrées dans une photographie bordée de rouge, ou portant un vêtement rouge, ont été jugées plus attirantes et sexuellement plus désirables par les hommes que les mêmes femmes montrées avec d'autres couleurs, ont constaté les auteurs de cette étude.


Quand elle portait du rouge, une femme était plus souvent invitée à sortir et dans des endroits plus chers, précisent-ils.

Ces effets du rouge n'ont pas été identifiés chez des femmes à l'égard d'autres femmes.

Bien que le rouge ait amplifié les sentiments positifs dans cette recherche, d'autres études faites précédemment laissent penser que les couleurs peuvent susciter différentes réactions selon le contexte.

C'est ainsi que la couleur rouge dans des compétitions sportives ou lors d'examens écrits a été associés à de mauvais résultats, relèvent les auteurs de cette étude dont Andrew Elliot, professeur de psychologie à l'Université de Rochester.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 28 octobre 2008, 17h23)


Les actrices s'étant vêtues de rouge lors du dernier Festival international du film de Cannes, en mai dernier - comme Natalie Portman, qui était membre du jury du festival en 2008 -, savaient-elles l'effet qu'elles suscitaient instinctivement chez le public masculin en portant cette couleur ? Vaste question, à laquelle je laisse à mes lecteurs le soin de répondre, s'ils le peuvent...


Il y a beaucoup d'autres sujets qui intéressent mes lecteurs et que je n'ai peut-être pas suffisemment évoqués sur le présent blog. Là encore, je le perçois bien à travers les informations qui me parviennent, ici et là... Et il s'agit parfois de sujets politiques très sérieux qui, pour certains d'entre-eux, ont été volontairement ignorés malgré la pression de l'actualité des médias de masse, et sachant bien que, de toute façon, dans notre monde dominé par la tyrannie de l'urgence, une actualité est toujours rapidement chassée par une autre et ne fais jamais que passer dans les écrans de télévision comme un vol d'oiseaux dans le ciel...


Voila que je me laisserai presque aller à un certain lyrisme... Mais comme dirait Jacques Chirac, "revenons sur Terre". Il y a bien, en effet, des sujets politiques sérieux que j'ai volontairement ignorés depuis la création de ce blog. Ainsi, on l'aura aisément remarqué, je n'ai pas parlé, sur le présent blog, du conflit israélo-palestinien. Quelle autre négligeance coupable, me direz-vous, peut-être... Et pourtant, ce n'est pas une négligeance, même si le monde entier a eu, du 27 décembre dernier à aujourd'hui, 17 janvier, à nouveau les yeux tournés vers cette région décidément maudite qu'est celle d'Israël-Palestine, assistant, une fois de plus, la bouche grande ouverte et le cerveau plus ou moins éteint, à un énième épisode guerrier opposant, cette fois-ci, l'armée de l'Etat d'Israël aux forces antisionistes fanatiques du mouvement islamiste palestinien ultra-radical Hamas dans le minuscule territoire dit de la Bande de Gaza. Ce n'est pas une négligeance de ma part que de ne pas parler de ce sujet. C'est plutôt un aveu vis-à-vis du positionnement qui, les années passant, est devenu le mien. Pour moi, aujourd'hui, et depuis longtemps maintenant, le conflit israélo-palestinien n'est rien de plus qu'une série télévisée interminable, une série B, de mauvaise qualité par nature, qui envahit régulièrement les écrans de télévision occidentaux, avec les mêmes "héros" récurrents, le même scénario minable, les mêmes effets spéciaux pourris, la même mise en scène convenu, les mêmes décors misérables, les mêmes discours répétitifs, les mêmes images aussi prévisibles que soporifiques...


C'est une vraie série B, ennuyeuse et pathétique... d'autant plus pathétique, d'ailleurs, qu'elle est prise très au sérieux en Occident, et notamment en France, où l'on assiste régulièrement, dès la diffusion d'un épisode particulièrement guerrier du feuilleton, à des manifestations ridicules de la part de "fan-clubs" idiots, les uns pro-israéliens, les autres pro-palestiniens, qui, les uns comme les autres, tant dans leurs discours que dans leurs actes, ne peuvent que susciter chez moi un inévitable scepticisme. Je ne peux en effet, face au sujet en question, comme face à tant d'autres sujets, qu'apparaître comme je suis : un incorrigible sceptique, face aux certitudes imbéciles proférées par les uns et par les autres... De mon scepticisme découle un positionnement que l'on peut qualifier de détachement, et qui peut peut-être déranger... Pourquoi donc un tel détachement face à un tel drame ? Parce que cette mauvaise série télévisée qu'est le conflit israélo-palestinien est tout simplement, pour moi, une des représentations les plus éclatantes de la bêtise humaine.


La recette est simple. Pour faire la pâte de votre gâteau tout bête, prenez deux peuples passant leur temps à se disputer un petit territoire ridicule situé au Proche-Orient, la Palestine, un territoire fait de quelques arpents de terre nommés Israël, Cisjordanie et Bande de Gaza, au bord de la Méditerranée orientale, un territoire fort peu étendu mais infernal, une véritable pépinière de fous de Dieu, un maudit petit territoire dont les Romains pouvaient déjà, en leur temps, se demander s'ils ne s'étaient pas compliqués inutilement l'existence en ayant fait dudit territoire une province de leur Empire. Prenez ces deux peuples, Israëliens et Palestiniens, et la grosse chiure de mouche sur les cartes Mercator qui leur sert de terrain de jeu. Ajoutez-y des dirigeants cyniques et/ou opportunistes et/ou incompétents et/ou corrompus pour prétendre gouverner tout ça. Laissez fermenter la pâte ainsi obtenue, afin qu'il soit garanti que le conflit politique et national soit toujours bien empoisonné par du fanatisme religieux et des considérations géopolitiques dépassant assez largement les limites de votre grosse chiure de mouche. Pimentez fortement l'ensemble avec des bons gros extrémistes imbéciles répartis dans les deux peuples en présence : d'un côté, des nationalistes sionistes israéliens et des juifs religieux ultra-orthodoxes, tous parfaitement idiots, mélangés à des colons juifs israëliens particulièrement crétins tant ils sont butés (surtout les sionistes religieux), et d'un autre côté, des musulmans islamistes palestiniens, également parfaitement idiots, mélangés à des activistes islamistes ultra-radicaux, également crétins, et adeptes d'une sorte de terrorisme de clocher (ou de minaret, si vous préférez). Soupoudrez le tout d'un zeste de sensationnalisme médiatique, d'analyses géopolitiques de café du commerce, de moralisme occidental post-moderne, de manichéisme à géométrie variable, de tyrannie de l'urgence, et de tyrannie des apparences. Mettez enfin votre gâteau tout bête au four, faites-le bien crâmer, et vous obtiendrez, d'un point de vue occidental, une magnifique bouse télévisuelle et ce qui va avec, à savoir la manifestation éclatante de la bêtise la plus crasse, aussi bien dans la série B elle-même que dans le public qui la regarde avec tant de sérieux, en France et ailleurs en Occident. C'est crâmé, c'est indigeste, c'est complètement idiot, mais apparemment ça marche depuis plus de 60 ans... Comprenne qui pourra... Alors, bien entendu, le conflit israélo-palestinien, c'est beaucoup de malheurs, beaucoup de tragédies humaines, beaucoup de morts, beaucoup de souffrances, beaucoup de désespoir... mais à mes yeux, c'est depuis longtemps, avant tout, beaucoup de temps perdu et surtout beaucoup de bêtise. Bien sûr, c'est triste, mais c'est comme ça. Dans cette histoire, comme dans tant d'autres, il n'y a pas de "gentils" d'un côté et de "méchants" de l'autre : il y a juste des imbéciles partout. Voila pourquoi le fait de ne pas parler ici du conflit israélo-palestinien n'est pas une négligeance, mais le signe d'un détachement salvateur, tant le ramassis de conneries absolues qu'il représente m'est devenu insupportable. Je n'avais donc pas parlé de ce sujet jusqu'ici, et j'entends continuer à ne pas en parler après cette courte évocation, aussi longtemps que la bêtise restera au coeur de cette lamentable histoire qui empoisonne le monde depuis trop longtemps...


Maintenant que j'y pense, s'ils existent bien des sujets que l'on me reprocher de ne pas évoquer ici ou du moins de ne pas assez évoquer, je sais qu'il y en au moins un dont on me reproche régulièrement, à l'inverse, de trop en parler : il s'agit, bien entendu, de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa et de sa politique. Rappelons donc, tout d'abord, que le présent blog a été créé en janvier 2007, au début de la campagne électorale pour l'élection présidentielle française d'alors, et que dès le début je n'ai pas caché que mon propos en matière de politique était d'abord de m'opposer à la candidature de Sarkozy à la plus haute charge de l'Etat. Depuis, hélas, ledit Sarkozy a été élu président de la République, et mon opposition à sa candidature a donc évolué en opposition à sa politique, et s'est donc inscrite dans la durée. Dans ce contexte, il ne faut donc pas s'étonner que j'évoque, au moins de temps en temps, les turpitudes de la vie gouvernementale sarkozyenne... D'ailleurs, cela me fait penser à évoquer, au passage, précisément, l'actualité politique du moment, à savoir le léger remaniement ministériel qui a eu lieu avant-hier au sein du gouvernement Fillon, et qui était attendu depuis un certain temps...


Sarkozy fait son mini-remaniement, promeut Hortefeux, Besson, Kosciusko-Morizet


L'Elysée a procédé jeudi au mini-remaniement gouvernemental attendu depuis plusieurs semaines en nommant, comme prévu, Brice Hortefeux au Travail, Eric Besson à l'Immigration et, surpris[e], en confiant à Nathalie Kosciusko-Morizet l'Economie numérique.

Considéré comme l'un des collaborateurs les plus proches du chef de l'Etat, Brice Hortefeux quitte le poste très controversé de l'Immigration pour rejoindre le ministère du Travail, où il prend la place de Xavier Bertrand, qui part prendre la tête de l'UMP.

Il est remplacé dans ses anciennes fonctions par Eric Besson, transfuge du Parti socialiste et figure de "l'ouverture" sarkozyenne, considéré comme l'incarnation du "traître" par ses anciens camarades.

Sa tâche sera d'autant plus délicate que son ministère, accusé par la gauche d'organiser les reconduites d'immigrés clandestins à la frontière en faisant un maximum de "chiffre", cristallise la colère de l'opposition.

La principale surprise dans ce jeu de chaises musicales, dont les grandes lignes étaient connues, vient de la nomination de Nathalie Kosciusko-Morizet au secrétariat d'Etat à l'Economie numérique auprès du Premier ministre, en remplacement d'Eric Besson.

Etoile montante de l'UMP, cette jeune femme de 35 ans occupait jusqu'à présent les fonctions de secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo, où elle a été l'une des principales chevilles ouvrières du Grenelle de l'environnement. Son frère, Pierre, est le créateur et directeur d'un important site de vente en ligne [(Priceminister)].


D'après l'Elysée, une décision sera prise "dans quelques jours" pour savoir s'il convient de la remplacer à son ancien poste.

Jean-Louis Borloo "va proposer un ou une remplaçante à la secrétaire d'Etat à l'Ecologie", a-t-il déclaré à l'AFP. "C'est une fille de grande qualité. Je suis très content de l'avoir entendue heureuse lorqu'elle m'a appelé après sa nomination".

Christine Boutin, jusqu'ici ministre du Logement et de la ville, perd ce dernier secteur, au profit de Brice Hortefeux qui a désormais dans ses attributions le travail, les relations sociales, la famille, la solidarité et la ville.

Fadela Amara, secrétaire d'Etat à la Ville, entretenait des relations notoirement houleuses avec Mme Boutin. En janvier, quelques jours avant la présentation par Fadela Amara de son plan banlieue, Christine Boutin affirmait "ne pas y croire" préférant "une autre politique de la Ville".

Et il y a peu, la secrétaire d'Etat d'ouverture confiait qu'elle cherchait directement les arbitrages à l'Elysée et qu'elle se contentait de "tenir" sa ministre de tutelle "au courant".

Ce mini-remaniement, attendu depuis plusieurs semaines, précède de peu une remise en ordre du parti présidentiel, l'UMP, qui doit tenir le 24 janvier un conseil national pour entériner l'arrivée de Xavier Bertrand à sa tête.


Privilégiant, dans un contexte de crise économique difficile, des ajustements par petites touches de l'équipe gouvernementale, Nicolas Sarkozy avait nommé début décembre Patrick Devedjian au nouveau portefeuille de la Relance économique, et élargi en début de semaine le périmètre des fonctions de Martin Hirsch, désormais haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté mais aussi à la Jeunesse.

Il avait aussi remplacé le 12 décembre le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes Jean-Pierre Jouyet par Bruno Le Maire, un proche de Dominique de Villepin, son ancien adversaire au sein la majorité.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 15 janvier 2009, 17h45)

Certains journalistes ont été surpris par la nomination de Nathalie Kosciusko-Morizet au secrétariat d'Etat à l'Economie numérique auprès du Premier ministre, mais personnellement, je n'ai pas été du tout surpris car je m'attendais à une promotion pour la jeune secrétaire d'Etat, même s'il est vrai que je m'attendais plutôt, il y a quelques mois, à ce qu'on lui attribue un portefeuille ministériel plus important que le poste de sous-ministre qu'elle occupait jusqu'ici, et qu'elle aura finalement laissé pour occuper à présent un autre poste de sous-ministre... qui aura sans doute au moins l'avantage de la débarasser de la tutelle encombrante du désinvolte Jean-Louis Borloo... Pour le reste, il n'y a pas grand-chose à dire, le grand remaniement gouvernemental iniatialement prévu étant reporté à plus tard... En tout cas, nous en avons encore pour plus de trois ans de sarkozysme au pouvoir, chers lecteurs, et j'espère que vous comprendrez que tant que Sarkozy sera l'actuel chef de l'Etat, fut-il omniprésent et omnipotent dans les médias, il est très probable que je continuerai à afficher clairement ici mon opposition audit Sarkozy et à sa politique. Cependant, comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, je m'efforce désormais de parler beaucoup moins ici de l'actuel président de la République, non pas parce c'est censé être devenu risqué de le critiquer publiquement, mais tout simplement parce qu'il ne mérite assurément pas d'être sans cesse le sujet des articles du présent blog. Ayant depuis longtemps envie de lever un peu le pied, notamment sur ce sujet, mais aussi de façon générale, je n'exprimerai donc pas mon opposition résolue à Sarkozy aussi souvent que par le passé, mais il m'arrivera parfois de le faire encore, de temps en temps, au moins un petit peu, comme Carla Bruni-Sarkozy pourrait elle-même l'expliquer gentiment à son mari...


Après tout, il parait que Carla Bruni-Sarkozy incarne la bonne conscience de gauche de son époux : si jamais mon blog était victime d'un flicage sarkozyste - on m'a dit que Sarkozy pourrait même m'attaquer pour ce que j'ai écrit ici sur lui, notamment en janvier de l'année dernière -, je pourrais toujours plaider ma cause auprès de la Première Dame de France... Assurément, cela m'amuserait beaucoup...
Mais revenons à présent aux sujets qui vous intéressent, chers lecteurs, et que je n'évoque pas suffisemment ici, à en croire ce que je lis et entends, ici ou là... Cela dit, des sujets qui vous intéressent et dont je ne parle pas assez, il y en a tellement ! S'il faut cependant choisir encore un exemple, dans le cadre de cet article, parmi les nombreux sujets trop peu évoqués jusqu'ici sur le présent blog, choisissons donc celui de la cuisine et de la gastronomie...


La cuisine et la gastronomie, bien sûr, c'est important. Cela dit, lorsqu'un des commentateurs réguliers du présent blog, l'alias Sauron, s'est mis en tête, en décembre dernier, d'attirer l'attention, dans un de ses commentaires, sur la délicate question du fromage, en évoquant notamment, de façon étrange, le fromage grec connu sous le nom de feta, j'avoue que je ne savais pas trop comment réagir. Heureusement, un fait d'actualité tout récent, lié par ailleurs à mon département d'origine - l'Aveyron -, est venu avant-hier, 15 janvier, à mon secours afin de me permettre d'évoquer un évènement destiné à ceux (ou même seulement à celui) que la question du fromage intéresse : je veux bien entendu parler de la nouvelle surtaxation annoncée des importations de roquefort aux Etats-Unis d'Amérique...


Les USA ferment leur marché au roquefort


Les Etats-Unis ont pris pour cible les exportations françaises de roquefort, en leur infligeant des droits de douane prohibitifs, en rétorsion contre la poursuite de l'interdiction de commercialisation de leur boeuf aux hormones sur le territoire européen.

Dans la longue liste des produits agroalimentaire visés par les nouvelles sanctions américaines, le célèbre fromage de brebis à pâte persillée, est spécialement visé : c'est le seul produit à voir ses droits de douane tripler.

Ce fromage de réputation mondiale, exclusivement fabriqué en France, était déjà visé depuis 1999 par des droits de douane élevés, de 100%.

Avec une taxe de 300%, à partir du 23 mars, le premier fromage français à avoir bénéficié d’un décret d’appelation, atteindrait des prix astronomiques dans l’assiette du consommateur américain.

Les professionnels de l'Aveyron (sud de la France) accueillent la nouvelle comme "la fin" de cette filière d'exportations, d'après le président de la Confédération générale du roquefort, Robert Glandières. Les Etats-Unis importent environ 400 tonnes par an, soit environ 2% de la production.

"Le roquefort est un symbole français et on paie sa notoriété", a déploré Béatrice Weirich, porte-parole de la Fédération régionale du syndicat des éleveurs de brebis (membre de la FNSEA).

L'ancien leader paysan José Bové a jugé pour sa part cette décision "scandaleuse".

Ce revers efface un succès, celui de l'autorisation du roquefort sur le marché australien pour trois ans, obtenue un mois auparavant.

Washington n'a pas donné de raison à sa décision, prise quelques jours avant la fin des fonctions de la représentante au Commerce extérieur (USTR), Susan Schwab, qui doit quitter son poste avec le reste de l'administration de George W. Bush mardi [20 janvier].

Ces sanctions sont d'après les Etats-Unis conformes aux règles de l’Organisation mondiale du commerce, qui dans le conflit du boeuf aux hormones avait jugé en appel le 16 octobre que les sanctions prises par les Etats-Unis et le Canada contre les produits européens étaient légales.

Le premier jugement de l’OMC dans ce contentieux remonte à 1998.

"L'OMC a jugé que l’interdiction par l'Union européenne du boeuf américain n’était pas fondée sur la science (...) Pendant plus d’une décennie, nous avons essayé de résoudre ce différend avec l’UE, mais nos efforts n'ont pas abouti", ont fait valoir les USA.

A Bruxelles, l'interprétation était très différente. "L'OMC n’ayant pas examiné notre législation actuelle sur les hormones qui date de 2003, les sanctions américaines sont illégales", a accusé la Commission européenne.

L'UE considère cette décision comme "une tentative claire d'aggraver le conflit", qui ne lui donne "pas d'autre choix que de commencer à (se) préparer pour porter cette affaire devant l'OMC".

Les sanctions vont au-delà du roquefort. La liste mise à jour par les Etats-Unis recense toutes sortes de denrées dont les droits de douane s’élèveront désormais à 100% : des viandes, des fruits et légumes, des champignons, des céréales, des chewing-gums, du chocolat, des châtaignes, des jus de fruits, des eaux minérales et des graisses.

Vingt-six des 27 pays de l’Union sont visés, le Royaume-Uni seul étant épargné car il a toujours été favorable au boeuf aux hormones.

"Le montant des sanctions s'élève à 116,8 millions d’euros sur une liste définie de denrées. Il est clair que les exportateurs vont faire face à une incertitude accrue, leurs produits pouvant être sujets à des droits de douane sévères avec un préavis court. Les implications de cette mesure en termes d'échanges commerciaux seront importants", ont déploré les Européens.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 16 janvier 2009, 00h06)


Roquefort : le syndicat des producteurs va proposer des actions de protestation


Le Syndicat des producteurs de lait de brebis (SPLB), affilié à la Confédération paysanne, va proposer des actions aux autres organisations professionnellles et à l'interprofession après la décision de Washington de tripler les droits de douane sur le roquefort, a-t-il annoncé jeudi [15 janvier].

"On risque d'être obligés de fêter dignement le dixième anniversaire du démontage du McDo de Millau", le 12 août 1999, a déclaré à l'AFP Laurent Reversat, responsable du SPLB.

Des militants du SPLB, emmenés par José Bové, avaient alors saccagé le chantier du futur McDonald's de Millau en réaction à une première mesure de taxation du roquefort par les Etats-Unis, qui voulaient déjà contraindre l'Europe a accepter l'importation de boeuf américain traité aux hormones.

Le SPLB n'annonce pas une action similaire mais "envisage de faire quelque chose de commun" avec le reste de la profession, car le triplement des taxes "chasse complètement le roquefort du marché américain", a souligné M. Reversat.

"Il y a sans doute une valeur symbolique à frapper toujours le roquefort : notre produit est aux antipodes du boeuf aux hormones, il est sain, garanti, authentique", a ajouté le syndicaliste.

"Plus que jamais, on voit ce qu'il advient quand le pouvoir politique cède la place au pouvoir économique, l'OMC dit que les Etats-Unis ont raison", a estimé M. Reversat.

"Le nouveau président Barack Obama, qu'on pare de toutes les vertus, gagnerait à y réfléchir s'il veut la rupture avec les années Bush, complètement inféodées à un pouvoir économique inique", a-t-il ajouté.

Jeudi, les autorités américaines ont annoncé une modification de la liste des produits de l'UE "sujets à des droits de douane supplémentaires en lien avec" le conflit du boeuf aux hormones devant l'Organisation mondiale du Commerce (OMC).

Dans un communiqué, les services du commerce extérieur à Washington ont annoncé faire passer les droits de douane sur le roquefort de 100% à 300% à partir du 23 mars.

Le ministre de l'Agriculture, Michel Barnier, a "regretté" jeudi soir la décision des Etats-Unis, jugeant que c'était une "sanction injustifiée".

"Cette sanction, prise en rétorsion à la poursuite de l'interdiction par Bruxelles du boeuf aux hormones américain, est injustifiée", a estimé le ministre.

Face à cette décision, "nous ne resterons pas inactifs", a assuré le ministre, soulignant que la France prévoyait pour aider les producteurs concernés des mesures de "promotion et de soutien à l'exportation sur le marché américain".

(Dépêche de l'Agence France Presse, 16 janvier 2009, 13h14)


C'est assurément là un beau cadeau d'adieu que réservait à la France l'administration Bush, avant d'abandonner enfin le pouvoir exécutif à Washington mardi prochain, 20 janvier. On aurait dû s'en douter, et, à vrai dire, cette annonce d'une prochaine surtaxation du roquefort au Etats-Unis n'est pas une surprise. Pour ma part, j'ai presque l'impression de rajeunir, tant cette affaire me ramène dix ans en arrière, à l'époque du fameux démontage du restaurant McDonald's alors en construction à Millau en 1999, et à l'époque du procès des démonteurs, à l'occasion duquel avait eu lieu, en juin 2000, toujours à Millau, un grand rassemblement, citoyen et festif, auquel j'avais participé, et qui avait été organisé pour soutenir les inculpés, dénoncer la répression syndicale et la marchandisation de la vie, et qui avait pour slogan : "le monde n'est pas une marchandise"...
C'est loin tout ça... et en même temps, c'est proche, vu ce qui vient de se passer...
Que faire pour arranger la situation ? A Toulouse, d'où j'écris ces lignes, le président socialiste de la région Midi-Pyrénées a visiblement tenu à réagir énergiquement dès le lendemain de l'annonce faite à Washington de la prochaine surtaxation du roquefort :


Le président de Midi-Pyrénées envoie un coffret de roquefort à Barack Obama


Le président PS de la région Midi-Pyrénées, Martin Malvy, a envoyé vendredi [16 janvier] au président américain élu Barack Obama un coffret prestige de fromage de Roquefort en cadeau pour son investiture, a-t-on appris auprès du conseil régional.

"L'investiture de Barack Obama est porteuse de grands espoirs, notamment d'une meilleure relation entre les Etats-Unis et l'Europe, j'ai donc adressé ce produit prestigieux de l'agriculture midi-pyrénéenne au président Barack Obama en lui demandant que, dès mardi, la nouvelle administration américaine réexamine ce dossier avec plus d'intelligence", a indiqué Martin Malvy.

Ce coffret prestige est composé d'un fromage entier de roquefort à l'affinage et à la maturation spéciale, conditionné en deux demi-parts dans un emballage métallique.

Jeudi, les Etats-Unis ont annoncé qu'ils allaient tripler les droits de douane imposés aux importations de roquefort français, une sanction prise en rétorsion à la poursuite de l'interdiction par Bruxelles du boeuf aux hormones américain.

Le roquefort verra ainsi ses droits de douane passer de 100 à 300% à partir du 23 mars.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 16 janvier 2009, 19h11)

Cet envoi d'un coffret de roquefort à Washington, il fallait vraiment y songer... "Formidâââble", comme dirait Jack Lang... ;-) Cela me fait penser, au fait, que, pendant ce temps, au lieu de rejoindre Martin Malvy dans le combat régional, national et européen pour la défense du roquefort, deux de ses collègues présidents de région, à savoir Georges Frêche et Michel Vauzelle, préfèrent se concentrer sur ce que l'on appelle déjà "une nouvelle guerre des Gaules" :

Statues de l'Antiquité trouvées dans le Rhône : une nouvelle guerre des Gaules ?


Le président PS de Provence-Alpes-Côte d'Azur, Michel Vauzelle, juge "dérisoire de chercher à entamer une nouvelle guerre des Gaules", en réponse à son homologue du Languedoc-Roussillon Georges Frêche (DVG) qui souhaite récupérer des statues de l'Antiquité découvertes dans le Rhône en 2007, près d'Arles.

"Je suis très surpris que cette initiative de Georges Frêche intervienne au moment où le monde méditerranéen est en proie à une guerre atroce et inquiétante. Dans ce contexte très difficile, il est tout à fait dérisoire de chercher à entamer une nouvelle guerre des Gaules", a réagi vendredi [16 janvier] M. Vauzelle, dans un communiqué.

M. Frêche a annoncé jeudi [15 janvier] qu'il entamait une action en justice pour récupérer toutes les statues sorties du Rhône, lors de fouilles archéologiques en face d'Arles, "parce que cette rive appartient au Languedoc-Roussillon".

"Sauf informations contraires, jusqu'à présent, cette partie du Rhône est bel et bien située en région Provence-Alpes-Côte d'Azur et il n'est pas envisageable de demander à l'Etat français ou aux Nations unies de poser sur ce fleuve des frontières régionales ou d'avancer des troupes !", répond ironiquement M. Vauzelle.

Ce dernier se dit "étonné d'apprendre par voie de presse cette velléité soudaine" du président Frêche. "Je m'étonne aussi qu'elle intervienne aujourd'hui alors que ces découvertes ont eu lieu en août 2007 et que la ministre a confirmé en juillet 2008 que ces statues devaient rejoindre le Musée départemental d'Arles", dit-il.

Une centaine d'objets avaient été sortis de la vase lors d'une campagne de fouilles menée d'août à octobre 2007 sur la rive droite du fleuve, en face d'Arles. Parmi eux figurent un buste en marbre de Jules César, un chapiteau corinthien en marbre, des colonnes, des statues dont un Neptune sculpté du IIIe siècle après JC et un captif en bronze.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 16 janvier 2009, 17h33)

Incorrigible Georges Frêche... ;-) Depuis quelque temps, on s'en souvient, j'étais surtout très réceptif à ses intéressants discours de stratégie politique, et j'en avais presque oublié à quel point on pouvait, avant tout, bien rigoler avec lui... ;o) Heureusement, le président Georges Frêche sait visiblement rester fidèle aux bonnes vieilles habitudes du grand perturbateur professionnel qu'il a toujours été, et que le monde entier envie à la région Languedoc-Roussillon... ;-)


Arrêtons-nous donc là. On pourra trouver cela un peu court, mais que voulez-vous, je suis un être humain, faillible et imparfait. Je me rends compte qu'il y a tellement de sujets qui intéressent mes lecteurs, et dont je n'ai peut-être pas assez parlé sur le présent blog, que les évoquer tous ici est bien sûr impossible. Libres à vous, chers lecteurs, de les évoquer dans vos éventuels commentaires au bas de cet article ! Pour ma part, je me demande à présent pourquoi j'ai pris la peine d'écrire l'article en question... Pour faire plaisir à mes lecteurs ? Mais, par ma barbe, ici c'est mon blog, et j'y écris ce que bon me semble ! Et puis c'est tout ! Na ! ;-) Cela dit, au bout de presque deux ans d'existence du présent blog, que je veuille ou non vous faire plaisir, chers lecteurs, je sais que certains d'entre vous viennent de toute façon chercher librement ici des renseignements sur les sujets les plus divers, comme en témoignent notamment les mots-clés que vous utilisez sur le moteur de recherche Google pour accéder à mon blog. En voici quelques-uns, en guise de conclusion, et pour ne citer que les plus récurrents et les plus insolites que j'ai relevé ces derniers jours : "hyarion", "giuseppe arcimboldo peintre particulier", "picasso bénéfice de 1 million", "anarcho-monarchiste", "gollum sarkozy", "tous se qui ne nous tue pas nous rend plus for [sic]", "chaussure a talonnette", "sans faire bouger l'autre chirac thatcher", "jean louis roche marx etait il depressif", "pencassine [marionnette de Le Pen dans le "Bébête-Show"]", "naturellement arnold schwarzenegger pognon", "l'argent qui pourrit françois mitterrand", "photographie des présidents de la v république", "le dictateur charlie chaplin analyse du film", "sarkozy honte", "peintre xixe erotique", "crocodil préhistorique", "contes illustrations féeriques", "valeurs esthétique du beau du laid du sublime", "carole bouquet françois mitterand", "les chaussures de sarko", "hercule omphale érotique", "jacques chirac traduction pouchkine", "histoire de sarkozy", "crocodile géant", "faire l'amour au louvre", "les apologistes du travail", "etude du tableau la naissance de vénus", "femme soumise sexuellement", "film inspiré de cthulhu", "sarkozy chaussures", "musee tableaux erotiques", "valeur de chaussure de sarkozy", "mitterrand soutien chirac", etc.
Assurément, je ne pensais pas, à l'origine, que mon blog finirait par avoir une telle vocation encyclopédique... ;-)

A plus tard, ;-)

Cordialement, :-)

Hyarion.
 
(Illustrations : Montage photo des portraits de quatre actrices de cinéma ayant marqué l'année 2008 : en haut à gauche l'actrice Natalie Portman arrivant à l'"afterparty" suivant la projection du film The Other Boleyn Girl, réalisé par Justin Chadwick, au Criterion à Londres, le 19 février 2008, détail d'une photographie, ©Dave Hogan/Getty Images Europe, en haut à droite l'actrice Gwyneth Paltrow photographiée à l'occasion de la présentation du film Two Lovers, réalisé par James Gray, au Palais des Festivals, pendant le 61ème Festival international du film de Cannes, le 20 mai 2008 à Cannes, détail d'une photographie, ©Getty Images, en bas à gauche l'actrice Keira Knightley arrivant à la première projection mondiale du film The Duchess, réalisé par Saul Dibb, au cinéma Odeon, à Leicester Square, le 3 septembre 2008 à Londres, détail d'une photographie, ©Getty Images, en bas à droite l'actrice Scarlett Johansson arrivant au dîner de gala organisé à Oslo en l'honneur du lauréat du Prix Nobel de la Paix Martti Ahtisaari le 10 décembre 2008, photographie, ©Getty Images ; L'actrice Gwyneth Paltrow, photographiée à l'occasion de la présentation du film Two Lovers au Palais des Festivals, pendant le 61ème Festival international du film de Cannes, le 20 mai 2008 à Cannes, photographie, ©Getty Images ; Une actrice lors de la montée des marches à Cannes, en mai 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/pool/Archives/Jeff Christensen ; L'actrice membre du jury Natalie Portman arrivant sur le tapis rouge, pour assister à la projection du film Che, réalisé par Steven Soderbergh, au 61ème Festival international du film de Cannes, le 21 mai 2008, photographie de l'agence Reuters, ©Reuters ; L'actrice membre du jury Natalie Portman arrivant sur le tapis rouge pour assister à la projection du film Che au 61ème Festival international du film de Cannes, le 21 mai 2008, photographie de l'agence Reuters, ©Reuters ; L'actrice Natalie Portman arrivant sur le tapis rouge et montant les marches pour assister à la projection du film Che au 61ème Festival international du film de Cannes, le 21 mai 2008, photographie de l'agence Reuters, ©Reuters ; Oiseaux photographiés dans la vallée du Jourdain le 1er novembre 2007, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Menahem Kahana ; Tir de roquettes du Hamas sur Israël depuis la bande de Gaza, le 29 décembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Menahem Kahana ; Des missiles israéliens explosant au-dessus de la bande de Gaza le 10 janvier 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Yoav Lemmer ; Tirs d'artillerie israéliens sur la ville de Gaza le 16 janvier 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Dmitry Kostyukov ; Nathalie Kosciusko-Morizet [à gauche] et Eric Besson le 15 janvier 2009 à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Bertrand Guay ; Nathalie Kosciusko-Morizet dans son bureau le 22 décembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Stephane de Sakutin ; Nicolas Sarkozy lors d'un discours de voeux aux "forces économiques" françaises à Vesoul, le 15 janvier 2009, avec derrière lui le ministre Patrick Devedjian [à gauche] et le secrétaire d'Etat Alain Joyandet [à droite], photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Gerard Cerles ; Carla Bruni-Sarkozy accompagnée de son mari Nicolas Sakozy lors d'une visite le 1er décembre 2008 à l'hôpital Saint-Louis à Paris, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Gerard Cerles ; Dans une pizzeria de Washington, à gauche, une pizza Margherita, avec tomate, mozzarella au lait de bufflonne, basilic et champignons, et à droite une pizza Santa Brigida, avec tomate, mozarella fraîche, tomates-cerises et arugala, le 19 novembre 2008, photographie, ©AP/Jacquelyn Martin ; Du roquefort sur du pain, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Jean-Pierre Muller ; Photo prise le 16 janvier 2009, chez un fabricant de Roquefort en Aveyron, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Remy Gabalda ; Photo prise le 16 janvier 2009 chez un fabricant de Roquefort en Aveyron, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Remy Gabalda ; Le colis de roquefort envoyé à Barak Obama par Martin Malvy, le 16 janvier 2009, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Pascal Pavani ; Photo du buste de Jules César trouvé dans le Rhône en mai 2007, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/C.Chary ; Capture vidéo de Georges Frêche, président du conseil régional de Languedoc-Roussillon, lors d'un entretien improvisé à l'aéroport de Paris-Orly, le 24 novembre 2008, ©LaTéléLibre.fr)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 2 (2008-2009)
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Lundi 12 janvier 2009 1 12 01 2009 23:00
La nouvelle année a commencé, en ce qui me concerne, sur des chapeaux de roues, comme on dit, et j'ai tant de choses en faire en ce moment, depuis plusieurs jours, qu'il m'est à nouveau devenu difficile de m'occuper régulièrement du présent blog. Profitant toutefois d'un court répit en ce lundi 12 janvier, je me permets à présent d'évoquer, dans ce premier article de l'année 2009, l'exposition en trois parties que j'ai eu l'opportunité de voir le 31 décembre et le 2 janvier derniers, durant mon séjour à Paris à l'occasion du réveillon du Nouvel An : il s'agit de "Picasso et les maîtres", la fameuse "exposition monstre de l'année" (selon l'expression employée par Anne-Cécile Sanchez sur le site du quotidien de la mode Prestigium.com) qui se déroule en trois lieux parisiens, à savoir Le Grand Palais, le Musée d'Orsay et le Musée du Louvre, du 8 octobre 2008 au 2 février 2009.

Picasso à côté de ses maîtres, au Grand Palais


Titien, Velazquez, Goya, Zurbaran, Rembrandt, Poussin, Ingres, Manet, Cézanne, Van Gogh... : ils fûrent les maîtres de Picasso, qui n'a jamais cessé de les regarder. Ils sont tous au Grand Palais, pour une exposition exceptionnelle qui témoigne de ce dialogue permanent.

"Picasso et les maîtres" (8 octobre - 2 février 2009) présente quelque 210 oeuvres exécutées du XVIe siècle à 1971, en une concentration rarement égalée de chefs d'oeuvres signés de Picasso et des grands maîtres de la peinture occidentale.

Pablo Picasso (1881-1973) est "parmi tous les peintres modernes, le seul à avoir à ce point endossé toute l'histoire de la peinture", indique Anne Baldassari, directrice du musée Picasso à Paris et co-commissaire de cette exposition "miraculeuse", dit-elle, avec Marie-Laure Bernadac, du Louvre.

C'est "cette confrérie de pairs qui ont tous dit à leur époque, +je suis le peintre qui révolutionne la peinture+, qui accompagnent Picasso, et vont le porter", ajoute-t-elle.


L'exposition ne les montre pas tous, mais les plus grands sont là, avec des chefs d'oeuvres qui pour certains, ne quittent jamais les murs du Prado, du MoMA (Museum of Modern Art) de New York, de la Gemälde Galerie de Berlin ou de la National Gallery de Londres.

Leurs portraits ouvrent l'exposition, de Goya, de Cézanne, d'Ingres, Poussin ou Delacroix. Il y a aussi le père, le vrai, le peintre José Ruiz-Blasco dont la légende dit qu'il abandonna pinceau et palette devant le génie de son fils.

Formé de manière très académique dans des écoles de Beaux-Arts, Picasso dessine à 14 ans des études déjà virtuoses de mains, de torses, que l'exposition réunit pour la première fois. Déjà, on voit des "effets de décentrement, de découpes de l'espace. Il est, enfant, le grand peintre qu'il va devenir", dit Mme Baldassari.


Le parcours, thématique et chronologique, amène le visiteur à cette confrontation permanente à travers les thèmes de la couleur, des natures mortes, des grands portraits, des nus, des variations.

Mais "nous ne sommes pas dans le vis-à-vis réducteur", insiste la commissaire. "L'exposition ne dit pas +Picasso est le fils de Machin et le petit-fils de Truc, il est toujours en train de croiser toute la peinture à la fois", dit-elle.

Il peut s'inspirer du Greco, dont le découpage de l'espace dans +Le songe de Philippe II+ est "proto-cubiste", dit-elle. Il reprend pour ses +Amoureux+ des formes de la +Nana+ de Manet mais aussi d'une toile du Douanier Rousseau, premier artiste qu'il collectionna.

Il pose un bonnet phrygien sur la tête d'un soldat de son +Enlèvement des Sabines+ repris de Poussin, pastiche Rembrandt et sa +Femme se baignant dans un ruisseau+ qu'il transforme en drôle de +Pisseuse+, reprend Courbet, brosse une Arlésienne tirée de Van Gogh.


D'un +Portrait de nain+ de Velazquez, il exécute des variations que l'on n'a jamais vues réunies depuis 1971. Une salle est consacrée à toutes celles issues des célèbres +Ménines+ de Velazquez, restées au Prado.

Dans l'éblouissante dernière salle consacrée aux grands nus, Picasso voisine avec une +Vénus+ du Titien, la +Maja desnuda+ de Goya et l'+Olympia+ de Manet, trois oeuvres qui n'ont jamais quitté leurs cimaises. "Personne n'a jamais vu la +Maja+ et l'+Olympia+ ensemble. Picasso non plus!", dit Mme Baldassari.

En parallèle, le musée du Louvre et le musée d'Orsay exposent des variations de Picasso autour des +Femmes d'Alger+ de Delacroix au Louvre et du "Déjeuner sur l'herbe" de Manet à Orsay.

(tlj sauf le mardi de 10H00 à 22H00, le jeudi jusqu'à 20H00. Tlj de 9H00 à 23H00 pendant les vacances scolaires. Tarif : 12 euros (TR: 8 EUR). Catalogue, 368 pages, RMN. 49 euros. Hors série Découvertes Gallimard. 8,40 EUR).

(Dépêche de l'Agence France Presse, 8 octobre 2008, 05h57)


J'ai eu plusieurs fois l'occasion, ces dernières années, de voir, avec un plaisir toujours renouvellé, de grandes expositions de peintures présentées au Grand Palais : une exposition consacrée aux oeuvres tahitiennes du peintre Paul Gauguin en novembre 2003, une exposition consacrée aux peintres paysagistes John Mallord William Turner, James McNeill Whistler et Claude Monet en janvier 2005, une exposition consacrée au peintre français méconnu Henri Rousseau - dit le Douanier Rousseau - en juin 2006, et une grande exposition consacrée au peintre réaliste Gustave Courbet en décembre 2007, déjà évoquée à l'époque dans un précédent article. Jamais pourtant, jusqu'à présent, je n'avais pourtant vu un tel battage médiatique autour d'une exposition, ni une telle affluence de visiteurs comme celle que connait en ce moment cette dernière exposition en date, consacrée au peintre espagnol Pablo Picasso et aux maîtres de la peinture qui l'ont inspiré. Le jour de ma visite au Grand Palais, le 31 décembre dernier, il m'aura fallu attendre un long moment - environ deux heures - dans une file d'attende, devant l'entrée du bâtiment et dans un froid hivernal particulièrement glacial, pour pouvoir enfin accéder aux chefs d'oeuvres de l'exposition, dont la qualité compense heureusement l'interminable attente initiale, beaucoup trop longue et relativement pénible à vrai dire (heureusement que je n'ai personnellement rien eu à payer pour entrer !). Fatigué par le froid et agacé par l'attente, mais enfin arrivé à l'intérieur du bâtiment, puis à l'étage où commence la visite, il m'a fallu un petit moment pour pouvoir être en mesure de vraiment profiter de cette exposition, qui se termine, fort heureusement, par une grande salle consacrée aux nus féminins que j'ai pu, en fin de visite, apprécier comme il se doit, les organisateurs ayant au moins eu la sagesse de garder ainsi le meilleur pour la fin, avec notamment la magnifique Maja desnuda de Francisco de Goya, venue spécialement de Madrid pour l'occasion, et dont la présence à cette exposition a, je l'avoue, été assez décisive dans ma volonté de me rendre au Grand Palais lors de mon séjour à Paris ;-)...


Ainsi, malgré cette affluence énorme de visiteurs à laquelle il fallait sans doute s'attendre et que n'ont pourtant guère immortalisée les photographies publiées par les agences de presse ayant couvert l'évènement à ses débuts, on ne saurait, in fine, bouder son plaisir... Cette exposition "Picasso et les maîtres" est, il est vrai, exceptionnelle par son contenu, avec ses oeuvres de Cranach, Titien, El Greco, Dubois, Ribera, Poussin, Velázquez, Zurbarán, Le Nain, Rembrandt, Mazo, Murillo, Meléndez, Chardin, Goya, Ingres, Delacroix, Courbet, Puvis de Chavannes, Manet, Degas, Cézanne, Renoir, Rousseau, Gauguin, Van Gogh, Toulouse-Lautrec, et bien sûr Picasso, qui n'est pas le peintre du XXe siècle que je préfère le plus (on le sait, j'ai plutôt une assez nette préférence pour son compatriote et contemporain Dalí) mais son oeuvre résolument figuratif me parle de toute façon beaucoup plus que n'importe quelle production d'un artiste contemporain adepte de l'abstraction. J'ai néanmoins un peu de mal à comprendre ce qui pousse les visiteurs à se ruer comme ils le font à une exposition consacrée à Picasso, sous prétexte qu'il s'agit de Picasso, alors qu'ils ne sont en général pas si nombreux à se précipiter pour voir des expositions consacrées au Douanier Rousseau, ou même à Gustave Courbet (en décembre 2007, pour voir les chefs d'oeuvres de Courbet, j'avais bien fait également la queue à l'entrée, mais durant un temps beaucoup plus court que pour l'actuel exposition Picasso). Il faut croire que la publicité autour de cette grande manifestation culturelle a été efficace (j'avoue y avoir sans doute été moi-même sensible puisque j'ai fait le déplacement, même si ce n'était évidemment pas la première fois [loin s'en faut !] que je visitais une exposition de peinture), et que les efforts des organisateurs pour créer l'évènement n'auront pas été vains. Un article publié par Philippe Dagen dans le journal Le Monde, en octobre dernier, a évoqué l'envers du décor, qui est le même que pour bien d'autres expositions, mais dont aura rarement autant parlé qu'à l'occasion de cette "exposition monstre de l'année" qu'est l'exposition "Picasso et les maîtres"...


"Picasso, Goya, Manet : le troc de l'année

D'ampleur exceptionnelle, l'exposition parisienne consacrée à l'artiste espagnol à partir du 8 octobre a donné lieu à des transactions tout aussi inhabituelles entre les musées.

« Picasso et les maîtres » : trois expositions, au Grand Palais, au Louvre et au Musée d'Orsay confrontent, à partir du 8 octobre et pour quatre mois, plus de deux cent oeuvres des plus grands peintres anciens, de Titien à Goya, et les reprises, variations et métamorphoses qu'elles ont inspirées à l'artiste espagnol.
    Une telle rencontre n'a jamais été tentée, et jamais ces trois lieux ne s'étaient associés pour une exposition. De là deux difficultés majeures : obtenir les prêts et financer les assurances et les transports d'oeuvres célébrissimes et hors de prix venues d'une soixantaine de musées et de collections privées, en France et à l'étranger.
    Plus une toile est célèbre, moins son propriétaire souhaite s'en séparer. Le collectionneur privé s'inquiète de voir son bien exhibé. Pour le musée, prêter un chef-d'oeuvre est aussi une mauvaise affaire : les touristes sont déçus, les conservateurs inquiets. Pour « Picasso et les maîtres », les négociations ont donc commencé il y a trois ans. Car une grande exposition, aujourd'hui, c'est de la diplomatie, du troc et des finances, plus que de l'histoire de l'art, d'autant que le projet exige des rapprochements précis. Pas un Rembrandt, mais tel Rembrandt. Pas un Goya, mais La Maja desnuda conservée au Prado de Madrid. Même chose pour Poussin, Manet, Vélasquez ou Greco.


2 milliards d'euros
    Il n'y avait donc guère de marge de manoeuvre pour les deux commissaires, Anne Baldassari et Marie-Laure Bernadac. La première dirige le Musée Picasso, la seconde est conservatrice au Louvre. Si elles n'occupaient pas ces fonctions, elles n'auraient pu réussir. Anne Baldassari n'en fait d'ailleurs pas mystère : elle a érigé le troc en méthode de travail, d'autant plus que le Musée Picasso doit être fermé pour travaux du printemps 2009 au printemps 2011 et que ses collections se trouvent donc libres de circuler à ces dates. Elle explique le procédé : « La coopération avec la National Gallery de Londres était primordiale, pour plusieurs tableaux anciens, tel le Portrait de Madame Moitessier d'Ingres. nous lui prêterons donc, en 2009, une vingtaine de Picasso pour leur propre version de l'exposition. »


    Autre exemple : « Il nous fallait absolument la Nana de Manet, conservé à la Kunsthalle d'Hambourg, parce que Picasso en a fait sa version. La Nana est en principe indéplaçable, le directeur du musée l'avait annoncé à son conseil d'administration. » Elle viendra pourtant au Grand Palais - et Hambourg aura son exposition Picasso dans quelque temps.
    Le procédé n'est pas neuf. Depuis que la mode des expositions à grand spectacle se développe - une trentaine d'années -, bien des conservateurs ont employé leurs collections comme des monnaies d'échange. Entre grands musées internationaux, cela se fait, hors de tout versement d'argent évidemment.
    Ce qui n'exclut pas dans d'autre cas la pratique des loan fees, ces sommes que certains prêteurs demandent en « dédommagement » : le tarif de location. Les musées russes l'ont largement pratiqué après 1989, quand les Occidentaux sont venus leur emprunter leurs chefs-d'oeuvre inaccessibles depuis 1917. Les fondations privées en font autant aujourd'hui. Mais ni les prêteurs ni les emprunteurs ne révèlent le montant de ces transactions.
    Quand aucun troc n'est accepté et qu'il ne saurait y avoir versement d'argent, comment faire ? Rien ne peut légalement contraindre un conservateur à laisser partir une oeuvre, même à 200 mètres de son musée. L'Autoportrait de Van Gogh ne traversera pas la Seine d'Orsay au Grand Palais, bien qu'Orsay soit partenaire de l'opération. Rien n'y a fait, ni « amicales pressions » ni interventions officieuses. L'Autoportrait à la palette, de Van Gogh conservé à Amsterdam ne viendra pas non plus, ni L'Homme au casque d'or, de Rembrandt, resté à Berlin, ni l'Autoportrait avec Saskia du même Rembrandt, que la Gemäldegalerie de Dresde n'a pas lâché. Toutes les tentatives ont échoué.
    D'autres n'ont pas même été esquissées : Les Ménines de Vélasquez n'ont pas été demandées au Prado, car elles ne sortent jamais du musée madrilène, pas plus que Guernica. Mieux valait donc s'abstenir et espérer que le Prado serait plus conciliant s'il n'était pas contraint de refuser Les Ménines : c'est ce qui s'est passé, au bénéfice de Greco, de Goya et de Vélasquez moins importants. Encore de la diplomatie.


10 000 visiteurs par jour
    Après le temps des négociations vient celui des comptes. Transporter et assurer des chefs d'oeuvres coûte cher. Le budget de « Picasso et les maîtres » est estimé à 4,3 millions, ce qui en fait l'une des manifestations les plus chères de l'histoire des musées français, sinon la plus chère.
    Le groupe LVMH en est le mécène pour un montant d'un million d'euros, selon nos informations, dont environ les deux-tiers pour le Grand Palais, le Louvre et Orsay se partageant le reste. Sur ce total, les transports - avions, caisses, camions - sont estimés à près de 1 million et les assurances à 730 000 euros.
    Cette somme serait bien plus élevée si l'Etat français n'était son propre assureur pour ses collections et celles exposées sur le territoire français dont la veleur est estimée supérieure à 100 millions d'euros. Sans ce dispositif, l'exposition aurait été impossible. La valeur cumulée des oeuvres serait, dit-on, de 2 milliards d'euros. Mais qui peut estimer la valeur de La Maja desnuda de Goya et de l'Olympia de Manet ?
    Les autres postes lourds du budget sont la scénographie (716 000 euros) et les sous-traitances de la surveillance et de l'accueil des visiteurs : plus de 1 million d'euros. Le prix à payer pour pouvoir accueillir des foules nécessaires à l'équilibre des comptes.


    De là des horaires hors du commun au Grand Palais : 5 nocturnes jusqu'à 22 heures par semaine au lieu d'une seule. Mieux : la sacro-sainte fermeture hebdomadaire du mardi est abandonnée durant les vacances scolaires et l'exposition sera alors ouverte tous les jours de 9 heures à 23 heures. But avoué de ces mesures : dépasser les 10 000 visiteurs par jour, contre 6500 en temps normal.
    Chacun paiera 12 euros pour entrer au Grand Palais - 8 euros en tarif réduit. Plus 9 euros pour Delacroix et Picasso au Louvre ; plus 9,50 euros pour Manet et Picasso à Orsay.
    Les trois institutions n'ont, en effet, pas réussi à s'accorder sur un billet commun ou sur un système permettant des réductions. C'est cela aussi, une grande opération culturelle : des recettes que l'on se dispute farouchement."

(Philippe Dagen, in Le Monde, Dimanche 5 - Lundi 6 octobre 2008, page 3)


De fait, face au grand succès attendu de l'exposition, une regrettable histoire de gros sous - très représentative du fait que les grands musées sont de plus en plus gérés comme des entreprises, avec un souci certain de rentabilité -, n'a pas tardé à voir le jour, si l'on en croit une dépêche de l'Agence France Presse publiée tout récemment, le 11 janvier :

"Picasso et les maîtres": succès de l'exposition, à qui vont les bénéfices ?


Forte de son succès, l'exposition "Picasso et les maîtres" sera bénéficiaire, peut-être d'un million d'euros. Les musées organisateurs ont demandé à profiter de la manne, faisant paraître au grand jour une querelle de gros sous qui cache elle-même d'autres tensions.

Au départ, l'affaire est simple. La RMN (Réunion des Musées nationaux), établissement public qui organise notamment les expositions du Grand Palais et gère la billetterie d'une trentaine de musées nationaux, a payé les coûts de l'exposition (transports, assurances, exploitation, communication, etc).

Les musées du Louvre, d'Orsay et Picasso étant simplement co-organisateurs, les bénéfices doivent repartir dans les poches de la RMN qui, par ailleurs, a donné 150.000 euros au Louvre et à Orsay pour l'organisation de leurs expositions relatives à Picasso.

Ainsi en a décidé une convention signée fin juillet par les parties concernées, indiquent des sources concordantes.

Le 15 octobre, les dirigeants des trois musées co-organisateurs ont néanmoins adressé une lettre, révélée par le quotidien Libération, demandant à la RMN de "revaloriser notre contrepartie", en reversant 40% du bénéfice net au musée Picasso, 15% au Louvre et 15% à Orsay.


Dans un courrier au ministère de la Culture, signé par son patron Thomas Grenon, la RMN a rappelé la convention signée, s'étonnant de "cette contestation a posteriori".

Au ministère de la Culture, "agacé par cette querelle de famille mise sur la place publique", on affirme "qu'on s'en tient à ce qui a été décidé".

L'affaire en reste là mais, portée au grand jour par presse interposée, fait jaser dans le Landerneau.

Simple querelle de sous ? Pour certains peut-être, et certainement pour le musée Picasso.

Car le musée, qui doit déjà assumer financièrement une partie de gros travaux de restauration, n'a pas eu de contrepartie puisqu'il n'a pas organisé d'exposition parallèle. De plus, il a perdu 50% de sa fréquentation lors de "Picasso et les maîtres", son public partant voir Picasso au Grand Palais.

Mais concernant le Louvre et Orsay, d'aucuns y voient moins une affaire financière que la manifestation de relations parfois tendues de ces musées avec la RMN, qui fut autrefois leur gestionnaire. Elle a perdu ce monopole dans les années 1990 après la transformation des grands musées en établissements publics autonomes.


La "RMN ne sert à rien", dit-on au musée du Louvre, "elle est non seulement un frein au développement des gros établissements mais également à celui des petits musées, dont elle capte l'argent".

Le patron d'Orsay est, quant à lui, sur la même longueur d'ondes que le Louvre, tout en se défendant d'être "en guerre avec la RMN. Nous disons, l'exposition Picasso a très bien marché, on revoit le contrat, parce qu'il y aura d'autres expositions", dit Guy Cogeval. "Après tout, rien n'oblige Orsay à montrer ses têtes d'affiches au Grand Palais", ajoute-t-il.

"Nous avons un rôle de fédérateur et de redistributeur", plaide de son côté Thomas Grenon de la RMN. "Les bénéfices des expositions qui marchent aident celles qui ne marchent pas", insiste-t-il. Et de se montrer conciliant : "Le plus important, c'est d'avoir réussi à monter une exposition d'importance mondiale", dit-il.

Il n'empêche. Le débat "nous affaiblit au plan international", conclut un responsable de musée. "Ceci n'aurait pas lieu en Angleterre ou aux Etats-Unis".

(Dépêche de l'Agence France Presse, 11 janvier 2009, 14h35)

En ce qui concerne l'exposition elle-même et la pertinence de son exceptionnel contenu artistique, à côté des nombreux commentaires dithyrambiques diffusés dans la plupart des médias, il s'est bien trouvé quelques critiques quelque peu dissonnantes, comme par exemple celle de Didier Rykner mis en ligne sur le site de La Tribune de l'Art le 8 octobre dernier :

"Picasso et les Maîtres  

Paris, Galeries Nationales du Grand Palais, du 8 octobre 2008 au 2 février 2009 - Paris, Musée du Louvre, du 9 octobre 2008 au 2 février 2009 - Paris, Musée d'Orsay, du 8 octobre 2008 au 1er février 2009.
Londres, National Gallery, du 25 février au 7 juin 2009.


      Picasso et les maîtres est calibré pour battre tous les records de fréquentation et susciter les éloges les plus extravagants (exposition de l'année, de la décennie, voire du siècle [1]...) Réunir l'artiste qui déplace les foules et l'associer aux plus grands noms de la peinture occidentale est une idée de génie pour faire venir un maximum de visiteurs, ce qui semble bien l'objectif de cette rétrospective. Elle défie, par là même, toute critique et semble devoir être largement encensée.
   Cela doit-il empêcher de s'interroger sur son intérêt intrinsèque, et sur sa réussite ? Evidemment non. Car une réunion de chefs-d'œuvre ne suffit pas pour faire une bonne exposition.


   Le fonds comme la forme sont discutables. La muséographie, avec ces murs uniformément gris, même s'ils s'accordent avec les œuvres de toutes les époques, finit par rendre ce parcours profondément déprimant, ce qui est tout de même paradoxal. On est heureux, en ressortant, de retrouver la lumière naturelle, fût-ce celle d'un automne pluvieux.
   Beaucoup plus gênant : les comparaisons sont loin d'être toutes pertinentes. Et lorsqu'elles fonctionnent, on se dit que beaucoup d'autres auraient pu être proposées. La première salle par exemple, qui réunit un grand nombre d'autoportraits, ne convainc absolument pas. On a l'impression que n'importe quel tableau représentant un peintre avec une palette aurait pu faire l'affaire. En particulier, l'Autoportrait de Rembrandt du Louvre ne répond à aucune des oeuvres de Picasso exposées dans cette pièce.


   Sauf exceptions (le Saint Martin et le Mendiant de Gréco et le Garçon conduisant un cheval de Picasso, La Toilette de Psyché d'après Ambroise Dubois et la grande esquisse Trois femmes à la fontaine du Musée Picasso à Paris, certains rapprochements de gravures, etc.), les seules confrontations indiscutables sont celles qui juxtaposent les copies (toujours libres) et les oeuvres qui les ont inspirées. Avec parfois des risques de contresens : L'Enlèvement des Sabines renvoie sans doute en partie à Poussin, mais il n'évoque pas moins David, le personnage de soldat nu à droite de la composition en étant directement issu des Sabines de ce dernier. Ce rapprochement est d'ailleurs proposé dans le catalogue mais ignoré dans l'exposition alors qu'il aurait été simple de l'illustrer par une photo.


   Autre association douteuse, celle qui montre dans la salle des natures mortes (comme pour les autoportraits, les tableaux semblent ici avoir été choisis au petit bonheur la chance) une Tête de mort à la cruche de Picasso (Londres, Nahmad Collection) à côté de trois crânes peints par Cézanne (Detroit, Institute of Arts), une étude formelle sur la sphère, sans aucun sens symbolique. Car Picasso s'inspire ici bien davantage des Vanités du XVIIe siècle que du peintre d'Aix-en-Provence.
   Pourquoi le Douanier Rousseau est-il présent alors que Matisse est totalement ignoré ? Pourquoi n'y-a-t'il pas d'oeuvres pointillistes, même à côté de la « copie » du Retour du Baptême des frères Le Nain, peint dans un style très proche de Seurat.


   Toutes ces questions, personne n'y répondra. Picasso a-t-il vu tel ou tel tableau placé à ses côtés, s'en est-il réellement inspiré ou la comparaison n'est-elle donnée qu'à titre d'illustration ? Rien, dans l'exposition, n'est commenté comme si ces précisions n'étaient pas nécessaires. Le catalogue n'est pas plus disert puisque les oeuvres exposées sont juste reproduites, sans même être numérotées, évidemment sans aucune notice [2]. Les essais étant par ailleurs extrêmement réduits, l'ouvrage s'apparente à un grand livre d'image, ce qui est plus que léger, d'autant que les approximations fourmillent. Picasso ne pouvait pas connaître plusieurs tableaux ici présentés pour la bonne raison qu'ils n'ont été redécouverts que récemment, comme Le verre d'eau et rose sur un plateau d'argent de Zurbarán ou la Nature morte avec citrons et oranges de Luis Meléndez. Quant à l'Agnus Dei, du même Zurbarán, que vient-il faire dans cette exposition ? Non seulement aucune œuvre ne lui est confrontée, mais le catalogue lui-même ne suggère pas de rapprochement. Peut-être aurait-on pu le mettre en relation avec L'Homme au mouton, mais cette oeuvre n'est pas présentée, comme d'ailleurs aucune sculpture de Picasso, alors qu'il y aurait eu beaucoup à en dire. Quel travail les commissaires de l'exposition ont-elles produit, à part celui de s'assurer les prêts les plus prestigieux en faisant preuve de diplomatie ou plutôt de qualités de marchandage comme l'a très bien expliqué Philippe Dagen dans Le Monde ? Que Picasso se soit inspiré des maîtres, qu'il ait absorbé ce qu'il voyait dans les musées ou dans les livres pour se forger son propre panthéon personnel et qu'il se soit servi de cette matière pour créer n'est pas une nouveauté. Cela demandait donc un véritable travail d'historien pour proposer un nouveau regard. On sort de cette exposition et de la lecture du catalogue sans avoir rien appris de nouveau sur l'art de Picasso.


   Il faut s'interroger, une fois de plus, sur le sens de certaines expositions et du déplacement incessants des tableaux. Picasso, lorsqu'il peignait d'après les maîtres, était souvent face à une carte postale. Une bonne photo aurait suffi pour comprendre les liens entre ses toiles et ses modèles. Etait-il donc bien raisonnable de transporter des chefs-d'oeuvre comme la Maja Desnuda de Goya ? Le Prado a refusé d'envoyer les Ménines car il s'agit d'un de ses tableaux phares, qui n'en bougera plus. Mais la Maja Desnuda n'est pas moins importante et il est vraiment discutable que ce tableau sorte de son musée, dans un objectif finalement purement iconographique et avec si peu de rigueur scientifique. Les visiteurs du Prado s'attendent à voir cette oeuvre, qui ne prend d'ailleurs son véritable sens qu'avec la Maja Vestida. Dans la dernière salle, le rapport entre la Maja, la Vénus de Titien (Prado), L'Olympia de Manet et les Picasso qui leur sont confrontés est ainsi fort ténu. Ces Nus couchés sont davantage proches de L'Odalisque d'Ingres et de la femme à droite du Bain Turc. Laurence Madeline, commissaire de l'exposition Ingres-Picasso à Paris en 2004, avait finalement bien mieux cerné ce sujet. Le Paolo et Francesca d'Ingres à Angers, le David et Bethsabée de Cranach à Berlin, sont des tableaux essentiels à leurs musées. Fallait-il les faire venir pour les exposer à plat, sans visibilité, comme des tableaux à l'encan à l'Hôtel Drouot [3] ?


   Le Jeune Mendiant de Murillo, à peine revenu d'Atlanta, a quitté une fois de plus le Louvre pour être mis à côté d'un tableau qui n'a pas grand chose à voir avec lui [4]. Il est accompagné par l'inévitable Infante qui semble définitivement donnée à Vélazquez et non à son atelier, sans que jamais cette attribution ait réellement été justifiée. Il est regrettable aussi que L'Olympia de Manet ait quitté les cimaises d'Orsay. Au moins Le Déjeuner sur l'herbe à pu y rester, et Les Femmes d'Alger au Louvre, des dossiers étant montés autour de ces deux oeuvres majeures. L'exposition d'Orsay est finalement la plus réussie avec une belle scénographie d'Hubert Le Gall et un accrochage témoignant d'une véritable réflexion.


   La conclusion s'impose : ce thème est davantage le sujet d'un livre - qui reste à écrire - que d'une exposition, car juxtaposer des tableaux anciens et ceux de Picasso se comprend aussi bien devant des illustrations que devant les oeuvres elles-mêmes. On ne peut malgré tout déconseiller de se rendre au Grand Palais. Pour peu qu'on réussisse à y voir quelque chose parmi les 10 000 visiteurs quotidiens attendus (!), on y admirera un nombre de chef-d'oeuvre prodigieux, de Cranach à Picasso. Certains ont même été dénichés dans des lieux peu connus : qui, lorsqu'il visite Washington, pense à se rendre à Dumbarton Oaks ? Le Gréco qui en vient est exceptionnel.


Espérons au moins que cette rétrospective permettra à la RMN de rentrer dans ses frais. Ce qui lui permettra de continuer à organiser des expositions réellement novatrices et intellectuellement satisfaisantes bien que nettement moins fréquentées, comme celle consacrée à Victoria et Napoléon III à Compiègne, parfaite anti-thèse de cette exposition Picasso [...].

Didier Rykner
(mis en ligne le 8 octobre 2008)

1. Tous ces qualificatifs ont été employés par des commentateurs. On a même parlé d' « exposition des expositions » !
2. On atteint ainsi l'épure extrême, puisqu'il n'y a même pas d'historique, ni de bibliographie. Juste la photo, la technique, la taille et la localisation.
3. Sans compter que cela peut faire courir des risques au Ingres : la toile pourrait prendre les marques du châssis. On espère qu'une protection a été mise en place.
4. Le Louvre nous a certifié que ce tableau, dont nous disions [...] qu'il se rendrait à Bilbao pour l'exposition Le jeune Murillo dans un an, n'avait pas été demandé par ce musée. Pourtant, celui-ci annonce la rétrospective à l'aide de cette toile. Sa présence dans une telle rétrospective serait d'ailleurs bien plus pertinente qu'à celle du Grand Palais."

(Didier Rykner, article publiée sur le site de La Tribune de l'Art
[http://www.latribunedelart.com/], le 8 octobre 2008)

Didier Rykner peut être aujourd'hui rassuré en ce qui concerne les bénéfices à espérer de la forte fréquentation de l'exposition : ainsi qu'on l'a évoqué plus haut, la RMN, de toute évidence, rentrera effectivement dans ses frais. Pour ce qui est de l'exposition elle-même, la critique de Rykner peut assurément se justifier, car ce genre d'exposition très médiatisée est toujours discutable, tant sur la forme que sur le fond. Néanmoins, en ce qui me concerne, je suis pas, a priori, vraiment tenté de le suivre dans cette voie. Il se trouve qu'en venant voir cette exposition, je n'ai pas été spécialement animé par la volonté d'apprendre des choses nouvelles sur l'art de Picasso. Je suis surtout venu pour voir en vrai des chefs d'oeuvres de la peinture occidentale que je n'aurai peut-être jamais plus l'occasion de voir en vrai par la suite.


Rykner s'interroge sur la pertinence de faire venir à Paris La Maja desnuda de Goya, mais personnellement, je suis très content qu'on l'ait fait venir ! Bien qu'ayant déjà eu plusieurs fois l'occasion d'aller en Espagne, y compris pour y voir des oeuvres d'art, je n'ai jamais eu l'occasion d'aller au Musée du Prado à Madrid, et n'en aurait peut-être d'ailleurs jamais l'occasion. Pourquoi ne me réjouierai-je pas donc de pouvoir enfin voir en vrai, à l'occasion d'un séjour à Paris, ce chef d'oeuvre du nu féminin occidental qu'est La Maja desnuda ? Je pourrais, du reste, en dire autant en ce qui concerne d'autres chefs d'oeuvres, peints par El Greco et Velázquez, par exemple, que je n'aurai peut-être jamais l'occason de revoir ailleurs que dans cette exposition, la peinture espagnole précédant l'époque de Picasso étant fort peu représentée dans les collections des musées français, mis à part celles du Louvre à Paris et du Musée Goya à Castres. Pour Didier Rykner, "juxtaposer des tableaux anciens et ceux de Picasso se comprend aussi bien devant des illustrations que devant les oeuvres elles-mêmes", mais pour moi, le problème n'est pas là : voir les oeuvres peints des artistes en vrai, de ses propres yeux, ce n'est pas la même chose que de les voir reproduites dans un livre ! J'ai d'ailleurs pu justement le constater avec La Maja desnuda, qui apparait souvent d'une reproduction à l'autre sous un aspect variable selon l'éclairage, et dont seule une confrontation devant le véritable tableau peut permettre d'avoir une idée de ce qu'est l'oeuvre originale. J'avoue que lorsque je viens voir une exposition, je ne viens pas spécialement pour suivre un cours d'histoire de l'art (j'en ai souvent suivi durant les premières années de mes études supérieures, et je ne le regrette absolument pas, du reste), mais je viens d'abord pour voir les oeuvres en vrai, même si, par ailleurs, il vaut toujours mieux que celles-ci soient présentées au public de la façon la plus pertinente possible, afin que chacun puisse éventuellement apprendre quelque-chose en même temps qu'il apprécie la beauté des oeuvres.


Bien entendu, à bien y regarder, on peut convenir que Rykner n'a pas tort de s'interroger sur la pertinence d'associer telle ou telle oeuvre de Picasso avec telle ou telle oeuvre de maître plus ancien, et je me suis moi-même posé quelques questions durant ma visite. Ainsi, par exemple, dans la dernière salle de l'exposition, consacrée aux nus, lorsque j'ai vu le Nu couché et homme jouant de la guitare de Picasso, peint le 27 octobre 1970 à Mougins, et prêté par le Musée Picasso de Paris, accroché entre deux grands autres nus de la peinture occidentale, à savoir Vénus se divertissant avec l'Amour et la Musique peint par Le Titien et La Maja desnuda merveilleusement peint par Goya, je me suis effectivement interrogé sur le lien "ténu", pour reprendre le terme de Rykner, qu'il pouvait y avoir entre l'oeuvre de Picasso et celles du Titien et de Goya. De fait, le tableau de Picasso semble beaucoup plus proche d'un magnifique tableau du génial Jean Auguste Dominique Ingres, intitulé L'Odalisque à l'esclave, appartenant à la collection Winthrop conservée au Fogg Art Museum à Cambridge, aux Etats-Unis d'Amérique.


J'ai eu la chance de voir ce tableau de Ingres au Musée des Beaux-Arts de Lyon, en avril 2003, lors de la venue exceptionnelle en Europe, à l'occasion d'une exposition itinérante, de chefs d'oeuvres de la collection Winthrop, qui pourtant sont censés ne devoir jamais quitter le sol des Etats-Unis depuis qu'ils ont été attribués au Fogg Art Museum. La présence de ce tableau au côté du nu peint par Picasso le 27 octobre 1970 aurait sans doute été idéale, mais je suppose que les commissaires de l'exposition ont fait ce qu'ils ont pu pour faire venir les oeuvres qui étaient actuellement les plus facilement accessibles, sachant que L'Odalisque à l'esclave de Ingres du Fogg Art Museum n'est sans doute pas une oeuvre qui reviendra en Europe de sitôt après son exceptionnelle escapade de 2003... Du reste, dans cette dernière salle de l'exposition "Picasso et les maîtres", j'ai pu voir d'autres nus féminins de Picasso, peints vers la fin des années 1960, avec lesquels des correspondances avec La Maja desnuda de Goya pouvaient être établies, fusse de façon "ténue", tandis que Jean Auguste Dominique Ingres était tout de même également réprésenté dans ladite salle, en particulier par une merveilleuse Odalisque en grisaille du Metropolitan Museum of Art (MMA) de New York... accrochée à côté d'un nu peint par Picasso le 2 novembre 1969 à Mougins (issu d'une collection particulière) qui, pour le coup, bien que de couleur grise comme l'Odalisque du MMA, aurait pu être plutôt rapproché de La Maja desnuda...


Ainsi, il était toujours possible de critiquer la pertinence des rapprochements faits par les organisateurs de l'exposition entre telles ou telles oeuvres, mais l'essentiel était ailleurs. Le 31 décembre dernier, j'ai eu l'opportunité de voir en vrai des chefs d'oeuvres de la peinture au Grand Palais, et j'en suis bien content. Le 2 janvier dernier, j'ai complété ma visite par les deux autres parties de l'exposition, proposées au Musée d'Orsay et au Musée du Louvre.


A Orsay, il a fallu encore attendre dehors, comme au Grand Palais, avant de pouvoir enfin entrer dans le musée, même si la file d'attente qui serpentait à l'extérieur était tout de même moins interminable que celle de l'exposition principale. Une fois à l'intérieur, une autre file d'attente, plus petite mais néanmoins exaspérante, s'est imposé devant les salles consacrées au thème "Picasso et Manet". Si, selon Rykner, "l'exposition d'Orsay est finalement la plus réussie avec une belle scénographie [...] et un accrochage témoignant d'une véritable réflexion", j'ai constaté pour ma part à quel point voir des oeuvres d'art au milieu de la foule et dans des salles peu propices à une affluence massive de visiteurs pouvait être pénible, même si le travail de Picasso d'après le célèbre Déjeuner sur l'herbe de Manet est, par ailleurs, intéressant à regarder à travers les différentes oeuvres présentées dans l'exposition. Dommage que les salles aient été aussi exigues par rapport à l'affluence du public...


Le troisième et dernier volet de l'exposition, consacrée au thème "Picasso et Delacroix" et que j'ai visité au Musée du Louvre en nocturne, s'est finalement révélé être le plus accessible, "noyé" qu'il était au milieu des prestigieuses collections permanentes du Louvre, ce qui avait l'immense mérite de favoriser la dispersion du public, et donc de freiner quelque peu l'affluence autour des oeuvres de Picasso, temporairement exposées au premier étage de l'aile Denon, au milieu des vastes salles des célèbres  peintures françaises à grands formats et non loin des fameuses peintures italiennes, soit à deux pas de chefs d'oeuvres tels que le Concert champêtre du Titien, traditionnellement attribué à Giorgone (et auquel fait d'ailleurs écho le Déjeuner sur l'herbe de Manet exposé à Orsay), et la célèbre Grande Odalisque de Ingres, toute en couleurs celle-ci, et qu'il aurait peut-être été intéressant, au passage, de faire voisiner avec La Maja desnuda de Goya, même au nom d'un rapprochement "ténu" (encore que...) ;-)...


Cette exposition dans une grande salle du Louvre d'une vingtaine de variations peintes par Picasso d'après le chef d'oeuvre d'Eugène Delacroix intitulé Femmes d'Alger dans leur appartement, a conclu agréablement, dans la soirée du 2 janvier, cette grande visite, étalée sur deux jours (sans compter le Nouvel An), de l'exposition "Picasso et les maîtres", laquelle me laisse une impression certes un peu mitigée, en raison des files d'attente, toujours pénibles, et de la foule regroupée devant les tableaux dans certaines salles, mais néanmoins positive car elle a été une occasion unique de voir, et parfois de revoir, de grands chefs d'oeuvres de la peinture occidentale à l'occasion de mon séjour à Paris.

Pour ceux que cela intéresse, ajoutons, en guise de conclusion, que p
our faire face au succès public, l'exposition "Picasso et les maîtres" sera ouverte 24 heures sur 24 pendant quatre jours, du 30 janvier (9h00) au 2 février (20h00). Pour éviter les files d'attente, il semble qu'une visite entre 2 heures et 4 heures du matin soit toute indiquée... ;-)

Cordialement, :-)

Hyarion.


(Illustrations : Maja desnuda, huile sur toile [1797-1800] par Francisco de Goya, Madrid, Museo Nacional del Prado ; ... pour la suite, voir réponse aux premiers commentaires [des contraintes techniques m'empêchant, une fois de plus, de publier mon article tel quel sur le présent blog])
Par Hyarion - Publié dans : Musées et expositions
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Mardi 30 décembre 2008 2 30 12 2008 20:25
Le réveillon du Nouvel An aura lieu demain, et bientôt les évènements de l'année 2008 ne seront plus qu'un souvenir parmi d'autres... Alors que je m'apprête, ce soir même, mardi 30 décembre, à quitter Midi-Pyrénées par train de nuit, pour aller passer à Paris ledit réveillon du Nouvel An, je pense à ce que nous réserve l'avenir... D'ors et déjà, pour beaucoup de personnes promptes à donner sans cesse leur avis par l'intermédiaire des médias de masse, l'année 2009, qui est sur le point de commencer, sera assurément "une année très difficile à passer", "une année pleine de turbulences", "l'année de tous les dangers"... bref, une sorte d'"annus horribilis" annoncée, avant même que les douze coups de minuit clôturant la St-Sylvestre ne se soient encore fait entendre aux clochers des églises. Comprenne qui pourra... L'actuel chef de l'Etat français, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, a lui-même déjà livré, devant certains de ses ministres, le 19 décembre dernier, sa prédiction pour la prochaine année :

"L'année 2009 va être catastrophique, [...] dès février et mars, cela va être terrible."

(Nicolas Sarkozy, le 19 décembre 2008, devant des ministres du gouvernement, cité in Le Canard Enchaîné N°4600, 24 décembre 2008)

Il est vrai que dans ses dernières prévisions publiées précisément le 19 décembre dernier, l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) prévoit que sous le choc de la crise économique et financière internationale, la France basculera dans la récession au début de l'année prochaine pour la première fois depuis 1993, avec une économie en chute libre et une remontée en flèche du chômage, malgré un plan de relance gouvernemental par ailleurs coûteux pour les finances publiques. Après une progression de 0,1% au troisième trimestre 2008, l'Institut de la statistique table sur un effondrement de 0,8% du PIB au dernier trimestre de 2008, suivi d'un nouveau recul de 0,4% au premier trimestre de 2009. Compte tenu d'un tel contexte, la crainte qu'a Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa - président autoproclamé de la "valeur travail" - de se retrouver avec 2,5 millions de chômeurs sur les bras à la fin de l'année prochaine, se révèle fondée... Mais qu'y pouvons-nous ? Ce ne sont  sans doute pas, en tout cas, les prochaines élections européennes de juin 2009 (avec le cirque folklorique habituel que ne manqueront de proposer les candidats des différentes listes en présence, comme c'est le cas à chaque fois) qui nous sortirons de la gadoue dans laquelle nous serons censés alors nous trouver... comme si, du reste, nous n'y étions pas déjà, dans la gadoue, notamment en matière de politique !


Du reste, de là à tenir des discours idiots sur le thème "On va tous crever !" comme ont tendance à le faire certains crétins depuis quelque temps, il ne faut tout de même pas tomber dans ce genre de délire imbécile. De toute façon, il est bien évident qu'un jour ou l'autre, effectivement, "on va tous crever", mais pas forcément tous pour les mêmes raisons, pas forcément tous en même temps, et notamment pas forcément tous en 2009, qu'il s'agisse ou non d'une "annus horribilis"... Alors gardons donc la tête froide, voulez-vous ? L'année 2008 n'est même pas encore terminée ! Du reste, c'est sans doute l'occasion où jamais d'évoquer ici l'évènement qui aura été, à mes yeux, le plus remarquable de l'année qui s'achève à présent, et qui a fait l'objet d'une dépêche de l'Agence France Presse au mois d'août dernier :


Un manchot annobli par un régiment royal norvégien


Un manchot, prénommé Nils, est entré dans les livres d'histoire vendredi [15 août], en étant annobli par un régiment royal norvégien en visite en Ecosse.

Le manchot royal - dont le nom complet est Nils Olav - a été fait Sir, après avoir dûment inspecté la Garde royale norvégienne en déplacement à Edimbourg pour y participer à un festival militaire.

Pour l'annoblir, un garde a placé une épée de chaque côté de la tête de Nils, impeccable de tenue tout au long de la cérémonie.

"Nous avons une longue histoire avec la Garde royale norvégienne et c'est quelque chose dont nous sommes extrêmement fiers", a déclaré David Windmill, le directeur de la Société zoologique d'Ecosse, propriétaire du zoo d'Edimbourg où vit Nils.

Le manchot était devenu un membre honoraire du régiment norvégien en 1970, quand un lieutenant dénommé Nils Egelien avait visité le zoo. Le roi de Norvège était alors Olav V.

La Garde royale a ensuite rendu visite à Nils à chaque fois qu'elle est venue en Ecosse pour ce rassemblement, et le manchot a gagné du galon jusqu'à devenir colonel.

Le manchot originel est décédé il y a vingt ans, mais le nom a été transféré à l'un de ses semblables.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 15 août 2008, 13h51)

On le voit bien : pendant que les politiciens se préoccupent de savoir s'ils gagneront les prochaines élections en fonction de l'évolution du nombre des chômeurs, l'Histoire, elle, continue sa longue marche glorieuse, grâce à des acteurs d'envergure, comme le manchot Nils Olav...


Enfin, pour ceux qui redoutent l'arrivée de l'année 2009, il convient de se montrer rassurant en les informant que l'année 2008 durera... une seconde supplémentaire :

L'année 2008 aura une seconde de plus


L'année 2008 aura une seconde de plus, qui sera ajoutée à la dernière minute du 31 décembre, pour compenser le décalage entre la mesure du temps universelle et la durée réelle des jours solaires, a-t-on appris jeudi [11 décembre] auprès de l'Observatoire de Paris.

Cette mesure, qui interviendra à minuit GMT - soit 00H 59 min 59 sec à Paris -, est nécessaire pour corriger les variations de la rotation de la Terre, dues à divers phénomènes tels que les effets des marées océaniques, les fluctuations des vents atmosphériques et les interactions entre le noyau et le manteau terrestres.

La terre ralentit ainsi en moyenne d'environ 2 millisecondes par siècle, ce qui conduit à un retard cumulatif de 3 heures entre il y a deux millénaires et actuellement.

L'ajout d'une seconde intercalaire permet de faire coïncider à moins d'une seconde le Temps légal UTC établi en 1972 et calqué sur le "temps atomique international" des horloges atomiques, avec celui fondé sur la rotation de la Terre.

Le dernier ajustement remonte à 2005, et le prochain peut être envisagé pour 2012 ou 2013, a précisé à l'AFP Daniel Gambis, directeur du Service de la rotation de la Terre à l'Observatoire de Paris. Depuis la date de la mise en place de ce système, en 1972, 23 secondes ont déjà été ajoutées.


Le réglage du monde entier sur la même heure est très important dans certains secteurs comme l'espace - un satellite peut faire plusieurs kilomètres en une seconde -, les réseaux informatiques, etc.

La décision d'introduire une seconde intercalaire est prise par le Service International de la Rotation de la Terre et des Systèmes de Références (IERS), dont le Bureau Central se trouve à l'Observatoire de Paris.

Sa mise en oeuvre est à la charge de chaque pays, et en France, c'est le Laboratoire national de métrologie et d'essais - Système de Références Temps-Espace (LNE-Syrte) de l'Observatoire de Paris qui s'en occupe.

(Dépêche de l'Agence France Presse, 11 décembre 2008, 17h40)

Ainsi, en attendant l'"annus horribilis" qu'est censé être 2009, je ne peux qu'inviter mes lecteurs, d'une part, à avoir une petite pensée, le soir du réveillon du Nouvel An, pour le manchot Nils Olav, et d'autre part, à bien profiter de la seconde supplémentaire dont bénéficiera l'année 2008 à la dernière minute du 31 décembre. Et pour le reste, qui vivra verra ! ;-)


Bonne Année 2009 à tous ! :-)

Amicalement, :-)

Hyarion, l'anarcho-monarchiste.

(Illustrations : La silhouette de l'actrice américaine Scarlett Johansson, lors du concert organisé à Oslo à l'occasion de la remise du Prix Nobel de la Paix à Martti Ahtisaari, le 11 décembre 2008, photographie de l'agence de presse Reuters, ©Reuters ; Le président français Nicolas Sarkozy, le 17 décembre 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Eric Feferberg ; Le manchot Nils Olav inspectant la Garde royale norvégienne à Edimbourg, le 15 août 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Ed Jones ; Le manchot Nils Olav passant en revue les soldats de la Garde royale norvégienne à Edimbourg, après avoir été annobli, le 15 août 2008, photographie de l'agence de presse Reuters, ©Reuters ; Vue de la Terre par satellite en juillet 2007, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/NASA/Archives ; Image satellite de la Terre diffusée par la Nasa le 31 juillet 2007, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Archives/Ho ; Le manchot Nils Olav à Edimbourg, le 15 août 2008, photographie de l'Agence France Presse, ©AFP/Getty Images)
Par Hyarion - Publié dans : Turpitudes de la vie politique 2 (2008-2009) - Communauté : Communauté de l'opposition
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