"Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément."
(Article 3 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789)
Qu'est-ce que la nation ? Dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, votée par la
première Assemblée nationale constituante française en 1789, la nation est une entité collective et indivisible, distincte des individus qui la composent et titulaire de la souveraineté. En
France, la conception de la nation se fonde donc sur le droit. C'est ce qui fait sa spécificité. La nation, comme corps politique exprimant la volonté générale, résulte d'un contrat, d'une
association volontaire de ses membres, unis par un intérêt général. Cette conception politique de la nation, Ernest Renan lui a donné ses lettres de noblesse en 1882, lors de sa célèbre
conférence Qu'est-ce qu'une nation ?, prononcée à la Sorbonne, en affirmant notamment que la nation est "une âme, un
principe spirituel","une grande solidarité".
Cependant, de façon plus générale, dans un sens plus large, on sait que la nation peut désigner également un ensemble d'êtres humains vivant dans un même territoire, ayant une communauté
d'origine, d'histoire, de culture, de traditions, parfois de langue, et constituant une communauté politique. Ainsi la définition de la nation n'est-elle pas unique pour tout le monde, ce qui n'a
pu manquer de susciter une certaine confusion en France, l'emploi de ce terme n'étant pas dépourvu d'une certaine ambiguïté, selon les opinions de ceux qui l'utilisent. De fait, lorsque les
politiciens de droite et d'extrême-droite, en campagne électorale, s'emparent de ce thème, ils ne peuvent pas, le plus souvent, s'empêcher d'entretenir la confusion. Oubliant la conception
essentiellement politique de la nation française, ils pratiquent une démagogie identitaire, en se montrant favorable à la définition d'une appartenance nationale sur des critères matériels et non
spirituels, ce qui est bien évidemment contraire à la conception française de la nation, et encourage plus ou moins le développement des idées racistes et xénophobes...
Et naturellement, en cette année d'élection présidentielle, qui aura été à l'origine d'une nouvelle surenchère électorale sur le thème de la nation, et de
l'agitation médiatique qui s'en est suivi ? Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, bien entendu...
Le 8 mars 2007, Talonnette Ier a annoncé, sur France 2, la création d'un "ministère de l'immigration et de l'identité française", s'il est élu à la présidence de la République. Cette proposition
est absurde : l'État n'a pas à définir ce qu'est l'identité nationale, qui est, de toute façon, en constante évolution. Cette proposition est également dangereuse : ainsi que l'a écrit
l'historien des idées et essayiste Tzvetan Todorov, "en proposant un ministère traitant ensemble de l'identité nationale et de l'immigration, le candidat à la
présidentielle suggère un rapport négatif entre les deux : l'immigration est ce dont il faut protéger l'identité française. Ce faisant, il oublie que cette identité, comme celle de toutes les
grandes nations, est le produit, aussi, des rencontres entre populations, depuis le temps des Gaulois, Francs et Romains jusqu'à aujourd'hui. L'impact qu'ont ces rencontres sur l'identité
française est la preuve que celle-ci est toujours vivante" (Le Monde, 16 mars 2007).
Sarkozy ayant, par sa proposition, persisté à vouloir jouer avec le feu vis-à-vis de Le Pen et de l'extrême-droite, la polémique n'a pas manqué d'éclater, et a été
amplifiée lorsque la candidate socialiste Ségolène Royal a voulu, pour sa part, aborder à sa manière, et de façon légitime, le thème de la nation française et de ses symboles, provoquant de
nombreuses réactions de la part de ses concurrents dans la course à l'Élysée...
La démarche de Ségolène Royal a été ainsi évoquée dans Le Monde :
"A chaque étape importante de sa campagne, la candidate socialiste accompagne sa démarche d'un registre solennel : c'était la nation pour l'annonce de sa candidature à Vitrolles [(Bouches-du-Rhône)], en septembre 2006. C'est aujourd'hui l'histoire et les symboles de la France, son identité. Jeudi soir [22 mars 2007], à Marseille, elle exhortait plus de 7000 personnes à entonner la Marseillaise. Vendredi, dans un petit village du Var, à Correns, elle a estimé que "tous les Français devraient avoir chez eux le drapeau tricolore" pour l'afficher "aux fenêtres, comme cela se fait dans d'autres pays, le jour de la fête nationale". "
(Isabelle Mandraud, "Mme Royal veut rassembler sous la bannière de « la France présidente »", Le Monde, 25-26 mars
2007)
Royal a également déclaré devant la presse :
"C'est très important d'avoir reconquis le droit de chanter la Marseillaise pour la gauche qui avait cru un moment devoir l'abandonner à l'extrême-droite."
(Ségolène Royal, devant la presse, citée par Isabelle Mandraud, in Le Monde, 25-26 mars 2007, op.cit.)
Le centriste François Bayrou, que l'on sait plus intéressé par le régionalisme et le fédéralisme que par la nation, à la tête de laquelle il prétend pourtant être élu, n'a évidemment pas pu
s'empêcher de jouer le rôle de celui qui veut à tout prix se différencier de Sarkozy et de Royal, pour essayer de faire oublier qu'il appartient, lui aussi, à l'ancien système qu'il dénonce... A
la proposition de la candidate socialiste Ségolène Royal que les Français aient chez eux le drapeau tricolore et l'exposent aux fenêtres le jour de la fête nationale, il s'est ainsi senti obligé
de réagir en déclarant cette bêtise, lors d'un déplacement à La Réunion et à Mayotte, dans l'océan Indien, le samedi 24 mars :
"Cela ne ressemble pas à mon pays. Tout cela c'est la société américaine."
(François Bayrou, à propos du souhait de Ségolène Royal de voir les Français avoir chez eux un drapeau tricolore qu'ils pourraient exposer à leurs fenêtre le 14 juillet, 24 mars 2007, cité par Patrick Roger, in Le Monde, 25-26 mars 2007)
Cette bêtise de Bayrou ressemble à celle de José Bové qui, le même jour, a jugé que Ségolène Royal "se lançait dans une troublante surenchère nationale avec son
souhait d'américaniser notre pays par l'exposition du drapeau français à toutes les fenêtres" (propos cités dans une dépêche de l'Agence France-Presse du 24 mars 2007).
Les deux candidats semblent oublier que la nation, aux États-Unis d'Amérique, a une dimension idéologique. Or, en France, la nation a une dimension politique, ce qui n'est pas la même chose. Mais
avec Bayrou, comme avec Bové, visiblement, on n'est pas à une caricature près... J'aime beaucoup les caricatures, quand elles sont publiées dans la presse sous forme de dessins. Je les aime bien
moins quand il s'agit de propos politiciens destinés à racoller l'électeur indécis...
Bayrou, pour sa part, a tenu à ajouter, à propos de Sarkozy et de Royal :
"Je crois que les deux candidats ont un problème avec cette obsession nationaliste. C'est comme si les thèmes de Jean-Marie Le Pen étaient en train d'envahir l'esprit de ces deux candidats-là. Eh bien, moi, ils n'envahissent pas le mien."
(François Bayrou, à propos de Sarkozy et de Ségolène Royal, 24 mars 2007, cité par Patrick Roger, in Le Monde, 25-26 mars 2007, op.cit.)
Nous y voila : le fameux épouvantail Le Pen... Il y avait longtemps que l'on ne l'avait pas brandi... Bayrou évoque ainsi une lepénisation de l'esprit des deux candidats, lepénisation qui, à l'en
croire, l'épargnerait, lui, le très vertueux candidat de l'UDF... Mais lui-même n'a-t-il pas déjà l'esprit lepénisé, pour confondre ainsi l'opportunisme clientéliste de Sarkozy, forcément
dangereux, et la démarche légitime de Ségolène Royal, certes imparfaite et surtout électoraliste, mais au fond bien moins excessive que celle de Talonnette Ier ? Invoquer le danger que
représente Le Pen pour mieux récupérer des électeurs indécis ou désorientés, cela est sans doute facile. Mais si jamais l'augmentation relative de l'électorat, hétéroclite et volatile, de
François Bayrou se met à affaiblir suffisemment les deux candidats de l'UMP et du PS, au point de permettre à Le Pen d'être présent au second tour, il ne faudra pas chercher bien loin le candidat
centriste responsable, pour partie, de cette situation, qui serait désastreuse pour le pays, surtout si Sarkozy réussit à également passer le cap du premier tour...
Tiens, parlons de Sarkozy justement. Il s'est réjouit de ce que son idée absurde d'un ministère de l'immigration et de l'identité nationale a provoqué, selon lui. Le 25 mars, il a ainsi déclaré
:
"Je m'aperçois que je suis dépassé dans tous les sens. Là, il faut des drapeaux français partout, l'identité nationale, tout le monde en veut. Je me réjouis."
(Sarkozy, 25 mars 2007, cité in Libération, 26 mars 2007)
Talonnette Ier se dit "heureux d'avoir montré le chemin" (Le Monde, 25-26 mars 2007), mais feint d'ignorer que Royal n'a pas attendu l'idée dangereuse d'un ministère de l'identité, pour
évoquer dans sa campagne, le thème de la nation, de façon sensiblement plus ouverte sur le monde extérieur et l'immigration que ne l'a fait le candidat de l'UMP...
Mais, décidément, ce sont les réactions de l'extrême-gauche qui sont les plus hilarantes...
Cette tête à claques de Besancenot nous a fait le coup de la peur du gauchiste scandalisé, qui voit le fascisme partout :
"Ça me choque et ça me fait flipper. Il y a ça [La Marseillaise], plus l'identité nationale, plus les drapeaux [...], ça crée un petit climat."
(Besancenot, le 25 mars 2007, cité in Libération, 26 mars 2007)
Sûr que Besancenot préfèrerait un "petit climat" avec des drapeaux rouges et des révolutionnaires du dimanche, chantant l'Internationale...
Et, de son côté, José Bové en a encore rajouté, en faisant l'amalgame attendu entre la nation d'une part, et le chauvinisme et le nationalisme d'autre part :
"Je dirais à Mme Royal que le chauvinisme et le nationalisme n'ont jamais été des valeurs de gauche. Le fait de vanter le "sang impur qui abreuve nos sillons", c'est plutôt attiser les haines que préparer la paix."
(José Bové, le 25 mars 2007, cité in Libération, 26 mars 2007)
Rassurez-vous, gens d'extrême-gauche : moi non plus je n'aime pas la guerre. Et d'ailleurs, je remercie Chirac d'avoir supprimé le service militaire avant que ma génération n'y ait eu droit :
j'aurai eu horreur d'être obligé d'obéir stupidement à des ordres, qui plus est en pleine période de paix... Je n'aime pas le militarisme, ni le nationalisme, ni le chauvisme, ni la bêtise et
l'ignorance crasses qui vont avec... Mais, en ce qui me concerne, je n'oublie pas que la nation, à l'origine, en France, était une valeur de gauche, l'idée nationale étant liée à la Révolution
française.
Je constate que Bové a semblé prendre cette affaire suffisemment au sérieux pour avoir besoin de ressortir le vieil argument du "sang impur qui abreuve nos sillons", ces mots très guerriers contenus dans l'hymne national français... Le fait est qu'ils font partie du texte original de ce chant de Rouget de Lisle. Et il est vrai que cela fait des années que des gens réclament une réécriture de la Marseillaise dans un sens plus "gentil", ou même carrément la mise au placard définitive de ce chant de la Révolution française... Et après ? Que voulez-vous que cela change ? Vous pensez que cela fera taire l'extrême-droite ? En se mettant des oeillères d'extrême-gauche, ou de Bayrou-istes, vous pensez que les problèmes seront résolus ? Vous espérez que les loups sont encore loin de votre troupeau, mais en fait, malheureux agneaux, les loups sont déjà parmi vous ! Et ce n'est donc pas en chicanant au sujet des symboles de la nation que vous sortirez ce pays d'affaire... Le Pen est là, et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'a pas dit son dernier mot...
La vérité, c'est que face à ce sinistre poison qu'est l'extrême-droite (qui elle seule est nationaliste), nous ne pouvons pas nous permettre de détourner le regard à
chaque fois que l'on aborde des thèmes politiques comme celui de la nation. La lutte contre le racisme, la xénophobie, le repli identitaire et l'exclusion, est à ce prix...
La nation française, définie selon une conception
strictement politique, est - faut-il le rappeler ? - l'ensemble des adhérents à un contrat social, quelles que soient les origines géographiques, ethniques ou culturelles. C'est au sein de cette
nation que s'exerce notre démocratie. Ne l'oublions pas.
Cela dit, il est bien évident que, pour moi, la nation française ne peut qu'évoluer, son destin étant, de toute façon, liée à l'Europe. Je souhaite que son avenir s'inscrive politiquement au sein
d'une Union Européenne d'États-nations, en attendant que l'Europe, dans un avenir sans doute encore assez lointain - que les citoyens de ma génération ne connaitront peut-être pas - se dirige,
éventuellement, vers un destin politique fédéral, qui ne se réalisera que si - et seulement si ! - une véritable conscience citoyenne européenne émerge dans les pays de l'Union... Pour l'heure,
il me parait important de ne pas oublier ce que représente - véritablement - la nation française, et de ne pas mépriser celle-ci, même si le cadre politique national est sans doute appelé à être
dépassé à plus ou moins long terme...
Pour en revenir à l'irruption du thème de la nation dans la campagne électorale, il n'y a pas à s'étonner, de toute façon, de la démarche de Royal, ainsi que l'a
fort bien dit l'historien Jean-Jacques Becker :
"Tout cela tient à la nature de Ségolène Royal, qui ressemble en cela à François Mitterrand. C'est une femme de gauche avec une culture de droite. Je suppose que, pour elle, tout cela est très naturel. Elle y croit."
(Jean-Jacques Becker à propos de Ségolène Royal se réappropriant le drapeau français et la Marseillaise dans sa campagne, propos recueilli par Jean-Dominique Merchet, Libération, 26 mars 2007)
Du reste, le 25 mars, sur la chaîne LCI, Ségolène Royal a tenu à préciser sa pensée, s'il en était besoin :
"Je ne fais aucune confusion entre la nation, dont on doit être fier, et le nationalisme."
(Ségolène Royal, sur la chaîne LCI, le 25 mars 2007, citée in Libération, 26 mars 2007)
Que les choses soient claires, cependant : je ne suis pas dupe de la démarche de la candidate socialiste. Je sais bien que si elle agit ainsi, à ce moment de la campagne, ce n'est pas un hasard.
Cette réappropriation du drapeau français et de la Marseillaise est une manœuvre électorale comme il y en eu, et comme il y en aura beaucoup d'autres... Cela fait partie du cirque
électoral. Pour ceux qui en douteraient, il suffit de prendre connaissance des propos que Royal a tenu la semaine dernière, devant son équipe, pour justifier son recours à la
Marseillaise et au drapeau tricolore :
"Il fallait répondre à Sarkozy qui a stoppé sa chute dans les sondages avec son ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale. [...] Dans l'électorat populaire, ça marche [...]. On ne peut pas défendre uniquement les sans-papiers. Je veux être capable de défendre à la fois l'identité nationale et la France métissée. [...] Celui qui a le plus réconcilié le socialisme et la République, c'est Jaurès [...]. Le patriotisme appartient à la France, pas à la droite. La gauche doit assumer l'identité nationale. [...] Je ne suis pas une adepte de la gauche naïve, soixante-huitarde et bien-pensante, de la mauvaise conscience qui culpabilise quand il s'agit de mettre en avant les valeurs républicaines de la France. Ce fut une erreur, pour toute une fraction de la gauche, d'abandonner cette thématique. D'ailleurs, Mitterrand parlait bien de la patrie et cela ne choquait personne."
(Ségolène Royal, devant son équipe de campagne, dans la semaine du 19 au 25 mars 2007, citée dans Le Canard Enchaîné N°4509, 28 mars 2007)
Je ne fais confiance à personne dans cette campagne, ni à Royal, ni aux autres candidats... Aucun ne mérite de gagner cette course à l'Élysée. Mais, cela dit, j'estime qu'il est néanmoins
ridicule de prétendre que la nation française et les symboles qui y sont associés ne peuvent pas être intégrés à une campagne électorale de gauche. Du reste, on peut être de gauche sans vouer un
culte ni au drapeau rouge, ni à l'Internationale, ni à Trotski, ni à Marx, ni à Ernesto Che Guevara. Mais on n'est pas obligé non plus d'adorer le drapeau français et la
Marseillaise. L'amour de la patrie ne se décrète pas, et, rappelons-le, l'État n'a pas à définir ce qu'est l'identité nationale, comme le voudrait Sarkozy, car cette identité évolue en
permanence. Franchement, je ne pense pas que j'irai jusqu'à brandir un drapeau tricolore à ma fenêtre le 14 juillet : je serai plutôt du genre à brandir un grand étendard avec la consigne
"Sarkozy à la poubelle" inscrit dessus... Mais s'il s'agissait d'avoir un drapeau français chez moi, comme objet historique et symbolique, même si ce serait dans un coin discret,
personnellement, cela ne me dérangerait pas... Quant à la Marseillaise, je l'écoute avec respect lors des cérémonies officielles, mais je ne la chante pas : entendre la musique de
l'hymne me suffit amplement. Il ne faut pas abuser de la symbolique nationale républicaine, mais il ne faut pas non plus la mépriser, ou l'abandonner à l'extrême-droite. Sur le fond, il n'y a
donc pas lieu de condamner la démarche de la candidate socialiste, même si l'on sait bien qu'elle a été faite dans un but essentiellement électoraliste. Un point, c'est tout.
Allons, arrêtez-donc de "flipper", camarades... Cela ne sert à rien de dramatiser à l'excès toute cette histoire... Il faut faire sérieusement les choses, mais sans se prendre au sérieux... Et ne pas oublier ce que nous sommes, d'où nous venons, et où nous allons...
Cordialement, :-)
Hyarion.
Annexe :
Je ne résiste pas au plaisir de retranscrire ici un texte de l'écrivain Boris Vian, consacré justement à la Marseillaise, et qui m'a toujours fait rire de
bon cœur :
« Note relative à la Marseillaise et qui démontre qu'il s'agit bien d'un chant révolutionnaire.
On n'ignore pas que la royauté (mort aux tyrans) avait fait sien ce slogan d'Henri IV (ou de Sully) : « Labourage et Pâturage sont les deux mamelles de la France. »
Outre que ceci définissait la France comme mammifère, alors que d'aucuns l'assimilent aujourd'hui au plus crétin des volatiles, le coq, il s'ensuivait que l'agriculture et
l'élevage était à l'honneur.
Or, observez la sournoiserie de la Marseillaise et notamment de ce vers fameux :
Q'un sang impur abreuve nos sillons
N'est-ce pas là une réaction violente contre l'agriculture ? Le sang - et surtout le sang impur - ne vaut rien pour la culture. On voit de suite en quoi ce chant révolutionnaire vient saper ici
la perfide besogne des rois. En vérité, le sang, impur ou non, mais cuit, est excellent pour l'élevage des jeunes truites, mais ça ne vaut pas tripette pour le blé, et de plus, il pue lorsqu'il
se corrompt.
Vous me direz, le fumier ne sent pas bon non plus.
Mais alors, pourquoi pas du fumier ?
Tout ça, naturellement, si on tient à l'agriculture. Personnellement, je me lave les mains (dans l'eau) de ce qui peut arriver si on prend la Marseillaise au pied
de la lettre. Vous verrez le pain dégueulasse que ça vous fera.
Comme quoi certaines chansons sont plus dangereuses qu'elles n'en ont l'air. »
(Boris Vian, extrait de "Appendice et Pièces justificatives", 1958, in Textes et chansons, Julliard, 1966, rééd. Paris, Union Générale d'Éditions, coll. "10/18", 1969)
(Illustrations : Détail du tableau La Liberté guidant le peuple [28 juillet 1830], huile sur toile [1831] par Eugène Delacroix, Paris, Musée du Louvre ; détail du tableau La Rue
Montorgueil, huile sur toile [1878] par Claude Monet, Paris, Musée d'Orsay)
- Voir les 3 commentaires - Recommander

Dans ce contexte, comment ne pas penser que Chirac, en affirmant soutenir celui qui l'a trahi en 1993-1995, n'a fait que sauver les apparences ? Il s'est incliné devant la décision,
légèrement téléphonée, des militants de l'UMP de désigner Sarkozy comme candidat à sa succession à la magistrature suprême. Le fait est qu'après les défaites de la droite aux élections régionales
et européennes en 2004, puis l'échec personnel du président en 2005, avec la victoire du "non" au référendum sur le traité constitutionnel européen, Chirac n'avait plus d'espace politique pour
tenter l'aventure d'une deuxième réélection à la présidence de la République. Par ailleurs, son actuel Premier ministre en fin de course, le très chiraquien Dominique Galouzeau de Villepin, a
été, pour sa part, incapable de s'imposer politiquement à droite, et donc de constituer une véritable alternative face à Talonnette Ier. Jacques Chirac, malgré tous ces efforts, n'a donc pas
réussi à empêcher l'ascension de Sarkozy, "
Voila des propos qui donnent une idée de la nature du soutien de Chirac à Sarkozy : il
s'agit essentiellement de ne pas désavouer la décision des membres de l'UMP, mais en aucun cas de cautionner les idées du candidat choisi par le parti. Et, du reste, qui peut affirmer que Chirac
a pardonné à Talonnette Ier sa trahison ? Le soutien du chef de l'État ressemble à celui que François Mitterrand avait accordé, du bout des lèvres, au candidat socialiste Lionel Jospin en 1995,
voire à celui, sans doute encore plus mesuré, que Jacques Chirac avait lui-même accordé "personnellement", et visiblement à contre-coeur, entre les deux tours de l'élection présidentielle de
1981, au président sortant Valéry Giscard d'Estaing, candidat de l'UDF : Chirac, après avoir été le Premier ministre de Giscard de 1974 à 1976, avait rompu avec lui, n'ayant pas apprécié d'être
maintenu dans un rôle subalterne par le président de l'époque, et on sait qu'il est fort probable que les responsables du RPR, en 1981, ont tout fait pour favoriser la victoire de Mitterrand face
à Giscard... Le soutien de Chirac accordé à Sarkozy est, assurément, comme pour Giscard en 1981, un soutien de façade...
La campagne électorale persiste à ne pas voler bien haut... Et cela, tout le monde peut
le constater, y compris nos voisins européens... En Belgique, par exemple, ladite campagne ne semble pas faire meilleure impression qu'en France :
Pour avoir participé à des opérations de dépouillement des bulletins de vote - à l'occasion des
élections régionales de 2004 -, je suis convaincu que le vote sur papier est infiniment plus sûr et transparant que ne le sera jamais un vote avec un ordinateur.
"Arrivée du Ministre de l'intérieur avec un quart d'heure
d'avance, il est 17h00 ce mardi 20 février. Début houleux. Agressivité de sa part. Il tourne dans la cage, regarde, jauge, juge, apprécie la situation. Grand fauve blessé, il a lu mes pages de
blog et me toise - bien qu'assis dans un fauteuil près de la cheminée. Il a les jambes croisées, l'une d'entre elles est animée d'un incessant mouvement de nervosité, le pied n'arrête pas de
bouger. Il tient un cigare fin et long, étrange module assez féminin. Chemise ouverte, pas de cravate, bijoux en or, bracelet d'adolescent au poignet, cadeau de son fils probablement. Plus il en
rajoute dans la nervosité, plus j'exhibe mon calme.
Nous allions vers la fin de notre entretien. J'étais le libertaire qui défend la loi,
il était le disciplinaire qui célébrait la transgression ! Le ministre de l'Intérieur ne trouvait aux règles qu'une bonne raison d'exister : la possibilité de les ignorer ; le philosophe
nietzschéen parlait pour peu d'interdits, mais pour des interdits majeurs, fondateurs de communautés qui, sinon, deviennent impossibles. Et le premier n'excluait pas de partir en vacances avec le
second - qui, lui, n'envisageait pas la chose... Le monde à l'envers !
L
Voila donc ce qui se cachait derrière le
soutien de façade de Chirac au candidat Sarkozy, au-delà de la nécessité de sauver les apparences vis-à-vis du vote d'investiture sarkozyste des membres de l'UMP : la promesse d'une amnistie
déguisée concernant les dernières affaires judiciaires de Chirac non encore enterrées... Il n'y a là rien d'étonnant. La consigne de Chirac, qui sert de devise à ce blog ("
En France, on a trop souvent tendance à
rendre les institutions responsables des problèmes du pays... Vieille tradition remontant à la Révolution française... D'où les propositions de suppression de la Ve République, qui serait
remplacé par un nouveau régime, celui d'une "VIe République", laquelle ne manquerait pas, selon ceux qui souhaitent ce changement de régime, de résoudre tous les problèmes que connait la vie
politique de notre pays. Les choses ne sont pourtant pas aussi simples...
- Le système de la Ve République,
conçu pour compenser l'absence du fait majoritaire, ne s'est pas adapté à la naissance de celui-ci. A l'époque où le président François Mitterrand et les socialistes au pouvoir avait mis en place
la proportionnelle, de façon éphémère et circonstancié, en 1985-1986, on avait alors déjà souligné l'injustice et le risque de clientélisme liés au scrutin majoritaire. La représentation des
citoyens au Parlement doit être la plus juste possible. Or, l'évolution vers un régime présidentiel rend désormais possible l’usage de la proportionnelle, en totalité ou en partie, pour
l’élection des députés, puisque la stabilité gouvernementale ne peut pas être mise en cause. Dans ce contexte, l'introduction d'une part de proportionnelle (20 %, par exemple) pour l'élection des
députés est tout à fait envisageable, et même souhaitable.
L’affectation des énarques devrait prendre en compte les compétences de chacun - ainsi que les choix de carrière, de façon plus accessoire
- et non pas le seul rang de sortie desdits énarques. Il faut en finir avec ces dérives que connaissent les hauts fonctionnaires, celle du "pantouflage" - abandon du service de l'État pour celui
d'une entreprise privée -, et celle de la politisation. Les énarques devraient avoir l'obligation de travailler dans l’administration et ne pas aller rapidement "pantoufler" dans le secteur
privé, comme ils le font trop souvent, et ils devraient tous se contenter de faire ce pourquoi ils ont été formé, c'est-à-dire administrer - ce qu'ils font très bien, en principe - et non pas
monopoliser les responsabilités politiques au dépends de la société civile, car la politique n'est évidemment pas un métier, contrairement à ce qu'a pu dire Jacques Chirac, ancien élève de
l'É.N.A. devenu président de la République...
Q
"Avec près de 40 % de gens qui ne savent pas pour qui voter [...], cela donne aux sondages une valeur très relative. Tout est possible. Les élections
présidentielles ont toujours réservé des surprises, celle-là risque d'en réserver encore plus que les autres. [...] Sarkozy n'est pas à l'abri d'une surprise. Royal peut très bien être devant
lui. Bayrou ne sera pas au second tour, et il ne se prononcera ni pour Sarkozy ni pour Royal. Dans un cas, son combat n'aurait plus de sens. Dans l'autre, ses députés seraient dans la merde.
[...] Bayrou va se draper dans le ni droite ni gauche et se dire que la prochaine fois, en 2012, ce sera pour lui."
Comment se fait-il, dès
lors, que moi, pauvre pouilleux de Midi-Pyrénées, lorsque je me rends à Paris, comme je le fais régulièrement, visiter, par exemple, le Musée du Louvre, je sois obligé de tenir compte
systématiquement du fait que l'ensemble des salles d'exposition dudit Musée du Louvre ne peuvent pas être ouvertes au public en même temps, les mêmes jours, aux mêmes heures, par manque de
personnel de surveillance et donc faute de moyens suffisants ?
"Si je
situe mes propos au niveau le plus bas qui soit, si je parle comme tout un chacun, aucun étudiant, aucun bourgeois, aucun privilégié ne comprend une allusion à un classique ou à la Bible. Ils
n'ont rien lu. Tout doit être expliqué. On pourrait inventer un exercice passablement amusant qui consisterait à afficher sur un mur une vingtaine d'éditions de l'oeuvre de Shakespeare,
éditions qui seraient parues entre 1850 et 1992. A chaque réédition, les notes liminaires deviennent de plus en plus longues et de plus en plus élémentaires. Il y a vingt ans, la dernière
édition d'un livre de poche notait qu'Aphrodite était une vénus, païenne, déesse de l'Amour. Au fur et à mesure que les notes liminaires se multiplient, le texte devient de plus en plus mince
et de plus en plus lointain ; il s'éclipse dans un océan de commentaires élémentaires et il se noie, à une autre échelle, dans une mer d'érudition. La crise est telle qu'il faut tout expliquer
de A à Z, car il est aujourd'hui impossible de lire les classiques et les grands textes sans donner aux étudiants des exercices d'écoliers de bas étage pour leur en faciliter l'accès. Cela
implique une éventualité redoutable : de très grands textes seront réservés à d'heureux moines qui sauront les lire et les apprécier entre eux, dans des maisons de lecture ou des séminaires de
clercs à l'instar de ce qui s'est passé entre le VIe siècle et la Renaissance où seuls de grands maîtres suisses lisaient Horace, Cicéron, Tite-Live, Plaute. Ce ne serait certes pas une
catastrophe. Nous avons connu une trop longue période depuis le début du XIXe siècle où chacun croyait être capable de tout lire, dans l'euphorie de la facilité et du factice. Eh bien non,
décidément non. Des maisons de lecture surgiront ; on pourra y apprendre à lire autre chose qu'un message télévisuel ou un journal. Les universités continueront de diffuser la culture
scientifique, mais le sort des Lettres et des Humanités est plus douteux."
Sarkozy de Nagy-Bocsa a déclaré, le 14 janvier dernier : "
T
Il est toujours de bon ton, pour beaucoup trop de personnes bien-pensantes, de se présenter comme de gentils et vertueux républicains en se réclamant
des pamphlets
Comment est-ce possible ?
Serait-ce un miracle ? Sarkozy aurait-t-il grandi ? Ce serait alors un cas de croissance spectaculaire, dans la mesure où
Quant à nous, sans attendre les conclusions du
débat entre l'inné et l'acquis [...], et pour satisfaire la curiosité des électeurs [...], nous avons fait analyser dans le laboratoire spécial du "Canard" le code génétique de Sarkozy. Les
résultats sont édifiants et, disons-le en toute objectivité, en faveur du candidat UMP : non, Sarkozy n'est pour rien dans son comportement bizarroïde ! C'est la faute à ses chromosomes, c'est
écrit dans son ADN.
L
Commentaires